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Le romantisme

XIXe siècle Le romantisme


OBJECTIFS ET ENJEUX
• Découvrir l’origine, les thèmes et la richesse du mouvement romantique.
• Analyser l’expression des sentiments personnels et le mélange des registres.
• Consolider ses repères d’histoire littéraire en situant le romantisme en rapport avec le classicisme et
le réalisme.

posture de l’homme et de la femme suggère une


Lecture d’image p. 160 relation de confiance (l’homme semble assumer un
rôle protecteur). Les spectateurs du tableau s’im-
Ressource numérique miscent malgré eux dans l’intimité d’un couple qui
semble vouloir se dérober des éventuels regards.
www.reperes.francaislycee.magnard.fr Aussi, s’interroge-t-on sur la présence inattendue de
Image en gros plan ce couple adoptant une attitude craintive et sem-
Le manuel numérique enrichi complète l’étude blant épier un élément que l’on ne perçoit pas.
d’œuvre proposée ci-dessous en vous offrant la L’Entrée du cimetière de Friedrich expose les thèmes
possibilité de zoomer sur le tableau de Friedrich de la vie et de la mort, de la nature et de la condition
pour en observer les détails. humaine, mais au lieu de signifier, ce tableau sou-
lève des questions et place l’homme face à ses
propres inquiétudes. En cela, Friedrich tend, par le
biais de ses paysages, à dévoiler le sens caché de
La composition de la toile l’existence humaine.
Dans sa toile, Friedrich accorde une place prépon-
dérante aux éléments naturels (végétation, roche, Prolongements
brume, ciel) et dissimule deux êtres à peine percep- • Montrer aux élèves d’autres paysages de Frie-
tibles derrière une des colonne du portique. Dans drich, mettant en scène des couples ou des person-
cet environnement où la nature s’impose, le couple nages solitaires au sein d’une nature grandiose et
fait preuve de discrétion et, semble-t-il, d’humilité, infinie. Y faire repérer les leitmotive et les nuances
comme intimidé face à cette toute puissance. Ainsi, de sentiments exprimés.
le peintre rend hommage aux éléments naturels • Confronter les différentes toiles de l’artiste consa-
immuables et sauvages, il amène l’être humain aux crées aux cimetières.
abords d’un cimetière envahi par la végétation, à sa
triste condition de mortel. Marqué par la disparition
des membres de sa famille (sa mère, son frère Chris- QU’EST-CE QUE
topher et sa sœur Elisabeth), Friedrich n’oublie LE ROMANTISME ? p. 161
jamais dans ses tableaux que l’homme n’est rien
face aux forces de la nature. Pistes d’exploitation
La composition verticale est assurée par le format
de la toile (H : 143 x L : 110 cm) et les lignes de force Le questionnaire suivant permettra de s’assurer
parallèles provenant des colonnes, des barreaux, que les pré-requis nécessaires pour comprendre
des arbres et des deux silhouettes. Le portique la page sont maîtrisés par les élèves, d’insister sur
grand ouvert invite dans un premier temps les spec- les informations clefs, et d’approfondir.
tateurs du tableau à pénétrer un univers à la fois 1 Quel sens donnez-vous à l’expression « exaltation
funeste et majestueux, tandis que les lignes verti-
du moi » ?
cales orientent ensuite le regard vers l’étendue
2 Pourquoi a-t-on qualifié Jean-Jacques Rousseau
céleste, symbole de vie après la mort : observer ce
tableau, c’est accepter d’appréhender la mort. de préromantique ? À propos de quelles œuvres ?
3 Quelles règles classiques propres au théâtre les
Lyrisme et mystère
romantiques ont-ils rejetées ?
Le clair-obscur provoqué par les variations de 4 Quel événement politique est à l’origine de la
lumière, le soleil couchant quasiment occulté par la
désillusion de la jeunesse ?
végétation dense, les éléments dissimulés par
l’ombre et la brume, ainsi que le contexte funeste 5 Quelles valeurs incarnait Napoléon Ier pour la
contribuent au climat mystérieux du tableau. La jeunesse de l’époque ?
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Outils et repères Bac 2e/1re – Livre du professeur

6 Quel sens donnez-vous aux termes « sublime » vive voix à George Sand. Chacun des discours est
et « grotesque » ? marqué de sentiments antagonistes : la « douleur et la
plainte de l’amour » de la jeune fille de Schiller
7
Quelles nuances percevez-vous entre les deviennent un « doux bonheur », Marceline Des-
registres satirique et polémique ? bordes-Valmore se remémore avec tristesse de
8 Qu’est-ce que le « vague des passions » ? tendres souvenirs, Musset est partagé entre haine et
9 Quels sont les éléments à l’origine des révolutions amour pour la femme qui lui revient. La souffrance est
telle que les voix féminines en appellent à Dieu et à la
de 1830 et de 1848 ?
mort ; Musset, quant à lui, est déjà « mourant » comme
10 Qui est Napoléon III par rapport à Louis-Napoléon s’il n’avait pas survécu à cette rupture sentimentale.
Bonaparte ?
La musicalité lyrique
ARTISTES Le lyrisme prend son sens initial dans ces poèmes
pp. 162-163 romantiques de composition libre. Issu du terme
ET ŒUVRES CLEFS « lyre », instrument à cordes dont Orphée accompa-
gnait ses vers, le « lyrisme » renvoie par définition à
Pistes d’exploitation la musique et au chant. La musicalité provient des
Le questionnaire suivant permettra de souligner échos sonores provoqués par les répétitions (« la
les particularités et la cohérence du mouvement jeune fille », « en vain », texte 1, « te voilà revenu »,
littéraire concerné, et de mettre les auteurs (ou les texte 3, etc.) anaphores (« N’écris pas », texte 2),
œuvres) en rapport. allitérations (« Jamais amant aimé, mourant sur sa
maîtresse », texte 3, etc.) et assonances (« Nul sur
1 Dans quels genres littéraires et artistiques les un plus beau front ne t’a jamais baisé !  », texte 3,
romantiques se sont-ils illustrés ? etc.). L’analyse des sons du poème de Schiller pour-
2 Quels liens unissent Delacroix et Géricault ? rait s’enrichir d’une lecture du texte dans sa langue
d’origine. Le rythme assure également la musicalité
3 Quels auteurs expriment dans leur œuvre leurs
des textes : rythmes binaire et ternaire (« Mon cœur
souffrances et instabilités psychologiques ? est mort, le monde est vide », « J’ai connu le bon-
4 Quelle «  définition  » Hugo donne-t-il du romantisme heur terrestre, j’ai vécu, j’ai aimé », texte 1), ana-
dans la Préface de Cromwell ? phore qui revient comme un refrain (texte 2), compo-
5 Pourquoi Le Radeau de la Méduse est-il considéré sition en deux strophes égales qui distinguent le
passé du moment présent, l’absence de la proximité
comme le manifeste de la peinture romantique ?
(texte 3). Enfin, le ton de la supplication, particulière-
6 Montrez que les romantiques, quel que soit leur ment mélodieux, offre aux compositeurs une nou-
mode d’expression, s’enrichissent mutuellement ? velle source d’exploitation  : ponctuation, mode
7 Quels artistes et auteurs romantiques se sont impératif, exclamatives, appellatifs… Les poèmes
détachés avec force et provocation des écoles sont riches d’intonations pouvant être modulées au
classiques ? gré des compositions musicales et de leur lecture.
8 Parmi les œuvres citées, lesquelles peuvent être
La force des images
qualifiées d’engagées ?
La force du sentiment amoureux se ressent indirecte-
ment à l’intensité de la souffrance exprimée par les
GENRES ET REGISTRES pp. 164-169 amants. Les personnifications des éléments de la
nature font participer l’univers tout entier aux douleurs
Objet d’étude 2e/1re – La poésie de la jeune fille (« La forêt de chênes mugit », « l’onde
1. L’EXALtation du moi
se plaint, gémit », texte 1). Schiller et Marceline Des-
bordes-Valmore expriment le vide de l’existence pour
L’expression des sentiments intimes mieux rendre compte du sentiment de solitude. Ce
Les trois poètes font part de leurs relations amou- néant n’est autre que la mort que les voix féminines
reuses sans aucune retenue, se mettant en scène appellent : « Mon cœur est mort, le monde est vide »,
dans des circonstances douloureuses. L’omnipré- « rappelez votre enfant » (texte 1), « J’ai refermé mes
sence de la première personne du singulier, le lexique bras qui ne peuvent t’atteindre,/ Et frapper à mon
des émotions et des larmes ainsi que l’évocation de cœur, c’est frapper au tombeau » (texte 2). Les images
l’amant(e) perdu(e) nourrissent le lyrisme élégiaque. d’obscurité sont également fréquentes dans les trois
Dans chaque poème, le discours direct rend compte textes : « nuages », « nuit sombre » (texte 1), « je vou-
d’une spontanéité émotionnelle qui s’exprime dans drais m’éteindre », « la nuit sans flambeau » (texte 2),
ses contradictions : la jeune fille de Schiller s’adresse « dans mes nuits étoilées » (texte 3). Le champ lexical
à Dieu, la poétesse à son amant par lettre, Musset de de la blessure se fait entendre (« guérit », texte 1 ; « sa
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Le romantisme

blessure est profonde », texte 3) et s’oppose aux N’écris pas – N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes
images de vie, de lumière et de toute puissance nées Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !
des souvenirs heureux ou du retour de l’être aimé : Au fond de ton silence écouter que tu m’aimes,
« Les beaux étés » (texte 1), « aux yeux d’azur », « le C’est entendre le ciel sans y monter jamais
roi du monde », « la céleste ivresse » (texte 3). N’écris pas !

