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TROUBLES DE VOISINAGE

Les conditions de mise en oeuvre de la responsabilité pour troubles de voisinage


31 MARS 2020 / AURÉLIEN BAMDÉ / POSTER UN COMMENTAIRE
Aux côtés de la théorie de l’abus de droit, la jurisprudence a construit la théorie de
l’excès de droit de propriété aux fins d’appréhender ce que l’on appelle les troubles
de voisinage.

La situation de voisinage comporte généralement des inconvénients. Certains


comportements peuvent excéder ces inconvénients normaux, sans toutefois être
constitutifs d’une faute au sens de l’article 1240 du Code civil.

Aussi, Geneviève Viney et Patrice Jourdain ont-ils pu écrire que « les


inconvénients liés au voisinage doivent être supportés jusqu’à une certaine limite,
parce qu’ils sont inhérents à la vie en société ; au-delà de ce seuil, la
responsabilité sera engagée, même en l’absence de faute de l’auteur, parce que la
gêne devient intolérable et ne peut plus être justifiée par des relations de
voisinage ».
Au nombre de ces troubles qui sont de nature à menacer la paix sociale entre
voisins, on compte les bruits, les odeurs malsaines, les fumées délétères d’usine, les
aboiements de chien, le plancher qui craque, les ébranlements, les poussières de
chantier, la réduction de l’ensoleillement etc.

La difficulté ici est donc d’appréhender des troubles de voisinage susceptibles de


causer un dommage à autrui sans pour autant que l’on puisse reprocher une
quelconque faute à leur auteur.

I) Les conditions tenant à l’existence de troubles de voisinage


A) Notion de trouble
Classiquement, le trouble est défini comme une atteinte aux conditions de
jouissance du bien d’autrui. Il s’apparente, autrement dit, à une nuisance.

Les formes que peut prendre cette nuisance sont innombrables (bruit, odeurs,
fumée, privation d’ensoleillement, vibration, poussières, émanations etc.)
Afin d’apprécier le trouble il convient de se placer du point de vue de la victime. Le
trouble est, en effet, ce qui est ressenti par elle et non ce qui est produit.

Il en résulte que, ni l’intention de nuire, ni la faute ne sont des conditions ne


conditionnent la caractérisation d’un trouble. Peu importe donc que l’activité de
l’auteur du trouble soit licite ou illicite (V. en ce sens Cass. 2e  civ., 17 févr. 1993).
Seule compte la gêne, la nuisance occasionnée à la victime qui est affectée dans la
jouissance de son bien.

B) Caractérisation du trouble
Après avoir déterminé ce que l’on devait entendre par trouble, la question qui se
pose de savoir à partir de quand peut-on considérer qu’une nuisance est constitutive
d’un trouble ?

Un simple un désagrément causé à la victime suffit-elle à engager la responsabilité


de l’auteur de ce désagrément ou faut-il que la nuisance présente une intensité
particulière ? Où doit-on placer le curseur sur l’échelle de la nuisance ?

À l’examen, pour que le trouble engage la responsabilité de son auteur, encore faut-
il, d’une part, qu’il cause un préjudice à la victime et, d’autre part, que ce préjudice
soit réparable.

Bien qu’ils entretiennent une proximité pour le moins étroite, trouble et préjudice
ne se confondent pas.

Le trouble correspond, en effet, au fait générateur de la responsabilité (bruit), tandis


que le préjudice n’en est la conséquence (maux de tête).

Il en résulte que le trouble peut parfaitement exister, sans pour autant causer de
préjudice à la victime, à tout le moins de préjudice réparable.

La caractérisation du trouble doit ainsi être envisagée indépendamment de la


question du préjudice qui ne peut donc pas se déduire de la nuisance dont se plaint
la victime.

C) Extension de la notion de trouble


À l’examen, la jurisprudence a progressivement adopté une approche extensive de
la notion de trouble, en reconnaissant qu’il pouvait également consister, d’une part,
en un risque, d’autre part en une gêne esthétique.

==> L’extension de la notion trouble au risque éventuel occasionnée


 Plusieurs arrêts rendus par la Cour de cassation ont retenu l’attention en ce qu’ils
ont admis que le trouble puisque consister en le risque créé pour le voisinage
Dans un arrêt du 10 juin 2004, la deuxième chambre civile a, par exemple, jugé
s’agissant d’une propriété située en bordure d’un golf que la contrainte pour le
propriétaire de vivre sous la menace constante d’une projection de balles qui devait
se produire d’une manière aléatoire et néanmoins inéluctable, et dont le lieu et la
force d’impact, comme la gravité des conséquences potentielles, étaient totalement
imprévisibles était constitutive d’un trouble, en ce sens que cette menace excédait
dans de fortes proportions ceux que l’on pouvait normalement attendre du
voisinage d’un parcours de golf (Cass. 2e  civ. 10 juin 2004, n°03-10434).
Ainsi le trouble ne s’apparente pas seulement en une nuisance tangible qui doit
nécessairement se produire, il peut également consister en une simple menace qui
pèse sur le voisinage, telle la menace de recevoir à tout moment des balles de golf
dans sa propriété.

Dans un arrêt du 24 février 2005, la Cour de cassation est allée plus loin en jugeant
que « la présence d’un tas de paille à moins de 10 mètres de la maison des époux
X… stockage qui, selon lui posait un problème au niveau de la sécurité incendie,
ainsi qu’un dépôt de paille dans une grange située à proximité de l’immeuble des
intimés ; que, le stockage de paille ou de foin, en meules à l’extérieur ou entreposé
dans une grange est bien de nature à faire courir un risque, dès lors qu’il était
effectué en limite de propriété et à proximité immédiate d’un immeuble
d’habitation ; que si la paille est effectivement un produit inerte, il n’en demeure
pas moins que son pouvoir de combustion est particulièrement rapide et important,
et qu’une simple étincelle peut suffire à provoquer son embrasement ; que, compte-
tenu du risque indéniable qu’elle faisait courir à l’immeuble des époux X…, la
proximité immédiate du stockage de paille de Mme Y… constituait pour ceux-ci un
trouble anormal de voisinage, auquel il devait être remédié » (Cass. 2e  civ. 24 févr.
2005, n°04-10362).
Ainsi, pour la deuxième chambre civile le simple risque d’incendie, bien que, sa
réalisation ne soit, par hypothèse, qu’éventuelle, peut être constitutif d’un trouble.

Il s’agit là d’une approche pour le moins extensive de la notion de trouble, en ce


qu’il consiste ici en une gêne psychologique, soit non tangible.
==> L’extension de la notion de trouble à la gêne esthétique occasionné
Dans un arrêt du 9 mai 2001, la Cour de cassation jugé que « la dégradation du
paysage et de l’environnement urbain » peut constituer « un trouble anormal et
excessif de voisinage, peu important qu’une telle opération eût été réalisée
conformément aux règles de l’urbanisme ».
La deuxième chambre civile admet ainsi que l’on puisse compter parmi les troubles
de voisinage la gêne esthétique.

Cette décision, n’est pas sans avoir fait réagir la doctrine qui s’est demandé si la
haute juridiction n’était pas allée trop loin dans l’extension de la notion de trouble.

Dans un arrêt du 8 juin 2004, la Cour de cassation a semblé revenir sur sa position
en excluant l’existence d’un trouble excédant les inconvénients normaux du
voisinage s’agissant de l’édification d’un immeuble qui privait le fonds voisin de la
vue sur mer (Cass. 1ère  civ. 8 juin 2004, n°02-20906).
Elle a néanmoins fait machine arrière, un an plus tard, dans l’arrêt du 24 février
2005 aux termes duquel elle admet que l’importance de dépôts de machines
usagées, caravane, camion et autres matériels divers entreposés en limite de
propriété ou stationnements prolongés de matériels hors d’usage ou usagés, à
proximité immédiate du fonds voisin, était source d’une gêne esthétique anormale
pour ceux-ci, d’autant plus injustifiée que, eu égard à la taille de sa propriété,
l’auteur de la nuisance était en mesure de procéder sans difficulté au stockage de
ces biens en un endroit plus éloigné de la limite des deux fonds, dans des
conditions qui ne soient pas susceptibles de nuire à ses voisins (Cass. 2e  civ. 24
févr. 2005, n°04-10362)
D) La préexistence du trouble
Très tôt la question s’est posée en jurisprudence de la recevabilité de l’action
engagée à l’encontre du voisin qui se serait installé antérieurement à la victime des
troubles.

Il ne s’agit pas ici de s’intéresser au contexte général dans lequel s’inscrit


l’immeuble, mais à la prééxistence, apparente, du gêneur particulier duquel émane
le trouble.

Doit-on admettre que l’antériorité d’installation confère à l’occupant une immunité


contre les actions fondées sur les troubles de voisinage ou doit-on considérer que
cette situation est sans incidence sur le droit à indemnisation de la victime du
trouble ?
La réponse à cette question est réglée par la théorie dite de la « pré-occupation »
laquelle a donné lieu à une évolution de la jurisprudence, sous l’impulsion du
législateur.

==> Évolution

 La position orthodoxe de la jurisprudence


 Dans un premier temps la jurisprudence refusait catégoriquement
d’écarter l’indemnisation de la victime de troubles de voisinage au seul
nom de l’antériorité d’installation de l’auteur des nuisances (V. en ce
sens civ., 18 févr. 1907).
 Une certaine doctrine soutenait pourtant que lorsque le trouble
préexistait de manière apparente à l’installation de la victime, cette
dernière avait, en quelque sorte, accepté les risques.
 Or pour mémoire, l’acceptation des risques constitue, en matière de
responsabilité délictuelle, un fait justificatif susceptible d’exonérer
l’auteur du dommage de sa responsabilité.
 Bien que audacieuse, cette thèse n’a pas convaincu les juridictions qui,
en substance, considéraient que l’antériorité d’occupation de l’auteur des
troubles ne pouvait, en aucune manière, lui conférer une immunité civile.
 L’admettre, serait revenu pour la jurisprudence à légaliser la création
d’une servitude en dehors du cadre défini à l’article 691 du Code civil,
lequel prévoit que « les servitudes continues non apparentes, et les
servitudes discontinues apparentes ou non apparentes, ne peuvent
s’établir que par titres».
 Considérant que la position adoptée par la Cour de cassation manquait
de souplesse, le législateur est intervenu en 1976.
 L’assouplissement de la règle par le législateur
 Le législateur est intervenu dès 1976 pour assouplir la position pour le
moins orthodoxe de la jurisprudence.
 Aussi, a-t-il introduit un article L. 421-9 dans le Code de l’urbanisme,
que la loi du 4 juillet 1980 a, par suite, transféré à l’article L. 112-16 du
Code de la construction et de l’habitation.
 Cette disposition prévoit que « les dommages causés aux occupants
d’un bâtiment par des nuisances dues à des activités agricoles,
industrielles, artisanales, commerciales, touristiques, culturelles ou
aéronautiques, n’entraînent pas droit à réparation lorsque le permis de
construire afférent au bâtiment exposé à ces nuisances a été demandé ou
l’acte authentique constatant l’aliénation ou la prise de bail établi
postérieurement à l’existence des activités les occasionnant dès lors que
ces activités s’exercent en conformité avec les dispositions législatives ou
réglementaires en vigueur et qu’elles se sont poursuivies dans les mêmes
conditions. »
 À l’examen, ce texte prévoit un certain nombre de cas qui exonèrent,
sous certaines conditions, l’auteur des dommages de toute responsabilité
au titre des troubles anormaux du voisinage en raison de l’antériorité de
son occupation.
 Il s’agit là, en quelque sorte d’une servitude d’intérêt économique qui
est consentie aux personnes qui exploitent des activités agricoles,
industrielles, artisanales, commerciales, touristiques, culturelles ou
aéronautiques.
 La règle posée par la jurisprudence aux termes de laquelle l’antériorité
de l’installation est sans incidence sur le droit à indemnisation d’une
victime de troubles de voisinage est ainsi assortie d’exceptions.
 L’intervention du Conseil constitutionnel
 Dans le cadre d’un litige engagé par des propriétaires pour qu’il soit
mis fin à des troubles anormaux du voisinage causés par les clients d’un
relais routier dont le parking est contigu à leur habitation, la Cour de
cassation a été saisie aux fins que soit portée devant le Conseil
constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité (  3e  civ., 27
janv. 2011, n° 10-40.056).
 La question posée était de savoir si l’article L. 112-16 du code de la
construction et de l’habitation portait atteinte aux droits et libertés
garantis par la Constitution en ses articles 1 à 4 de la Charte de
l’environnement de 2004 intégrée au préambule de la Constitution de
1958 ?
 À cette question, le Conseil constitutionnel a, dans une décision du 8
avril 2011, répondu par la négative, considérant que « l’article L. 112-16
du code de la construction et de l’habitation interdit à une personne
s’estimant victime d’un trouble anormal de voisinage d’engager, sur ce
fondement, la responsabilité de l’auteur des nuisances dues à une
activité agricole, industrielle, artisanale, commerciale ou aéronautique
lorsque cette activité, antérieure à sa propre installation, a été créée et
se poursuit dans le respect des dispositions législatives ou
réglementaires en vigueur et, en particulier, de celles qui tendent à la
préservation et à la protection de l’environnement ; que cette même
disposition ne fait pas obstacle à une action en responsabilité fondée sur
la faute ; que, dans ces conditions, l’article L. 112-16 du code de la
construction et de l’habitation ne méconnaît ni le principe de
responsabilité ni les droits et obligations qui résultent des articles 1er à
4 de la Charte de l’environnement» ( const., 8 avr. 2011, n° 2011-116
QPC).
==> Conditions

L’application de l’article L. 112-16 du Code de la construction et de l’habitation est


subordonnée à la réunion de plusieurs conditions :

