Vous êtes sur la page 1sur 96

RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

Paix – Travail – Patrie Peace – Work –Fatherland


---------------- ----------------
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT MINISTRY OF HIGHER EDUCATION
SUPERIEUR ----------------
---------------- THE UNIVERSITY OF MAROUA
UNIVERSITÉ DE MAROUA ----------------
--------------- FACULTY OF LAW
FACULTÉ DES SCIENCES AND POLITICAL SCIENCES
JURIDIQUES ET POLITIQUES -

COURS DE PROCÉDURE PÉNALE

Dr BELBARA Bernard,
Chargé de cours ;
Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de
l’Université de Maroua.

Année académique : 2019/2020

1
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
BOULOC (B.), Procédure pénale, Paris, Dalloz, Coll. Précis Droit privé, 23ème éd., 2012, 1102
p.

DESPORTES (F.) et LAZERGES-COUSQUER (L.), Traité de procédure pénale, Paris,


Economica, Coll. Corpus Droit privé, 2009, 2166 p.

EYIKE (V.),
- Code d’instruction criminelle et pratique judiciaire camerounaise, Yaoundé, PUA, 1999, 473
p.
- L’audience en procédure pénale camerounaise, Yaoundé, PUA, 2007, 228 p.

FOURMENT (F.), Procédure pénale, Paris, Paradigme, 14ème éd., 2014.

GARÉ (Th.) et GINESTET (C.), Droit pénal – Procédure pénale, Paris, Dalloz, coll.
Hypercours, 7ème éd. 2012.

GUINCHARD (S.) et BUISSON (J.), Procédure pénale, Paris, Litec, Coll. Manuels, 4ème éd.,
2008, 1228 p.

KEUBOU (Ph.), Précis de procédure pénale camerounaise, Yaoundé, PUA, 2010, 205 p.

LARGUIER (J.) et CONTE (Ph.), Procédure pénale, Paris, Dalloz, Coll. Mémentos, 23ème
éd., 2014.

MERLE (R.) et VITU (A.), Traité de droit criminel. Tome II. Procédure pénale, Paris, Cujas,
5ème éd., 2001, 1180 p.

PRADEL (J.), Procédure pénale, Paris, Cujas, Coll. Référence, 15ème éd., 2010, 883 p.

PRADEL (J.) et VARINARD (A.), Les grands arrêts de la procédure pénale, Paris, Dalloz,
Coll. Grands arrêts, 7ème éd., 2011, 510 p.

RASSAT (M.-L.), Procédure pénale, Paris, Ellipses, Coll. Universités Droit, 2010, 758 p.

MINKOA SHE (A.), Droits de l’homme et droit pénal au Cameroun, Paris, Economica, Coll.
La vie du droit en Afrique, 1999, 321 p.

NDJERE (E.),
- L’information judiciaire au Cameroun, Yaoundé, PUCAC, 2003.
- Du juge d’instruction au juge d’instruction : Quel changement pour quel résultat ?, Yaoundé,
PUCAC, 2006.

SOYER (J.-C.), Droit pénal et procédure pénale, Paris, LGDJ, Coll. Manuels, 21ème éd., 2012.

YAWAGA (S.),
- L’information judiciaire dans le Code camerounais de procédure pénale, Yaoundé, PUA Coll.
Vademecum, 2007, 226 p.
- La police judiciaire au Cameroun, Yaoundé, PUA, Coll. Vademecum, 2009, 338 p.

2
B- Le modèle camerounais de procédure pénale
À première vue et en raison de son histoire politique constitutionnelle, la procédure
pénale camerounaise combine les éléments essentiels des deux grands modèles de procédure.
En effet, en raison de la double influence romano-germanique et Common law, la procédure
pénale camerounaise fut constituée par le pluralisme de ses sources (1). Ce pluralisme des
sources et cette option de combinaison a fait dire à plusieurs observateurs que la procédure
pénale camerounaise est une procédure mixte, hybride (2).