Prolongements N’écris pas – Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;


Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent
• En collaboration avec le professeur de langue, on Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire
peut envisager de faire lire aux élèves germanistes le Une chère écriture est un portrait vivant
poème de Schiller dans sa langue d’origine afin d’enri- N’écris pas !
chir l’analyse des sons et du rythme. On peut aisément
trouver sur internet l’adaptation musicale de Schubert. N’écris pas ces mots doux que je n’ose plus lire :
Des Mädchens Klage Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Der Eichwald brauset, Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur
Die Wolken ziehn, N’écris pas !
Das Mägdlein sitzet
An Ufers Grün, Marceline Desbordes-Valmore, Poésies inédites (1830)
Es bricht sich die Welle mit Macht, mit Macht,
Und sie seufzt hinaus in die finstre Nacht, 2. LA NATURE, MIROIR DES ÉMOTIONS
Das Auge vom Weinen getrübet.
« Das Herz ist gestorben, La figure d’analogie
Die Welt ist leer, Le poème se compose de deux mouvements unis
Und weiter gibt sie par une comparaison qui n’est explicitée qu’au vers
Dem Wunsche nichts mehr. 8 : « Il ressemble au ». Les sept premiers vers
Du Heilige, rufe dein Kind zurück, brossent un bref résumé de la vie d’un papillon
Ich habe genossen das irdische Glück, (« Voilà du papillon le destin enchanté »), tandis que
Ich habe gelebt und geliebet ! » les trois vers finaux comparent la vie de l’insecte au
Es rinnet der Tränen désir de l’être humain. La figure d’analogie se déve-
Vergeblicher Lauf, loppe par le biais des champs lexicaux du vol, du
Die Klage, sie wecket mouvement et du caractère éphémère de l’exis-
Die Toten nicht auf, tence. La vie du papillon « qui jamais ne se pose »
Doch nenne, was tröstet und heilet die Brust ne dure qu’une saison, du «  printemps  » aux
Nach der süßen Liebe verschwundener Lust, « roses ». L’insecte mène une vie intense. Constam-
Ich, die himmlische, wills nicht versagen. ment en mouvement, il « nag[e]  », est « balancé »,
« Laß rinnen der Tränen « s’enivr[e] », se « secou[e] » puis « s’envol[e] ».
Vergeblichen Lauf,
Es wecke die Klage La structure du poème
Den Toten nicht auf, Le poème de Lamartine, par sa composition et son
Das süßeste Glück für die traurende Brust, rythme, suggère la fugacité du vol de l’insecte et la
Nach der schönen Liebe verschwundener Lust, brièveté de sa vie. Le poème est particulièrement
Sind der Liebe Schmerzen und Klagen. » court (10 vers au total), sans strophes distinctes et il
Friedrich Schiller, Gedichte (1798) progresse suivant une régularité rythmique (alexan-
drins réguliers marqués par une césure centrale) à
• Confronter le poème de Schiller au tableau de Ary peine perturbée par le vers 5 au rythme ternaire.
Scheffer qui s’en est inspiré, La Plainte de la jeune
fille abandonnée (1827), huile sur toile (33 x 25 cm). Comparer pour révéler
Musée d’Art Roger-Quilliot, Clermont-Ferrand.
La comparaison du désir au papillon permet de
• Faire lire aux élèves de texte de Marceline Des-
révéler l’« insatisf[action]  » permanente de l’être
bordes-Valmore dans son intégralité et leur faire
humain dont la vie se résume à un « souffle ». Le
écouter l’adaptation musicale de Julien Clerc.
poète semble comparer son existence à un « destin
Les Séparés enchanté » qui ne serait en réalité qu’une étape
N’écris pas – Je suis triste, et je voudrais m’éteindre avant la vie « éternell[e]  ». L’accès tant attendu au
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau « ciel » promet la « volupté ». La vie du papillon
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre, incarne, selon Lamartine, la quête frénétique du plai-
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau sir et du bonheur absolu auxquels l’on n’accède
N’écris pas ! qu’à l’issue du séjour sur terre.
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3. LA VOCATION DU POÈTE ROMANTIQUE moments de joie et de tristesse deviennent de


Un message à faire passer manière similaire « doux et chers »  : «  Nous rend
doux et chers les plaisirs passés ?  », «  Nous rend
Le poème de Victor Hugo s’ouvre par la deuxième doux et chers les chagrins passés ? ». Ce retour au
personne du singulier qui sera maintenue jusqu’au passé, cette évocation permanente des souvenirs va
vers final. Il s’agit-là pour le poète de capter l’atten- de pair avec l’infidélité amoureuse. Le poète roman-
tion de ses lecteurs en donnant l’impression de leur tique semble ne jamais se satisfaire du moment pré-
adresser la parole, de leur délivrer un message tout sent, toujours en quête d’autres plaisirs, d’autres
en définissant son rôle de poète. La gravité du ton instants plus heureux ou moins malheureux.
est d’emblée révélée par le titre qui situe le poème
en 1848, période marquée par les émeutes révolu- Une propension à la mélancolie
tionnaires en « France » à « Paris ». D’autres termes
Par ce jeu de questions-réponses, Musset dévoile
y renvoient et nous informent sur les circonstances
ses angoisses et son extrême sensibilité. Le cœur
de l’écriture et le déroulement des événements :
invoqué, siège de la vie et des émotions, n’apporte
« Lorsque les citoyens, par la misère aigris/[…]
pas de réponse satisfaisante. Les questions du
S’égorgent ; quand, sinistre, et soudain apparue,/
poète mènent à d’autres questions, plus rhéto-
La morne barricade au coin de chaque rue/Monte et
riques, qui abandonnent le poète à son triste sort
vomit la mort de partout à la fois ». Victor Hugo
d’amant éperdument insatisfait, mélancolique et qui
compare même cette période meurtrière à une
semble se complaire dans la souffrance. Le champ
« guerre impie, abominable, infâme ».
lexical de l’amour, la première personne du singulier,
La fonction du poète ainsi que la seconde qui renvoie en réalité à ce
même « je » nourrissent le lyrisme élégiaque d’une
Victor Hugo se compare tour à tour à un guide à la
voix incapable de trouver la clé du bonheur. Le choix
fois physique et spirituel (notons la proximité sonore
de la « chanson » comme forme poétique confère
des termes « pâtre » et « prêtre »). Tel un martyr
aux vers une musicalité constante. Chaque strophe
« désarmé », le poète doit savoir affronter la violence
est consacrée soit à Musset, soit à son cœur per-
par les mots et les prières. La parole du poète prend
sonnifié et ce principe de l’alternance joue comme
une place essentielle dans ce contexte de chaos
un écho parfois fidèle, parfois moins : les mots se
social pour rétablir « l’ordre et la paix », « les lois, et
répètent, les phrases aussi, mais de temps à autre
la triste et fière liberté », protéger les « soldats » et le
dans un ordre différent ou suivant une intonation
« pauvre homme du peuple ». Victor Hugo en appelle
nouvelle. Musset est comme trahi par son propre
à la fraternité, à la justice et aux lois de la Répu-
cœur avec qui il partage ce chant.
blique. Ses nobles revendications, le situent à la fois
du côté du peuple et du Sénat. Le lexique de l’action
est ainsi associé à celui du discours et de la réflexion. 5. IDÉES NOIRES
Mais Victor Hugo est aussi un « esprit d’une autre Ombre et lumière
sphère », un poète visionnaire « isol[é] », solitaire et
Le titre annonce d’emblée la « couleur » du poème.
parfois « dédaigné » des hommes. Il doit savoir faire
Gérard de Nerval exprime sa souffrance par un
preuve de bravoure, « avertir » son peuple, mais tou-
réseau d’images organisées autour du principe de
jours s’en remettre à la décision divine : « Attendre le
l’éblouissement pour qui « a regardé le soleil fixe-
moment suprême et décisif ».
ment ». L’extrême luminosité (« soleil », « livide »,
4. LE PORTRAIT DU POÈTE ROMANTIQUE
« Soleil ») s’oppose à l’obscurité (« point noir »,
« tache noire »), pourtant toutes deux issues du
L’insatisfaction du poète romantique même élément céleste. Ces images, bien évidem-
La « chanson » de Musset est construite sur une ment symboliques, confirment le pessimisme
alternance systématique des émotions exprimées. constant d’un homme qui ne peut, depuis « tout
Les champs lexicaux de la joie et de la tristesse s’en- jeune », accéder au « bonheur ». Nerval crie sa souf-
chaînent autour du thème central de l’amour. D’un france avec force et émotion comme en témoignent
côté, l’on trouve l’évocation d’un amour volage la ponctuation forte, le rythme accumulatif, la syn-
(« changer sans cesse »), source de « tristesse », de taxe rompue et elliptique des vers de la strophe
« douleur » et de « chagrins », de l’autre un amour finale : « Quoi, toujours ? Entre moi sans cesse et le
fidèle (« aimer sa maîtresse »), source de « bonheur » bonheur !  / Oh ! c’est que l’aigle seul – malheur à
et de « plaisirs ». La forme dialoguée révèle l’insatis- nous, malheur ! ».
faction du poète qui hésite, s’interroge sur le véri-
table bonheur amoureux, oscillant entre « désirs » et Le registre tragique
« plaisirs ». Musset ouvre son cœur qu’il personnifie Certains termes ou expressions évoquent l’impossi-
pour en faire ressortir les faiblesses et l’hésitation bilité pour le poète de se détacher de cette « tache
quasi absurde des romantiques, puisque les noire »  : les adverbes « obstinément », « partout »,
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Le romantisme

