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Introduction générale

INTRODUCTION GENERALE

Ce travail s’articule autour de trois grands thèmes de recherche portant sur l’hydrologie
de l’Est algérien : apports hydrologiques des cours d’eau dans les contextes variés de leurs
bassins, bilans de l’écoulement et cartographie automatique de leurs principales
composantes, enfin protection des hydrosystèmes - combien vulnérables en régime d’étiage -
et aménagement des eaux de surface par le biais de barrages-réservoirs.

Il s’appuie sur une série de travaux de recherche réalisés, qui ont fait en partie l’objet de
publication, et dont les références sont signalées en fin de texte.

Etant géographe adepte de l’hydrologie dans sa double dimension naturelle et appliquée


et au vu de la complexité des faits hydrologiques et leur variabilité spatio-temporelle, le
raisonnement tant géographique que statistique, a été constamment privilégié dans le cadre de
ces analyses.

Aussi, à l’effet de répondre aux besoins de la recherche avec les moyens de notre temps,
avons-nous fait largement appel à l’usage d’outils modernes : analyse de données,
géostatistique, Modèle Numérique de Terrain (M.N.T.), cartographie automatique.

Le choix des thématiques a été guidé par le souci de compréhension dans une vision
assez large, comment se tient de l’amont à l’aval, l’ensemble des éléments composant les
hydrosystèmes continentaux : depuis les facteurs physico-géographiques et le déroulement du
cycle hydrologique jusqu’aux questions pratiques d’aménagement et d’environnement liées à
l’intervention de l’homme.

Et ceci dans un cadre régional, l’Est algérien, décomposé en unités hydrologiques : les
bassins versants (fig. 1).

Il s’agit donc d’un domaine géographique particulièrement vaste et nuancé qui se prête à
établir des comparaisons.

Il permet, en outre, compte tenu de l’état encore lâche du réseau hydroclimatologique,


de s’appuyer sur les données d’un nombre de stations d’observation plus élevé que ne pouvait
permettre l’étude d’une unité hydrologique limitée.

Enfin, ce choix répond à notre souci de nous « projeter » dans ce que sera l’espace de
gestion de l’eau de demain, « la région de l’eau », composée d’entités de bassins contigus et
potentiellement solidaires.

1
M ER ME DITERRA NEE
MER MEDITE RRANE E SKIKD A
ANNABA

400 ALGER BEDJ AIA


03
Quadrillage kilométrique Lambert Nord Algérie (Y)
TIZI O UZO U

BL IDA 02 CONSTANTINE
GUEL MA

BO UIRA
15 10 14
CHLEF
MEDEA
09 BO RDJ BOU AR RERIDJ

300 MOSTAGANEM

12

T U N IS IE
ORAN

01 BATNA
07
TEBESSA
04 MASCARA TI ARET 05
SIDI BEL ABBES BOU SAADA

200 TLEMCEN 11
16
SAI DA
17 BI SKR A
06
DJEL FA
M AROC

100 AFLO U

08 LAGH OUAT

13
0 km 100 km 200 km

0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 1100
Quadrillage kilométrique Nord Algérie (X)

Introduction générale
01 : Cheliff 02 : Côtiers algérois 03 : Côtiers constantinois 04 : Côtiers oranais
05 : Chott Hodna 06 : Chott Melrhir 07 : Hauts Plateaux constantinois 08 : Hauts Plateaux oranais
09 : Isser 10 : Kébir-Rhumel 11 : Macta 12 : Medjerda 13 : Sahara 14 : Seybouse
15 : Soummam 16 : Tafna 17 : Zahrez

Figure 1 : Bassins hydrographiques de l’Algérie du Nord et position de la zone d’étude


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Introduction générale

L’Algérie orientale représente la région la plus arrosée du pays et détient, de ce fait, la


part la plus importante des ressources en eau de surface. Avec un écoulement annuel moyen
pouvant dépasser les 200-300 mm sur les bassins telliens, elle s’oppose nettement à l’Algérie
occidentale où la semi-aridité dominante ne permet que des écoulements médiocres, en
majorité inférieurs à 50 mm par an.

Cependant, les contrastes physico-géographiques de l’Est algérien confèrent à celui-ci


deux systèmes hydrographiques juxtaposés, nettement opposés : les bassins septentrionaux, à
écoulement relativement fourni, de type exoréique (Côtiers constantinois, Soummam, Kébir-
Rhumel, Seybouse et Medjerda) et les bassins méridionaux, à écoulement plutôt modeste, de
type endoréique (Hauts Plateaux, Chott Melrhir et Chott Hodna).

Comme le montreront les développements de la Première Partie, le caractère


montagneux du Tell et l’abondance des précipitations facilitent aux cours d’eau un débouché
vers la mer Méditerranée. En raison de la topographie en cuvettes et de la semi-aridité
dominante, les oueds des Hautes Plaines et du Piémont saharien sont pour la plupart
tributaires de dépressions fermées (sebkhas, chotts et garaet).

Ces disparités sont déterminantes dans l’inégale répartition spatiale des apports
hydrologiques des cours d’eau. L’étude des apports annuels constitue un volet essentiel dans
la compréhension du fonctionnement hydrologique des bassins, au vu de la variété des
contextes tant climatiques que physiographiques qui les caractérisent.

Le rendement hydrologique fort différencié des bassins rend compte, par ailleurs, de
l’influence prépondérante du facteur pluviométrique, la surface drainée n’intervenant qu’en
second ordre. L’irrégularité du climat agit du reste sur la forte variabilité temporelle des
écoulements.

Le calcul et l’analyse des bilans hydrologiques annuels conduisent, dans une Deuxième
Partie, à appréhender les termes essentiels du cycle de l’eau à l’échelle des bassins observés :
précipitations, écoulement et déficit d’écoulement. Ils sont abordés sous différents aspects :
variations spatiales et facteurs conditionnels, corrélations hydro-pluviométriques, écoulement
observé et écoulement calculé.

C’est de la bonne connaissance de l’écoulement en tout point de l’espace que dépend le


dimensionnement adéquat des aménagements hydrauliques (barrages et retenues collinaires,
dérivation, aménagement au fil de l’eau…).

Or, la discontinuité chronologique et géographique de l’information hydrologique


disponible constitue une contrainte évidente pour la connaissance rationnelle des ressources
en eau, combien aléatoires et qu’il y a lieu d’exploiter et de gérer. Afin d’y suppléer,
l’interpolation spatiale des données de mesure et la cartographie automatique des éléments du
bilan hydrologique sont des techniques auxquelles nous faisons recours.

Les cartes proposées sont reproductibles et « maniables » au sein d’un Système


d’Information Géographique (S.I.G.). Elles contribuent, en outre, à combler une lacune
importante dans le champ de la connaissance hydrologique en Algérie.

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Introduction générale

Les écoulements d’étiage et la protection de la qualité des cours d’eau, tout comme
l’étude des barrages-réservoirs, organes essentiels dans l’aménagement des eaux de surface,
sont au centre d’intérêt de la Troisième Partie.

Les écoulements d’étiage sont des phénomènes hydrologiques d’une extrême


importance tant leur influence est double : sur les disponibilités en eau (indigence
hydrologique) et sur la qualité des cours d’eau (impact des rejets). Leur étude permet de faire
ressortir les disparités spatiales et le rôle variable des apports souterrains. C’est également en
relation avec les basses eaux que l’étude de la concentration accrue des eaux usées (d’origine
urbaine et industrielle) conduit à soulever une question d’actualité en Algérie : la protection
des hydrosystèmes contre la pollution.

La protection des eaux de surface est d’autant plus nécessaire que celles-ci sont
aujourd’hui largement sollicitées par l’aménagement. Le réseau de barrages-réservoirs en
cours d’implantation, complété par de longs transferts hydrauliques, tend à couvrir un large
espace de l’Est algérien de même que le taux de régularisation des apports des oueds est
appelé à augmenter sensiblement. A ce titre, l’approche régionale des barrages est abordée.

Enfin, les analyses détaillées portant sur deux cas d’aménagement, le barrage de
Hammam Grouz en zone semi-aride, et celui d’envergure régionale, le barrage de Beni
Haroun et son système de transfert hydraulique, permettent d’élucider des questions
importantes, inhérentes aux hydrosystèmes aménagés : contraintes physiques liées au site
d’aménagement, fonctionnement hydrologique du bassin d’alimentation et validité des calculs
de débits, régularisation des eaux, système d’aménagement et de transfert d’eau, problèmes
d’impact et de protection de la retenue…

Pour en venir à des questions pratiques, il y a lieu de préciser que la collecte des
données, leur mise en forme, leur critique et leur homogénéisation ont toujours constitué des
opérations longues et fastidieuses. Des erreurs aussi minimes soient-elles persistent
certainement à entacher les séries d’observation hydroclimatologiques.

Il n’en demeure pas moins que ces bases de données, accumulées au fil des années, sont
fondamentales en l’état actuel de nos connaissances. Elles permettent d’aborder la variété de
l’hydrologie algérienne, encore très peu « défrichée » dans plusieurs de ses aspects (fig. 2).

Les connaissances acquises sur le terrain (malgré les contraintes d’accès qui parfois s’y
opposent) nous ont été, par ailleurs, utiles pour étayer les analyses.

Tout comme le traitement statistique des données sur ordinateur et leur représentation
graphique, l’emploi de la cartographie automatique est privilégie car elle est tout à la fois outil
de recherche et moyen d’expression géographique.

Enfin, ces recherches s’appuient sur un support bibliographique dense et varié, imposé
par l’ampleur et la diversité des thèmes abordés. Au-delà du support cartographique classique
(les principaux assemblages des cartes topographiques utilisées sur la zone d’étude sont
reproduits par la figure 4), le support d’information numérique a été exploité. Le M.N.T.
permet, en effet, d'utiliser une grille kilométrique régulière, superposée au relief de la région
orientale de l’Algérie (fig. 3).

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Introduction générale

Le cadre géographique de la recherche : l’Est algérien


• Les bassins hydrographiques : bassins exoréiques (4 BV complets et 2 BV partiels) et bassins
endoréiques (1 BV complet et 2 BV partiels)
• Les bassins jaugés : 33 bassins aux séries homogènes et concordantes sur une cinquantaine de
bassins disposant de chroniques de débits

Les méthodologies adoptées Les données et les outils d’analyse


• Une double approche, spatiale et • Bases de données
temporelle - mesures hydro-climatologiques
- support cartographique du milieu
- l’échelle spatiale de l’hydrologie : hydrologique
bassins emboîtés et bassins unitaires - Modèle numérique de terrain (M.N.T.)
- l’échelle temporelle : le déroulement du cycle - autres informations : aménagements
hydrologique hydrauliques, environnement …
• Outils
• Une double approche thématique - cartographie
- physique - hydrologique - informatique : traitement statistique,
- aménagement - environnement cartographie automatique
- observations sur le terrain, enquêtes
• Support bibliographique dense

Les thématiques abordées

I. II. III.
Contexte physico- Bilans de l’écoulement Ecoulements d’étiage, rejets
géographique varié des des bassins observés ; et protection des
bassins versants ; hydrosystèmes
corrélations hydro-
données « méditerranéens ».
pluviométriques . Aménagement des eaux par
hydrométriques.
Apports des cours d’eau Cartographie automatique barrages-réservoirs;
et leur disparité des éléments du bilan : cas d’aménagement :
spatiale ; rendement précipitations, écoulement et systèmes de « Hammam
hydrologique et déficit d’écoulement ; Grouz » et de « Beni
variabilité des débits. cartographie du déficit en Haroun ».
eau agricole.

Conclusions : résultats et perspectives

Figure 2 : Présentation schématique : thèmes, approches et moyens d’investigation

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Introduction générale

43 0

42 0
ANNABA
41 0
MER MEDITERRANEE SKIKDA
40 0

39 0 BEJAIA
38 0

37 0
GUELMA
36 0

35 0 CONSTANTINE
Quadrillage kilométrique Lambert Nord Algérie (Y)

34 0

33 0

TUNI SIE
32 0
BORDJ BOU ARRERIDJ
31 0

30 0
29 0

28 0

27 0

26 0 BATNA
25 0 TEBESSA
24 0

23 0

22 0

21 0
20 0

19 0

18 0 BISKRA
17 0

16 0

15 0

14 0
13 0

12 0

11 0

10 0
650 66 0 670 6 80 690 700 710 720 730 740 750 760 77 0 780 7 90 800 810 820 830 840 850 860 870 88 0 890 9 00 910 920 930 940 950 960 97 0 980 9 90 1 0001010 10201030 1040

Quadrillage kilom étrique lambert Nord Algérie (X)

400
rranée
Médite
Méditerranée
Tunisie

300 n
tellie
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200
Maroc

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ari
100
sah
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0

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0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000

Figure 3 : Situation géographique et Grille du M.N.T. (2 x 2 km) couvrant la région Est de


l’Algérie du Nord

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Introduction générale

Figure 4 : Assemblage des cartes topographiques couvrant la zone d’étude

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Première Partie : Variété physique des bassins et apports hydrologiques des cours d’eau

PREMIERE PARTIE

VARIETE PHYSIQUE DES BASSINS


ET
APPORTS HYDROLOGIQUES DES COURS D’EAU

Les apports et le comportement hydrologiques des cours d’eau sont la résultante de


l’interaction complexe des facteurs climatiques et physiographiques dont le caractère de
disparité spatiale, dans l’Est algérien, est nettement marqué.

La variété du contexte physico-géographique de l’Algérie orientale se résume ainsi : du


Sud au Nord et sur 250 km à vol d’oiseau, on passe d’un relief pré-saharien dénudé, fortement
plat et au climat sub-aride à aride, à des massifs montagneux humides portant de belles forêts
de chêne liège et surplombant sur plusieurs centaines de mètres, la mer Méditerranée. Ceci, en
traversant le gros « bastion » montagneux relativement boisé de l’Aurès et Nememcha, la
grande gouttière semi-aride des Hautes Plaines et les reliefs de basses montagnes subhumides
du Tell.

Comme le confirmera l’étude de la répartition spatiale des apports des cours d’eau,
établie sur la base des données d’observations des bassins jaugés, ces fortes disparités
confèrent à la région deux systèmes hydrologiques opposés : des oueds à écoulement
exoréique et relativement abondant, au Nord (bassins subhumides à humides du Tell et des
plaines côtières), et des oueds à écoulement endoréique, manifestement modeste, au Sud
(bassins semi-arides à arides des Hautes Plaines et des piémonts de l’Atlas saharien).

L’approche géographique des débits spécifiques permet, par ailleurs, d’appréhender le


rendement hydrologique fortement différencié des bassins.

Aux fortes disparités géographiques de l’écoulement de surface, s’ajoute une variabilité


temporelle considérable des débits, liée aux caractères du climat, de type méditerranéen au
Nord et subdésertique continental au Sud.

Les résultats de ces différentes analyses contribuent à améliorer nos connaissances sur
le comportement des oueds et leurs apports dans le contexte physico-géographique très
contrasté de l’Est algérien. L’influence dominante du facteur climatique, en particulier
pluviométrique, rythme la disponibilité des ressources en eau de surface, leur pénurie et leur
surabondance récurrentes.

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Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

CHAPITRE I

LES GRANDS TRAITS PHYSIQUES


D'UNE REGION CONTRASTEE

La région d’étude est limitée, à l’Ouest par une verticale parcourant Béjaia, les Monts et
Chott Hodna jusqu’aux Monts du Zab, à l’Est par la frontière algéro-tunisienne, au Nord par
la mer Méditerranée, et enfin au Sud par Chott Melrhir, au droit d’une ligne Ouled Djellal-
Negrine (fig. 5). C’est un quadrilatère que délimitent les méridiens 4°40’ E et 8°30’E et les
parallèles 37°10’ N et 34°20’ N.

A l’instar de toute l’Algérie, le milieu physique de l’Est a pour principale caractéristique


l’ordonnancement du relief en éléments longitudinaux quasiment parallèles.

De la mer à l’intérieur se succèdent : le Tell maritime (montagnes surplombant la


Méditerranée et plaines côtières), le Tell intérieur (montagnes, collines et bassins intérieurs),
les Hautes Plaines (grandes étendues de hautes terres, fermées à l’Ouest par la diagonale des
Monts du Hodna), l’Atlas Saharien (massifs de l’Aurès – Nememcha et du Hodna) et enfin le
Piémont saharien (jusqu’au Chott Melrhir, limite Sud de notre zone d’étude).

L’organisation orographique de l’Algérie orientale est, plus qu’ailleurs, affectée d’un


fort gradient latitudinal qui concerne aussi bien les altitudes topographiques que les étages
bioclimatiques (Côte M., 1996a). Cet édifice est complété, sur le plan géologique, par une
variété d’unités structurales.

Le climat fort contrasté y imprime sa plus grande marque. Latitude et continentalité


donnent lieu à une disposition en bandes zonales Est-Ouest de la pluviométrie et de
l’évapotranspiration. Aussi, à la présence de grands « châteaux d’eau » sur le Tell et le littoral,
directement exposés aux flux humides dominants du Nord et du Nord-Ouest, s’oppose-t-elle
une sécheresse marquée à l’intérieur.

La nature et la répartition du couvert végétal sont, de manière générale, commandées par


ce compartimentage physico-climatique.

9
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

Figure 5 : Cadre géographique de la région d’étude (d’après carte touristique de l’Algérie


au 1/ 2 300 000, Alger, I.N.C.T., 1997)

10
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

1. LE CONTEXTE ORO-HYDROGRAPHIQUE : PARALLÉLISME DES RELIEFS ET


GRADIENT ALTITUDINAL

Les reliefs se caractérisent, du Nord au Sud, par leur organisation en éléments


quasiment parallèles, que l’hydrographie a souvent entrecoupés de façon perpendiculaire
(fig. 6).

ME R M E DI T E RR A N E E ANNABA
SKIKDA
400

O.
BEJAIA

e
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GRANDE KABYLIE m am
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O. S

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350 CONSTANTINE
Quadrillage de Lambert Algérie du Nord (Km)

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300
HAUTES PLAINES CONSTANTINOISES

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250 TEBESSA

CHOTT HODNA S
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150

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O.

CHOTT ME LRHIR
0 km 20 km 40 km
100
650 700 750 800 850 900 950 1000

Quadrillage de Lambert Algérie du Nord (Km)

Altitudes en mètres

0 300 600 900 1200 1500 1800 2100

Figure 6 : Oro-hydrographie de l’Est algérien vue à travers le Modèle Numérique de Terrain

(M.N.T. traité à partir d’une image satellitaire de Eros Data Center de l’U.S. Geological Survey ;
réseau hydrographique digitalisé par l’A.N.R.H. sur ArcView à partir des cartes topographiques au
1/ 200 000)

11
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

1.1. Des plaines côtières étriquées

Elles se succèdent d’Est en Ouest, en unités isolées les unes des autres, par les massifs
maritimes. Les trois massifs d’El Aouana, de Bougaroun et de l’Edough ont des positions en
saillant dans la mer Méditerranée qu’ils dominent par des versants raides (Marre A., 1992).
Les plaines de Guerbès, de Fetzara et d’Annaba, en forme de croissant autour du djebel
Edough, sont jalonnées respectivement par la basse vallée du Kébir-Ouest, le Lac Fetzara, la
basse Seybouse et la Mafragh.

Il s’agit partout ailleurs de petites plaines côtières correspondant aux basses vallées des
oueds : Skikda (Oued Safsaf), Collo (Oued Guebli), El Ancer-Belghimouz (Oued El Kébir),
Jijel (Oued Djendjen) et Souk El Tenine (Oued Agrioun).

1.2. Un bourrelet montagneux tellien

Il longe depuis Béjaia jusqu’à la frontière tunisienne, sur 300 km environ, la mer
Méditerranée, qu’elle surplombe par endroits à la faveur de grandes falaises.

Cette chaîne dédoublée (Tell interne et Tell externe) doit son caractère montagnard
moins à l’altitude qu’aux vallées et au climat. Une série de petits cours d’eau parallèles et
courts descendent du flanc Nord des djebels bien arrosés et se précipitent en pentes raides
vers la Méditerranée.

Des cours d’eau telliens plus importants, avant d’atteindre la mer, entaillent
vigoureusement le relief, à l’image de l’oued Agrioun qui emprunte les fameuses gorges de
Kherrata dans la chaîne des Babor (point culminant : 2 004 m).

Enfin, de grands cours d’eau descendent des Hautes Plaines et traversent le bourrelet en
taillant d’étroites gorges, véritables « goulots d’étranglement » : gorges du Rocher de
Constantine creusées, à plus de 200 m de profondeur, par le Rhumel, cluse de Nador par
lequel la Seybouse franchit l’écran topographique séparant le bassin de Guelma et la basse
Seybouse, gorges du Guergour percées par l’oued Boussellam à travers Djebel Tafrat…

1.3. Des Hautes Plaines étendues

Ce sont de vastes étendues planes, compartimentées en une série de bassins


individualisés, plus ou moins délimités par des horsts calcaires. Elles sont topographiquement
perchées par rapport aux plaines littorales ou sahariennes, mais toujours dominées par les
chaînes Nord et Sud.

Le réseau hydrographique méditerranéen mord largement sur les Hautes Plaines, dans
leurs marges Nord, et surtout aux extrémités Est (Oued Medjerda) et Ouest (Oued
Boussellam).

Les zones de faiblesse du centre sont jalonnées par un chapelet de chotts, sebkhas et
garaet, où viennent se jeter les oueds dévalant du piémont Nord de l’Atlas Saharien. Dans
cette « gouttière des Hautes Plaines » la marque de l’endoréisme est nette tant s’y conjuguent
topographie de cuvette et semi-aridité du climat (Côte M., 1996a). Le Chott Hodna, plus
décalé vers le Sud-Ouest, se trouve géographiquement dans le prolongement de la région
inter-atlasique algéro-oranaise.

12
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

1.4. Un Atlas saharien au relief dissymétrique

C’est un ensemble de massifs volumineux mais relativement ouverts, dominant


vigoureusement au Sud la cuvette jalonnée de chotts.

Les reliefs dissymétriques de l’Aurès se caractérisent par des alignements Sud-Ouest -


Nord-Est où gros anticlinaux et larges synclinaux perchés se succèdent. C’est là où s’élève le
plus haut massif de l’Est algérien, Djebel Chélia (2 326 m).

A l’Est, le pays Nememcha prolonge l’Aurès par ses alignements Sud-Ouest – Nord-Est.
Les deux ensembles relient, à travers de longs versants méridionaux, le Piémont saharien.

Les Monts du Hodna qui jouxtent l’Aurès à l’Ouest, ferment en diagonale les Hautes
Plaines et font la jonction entre l’Atlas saharien et la chaîne tellienne. Leur versant Sud
dominant Chott Hodna est à l’origine d’une série d’oueds temporaires qui alimentent la
dépression lacustre. L’oued Ksob mord un peu plus au Nord dans les Hautes Plaines de Bordj
Bou Arreridj.

1.5. Piémont Sud de l’Atlas

Sur le flanc méridional de l’Atlas saharien, s’étendent à perte de vue de vastes plaines
dont la nudité annonce l’aridité dominante. C’est le domaine du Bas-Sahara, jalonné par une
série d’oasis (région des Ziban) qui doivent leur présence à l’exploitation de nappes
souterraines.

Le chott Melrhir (point le plus bas d’Algérie : -34 m) est le réceptacle des oueds qui
descendent Nord-Sud du flanc méridional de l’Aurès-Nememcha. C’est dans cette grande
dépression lacustre que se jette également l’oued Djedi, gros collecteur de la vaste gouttière
qui s’étend d’Ouest en Est sur environ 500 km, entre l’Atlas Saharien (au Sud des Monts des
Ouled Nail et Monts du Zab) et le plateau des daïas (Dubief J., 1953).

Schématiquement, l’altitude moyenne est de 0 à 100 m sur les plaines côtières, moins
de 700 m dans les basses montagnes et plus de 1 000 m sur les massifs élevés du Tell. Elle
avoisine les 800 m dans les Hautes Plaines, 400 m dans le Hodna, 1 500-2 000 m dans la
l’Atlas saharien et enfin moins de 100 m dans le Piémont saharien. Les reliefs ont des
altitudes qui ne sont guère très élevées en valeur absolue mais se singularisent par leur fort
gradient altimétrique (entre Djebel Chélia et la haute plaine de Remila, la dénivellation atteint
1 200 m ; du haut de ses 1 462 m, Djebel Mcid Aicha domine la vallée de l’oued Kébir de
plus d’un millier de mètres…).

2. LE CONTEXTE GEOLOGIQUE : UNE DIVERSITE D’UNITES STRUCTURALES

2.1. Les grands ensembles morpho-structuraux

A l’ordonnancement des reliefs topographiques correspond une succession Nord-Sud


des ensembles morpho-structuraux, que nous présentons de façon schématique comme suit :

13
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

- la chaîne plissée et accidentée de l’Atlas tellien se caractérise par sa structure


complexe et par sa jeunesse : elle a été plissée et charriée au cours du Tertiaire, son volume
montagneux mis en place par des mouvements tectoniques au Plio-Quaternaire et son
orogenèse se poursuit jusqu’à ce jour (manifestation de mouvements sismiques).

Les nappes charriées, empilées les unes sur les autres et constituées généralement de
terrains meubles, favorisant une érosion intense ;

- la large plate-forme des Hautes Plaines correspond à un bâti structural rigide, soumis à
une tectonique cassante. Les massifs calcaires isolés émergeant en horsts, sont les
affleurements d’épaisses formations carbonatées « la nappe néritique constantinoise » dont
l’allochtonie a été confirmée par Villa J-M. (1980).

Les plaines de remblaiement plio-quaternaire correspondent souvent à des dépressions


tectoniques ou « grabens » ; certaines d’entre-elles sont fermées par des verrous triasiques
favorisant l’endoréisme avec la formation de lacs salés (sebkhas) ;

- la chaîne atlasique dont les assises géologiques sont mises en place au Secondaire,
plus anciennes donc que celles du Tell, est formée de grands plis réguliers, constitués
essentiellement de roches calcaires. Ces structures plissées (anticlinaux et synclinaux)
impriment le paysage vigoureux de l’Aurès, Nememcha et celui de la diagonale montagneuse
du Hodna ;

- le Piémont saharien, limité à la flexure saharienne (accident tectonique marquant la


limite entre le socle africain tabulaire et la zone plissée) amorce quant à lui, la vaste étendue
d’une table rigide, le bouclier saharien.

La grande dépression fermée du Chott Melrhir, constitue une zone d’affaissement « la


fosse Sud-aurasienne » où de vastes dépôts sédimentaires dus à l’érosion se sont accumulés
dans la cuvette et où l’endoréisme s’est installé avec les épisodes climatiques secs du
Quaternaire. Elle s’inscrit dans le prolongement des fossés de subsidence abritant les
hydrosystèmes endoréiques des chotts El Rharsa, Djerid et El Fedjadj en Tunisie.

La coupe géologique Nord-Sud de la figure 7 illustre la diversité des faciès et des


structures géologiques de l’Est algérien. Elle part du massif ancien de Collo aux formations
marneuses oligocènes du Bas-Sahara. Ceci en passant par la chaîne calcaire de Sidi Dris, le
bassin d’argiles miocènes de Constantine-Mila, le djebel calcaire du Crétacé inférieur de Nif
en Nser et la sebkha Djendli dans les Hautes Plaines sud-constantinoises, enfin l’alternance
des massifs plissés (Djebel Mahmel, Dj. Zellatou, Dj. Ahmar Khaddou) et des vallées
encaissées (Oued Abdi, Oued El Abiod) de l’Aurès.

14
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée
Figure 7 : Profil géologique Nord-Sud de l’Est algérien (d’après Atlas d’Algérie et de Tunisie, fasc. I, Carte géologique, 1925)
15
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

2.2. Les unités géologiques

S’agissant de l’organisation de l’édifice structural, les travaux de Vila J-M. (1980) sur la
chaîne alpine d’Algérie orientale et la synthèse de Wildi W. (1983) sur la chaîne tello-rifaine
de l’Afrique du Nord permettent de distinguer du Nord au Sud de nombreuses unités empilées
au cours de phases tectoniques successives. Elles sont caractérisées par la complexité et la
diversité des styles mais aussi par la nature différenciée des matériaux qui les composent
(fig. 8).

2.2.1. L’ensemble kabyle ou « domaine interne »

Il comprend le socle cristallin et sa couverture sédimentaire chevauchant les unités plus


méridionales. C’est un ensemble écaillé par une tectonique tangentielle fini-éocène. Il est
traversé par des roches éruptives (granites, grano-diorites, microgranites, dolérites et
rhyolites) correspondant à un « magmatisme néogène et quaternaire ». Par ailleurs, il est
recouvert de lambeaux argilo-gréseux (Oligo-Miocène kabyle, olistostromes, flyschs).

Le socle paléozoïque développé surtout en Petite Kabylie comporte à sa base des


formations gneissiques au dessus desquelles se développent une série de gneiss, de marbres,
et de micaschistes recouverte par des phyllades. Les niveaux carbonatés du Trias à l’Eocène
constituent la dorsale kabyle ou « chaîne calcaire » qui s’étire sur près de 90 km, d’Ouest
(Djebel Sidi Dris) en Est (Zit Emba dans la région Nord de Guelma). Cette couverture peut-
être en partie désolidarisée de son socle pour former des nappes de charriage. On distingue
dans ces écailles empilées trois types de séries dites internes, médianes et externes.

2.2.2. Le domaine des nappes des flyschs

Ce domaine est composé de deux types d’unités différentes :

- les nappes maurétanienne et massylienne (djebels orientaux des Babor, Petite


Kabylie..), séries du Crétacé inférieur formées typiquement de flyschs gréso-pélitiques ;

- la nappe numidienne, séries gréseuses de l’Oligocène qui affleurent largement suivant


une orientation SW-NE, allant de Constantine-Guelma jusqu’à la Tunisie (Tabarka) ainsi que
sur les chaînons de Zouagha et des Mouïas, Dj. Bou Affroun, Dj. Tamesguida, au NW du Dj.
Edough, à l’Est du Cap d’El Aouna… Ces sédiments postérieurs à la tectonique fini-éocène
forment un étage supérieur nettement moins tectonisé.

2.2.3. Les nappes telliennes ou « domaine externe »

Ces éléments structuraux sont développés sur prés de 100 km du Nord au Sud et
supportant les empilements « normaux » des flyschs. Ce sont des « séries épaisses à
dominante marneuse issues du sillon tellien », découpées par les phases tectoniques tertiaires
en trois grandes unités, du Nord au Sud :

- les unités ultra-telliennes formées par les marno-calcaires clairs (formations typiques
du Crétacé inférieur). Elles n’affleurent de façon notable qu’à Est du méridien du Djebel Sidi
Dris, puis se développent jusqu’en Kroumirie. Dans ces unités, y est représenté le socle
cristallin du Djebel Edough « massif cristallin externe » de l’Est de l’Algérie alpine ;

16
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée
Figure 8 : Les unités géologiques de l’Est algérien (d’après Wildi W., 1983 et carte géologique de l’Algérie au1/500 000)
17
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

- le unités telliennes sensu stricto, formations marneuses et marno-calcaires du Crétacé


avec absence d’intercalations néritiques à caractère prépondérant. Elles couvrent, sur des
surfaces considérables, le tiers occidental de la zone étudiée (des chaînons côtiers des Babor
au piémont Nord des Monts du Hodna) ;

- les unités péni-telliennes et unités méridionales à nummulites, à faciès néritique


prépondérant, d’âge Crétacé supérieur à Eocène. Ces séries montrent de grandes affinités avec
l’unité néritique constantinoise et les unités Sud-sétifiennes : le versant Nord du Djebel
Zouaoui dans le massif de Chettaba., l’Est du Djebel Grouz, le Nord du Djebel Kheneg,
Djebel Akhal…

2.2.4. L’avant-pays allochtone ou « avant-pays parautochtones algéro-tunisiens »

Il se présente sous forme de vastes panneaux carbonatés épais, allant d’Ouest en Est de
l’ensemble allochtone Sud-sétifien, à la nappe néritique constantinoise, aux formations
allochtones de type Sellaoua. Ils présentent plusieurs types de séries différenciées, allant du
Trias supérieur au Crétacé et à l’Eocène. A l’Est de Guelma, les séries carbonatées laissent
place à de vastes affleurements de Trias allochtone. Ces trois unités se résument comme suit :

- les unités Sud-sétifiennes : elles constituent un vaste empilement d’écailles limitées par
des accidents cisaillant une structure plissée antérieure. Ces séries mésozoïques ont un
caractère « de plateforme subsidente ». Ce sont les massifs situés au Nord-Ouest (Dj.
Guergour et Dj. Annini) et au Sud de Sétif (Dj. Zdimm, Dj.Youcef et Dj. Braou), sur la
bordure Nord des Monts du Hodna (Dj. Sékrine, Dj. Kalaoun…) et au Nord des Monts de
Bellezma (Dj. Zana, Dj. Mestaoua, Dj. Guedmane…) ;

- l’unité néritique constantinoise : elle se présente sous forme de séries carbonatées


épaisses du Mésozoïque (épaisseur cumulée dépassant localement 2 000 m), chevauchant les
écailles de Sellaoua et les unités Sud-sétfiennes (selon Vila J-M., 1980). Seules des cassures
et des plissements à grand rayon de courbure ont caractérisé les déformations de ces reliefs
calcaires lors des phases tectoniques alpines. Ces derniers constituent l’essentiel des massifs
de Tadjenanet, d’Oued Athménia, de Constantine, d’Ain M’lila, d’Hammam Meskhoutine et
de Guelma ;

- les unités de Sellaoua : ces séries sont développées suivant un axe Sud-Ouest–Nord-
Est dans les régions d’Ain M’lila, d’Ain Fakroun, d’Ain Babouche (Chebka Sellaoua) et
s’étalent largement de Ksar Sbahi à Souk Ahras. Les faciès sont uniformément constitués de
marnes et de marno-calcaires (du Valanginien à la fin du Maestrichtien). Les plissements
dateraient de l’Eocène supérieur, les écaillages et les chevauchements du Tortonien. Les
contacts de base des écailles sont injectés par des évaporites.

2.2.5. Les formations autochtones et parautochtones ou « Atlas saharien : Monts du


Hodna et Aurès »

Les formations autochtones ont conservé une structure plissée héritée de la tectonique
fini-éocène ou « phase atlasique » : massifs du Hodna, de Bellezma et de l’Aurès, régions
d’Oum El Bouaghi et d’Ain Beida, Monts de Souk Ahras et plus au Sud, la vaste zone de
diapirs représentée par les djebels d’El Ouasta, de Ouenza-Boukhadra, de Mesloula, etc…Ces
formations à dominance carbonatée sont d’une assez grande homogénéité, du Lias au
Crétacé moyen. A leur bordure septentrionale, affleurent des séries définies, en raison d’une

18
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

série de phénomènes tectoniques, comme formations parautochtones plus ou moins


enracinées.

Cet édifice complexe de l’Algérie orientale est « partiellement oblitéré » par une
sédimentation mio-pliocène et/ou quaternaire essentiellement continentale. L’essentiel de ces
terrains post-nappes ou Mio-Pliocène continenal (allant en réalité du Miocène terminal au
Villafranchien) occupe de vastes espaces dans les Hautes Plaines sétifiennes et
constantinoises, et constitue les « bassins miocènes » de Mila et de Constantine, de Ferjioua,
de Beni Fouda, et plus à l’Est, les bassins de Guelma et de Hammam N’Baïls.

Par ailleurs, les séries miocènes marines (postérieures au Burdigalien basal) constituent
deux ensembles d’importance très inégale : un groupe très limité d’affleurements
septentrionaux et un groupe plus vaste d’affleurements méridionaux (autour des massifs du
Hodna, de Belezma et au Nord des Aurès, Sellaoua et région de Souk Ahras).

Les conséquences de cette configuration géologique se traduisent sur le plan


hydrogéologique par la présence dans les plaines côtières (dépôts quaternaires) et le long des
vallées alluviales de nappes « superficielles » plus ou moins continues (nappes de la plaine
d’Annaba, de la vallée du Safsaf, de la vallée du Guebli, du bas-Kébir, de la plaine de Jijel…).
Mais partout ailleurs, les formations peu perméables du Tell ne renferment pas de nappes si ce
n’est des zones de très faible débit, ou localement des zones de débit plus important.

Les remplissages plio-quaternaires des Hautes Plaines recèlent un bon nombre de


petites nappes « superficielles » bien individualisées (plaines Sud-sétifiennes, plaines Sud-
constantinoises..).

Les épaisses formations carbonatées disposent d’aquifères plus ou moins profonds, en


général karstiques, dont témoigne l’émergence de grosses sources, en partie thermales, avec
un débit relativement important (sources du Hamma, de Boumerzoug, de Hammam Debagh,
de Dehamecha…). La distinction est établie entre les calcaires affleurants à structure
« noyée » renfermant des réserves permanentes et les calcaires à structure « perchée » ne
disposant pas de réserves permanentes (ou très faibles) (cf. carte des ressources en eau des
karsts de l’Est algérien, thèse Feraga A., 1984).

3. LE CONTEXTE CLIMATIQUE : DE L’ARIDE SAHARIEN A L’HUMIDE


MEDITERRANEEN

L’Est algérien est la région la plus variée du pays sur le plan climatique. Aussi, tout
bilan hydrologique se trouve-t-il directement influencé par les nuances du climat, plus
spécialement par deux paramètres déterminants : pluviométrique (conditionnant
l’alimentation en eau des rivières) et évaporométrique (pertes ou retour de l’eau à
l’atmosphère).

Par ailleurs, toute mise en valeur hydro-agricole doit tenir compte de cette variété
même s’il est vrai que l’irrigation est nécessaire quelque soit la situation géographique, pour
faire face au déficit hydrique des mois « secs » et aux irrégularités interannuelles des pluies.

19
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

3.1. Les précipitations

Schématiquement, les précipitations décroissent du littoral vers l’intérieur suivant un


fort gradient latitudinal, altéré néanmoins par l’effet orographique de l’Atlas saharien, avant
de s’accentuer à nouveau dans le Piémont saharien où les pluies se raréfient.

Les cartes pluviométriques de l’Algérie (Seltzer P., 1946 ; Gaussen H., 1948 ;
Chaumont M. et Paquin C., 1971 ; A.N.R.H., 1993) retracent toutes cet ordonnancement des
précipitations.

La dernière carte en date permet de faire ressortir des zones de fortes précipitations
(supérieures à 900 mm) dans la zone montagneuse Nord-Ouest, allant de Bejaia à Collo, ainsi
que dans les tranches d’altitude les plus élevées des Monts de la Medjerda et du massif de
l’Edough dans le Nord-Est (fig. 9). La pluie atteint plus de 1 400 mm sur les hauteurs
d’Erraguène et jusqu’à 1 800 mm sur le massif de Collo, avec 1 689 mm à la station de
Zitouna. Les isohyètes de 600 à 800 mm balaient tout le reste de l’Atlas tellien avec
cependant des contrées beaucoup plus pluvieuses dans la région extrême Est (El Kala).

Les Hautes Plaines sont nettement cernées dans leur bordure Nord par l’isohyète 500
mm. La pluviométrie décroît vers la bordure Sud (350 mm) avec des creux assez nets (moins
de 300 voire moins de 200 mm) dans la zone des lacs salés. C’est le même creux que l’on
observe sur la cuvette du Chott Hodna, traversée par les isohyètes 300 et 250 mm.

L’Atlas saharien, en raison de l’effet orographique et l’exposition du versant Nord,


enregistre une remontée du total pluviométrique vers des valeurs de 400 à 600 mm par an ;
les sommets de l’Aurès pouvant recevoir plus de 600 mm. L’isohyète 300 mm marque
l’amorce de la décroissance des précipitations sur le piémont Sud de l’Atlas dont la bordure
méridionale est jalonnée par l’isohyète 200 mm et même 150 mm.

Deux groupes de facteurs, géographiques (éloignement par rapport à la mer, altitude,


exposition des versants par rapport aux vents pluvieux du Nord-Ouest) et météorologiques
(déplacement des masses d’air polaire océanique, froid et humide, des masses d’air tropical
chaud et humide de l’Atlantique Sud et enfin des masses d’air tropical continental ou
anticyclone saharien) influencent la répartition spatiale des précipitations mais aussi les
structures des régimes pluviométriques (Chaumont M. et Paquin C., 1971).

Le caractère d’irrégularité temporelle des précipitations est, par ailleurs, une donnée
fondamentale du climat algérien. La carte de l’A.N.R.H. montre que les moyennes
pluviométriques sont inférieures d’environ 10 % à celles de la série de Chaumont M. et
Paquin C., ces deux auteurs ayant eux-mêmes constaté une diminution des précipitations par
rapport à celles cartographiées par Seltzer P.

20
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

MER MEDITERRANEE ANNABA


SKIKDA
400

BEJAIA

GUELMA

350 CONSTANTINE

T U N I S I E
BORDJ BOU ARRERIDJ

300

M 'SILA
BATNA
250 TEBESSA

200

BISKRA

150

0km 50km 100km

650 700 750 800 850 900 950 1000

Précipitations annuelles moyennes en mm

0 150 250 350 500 700 900 1200 1600

Figure 9 : Carte des précipitations annuelles moyennes de l’Est algérien


(établie d’après A.N.R.H., 1993 : données moyennes de 60 ans, périodes du 1er septembre 1921
au 31 août 1960 et du 1er septembre 1968 au 31 août 1989)

21
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

La comparaison d’une série récente (1971-95) avec celle étudiée par Seltzer P. (1913-
38) a permis de constater que sur 47 stations d’Algérie ayant des séries communes aux deux
périodes, 42 ont vu leur moyenne diminuer, à raison d’un taux moyen de l’ordre de - 20 %.
S’agissant de stations situées dans l’Est, le taux moyen de décroissance entre les deux
périodes 1931-55 et 1971-95 se situe autour de - 16 % (El Kala : - 29,2 %, Souk Ahras :
- 19,1 %, Biskra : - 18 %, Msila : - 13,8 %, Batna : - 7,3 %) (Anser A., 1998).

Par ailleurs, d’anciens travaux climatologiques ont tenté de décrire et d’expliquer les
régimes pluviométriques différenciés de l’Algérie (Queney P., 1937 ; Seltzer P., 1946 ; Isnard
I., 1950 ; Pedelaborde P. et Delannoy, 1958).

La distinction est généralement établie entre deux principaux régimes : méditerranéen


sur le littoral jusqu’aux chaînes du Tell (précipitations d’origine cyclonique qui tombent
principalement en hiver, décembre et février, fournissant plus de la moitié des précipitations
annuelles totales) et sub-tropical, localisé essentiellement au Sud.

Les régions affectées du même régime présentent une disposition en zones parallèles à
la côte. Outre la concentration des pluies sur un nombre réduit de jours par an, le régime est
caractérisé par un minimum d’été (juillet-août) accentué partout alors que le maximum moyen
mensuel, déjà variable en quantité, ne se situe pas au même mois partout.

La zone littorale et sublittorale se caractérise par un régime monomodal (le mois le plus
arrosé est placé au coeur de l’hiver, décembre ou janvier). Elle lui succède une zone de
transition (un maximum principal en hiver et un maximum secondaire au printemps). Enfin, la
zone intérieure (les Hautes Plaines en particulier) se singularise par un régime bimodal (un
premier maximum en automne-hiver et un second maximum au printemps).

3.2. Combinaison des facteurs thermique et pluviométrique : les zones


bioclimatiques

La combinaison des précipitations et des températures caractérise le rythme climatique à


dominance « méditerranéenne » régnant à travers l’Est algérien : la saison froide et humide
s’oppose à la saison chaude et sèche. Cette dernière s’accroît vers le Sud jusqu’à couvrir les
douze mois de l’année en zone aride (station de Biskra) (fig. 10).

Calculée en chaque lieu, cette combinaison pluviothermique permet de définir des


domaines bioclimatiques. C’est grâce à un tracé sur un climagramme combinant Q (quotient
pluviothermique d’Emberger) en ordonnée et m (moyenne des températures minimales du
mois le plus froid) en abscisse, que sont définies les limites entre les cinq grands types de
bioclimats méditerranéens : humide (pluviométrie annuelle P supérieure à 900 mm, forte
humidité de l’air), subhumide (P > 600 mm environ), semi-aride (300-350 < P < 550-600
mm, net déficit hydrique), subaride (P < 350 mm, nombre de mois secs > nombre mois
humides) et aride (P < 150 mm, 12 mois biologiquement secs).

