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Revue Philosophique de Louvain

Personne, Société, Communauté


André Marc

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Marc André. Personne, Société, Communauté. In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, tome 52, n°35, 1954. pp.
447-461;

doi : https://doi.org/10.3406/phlou.1954.4505

https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1954_num_52_35_4505

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Personne, Société, Communauté

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448 André Marc

son âme et son âme spirituelle... Au plan de l'opération, elle se


constitue par une intégration de tout son être, de par l'effet d'actes
libres » (I). Développons la formule en unissant au point de vue
ontologique celui de la conscience et de la moralité: la personne
est l'être subsistant, singulier, conscient, libre et maître de soi ;
elle est cet être envisagé dans son tout, comme un tout, se
possédant, se gouvernant comme tel selon toute l'initiative d'une
spontanéité autonome et réfléchie. Elle est ainsi comprise dans son
être absolu et dans son agir intellectuel et volontaire, lequel est
d'ordre intentionnel et la met en relation avec son milieu. Cet agir
intentionnel suppose lui-même pour source immédiate des facultés
intentionnelles, qui sans être la substance de l'être, sont en elle
cependant, puisqu'elles en jaillissent naturellement comme des
propriétés nécessaires, inséparables. Qu'il suffise ici de rappeler
des vérités longuement établies par ailleurs 1 <2).
Toute cette structure de la personne a pour base l'être, l'esse,
en tant qu'acte substantiel premier, grâce auquel un être se pose
comme un tout en s' identifiant comme étant soi, et duquel
jaillissent, selon une nature donnée, des facultés spécifiques. Par celles-ci
agira l'être qui est. Cet agir intellectuel et volontaire est lui-même
requis, pour que se réalise pleinement l'idée de conscience actuelle
et pas seulement habituelle, donc pour que la personne soit
consciente et libre en acte. Les conditions de la connaissance en acte,
et par conséquent de la conscience en acte, telles qu'elles
paraissent en nous, exigent la mise en rapport de l'esprit fini et d'un
objet particulier avec l'ensemble de l'être et de l'esprit. Or ce
rapport à cet ensemble n'est pas réalisé par notre seule existence
limitée, du fait précisément qu'elle est limitée. Pour qu'il soit
établi, il faut qu'à cet être limité s'ajoute un acte intentionnel
visant cet ensemble, et s'appuyant immédiatement sur une faculté
intentionnelle, capable de cette visée. Alors deviennent possibles
1' intellection, la décision en acte, en vertu desquelles un esprit
particulier prend sciemment position ; c'est-à-dire s'identifie lui-
même, se prend en main lui-même et se situe par rapport au
tout. Ce qui existe, ce qui est concret, c'est donc la « substance
accidentalisée ». Sans certains accidents naturels (accidents au sens

<l> A. Plé, O. P., La Vie Spirituelle, Supplément, 1951, pp. 424-425.


<■> Voir André MARC, Psychologie Reflexive, t. 2, pp. 237-267 et 377-403.
— Dialectique de l'Affirmation, pp. 591-623, et 653-665,
Personne, Société, Communauté 449

métaphysique et non logique), l'être créé serait incomplet au plan


de l'individualité subsistante. Il reste toutefois qu'en lui Yesse
intervient comme fondement d'unité, comme principe «
unificateur » et « totalisant » (3), auquel rien n'est soustrait, car il est le
cœur de tout et sans lui rien n'est. Nul être n'est donc sans aucun
agir, et sans ses pouvoirs d'agir ; nul être humain n'est sans
relations et sans les facultés de relations. Ainsi comprise l'idée de
personne englobe le relatif et l'absolu, en ce sens que le relatif
s'enracine dans l'absolu, qui s'épanouit par lui. Quel est donc
dans son essence cet épanouissement de la personne grâce à la
relation ? Pour le saisir replaçons-la dans son milieu, mais en nous
référant à leur structure à tous les deux. Leur parallélisme montre
qu'ils sont réciproquement proportionnés l'un à l'autre.
Esprits incarnés, nous aurons pour milieu naturel les êtres de
cet univers matériel et pour objet propre de notre intelligence
les idées qu'il enclôt. En vertu de nos sens nous les aborderons
de l'extérieur, mais en vertu de notre esprit nous les envisagerons
d'un point de vue formel et transcendantal, privilège de l'esprit
comme tel: celui de l'être et de l'esse. De leur côté les êtres de
ce monde matériel seront chacun une participation plus ou moins
riche de cet esse selon leur nature. Un point très important doit
être souligné. Il arrive que par êtres de ce monde matériel certains
entendent d'abord les êtres physiques, chimiques, biologiques, sans
plus. Il faut au contraire expressément marquer que l'être
immédiatement proportionné à l'homme, c'est l'homme. Le fait du
langage le prouve, en tant qu'il est un signe intentionnel, à la fois
naturel et conventionnel, adressé par quelqu'un capable d'appel à
quelqu'un capable de réponse. Il n'est pas discours sans être
conversation, communication. Notre milieu naturel est le milieu humain
des personnes, au sein d'un univers géographique et physique plus
vaste. Nous y habitons pour y travailler, mais encore pour y vivre
avec nos semblables, en famille, au sein d'une nation. Cela
détermine les relations que nous nouons: la relation de l'homme avec
l'homme ; la relation de l'homme avec la nature. L'une et l'autre
ne sont d'ailleurs pas étanches, mais comportent des interférences.
Ainsi par son corps la personne est située dans l'espace et le temps,
c'est-à-dire dans l'histoire et la géographie, tandis que par son