« toujours », le verbe « rester », les expressions ter  («  touche », « se rencontrent », « m’attire ») et à
« mêlée à tout », « sans cesse » font référence à la laquelle participe la femme aimée (« elle pose la
fatalité. Aux deux derniers vers, le présent, associé à main sur la mienne », « elle se rapproche de moi »,
la première personne du pluriel, prend une valeur de « son souffle céleste peut atteindre mes lèvres »).
vérité générale. La structure du poème semble éga- Ainsi, le registre glisse-t-il du lyrisme au tragique :
lement révéler un phénomène universel auquel nul sous l’effet de l’amour, le jeune Werther ne peut lut-
ne peut échapper : la première strophe s’appuie sur ter et s’abandonne à la fatalité. L’amour opère
une vérité scientifique indubitable (« Quiconque »), comme un charme, comme une mélodie ensorce-
les strophes centrales posent le cas particulier du lante reproduite au « clavecin » (l’on retrouve ici avec
poète (« je »), la strophe finale est marquée par le l’allusion à la musique le sens littéral du lyrisme),
passage du « moi » au « nous ». Nerval transpose capable d’anéantir toute « peine ».
son expérience personnelle à l’humanité tout entière,
exprimant ainsi la fatalité de l’existence de l’être La représentation de l’amour
humain. Le registre tragique se confirme par les Le sentiment amoureux est si fort que le locuteur ne
références nombreuses à la mort. Le noir devient semble pouvoir l’exprimer sans recourir aux images
« signe de deuil », il se répand dans le poème et la et hyperboles. Ce recours aux figures de style, fré-
vie de Nerval : l’abondance des indices spatio-tem- quent dans les textes romantiques, permet de dire
porels suggère cette impossibilité d’y échapper. Et l’ineffable et de traduire au mieux le trouble ressenti.
même lorsque Nerval évoque la lumière perçue par Les métaphores et comparaisons du feu pour quali-
l’homme, il la qualifie de « livide », non sans suggé- fier la passion amoureuse reprennent un cliché
rer la pâleur des cadavres. Mais selon le poète, les auquel n’échappe pas le style emphatique du jeune
pensées funestes que le noir symbolise empêchent homme : « quel feu court dans toutes mes veines »,
toute forme d’avenir et d’épanouissement. Nerval « je me retire comme du feu », « comme si j’étais
assimile la contemplation du « Soleil » à celle de la frappé de la foudre ». La femme aimée en devient
« Gloire » et révèle ainsi l’audace, l’ambition, la fierté divinisée, « sacrée », elle incarne la « pureté du
d’un jeune homme qui a cru en l’avenir mais qui ne ciel », «  la puissance angélique  » au «  souffle
peut l’atteindre. céleste ». Ces images élogieuses traduisent bien
évidemment l’émotion d’un jeune homme qui trans-
figure la réalité. L’on comprend alors l’intérêt de la
Objet d’étude 1re – Le personnage de roman lettre pour mieux plonger les lecteurs dans l’esprit et
le cœur d’une conscience unique et pervertie sous
1. L’EXPRESSION DU SENTIMENT AMOUREUX l’effet de la passion.

Le registre lyrique
2. LE « VAGUE DES PASSIONS »
Le genre de la forme épistolaire contribue à l’expres-
sion des sentiments personnels. En effet, avec la Les sentiments ambivalents du héros
lettre, l’usage de la première personne est de mise romantique
et le ton est celui de la confidence : « Et, Wilhem, si Le mal-être dont souffre René est assimilé à une
j’osais jamais… cette pureté du ciel, cette « foule de sensations fugitives » perceptibles à tra-
confiance… Tu me comprends ». Le jeune Werther vers le vocabulaire de la mélancolie et de l’insatis-
s’adresse à son ami sans aucune retenue. Les inter- faction. Paradoxalement, moins l’expression du
jections exclamatives, les nombreux points de sus- héros est facile, plus le lexique du narrateur est
pension révèlent l’émotion intense qui le domine et riche. L’insatisfaction du héros et son trouble sont
le trouble : « le trouble est dans tous mes sens ». constants. Pour faire comprendre « le vide d’un
Werther semble souffrir autant physiquement (« il me cœur solitaire », le narrateur recourt à une comparai-
prend un vertige… », « les plus légères familiarités son, celle du « vide » qui devient « silence » et du
me mettent à la torture ») que moralement (« Non, « cœur solitaire » qui devient « un désert ». Il exprime
mon cœur n’est pas si corrompu ! mais faible ! bien aussi son insatisfaction par l’irréel du passé qui tra-
faible !… et n’est-ce pas là de la corruption ? », « Je duit le regret et l’échec de ses désirs : la répétition
ne sais ce que je suis quand je suis auprès d’elle »). de « j’aurais voulu », employé en alternance avec
La lettre nous renvoie au moi le plus intime du héros, « j’enviais », témoigne du passage presque simul-
comme si nous percions un secret enfoui : « une tané du personnage, de l’envie à l’insatisfaction. Ce
force secrète m’attire ». Werther évoque son état désenchantement se traduit par une agitation inté-
émotionnel par l’intermédiaire de son corps. Il décrit rieure qui s’accorde à un décor instable. « L’au-
la façon dont « [ses] veines », « [son] doigt », « [ses] tomne » et ses « tempêtes » sont à l’image d’un moi
pieds », « [ses] lèvres », « [ses] nerfs » réagissent au en déséquilibre. Les alternatives traduisent les hési-
contact de celle qu’il aime, comme soumis à une tations de René qui passe d’un extrême à l’autre : il
attraction physique contre laquelle il ne peut lut- désire être « un de ces guerriers errants » puis un
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Outils et repères Bac 2e/1re – Livre du professeur

« pâtre », il rêve d’aventures puis d’une vie séden- action qui se déroule loin de lui. Le champ lexical du
taire. La désillusion du héros se reconnaît aussi dans déplacement montre un héros qui se déplace au
ses commentaires sur les « chants mélancoliques » hasard de « la grande route ». Les verbes « je sortis »,
du pâtre et les généralisations auxquelles il se livre : « j’allai seul », « je cheminais  lentement », « je pour-
l’image du cœur comme « instrument incomplet » suivis ma route » sont utilisés dans un emploi imper-
suggère l’idée que le bonheur de l’homme, sur terre, fectif. Le narrateur se promène sans objectif précis,
est éphémère. profitant de cette distraction au grand air pour enri-
chir sa lecture des Commentaires de César. Les réfé-
L’accord avec la nature rences aux éléments naturels montrent un héros à
Les sentiments du héros romantique sont en accord l’écoute de son environnement : « le ciel chargé de
profond avec l’environnement extérieur. La périphrase nuées », « une poule d’eau dans des joncs », « ces
« les mois des tempêtes » révèle immédiatement les plaines immenses », « un peuplier planté à l’angle
raisons de la prédilection de René pour cette saison. d’un champ de houblon », « le tronc de l’arbre », « un
L’aspect tourmenté de la nature automnale s’accorde vent du sud », « au pied d’un peuplier ». Ces éléments
au tourment moral du jeune homme et à ses « incer- ne sont pas sans rappeler le goût des romantiques
titudes ». Cet accord est sensible par l’association pour la nature et la marche à pied, déjà évoquée par
étroite de termes faisant référence aux éléments de la Rousseau au siècle précédent.
nature et au personnage (« L’automne me surprit »,
« j’entrai […] dans les mois des tempêtes », « je La sensibilité du héros romantique
m’égarais sur de grandes bruyères », « ma rêverie : Le narrateur chemine au cœur d’un environnement
une feuille séchée… »). La fusion du Moi et de la avec lequel il communique par l’intermédiaire de ses
Nature s’accompagne d’une sorte d’enthousiasme sens. Les perceptions sensorielles se manifestent
que traduit avec force l’expression « j’entrai avec tout d’abord par l’ouïe qui domine largement jusqu’à
ravissement dans les mois des tempêtes ». la fin de l’extrait : « je crus ouïr un roulement sourd »,
La quête d’un ailleurs  « je prêtai l’oreille », « je n’entendis plus que »,
« j’écoutais les échos ». Puis le sens de la vue
La rêverie mélancolique du personnage s’attarde sur (« regardai le ciel ») et celui du toucher (« il n’était
des objets qui évoquent la précarité par les termes sensible que par une trépidation de l’air », « contre le
qui les caractérisent (« une feuille séchée », « la cime tronc ») enrichissent la perception des événements
dépouillée des arbres », « le jonc flétri »). René ne décrits. Ces éléments permettent aux lecteurs de
s’intéresse qu’à ce qui est en devenir, incertain et découvrir progressivement, au même rythme que le
fragile. Ces éléments sont atteints par le dépérisse- héros romantique, l’origine du « roulement » dont la
ment qui frappe la nature en automne et deviennent cause n’est pas immédiatement identifiée. Le narra-
symboles de mort. Mais la vue des « oiseaux de teur croit d’abord en la venue d’un « orage », puis il
passage », partant à l’approche de l’hiver vers des désigne le bruit qu’il perçoit par le terme « détona-
« bords ignorés », des « climats lointains », orientent tions », plus éloigné du grondement de la foudre
définitivement la rêverie du héros vers la divinité. (« moins liées ensemble que celles de la foudre »).
René prend conscience qu’à l’instar des oiseaux Enfin, « le bruit de l’artillerie » est identifié, porté par
migrateurs, il n’est que de passage sur cette terre ; le vent et devenu plus distinct. La prise de conscience
l’image de la migration s’épanouit pour évoquer le finale, dont le caractère subit est révélé par l’excla-
voyage de l’âme vers l’au-delà, « le vent de la mort » mative de la dernière phrase, est certes amenée par
se substituant aux vents de l’automne. Avec l’impé- les éléments naturels (notamment le vent qui rend
ratif « Levez-vous vite, orages désirés », le participe les échos plus sonores) mais aussi par une analyse
passé est signe d’une frustration. Implicitement, le précise que le narrateur fait de son environnement :
narrateur exprime son insatisfaction et montre qu’il les modalisateurs « croire » (ligne 6) et « craindre »
aspire à rejoindre « ces régions inconnues que [son] (ligne 9) exprimant le doute laissent place à la
cœur demande ». Cette frustration le pousse même réflexion suggérée par une énumération qui traduit
à envisager le suicide, comme le prouve la connota- l’instant d’analyse (« Ces détonations moins vastes,
tion religieuse de l’expression « une autre vie ». moins onduleuses, moins liées ensemble que celles
3. L’INFLUENCE DE L’HISTOIRE
de la foudre, firent naître dans mon esprit l’idée d’un
combat »).
Un héros intégré à l’environnement naturel
Les Mémoires d’outre-tombe, conformément au Un héros préoccupé par l’environnement
genre autobiographique, sont rédigés par un narra- politique
teur intra diégétique qui prend part à l’action. Dans le La description du paysage n’est en réalité qu’un
récit de sa promenade aux alentours de Gand, le nar- prétexte à la narration haletante d’un événement de
rateur personnage n’assure pas le rôle de l’actant, l’histoire. Le texte s’ouvre, en effet, par une indica-
mais occupe le statut privilégié de témoin d’une tion temporelle précise, « le 18 juin 1815 », et il se
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Le romantisme