 L’exploitation d’une activité agricole, industrielle, artisanale,


commerciale ou aéronautique
 La prise en compte de l’antériorité de l’installation ne bénéficie qu’aux
seules personnes qui exploitent des activités agricoles, industrielles,
artisanales, commerciales, touristiques, culturelles ou aéronautiques.
 À cet égard, la Cour de cassation se refuse à toute extension du champ
d’application de l’article L. 112-16 qui fait l’objet d’une interprétation
stricte.
 Ainsi, a-t-elle refusé, par exemple, qu’il puisse être invoqué dans le
cadre d’un litige opposant des copropriétaires (V. en ce sens ass. 3e  civ.,
23 janv. 1991).
 L’exigence d’antériorité du trouble
 L’article L. 112-16 du Code de la construction et de l’habitation
prévoit que seules les activités qui « se sont poursuivies dans les mêmes
conditions» que celles qui existaient au moment de l’installation de la
victime du trouble.
 Si, autrement dit, les conditions d’exercice de l’activité se sont
transformées postérieurement à l’installation de la victime et que la
survenance du trouble procède de cette transformation, alors l’auteur des
nuisances ne pourra se prévaloir d’aucune immunité.
 Dans un arrêt du 18 janvier 2005, la Cour de cassation a jugé en ce
sens que bien que l’activité agricole des exploitants était antérieure à
l’installation des victimes des nuisances, ces nuisances avaient pour
origine l’accroissement d’un élevage qui est intervenu postérieurement à
cette installation.
 La troisième chambre civile en déduit que les requérants étaient
parfaitement fondés à solliciter une indemnisation à raison de l’existence
de troubles qui excédaient les inconvénients normaux du voisinage
(  3e  civ. 18 janv. 2005, n°03-18914).
 L’existence de conformité de l’activité aux lois et règlements
 L’article L. 112-16 du Code de la construction et de l’habitation n’est
applicable qu’à la condition que l’exercice de l’activité agricole,
industrielle, artisanale, commerciale ou aéronautique soit conforme aux
lois et règlements.
 Dans le cas contraire, l’antériorité de l’activité sera inopposable à la
victime des troubles de voisinage.
 Dans un arrêt du 13 janvier 2005, la Cour de cassation a, par exemple,
considéré qu’une activité antérieure à l’installation du voisin, mais dont
la légalité n’est clairement établie que postérieurement à cette
installation, est une activité postérieure à l’installation de l’article L. 112-
16 du Code de la construction de l’habitation (V. en ce sens 2e  civ. 13
janv. 2005, n°04-12.623).
 Dans un autre arrêt du 10 juin 2004, la question s’est posée de savoir
si, en l’absence de réglementation spécifique de l’activité, l’article L.
112-16 pouvait s’appliquer.
 Dans cette décision, le voisin d’un golf se plaignait des balles qui
atterrissaient régulièrement dans sa propriété, ce qui était de nature à
troubler la jouissance de son bien.
 Reste qu’il s’était installé postérieurement à l’exploitation de ce golf,
si bien que l’on eût pu penser que l’article L. 112-16 était applicable au
cas particulier.
 C’est sans compter sur la Cour de cassation qui, dans cette affaire, a
jugé « qu’en l’absence de texte définissant les règles d’exploitation d’un
terrain de golf autre que le règlement du lotissement qu’elle n’a pas
dénaturé, la société Massane loisirs ne pouvait utilement invoquer en
l’espèce les dispositions de l’article L. 112-16 du Code de la
construction et de l’Habitation qui ne prévoient une exonération de
responsabilité que si l’activité génératrice du trouble s’exerce
conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur,
de sorte qu’il convenait de faire application du principe général selon
lequel l’exercice même légitime du droit de propriété devient générateur
de responsabilité lorsque le trouble qui en résulte pour autrui dépasse la
mesure des obligations ordinaires du voisinage» (  2e  civ. 10 juin 2004,
n°03-10434).
II) Les conditions tenant à l’anormalité de troubles de voisinage
Pour que le trouble de voisinage soit de nature à engager la responsabilité de son
auteur, encore faut-il qu’il soit anormal.
Dans la mesure où, en matière de responsabilité fondée sur les troubles de
voisinage, il est indifférent qu’une faute puisse être reprochée à l’auteur des
nuisances, l’anormalité ne se confond pas avec l’illicéité.

En effet, un trouble peut parfaitement n’être en contravention avec aucun texte et


pourtant être anormal et, par voie de conséquence, ouvrir droit à réparation pour la
victime.

À l’analyse, il ressort de la jurisprudence que l’anormalité du trouble est


caractérisée lorsque deux conditions cumulatives sont réunies :

 Le trouble présente un certain degré de gravité


 Le trouble est persistant et récurrent
==> Sur la gravité du trouble

Seul le trouble de voisinage qui présente une gravité suffisante engage la


responsabilité de son auteur. Les désagréments mineurs et qui, au fond, sont
inhérents aux rapports de voisinage et plus généralement à la vie en société ne sont
pas sanctionnés.

Seul l’excès ouvre droit à réparation, soit lorsque le trouble atteint un certain
niveau de désagrément.

La jurisprudence retient ainsi la responsabilité de l’auteur d’un trouble lorsqu’il


« excède les inconvénients normaux de voisinage » (Cass. 2e  civ. 16 juill. 1969).
À l’évidence, la notion d’« anormalité » est une notion relative qui ne peut pas
s’apprécier intrinsèquement.

Elle requiert, en effet, une appréciation in concreto en tenant compte des


circonstances de temps (nuit et jour) et de lieu (milieu rural ou citadin, zone
résidentielle ou industrielle), mais également en prenant en considération la
perception des personnes qui se plaignent (V. en ce sens Cass. 3e  civ., 14 janvier
2004, n°01-17.687).
Aussi, convient qu’il faut désigner seulement par trouble « anormal » celui que les
voisins n’ont pas l’habitude de subir dans telle région et à telle époque. Car au
fond, ce qu’on doit supporter de ses voisins, et ce que, pour leur être supportable,
on doit éviter, est affaire de convenance et d’usage, donc de temps et de lieu.
C’est la raison pour laquelle le caractère excessif du trouble doit s’apprécier
compte tenu de toutes les circonstances du cas et notamment de sa permanence . À
cet égard, ce trouble dommageable est caractérisé par l’aggravation des embarras
inhérents au voisinage se traduisant notamment par toutes dégradations de vie.

Dans ce cadre, les juges du fond apprécient souverainement le caractère anormal du


trouble (Cass. 2e  civ., 27 mai 1999, n° 97-20488) ainsi que les mesures propres à le
faire cesser (Cass. 2e  civ., 9 octobre 1996, n° 94-16616).
Dans un arrêt du 13 juillet 2004, la Cour de cassation a ainsi opposé à l’auteur d’un
pourvoi contestant la caractérisation d’un trouble par la Cour d’appel que « d’une
part, que sous le couvert du grief non fondé de manque de base légale au regard de
l’article 1382 du Code civil, la première branche du moyen ne tend qu’à remettre
en discussion le pouvoir souverain des juges du fond en ce qui concerne l’existence
de troubles anormaux du voisinage » (Cass. 1ère  civ. 13 juill. 2004, n°02-15176).
Cela n’empêche pas la Cour de cassation d’exercer un contrôle étroit sur la
motivation de la Cour d’appel quant à la caractérisation du trouble.

==> Sur la persistance et la récurrence du trouble

L’anormalité du trouble ne procède pas seulement de sa gravité : la nuisance doit


encore être persistance et récurrente.

Dans un arrêt du 5 février 2004, la deuxième chambre civile a, par exemple, jugé
que « procédant d’une appréciation souveraine des éléments de preuve et desquels
il ressort que les troubles, qui, en raison de leur durée, ne résultaient plus d’un cas
de force majeure, excédaient les inconvénients normaux du voisinage, la cour
d’appel a légalement justifié sa décision » (Cass. 2e  civ. 5 févr. 2004, n°02-15206).
Ainsi, pour ouvrir droit à indemnisation le trouble doit être continu, à tout le moins
répétitif. S’il n’est que très ponctuel, il ne saurait présenter un caractère anormal.
Troubles de voisinage: la responsabilité du propriétaire (maître d’ouvrage) du fait
de l’entrepreneur de travaux
28 MARS 2020 / AURÉLIEN BAMDÉ / POSTER UN COMMENTAIRE
lors même qu’il n’est pas l’auteur du trouble, la jurisprudence a admis que le
propriétaire du terrain dont ce trouble émane engage sa responsabilité.

Il s’agit là d’un cas spécifique de responsabilité du fait d’autrui qui ne repose, ni


sur l’article 1240 du Code civil, ni sur l’article 1242, al. 1er, mais sur le fondement
de la théorie des troubles anormaux de voisinage.
Ainsi que le résument Philippe Malaurie et Laurent Aynès « la victime peut agir
directement contre l’auteur du trouble, même s’il n’est pas propriétaire : locataire
ou entrepreneur ; ou contre le propriétaire, même s’il n’est pas l’auteur du
trouble, car il répond du locataire ou de l’entrepreneur. Le propriétaire, le
locataire et l’entrepreneur sont solidairement responsables ».
L’objectif ici visé par la jurisprudence est de faciliter l’exercice du droit à
réparation en multipliant les débiteurs d’indemnisation.

Ainsi, le propriétaire du fonds engage sa responsabilité de plein droit à raison du


trouble anormal causé par son locataire ou par l’entrepreneur de travaux qu’il a
commis .

Nous nous focaliserons ici sur la responsabilité du propriétaire du fait de


l’entrepreneur de travaux.

Plusieurs actions doivent être envisagées :

 L’action de la victime des troubles contre le maître d’ouvrage


 Le recours du maître d’ouvrage contre les entrepreneurs de travaux
 Les recours des entrepreneurs de travaux entre eux
==> L’action de la victime des troubles contre le maître d’ouvrage

À l’instar de la responsabilité du propriétaire du fait de son locataire, lorsqu’il


endosse la qualité de maître d’ouvrage il est pareillement responsable du fait de
l’intervention de l’entrepreneur de travaux qu’il a commis.

Cette solution a d’abord été consacrée par la Cour de cassation dans un arrêt du 4
février 1971.

La troisième chambre civile a estimé, dans cette décision, au visa des articles


544 et 1382 (nouvellement 1240) du Code civil que :

 D’une part, si « aux termes du premier de ces textes, la propriété est le droit
de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on
n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements, le
propriétaire voisin de celui qui construit légitimement sur son terrain est
néanmoins tenu de subir les inconvénients normaux du voisinage»
 D’autre part, « qu’en revanche, il est en droit d’exiger une réparation dès
lors que ces inconvénients excédent cette limite»
Il ressort ainsi de cet arrêt que le maître d’ouvrage est responsable du fait de son
constructeur dont l’intervention est à l’origine du trouble.

La Cour de cassation a statué, dans le même sens, d’un arrêt du 22 juin 2005, aux
termes duquel elle a estimé que « le propriétaire de l’immeuble auteur des
nuisances, et les constructeurs à l’origine de celles-ci sont responsables de plein
droit vis-à-vis des voisins victimes, sur le fondement de la prohibition du trouble
anormal de voisinage, ces constructeurs étant, pendant le chantier, les voisins
occasionnels des propriétaires lésés » (Cass. 3e  civ., 22 juin 2005, n° 03-
20.068 et 03-20.991).
Le propriétaire engage également sa responsabilité du fait de l’entrepreneur (Cass.
3e  civ., 11 mai 2000, n°98-18249) ou encore du maître d’œuvre (Cass. 3e  civ., 20
déc. 2006, n°05-10.855)
À cet égard, il convient d’observer que, à la différence du maître d’ouvrage qui
engage sa responsabilité de plein droit dès lors que le trouble anormal est
caractérisé, celle de l’entrepreneur de travaux ne peut l’être qu’à la condition qu’il
soit démontré que le trouble est en relation directe avec la mission qui lui a été
confiée (V. en ce sens Cass. 3e  civ. 9 févr. 2011, n°09-71.570 et 09-72.494).
==> Le recours du maître d’ouvrage contre les entrepreneurs de travaux

Lorsque le propriétaire a été condamné à indemniser la victime du trouble, alors


même qu’il n’en était pas à l’origine, la jurisprudence admet qu’il dispose d’un
recours contre l’entrepreneur de travaux.

Dans un arrêt du 2 juin 2015, la Cour de cassation a, par exemple, jugé « qu’un
maître de l’ouvrage condamné pour avoir réalisé des travaux ayant causé à autrui
un trouble anormal de voisinage et contre lequel n’est établi ni immixtion fautive
ni acceptation délibérée des risques est, subrogé, après paiement de l’indemnité,
dans les droits de la victime et est bien fondé, avec son assureur, à recourir contre
les constructeurs qui par leur action ont été seuls à l’origine des troubles invoqués
et leurs assureurs, sans avoir à prouver leur faute, pour obtenir leur garantie
intégrale » (Cass. 3e  civ., 2 juin 2015, n° 14-11149)
Ainsi, en cas de condamnation consécutivement à l’action engagée par la victime
de troubles anormaux de voisinage, le propriétaire du fonds dont émanent ces
troubles dispose d’un recours contre l’entrepreneur de travaux qu’il a commis.
Selon que l’auteur des troubles sera l’entrepreneur principal ou un sous-traitant le
fondement du recours sera, tantôt de nature contractuelle, tantôt de nature
délictuelle.

Il importe encore de distinguer selon que le recours du maître d’ouvrage est exercé,
avant l’indemnisation de la victime du trouble ou après.

