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Fonctions test

Définition : Une fonction test 𝜑: ℝ → ℝ est une fonction telle que :

1) 𝜑 est indéfiniment dérivable dans ℝ (cad toutes ses dérivées


existent dans ℝ, on dit aussi 𝜑𝜖𝐶 ∞ (ℝ, ℝ)) et
2) 𝜑 est nulle en dehors d’un intervalle borné (intervalle qui dépend
de 𝜑). Le plus petit intervalle (ensemble) fermé vérifiant cette
propriété est appelé support de 𝜑 et noté 𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜑).

L’espace vectoriel des fonctions test est noté 𝐷(ℝ). C’est un sous
espace vectoriel propre de l’espace vectoriel (𝐶 ∞ (ℝ, ℝ), +,×), (exercice)

Exemples :

1. la fonction nulle : 𝜑(𝑥) = 0 ∀𝑥𝜖ℝ (exemple évident)


2. il n’est pas évident de trouver un exemple de fonction test non
nulle.
1
On considère la fonction 𝜑1 (𝑥) = 𝑒𝑥𝑝 si |𝑥| < 1, 𝜑1 (𝑥) = 0 si
𝑥 2 −1
|𝑥| ≥ 1. On a 𝜑1 𝜖𝐷(ℝ) et 𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜑1 ) = [−1,1] (exercice)
Représentation graphique de 𝜑1 :

3. Autres exemples :
1
- 𝜑𝑎𝑏 (𝑥) = 𝑒𝑥𝑝 (𝑥−𝑎)(𝑥−𝑏) si 𝑎 < 𝑥 < 𝑏, 𝜑𝑎𝑏 (𝑥) = 0 si 𝑥 ≤ 𝑎 ou si 𝑥 ≥ 𝑏
Dans ce cas 𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜑𝑎𝑏 ) = [𝑎, 𝑏]
1
- Pour 𝑛 ≥ 1, 𝜑𝑛 (𝑥) = 𝑒𝑥𝑝 ( ) si |𝑥| < 1/𝑛, 𝜑𝑛 (𝑥) = 0 si
𝑥 2 −1/𝑛2
|𝑥| ≥ 1/𝑛
- En utilisant les fonctions test 𝜑𝑛 , on peut construire des fonctions
+∞
test 𝜓𝑛 telles que 𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜓𝑛 ) ⊂ [−1,1] et ∫−∞ 𝜓𝑛 (𝑡 )𝑑𝑡 = 1
2

+∞ +1 1
- 3. (cours) : on a 𝐼𝑛 = ∫−∞ 𝜑𝑛 (𝑡)𝑑𝑡 = ∫−1 𝑒𝑥𝑝 ( ) 𝑑𝑡 ≠ 1
𝑥 2 −1/𝑛2
1
- On prend alors 𝜓𝑛 (𝑥) = 𝐼 𝜑𝑛 (𝑥) et donc 𝜓𝑛 𝜖𝐷(ℝ) avec 𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜓𝑛 ) =
𝑛
+∞ 1 +∞ 𝐼
𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜑𝑛 ) et ∫−∞ 𝜓𝑛 (𝑡 )𝑑𝑡 = ∫
𝐼𝑛 −∞
𝜑𝑛 (𝑡)𝑑𝑡 = 𝐼𝑛 = 1. (rq : ceci va
𝑛
entrainer 𝜓𝑛 (0) ≥ 𝑛 pour tout 𝑛 ≥ 1)

EXERCICES

Exercices 1 : Montrer que 𝜑𝑎𝑏 et 𝜑𝑛 sont des fonctions test et déterminer


leurs supports.

𝑥
Exercices 2 : On considère la fonction 𝜙(𝑥) = ∫−∞ 𝜑1 (𝑡)𝑑𝑡

1) Montrer que 𝜙𝜖𝐶 ∞ (ℝ, ℝ), positive, croissante


2) Montrer que 𝜙 est nulle sur ] − ∞, −1], constante sur [1, +∞[ et
déterminer cette constante 𝐶
1
3) On considère 𝜓(𝑥) = 𝜙(4𝑥 + 3)𝜙(−4𝑥 + 3)
𝐶2
Montrer que : a) 𝜓𝜖𝐷 (ℝ), à valeurs dans [0,1] ; b) 𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜓) = [−1,1]
c) 𝜓(𝑥) = 1 sur [−1/2,1/2],
d) allure de la représentation graphique de 𝜓. (𝜓 est appelée fonction
plateau.