clôt par un repère géographique, « Waterloo ». Le devient un combat comme le suggère le lexique mili-
passage de l’une à l’autre (28 lignes au total) montre taire et le rappel de ses « deux victoires ».
la lente identification de l’événement suivant le prin-
cipe de l’effet d’attente et permet de faire entendre La mise en marche d’un révolté
deux voix : celle du narrateur personnage témoin de Julien est un être à part qui cherche à s’isoler de la
faits inconnus alors, qui se sont déroulés le 18 juin société des hommes. Il est différent des autres,
(« Cette grande bataille, encore sans nom »), et emprunte des chemins de traverse et il se montre
celle, plus récente, du narrateur marqué par un sou- capable de se détacher de la société pour retrouver
venir devenu historique au moment de l’écriture la solitude et le silence. Seules les cigales sont
(« était la bataille de Waterloo »). Au fil du récit, cer- audibles dans ce lieu coupé du monde. Le senti-
tains éléments orientent les lecteurs vers l’idée du ment de supériorité du jeune homme s’exprime par
combat et de la guerre. La référence aux Commen- sa position physique et par l’expression « à ses
taires sur la guerre des Gaules de César permet une pieds ». Le nom de Julien s’impose en apparaissant
comparaison implicite de Napoléon 1er à l’empereur deux fois en début de paragraphe  et ses yeux se
romain, ayant tous deux soif de conquêtes. De posent sur un oiseau de proie. Julien devient lui-
même, les allusions à l’« orage » et à l’« horloge de même prédateur : ses proies pouvant être Monsieur
village » ne sont pas anodines. Le tonnerre, déchaî- de Rênal (conquête sociale), son épouse (conquête
nement des éléments naturels, effraie et connote la amoureuse) et la société bourgeoise tout entière.
violence. Quant à l’horloge, deux passages y ren- Dans ce lieu culminant et isolé, l’épervier peut aussi
voient, montrant une évolution conséquente : « le faire songer à l’aigle impérial, à la puissance militaire
son d’une horloge de village » devient « une horloge de Napoléon 1er ainsi qu’à son isolement sur l’île
de village venait de sonner les funérailles ». Peu à Sainte-Hélène.
peu, les lecteurs passent d’un contexte agréable et
paisible au chaos de la bataille et à la plus grande Prolongement
défaite de l’armée napoléonienne. Si la vie semble
dominer au début de l’extrait par l’intermédiaire des • On pourra proposer l’analyse du tableau de Frie-
références à la végétation et à la faune, par l’inter- drich, Le Voyageur au-dessus d’une mer de nuages
médiaire aussi de l’activité physique du narrateur et faire repérer par les élèves les éléments auxquels
personnage, c’est la mort qui l’emporte peu à peu. renvoie le texte de Stendhal.
La marche s’interrompt progressivement : « je m’ar-
rêtai », « je poursuivis », « je m’appuyai debout
Objet d’étude 1re – Le texte théâtral
contre le tronc » et le bruit de la bataille finit par
et sa représentation
s’imposer comme l’indique déjà la restrictive de la
ligne 10 qui limite les sons de la nature au seul « cri 1. LA REPRÉSENTATION DES SENTIMENTS
d’une poule d’eau ». 
Un héros éperdu
4. LE HÉROS FACE À LA SOCIÉTÉ Dans cette tirade, Hernani exprime son désarroi
avec force et vivacité. Il s’adresse à Doña Sol sur le
Un personnage en mouvement
mode impératif qu’il réitère à l’excès : « Doña Sol,
Julien exprime par la marche sa volonté de bouger, prends le duc, prends l’enfer, prends le roi ! », « Fuis
de progresser, d’effectuer une ascension (physique ma contagion », « Ne te fais pas d’aimer une reli-
et morale) le plus rapidement possible. Comme gion ! », « fuis », « Détrompe-toi ». Hernani s’ex-
dans tout roman d’apprentissage, le héros se trouve prime avec lyrisme, son ton est celui de la supplica-
confronté à divers obstacles. Ils sont évoqués sym- tion : « Oh ! par pitié pour toi ». L’agitation du héros
boliquement dans cet extrait : chaleur, essouffle- se ressent au rythme accumulatif de certains alexan-
ment, « étroit sentier ». Julien poursuit ses efforts et drins et à leur diversité rythmique : tétramètre régu-
ne s’immobilise qu’« un instant », confirmant ainsi lier (vers 1, 4), césure régulière (vers 3, 5, 6), symétrie
sa persévérance et son énergie. des hémistiches (vers 7), irrégularités rythmiques
(vers 2, 8, 9, 10). La structure des phrases illustre le
Une position physique à la hauteur désespoir du jeune amant qui se renie en jouant sur
de son ambition les répétitions : « Tout ce qui n’est pas moi vaut
Le lexique de l’immensité et de l’élévation s’impose. mieux que moi ! ». Enjambements, rejets, exclama-
Les polyptotes « roc », « roche », « rocher » font allu- tives rendent compte du trouble du personnage qui
sion à la force, à la détermination inébranlable du vit un déchirement à la fois amoureux et personnel.
héros. L’on trouve encore des exclamatives et une L’on imagine un acteur aux gestes brusques, sacca-
propension à s’approprier l’environnement exté- dés et aux déplacements précipités et qui finit peut-
rieur : passage de l’indéfini, « sur un roc », au pos- être par s’effondrer pour mieux suggérer les contra-
sessif, « sur son grand rocher ». La vie de Julien dictions qui le hantent. La tirade offre au personnage
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Outils et repères Bac 2e/1re – Livre du professeur

un instant de parole privilégié au cours duquel il peut qui s’« effac[e] comme une vapeur du matin ». « Vêtu
s’exprimer librement et révéler ses inquiétudes. Her- de noir », il porte le deuil et exprime sa « mélanco-
nani libère son cœur en même temps qu’il tente de lie » par son mutisme. Les précisions et réactions de
persuader la femme qu’il aime de renoncer à son Marie permettent de comprendre qu’il s’agit là du
amour pour lui. jeune fils d’autrefois : « Je songeais aux jours où
j’étais heureuse, aux jours de ton enfance », « lui qui
L’emprise de la fatalité passait autrefois les nuits à travailler », « il a ouvert
Le héros romantique juge sa situation perdue. Il son livre, et j’ai reconnu mon Lorenzino d’autrefois ».
incarne une victime en proie à la malédiction et Ce portrait d’un jeune homme studieux contraste
source de malheurs. Hernani est « une force qui va » avec la débauche actuelle de Lorenzo qui passe ses
et qui anéantit ce qui l’entoure, par conséquent, un nuits dehors. Le contraste des deux personnalités
être voué à vivre « seul ». Le terme « force » et l’em- est également révélé par les diminutifs affectifs
ploi imperfectif du verbe « aller » donnent l’image « Renzo » et « Lorenzino ». Face à ce récit, Lorenzo
d’une puissance destructrice. Le lexique employé exprime son trouble par des répliques brèves et
met en évidence sa solitude : « Je n’ai plus un ami », interrogatives. Il manifeste sa stupéfaction face au
« Tout me quitte ». Le terme « contagion » grandi par départ précipité de son double au moment où il
le procédé de la diérèse résume à lui seul l’image aurait pu le rencontrer : cette impossible rencontre
que le héros romantique transmet de lui-même. Le montre que le Lorenzo d’autrefois est définitivement
présent de l’indicatif résonne dans sa voix comme perdu et ne peut survivre que dans les souvenirs de
une vérité générale à laquelle il ne peut se soustraire. sa mère.
Hernani se positionne en proscrit, victime d’un des-
tin qui l’emporte irrémédiablement. Le connecteur 3. LA MORT DU HÉROS SUR SCÈNE
de cause « car » employé en position forte donne à
son discours la logique implacable de son destin Le drame romantique
tragique. La pièce Chatterton d’Alfred de Vigny est représen-
tative de l’esthétique du drame romantique en cela
2. LA DUALITE DU HÉROS ROMANTIQUE qu’elle ne respecte pas les bienséances conformé-
ment aux indications d’Aristote dans la Poétique.
La rêverie romantique
Dans l’extrait proposé, l’on assiste à l’agonie du
Alfred de Musset a fréquemment développé le héros jusqu’à sa mort : « il va mourir », « On devine
thème du rêve dans ses poèmes (Les Nuits) et ses des soupirs de Chatterton », « On voit Chatterton
pièces de théâtre (Lorenzaccio, Les Caprices de mourant et tombé sur le bras du quaker », « L’a-t-
Marianne). Souffrant lui-même d’hallucinations et elle vu mourir ?  », «  Dites qu’on l’emporte, il est
d’autoscopie, l’écrivain romantique aborde un mort », « Mort ? », « Oui, mort à dix-huit ans ! ». Les
thème qu’il maîtrise. Dans cet extrait, il s’agit du rêve paroles des témoins relaient avec brutalité l’action
de la mère de Lorenzo et du récit qu’elle en fait à son dans son caractère funeste et il faut attendre six
fils. Le mot « rêve » est répété à l’excès dès les trois occurrences du verbe « mourir » ou de ses polyp-
premières lignes de l’extrait mais les spectateurs totes avant de voir un euphémisme plus doux :
comprennent qu’il s’agit d’un rêve éveillé, d’un « étonnez-vous qu’il soit parti ». La mort du héros se
« songe », donc proche de l’hallucination : « Ce double de celle de Kitty Bell, épouse de John Bell,
n’était point un rêve, car je ne dormais pas ». La qui s’éteint brutalement sous le coup de la douleur.
description qui suit confirme l’éveil de Marie et sa Ces instants d’horreur et de souffrance sont impo-
lucidité au moment de l’apparition. Le contexte noc- sés au regard des personnages secondaires et des
turne contribue à une mise en scène mystérieuse, spectateurs de façon presque indécente, ce qui ne
voire inquiétante : « j’étais seule dans cette grande peut se concevoir dans le cadre du classicisme :
salle », « ma lampe était loin de moi », « Je regardais Kitty ouvre la porte de la chambre, dévoilant ainsi le
cette nuit obscure ». L’indication temporelle « ce spectacle tragique aux yeux de tous (« On voit »).
matin » permet de comprendre que le « spectre » est Cette perception de la mort devient d’ailleurs la han-
resté une nuit entière. L’atmosphère mystérieuse est tise du Quaker qui en devine les funestes consé-
accentuée par le silence ambiant et l’absence de quences : « L’a-t-elle vu mourir ? L’a-t-elle vu ?  »,
paroles échangées : « sans me répondre ». Ce récit « C’est assez d’effroi pour une femme », « Emmenez
donne lieu à l’expression lyrique de la souffrance ses enfants ! Vite, qu’ils ne la voient pas ». À propos
maternelle qui se traduit par les « larmes ». de la règle des trois unités, l’extrait révèle encore la
liberté prise par le dramaturge. Ces quelques
Un héros insaisissable répliques suffisent à montrer plusieurs lieux : « les
L’hallucination de Marie permet de dresser un por- marches de l’escalier », la chambre de Chatterton,
trait original et énigmatique du héros romantique. « la salle voisine », ce qui rompt avec l’unité de lieu
Lorenzo devient un être impalpable, un « spectre » recommandée par le théâtre classique.
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Le romantisme