<*> M. DUQUESNE, Personne et Existence (Revue des Sciences Philosophiques


et Théologiques, 1952, pp. 418-435, et 626-655).
450 André Mart

esprit elle les domine et découvre une perspective sur ce qui les
dépasse et les commande ; elle s'ouvre sur un univers immatériel.
De tels horizons enveloppent du relatif et de l'absolu et réfèrent
l'un et l'autre au plan corporel comme à celui de l'esprit. De là
vont résulter un aspect de société, un aspect de communauté. Que
doivent donc être ces relations } De quelles déviations courent-elles
le risque ?
Selon des données traditionnelles, la relation est encore appelée
opposition relative, ce qui la classe dans le genre plus général de
l'opposition, lequel comprend avec l'opposition de contradiction,
l'opposition de contrariété, l'opposition de privation et de
possession. Le mot d'opposition ne doit pas tromper lorsqu'il se dit de
la relation, comme s'il traduisait de l'hostilité entre les termes
corrélatifs opposés. Il signifie simplement que ces derniers sont
uniquement des vis-à-vis et n'implique aucune lutte entre eux,
aucune inégalité. Il les met au contraire de même niveau. Ainsi
un père et son fils, tout en ayant un âge différent, comme
personnes humaines prises en elles-mêmes absolument, ont cependant
le même âge en tant que corrélatifs. Le père est père exactement
depuis la même époque que le fils est fils. De même deux époux
rapportés comme tels l'un à l'autre. Ne se sont-ils pas mariés le
même jour ? Une telle opposition relative est donc parfaite, car
elle est par essence pacifique. Loin de confondre les opposés, elle
les distingue et loin de les isoler, elle les réunit. Elle réussit qu'ils
soient un et deux à la fois. Elle les campe également l'un et
l'autre dans une égale perfection. Elle apparaît comme l'idéal et
le but, dont la réalisation consacre le succès de l'existence en
chacun comme dans l'humanité.
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Pourtant cet idéal ne va pas sans obstacles, auprès de
la relation pure se montrent l'opposition de contradiction, de
contrariété, de privation et de possession. Les contradictoires ne
coexistent jamais réellement, vu que l'un exclut l'autre
absolument et se prétend seul possible, seul nécessaire. Le cas le plus
net en est l'opposition de l'être et du néant absolus. Seul l'être
peut se rencontrer. Quant à l'opposition de privation et de
possession, la vue et la cécité, l'ignorance et la science en sont des
exemples. Elles signifient la présence ou le manque d'un acte dans
un être, qui doit normalement en être capable. Présence et
absence, qui ne se voient pas simultanément dans un même être,
mais au plus successivement et séparément. Quant aux contraires,
Personne, Société, Communauté 451