1- Les sources de la procédure pénale camerounaise

Sans prétendre à l’exhaustivité, l’on peut considérer du point de vue chronologique que
les sources de la procédure pénale camerounaise peuvent être présentées en trois périodes : la
période antérieure aux ordonnances de 1972 (a), les ordonnances de 1972 en elles-mêmes (b)
et la Codification issue de la Loi n°2005/007 du 27 juillet portant Code de procédure pénale
(c).
a- La période antérieure aux ordonnances du 28 septembre 1972

Pour l’essentiel, il s’agit du droit colonial et du droit postcolonial. Comme l’enseigne


l’histoire des institutions, le Cameroun a principalement connu deux formes de colonisation :
celle française marquée par la technique de l’assimilation et celle britannique caractérisé par la
technique de l’indirect rule. Ces deux formes de colonisation ont reparti la terre camerounaise
en deux zones d’occupation.
Dans l’ex-Cameroun oriental, zone d’occupation française, la principale source de la
procédure pénale était le Code d’instruction criminelle française de 1810 rendu exécutoire au
Cameroun par un décret du 22 mai 1924 promulgué en Afrique équatoriale française. Ce texte
fut plus tard modifié par une loi n°58/203 du 26 décembre 1958 portant simplification de la
procédure pénale.
Dans l'ex- Cameroun occidental, la procédure pénale dénommée Criminal procedure
regular par le Chapitre 43 de Laws Nigéria de 1958 devenue applicable au Cameroun par
l'article 10 de la Southen Cameroon High Court and Magistrate Court Law, appelé Criminal
Procedure ordinance (CPO). A travers ces deux textes, on a pu écrire et on a pu dire que la
procédure pénale camerounaise avait des sources anglaises et les Sources françaises. Ce
pluralisme des sources a survécu pendant la période des ordonnances de 1972.

b- La période des ordonnances du 28 Septembre 1972


En vertu de l'article 42 de la constitution du 02 Juin 1972, le Président de la République
a signé 02 ordonnances qui constituent une part importante dans l'évolution des institutions
pénales camerounaises. Il s’agit des ordonnances pénales n°72/4 du 26 août 1972 portant
organisation judiciaire et n°72/17 du 28 septembre 1972 portant simplification de la procédure
pénale en matière de répression du banditisme. Ces ordonnances ont à deux principaux
niveaux :
- L'élargissement de la procédure de flagrant délit qui l'a complètement dénaturée en
accordant plus d'importance à la flagrance par détermination de la loi au détriment de la
flagrance par nature ;
- La suppression du juge d'instruction et l'attribution de sa compétence au procureur de
la République qui est alors devenu un magistrat instructeur. L'on a pu dire que les ordonnances
de 1972 introduisaient de façon permanente une procédure exceptionnelle qui tranchait avec
l'option libérale du CIC. Le magistrat instructeur ainsi institué, était devenu une personnalité
centrale de la procédure pénale camerounaise.

3
c- La période du Code de procédure pénale de 2005
Cette période est sans doute la plus importante dans l'évolution des sources de la
procédure pénale camerounaise. Elle remonte formellement à la loi n°2005/007 du 27 juillet
2005 portant Code de procédure pénale entrée en vigueur le 1er Janvier 2007, conformément à
son article 747.