Le registre dramatique est source de compassion et son destin nourrit le


L’extrait présente une scène d’action particulière- registre pathétique de la pièce. Les personnages
ment mouvementée. Issu du grec « drama » signi- sont bouleversés et la mise en scène, une fois de
fiant « action », le terme « dramatique » qualifie un plus, révèle avec efficacité la violence de leurs réac-
registre littéraire fondé sur la mise en place d’une tions dans des tableaux d’une extrême intensité
tension croissante, sur une action précipitée qui émotionnelle : « Ses enfants accourent et s’at-
évolue vers un drame. Cette progression vers le tachent à sa robe », « Il arrache les enfants des pieds
paroxysme du malheur est symbolisée dans la pièce de Kitty »…
par la montée des marches de l’escalier et par le
sentiment croissant de la peur que révèlent les 4. LA « BATAILLE D’HERNANI »
didascalies. À l’inverse, les mouvements descen-
dants (« renversée », « tombé sur », « glisse à demi Classiques contre romantiques
morte », « tombe sur la dernière marche », « vient Théophile Gautier revient sur la tumultueuse repré-
s’asseoir ») traduisent une chute physique et annon- sentation du drame romantique Hernani, composé
cent la mort. La tension et la gravité de la situation par Victor Hugo et joué pour la première fois le
se ressentent dans les intonations vives des person- 25 février 1830. L’ambiance de la salle est qualifiée
nages, la rapidité de leurs gestes, les efforts insou- d’« orag[euse]  » avant même le lever du rideau et
tenables de Kitty Bell pour sauver Chatterton. Il faut l’allusion à « l’animosité » des partisans du classi-
aussi envisager sur scène la polyphonie des voix qui cisme comme du romantisme laisse présager le
s’entremêlent et semblent fuser de toutes parts : conflit. Dès le second alexandrin de la pièce, le ton
« On devine des soupirs de Chatterton et des paroles est donné : Victor Hugo engage d’emblée la bataille
d’encouragement du quaker », « On entend John contre les classiques par le choix d’un enjambement
Bell appeler de la salle voisine », « du haut de l’esca- qui ne laisse personne indifférent. Les accusations
lier », ainsi que la présence de nombreux person- fusent du côté des classiques qui ne sont pas avares
nages qui entrent en scène les uns après les autres, de termes dépréciatifs (« impertinent », « orgie »,
accentuant à chacune de leur intervention la tension « casse », « jette par les fenêtres », « négligences »,
ambiante. Le suspense est à son comble lorsque « condamnées  »), tandis que les romantiques
l’impitoyable John Bell surgit avec violence, laissant rétorquent par des propos élogieux (« beauté »,
éclater sa colère et son autorité destructrice. « admirablement »). Le public exprime bien là un
désaccord quant à l’usage de la langue et de la poé-
Portrait du héros romantique sie. C’est la nouveauté qui surprend et la remise en
Chatterton incarne la victime innocente. Il meurt cause de règles établies depuis l’Antiquité.
avec discrétion et sa mort provoque une extrême
agitation. Ce contraste situe bien le héros roman- Le registre épique
tique dans son rôle de « marty[r]  »  : il souffre en La description de la salle agitée renvoie aux thèmes
silence, il met fin à ses jours alors qu’il n’a que « dix- du combat et de la guerre. Combat linguistique et
huit ans », et nul ne semble pouvoir supporter sa culturel évidemment, mais aussi plus implicitement
disparition. Alfred de Vigny fait de son personnage politique comme le suggère la concession de
un proscrit, un exclu de la société qui ne sera jamais l’« admirateur de Voltaire » : « quels que fussent ses
reconnu pour ce qu’il est vraiment. L’on retrouve principes, libéral ou royaliste ». La comparaison
dans ses traits ceux du roturier Ruy Blas amoureux avec le « spadassin » belliqueux semble bien exces-
de la reine dans la pièce de Victor Hugo. La chambre sive dans ce contexte artistique. Théophile Gautier
qu’il occupe au haut des marches symbolise son use volontairement d’un vocabulaire guerrier (« venu
exclusion sociale dans la maison bourgeoise de aux mains », « animosité », « spadassin », « piche-
John Bell. La mort apparaît alors pour le héros nette », « duel ») pour accentuer l’ampleur de cette
romantique comme une délivrance et un accès plus querelle : la fameuse bataille d’Hernani est devenue
paisible à un au-delà. La toute puissance divine est prétexte à la lutte qui oppose deux écoles littéraires.
invoquée indirectement par la lecture de la « Bible » La gravure inspirée de cet événement présente de
puis de façon lyrique par le Quaker qui s’abandonne manière hyperbolique des duellistes que tout
à Dieu « à genoux », « les yeux tournés vers le ciel ». oppose, engagés dans une lutte sans merci. L’on
C’est sur cette dernière image que s’achève la pièce voit à quel point les récits et les représentations de
comme pour témoigner de la quête de spiritualité de cette querelle ne font que prolonger le combat et
nombreux romantiques à la recherche d’un ailleurs peut-être l’envenimer davantage. L’action représen-
et qui n’ont parfois trouvé de réponse à leur exis- tée invite à prendre parti et le choix du discours rap-
tence que dans la mort. L’insistance avec laquelle porté sous forme directe ne fait que rendre plus
les didascalies (et les gestes) expriment la prière et immédiate et plus vive la célèbre « première » d’Her-
la génuflexion témoigne de la spiritualité des roman- nani. Texte et image caricaturent à l’extrême : au
tiques. Pour toutes ces raisons, le héros romantique « classique admirateur de Voltaire avec le sourire
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Outils et repères Bac 2e/1re – Livre du professeur

indulgent de la sagesse pour la folie » s’oppose « un rique, répétition anaphorique… Les champs lexi-
romantique de l’atelier de Devéria, fauve comme un caux de la souffrance, de la mort et de l’obscurité
cuir de Cordoue et coiffé d’épais cheveux rouges dressent un funeste tableau. Les expressions
comme ceux d’un Giorgione », et le duelliste clas- « morne horizon », « mer sans fond » et « aveugle
sique, à peine vêtu de blanc, aussi raide qu’une sta- océan » désignent un paysage infini que rien ne
tue grecque et élégant en toutes circonstances vient interrompre.
jusque dans la finesse de ses doigts, affronte le noir
romantique au regard furieux, au corps tout en cour- Le gouffre marin : profondeur et néant
bures et en position instable. Les combattants sont Dans un paysage de soleil couchant, teintant l’hori-
associés à un attribut architectural symbolique zon de jaune et d’ocre, le tableau de Turner s’inscrit
(colonne de marbre antique du côté du classique, dans un registre dramatique. La silhouette du navire,
clocher de l’Église Notre-Dame, symbole du roman- à peine perceptible sur cette mer déchaînée semble
tisme gothique de l’autre côté) qui sous-entend que avancer rapidement pour fuir le typhon. Les voiles
la lutte est collective et culturelle. repliées, le ciel chargé de nuages, la houle, le clair-
obscur, les teintes rouge orangé, les ombres bla-
fardes annoncent un cyclone tropical d’une extrême
DOSSIER CULTUREL (I) pp. 170-171 violence. Dans l’eau, l’on peut distinguer des corps
La mer, source d’inspiration pour les romantiques enchainés, des membres à la peau noire, ce sont
ceux des esclaves jetés par dessus-bord par le
Éclairage et problématique commandant du négrier. Au milieu du tumulte des
vagues, des poissons gigantesques et monstrueux
De tous les éléments naturels, la mer et l’océan
approchent pour se repaître de leurs corps. Turner a
sont les lieux les plus riches et les plus exploités
apporté un commentaire à sa toile sous forme de
par les auteurs et artistes romantiques. L’intérêt
vers :
de ce dossier est de sensibiliser les élèves aux
différentes approches d’un même élément et à la « Tout le monde dans les enfléchures, abattez les
multiplicité des genres qui s’y consacrent. Cet [mâts de hune et amarrez-vous ;
engouement pour l’espace maritime tient au fait Le soleil couchant plein de rage et les nuages mena
que l’eau est un élément en perpétuel mouvement, [çants
toujours insaisissable, à l’image des tourments Annoncent l’approche du Typhon.
des romantiques et qu’elle tisse un lien entre l’ici Avant qu’il ne balaie les ponts, jetez par-dessus bord
et l’ailleurs à une époque où l’on rêve de nouveaux Les morts et les mourants – ne tenez pas compte de
espaces. [leurs chaînes.
Espérance, Espérance, trompeuse Espérance !
Où es-tu maintenant ? »
Un environnement hostile
L’importance accordée au ciel et le choix du typhon
L’élément maritime a souvent été représenté dans
pour symboliser la Royal Navy, annoncent la puni-
ses manifestations les plus hostiles et les plus
tion divine qui vient frapper les négriers promis à une
imprévisibles, tant en littérature qu’en peinture. Ce
mort certaine. William Turner s’érige contre la « traite
choix de la tempête et du naufrage par les roman-
des nègres » et la maltraitance des esclaves dans un
tiques répond à leurs aspirations lyriques et émo-
tableau d’un extrême beauté issue du travail sur les
tionnelles. Le tableau de Delacroix frappe par l’agi-
nuances de couleurs et la luminosité.
tation qui y règne. Les corps sont aussi disloqués
que la mâture. Tous s’affairent à affaler les voiles à
l’approche de la tempête, à l’exception du Christ, La mer, lieu d’exil et de solitude
paisiblement allongé, reconnaissable à son auréole Condamnant le coup d’État de Napoléon III du
dorée et à son drap vermillon. Le clair-obscur, les 2 décembre 1851, Victor Hugo prend la décision de
dégradés de bleu, du vert d’eau au gris anthracite, le s’exiler à Bruxelles, puis sur les îles anglo-nor-
mouvement des vagues, les nuages menaçants, mandes de Jersey et Guernesey. Après un pam-
tout semble annoncer le chavirage de l’embarcation. phlet, Napoléon le petit, écrit en 1852, il commence
Les lignes de force marquées par les espars pointent la rédaction des Châtiments, œuvre poétique viru-
dans deux directions contradictoires : deux issues lente dans laquelle il condamne le Second Empire.
seulement sont possibles, le ciel, source de la tem- Au cours de ces vingt-huit années de solitude, naî-
pête mais aussi de la toute puissance divine et sal- tront Les Contemplations (1856), La Légende des
vatrice, ou la mer, abîme fatal des naufragés. Nul siècles (1859), Les Misérables (1862), Les Travail-
point de fuite, nulle échappatoire n’est envisageable. leurs de la mer (1866). Une trentaine d’années plus
La mise en scène dramatique de cet épisode évan- tôt, l’exil de Napoléon Ier fait suite à une décision
gélique trouve un écho plus lyrique dans les vers de des Anglais vainqueurs de l’Empereur lors de la
Victor Hugo : interjection initiale, question rhéto- bataille de Waterloo, le 18 juin 1815. Prisonnier poli-
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Le romantisme