leur originalité consiste en ceci. Ils ne se nient pas purement et


simplement comme deux contradictoires, ni même comme absence
et présence d'un acte. Soit le cas de l'erreur et du vrai, d'un
savoir faux et d'un savoir exact. L'erreur ne nie point, comme
l'ignorance, la présence d'un acte de connaissance ; elle y fait
plutôt appel, comme à quelque chose de positif, qui n'est pas
que du négatif, mais qui va contre la nature de notre intelligence,
la détériore au lieu de l'améliorer. Au plan moral, le cas du mal
et du bien est entièrement pareil. Il y a lutte positive et comme
division d'un être d'avec soi, sa liberté se dressant contre son
être. Imaginons cela non plus au sein d'un être mais entre
plusieurs ; ils se rencontreront dans la contrariété, dans un conflit,
qui peut évoluer en deux sens: ou se pacifier dans la relation
pure, ou s'exacerber jusqu'à la contradiction, qui rend impossible
leur coexistence. La querelle devient une lutte à mort, où l'un des
adversaires est supprimé. C'est l'humanité, non plus une personne,
qui est divisée d'avec soi. Et voilà brossé le tableau schématique
de nos risques et de nos chances, des victoires à remporter, des
ruines à éviter. Les deux possibilités n'ont pas en effet la même
valeur ; l'une est à réaliser, tandis que l'autre est à écarter à tout
prix.
Douée d'un corps, la personne, avons-nous dit, est placée dans
l'histoire et la géographie. Cela signifie qu'elle vit dans un milieu
physique, qui est obligatoirement milieu de travail, parce qu'il
est milieu d'alimentation, d'habitation, d'entretien de la vie. Dès
l'origine en effet, notre intelligence se prétend ouvrière,
travailleuse de par la nature de son expression. Dans le moindre signe
de connaissance, elle est gestuelle et mimique, donc motrice. Elle
doit vraiment construire, faire son geste mimique pour se
représenter le monde et se présenter à lui, et par là prendre
intellectuellement possession de soi en même temps que de lui. Elle ne peut
pas être représentation sans être composition, fabrication d'un
ouvrage par et dans le corps, qu'elle appelle au travail. Dirigé par
l'esprit, qui est en lui, le corps se travaille pour le progrès de notre
conscience, en ouvrageant son geste. Pour qu'il soit souple et puisse
se mouler sur les choses, l'âme le façonne par les articulations des
membres, qu'elle lie si solidement et si élastiquement, qu'elle ne
l'astreint pas à un lieu, ni à une position unique, mais lui permet la
mobilité, même l'agilité. Surtout elle le redresse sur les membres
inférieurs pour la station debout, qui réserve aux jambes la tâche
452 André Marc

de le porter. Cela libère les bras et les mains pour d'autres oeuvres,
celles précisément du travail et de la pensée, car en même temps
le cerveau est perfectionné. Le corps humain est ainsi constitué,
formé, qu'il permet la réflexion et son développement, l'invention
et ses tâtonnements. A l'inverse du corps d'un animal, qui est un
spécialiste en vertu de la configuration de ses organes, l'homme n'a
pas de spécialisation congénitale. Le cerveau est un organe de
tâtonnements, non de spécialisation étroite, et la main, qui tâtonne
aussi, est un outil à tout faire, plutôt qu'un outil pour une tâche
précise. Un perfectionnement réciproque du cerveau et de la main
est possible, de façon que l'un n'agisse plus sans l'autre. De même
que par le cerveau l'homme se travaille dans son corps, ses bras,
ses mains, pour penser, de même par ses bras et ses mains, que
dirige le cerveau, il travaillera, transformera la matière extérieure,
non seulement pour s'en nourrir, mais pour en tirer des instruments,
des machines, qui prolongeront ses mains et son corps, puis en
multiplieront la puissance, en captant les forces de la nature. Cela
est proprement humain. Chez l'animal, tout appareil organique est
un instrument opératoire tel que l'outil se confond avec son corps^
tandis que dans l'homme l'instrument se pose extérieur à nous.
L'homme échappe alors à la nécessité de se transformer corporelle-
ment pour agir. Le fait d'être ouvrier, fabricant, homo faber,
explique le succès vital de notre espèce. L'homme est homme
parce qu'en travaillant pour penser, il recourt à la pensée pour
travailler. Par le langage il échappe à l'emprise de l'actuel dans
un double sens rétrospectif et prospectif. Dominant l'instant, il
s 'élève à l'universel.
Que le travail sur nous et en nous amorce notre travail sur le
monde extérieur, cela vient de ce que nous ne sommes pas comme
le végétal fixés dans le sol, où il trouve sur place en lui et dans
l'air sa nourriture. Il nous faut, comme l'animal, la chercher dans
le déplacement: d'où la pêche et la chasse. Alors que l'animal se
contente des fruits bruts de la nature, l'homme n'accepte pas cette
nature telle quelle ; mais il la transforme et l'améliore par les
idées, qu'il en tire. Il ne se contente pas d'être sans bien-être,
mais il veut toujours du mieux-être. Il ne lui suffit pas de cueillir
ce qu'offre la nature ; il veut produire lui-même, la faire fructifier
et profiter de son labeur en consommant ses fruits. D'où le monde
de la culture agricole, technique, industrielle, pour la nourriture,
le logement, le vêtement, les transports et les communications.
Personne, Société, Communauté 453