La variable m peut être une seconde fois utilisée pour préciser les sous-étages
bioclimatiques à hiver froid, frais, doux et chaud.

22
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

Précipitations

Température

Figure 10 : Régime pluvio-thermique de 7 stations climatologiques de l’Est algérien


(données O.N.M., cf. tabl.1)

23
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

La carte au 1/ 1000 000 de Côte. M. (1998a) réalisée suivant ce principe et corroborée à


la connaissance des milieux naturels et particulièrement, des groupements végétaux, est
illustrative : brutalité des contrastes et disposition en bandes zonales longitudinales rappellent
celles du relief et des précipitations (fig. 11).

Latitude et continentalité expliquent ce dispositif. Cependant, le passage de l’humide


au Nord à l’aride au Sud n’est pas régulier :
- une poche du domaine humide pénètre à l’intérieur pour épouser les Monts de la
Medjerda (région de Souk Ahras) ;
- le semi-aride remonte dans les bassins intérieurs du Tell (Mila-Ferjioua, Guelma) et il
est particulièrement développé dans les Hautes Plaines qui le prolongent loin vers le Sud ;
- le subaride se limite (hormis le Hodna) à une bande étroite du Piémont méridional de
l’Aurès et Nememcha ;
- les reliefs de l’Atlas saharien font descendre vers le Sud le subhumide et le semi-
aride ;
- enfin, l’aride lui fait place, directement au pied des massifs de l’Atlas, la grande
cuvette du Chott Melrhir.

Figure 11 : Carte simplifiée des zones bioclimatiques de l’Est algérien


(établie d’après Côte M., 1998a)

24
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

Comme il sera montré plus loin, à cette diversité des bioclimats correspond des types
différents de végétation, relation qui est, toutefois, influencée par les données pédo-
morphologiques et l’effet de l’intervention humaine.

3.3. Evapotranspiration potentielle et bilans hydriques

3.3.1. L’évapotranspiration potentielle (E.T.P.)

La cartographie des E.T.P. de l’Algérie (A.N.R.H., 2002) est un outil supplémentaire


qui permet d’éviter de faire recours à des calculs par le biais de formules empiriques. Elle
offre l’avantage de connaître en tout point de l’espace les valeurs mensuelles et annuelles
moyennes de l’évapotranspiration potentielle.

Son élaboration a nécessité, au préalable, la validation d’une formule empirique valable


pour l’Algérie dite « E.T.P. ANRH ».

Il convient de noter, à ce propos, que des travaux antérieurs sur l’E.T.P. et le déficit hydrique de l’Est
algérien ont été entrepris sous notre direction. Une analyse comparative des valeurs annuelles et
mensuelles de l’E.T.P., obtenues à partir de formules empiriques (Penman, Turc, Thornthwaite), a été
établie sur 7 stations climatologiques. Des équations, calculées par régressions simples, ont été
proposées pour le passage d’une formule simple - et de fiabilité limitée- du type Thornthwaite qui
demande la connaissance de la seule température mensuelle, à une formule du type Turc qui s’appuie
sur les mesures de la température, de la durée d’insolation et de l’humidité relative ou encore à celle
de Penman, formule universelle de référence, qui intègre plusieurs éléments climatiques mesurés
(température, humidité relative, durée d’insolation, vitesse du vent, pression
atmosphérique) (Kebbache F., 1993 ; Mebarki A., 1994b).

• Validation d’une formule algérienne de l’E.T.P.

La formule de Penman, la plus universellement admise et qui sert de référence dans


l’étude de l’A.N.R.H. sur l'évaluation des E.T.P. mensuelles, est définie par son auteur sur la
base des paramètres climatologiques journaliers. Aussi, fait-elle appel à des données mesurées
qui ne sont disponibles qu’en un nombre restreint de postes d’observation.

C’est pourquoi, après avoir justifié l'utilisation mensuelle de la formule journalière de


Penman, il était nécessaire de valider une formule simple, du type Blaney et Criddle, qui
permet au mieux de retrouver l’E.T.P. Penman, en faisant appel aux seules observations des
températures moyennes mensuelles, donnée climatique beaucoup plus largement disponible.

Blaney et Criddle ont proposé de lier l’E.T.P. à la température par une formule linéaire :

E.T.P.(mm/mois) = k [ p ( 0,46 t + 8,13) ]

p : rapport de la durée théorique d’insolation du mois à la durée théorique d’insolation de


l’année ; t : température mensuelle (°C) ; k : coefficient d’ajustement.

Aussi, a-t-on décidé de caler l’ensemble des paramètres sous la forme suivante :

E.T.P. = a [ p ( b t + c) ]

25
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

La valorisation des données de températures mensuelles disponibles (t en °C), la mise au


point de deux coefficient correctifs, mensuel (Km compris entre 0,90 et 1,22) et régional (Kr
lu sur une carte d’isolignes variant entre 0,85 et 1,25 ), et enfin la prise en compte de le durée
théorique des jours du mois (H en heures par mois), facteur variable avec la latitude, ont
permis d’aboutir à la formule suivante de l’E.T.P. (en mm par mois) :

E.T.P.ANRH = Kr * Km * ( H - 187 ) * ( 0,032 * t + 0,077 )

Ainsi qu’il est précisé dans la notice de la carte de l’E.T.P. moyenne annuelle d’Algérie
du Nord (carte publiée à l’échelle du 1/500 000, 2 coupures), il devient possible d'évaluer
l'évapotranspiration potentielle mensuelle de Penman à partir de la seule mesure de la
température moyenne mensuelle correspondante, de la connaissance du mois et de la position
géographique.

• Cartographie des E.T.P. mensuelles et annuelles

La formule proposée permet de généraliser la connaissance des E.T.P. à partir de


l'information thermométrique rendue disponible sur un maillage de 2 km x 2 km. La
représentation du champ des températures moyennes de chaque mois est obtenue à l’aide
d’une régression multiple entre les températures et les éléments explicatifs du relief (la
latitude Y et la longitude X en km Lambert, et l’altitude Z en m) ainsi que l’interpolation, aux
nœuds du maillage, des résidus de cette régression.

La durée théorique d'insolation du mois H (étroitement liée à Y ou latitude en


cordonnées) et le coefficient correctif régional Kr (lié à X et Y) ont également fait l’objet
d'une cartographie spécifique, en procédant à une interpolation toujours sur une grille à maille
carrée de 2 km de côté. Ainsi, ayant constitué 12 grilles mensuelles de t et H, une grille
unique de Kr, et connaissant pour chaque mois Km, il a été procédé à la cartographie des
isovaleurs des E.T.P. mensuelles, calculées par la formule empirique (fig. 12 à 14).

Grille des coefficients Grille des durées théoriques Grille des températures
correctifs régionaux mensuelles d'insolation moyennes mensuelles
y x y x y x
Kr H t

ETP Penman = Kr * Km * (H-187) * (0,032t+0,077)


Tableau
des 12 Km
x

y Logiciel
ETP SURFER

Grille des évapotranspirations Carte finale


moyennes mensuelles

Figure 12 : Schéma de construction des cartes des évapotranspirations mensuelles


(d’après notice de la carte des E.T.P. annuelles moyennes de l’Algérie du Nord, A.N.R.H., 2002)

26
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

Septembre Octobre
ANNABA ANNABA
SKIKDA SKIKDA
400 400
BEJAIA BEJAIA

GUELMA GUELMA

350 CONSTANTINE CONSTANTINE


350

BORDJ BOU ARRERIDJ BORDJ BOU ARRERIDJ

300 300

BATNA BATNA
250 TEBESSA TEBESSA
250

200 200

BISKRA BISKRA

150 150

100 100
650 700 750 800 850 900 950 1000 650 700 750 800 850 900 950 1000

Novembre Décembre
ANNABA ANNABA
SKIKDA SKIKDA
400 400
BEJAIA BEJAIA

GUELMA GUELMA

CONSTANTINE 350 CONSTANTINE


350

BORDJ BOU ARRERIDJ


BORDJ BOU ARRERIDJ
300
300

BATNA
BATNA
250 TEBESSA
250 TEBESSA

200
200

BISKRA
BISKRA

150
150

100
100 650 700 750 800 850 900 950 1000
650 700 750 800 850 900 950 1000

Janvier Fevrier
ANNABA ANNABA
SKIKDA SKIKDA
400 400
BEJAIA BEJAIA

GUELMA GUELMA

350 CONSTANTINE CONSTANTINE


350

BORDJ BOU ARRERIDJ BORDJ BOU ARRERIDJ

300
300

BATNA
BATNA
250 TEBESSA
250 TEBESSA

200
200

BISKRA
BISKRA

150
150

100
650 700 750 800 850 900 950 1000 100
650 700 750 800 850 900 950 1000

Echelle des ETP mensuelles en mm

0 25 50 75 100 125 150 175 200 225 250 275 300 325 350 375 400

Figure 13 : Evapotranspirations potentielles mensuelles moyennes de l’Est algérien :


Septembre à Février

27
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

Mars Avril
ANNABA ANNABA
SKIKDA SKIKDA
400 400
BEJAIA BEJAIA

GUELMA GUELMA

350 CONSTANTINE 350 CONSTANTINE

BORDJ BOU ARRERIDJ BORDJ BOU ARRERIDJ

300 300

BATNA BATNA
250 TEBESSA 250 TEBESSA

200 200

BISKRA BISKRA

150 150

100 100
650 700 750 800 850 900 950 1000 650 700 750 800 850 900 950 1000

Mai Juin
ANNABA ANNABA
SKIKDA SKIKDA
400 400

BEJAIA BEJAIA

GUELMA
GUELMA

350 CONSTANTINE
350 CONSTANTINE

BORDJ BOU ARRERIDJ


BORDJ BOU ARRERIDJ
300
300

BATNA
BATNA TEBESSA
250
250 TEBESSA

200
200
BISKRA
BISKRA

150
150

100
650 700 750 800 850 900 950 1000
100
650 700 750 800 850 900 950 1000

J uillet Août
ANNABA ANNABA
SKIKDA SKIKDA
400 400
BEJAIA BEJAIA

GUELMA GUELMA

350 CONSTANTINE CONSTANTINE


350

BORDJ BOU ARRERIDJ BORDJ BOU ARRERIDJ

300 300

BATNA BATNA
250 TEBESSA TEBESSA
250

200 200

BISKRA BISKRA

150 150

100 100
650 700 750 800 850 900 950 1000 650 700 750 800 850 900 950 1000

Echelle des ETP mensuelles en mm

0 25 50 75 100 125 150 175 200 225 250 275 300 325 350 375 400

Figure 14 : Evapotranspirations potentielles mensuelles moyennes de l’Est algérien :


Mars à Août

28
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

Dans l’Est algérien, pendant le mois de janvier où l’E.T.P. est en général au plus bas, les
isovaleurs de ce mois oscillent entre 10 et plus de 60 mm. En revanche, pendant le mois
d’août où l’E.T.P. est la plus forte, les courbes isovaleurs varient de 160 à 310 mm.

La carte de l’E.T.P. annuelle moyenne est construite à partir de la somme des 12 grilles
des E.T.P. mensuelles. La partie couvrant la région de l’Est permet de distinguer (fig. 15) :
- des isovaleurs annuelles moyennes comprises entre 900 et 1 200 mm, auréoles qui
épousent principalement les massifs humides du Tell et les sommets les plus élevés de
l’Aurès ;
- une zone balayée par les courbes d’E.T.P. de 1 300, 1 400 et même 1 500 mm
correspondant principalement à la région des Hautes Plaines;
- des lames d’évapotranspiration comprises entre 1 600 et plus de 2 200 mm sur le
piémont sud de l’Atlas saharien, y compris la cuvette du Chott Hodna.

MER MEDITERRANEE
ANNABA
SKIKDA
400
400
BEJAIA

GUELMA

350
350 CONSTANTINE

TUNISIE
BORDJ BOU ARRERIDJ

300
300

BATNA
250
250 TEBESSA

200
200

BISKRA

150
150

Quadrillage kilométrique Lambert Nord - Algérie


100
100
650
650 700
700 750
750 800
800 850
850 900
900 950
950 1000
1000

Echelle des évapotranspirations potentielles moyennes annuelles en mm

800 900 1000 1100 1200 1300 1400 1500 1600 1700 1800 1900 2000 2100 2200 2300

Figure 15 : Zones d’évapotranspiration potentielle annuelle moyenne de l’Est algérien

29
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

3.3.2. Les enseignements du bilan hydrique de Thornthwaite

Partant de connaissance des précipitations P, de l’évapotranspiration potentielle E.T.P.


et d’une valeur maximale standard de la réserve facilement utilisable du sol ou R.F.U. (100
mm), la méthode du bilan hydrique (ou évaporométrique) de Thornthwaite est adoptée afin de
quantifier mois par mois les différentes composantes du bilan (fig. 16).

250 ET P Blaney-Criddle (mm) P (mm) 30


ET R (mm) DA (mm)
ET PANRH T °C
25
200
P, ETP, ETR et Da [mm]

Température moy. [°C]


20
150

15

100
10

50
5

0 0
S O N D Ja F Ms Av Mi Jn Jt At
mois

Figure 16 : Variations mensuelles des éléments du bilan hydrique : station de Béjaia

Les résultats obtenus à l’échelle de l’année moyenne sur 7 stations climatologiques de.
de l’Office National Météorologique (O.N.M.) sont reportés sur le tableau 1. Ils permettent de
dessiner des profils Nord-Sud représentant l’évolution géographique générale de chacun des
éléments du bilan hydrique (fig.17).

Tableau 1 : Bilans hydriques annuels de 7 stations de l’Est algérien


Paramètre P E.T.P.ANRH E.T.P.ANRH E.T.R. Da (mm) T Série des Série des
(mm) (mm) (mm) (mm) (°C) température précipitation
calculée d’après (d’après (d’après
d’après carte O.N.M.) O.N.M.)
Station données ETP
O.N.M. O.N.M. A.N.R.H.
Bejaia 797.5 1331.5 1368 672.2 659.3 17.6 1968-90 1969-90
Skikda 728.8 1248.3 1229 589.9 658.4 17.6 1961-90 1961-90
Annaba 613 1321.4 1391 574.0 747.4 17.6 1961-90 1961-90
Constantine 512.9 1203.4 1252 512.8 690.6 15.2 1961-90 1961-90
Batna 326.3 1401.8 1410 326.2 1075.6 14 1971-90 1972-90
Tebessa 342.6 1317.1 1463 342.5 974.6 15.1 1970-90 1966-90
Biskra 134.5 2264.6 2245 134.6 2130.0 21.8 1965-90 1966-90

30
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

2500 Bas Sahara 25

Atlas
2000 20
Saharien Nord
P, ETP, ETR, Da (mm)

Tell
Littoral Sud
1500 15

T °C
1000 10

500 5

0 0
IA A BA NE TN
A S A RA
JA KD NA
I
ES SK
E I NT A B I
B SK AN T A B
T E B
NS
CO

P(mm) ETP ANRH série O.N.M. (mm)


ETR (mm) DA (mm)
ETP ANRH d'après carte (mm) T°C

Figure 17 : Variations Nord-Sud des éléments du bilan hydrique annuel moyen


de 7 stations de l’Est algérien

- les températures, relativement tièdes sur le littoral, diminuent vers l’intérieur (Tell sud
et Atlas saharien) en raison de la continentalité (abaissement des isothermes d’hiver) et de
l’effet orographique. Elles remontent à nouveau et de façon nette dans le Bas-Sahara (effet de
la latitude) ;

- l’évapotranspiration potentielle varie dans un intervalle relativement limité (1 200 -


1 500 mm/an) du littoral vers les hautes terres de l’intérieur (l’influence des mois « chauds »
d’hiver sur le littoral humide compense l’influence des mois très chauds d’été dans un
intérieur relativement froid l’hiver). Mais l’influence des facteurs thermiques et
hygrométriques dans la zone présaharienne est telle que le pouvoir évaporant de l’atmosphère
remonte brusquement (2 264,6 mm à Biskra) ;

- les précipitations et l’évapotranspiration réelle (E.T.R.) s’ordonnent de façon


quasiment identique : décroissance du Nord vers le Sud avec sensiblement deux gradients
latitudinaux marqués, entre la zone septentrionale (littoral et Tell) et l’Atlas saharien (bordure
Nord) puis entre ce dernier et le Bas-Sahara. Le profil de l’E.T.R. épouse sensiblement celui
des précipitations. L’E.T.R. exprime la quantité d’eau réellement évapotranspirée en fonction
de la demande (l’E.T.P.) et de l’offre (pluie + état de la réserve du sol). L’eau disponible étant
un facteur limitant, les apports pluviométriques interviennent fortement sur l’E.T.R.,
directement mais aussi par le biais de la réserve du sol (R.F.U.) qu’ils alimentent ;

31
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

- enfin, dans une région où les précipitations s’amenuisent fortement vers le Sud, le
déficit hydrique agricole (Da) évolue proportionnellement à l’E.T.P. (en raison de l’influence
prépondérante de la demande, l’E.T.P. étant plus ou moins égale aux besoins en eau optimaux
des plantes).

4. UN COUVERT VEGETAL DISCONTINU

Dans une optique hydrologique, le couvert végétal d’un bassin versant agit sur trois
processus : le ruissellement, l’infiltration et l’érosion. Si le rôle de la végétation vis-à-vis du
ruissellement et de l’infiltration est souvent opposé, il demeure décisif vis-à-vis de l’érosion
hydrique. En particulier, sur les terrains des versants mal protégés ou nus, source principale
d’alimentation de la charge solide des cours d’eau.

Notre but n’étant pas d’établir un inventaire détaillé de l’occupation du sol, seule une
esquisse cartographique des principales formations végétales est présentée. Elle se base sur le
document existant le plus complet (malgré son ancienneté) : la carte du tapis végétal au
1/ 1000 000, feuille d’Alger (Barry J-P. et al., 1973) et feuille de Tunis-Sfax (Gaussen H. et
Vernet A., 1958).

La végétation n’est pas considérée dans ce travail sous son aspect purement botanique
ou phytogéographique, mais sous son aspect de couverture du sol, plus ou moins modifiée par
l’homme. Nous en adaptons donc la présentation afin de distinguer la végétation forestière de
montagne méditerranéenne, la végétation des terres cultivées (systèmes de cultures
méditerranéens, céréaliculture avec jachère), la végétation steppique et la végétation des oasis
sahariennes (palmeraies) (fig.18).

4.1. La végétation forestière

Les grandes divisions d’espèces forestières sont déterminées par le climat, en particulier
par la quantité de pluie annuelle, elle-même dépendant en partie du relief, les conditions
édaphiques faisant le reste au niveau du détail. Malgré sa faible extension en termes de
surfaces et sa discontinuité, le couvert forestier s’étend depuis les forêts des montagnes
méditerranéennes surplombant la mer jusqu’aux forêts « subalpines » des hautes montagnes
de l’Atlas saharien :

- dans la zone tellienne, en particulier le Tell maritime, les résineux (pin d’Alep ou
Quercus halepensis, pin maritime ou Pinus maritima, cèdre ou Cedrus atlantica) et les
feuillus (chêne liège ou Quercus suber, chêne zeen ou Quercus fagineae et chêne afarès ou
Quercus afares, chêne kermès ou Quercus cocciferae, chêne vert ou Quercus ilex)
constituent les principales essences forestières.

Ce domaine humide et subhumide (le plus arrosé de l’Est et de toute l’Algérie),


caractérisé par des espaces fortement montagneux et la prépondérance des formations
gréseuses, est le terrain de prédilection du chêne liège : subéraies des massifs de Béjaia, de
Petite Kabylie, de l’Edough, du massif de Collo et des confins algéro-tunisiens.

Les chênes zeen et afarès se limitent à quelques étendues restreintes de même que l’on
relève quelques îlots de chêne kermès et de pin maritime.

32
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée
Echelle : 1/2000 000
33

Figure 18 : Couverture végétale de l’Est algérien (d’après carte internationale du tapis végétal au 1/1000 000 feuilles Tunis-Sfax et Alger, complétées)
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

L’oléo-lentisque se trouve localisé et disséminé à la périphérie des forêts précitées. Le


cèdre fait son apparition sur les reliefs élevés et bien enneigés des Babor ;

- l’Atlas saharien est le domaine où prédominent le chêne vert et le pin d’Alep (Pinetum
halepensis). A l’ouest, les forêts de pin d’Alep et de chêne vert remontent en latitude pour
épouser la configuration de l’Atlas saharien qui se prolonge vers le Nord-Ouest par les
Monts du Hodna, ces derniers fermant les Hautes Plaines dans la région de Bordj Bou
Arreridj.

Photo 1 : Chêne vert et


pin d’Alep dans le massif
de l’ Aurès (entre Tamza
et Bouhmama)

(Mebarki A., mai 2004)

Le pin d’Alep gagne également en latitude le long des confins algéro-tunisiens jusqu’au
flanc Sud des Monts de la Medjerda. Le cèdre occupe un étage bien déterminé, au-dessus de
1400 m dans l’Aurès (Djebel Chélia), et dans le massif de Belezma, caractérisés par une
longue durée d’enneigement (64 jours par an à la station de Sgag, selon Côte M., 1998a), des
terrains frais, des sites aérés et ensoleillés. Les « forêts-steppes » de genévrier de Phénicie
(Juniperus phonecia) font figure de paysage steppique dû à l’ambiance subaride qui règne
déjà sur les versants ;

- les Hautes Plaines constantinoises, région à climat beaucoup plus continental et semi-
aride, sont en grande partie cultivées (dominance de la céréaliculture, relayée plus au Sud par
les parcours). Seuls quelques lambeaux de forêts de chêne vert, à l’état de broussailles, sont
localisés sur les éminences calcaires ainsi qu’une brousse de jujubier.

Le caractère de dégradation du couvert forestier est partout la règle sur ces milieux
méditerranéens fragiles. Hormis la forêt compacte des sommets de l’Aurès et du Tell, les
reliefs montagneux sont souvent dénudés. Les djebels des Hautes Plaines sont dénudés aux
4/5 : Djebel Guerioun, haut de 1700 m, ne comporte qu’un maigre matorral à base de chêne
vert, relayé en contrebas par de vastes étendues de diss (ampelodesma mauritanicum) et
d’asphodèles (Côte M., 1979).

Les dégradations du couvert forestier s’enracinent loin dans le passé, depuis l’époque
romaine mais la dernière grande rupture date de l’époque coloniale (grosse consommation de
bois pour les besoins du chauffage et des constructions, défrichements massifs liés au
refoulement par la colonisation des populations rurales vers les zones montagneuses). En
maints endroits, la végétation climacique ne subsiste qu’à l’état de vestiges car l’évolution a

34
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

abouti à une véritable « descente biologique » : décalage d’un étage du complexe végétal
présent par rapport au bioclimat correspondant.

Comparé à son aire écologique potentielle, le cèdre aurait beaucoup perdu de sa


superficie initiale : sur les monts de Belezma, seuls 13 600 ha persistent sous forme de
lambeaux éparpillés (Sahli M., 1998). Les pertes dues aux incendies de forêts sont
importantes et les subéraies sont perpétuellement menacées par le feu (39 660 ha de forêts ont
été affectés dans la wilaya de Jijel entre 1975 et 1990, soit environ 2 650 ha par an, d’après
Tatar H., 1997).

Les atteintes diverses subies par la forêt et le vieillissement avancé de certains


peuplements ne sont pas compensés pas les programmes de reboisement. De gros efforts de
reboisement et de D.R.S. ont été entrepris dès 1967, mais les programmes, au succès mitigé,
ont été réalisés à un peu plus de la moitié seulement des prévisions (Letreuch Belarouci N.,
1991).

4.2. La végétation des terres cultivées

- Systèmes de cultures méditerranéens et arboriculture de montagne : les zones


bioclimatiques humides et subhumides à hiver chaud favorisent les cultures délicates
(agrumes, primeurs) et autres arbres fruitiers. Ces cultures épousent une étroite bande littorale
constituée des plaines de Jijel, de Skikda (périmètre du Safsaf) et d’Annaba (périmètre de
Bounamoussa). L’irrigation est tout même nécessaire pendant les mois de déficit hydrique
d’été.

Plus à l’Ouest, en Petite Kabylie de Béjaia, l’arbre fruitier trouve toute sa place : c’est le
domaine de l’arboriculture de montagne (l’olivier y est très répandu) là où la céréaliculture ne
donne que des rendements faibles.

Partout ailleurs dans les régions subhumides à hiver doux ou frais, domaine
bioclimatique le plus répandu dans le Tell, surtout dans sa partie Est, la pluviométrie encore
suffisante (plus de 600 mm) permet des cultures intensives et variées (cultures assolées :
tournesol, betterave, coton, blé ).

- Céréaliculture avec jachère et cultures discontinues avec parcours : les Hautes Plaines
à climat beaucoup plus continental, sont en grande partie cultivées, avec à la clef une
céréaliculture dominante. Le domaine semi-aride à hiver frais, le plus répandu dans les Hautes
Plaines, portées à 800 ou 1 000 m d’altitude, se caractérise par l’omniprésence de la
céréaliculture, souvent pratiquée avec de la jachère (système du dry farming).

Phénomène assez récent, l’irrigation paysanne très dynamique prolifère et imprime par
des tâches vertes ces vastes paysages nus ou open fields. Plusieurs milliers de jardins répartis
du Sud constantinois au Sud sétifois, voire jusqu’au piémont Nord de Bou Saada (frange
méridionale du Chott Hodna), sont voués au maraîchage intensif. Cette irrigation a été
développée grâce au pompage dans les nappes, proches du sol, contenues dans les formations
plio-quaternaires.

35
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

« Ce beau paysage est le fait


d’un habitat dense, d’un
parcellaire minutieux, d’une vie
intense. L’élément de base en est
la trilogie maison-puits–champs
irrigués, ceux-ci étant bien
perceptibles par leurs teintes
vertes et leurs planches
parallèles. Cette combinaison se
répète de multiplies fois. »
(Côte M., Documentation
photographique, 1998b)

Photo 2 : Bassin de Rafsa, dans


le Sud sétifois (hautes plaines de
l’Algérie orientale)

Dans les régions à climat semi-aride inférieur à hiver frais, la pluviométrie (moins de
300-350 mm) ne permet que de faibles rendements céréaliers, d’où l’apparition déjà de l’alfa.
Les zones de cultures discontinues (association céréales et parcours) gagnent sur les sols
plutôt steppiques, plus spécialement au Sud Est (Tebessa, El Aouinet), dans les plaines intra-
montagneuses de Nememcha, et au Nord du Chott Hodna.

4.3. La végétation steppique

Elle occupe de grandes étendues, correspondant au bassin du Hodna, au pays des


Garaet et à la région de Nememcha. Il s’agit de milieux à la fois secs (bioclimat subaride ou
au mieux semi-aride inférieur) et en partie salés (sols halomorphes autour des lacs salés ou
sols évoluant dans un milieu où domine des formations du Trias).

Le pays des Garaet (de Sebkhet El Hamiet à Garaet El Tarf), situé au cœur des Hautes
Plaines, est occupé d’armoise sur les glacis, d’atriplex sur les sols profonds et de salsolacées
sur les sols halomorphes (Côte M. et Benkartoussa A.,1974).

La steppe, formation de graminées (alfa, sparte), de buissons ligneux (armoise), de


plantes halophiles (salsolacées, atriplex), constitue des zones de parcours (élevage d’ovins et
de caprins). Elle s’étend à perte de vue dans les Hautes Plaines méridionales du Constantinois,
et est plus développée encore dans la moitié Ouest de l’Algérie orientale, dans la grande
dépression du Hodna (pays de l’alfa).

36
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

Photo 3a : Zone Steppique (et céréaliculture) Photo 3b : Steppe d’atriplex dans la zone de mise
dans les Garaet (Hautes Plaines Sud- en défens du piémont de Djebel Fedjoudj
constantinoises) (Mebarki A., mai 2004)

Les ressources végétales de la steppe, ne pouvant répondre à l’ensemble des besoins en


pâturage, la réponse traditionnelle à ces besoins est l’achaba. C’est un mouvement sur longue
distance menant les troupeaux de la steppe vers les chaumes du Tell en été (et parfois vers le
Piémont saharien en hiver).

En milieu steppique, les dégradations les plus fortes sont concomitantes au phénomène
récent de sédentarisation des tribus de pasteurs-nomades, et à l’extension démesurée de la
céréaliculture, encouragée par une mécanisation excessive. La conséquence en est la
contraction marquée de la steppe engendrant une surcharge pastorale, fragilisant par là-même
l’écosystème.

4.4. La végétation des oasis sahariennes (palmeraies)

Les premières palmeraies apparaissent depuis le piémont Sud de l’Aurès (El Kantara,
M’chounèche, Khangat Sidi Nadji) où elles sont à la limite de leur cadre écologique véritable.

Photo 4 : Palmeraie et village de Khangat Sidi


Nadji (Mebarki A., mai 2004)

Plus nombreuses et plus à leur place sont les oasis qui parsemant la région aride des
Ziban (Tolga, Biskra, Sidi Okba, Zeribet El Oued…) où douceur de l’hiver et forte sécheresse
hygrométriques de l’air permettent les fameuses Deglet Nour.

37
Chapitre I : Les grands traits physiques d’une région contrastée

Les cultures étagées y sont pratiquées associant palmiers et cultures au sol. Le récent et
étonnant renouveau de l’agriculture dans ces contrées sahariennes, remarqué par Côte M.
(1993b, 2002) et Dubost D. (2002), est dû à la fois à la présence d’eau (fonçage de puits ou
forages profonds dans la nappe du Continental terminal) et à la loi d’accession à la propriété
foncière, promulguée en 1983.

Au-delà de la palmeraie traditionnelle, de nouvelles formes d’oasis, marqueteries


d’exploitations irriguées par motopompe, prolifèrent dans le Zab Chergui, au Sud-Est de
Biskra (le nombre de jardins relevé par photos aériennes aurait passé de 300 en 1972 à 2500
en 1993). D’un système phoenicicole initialement prédominant, les agrosystèmes sahariens
d’aujourd’hui s’orientent vers une production beaucoup plus diversifiée (palmiers,
maraîchage, arboriculture, élevage), avec un mode d’organisation moderne.

Au final, il ressort du simple examen de la carte du couvert végétal de la région d’étude


que la forêt occupe une place minoritaire qui rétrécit, de surcroît, en raison de l’excessive
déforestation (en moyenne nationale, un tiers seulement des étendues forestières est concerné
par les forêts réellement productives, le reste étant occupé par les maquis et parcours
broussailleux, d’après Letreuch Belarouci N., 1991).

Adoptant la méthode de classification du couvert végétal par ordre de densité (ou


d’efficacité) décroissante de Tricart J. (1968), il convient de rappeler, à titre d’exemple, les
résultats d’une cartographie détaillée, établie à l’échelle du 1/500 000, sur le bassin du Kébir
Rhumel :
- surfaces bien protégées : le couvert forestier (15,1 %) et les prairies (2 %) ne
représentent ensemble que 17 %, chiffre tout de même surestimé car il intègre les forêts à
l’état de maquis dégradé et de broussailles dont la densité est plutôt faible. La majorité de ces
surfaces bien protégées est localisée dans le bassin inférieur ou Kébir-maritime ;
- surfaces mal protégées ou nues (terrains dénudés, steppe, broussailles) : elles
représentent autour de 27 % de la superficie totale du bassin ;
- enfin, les surfaces incomplètement protégées (terres labourées et arboriculture
extensive) s’élèvent à 56 %.

Les conséquences hydrologiques générales de la répartition du couvert végétal à travers


les bassins de l’Est algérien se résument dans la faible rétention souterraine, à l’exception des
secteurs montagneux densément boisés, bien restreints.

Dans les conditions de climat et de relief de la région, en dehors de l’évaporation, les


processus de ruissellement direct et d’érosion sont facilités sur les versants mal protégés,
majoritaires en surface. Lors des averses intenses, l’absence ou la faiblesse du rôle tampon
exercé par la végétation favorise la genèse de crues aux effets catastrophiques (inondations,
glissements) alors que dans les vallées, les difficultés d’écoulement liées aux faibles pentes
entraînent la formation de zones mal drainées et affectées de fortes teneurs en sel.

38
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

CHAPITRE II

LES BASSINS HYDROGRAPHIQUES


ET
LEURS DONNEES HYDROMETRIQUES

Les grands traits d'une région géographique fortement contrastée ont été esquissés afin
de saisir ici la variété des contextes physiques caractérisant les bassins fluviaux. Cette variété
des milieux influe notablement sur les processus hydrologiques que nous aborderons, par la
suite, au niveau des bassins jaugés.

En Algérie, pays à dominance semi-aride et où l’eau est au cœur des préoccupations de


la société et des pouvoirs publics, la notion de bassin versant rentre de plus en plus dans le
langage courant des ingénieurs et des décideurs.

Le bassin est défini comme une entité topographique et hydrographique dans laquelle se
produisent des entrées d’eau (sous forme de précipitations essentiellement, sans oublier les
apports souterrains issus d’autres bassins) et où l’écoulement (et le transport de matériaux
mobilisés par l’érosion) s’effectue suivant un système de pentes et de drains naturels en
direction de l’exutoire ou embouchure du cours d’eau collecteur. «Les processus de transfert
d’eau s’expriment dans les réseaux hydrographiques, considérés comme des éléments
linéaires, par opposition aux bassins versants, éléments de la surface terrestre » (Bravard
J-P. et Petit F., 2000).

Cette unité de drainage est essentielle en hydrologie « pas seulement parce qu’elle
permet le calcul de bilans mais aussi parce qu’elle représente une unité fonctionnelle, qui
rend compte d’une dépendance rigoureuse de l’amont à l’aval... Ce n’est qu’à l’échelle du
bassin versant, en prenant en compte toutes ses composantes, qu’il est possible d’aborder
l’étude des fonctionnements hydrologiques, les relation pluies-débit, la formation des crues,
la sévérité des étiages... ».

Il convient d’ajouter à cette idée de Cosandey C. et Robinson M. (2000) que c’est


également, à l’échelle du bassin versant, qu’il devient de plus en plus aisé d’étudier les
aménagements hydrauliques et de leurs impacts sur le cycle hydrologique, de même que les
phénomènes de pollution et de leurs transferts amont-aval. En somme, les questions de la
gestion de l’eau au sens large du terme.

Mais, condition fondamentale, ce sont les données de mesures hydrométriques


accumulées au niveau des bassins jaugés qui permettent de quantifier valablement les débits
des cours d’eau et d’analyser les mécanismes hydrologiques dans le temps et dans l’espace.

Les bases de données hydrologiques disponibles sur l’Est algérien souffrent néanmoins
d’une discontinuité plus ou moins importante, tant chronologique que géographique. La
sélection des bassins jaugés et de leurs séries communes d’observation hydrométrique tient
compte de ces contraintes qu’il y a lieu de suppléer, par la suite, à l’aide des techniques de
généralisation spatiale de l’information.

39
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

1. BASSINS EXOREIQUES ET BASSINS ENDOREIQUES

De par la nature et le sens d’écoulement des oueds, l’Est algérien juxtapose deux grands
types de bassins hydrographiques (fig. 19).

- au Nord, des bassins à écoulement exoréique (les oueds se jettent dans la mer
Méditerranée) et à régime quasiment pérenne : Côtiers constantinois (11 570 km2),
Boussellam, affluent de l’oued Soummam (5 010 km2), Kébir-Rhumel (8 815 km2), Seybouse
(6 475 km2) et Medjerda (7 785 km2).

A noter que le bassin complet de la Soummam à la mer couvre une superficie de 9 125
2
km ; celui de l’oued Medjerda totalise à l’exutoire (le golfe de Tunis) une superficie de
23 700 km2 alors que sa partie algérienne ne représente que le tiers du bassin ;

- au Sud, des bassins à écoulement endoréique (les oueds se jettent dans des dépressions
fermées) et à régime quasi-temporaire : les Hauts Plateaux constantinois (9 578 km2), le
bassin Nord-Est du Chott Melrhir (prés de 28 000 km2 pour une superficie totale de 68 751
km2) et le bassin Est du Chott Hodna (autour de 13 000 km2 pour un total de 25 843 km2).

Résultat de l’histoire géologique et de l’évolution paléoclimatique de la région, cette


organisation hydrographique traduit la conjonction de deux principaux facteurs,
topographique et climatique :

- le volume montagneux du Tell et sa pluviosité facilitent un écoulement vers la mer.


Les bassins supérieurs correspondant aux marges Nord des Hautes Plaines ont toutefois un
régime qualifié de « pseudo-éxoréique » car leur écoulement libre vers l’extérieur ne
fonctionne que lors des crues ;

- à l’intérieur, la topographie en cuvettes et la semi-aridité du climat favorisent un


régime d’écoulement endoréique, débouchant dans des dépressions fermées de type sebkha,
chott ou garâa.

Les oueds qui prennent naissance dans les djebels de l’Aurès et de Nememcha,
relativement arrosés, vont s’écouler dans deux directions opposées : ceux du versant Nord
rejoignent la gouttière des Hautes Plaines (une dizaine de lacs salés), ceux du versant saharien
se jettent dans Chott Melrhir. Plus à l’Ouest, les écoulements des Monts du Hodna au Nord et
ceux issus des Monts du Zab et des Ouled Nail au Sud convergent vers un exutoire unique,
Chott Hodna.

40
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques
Figure 19 : Bassins hydrographiques de l’Algérie orientale
41
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

1.1. Les bassins exoréiques : des organismes fluviaux tributaires de la


Méditerranée

Ce sont les régions exoréiques qui représentent un intérêt hydrologique prépondérant, en


raison de l’importance des flux véhiculés vers la mer, plus particulièrement en périodes
pluvieuses, génératrices de crues. Si le réseau hydrographique des Côtiers constantinois
trouve son origine sur les versants très arrosés du bourrelet tellien, celui du Boussellam, du
Kébir-Rhumel, de la Seybouse et de la Medjerda, coule, sur des dizaines de kilomètres, dans
les Hautes Plaines semi-arides avant de franchir les massifs telliens subhumides à humides.

1.1.1. Le bassin des Côtiers constantinois

Il se décompose en Côtiers Est (quatre sous-bassins répartis sur 3 203 km2), Côtiers
Centre (neuf sous-bassins répartis sur 5 524 km2) et Côtiers Ouest (cinq sous-bassins répartis
sur 2 724 km2).

En allant de l’Ouest vers la frontière tunisienne, les principaux cours d’eau rencontrés
sont : l’oued Agrioun (Kherrata), l’oued Djendjen (Jijel), l’oued Guebli (Collo), l’oued Safsaf
(Skikda), l’oued Kébir-Ouest (Azzaba) et enfin l’oued Mafragh, formé de la conjonction des
oueds Kébir-Est et Bounamoussa (région d’El Kala-Annaba).

- Les Côtiers Est : le bassin de la Mafragh forme le versant Nord du dernier tronçon de
la chaîne septentrionale de l’Atlas Tellien : Monts de la Medjerda en Algérie et Mont de
Kroumirie en Tunisie. Les affluents du Kébir-Est, tout comme l’oued Bounamoussa, naissent
dans les montagnes gréseuses (grès numidiens) boisées et très fortement arrosées (cf. profil en
long, fig. 20).

Figure 20 : Profil en long du Kébir-Est (d’après Samie C., Annuaire hydrologique de 1956/57)

42
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Ces oueds rejoignent la mer au Nord, après leur passage à travers les sols lourds de la
plaine qui sont gorgés d’eau, la plus grande partie de l’année. La forte pluviosité et la
topographie (moins de 10 à 20 m en moyenne au dessus du niveau de la mer) sont la cause du
mauvais drainage de la plaine.

La vallée de l’oued El Kébir, assez étroite du côté des plaines d’Ain El Assel et d’El
Frine à l’Est, s’élargit à l’Ouest de Bouteldja, jusqu’en bordure du marais d’El Mekhedda. Ce
dernier constitue une sorte de delta intérieur des oueds El Kébir et Bounamoussa (Côte M.,
1996b). Au Sud de la vallée, s’étend la chaîne numidique. Au Nord, les dunes sableuses du
littoral se prolongent plus à l’Est par des collines, jalonnées dans les parties les plus basses par
des zones lacustres (lacs Oubeira, Mellah et Tonga).

Le barrage de Cheffia, sur le haute vallée de la Bounamoussa, et plus récemment le


barrage de Mexa, sur le Kébir-Est régularisent le débit de ces oueds.

- Les Côtiers Centre : ils sont formés d’Est en Ouest principalement par les oueds Kébir-
Ouest, Safsaf et Guebli qui coulent quasi-parallèlement du versant Nord-tellien vers la mer.
Dans la grande dépression de Fetzara à l’Est, les écoulements convergent vers le lac qui
rétrécit jusqu’à s’assécher en saison sèche.

Le nouveau barrage de Zit Emba régularise les eaux de l’oued El Hammam, branche
supérieure du Kébir-Ouest. Les débits du haut Safsaf sont régularisés par le barrage de
Zardézas, construit du temps de la colonisation. L’oued Fessa, affluent du Guebli supérieur
est également aujourd’hui exploité par barrage (Guenitra). Il en est de même concernant
l’oued Guergoura, autre affluent du Guebli inférieur, capté par le petit barrage de Beni Zid.

- Les Côtiers Ouest : les oueds Mencha, Djendjen et Nil coulent vers la Méditerranée,
dans le sens général Sud-Nord, à travers la plaine de Jijel. La plaine côtière est ceinturée par
les massifs montagneux du socle métamorphique, recouvert par endroits de lambeaux de
flyschs de l’Oligo-Miocène, et est ouverte au Nord sur la Méditerranée, avec cependant la
présence d’un cordon dunaire qui s’étire sur une quinzaine de km.

Plus à l’Ouest, l’oued Agrioun prend naissance dans le massif des Babor et le versant
septentrional du Djebel Meghris. Il traverse vigoureusement les gorges de Kherrata et draine,
plus en aval, la vallée alluviale de Souk El Tnine avant de rejoindre la mer Méditerranée.

L’abondance des précipitations, la forte l’humidité de l’air et l’exubérance de la


végétation (chêne liège, pin maritime, chêne zeen et olivier) sur les djebels confèrent à cette
région un milieu naturel comparable à celui de l’extrême Nord-Est algérien. Mais ici
l’hydromorphie des sols n’est pas aussi contraignante que dans la plaine d’El Tarf, le drainage
naturel des oueds vers la mer étant plus facile.

Le cours supérieur de Djendjen est utilisé à des fins d’hydro-électricité par le barrage
d’Erraguène. L’oued Agrioun est exploité aux mêmes fins par le barrage d’Ighil Emda. A
signaler également le nouveau barrage de l’oued El Agrem, érigé pour des besoins
d’alimentation en eau potable et d’irrigation de la plaine côtière.

43
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Photo 5 : Plaine côtière de Jijel traversée, d’Ouest en Est,


par les oueds Mencha, Djendjen et Nil
(image satellitale non traitée, Landsat, 2000, Algérie N-32-35)

1.1.2. Le bassin de Boussellam (Soummam)

L’oued Boussellam à l’Est, constitue avec l’oued Sahel à l’Ouest, l’un des deux
principaux affluents de la Soummam ; il draine 54,9 % de la superficie totale du bassin à la
mer.

L’oued Boussellam qui prend sa source au djebel Meghris, au Nord de Sétif, coule
d’abord Nord-Sud puis vire-t-il brusquement vers le Nord-Ouest. Il s’échappe des Hautes
Plaines par les gorges creusées dans les calcaires du Guergour, dans la région de Bougaa. Plus
au Nord, il décrit un grande courbure et joint à lui un important affluent, Oued Mahadjar-
Main, venant du Sud. Enfin, sa confluence dans la direction Ouest, avec son principal
collecteur, Oued Soummam, s’effectue dans la région de Akbou (cf. profil en long, fig. 21).

Ce tracé hydrographique avait attiré l’attention de Gautier E-F. (1910) qui y voyait dans
le cours en crochet, replié sur lui-même, comme l’indice d’un phénomène de capture. Selon
cet auteur, à un moment donné du passé, le Boussellam prenait le chemin du Hodna pour
aboutir dans un bassin fermé jusqu’au moment où il fut capturé par l’érosion de tête d’un
torrent tellien.