 Le recours intervient avant l’indemnisation de la victime du trouble


 Dans cette hypothèse, le maître d’ouvrage ne disposera que d’un seul
recours, fondé sur la responsabilité contractuelle.
 Aussi, pour mener à bien son action contre l’auteur des troubles devra-
t-il établir une inexécution contractuelle.
 Cette exigence a été affirmée par la Cour de cassation notamment dans
un arrêt du 28 novembre 2001.
 Elle a, en effet, jugé dans cette décision que « la responsabilité de
l’entrepreneur vis-à-vis du maître de l’ouvrage condamné à réparer les
dommages causés à un tiers sur le fondement des troubles anormaux du
voisinage est de nature contractuelle, et que le maître de l’ouvrage ne
peut invoquer une présomption de responsabilité à l’encontre de
l’entrepreneur gardien du chantier» (  3e  civ. 28 nov. 2001, n°00-13559
00-14450).
 Manifestement, lorsque le maître d’ouvrage est contraint d’agir sur le
fondement de la responsabilité contractuelle, sa situation n’est pas des
plus confortables, dans la mesure où il est contraint de caractériser une
faute.
 Cette exigence a été rappelée dans un arrêt du 24 février 2003 aux
termes duquel la 3e chambre civile a reproché à une Cour d’appel d’avoir
condamné l’entrepreneur de travaux « sans caractériser les fautes
éventuellement commises par la société Sade CGTH, sur le fondement de
la responsabilité contractuelle régissant les rapports unissant le maître
de l’ouvrage à l’entrepreneur ayant exécuté les travaux» (  3e  civ. 24
févr. 2003, n°01-18017).
 Pour cette raison, le maître d’ouvrage a plutôt intérêt à indemniser la
victime du trouble avant d’exercer son recours contre l’entrepreneur de
travaux, ce afin de bénéficier du recours subrogatoire qui, en ce qu’il
repose sur la théorie des troubles de voisinage, le dispense de rapporter la
preuve de la faute.
 Le recours intervient après l’indemnisation de la victime du trouble
 Lorsque le recours exercé par le maître d’ouvrage intervient
postérieurement à l’indemnisation de la victime du trouble, le maître
d’ouvrage dispose de deux sortes de recours : un recours personnel et un
recours personnel
 S’agissant du recours personnel
 Ce recours présente l’inconvénient d’exiger du maître
d’ouvrage qu’il rapporte la preuve d’un manquement par
l’entrepreneur de travaux à ses obligations contractuelles
 Le succès de son action s’en trouve dès lors pour le moins
incertain.
 Il se retrouve, en effet, dans la même situation que si
l’indemnisation de la victime du trouble était intervenue après
l’exercice de son recours.
 S’agissant du recours subrogatoire
 Ce recours présente l’avantage de permettre au maître
d’ouvrage de se subroger dans les droits de la victime du trouble
et, par voie de conséquence, d’exercer son recours sur le
fondement de la théorie des troubles de voisinage.
 Dans ces conditions, il sera dispensé de rapporter la
preuve d’une faute : la seule caractérisation du trouble suffit à
obtenir gain de cause.
 C’est ainsi que dans un arrêt du 21 juillet 1999, la Cour
de cassation a censuré une Cour d’appel qui pour débouter un
maître d’ouvrage et son assureur, de leur action récursoire, elle
considère que « le maître de l’ouvrage, agissant contre
l’entrepreneur général sur un fondement juridique qui n’est pas
celui de l’article 1792 du Code civil doit démontrer l’existence
d’une faute et que la preuve de cette faute n’est pas rapportée»
 La troisième chambre civile juge néanmoins « qu’en
statuant ainsi, alors qu’elle avait relevé, par un motif non
critiqué, que l’association Institut Curie était subrogée dans les
droits et actions de ses voisins, victimes de troubles anormaux du
voisinage, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences
légales de ses propres constatations, a violé le principe susvisé»
(  3e  civ. 21 juill. 1999, n°96-22735).
 Lorsque donc le maître d’ouvrage exerce un recours
subrogatoire, il est dispensé de rapporter la preuve d’une faute.
 La Cour de cassation a réitéré cette solution dans un arrêt
du 24 septembre 2003 en jugeant « qu’ayant relevé qu’il était
établi par les pièces produites que [le maître d’ouvrage] avait
effectué des paiements au profit des voisins victimes des
désordres, la cour d’appel a retenu à bon droit qu’étant subrogée
dans les droits de ces derniers à hauteur de ces paiements, cette
société était bien fondée à recourir contre les constructeurs et
leurs assureurs sur le fondement du principe prohibant les
troubles anormaux du voisinage, qui ne requiert pas la preuve
d’une faute» (  3e  civ. 24 sept. 2003, n°02-12873).
 Elle a encore précisé, dans un arrêt du 22 juin 2005, que
le maître d’ouvrage était fondé à solliciter des entrepreneurs de
travaux une indemnisation à hauteur de l’intégralité des sommes
versées à l’auteur du trouble, nonobstant l’absence de faute
commise par eux.
 Ainsi, dans cet arrêt la troisième chambre civile juge
« qu’ayant relevé que l’Hôtel George V avait exécuté le jugement
et payé les dédommagements accordés aux voisins par le
Tribunal, et retenu qu’il n’était pas démontré par les contrats, les
correspondances échangées et le rapport des experts que le
maître de l’ouvrage ait été pleinement informé des risques de
troubles au voisinage, ait entendu décharger les entreprises de
leurs responsabilités, et ait prescrit dans ces conditions la
poursuite du chantier, la cour d’appel en a déduit à bon droit,
sans dénaturation, que du fait de la subrogation dont elle était
bénéficiaire dans les droits des victimes, la société George V était
fondée à obtenir la garantie totale des locateurs d’ouvrage
auteurs du trouble, dont la responsabilité vis-à-vis du maître de
l’ouvrage n’exigeait pas la caractérisation d’une faute» (  3e  civ.
22 juin 2005, n°03-20068).
 Il ressort de cet arrêt que si le maître d’ouvrage dispose
d’un recours contre les sous-traitants, par exception, il peut être
privé de ce recours dans l’hypothèse où pleinement informé des
risques de troubles au voisinage, il aurait entendu décharger les
entreprises de leurs responsabilités en leur prescrivant, nonobstant
la situation, de poursuivre le chantier sans en tirer les
conséquences qui s’imposent
==> Les recours des entrepreneurs de travaux entre eux
Le maître d’ouvrage n’est pas le seul à bénéficier d’une action récursoire en cas de
condamnation à indemniser l’auteur des troubles, les entrepreneurs de travaux
disposent également de recours entre eux.

À cet égard, dans un arrêt du 26 avril 2006, la Cour de cassation a précisé que
« l’entrepreneur principal ne peut exercer de recours subrogatoire contre les sous-
traitants que pour la fraction de la dette dont il ne doit pas assumer la charge
définitive » (Cass. 3e  civ. 26 avr. 2006, n°05-10100).
S’agissant, par ailleurs, de la contribution à la dette des entrepreneurs de travaux
lorsqu’ils sont plusieurs à être intervenus sur le chantier, il y a lieu de distinguer
deux situations

À cet égard, deux situations doivent être distinguées :

 Des fautes peuvent être reprochées aux entrepreneurs de travaux


 Dans cette hypothèse, la Cour de cassation a jugé dans l’arrêt du 26
avril 2006 que « dans les rapports entre le locateur d’ouvrage auteur du
trouble anormal causé aux voisins et les autres professionnels dont la
responsabilité peut être recherchée, la charge finale de la condamnation,
formant contribution à la dette, se répartit en fonction de la gravité de
leurs fautes respectives» (  3e  civ. 26 avr. 2006, n°05-10100).
 Lorsque, de la sorte, le trouble de voisinage procède de fautes
commises par les entrepreneurs de travaux, ils engagent leur
responsabilité à concurrence de la gravité du manquement susceptible de
leur être reproché
 Aucune faute ne peut être reprochée aux entrepreneurs des travaux
 Dans un arrêt du 20 décembre 2006, la Cour de cassation a considéré
que « dans l’exercice du recours du maître de l’ouvrage ou de son
assureur au titre d’un trouble excédant les inconvénients normaux du
voisinage, la contribution à la dette, en l’absence de faute, se répartit à
parts égales entre les co-obligés» (  3e  civ. 20 déc. 2006, n°05-10855).
 Dans cette situation, si plusieurs entrepreneurs de travaux ont
concouru à la production du préjudice subi par la victime des troubles de
voisinage, aucune faute ne peut leur être reproché.
 C’est la raison pour laquelle la Cour de cassation décide qu’il s’agit là
d’un cas de partage de responsabilité.
Troubles de voisinage: la responsabilité du bailleur du fait de son locataire
28 MARS 2020 / AURÉLIEN BAMDÉ / POSTER UN COMMENTAIRE
Alors même qu’il n’est pas l’auteur du trouble, la jurisprudence a admis que le
propriétaire du terrain dont ce trouble émane engage sa responsabilité.

Il s’agit là d’un cas spécifique de responsabilité du fait d’autrui qui ne repose, ni


sur l’article 1240 du Code civil, ni sur l’article 1242, al. 1er, mais sur le fondement
de la théorie des troubles anormaux de voisinage.
Ainsi que le résument Philippe Malaurie et Laurent Aynès « la victime peut agir
directement contre l’auteur du trouble, même s’il n’est pas propriétaire : locataire
ou entrepreneur ; ou contre le propriétaire, même s’il n’est pas l’auteur du
trouble, car il répond du locataire ou de l’entrepreneur. Le propriétaire, le
locataire et l’entrepreneur sont solidairement responsables ».
L’objectif ici visé par la jurisprudence est de faciliter l’exercice du droit à
réparation en multipliant les débiteurs d’indemnisation.

Ainsi, le propriétaire du fonds engage sa responsabilité de plein droit à raison du


trouble anormal causé par son locataire ou par l’entrepreneur de travaux qu’il a
commis .

Nous nous focaliserons ici sur la responsabilité du bailleur du fait de son locataire.

Deux recours doivent ici être distingués :

 Le recours de la victime des troubles de voisinage contre le propriétaire-


bailleur
 Le recours du propriétaire-bailleur contre le locataire
==> Le recours de la victime du trouble contre le propriétaire-bailleur

Dans un arrêt du 17 avril 1996, la Cour de cassation a jugé que « la victime d’un
trouble de voisinage trouvant son origine dans l’immeuble donné en location, peut
en demander réparation au propriétaire » (Cass. 3e  civ., 17 avril 1996, n° 94-
15.876)
Elle précise, en outre, que le bailleur ne pouvait pas, au cas particulier, se réfugier
derrière l’envoi de mises en demeure à l’auteur du trouble, ce qui était insuffisant
pour l’exonérer de sa responsabilité.

À cet égard, dans un arrêt du 31 mai 2000, la Cour de cassation ajoute que le seul
fait de mentionner dans le contrat de bail que le propriétaire demandait la
suppression des micros et musique était insuffisant pour démontrer qu’il avait mis
en demeure son locataire de respecter la réglementation sur le bruit et qu’il ne
justifiait pas de vérifications particulières pour s’assurer que son locataire respectait
les obligations souscrites (Cass. 2e  civ. 31 mai 2000, n°98-17532)
La deuxième chambre civile en déduit que l’existence de troubles anormaux du
voisinage émanant de l’immeuble donné en location par le propriétaire justifiait
que, indépendamment de toute faute de la part du bailleur, le propriétaire était tenu
d’en réparer les conséquences dommageables subies par un tiers

Il en résulte que, pour pouvoir s’exonérer de sa responsabilité en cas de trouble


causé par son locataire, le bailleur doit, non seulement le mettre en demeure de
cesser les troubles dont il est l’origine, mais encore il est tenu d’obtenir la cessation
définitive de ces troubles par tous moyens fût-il obligé de menacer le locataire de la
résiliation du bail

==> Le recours du propriétaire-bailleur contre le locataire

S’il ne parvient pas à faire cesser le trouble et qu’il est condamné consécutivement
à une action engagée contre lui par la victime des troubles de voisinage, tout n’est
pas perdu pour le propriétaire.

En effet, lorsque le propriétaire a été condamné à indemniser la victime du trouble,


alors même qu’il n’en était pas à l’origine, la jurisprudence admet qu’il dispose
d’un recours contre son locataire.

Dans un arrêt du 8 juillet 1987, la Cour de cassation a considéré en ce sens que


« lorsque le trouble de voisinage émane d’un immeuble donné en location, la
victime de ce trouble peut en demander réparation au propriétaire, qui dispose
d’un recours contre son locataire lorsque les nuisances résultent d’un abus de
jouissance ou d’un manquement aux obligations nées du bail »
Pour que le bailleur soit fondé à exercer un recours contre son locataire il lui
incombe ainsi de démontrer, soit un manquement au contrat de bail, soit un abus de
jouissance du local loué.
Les conditions d’exercice de l’action en responsabilité pour troubles anormaux de
voisinage
28 MARS 2020 / AURÉLIEN BAMDÉ / POSTER UN COMMENTAIRE
Pour que la responsabilité fondée sur les troubles anormaux de voisinage soit mise
en œuvre, encore faut-il qu’il soit établi que la victime entretient une relation de
voisinage avec l’auteur des troubles.
La question qui alors se pose est de savoir ce que l’on doit entendre par relation de
voisinage. Communément, cette notion renvoie à la situation d’une personne qui
réside à faible distance d’une autre personne.

Quant au Code civil, il est silencieux sur ce point. Il n’aborde les relations de
voisinage que sous l’angle des problématiques de mitoyenneté.

Aussi, est-ce à la jurisprudence qu’est revenue la tâche :

 D’une part, de définir la notion de voisin, afin de déterminer quelles étaient


les personnes fondées à agir
 D’autre part, d’identifier les personnes susceptibles d’engager leur
responsabilité au titre d’un trouble anormal de voisinage
A) Le demandeur à l’action en responsabilité fondée sur les troubles de
voisinage
Parce que seules les personnes qui ont intérêt et qualité à agir peuvent engager une
action en responsabilité fondée sur la théorie des troubles de voisinage, la
jurisprudence s’est employée à déterminer des critères permettant de délimiter la
notion de voisin.

 Proximité de la source du trouble


 Le premier critère permettant de caractériser l’existence d’une relation
de voisinage est la proximité.
 Le voisin est nécessairement celui qui occupe un immeuble à
proximité de la source du trouble.
 Il est toutefois indifférent que le voisin occupe un fonds contigu
 Par hypothèse, le trouble est susceptible de se communiquer d’un lieu
à un autre, sans considération de bornage, de clôture ou de mitoyenneté.
 Ainsi, la fumée ou le bruit qui émanent d’une usine peuvent affecter la
jouissance de fonds voisins se situant dans un périmètre plus ou moins
large selon l’intensité et la teneur du trouble
 Il suffit donc d’être touché par le trouble pour endosser la qualification
de voisin
 Indifférence de la qualité de propriétaire
 Il est de jurisprudence constante que la qualité de propriétaire est sans
incidence sur la qualification de voisin.
 Dans un arrêt du 17 mars 2005, la Cour de cassation a jugé en ce sens
que « le principe selon lequel nul ne doit causer à autrui un trouble de
voisinage s’applique à tous les occupants d’un immeuble en copropriété
quel que soit le titre de leur occupation» (  2e  civ. 17 mars 2005, n°04-
11279)
 À cet égard, il peut être observé que, si l’article 544 du Code civil ne
peut pas servir de fondement à la théorie des troubles de voisinage, c’est,
en particulier, parce qu’il est indifférent que le voisin ait la qualité de
propriétaire.
 Pour endosser la qualification de voisin, il emporte donc peu que la
victime des troubles soit propriétaire, locataire ou encore usufruitier
 Dans un arrêt du
 Indifférence de l’occupation du fonds
 Dans un arrêt du 28 juin 1995, la Cour de cassation a précisé « qu’un
propriétaire, même s’il ne réside pas sur son fonds, est recevable à
demander qu’il soit mis fin aux troubles anormaux de voisinage
provenant d’un fonds voisin» (  2e  civ. 28 juin 1995, n°93-12681).
 Dans son rapport annuel de 1995, la Cour de cassation commente cette
décision en relevant qu’elle « règle une question qui n’avait pas encore
été jugée : l’action pour trouble de voisinage peut-elle être intentée
uniquement par les victimes directes, celles qui subissent le trouble
quotidiennement, ou bien peut-elle être mise en mouvement par les
propriétaires du bien où le trouble est subi, indépendamment du fait
qu’ils ne résident plus dans les lieux ? Par la présente décision, la cour
s’est orientée vers une solution qui permet au propriétaire d’agir même
si l’immeuble est inoccupé et quand bien même la victime directe,
locataire ou occupant à titre gratuit, s’abstiendrait de le faire. »
 Ainsi il indifférait que le fonds soit occupé par le propriétaire, son
intérêt à agir résidant, en définitive, dans la nécessité de protéger son
bien.
B) Le défendeur à l’action en responsabilité fondée sur les troubles de
voisinage
Il est admis en jurisprudence que le défendeur n’est pas nécessairement la personne
qui a causé le trouble, il peut également s’agir du propriétaire du fonds dont émane
le trouble, alors même qu’il n’en est pas à l’origine.

1. L’auteur du trouble
La personne qui est à l’origine du trouble engage sa responsabilité, sans qu’il soit
besoin d’établir qu’elle a commis une faute. La seule constatation du trouble
anormal suffit à engager sa responsabilité.
À cet égard, il est indifférent que l’auteur du trouble soit propriétaire, locataire ou
usufruitier. Ce qui importe c’est qu’il occupe le fonds dont émane le trouble.

La question s’est néanmoins posée en jurisprudence de la responsabilité des


entrepreneurs et des maîtres d’ouvrage dont l’intervention sur un fonds est à
l’origine d’un trouble affectant la jouissance des fonds voisins.