Des biens matériels de production, d'usage et de consommation


sont créés. Production et consommation, qui appellent leur
répartition, leur distribution, leur commerce. Leur communication est
en effet répartition, quant à leur production et leur négoce. Il en
suit la division du travail en professions nombreuses et la
constitution d'entreprises ou d'associations. Une première organisation
sociale élabore l'univers de l'économie et la personne humaine est
ainsi membre d'une société économique, conséquence de la
relation homme-nature.
Une telle société est essentiellement exploitation de la nature
par et pour l'homme. La nature y est traitée comme un moyen,
jamais comme une fin en soi, tandis que l'homme se prend comme
fin. Les catégorie du maître et de l'esclave jouent ici en tout
droit. La nature est ordonnée aux besoins de l'humanité, qui s'en
sert comme un maître d'un esclave. Que l'homme aime la nature,
qu'il se soumet, cela peut se dire, en comprenant qu'il l'aime
comme une chose, non d'un amour d'amitié, mais simplement de
convoitise, lequel est normal dans le cas, bien qu'il puisse devenir
déréglé. Nous avons là l'univers des outils, des ustensiles, ou de
l'utile. Il crée une société, mais pas une vraie communauté.
Les biens produits sont en effet partagés à la condition d'être
divisés, sans qu'ils puissent être possédés en commun, à plusieurs,
et sans aucune diminution. C'est le défaut des richesses
matérielles que nous ne pouvons en faire part, les donner, sans nous
en dépouiller, tout en continuant de les posséder. Par la nécessité
des héritages, les biens de famille se morcèlent et leur division
risque de diviser les héritiers, qui se voient plus appauvris que leurs
parents. Aussi n'est-il pas question de livrer ces produits, sans
recevoir en échange une compensation. L'offre et la demande
deviennent achat et vente, c'est-à-dire un commerce réglé par la
justice. La relation, que l'homme développe avec la nature par la
production et la consommation, est impossible, si une relation de
l'homme avec l'homme ne se développe aussi par la force des
choses. L'économique est humain par essence, puisqu'il est l'œuvre
de notre raison et que rien de pareil ne se discerne chez l'animal.
Il est relation de l'homme avec l'homme à l'occasion de la relation
homme-nature. Appelons proprement le politique cette relation de
l'homme avec l'homme et nous aurons un autre aspect du social.
Le social humain est ainsi constitué du politique et de
l'économique selon leurs interférences, de par l'essence de la personne.
454 André Marc

Or le politique suppose l'organisation de la société dans son


ensemble, pour que la coexistence de ses membres soit possible et
sans heurt, en articulant l'une à l'autre la personne et la société
dans la justice et le respect des droits de chacun ; chacun en
retour accomplissant tous ses devoirs. De là au sein du social
l'apparition du juridique ou du droit en fonction de la coutume
ou d'une autorité législative. Le tout aboutissant à garantir la
propriété privée, à la répartir pour la dignité humaine dans la liberté.
A l'économique et au politique s'ajoute le culturel et ce terme
« culture » sert pour désigner la culture de la terre, la culture
industrielle, le progrès technique et scientifique ; mais il s'applique
mieux encore au développement de l'esprit, qui se cultive pour
lui-même, une fois libéré des soucis du corps. Il prend alors une
dimension nouvelle spirituelle, morale, et surtout religieuse dans
le culte, pour créer un univers des relations de l'homme avec
l'homme, lesquelles il nous faut situer. Il ne s'agit plus des arts
utiles, mais de beaux-arts, et de biens très différents des biens
de consommation. Là est le domaine par excellence des personnes
en tant qu'esprits. Entre elles les échanges et la communication
des richesses ne sont plus la division de celles-ci et l'offre et la
demande cessent d'être par nature achat et vente pour devenir
accueil et don. Dépassons le plan des intérêts, que sauvegarde la
justice, en limitant les droits et en précisant les devoirs, et mettons-
nous au plan souverainement intéressant et gratuit de l'amour
désintéressé. Cela aussi découle de la constitution de la personne dans
son être.
Cette culture humaine dans les sciences et les beaux-arts est
recherchée et pratiquée pour elle-même. Il en est de même et plus
encore de la culture morale dans les rapports des personnes entre
elles: rapport de connaissance et d'amitié réciproques par l'échange
des idées et des sentiments, qui se vérifient et se fortifient
mutuellement. Relations nouées pour elles-mêmes, afin que les personnes
accomplissent les unes envers les autres l'acte de la reconnaissance
intellectuelle d'abord. Par lui elles se reconnaissent chacune pour
ce qu'elles sont dans leur caractère original de fin en soi, dont
il ne faut jamais faire un instrument. Aimant et voulant cette
valeur, elles se valorisent encore davantage et deviennent l'une
pour l'autre un bienfait, qui suscite la reconnaissance de la
volonté dans une amitié plus étroite. Ce commerce des âmes, qui
Personne, Société, Communauté 455