Dresch J. (1950a) avance plutôt l’idée de surimposition de l’oued dans les gorges à
partir de la couverture tendre pliocène, et d’antécédence par rapport aux mouvements (plis,
failles, fractures) post-villafranchiens qui ont déterminé la montée des blocs calcaires. Le
tracé coudé en amont serait déterminé par la structure, les ondulations du Pliocène.

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Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Figure 21 : Profil en long de l’oued Boussellam-Soummam


(d’après Gautier E-F., 1910)

Le cours supérieur de l’oued Boussellam est régularisé par le barrage d’Ain Zada ; sur le
cours inférieur, est en cours de construction le barrage de Tichy Haf.

1.1.3 Le bassin du Kébir-Rhumel

L’oued Rhumel prend sa source vers 1 160 m dans les marges méridionales du Tell, au
Nord-Ouest de Belaa. Il draine, suivant une orientation Sud-Ouest–Nord-Est, les sous-bassins
semi-arides des Hautes Plaines (Tadjenanet, Chelghoum Laid) puis franchit le Rocher de
Constantine en s’encaissant profondément (200 m de dénivellation) dans des gorges calcaires
(cf. profil en long, fig. 22). Depuis, il s’écoule en direction Nord-Ouest et plus au Nord, aux
environs de Sidi Merouane, il conflue avec l’oued Enndja qui draine la partie occidentale du
bassin.

L’oued Kébir résultant de la jonction des deux cours d’eau (Rhumel et Enndja), franchit
vigoureusement la chaîne numidique, bien exposée aux vents pluvieux en provenance de la
Méditerranée. Puis, il traverse les massifs très arrosés de la Petite Kabylie d’El Milia, avant de
s’écouler dans une large vallée vers la mer.

Les inadaptations du cours du Kébir-Rhumel à la structure (les gorges de Constantine en


particulier) ont suscité des hypothèses d’explication souvent contradictoires. Plusieurs auteurs
ont eu recours à l’hypothèse de capture pour expliquer le phénomène d’épigénie. Comme le
précise Dresch J. (1950b), il semble bien qu’il s’agit d’un réseau établi sur une surface
d’érosion miocène, ou pré-pliocène, surimposé dans les chaînes telliennes et antécédent par
rapport à des mouvements post-pliocènes.

45
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Figure 22 : Profil en long de l’Oued Kébir-Rhumel (d’après Mebarki A., 1982 et 1984)

Le bassin versant, vaste de 8 815 km2, est composé de domaines géologiques très
différents : le domaine des plaines plio-quaternaires et des horsts calcaires (Hautes Plaines),
le bassin néogène à dominance argileuse de Constantine-Mila, le domaine des nappes
« tectoniques » de Djemila (marnes et calcaires-marneux), la dorsale kabyle (calcaires
jurassiques) et les massifs gréseux numidiens et enfin le domaine du socle granitique et
cristallophylien de la petite Kabylie d’El Milia (Mebarki A., 1982 et 1984).

Le haut Rhumel à Oued Athménia est régularisé par le barrage de Hammam Grouz.
Nettement plus à l’aval, à 3 km au Nord de la confluence Endja-Rhumel, l’oued Kébir porte
l’imposant barrage de Beni Haroun, en cours de mise en eau.

1.1.4. Le bassin de la Seybouse

Le bassin la Seybouse (6 450 km2) s’étend sur 160 km, suivant une disposition
sensiblement Sud-Ouest–Nord-Est, des confins des Garaet El Tarf et Guelif au Sud, jusqu’à la
mer au Nord.

L’oued Cherf prend naissance dans les Hautes Plaines (Berriche et Ain Babouche) et
rencontre à l’Ouest de Guelma, l’oued Bouhamdane qui coule Sud-Ouest - Nord-Est, le long
du versant Sud-tellien.

Ces deux cours d’eau donnent lieu à l’oued Seybouse qui s’écoule d’Ouest en Est
jusqu’à sa confluence avec l’oued Mellah, affluent issu du versant septentrional bien arrosé
des Monts de Medjerda (cf. profil en long, fig. 23). Depuis, la Seybouse change de direction

46
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

pour rejoindre, plus au Nord, la mer Méditerranée, après avoir traversé la plaine côtière,
comprise entre Dréan et Annaba.

Figure 23 : Profil en long de l’Oued Seybouse (d’après Ghachi A., 1986)

La majorité des apports de l’oued Bouhamdane sont captés par le barrage de Hammam
Debagh. L’oued Cherf supérieur est exploité par le barrage de Foum El Khanga.

Les données du contexte morpho-structural du bassin se traduisent par la présence


d’aquifères superposés dans les formations mio-plioquaternaires (haut Cherf) et par des
nappes d’eau libres dans les formations plio-quaternaires des plaines de Guelma-Bouchegouf.

Un système de nappes superposées (un niveau d’alluvions grossières et un niveau


relativement profond de calcaires lacustres) est intensivement exploité dans la basse
Seybouse, plus précisément la plaine Ouest d’Annaba (Ghachi A., 1986).

Les formations de calcaires karstiques (sous bassin du bas Cherf, Tamlouka) donnent
lieu à l’émergence de sources (à l’exemple de la source d’Ain Arko) et renferment-elles
d’importantes ressources, exploitées par forages.

1.1.5. Le bassin de la Medjerda

Il est constitué de deux grands cours d’eau, l’oued Mellegue au Sud et l’oued Medjerda
au Nord, dont la confluence s’effectue en territoire tunisien, à une quarantaine de km au Nord-
Est de la frontière. Le bassin comprend, dans sa partie algérienne, cinq sous-bassins répartis
sur une superficie de 7 870 km2.

47
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

L’oued Medjerda s’étire Sud-Ouest–Nord- Est, le long du versant méridional des monts
arrosés de Medjerda. Ayant pris sa source à la limite du front des nappes telliennes
(dominance de sédiments marno-gréseux du Miocène), il franchit le diapir salifère (Trias) de
Souk Ahras.

Le cours d’eau descend une série de petits biefs étagés et suit alors le contact des grès
oligocènes avec les calcaires puis les alternances marneuses et marno-calcaires crétacées du
vaste dôme anticlinal éventré de Berdah ; il débouche dans la plaine de Ghardimaou en
Tunisie (fig. 24).

Figure 24 : Profil en long de l’oued Medjerda


(d’après Gautier E-F., 1910)

Sur la haute vallée de Medjerda est implanté le barrage d’Ain Dalia, au Sud-Ouest de la
ville de Souk Ahras.

L’oued Mellegue, d’orientation Sud-Nord puis Est-Ouest, possède un bassin beaucoup


plus vaste, à dominance semi-aride. Il est formé dans sa partie supérieure par deux branches,
l’oued Meskiana qui naît dans les Hautes Plaines (issu d’un exutoire du chott Esbikha, perché
à 1 065 m d’altitude) bordant le piémont septentrional de Nememcha, et l’oued Chabro, dans
le flanc Nord des monts de Tebessa.

L’oued Mellegue s’enfonce d’Ain Dalaa jusqu’ à Meskiana, au cœur d’un ample dôme
crétacé supérieur. A partir de là, le parcours de l’oued est influencé par la complexité des
structures géologiques qu’apporte la présence des diapirs triasiques (Mesloula, Ouenza) et des
fossés subsidents transversaux (Morsot, oued Bou Rhanem) (Rodier J-A. et al., 1980).

48
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

1.2. Les bassins endoréiques : des hydrosystèmes tributaires de lacs salés

Dans ce milieu caractéristique des bassins fermés, la zone d’étude comprend le bassin
des Hauts Plateaux, la partie Est du bassin du Chott Hodna et la partie Nord-Est du bassin du
Chott Melrhir.

1.2.1. Le bassin des Hauts Plateaux

La dénomination des sous-bassins, utilisée par l’A.N.R.H., est suggestive de


l’endoréisme caractérisant ces hydrosystèmes : Garaet El Tarf, Sebkhet Ezzemoul, Chott
Beida… (cf. tabl. 2). Le bassin des Hauts Plateaux est subdivisé en 7 sous-bassins couvrant
une superficie totale de 9 578 km2.

C’est un milieu, en réalité, de « Hautes Plaines », décrites plus haut comme de vastes
étendues planes, hautes de 800-1 000 m d’altitude, dont le bord septentrional correspond au
flanc Sud de l’Atlas tellien et le bord méridional, au flanc Nord de l’Atlas saharien. Les
piémonts des massifs calcaires entourant les plaines plio-quaternaires, se prolongent par de
longs glacis. Les écarts thermiques sont considérables et le sirocco y trouve son aire de
fréquence maximum.

On dénombre une dizaine de lacs salés ; Garaet El Tarf en est la plus grande dépression
lacustre, d’origine à la fois tectonique et climatique (Côte M. et Benkartoussa A., 1974 ;
Benazzouz M-T., 1986). Les oueds qui descendent les pentes raides des massifs de l’Aurès
(oued Tazoult, oued Reboa, oued Boulfreis…) s’avèrent très puissants lors des crues ; ils
finissent en général par perdre leur énergie dans la partie basse des Hautes plaines où ils
rejoignent les lacs salés, soumis à une forte évaporation.

Dans ces larges contrées steppiques où la pluviométrie ne permettait que des cultures
céréalières extensives, l’on a fait appel à l’exploitation active des nappes superficielles (ou
peu profondes), situées au centre des plaines.

Le barrage-réservoir en est l’autre moyen de l’aménagement, de type hydro-agricole en


particulier. A l’exemple du barrage de Foum El Gueiss (aujourd’hui sérieusement envasé),
réalisé par la colonisation pour capter les eaux de l’oued du même nom, dans le piémont Nord
de l’Aurès. Tout récemment encore, a été mis en service le barrage de Koudiat Medaour,
régularisant les eaux de l’oued Chemora et servant comme réservoir-tampon au futur système
de transfert des eaux de Beni Haroun.

Photo 6 :
Zone de lacs salés
ou sebkha (Garaet
dans les Hautes
Plaines sud -
constantinoises)
(image satellitale
Landsat 2000, non
traitée)

49
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

1.2.2. Le bassin du Chott Melrhir (zone Nord-Est)

L’aire totale du bassin du Chott Melrhir atteint 68 750 km2. Mais, nous ne prenons pas
en compte l’ensemble de la surface drainée de l’oued Djedi (26 800 km2), bassin dont l’artère
maîtresse dépasse les 500 km (Dubief J., 1953) (fig. 25).

La zone concernée par l’étude se limite à la région Nord-orientale (prés d’une vingtaine
de sous-bassins) couvrant autour de 40 % du bassin du Chott Melrhir. Concernant l’oued
Djedi, seule sa partie inférieure, celle confluant avec l’oued El Hai (Biskra) et l’oued El
Abiod, y est intégrée.

Figure 25 : Bassin versant et profil en long de l’oued Djedi


(établie d’après Dubief J., 1953)

50
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

La partie septentrionale représente les versants Sud de l’Atlas Saharien : Nememcha,


Aurès, Monts du Zab. Les monts de l’Aurès qui présentent des altitudes élevées, un bioclimat
subhumide et un couvert forestier dense (cèdres sur les grès et pin d’alep sur les marnes),
dominent au Sud la cuvette très surbaissée du Chott Melrhir.

Le long versant saharien relie les hauts massifs au Piémont saharien à la faveur de
vallées : oueds El Haï, EL Abiod, El Arab, Mitta, Hallail…Ces oueds coulent Nord-Sud
suivant une dénivelée remarquable et finissent par rejoindre le Chott où les eaux s’amenuisent
sous l’effet de l’évaporation.

Les eaux des crues, brutales et occasionnelles, sont utilisées pour l’irrigation, grâce à de
petits aménagements, permettant d’étaler largement ces eaux sur les terres limoneuses riches
du piémont saharien.

A l’instar du barrage de Foum El Gherza construit par la colonisation sur l’oued El


Abiod, il y a aujourd’hui une tendance affirmée à vouloir remplacer ces techniques
traditionnelles par des barrages hydrauliques. En témoigne la mise en exploitation du barrage
de Babar sur l’oued El Arab et celle du barrage de Menbaa El Ghazala sur l’oued El Haï.

1.2.3. Le bassin du Chott Hodna (zone Est)

La superficie totale du bassin du Chott Hodna s’élève à 25 843 km2. Cependant, seule la
zone orientale du bassin est considérée dans le cadre de cette étude, soit environ la moitié de
l’aire drainée par la dépression lacustre.

Les principaux affluents qui coulent vers cette partie de la dépression viennent du Nord-
Est (Oued Ksob-M’sila et Oued Soubella), de l’Est (Oued Bitam-Barika) et du Sud-Est (Oued
M’sif). Les débits de l’oued Ksob sont régularisés par le barrage du Ksob au profit de
l’irrigation.

Cette grande dépression ouverte aux influences sahariennes par le seuil de Biskra, a des
températures plus élevées que dans les Hautes Plaines, décrites précédemment. La faiblesse
de la pluviométrie (250-300 mm par an) est, à quelques nuances près, comparable à celle
concernant la région des Garaet.

Le facteur tectonique (fossé de subsidence), l’évolution paléoclimatique (assèchement et


rétrécissement d’anciens lacs intérieurs et leur réduction à l’état de sebkha ou chott) et
l’intensité de l’érosion (dégradation du réseau hydrographique) sont à l’origine de la
formation de ce type d’hydrosystème endoréique.

Le chott, étendue argileuse (un millier de km2 à son maximum de surface), recouverte
d’une pellicule salée, sert de niveau de base à une série d’oueds, les plus importants étant
issus des massifs telliens au Nord, ceux du Sud se caractérisent par leur discontinuité et leur
indigence (Nemouchi A, 1993).

La dépression lacustre est alimentée par des nappes d’eaux souterraines qui lui assurent
un approvisionnement en eau face aux fortes pertes par évaporation.

51
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

L’étude de la FAO (Projet « Algérie 9 ») a indéniablement contribué à la connaissance


des ressources souterraines de cette région (Côte M., 1980). La nappe profonde (150-200 m),
présente au centre de la cuvette, est liée à la structure synclinale de cette fosse (capacité
globale de l’ordre de 1 500 l/s en maintenant la nappe en équilibre). Les forages réalisés prés
du Chott sont artésiens, les autres sont seulement ascendants. Les potentialités globales en
eaux souterraines du Chott Hodna s’élèvent, selon les estimations de l’A.N.R.H, à 133 hm3/an
(4,2 m3/s).

Le tableau 2 récapitule, selon le découpage adopté par l’A.N.R.H., les différents sous-
bassins et leurs superficies respectives. La figure 26 rend compte de leurs limites précises au
sein des grands bassins hydrographiques, complets ou partiels, retenus dans cette étude.

Par ailleurs, le tableau 3 tente de présenter, de façon assez synthétique, les principales
caractéristiques physiques des grands bassins hydrographiques de l’Est algérien.

L’importance de l’apport hydrologique des cours d’eau, et ses nuances dans l’espace
mais aussi dans le temps, dépendent de cette combinaison des facteurs physico-climatiques
conditionnels.

52
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Tableau 2 : Noms, codes A.N.R.H. et superficies des bassins et sous-bassins hydrographiques


de l’Est algérien

BASSINS EXOREIQUES BASSINS ENDOREIQUES


BASSIN Code SOUS-BASSIN S( km2) BASSIN Code SOUS-BASSIN S( km2)
COTIERS 03 01 Oued DJEMAA 384 05 09 Oued KSOB 1470
CONSTANTI- 03 02 Oued AGRIOUN 936 CHOTT 05 10 Oued MSILA 2157
NOIS 03 03 Cotiers JIJEL 565 HODNA 05 11 Oued SOUBELLA 1762
B.V.03
B.V. 03 03 04 Oued DJENDJEN 528 EST 05 12 Oued BARIKA Amont 886
Est
Ouest 03 05 Oued NIL 360 05 13 Oued BARIKA Aval 1004
03 06 Cotiers CAP BOUGAROUN 497 B.V. 05 05 14 Oued BERRICH 503
03 07 Oued GUEBLI 988 05 15 Oued BITAM BARIKA 1406
03 08 Oued BIBI 203 05 21 Oued CHAIR AVAL 880
03 09 Oued SAF SAF 1165 05 22 Oued M'SIF AMONT 924
03 10 Cotiers FILFILA 134 05 23 Oued M'SIF AVAL 797
Centre 03 11 Oued KEBIR-HAMMAM 1128 05 24 CHOTT HODNA 1240
03 12 Oued KEBIR-MAGROUN 721 TOTAL B.V. 05 PARTIEL 13029
03 13 LAC FETZARA 509 06 10 Oued MLIH OUZENE 2426
03 14 Cotiers HERBILLON 206 06 11 Oued SALSOU ABIOD 2119
03 15 Oued BOU NAMOUSSA 928 06 12 Oued BISKRA HAI 2056
03 16 Oued KEBIR EST 1073 CHOTT 06 13 Oued DJEMORA 696
Est
Ouest 03 17 Oued MAFRAGH 804 MELRHIR 06 14 Oued DJEDI BISKRA 1750
03 18 Cotiers LA CALLE 437 NORD-EST 06 15 Oued EL ABIOD 1320
TOTAL B.V. 03 11566 06 16 Oued BIRAZ ATROUS 2300
10 01 Oued DEHAMECHA 1061 06 17 Oued DERMOUN 791
10 02 Oued KEBIR- ENDJA 1098 B.V. 06 06 18 Oued EL ARAB 2105
KEBIR- 10 03 Oued RHUMEL AMONT 1220 06 19 Oued ZERIBET 1435
RHUMEL 10 04 Oued RHUMEL- SEGUIN 1162 06 20 Oued DERRADJ 1393
10 05 Oued BOU MERZOUG 1865 06 21 Oued DJEDIDA 1591
B.V. 10 10 06 Oued RHUMEL- SMENDOU 1089 06 22 Oued BEGGOUR MITA 2383
10 07 Oued KEBIR MARITIME 1320 06 23 Oued CHERIA 1110
TOTAL B.V. 10 8815 06 24 Oued HALLAIL 622
12 01 Oued MEDJERDA 1500 06 25 Oued MECHRA 2400
MEDJERDA 12 02 Oued MESKIANA 1843 06 26 Oued SOUKIES 746
12 03 Oued CHABRO 1566 06 27 Oued HORCHANE 1037
B.V. 12 12 04 Oued MELLEGUE AMONT 1500 06 28 Oued OUM EL KSOB 2085
12 05 Oued MELLEGUE AVAL 1376 TOTAL B.V. 06 PARTIEL 27939
TOTAL B.V. 12 7785 HAUTS 07 01 CHOTT BEIDA 1596
14 01 Oued CHERF AMONT 1739 PLATEAUX 07 02 MERDJA ZANA 1036
14 02 Oued CHERF AVAL 1193 CONSTANTI- 07 03 SEBKHET EZ ZEMOUL 1560
SEYBOUSE 14 03 Oued BOU HAMDANE 1108 NOIS 07 04 Oued CHEMORAH 764
14 04 Oued SEYBOUSE MOYENNE 817 07 05 GARAET ANNK DJEME 1232
B.V. 14 14 05 Oued MELAH 552 B.V. 07 07 06 Oued BOULEFREIS 960
14 06 Oued SEYBOUSE MARITIME 1066 07 07 GARAET EL TARF 2430
TOTAL B.V. 14 6475 TOTAL B.V. 07 9578
BOU SELLAM 15 06 Oued BOU SELLAM AMONT 1785
(SOUMMAM 15 07 Oued BOU SELLAM MOYEN 1234
2
EST) 15 08 Oued EL MAIN 930 SUERFICIE TOTALE 85187 km
B.V. 15 15 09 Oued BOU SELLAM AVAL 1061
TOTAL B.V. 15 PARTIEL 5010

53
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques
54

Figure 26 : Bassins et sous-bassins hydrographiques de l’Est algérien, selon le découpage de l’A.N.R.H.


Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Tableau 3 : Récapitulatif des principales caractéristiques physiques des bassins


hydrographiques

Bassin Superficie Relief Lithologie Bioclimat Végétation


versant du bassin dominante et lame dominante
(ou des sous- précipitée
bassins moyenne
considérés) P (mm/an)
S (km2) (1)
Côtiers 11 566 Tell Flyschs, grès et Humide à Forêt et
maritime argiles, socle subhumide maquis,
(P = 952) systèmes de
cultures
méditerranéens
Kébir- 8 815 Tell et Hétérogénéité Semi-aride Systèmes de
Rhumel Hautes géologique à humide cult. méditer.,
Plaines (cf. fig. 8) (P = 582) Céréaliculture,
Bassins exoréiques

forêts
Medjerda 7 785 Hautes Hétérogénéité Semi-aride, Cultures
Plaines et géologique à subaride discontinues,
Monts (cf. fig. 8) + steppe, forêts
Medjerda et subhumide
algéro- (P = 478)
tunisiens
Seybouse 6 475 Tell et Hétérogénéité Semi-aride systèmes de
Hautes géologique à humide cult. méditer.,
Plaines (cf. fig. 8) (P = 570) céréaliculture,
forêts
Boussellam 5 010 Tell et Hétérogénéité Semi-aride Céréaliculture,
(Soummam) Hautes géologique à forêts,
Plaines (cf. fig. 8) subhumide systèmes de
(P = 400) cult. méditer.
Chott (13 029) Dépression Formations Subaride Steppe,
Hodna (E) lacustre et plio- (P = 289) cultures
versants des quaternaires (2) discontinues
Monts du +
Hodna reliefs calcaires
Bassins endoréiques

de bordure
Chott (27 939) Dépression Remblaiements Subaride et Steppe,
Melrhir lacustre et quaternaires aride cultures
(NE) Piémont Sud + + discontinues,
des Aurès- reliefs calcaires subhumide forêts sur
Nememcha de l’Atlas (P = 223) versant
(2) atlasique, oasis
Hauts 9 578 Hautes Formations Semi-aride Céréaliculture
Plateaux Plaines et plio- à subaride et parcours
bordures du quaternaires + steppiques
Tell et de + subhumide
l’Atlas reliefs calcaires (P = 402)
(1) Lame précipitée annuelle moyenne (estimation de Deri J., A.N.R.H., 1977)
(2) Moyenne pluviométrique se rapportant à l’ensemble du bassin hydrographique

55
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

2. LES BASSINS JAUGES ET LEURS DONNEES HYDROMETRIQUES

La sélection définitive des stations hydrométriques est effectuée en tenant compte de


l’état d’homogénéité et de la qualité des séries d’observations disponibles sur des périodes
récentes et communes. La mise en forme et l’homogénéisation des séries passe par un travail
long et fastidieux eu égard à la nature et à la variété des bases de données informatisées de
l’A.N.R.H.

Les bassins jaugés retenus couvrent des superficies très variables (de 16 à 8 735 km2) et
représentent, plus ou moins inégalement, les différentes régions hydroclimatiques et
physiques de l’Est algérien.

2.1. Le réseau hydrométrique, son évolution et son exploitation

2.1.1. Les stations anciennes

Pendant la période de colonisation, les premières stations de jaugeage, en nombre très


limité, furent mises en service, aux environs de 1924. Le réseau avait été peu à peu renforcé
pendant la période allant de 1946 à 1961, sous l’égide du Service des Etudes Scientifiques
(S.E.S.). Les sites choisis pour l’implantation des stations ont en général un lien avec la
localisation de barrages hydrauliques, alors existants ou en projet. Les séries de mesure sont
assez courtes et souvent non concordantes.

• Stations de la période 1924-1946

Il s’agit, à l’échelle de l’Est algérien, des quatre stations suivantes : Ksob sur l’oued
Ksob, Kherrata sur l’oued Agrioun, Constantine sur l’oued Rhumel et Edgart Quinet (Foum
El Gueiss) sur l’oued Gueiss. Leurs données de mesures hydrologiques sont consignées dans
le Recueil des observations de 1924 à 1946 (Hydrologie algérienne, 1948). Celui-ci permet de
relever les analyses critiques suivantes :
- station de l’oued Agrioun à Kherrata : équipée d’un déversoir à large seuil, avec
limnigraphe, elle permet d’évaluer avec une bonne précision les débits. Néanmoins, en
période de crue, les débits réels doivent être supérieurs à ceux calculés ;
- station du Rhumel à Constantine : débits assez approximatifs évalués à partir des
hauteurs d’eau relevées sur un déversoir 1 fois tous les 5 jours en moyenne, et par application
des formules usuelles de débits des déversoirs ;
- station de l’oued Gueiss à Edgard-Quinet : débits estimés de façon satisfaisante.
Jaugeages au moulinet de 1924 à 1930 et mesures au déversoir à crête épaisse à partir de
1930 ; hauteurs d’eau enregistrées par un limnigraphe et par les mouvements du plan d’eau
dans le barrage-réservoir de Foum-El-Gueiss ;

- station du Ksob au barrage de Medjez : les données fournies ne doivent être prises que
comme ordre de grandeur et l’on ne devra tabler que sur les moyennes.

Comme il est rapporté dans le Recueil précité, les premières mesures systématiques des
débits des oueds en Algérie ne se sont pas faites sans grandes difficultés : « Le module des
oueds étant de l’ordre de quelques mètres cubes seconde, la solution générale adoptée
consistait à créer un déversoir de mesure, muni d’un enregistreur de niveau (limnigraphe).

56
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Peu de stations ont donné des résultats satisfaisants. En effet, les énormes transports solides
de la plupart des oueds ont rapidement engravé les déversoirs et, de ce fait, rendu illusoire
l’application des formules de débit usuelles ; par ailleurs, ce qui est plus grave, les tubes des
limnigraphes sont rapidement envasés ou même engravés, et les flotteurs bloqués, ce qui fait
que les enregistreurs sont très souvent hors d’usage. L’on a dû se contenter, presque
toujours, d’observations hebdomadaires, par conséquent, des creux, ou des crues, passent
souvent inaperçus ».

• Stations de la période 1946-1961

La première expérience a permis d’évaluer les difficultés à surmonter et ce à quoi


devait répondre une station de jaugeage pour s’adapter aux caractères des oueds algériens, en
particulier la grande mobilité de leurs lits, l’extrême variabilité de leurs débits et les énormes
transports solides qu’ils charrient.

La transmission des hauteurs d’eau est désormais réalisée pneumatiquement et leur


enregistrement est fait par un manomètre (fig. 27). La relation hauteur-débit est déterminée
pour chaque station par des séries de jaugeages au moulinet. La figure 28 montre, à titre
d’exemple, les courbes de tarage de la station de Souk Ahras, obtenues par jaugeages au
moulinet sur canal et par jaugeages au moulinet monté sur transporteur aérien en hautes eaux.

Medinger G. (1952), alors chef de la Section Hydrologie et Climatologie du S.E.S., dans


une note intitulée «Les mesures hydrométriques en Algérie», précisait-il :

« Chaque fois que cela a été possible, la station a été aménagée avec un seuil fixe.
L’ouvrage en béton fixant le seuil comporte toujours un canal central permettant l’évacuation
des transports solides de fond. C’est dans ce canal qu’est logé l’organe chargé de transmettre
les hauteurs d’eau à un enregistreur situé sur la rive. L’enregistrement des hauteurs ne
pouvant pas être correctement réalisé avec un limnigraphe à flotteur, nous avons remplacé la
mesure de hauteur par une mesure de pression. La transmission de la pression depuis le
canal où se trouve l’organe de prise jusqu’au manomètre enregistreur se fait par l’air ».

C’est ainsi qu’au fur et à mesure de l’installation de nouvelles stations et l’équipement


de celles existantes, l’Annuaire hydrologique de l’Algérie se charge de publier, à compter de
l’année hydrologique 1946-47, les données d’observation, structurées suivant l’année
hydrologique allant du 1er septembre au 31 août.

Au total, concernant la région qui nous intéresse, 15 stations de jaugeage ont vu leurs
données publiées par l’Annuaire, sans compter celle de Sidi Aiche contrôlant le bassin de la
Soummam (fig. 29). Cependant, conditionné par la disponibilité et la fiabilité des mesures,
l’Annuaire ne reproduit pas systématiquement les mêmes stations, d’où la non concordance
temporelle des données d’observation disponibles.

Conséquence des évènements de la guerre de libération nationale, à compter de 1955-56,


le nombre de stations couvert par l’Annuaire hydrologique a été réduit pratiquement de
moitié. La publication des données est interrompue peu avant l’Indépendance du pays (le
dernier Annuaire étant celui de 1960-61) et ne reprend que sept années plus tard sous l’égide
de la Direction des Etudes de Milieu et de la Recherche Hydraulique (D.E.M.R.H.),
organisme remplaçant le S.E.S.

57
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Figure 27 : Schéma de la station de jaugeage de Souk Ahras


(d’après Medinger G., 1952

Figure 28 : Courbes de tarage de la station de Souk Ahras


(d’après Medinger G., 1952)

58
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

M ER M ED I TERRANEE SKIKDA
ANNABA
Yusuf

S eyb ou se
400 O. Kébir Est
Pont dela RN 44
BEJAIA
Gué Zitoun

O. K

.O
um
ma
m
BgeZardézas Pont du CD 13
Cheffia

éb
So
O.

ir
Sidi Aiche Djen-Djen sup. Khemakem GUELMA
Duvivier
CONSTANTINE Medjez A.I et II je r
da
350 ed
O.

. M
Bo

O
us

Souk Ahras
se
l la

el
m

m
hu

T U N I SI E
O
.R
ue
ll e g
.M e
O
BORDJ BOU ARRERIDJ
300

Bge Ksob

M 'SILA
BATNA
250
TEBESSA
Bge Foum El Gueiss
CHOTT HODNA

El Kantara

200

BISKRA
Bge Foum El Gherza

150

Station hydrométrique
Agglomération CHOTT MELRHIR
Azzedine Mebarki, 2004 0 20 40 km

650 700 750 800 850 900 950 1000

Figure 29 : Réseau hydrométrique de la période d’avant l’Indépendance (1946-1961)


(Les noms des stations hydrométriques sont repris tels qu’inscrits sur les Annuaires hydrologiques
de 1946 à 1961)

2.1.2. Les stations récentes (postérieures à 1962)

• Etat du réseau hydrométrique

Après le vide qui a caractérisé la période post-Indépendance, un début d’activation du


réseau hydrométrique (installation de nouvelles stations et réhabilitation d’anciennes stations
qui étaient à l’arrêt) a été entamé en 1968, sous l’égide de la D.E.M.R.H., dénommée
aujourd’hui A.N.R.H. (Agence Nationale des Ressources Hydrauliques).

C’est à partir de 1972 que le réseau se voit réellement étoffé ; en 1990 on signale
l’existence d’environ 200 stations hydrométriques à l’échelle du territoire national (Aissani
B., 1990). Dans l’Est algérien, sur les 80 stations installées (reportées sur la carte), il en reste
aujourd’hui 2/3 seulement en fonction (fig. 30).

59
MER MEDITERRANEE
ANNABA
SKIKDA
AI N EL ASSEL
400 EL ANCER
EL M KACEB A. CHARCHAR MI REBEK
EL MI LIA
CHEDDIA GUENITRA A. BERDA
BEJAIA S. M EZGHICHE GUE ZITOUN
ZIT EMBA
O. MISSA KHEM AKHEM
GRAREM GUELMA
BOUCHEGOUF M TAYEB
SOUK EL TNINE BOUCHDIRA
M EDJEZ A. II BENTABOUCH
BOUBIREK D TASSADANE EL KHENEG MEDJEZ A I
350 B.SABATH
K.TENDART CONSTANTINE HYDRO SOUK AHRAS
SIDI YAHIA SIDI MA BROUK
FERM ATOU AIN DALIA
AIN SM ARA EL KHROUB

I S I E
MAGRAOUA
O. ATHME NIA
AIN ZADA OUENZA
B.B. ARRERIDJ M. ROCHEFORT
OULED MOSLY

T U N
EL AZREG

Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques


300
EL AOUINET

M EDJEZ
AIN ZERGA
CHEM ORA MORSOTT
SIDI OUADAH BOUILEF
FESDIS BOULFREIS AIN ERKEL
MA GRA DEMRH TIMGAD MORI F.EL GUEISSAV AL
250 BATNA TEBESSA
REBOA F. EL GUEISS
AI N BOUAKOUS
YABOUS
BARIKA PONT RN 28
BABAR ELM A LABI OD
EL KANTARA
AI N BABOUCHE
KEF SOUDA
200 DJEMORAH
BIR SBEIK HIA
MDOUKAL EL MELAGA RAGBAT NAGA

M' CHOUNECHE
BISKRA KH. SIDI NADJI
MZIRAA

150 MLILI
(ouedDjedi)
OGLET EL MITA

Azzedine Mebarki, 2004

650 700 750 800 850 900 950 1000

Station hydromét rique retenue dans l'é tude (série complète) bassin jaugé retenu dans l'étude
60

Station retenue dans l'étude (série incomplète (série complète)


Station non retenue dans l’étude Ville
(données indisponibles ou trés lacunaires )

Figure 30 : Réseau hydrométrique de l’Est algérien et bassins jaugés retenus dans l’étude
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Outre la construction de barrages à l’emplacement même ou à proximité des stations


hydrométriques (Guenitra, Cheddia, Zit Emba, Grarem…), les problèmes liés aux sites de
mesure (problèmes d’accès, forte instabilité du lit de l’oued, dommages répétés subis par la
station), à la gestion des stations (désintérêt des observateurs, moyens de contrôle
insuffisants) et à l’insécurité sont les causes essentielles de mise à l’arrêt d’un tiers du réseau.

C’est dire l’importance des lacunes géographiques de ce réseau, en particulier dans les
zones éloignées des voies d’accès, situation qui s’est empirée avec les problèmes sécuritaires
qu’à connus le pays tout au long des années 1990.

Les observations provenant des stations de jaugeage constituent la principale source


d’information de l’Annuaire hydrologique, relancé sous l’Algérie indépendante, avec la
reproduction des débits journaliers de l’année 1968-69. L’édition de l’Annuaire accuse,
toutefois, irrégularités et retards. Ce ne sont pas toutes les stations en fonction qui figurent
sur l’Annuaire, une sélection étant faite sur la base des données fiables, de représentativité
géographique et de critères propres à l’A.N.R.H. liés à la classification du réseau.

La classification du réseau hydrométrique, adoptée au départ par l’organisme


gestionnaire, consistait à faire la distinction entre les stations primaires, secondaires et
tertiaires. Elle fût remplacée, à partir de 1992, par une nouvelle classification, en trois
catégories, basée cette fois-ci sur des critères d’objectif : réseau de base, réseau de projet et
réseau de gestion (Ouaar M., 1992) :

- le réseau de base a pour objectif l’étude des caractéristiques hydrologiques des grandes zones
géographiques et climatiques, l’établissement de l’inventaire des ressources en eau à l’échelle
nationale, la réponse à des objectifs précis de planification et d’aménagement du territoire, enfin la
prise en compte de ces stations comme stations de référence pour l’extension de séries courtes de
données hydrologiques relevées au niveau d’autres sites de mesures.

Le réseau de base comporte 2 types de stations : les stations de référence et les stations
complémentaires. Les stations de référence sont celles destinées à longue échéance à l’étude du
régime hydrologique et de l’influence des actions anthropiques sur celui-ci.

Ce sont les stations se trouvant à l’exutoire d’un grand bassin versant ou d’une région drainée
par un oued important ainsi que les stations mesurant les paramètres hydrologiques de zones
homogènes (physiographiques et climatiques). Elle ne peuvent être supprimées que dans des cas
exceptionnels (déviation d’oued, construction d’ouvrage, etc.). Les stations complémentaires se situent
quant à elles dans un sous-bassin à l’amont d’une station de référence et servent de support à cette
dernière. Elles doivent permettre de calculer les caractéristiques spécifiques du régime en liaison avec
celles déterminées par les stations de référence.

- le réseau de projet sert à établir les études hydrologiques des bassins comportant des sites
susceptibles d’être aménagés. Dans cette même catégorie sont incluses les stations des bassins
représentatifs et expérimentaux poursuivant des objectifs purement scientifiques (étude approfondie
d’un ou plusieurs phénomènes influant sur la formation des écoulements, liquides ou solides). La
suppression de ces stations est effectuée, une fois le cycle d’observations nécessaires terminé et le but
assigné atteint.

- le réseau de gestion comprend les stations situées en amont ou en aval de différents


aménagements (barrages, canaux de dérivation, etc.) et a pour objectif le contrôle et la gestion des
ressources en eau au niveau des ouvrages hydrauliques. La période de fonctionnement d’une station
est liée à la période d’exploitation de l’ouvrage hydraulique auquel elle est assignée.

61
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Par ailleurs, à travers l’information extraite des fiches d’exploitation des barrages-
réservoirs, il y a possibilité d’acquérir des données sur les apports mensuels et annuels aux
barrages. Les apports moyens journaliers ne sont pas toujours significatifs, eu égard au
manque de précision de la méthode d’estimation des apports, établie sur la base du bilan du
réservoir.
• Mesure des débits
En chaque station, en plus de l’enregistrement en continu des hauteurs d’eau à l’aide du
limnigraphe (comparé aux relevés de hauteur à l’échelle limnimétrique), sont entrepris des
jaugeages périodiques au moulinet (vélocimètre à élément rotatif pour mesurer la vitesse de
l’eau ou méthode d’exploration du champ des vitesses) (Audinet M., 1995). Le moulinet est
fixé à un support maintenu (perches et micro-perches) ou suspendu (saumon). Les jaugeages
de crue sont entrepris, lorsque les conditions d’équipement s’y prêtent (station équipée de
traille téléphérique ou à partir d’un pont par le biais d’une cyclopotence), à l’aide du moulinet
monté sur saumon ou lest profilé (fig. 31 et 32).

Figure 31 : Station hydrométrique d’Ain Smara sur l’oued Rhumel (profil en travers)

Figure 32 : Station de Grarem : seuil de jaugeage et échelles limnimétriques

62
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

En étiage, les jaugeages sont établis au déversoir lorsque l’emploi du moulinet devient
impossible (cf. sur la figure 32, seuil en béton de Grarem, station aujourd’hui abandonnée car
située dans le lac de retenue du barrage de Beni Haroun).

Le réseau hydrométrique algérien connaît, depuis peu de temps, un début de


modernisation avec l’installation progressive de stations dites « automatiques » (enregistreurs
électroniques), remplaçant le mode d’enregistrement graphique sur papier (le limnigraphe
classique). Le transfert des données sur ordinateur est facilité grâce à la capacité de mémoire
dont est muni l’appareil d’enregistrement électronique.

• Exploitation des données hydrométriques

Les étapes de calcul des débits moyens journaliers en une station hydrométrique sont
illustrées par la figure 33. Grâce à la traduction de la courbe de tarage Q (H) en barème
d’étalonnage d’une part, et le dépouillement des limnigrammes H (t) (cotes d’eau de l’oued
enregistrées en continu sur des bandes limnigraphiques) d’autre part, il devient possible de
déduire, dans une dernière étape, les débits moyens journaliers Qj (t).

Courbe Q (H)
de tarage
+
JAUGEAGES Barème Q
d’étalon-
Q (m3/s) nage
STATION
HYDRO- H
METRIQUE Hydrogramme
Limnigramme Q (t) 1
LIMNIGRAPHIE H H (t)
Q Qj =
Tj ∫ Q (t ) dt
j
+ MESURES
DES
HAUTEURS
D’EAU A
L’ECHELLE t
H (m) t

Figure 33 : Etapes de calcul d’un débit moyen journalier

Tracée à l’aide d’une série de jaugeages périodiques, la courbe de tarage Q (H)


représente les débits instantanés en fonction des hauteurs d’eau correspondantes. Comme le
montre l’exemple de la station de Douar Tassadane (fig. 34), il est bien souvent nécessaire
d’établir différentes courbes suivant les périodes de l’année « On obtient donc un faisceau de
courbes de tarage auxquelles sont attachées différentes périodes de validité » (Laborde J-P.,
2000a).

Les courbes de tarage ne sont pas stables. En basses eaux, la relation hauteur-débit est
perturbée en raison des modifications subies par le lit de l’oued et de l’influence de la
végétation. En hautes eaux, malgré les précautions prises, les courbes de tarage sont
considérées comme approximatives pour le calcul des débits de crue.

63
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

courbes de tarage correspondant à


8 périodes de validité

Figure 34 : Courbes de tarage de la station de Douar Tassadane (d’après A.N.R.H,)

Pour estimer les débits de crue non jaugés, les services d’hydrométrie de l’A.N.R.H.
utilisent fréquemment la formule de Manning-Strickler pour le calcul de la vitesse moyenne et
ensuite la reconstitution du débit (Q) comme le produit de la vitesse (V) et de l’aire de la
section mouillée (S). La formule de Manning-Strickler s’écrit :

V= K * R2/3 * I1/2
dans laquelle :
V : vitesse moyenne en m/s ;
R : rayon hydraulique en mètres = rapport de l’aire de la surface mouillée à la longueur du
périmètre mouillé (pour une rivière, il est pratiquement assimilable à la profondeur moyenne) ;
K : coefficient d’ajustement ;
I : pente de la ligne d’énergie (souvent assimilée à la pente de la surface libre).

Il est suggéré, en outre, d’améliorer le tracé de la partie supérieure de la courbe de tarage


par l’application étendue de la méthode du jaugeage au flotteur, à l’exemple de la crue
exceptionnelle de 1984 observée à la station de Grarem (Sarvary I., 1986) (fig. 35).

64
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Figure 35 : Courbes de tarage de la station de Grarem (d’après A.N.R.H., Constantine)

2.2. Les séries hydrométriques et leur homogénéisation


2.2.1. Les séries de débits disponibles
Les chroniques de débits qui nous ont été fournies par le Service hydrologique central
de l’A.N.R.H. (Alger), relèvent de 48 stations, réparties à travers l’Est algérien. Après avoir
travaillé au départ avec un effectif de 47 stations, nous ont été fournies plus tard les données
de la station de Sidi Yahia (15 09 01). Aussi, les fichiers des données d’observation de la
station d’ El Mkaceb (03 03 10) furent-ils complétés pendant le déroulement de l’étude. En
somme, le taux d’information disponible varie d’une station à l’autre et d’une période à
l’autre :
- pour la période allant de septembre 1972 à août 1994, prés de la moitié de l’effectif
seulement dispose d’un pourcentage d’information supérieur à 80 % (fig. 36). Il faut
remarquer que la masse d’informations fournie par les stations de jaugeage a commencé à
diminuer sensiblement à partir des années 1980 (avec un creux marqué en 1984-85), situation
qui s’est poursuivie au cours des premières années de la décennie 1990 (fig. 37) ;

65
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

100

90

80

70
% d'information débit

60

50

40

30

20

10

0
30310
30334
30408
30701
30702
30901
31101
31102
31601
51101
50901
61201
61301
61502
61801
62308
70301
70401
70403
70501
70702
70601
100109
100208
100301
100403
100501
100601
100701
100702
100620
120101
120309
120401
120404
120509
120515
120522
140202
140301
140501
140601
140602
150601
150701
150702
150703
Station hydrométrique (code A.N.R.H.)

Figure 36 : Pourcentage d'information hydrométrique disponible aux stations


(période 1972-94)
(Les fichiers de données de la station d’El Mkaceb (03 03 10) ont été complétés postérieurement à
l’opération de traitement de ces données. La série de Sidi Yahia (15 09 01) n’est pas représentée sur ce
graphique).

100
90
80
% d'information ddébit disponible

70
60
50
40
30
20
10
0
72
73
74
75
76
77
78
79
80
81
82
83
84
85
86
87
88
89
90
91
92
93

mois / année

Figure 37 : Pourcentage d'information hydrométrique disponible année par année


(période 1972-94)

66
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

- pour la période plus longue, remontant à la colonisation (de septembre 1946 à août
1994), les pourcentages d’information disponible se creusent fortement : 38 stations sur 47
disposent d’un taux de moins de 50 % (fig. 38). Le graphique de la figure 39 rend bien
compte de la restructuration du réseau hydrométrique, opérée en 1972-73 (augmentation nette
du nombre de stations disposant de données, succédée cependant d’un certain fléchissement
au cours des années suivantes).