Le Code de procédure pénale a modernisé la procédure pénale camerounaise dans la


mesure où il a réintroduit le juge d’instruction et a mis fin au dualisme des sources en réalisant
une véritable harmonisation des règles de procédure pénale sur l’ensemble du territoire
camerounais. Outre l'objectif d’harmonisation, l’objectif du législateur de 2005 dans son
ensemble était l’adaptation des règles de procédure pénale aux exigences internationales de la
sauvegarde des droits et libertés individuelles ; la réduction des lenteurs judiciaires ; l'exécution
rapide des décisions de justice ; le recouvrement des amendes dès le prononcé de la décision.
La loi de 2005 est donc de ce point de vue une œuvre de renouvellement de l'esprit de la Justice
pénale camerounaise constituée de 747 articles. Ce code est structuré en 06 livres :
- Le Livre I porte sur les dispositions générales ;
- Le Livre II traite de la constatation et de la poursuite des infractions ;
- Le Livre III traite des juridictions de jugement ;
- Le Livre IV traite des voies de recours ;
- Le Livre V traite de l'exécution des décisions de justice ;
- Le Livre VI traite des procédures particulières telles que la procédure d'extradition, du
règlement des juges, de l'habeas corpus...
Dans son ensemble, le code de procédure pénale a étendu le même régime de procédure
pénale sur l'ensemble du territoire national. Ainsi, la nouvelle procédure prévue à l'article 64 du
CPP a été étendue à la partie francophone parce que d'origine anglo-saxonne. De même, la
prescription de l'action publique prévue à l'article 65, alinéa 2, connu dans la partie francophone,
a été étendue à la partie anglophone. En tout état de cause, il faut considérer que malgré
l'harmonisation et l'unification réalisée, le code de procédure pénale demeure la loi générale en
matière de procédure pénale. Pour connaitre les sources de la procédure pénale, il faut adjoindre
à cette loi générale, les multiples lois spéciales, telles que le Code de justice militaire, la loi
portant création du tribunal criminel spécial, la loi relative à la répression des actes de
terrorisme...

2- Le modèle camerounais de procédure pénale

Certes, parlant du système camerounais, on a coutume de dire qu’il est mixte car
consacrant, comme en droit français qui l’a inspiré un système inquisitorial à l’instruction, puis
un système accusatoire dans la phase de jugement.

L’on sait cependant qu’il ne s’agit là que de simples formules car même l’instruction a
cessé de tirer uniquement ses sources du système inquisitorial. C’est ainsi que par souci du
respect des droits de la défense, on a admis depuis fort longtemps que l’instruction n’est plus
que partiellement secrète et qu’elle est devenue sémi- contradictoire.
L’énumération des droits de la personne gardée à vue à laquelle procède le CPP ne fait
qu’élargir le fossé séparant la préparation du procès pénal du système inquisitorial. En effet,
contrairement à ce qui caractérise le système inquisitorial classique, le CPP consacre de
nombreux droits de la personne défendables dès la garde à vue. Le CPP en prévoyant par
exemple à l’article 122 la possibilité pour le gardé à vue de rencontrer et de s’entretenir avec
son avocat, met fin, en droit camerounais à cette conception de l’enquête de police qui exclut
les droits de la défense sous prétexte que la procédure n’est pas, à ce stade, formellement

4
entamée. À ceci il faut ajouter le droit à la notification sur la nature de l’infraction, objet de
l’enquête.
Pour ce qui est de la phase du jugement, le CPP vient de rappeler en le renforçant, le
caractère accusatoire du procès pénal. Il le rappelle de manière formelle à travers des
dispositions spéciales qu’il consacre aux caractéristiques de toute procédure accusatoire. C’est
ainsi qu’il est rappelé le caractère public des audiences (art. 302-1) qui ne connaît de limites
qu’en cas de trouble à l’ordre public. Il s’agit d’une démarche procédant à un rapprochement
des exigences de la sauvegarde des libertés fondamentales.
La garantie essentielle résulte cependant du caractère contradictoire des débats et, par
voies de conséquence, de la discussion des preuves. Sur ce point, le CPP réalise une véritable
révolution et rompant avec le système très timide instauré par le CIC. C’est ainsi qu’après avoir
consacré le principe de la liberté des preuves (article 308 du CPP), le code indique l’importance
des débats en précisant que la décision du juge ne peut être fondée que sur des preuves
administrées au cours des débats ( art. 310-3 du CPP) et pour renforcer l’importance que la
nouvelle procédure voudrait accorder à la contradiction, le code instaure le système anglo-saxon
intégrant « l’examination-in-chief », la « cross-examination » et la « re-examination » (article
322 et suiv.)