évolue autrement que celui des marchandises, crée un univers


propre.
A faire part de mes idées et de mes sentiments, je ne m'en
dépouille pas, mais j'y gagne de les mieux posséder, vivre et
comprendre, par ce qu'en les faisant admettre, je les contrôle en
les voyant contrôlées. A livrer mes sentiments, je ne les éteins
pas, mais les avive par l'écho qu'ils éveillent en mon partenaire.
Il me paie de retour et me rend don pour don. Je ne m'appauvris
point mais je m'enrichis de l'enrichissement dautrui. Nulle
déperdition chez moi, l'auteur de ce don, ni chez celui qui en le
recevant le restitue. De sa part l'accueil ne comporte aucun
prélèvement sur moi, aucun accaparement. Au lieu de se morceler, les
idées et les sentiments échangés se redoublent et s'intensifient, en
ce que chacun en a sa part, en les ayant tout entiers. Il est une
dialectique mytérieuse de l'offrande et de l'accueil, qui passent
tour à tour l'un dans l'autre. Pour qu'il y ait offrande, ne faut-il
pas qu'il y ait accueil ? Si le don que j'offre, rencontre le refus,
je ne puis plus l'offrir, encore moins le donner. Je le retire. En
le recevant, vous m'accueillez et vous me donnez d'être donateur
et de vous obliger. Vous m'obligez donc vraiment. Vous, mon
obligé, vous faites de moi votre obligé. En vous donnant mon
amitié, je ne puis pas ne pas vouloir accueillir la vôtre. Le don
de ma personne à vous demande le don de la vôtre à moi, pour
vous accueillir. Tour à tour chacun de nous est accueil envers son
partenaire par une circumincession totale. Grâce à ce cercle tout
le monde s'y retrouve, puisqu'il se donne sans se quitter comme
sans se réserver, et qu'il accueille sans accaparer ni dépouiller, II
n'y a que des riches, point de pauvres et le capital de vérité,
de bonté, d'amour s'accroît par son emploi sans être dépensé,
parce que son usage n'est pas son usure.
Cette propriété essentielle différencie les biens spirituels des
biens matériels. Ces derniers ne peuvent être dispensés, ni utilisés
sans dépense ; ils sont périssables à plus ou moins longue échéance ;
d'où la nécessité de les remplacer et pour cela de les produire
en série selon un modèle uniforme, si bien que le type compte
plus que l'individu. A une automobile, dont la marche ne vous
satisfait plus, vous en substituez une autre, en tenant compte de
la marque plus que de la voiture individuelle. Ce qui importe est
surtout ceci: puisque l'usage implique l'usure et la dépense, la
loi de l'économie défend la dépense ruineuse, la prodigalité fatale
456 André Marc

et commande la modération, les ménagements. Or les biens de


l'esprit ne sont pas éphémères ainsi, mais valent pour tous les
temps et les lieux comme moyens de culture humaine. Si nous
ne nous servons plus des ustensiles des anciens, nous lisons et
goûtons encore leurs chefs-d'œuvre, car une chose de beauté reste
de la joie pour toujours. Dispenser de telles richesses n'est pas
les dépenser ; en user n'est pas les user, mais les montrer toujours
jeunes et vivantes. S'en nourrir n'est pas les détruire comme sont
détruits les aliments consommés. Il n'y a donc pas danger de ruine,
ni de faillite, mais promesse d'enrichissement. La loi de l'économie
n'est plus dans les ménagements ni les calculs, mais dans une
libéralité, qui doit aller jusqu'à la magnificence. Se communiquer
ces biens n'est pas les diviser en parts plus ou moins égales et
les amoindrir, mais y communier. La société qui en résulte entre
les personnes, est une communion des âmes, une communauté des
esprits. Là où les biens sont ainsi mis en commun, sans être divisés,
il n'y a rien en eux qui puisse diviser leurs bénéficiaires. Ils
constituent par eux-mêmes un ordre pacifique de relation pure, sans
contrarier ni priver personne. Une multiplicité d'intimité s'établit.
Ce qui possède avant tout la valeur, c'est l'être personnel et
singulier, qui reste irremplaçable, car il est unique en son originalité.
Dans la prolifération des consciences, rien ne doit rappeler la
production en série.
Soulignons enfin qu'une telle culture dans le vrai, le bien, le
beau, n'est possible finalement que par la culture morale et
religieuse, où les esprits communient dans un même accueil de Dieu,
une même offrande à Lui, leur même origine et fin dernière. Mais
développer ce point ; analyser Dieu comme principe de
communion, c'est plutôt le rôle du théologien.
La visée de cette communauté des esprits dans une même
communion d'accueil et de don justifie l'organisation de la société
économique et politique. Dans ce domaine les personnes sont plus
extérieures qu'intérieures les unes aux autres. Au lieu d'une
multiplicité d'intimité apparaît une multiplicité d'exclusion, donc de
rivalité possible, obstacle à la réalisation des desseins de l'amour.
Pour éviter cela, il faut donc ajuster les uns aux autres les intérêts.
Ajustement qui est l'œuvre de la justice et fait d'elle la fille et le
champion de l'amour. Par elle celui-ci avance son règne, qui est
celui de la raison.
En nous révélant comment le social et le communautaire sur-
Personne, Société, Communauté 457