100
90
% d'information disponible

80
70
60
50
40
30
20
10
0
30310
30334
30408
30701
30702
30901
31101
31102
31601
51101
50901
61201
61301
61502
61801
62308
70301
70401
70403
70501
70702
70601
100109
100208
100301
100403
100501
100601
100701
100702
100620
120101
120309
120401
120404
120509
120515
120522
140202
140301
140501
140601
140602
150601
150701
150702
150703
Station hydrométrique (code ANRH)

Figure 38 : Taux d'information hydrométrique disponible sur 47 stations


(période de 1946-47 à 1993-94)

50
Nombre de stations disponibles

45
40
35
30
25
20
15
10
5
année/mois
0
46 48 50 52 54 56 58 60 62 64 66 68 70 72 74 76 78 80 82 84 86 88 90 92

Figure 39 : Evolution de 1946-47 à 1993-94 du nombre de stations disposant d’observations


hydrométriques

67
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

2.2.2. Choix de séries hydrométriques homogènes

Au vu de l’état des données disponibles, il s’agissait de faire un choix difficile entre des
séries relativement longues mais émanant d’un nombre réduit de stations, et des séries plus
courtes mais permettant d’intégrer à l’étude le plus grand nombre de stations. Nous avons
opté, en définitive, pour trois périodes de référence complémentaires :
- une période allant de septembre 1972 à août 1984, couverte par 33 stations (pour un
total de 48 stations) où l’information hydrométrique est disponible à plus de 95 % (fig. 40).

Série non retenue


dans l’étude Série
retenue
150703 dans
150702 l’étude
150701
150601
140602
140601
140501
140301
140202
120522
120515
120509
120404
120401
120309
120101
100620
100702
100701
100601
100501
100403
100301
Station

100208
100109
70601
70702
70501
70403
70401
70301
62308
61801
61502
61301
61201
50901
51101
31601
31102
31101
30901
30702
30701
30408
30334
30310
0 20 40 60 80 100 120
% information débit

Figure 40 : Pourcentage d’information hydrométrique disponible (période commune :


de septembre 1972 à août 1984)
(La série de Sidi Yahia 15 09 01, avec 100 % d’information disponible, n’est pas représentée sur ce graphique)

68
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Ces séries sont largement utilisées dans l’étude spatiale et comparative des phénomènes
hydrologiques (apports et débits spécifiques, cartographie des flux d’apports, débits mensuels
d’étiage…). Elles semblent être suffisamment représentatives de l’hydraulicité moyenne,
caractérisant les bassins de l’Est algérien : à quelques nuances près, les modules observés sur
la série courte (Q k2) ne s’éloignent pas de façon notable des modules observés sur des séries
plus longues (Q k1 et Q n) (tabl. 4, fig. 41 et 42). Ces débits offrent, en outre, l’avantage
d’être «réellement observés » car peu influencés par les impacts des barrages (prélèvements et
lâchers), alors en nombre très limité;

- une période longue de 22 ans (de 1972-73 à 1993-94) mais couverte par seulement 23
stations (parmi l’effectif des 33 stations déjà sélectionnées). Ces séries homogènes (à
quelques lacunes mensuelles près), en plus de leur utile exploitation dans l’analyse et la
cartographie des apports, elles servent comme chroniques de base dans l’étude de la
variabilité temporelle des débits ;

Tableau 4 : Modules de 23 stations calculés sur des séries d’observation différentes

Code Station n Période n Q n (m3/s) Q k1 (m3/s) Q k2 (m3/s)


ANRH (> 22 (n > 22 (k1 = 22 ans (k2 = 12 ans
années ans) 1972-94) 1972-84)
15 06 01 FERMATOU 24 1970/71- 93/94 0,39 0,40 0,37
15 09 01 SIDI YAHIA 23 1971/72 - 93/94 5,38 5,20 6,08
03 03 10 EL MKACEB 27 1972/73 - 98/99 0,22 0,21 0,20
03 09 01 KHEMAKHEM 31 1968/69 - 93/94 1,18 1,14 1,02
03 11 01 AIN CHERCHAR 4,48 3,66
03 16 01 AIN EL ASSEL 31 1963/4 - 93/94 6,34 6,37 6,38
10 04 03 AIN SMARA 23 1971/72 - 93/94 1,49 1,49 1,54
10 01 09 D. TASSADANE 3,26 3,41
10 07 01 EL ANCER 26,31 26,24
14 02 02 M. ROCHEFORT 23 1971/72 - 93/94 1,21 1,20 1,32
14 03 01 MEDJEZ AMAR II 26 1968/69 - 93/94 2,22 2,19 1,97
14 06 01 MIREBEK 26 1968/69 – 93/94 11,13 10,71 10,12
14 05 01 BOUCHEGOUF 26 1968/69 – 93/94 3,20 3,15 3,08
14 06 02 AIN BERDA 30 1964/65 – 93/94 0,40 0,39 0,34
12 04 01 OUENZA 2,75 2,66
07 04 03 REBOA 25 1969/70 – 93/94 0,54 0,47 0,51
7 05 01 CHEMORA 25 1969/70 – 93/94 0,78 0,71 0,81
7 07 02 FOUM EL GUEISS 23 1971/72 - 93/94 0,26 0,24 0,26
6 12 01 EL KANTARA 23 1971/72 - 93/94 0,43 0,41 0,52
6 15 02 MCHOUNECHE 0,37 0,48
06 18 01 KH. SIDI NADJI 0,71 0,75
5 09 01 MEDJEZ 0,88 0,80
05 11 01 SIDI OUADAH 0,14 0,12

69
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

1.4

Rapport entre modules interannuels 1.2

1.0

0.8

0.6

0.4

0.2

0.0

D ED I
K MK HIA

H
A UN RA
A MA L

U RE II

N H O TA S
A RT
A A

M RO NC E

U A
A AS R

BE UF
CH KH B
A ER EM
EL I YA U

R E ZA
JE EF R

A EG K

U HE OA

D HE
EL G RA

U EZ
SI M DJ
H MC AN EIS
D N SE

A N

A
EL H A
IN A E

ED CH E
SS R

O RD
O

E
BO MI R
O

A
IO J
IN O
A EM AC

LI E DA

EN
CH B

SI EC

D
EL O
SI AT

B
A

IN
K U

A
IN C

M
M
RM

.T S

N L
D

Z
FE

FO C
I

T
H

G
U

A
O
M

K
Q k2 /Q k1 Q k2 /Q n

Figure 41 : Variations à travers 23 stations du rapport des modules (Q) calculés sur des
périodes d’observation différentes
(n : période supérieure à 22 ans ; k1 : période commune de 1972/73 à 1993/94 ; k2 : période
commune de 1972/73 à 1983/84)

Station Ain El Assel (03 16 01)


63 93/94 Période ans Q m /s
3

n = 31 6,34
72/73 93/94
k 1 = 22 6,37
72/73 83/84
k 2 = 12 6,38
Station El Mkaceb (03 03 10)
63 98/99 Période ans Q m /s
3

n = 27 0,22
72/73 93/94
k 1 = 22 0,21
72/73 83/84
k 2 = 12 0,20
Station Medjez Amar II (14 03 01)
63 Période ans Q m /s
3

n = 26 2,22
93/94
k 1 = 22 2,19
83/84
k 2 = 12 1,97
Station El Kantara (06 12 01)
63 Période ans Q m /s
3

n = 23 0,43
93/94
k 1 = 22 0,41
83/84
k 2 = 12 0,52

Figure 42 : Exemples de séries hydrologiques (sur n, k1 et k2 années) et modules interannuels


correspondants

70
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

- enfin, une période trentenaire (de 1965-66 à 1994-95), celle utilisée dans l’étude de
modélisation des écoulements mensuels et annuels de l’Algérie du Nord (A.N.R.H.-G.T.Z.,
2003). Pour les besoins de la modélisation, seules les séries exploitables de 87 stations (sur un
total de 174 stations à l’échelle de l’Algérie) ont fait l’objet d’homogénéisation par
l’A.N.R.H. dont 25 appartenant à la région de l’Est. Nous exploitons les données finalisées,
principalement dans l’étude de cartographie automatique des éléments du bilan hydrologique.

2.2.3. Comblement des lacunes d’observations


Après un examen critique minutieux des fichiers de données hydrométriques et la
correction des débits qui paraissaient douteux (avec, en quelques cas, retour aux originaux), il
a été procédé au comblement des lacunes d’observations. Nous n’avons pas opté pour une
extension des données hydrométriques (maximalisation intrinsèque de l’information au sens
de Dubreuil P., 1974), préférant baser, au départ, nos analyses sur des séries de débits
réellement observées dont le taux de lacunes n’atteint pas en moyenne 5 %.
Le comblement des lacunes a été effectué mois par mois grâce à des régressions
établies entre les racines carrées des débits mensuels (débits des douze mois des années
considérées) des stations, prises deux à deux (cf. exemples de droites de régressions, fig. 43).

M k a c e b -C h e d d ia
√Q (m3/s) (sér ie c o m m u n e 7 2 /7 3 -8 3 /8 4 )
5
4
3
2
1
0 √Q (m3/s)
-1
0 0 ,5 1 1 ,5
(y= 3 ,0 5 x + 0 ,0 4 a v ec r = 0 ,9 4 1 4 e t I.C . à 7 0 % )

El Kantara - M'chounèche
(1972/73 -83/84)
4
2
0
-2
0 0.5 1 1.5 2 2.5
(y=0,98 x + 0,00 avec r=0,8450 et I.C. à 70%)

Ain Charchar -Ain Berda


(série commune 72/73-93/94)
Ain Charchar

10
5
0
-5
0 1 2 3
(y=3,08 x + 0,22 avec r=0,9313 et I.C. à 70%)

Figure 43 : Exemples de régressions entre les racines carrées des débits mensuels
de couples de stations (périodes communes : 1972 - 84 et 1972-94)

71
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Pour ce faire, a été établie une matrice des coefficients de corrélation entre les stations
en vue de fait ressortir le coefficient de corrélation le plus fort (R max) liant chaque couple de
stations. Concernant la période moyenne 1972-84 couverte par 33 stations, la moyenne des
coefficients de corrélation R max gravite autour de 0,86, variant entre un maximum de 0,97
(stations côtières ou telliennes au régime hydrologique « pondéré ») et un minimum de 0,69
(stations du Hodna au régime très irrégulier) (tabl. 5). Seule la station de Khangat Sidi Nadji
(régime hydrologique subdésertique du bassin du Chott Melrhir) sort du lot en montrant une
liaison statistique particulièrement faible avec les autres stations de la région.

Tableau 5 : Coefficients de corrélation (R max) entre les racines carrées


des débits moyens mensuels observés aux stations (période moyenne 72-84)

Station Station de R max Station à Station de R


à combler (Y) Référence (X) combler (Y) Référence (X) max
El Mkaceb Cheddia 0,94 O. Athménia Ain Zada 0,80
Chedia El Mkaceb 0,94 Ain.Smara M. Rochefort 0,87
Sidi Mezghiche Grarem 0,90 Grarem Zit Emba 0,90
Khemakhem El Ancer 0,79 El Ancer El Milia 0,92
Ain Cherchar Zit Emba 0,97 E.Milia El Ancer 0,92
Zit Emba Ain Cherchar 0,97 Souk Ahras Bouchegouf 0,95
Ain El Assel Ain Cherchar 0,87 Ouenza El Aouinet 0,78
Sidi Ouadah Medjez 0,69 El Aouinet Ouenza 0,78
Foum El
Medjez Sidi Ouadah 0,69 Ain Erkel 0,76
Gueiss
Moulin
El Kantara Mchounèche 0,88 Mirebek 0,90
Rochefort
Mchounèche El Kantara 0,88 Medjez A. II Mirebek 0,95
El Aouinet 0,36
Kh. S.Nadji Bouchegouf Souk Ahras 0,95
(Chemora) (0,34)
Réboa Chemora 0,91 Mirebek Ain Berda 0,96
Chemora Réboa 0,91 Ain Berda Mirebek 0,96
Foum El
Chemorah 0,87 Fermatou Ain Zada 0,87
Gueiss
Douar Tassadane El Ancer 0,87 Ain Zada Fermatou 0,87
Sidi Yahia (*) Boubirek (*) 0.97
(*) Régression établie à l’aide de 159 couples de valeurs sur la période commune 1971/72 - 1993/94.
La station de référence de Boubirek (oued Boussellam) ne fait pas partie de l’échantillon des 33 stations

Pour combler les lacunes d’une station Y, on choisit la station de référence X qui lui était
le mieux corrélée. Ainsi, par application de l’équation de la droite de régression linéaire, l’on
reconstitue mois pars mois les débits qui lui manquaient (valeurs en racines carrées
transformées ensuite en valeurs réelles).

2.3. Les bassins jaugés retenus dans l’étude

2.3.1. Les bassins aux stations hydrométriques

Le tableau 6 reproduit les caractéristiques morphométriques des bassins aux stations


hydrométriques.

72
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Tableau 6 : Caractéristiques morphométriques des bassins jaugés


(Paramètres calculés à partir des cartes topographiques au 1/50 000, d’après A.N.R.H., Alger)

H H H L Dd
S P Lé
B.V.

CODE NOM STATION OUED C min max moy Ip oued (km Ct


(km2) (m) (km)
(m) (m) (m) (m) /km2)
03 03 10 EL M'KACEB El Kantara 21,6 18 1,19 6,2 20 563 167 0,27 8 5,8 113
03 03 34 CHEDDIA El Agrem 41 28 1,22 9,8 60 1042 437 0,31 9 5,1 70,8
03 04 08 OUED MISSA Djendjen 316 90 ? 1,4 330 1992 882 45 12,3 107,1
03 - COTIERS

03 07 01 GUENITRA Fessa 202 59 1,16 18,7 120 1364 466 0,22 22 5,5 86
03 07 02 SIDI MEZGHICHE Khanga 100 41 1,15 12,5 170 861 379 0,29 29 3,4 34
(Guebli)
03 09 01 KHEMAKHEM Saf-Saf 322 81 1,26 29,6 206 1220 628 0,18 24 3,4 22,1
03 11 01 AIN CHARCHAR El Kébir-Ouest 1130 137 1,14 40,8 25 1220 278 0,14 58 2,6 12,2
03 11 02 ZIT EMBA Hammam 485 94 1,2 31,7 50 1220 376 0,17 35 2,8 15,7
03 16 01 AIN EL ASSEL El Kébir-Est 680 115 1,23 40,9 30 1202 398 0,15 50 3 16,3
05 09 01 MEDJEZ Ksob 1330 165 1,27 60,5 637 1875 1080 73 4 27
HODNA
05.

05 11 01 SIDI OUADAH Soubella 176 63 1,33 24,2 710 1886 1153 0,18 33 2,3 6

06 12 01 EL KANTARA El Haï 1170 150 1,23 52,9 520 2138 1209 0,16 66
06 13 01 DJEMORAH Djemorah 595 135 1,55 57,1 420 2321 80 30 23,5
06 - CHOTT
MELRHIR

(Abdi)
06 15 02 M'CHOUNECHE El Abiod 1050 160 1,38 63,5 295 2326 1410 85 4,7 39,9
06 18 01 KHANGAT El Arab 2085 200 1,23 70 190 2236 1105 0,15 112 4,8 36,4
SIDI NADJI
06 23 08 AIN BABOUCHE Cheria 785
07 03 01 FESDIS El Maader 305 80 1,28 29,7 985 2090 1230 0,17 23 2,6 8,8
07 04 01 TIMGAD-GUE Soultez 194 60 1,21 20,6 1015 1916 1280 0,19 28 2,4 12
07 - HAUTS
PLATEAUX

07 04 03 REBOA Reboa 296 80 1,3 30,2 1010 2300 1410 0,19 40 2,2 7,26
07 04 04 MORRI Morri 21 22 1,34 8,54 985 1331 11 5,5 40,6
07 05 01 CHEMORA Chemora 765 115 1,16 36,6 890 2300 1287 65 6,2 26,7
07 06 01 YABOUS Taarist 77 35 1,12 8,8 1195 2326 1558 0,33 12 3,9 20
07 07 02 FOUM EL GUEISS Gueiss 144 48 1,12 12 980 2173 1305 0,28 19 2,7 12,15
10 01 09 DOUAR TASSADANE El Kébir 960 125 1,15 38,1 390 1662 955 58 4,6 64
10 - KEBIR- RHUMEL

10 02 08 KOUDIAT TENDART Boussellah 170 52,5 1,127 14,1 620 1386 945 0,215 18 5,5 74
10 03 01 OUED ATHMENIA Rhumel 1130 140 1,17 44,7 710 1285 900 59 2,2 8,36
(13)
10 04 03 AIN SMARA Rhumel 2200 198 1,18 65,3 602 1377 (861) 87 3,1 13,5
10 05 01 EL KHROUB Bou Merzoug 1630 150 1,04 40,4 575 1729 45
10 06 01 GRAREM Rhumel 5320 305 1,17 98,5 150 1729 (806) 160 2,84 12,38
10 06 20 EL KHENEG Rhumel 4570 317 883 2,96 12,43
10 07 01 EL ANCER Kébir-Rhumel 8735 375 1,12 101,1 15 1729 (767) 208
10 07 02 EL MILIA Boussiaba 465 95 1,23 33,7 27 1345 386 0,17 42 6,61 96,6
12 01 01 SOUK AHRAS Medjerdah 217 68 1,29 25,5 580 1317 890 0,15 42 3,3 22,1
12 03 09 MORSOTT Chabro 1305 155 1,2 52,8 700 1626 68
MEDJERDA

12 04 01 OUENZA Mellegue 4575 305 1,26 111,5 480 1626 163


12 -

12 04 04 EL AOUINET Mellegue 3535 270 1,27 99,5 630 1626 990 106
12 05 09 AIN ZERGA Zerga 49 30 1,2 10,2 840 1278 1015 0,19
12 05 15 AIN ERKEL Erkel 16 18 1,22 6,15 1060 1470 1285 0,24 5 55
12 05 22 EL AZREG Ksob 544,8
14 02 02 MOULIN Cherf 1710 190 1,29 70,9 710 1635 885 0,08 43
ROCHEFORT
SEYBOUSE

14 03 01 MEDJEZ AMAR II Bouhamdane 1105 140 1,18 46 270 1281 785 0,13 90
14 -

14 05 01 BOUCHEGOUF Mellah 550 120 1,43 48,7 95 1317 641 0,15 53 4 25,2

14 06 01 MIREBEK Seybouse 5955 330 1,2 111,7 10 1635 239


14 06 02 AIN BERDA Ressoul 103 45 1,24 16,1 55 927 305 0,16 24 2,8 17,4
15 06 01 FERMATOU Boussellam 105 40 1,09 12,25 1025 1737 1205 0,09 18 2,94 17,7
15 -BOUSSELLAM

15 07 01 AIN ZADA Boussellam 1800 175 1,15 54,4 825 1737 65 3,03 12,4

15 07 02 MAGRAOUA Boussellam 2350 200 1,16 62,2 740 1737 1000 90 3,2 17,8

15 07 03 BOUBIREK Boussellam 2960 250 1,28 93,3 400 1737 144

15 09 01 SIDI YAHIA Boussellam 4050 300 1,23 115 210 1737 960 172

S : superficie ; P : périmètre ; C : coefficient de compacité ; Lé : longueur du rectangle équivalent ; Hmin : altitude minima ; Hmax :

altitude maxima ; Hmoy : altitude moyenne ; Ip : indice de pente de Roche ; L oued : longueur du thalweg principal ; Dd : densité de drainage ;

Ct : coefficient de torrentialité

73
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

En plus des paramètres caractéristiques des 33 bassins jaugés sélectionnés dans le cadre
de cette étude (en caractères gras sur le tableau) sont, également, reportés ceux des 15 bassins
aux séries hydrométriques lacunaires (cf. localisation sur la figure 30).

La répartition, par classes de superficies, des 33 stations hydrométriques étudiées est


donnée par le tableau 7. Leur densité moyenne par grand bassin hydrographique varie d’une
station pour 1 295 km2 dans le bassin de la Seybouse à une station pour 9 313 km2 dans le
bassin du Chott Melrhir (tabl. 8).

Tableau 7 : Répartition des stations hydrométriques par classes de superficies des bassins
Classe de superficies 16-100 101-500 501- 1 001- 2 001- >5 000
des bassins (km2) 1 000 2 000 5 000
Nombre de stations de 4 9 4 8 5 3
jaugeage
% 12,1 27,3 12,1 24,2 15,2 9,1

Tableau 8 : Densité par bassin hydrographique du réseau hydrométrique étudié


Code A.N.R.H. Bassin Surface couverte par une
hydrographique station hydrométrique (km2)
03 Côtiers constantinois 1 652
05 Chott Hodna (E) 6 515
06 Chott Melrhir (NE) 9 313
07 Hauts Plateaux 3 193
10 Kébir-Rhumel 1 469
12 Medjerda 1 946
14 Seybouse 1 295
15 Boussellam (Soummam) 1 670

La superficie des bassins jaugés varie dans de grandes proportions : de 16 km2 (oued
Erkel à Ain Erkel) à 8 735 km2 (oued Kébir-Rhumel à El Ancer) (fig. 44).

10000 8735
9000
8000
5955

7000
5320

6000
4575
S (km )
2

4050

5000
3535

4000
2200
2085

3000
1800
1710
1330
1170
1130
1130
1105
1050

2000
960
765
680
550
485
465
322
296

1000
217
176
21.6

144
103
105
100
41
16

0
Foum El Gueiss

Khemakhem

Medjez Amar II
Bouchegouf
S. Mezghiche

M'chounèche
Fermatou

El Aouinet
Chemora

Grarem
Ouenza
O. Athménia
Ain Erkel

M. Rochefort

El Ancer
Souk Ahras

A. Cherchar
Zit Emba

El Kantara

Ain Smara
A. Assel
Cheddia

Ain Berda

El Milia
El M'kaceb

Sidi Ouadah

D. Tassadane

Ain Zada

Mirebek
Kh. S. Nadji

Sidi Yahia
Réboa

Medjez

Figure 44 : Rangement par ordre croissant de la superficie de 33 bassins jaugés

74
S (km2)
2
S (km )

0
1000
2000
3000
4000
5000
6000
7000
8000
9000
10000
0
500
1000
1500
2000
2500
3000
3500
4000
Ain Erkel 16
El Mkaceb 21.6 Ain Erkel 16
Cheddia 41 21.6
El Mkaceb
S. Mezghiche 100
Cheddia 41
Ain Berda 103
105 S. Mezghiche 100
Fermatou
Foum El Gueiss 144 Ain Berda 103
Sidi Ouadah 176 Fermatou 105
Souk Ahras 217 Foum El Gueiss 144
Reboa 296 Sidi Ouadah 176
Khemakhem 322 Souk Ahras 217
El Milia 465
Reboa 296
Chemora (2) 469
Khemakhem 322
Zit Emba 485
Bouchegouf 550 El Milia 465
A. Cherchar(2) 645 Chemora (2) 469
A. Assel 680 Zit Emba 485
Chemora 765 Bouchegouf 550
960
varie évidemment entre 16 et 8 735 km2 (fig. 46).

Douar Tassadane A. Cherchar(2) 645


Ouenza (2) 1040 680
A. Assel
M'chounèche 1050
Douar Tassadane 960
Ain Smara (2) 1070
1105 Ouenza (2) 1040
Medjez Amar2

intermédiaires jaugés
A. Cherchar 1130 M'chounèche 1050
O. Athmenia 1130 Ain Smara (2) 1070
El Kantara 1170 Medjez Amar2 1105
Medjez (O. Ksob) 1330 O. Athmenia 1130
2.3.2. Bassins « emboîtés » et bassins « unitaires » observés

Ain Zada (2) 1695 1170


El Kantara

(bassins unitaires, emboîtés et intermédiaires)


M. Rochefort 1710
Medjez (O. Ksob) 1330
Ain Zada 1800
Ain Zada (2) 1695
El Ancer(2) 1990
Kh. S. Nadji 2085 M. Rochefort 1710
Ain Smara 2200 El Ancer(2) 1990
Sidi Yahia (2) 2250 Kh. S. Nadji 2085
Mirebek (2) 2590 Sidi Yahia (2) 2250
Grarem(2) 3120 2590

Figure 46 : Rangement par ordre croissant de la superficie de 42 bassins jaugés


Mirebek (2)
El Aouinet 3535
Grarem(2) 3120
Figure 45 : Rangement par ordre croissant de la superficie de 33 bassins unitaires et

Sidi Yahia 4050


El Aouinet 3535
Ouenza 4575
Grarem 5320

75
entre deux stations de jaugeage, l’écart de surface des bassins observés se réduit entre 16 et
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

bassins étudiés, on finit par obtenir une gamme de 42 bassins « observés » dont la superficie
Si l’on considère comme « jaugées », les zones hydrologiques intermédiaires comprises

3 120 km2 (fig. 45). Enfin, si l’on intègre les 9 bassins intermédiaires dans l’échantillon des

Mirebek 5955
El Ancer 8735
Chapitre II : Les bassins hydrographiques et leurs données hydrométriques

Au sein d’un bassin emboîté (contrôle par deux stations de jaugeage ou plus), la surface
du bassin intermédiaire est extraite par simple soustraction : surface contrôlée par station
située à l’ aval – surface(s) contrôlée(s) par station (s) située(s) à l’amont (fig. 47).

Bassin intermédiaire
OUENZA 2
(1040 km2)
Station
OUENZA 1 (4575 km2)

Station
EL AOUINET
(3535 km2)

Figure 47 : Schéma d’un bassin observé « emboîté»


(Ouenza 1) et d’un bassin intermédiaire (Ouenza 2)

Par delà la différence de leur taille, les bassins sélectionnés sont suffisamment
représentatifs des contextes physico-géographiques variés de l’Est algérien. C’est au niveau
de ces bassins jaugés, qu’il est possible d’analyser les débits des cours d’eau en rapport avec
leurs facteurs conditionnels.

76
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

CHAPITRE III

LES APPORTS DES COURS D'EAU


ET LE RENDEMENT HYDROLOGIQUE DES BASSINS

« L’apport annuel, ou module, est la première grandeur à connaître pour un bassin


versant donné. Sa valeur moyenne peut servir notamment à l’estimation d’autres
caractéristiques hydrologiques qui lui sont liées » (CEMAGREF, 1989). C’est également de
la bonne connaissance des apports et de leur variabilité que dépend le dimensionnement
adéquat des ouvrages de régularisation des débits des cours d’eau.

La forte hétérogénéité spatiale des flux véhiculés par les oueds de l’Est algérien est
analysée et cartographiée à l’aide des séries, homogènes et concordantes, de débits mesurés
aux stations.

Aussi, les profils hydrologiques (graphiques mettant en relation les apports avec les
surfaces drainées) offrent-ils l’avantage de visualiser les variations des débits, de l’amont à
l’aval des artères principales.

Dans ces organismes fluviaux, aux contextes physico-climatiques variés, le rendement


hydrologique fort différencié des bassins est appréhendé à travers l’étude des débits
spécifiques. C’est ainsi que le rôle prépondérant du facteur climatique, pluviométrique en
particulier, apparaîtra bien plus déterminant que celui la surface drainée.

Par ailleurs, les séries hydrologiques rendent compte de l’irrégularité temporelle


(variabilité et fréquence) des apports, phénomène très caractéristique des hydrosystèmes
méditerranéens.

77
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

1. LES APPORTS ANNUELS DES OUEDS ET LEURS VARIATIONS


GEOGRAPHIQUES

1.1. Une grande hétérogénéité spatiale des débits

1.1.1. Aperçu sur des séries anciennes

Il a été noté dans ce qui précède qu’un programme de mesures systématiques des débits
des oueds algériens a été entrepris pendant la période coloniale. S’agissant des bassins de
l’Est algérien, compte tenu de l’hétérogénéité des séries de mesures et de la fiabilité toute
relative de certaines d’elles, seules des évaluations grossières de l’écoulement pouvaient être
établies (tabl. 9).

Au cours de la période de septembre 1924 à août 1946, les quatre stations qui assuraient
des observations dans la région ont fourni des séries de débits variant de 7 à 22 ans. Pendant
la période allant de septembre 1946 à août 1961, les 18 stations en fonction (en y incluant la
station de Sidi Aiche qui contrôlait la quasi totalité du bassin de la Soummam), ont donné
lieu à des séries de mesures fort discontinues (n variant de 1 à 22 ans), seules quatre d’entre
elles dépassent 10 ans.

Les apports moyens des cours d’eau observés pendant la période 1946-61 sont, de
manière générale, plus élevés que ceux de la période récente (1972 – 94). Si l’on exclut les
séries trop courtes pour être représentatives, les écarts de débits se situent en moyenne à plus
de 40 % : + 62,5 % pour oued Gueiss, + 48,9 % pour oued El Ksob, + 44,3 % pour oued
Bouhamdane…

S’ils témoignent d’une abondance hydrologique plus forte caractérisant la période


ancienne, à lier certainement à une pluviosité élevée, ces débits (notamment ceux d’avant
1950) ont fait l’objet de sévères critiques quant à leur surestimation (SOGREAH, 1989).

1.1.2. Les apports annuels des séries récentes : analyse cartographique

En plus des données mesurées sur les 33 bassins retenus, les débits de 9 bassins
intermédiaires ont été déduits par simple soustraction : débit aval – débit (s) amont. L’on
obtient au total 42 valeurs de débit annuel moyen permettant d’affiner au mieux les
comparaisons dans l’espace (tabl. 10).

Par ailleurs, pour les besoins de la cartographie et en vue d’une vision spatiale plus large
sur les flux hydrologiques, ont été utilisées les données de 15 stations aux séries lacunaires
(chroniques très limitées dans le temps ou ne correspondent pas à la période de référence
utilisée). Sachant que ces données sont utilisées à titre seulement indicatif, il a été jugé utile
d’exploiter tous les débits disponibles sur une période s’étalant de 1968/69 à 1993/94 (tabl.
11).

78
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Tableau 9 : Apports annuels moyens observés aux anciennes stations de jaugeage de l’Est
algérien (1946-61 et 1924 –1946)

I. Débits moyens interannuels observés de 1946/47 à 1960/61 (D’après Annuaire hydrologique de l'Algérie)
N° Station Oued Bassin- Superficie Année Débit Apport Années
versant S de mise moy. moy. observées
(km2) en service Q (hm3/an) n
(m3/s)
25 Barrage KSOB Ksob Chott Hodna 1480 Sept 1932 1,31 41,2 15
(1310)
25 bis SIDI AICHE Soummam Soummam 8460 Sept 1953 10,1 315,6 3
26 bis DJEN-DJEN Sup. Djen-Djen Djen-Djen 134 1942 4,85 153,1 7
(Erraguène)
27 EL-KANTARA El Haï Chott Melrhir 1125 Juin 1952 0,39 12,3 4
28 Barrage FOUM- El Abiod Chott Melrhir 1300 Juin 1923 0,67 21,2 11
EL-GHERZA
29 bis Barrage Saf-Saf Côtier 345 Janv. 2,08 65,7 8
ZARDEZAS Constantine 1954
29 ter KHEMAKEM Saf-Saf Côtier 325 0,19 5,9 1
Constantine
30 Pont de la R.N. 44 Kébir ouest Kébir Ouest 1120 Déc. 1952 6,61 208,4 8
30 bis Pont du C.D. 13 Ressoul Seybouse 105 0,32 10,0 2
31 bis Barrage FOUM- Gueiss Chotts des 156 Sept. 0,39 12,4 15
EL-GUEISS Hauts 1924
Plateaux
Constantinois
32 MEDJEZ-AMAR Bou Seybouse 1165 Déc. 1948 3,16 99,5 7
(O. Bou Hamdane
Hamdane)
33 MEDJEZ-AMAR Cherf Seybouse 2845 Déc. 1948 3,58 112,8 6
(O.Cherf)
34 DUVIVIER Mellah Seybouse 545 Sept. 4,49 141,7 12
1948
35 BOUDAROUA Seybouse Seybouse 5488 Janv. 13,63 429,8 9
1948
36 SOUK-AHRAS Medjerda Medjerda 220 Avril 1,90 59,8 9
1948
37 CHEFFIA Bou Mafragh 575 Déc. 1948 4,72 148,8 9
Namoussa
38 YUSUF Kébir Est Mafragh 665 Déc. 1946 8,90 280,6 10
39 GUE ZITOUN Bou Mafragh 175 Nov. 1952 1,74 55,0 2
Halloufa

II. Débits de la période 1924-1946 (D’après Hydrologie algérienne : Recueil des observations de 1924 à 1946)
S Q Apport n années
N° Station Oued Bassin-versant (km2) (m3/s) (hm3/an) observées
25 Barrage MEDJEZ Ksob Chott Hodna 1317 2,05 64,7 10
26 KHERRATA Agrioun Agrioun 665 5,37 169,7 7
29 CONSTANTINE Rhumel K. Rhumel 3900 3,66 115,6 22
31 EDGART QUINET Gueiss Chotts des Hauts 156 0,32 10,1 16
(Foum El Gueiss) Plateaux
Constantinois

(D’après Publications de la Direction du Service de la Colonisation et de l'Hydraulique. Service Central des


Etudes Générales et Grands Travaux, Bureau des Etudes Scientifiques. Section Hydrologie -Climatologie)

79
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Tableau 10 : Apports hydrologiques annuels moyens des cours d’eau de l’Est algérien
(périodes moyennes : 1972-84 et 1972-94)

APPORTS (1972/73- APPORTS 1972/73-


BASSINS JAUGES 1983-84) 1993/94
Bassin-versant Station Oued Surface Q Va q Q Va q
km2 m3/s hm /an l/s/km2
3
m /s hm /an l/s/km2
3 3

Côtiers Ouest El Mkaceb El Kantara 21.6 0.20 6.3 9.26 0.21 6.6 9.72
Côtiers Ouest Cheddia El Agrem 41 0.66 20.8 16.10
Côtiers Centre Sidi Mezghiche Guebli 100 0.22 6.9 2.20
Côtiers Centre Khemakhem Safsaf 322 1.02 32.2 3.17 1.14 36.0 3.54
Côtiers Centre Ain Charchar Kebir Ouest 1130 3.66 115.4 3.24 4.48 141.3 3.96
Côtiers Centre Ain Charchar(2) Kebir Ouest 645 2.32 73.2 3.60
Côtiers Centre Zit Emba Hammam 485 1.34 42.3 2.76
Côtiers Est Ain El Assel Kebir Est 680 6.38 201.2 9.38 6.37 200.9 9.37
Chott Hodna Sidi Ouadah Soubella 176 0.12 3.8 0.68 0.14 4.4 0.80
Chott Hodna Medjez (Ksob) Ksob 1330 0.80 25.2 0.60 0.88 27.8 0.66
Chott Melrhir El Kantara El Hai 1170 0.52 16.4 0.44 0.41 12.9 0.35
Chott Melrhir M'chouneche El Abiod 1050 0.48 15.1 0.46 0.37 11.7 0.35
Chott Melrhir Khangat S. Nadji El Arab 2085 0.75 23.7 0.36 0.71 22.4 0.34
H. Plateaux Reboa Reboa 296 0.51 16.1 1.72 0.47 14.8 1.59
H. Plateaux Chemora Chemora 765 0.81 25.5 1.06 0.71 22.4 0.93
H. Plateaux Chemora (2) Chemora 469 0.30 9.5 0.64
H. Plateaux Foum El Gueiss El Gueiss 144 0.26 8.2 1.80 0.24 7.6 1.67
K. Rhumel Douar Tassadane El Kebir 960 3.41 107.5 3.55 3.26 102.8 3.40
K. Rhumel Oued Athmenia Rhumel 1130 0.38 12.0 0.34
K. Rhumel Ain Smara Rhumel 2200 1.54 48.6 0.70 1.49 47.0 0.68
K. Rhumel Ain Smara (2) Rhumel 1070 1.16 36.6 1.08
K. Rhumel Grarem Rhumel 5320 5.52 174.1 1.04
K. Rhumel Grarem (2) Rhumel 3120 3.98 125.5 1.28
K. Rhumel El Ancer El Kebir 8735 26.24 827.5 3.00 26.31 829.7 3.01
K. Rhumel El Ancer (2) EL Kebir 1990 13.54 427.0 6.80
K. Rhumel El Milia Bou Siaba 465 3.77 118.9 8.10
Medjerda Souk Ahras Medjerda 217 1.31 41.3 6.04
Medjerda Ouenza Mellegue 4575 2.66 83.9 0.58 2.75 86.7 0.60
Medjerda Ouenza (2) Mellegue 1040 1.27 40.1 1.22
Medjerda El Aouinet Mellegue 3535 1.39 43.8 0.39
Medjerda Ain Erkel Erkel 16 0.03 0.9 1.88
Seybouse Moulin Rochefort Cherf 1710 1.32 41.6 0.77 1.20 37.8 0.70
Seybouse Medjez Amar II Bouhamdane 1105 1.97 62.1 1.78 2.19 69.1 1.98
Seybouse Bouchegouf Mellah 550 3.08 97.1 5.60 3.15 99.3 5.73
Seybouse Mirebek Seybouse 5955 10.12 319.1 1.70 10.71 337.8 1.80
Seybouse Mirebek (2) Seybouse 2590 3.75 118.3 1.45
Seybouse Ain Berda Ressoul 103 0.34 10.7 3.30 0.39 12.3 3.79
Boussellam Fermatou Boussellam 105 0.37 11.7 3.52 0.40 12.6 3.81
Boussellam Ain Zada Boussellam 1800 0.55 17.3 0.30
Boussellam Ain Zada (2) Boussellam 1695 0.18 5.7 0.11
Boussellam Sidi Yahia Boussellam 4050 6.08 191.7 1.50 5.20 164.0 1.28
Boussellam Sidi Yahia (2) Boussellam 2250 5.53 174.4 2.46
(2) Bassins intermédiares dont l'apport est calculé par simple soustraction:
débit station aval - débit(s) station(s) amont

Q : module brut ; q : module spécifique ; Va : volume annuel moyen

80
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Tableau 11 : Débits annuels moyens des stations hydrométriques aux séries lacunaires

Code Station Oued Superficie Débit n Période


ANRH (km2) moyen (années d’observation
(m3/s) observées)
03 04 08 Missa Djendjen 316 4,16 6 71/72 à 75/76 ; 86/87
03 07 01 Guenitra Fessa 202 1,06 4 73/74 ; 76/77-78/79
06 13 01 Djemorah Djemorah 595 0,49 8 73/74-78/79 ; 85/86 ;
88/89
06 23 08 Ain Cheria 785 0,23 2 75/76-76/77
Babouche
07 03 01 Fesdis El Maader 305 0,32 10 70/71-78/79 ; 80/81
07 04 01 Timgad- Soultez 194 0,46 3 70/71-72/73
Gué
07 06 01 Yabous Taarist 77 0,20 9 86/87-93/94
10 02 08 Koudiat Boussellah 170 0,17 5 74/75-75/76 ; 77/78-
Tendart 79/80
10 05 01 El Khroub Boumerzoug 1630 0,36 8 72/73-79/80
10 06 09 El Kheneg Rhumel 4570 3,86 6 86/87-91/92
12 03 09 Morsott Chabro 1305 0,20 2 74/75-75/76
12 05 09 Ain Zerga Zerga 49 0,12 3 74/75-76/77
12 05 22 El Azreg Ksob 545 0,24 9 85/86 ; 87/88-93/94
15 07 02 Magraoua Boussellam 2350 0,90 9 86/87-92/93
(*)
15 07 03 Boubirek Boussellam 2960 3,94 12 72/73 ; 80/81-88/89

(*) Débit corrigé = débit réellement mesuré à la station de jaugeage de Magraoua (0,35 m3/s) + débit
capté en amont par le barrage d’Ain Zada (0,55 m3/s)

La cartographie des apports annuels moyens mesurés aux stations permet de faire
ressortir les grands traits de la géographie des débits dans l’Est algérien : aux abondants flux
produits par les zones hydrologiques, telliennes et littorales, s’opposent les maigres débits des
bassins méridionaux, à dominance semi-aride et subaride (fig. 48) (Mebarki A., 2002).

Cette nette disparité spatiale s’explique par la combinaison de facteurs physiques où


l’influence des précipitations est primordiale, l’importance de la surface drainée n’intervenant
qu’en second ordre.

En général, au niveau des hydrosystèmes exoréiques où le cours principal s’écoule des


zones semi-arides vers des zones subhumides et humides, les affluents des zones
montagneuses telliennes, aux formations géologiques peu perméables, sont à l’origine d’un
accroissement rapide des apports des oueds avec la surface drainée. Le schéma s’inverse dans
les bassins endoréiques dont l’écoulement généré sur les versants des djebels est peu soutenu
à l’aval et finit par s’échouer dans les cuvettes lacustres, soumises à une forte évaporation.

- Le Boussellam apporte 6,8 m3/s à Sidi Yahia à l’issue d’un bassin de 4 050 km2. Le
cours supérieur écoule un débit modeste (0,55 m3/s à Ain Zada). Ce n’est qu’en échappant des
Hautes Plaines, à travers les gorges du Guergour, que l’oued est abondamment alimenté par
les apports pluvieux du Tell (le débit serait de prés de 1 m3/s à Magraoua à l’issue d’un bassin
de 2 350 km2 qui intègre le bassin du barrage d’Ain Zada ; il dépasserait 3 m3/s à la station de
Boubirek contrôlant une surface de 2 960 km2).

81
26.24
MER MEDITERRANEE
ANNABA
10.12
6.38
SKIKDA 3.66
3.77
400 0.2
0.66 1.06 1.34
0.34
BEJAIA EL ANCER AIN ASSEL
4.16
EL MKACEB 0.22 MIREBEK
EL MILIA AIN CHARCHAR
CHEDDIA GUENITRA
5.52 1.02
SIDI MEZGHICHE ZIT EMBA AIN BERDA
3.41 3.08
3.94 O. MISSA 1.97
GUELMA
6.08 3.86 KHEMAKHEM
GRAREM
D. TASSADANE CONSTANTINE BOUCHEGOUF
350 BOUBIREK MEDJEZ AMAR II 1.31
0.17 EL KHENEG
1.54 0.36
SIDI YAHIA 0.90

Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins
K. TENDART 0.38
0.37

TUNISIE
EL KHROUB SOUK AHRAS
MAGRAOUA
0.55 AIN SMARA 1.32
FERMATOU O. ATHMENIA 2.66
AIN ZADA
BORDJ BOU ARRERIDJ M. ROCHEFORT 0.24
1.39
OUENZA
300 EL AZREG
0.8
EL AOUINET
MEDJEZ 0.20
0.12
0.12 0.81 MORSOTT AIN ZERGA
M 'SILA 0.03
SIDI OUADAH 0.32
BATNA 0.46
CHEMORAH
0.51 AIN ERKEL
FESDIS 0.26 TEBESSA
250
TIMGAD 0.20
REBOA
F. EL GUEIS
YABOUS
0.52
0.23

EL KANTARA AIN BABOUCHE


0.49
200
DJEMORAH 0.48
0.75
BISKRA
M'CHOUNECHE
KH. SIDI NADJI

150 Bassin jaugé Ville 1.32 : débit annuel moyen d'une série complète (m3/s)

Apport annuel moyen Apport annuel moyen


3.94 : débit annuel moyen d'une série lacunaire (m3/s)
à la station d'une série lacunaire
82

650 700 750 800 850 900 950 1000

Figure 48 : Apports annuels moyens des bassins jaugés de l’Est algérien (période moyenne : 1972/73-1983/84)
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

- Les Côtiers constantinois, avec des bassins de taille réduite, fournissent des débits
abondants :

• les côtiers de l’Est, la prédominance des apports de l’oued Djendjen à Missa (plus
de 4 m3/s) s’explique par la pluviosité et l’hypsométrie caractérisant son bassin
versant. Le cours d’eau prend sa source dans les hauts massifs bien arrosés (Dj.
Tamesguida) et aux formations peu perméables. Sa partie amont est captée par le
barrage d’Erraguène, exploité à des fins d’hydroélectricité, et dont l’apport annuel
se situe autour de 100 hm3, soit un débit de plus de 3 m3/s. Les petits cours d’eau
d’El Agrem et El Kantara, compte tenu de la taille très réduite de leur bassin
versant, ont un apport respectif de 0,6 et 0,20 m3/s. Nous verrons que leur débit
spécifique est, en revanche, des plus importants de l’Algérie orientale. Ces
affluents, à l’instar des autres oueds côtiers (oueds Zitoun, Agrioun, Kissir…) qui
se jettent directement dans la mer, disposent d’une aire de drainage limitée.