tique, Napoléon Ier est déporté sur l’île Sainte-


Hélène le 7 août 1815 où il vivra six années avant d’y DOSSIER CULTUREL (II) pp. 172-173
mourir. Les vers de Victor Hugo et la représentation
L’engagement des romantiques en faveur de
de l’Empereur mettent en évidence leur isolement.
l’indépendance de la Grèce
La première strophe semble même avoir été compo-
sée pour légender l’aquarelle : posture, attitude phy-
Éclairage et problématique
sique, éléments de la nature, onirisme s’y font écho.
Afin de rompre avec cette image restreinte et
La mer, reflet de la condition humaine inexacte de l’époque romantique, trop fréquemment
Le tableau de Friedrich et l’extrait de Chateaubriand associée dans l’esprit des élèves à la simple
situent l’être humain au cœur de la nature et d’un expression ampoulée des sentiments amoureux et
environnement maritime. L’osmose est telle que le de la rêverie, l’on propose un dossier culturel
paysage naturel semble même influer sur la vie des exclusivement axé sur l’engagement politique et
êtres représentés. Chateaubriand explique son social. Le contexte oriental offre de surcroît une
infortune par les conditions météorologiques du jour multitude d’images exotiques et fascinantes que
de sa naissance : la saison automnale lui inflige mal- les artistes exploitent à loisir, pour générer des
heurs et tourments. Les vagues « mugiss[ent]  » et émotions intenses et diversifier les registres.
couvrent les « cris » du nouveau né, « la tempête » le
berce de son « bruit ». Le tableau « Les Ages de la L’appel au combat
vie » pose un climat plus serein. Le coucher de La Grèce lutta pour son indépendance de 1821 à
soleil, la dominante des couleurs froides, la surface 1830. Sa révolte contre la domination de l’Empire
plane de l’océan génèrent une ambiance paisible. ottoman est marquée par de nombreuses batailles,
Les thèmes de la vie et de la mort y sont exprimés des sièges et des massacres organisés dont les plus
(naissance de René, champs lexicaux, titre du sanglants (le siège de Tripolizza, les massacres de
tableau, générations représentées, taille des navires, Chios, la destruction de Psara, les quatre sièges de
allusion au destin) et rendent la nature témoin de nos Missolonghi…) ont influencé peintres et écrivains.
existences éphémères. Pour chacun des docu- L’Europe, bien que favorable au mouvement des
ments, il est question de Dieu et de la toute puis- insurgés, n’apporte son aide que tardivement
sance divine : verticalité et place accordée à l’élé- (France, Angleterre, Russie) et favorise la création
ment céleste dans la toile de Friedrich, désignation d’un État grec indépendant le 3 février 1830, met-
directe du « Ciel » par Chateaubriand. Dieu, créateur tant un terme à quatre siècles d’occupation otto-
du monde et de l’univers, affirme sa présence par mane. Lord Byron s’engage en faveur des Grecs
l’intermédiaire des éléments naturels qui le repré- dont il revêt les couleurs et à qui il fournit or et armes
sentent et qui révèlent le destin de l’humanité. Les à partir de 1824. Son décès, le 19 avril 1824, suite à
vers de Lamartine posent eux aussi la question de la une fièvre contractée dans les marais, a fait de lui un
condition humaine et la métaphore « l’océan des martyr philhellène. L’engagement des romantiques
âges » associe l’écoulement de l’eau au fil de la vie. s’exprime de différentes manières. Par les armes, à
l’image de Byron, mais aussi par les arts : la musique
Pistes complémentaires
(Berlioz), la littérature (Chateaubriand), la peinture
(Phillips). Le texte de Ferrand multiplie les invectives
• Confronter l’aquarelle représentant Napoléon Ier et l’appel au combat. Chateaubriand fait l’éloge du
à la photographie de Victor Hugo : Charles Hugo, peuple grec en soulignant son courage. Tous deux
« Victor Hugo sur le rocher des proscrits » (été 1853). s’accordent pour célébrer la gloire des insurgés,
Musée d’Orsay, Paris. pour leur recommander le juste usage des armes. La
• Proposer aux élèves de rechercher l’origine et carte fait apparaître quelques-uns des douloureux
l’histoire de la construction du canal de Suez, autre combats qui ont marqué la guerre d’indépendance
exploitation de la mer à l’époque romantique. Une de la Grèce ainsi que son évolution territoriale à par-
carte peut être élaborée en classe pour en com- tir de 1830.
prendre l’intérêt stratégique et économique.
• Étudier un autre genre littéraire qui aborde le Piste complémentaire
thème de la mer et la rend complice d’un acte révo-
lutionnaire : « Le bord de la mer », extrait des Châti- L’engagement armé des romantiques en Grèce
ments de Victor Hugo. contraste avec l’image que l’on se fait traditionnelle-
• Analyser le tableau Le Radeau de la Méduse de ment de ce mouvement culturel. Pour mettre en évi-
Géricault. dence ce contraste, on peut proposer aux élèves
d’autres portraits de Lord Byron en poète rêveur.

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Outils et repères Bac 2e/1re – Livre du professeur

L’expression de la souffrance Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,


Les vers de Victor Hugo tiennent compte du contexte Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
géographique de la bataille évoquée. Les références Plus éclatant que les cymbales ?
au « vin », aux « charmilles », aux « grands bois », Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveil
aux « coteaux », et « palais » situent un lieu naturel [leux ?
agréable et propice au bonheur : « Un chœur dan- – Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
sant de jeunes filles ». Ce tableau permet de nourrir Je veux de la poudre et des balles.
un contraste entre la beauté lyrique de l’île de Chio Victor Hugo, Les Orientales (1829)
et l’ampleur des massacres qui y sont perpétrés. La
strophe suivante ne parle plus que de « désert », de La force des images
solitude et d’innocence « humiliée ». La blancheur et
Le tableau de Delacroix et le poème de Victor Hugo
le bleu, couleurs du costume grec traditionnel, sym-
personnifient la Grèce et Missolonghi sous les traits
bolisent la pureté de l’enfant « oubli[é] ».
d’une femme suppliante et anéantie. Cette repré-
sentation suscite le sentiment de compassion et
Pistes complémentaires
invite à prendre les armes pour secourir la fragilité
• Analyser le tableau de Delacroix, Le Massacre de incarnée. Ce procédé de l’allégorie est exploité par
Scio (1824), huile sur toile (419 x 354 cm.). Musée Delacroix dans le plus célèbre de ses tableaux, La
du Louvre, Paris. Liberté guidant le peuple, réalisé en 1830 et inspiré
• Lire le poème de Victor Hugo dans son intégralité : des Trois Glorieuses. En 1826, Missolonghi est
assiégée pour la troisième fois. Ravagés par les
L’Enfant combats, par la famine et les épidémies, ses habi-
tants s’en remettent aux mains de leurs assaillants
“Ô horror ! horror ! horror !”,
W. Shakespeare, Macbeth
et se constituent esclaves. La jeune femme qui
incarne ces souffrances, vêtue du costume grec tra-
Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil. ditionnel, semble perdue mais encore animée d’un
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil, instinct de survie. Les mains ouvertes en signe de
Chio, qu’ombrageaient les charmilles, supplication, la génuflexion, la poitrine en partie
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois, dénudée révèlent sa fragilité et font écho au premier
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois vers du poème « Les Têtes du sérail ». L’offenseur
Un chœur dansant de jeunes filles. turc situé en arrière plan, plante dans le sol en ruine
le drapeau de la victoire, sous un ciel chargé de
Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis, nuées et renvoie, quant à lui, au second vers. Néan-
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis, moins, un différence apparaît entre image et texte :
Courbait sa tête humiliée ; alors que le poète développe le registre épique, la
Il avait pour asile, il avait pour appui toile connote le pathétique.
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.
Piste complémentaire
Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus Analyser le tableau de Ary Scheffer, Les femmes
Comme le ciel et comme l’onde, souliotes voyant leurs maris défaits par les troupes
Pour que dans leur azur, de larmes orageux, d’Ali, pacha de Janina, décident de se jeter du haut
Passe le vif éclair de la joie et des jeux, des rochers (1827), huile sur toile (261,5 x 359,5 cm).
Pour relever ta tête blonde, Musée du Louvre, Paris.

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner


Pour rattacher gaîment et gaîment ramener VOCABULAIRE p. 174
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront, 1 ÉTYMOLOGIE
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ? Passion : < latin passio : souffrance ; état
émotionnel particulièrement intense au point de
Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ? dominer l’esprit et la vie de celui qui le subit.
-
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus, Mélancolie : < grec melas : noir +  kholé : bile ;
Qui d’Iran borde le puits sombre ? sentiment d’ennui, de tristesse accompagné d’une
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand, insatisfaction permanente qui provoque la rêverie et
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant, le désir de fuir. Nerval évoquait « Le soleil noir de la
Cent ans à sortir de son ombre ? mélancolie ».