gissent originairement de l'être de la personne, l'analyse


précédente nous donne, en conclusion, quelques principes directeurs au
sujet des relations humaines, au moins sur ce qu'elles doivent être,
pour mieux juger ce qu'elles sont. Puisque les personnes sont de
droit des fins en soi, l'axiome kantien s'impose avec force, selon
lequel elles ne peuvent jamais être regardées ni traitées comme
des moyens, de purs instruments. Sans doute de par les
différences des positions sociales et les inégalités des talents, y a-t-il
dans l'humanité des inférieurs et des supérieurs, l'autorité et ses
subordonnés, des maîtres et des domestiques ou des sujets, et
aussi des maîtres et des élèves. Il ne devrait jamais y avoir maîtres
et esclaves ! Le rôle de toute autorité, c'est précisément que les
rapports humains ne soient pas des rapports d'asservissement,
d'exploitation, mais de respect mutuel, de dignité, dans la justice, pour
que l'amour ait un milieu d'éclosion possible.
La relation maître-élève éclaire cela, puisque le maître veut
élever son disciple au même niveau que lui, afin d'en faire un
maître à son tour et son égal en culture. C'est dans ce domaine
de la culture morale et spirituelle que les hommes pourraient le
mieux rivaliser sans craindre les jalousies, parce qu'ils ne se
dépouilleraient de rien les uns les autres. Tout le problème des
loisirs et de leur usage est là !
Pourtant l'affirmation du droit, si nette soit-elle, ne doit pas
aveugler devant les faits. Alors que l'humanité poursuit l'accord
des esprits, et c'est le sens des discussions, elle constate
l'impossibilité de cette harmonie, et le fait du désaccord, où la
discussion tourne à la dispute, à la violence. L'exploitation de la nature
par l'homme entraîne souvent celle de l'homme par l'homme, tant
au plan économique par les conditions du travail et des salaires,
qu'au plan politique par la divinisation du pouvoir et de l'état. La
dignité humaine est avilie dans la situation de vie matérielle et
dans sa liberté spirituelle. La violence fausse tous lea rapports.
Violence corporelle par les arrestations, les emprisonnements, les
condamnations à mort. Violences morales par les propagandes.
Aux relations d'entière réciprocité se substituent les relations de
contrariété, de privation, d'hostilité, qui s'exaspèrent jusqu'à
l'opposition de contradiction, où l'un des opposés disparaît
devant l'autre. La lutte à mort se déclare perpétuelle, où le meurtre
est l'arme ordinaire. Ainsi en est-il entre les individus, les classes
et les états dans les guerres, qui sont endémiques dans l'humanité.
458 André Marc