• les côtiers du Centre, l’oued Guebli écoule un débit annuel moyen de 0,22 m3/s à
Sidi Mezghiche ; son affluent, l’oued Fessa, enregistre un apport bien supérieur
(autour de 1 m3/s), à l’issue d’un bassin deux fois plus grand. Plus loin, l’oued
Guebli draine la région montagneuse et bien arrosée de Tamalous avant de
traverser la plaine côtière de Collo. Dans le bassin limitrophe, l’oued Safsaf écoule
à la station de Khemakhem un débit de 1,02 m3/s (1,14 m3/s sur la période de 22
ans), fourni par l’oued Khemakhem et son affluent oued Bou Adjeb, issus des
monts d’Ouled Habbaba. Ce débit est capté par le barrage de Zardézas qui se
localise juste à l’aval de la station de jaugeage.

• les côtiers Est, l’oued Kébir-Est débite à Ain El Assel 6,38 m3/s, à l’issue d’un
bassin de 680 km2. Loin à l’aval, dans la zone côtière, l’oued Mafragh formé par la
confluence du Kébir-Est et de la Bounamoussa, écoule vers la mer un débit deux à
trois fois supérieur (selon les anciennes données hydrologiques, un débit annuel
moyen de 4,72 m3/s a été écoulé par la Bounamoussa à la station de Cheffia et de
1,74 m3/s par Bouhalloufa à la station de Gué Zitoun, à l’issue de bassins
respectifs de 575 et 175 km2).

- Le Kébir-Rhumel : les apports du Rhumel sont modestes sur les Hautes Plaines où se
conjuguent faiblesse des précipitations (moins de 400 mm/an) et importance relative de
l’évapotranspiration. L’oued Boumerzoug, principal affluent du Rhumel supérieur, présente
un débit très faible (autour de 0,36 m3/s à la station d’El Khroub), car influencé par des
prélèvement importants, effectués à l’amont de la station de mesure : captage de sources
karstiques (0,6 à 0,7 m3/s) et pompages dans l’oued à des fins d’irrigation. Son collecteur,
l’oued Rhumel, débite 1,5 m3/s à Ain Smara, à l’issue d’un bassin de 2 200 km2.

Dans le bassin moyen, après le franchissement du Rocher de Constantine, le module du


Rhumel s’accroît progressivement, en raison du changement de domaine climatique (on passe
du semi-aride au subhumide). Le débit serait de 3,9 m3/s aux gorges d’El Kheneg où la station
du même nom contrôle une surface drainée de 4 570 km2. Il atteint 5,52 m3/s à Grarem, à
l’issue d’un bassin de 5 320 km2 bénéficiant de l’apport conséquent de l’oued Smendou,
affluent qui prend naissance dans les monts élevés du Djebel Ouahch (Constantine).

83
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Plus au Nord, l’oued Rhumel associe à lui l’oued Endja dont l’apport moyen, fourni par
un bassin de 960 km2 seulement, s’élève à 3,41 m3/s à la station de Douar Tassadane (3,26
m3/s sur la période moyenne de 22 ans). A l’aval de la confluence Rhumel-Endja, l’oued El
Kébir est renforcé par le puissant affluent montagnard, l’oued Bousiaba qui fournit à lui seul
3,77 m3/s à la station d’El Milia.

Il continue d’être abondamment alimenté par d’autres affluents (Irdjana, Itera…), tous
issus de secteurs montagneux bien arrosés. A l’issue d’un bassin de 8 735 km2, l’apport
enregistré à El Ancer, station la plus proche de la mer, atteint 26,2 m3/s (ou 26,31 m3/s sur la
période 1972-94, soit 830 hm3 par an).

- La Seybouse écoule à Mirebek, station la plus en aval et contrôlant une surface de


5 955 km2, un débit de 10,12 m3/s (10,71 m3/s sur la période moyenne 1972-94 soit un
volume de 338 hm3 par an).

Plus en amont, l’oued Cherf débite seulement 1,32 m3/s à Moulin Rochefort. Les apports
augmentent le long du cours principal de façon moins marquée que sur le Kébir-Rhumel. A ne
pas, toutefois, négliger la consistante contribution de l’oued Mellah (3,1 m3/s à la station de
Bouchegouf), issu des monts bien arrosés du Nord de Souk Ahras où l’on enregistre plus de 1
m par an de pluie à la station de Mechroha.

- La Medjerda, son débit passe de 1,31 m3/s à Souk Ahras (217 km2), à 5,02 m3/s à
Ghardimaou (1 490 km2) puis à 7,60 m3/s à Djendouba (2 414 km2), ces deux dernières
stations étant situées au delà de la frontière algéro-tunisienne.

L’oued Mellegue, certainement moins fourni que son collecteur, la Medjerda, fournit un
débit de 1,39 m3/s à la station d’El Aouinet qui passe à 2,66 m3/s à la station de Ouenza, à
l’issue d’un bassin qui augmente de 3 535 à 4 575 km2. Le débit atteint en territoire tunisien
5,67 m3/s à la station K13 qui contrôle un bassin vaste de 9 000 km2.

- Les oueds des bassins endoréiques (Hauts Plateaux, Chott Melrhir et Chott Hodna),
en particulier ceux du versant méridional de l’Atlas saharien, contrastent nettement avec les
oueds exoréiques. Malgré la contribution hydrologique des zones montagneuses de l’amont,
ces oueds n’arrivent à acheminer que de faibles débits dans les zones de plaines arides, à
l’aval.

L’exemple en est donné par l’oued El Arab qui enregistre, lors de son parcours vers le
chott Merhir, un module de 0,67 m3/s à la station de Khangat Sidi Nadji, à l’issue d’un bassin
de 2 085 km2. Parallèlement à celui-ci, les oueds El Abiod à Mchounèche et El Hai à El
Kantara écoulent des débits très voisins (0,48 m3/s et 0,52 m3/s), à l’issue de bassins de
superficie comparable (1 050 et 1 170 km2).

Sur le Piémont Nord de l’Aurès, les oueds sont relativement mieux fournis : l’oued
Chemora, bien alimenté à l’amont par l’oued Reboa, apporte un débit de 0,81m3/s à l’issue
d’un bassin de 765 km2 . Le petit bassin de l’oued Gueiss (144 km2) fournit un apport moyen
de 0,26 m3/s qui alimente le barrage de Foum El Gueiss, situé à l’aval de la station de
jaugeage.

84
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

1.2. Régressions modules- surfaces Q f(S) à l’échelle régionale

La figure 49 montre, à l’aide d’une représentation des variables en coordonnées


logarithmiques, la dispersion caractérisant la relation entre les modules et les superficies des
bassins jaugés (pris ensemble), avec malgré tout une tendance générale croissante (coefficient
de corrélation R = 0,71).

Sur un papier à coordonnées arithmétiques, la linéarité de la relation n’est guère


satisfaisante et la distorsion entre grands bassins et bassins de taille réduite y apparaît plus
nettement (fig. 50).

Il s’avère ainsi qu’à superficie égale, les débits peuvent être très différents en raison de
l’hétérogénéité spatiale des facteurs, physiographiques et climatiques, caractérisant le
contexte hydrologique régional.

2.0

1.0
Log Q (m /s)
3

0.0

-1.0

-2.0
1 2 2
3 4
Log S (km )
(y = 0,67 x - 1,84 avec R = 0,7113 et I.C. à 70%)

Figure 49 : Régression linéaire simple entre les logarithmes


des débits annuels moyens et des surfaces de 42 bassins de l'Est algérien

30
25

20
Q (m3/s)

15
10

5
0
0 2000 4000 6000 8000 10000
2
S (km )

Figure 50 : Relation, sur papier à coordonnées arithmétiques, entre les modules


et les surfaces de 42 bassins de l'Est algérien

85
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

1.3. Les profils hydrologiques des cours d’eau

L’évolution spatiale des apports à l’intérieur de chacun des grands bassins


hydrographiques de l’Est peut être approchée à l’aide des profils hydrologiques, graphiques
mettant en relation les apports et les surfaces drainées.

La relation qui lie le débit moyen annuel Q (m3/s) et la surface A (km2) correspondante
du bassin versant obéit à une loi générale de type : Q = h Ag, où h et g sont des paramètres
caractéristiques de chaque bassin (Tricart J. et Hirsch F., 1960 ; Corbonnois J. et al., 1999 ;
Arts I. et Sary M., 2000 ; Corbonnois J., 2000 ; Bravard J-P. et Petit F., 2000) .

En coordonnées logarithmiques, la fonction se traduit par une droite d’équation :

Log Q = g Log A + Log h

Les points s’alignent selon les segments de droite de pente variable, selon l’organisation
spatiale des apports. Les variations de la pente g sont directement liées au coefficient
d’écoulement ; quant à h il semble être lié au milieu physico-géographique (plus
particulièrement à la pluviosité selon Tricart J. et Hirsch F., 1960).

La relation Q = h Ag permet de calculer en un point donné du bassin n’importe quel


module d’une fréquence déterminée. La même relation (lorsque Q représente le débit de crue
et non pas le module) est également utilisée pour prédire le débit de la crue annuelle moyenne
au sein des régions climatiques homogènes.

Sur ces profils construits pour les bassins disposant d’un nombre minimum de stations
hydrométriques (y compris celles ayant des séries incomplètes, prises en compte à titre
indicatif pour compléter le dessin des profils), les droites joignant les points représentatifs des
stations représentent l’évolution du débit le long de l’artère maîtresse, alors que les flèches ne
sont dessinées que pour souligner l’apport d’un affluent au profit du cours principal.

L’allure des profils hydrologiques se modifie en fonction des apports successifs et de


leur proportion par rapport au débit des cours d’eau (Corbonnois J. et al., 1999). Ils
renseignent par leur pente, sur la rapidité ou la lenteur de l’accroissement des modules Q.

En général, les nettes différences spatiales des apports le long des artères principales
traduisent l’étalement des ces dernières sur les domaines climatiques et morphostructuraux
différenciés de l’Est algérien. Au sein des bassins exoréiques, les affluents des zones
montagneuses pluvieuses sont à l’origine d’un accroissement rapide des apports des oueds
avec les aires drainées.

1.3.1. Le profil hydrologique du Kébir-Rhumel

Le profil hydrologique, tracé à l’aide de 8 points d’observations, montre deux voire trois
«gradients» de Q f(S) liés aux domaines physico-climatiques différents traversés par l’oued
principal, de la source à l’embouchure (fig. 51 et tabl. 12).

86
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

100

26.24
12.87
10 9.1
5.52
Q (m3/s)

3.77 3.41 3.86


1.9
1.54
1

0.38 0.36
0.17
0.1
100 1000 10000
2
S (km )

Figure 51 : Profil hydrologique (modules-surfaces) du Kébir-Rhumel

Tableau 12 : Variations des modules absolus et spécifiques


dans le bassin du Kébir-Rhumel
Surface S Débit Q Apport Va Débit Log S (km2) Log Q Log q
spécifique q
Cours principal (km2) (m3/s) (hm3/an) (l/s/km2) (m3/s) (l/s/km2)
O. Athmenia 1130 0,38 12,0 0,34 3,053 -0,420 -0,473
Ain Smara (AS) 2234 1,54 48,6 0,70 3,349 0,188 -0,155
AS + EK* 3864 1,9 59,9 0,49 3,587 0,279 -0,308
El Kheneg (KH*) 4570 3,86 121,7 0,84 3,660 0,587 -0,073
Grarem (G) 5340 5,52 174,1 1,04 3,728 0,742 0,016
G + DT + KT* 6470 9,1 287,0 1,41 3,811 0,959 0,148
G + DT + KT* EM 6935 12,87 405,9 1,86 3,841 1,110 0,269
El Ancer 8735 26,24 827,5 3,00 3,941 1,419 0,478
Affluents
Douar Tassadane (DT) 960 3,41 107,5 3,55 2,982 0,533 0,550
El Khroub (EK *) 1630 0,36 11,4 0,22 3,212 -0,444 -0,656
Koudiat Tendart (KT*) 170 0,17 5,4 1,00 2,230 -0,770 0,000
El Milia (EM) 465 3,77 118,9 8,11 2,667 0,576 0,909
Bassins intermédiaires (déduits par décomposition)
Ain Smara (2) 1070 1,16 36,6 1,08 3,029 0,064 0,033
Grarem (2) 3120 3,98 125,5 1,28 3,494 0,600 0,107
El Ancer (2) 1990 13,54 427,0 6,8 3,299 1,132 0,833
(*) série incomplète

87
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

- Hautes Plaines : le profil du haut Rhumel est marqué par le fléchissement de la pente
en raison des faibles apports de l’oued Boumerzoug (débit amputé des prélèvements effectués
à l’amont);

- Versant Sud-tellien : la pente se redresse nettement traduisant le passage du cours


d’eau principal du domaine des Hautes Plaines semi-arides au domaine Sud-tellien assez
pluvieux. Accroissement des apports du Rhumel, de Constantine jusqu’à Grarem (apport de
l’affluent, oued Smendou), puis apport consistant de l’oued Endja jusqu’ à sa confluence avec
le Rhumel, à l’aval de Grarem ;

- Versant Nord-tellien : le gradient d’écoulement devient encore plus fort en raison des
apports successifs des puissants affluents montagnards (à l’exemple de l’oued Boussiaba
contrôlé par la station d’El Milia). Puis, s’ensuit un très léger fléchissement de la pente, lié au
passage de l’oued El Kébir à travers la plaine côtière d’El Ancer, avant de rejoindre la mer
Méditerranée.

La relation exponentielle entre les modules Q et la surface S est obtenue avec un


coefficient de corrélation très satisfaisant (R = 0,98) (fig. 52).

L’allure de la courbe reflète bien l’effet de la pluie au-delà d’une surface drainée de
l’ordre de 5 000 km2 (c'est-à-dire après le franchissement de la zone semi-aride) se traduisant
par un accroissement rapide des apports du Kébir-Rhumel.

35
y = 0,3038e0,0005x
30
R2 = 0,9659
R = 0,9828
25

20
Q (m 3 /s)

15

10

0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 8000 9000 10000
2
S (km )

Figure 52 : Relation modules-surfaces (fonction exponentielle) le long du cours


principal du Kébir-Rhumel

88
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

La linéarisation sur papier semi-logarithmique de la relation modules-surfaces (fonction


de type Log Q = f(S)) est présentée par la figure 53.

100
y = 0,3038e0,0005x
R2 = 0,9659
(R = 0,98)
10
Q (m3/s)

0.1
0 2000 4000 6000 8000 10000
2
S (km )

Figure 53 : Linéarisation sur papier semi-logarithmique de la relation


modules-surfaces du Kébir-Rhumel (cours principal)

L’équation de la droite tracée sur papier semi-logarithmique, s’écrit comme suit

Log Q = 0,0005 S Log e + Log 0,3038

Exemple : si S = 1 000 km2 → Log Q = (0,0005*1000)*Log 2,71 + Log 0,3038 = -0,30093

Q = 10 -0,30093 = 0,5 m3/s

1.3.2. Le profil hydrologique de la Seybouse

Le profil hydrologique de la Seybouse montre que les apports varient de façon quasi-
linéaire avec la surface drainée en raison des contributions hydrologiques plus ou moins
équilibrées des sous-bassins (tabl. 13 et fig. 54).

Toutefois, l’apport abondant de l’affluent de l’oued Mellah (station de Bouchegouf) au


profit du collecteur principal se traduit par un redressement marqué de la pente du profil au
niveau de la moyenne Seybouse.

La régression entre Q et S (établie avec seulement 5 points) donne un ajustement de


type linéaire sur un diagramme bi-logarithmique, avec un coefficient de corrélation de l’ordre
de 0,97 (fig. 55).

89
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Tableau 13 : Modules absolus et spécifiques dans le bassin de la Seybouse

Surface Q q Va Log S Log Q Log q


Cours principal (km2) (m3/s) (l/s/km2) (hm3/an) (km2) (m3/s) (l/s/km2)

M. Rochefort (MR) 1710 1.32 0.77 41.6 3.233 0.121 -0.112


MR + MA II 2815 3.29 1.17 103.8 3.449 0.517 0.068
MR + MA II + B 3365 6.37 1.89 200.9 3.527 0.804 0.277
Mirebek (M) 5955 10.12 1.70 319.1 3.775 1.005 0.230
Mirebek + AB 6058 10.46 1.73 329.9 3.782 1.020 0.237
Affluents
Medjez Amar II (MA II) 1105 1.97 1.78 62.1 3.043 0.294 0.251
Bouchegouf (B) 550 3.08 5.60 97.1 2.740 0.489 0.748
Ain Berda (AB) 103 0.34 3.30 10.7 2.013 -0.469 0.519
Bassin intermédiaire
Mirebek (2) = M - (MA II + MR + B) 2590 3.75 1.45 118.3 3.413 0.574 0.161

100

10.46

10 10.12
6.37
Q (m3/s)

3.08 3.29
1.97
1.32
1

0.34

0.1
100 1000 10000

S (km2)

Figure 54 : Profil hydrologique (modules - surfaces) du bassin de la Seybouse

90
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

100.0
y = 1E-05x1,5891
R2 = 0,9469
R = 0,97
10.46
10.0 10.12
6.37
Q (m /s)
3

3.29

1.32
1.0

0.1
2
1000 S (km ) 10000

Figure 55 : Relation entre les logarithmes des modules et des surfaces


de la Seybouse (cours principal)

1.3.3. Le profil hydrologique de la Medjerda (bassin algéro-tunisien)

Le bassin de la Medjerda se compose de deux grands cours d’eau, le Mellegue et la


Medjerda, qui confluent en territoire tunisien (au Nord-Est de Djendouba).

Pour compléter la construction des profils hydrologiques de ces deux oueds, nous avons
utilisé, d’après la monographie hydrologique de l’O.R.S.T.O.M. (Rodier J-A. et al., 1981), les
données annuelles moyennes des débits relevés dans les stations tunisiennes voisines (tabl.
14).

Tableau 14 : Modules absolus et spécifiques dans le bassin algéro-tunisien de la Medjerda

Surface Q q (l/s/km2) Log S Log Q Log q


Oued Medjerda (km2) (m3/s) (km2) (m3/s) (l/s/km2)
Souk Ahras 217 1.31 6.04 2.336 0.117 0.781
Ghardimaou (Tunisie)(série: 1953-1975) 1490 5.02 3.37 3.173 0.701 0.528
Djendouba (Tunisie) (série:1953-1975) 2414 7.60 3.15 3.383 0.881 0.498
Oued Mellegue
Morsot (*) 1305 0.20 0.15 3.116 -0.699 -0.815
El Aouinet 3535 1.39 0.39 3.548 0.143 -0.405
Ouenza 4575 2.66 0.58 3.660 0.425 -0.236
Ouenza + EAz 5120 2.90 0.57 3.709 0.462 -0.247
Mellegue au K13 (Tunisie)(série: 1946-1975) 9000 5.67 0.63 3.954 0.754 -0.201
Affluents du Mellegue
Ain Erkel 16 0.03 1.88 1.204 -1.523 0.273
Ain Zerga 49 0.12 2.45 1.690 -0.921 0.389
El Azreg (EAz*) 545 0.24 0.44 2.736 -0.620 -0.356
(*) série incomplète

91
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Le parallélisme des deux profils positionnés sur la figure 56 et la distance qui les
séparent rendent compte des contextes climatiques différenciés de la Medjerda et du
Mellegue, respectivement subhumide et semi-aride marqué.

Le profil de la Medjerda montre un gradient relativement constant en allant de Souk


Ahras à Djendouba. Celui du Mellègue laisse, en revanche, entrevoir 3 gradients
d’écoulement, traduisant le changement de contexte physique, sur une étendue de 9 000 km2,
entre Morsot, Ouenza et le poste de mesure K13 en Tunisie. La linéarisation de la relation
modules-surfaces du Mellegue est obtenue suite à une anamorphose bi-logarithmique (fig.
57).

10.00
7.60 5.67
Oued Medjerda 5.02

2.66 2.90

1.31 1.39
1.00

Oued Mellegue
Q (m3/s

0.24
0.20
0.12
0.10

0.03

0.01
10 100 1000 10000
S (km2)

Figure 56 : Profils hydrologiques (apports-surfaces) des oueds Medjerda et Mellegue

10.0
1,7893
y = 6E-07x
2
R = 0,9801
R = 0,99
Q(m/s)
3

1.0

0.1
1000 10000
S (km2)

Figure 57 : Relation apports-surfaces du Mellegue (cours principal algéro-tunisien)

92
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

1.3.4. Le profil hydrologique de Boussellam (Soummam)

La pente très faible qui caractérise le premier tronçon du profil hydrologique s’explique
aisément : l’on passe du petit bassin de l’oued Fermatou bien fourni (cours d’eau issu du
versant méridional de Djebel Meghris, dans le piémont Sud-tellien) à la vaste étendue semi-
aride (Hautes Plaines) drainée par l’oued Boussellam à Ain Zada (fig. 58 et tabl. 15).

S’ensuit le redressement brutal du deuxième tronçon du profil qui traduit le changement


net de contexte hydroclimatique : l’oued Boussellam (stations de Boubirek et de Sidi Yahia)
s’incruste désormais dans les reliefs élevés et bien arrosés de l’arrière pays de Béjaia. Deux
zones fortement contrastées, d’où deux lois différentes régissant les variations du débit avec la
surface.

Tableau 15 : Modules absolus et spécifiques dans le bassin de Boussellam

Surface Débit Apport Débit Log S Log Q Log q


absolu Q Va spécifique q
2 3 3 2 2 3 2
COURS PRINCIPAL S (km ) (m /s) (hm /an) (l/s/km ) (km ) (m /s) (l/s/km )
Fermatou 105 0.37 11.7 3.52 2.021 -0.432 1.067
Ain Zada 1800 0.55 17.3 0.31 3.255 -0.260 1.239
Boubirek (*) 2960 3.94 124.3 1.33 3.471 0.595 2.094
Sidi Yahia 4050 6.08 191.7 1.50 3.607 0.784 2.283
Bassin intermédiaires
Ain Zada (2) 1695 0.18 5.7 0.11 3.229 -0.745 0.754
Sidi Yahia (2) 2250 5.53 174.4 2.46 3.352 0.743 2.242

(*) Série hydrologique incomplète

7
Sidi Yahia
6 6.08

5
Boubirek
Q (m3/s

4 3.94
3

2
Fermatou Ain Zada
1
0.37
0.55
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 4500
2
S km

Figure 58 : Profil hydrologique de l'oued Boussellam

93
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

1.3.5. Les profils hydrologiques des Côtiers constantinois

Le nombre très réduit de stations n’autorise pas la construction d’un profil hydrologique
propre à chacun des bassins, si ce n’est ceux - très partiels - de l’oued Guebli (Sidi Mezghich,
Guenitra) et de l’oued Hammam (Zit Emba, Ain Cherchar). Aussi, pour ces organismes
côtiers bien individualisés, reliés directement à la mer et appartenant à un domaine
hydroclimatique quasiment homogène, la construction de tels graphiques se révèle d’un
intérêt limité.

Il est apparu, néanmoins, utile de reporter l’ensemble des données des bassins côtiers sur
un graphique unique, afin d’obtenir une relation globale, de type bi-logarithmique (R = 0,85),
entre les modules moyens et les surfaces drainées (fig. 59 et tabl. 16).

10.00

6.38
0.7874
y = 0.0168x
2 4.16
R = 0.7268 3.66
R = 0.8525

1.34
1.28
Q (m /s)

1.06
3

1.00 1.02

0.66

0.22
0.20

0.10
1 10 100 1000 10000
2
S (km )

Figure 59 : Relation modules-surfaces dans les Côtiers constantinois

94
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Tableau 16 : Apports annuels moyens absolus et spécifiques


des Côtiers constantinois

S Q (m3/s) Va q (l/s/km2) Log S Log Q Log q

Oueds (km2) (hm3/an) (km2) (m3/s) (l/s/km2)


El Mkaceb 21.6 0.20 6.3 9.26 1.334 -0.699 0.800
Cheddia 41 0.66 20.8 16.10 1.613 -0.180 1.318
O. Missa (*) 316 4.16 131.2 13.16 2.500 0.619 2.118
S. Mezghiche (SM) 100 0.22 6.9 2.20 2.000 -0.658 0.841
Guenitra * (Gu) 202 1.06 33.4 5.25 2.305 0.025 1.524
SM + Gu 302 1.28 40.4 4.24 2.480 0.107 1.606
Khemakhem 322 1.02 32.2 3.17 2.508 0.009 1.507
Zit Emba 485 1.34 42.3 2.76 2.686 0.127 1.626
Ain Cherchar 1130 3.66 115.4 3.24 3.053 0.563 2.062
Ain El Assel 680 6.38 201.2 9.38 2.833 0.805 2.304
Bassin intermédiaire
A. Cherchar(2) 645 2.32 73.2 3.60 2.810 0.365 1.864
(*) série incomplète

1.3.6. Le profil des oueds des Hauts Plateaux constantinois

L’unique profil hydrologique représentatif de cette région à écoulement endoréique,


concerne l’oued Chemora, contrôlé par 3 stations hydrométriques (Reboa, Timgad et
Chemora) (tableau 17 et fig. 60).

Tableau 17 : Modules absolus et spécifiques des oueds des Hauts Plateaux constantinois
Surface S Débit Apport Va Débit Log S Log Q Log q
absolu Q spécifique q
Oued Chemora (km2) (m3/s) (hm3/an) (l/s/km2) (km2) (m3/s) (l/s/km2)
Reboa (T) 296 0.51 16.1 1.72 2.471 -0.292 1.206
R+T 490 0.97 30.6 1.98 2.690 -0.013 1.486
Chemora 765 0.81 25.5 1.06 2.884 -0.092 1.407
Affluent de O. Chemora
Timgad (T*) 194 0.46 14.5 2.37 2.288 -0.337 1.162
Autres cours d'eau
Foum El Gueiss 144 0.26 8.2 1.81 2.158 -0.585 0.914
Yabous (*) 77 0.2 6.3 2.60 1.886 -0.699 0.800
Fesdis (*) 305 0.32 10.1 1.05 2.484 -0.495 1.004
(*) série incomplète

95
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

1.2
0.97
1
Chemora

0.8 0.81
Q (m3/s)

R+T
0.6
Timgad
0.51 Reboa
(T) 0.46
0.4
0.32
0.26
0.2 0.2

0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900
2
S (km)

Figure 60 : Débits des oueds des Hauts Plateaux et profil hydrologique de l’oued Chemora

L’allure singulière du profil traduit le changement du gradient d’écoulement, en allant


du piémont Nord de l’Aurès relativement bien arrosé (stations de Reboa et de Timgad) au
centre de la plaine où, en plus de l’effet de l’évaporation et des infiltrations, s’effectue une
série de prélèvements à des fins d’irrigation (la diminution de l’apport constaté à la station de
Chemora malgré une superficie drainée plus grande peut être également lié à une
« surestimation » du débit annuel moyen de la station de Timgad liée à une période de
référence très courte, avec seulement trois années d’observation, et relativement humide).

La linéarisation de la relation entre les apports annuels moyens observés et les surfaces
drainées correspondantes peut être envisagée à l’aide d’un graphique bi-logaritmique (fig. 61).

10
y = 0.0309x0,5134
R2 = 0,7281
R = 0,85
Q (m /s)
3

0.1
100 1000
2
S (km )

Figure 61 : Relation modules - surfaces dans le bassin de Chemora

96
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

2. LES DEBITS SPECIFIQUES : RENDEMENT HYDROLOGIQUE DES BASSINS


ET FACTEURS CONDITIONNELS

2.1. Des zones à rendement hydrologique très différencié

De la confrontation des apports annuels moyens des cours d’eau aux surfaces
respectives de leurs bassins ressort l’intérêt d’établir une cartographie, par la méthode
d’anamorphose, combinant apports absolus Va (hm3/an) et débits spécifiques q (l/s/km2)
(fig. 62).

La carte illustre un fait hydrologique évident : les apports les plus abondants ne sont pas
toujours liés à l’étendue des bassins mais au rendement unitaire de ces derniers, reflété par le
débit spécifique, pouvant être traduit lui-même en lame d’eau écoulée moyenne
(E en mm/an = q * 31,536). Les données de deux bassins traduisent le sens extrême de cette
réalité : l’oued El Agrem à Chédia, avec une superficie de 41 km2, produit un apport de 20,8
hm3 (q = 16,1 l/s/km2) et l’oued Boussellam à Ain Zada qui draine une surface 44 fois plus
grande (1 800 km2) fournit un apport qui se réduit à 17,3 hm3 (q = 0,3 l/s/km2) ! (cf. tabl. 10
op. cité).

Les moyennes interannuelles des débits spécifiques des bassins jaugés permettent de
dégager quatre grandes zones à rendement hydrologique différencié, qui rappellent les
disparités physiographiques et climatiques de l’Est algérien (fig. 63).

• Les bassins de la façade maritime montagneuse, en particulier de Jijel-El Milia, et


ceux des massifs humides de la frontière algéro-tunisienne, viennent en tête avec un
débit spécifique supérieur à 6,3 l/s/km2 (soit plus de 200 mm par an). Le maximum de
rendement hydrologique est détenu par les petits affluents côtiers de Jijel (El Agrem à
Cheddia : 16,1 et El Kantara à El Mkaceb : 9,26), suivis de l’oued El Kébir-Est (Ain
El Assel : 9,38) et de l’oued Boussiaba, affluent montagnard du Kébir-Rhumel (El
Milia : 8,10).

• Les bassins de la chaîne tellienne, intra-montagnards et de Piémont, ont un rendement


relativement élevé, compris entre 3,2 et 6,3 l/s/km2 (100-200 mm par an). Notons en
premier lieu les cours d’eau qui drainent les flancs des djebels bien arrosés qui
prolongent, vers le Sud-Ouest, les Monts de la Medjerda (Medjerda à Souk Ahras :
6,04 ; Mellah à Bouchegouf : 5,6).

A signaler, par ailleurs, l’oued Kébir Ouest à Ain Charchar (3,24), l’oued Kébir-amont
(oued Enndja supérieur) à Douar Tassadane (3,55), l’oued Fermatou, branche
supérieure de l’oued Boussellam, à Fermatou (3,52), l’oued Ressoul à Ain Berda (3,3)
et enfin, l’oued Safsaf à Khemakhem (3,2).

• Les bassins dont le débit spécifique varie entre 0,95 et 3,2 l/s/km2 (30-100 mm par an),
s’apparentent au piémont Nord de l’Aurès (Foum El Gueiss : 1,8 ; Reboa : 1,72,
Chemora : 1,06), au versant Sud du Tell à influence semi-aride (Bouhamdane à
Medjez Amar : 1,78), au petit affluent du Mellegue (Oued Erkel à la station d’Ain
Erkel : 1,88) mais aussi aux grands organismes fluviaux ayant leur cours supérieur
dans les Hautes Plaines tels la Seybouse à Mirebek (1,7), l’oued Boussellam à Sidi
Yahia (1,5) ou le Rhumel à Grarem (1,04).

97
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins
98

Figure 62 : Apports annuels moyens et débits spécifiques des bassins jaugés de l’Est algérien (cartographie par la méthode d’anamorphose)
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

MER MEDITERRANEE
ANNABA
400 SKIKDA AIN ASSEL
EL ANCER
EL MKACEB AIN CHARCHARMIREBEK
EL MILIA
CHEDDIA AIN BERDA
BEJAIA SIDI MEZGHICHE ZIT EMBA
KHEMAKHEM
GRAREM BOUCHEGOUF
D. TASSADANE MEDJEZ AMAR II
GUELMA
350
SIDI YAHIA
CONSTANTINE SOUK AHRAS
AIN SMARA

TUNISIE
FERMATOU O. ATHMENIA
AIN ZADA M. ROCHEFORT
OUENZA
BORDJ BOU ARRERIDJ
300
EL AOUINET
MEDJEZ

SIDI OUADAH
CHEMORAH AIN ERKEL
M 'SILA
250 BATNA REBOA F. EL GUEIS
TEBESSA

EL KANTARA

200

M'CHOUNECHE
KH. SIDI NADJI
BISKRA

150

650 700 750 800 850 900 950 1000

Station hydrométrique bassin jaugé Ville

Classes de débits spécifiques et lames écoulées

de 3.2 à 6.3 l/s/km2 de 0.95 à 3.2 l/s/km2 moins de 0.95 l/s/km2


plus de 6.3 l/s/km2 (30 - 100 mm/an) (< 30 mm/an)
( > 200 mm/an) (100 - 200 mm/an)

Figure 63 : Zones de débits spécifiques dans l’Est algérien

• enfin, les zones à rendement hydrologique modeste, inférieur à 0,95 l/s/km2 (moins de
30 mm par an), associent :

- les bassins semi-arides des Hautes Plaines drainés par les parties supérieures des
oueds, à écoulement exoréique (Boussellam à Ain Zada : 0,3 ; Rhumel à Oued
Athménia : 0,34 ; Cherf à Moulin Rochefort : 0,77 ; Mellegue à El Aouinet : 0,39) ;

- les bassins du Chott Melrhir (El Abiod à M’chounèche : 0,46 ; El Haï à El Kantara :
0,44 ; El Arab à Khangat Sidi Nadji : 0,36) ;

- et les bassins du Chott Hodna (Ksob à Medjez : 0,60 et Soubella à Sidi Ouadah :
0,68).

99
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

2.2. Régressions débits spécifiques - surfaces q f(S) à l’échelle régionale

La disparité des caractères physico-climatiques des bassins qui s’ajoute à la gamme


étendue de leurs surfaces, ne permet pas d’obtenir une liaison statistique significative
synthétisant pour l’ensemble de l’Est algérien, l’évolution du débit spécifique selon la surface
drainée.

La figure 64 illustre, pour des bassins classés par ordre croissant de leur surface,
l’absence, en général, de proportionnalité entre les lames écoulées (comprises entre 3 et 508
mm par an) et les superficies drainées (de 16 à 8 735 km2).

10000 600

508 500
8000
Superficie de bassin (Km )
2

Ecoulement (mm/an)
400
6000

300
215
4000
200

102
2000
100

0 0
l a e a u s s a a ) a f ) l a e ) e ) r a a ) t a ) i a ) ) ) t a a r
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Er 'ka Ché ghi Berma Gue uadAh Rébakhl M ora t Emheg har .As emsad nza unè ara Am erc mé antz K ada chefn Z cer .NaSm hia bek rem ouii Ya ue rar ireb An
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S. oum S S K C B .C
A uar M AinMed A O M A M E
S id M
F Do

Surface (km2) E (mm/an)

Figure 64 : Lames annuelles moyennes écoulées et superficies classées de 42 unités


hydrologiques observées de l’Est algérien

L’idée générale répandue étant qu’à pluie égale, le débit spécifique tend à diminuer
lorsque la surface augmente. L’écoulement annuel d’un petit bassin serait donc, à pluie égale,
plus fort que celui d’un grand bassin.

Pour 42 unités hydrologiques prises ensemble (33 bassins jaugés et 9 bassins


intermédiaires extraits des bassins emboîtés observés), la régression simple établie en valeurs
arithmétiques, entre les débits spécifiques (q : variable à expliquer) et les superficies (S :
variable explicative), met en évidence une relation inverse, avec cependant une faible valeur
du coefficient de corrélation (R = - 0,27) (fig. 65). Toutefois, la liaison entre q et S à tendance
à se serrer positivement pour la gamme de bassins ayant une superficie supérieure à 2 000

100
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

km2 : l’effet de la pluie tend dans ce cas à l’emporter, plus particulièrement là où les cours
d’eau s’acheminent vers les zones pluvieuses du Nord.

18
y = -0,0005x + 3,5126
14 R2 = 0,0735
R = -0,27
q (l/s/km )

10
2

-2
0 2000 4000 2 6000 8000 10000
S (km )

Figure 65 : Régression linéaire entre les débits spécifiques annuels moyens


et les surfaces de 42 unités hydrologiques (valeurs arithmétiques)

Le coefficient de corrélation s’améliore un peu pour une régression inverse établie entre
les débits spécifiques et les racines carrées des surfaces des bassins (R = - 0,38) (fig. 66).

20
y = -0,0585x + 4,7665
2
15 R = 0,1464
q (l/s/km )

R = -0,38
2

10
5
0
-5
0 20 40 60 80 100
Racine carrée de S (km2 )

Figure 66 : Régression linéaire entre les débits spécifiques annuels moyens


et les racines carrées des surfaces de 42 unités hydrologiques

Les résultats sont relativement meilleurs lorsqu’on établit la régression sur un papier
semi-logarithmique (la liaison entre les débits spécifiques et les logarithmes des surfaces se
traduit par R = - 0,47) ou sur un papier bi-logarithmique (R = - 0,45) (fig. 67 et 68).

101
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

20
y = -2,3534x + 9,5294
15 R2 = 0,2254
R = -0,47

10
q (l/s/km2)

-5
1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5 4.0 4.5
Log S (Km2)

Figure 67 : Régression linéaire entre les débits spécifiques


et les logarithmes des surfaces de 42 unités hydrologiques

1.5
1.0
Log q (l/s/km )
2

0.5
0.0
y = -0.3328x + 1.1598
-0.5 R2 = 0.203
-1.0 R= -0.45

-1.5
1 1.5 2 2.5 3 3.5 4 4.5
2
Log S (km )

Figure 68 : Régression linéaire entre Log q et Log S de 42 unités hydrologiques

Nous avons, par ailleurs, tenté la recherche d’une liaison statistique entre les deux
variables, débit spécifique et surface, à l’intérieur de chacun des grands bassins
hydrographiques pris à part.

Dans les bassins côtiers, organismes fluviaux aux caractères physiques peu hétérogènes
et soumis à une ambiance climatique comparable, on obtient une liaison statistique inverse : R
= - 0,43. Elle résulte d’une régression établie sur un papier bi-logarithmique entre q et S
concernant une dizaine de bassins équipés de stations de mesure (fig. 69). Le résultat obtenu
sur le bassin de la Seybouse est pratiquement comparable, avec cependant une légère
amélioration (R = - 0,57) (fig. 70).

102
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

100
-0,2209
y = 17,537x
2
R = 0,183
R = -0,43

16.10
q (l/s/km )
2

10 9.26 9.29 9.38

5.25
3.60 3.24
3.17
2.76
2.20

1
10 100 2 1000 10000
S (km )

Figure 69 : Modules spécifiques et surfaces drainées des Côtiers constantinois

10.0
y = 11.906x-0.252
5.60
R2 = 0.3261
R= - 0.57 3.30
1.73
1.78 1.89
1.70
q (l/s/km2)

1.45
1.17
1.0
0.77

0.1
10 100 1000 10000

S (km2)

Figure 70 : Modules spécifiques et surfaces drainées du bassin de la Seybouse

103
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Cette liaison est très médiocre sur les autres bassins, à l’image d’un bassin aussi
hétérogène que celui du Kébir-Rhumel et fortement influencé par la disparité des apports
spécifiques des affluents, notamment ceux issus des zones telliennes humides (fig. 71 et 72).

9.0
8.0 8.11
y = -0,0002x + 2,6167
7.0 6.8
2
R = 0,0298
R = - 0,17)
6.0
q (l/s/km2)

5.0
4.0
3.55
3.0 3.00

2.0 1.86
1.28 1.41
1.0 1.00 1.08
0.70 0.84 1.04
0.34 0.22 0.49
0.0
0 2000 4000 6000 8000 10000
2
S (km )

Figure 71 : Modules spécifiques et surfaces drainées du bassin du Kébir-Rhumel


(coordonnées arithmétiques)

10.0 y = 2.074x
-0.0616
8.11
2 6.8
R = 0.0044
R=-0.066
3.55
3.00

1.86
q (l/s/km )
2

1.41
1.28
1.08 1.04
1.0 1.00
0.84
0.70
0.49

0.34

0.22

0.1
100 1000 10000
2
S (km )

Figure 72 : Modules spécifiques et surfaces drainées du bassin du Kébir-Rhumel


(coordonnées logarithmiques)

2.3. Evolution spatiale des débits spécifiques : l’effet controversé de la


superficie drainée

L’évolution inverse du module spécifique avec la surface des bassins n’est pas
généralisable. Bien au contraire, l’augmentation, de l’amont vers l’aval, du débit spécifique
avec la surface drainée est, à quelques nuances près, la règle dans les bassins exoréiques où le
cours d’eau principal draine des zones semi-arides en amont, avant de parcourir des zones
montagneuses plus humides à l’aval (fig. 73).

104
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

10.0

6.04

3.52 3.37
3.15
3.00

1.89 1.86
1.73
1.70
1.50
1.41
1.33
q (l/s/km )
2

1.17
1.0 1.04

0.84
0.77
0.70
0.63
0.58
0.57
0.49

0.39
0.34
0.31

0.15

0.1 2
S (km )
100 1000 10000

KEBIR-RHUMEL SEYBOUSE MEDJERDA


MELLEGUE BOUSSELLAM

Figure 73 : Variations des débits spécifiques selon les surfaces drainées des cours d’eau
exoréiques de l'Est algérien

Le profil de l’oued Medjerda présente une allure opposée au vu de la diminution relative


du rendement de l’oued, bien alimenté à l’amont (zones montagneuses de Souk Ahras) et
moins soutenu à l’aval (Tunisie). Dans le détail, le fléchissement de la pente d’un profil
traduit l’influence d’un tronçon donné du cours d’eau comme le montre le cas typique de
l’oued Boussellam supérieur : de 3,52 l/s/km2 à la station de Fermatou, le débit spécifique
chute à 0,31 l/s/km2 à la station d’Ain Zada.

Un exemple caractéristique de l’accroissement de l’amont vers l’aval du rendement


hydrologique est présenté par le profil du Kébir-Rhumel (q : 0,34 l/s/ km2 à Oued Athménia,
0,7 à Ain Smara, 1,04 à Grarem et 3 à El Ancer), car superficie et pluviosité augmentent
parallèlement (fig. 74).

105
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

3.5
3.00
3.0

2.5
1.86
q (l/s/km2)

2.0
1.41
1.5
1.04
0.84
1.0 0.70
0.49
0.34
0.5

0.0
0 2000 4000 6000 8000 10000
S (km2)

(Coordonnées arithmétiques)

10.0

3.00
1.86
1.41
1.04
q (l/s/km )
2

0.84
1.0 0.70
0.49
0.34

0.1
1000 10000
S (km2)

(Coordonnées bi-logarithmiques)

10.0
y = 0.2582e0.0003x
3.00
R2 = 0.9034
1.86
1.41
1.04
q (l/s/km2)

0.84
1.0 0.70
0.49
0.34

0.1
1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 8000 9000 10000
S (km2)

(Coordonnées semi-logarithmiques)

Figure 74 : Variations des modules spécifiques le long du cours principal du Kébir-Rhumel

106
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Seule l’influence, somme toute limitée dans l’espace, de l’oued Boumerzoug (q se situe
autour de 0,22 l/s/km2 à El Khroub) altère ce schéma d’évolution géographique du débit
spécifique annuel moyen.

C’est à l’aval de Grarem que l’augmentation du rendement hydrologique devient plus


marquée car, à l’apport consistant de l’oued Endja, s’ajoute le fort rendement des affluents
issus des zones montagneuses de la petite Kabylie d’El Milia (q = 8,11 l/s/km2 de l’oued
Boussiaba à la station El Milia).

Ce schéma est également globalement vérifié au niveau du Mellegue et de la Seybouse


avec, cependant, un accroissement moins marqué du module spécifique (cf. fig. 73).

Cas de la Seybouse : q passe de 0,77 l/s/km2 (Moulin Rochefort) à 1,17 (Moulin


Rochefort + Medjez Amar II) ; plus à l’aval il atteint 1,89 (apport de l’oued Mellah à
Bouchegouf) mais la productivité diminue légèrement sur l’artère inférieure de l’oued
Seybouse (1,70 à Mirebek) avant de remonter (1,73) grâce à l’apport de l’oued Ressoul (3,3 à
Ain Berda), affluent qui conflue avec la Seybouse à l’aval de Mirebek.

2.4. Rapports débits spécifiques - paramètres morphométriques des bassins

Après avoir vu la relation entre l’écoulement et la facteur géométrique principal qu’est


la surface du bassin, d’autres relations entre les débits spécifiques et les paramètres
morphométriques quantifiés des bassins et des réseaux hydrographiques (altitude moyenne,
densité de drainage, indice de pente, etc.) peuvent être envisagées.