Dans un arrêt du 30 juin 1998, la Cour de cassation a ainsi retenu, sur le fondement
de la théorie des troubles anormaux de voisinage, la responsabilité d’un
entrepreneur qui avait injecté du béton dans le sol avec une intensité telle que « ce
matériau avait pénétré dans les locaux occupés par les [occupants] du fonds situés
au-delà des limites du terrain de la construction ».
Relevant que la preuve était rapportée d’un lien de cause à effet entre ces travaux et
les dommages constatés chez les voisins la troisième chambre civile valide la
décision de la Cour d’appel « qui n’était pas tenue de caractériser la faute du
constructeur » et qui a pu légitimement en déduire que l’entrepreneur « était
responsable du trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage » subi par
les occupants du fonds voisin (Cass. 3e  civ. 30 juin 1998, n°96-13039).
Il ressort de cet arrêt que la Cour de cassation n’hésite pas à retenir la responsabilité
de l’entrepreneur à l’origine du trouble, alors même que son intervention n’était
que ponctuelle et, surtout qu’il n’entretenait aucune relation de voisinage, au sens
commun du terme, avec la victime du trouble.

La Cour de cassation justifie néanmoins sa position dans son rapport annuel en


arguant que « bien que celui-ci ne soit pas, normalement, le voisin de la victime, on
peut retenir que c’est en travaillant chez un voisin qu’il a commis le trouble
anormal et cet arrêt montre la volonté de la troisième chambre d’unifier la
jurisprudence dans deux des côtés du triangle unissant entre eux les trois acteurs
de l’opération de construction litigieuse ».
Dans un arrêt du 22 juin 2005, la Cour de cassation a précisé sa position en se
référant à la notion de « voisins occasionnels ».
Elle a, en effet, confirmé l’arrêt d’une Cour d’appel qui a retenu « à bon droit que
le propriétaire de l’immeuble auteur des nuisances, et les constructeurs à l’origine
de celles-ci sont responsables de plein droit vis-à-vis des voisins victimes, sur le
fondement de la prohibition du trouble anormal de voisinage, ces constructeurs
étant, pendant le chantier, les voisins occasionnels des propriétaires lésés » (Cass.
3e  civ. 22 juin 2005, n°03-20068).
Pour que la responsabilité du voisin occasionnel soit engagée sur le fondement des
troubles de voisinage, encore faut-il, ajoute la Cour de cassation :
 D’une part, que l’entrepreneur contre qui l’action est dirigée soit l’auteur du
trouble, ce qui implique qu’en cas de sous-traitance, le sous-traitant engage
seul sa responsabilité (V. en ce sens 3e  civ. 21 mai 2008, n°07-13769)
 D’une part, que les troubles subis soient en relation de cause directe avec la
réalisation des missions confiées à l’auteur des troubles (V. en ce sens 3e  civ.
9 févr. 2011, n°09-71.570 et 09-72.494)
2. Le propriétaire du fonds dont émane le trouble
Alors même qu’il n’est pas l’auteur du trouble, la jurisprudence a admis que le
propriétaire du terrain dont ce trouble émane engage sa responsabilité.

Il s’agit là d’un cas spécifique de responsabilité du fait d’autrui qui ne repose, ni


sur l’article 1240 du Code civil, ni sur l’article 1242, al. 1er, mais sur le fondement
de la théorie des troubles anormaux de voisinage.
Ainsi que le résument Philippe Malaurie et Laurent Aynès « la victime peut agir
directement contre l’auteur du trouble, même s’il n’est pas propriétaire : locataire
ou entrepreneur ; ou contre le propriétaire, même s’il n’est pas l’auteur du
trouble, car il répond du locataire ou de l’entrepreneur. Le propriétaire, le
locataire et l’entrepreneur sont solidairement responsables ».
L’objectif ici visé par la jurisprudence est de faciliter l’exercice du droit à
réparation en multipliant les débiteurs d’indemnisation.

Ainsi, le propriétaire du fonds engage sa responsabilité de plein droit à raison du


trouble anormal causé par son locataire ou par l’entrepreneur de travaux qu’il a
commis .

i) S’agissant de la responsabilité du propriétaire-bailleur du fait du locataire


Deux recours doivent ici être distingués :

 Le recours de la victime des troubles de voisinage contre le propriétaire-


bailleur
 Le recours du propriétaire-bailleur contre le locataire
==> Le recours de la victime du trouble contre le propriétaire-bailleur

Dans un arrêt du 17 avril 1996, la Cour de cassation a jugé que « la victime d’un
trouble de voisinage trouvant son origine dans l’immeuble donné en location, peut
en demander réparation au propriétaire » (Cass. 3e  civ., 17 avril 1996, n° 94-
15.876)
Elle précise, en outre, que le bailleur ne pouvait pas, au cas particulier, se réfugier
derrière l’envoi de mises en demeure à l’auteur du trouble, ce qui était insuffisant
pour l’exonérer de sa responsabilité.

À cet égard, dans un arrêt du 31 mai 2000, la Cour de cassation ajoute que le seul
fait de mentionner dans le contrat de bail que le propriétaire demandait la
suppression des micros et musique était insuffisant pour démontrer qu’il avait mis
en demeure son locataire de respecter la réglementation sur le bruit et qu’il ne
justifiait pas de vérifications particulières pour s’assurer que son locataire respectait
les obligations souscrites (Cass. 2e  civ. 31 mai 2000, n°98-17532)
La deuxième chambre civile en déduit que l’existence de troubles anormaux du
voisinage émanant de l’immeuble donné en location par le propriétaire justifiait
que, indépendamment de toute faute de la part du bailleur, le propriétaire était tenu
d’en réparer les conséquences dommageables subies par un tiers

Il en résulte que, pour pouvoir s’exonérer de sa responsabilité en cas de trouble


causé par son locataire, le bailleur doit, non seulement le mettre en demeure de
cesser les troubles dont il est l’origine, mais encore il est tenu d’obtenir la cessation
définitive de ces troubles par tous moyens fût-il obligé de menacer le locataire de la
résiliation du bail

==> Le recours du propriétaire-bailleur contre le locataire

S’il ne parvient pas à faire cesser le trouble et qu’il est condamné consécutivement
à une action engagée contre lui par la victime des troubles de voisinage, tout n’est
pas perdu pour le propriétaire.

En effet, lorsque le propriétaire a été condamné à indemniser la victime du trouble,


alors même qu’il n’en était pas à l’origine, la jurisprudence admet qu’il dispose
d’un recours contre son locataire.

Dans un arrêt du 8 juillet 1987, la Cour de cassation a considéré en ce sens que


« lorsque le trouble de voisinage émane d’un immeuble donné en location, la
victime de ce trouble peut en demander réparation au propriétaire, qui dispose
d’un recours contre son locataire lorsque les nuisances résultent d’un abus de
jouissance ou d’un manquement aux obligations nées du bail »
Pour que le bailleur soit fondé à exercer un recours contre son locataire il lui
incombe ainsi de démontrer, soit un manquement au contrat de bail, soit un abus de
jouissance du local loué.

ii) S’agissant de la responsabilité du propriétaire-maître d’ouvrage du fait de


l’entrepreneur de travaux
Plusieurs actions doivent être envisagées :

 L’action de la victime des troubles contre le maître d’ouvrage


 Le recours du maître d’ouvrage contre les entrepreneurs de travaux
 Les recours des entrepreneurs de travaux entre eux
==> L’action de la victime des troubles contre le maître d’ouvrage

À l’instar de la responsabilité du propriétaire du fait de son locataire, lorsqu’il


endosse la qualité de maître d’ouvrage il est pareillement responsable du fait de
l’intervention de l’entrepreneur de travaux qu’il a commis.

Cette solution a d’abord été consacrée par la Cour de cassation dans un arrêt du 4
février 1971.

La troisième chambre civile a estimé, dans cette décision, au visa des articles


544 et 1382 (nouvellement 1240) du Code civil que :

 D’une part, si « aux termes du premier de ces textes, la propriété est le droit
de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on
n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements, le
propriétaire voisin de celui qui construit légitimement sur son terrain est
néanmoins tenu de subir les inconvénients normaux du voisinage»
 D’autre part, « qu’en revanche, il est en droit d’exiger une réparation dès
lors que ces inconvénients excédent cette limite»
Il ressort ainsi de cet arrêt que le maître d’ouvrage est responsable du fait de son
constructeur dont l’intervention est à l’origine du trouble.

La Cour de cassation a statué, dans le même sens, d’un arrêt du 22 juin 2005, aux
termes duquel elle a estimé que « le propriétaire de l’immeuble auteur des
nuisances, et les constructeurs à l’origine de celles-ci sont responsables de plein
droit vis-à-vis des voisins victimes, sur le fondement de la prohibition du trouble
anormal de voisinage, ces constructeurs étant, pendant le chantier, les voisins
occasionnels des propriétaires lésés » (Cass. 3e  civ., 22 juin 2005, n° 03-
20.068 et 03-20.991).
Le propriétaire engage également sa responsabilité du fait de l’entrepreneur (Cass.
3e  civ., 11 mai 2000, n°98-18249) ou encore du maître d’œuvre (Cass. 3e  civ., 20
déc. 2006, n°05-10.855)
À cet égard, il convient d’observer que, à la différence du maître d’ouvrage qui
engage sa responsabilité de plein droit dès lors que le trouble anormal est
caractérisé, celle de l’entrepreneur de travaux ne peut l’être qu’à la condition qu’il
soit démontré que le trouble est en relation directe avec la mission qui lui a été
confiée (V. en ce sens Cass. 3e  civ. 9 févr. 2011, n°09-71.570 et 09-72.494).
==> Le recours du maître d’ouvrage contre les entrepreneurs de travaux

Lorsque le propriétaire a été condamné à indemniser la victime du trouble, alors


même qu’il n’en était pas à l’origine, la jurisprudence admet qu’il dispose d’un
recours contre l’entrepreneur de travaux.

Dans un arrêt du 2 juin 2015, la Cour de cassation a, par exemple, jugé « qu’un
maître de l’ouvrage condamné pour avoir réalisé des travaux ayant causé à autrui
un trouble anormal de voisinage et contre lequel n’est établi ni immixtion fautive
ni acceptation délibérée des risques est, subrogé, après paiement de l’indemnité,
dans les droits de la victime et est bien fondé, avec son assureur, à recourir contre
les constructeurs qui par leur action ont été seuls à l’origine des troubles invoqués
et leurs assureurs, sans avoir à prouver leur faute, pour obtenir leur garantie
intégrale » (Cass. 3e  civ., 2 juin 2015, n° 14-11149)
Ainsi, en cas de condamnation consécutivement à l’action engagée par la victime
de troubles anormaux de voisinage, le propriétaire du fonds dont émanent ces
troubles dispose d’un recours contre l’entrepreneur de travaux qu’il a commis.

Selon que l’auteur des troubles sera l’entrepreneur principal ou un sous-traitant le


fondement du recours sera, tantôt de nature contractuelle, tantôt de nature
délictuelle.

Il importe encore de distinguer selon que le recours du maître d’ouvrage est exercé,
avant l’indemnisation de la victime du trouble ou après.

 Le recours intervient avant l’indemnisation de la victime du trouble


 Dans cette hypothèse, le maître d’ouvrage ne disposera que d’un seul
recours, fondé sur la responsabilité contractuelle.
 Aussi, pour mener à bien son action contre l’auteur des troubles devra-
t-il établir une inexécution contractuelle.
 Cette exigence a été affirmée par la Cour de cassation notamment dans
un arrêt du 28 novembre 2001.
 Elle a, en effet, jugé dans cette décision que « la responsabilité de
l’entrepreneur vis-à-vis du maître de l’ouvrage condamné à réparer les
dommages causés à un tiers sur le fondement des troubles anormaux du
voisinage est de nature contractuelle, et que le maître de l’ouvrage ne
peut invoquer une présomption de responsabilité à l’encontre de
l’entrepreneur gardien du chantier» (  3e  civ. 28 nov. 2001, n°00-13559
00-14450).
 Manifestement, lorsque le maître d’ouvrage est contraint d’agir sur le
fondement de la responsabilité contractuelle, sa situation n’est pas des
plus confortables, dans la mesure où il est contraint de caractériser une
faute.
 Cette exigence a été rappelée dans un arrêt du 24 février 2003 aux
termes duquel la 3e chambre civile a reproché à une Cour d’appel d’avoir
condamné l’entrepreneur de travaux « sans caractériser les fautes
éventuellement commises par la société Sade CGTH, sur le fondement de
la responsabilité contractuelle régissant les rapports unissant le maître
de l’ouvrage à l’entrepreneur ayant exécuté les travaux» (  3e  civ. 24
févr. 2003, n°01-18017).
 Pour cette raison, le maître d’ouvrage a plutôt intérêt à indemniser la
victime du trouble avant d’exercer son recours contre l’entrepreneur de
travaux, ce afin de bénéficier du recours subrogatoire qui, en ce qu’il
repose sur la théorie des troubles de voisinage, le dispense de rapporter la
preuve de la faute.
 Le recours intervient après l’indemnisation de la victime du trouble
 Lorsque le recours exercé par le maître d’ouvrage intervient
postérieurement à l’indemnisation de la victime du trouble, le maître
d’ouvrage dispose de deux sortes de recours : un recours personnel et un
recours personnel
 S’agissant du recours personnel
 Ce recours présente l’inconvénient d’exiger du maître
d’ouvrage qu’il rapporte la preuve d’un manquement par
l’entrepreneur de travaux à ses obligations contractuelles
 Le succès de son action s’en trouve dès lors pour le moins
incertain.
 Il se retrouve, en effet, dans la même situation que si
l’indemnisation de la victime du trouble était intervenue après
l’exercice de son recours.
 S’agissant du recours subrogatoire
 Ce recours présente l’avantage de permettre au maître
d’ouvrage de se subroger dans les droits de la victime du trouble
et, par voie de conséquence, d’exercer son recours sur le
fondement de la théorie des troubles de voisinage.
 Dans ces conditions, il sera dispensé de rapporter la
preuve d’une faute : la seule caractérisation du trouble suffit à
obtenir gain de cause.
 C’est ainsi que dans un arrêt du 21 juillet 1999, la Cour
de cassation a censuré une Cour d’appel qui pour débouter un
maître d’ouvrage et son assureur, de leur action récursoire, elle
considère que « le maître de l’ouvrage, agissant contre
l’entrepreneur général sur un fondement juridique qui n’est pas
celui de l’article 1792 du Code civil doit démontrer l’existence
d’une faute et que la preuve de cette faute n’est pas rapportée»
 La troisième chambre civile juge néanmoins « qu’en
statuant ainsi, alors qu’elle avait relevé, par un motif non
critiqué, que l’association Institut Curie était subrogée dans les
droits et actions de ses voisins, victimes de troubles anormaux du
voisinage, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences
légales de ses propres constatations, a violé le principe susvisé»
(  3e  civ. 21 juill. 1999, n°96-22735).
 Lorsque donc le maître d’ouvrage exerce un recours
subrogatoire, il est dispensé de rapporter la preuve d’une faute.
 La Cour de cassation a réitéré cette solution dans un arrêt
du 24 septembre 2003 en jugeant « qu’ayant relevé qu’il était
établi par les pièces produites que [le maître d’ouvrage] avait
effectué des paiements au profit des voisins victimes des
désordres, la cour d’appel a retenu à bon droit qu’étant subrogée
dans les droits de ces derniers à hauteur de ces paiements, cette
société était bien fondée à recourir contre les constructeurs et
leurs assureurs sur le fondement du principe prohibant les
troubles anormaux du voisinage, qui ne requiert pas la preuve
d’une faute» (  3e  civ. 24 sept. 2003, n°02-12873).
 Elle a encore précisé, dans un arrêt du 22 juin 2005, que
le maître d’ouvrage était fondé à solliciter des entrepreneurs de
travaux une indemnisation à hauteur de l’intégralité des sommes
versées à l’auteur du trouble, nonobstant l’absence de faute
commise par eux.
 Ainsi, dans cet arrêt la troisième chambre civile juge
« qu’ayant relevé que l’Hôtel George V avait exécuté le jugement
et payé les dédommagements accordés aux voisins par le
Tribunal, et retenu qu’il n’était pas démontré par les contrats, les
correspondances échangées et le rapport des experts que le
maître de l’ouvrage ait été pleinement informé des risques de
troubles au voisinage, ait entendu décharger les entreprises de
leurs responsabilités, et ait prescrit dans ces conditions la
poursuite du chantier, la cour d’appel en a déduit à bon droit,
sans dénaturation, que du fait de la subrogation dont elle était
bénéficiaire dans les droits des victimes, la société George V était
fondée à obtenir la garantie totale des locateurs d’ouvrage
auteurs du trouble, dont la responsabilité vis-à-vis du maître de
l’ouvrage n’exigeait pas la caractérisation d’une faute» (  3e  civ.
22 juin 2005, n°03-20068).
 Il ressort de cet arrêt que si le maître d’ouvrage dispose
d’un recours contre les sous-traitants, par exception, il peut être
privé de ce recours dans l’hypothèse où pleinement informé des
risques de troubles au voisinage, il aurait entendu décharger les
entreprises de leurs responsabilités en leur prescrivant, nonobstant
la situation, de poursuivre le chantier sans en tirer les
conséquences qui s’imposent
==> Les recours des entrepreneurs de travaux entre eux

Le maître d’ouvrage n’est pas le seul à bénéficier d’une action récursoire en cas de
condamnation à indemniser l’auteur des troubles, les entrepreneurs de travaux
disposent également de recours entre eux.