Au lieu d'une multiplicité d'intimité, voici une multiplicité


d'exclusion, si bien que la réalité se dresse à l'encontrer du droit.
Sans nier la légitimité de tout recours à la force, pour défendre
les biens matériels, avouons que ce recours viole souvent la justice.
Sans doute ! Et cela met le philosophe dans une situation des
plus paradoxales, puisqu'il ne peut nier les faits indéniables, ni
renier le droit qu'il conclut de la nature des choses. Si contesté
soit-il, le droit demeure incontestable et condamne sans appel tout
ce qui le contredit. Les faits, qui s'opposent à lui, sont un
contresens, un malheur, un échec et ne peuvent avoir de la valeur. La
valeur n'est pas dans le fait seul, ni dans le droit seul, mais dans
la synthèse du fait et du droit <4), de l'idéal et du réel. Alors
l'idéal qui doit être, n'est pas pure idée, mais est vraiment ; ce
qui est est bien ce qui doit être. Le seul cas où l'opposition de
contradiction peut se légitimer, et où l'un des opposés doit à tout
prix disparaître, c'est la rencontre du bien et du mal ; le bien doit
anéantir le mal et régner seul.
Si nous ne pouvons justifier, et en ce sens expliquer de telles
déviations, il faut cependant montrer pourquoi elles ne sont pas
impossibles. Leur péril est inscrit dans notre nature. Le propre de
tout esprit, du nôtre par conséquent, c'est de viser, par ses
jugements, l'absolu du vrai et du bien, c'est-à-dire d'égaler son point
de vue à l'ensemble de tout être et de tout esprit. Par ses actes
et ses facultés, il veut totaliser en lui l'univers, pour être mieux
soi en se dépassant. Pour y parvenir, il lui faut se décentrer de
soi, en se désintéressant du particularisme de ses vues
personnelles, pour s'intéresser et se soumettre à une loi supérieure,
universelle. Mais, hélas, il peut à l'inverse se faire centre de tout,
ramener à soi, tout apprécier d'après ses seules vues. 11
concentrera dans ses mains les richesses matérielles et la puissance de
l'état. A l'amour de bienveillance désintéressé, il substitue l'amour
de convoitise et d'égoïsme. Il n'est plus maître pour servir les
hommes, mais pour s'en servir. Là surgit la révolte et la lutte à
mort de l'esclave contre son maître, pour se libérer en le
dépouillant de ses biens, en Tasser vissant, en le supprimant. L'histoire
montre la fréquence et la continuité de cette guerre, qui
contrecarre si fortement l'idéal.
La source du mal en indique le remède. Elle est dans l'inégalité

(*) Gaston FESSARD, Autorité et Bien Commun, 1944, pp. 48-69, 76.
Personne, Société, Communauté 459

entre le développement des techniques industrielles, commerciales,


ou politiques et la culture morale, spirituelle. Le remède est de
faire passer avant les valeurs matérielles les valeurs spirituelles, le
respect de la persone humaine, de sa dignité, de sa liberté.
L'homme est tout autre chose qu'une machine ou, selon le mot
d'un ancien, qu'un outil parlant. Le remède est encore dans la
lutte de chacun contre ses passions mauvaises. C'est à elles plus
qu'aux autres personnes que nous devons faire violence.
L'économique, le politique, la culture des arts ne sont pas des fins en
soi. Et pour déterminer finalement le sens du social, appelons en
à un dernier trait resté jusqu'ici dans l'ombre, et qui en est
pourtant l'origine et le terme: le familial.
En effet l'humanité se présente homme et femme. Cette
différence n'a pas encore joué dans nos réflexions, car elle n'est
pas indispensable pour comprendre le politique et l'économique,
puisque toutes les professions s'ouvrent de plus en plus à l'un et
à l'autre sexe. Elle est pourtant essentielle pour pénétrer le
familial, qui ne se constitue pas sans elle. Par leur mariage l'homme
et la femme fondent la famille, cellule sociale, et se constituent
époux, pour devenir parents. Les relations de l'homme avec la
nature comme avec l'homme sont ici réunies, du fait de la
transmission de la vie. Les époux deviennent parents, mais diversement,
vu qu'ils deviennent père et mère. La mère porte en elle, avant
la naissance, son enfant, de quelque sexe qu'il soit, et le nourrit
biologiquement de son propre sang. A elle le travail de
l'enfantement qu'attend son mari. Ainsi la maternité universalise le rapport
homme-nature. Le père apparaît le chef de la famille, doué du
pouvoir politique ; il universalise le rapport homme-homme.
Travail de la femme, qui enfante, et à qui revient l'économie
intérieure du ménage, travail du père qui gagne le pain des siens, ce
qui dans les deux cas est visé, ce n'est plus la production de
biens d'équipement ou de consommation, c'est la génération, la
formation des personnes, qui sont des consciences et des libertés.
Tout est pour elles. Et voilà l'axe fondamental de toute la
société. Epoux pour être parents, l'homme et la femme ont des
enfants, garçons et filles, entre lesquels s'établit la fraternité. Qu'il
s'agisse des parents vis-à-vis de leurs enfants, ou des enfants entre
eux, le rapport homme-femme ne joue plus comme entre les époux.
Le rapport de l'homme avec l'homme, qui reste trop particulier
entre la femme et le mari, surmonte alors les limites du sexe et
460 André Marc