Exercices 3 : On considère 𝜑𝜖𝐷(ℝ)

1) Montrer que la dérivée 𝜑 ′ 𝜖𝐷(ℝ)


2) Soit 𝛼: ℝ → ℝ, 𝛼𝜖𝐶 ∞ (ℝ, ℝ), montrer que :
𝑠𝑢𝑝𝑝(𝛼𝜑) ⊂ 𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜑) et 𝛼𝜑𝜖𝐷(ℝ)

Exercices 4 : Primitive d’une fonction test 𝜑𝜖𝐷(ℝ)

1) Montrer qu’une primitive quelconque de 𝜑 s’écrit


3

𝑥
Φ(x) = 𝐶 + ∫−∞ 𝜑(𝑡)𝑑𝑡 où 𝐶 est une constante. (on a Φ𝜖𝐶 ∞ (ℝ, ℝ))
2) Déterminer 2 exemples de fonctions test 𝜑𝜖𝐷(ℝ) tels que :
a) Φ ∉ 𝐷(ℝ) ; b) Φ𝜖𝐷(ℝ)

Exercice 1 : (Solution)

On a 𝜑𝑎𝑏 (𝑥) = ℎ[(𝑎 − 𝑥)(𝑏 − 𝑥)], 𝜑𝑎𝑏 est donc la composée de 2 fonctions
(lesquelles) de 𝐶 ∞ (ℝ, ℝ), c’est donc un élément de 𝐶 ∞ (ℝ, ℝ).

𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜑𝑎𝑏 ) = [𝑎, 𝑏] d’après la définition de 𝜑𝑎𝑏 donc il est borné

Par suite 𝜑𝑎𝑏 𝜖𝐷(ℝ)


1 1
De même, on a 𝜑𝑛 (𝑥) = ℎ[( − 𝑥) ( + 𝑥)], 𝜑𝑛 est donc la composée de 2
𝑛 𝑛
∞ (ℝ,
fonctions (lesquelles) de 𝐶 ℝ), c’est donc un élément de 𝐶 ∞ (ℝ, ℝ).
1 1
𝑠𝑢𝑝𝑝(𝜑𝑛 ) = [− , ] d’après la définition de 𝜑𝑛 donc il est borné
𝑛 𝑛

Par suite 𝜑𝑛 𝜖𝐷(ℝ).

Compléments cours et Réponses à certains


exercices
Remarque :

Pour simplifier les calculs on peut montrer que 𝜑1 𝜖(𝐶 ∞ (ℝ, ℝ)) en utilisant
la fonction 𝒉: ℝ → ℝ de 𝐶 ∞ (ℝ, ℝ) qui est plate en 0 :

Définition : Une fonction 𝑓: ℝ → ℝ est dite plate en un point 𝑥0 = 𝑎 si


toutes les dérivées de 𝑓 en 𝑎 existent et ∀𝑛𝜖ℕ 𝑓 (𝑛) (𝑎) = 0 c'est-à-dire on
a : 0 = 𝑓(𝑎) = 𝑓 ′ (𝑎) = 𝑓 " (𝑎) = 𝑓 (3) (𝑎) = ⋯ = 𝑓 (𝑛) (𝑎) = 𝑓 (𝑛+1) (𝑎) = ⋯

La fonction 𝒉 :
−1

ℎ: ℝ → ℝ ; ℎ(𝑥) = { 𝑒 𝑥 𝑠𝑖 𝑥 > 0 ; ℎ𝜖(𝐶 ∞ (ℝ, ℝ)) et plate en 0 ?


0 𝑠𝑖 𝑥 ≤ 0
4

Toutes les dérivées de ℎ existent dans ℝ tout entier et on a :


−1
𝑃𝑛 (𝑥)
ℎ(𝑛) (𝑥) = { 𝑒 𝑥 𝑠𝑖 𝑥 > 0 ∀𝑛𝜖ℕ
𝑥 2𝑛
0 𝑠𝑖 𝑥 ≤ 0
Avec 𝑃𝑛 (𝑥) suite de polynômes de degré 𝑛 − 1 à coefficients entiers et
vérifiant : 𝑃0 (𝑥) = 𝑃1 (𝑥) = 1 et 𝑃𝑛+1 (𝑥) = 𝑥 2 𝑃𝑛 ′ (𝑥) − (2𝑛𝑥 − 1)𝑃𝑛 (𝑥)
−1
𝑃𝑛 (𝑥)
On a ∀𝑛𝜖ℕ lim 𝑒 𝑥 = 0 car l’exponentielle l’emporte sur les fonctions
+ 0 𝑥 2𝑛
puissances.