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Le romantisme

Émotion : < latin movere : mettre en mouvement ; Qu’il va terminer son tour,


réaction affective si forte qu’elle peut provoquer des Il jette par intervalle
troubles physiques, des malaises ou une extrême Une heure de clarté pâle
agitation. Qu’on appelle encore un jour.
Enthousiasme : < grec theos : dieu ; exaltation,  […]
élan poussant à une extase mystique proche de la
Alphonse de Lamartine,
béatitude.
Harmonies poétiques et religieuses (1830)
Se délecter : < latin delectare : attirer, charmer ;
tirer en grand plaisir d’ordre émotionnel. 4. DÉRIVATION
Contemplation : < latin contemplatio  : considération
par le regard et l’esprit, en particulier de Dieu ; ego : égotisme – sens : sensibilité – goût : dégoûté
activité des sens motivée par un état d’admiration à – image : imagination – union : communion –
l’égard de la nature ou d’éléments divins, proche de porter : transporter
la rêverie.
5. ROMANTISME ET CLASSICISME
Exaltation : < latin exaltatio  : action d’élever,
notamment dans un emploi chrétien ; fait d’éprouver • Romantisme  : liberté, exaltation, révolution,
des sentiments, des sensations d’une extrême gothique, épanchement, drame, imagination,
intensité chez un tempérament passionné. engagement.
Désillusion : < préfixe dés-  + illusion : latin dis : • Classicisme  : vraisemblance, harmonieux,
sans + latin illusio : moquerie, tromperie ; découverte rigidité, bienséances, règles, moralisateur,
d’une réalité différente de ce que l’on avait envisagé académie, symétrie.
accompagnée d’un sentiment de lassitude et de
6. SENTIMENTS NUANCÉS
profonde amertume.
Dramatique : < latin dramaticus : relatif au théâtre ; Ce que l’homme a fait de plus grand, il le doit au
particulièrement émouvant du fait de l’intensité sentiment douloureux de l’incomplet de sa destinée.
d’une action vécue ou observée. Les esprits médiocres sont, en général, assez satis-
– faits de la vie commune : ils arrondissent, pour ainsi
Spleen : < grec splen  : rate, siège des humeurs ;
état d’ennui, de mélancolie, accompagné d’un dire, leur existence, et suppléent à ce qui peut leur
sentiment de dégoût pour l’existence. manquer encore par les illusions de la vanité : mais
le sublime de l’esprit, des sentiments et des actions
2 ASSOCIATION D’IDÉES
doit son essor au besoin d’échapper aux bornes qui
circonscrivent l’imagination. L’héroïsme de la
Tristesse : épanchement, démesure, mélancolie. – morale, l’enthousiasme de l’éloquence, l’ambition de
Amour : séparation, souffrance, spirituel. – Com- la gloire donnent des jouissances surnaturelles qui
bat : intérieur, politique, mort. – Saison : automne, ne sont nécessaires qu’aux âmes à la fois exaltées et
cycle, immortalité. – Voyage : Orient, l’au-delà, fuite. mélancoliques, fatiguées de tout ce qui se mesure, de
– Mort : suicide, évasion, fatalité. – Rêve : idéal, tout ce qui est passager, d’un terme enfin, à quelque
imagination, insatisfaction. distance qu’on le place. C’est cette disposition de
l’âme, source de toutes les passions généreuses,
3 CHAMP LEXICAL comme de toutes les idées philosophiques, qu’inspire
particulièrement la poésie du Nord.
Pensée des morts
Voilà les feuilles sans sève Madame de Staël, De la Littérature (1800)
Qui tombent sur le gazon,
Voilà le vent qui s’élève
Et gémit dans le vallon,
VERS LE BAC p. 175
Voilà l’errante hirondelle
Qui rase du bout de l’aile
L’eau dormante des marais, S’entraîner au commentaire
Voilà l’enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères Axe rédigé
Le bois tombé des forêts. Dans la première partie de La Confession d’un enfant
du siècle, Musset analyse les raisons historiques de
L’onde n’a plus le murmure ce qu’il appelle « le  mal du siècle ». La chute de
Dont elle enchantait les bois ; Napoléon Ier a privé d’espoir et de gloire ces enfants
Sous des rameaux sans verdure qui « étaient nés au sein de la guerre, pour la
Les oiseaux n’ont plus de voix ; guerre ». La Restauration ne leur laisse aucune
Le soir est près de l’aurore, chance de pouvoir assouvir leurs ambitions et les
L’astre à peine vient d’éclore jeunes gens, insatisfaits, s’ennuient et découvrent
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Outils et repères Bac 2e/1re – Livre du professeur

l’angoisse de la mort, alors qu’ils auraient donné leur bat qui n’aura pas lieu. Les jeunes gens ne manquent
vie pour servir l’Empereur. pas seulement d’action, mais de tout, comme le
Musset utilise deux expressions qui font référence à montrent les termes forts empruntés au champ lexi-
l’histoire pour bien mettre en évidence ce qui oppose cal du manque (« misère », « vide » et « pauvreté »).
les deux forces en présence : d’un côté, « les souve- L’expression « le vide de son existence » traduit un
rains du monde », ces rois que la périphrase rend vide total et une vie qui n’a pas de sens.
implicitement distants et sereins, de l’autre, « tous À l’inverse, lorsque Musset évoque l’activité de la
ces gladiateurs frottés d’huile », les jeunes gens que jeunesse, il la dévalorise. Cette activité qui semble
la métaphore et l’allusion à la civilisation romaine une réaction à la condamnation à « l’oisiveté et l’en-
font imaginer particulièrement combatifs, impatients nui » que le contexte historique et social impose aux
de faire leurs preuves et replacent dans le contexte jeunes gens n’est pas un véritable choix puisque
politique de la république ou de l’empire, et non de l’occupation dans laquelle ils se lancent est détermi-
la royauté. Le lexique dépréciatif exprime ce que ces née par l’importance de leur fortune. Musset dis-
rois proposent à la jeunesse : les termes « repos », tingue ainsi trois groupes et présente de manière
« oisiveté » et « ennui » forment une gradation qui péjorative la conduite adoptée par chacun d’eux.
traduit implicitement la déception éprouvée. La vie « Les plus riches » remplissent le vide de leur exis-
politique paraît médiocre, terne, sans le rouge du tence en devenant « libertins » : par ce terme, l’au-
sang de la gloire militaire et des conquêtes des teur désigne à la fois le libertinage religieux et moral,
armées napoléoniennes, sans les activités péril- le refus des contraintes religieuses et le goût pour
leuses, sans les tempêtes que l’histoire est censée les plaisirs et la débauche. Dans ce roman comme
offrir aux jeunes gens. Le vocabulaire juridique pré- dans les œuvres théâtrales de Musset (Les Caprices
sente cette inaction comme une punition et une de Marianne, 1833, ou On ne badine pas avec
fatalité. L’ennui de la jeunesse est suggéré par la l’amour, 1834), le libertinage engendre toujours chez
juxtaposition de trois exemples de « combats », celui qui s’y adonne l’amertume et le dégoût. Le
vaines tentatives pour meubler l’ennui : des légiti- verbe « se résigner » donne une image négative de
mistes, partisans de la branche des Bourbons détrô- ceux que leur « fortune médiocre » oriente vers une
née en 1830 par la branche d’Orléans, se battent carrière dans la justice ou dans l’armée ; Musset
« sur les marches de la Chambre législative », des insiste sur leur renoncement et la médiocrité de
jeunes nostalgiques de l’Empire manifestent leurs leurs ambitions semble répondre à la médiocrité de
convictions en assistant à une représentation théâ- leur fortune. Le comportement « des plus pauvres »
trale, des libéraux se rendent aux obsèques du est aussi décrit et sévèrement  jugé : le verbe « se
général Foy qui avait pris position en faveur des jeter » donne l’impression d’un acte irréfléchi et
libertés individuelles et de la presse. Chacun de ces désespéré que confirment trois compléments forte-
groupes est désigné par l’indéfini « on », ce qui ren- ment dépréciatifs. Musset met l’accent sur la vanité
force l’impression de conformisme. et la stérilité de cette « action sans but » en utilisant
Musset tente d’exprimer le « malaise » éprouvé par aussi bien l’oxymore « l’enthousiasme à froid » que
les jeunes gens. Ce sentiment n’épargne personne, l’ironie (« les grands mots ») ou la métaphore (« l’af-
il est ressenti par chacun « des membres des deux freuse mer »). Quand il évoque trois exemples de
partis opposés » quand des jeunes gens s’affrontent. combats politiques menés par les jeunes gens, il
Ce malaise est une très vive douleur que traduisent emploie une gradation croissante (« s’aller battre »,
la force de l’adjectif « insupportable » et l’adverbe « courir », « se ruer ») qui traduit une conduite gou-
« amèrement », une douleur intime et très profonde vernée par les passions. Cette jeunesse semble
(« au fond de l’âme »). Ce sentiment est si intense aussi mettre sur le même plan le fait de manifester
qu’il est indicible, les mots étant trop faibles pour en ses idées politiques, d’applaudir un acteur à la mode
donner la mesure : l’adjectif « inexprimable » et les ou d’assister à un enterrement. Musset dresse donc
articles indéfinis renforcent l’impression que l’ex- un bilan sévère des activités de la jeunesse, mais il
pression de ce malaise est impossible. Cette souf- donne aussi l’impression qu’elle n’a pas le choix et
france est tenace, comme l’indique l’image conte- qu’elle y est condamnée.
nue dans le verbe « fermenter » qui suggère une
aggravation. L’auteur explique ce malaise de la jeu- S’entraîner à la dissertation
nesse par l’inaction, « l’oisiveté » engendrant « l’en-
nui ». Il insiste sur l’idée que les jeunes gens sont
« condamnés au repos » en les représentant comme Paragraphe rédigé
des spectateurs inutiles « voy[ant] se retirer d’eux Par définition, le genre poétique est le genre de la
les vagues écumantes  contre lesquelles ils avaient création (grec poiein : créer). Création d’un nouveau
préparé leurs bras » en pure perte. Cette métaphore langage, d’un monde sensible, d’images originales
est renforcée par celle des gladiateurs qui, comme et surprenantes par lesquelles les poètes s’expriment
les marins, se sont entraînés inutilement à un com- au gré de leurs émois. L’écriture poétique, lyrique et
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Le romantisme

musicale, permet cet épanchement personnel. La


concision des vers peut, par exemple, mettre en BILAN pp. 176-177
évidence la proximité physique et émotionnelle de
• Lire un texte romantique
deux amants. C’est ce que parvient à faire Alfred de
Musset dans son poème « A George Sand », dédié à
la femme qui a marqué sa vie et son cœur. Les Ressource numérique
marques des première et deuxième personnes www.reperes.francaislycee.magnard.fr
alternent au fil des vers. Ce poème fournit également
un bel exemple de musicalité. Les sons s’y font Lecture audio
écho  (anaphores, allitération et assonances) et le Le manuel numérique enrichi vous propose le
rythme semble mimer la parole directe et expressive poème de Victor Hugo, « Stella » interprété par
du poète. Musset nous rappelle par ces vers que le un comédien.
genre poétique est le lieu d’expression d’une voix
unique et intime aux révélations les plus secrètes.