À cet égard, dans un arrêt du 26 avril 2006, la Cour de cassation a précisé que
« l’entrepreneur principal ne peut exercer de recours subrogatoire contre les sous-
traitants que pour la fraction de la dette dont il ne doit pas assumer la charge
définitive » (Cass. 3e  civ. 26 avr. 2006, n°05-10100).
S’agissant, par ailleurs, de la contribution à la dette des entrepreneurs de travaux
lorsqu’ils sont plusieurs à être intervenus sur le chantier, il y a lieu de distinguer
deux situations
À cet égard, deux situations doivent être distinguées :

 Des fautes peuvent être reprochées aux entrepreneurs de travaux


 Dans cette hypothèse, la Cour de cassation a jugé dans l’arrêt du 26
avril 2006 que « dans les rapports entre le locateur d’ouvrage auteur du
trouble anormal causé aux voisins et les autres professionnels dont la
responsabilité peut être recherchée, la charge finale de la condamnation,
formant contribution à la dette, se répartit en fonction de la gravité de
leurs fautes respectives» (  3e  civ. 26 avr. 2006, n°05-10100).
 Lorsque, de la sorte, le trouble de voisinage procède de fautes
commises par les entrepreneurs de travaux, ils engagent leur
responsabilité à concurrence de la gravité du manquement susceptible de
leur être reproché
 Aucune faute ne peut être reprochée aux entrepreneurs des travaux
 Dans un arrêt du 20 décembre 2006, la Cour de cassation a considéré
que « dans l’exercice du recours du maître de l’ouvrage ou de son
assureur au titre d’un trouble excédant les inconvénients normaux du
voisinage, la contribution à la dette, en l’absence de faute, se répartit à
parts égales entre les co-obligés» (  3e  civ. 20 déc. 2006, n°05-10855).
 Dans cette situation, si plusieurs entrepreneurs de travaux ont
concouru à la production du préjudice subi par la victime des troubles de
voisinage, aucune faute ne peut leur être reproché.
 C’est la raison pour laquelle la Cour de cassation décide qu’il s’agit là
d’un cas de partage de responsabilité.
Les troubles de voisinage: régime juridique
27 MARS 2020 / AURÉLIEN BAMDÉ / POSTER UN COMMENTAIRE
==> Éléments de contexte

Aux côtés de la théorie de l’abus de droit, la jurisprudence a construit la théorie de


l’excès de droit de propriété aux fins d’appréhender ce que l’on appelle les troubles
de voisinage.

La situation de voisinage comporte généralement des inconvénients. Certains


comportements peuvent excéder ces inconvénients normaux, sans toutefois être
constitutifs d’une faute au sens de l’article 1240 du Code civil.
Aussi, Geneviève Viney et Patrice Jourdain ont-ils pu écrire que « les
inconvénients liés au voisinage doivent être supportés jusqu’à une certaine limite,
parce qu’ils sont inhérents à la vie en société ; au-delà de ce seuil, la
responsabilité sera engagée, même en l’absence de faute de l’auteur, parce que la
gêne devient intolérable et ne peut plus être justifiée par des relations de
voisinage ».
Au nombre de ces troubles qui sont de nature à menacer la paix sociale entre
voisins, on compte les bruits, les odeurs malsaines, les fumées délétères d’usine, les
aboiements de chien, le plancher qui craque, les ébranlements, les poussières de
chantier, la réduction de l’ensoleillement etc.

La difficulté ici est donc d’appréhender des troubles de voisinage susceptibles de


causer un dommage à autrui sans pour autant que l’on puisse reprocher une
quelconque faute à leur auteur.

==> Fondements

Plusieurs fondements ont été envisagés par la jurisprudence et la doctrine pour


reconnaître à la victime de troubles de voisinage un droit à réparation du préjudice
subi.

 La théorie de l’abus de droit


 Dans un premier temps, la jurisprudence s’est saisie de la question des
troubles de voisinage en recourant à la théorie d’abus de droit.
 C’est ainsi que dans l’arrêt Clément-Bayard, la Cour de cassation a été
en mesure de valider la condamnation d’un propriétaire qui avait érigé
des tiges en fer à la lisière de son terrain dans l’unique but de nuire à son
voisin en ce que cela compliquait considérablement les manœuvres qu’il
devait effectuer pour entreposer son ballon dirigeable dans son hangar
(  req. 3 août 1915).
 Bien que novatrice, l’inconvénient de la solution dégagée par la Cour
de cassation, est que pour sanctionner les troubles de voisinage, cela
suppose, pour la victime, d’établir la volonté de nuire du propriétaire.
 Or cette intention de nuire n’existe pas toujours.
 Bien au contraire, le plus souvent les troubles sont causés sans volonté
du propriétaire de porter atteinte à la quiétude de son voisin.
 Les limites de la théorie de l’abus de droit se sont ainsi très vite
révélées à la jurisprudence qui a été contrainte d’envisager un autre
fondement.
[table id=346 /]

 Responsabilité civile
 Afin de fonder la théorie des troubles du voisinage, la jurisprudence a
cherché à la rattacher à la responsabilité civile et plus précisément
sur l’article 1382 du Code civil (nouvellement 1240).
 C’est ainsi que, dans un arrêt du 27 novembre 1844, elle a été amenée
à se prononcer sur un inconvénient résultant de la fumée, qui, de
l’établissement du demandeur, de la cheminée de la forge d’ajustement et
de la cheminée à vapeur, se répandait sur les propriétés des défendeurs
(  civ. 27 nov. 1844).
 À cet égard, elle considère dans cette décision, au visa des articles
544 et 1382 du Code civil, que « si d’un côté, on ne peut méconnaître
que le bruit causé par une usine, lorsqu’il est porté à un degré
insupportable pour les propriétés voisines, ne soit une cause légitime
d’indemnité; d’un autre côté, on ne peut considérer toute espèce de bruit
causé par l’exercice d’une industrie comme constituant le dommage qui
peut donner lieu à une indemnité».
 Elle nuance néanmoins son propos en fin d’arrêt, en précisant que, au
cas particulier, la Cour d’appel avait « exagéré l’application de l’article
1382 du Code civil».
 Ainsi la Cour de cassation déconnecte ici la faute du trouble qui se
suffit à lui seul pour donner droit à indemnisation.
[table id=347 /]

 Dépassement des inconvénients normaux du voisinage


 Dans les décisions qui suivirent, la Cour de cassation précisa sa
position, en se détachant de l’article 1382 du Code civil, en jugeant que
l’auteur du trouble qui a causé un dommage dépasse les inconvénients
normaux du voisinage, soit les limites ordinaires de son droit (V. en en ce
sens req., 3 janv. 1887)
 Dans un arrêt du 24 mars 1966, la deuxième chambre civile a jugé en
ce sens que « l’exercice même légitime du droit de propriété devient
générateur de responsabilité quand le trouble qui en résulte pour autrui
dépasse la mesure des obligations ordinaires du voisinage» (  2e  civ. 24
mars 1966, n°64-10737).
 Dans un arrêt du 3 janvier 1969 la troisième Chambre civile a, quant à
elle, estimé que « le droit pour [un propriétaire] de jouir de sa chose de
la manière la plus absolue, sauf usage prohibé par la loi ou les
règlements, est limité par l’obligation qu’il a de ne causer aucun
dommage à la propriété d’autrui, dépassant les inconvénients normaux
du voisinage» (  3e  civ. 3 janv. 1969)
 Il ressort des décisions ainsi rendues par la Cour de cassation que la
notion de faute cède sous la caractérisation du « dépassement des
inconvénients normaux de voisinage».
 À l’analyse, ces décisions annoncent un glissement du fondement de la
responsabilité civile vers une théorie autonome des troubles de voisinage
 Certains auteurs ont justifié cette position adoptée par la jurisprudence
en convoquant la théorie du risque selon laquelle celui qui crée un risque
qui est susceptible de causer un préjudice à autrui, engage sa
responsabilité si ce risque se réalise.
 L’approche est néanmoins ici excessive, car elle suggère que le
propriétaire serait tenu de réparer tous les dommages causés par les
troubles ce sans considération d’anormalité
 L’autonomisation de la théorie des troubles de voisinage
 Animée par la volonté de reconnaître un droit à l’indemnisation aux
victimes de troubles de voisinage en s’affranchissant de l’exigence de
caractérisation de la faute, la jurisprudence en a tiré toutes les
conséquences en faisant de la théorie des troubles de voisinage un régime
de responsabilité autonome.
 Cet affranchissement de la théorie des troubles de voisinage par
rapport à la responsabilité civile, fondée sur la faute, s’est traduit par la
consécration d’un principe général dégagé par la jurisprudence selon
lequel « nul ne doit causer à autrui un trouble anormal de voisinage».
 Tandis que deux arrêts rendus en date du 14 février 1971 étaient
annonciateurs de cette consécration (  3e civ., 4 févr. 1971, n°69-14.964),
c’est dans un arrêt du 19 novembre 1986 que le principe général a
formellement été énoncé pour la première fois (Cass. 2e  civ. 19 nov.
1986, n°84-16379).
 Il était question dans cet arrêt d’indemniser la victime de bruits et
d’odeurs d’un compresseur installé dans la cave d’une boulangerie.
[table id=348 /]

Depuis lors, la jurisprudence est constante (V. en ce sens Cass. 3e  civ., 13 avr.
2005, n° 03-20575). Aussi, c’est désormais au seul visa de ce principe qu’une
cassation peut, le cas échéant, intervenir (V. en ce sens Cass. 2e  civ. 28 juin 1995,
n°93-12681).
À cet égard, il a été jugé que cette solution jurisprudentielle ne constituait pas une
atteinte disproportionnée au droit de propriété tel que protégé par la Convention
européenne des droits de l’homme (Cass. 2e  Civ., 23 octobre 2003, n° 02-16303).
I) Les conditions de mise en œuvre de la responsabilité pour troubles
anormaux de voisinage
A) Les conditions tenant à l’existence de troubles de voisinage
1. Notion de trouble
Classiquement, le trouble est défini comme une atteinte aux conditions de
jouissance du bien d’autrui. Il s’apparente, autrement dit, à une nuisance.

Les formes que peut prendre cette nuisance sont innombrables (bruit, odeurs,
fumée, privation d’ensoleillement, vibration, poussières, émanations etc.)

Afin d’apprécier le trouble il convient de se placer du point de vue de la victime. Le


trouble est, en effet, ce qui est ressenti par elle et non ce qui est produit.

Il en résulte que, ni l’intention de nuire, ni la faute ne sont des conditions ne


conditionnent la caractérisation d’un trouble. Peu importe donc que l’activité de
l’auteur du trouble soit licite ou illicite (V. en ce sens Cass. 2e  civ., 17 févr. 1993).
Seule compte la gêne, la nuisance occasionnée à la victime qui est affectée dans la
jouissance de son bien.

2. Caractérisation du trouble
Après avoir déterminé ce que l’on devait entendre par trouble, la question qui se
pose de savoir à partir de quand peut-on considérer qu’une nuisance est constitutive
d’un trouble ?

Un simple un désagrément causé à la victime suffit-elle à engager la responsabilité


de l’auteur de ce désagrément ou faut-il que la nuisance présente une intensité
particulière ? Où doit-on placer le curseur sur l’échelle de la nuisance ?

À l’examen, pour que le trouble engage la responsabilité de son auteur, encore faut-
il, d’une part, qu’il cause un préjudice à la victime et, d’autre part, que ce préjudice
soit réparable.
Bien qu’ils entretiennent une proximité pour le moins étroite, trouble et préjudice
ne se confondent pas.

Le trouble correspond, en effet, au fait générateur de la responsabilité (bruit), tandis


que le préjudice n’en est la conséquence (maux de tête).

Il en résulte que le trouble peut parfaitement exister, sans pour autant causer de
préjudice à la victime, à tout le moins de préjudice réparable.

La caractérisation du trouble doit ainsi être envisagée indépendamment de la


question du préjudice qui ne peut donc pas se déduire de la nuisance dont se plaint
la victime.

3. Extension de la notion de trouble


À l’examen, la jurisprudence a progressivement adopté une approche extensive de
la notion de trouble, en reconnaissant qu’il pouvait également consister, d’une part,
en un risque, d’autre part en une gêne esthétique.

==> L’extension de la notion trouble au risque éventuel occasionnée


 Plusieurs arrêts rendus par la Cour de cassation ont retenu l’attention en ce qu’ils
ont admis que le trouble puisque consister en le risque créé pour le voisinage
Dans un arrêt du 10 juin 2004, la deuxième chambre civile a, par exemple, jugé
s’agissant d’une propriété située en bordure d’un golf que la contrainte pour le
propriétaire de vivre sous la menace constante d’une projection de balles qui devait
se produire d’une manière aléatoire et néanmoins inéluctable, et dont le lieu et la
force d’impact, comme la gravité des conséquences potentielles, étaient totalement
imprévisibles était constitutive d’un trouble, en ce sens que cette menace excédait
dans de fortes proportions ceux que l’on pouvait normalement attendre du
voisinage d’un parcours de golf (Cass. 2e  civ. 10 juin 2004, n°03-10434).
Ainsi le trouble ne s’apparente pas seulement en une nuisance tangible qui doit
nécessairement se produire, il peut également consister en une simple menace qui
pèse sur le voisinage, telle la menace de recevoir à tout moment des balles de golf
dans sa propriété.