Représentation graphique de la fonction ℎ :

−1
Exercice:Chercher d’autres exemples de fonctions plates en 0 (𝑓 (𝑥) = 𝑒 𝑥2 )

Réponse à 𝜑1 𝜖𝐶 ∞ (ℝ, ℝ)? On a 𝜑1 (𝑥) =h(1 − 𝑥 2 ), 𝜑1 est donc la


composée de 2 fonctions (lesquelles) de 𝐶 ∞ (ℝ, ℝ), c’est donc un élément
de 𝐶 ∞ (ℝ, ℝ).

Convergence dans 𝑫(ℝ)


Définition : Une suite (𝜑𝑛 )𝑛≥0 de fonctions de 𝐷(ℝ) converge vers
𝐷
une fonction 𝜑𝜖𝐷 (𝜑𝑛 → 𝜑) lorsque 𝑛 → +∞ ssi

i) il existe un ensemble borné 𝐵 de ℝ tel que pour tout 𝑛𝜖ℕ, 𝑠𝑢𝑝𝑝 𝜑𝑛 ⊂ 𝐵


5

(𝑘)
ii) Pour tout entier 𝑘 ≥ 0, la suite des dérivées 𝜑𝑛 converge
uniformément sur ℝ pour 𝑛 → +∞ vers la dérivée correspondante 𝜑 (𝑘) .
(𝑘)
Ce qui s’écrit qussi : pour tout 𝑘 ≥ 0, sup | 𝜑𝑛 (𝑡) − 𝜑 (𝑘) (𝑡)| → 0
𝑡𝜖ℝ 𝑛→+∞

Rappel :

On peut définir la continuité d’une fonction 𝑓: ℝ → ℝ en un point 𝑥0 𝜖 ℝ


par lim 𝑓( 𝑥𝑛 ) = 𝑓(𝑥0 ) pour toute suite (𝑥𝑛 )𝑛≥0 convergente vers 𝑥0
𝑛→+∞
dans ℝ.

Si 𝑓 est linéaire pour montrer que 𝑓 est continue il suffit de montrer la


continuité en 0.

Remarque :

Dans la suite, la même propriété va être utilisée pour définir la continuité


d’une fonction 𝑇: 𝐷(ℝ) → ℝ en un point 𝜑0 𝜖 𝐷(ℝ). Seulement la
convergence d’une suite dans ℝ va être remplacée par la convergence
dans 𝐷(ℝ).

Et puisque 𝑇 est linéaire, il suffit de montrer la continuité en 0.


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𝑇: 𝐷(ℝ) ⟶ ℝ 𝑜𝑢 ℂ
Définition des distributions : Une distribution 𝑇 sur ℝ
est une forme linéaire continue défine sur 𝐷(ℝ) 𝜑 ⟶ 𝑇(𝜑)

Notation : 𝑇(𝜑) noté < 𝑇, 𝜑 >

Remarque : pour montrer que 𝑇: 𝐷(ℝ) ⟶ ℝ est une distribution, il faut


montrer : 1. 𝑇 est Bien définie, 2. 𝑇 est linéaire, 3. 𝑇 est continue cad une
majoration de la forme | < 𝑇, 𝜑 > | ≤ 𝐾 sup | 𝜑 (𝑘) (𝑡)| avec 𝑘 ∈ ℕ (cad la
𝑡𝜖ℝ
continuité en 0. Ce 𝑘 ∈ ℕ est en général un majorant de l’ordre de la
distribution 𝑇.

Exemples : 1. < 𝑇, 𝜑 >= 𝜑(𝑎) appelée distribution de Dirac au point 𝑎


notée 𝛿𝑎 . On écrit donc < 𝛿𝑎 , 𝜑 >= 𝜑(𝑎) (𝛿0 = 𝛿)

On l’appelle aussi masse de Dirac en 𝑎.