Les facteurs caractéristiques du milieu oro-hydrographique permettent d’expliquer les


variations des caractéristiques hydrologiques entre bassins différents (Dubreuil P., 1974 ;
Bravard J-P. et Petit F., 2000). Il faut, toutefois, rappeler que la quantification de cet aspect du
milieu physique par le biais de la morphométrie est préconisée pour des bassins de taille
réduite et homogènes du point de vu géologique. Selon Baulig H. (1959) : « La morphométrie
peut rendre des services appréciables à condition qu’elle se propose des problèmes simples et
bien définis. Elle choisira alors comme terrains d’étude de très petites étendues aussi
homogènes que possibles quant à la structure, aux processus en jeu, au stade d’évolution… ».

S’agissant des bassins jaugés de l’Est algérien caractérisés par une gamme étendue de
surfaces et des contextes orographiques variés, les calculs de régressions entre le module
spécifique et les paramètres physiques (cf. tabl. 6 op. cité), se sont traduits par des degrés de
liaison statistique, en général, assez faibles. Ceci, malgré des tendances générales somme
toute logiques : décroissante de q avec l’altitude moyenne des bassins en raison de l’effet de
la semi-aridité du climat des hauts reliefs de l’intérieur; relation globalement croissante de q
en fonction de l’influence de l’énergie du relief représentée par l’indice de pente Ip de Roche,
augmentation de l’écoulement corrélativement à l’augmentation du coefficient de torrentialité
Ct et également celle de la densité de drainage Dd…) (fig. 75).

Deri J. (1977), dans ses travaux sur l’estimation des apports annuels des bassins
algériens (complétés par Sarvary I. en 1987), a tenté de trouver des relations entre
l’écoulement et les paramètres morphométriques, relations qui se sont avérées « très peu
serrées », à l’exemple de la relation entre la densité de drainage et l’apport spécifique, traduite
par un coefficient de corrélation assez faible (R = 0,47), néanmoins légèrement supérieur à
celui que nous avons obtenu sur les bassins de l’Est algérien (R = 0,38).

107
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Débit spécifique - Altitude moyenne Débit spécifique- Indice de pente de


18 Roche

16 y = -0,0057x + 7,9184
18
R2 = 0,3469
14 R = - 0,59 16 y = 24,201x - 0,2984
R2 = 0,1514
12 14 R = 0,39
10 12
q (l/s/km )
2

q (l/s/km2)
8 10
8
6
6
4
4
2
2
0
0
0 500 1000 1500
-2 0 0.1 0.2 0.3 0.4
H moy (m) Ip de Roche

Débit spécifique - Densité de drainage Débit spécifique - Coefficient de


torrentialité
18
18
16 y = 1,1152x - 0,6803 y = 0,0789x + 1,0133
14 R2 = 0,1412 16
R2 = 0,3384
R = 0,38 14 R = 0,58
12
12
q (l/s/km )
2

10
q (l/s/km )
2

10
8
8
6
6
4
4
2
2
0
0
0 2 4 6 8 0 50 100 150
2
Dd (km/km ) Coefficxient de torrentialité (Ct)

Figure 75 : Régressions entre les modules spécifiques et les paramètres


morphométriques des bassins jaugés de l’Est algérien

108
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Pour estimer le module spécifique, Padoun N-N. (1974) a eu recours à l’altitude


moyenne hmoy des bassins versants (selon lui, facteur intégrateur des précipitations, et
également facteur influençant la diminution de l’évaporation due à la baisse de la température
de l’air). Ce paramètre est pris en compte à travers un coefficient khmoy qui varie de 1 au
niveau de la mer à 1,7 à une altitude de 1 800 m (k = ehmoy/3500 selon la relation simplifiée
proposée par SOGREAH, 1989, pour utiliser la table de Padoun). Connaissant la pluie
moyenne interannuelle P (en mm), le module spécifique (en l/s/km2) est calculé comme suit :
si P = 200 à 900 mm/an : Module spécifique = khmoy (0,0019 P) 3,57
si P = 900 à 1800 mm/an : Module spécifique = khmoy (0,0236 P – 14,2)

Cet auteur a, toutefois, émis des remarques sur le peu de perspectives à accorder à des
liaisons entre éléments du relief et écoulement, à cause de l’information limitée sur
l’écoulement et de la nature complexe de l’orographie du pays. Eu égard à ces limites, les
nombreuses formules, à travers lesquelles les hydrologues ont cherché à mettre en équation
les régimes hydrologiques observés en Algérie, se sont réduites, en majorité, à faire intervenir
la variable pluie et, au plus, la variable surface du bassin versant (cf. Chapitre V).

3. L’IRREGULARITE INTERANNUELLE DES APPORTS : HYDRAULICITE,


VARIABILITE ET FREQUENCE

L’irrégularité interannuelle des apports est indispensable à connaître dans une région où
le régime annuel « moyen » de l’écoulement est fortement influencé par les valeurs extrêmes
(années hyper-humides ou années à sécheresse marquée). C’est une donnée nécessaire pour
répondre aux besoins de l’ingénieur ou du planificateur dans le cadre d’un aménagement
projeté sur un cours d’eau et qui doit tenir compte des risques possibles de défaillance
(sécheresse) ou d’excès (surabondance hydrologique). Elle est généralement appréciée à
l’aide de l’hydraulicité, rapport du débit d’une année particulière Qi au débit moyen d’une
série d’années d’observations Qmoy. L’écart- type (ET), paramètre statistique simple, traduit en
outre la variabilité absolue des apports des cours d’eau sur la période observée considérée.
Mieux encore, le coefficient de variation (Cv = ET/Moyenne) qui exprime la variabilité
relative des débits, permet d’établir des comparaisons entre bassins de taille et de régime
différents.

Par ailleurs, le calcul des débits fréquentiels selon une loi d’ajustement adaptée au
régime hydrologique régional, permet d’établir des prédictions sur des apports de différentes
probabilités de dépassement. Le paramètre K3 de Roche, rapport entre les modules de l’année
décennale humide (F90 %) et l’année décennale sèche (F10 %), est également utilisé par les
hydrologues pour apprécier l’irrégularité de la série de débits annuels.

3.1. Hydraulicité des cours d’eau et influence des apports de crue

L’hydraulicité, rapport du débit de l’année considérée au module, permet de mesurer la


variabilité des débits, suivant les périodes humides « excédentaires » et les périodes sèches
« déficitaires ». Ces fluctuations hydrologiques traduisent plus ou moins fidèlement les
fluctuations des hauteurs de précipitations annuelles reçues par les bassins, étudiées plus loin
Chapitre IV). Les figures 76 à 78 donnent un aperçu sur les variations annuelles des débits et
de l’hydraulicité sur des périodes égales ou supérieures à 22 ans, concernant des groupes de
bassins choisis selon des contextes hydroclimatiques différenciés.

109
3 3
Q (m3/s) Q (m /s) Q (m /s)

0
2
4
6
8
10
12
14
16

0.00
0.20
0.40
0.60
0.80
1.00
1.20
1.40
0.00
0.05
0.10
0.15
0.20
0.25
0.30
0.35
0.40
0.45
1963/64
1970 1964
1972/73
1971 1965
1973
1966
1972/73 1974
1967
1973 1968
1975
1974 1969 1976
1970 1977
1975
1971 1978
1976
1972/73 1979
1977 1980
1973
1978 1974 1981
1979 1975 1982
1980 1976 1983
1977 1984
1981
1978 1985
1982 1979 1986

FERMATOU
EL MKACEB

1983 1980
AIN EL ASSEL

1987
1984 1981
1988

maritimes et telliens
1985 1982
1989
1983
1986 1990
1984
1987 1985 1991
1988 1986 1992
1987 1993/94
1989
1988 1994
1990
1989 1995
1991 1990 1996
1992 1991 1997
1993/94 1992 1998/99
1993/94

Figure 76 : Variations annuelles des modules et de l'hydraulicité de cours d’eau


0.0
0.5
1.0
1.5
2.0
2.5
3.0
3.5
0.0
0.5
1.0
1.5
2.0

0.0
0.5
1.0
1.5
2.0
2.5

Hydraulicité Hydraulicité
Hydraulicité

110
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins
3
Q (m /s) Q (m3/s) Q (m3/s)

0
10
20
30
40
50
60
70
80

0
2
4
6
8
10
12
14
16
0
5
10
15
20
25
30
35
40
1971/72 1972/73
1968/69
1972/73 1969
1973

1973 1970 1974


1974 1971 1975
1972/73
1975 1976
1973
1976 1977
1974
1977 1975 1978
1978 1976 1979
1979 1977 1980
1980 1978
1981
1981 1979
1982
1980
1982
1981 1983

SIDI YAHIA
1983
EL ANCER

MIREBEK

1982 1984
1984
1983 1985
1985 1984
1986
1986 1985
1987
1987 1986
1987 1988
1988
1988 1989
1989

exoréiques (bassins mixtes : Hautes Plaines et Tell)


1989 1990
1990
1990
1991 1991
1991
1992 1992
1992
1993/94 1993/94 1993/94
0.0
0.5
1.0
1.5
2.0
2.5
3.0

0.0
0.5
1.0
1.5
2.0
2.5
3.0
3.5

0.0
0.5
1.0
1.5
2.0
2.5
3.0

Figure 77 : Variations annuelles des modules et de l'hydraulicité de grands cours d’eau


Hydraulicité Hydraulicité Hydraulicité

111
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

CHEMORA
3.0 4.0
3.5
2.5
3.0

Hydraulicité
2.0
2.5
Q (m /s)
3

1.5 2.0
1.5
1.0
1.0
0.5
0.5
0.0 0.0
1969
1970
1971
1972/73
1973
1974
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993/94
MEDJEZ (Oued Ksob)
2.0 2.5
1.8
1.6 2.0
1.4

Hydraulicité
1.2 1.5
Q (m /s)
3

1.0
0.8 1.0
0.6
0.4 0.5
0.2
0.0 0.0
1972/73

1973
1974

1975

1976
1977

1978
1979

1980

1981
1982

1983
1984

1985

1986

1987

1988

1989

1990

1991
1992

1993/94

M'CHOUNECHE
1.4 4.0

1.2 3.5
3.0
1.0
Hydraulicité

2.5
Q (m /s)

0.8
3

2.0
0.6
1.5
0.4
1.0
0.2 0.5

0.0 0.0
1972/73
1973
1974
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993/94

Figure 78 : Variations annuelles des modules et de l'hydraulicité de cours d’eau


en zone semi-aride (bassins endoréiques)

112
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Le tableau 18 récapitule les valeurs de l’hydraulicité, obtenues à partir de 23 stations de


l’Est algérien, ayant des séries communes de 22 ans.

Tableau 18 : Hydraulicité des cours d’eau observés par 23 stations


(période commune : de 1972-73 à 1993-94)

10 07 01
15 06 01

15 09 01

03 03 10

03 09 01

03 11 01

03 16 01

10 01 09

10 04 03

14 02 02

MEDJEZ AMAR II 14 03 01

14 05 01

14 06 01

14 06 02

12 04 01

07 04 03

07 05 01

FOUM EL GUEISS 07 07 02

06 12 01

06 15 02

06 18 01

05 09 01

05 11 01
Code

AIN CHERCHAR

D. TASSADANE

M.ROCHEFORT

MCHOUNECHE
BOUCHEGOUF
AIN EL ASSEL
KHEMAKHEM

SIDI OUADAH
EL KANTARA

KH. S. NADJI
EL MKACEB

AIN SMARA
FERMATOU

SIDI YAHIA

AIN BERDA

CHEMORA
EL ANCER
STATION

MIRBEK

OUENZA

Moyenne
MEDJEZ
REBOA
7 2 / 7 3 2.06 2.83 1.75 1.80 1.95 1.87 1.67 1.36 2.33 2.03 3.04 2.39 3.14 2.68 2.06 3.31 3.86 3.64 3.38 2.83 3.93 0.81 0.94 2.42
19 7 3 1.22 1.69 1.30 0.15 0.10 0.43 1.13 0.59 0.93 0.47 0.19 0.39 0.45 0.07 0.32 1.54 1.08 1.10 0.86 0.75 0.63 1.33 0.76 0.76
19 7 4 0.37 0.59 0.94 0.23 0.23 1.07 0.52 0.23 0.47 0.43 0.24 0.79 0.61 0.23 0.81 0.75 0.64 1.31 0.85 1.15 1.48 0.43 0.62 0.65
19 7 5 0.95 1.52 1.33 0.66 0.46 0.73 1.34 0.85 1.02 0.46 0.52 0.75 0.72 0.32 1.06 1.83 2.47 1.73 1.37 1.56 1.58 2.01 0.77 1.13
19 7 6 0.66 0.81 0.70 0.71 0.94 0.80 0.81 0.74 0.66 0.89 0.81 1.16 1.08 1.20 1.07 1.62 1.30 1.00 2.97 3.41 1.18 1.30 1.22 1.18
19 7 7 0.30 0.44 0.63 0.36 0.47 1.04 0.96 0.37 0.49 0.38 0.44 0.75 0.65 0.51 0.54 0.41 0.24 0.29 0.52 0.68 0.97 0.30 0.84 0.55
19 7 8 0.41 0.58 1.17 1.64 0.97 1.04 0.78 0.53 1.44 0.35 1.05 0.88 0.72 0.81 0.67 0.55 0.28 0.38 0.51 0.63 0.21 0.63 0.55 0.73
19 7 9 0.25 0.48 0.75 0.28 0.13 0.65 0.53 1.91 0.55 0.33 0.21 0.39 0.11 0.03 1.15 0.84 0.46 0.57 1.67 1.89 0.18 0.50 0.56 0.63
19 8 0 0.49 0.97 1.00 0.31 0.97 0.81 0.77 0.65 0.89 0.64 1.45 0.94 0.87 0.91 0.45 0.41 0.62 0.48 1.81 1.59 0.53 0.60 0.73 0.82
19 8 1 1.64 1.81 0.78 0.88 1.09 0.91 1.61 1.12 1.05 0.66 0.08 0.77 0.52 0.60 0.85 0.28 0.82 1.09 0.34 0.41 0.58 1.66 1.61 0.92
19 8 2 0.67 1.00 0.65 1.17 0.56 1.00 0.79 0.67 0.80 0.49 0.88 0.57 0.52 0.89 1.89 1.14 1.34 0.63 0.53 0.73 0.73 1.16 0.86 0.85
19 8 3 2.03 1.30 0.79 2.53 1.93 1.67 1.64 3.43 1.35 5.98 1.92 1.98 1.94 2.39 0.74 0.21 0.53 0.65 0.45 0.21 0.74 0.25 0.58 1.53
19 8 4 2.96 2.27 1.01 3.51 2.20 1.47 2.30 3.37 2.68 5.37 3.65 2.04 2.73 2.19 0.87 1.49 1.17 1.53 0.88 0.20 2.97 0.58 0.71 2.09
19 8 5 0.37 0.52 0.78 0.22 0.28 0.59 0.60 0.42 0.87 0.27 0.32 0.35 0.36 0.17 0.69 0.56 0.63 0.66 1.02 0.79 1.69 1.67 2.10 0.69
19 8 6 2.47 1.89 1.07 1.83 3.44 2.33 1.87 1.17 1.22 0.51 3.12 2.35 2.37 3.28 0.74 0.61 0.57 0.61 0.92 0.95 0.86 1.63 1.54 1.62
19 8 7 0.16 0.26 0.15 0.16 0.07 0.66 0.34 0.20 0.35 0.17 0.06 0.19 0.15 0.01 1.21 0.13 0.12 0.09 0.16 0.31 0.96 0.60 1.44 0.35
19 8 8 1.51 0.69 0.40 0.51 0.44 0.22 0.90 0.62 0.65 0.41 0.07 0.32 0.19 0.31 0.88 0.74 0.42 0.31 0.38 0.76 0.76 0.83 2.19 0.63
19 8 9 0.15 0.22 0.29 0.16 0.26 0.13 0.22 0.57 0.32 0.56 0.10 0.29 0.37 0.34 2.37 2.66 1.77 1.33 0.67 1.73 0.73 1.49 0.90 0.77
19 9 0 1.15 0.50 1.55 1.44 2.21 2.11 1.36 1.75 1.75 0.56 0.15 1.63 1.61 2.00 2.28 0.96 1.06 1.98 0.78 0.48 0.47 0.76 0.90 1.28
19 9 1 0.78 0.54 1.83 0.74 1.23 1.01 0.79 0.37 0.88 0.31 0.11 1.31 0.88 0.77 0.65 1.05 1.26 1.68 1.08 0.31 0.34 1.74 0.46 0.87
19 9 2 1.14 0.87 1.89 1.84 1.20 0.86 0.98 0.75 0.79 0.51 2.77 1.15 1.49 1.68 0.54 0.76 1.19 0.74 0.83 0.37 0.22 0.87 0.89 1.06
9 3 / 9 4 0.28 0.22 1.24 0.85 0.86 0.61 0.08 0.31 0.51 0.22 0.83 0.62 0.51 0.61 0.16 0.16 0.19 0.18 0.02 0.27 0.25 0.86 0.84 0.46

Les moyennes calculées, pour chaque année sur les 23 stations, révèlent :
- la fréquence des années déficitaires : 15 années sur 22 se caractérisent par une
hydraulicité inférieure à 1. L’année la plus marquée par la sécheresse est 1987/88, se
caractérisant par une hydraulicité moyenne de 0,35 et où 20 stations ont enregistré une
hydraulicité inférieure à 1. Elle est suivie par 1993/94 (hydraulicité moyenne de 0,46 et 21
stations concernées par une hydraulicité inférieure à l’unité) puis par 1977/78 (0,55 avec 21
stations déficitaires), 1988/89 (0,63), 1979/80 (0,63)… ;
- les années d’abondance hydrologique sont par ordre d’importance : 1972/73 (2,42),
1984/85 (2,09), 1986/87 (1,62), 1983/84 (1,53). Elles lui succèdent les années d’abondance de
1990/91, 1975/76, 1992/93 (cette dernière est proche de la moyenne).

113
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Elles ne sont pas nombreuses et sont fortement influencées par les apports de crue, à
l’exemple des crues de l’hiver (et printemps) de l’année hydrologique 1984/85 ou celles de
l’automne et printemps de 1972/73 (fig. 79 à 82).

AIN EL ASSEL AIN EL ASSEL


Régime 1984/85 Régime moyen 1972-94
60
18

50 16

14
40
12
Q (m /s)

Q (m3/s)
10
3

30
8
20 6

4
10
2
0 0
S O N D J F Ms Al Mi Jn Jt At S O N D Jr F Ms Al Mi Jn Jt At

Figure 79 : Régime hydrologique moyen et régime influencé par les crues de 1984/85 :
Kebir-Est à Ain El Assel

MIREBEK MIREBEK
Régime 1984/85 Régime moyen 1972-94

120
30
100
25
80
20
Q (m3/s)

Q (m /s)

60
3

15

40
10

20 5

0 0
S O N D Jr F Ms Al Mi Jn Jt At S O N D Jr F Ms Al Mi Jn Jt At

Figure 80 : Régime hydrologique moyen et régime influencé par les crues de 1984/85 :
Seybouse à Mirebek

114
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

EL ANCER EL ANCER
Régime 1984/85 Régime moyen

350 60

300 50

250
40
Q (m /s)

Q (m /s)
200
3

3
30
150
20
100

50 10

0 0
S O N D Jr F Ms Al Mi Jn Jt At S N Jr Ms Mi Jt

Figure 81 : Régime hydrologique moyen et régime influencé par les crues de 1984/85 :
Kebir-Rhumel à El Ancer

OUENZA OUENZA
Régime 1972/73 Régime moyen

30 5

4
25
4

20 3
Q (m /s)

Q (m /s)

3
3

15
2

10 2

1
5
1

0 0
S O N D Jr F Ms Al Mi Jn Jt At S O N D Jr F Ms Al Mi Jn Jt At

Figure 82 : Régime hydrologique moyen et régime influencé par les crues de 1972/73 :
Mellegue à Ouenza

115
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

La figure 83 montre, à titre d’exemple, l’hydrogramme de la crue exceptionnelle de


l’hiver 1984/85 observée à la station d’El Ancer sur le Kebir-Rhumel.

Crue du Kébir-Rhumel à El Ancer


décembre 84 - janvier 85
7000

6308
6000

5000

4000
Q (m /s)
3

3000

2000

1000

0
27/12/84 0:00

30/12/84 0:00

11/1/85 0:00
2/1/85 0:00

5/1/85 0:00

8/1/85 0:00

Date et heure

Figure 83 : Hydrogramme de crue de l’hiver 1984/85 (station d’El Ancer)

La répartition des années hydrologiques en années déficitaires et excédentaires que nous


venons de voir n’est pas toujours généralisable sur le plan géographique. Au sein d’une même
année, il peut y avoir opposition entre bassins méridionaux et bassins septentrionaux, en
rapport avec les deux types de climats (méditerranéen et subdésertique) opposés qui règnent
dans la région.

Le cas de 1983/84 est typique, car la totalité des stations du Nord ont connu une année
hydrologique excédentaire alors que les stations de Ouenza, Reboa, Chemora, Foum El
Gueiss… et l’ensemble des stations du Chott Melrhir et du Chott Hodna ont enregistré une
hydraulicité variant de 0,21 à 0,74. Il se peut, en outre, qu’il ait abondance dans les bassins du
Sud au moment où les bassins du Nord accusent un déficit hydrologique plus ou moins
marqué (cas de l’année hydrologique 1976/77).

116
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

3.2. Variabilité relative et fréquence des apports hydrologiques

3.2.1. Variabilité interannuelle des apports à travers le coefficient de variation (Cv)

A l’échelle d’une station donnée, le rapport des modules extrêmes peut atteindre des
valeurs excessivement fortes : la moyenne se situe autour de 42 et les valeurs extrêmes
atteignent jusqu’à 323 à la station d’Ain Berda (Oued Ressoul), 156 à la station d’ El Kantara
(Oued El Haï…).

Le coefficient de variation Cv s’impose comme paramètre de mesure de l’irrégularité


des débits annuels et de comparaison entre bassins de taille différente (tabl. 19 et fig. 84).

La valeur de Cv varie dans un rapport de 1 à 3 : de 0,48 à la station d’ El Mkaceb


(Oued El Kantara) à 1,56 à la station de Moulin Rochefort (Oued Cherf) en passant par des
valeurs « moyennes » se situant autour de 0,8 (stations de Fermatou, Foum El Gueiss…).

Tableau 19 : Paramètres de variabilité des apports annuels de 23 stations


(période commune : 1972/73-1993/94)
Code Station Qmoy Min sur Max Rapport ET sur k 1 Cv sur k 1
ANRH sur k 1 k1 sur k 1 Max/Min
15 06 01 FERMATOU 0.40 0.06 1.19 20.2 0.32 0.80
15 09 01 SIDI YAHIA 5.20 1.14 14.73 13.0 3.73 0.72
03 03 10 EL MKACEB 0.21 0.03 0.39 12.4 0.10 0.48
3 09 01 KHEMAKHEM 1.14 0.17 3.99 23.1 1.01 0.89
03 11 01 AIN CHERCHAR 4.48 0.33 15.43 46.4 3.90 0.87
03 16 01 AIN EL ASSEL 6.37 0.80 14.83 18.5 3.64 0.57
10 04 03 AIN SMARA 1.49 0.30 5.11 16.8 1.34 0.90
10 01 09 D. TASSADANE 3.26 0.25 7.48 29.8 1.84 0.56
10 07 01 EL ANCER 26.31 8.47 70.45 8.3 15.98 0.61
14 02 02 MOULIN ROCHEFORT 1.20 0.20 7.20 36.0 1.88 1.56
14 03 01 MEDJEZ AMAR II 2.19 0.13 7.98 61.4 2.51 1.15
14 06 01 MIREBEK 10.71 1.19 33.61 28.2 9.16 0.86
14 05 01 BOUCHEGOUF 3.15 0.59 7.51 12.8 2.14 0.68
14 06 02 AIN BERDA 0.39 0.00 1.27 332.9 0.37 0.95
12 04 01 OUENZA 2.75 0.45 6.50 14.5 1.69 0.62
07 04 03 REBOA 0.47 0.06 1.57 24.89 0.38 0.81
07 05 01 CHEMORA 0.71 0.09 2.75 32.4 0.61 0.85
07 07 02 FOUM EL GUEISS 0.24 0.02 0.88 38.7 0.19 0.80
06 12 01 EL KANTARA 0.41 0.01 1.37 156.1 0.34 0.83
06 15 02 MCHOUNECHE 0.37 0.07 1.25 16.8 0.31 0.86
06 18 01 KHANGAT SIDI NADJI 0.71 0.13 2.78 22.24 0.65 0.91
05 09 01 MEDJEZ 0.88 0.22 1.76 8.13 0.46 0.52
05 11 01 SIDI OUADAH 0.14 0.07 0.31 4.83 0.07 0.49

Qmoy : module ; ET : écart-type ; Cv : coefficient de variation ; k1 : série commune 1972 /73 -1993/94

117
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

MOULIN ROCHEFORT
MEDJEZ AMAR II
AIN BERDA
KHANGAT SIDI NADJI
AIN SMARA
KHEMAKHEM
AIN CHERCHAR
MCHOUNECHE
MIREBEK
CHEMORA
EL KANTARA
REBOA
FERMATOU
FOUM EL GUEISS
SIDI YAHIA
BOUCHEGOUF
OUENZA
EL ANCER
AIN EL ASSEL
D. TASSADANE
MEDJEZ
SIDI OUADAH
EL MKACEB

0.0 0.5 1.0 1.5 2.0


Coefficient de variation

Figure 84 : Répartition, par ordre croissant, du coefficient de variation


des débits annuels (période de référence: 1972-94)

La figure 85 montre que les écarts entre les valeurs de Cv, calculées sur les deux
périodes de référence adoptées dans le cadre de ce travail, ne sont pas très importants (ne
dépassant pas 0,2 en général), élément qui confirme là également la représentative relative de
la période courte et la possibilité de passage d’une période à l’autre sans discréditer
notablement l’estimation des débits interannuels moyens

1.8
1.6
1.4
1.2
1.0
CV

0.8
0.6
0.4
0.2
0.0
D ED JI
K MK HIA

H
T NE A
A MA L

A RT

U RE II

T S
A A

M RO NC E

U A
A AS R

BE UF
CH KH B
A ER EM
EL I Y U

F O C EB A
JE EF R

A EG K

U HE OA

D HE
EL G RA

U EZ
H MC AN EIS

D
D IN SE

A N

A
EL H A

G OU AR
IN A E

ED CH E
SS R

O RD
O

Z
E
BO MI R
O

A
IO J
IN O
A EM AC

LI E DA

EN

D
CH B

SI C
EL O
SI AT

A
A

IN
K U

A
IN C

M
M

R
M

.T S

M
N L
R
D

Z
FE

H
H

SI
A
N
U

A
O
M

CV sur k1 CV sur k2

Figure 85 : Courbes comparatives du coefficient de variation Cv calculé


sur deux séries hydrologiques (k1 = 22 ans et k2 = 12 ans)

118
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

Pour les cours d’eau non jaugés, les travaux portant sur l’estimation des paramètres
statistiques de variabilité sont assez rares. Le coefficient de variation Cv, à l’instar du
coefficient d’asymétrie, est un paramètre qui est généralement nécessaire à connaître dans le
calcul des apports de différentes probabilités de dépassement (loi de répartition de Gibrat-
Gauss, Galton, etc.).

Chaumont M. (1968) a proposé le coefficient d’irrégularité (Q F10 %/ Q F90 %), sans qu’il
soit toutefois lié par une fonction mathématique, soit aux précipitations moyennes, soit aux
écoulements annuels moyens, ce qui éloigne la possibilité d’estimer la variabilité pour les
oueds non mesurés (Saidi A., 1990). La seule relation disponible pour estimer la variabilité
des apports pour des bassins grands et moyens, émane de Padoun N-N. (1974, thèse en russe,
résumé traduit en français par Touat M., A.N.R.H., 1983) :
Cvq = K (0,93 / Mo 0,23)
Cvq : coefficient de variation des apports annuels d’un bassin
Mo : débit spécifique interannuel (l/s/km2)
K : coefficient de réduction tenant compte de la part d’écoulement souterrain dans l’écoulement
total du cours d’eau ; il varie de 1 quand l’écoulement souterrain est de 0 % jusqu’à 0,25 lorsque
l’écoulement souterrain atteint 70 %.

Ecoulement souterrain / écoulement global 0 10 20 30 40 50 60 70


en %
K 1,0 0,81 0,67 0,55 0,45 0,37 0,30 0,25

Connaissant Cvq et K, la loi de Gauss, appliquée à l’apport fréquentiel (en année sèche ou en
année humide), s’écrit sous la forme :

AF % = A moy (1± u * Cvq * K)


AF % : apport fréquentiel (hm3/an)
A moy : apport moyen (hm3/an)
u : variable réduite de Gauss

S’inspirant de Chaumont M. (1968) qui dit que l’irrégularité des apports d’un bassin est
une amplification de l’irrégularité de la pluviométrie qu’il reçoit, Saidi A.(1990) propose la
relation suivante, à titre d’approximation de la valeur du Cv de l’apport d’un petit bassin (sur
la base des données de 13 bassins jaugés, R = 0,785) :
Cvq = 2,82 (Cvp)1,11

Cette démarche s’inscrit dans la continuité du travail de Touat M. (étude PNUD, 1987)
qui a proposé, pour des petits bassins de 20 à 200 km2 et dans les conditions d’un écoulement
pérenne, des courbes enveloppes permettant d’estimer Cvq à partir du coefficient de variation
des pluies annuelles Cvp.

3.2.2. Apports annuels fréquentiels : ajustement à des lois de répartition statistique

Les quantiles ou débits estimés selon différentes périodes de retour répondent aux
préoccupations du projeteur ou du planificateur en vue d’une mise en œuvre optimale des
projets d’aménagement hydraulique, tenant compte des risques de défaillance acceptables,
associés à l’évènement hydrologique considéré. Ils se déterminent grâce à l’ajustement des
séries d’observations à des lois de distribution théorique qui s’adaptent le mieux à ces
échantillons de débit.

119
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

En Algérie, l’apport annuel d’une probabilité de dépassement donnée, pour les cours
d’eau où il existe des données d’observation, est calculé selon une loi log-normale (loi de
Galton) ou encore selon une loi racine-normale (méthode adoptée dans l’étude statistique des
précipitations annuelles en Algérie). Appliquée aux débits annuels (voire mensuels) des cours
d’eau algériens, la loi log-normale assure une adéquation satisfaisante, bien meilleure que la
loi normale (Chaumont M., 1969 ; Taibi R., 1994 ; Padoun N-N., 1974) (fig. 86 à 88b).

• Loi de Galton (ou log-normale ou de Gibrat-Gauss)

Elle est de type :


u
1 u −
F( x ) =
2π ∫
−∞
e 2
avec : u = a log (x - x0) + b

La variable réduite de Gauss u peut être obtenue comme suit :

Log (Q − Q0 ) − Log (Q − Q0 ) ;
u=
σLog (Q − Q0 )

L’équation de la droite d’ajustement permettant de calculer un débit d’une fréquence donnée est
donc la suivante :
Log (Q − Q 0 ) = u.σLog (Q − Q0 ) + Log (Q − Q0 )

Le passage de la loi de Gauss à la loi de Galton est réalisé en faisant le changement de variable
de x en log (x - xo). Cette loi fait intervenir trois paramètres dont xo est le paramètre de position.

ƒ Par définition, la probabilité est le rapport du nombre d'événement favorable au nombre total
d'évènement. Souvent à un évènement est associé une durée (il y a par exemple une crue
maximale annuelle chaque année). La fréquence peut alors se définir également comme étant le
nombre d'évènement favorable sur le nombre total de durées. On définit alors la période de retour
T (au temps de récurrence) comme l'inverse de la fréquence au non-dépassement F (ou de la
fréquence au dépassement F1 si F1 est inférieur à 0,5) (Laborde J-P., 2000a) :
1
T = F (si F1 < 0,5)
1
F = 1 - F1
1
T = F (si F < 0,5)
-1
Les fréquences ont pour unité (T) , puisque l'on associe généralement une durée à chaque
événement. La période de retour a donc la dimension d'un temps.
Exemple :
Si on a établi la statistique des débits annuels (un débit par an), le débit de fréquence au non
dépassement 0,9 a une période de retour de :
1
T = 1 - 0,9 = 10 ans
En moyenne, ce débit est dépassé une fois tous les dix ans. Cependant, le débit de fréquence
au non dépassement 0,1 a lui aussi, une période de retour de 10 ans, mais on dira que ce débit est
non dépassé en moyenne une fois tous les dix ans.
ƒ Selon certaines formules en cours, l’apport d’une fréquence donnée est calculé, pour les cours
d’eau non jaugés, à partir des précipitations de probabilité correspondante. Ce procédé n’est
pas bien fondé dans la mesure où les précipitations d’une probabilité donnée ne garantissent pas
toujours un écoulement de même probabilité, sachant que dans les bassins algériens la variabilité
interannuelle des pluies est bien inférieure à celle des débits liquides.

120
Chapitre III : Les apports des cours d’eau et le rendement hydrologique des bassins

10 FERMATOU
(70/71-93/94)

x-x00
x-x
1
Figure 86 :
Q (m3/s)

Ajustement à une loi


0.1
gausso-logarithmique
des débits annuels de
(xo=0.00 Moy.log(x-xo)=-0.5444 E.T. log(x-xo)=0.3731 n=24 la station de
et I.C. à 80%) u (variable réduite de Gauss) Fermatou
0.01
(1970/71-93/94)
-2.5 -1.5 -0.5 0.5 1.5 2.5

AIN ASSEL
(1963/64 -1993/94)

100
Figure 87 :
10
x-xo
Ajustement à une
1 loi log-normale
(xo=0,00 Moy.log(x-xo)=0,7370 E.T. log(x-xo)=0,2641 n=31 et des débits annuels
I.C. à 80%)
0.1 de la station d’ Ain
-2.5 -1.5 -0.5 0.5 1.5 2.5 Assel
(1963/64 - 993/94)

CHEMORA
(1969/70-1993/94)
Figure 88 a :
10 Ajustement à une
1 loi log-normale des
x-xo
0.1 débits annuels de la
0.01 station de
-2.5 -1.5 -0.5 0.5 1.5 2.5 Chemora
(xo=0,00 Moy.log(x-xo)=-0,2515 E.T. log(x- (1969/70 -1993/94)
xo)=0,3885 n=25 et I.C. à 80%)

CHEM ORA
(série :1969/70 -1993/94)

2 Figure 88 b :
1.5 Ajustement à une
1 loi racine- normale
0.5 des débits annuels
0 de la station de
-2.5 -1.5 -0.5 0.5 1.5 2.5
Chemora
( Moy. de Vx =0,82, E.T. de Vx =0,35, taille 25et I.C. à 80% )
(1969/70 -1993/94)

121
Conclusion de la Première Partie

CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

La disparité des apports des cours d’eau s’inscrit dans les contrastes Nord-Sud
caractérisant le contexte physico-climatique varié de l’Est algérien. L’opposition entre deux
grands types d’organismes hydrographiques est fondamentale dans la compréhension de
l’hydrologie régionale : au Nord, des cours d’eau exoréiques, débouchant sur la mer
Méditerranée, à travers le bourrelet du Tell et les plaines côtières, et au Sud, un réseau
d’oueds endoréiques, relié aux dépressions lacustres des Hautes Plaines et du Piémont
saharien.

Pour l’étude des apports, la collecte et la mise en forme des données d’observation,
tout comme leur critique et leur homogénéisation, ont constitué des opérations nécessairement
longues. Les séries de débits mesurés, rendues homogènes et concordantes, couvrent
principalement 33 bassins jaugés (42 bassins au total, avec la prise en compte des aires
intermédiaires, comprises entre les stations), de superficie très variable (de 16 à 8 735 km2).
Elles ont permis de faire ressortir la grande étendue de la gamme des apports annuels
moyens des oueds : de 0,9 à 827 hm3.

Aussi, la cartographie des flux annuels moyens a-t-elle fait ressortir l’opposition
entre :

- les abondants écoulements des cours d’eau exoréiques. Les affluents des zones
montagneuses telliennes, aux formations géologiques peu perméables, sont à l’origine d’un
accroissement rapide des apports avec la surface drainée (Kébir-Rhumel à El Ancer : 26,2
m3/s ; Seybouse à Mirebek : 10,12 m3/s ; Boussellam à Sidi Yahia : 6,8 m3/s) ;

- et les maigres débits issus des bassins méridionaux. Dans ces régions endoréiques, le
schéma s’inverse : l’écoulement, généré sur les versants des djebels, est peu soutenu à l’aval
et finit par s’échouer dans les cuvettes lacustres, soumises à une forte évaporation (Oued El
Arab à Khangat Sidi Nadji : 0,67 m3/s ; Oued El Abiod à Mchounèche : 0,48 m3/s ; Oued El
Haï à El Kantara : 0,52 m3/s).

Les profils hydrologiques offrent l’avantage de visualiser les variations, de la source à


l’embouchure, de l’apport des grands cours d’eau principaux s’étalant, en général, sur des
domaines morpho-structuraux et climatiques bien tranchés. A l’exemple du Kébir-Rhumel
dont le profil hydrologique, caractérisé par trois « gradients » de Q f(S), traduit les domaines
très distincts traversés par le cours principal ; la pente se redresse nettement suite à la
contribution des apports abondants de l’oued Endja, renforcé à l’aval par les affluents
montagnards. Ces profils peuvent, en outre, constituer un outil pour l’extrapolation graphique
d’un débit non mesuré sur une section de l’artère principale.

Le rendement hydrologique fort différencié des bassins a été mis en évidence à l’aide
de l’analyse et la cartographie des débits spécifiques. Un fait hydrologique évident s’impose :
les apports les plus abondants ne sont pas toujours liés à l’étendue des bassins mais au
rendement unitaire de ces derniers, reflété par le débit spécifique (q) qui oscille entre 0,32 et
16,1 l/s/km2. Ainsi, quatre grandes zones à rendement hydrologique différencié, rappelant les
grandes disparités physiques de l’Est, ont pu être dégagées.

122
Conclion de la Première Partie

L’hydraulicité a été, dans une dernière étape, abordée à travers les données de 23
stations disposant d’une série hydrométrique commune de 22 ans (1972- 94). Elle exprime la
grande irrégularité interannuelle des débits, suivant les périodes humides « excédentaires »
(1984/85 et 1972/73 à hydraulicité dépassant en moyenne 2 à 3) et les périodes sèches
« déficitaires » (1987/1988 et 1989/90 à hydraulicité très faible, comprise en moyenne entre
0,1 à 0,5).

L’année 1984/85, en raison des crues exceptionnelles de décembre 1984-janvier 1985 et


celles de mars 1985, marque nettement la variabilité du cycle hydrologique de ces trois
dernières décennies. L’année 2002/03, non comprise dans les séries étudiées, a également
connu une pluviosité exceptionnelle (en particulier les mois de novembre, décembre et
janvier), du même ordre que celle de 1984/85. Ses effets apparaissent sur l’abondante
alimentation en eau des barrages, à l’exemple de celui de Hammam Grouz étudié au chapitre
IX. L’année hyperhumide en question succède directement à l’année hypersèche de 2001/02.

Par ailleurs, s’agissant d’établir des comparaisons entre bassins de taille et de régime
différents, le coefficient de variation (Cv) a montré que la variabilité relative des débits
annuels gravite autour de 0,87 en moyenne mais diffère géographiquement : oued El Kantara
à El Mkaceb : 0,48 ; oued Chemora à Chemora : 0,85 ; oued Cherf à Moulin Rochefort :
1,54....

Concernant l’estimation des apports annuels pour différentes périodes de retour, la loi
racine-normale ou mieux la loi log-normale se révèlent adéquates pour un meilleur ajustement
des échantillons de débits observés. L’estimation de ces quantiles est particulièrement
nécessaire dans les études de régularisation des débits et de dimensionnement des
aménagements hydrauliques, d’une manière générale.

123
Deuxième Partie : Les éléments du bilan hydrologique et les ressources en eau de surface

DEUXIEME PARTIE

LES ELEMENTS DU BILAN HYDROLOGIQUE ET LES


RESSOURCES EN EAU DE SURFACE :
ANALYSE, MODELISATION ET CARTOGRAPHIE AUTOMATIQUE

Malgré les contraintes liées à son recueil sur le terrain, les lacunes et les erreurs
persistantes qui entachent les séries d’observations, l’information hydroclimatologique en
Algérie, plus particulièrement celle gérée par l’Agence Nationale des Ressources
Hydrauliques, connaît depuis plus d’une décennie, une évolution notable en matière de
gestion des bases de données et de cartographie, assistées par ordinateur.

Les méthodes d’analyse de données, de géostatistique et de cartographie automatique


sont utilisées pour le passage d’une information mesurée, ponctuelle et brute, à une
information traitée, interpolée et numérisée. Celle-ci est indispensable pour une connaissance
valable et continuellement mise à jour des éléments du climat et de la ressource en eau.

Les techniques en question sont mises en oeuvre dans le cadre de ce travail pour
étudier, à l’échelle de l’Est algérien, les termes principaux du bilan hydrologique, calculés en
chaque noeud d’une grille du Modèle Numérique de Terrain (M.N.T.) à maille de 2 Km de
côté.

D’une valorisation de l’information disponible sur les précipitations et


l’évapotranspiration, elle-même valorisée sur la base des données géo-topographiques, il
devient possible d’aboutir à une cartographie automatique des apports hydrologiques des
cours d’eau. Par ailleurs, ces outils sont mis à profit en vue d’une approche cartographique du
bilan hydrique mensuel (méthode de Thornthwaite) pour quantifier les déficits en eau
agricole.

Mais, faut-il au préalable analyser les bilans observés des cours d’eau et d’apprécier
leurs variations spatiales. Il s’agit aussi de procéder à la recherche de corrélations statistiques,
tant hydro-pluviométriques qu’entre déficit d’écoulement et précipitations, démarche qui peut
s’avérer utile en vue d’une extrapolation spatiale rapide de l’information hydrologique dans
les zones non couvertes par le réseau d’observation.

124
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

CHAPITRE IV

CARTOGRAPHIE AUTOMATIQUE DES PRECIPITATIONS

A l’échelle de toute l’Algérie du Nord, les précipitations se caractérisent par leur forte
variabilité spatio-temporelle et constituent le facteur le plus fortement explicatif du régime
hydrologique des cours d’eau.

Connaissant à la fois les hauteurs de pluies observées aux points de mesure (information
connue de façon discrète) et le relief (connu de façon continu à travers le Modèle Numérique
de Terrain), il devient possible de valoriser l’information pluviométrique à l’aide des
méthodes statistiques (régression multiple). Le krigeage du champ des résidus de la régression
permet de procéder à la combinaison de l’équation de régression et du résidu interpolé pour
obtenir, au final, la représentation du champ pluviométrique (logiciel SURFER).

La carte des précipitations annuelles médianes de l’Est algérien que nous réalisons à
l’aide de ces techniques constitue, à la base, des grilles d’information, caractérisées par le pas
du maillage. Il devient aisé, dans une dernière étape, d’estimer les lames d’eau précipitées
moyennes, ramenées aux surfaces des bassins jaugés.

La cartographie automatique des pluies algériennes, éprouvée à l’échelle annuelle


moyenne, est susceptible d’être étendue au pas de temps d’une année particulière, de même
qu’à l’échelle d’un mois d’une année donnée ou encore à l’échelle journalière (pluies
journalières extrêmes décennales).

Les hauteurs d’eau moyennes de précipitations estimées aux bassins, constituent un


terme essentiel dans le calcul des bilans d’écoulement. Elles représentent, également, une
donnée d’entrée importante dans la modélisation hydrologique des bassins.

125
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

1. RAPPEL : LA CARTOGRAPHIE DES PRECIPITATIONS ALGERIENNES

Avant la réalisation, en 1993, de la carte dite « A.N.R.H. » (avec l’appui scientifique de


Laborde J-P., Université de Nice – Sophia Antipolis), les travaux de cartographie des
précipitations algériennes se basaient sur l’interpolation manuelle du contour des isohyètes, à
partir des données mesurées aux stations, en s’appuyant sur un fond hypsométrique :
• la carte pluviométrique de Seltzer P. (1946) a été établie à l’échelle du 1/1000 000,
d’après les moyennes brutes de 25 années climatiques, de septembre 1913 à août
1938 ;
• la carte au 1/500 000 de Gaussen H. (1948) couvre la période 1913-1947 ;
• enfin, la carte au 1/500 000 de Chaumont M. et Paquin C. (1971) représente les
précipitations annuelles moyennes ramenées à une période de 50 ans (1913-1963).