Dans un arrêt du 24 février 2005, la Cour de cassation est allée plus loin en jugeant
que « la présence d’un tas de paille à moins de 10 mètres de la maison des époux
X… stockage qui, selon lui posait un problème au niveau de la sécurité incendie,
ainsi qu’un dépôt de paille dans une grange située à proximité de l’immeuble des
intimés ; que, le stockage de paille ou de foin, en meules à l’extérieur ou entreposé
dans une grange est bien de nature à faire courir un risque, dès lors qu’il était
effectué en limite de propriété et à proximité immédiate d’un immeuble
d’habitation ; que si la paille est effectivement un produit inerte, il n’en demeure
pas moins que son pouvoir de combustion est particulièrement rapide et important,
et qu’une simple étincelle peut suffire à provoquer son embrasement ; que, compte-
tenu du risque indéniable qu’elle faisait courir à l’immeuble des époux X…, la
proximité immédiate du stockage de paille de Mme Y… constituait pour ceux-ci un
trouble anormal de voisinage, auquel il devait être remédié » (Cass. 2e  civ. 24 févr.
2005, n°04-10362).
Ainsi, pour la deuxième chambre civile le simple risque d’incendie, bien que, sa
réalisation ne soit, par hypothèse, qu’éventuelle, peut être constitutif d’un trouble.

Il s’agit là d’une approche pour le moins extensive de la notion de trouble, en ce


qu’il consiste ici en une gêne psychologique, soit non tangible.

==> L’extension de la notion de trouble à la gêne esthétique occasionné


Dans un arrêt du 9 mai 2001, la Cour de cassation jugé que « la dégradation du
paysage et de l’environnement urbain » peut constituer « un trouble anormal et
excessif de voisinage, peu important qu’une telle opération eût été réalisée
conformément aux règles de l’urbanisme ».
La deuxième chambre civile admet ainsi que l’on puisse compter parmi les troubles
de voisinage la gêne esthétique.

Cette décision, n’est pas sans avoir fait réagir la doctrine qui s’est demandé si la
haute juridiction n’était pas allée trop loin dans l’extension de la notion de trouble.

Dans un arrêt du 8 juin 2004, la Cour de cassation a semblé revenir sur sa position
en excluant l’existence d’un trouble excédant les inconvénients normaux du
voisinage s’agissant de l’édification d’un immeuble qui privait le fonds voisin de la
vue sur mer (Cass. 1ère  civ. 8 juin 2004, n°02-20906).
Elle a néanmoins fait machine arrière, un an plus tard, dans l’arrêt du 24 février
2005 aux termes duquel elle admet que l’importance de dépôts de machines
usagées, caravane, camion et autres matériels divers entreposés en limite de
propriété ou stationnements prolongés de matériels hors d’usage ou usagés, à
proximité immédiate du fonds voisin, était source d’une gêne esthétique anormale
pour ceux-ci, d’autant plus injustifiée que, eu égard à la taille de sa propriété,
l’auteur de la nuisance était en mesure de procéder sans difficulté au stockage de
ces biens en un endroit plus éloigné de la limite des deux fonds, dans des
conditions qui ne soient pas susceptibles de nuire à ses voisins (Cass. 2e  civ. 24
févr. 2005, n°04-10362)
4. La préexistence du trouble
Très tôt la question s’est posée en jurisprudence de la recevabilité de l’action
engagée à l’encontre du voisin qui se serait installé antérieurement à la victime des
troubles.

Il ne s’agit pas ici de s’intéresser au contexte général dans lequel s’inscrit


l’immeuble, mais à la prééxistence, apparente, du gêneur particulier duquel émane
le trouble.

Doit-on admettre que l’antériorité d’installation confère à l’occupant une immunité


contre les actions fondées sur les troubles de voisinage ou doit-on considérer que
cette situation est sans incidence sur le droit à indemnisation de la victime du
trouble ?

La réponse à cette question est réglée par la théorie dite de la « pré-occupation »


laquelle a donné lieu à une évolution de la jurisprudence, sous l’impulsion du
législateur.

==> Évolution

 La position orthodoxe de la jurisprudence


 Dans un premier temps la jurisprudence refusait catégoriquement
d’écarter l’indemnisation de la victime de troubles de voisinage au seul
nom de l’antériorité d’installation de l’auteur des nuisances (V. en ce
sens civ., 18 févr. 1907).
 Une certaine doctrine soutenait pourtant que lorsque le trouble
préexistait de manière apparente à l’installation de la victime, cette
dernière avait, en quelque sorte, accepté les risques.
 Or pour mémoire, l’acceptation des risques constitue, en matière de
responsabilité délictuelle, un fait justificatif susceptible d’exonérer
l’auteur du dommage de sa responsabilité.
 Bien que audacieuse, cette thèse n’a pas convaincu les juridictions qui,
en substance, considéraient que l’antériorité d’occupation de l’auteur des
troubles ne pouvait, en aucune manière, lui conférer une immunité civile.
 L’admettre, serait revenu pour la jurisprudence à légaliser la création
d’une servitude en dehors du cadre défini à l’article 691 du Code civil,
lequel prévoit que « les servitudes continues non apparentes, et les
servitudes discontinues apparentes ou non apparentes, ne peuvent
s’établir que par titres».
 Considérant que la position adoptée par la Cour de cassation manquait
de souplesse, le législateur est intervenu en 1976.
 L’assouplissement de la règle par le législateur
 Le législateur est intervenu dès 1976 pour assouplir la position pour le
moins orthodoxe de la jurisprudence.
 Aussi, a-t-il introduit un article L. 421-9 dans le Code de l’urbanisme,
que la loi du 4 juillet 1980 a, par suite, transféré à l’article L. 112-16 du
Code de la construction et de l’habitation.
 Cette disposition prévoit que « les dommages causés aux occupants
d’un bâtiment par des nuisances dues à des activités agricoles,
industrielles, artisanales, commerciales, touristiques, culturelles ou
aéronautiques, n’entraînent pas droit à réparation lorsque le permis de
construire afférent au bâtiment exposé à ces nuisances a été demandé ou
l’acte authentique constatant l’aliénation ou la prise de bail établi
postérieurement à l’existence des activités les occasionnant dès lors que
ces activités s’exercent en conformité avec les dispositions législatives ou
réglementaires en vigueur et qu’elles se sont poursuivies dans les mêmes
conditions. »
 À l’examen, ce texte prévoit un certain nombre de cas qui exonèrent,
sous certaines conditions, l’auteur des dommages de toute responsabilité
au titre des troubles anormaux du voisinage en raison de l’antériorité de
son occupation.
 Il s’agit là, en quelque sorte d’une servitude d’intérêt économique qui
est consentie aux personnes qui exploitent des activités agricoles,
industrielles, artisanales, commerciales, touristiques, culturelles ou
aéronautiques.
 La règle posée par la jurisprudence aux termes de laquelle l’antériorité
de l’installation est sans incidence sur le droit à indemnisation d’une
victime de troubles de voisinage est ainsi assortie d’exceptions.
 L’intervention du Conseil constitutionnel
 Dans le cadre d’un litige engagé par des propriétaires pour qu’il soit
mis fin à des troubles anormaux du voisinage causés par les clients d’un
relais routier dont le parking est contigu à leur habitation, la Cour de
cassation a été saisie aux fins que soit portée devant le Conseil
constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité (  3e  civ., 27
janv. 2011, n° 10-40.056).
 La question posée était de savoir si l’article L. 112-16 du code de la
construction et de l’habitation portait atteinte aux droits et libertés
garantis par la Constitution en ses articles 1 à 4 de la Charte de
l’environnement de 2004 intégrée au préambule de la Constitution de
1958 ?
 À cette question, le Conseil constitutionnel a, dans une décision du 8
avril 2011, répondu par la négative, considérant que « l’article L. 112-16
du code de la construction et de l’habitation interdit à une personne
s’estimant victime d’un trouble anormal de voisinage d’engager, sur ce
fondement, la responsabilité de l’auteur des nuisances dues à une
activité agricole, industrielle, artisanale, commerciale ou aéronautique
lorsque cette activité, antérieure à sa propre installation, a été créée et
se poursuit dans le respect des dispositions législatives ou
réglementaires en vigueur et, en particulier, de celles qui tendent à la
préservation et à la protection de l’environnement ; que cette même
disposition ne fait pas obstacle à une action en responsabilité fondée sur
la faute ; que, dans ces conditions, l’article L. 112-16 du code de la
construction et de l’habitation ne méconnaît ni le principe de
responsabilité ni les droits et obligations qui résultent des articles 1er à
4 de la Charte de l’environnement» ( const., 8 avr. 2011, n° 2011-116
QPC).
==> Conditions

L’application de l’article L. 112-16 du Code de la construction et de l’habitation est


subordonnée à la réunion de plusieurs conditions :

 L’exploitation d’une activité agricole, industrielle, artisanale,


commerciale ou aéronautique
 La prise en compte de l’antériorité de l’installation ne bénéficie qu’aux
seules personnes qui exploitent des activités agricoles, industrielles,
artisanales, commerciales, touristiques, culturelles ou aéronautiques.
 À cet égard, la Cour de cassation se refuse à toute extension du champ
d’application de l’article L. 112-16 qui fait l’objet d’une interprétation
stricte.
 Ainsi, a-t-elle refusé, par exemple, qu’il puisse être invoqué dans le
cadre d’un litige opposant des copropriétaires (V. en ce sens ass. 3e  civ.,
23 janv. 1991).
 L’exigence d’antériorité du trouble
 L’article L. 112-16 du Code de la construction et de l’habitation
prévoit que seules les activités qui « se sont poursuivies dans les mêmes
conditions» que celles qui existaient au moment de l’installation de la
victime du trouble.
 Si, autrement dit, les conditions d’exercice de l’activité se sont
transformées postérieurement à l’installation de la victime et que la
survenance du trouble procède de cette transformation, alors l’auteur des
nuisances ne pourra se prévaloir d’aucune immunité.
 Dans un arrêt du 18 janvier 2005, la Cour de cassation a jugé en ce
sens que bien que l’activité agricole des exploitants était antérieure à
l’installation des victimes des nuisances, ces nuisances avaient pour
origine l’accroissement d’un élevage qui est intervenu postérieurement à
cette installation.
 La troisième chambre civile en déduit que les requérants étaient
parfaitement fondés à solliciter une indemnisation à raison de l’existence
de troubles qui excédaient les inconvénients normaux du voisinage
(  3e  civ. 18 janv. 2005, n°03-18914).
 L’existence de conformité de l’activité aux lois et règlements
 L’article L. 112-16 du Code de la construction et de l’habitation n’est
applicable qu’à la condition que l’exercice de l’activité agricole,
industrielle, artisanale, commerciale ou aéronautique soit conforme aux
lois et règlements.
 Dans le cas contraire, l’antériorité de l’activité sera inopposable à la
victime des troubles de voisinage.
 Dans un arrêt du 13 janvier 2005, la Cour de cassation a, par exemple,
considéré qu’une activité antérieure à l’installation du voisin, mais dont
la légalité n’est clairement établie que postérieurement à cette
installation, est une activité postérieure à l’installation de l’article L. 112-
16 du Code de la construction de l’habitation (V. en ce sens 2e  civ. 13
janv. 2005, n°04-12.623).
 Dans un autre arrêt du 10 juin 2004, la question s’est posée de savoir
si, en l’absence de réglementation spécifique de l’activité, l’article L.
112-16 pouvait s’appliquer.
 Dans cette décision, le voisin d’un golf se plaignait des balles qui
atterrissaient régulièrement dans sa propriété, ce qui était de nature à
troubler la jouissance de son bien.
 Reste qu’il s’était installé postérieurement à l’exploitation de ce golf,
si bien que l’on eût pu penser que l’article L. 112-16 était applicable au
cas particulier.
 C’est sans compter sur la Cour de cassation qui, dans cette affaire, a
jugé « qu’en l’absence de texte définissant les règles d’exploitation d’un
terrain de golf autre que le règlement du lotissement qu’elle n’a pas
dénaturé, la société Massane loisirs ne pouvait utilement invoquer en
l’espèce les dispositions de l’article L. 112-16 du Code de la
construction et de l’Habitation qui ne prévoient une exonération de
responsabilité que si l’activité génératrice du trouble s’exerce
conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur,
de sorte qu’il convenait de faire application du principe général selon
lequel l’exercice même légitime du droit de propriété devient générateur
de responsabilité lorsque le trouble qui en résulte pour autrui dépasse la
mesure des obligations ordinaires du voisinage» (  2e  civ. 10 juin 2004,
n°03-10434).
B) Les conditions tenant à l’anormalité de troubles de voisinage
Pour que le trouble de voisinage soit de nature à engager la responsabilité de son
auteur, encore faut-il qu’il soit anormal.

Dans la mesure où, en matière de responsabilité fondée sur les troubles de


voisinage, il est indifférent qu’une faute puisse être reprochée à l’auteur des
nuisances, l’anormalité ne se confond pas avec l’illicéité.

En effet, un trouble peut parfaitement n’être en contravention avec aucun texte et


pourtant être anormal et, par voie de conséquence, ouvrir droit à réparation pour la
victime.

À l’analyse, il ressort de la jurisprudence que l’anormalité du trouble est


caractérisée lorsque deux conditions cumulatives sont réunies :

 Le trouble présente un certain degré de gravité


 Le trouble est persistant et récurrent
==> Sur la gravité du trouble

Seul le trouble de voisinage qui présente une gravité suffisante engage la


responsabilité de son auteur. Les désagréments mineurs et qui, au fond, sont
inhérents aux rapports de voisinage et plus généralement à la vie en société ne sont
pas sanctionnés.
Seul l’excès ouvre droit à réparation, soit lorsque le trouble atteint un certain
niveau de désagrément.

La jurisprudence retient ainsi la responsabilité de l’auteur d’un trouble lorsqu’il


« excède les inconvénients normaux de voisinage » (Cass. 2e  civ. 16 juill. 1969).
À l’évidence, la notion d’« anormalité » est une notion relative qui ne peut pas
s’apprécier intrinsèquement.

Elle requiert, en effet, une appréciation in concreto en tenant compte des


circonstances de temps (nuit et jour) et de lieu (milieu rural ou citadin, zone
résidentielle ou industrielle), mais également en prenant en considération la
perception des personnes qui se plaignent (V. en ce sens Cass. 3e  civ., 14 janvier
2004, n°01-17.687).
Aussi, convient qu’il faut désigner seulement par trouble « anormal » celui que les
voisins n’ont pas l’habitude de subir dans telle région et à telle époque. Car au
fond, ce qu’on doit supporter de ses voisins, et ce que, pour leur être supportable,
on doit éviter, est affaire de convenance et d’usage, donc de temps et de lieu.
C’est la raison pour laquelle le caractère excessif du trouble doit s’apprécier
compte tenu de toutes les circonstances du cas et notamment de sa permanence . À
cet égard, ce trouble dommageable est caractérisé par l’aggravation des embarras
inhérents au voisinage se traduisant notamment par toutes dégradations de vie.