s'ouvre sur une pluralité indéfinie. Par le jeu de la fraternité, la


vie, qui jaillit de la famille, débouche sur le monde humain. Par
la fraternité la reconnaissance d'amour, une fois réussie entre les
époux, doit se reproduire entre les enfants. Les époux s'aiment
pour aimer leurs enfants, dans le but que ceux-ci s'aiment en les
aimant. Par là chaque membre de la famille est un bienfait pour
tous, bienfait reçu et rendu, également indivisible. La cellule
familiale est organisée pour que la société toute entière l'imite, en
s'épanouissant à partir d'elle. Paternité, maternité, fraternité voilà
l'armature de la famille et l'axe de toute société. La familial est
l'âme du social, son origine et son terme. Il nous manifeste le
véritable visage de l'autorité.
Dans la famille les parents ont l'autorité, parce qu'ils sont les
auteurs de la vie pour leurs enfants. Ils ont la puissance génératrice
des membres de cette communauté et la puissance éducatrice, qui
fait grandir en vie ceux-ci jusqu'à la complète maturité, où ils
sont majeurs et maîtres d'eux-mêmes. Leur rôle n'est pas d'asservir
mais de mener à l'affranchissement de la tutelle ; ce qui ne veut
pas dire de toute loi. A cette image, toute autorité doit être auteur
de vie pour la liberté spirituelle et la dignité de chacun (5). La
paternité, voilà le modèle de toute autorité.
Ainsi par le désintéressement souverainement intéressant de
l'amour, le familial constitue une société, qui est une communauté
dans la communion des coeurs. Là comme nulle part ailleurs doivent
être surmontés les égoïsmes intéressés, pour que fleurisse la relation
dans son absolue pureté. Si lutte à mort il doit y avoir, qu'elle
soit pour la mise à mort de tout ce qui peut mettre obstacle à
la reconnaissance amicale des personnes par les personnes. Plus
qu'ailleurs l'exploitation de l'homme par l'homme y est
odieusement absurde ! Le familial est l'idéal du social pour que l'humanité
s'établisse en une même communauté familiale. Voilà l'idéal, le
rêve jailli de l'être même de la personne.
Avouons qu'il faut au philosophe de l'intrépidité,
l'enchantement de l'idéal, pour conduire à ce terme ses raisonnements, et
qu'un regard sur la réalité fait naître en lui de la mélancolie ;
l'idéal étant si peu de ce monde ! N'est-il pas une chimère, ou du

<*) Gaston FESSARD, Le Mystère de la Société (Recherches de Science


Religieuse, 1948). Cet article inspire les pages présentes.
Personne, Société, Communauté 461

moins un rêve impossible ? Et si toutefois cet idéal s'avère


inévitable I N'est-ce pas l'embarras le plus paradoxal qui soit ?
Plus qu'aux difficultés nées des passions égoïstes, il tient à la
nature même de la famille, nature qui rend impossible l'extension
du familial à tout le social humain. L'ironie du langage est fort
instructive, mais combien décevante ! Puisque les époux doivent
devenir parents, les relations de famille constituent naturellement
la parenté. Parenté proche, immédiate entre les parents et les
enfants, entre les frères et les soeurs. Tout repose sur la communauté
de la génération. Mais en se multipliant, la parenté née d'une
relation conjugale se desserre peu à peu ; s'éloigne dans l'espace
et le temps, pour ajouter à la parenté proche la parenté lointaine.
Au delà de celle-ci voici l'univers innombrable de tous ceux qui
ne sont plus nos parents même lointains, mais seulement notre
prochain. Ce prochain, qui ne rentre en rien dans notre parenté
proche, est pourtant notre prochain, comme s'il ne pouvait pas
s'éloigner de nous mais voulait rester à proximité. N'y a-t-il pas
là un souhait qu'en se multipliant, la parenté ne nous écarte pas
les uns des autres, mais nous maintienne sans distance, et que
les liens entre les personnes ne se relâchent pas ? N'est-ce pas le
désir secret que l'humanité toute entière se constitue en une grande
famille ? Ne faudrait-il pas qu'il n'y ait point d'espace entre les
âmes ? Ce serait le meilleur climat pour qu'entre tous s'établisse
une société, qui serait communauté. Ainsi serait créée une
atmosphère de relations parfaites et pacifiques, au lieu des contrariétés,
des privations, sources de contradictions et de meurtres.
Laissée à elle-même l'humanité n'y peut parvenir, pour
qu'apparaissent les chances d'y réussir, il faudrait céder la parole au
théologien en s'inspirant des enseignements du Christ. Mais ce
serait déborder les limites volontaires de ce travail. Nous devions
cependant signaler ce prolongement de leurs perspectives !
André MaRC, S. J.

Institut Catholique, Paris.