Il est indéniable que ces cartes, faisant largement appel à l’expérience et à la


connaissance du terrain, restent des documents de référence pour la pluviométrie algérienne.

Les méthodes classiques de cartographie pluviométrique cèdent aujourd’hui leur place à


la cartographie assistée par ordinateur. Les moyens de calcul et les outils, actuellement
disponibles, permettent le traitement de considérables masses de données d’observation ainsi
que leur représentation de façon objective et assez rapide.

Pour substituer à l’élaboration manuelle de la carte pluviométrique une méthode


automatique et opérationnelle, il était nécessaire de rationaliser les différentes étapes de la
cartographie (Benichou P. et Lebreton O., 1987). La prise en compte quantitative du
« paysage » topographique environnant chaque point de mesure permet de reconstituer
l’ensemble du champ pluviométrique.

C’est dans le cadre de cette nouvelle « ère cartographique » que la représentation du


champ pluviométrique algérien a fait l’objet d’application de méthodes d’analyse des
données, de géostatistique et de cartographie automatique (Laborde J-P., 1997). La carte
pluviométrique de l’Algérie du Nord, à l’échelle du 1/500 000 (2 coupures), représente les
moyennes de 60 ans (du 1er septembre 1921 au 31 août 1960 et du 1er septembre 1968 au 31
août 1989).

Par ailleurs, la tentative de cartographier les pluies d’une année particulière sur l’Algérie
du Nord a été entreprise, en partant du calcul et de l’interpolation, sur les années observées,
du champ des variables réduites u de Gauss (Touazi M. et Laborde J-P., 2000, et thèse Touazi
M., 2001). Ceci, après avoir construit des grilles sur les moyennes et les écarts types des
pluies interannuelles. Le passage de la grille des variables réduites interpolées (krigeage) à
celle des pluies de l’année considérée i est obtenu par application de l’équation de la droite
d’ajustement (droite de Henry).

Une autre approche a été développée très récemment pour cartographier les pluies à
l’échelle mensuelle, plus précisément à l’échelle d’un mois donné d’une année donnée
(Assaba M. et Laborde J-P., 2000 ; Laborde J-P. et al., 2003). Après avoir calculé (régression
pluie-relief) et interpolé, pour chacun des 12 mois de l’année, la médiane des pluies, l’on
procède à l’évaluation ponctuelle des variables réduites u (application de l’équation de la
droite de Henry) et à leur interpolation spatiale (krigeage). La cartographie de u d’un mois i
d’une année donnée conduit à cartographier les pluie du mois i.

126
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Par ailleurs, l’étude des pluies journalières annuelles extrêmes de fréquence décennale,
ayant déjà fait l’objet de travaux sur la région algéroise (Aissani B. et Laborde J-P., 1983),
a été poursuivie à l’échelle de l’ensemble de l’Algérie du Nord. Inspirée du travail de
Mouhous N. (mémoire de D.E.A., 1997), une cartographie (ou plutôt esquisse) des pluies
journalières maximales fréquentielles a été établie sur la base des données d’observation de la
période de 1960/61 à 1998/99, émanant d’un réseau de 394 stations (ANRH-GTZ, 2002).

2. CONSTITUTION D’UNE BASE DE DONNEES PLUVIOMETRIQUES


ANNUELLES HOMOGENES SUR L’EST ALGERIEN

2.1. Les postes pluviométriques

Le réseau pluviométrique dont l’existence date de la période coloniale, s’est


particulièrement étoffé à partir de 1968 : installation d’un nombre important de postes de
l’A.N.R.H. - organisme dénommé autrefois D.E.M.R.H. (Direction des Etudes de Milieu et
des Ressources Hydrauliques)- en complément de l’ancien réseau de l’O.N.M. lequel a subi,
de son côté, une restructuration. Cependant, l’instabilité de fonctionnement de ces stations, les
lacunes et les erreurs entachant les séries d’observations, nous ont conduit à effectuer un
minutieux travail de sélection.

Au vu de la qualité des séries disponibles, 120 postes pluviométriques de l’Est algérien


ont été sélectionnés (fig. 89 et tabl. 20). Ce choix a été établi en adéquation avec les
chroniques hydrométriques étudiées précédemment, en particulier la série commune 1972/73-
1983/84, largement exploitée dans l’étude des bilans d’écoulement. Les séries
pluviométriques de cette période comportent des lacunes d’information qui ne dépassent pas
en moyenne 18 %. L’intervalle de variation des altitudes réelles des postes pluviométriques
retenus est considérable (station de Jijel sur le littoral : 6 m ; station d’Ain Tinn dans la chaîne
montagneuse de l’Aurès : 1 650 m). Il y a lieu de préciser que 50 % des postes sont localisés à
une altitude supérieure à 836,5 m (altitude médiane) (Mebarki A., 2003a).

S’agissant des séries trentenaires (1965/66 - 1994/95), traitées très récemment par
l’A.N.R.H., nous les avons exploitées, en relation, plus spécialement avec la modélisation
hydrologique des bassins, abordée plus loin. Elles ont également servi à l’étude de la
variabilité interannuelle des couples pluie-débit.

2.2. Reconstitution des données manquantes

Les chroniques de précipitations annuelles étant sensiblement « racines-normales », il a


été permis de procéder au comblement des lacunes à l’aide d’une Analyse en Composantes
Principales (A.C.P.) des racines carrées des valeurs de pluies mensuelles observées.

La méthode « Bouche trou » (programme développé par Laborde J-P., écrit en basic et
présenté sous forme de macros sur Excel,), a été adoptée, compte tenu des résultats
satisfaisants obtenus lors de son application aux données de 470 postes pluviométriques ayant
servi à l’élaboration de la carte pluviométrique de l’Algérie du Nord. Cette technique de
comblement des lacunes consiste à établir des régressions multiples successives entre les
valeurs mensuelles observées et les vecteurs régionaux issus d’une A.C.P. (A.N.R.H., 1993 ;
Laborde J-P., 1997 ; Assaba M. et Laborde J-P., 2000).

127
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

MER MEDITERRANEE 19 ANNABA


23 SKIKDA
22
400 21 107
11
18 32 33
BEJAIA 15 86 29 34
1413 87 88 20 28 30 106
4 16 27
12 31
23 24
1 9 17 85 35
103
GUELMA
5 26 25 105
117 10
120 8 84
CONSTANTINE 104
350 74 91
6
7 73 8990
115 75 81
118 111 102
113
110 112 76
109
114
119 78 77 82 100 101 97
37
BORDJ BOU ARRERIDJ
36 80 95

TUNISIE
116 108 79 83
Amorces Y Lambert (km)

300 96
55 71
38 93
58
68 98
72 92
M 'SILA
39 99
60
BATNA
41 61
59
43 57
250 56 67 62 70 52 TEBESSA
94
65 66 64 69
40 63
45
54
50
44 46
49
200 42 51 53
48

BISKRA
47

150

0Km 50Km 100Km


100
650 700 750 800 850 900 950 1000
Amorces X Lambert (km)
Poste Pluv. N° Poste Pluv. N° Poste Pluv. N° Poste Pluv. N° Poste Pluv. N° Poste Pluv. N°
Bou Khelifa 1 Tamalous 21 N'Gaous 41 Batna Fexp. 61 Bou Malek 81 Aioun Setatra 101
Cap Aokas 2 Beni Zid Guerg. 22 El Outaya 42 Reboa 62 Teleghma 82 Ain Makhlouf 102
Cap Aokas Pép. 3 Afflassène 23 Ouled Chelih 43 A.Tinn 63 A.Fakroun 83 Heliopolis 103
Dom. Dehas 4 Zardézas 24 Menna 44 FoumToub 64 Hamma B. 84 Mahouna 104
Bordj Mira 5 Ain ElKleb 25 Medina Al Annasseur 45 Baiou 65 Hamala 85 Bouchegouf 105
Amouchas 6 Bou Snib 26 Tkout 46 Bouahmar 66 A. Kechera 86 Ain Berda 106
Ain Roua 7 El Arrouch 27 Foum El Gherza 47 Timgad 67 O.Messaouda 87 El Hadjar CFPA 107
Tizi N'Braham 8 Emdjez Chich 28 Tadjemout 48 Boulhilet 68 Settara 88 Guellal 108
Souk Ettnine 9 Ramdane Djamel 29 Halla 49 Yabous 69 Souk Ahras 89 Ain Arnat 109
Hydro
Ain Merdja S. 10 Zit Emba 30 Babar 50 Touffana 70 Souk Ahras 90 Bouira Coligny 110
Jijel 11 Bouati Mahmoud 31 Kheirane 51 A.Beida 71 Ain Seynour 91 El Ouricia 111
Texenna 12 Azzaba 32 Troubia 52 Fkirina 72 La Meskiana 92 Fermatou 112
Chedia 13 Ain Cherchar 33 Bordj Sbeikia 53 Chebabta 73 Ain Sedjera 93 Mahouane 113
Derdar 14 Maiz Bachir 34 Elma El Abiod 54 B.Guecha 74 Tebessa PC 94 Setif INRA 114
M'rabet Moussa 15 Bou Hadjar 35 A.Djasser 55 MerdjetBC 75 Ouenza 95 Zeiri 115
Ouled Guecham 16 B. B. Arreridj PC 36 Tazoult 56 Belaa 76 El Aouinet 96 Tixter 116
Erraguène 17 Medjana (La) 37 A.BTenoun 57 Tadjenanet 77 M'daourouch 97 Bou Birek 117
Taher 18 Ksob Barrage 38 A.Yagout 58 BirEArch 78 Ain Zergua 98 Ain Abessa 118
Zitouna 19 Merouana 39 Hamla 59 A El Kebch 79 Ain Erkel 99 Bir Kasdali 119
Oum Toub 20 Attouta Barrage 40 Seguene 60 OuledKhelouf 80 Ksar Sebihi 100 Beni Ourtilane 120

Figure 89 : Localisation des postes pluviométriques à travers le relief (M.N.T.) de l’Est


algérien

128
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Tableau 20 : Coordonnées des postes pluviométriques et pluies annuelles moyennes observées

Poste P Poste P
code pluviométrique. X (km) Y(km) Z (m) (mm/an) code pluviométrique X (km) Y(km) Z (m) (mm/an)
30101 Bou Khelifa 715.2 369.9 167 1003 70201 A.Djasser 798.85 289.1 865 226
30102 Cap Aokas 728.2 373.2 14 940 70303 Tazoult 822.65 248.65 1200 323
30103 Cap Aokas Pép. 729.2 373.5 12 930 70304 A.BTenoun 827 254 1180 240
30104 Dom. Dehas 712.8 381.2 15 691 70306 A.Yagout 836 281.6 876 312
30203 Bordj Mira 730.3 363.8 220 1040 70308 Hamla(Condor) 807.25 256.4 1200 311
30204 Amouchas 743.7 345.9 790 584 70309 Seguene 809.3 260.6 1400 483
30205 Ain Roua 723 339.8 1100 572 70316 BatnaFEx 814.7 257.35 1040 344
30206 Tizi N'Braham 714.4 354.1 925 617 70403 Reboa 848.2 250.2 1010 260
30207 Souk Ettnine 736.75 369.3 40 977 70405 A.Tinn 839.6 237.5 1650 450
30208 Ain Merdja S. 746.1 357 1000 780 70406 FoumToub 849.35 241 1220 382
30301 Jijel 773.9 396.1 6 806 70407 Baiou 829.65 242.65 1160 407
30302 Texenna 776.2 377.8 725 1132 70408 Bouahmar 837.35 243.25 1220 217
30312 Chedia 779.4 386.5 94 979 70409 Timgad 842 249.35 1040 279
30314 Derdar 775.9 385 330 1055 70502 Boulhilet 858.7 277.1 859 146
30316 M'rabet Moussa 773.9 387.6 190 886 70604 Yabous 857.9 240.1 1180 391
30320 Ouled Guecham 775.3 380.4 145 1375 70605 Touffana 885.85 249.8 1040 265
30401 Erraguène 757.4 368.6 680 1207 70707 A.Beida 923.75 287.7 998 402
30504 Taher 785.6 390.5 56 961 70708 Fkirina 917.4 272.9 856 340
30602 Zitouna 834.5 416.3 548 1633 100110 Chebabta 764.8 341.9 660 381
30706 Oum Toub 846.1 383.4 240 653 100202 B.Guecha 795.95 348 550 461
30710 Tamalous 851.6 400 60 660 100204 MerdjetBC 782.8 339.3 730 437
30711 Beni Zid Guerg. 842.1 407 60 756 100302 Belaa 783.75 327.25 990 356
30712 Afflassène 841.2 410.1 35 716 100303 Tadjenanet 795.65 318.8 850 298
30903 Zardézas 875.3 374.6 189 633 100306 BirEArch 782.3 319.15 952 284
30904 Ain ElKleb 888.1 363.4 750 646 100307 A El Kebch 806.55 307.4 955 243
30905 Bou Snib 882.1 362.95 900 686 100310 OuledKhelouf 806.8 310.85 870 313
30906 El Arrouch 869.7 379.7 137 531 100401 Bou Malek 817.15 336.8 830 525
30908 Emdjez Chich 866.6 386.1 104 431 100402 Teleghma 829.05 319.25 750 296
30909 Ramdane Djamel 874.9 389.9 80 501 100503 A.Fakroun 876.6 305.5 920 320
31102 Zit Emba 911.4 385.3 58 499 100603 Hamma B. 848.5 352.8 460 509
31105 Bouati Mahmoud 913.8 375.5 87 639 100703 Hamala 826.05 369.7 660 831
31106 Azzaba 892.3 391.3 96 624 100705 A. Kechera 833.6 389.35 290 420
31201 Ain Cherchar 909.5 393.2 34 559 100708 O.Messaouda 802.2 384.2 585 1359
31502 Maiz Bachir 971.1 389.9 17 619 100711 Settara 825.1 385.9 280 881
Souk Ahras
31503 Bou Hadjar 984.2 369.7 300 704 120101 Hydro 967.75 342.2 580 571
50 905 B. B. Arreridj PC 685.8 309.95 922 310 120102 Souk Ahras 972.3 344.5 655 596
50 906 Medjana (La) 677.75 316.2 1042 300 120103 Ain Seynour 964.05 348.2 830 1032
51 005 Ksob Barrage 668.45 282.1 580 211 120201 La Meskiana 949.7 271 839 308
51 201 Merouana 790.75 263.65 1000 313 120203 Ain Sedjera 941 284.55 1020 356
51 305 Attouta Barrage 744.85 236.6 471 143 120301 Tebessa PC 994.5 248 850 324
51 306 N'Gaous 764.1 255.1 750 171 120401 Ouenza 989.6 312.75 500 299
61205 El Outaya 764.8 196.2 275 96 120402 El Aouinet 968.2 297.55 660 316
61211 Ouled Chelih 799.4 252.6 1120 335 120403 M'daourouch 960.95 320.6 870 382
61304 Menna 801.25 213.25 983 213 120510 Ain Zergua 1003.65 274.95 845 342
Medina Al
61503 Annasseur 846.8 231.1 1540 394 120514 Ain Erkel 997.1 265.42 990 441
61505 Tkout 828.5 211.35 980 207 140104 Ksar Sebihi 910.5 319 850 316
61601 Foum El Gherza 794.7 177.65 140 88 140105 Aioun Settara 922.4 318.3 741 313
61604 Tadjemout 838.05 195 930 196 140205 Ain Makhlouf 909.1 336.1 834 456
61802 Halla 878.5 204.3 740 211 140403 Heliopolis 925.1 366.8 280 584
61804 Babar 901.4 216.2 1100 268 140406 Mahouna 920 353.1 1000 807
61805 Kheirane 870.5 197 590 228 140505 Bouchegouf 949.2 362.4 100 502
62307 Troubia 963.1 250.9 1252 316 140606 Ain Berda 937.3 383.2 100 579
62801 Bordj Sbeikia 1003 199 875 169 140614 El Hadjar CFPA 949.9 401 12 615
62802 Elma El Abiod 998.15 225.35 1020 279 150603 Guellal 737.1 308.1 908 294
150607 Ain Arnat 734.9 323.5 1100 321
150608 Bouira Coligny 732 326.6 1017 404
150609 El Ouricia 743.5 334.9 1089 431
150610 Fermatou 742 328.6 1043 347
150611 Mahouane 737.7 332.9 1178 328
150612 Setif INRA 740.1 321.8 970 348
150613 Zeiri 745.7 337.5 1130 498
150614 Tixter 715 308.2 960 233
150703 Bou Birek 689.6 354.5 500 532
150706 Ain Abessa 733.1 336.4 1100 579
150707 Bir Kasdali 709.5 318.4 980 374
150708 Beni Ourtilane 693 351.4 1020 562
X et Y : coordonnées kilométriques de Lambert Nord Algérie ; Z : altitude réelle du poste en m ; P : précipitations annuelles
moyennes en mm par an (série commune 1972/73 – 1983/84)

129
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Rappel de la méthode de comblement des lacunes pluviométriques mensuelles à l’aide de


l’Analyse en Composantes Principales (A.C.P.) :

Chaque observation mensuelle manquante x (i, j) est remplacée dans une première étape par
la moyenne interannuelle Mx0 (j), calculée sur les seules années réellement observées
(valeurs en racine carrée). On obtient alors une première matrice complète [x0] sur laquelle
on effectue une A.C.P. qui permet d’obtenir les projections des variables (les stations) [a1] et
des observations (les mois) [c1] sur les quatre seules premières composantes principales
pouvant avoir une signification physique. On obtient également les matrices des moyennes
[Mx1] et des écarts-types [Sx1].
Il devient alors possible de reconstituer chaque observation manquante par une nouvelle
valeur estimée xe1 (i, j) :
xe1 (i, j) = Mx1 (j) + Sx1 (j) * {(a1 (1, j) c1 (i, 1) + a1 (2, j) c1 (i, 2) + a1 (3, j) c1 (i, 3)}
Les valeurs xe1 (i, j) sont de meilleures estimations que Mxo (j) car elles tiennent compte
des observations aux autres stations pour l’année j. L’on peut donc réitérer le processus en
remplaçant dans la matrice [x0] chaque Mx0 (j) par les xe1 (i, j) adaptés. On obtient ainsi une
nouvelle matrice [x1]. On recommence alors une A.C.P. sur la nouvelle matrice [x1]
permettant d’obtenir de nouvelles valeurs estimées xe2 (i, j), tirées des nouvelles matrices [c2]
(projections des variables, [a2] (projections des observations), [Mx2] (moyennes) et [Sx2]
(écarts-types). Le processus se stabilise après un certain nombre d’itérations (nous sommes
allées jusqu’à 15 itérations au total).

Ainsi, les informations pluviométriques annuelles manquantes ont été reconstituées par
le biais de cette méthode. Sur les séries rendues complètes et homogènes, il est devenu
possible de calculer pour chaque station la pluie annuelle médiane, variant entre 88 mm
(Foum El Gherza dans le piémont saharien) et 1 633 mm (Zitouna dans le massif de la
Kabylie de Collo).

Pour l’échantillon des 120 stations sélectionnées, l’écart type des hauteurs de pluies
annuelles est de 290 mm et le coefficient de variation (Cv) inter-postes se situe autour de
0,57. Du point de vue de la variabilité interannuelle des pluies, Cv est de 0,29 en moyenne,
oscillant géographiquement entre les valeurs extrêmes de 0,12 dans le Nord (Oum Toub et
Zitouna) et de 0,83 dans le Sud (Bordj Sbeikia).

3. ANALYSE DE LA RELATION PLUIE ANNUELLE - RELIEF

3.1. Le relief pris en compte à travers le Modèle Numérique de Terrain (M.N.T.)

Parallèlement à l’exploitation des données de mesure pluviométrique, la cartographie


automatique des isohyètes s’appuie sur le traitement de l’information topographique, facteur
influençant notablement la variation spatiale des pluies.

L’information sur le relief est étudiée à travers un Modèle Numérique de Terrain M.N.T.
(Digital Elevation Model ou D.E.M.), extrait d’une image satellitaire, déjà traitée par un
stériorestituteur, et couvrant l’ensemble du continent africain (diffusion sur Internet par EROS
Datat Center de l’U.S. Geological Survey) (fig. 90). Les coordonnées des nœuds de la grille
(tableau d’altitudes Zij, i en colonne et j en, ligne), établies à l’origine dans un système
géographique (30’’ d’arc en longitude et latitude), ont fait l’objet de conversion en
coordonnées Lambert (Mouhous N., 1997 ; A.N.R.H., 2002a).

130
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

shaded relief map

image map et contours map


MER MEDITERRANEE
ANN ABA
SKIKDA
400

BED JAIA

GU ELMA

CO NSTANTINE
TU NISIE

350

BORDJ BOU ARRERIDJ

300

BATNA
250 TEBESSA

200

BISKRA

150

100
650 700 7 50 800 850 900 950 1000 1050

Altitudes du relief en mètres (M.N.T.lissé)

0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600 1800 2000

Figure 90 : M.N.T. lissé de l’Est algérien traité sous SURFER

131
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Compte tenu de la nature du phénomène étudié (les précipitations) et de l’étendue du


domaine géographique (l’Algérie orientale), l’altitude estimée en tout point d’une grille deux
fois kilométrique (maillage de 2 x 2 km) s’est avérée suffisante pour rendre compte de la
relation pluie-relief.

Le M.N.T. du territoire national, généré à partir des courbes de niveau et d’un semis de
points côtés, est aujourd’hui disponible avec un pas de la grille de 200 m (Institut National de
Cartographie et de Télédétection, Alger).

3.2. Calcul des régressions multiples entre pluie et paramètres du relief


La moyenne des racines carrées des précipitations annuelles Pe est estimée en
fonction de l’altitude lissée (Zliss9 en m), de la latitude (Y : coordonnée Lambert en km) et de
la longitude (X : coordonnée Lambert en km).

L’intérêt de l’altitude lissée Zliss9 est de ne tenir compte que de la topographie qui
influence réellement le déplacement des masses d’air et par conséquent des précipitations.
L’effet des « micros » reliefs est gommé (Assaba M. et Laborde J-P., 2000).

Sur un maillage régulier, on extrait neuf noeuds (soit une fenêtre de 3 * 3 = 9 mailles
couvrant une surface de 36 km2 concernant un M.N.T. d’un pas de 2 km). L’altitude lissée
d’un point M (la station pluviométrique) correspond à la valeur maximale parmi la cote réelle
(ZM) et les quatre cotes obtenues par interpolation des huit noeuds les plus proches :

Z1 + Z 8 Z 2 + Z 7 Z 3 + Z 6 Z 4 + Z 5
Zliss9 = Max (ZM , , , , )
2 2 2 2

Un exemple d’application de cette méthode au poste pluviométrique de Zardézas (code


A.N.R.H. : 03 09 03 ; coordonnées : X = 875,3 km, Y = 374,6 km et Z réel = 189 m) est
montré par la figure 91.

Z1 Z2 Z3 266,159 318,149 407,811

Z4
ZM Z5 311,002 256,986 308,434

Z6 Z7
Z8 397,582 305,784 264,506

Figure 91 : Exemple de calcul de l’altitude lissée Zliss9.


Données du M.N.T. (Z en m) des 9 mailles du poste pluviométrique de Zardézas

Les résultats sont les suivants :

Zliss = Max (256,98, 265,33, 311,96, 402,69, 309,71)

Zliss9 calculée = 402,7 m ; Zliss9 retenue (carte interpolation des Zliss9) = 405,5 m

132
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Après plusieurs essais sur les régressions pluies obsevées-relief, nous avons retenu les
résultats de la meilleure régression (avec un coefficient de corrélation multiple R = 0,91)
faisant intervenir au total 6 variables explicatives et un terme constant (X, Y, Zliss9, XZliss9,
YZliss9, Zliss9/Y-550 et 21,32 = constante) (fig. 92 et tabl. 21).

Figure 92 : Régression entre les racines carrées des pluies annuelles médianes estimées et
observées sur 120 postes pluviométriques de l’Est algérien

Tableau 21 : Résultats de la régression multiple pluies observées - paramètres du relief

Exemple d’application :
Régression linéaire avec 6 variables explicatives station Bou Khelifa (Code 030101)
Pluie annuelle Pluie annuelle
médiane estimée par médiane reconstituée
Coefficient de Coefficient de la régression avec le résidu
Variable corrélation partielle régression interpolé
X -,4966302 -4,460753E-02 715,2
Y ,7077167 ,1025183 369,9

XZlisbis ,5274308 5,746986E-05 464156,14608

YZlisbis -,6472494 -2,265548E-04 240060,62421

Z9liss -,3477359 -3,178156E-02 648,9879

Zlisbiss/Y-550 -,6353855 -13,79409 -3.603486396

Terme constant 21,31997 21,31997

Résidu : ε = 2,96
Pe = 28,7073
P = Pe + ε
Coefficient de Pe = 824,1 mm/an = 31,67
corrélation
multiple ,9109856 P = 1002,9 mm/an
(12,75042/1,645
significatif car ayant moins
de 5% de chance d'être du
F expérimental : au hasard) 91,88249
(3,840212/1,96 significatif
car ayant moins de 5% de
Plus petit r : chance d'être du au hasard) ,3477359
Cette dernière solution est acceptable

133
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

4. INTERPOLATION DES RESIDUS DE REGRESSION ET CARTOGRAPHIE


AUTOMATIQUE DES PLUIES

La combinaison de l’équation de régression et du résidu interpolé permet d’obtenir la


représentation finale du champ pluviométrique :

• En chaque poste, nous connaissons la pluie médiane (ou plus précisément la


médiane des racines carrées des pluies annuelles) observée et la pluie médiane
estimée (également en racines) obtenue à partir de l’équation de régression. La
figure 93 montre, pour les différentes postes pluviométriques étudiés, les valeurs
des pluies reconstituées en comparaison avec les pluies estimées au départ.

• Le résidu ε correspondant à la différence entre les précipitations mesurées et les


valeurs calculées, c’est à dire la part des précipitations non expliquée par le relief,
est interpolé par krigeage, des points de mesure à l’ensemble de la grille.

50

45

40

35

30

25
Racine de P (mm/an)

20

15

10

5
Poste pluviométrique (nom de 1 poste sur 2)

0
Heliopolis
Oulrd Chelif
Bordj Mira

Jijel

Ain ElKleb

Medina Al

Bordj Sbeikia

El Ouricia

Bir Kasdali
Tadjenanet
Tamalous

Medjana (La)

Yabous

Bou Malek

Ain Seynour

El Hadjar CFPA
Bou Khelifa

M'rabet Moussa

Bouati Mahmoud

Halla

A.Tinn

Timgad

MerdjetBC

Ain Sedjera

Ain Erkel

Zeiri
Ain Arnat
A.Djasser
Ain Cherchar
Bou Hadjar

Hamla(Condor)

Bou Birek
Ain Roua
Souk Ettnine

Chedia

Zitouna

Afflassène

El Arrouch

Merouana

Foum El Gherza

Kheirane

A.BTenoun

Baiou

A.Beida

A El Kebch

O.Messaouda
Hamala

M'daourouch

Aioun Setatra

Mahouane
Cap Aokas Pép.

Bouchegouf
N'Gaous

BatnaFEx

Souk Ahras
Erraguène

Ramdane

A.Fakroun
Chebabta

Ouenza

Pluie estimée Pluie reconstituée

Figure 93 : Pluies estimées et pluies reconstituées (avec le champ des résidus) aux stations
pluviométriques de l'Est algérien

134
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Pour effectuer le krigeage (avec le logiciel SURFER), qui s’appuie sur les
caractéristiques structurales de l’échantillon, le variogramme des résidus des moyennes des
racines carrées des pluies interannuelles est approché par une fonction de type sphérique
(Laborde J-P., 2000c ; Meylan P., 1986). Le palier σ2 et la portée p ont été ajustés de façon à
ce que le modèle théorique passe « au mieux » au milieu du nuage de points (fig. 94).

Le krigeage consiste à estimer une variable en un point (krigeage ponctuel) ou la moyenne


d’une variable sur un domaine (krigeage zonal) à partir d’échantillons d’implantation
connue (Meylan P., 1986). Les résidus de régression, par construction, stationnaires d’ordre
2 (c’est à dire qu’ils sont nuls en moyenne et de variance constante) se prêtent facilement à
une interpolation (Laborde J-P., 1997).

10

9
2
γ (h) en mm

6
Exp.
5
Sphér.

1
Distance h (en km)
0
0 20 40 60 80 100 120 140 160

Figure 94 : Variogramme des résidus de régression (des moyennes des racines carrées de
pluies annuelles)
(modèle sphérique : portée = 55 km ; palier = 7 mm2 ; pépite nulle à l’origine)

• Enfin, en tout point de la grille couvrant la région de l’Est algérien, connaissant les
variables explicatives et les valeurs interpolées des résidus de la régression , on
2
obtient par application de l’équation : P = ⎛⎜ Pe + ε ⎞⎟ , la grille finale des
⎝ ⎠
précipitations annuelles médianes, permettant de tracer, avec SURFER, les
courbes isohyètes. Un fonds hypsométrique issu du M.N.T. et différents éléments
d’habillage peuvent être ajoutés à la carte réalisée.

135
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Le schéma de la figure 95 résume les différentes étapes de la démarche cartographique


adoptée.

Altitude lissée du
point de la grille Zliss9
X
Grille du MNT
Y

Valeurs ponctuelles des résidus de


régression: ε = Pobs. - Pe
Valeurs ponctuelles de pluie
observées

Pluie estimée en ce Résidu interpolé en ce


point de la grille Pe point de krigeage ε

Grille des précipitations estimées Grille des résidus interpolés par


par régression multiple SURFER après identification du
f(X, Y, Zliss9) variogramme

Calcul final
2
des
Précipitations P = ⎛⎜ Pe + ε ⎞⎟ = ((-0,0446 X + 0,1025Y + 0,000057XZliss9 -
⎝ ⎠
en un point de
la grille 0,00022YZliss9 - 0,0317Zliss9 -13,794Zliss9/Y-550 +21,31) + ε )2

Logiciel
SURFER

Carte finale
Grille des précipitations

Figure 95 : Schéma des différentes étapes de réalisation de la cartographie des pluies


annuelles médianes de l’Est algérien

136
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Parce qu’elle prend en compte, au départ, en chaque point de mesure la valeur de pluie
observée et l’information géo-topographique associée, la carte obtenue se présente comme la
plus réaliste possible (fig. 96). Ceci comparativement à celle que donnerait l’application
directe du krigeage sur les valeurs mesurées, c'est-à-dire sans prise en compte de
l’information « relief » (fig. 97).

RANEE
MER MEDITER
Beni Zid Guerg.
400 Taher Azzaba
A. KecheraEmdjez Chich Maiz Bachir
Derdar Settara
Oum Toub Zit EmbaAin Berda
Dom. Dehas Ouled Guecham
Texenna
Cap Aokas Zardézas
Bou Snib
Ain Merdja S.

T U N I S I E
Tizi N'Braham
Beni Ourtilane Hamma B. Mahouna
Amouchas B.Guecha Souk Ahras
Ain Abessa Ain Makhlouf
BouiraFermatou
Coligny Belaa
Setif INRA BirEArch Teleghma Ksar Sebihi
OuledKhelouf
Y Lambert (km)

B. B. Arreridj PCTixter Guellal


El Aouinet
300
A.Yagout
Boulhilet Ain Zergua
Fkirina La Meskiana
Seguene
Tazoult Reboa Touffana Troubia Tebessa PC
Bouahmar
FoumToub
Attouta Barrage
Elma El Abiod
Menna Babar
Tkout

200 El Outaya Tadjemout

700 800 900 1000


X Lambert (km)

Précipitations annuelles médianes en mm

0 100 200 300 400 600 800 1000 1400 1800

Figure 96 : Précipitations annuelles médianes de l’Est algérien


(Période moyenne : 1972/73- 1983/84)

137
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

400

350
Y Lambert (km)

300

250

200

150
700 750 800 850 900 950 1000 1050
X Lambert (km)

Figure 97 : Interpolation (griding with kriging) des précipitations annuelles médianes,


observées dans l’Est algérien, sans prise en compte du relief

5. LES ZONES PLUVIOMETRIQUES CARTOGRAPHIEES DE L’EST ALGERIEN

5.1. Zones pluviométriques et lames d’eau précipitées

L’examen de la carte d’isohyètes de l’Est algérien permet de faire ressortir une


répartition des zones pluviométriques, en bandes longitudinales, et de valeur décroissante du
Nord vers le Sud (cf. fig. 96). Le fort gradient latitudinal (le coefficient de corrélation
partielle le plus fort est celui qui liePe à Y Lambert avec R = 0,71) et secondairement
l’altitude, commandent pour une grande part cette distribution spatiale.

Les précipitations varient de plus de 1 voire 1,5 m par an sur les sommets du Tell
maritime (Jijel, Collo, Edough) et sur les Monts de la Medjerda, à moins de 100 mm dans la
zone présaharienne, en passant par une zone de 300-500 mm particulièrement développée
(Hautes Plaines). Ce schéma de répartition est altéré par l’effet orographique de la chaîne de
l’Atlas Saharien (auréoles de plus de 600-700 mm épousant les sommets de l’Aurès et
Nememcha). Au-delà, sur la grande dépression du Chott Melrhir, les précipitations se
raréfient.

138
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

C’est à partir de cette carte qu’il a été procédé au calcul des lames d’eau moyennes
annuelles précipitées sur 42 bassins hydrographiques jaugés, variant entre 200 mm (bassins du
Ksob et Soubella dans le Hodna) et 1200 mm (bassin d’El Agrem dans la région côtière de
Jijel) (cf. chapitre V).

5.2. Comparaison avec la carte pluviométrique de l’A.N.R.H.

La comparaison de cette carte avec celle de l’A.N.R.H. qui couvre une période longue
de 60 ans (1922-60 et 1969-89), montre une bonne concordance sur le plan géographique
avec, cependant, un déficit pluviométrique moyen de l’ordre de 8 %. En raison des deux
décennies les plus récentes (1969-89), plutôt sèches, la carte de l’A.N.R.H. accuse elle-même
un déficit pluviométrique de 10 % par rapport aux données de la série (1913-63) de Chaumont
M. et Paquin C.

Pour 90 postes pluviométriques concernés par notre étude et communs à ceux étudiés
par l’A.N.R.H., la régression linéaire simple établie entre les moyennes des racines carrées
des précipitations annuelles des deux périodes montre une très bonne corrélation (R = 0,985)
et l’équation s’écrit comme suit (fig. 98) :

PEST ( 72 −84 ) = 0.99 × PANRH − 1.21


Racine carrée de P (série étude Est algérien,

45
40
35
30
25
A.M.)

20
15
(y=0,99 x -1,21 avec r=0,9846 et
10
I.C. à 70%)
5
0
10 15 20 25 30 35 40 45
Racine carrée de P (série A.N.R.H.)

Figure 98 : Régression linéaire entre les moyennes des racines carrées de 2 séries de
précipitations annuelles issues de 90 postes de l’Est algérien (série Mébarki A. en Y et série
A.N.R.H. en X)

139
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

6. CARTOGRAPHIE DES PLUIES A DES PAS DE TEMPS PLUS COURTS

Après les résultats obtenus à l’échelle des « normales » annuelles, la cartographie


automatique montre, en poussant plus loin l’analyse statistique, sa faisabilité tant sur une
année particulière que sur un mois d’une année donnée. En outre, des travaux récents,
étendus à l’Algérie du Nord, ont révélé l’intérêt d’une approche cartographique appliquée aux
pluies journalières extrêmes.

6.1. De l’année moyenne à l’année particulière

D’après les études antérieures, les pluies annuelles sont distribuées suivant une loi
racine normale (Chaumont M. et Paquin C., 1971 ; Aissani B., 1983 ; A.N.R.H. 1993 ;
Laborde J-P., 1997 ; Touazi M. et Laborde J-P., 2000). En Algérie, cette loi statistique
s’adapte aussi bien à un site très pluvieux du Nord comme Zitouna dans le massif de Collo,
qu’à un site quasiment aride comme El Bayad (Laborde J-P., 1997). Concernant les pluies
mensuelles, la même loi de répartition peut-être appliquée (Davtian G., 1998).

La loi racine normale a pour fonction de répartition:


u
1 −u
2

F ( x) =

∫ e
−∞
2
du avec u =
P- P
σ
P
Où : - F (x) est la probabilité qu’une valeur quelconque de X soit inférieure ou égale à x ;
- u est la variable réduite de Gauss

Cette loi est caractérisée par deux paramètres :


- P : moyenne des racines carrées de la série de précipitations
- σ : écart-type des racines carrées de la série de précipitations
P
S’agissant d’une distribution symétrique, ( P ) représente la pluie médiane.
2

Comment passer de la grille des pluies interannuelles à une grille des pluies pour l’année
i afin de représenter le champ pluviométrique d’une année particulière observée ?

Pour résoudre ce problème, Touazi M. et Laborde J-P (2000) ont construit une démarche
qui se résume comme suit : sachant que les pluies annuelles en Algérie s’ajustent à une loi
racine normale, l’établissement de la grille des hauteurs des pluies Pi de l’année i est
obtenue en faisant la combinaison des grilles des racines carrées des pluies moyennes
annuelles P , des écart-types des racines des pluies σ P et celle des pluies centrées
réduites ui. Ceci par application de l’équation de la droite d’ajustement (celle appelée droite
de Henry tracée sur papier Gauss) sur laquelle s’alignent les points Pi :

Pi = ( P + ui * σ P ) et Pi = ( P + ui * σ P ) 2

C’est une démarche en quatre temps (fig. 99) :

140
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Etape 1 : Calcul du champ des variables réduites u pour


l'année i à partir des grilles de P et de σ P

Champ des pluies annuelles connues Champ des variables réduites u


ponctuellement pour l'année i calculées ponctuellement pour l’année i

Exemple :
Exemple : il est tombé
à Djelfa en 1988
149 mm en 1988 à Djelfa on aura :
149 − 16.9
u= = −1.41
Grille des moyennes des racines carrées Grille des écarts-type des racines 3.33
des pluies annuelles (en mm1/2) carrées des pluies annuelles (en mm1/2)

Etape 2 :
Exemple : Exemple : Interpolation du
à Djelfa σ P
champ des
à Djelfa P variables
est estimée à est estimé à réduites u pour
16.9 mm1/2 3.33 mm1/2 l'année i par
krigeage avec le
Exemple : au point Exemple : au point variogramme
x=2 y=1, P est x=2 y=1, σ P est ajusté.
Variogramme adopté :
estimée à 12.4 mm1/2 estimé à 2.79 mm1/2 γ (h ) = 1 − e − h 164

Paramètres constants indépendants de l'année i


Grille des pluies pour l'année i Grille des variables réduites u
Exemple : interpolées pour l'année i
Etape 3 : Passage des variables au point
réduites à celle des pluies pour x=2 y=1, u
l’année i est interpolé
à 0.75

Exemple : au point x=2


y=1, pour l’année i la Etape 4 : Cartographie de la pluie
pluie est estimée à : pour l'année i
Pi=(12.4+0.75*2.79)²
=210 mm

Carte des pluies pour l'année i

Figure 99 : Démarche suivie pour la cartographie des pluies d’une année donnée
(d’après Touazi M. et Laborde J-P., 2000)

141
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

- il s’agit de calculer au préalable le champ des variables réduites ui calculées


ponctuellement pour l’année i à partir des grilles P et σ P et du champ des pluies Pi de
l’année observée i :
ui = ( Pi - P)/σ P

- l’on procède à l’établissement de la grille des pluies centrées réduites par interpolation,
par la méthode du krigeage, du champ des variables réduites ui de l’année i (variables
aléatoires gaussiennes de moyenne nulle et de variance l’unité) ;

- le passage des variables réduites ui, interpolées en tout point de la grille, à celles des
pluies pour l’année i s’effectue en utilisant l’équation précitée :

Pi = ( P + ui * σ P ) 2 ;

- enfin, le tracé de la carte finale des pluies de l’année i est réalisé avec SURFER à
partir de la grille des Pi élaborée précédemment.

Il faut noter qu’au delà de la représentation du champ pluviométrique de l’année


considérée, cette façon de procéder offre l’avantage de connaître en tout point de la carte,
connaissant les valeurs de u interpolées, la fréquence théorique au dépassement F (cf. F(u)
données par les tables de la fonction de Gauss) et la période de retour T (T=1/F) des pluies
annuelles.

Si par exemple, pour l’année i et au point de la grille X1 et Y1, u est interpolé à 1,28, la
fréquence de la pluie annuelle considérée en ce point de coordonnée est F = 0,1, soit une
période de retour (en année humide) de cette pluie : T = 10 ans.

6.2. Approche cartographique au pas de temps mensuel

La répartition spatiale des pluies mensuelles moyennes obéit-elle à la loi pluie-relief tout
comme les pluies annuelles moyennes ? Si c’est le cas, comment passer d’une information
ponctuelle à une représentation spatiale de la pluie observée d’un mois d’une année donnée ?

La solution préconisée par Assaba M. et Laborde J-P (2000) réside dans la réalisation
d’une succession d’opérations :

- tout d’abord, le choix d’un modèle de distribution statistique des pluies mensuelles (loi
racine normale) permettant de déduire les valeurs moyennes ou médianes ( Pm ) et le
coefficient de variation (Cv.) ;

- la recherche ensuite d’une relation (régression multiple) liant les Pm et les


paramètres géographiques explicatifs (7 paramètres au total dans le cas de la Corse)
permet d’envisager une cartographie des pluies mensuelles médianes. L’interpolation
des résidus entre valeurs observées et estimées des pluies mensuelles médianes
conduit au tracé des isohyètes, par combinaison de la grille des résidus avec les autres
grilles des coordonnées Lambert (X, Y) et de l’altitude lissée (Z liss) ;

142
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

- dans une troisième étape, il est proposé de cartographier le rapport de la pluie d’un
mois donné à sa médiane soit : (V = Pi / Pm ), paramètre relativement constant et
peu influencé par le relief. Son interpolation aux nœuds d’une grille est effectuée par
la méthode Spline ;

- enfin, la cartographie de la pluie d’un mois donné de l’année considérée Pi = ( Pm )2


est obtenue par la simple combinaison des deux grilles élaborées précédemment (grille
des moyennes des racines carrées des pluies mensuelles et grille du rapport V) selon la
formule suivante : Pi = (V * Pm ) 2

Testée sur la Corse, cette méthodologie a subi une modification d’approche dans le
cadre de son application à l’Algérie du Nord pour la cartographie des pluies mensuelles sur
une série de 30 ans (1965-1994) (Laborde J-P. et al., 2003) :

- la distribution racine-normale des pluies mensuelles ponctuelles se vérifie aisément


pour les mois pluvieux de l’Algérie du Nord. Pour les mois secs d’été (mai à
septembre) et en toute saison pour le Sud, les pluies sont rares ou nulles. « La loi
racine-normale reste cependant acceptable si l’on prend la précaution de bien censurer
à zéro cette loi lorsque la racine carrée de la pluie est négative ». Ces ajustements ont
été réalisés pour toutes les stations pluviométriques disposant d’au moins 20
observations sur le période allant de septembre 1965 à Août 1995 (suivant les mois
considérés le nombre de station traitées varie de 499 à 535) ;

- les deux paramètres de dispersion ( σ P


écart-type des racines carrées des pluies
mensuelles ; le carré de P correspond à la médiane Pmed des pluies du mois) et de
tendance centrale ( P moyenne des racines carrées des pluies mensuelles) étant
relativement dépendants, l'on peut sensiblement obtenir σ P par la relation :

− P
σ P
≈ 0 , 2188 P + 1, 5852 (1 − e 0 , 5489
)

Cette relation est appliquée aux moyennes des racines carrées des pluies de tous les
mois et de toutes les stations étudiées sur l’Algérie du Nord (soit 6224 valeurs) ;

- la mise en évidence d’une relation étroite entre les pluies mensuelles médianes et les
paramètres géo-topographiques (altitude liée au poste ou Zliss en m, longitude x de
Lambert en km, distance à la mer notée d en km) conduit à retenir la régression multiple
de la forme suivante :

Pmed = a * exp d + b * z exp d + c * Zliss + d * x exp d + e * xz exp d + Cte + ε

En fait la distance à la mer joue surtout dans les premières dizaines de kilomètres et l’on a fait
intervenir la distance à la mer sous la forme d'une exponentielle décroissante (notée
expd = e-d/k, le paramètre k étant un optimum régional pour un mois donné).