Dans ce cadre, les juges du fond apprécient souverainement le caractère anormal du


trouble (Cass. 2e  civ., 27 mai 1999, n° 97-20488) ainsi que les mesures propres à le
faire cesser (Cass. 2e  civ., 9 octobre 1996, n° 94-16616).
Dans un arrêt du 13 juillet 2004, la Cour de cassation a ainsi opposé à l’auteur d’un
pourvoi contestant la caractérisation d’un trouble par la Cour d’appel que « d’une
part, que sous le couvert du grief non fondé de manque de base légale au regard de
l’article 1382 du Code civil, la première branche du moyen ne tend qu’à remettre
en discussion le pouvoir souverain des juges du fond en ce qui concerne l’existence
de troubles anormaux du voisinage » (Cass. 1ère  civ. 13 juill. 2004, n°02-15176).
Cela n’empêche pas la Cour de cassation d’exercer un contrôle étroit sur la
motivation de la Cour d’appel quant à la caractérisation du trouble.

==> Sur la persistance et la récurrence du trouble

L’anormalité du trouble ne procède pas seulement de sa gravité : la nuisance doit


encore être persistance et récurrente.
Dans un arrêt du 5 février 2004, la deuxième chambre civile a, par exemple, jugé
que « procédant d’une appréciation souveraine des éléments de preuve et desquels
il ressort que les troubles, qui, en raison de leur durée, ne résultaient plus d’un cas
de force majeure, excédaient les inconvénients normaux du voisinage, la cour
d’appel a légalement justifié sa décision » (Cass. 2e  civ. 5 févr. 2004, n°02-15206).
Ainsi, pour ouvrir droit à indemnisation le trouble doit être continu, à tout le moins
répétitif. S’il n’est que très ponctuel, il ne saurait présenter un caractère anormal.

II) Les conditions d’exercice de l’action en responsabilité pour troubles


anormaux de voisinage
Pour que la responsabilité fondée sur les troubles anormaux de voisinage soit mise
en œuvre, encore faut-il qu’il soit établi que la victime entretient une relation de
voisinage avec l’auteur des troubles.

La question qui alors se pose est de savoir ce que l’on doit entendre par relation de
voisinage. Communément, cette notion renvoie à la situation d’une personne qui
réside à faible distance d’une autre personne.

Quant au Code civil, il est silencieux sur ce point. Il n’aborde les relations de
voisinage que sous l’angle des problématiques de mitoyenneté.

Aussi, est-ce à la jurisprudence qu’est revenue la tâche :

 D’une part, de définir la notion de voisin, afin de déterminer quelles étaient


les personnes fondées à agir
 D’autre part, d’identifier les personnes susceptibles d’engager leur
responsabilité au titre d’un trouble anormal de voisinage
A) Le demandeur à l’action en responsabilité fondée sur les troubles de
voisinage
Parce que seules les personnes qui ont intérêt et qualité à agir peuvent engager une
action en responsabilité fondée sur la théorie des troubles de voisinage, la
jurisprudence s’est employée à déterminer des critères permettant de délimiter la
notion de voisin.

 Proximité de la source du trouble


 Le premier critère permettant de caractériser l’existence d’une relation
de voisinage est la proximité.
 Le voisin est nécessairement celui qui occupe un immeuble à
proximité de la source du trouble.
 Il est toutefois indifférent que le voisin occupe un fonds contigu
 Par hypothèse, le trouble est susceptible de se communiquer d’un lieu
à un autre, sans considération de bornage, de clôture ou de mitoyenneté.
 Ainsi, la fumée ou le bruit qui émanent d’une usine peuvent affecter la
jouissance de fonds voisins se situant dans un périmètre plus ou moins
large selon l’intensité et la teneur du trouble
 Il suffit donc d’être touché par le trouble pour endosser la qualification
de voisin
 Indifférence de la qualité de propriétaire
 Il est de jurisprudence constante que la qualité de propriétaire est sans
incidence sur la qualification de voisin.
 Dans un arrêt du 17 mars 2005, la Cour de cassation a jugé en ce sens
que « le principe selon lequel nul ne doit causer à autrui un trouble de
voisinage s’applique à tous les occupants d’un immeuble en copropriété
quel que soit le titre de leur occupation» (  2e  civ. 17 mars 2005, n°04-
11279)
 À cet égard, il peut être observé que, si l’article 544 du Code civil ne
peut pas servir de fondement à la théorie des troubles de voisinage, c’est,
en particulier, parce qu’il est indifférent que le voisin ait la qualité de
propriétaire.
 Pour endosser la qualification de voisin, il emporte donc peu que la
victime des troubles soit propriétaire, locataire ou encore usufruitier
 Dans un arrêt du
 Indifférence de l’occupation du fonds
 Dans un arrêt du 28 juin 1995, la Cour de cassation a précisé « qu’un
propriétaire, même s’il ne réside pas sur son fonds, est recevable à
demander qu’il soit mis fin aux troubles anormaux de voisinage
provenant d’un fonds voisin» (  2e  civ. 28 juin 1995, n°93-12681).
 Dans son rapport annuel de 1995, la Cour de cassation commente cette
décision en relevant qu’elle « règle une question qui n’avait pas encore
été jugée : l’action pour trouble de voisinage peut-elle être intentée
uniquement par les victimes directes, celles qui subissent le trouble
quotidiennement, ou bien peut-elle être mise en mouvement par les
propriétaires du bien où le trouble est subi, indépendamment du fait
qu’ils ne résident plus dans les lieux ? Par la présente décision, la cour
s’est orientée vers une solution qui permet au propriétaire d’agir même
si l’immeuble est inoccupé et quand bien même la victime directe,
locataire ou occupant à titre gratuit, s’abstiendrait de le faire. »
 Ainsi il indifférait que le fonds soit occupé par le propriétaire, son
intérêt à agir résidant, en définitive, dans la nécessité de protéger son
bien.
B) Le défendeur à l’action en responsabilité fondée sur les troubles de
voisinage
Il est admis en jurisprudence que le défendeur n’est pas nécessairement la personne
qui a causé le trouble, il peut également s’agir du propriétaire du fonds dont émane
le trouble, alors même qu’il n’en est pas à l’origine.

1. L’auteur du trouble
La personne qui est à l’origine du trouble engage sa responsabilité, sans qu’il soit
besoin d’établir qu’elle a commis une faute. La seule constatation du trouble
anormal suffit à engager sa responsabilité.

À cet égard, il est indifférent que l’auteur du trouble soit propriétaire, locataire ou
usufruitier. Ce qui importe c’est qu’il occupe le fonds dont émane le trouble.

La question s’est néanmoins posée en jurisprudence de la responsabilité des


entrepreneurs et des maîtres d’ouvrage dont l’intervention sur un fonds est à
l’origine d’un trouble affectant la jouissance des fonds voisins.

Dans un arrêt du 30 juin 1998, la Cour de cassation a ainsi retenu, sur le fondement
de la théorie des troubles anormaux de voisinage, la responsabilité d’un
entrepreneur qui avait injecté du béton dans le sol avec une intensité telle que « ce
matériau avait pénétré dans les locaux occupés par les [occupants] du fonds situés
au-delà des limites du terrain de la construction ».
Relevant que la preuve était rapportée d’un lien de cause à effet entre ces travaux et
les dommages constatés chez les voisins la troisième chambre civile valide la
décision de la Cour d’appel « qui n’était pas tenue de caractériser la faute du
constructeur » et qui a pu légitimement en déduire que l’entrepreneur « était
responsable du trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage » subi par
les occupants du fonds voisin (Cass. 3e  civ. 30 juin 1998, n°96-13039).
Il ressort de cet arrêt que la Cour de cassation n’hésite pas à retenir la responsabilité
de l’entrepreneur à l’origine du trouble, alors même que son intervention n’était
que ponctuelle et, surtout qu’il n’entretenait aucune relation de voisinage, au sens
commun du terme, avec la victime du trouble.
La Cour de cassation justifie néanmoins sa position dans son rapport annuel en
arguant que « bien que celui-ci ne soit pas, normalement, le voisin de la victime, on
peut retenir que c’est en travaillant chez un voisin qu’il a commis le trouble
anormal et cet arrêt montre la volonté de la troisième chambre d’unifier la
jurisprudence dans deux des côtés du triangle unissant entre eux les trois acteurs
de l’opération de construction litigieuse ».
Dans un arrêt du 22 juin 2005, la Cour de cassation a précisé sa position en se
référant à la notion de « voisins occasionnels ».
Elle a, en effet, confirmé l’arrêt d’une Cour d’appel qui a retenu « à bon droit que
le propriétaire de l’immeuble auteur des nuisances, et les constructeurs à l’origine
de celles-ci sont responsables de plein droit vis-à-vis des voisins victimes, sur le
fondement de la prohibition du trouble anormal de voisinage, ces constructeurs
étant, pendant le chantier, les voisins occasionnels des propriétaires lésés » (Cass.
3e  civ. 22 juin 2005, n°03-20068).
Pour que la responsabilité du voisin occasionnel soit engagée sur le fondement des
troubles de voisinage, encore faut-il, ajoute la Cour de cassation :

 D’une part, que l’entrepreneur contre qui l’action est dirigée soit l’auteur du
trouble, ce qui implique qu’en cas de sous-traitance, le sous-traitant engage
seul sa responsabilité (V. en ce sens 3e  civ. 21 mai 2008, n°07-13769)
 D’une part, que les troubles subis soient en relation de cause directe avec la
réalisation des missions confiées à l’auteur des troubles (V. en ce sens 3e  civ.
9 févr. 2011, n°09-71.570 et 09-72.494)
2. Le propriétaire du fonds dont émane le trouble
Alors même qu’il n’est pas l’auteur du trouble, la jurisprudence a admis que le
propriétaire du terrain dont ce trouble émane engage sa responsabilité.

Il s’agit là d’un cas spécifique de responsabilité du fait d’autrui qui ne repose, ni


sur l’article 1240 du Code civil, ni sur l’article 1242, al. 1er, mais sur le fondement
de la théorie des troubles anormaux de voisinage.
Ainsi que le résument Philippe Malaurie et Laurent Aynès « la victime peut agir
directement contre l’auteur du trouble, même s’il n’est pas propriétaire : locataire
ou entrepreneur ; ou contre le propriétaire, même s’il n’est pas l’auteur du
trouble, car il répond du locataire ou de l’entrepreneur. Le propriétaire, le
locataire et l’entrepreneur sont solidairement responsables ».
L’objectif ici visé par la jurisprudence est de faciliter l’exercice du droit à
réparation en multipliant les débiteurs d’indemnisation.
Ainsi, le propriétaire du fonds engage sa responsabilité de plein droit à raison du
trouble anormal causé par son locataire ou par l’entrepreneur de travaux qu’il a
commis .

i) S’agissant de la responsabilité du propriétaire-bailleur du fait du locataire


Deux recours doivent ici être distingués :

 Le recours de la victime des troubles de voisinage contre le propriétaire-


bailleur
 Le recours du propriétaire-bailleur contre le locataire
==> Le recours de la victime du trouble contre le propriétaire-bailleur

Dans un arrêt du 17 avril 1996, la Cour de cassation a jugé que « la victime d’un
trouble de voisinage trouvant son origine dans l’immeuble donné en location, peut
en demander réparation au propriétaire » (Cass. 3e  civ., 17 avril 1996, n° 94-
15.876)
Elle précise, en outre, que le bailleur ne pouvait pas, au cas particulier, se réfugier
derrière l’envoi de mises en demeure à l’auteur du trouble, ce qui était insuffisant
pour l’exonérer de sa responsabilité.

À cet égard, dans un arrêt du 31 mai 2000, la Cour de cassation ajoute que le seul
fait de mentionner dans le contrat de bail que le propriétaire demandait la
suppression des micros et musique était insuffisant pour démontrer qu’il avait mis
en demeure son locataire de respecter la réglementation sur le bruit et qu’il ne
justifiait pas de vérifications particulières pour s’assurer que son locataire respectait
les obligations souscrites (Cass. 2e  civ. 31 mai 2000, n°98-17532)
La deuxième chambre civile en déduit que l’existence de troubles anormaux du
voisinage émanant de l’immeuble donné en location par le propriétaire justifiait
que, indépendamment de toute faute de la part du bailleur, le propriétaire était tenu
d’en réparer les conséquences dommageables subies par un tiers

Il en résulte que, pour pouvoir s’exonérer de sa responsabilité en cas de trouble


causé par son locataire, le bailleur doit, non seulement le mettre en demeure de
cesser les troubles dont il est l’origine, mais encore il est tenu d’obtenir la cessation
définitive de ces troubles par tous moyens fût-il obligé de menacer le locataire de la
résiliation du bail

==> Le recours du propriétaire-bailleur contre le locataire


S’il ne parvient pas à faire cesser le trouble et qu’il est condamné consécutivement
à une action engagée contre lui par la victime des troubles de voisinage, tout n’est
pas perdu pour le propriétaire.

En effet, lorsque le propriétaire a été condamné à indemniser la victime du trouble,


alors même qu’il n’en était pas à l’origine, la jurisprudence admet qu’il dispose
d’un recours contre son locataire.

Dans un arrêt du 8 juillet 1987, la Cour de cassation a considéré en ce sens que


« lorsque le trouble de voisinage émane d’un immeuble donné en location, la
victime de ce trouble peut en demander réparation au propriétaire, qui dispose
d’un recours contre son locataire lorsque les nuisances résultent d’un abus de
jouissance ou d’un manquement aux obligations nées du bail »
Pour que le bailleur soit fondé à exercer un recours contre son locataire il lui
incombe ainsi de démontrer, soit un manquement au contrat de bail, soit un abus de
jouissance du local loué.

ii) S’agissant de la responsabilité du propriétaire-maître d’ouvrage du fait de


l’entrepreneur de travaux
Plusieurs actions doivent être envisagées :

 L’action de la victime des troubles contre le maître d’ouvrage


 Le recours du maître d’ouvrage contre les entrepreneurs de travaux
 Les recours des entrepreneurs de travaux entre eux
==> L’action de la victime des troubles contre le maître d’ouvrage

À l’instar de la responsabilité du propriétaire du fait de son locataire, lorsqu’il


endosse la qualité de maître d’ouvrage il est pareillement responsable du fait de
l’intervention de l’entrepreneur de travaux qu’il a commis.

Cette solution a d’abord été consacrée par la Cour de cassation dans un arrêt du 4
février 1971.

La troisième chambre civile a estimé, dans cette décision, au visa des articles


544 et 1382 (nouvellement 1240) du Code civil que :
 D’une part, si « aux termes du premier de ces textes, la propriété est le droit
de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on
n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements, le
propriétaire voisin de celui qui construit légitimement sur son terrain est
néanmoins tenu de subir les inconvénients normaux du voisinage»
 D’autre part, « qu’en revanche, il est en droit d’exiger une réparation dès
lors que ces inconvénients excédent cette limite»
Il ressort ainsi de cet arrêt que le maître d’ouvrage est responsable du fait de son
constructeur dont l’intervention est à l’origine du trouble.