Lecture analytique
S’entraîner à l’ecriture d’invention

La célébration de la nature
Critères d’évaluation________________________
Les éléments naturels apparaissent dans leur
• Pertinence du choix du lieu et, éventuellement, de immensité et leur diversité. La richesse du décor est
la saison. liée à la présence des quatre éléments naturels : l’eau,
• Mise en scène du narrateur au cœur de cet envi- le feu, l’air et la terre. Cette richesse est visible de
ronnement : situation physique du narrateur, portrait l’infiniment grand à l’infiniment petit, de l’océan à la
moral indirect, discours directe ou indirect libre, fleur. Hugo montre la beauté d’une nature
omniprésence de la première personne… florissante : le charme l’emporte sur le tourment,
• Diversité des images, comparaisons, méta- comme le suggère la rime sémantique « charmante »/
phores, personnifications, prosopopée. « tourmente ». Le lexique traduit l’harmonie et la dou-
• Champ lexical de la nature et nuances des sen- ceur du paysage («  frais 
», « molle », «  Aquilon
timents. s’enfuyait », « duvet », « apaisait », « sourire »). Cette
• Organisation du texte et gradation des émotions. douceur est suggérée également par la douceur
• Osmose entre l’homme et la nature : de la per- des nasales, des liquides et des fricatives du vers
ception sensorielle aux émotions, création de rap- 5, ainsi que par la douceur du rythme. Le poète
prochements par des échos sonores, intégration romantique prête à la nature des sentiments et des
progressive et progression chronologique, transfi- actes proprement humains. L’herbe frissonne, les ani-
guration de l’environnement décrit par le biais de la maux se parlent, la fleur présente l’étoile comme sa
focalisation interne… sœur, l’océan est même amoureux.

La place du poète au cœur de la nature


S’entraîner à l’épreuve orale
Le poète trouve sa place dans ce décor somptueux,
il s’y intègre parfaitement. Les premiers vers montrent
Critères d’évaluation________________________ que la nature entoure le poète et veille sur lui dans son
• Prise en compte de la versification et respect du sommeil jusqu’à son réveil. La parataxe du vers 3
nombre de syllabes pour chaque vers. donne une impression de proximité entre le poète
• Respect du rythme des vers, donné par la ponc- et l’étoile. Lorsque la première personne du singulier
tuation mais aussi par les groupes syntaxiques. réapparaît, elle est liée au mot « herbe ». L’union est si
• Expression des diérèses « contagion », « reli- étroite qu’une communication peut s’établir entre le
gion ». poète et la nature. Le rapport est si prononcé que les
• Prononciation habile des liaisons. éléments naturels semblent mimer le poète : le décor
• Adapter l’intonation aux paroles, aux mots, aux se transfigure progressivement pour s’éveiller. Les
intentions du héros. quatre verbes contenus dans les vers 2 et 3 tra-
• Prise en compte du destinataire auquel Hernani duisent l’éveil progressif du poète et la lenteur
s’adresse et à l’ambiguïté de son statut pour lui : de sa prise de conscience. L’univers commence à
femme aimée mais qu’il cherche à effrayer et à faire penser, à vivre, à s’animer au sens étymologique du
fuir. terme, à « frissonn[er] », puis à « parl[er] » de plus en
• Inflexions de la voix révélatrices d’un état émo- plus longuement. Cette transfiguration progressive
tionnel intense  et contradictoire : tristesse, déses- nous plonge dans un univers de magie poétique et
poir, autorité, force, supplication… merveilleuse.

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Outils et repères Bac 2e/1re – Livre du professeur

Une mise en scène théâtrale • Tester ses connaissances sur le romantisme


La fleur fait les présentations en s’adressant au poète.
Le discours de l’étoile est annoncé implicitement par Ressource numérique
un jeu de correspondances entre le premier mouve-
www.reperes.francaislycee.magnard.fr
ment descriptif et le discours lui-même. L’étoile est
évoquée dès le vers 3, même si elle semble encore Texte à Copier-coller
« lointaine ». Le jeu des regards crée un moment d’at- Le manuel numérique enrichi vous propose ce
tente, comme avant un lever de rideau. Tous les test en format.doc. Vous pourrez ainsi modifier et
regards convergent vers l’étoile. Hugo utilise simulta- personnaliser ce test de connaissances en
nément de nombreux moyens pour donner du dyna- fonction de votre démarche pédagogique et de
misme au message de l’étoile : anaphore (« Je vos attentes. Mais vous pourrez également
suis »), exclamatives, impératives, énumérations, distribuer ce test « prêt à l’emploi » (consignes
rythme saccadé et accumulatif, interjection et apos- adaptées et lignes de conduites pour répondre
trophes. Les derniers vers sont bien plus vifs que les directement sur le papier) à vos élèves dans le
premiers : la tension n’a cessé de croître. La lumière cadre d’un contrôle de connaissances.
joue un rôle essentiel dans le monde du spectacle,
c’est elle qui attire les regards. Le champ lexical de la
clarté est très présent dans le poème. Hugo utilise
1 Les Contemplations ➡ Hugo
l’opposition entre l’ombre et la lumière pour mettre en
valeur le triomphe de l’étoile. Quelques vers évoquent Le Génie du christianisme ➡ Chateaubriand
l’obscurité, mais une obscurité fuyante ou vaincue Le Nuits ➡ Musset
comme le confirme le vers final. Le motif de la lumière Aurélia ➡ Nerval
est lié à celui de la verticalité, ce qui provoque un Les Souffrances du jeune Werther ➡ Goethe
autre grandissement de nature épique : la lumière Méditations poétiques ➡ Lamartine
provenant d’un astre, on imagine alors les regards 2 a. Hugo – b. Friedrich – c. Lamartine –
orientés vers le ciel.
d. Chateaubriand – e. Nerval – f. Chopin
La signification du poème 3 Romantisme noir : thème du rêve et de l’halluci-
La symbolique de l’ombre et de la lumière nous ren- nation ; créatures monstrueuses, essentiellement
voie à l’ensemble du recueil et notamment à sa struc- des prédateurs hostiles (lynx, chouettes, chauves-
ture de « Nox » à « Lux ». Les allusions politiques se souris) ; sentiment d’angoisse, vulnérabilité du sujet
précisent au fil des vers : répression, guerre, liberté représenté ; fatalité, encerclement de la victime ;
et fraternité bafouées, combats, appel à la résistance dégradés de gris, clair-obscur.
et critique des compatriotes. La lumière prend aussi
une signification mystique et symbolise la puissance 4 a. Chateaubriand – b. Hugo – c. Chateaubriand
divine. Le réveil républicain qu’annonce Stella devient – d. Musset – e. Hugo – f. Schiller
sacré. Le poète évoque la Résurrection, les Dix Com-
5 Sculpture romantique : influence d’un personnage
mandements, David contre Goliath et Moïse. La
mythologie hugolienne emprunte ses images à la shakespearien créé pour la pièce Hamlet ; élément de
Bible mais aussi à la mythologie. Stella assimilée à la nature, dérive du corps noyé au fil de l’eau ;
Vénus prononce un message d’amour. Les éléments ondulations de l’eau, courbures du corps ; absence de
naturels sont unis par des liens fraternels ou amou- rigidité, portrait en mouvement ; sentiment de tristesse
reux. Cet amour rédempteur mène à la liberté, comme et de compassion face à la folie du personnage ; mort
le montrent le vers de chute, l’emploi des majuscules volontaire du héros suite à un déchirement amoureux ;
et les associations sonores « ange »/ « géant ». Les registres lyrique, tragique et pathétique  ; victime
thèmes de la naissance (du jour, de l’étoile, de innocente.
l’amour) et de la lumière symbolisent alors le Progrès
en marche, c’est-à-dire l’accès à l’idéal hugolien :
Pistes complémentaires
liberté, vérité, bonheur. Hugo adresse un message
aux poètes qui doivent devenir les « sentinelles » de Comparer le relief de Préault aux portraits symbo-
la République. Par le passé, Stella « [a] lui sur le listes d’Ophélie réalisés par le peintre Odilon Redon.
Taygète », lieu de séjour des Muses ; elle « [a] brillé sur
Dante » qui a su unir poésie et politique. Hugo rap-
pelle ainsi à ses contemporains la mission du poète
visionnaire.

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Le romantisme

Bibliographie
• Jean Carpentier, François Lebrun, Histoire de France, Seuil, Points Histoire, 1989.
• David Gariff, Les plus grands peintres, de Michel-Ange à Andy Warhol, Eyrolles, 2008.
• Werner Hofmann, Caspar David Friedrich, Harzan, 2000.
• Victor Hugo, Préface de Cromwell, 1827.
• Jean-Pierre Richard, Études sur le romantisme, Seuil, 1999.
• Stendhal, Racine et Shakespeare, 1823-1825.
• Bernard Vargaftig, La Poésie des romantiques, J’ai lu, 1993.

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