A titre d'exemple, la pluie médiane de décembre varie sensiblement comme (fig. 100) :

143
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

Pmed 12
≈ −19 .20 * exp d + 0,1361 * z exp d − 0,005 * Zliss + 0,169 * x exp d − 0,000007 * xz exp d + 15,81 + ε
avec expd =e-d/43, zexpd =Zliss * expd, xexpd = x * zxpd, et xzexpd = Zlisse * xexpd

Médiane de décembre estimée d'après le relief et la position géographique


250

200

150 ε

100

50

0
0 50 100 150 200 250
Médiane de décembre estimée au pluviométre

Figure 100 : Relation entre médianes estimées et mesurées du mois de décembre


(Algérie du Nord)

Pour cartographier le terme correctif ε , l’étude des variogrammes des résidus de la


régression de chaque mois a montré que les variogrammes sont généralement
sphériques avec effet de pépite et anisotropes avec des portées dans un rapport de 1 à 2
par rapport à des angles de 5° et 95°. Pour chacun des douze mois de l’année , la grille
des résidus de régression ε obtenue par krigeage, ajoutée à la grille des pluies
mensuelles estimées, permet de construire la carte définitive des pluies médianes du
mois i. On obtient ainsi 12 cartes des précipitations médianes mensuelles ;

- pour toute observation faite au mois i de l’année considérée (que ce soit sur une station
longue ou sur une station qui n'aurait fonctionné que ce mois là), on évalue
ponctuellement la variable réduite de Gauss u (P) associée à cette observation :
P− P
u ( P) =
− P
0,2188 P +1,5852 (1− e 0 , 5489
)

Il devient possible de procéder à une interpolation purement spatiale de ces variables


réduites u caractérisent l’intensité relative (et la fréquence) des précipitations du mois
de l’année considérée. La cartographie des variables réduites de Gauss u (P) (variables
de moyenne nulle et de variance 1) est obtenue après krigeage de ces valeurs, avec un
palier à 1 (pas d'effet de pépite puisque les pluies du mois i sont parfaitement connues
alors que les médianes étaient estimées) et l'anisotropie (portée double à 5° qu'à 95°)
et les portées évaluées précédemment ;

- disposant de cette carte des u, il est alors possible de passer à la carte des pluies du
mois i puisqu’en tout point on connaît P et que l'on a :
2
⎡ ⎧ − P ⎫ ⎤
P12−94 = max ⎢ P + U * ⎨0,2188 P + 1,5852 (1 − e 0 , 5489
)⎬ ; 0 ⎥
⎢⎣ ⎩ ⎭ ⎥⎦
(La fonction max [ ;] permet de respecter la censure à zéro des précipitations)

144
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

A l’aide de cette démarche, ont été constituées 360 grilles donnant lieu à 360 cartes de
précipitations mensuelles de l’Algérie du Nord.

La figure 101 représente un extrait de la carte finale des précipitations annuelles


« normales » de la période trentenaire 1965/66 – 1994/95 concernant la région de l’Est
algérien.

ANNABA
MER MEDITERRANEE SKIKDA
400
BEJAIA

GUELMA

CONSTANTINE
350

TUNISIE
BORDJ BOU ARRERIDJ

300

M 'SILA
BATNA

250 TEBESSA

200

BISKRA

150

650 700 750 800 850 900 950 1000

Précipitations annuelles "normales" (période moyenne :1965 - 95)

0 100 200 300 400 600 800 1000

Figure 101 : Précipitations annuelles médianes « normales» (1965/66 -1994/95)

145
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

S’agissant des isohyètes du mois très pluvieux de décembre 1984, la figure 102 en
donne une illustration sur la région. Par ailleurs, pour montrer le total des précipitations tombé
pendant l’année 1984/85, la figure 103 retrace les isohyètes du bassin du Kébir-Rhumel à El
Ancer : elles ne sont autres que le résultat cartographique de la somme des 12 grilles de
pluies mensuelles, de septembre 1984 à août 1985.
450

400

350

300

250

200

150
650 700 750 800 850 900 950 1000 1050
0mm
50mm
100mm
150mm
200mm
250mm
300mm
350mm
400mm
450mm
500mm
550mm
600mm
650mm
700mm

Figure 102 : Isohyètes du mois hyper-pluvieux de décembre 1984 dans l’Est algérien

420

400
100701
30310
100702

30334 30701
30702
380
30408
30901

100601
360 100109

140302
100620

100208
340 100501
100403
100301
150601

150701
320

300
Lame d'eau précipitée [mm]
0
50
100
150
200
250
300
350
400
450
500
550
600
650
700
750
800
850
900

0 10 20 km
280
720 740 760 780 800 820 840 860 880 900

Figure 103 : Isohyètes de l’année 1984/85 dans le Kébir-Rhumel à El Ancer

146
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

6.3. Approche cartographique des pluies journalières maximales

La connaissance des quantités pluviométriques extrêmes est fondamentale pour l’étude


et la prédétermination des phénomènes de crue (Mebarki A, 2004b). A ce titre, l’intérêt
d’une cartographie des pluies journalières maximales annuelles de fréquence décennale n’est
pas à démontrer. Celle-ci, établie sur l’Algérie du Nord, sur la base des pluies journalières
maximales observées durant la période 1961-1999 (ANRH, 2002b), s’inspire d’un premier
travail de recherche réalisé (D.E.A. de Mouhous N., 1997).

La démarche se résume comme suit :

- les pluies journalières maximales annuelles (une pluie par année) observées aux
stations (Pjmax) sont ajustées à une loi de Gumbel (fig. 104) ;

Sous sa forme simple et généralement utilisée on a :


fréquence simple -u
fréquence cumulée F (x) = e -e
0,5 1 x - xo
avec u = s
0,9
0,4 0,8 Le terme u est la variable réduite de Gumbel. L'intervalle
de variation de x est donc :
0,7 xε]-∞,+∞[
0,3 0,6 • xo est le paramètre de position (mode) :
0,5 ---
0,2 0,4 xo = x - 0,577 s
0,3 • s est le paramètre d'échelle différent de zéro et positif :
s = g = 0,78 σx
0,1 0,2
Le coefficient d'asymétrie β1 est constant et égal à 1,139 ;
0,1
ce qui correspond à une dissymétrie étendue vers la
0 0 droite.
-2 -1 0 1 2 3 4 5 Le coefficient d'aplatissement β2 est constant et égal à
u : variable réduite de Gumbel 2,4 ; la loi de Gumbel est donc plus pointue que la loi de
Gauss

Figure 104 : Fonction de répartition de la loi de Gumbel (cours Laborde J-P., 2000a)

La densité de probabilité a pour expression :


-u
f (u) = e -u e -e
1
Elle a un maximum pour u = 0 et deux points d'inflexion pour u = Ln [ 2 (3 ± 5 ].
A noter le comportement asymptotique de la distribution de Gumbel :
1
si F tend vers 1, en posant T = 1 - F , la variable réduite de Gumbel u tend vers Ln T.

- Il s’ensuit la déduction, pour chaque poste, des pluies décennales humides PF0,9 et
des gradex g :

PF0,9 = u * g + x0 ;
g = s = 0,78 σx (pente ou gradient exponentiel)
--- ---
x0 = x - 0,577 s ou x0 = x - 0,45 σx

147
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

⎡ Σ (x - x)2 --- Σ x ⎤⎥
⎢σx = et x= n
⎣ n-1 ⎦

- le tracé des isohyètes, passant par chaque point de coordonnées Lambert (x, y), repose
sur l’estimation faite au poste et l’intégration de la distance à la mer (d) et de
l’altitude (z et zliss), paramètres explicatifs (avec un coefficient de corrélation
multiple R = 0,785) :

Pjmax 10 estimée = 24,0807 * expd + 0,11249 * zexpd + 0,01469 * zliss + 0,07349 * xexpd
- 0,000067 * xzexpd + 30,6507

Ainsi que le montre la carte de l’Est algérien, les pluies PF0,9 cartographiées (de moins
30 à plus de 180 mm par jour) sont celles qui ont chaque année 1 chance sur 10 d’être
dépassées (fig. 105). Le gradex g pourrait être indiqué pour chaque poste pluviométrique car
il est une caractéristique permettant d’évaluer les pluies et les crues de fréquence très rare
(Méthode du Gradex).

Mer Méditerranée ANNABA


SKIKDA
400
BEDJAIA

GUELMA

350 CONSTANTINE

BORDJ BOU ARRERIDJ

300

TUNISIE
BATNA
250 TEBESSA

200

BISKRA

150

100
650 700 750 800 850 900 950 1000

Précipitaions journalières maximales annuelles de fréquence décennale en mm

0 30 40 50 60 70 80 90 100 120 140 160 180

Figure 105 : Précipitations journalières maximales annuelles de fréquence décennale humide


dans l’Est algérien (d’après A.N.R.H., 2002b)

148
Chapitre IV : Cartographie automatique des précipitations

7. CONCLUSION

L’Est algérien, région la plus arrosée du pays mais où les contrastes géographiques sont
des plus forts, se présente comme un intéressant terrain d’application de la cartographie
automatique du champ pluviométrique. Au-delà du long travail de traitement des données de
base, il apparaissait nécessaire de quantifier les variables géo-topographiques, induisant les
variations dans les trois dimensions de l’espace du phénomène étudié que la seule densité du
réseau de mesures ne pouvait appréhender. Aussi, fallait-il appliquer des interpolations
purement spatiales aux seuls paramètres (résidus) physiquement non expliqués.

Conjuguée à l’essor de l’outil informatique, la multiplication, depuis quelques années,


des approches conduit aujourd’hui à des cartes d’isohyètes qui gagnent en objectivité,
facilement reproductibles et réalisables à d’autre pas de temps que celui de l’année moyenne.

Développée à l’échelle des « normales » annuelles, la cartographie automatique montre


sa faisabilité tant sur une année particulière que sur un mois d’une année donnée. Des
travaux ont, en outre, porté récemment sur la cartographie des pluies journalières extrêmes
fréquentielles de l’ensemble de l’Algérie du Nord.

Ces bases d’information, à référence spatio-temporelle, sont susceptibles d’être utilisées


dans des Systèmes d’Information Géographique (Touazi M., 2001), outils devenus
indispensables dans divers domaines d’étude et d’aide à la décision (eau, agriculture,
aménagement du territoire, environnement…).

Il s’avère que d’autres paramètres climatiques, comme la température de l’air,


l’insolation ou l’évapotranspiration, se prêtent aisément à l’interpolation et par conséquent à
la cartographie automatique (Davtian G., 1998) comme le montre la confection toute récente
de la carte au 1/500 000 des évapotranspirations potentielles interannuelles du Nord algérien.

Il reste à rappeler que, quelque soit la performance des modèles et des outils utilisés, la
validité de la cartographie des éléments du climat est subordonnée à la qualité des mesures
sur le terrain, à leur continuité dans le temps et également à leur plus grande représentativité
géographique. L’optimisation des réseaux d’observation climatologique est une opération
hautement souhaitable dans une région où les fortes nuances géographiques sont
déterminantes.

149
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

CHAPITRE V

BILANS D’ECOULEMENT ANNUELS OBSERVES ET


CORRELATIONS HYDRO-PLUVIOMETRIQUES

Le calcul des termes du bilan hydrologique (précipitations, écoulement et déficit


d’écoulement) relatif à la période pluriannuelle considérée, permet d’établir des comparaisons
spatiales entre les bassins observés. Les fortes nuances spatiales des bilans trouvent leur
explication dans la variété des contextes hydrologiques et l’influence relative de chacun des
facteurs conditionnels.

La nécessité d’entreprendre des extrapolations spatiales de l’une des composantes du


bilan, plus précisément pour les zones géographiques où il existe une absence d’information
hydrologique, montre tout l’intérêt d’établir des corrélations, aussi bien hydro-
pluviométriques qu’entre déficit d’écoulement et précipitations.

Cette démarche est envisagée en complément du calcul empirique de l’apport moyen


des cours d’eau algériens ayant donné lieu, par le passé, à une variété de formules.

1. LES BILANS D’ECOULEMENT OBSERVES

L’équation du bilan hydrologique relatif à une période pluriannuelle s’écrit :

P (mm) = E (mm) +D (mm)

P est la lame précipitée reçue par le bassin ;


E, la lame écoulée, représentant le volume total débité par le cours d’eau, uniformément réparti sur le
bassin ;
D, le déficit d’écoulement, par définition, la différence entre P et E. Sachant que pour une série
d’années consécutives, les variations des réserves souterraines entre le début et la fin de la période
sont négligeables devant P et E (gains et pertes se compensant mutuellement), D représente
sensiblement la lame prélevée par l’évapotranspiration réelle ou E.T.R..

1.1. Les termes du bilan annuel moyen (tabl. 22)

1.1.1. Les précipitations

La moyenne pondérée des hauteurs de précipitations annuelles, calculée pour chaque


bassin jaugé, est obtenue à partir de la carte d’isohyètes réalisée pour la même période de
référence que celle des débits, sur la base des informations issues de 120 postes
pluviométriques (fig. 96, chapitre IV).

La cartographie automatique des isohyètes (logiciel SURFER) succède, nous l’avons vu


dans le détail, à une succession d’étapes : homogénéisation des données, régression pluie-
relief, calcul du variogramme, interpolation des résidus, enfin tracé du champ pluviométrique.

150
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

Tableau 22 : Bilans hydrologiques annuels moyens


(période moyenne : 1972/73 – 1983/84)

BASSINS JAUGES BILANS D'ECOULEMENT


Bassin-versant Station Oued Surface P Ec D=ETR C
2
Station km mm/an mm/an mm/an %
Côtiers Ouest E. M'kaceb El kantara 21.6 883 292 591 33.1
Côtiers Ouest Chédia El Agrem 41 1200 508 692 42.3
Côtiers Centre S.Mezghiche Guebli 100 608 69 539 11.3
Côtiers Centre Khemakhem Saf-Saf 322 653 100 553 15.3
Côtiers Centre A. Cherchar Kébir Ouest 1130 641 102 539 15.9
Côtiers Centre A.Cherchar(2) Kébir Ouest 645 627 113 514 18.0
Côtiers Centre Zit Emba Hammam 485 660 87 573 13.2
Côtiers Est A.Assel Kébir Est 680 797 296 501 37.1
Chott Hodna Sidi Ouadah Soubella 176 200.0 22 178 11.0
Chott Hodna Medjez Ksob Ksob 1330 199.6 19 180.6 9.5
Chott Melrhir El Kantara El Hai 1170 217.4 14 203.4 6.4
Chott Melrhir M'chounèche El Abiod 1050 239.4 14 225.4 5.8
Chott Melrhir Kh.S.Nadji El Arab 2085 299.5 11.3 288.2 3.8
H. Plateaux Réboa Reboa 296 404.8 54 350.8 13.3
H. Plateaux Chemorah Chemorah 765 338.2 33 305.2 9.8
H. Plateaux Chemorah (2) Chemorah 469 292.2 20 272.2 6.8
H. Plateaux Foum El Gueis El Gueiss 144 410 57 353 13.9
K. Rhumel Douar TassadaneEl Kebir 960 534 112 422 21.0
K. Rhumel O.Athménia Rhumel 1130 321 11 310 3.4
K. Rhumel Ain Smara Rhumel 2200 348 22 326 6.3
K. Rhumel Ain Smara (2) Rhumel 1070 377 34 343 9.0
K. Rhumel Grarem Rhumel 5320 409 33 376 8.1
K. Rhumel Grarem(2) Rhumel 3120 451 40 411 8.9
K. Rhumel El Ancer El Kebir 8735 526 95 431 18.1
K. Rhumel El Ancer(2) EL Kebir 1990 778 214 564 27.5
K. Rhumel El Milia Bou Siaba 465 770 255 515 33.1
Medjerda Souk Ahras Medjerda 217 572.7 190 382.7 33.2
Medjerda Ouenza Mellegue 4575 331.7 18 313.7 5.4
Medjerda Ouenza (2) Mellegue 1040 343.3 39 304.3 11.4
Medjerda El Aouinet Mellegue 3535 328.3 12 316.3 3.7
Medjerda Ain Erkel Erkel 16 450 59 391 13.1
Seybouse M. Rochefort Cherf 1710 361 24 337 6.6
Seybouse Medjez Amar2 Bouhamdane 1105 539 56 483 10.4
Seybouse Bouchegouf Mellah 550 721 177 544 24.5
Seybouse Mirebek Seybouse 5955 506 54 452 10.7
Seybouse Mirebek (2) Seybouse 2590 550 46 504 8.4
Seybouse Ain Berda Ressoul 103 642 104 538 16.2
Boussellam Fermatou Boussellam 105 443.3 111 332.3 25.0
Boussellam Ain Zada Boussellam 1800 276.1 10 266.1 3.6
Boussellam Ain Zada (2) Boussellam 1695 261.3 3 258.3 1.1
Boussellam SIdi Yahia Boussellam 4050 395.2 47 348.2 11.9
Boussellam Sidi Yahia (2) Boussellam 2250 481.6 78 403.6 16.2
(2) Bassin intermédiare
P : lame d’eau précipitée annuelle ; Ec : écoulement annuel, D = déficit d’écoulement ; C : coefficient
d’écoulement
151
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

La moyenne arithmétique calculée sur l’échantillon de lames précipitées interannuelles,


reçues par les bassins, est de 485,4 mm. La moyenne pondérée ramenée à l’ensemble des aires
observées est de 437,7 mm. Les valeurs extrêmes varient entre 200 (bassins du Ksob et
Soubella dans le Hodna) et 1200 mm (bassin d’El Agrem dans les Côtiers Est) (fig. 106).
L’écart type (ET) est de 209,8 mm et le coefficient de variation (Cv) de 0,43.

Cheddia 1200
A.Assel 883
Souk Ahras 797
El Milia 778
El M'kaceb 770
El Ancer(2) 721
Fermatou 660
Bouchegouf 653
Khemakhem 642
Douar Tassadane 641
Sidi Yahia (2) 627
El Ancer (1) 608
A.Cherchar(2) 572.7
Ain Berda 550
A. Cherchar (1) 539
Foum El Gueiss 534
SIdi Yahia (1) 526
Réboa 506
Zit Emba 481.6
Ouenza (2) 451
S.Mezghiche 450
Sidi Ouadah 443.3
Mirebek (1) 410
Medjez Amar II 409
Chemora (1) 404.8
Medjez Ksob 395.2
Ain Smara (2) 377
Grarem(2) 361
Mirebek (2) 348
Grarem (1) 343.3
Chemora (2) 338.2
M. Rochefort 331.7
El Kantara 328.3
Ain Smara (1) 321
M'chounèche 299.5
Ouenza (1) 292.2
Ain Erkel 276.1
El Aouinet 261.3
Ain Zada (1) 239.4
O.Athménia 217.4
Kh.S.Nadji 200.0
Ain Zada (2) 199.6
0 200 400 600 800 1000 1200 1400
P (mm/an)

Figure 106 : Répartition par ordre croissant des lames précipitées annuelles moyennes
observées aux bassins

1.1.2. L’écoulement

Les disparités géographiques remarquables caractérisant ce paramètre apparaissent à


travers l’histogramme de la figure 107 qui montre la répartition croissante de la lame
moyenne écoulée observée aux stations : la gamme de E varie de 3 mm/an (oued Boussellam
à Ain Zada) à 508 mm/an (oued El Agrem à Cheddia).

152
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

Cheddia 508
Ain El Assel 296
E. M'kaceb 292
El Milia 255
El Ancer(2) 214
Souk Ahras 190
Bouchegouf 177
A.Cherchar(2) 113
D.Tassadane 112
Fermatou 111
Ain Berda 104
A. Cherchar (1) 102
Khemakhem 100
El Ancer (1) 95
Zit Emba 87
Sidi Yahia (2) 78
S.Mezghiche 69
Ain Erkel 59
Foum El 57
Medjez Amar II 56
Mirebek (1) 54
Réboa 54
SIdi Yahia (1) 47
Mirebek (2) 46
Grarem(2) 40
Ouenza (2) 39
Ain Smara (2) 34
Grarem (1) 33
Chemora (1) 33
M. Rochefort 24
Ain Smara (1) 22
Sidi Ouadah 22
Chemora (2) 20
Medjez Ksob 19
Ouenza (1) 18
M'chounèche 14
El Kantara 14
El Aouinet 12
Kh.S.Nadji 11.3
O.Athménia 11
Ain Zada (1) 10
Ain Zada (2) 3

0 100 200 300 400 500 600


E (mm/an)

Figure 107 : Répartition par ordre croissant des lames écoulées annuelles moyennes
observées aux bassins

Pendant les années pluvieuses, l’écoulement peut atteindre des valeurs nettement plus
fortes, dépassant les 1 000 mm dans les côtiers de Jijel (Oued Djendjen) ou dans les bassins
montagneux humides de l’extrême Est (oued El Kébir Est). C’est le cas de l’année 1984/85 :
dans le bassin d’El Agrem à Cheddia, les crues de décembre 1984 et mars 1985 ont permis
de cumuler une lame annuelle écoulée de 1 190 mm ; la hauteur de précipitations enregistrée
pendant l’année a atteint 2 m …

Nulle part, un contraste hydrologique n’est aussi marqué qu’en cette région du pays où
climats, reliefs voire géologie sont particulièrement tranchés.

153
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

L’écart type de E calculé sur l’échantillon de bassins considérés s’élève à 101,9 mm ; il


dépasse donc la moyenne arithmétique (87,0 mm) et la forte dispersion relative autour de la
moyenne est reflétée par un coefficient de variation de 1,16.

Cette variabilité spatiale de l’écoulement se double d’une variabilité temporelle autant


sinon plus forte, comme l’attestent les valeurs du coefficient de variation des débits des cours
d’eau abordées précédemment.

1.1.3. Le déficit d'écoulement

Le déficit d’écoulement (D), assimilé en année moyenne à l’évapotranspiration réelle


(E.T.R.), varie d’un bassin à l’autre, dans un intervalle compris entre prés de 200 mm dans le
Chott Hodna (oued Soubella et oued Ksob) et 700 mm dans les Côtiers jijeliens (oued El
Agrem) pour une lame précipitée moyenne se situant entre prés de 200 mm et 1200 mm (fig.
108).

Chédia 692
E. M'kaceb 591
Zit Emba 573
El Ancer(2) 564
Khemakhem 553
Bouchegouf 544
A. Cherchar (1) 539
S.Mezghiche 539
Ain Berda 538
El Milia 515
A.Cherchar(2) 514
Mirebek (2) 504
A.Assel 501
Medjez Amar II 483
Mirebek (1) 452
El Ancer (1) 431
D.Tassadane 422
Grarem(2) 411
Sidi Yahia (2) 403.6
Ain Erkel 391
Souk Ahras 382.7
Grarem (1) 376
Foum El Gueis 353
Réboa 350.8
SIdi Yahia (1) 348.2
Ain Smara (2) 343
M. Rochefort 337
Fermatou 332.3
Ain Smara (1) 326
El Aouinet 316.3
Ouenza (1) 313.7
O.Athménia 310
Chemorah (1) 305.2
Ouenza (2) 304.3
Kh.S.Nadji 288.2
Chemorah (2) 272.2
Ain Zada (1) 266.1
Ain Zada (2) 258.3
M'chounèche 225.4
El Kantara 203.4
Medjez Ksob 180.6
Sidi Ouadah 178

0 100 200 300 400 500 600 700 800


D (mm/an)

Figure 108 : Répartition par ordre croissant des déficits d’écoulement annuels moyens
observés aux bassins
154
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

Sur l’échantillon de bassins analysés, la moyenne de D se situe autour de 398,4 mm par


an, l’écart type est de 124,8 mm et le coefficient de variation de 0,31, beaucoup plus faible
que celui de l’écoulement, et il reste même inférieur à celui calculé pour les lames précipitées
reçues par les bassins.

Le déficit d’écoulement, spatialement moins variable que la lame d’eau écoulée,


s’accentue dans les zones telliennes humides en raison des quantités de précipitations
intervenant fortement sur l’E.T.R., par le biais de la réserve du sol qu’elles alimentent.

La concordance de la variation spatiale de E et P renseigne sur la liaison géographique


forte entre pluie et écoulement, du moins au pas de temps annuel moyen (fig. 109). A noter
également l’importance du déficit mis en évidence par l’intervalle séparant les deux courbes.

1400

1200

P Ec
1000
E, P (mm/an)

800

600

400

200

0
Khemakhem

M'chounèche

Foum El Gueiss

Bouchegouf
S.Mezghiche

Medjez Amar II
Sidi Ouadah

Fermatou
Souk Ahras
Medjez Ksob

El Aouinet
Cheddia

Chemora (1)
Chemora (2)

M. Rochefort

SIdi Yahia (1)


Ouenza (1)
Ouenza (2)
O.Athménia

Sidi Yahia (2)


Ain Smara (1)
Ain Smara (2)

Ain Zada (1)


Ain Zada (2)
A.Cherchar(2)

Kh.S.Nadji
A. Cherchar (1)

Zit Emba

Grarem (1)

Ain Berda
Ain Erkel
Ain El Assel

Douar

Grarem(2)

El Ancer(2)

Mirebek (1)
Mirebek (2)
El Ancer (1)
El Kantara

Réboa
El M'kaceb

El Milia

Station hydrométrique

Figure 109 : Courbes de variation spatiale des lames d’écoulement et de précipitations


annuelles moyennes observées aux bassins

155
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

Figure 110 : Types de bilans d’écoulement annuels moyens dans l’Est algérien

COTIERS BOUSSELLAM
Oued El Agrem à Cheddia Oued Boussellam à Sidi Yahia

1200
1200 1200
1000 1000
800 692 800
mm/an

mm/an
600 508 600
395 348
400 400
200 200 47
0 0
P Ec D=ETR P Ec D=ETR

KEBI-RHUMEL SEYBOUSE
Oued Kébir-Rhumel à El Ancer Oued Seybouse à Mirebek

1000 1000

506 452
526
431 500
500
54
95
0
0 P Ec D=ETR
P Ec D=ETR

M EDJERDA HAUTS PLATEAUX


Oued M ellegue à Ouenza Oued Chem orah à Chem orah

1000 1000

500 332 314 500 338.2 305.2


18 33
0 0
P Ec D=ETR P Ec D=ETR

D=ETR
CHOTT HODNA CHOTT MELRHIR
Oued Ksob à Medjez Oued El Arab à Kh.S.Nadji
HAUTS PLATEAUX Chemorah à Chémora

1000
1200
800 1000
EDJERDA Mellegue à Ouenza

CHOTT MELRHIR El Arab


Ksob à
Chemorah à Chémorah

1000
HAUTS PLATEAUX

a 600 800
Mirebek

400 600 500


Kh.S.Nadji

300 288
CHOTT HODNA

338.2
Medjez

199.6
400 180.6305.2
200 200 33 11
19 0
0
0 1 2 3 P Ec D=ETR
1 2 3
P Ec D=ETR

156
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

Oued El Kantara à El M'kaceb Oued El Agrem à Chédia

1200
1200 1200
1000 883 1000
800 800 692
mm/an

591
600 600 508
400 292 400
200 200
0 0
P Ec D=ET R P Ec D=ET R

Oued Guebli à Sidi Mezghiche Oued Saf-Saf à Khemakhem

1200 1200
1000 1000
800 800 653
608
539 553
600 600
400 400
200 69 200 100
0 0
P Ec D=ET R P Ec D=ET R

Oued Kébir Ouestà Ain Charchar Bassin intermédiaire du Kébir Ouest à


Ain Charchar

1200 1200

1000 1000

800 800
641 627
600 539 600 514

400 400

200 102 200 113

0 0
P Ec D=ET R P Ec D=ET R

Oued Hammam à Zit Emba Oued Kébir Est à Ain Assel

1200
1200
1000
1000
800 660 797
573 800
600
600 501
400
400 296
200 87
200
0
0
P Ec D=ET R
P Ec D=ET R

Figure 111 : Bilans d’écoulement annuels moyens des oueds des Côtiers constantinois

157
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

La figure 110 est établie pour montrer les trois termes du bilan hydrologique annuel
moyen d’un bassin observé, plus ou moins représentatif de chacune des grandes régions
hydrographiques de l’Est algérien. Ce bilan est également illustré pour l’ensemble des cours
d’eau jaugés des Côtiers constantinois, région la plus arrosée et où donc l’abondance
hydrologique est prépondérante (fig. 111).

1.2. Le coefficient d’écoulement


Le coefficient d’écoulement C (%) = (E/P x 100) est un paramètre qui synthétise au
mieux les termes du bilan hydrologique. S’agissant d’un bilan moyen annuel, comme le
précise Loup J. (1960), en général, le coefficient d’écoulement apparent se confond avec le
coefficient d’écoulement réel, car d’après un grand nombre d’années, les perturbations
causées par les rétentions et les restitutions souterraines successives s’annulent à peu près.

Sur 42 unités hydrologiques observées, les valeurs de C rangées par ordre croissant
varient dans un large intervalle, entre 1,1 % (oued Boussellam compris entre Fermatou et Ain
Zada) et 42,3 % (oued El Agrem à Cheddia) (fig. 112). La moyenne est de 14,4 %, l’écart-
type de 10 %, d’où un coefficient de variation de 0,7.

45

42.3
40

37.1
33.2
33.1
33.1
35

30 27.5
25.0
24.5

25
C (%)

21.0
18.1
18.0

20
16.2
16.2
15.9
15.3
13.9
13.3
13.2
13.1

15
11.9
11.4
11.3
11.0
10.7
10.4
9.8
9.5
9.0
8.9
8.4
8.1

10
6.8
6.6
6.4
6.3
5.8
5.4
3.8
3.7
3.6
3.4

5
1.1

0
Foum El Gueis
Medjez Ksob

Bouchegouf
Medjez Amar

S.Mezghiche

A.Assel
El Aouinet

El Ancer (1)

El Ancer(2)
Khemakhem
M'chounèche

M. Rochefort

Ain Erkel

Fermatou
Ain Zada (2)

Ain Zada (1)

Ouenza (1)

Chemorah (2)

Mirebek (2)

Chemorah (1)

Mirebek (1)
Grarem (1)

Grarem(2)

Ouenza (2)
SIdi Yahia (1)

A. Cherchar (1)

A.Cherchar(2)

Souk Ahras
O.Athménia

El Kantara

Réboa

Ain Berda

El Milia
D. Tassadane
Ain Smara (1)

Ain Smara (2)

Zit Emba

E. M'kaceb

Chédia
Kh.S.Nadji

Sidi Yahia (2)


Sidi Ouadah

Figure 112 : Rangement par ordre croissant du coefficient d’écoulement annuel moyen
de 42 unités hydrologiques de l’Est algérien

158
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

Des auteurs ont suggéré que le coefficient d’écoulement pourrait bien croître
proportionnellement aux précipitations (Heusch B., 1970, Mallet et Gautier in Samie, 1956).

Dans les bassins de l’Est algérien, la régression linéaire entre ces deux paramètres est
illustrée par la figure 113. Sachant que le coefficient de corrélation (R) se situe à hauteur de
0,84, l’estimation du coefficient d’écoulement annuel moyen peut être envisagée à l’aide de
l’équation suivante :

C (%) = 0,04 P (mm/an) - 5,15

50

45

40 C % = 0.0402P- 5.1491
2
R = 0.7103
35 R = 0.84

30
C (%)

25

20

15

10

0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400
P (mm/an)

Figure 113 : Régression entre les coefficients d'écoulement et les lames d'eau précipitées
de 42 bassins de l'Est algérien

Corrélativement aux données du milieu climatique et physiographique analysés


antérieurement, C décroît en général du Nord vers le Sud. Cette décroissance latitudinale du
coefficient d’écoulement est, toutefois, contrebalancée localement par la pluviométrie et par la
surface, comme le laissent apparaître les profils Nord-Sud, établis pour les bassins des zones
Est, Centre et Ouest de l’Algérie orientale (fig. 114 ) :

- la lame précipitée reçue par un bassin est d’autant plus forte qu’elle contribue à
accroître l’écoulement (Reboa) ;

- la superficie d’un bassin est d’autant plus petite qu’elle limite les pertes par
évaporation et donc le déficit d’écoulement (Sidi Ouadah).

Ces deux conditions favorables au coefficient d’écoulement peuvent être réunies. Leur
conjugaison en zone humide engendre les plus forts coefficients d’écoulement de l’Est
(Cheddia : 42, 3 % ; El Mkaceb : 33,1 %, ; Ain El Assel - avec une surface du bassin
relativement plus grande- : 37,1 % ).

159
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

40 C (%) P (mm/an) 900


35 800
30 700

P (mm/an)
C (%)
25 600
500
20 400
15 300
10 200
5 100
0 0

i
)

et
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el

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u
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So

K
35 900
30 C (%) P (mm/an) 800
700
25 600
20 500
15 400
10 300
200
5 100
0 0

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18 600
16 C (%) P (mm/an) 500
14
12 400
10 300
8
6 200
4 100
2
0 0
2)

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1)

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Ka
Ya

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El
di

Si
Ai
Si

Figure 114 : Variations Nord – Sud du coefficient d’écoulement et des lames précipitées

160
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

2. CORRELATIONS HYDRO-PLUVIOMETIQUES

Les liaisons entre écoulement et précipitations E f(P) d’une part, et entre déficit
d’écoulement et précipitations D f(P) d’autre part, sont approchées par différentes fonctions.
Nous avons déjà entrepris par le passé la construction de ce type de courbes qui nous ont
permis, par extrapolation, d’esquisser une cartographie des lamées écoulées, ajustées aux
isohyètes du bassin du Kebir-Rhumel (Mebarki A., 1982 et 1984).

2.1. Corrélation écoulement - lames précipitées

2.1.1. Sur le plan spatial (à l’échelle de l’Est algérien)

Dans cette région où domine un régime hydrologique de type « pluvial méditerranéen »,


le facteur pluviométrique demeure le plus déterminant comme l’atteste la liaison forte
(R = 0,90), de type puissance, qui existe, au pas de temps annuel moyen, entre les lames
écoulées et les lames précipitées ramenées aux surfaces des 42 bassins observés (fig. 115).

800
D f(P) de type logarithmique
y = 287.67Ln(x) - 1356
700 R2 = 0.9431
R = 0.97
600

500
E, D (mm/an)

400

300 E f(P) de type puissance


y = 3E-05x 2.3526
200 R2 = 0.8057
R= 0.90

100

0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400
P (mm/an)
P (mm/an) E1 (mm/an) = D1 (mm/an) = D2 (mm/an) = E2 (mm/an) =
0,00003 P 2.353 P - 0,00003 P 2.353 288 LnP (mm/an) - 1356 P - 288 LnP + 1356
100 1.5 98.5 -29.7 129.7
200 8 192.2 169.9 30.1
300 20 279.8 286.7 13.3
400 40 360.2 369.5 30.5
500 67 432.7 433.8 66.2
600 103 496.7 486.3 113.7
700 148 551.5 530.7 169.3
800 203 596.7 569.2 230.8
900 268 631.8 603.1 296.9
1000 344 656.3 633.4 366.6
1200 528 672.2 685.9 514.1
1400 759 641.5 730.3 669.7
1600 1039 561.5 768.8 831.2
1800 1370 429.8 802.7 997.3

Figure 115 : Relations écoulement - pluie et déficit d’écoulement – pluie, en année moyenne
(42 bassins)
161
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

Les résultas de la corrélation montrent que ces relations sont très acceptables pour les
zones de pluies annuelles moyennes comprises entre 300 et 1 200 mm, c'est à dire celles qui
occupent la majorité de l’espace géographique étudié. Au-delà, des distorsions apparaissent :
D1 = P – 0,00003 P2,853 commence à décroître à partir de 1 400 mm alors que
D2 = 288 LnP - 1 356, il augmente sensiblement par rapport à D1. A l’autre extrémité de la
courbe, avec 100 mm de pluie par an, D2 estimé est inacceptable (valeur négative) comparé à
D1 qui est, à ce stade, quasiment équivalent à la tranche d’eau précipitée (presque tout ce qui
tombe s’évapore). L’incertitude des données due à l’insuffisance de bassins jaugés localisés
dans des tranches de pluie très élevées (supérieure à 1 200 mm) ou très faibles (moins de 200-
300 mm) fait que la relation hydro-pluviométrique n’est pas suffisamment ajustée pour les
valeurs extrêmes.

La liaison E f(P) peut être encore mieux présentée à l’aide d’une fonction de type
polynomiale qui permet une relative atténuation des écarts des valeurs extrêmes déduites de
cette courbe et comparées à celle de D f(P) (fig. 116). En revanche, l’extrapolation de
l’écoulement par application d’une droite de la forme Y = aX + b, en raison du mauvais
ajustement des valeurs les plus faibles, donne lieu à des valeurs négatives en quelques stations
du Sud (fig. 117).

Regression entre E et P (fonction de type polynomiale) E = 0.0004P2-


0.0735P + D = 288LnP -
600 P 3.1528 D=P-E 1356 E=P-D
100 0 100 -29.7 129.7
500 y = 0.0004x 2 - 0.0735x + 3.1528 200 4 196 169.9 30.1
R2 = 0.9125 300 17 283 286.7 13.3
0.955 400 38 362 369.5 30.5
400
E (m m /a n )

500 66 434 433.8 66.2


300 600 103 497 486.3 113.7
700 148 552 530.7 169.3
200 800 200 600 569.2 230.8
900 261 639 603.1 296.9
100 1000 330 670 633.4 366.6
1200 491 709 685.9 514.1
0 1400 684 716 730.3 669.7
0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600 910 690 768.8 831.2
1800 1167 633 802.7 997.3
P (mm/an)

Figure 116 : Régression à l’aide d’une fonction polynomiale entre écoulements


et précipitations annuels moyens observés (42 bassins)

600
y = 0.4388x - 125.95
500 R2 = 0.8324
R = 0.91
400
E (mm/an)

300

200

100

0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400
-100
P ( mm/an)

Figure 117 : Régression linéaire simple entre écoulements et précipitations annuels moyens
observés (42 bassins)
162
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

2.1.2. Corrélation des valeurs annuelles en une station

Sans espérer trouver des correspondances toujours nettes entre les réserves souterraines
d’une année à l’autre, à la fin de l’été, nous nous en tiendrons, à la définition de l’année
hydrologique, de septembre à août, telle qu’adoptée par les spécialistes et les services
techniques concernés en Algérie.

Les corrélations, en une station donnée, entre les écoulements annuels E et les hauteurs
de précipitations annuelles P observées sur k années communes semblent moins satisfaisantes
comparativement à celles obtenues sur le plan spatial, plus spécialement dans les zones à
influence semi-aride marquée.

Le coefficient R se situe autour de 0,83 en ce qui concerne les bassins du Kébir Rhumel
à El Ancer et de la Seybouse à Mirebek (fig. 118 et 119) ; il s’affaiblit, en revanche, dans les
bassins méridionaux où la variabilité des pluies annuelles est plus forte se traduisant par des
régimes hydrologiques très irréguliers : R = 0,55 à la station de Ouenza contrôlant le cours
supérieur du Mellegue dans les Hautes Plaines et R = 0,60 à la station de Mchounèche dans le
piémont Sud de l’Atlas saharien (fig. 120 et 121).

L’approximation faite chaque année sur la lame précipitée moyenne reçue par le bassin
est obtenue à partir des cartes automatiques de pluies mensuelles de l’A.N.R.H. élaborées sur
la série trentenaire 1965/99-1994/95 (cf. Chapitre IV). Aussi, les fluctuations climatiques et
l’hétérogénéité physique des bassins influent-elles sur la relation pluie-débit concernant un
cycle annuel dont les limites ne sont pas toujours précises, car perturbées par les modalités
des fluctuations saisonnières.

Au sujet des bilans hydrologiques dans le bassin de l’oued marocain, l’Oum Er-Rebia, Loup J. (1960)
notait ce qui suit : « Il est clair que les limites de l’année hydrologique, la meilleure ou la moins
perturbée par la rétention, varient d’une région, d’un bassin à d’autres, selon les modalités des
fluctuations saisonnières ; les dates et les durées, la régularité, les causes des hautes et basses eaux
ordinaires. D’autre part, toutes choses égales par ailleurs, plus le pouvoir de rétention durable est
grand, plus le bilan apparent d’une seule année peut différer du bilan réel et moins il est facile de
délimiter une année hydrologique satisfaisante, c’est-à-dire durant laquelle le bilan précipitations-
écoulement aura de fortes chances d’être sincère. »

Ne pouvant être sûr de retrouver le même état de saturation chaque année au début de septembre,
Coutagne A. (cité par Sami C., 1956) est allé jusqu’à proposer de prendre le début de l’année
hydrologique au moment où la rétention est maximum (en avril et mai) plutôt qu’au moment où elle
est minimum (septembre et octobre). C’est dans ce souci que Samie C. (1956) a essayé de calculer
pour le bassin de la Mafragh différentes valeurs de R liant E et P en faisant varier l’origine de l’année
hydrologique. La corrélation optimum a lieu pour l’année hydrologique comprise entre le 1er avril et
le 31 mars : R = 0,89 sur l’oued Bounamoussa et R = 0,85 sur l’oued Kébir-Est contre des valeurs
respectives de R = 0,76 et R = 0,68 obtenues pour l’année hydrologique allant du 1er septembre au
31 août.

163
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

EL ANCER (1972/73 - 1993/94)


300
y = 0.4617x - 129.82
250 R2 = 0.6858

E (mm/an)
200 R = 0.83

150
100
50
0
300 400 500 600 700 800 900
P (mm/an)

900
800
700
P, E (mm/an)

600
500
400
300
200
100
0
19 3
19 3
19 4
75

19 6
19 7
19 8
19 9
80

19 1
19 2
19 3
19 4
85

19 6
19 7
19 8
19 9
90

1 1
93 2
4
/7
7
7

7
7
7
7

8
8
8
8

8
8
8
8

9
19 99
/9
19

19

19

19
72
19

P (mm/an) E mm/an
année

Figure 118 : Corrélation hydro-pluviométrique et variation annuelle des


lames écoulées et précipitées à la station d’El Ancer (1972/73 - 94/95)

MIREBEK (1968/69 -1993/94)

200 y = 0.3433x - 101.6


R2 = 0.6854
150 (R = 0.83)
E (mm/an)

100

50

0
300 400 500 600 700
P (mm/an)

P (mm/an) E (mm/an)
700
600
500
P, E (mm/an)

400
300
200
100
0
9

4
19 9
1 0
19 971

73
74
75

19 6
77
78
79

19 0
81
82
83

19 4
85
86
87

19 8
89

19 0
91
19 992
/6

/7

/9
6
7

9
19

19
19
19
19

19
19
19

19
19
19

19
19
19

19
68

72

93
1
19

Figure 119 : Corrélation hydro-pluviométrique et variation annuelle des


lames écoulées et précipitées à la station de Mirebek (1968/69 - 94/95)
164
Chapitre V : Bilans d’écoulement annuels observés et corrélations hydro-pluviométriques

MCHOUNECHE (1972/73 - 1993/94)


40

35
y = 0.0713x - 6.5547
2
R = 0.3674
30 R =0.60
25

E (mm/an)
20

15

10

0
0 100 200 300 400 500
P (mm/an)

450
400
350
P, E (mm/an)

300
250
200
150
100
50
0
19 3
73

19 4
75

19 6
77

19 8
19 9
80

19 1
19 2
83

19 4
19 5
86

19 7
19 8
89

19 0
1 1
93 2
4
7

7
7

8
8

8
8

8
8

9
9
19 99
/9
2/

19

19

19

19

19

19

19
7
19

Figure 120 : Corrélation hydro-pluviométrique et variation annuelle des lames


écoulées et précipitées à la station de Mchounèche (1972/73 - 93/94)

OUENZA (1972/73 - 1993/94)


50
y = 0.078x - 3.0843
40 R2 = 0.3077
R = 0.55
E (mm/an)

30

20

10

0
0 100 200 300 400 500
P (mm/an)

500
Pmm/an E mm/an
400
P, E (mm/an)

300

200

100</