On va vérifier la continuité de cette distribution :

| < 𝛿𝑎 , 𝜑 > |=|𝜑(𝑎)| ≤ 𝐾 sup | 𝜑(𝑡)| avec 𝐾 = 1 et 𝑘 = 0 donc 𝛿𝑎


𝑡𝜖ℝ

Est une distribution d’ordre 0.


+∞ +∞
2. < 𝑇𝑈 , 𝜑 >= ∫−∞ 𝑈(𝑡) 𝜑(𝑡)𝑑𝑡 = ∫0 𝜑(𝑡) 𝑑𝑡 appelée distribution
échelon 𝑈.

Continuité :
+∞ 𝑏
| < 𝑇𝑈 , 𝜑 > | = | ∫−∞ 𝑈(𝑡) 𝜑(𝑡)𝑑𝑡| = | ∫𝑎 𝜑(𝑡) 𝑑𝑡| ≤ 𝐾 sup | 𝜑(𝑡)| avec 𝐾 =
𝑡𝜖ℝ
𝑏 − 𝑎 et 𝑘 = 0 donc 𝑇𝑈 est une distribution d’ordre 0.
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+∞ +1/2
3. < 𝑇𝜋 , 𝜑 >= ∫−∞ 𝜋(𝑡) 𝜑(𝑡)𝑑𝑡 = ∫−1/2 𝜑(𝑡) 𝑑𝑡 appelée distribution porte
𝜋. 𝑇𝜋 est une distribution d’ordre 0.
+∞
4. < 𝑇𝑠𝑖𝑛 , 𝜑 >= ∫−∞ 𝑠𝑖𝑛(𝑡) 𝜑(𝑡)𝑑𝑡 appelée distribution sinus
+∞
Continuité : | < 𝑇𝑠𝑖𝑛 , 𝜑 > | = | ∫−∞ 𝑠𝑖𝑛(𝑡) 𝜑(𝑡)𝑑𝑡| ≤
+∞
sup | 𝜑(𝑡)| ∫−∞ |𝑠𝑖𝑛(𝑡)|dt ≤ 𝐾 sup | 𝜑(𝑡)| avec 𝐾 = 2 et 𝑘 = 0 donc 𝑇𝑠𝑖𝑛
𝑡𝜖ℝ 𝑡𝜖ℝ
est une distribution d’ordre 0

5. Distribution régulière : Soit 𝑓: ℝ ⟶ ℝ une fonction localement


intégrable (𝑓 ∈ 𝐿1𝑙𝑜𝑐 (ℝ)). A la fonction 𝑓, on associe la distribution 𝑇𝑓
+∞
définie par : < 𝑇𝑓 , 𝜑 >= ∫−∞ 𝑓(𝑡) 𝜑(𝑡)𝑑𝑡

Cette intégrale a bien un sens puisque 𝜑 est nulle en dehors intervalle


borné. La distribution 𝑇𝑓 est appelée distribution régulière.

6. Toute Distribution qui n’est pas régulière est dite singulière.

Remarque : les distributions des exemples 2.,3. et 4. Sont régulières. La


distribution de Dirac 𝛿𝑎 est une distribution singulière.

EXERCICES

Comparer 𝐿1𝑙𝑜𝑐 (ℝ), 𝐿1 (ℝ), 𝐶 1 (ℝ), 𝐷(ℝ), 𝐶(ℝ), 𝐶 ∞ (ℝ, ℝ)

EXERCICE 1 : la distribution peigne de Dirac

On considère Ш ∶ 𝐷(ℝ) ⟶ ℝ telle que Ш(𝜑) = ∑𝑘=+∞


𝑘=−∞ 𝜑(𝑘)

1. Montrer que Ш est une distribution (trois propriétés à montrer)


2. Montrer que l’ordre de Ш est égal à 0 ?

EXERCICE 2 :

On considère 𝑇 ∶ 𝐷(ℝ) ⟶ ℝ telle que 𝑇(𝜑) = 𝜑(0) + 𝜑 ′ (−3) + 𝜑 (3) (1)


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1. Montrer que 𝑇 est une distribution (trois propriétés à montrer)


2. Montrer que l’ordre de 𝑇 est majoré par 3 ?
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