La Cour de cassation a statué, dans le même sens, d’un arrêt du 22 juin 2005, aux
termes duquel elle a estimé que « le propriétaire de l’immeuble auteur des
nuisances, et les constructeurs à l’origine de celles-ci sont responsables de plein
droit vis-à-vis des voisins victimes, sur le fondement de la prohibition du trouble
anormal de voisinage, ces constructeurs étant, pendant le chantier, les voisins
occasionnels des propriétaires lésés » (Cass. 3e  civ., 22 juin 2005, n° 03-
20.068 et 03-20.991).
Le propriétaire engage également sa responsabilité du fait de l’entrepreneur (Cass.
3e  civ., 11 mai 2000, n°98-18249) ou encore du maître d’œuvre (Cass. 3e  civ., 20
déc. 2006, n°05-10.855)
À cet égard, il convient d’observer que, à la différence du maître d’ouvrage qui
engage sa responsabilité de plein droit dès lors que le trouble anormal est
caractérisé, celle de l’entrepreneur de travaux ne peut l’être qu’à la condition qu’il
soit démontré que le trouble est en relation directe avec la mission qui lui a été
confiée (V. en ce sens Cass. 3e  civ. 9 févr. 2011, n°09-71.570 et 09-72.494).
==> Le recours du maître d’ouvrage contre les entrepreneurs de travaux

Lorsque le propriétaire a été condamné à indemniser la victime du trouble, alors


même qu’il n’en était pas à l’origine, la jurisprudence admet qu’il dispose d’un
recours contre l’entrepreneur de travaux.

Dans un arrêt du 2 juin 2015, la Cour de cassation a, par exemple, jugé « qu’un
maître de l’ouvrage condamné pour avoir réalisé des travaux ayant causé à autrui
un trouble anormal de voisinage et contre lequel n’est établi ni immixtion fautive
ni acceptation délibérée des risques est, subrogé, après paiement de l’indemnité,
dans les droits de la victime et est bien fondé, avec son assureur, à recourir contre
les constructeurs qui par leur action ont été seuls à l’origine des troubles invoqués
et leurs assureurs, sans avoir à prouver leur faute, pour obtenir leur garantie
intégrale » (Cass. 3e  civ., 2 juin 2015, n° 14-11149)
Ainsi, en cas de condamnation consécutivement à l’action engagée par la victime
de troubles anormaux de voisinage, le propriétaire du fonds dont émanent ces
troubles dispose d’un recours contre l’entrepreneur de travaux qu’il a commis.

Selon que l’auteur des troubles sera l’entrepreneur principal ou un sous-traitant le


fondement du recours sera, tantôt de nature contractuelle, tantôt de nature
délictuelle.

Il importe encore de distinguer selon que le recours du maître d’ouvrage est exercé,
avant l’indemnisation de la victime du trouble ou après.

 Le recours intervient avant l’indemnisation de la victime du trouble


 Dans cette hypothèse, le maître d’ouvrage ne disposera que d’un seul
recours, fondé sur la responsabilité contractuelle.
 Aussi, pour mener à bien son action contre l’auteur des troubles devra-
t-il établir une inexécution contractuelle.
 Cette exigence a été affirmée par la Cour de cassation notamment dans
un arrêt du 28 novembre 2001.
 Elle a, en effet, jugé dans cette décision que « la responsabilité de
l’entrepreneur vis-à-vis du maître de l’ouvrage condamné à réparer les
dommages causés à un tiers sur le fondement des troubles anormaux du
voisinage est de nature contractuelle, et que le maître de l’ouvrage ne
peut invoquer une présomption de responsabilité à l’encontre de
l’entrepreneur gardien du chantier» (  3e  civ. 28 nov. 2001, n°00-13559
00-14450).
 Manifestement, lorsque le maître d’ouvrage est contraint d’agir sur le
fondement de la responsabilité contractuelle, sa situation n’est pas des
plus confortables, dans la mesure où il est contraint de caractériser une
faute.
 Cette exigence a été rappelée dans un arrêt du 24 février 2003 aux
termes duquel la 3e chambre civile a reproché à une Cour d’appel d’avoir
condamné l’entrepreneur de travaux « sans caractériser les fautes
éventuellement commises par la société Sade CGTH, sur le fondement de
la responsabilité contractuelle régissant les rapports unissant le maître
de l’ouvrage à l’entrepreneur ayant exécuté les travaux» (  3e  civ. 24
févr. 2003, n°01-18017).
 Pour cette raison, le maître d’ouvrage a plutôt intérêt à indemniser la
victime du trouble avant d’exercer son recours contre l’entrepreneur de
travaux, ce afin de bénéficier du recours subrogatoire qui, en ce qu’il
repose sur la théorie des troubles de voisinage, le dispense de rapporter la
preuve de la faute.
 Le recours intervient après l’indemnisation de la victime du trouble
 Lorsque le recours exercé par le maître d’ouvrage intervient
postérieurement à l’indemnisation de la victime du trouble, le maître
d’ouvrage dispose de deux sortes de recours : un recours personnel et un
recours personnel
 S’agissant du recours personnel
 Ce recours présente l’inconvénient d’exiger du maître
d’ouvrage qu’il rapporte la preuve d’un manquement par
l’entrepreneur de travaux à ses obligations contractuelles
 Le succès de son action s’en trouve dès lors pour le moins
incertain.
 Il se retrouve, en effet, dans la même situation que si
l’indemnisation de la victime du trouble était intervenue après
l’exercice de son recours.
 S’agissant du recours subrogatoire
 Ce recours présente l’avantage de permettre au maître
d’ouvrage de se subroger dans les droits de la victime du trouble
et, par voie de conséquence, d’exercer son recours sur le
fondement de la théorie des troubles de voisinage.
 Dans ces conditions, il sera dispensé de rapporter la
preuve d’une faute : la seule caractérisation du trouble suffit à
obtenir gain de cause.
 C’est ainsi que dans un arrêt du 21 juillet 1999, la Cour
de cassation a censuré une Cour d’appel qui pour débouter un
maître d’ouvrage et son assureur, de leur action récursoire, elle
considère que « le maître de l’ouvrage, agissant contre
l’entrepreneur général sur un fondement juridique qui n’est pas
celui de l’article 1792 du Code civil doit démontrer l’existence
d’une faute et que la preuve de cette faute n’est pas rapportée»
 La troisième chambre civile juge néanmoins « qu’en
statuant ainsi, alors qu’elle avait relevé, par un motif non
critiqué, que l’association Institut Curie était subrogée dans les
droits et actions de ses voisins, victimes de troubles anormaux du
voisinage, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences
légales de ses propres constatations, a violé le principe susvisé»
(  3e  civ. 21 juill. 1999, n°96-22735).
 Lorsque donc le maître d’ouvrage exerce un recours
subrogatoire, il est dispensé de rapporter la preuve d’une faute.
 La Cour de cassation a réitéré cette solution dans un arrêt
du 24 septembre 2003 en jugeant « qu’ayant relevé qu’il était
établi par les pièces produites que [le maître d’ouvrage] avait
effectué des paiements au profit des voisins victimes des
désordres, la cour d’appel a retenu à bon droit qu’étant subrogée
dans les droits de ces derniers à hauteur de ces paiements, cette
société était bien fondée à recourir contre les constructeurs et
leurs assureurs sur le fondement du principe prohibant les
troubles anormaux du voisinage, qui ne requiert pas la preuve
d’une faute» (  3e  civ. 24 sept. 2003, n°02-12873).
 Elle a encore précisé, dans un arrêt du 22 juin 2005, que
le maître d’ouvrage était fondé à solliciter des entrepreneurs de
travaux une indemnisation à hauteur de l’intégralité des sommes
versées à l’auteur du trouble, nonobstant l’absence de faute
commise par eux.
 Ainsi, dans cet arrêt la troisième chambre civile juge
« qu’ayant relevé que l’Hôtel George V avait exécuté le jugement
et payé les dédommagements accordés aux voisins par le
Tribunal, et retenu qu’il n’était pas démontré par les contrats, les
correspondances échangées et le rapport des experts que le
maître de l’ouvrage ait été pleinement informé des risques de
troubles au voisinage, ait entendu décharger les entreprises de
leurs responsabilités, et ait prescrit dans ces conditions la
poursuite du chantier, la cour d’appel en a déduit à bon droit,
sans dénaturation, que du fait de la subrogation dont elle était
bénéficiaire dans les droits des victimes, la société George V était
fondée à obtenir la garantie totale des locateurs d’ouvrage
auteurs du trouble, dont la responsabilité vis-à-vis du maître de
l’ouvrage n’exigeait pas la caractérisation d’une faute» (  3e  civ.
22 juin 2005, n°03-20068).
 Il ressort de cet arrêt que si le maître d’ouvrage dispose
d’un recours contre les sous-traitants, par exception, il peut être
privé de ce recours dans l’hypothèse où pleinement informé des
risques de troubles au voisinage, il aurait entendu décharger les
entreprises de leurs responsabilités en leur prescrivant, nonobstant
la situation, de poursuivre le chantier sans en tirer les
conséquences qui s’imposent
==> Les recours des entrepreneurs de travaux entre eux
Le maître d’ouvrage n’est pas le seul à bénéficier d’une action récursoire en cas de
condamnation à indemniser l’auteur des troubles, les entrepreneurs de travaux
disposent également de recours entre eux.

À cet égard, dans un arrêt du 26 avril 2006, la Cour de cassation a précisé que
« l’entrepreneur principal ne peut exercer de recours subrogatoire contre les sous-
traitants que pour la fraction de la dette dont il ne doit pas assumer la charge
définitive » (Cass. 3e  civ. 26 avr. 2006, n°05-10100).
S’agissant, par ailleurs, de la contribution à la dette des entrepreneurs de travaux
lorsqu’ils sont plusieurs à être intervenus sur le chantier, il y a lieu de distinguer
deux situations

À cet égard, deux situations doivent être distinguées :

 Des fautes peuvent être reprochées aux entrepreneurs de travaux


 Dans cette hypothèse, la Cour de cassation a jugé dans l’arrêt du 26
avril 2006 que « dans les rapports entre le locateur d’ouvrage auteur du
trouble anormal causé aux voisins et les autres professionnels dont la
responsabilité peut être recherchée, la charge finale de la condamnation,
formant contribution à la dette, se répartit en fonction de la gravité de
leurs fautes respectives» (  3e  civ. 26 avr. 2006, n°05-10100).
 Lorsque, de la sorte, le trouble de voisinage procède de fautes
commises par les entrepreneurs de travaux, ils engagent leur
responsabilité à concurrence de la gravité du manquement susceptible de
leur être reproché
 Aucune faute ne peut être reprochée aux entrepreneurs des travaux
 Dans un arrêt du 20 décembre 2006, la Cour de cassation a considéré
que « dans l’exercice du recours du maître de l’ouvrage ou de son
assureur au titre d’un trouble excédant les inconvénients normaux du
voisinage, la contribution à la dette, en l’absence de faute, se répartit à
parts égales entre les co-obligés» (  3e  civ. 20 déc. 2006, n°05-10855).
 Dans cette situation, si plusieurs entrepreneurs de travaux ont
concouru à la production du préjudice subi par la victime des troubles de
voisinage, aucune faute ne peut leur être reproché.
 C’est la raison pour laquelle la Cour de cassation décide qu’il s’agit là
d’un cas de partage de responsabilité.
III) La réparation du préjudice causé par des troubles de voisinage
L’action en responsabilité fondée sur les troubles anormaux de voisinage peut avoir
pour objet
 L’octroi de dommages et intérêts en réparation du préjudice causé
 La cessation du trouble causant un préjudice au demandeur
==> S’agissant de l’octroi de dommages et intérêts

L’octroi de dommages et intérêts est subordonné à l’établissement, par la victime


des nuisances, d’un préjudice qui a pour cause les troubles anormaux de voisinage.

Les préjudices dont est susceptible de se prévaloir le demandeur peuvent être de


différentes natures.

Il peut s’agit de compenser la perte de valeur du bien atteint par les troubles de
voisinage. Il peut encore s’agir de compenser un préjudice corporel, qui résulterait
d’un bruit intensif, de poussières corrosives ou encore un préjudice psychologique
en raison de l’état d’anxiété de la victime provoqué par les troubles.

La charge de la preuve du préjudice pèse ici sur le demandeur, étant précisé qu’il
est dispensé de démontrer la faute de l’auteur des troubles.

==> S’agissant de la cessation du trouble

L’action engagée par la victime des troubles de voisinage peut également tendre à
faire cesser les nuisances.

Pour ce faire, le demandeur pourra notamment agir en référé sur le fondement


de l’article 835 du Code de procédure civile.

Cette disposition prévoit, en effet, que « le président du tribunal judiciaire ou le


juge du contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent
toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les
mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un
dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. »
À cet égard, il convient de noter que, en matière d’urbanisme, lorsque l’activité à
l’origine des troubles est exploitée sur la base d’une autorisation administrative, le
juge ne dispose pas du pouvoir d’en ordonner la cessation.

L’article L. 480-13 du Code de l’urbanisme prévoit en ce sens que « lorsqu’une


construction a été édifiée conformément à un permis de construire […] Le
propriétaire ne peut être condamné par un tribunal de l’ordre judiciaire à la
démolir du fait de la méconnaissance des règles d’urbanisme ou des servitudes
d’utilité publique que si, préalablement, le permis a été annulé pour excès de
pouvoir par la juridiction administrative et, sauf si le tribunal est saisi par le
représentant de l’État dans le département sur le fondement du second alinéa de
l’article L. 600-6, si la construction est située dans l’une des zones suivantes »
Tout au plus, le juge peut prononcer la condamnation de l’exploitant au paiement
de dommages et intérêts, voire à prendre des mesures aux fins de diminuer les
troubles.

En dehors des règles d’urbanisme, le juge judiciaire est, en principe, habilité à


ordonner la cessation de l’activité ou la démolition de l’ouvrage.

Dans un arrêt du 30 septembre 1998, la Cour de cassation a par exemple censuré


une Cour d’appel qui avait refusé de prononcer la démolition d’un ouvrage édifié
sur la base d’un permis de construire annulé (Cass. 3e  civ. 30 sept. 1998, n°96-
19771).
Après avoir rappelé au visa de l’ancien article 1143 du Code civil (1142 nouveau),
que « le créancier a le droit de demander que ce qui aurait été fait par
contravention à l’engagement du débiteur soit détruit », la troisième chambre civile
considère, après avoir relevé que le demandeur subissait un préjudice tenant à des
nuisances phoniques d’intensité importante, et à un défaut d’ensoleillement
affectant sept pièces de la maison, et que ces nuisances étaient imputables
partiellement à la violation de la règle d’urbanisme, qu’il n’y avait pas lieu de
rejeter la demande de démolition de l’ouvrage.
Reste que, dans certains cas, la mesure est susceptible de se heurter à des intérêts
économiques et sociaux qui priment l’intérêt individuel.

C’est la raison pour laquelle, la cessation de l’activité ou la démolition de l’ouvrage


ne pourra pas, à tout le moins difficilement, être ordonnée lorsque la mesure
apparaît disproportionnée avec les troubles de voisinage dénoncés par le
demandeur, sauf à justifier de manquements d’une particulière gravité