III- LES QUESTIONS CONTEMPORAINES DE LA PROCÉDURE PÉNALE

La procédure pénale en tant que discipline juridique est aujourd'hui sous l'emprise d’un
certain nombre de questions contemporaines. Celles-ci conditionnent et déterminent son
évolution. Selon leurs importances, nous pouvons en relever 04 :
1/ La question de l'attraction des normes internationales des droits de l'Homme sur les
systèmes nationaux de procédure pénale ;
2/ Les contraintes normatives de l'Etat de droit qui invite à penser le procès pénal en
rapport avec processus de démocratisation ;
3/Le développement des juridictions pénales internationales, qui par le jeu de
l'interprétation constructive, définissent les éléments internationaux de procédure pénale dans
leurs jurisprudences.
4/La tendance à l'éclatement de la procédure pénale par un phénomène d'hyper
spécialisation. Le législateur semble créer autant de procédure pénale que d'infractions courant
par là même, le risque d’une perte de cohérence de la procédure pénale dans son ensemble.
Même si elles ne sont pas abordées en tant que telles, ces 04 questions influencent l’étude du
du procès pénal (Première partie), ainsi que celle du déroulement procès pénal (Seconde
partie).

5
PREMIERE PARTIE :
LE CADRE DU PROCES PENAL

Le cadre du procès pénal se présente comme une succession d’actes accomplis par les
autorités publiques et visant à tirer d’une infraction toutes les conséquences qu’elle comporte.
De ce fait, il sera tour à tour question d’examiner l’aspect organique de la procédure pénale,
c’est-à-dire l’ensemble des personnes et services dont l’action va concourir à la poursuite des
infractions soupçonnées (Titre I), ensuite les actions nées de l’infraction (Titre II). Enfin, le
procès pénal ayant pour but de parvenir à la vérité, la théorie générale des preuves retiendra
notre attention (Titre III).

6
TITRE I :
LES ORGANES CONNAISSANT DE L’INFRACTION

Du fait du caractère essentiellement judiciaire de la réaction sociale face à des


comportements prévus et réprimes par la loi (pénale), le procès pénal met en jeu à titre principal
les organes judiciaires dont l’activité est cependant précédée de celle des organes de police.

CHAPITRE 1 : LES ORGANES DE POLICE


Le mot police comporte deux sens : un sens large et un sens restreint.
Au sens large, la police comprend l’ensemble des règles imposées par l’autorité publique
aux citoyens. Le pouvoir de police se confond à ce titre avec le pouvoir d’imposer de telles
règles. Dans un sens plus étroit, la police désigne l’opération qui a pour but d’assurer par voie
générale ou individuelle et par certaines mesures appropriées la tranquillité, la sécurité et la
salubrité publique.
Dans le langage courant, le mot police désigne le corps de fonctionnaires dont le rôle
consiste à assurer l’exécution des prescriptions générales ou individuelles. La police au sens
organique a des tâches à accomplir, celle-ci relève tantôt de la police administrative, tantôt de
la police judiciaire. Le rôle de la police administrative est souvent préventif, elle doit par sa
présence, par ses injonctions et au besoin par son action, faire respecter les lois et règlements
en vigueur. Mais lorsque l’ordre a été troublé par la commission d’une infraction, il sera
nécessaire de rechercher ses auteurs afin d’intenter l’action publique contre eux cette fonction,
non plus préventive, est dévolue à la police judiciaire.
Seule la police judiciaire intéresse le procès pénal.

SECTION 1 : LES AUTORITÉS DE LA POLICE JUDICIAIRE

Il existe deux catégories d’autorités chargées de la police judiciaire. Certaines ont une
compétence générale tandis que d’autres ne disposent que d’une compétence limitée.

Paragraphe 1 - LES MEMBRES DE LA POLICE JUDICIAIRE À COMPÉTENCE


GÉNÉRALE

Mis à part le cas particulier des procureurs et de leurs substituts qui sont des officiers de
police judiciaire (OPJ) supérieurs, on constate que les autorités de la police judiciaire à
compétence générale se regroupent essentiellement au sein de deux organes. La Délégation
Générale à la Sûreté Nationale (DGSN) et la Gendarmerie Nationale. Bien que relevant de ces
administrations, il convient d’indiquer, ainsi qu’il est rappelé à l’article 78 du CPP que la Police
judiciaire est exercée sous la direction du Procureur de la République.

Paragraphe 2 - LES MEMBRES DE LA POLICE JUDICIAIRE À COMPÉTENCE


LIMITÉE

Il s’agit à titre principal de certains fonctionnaires relevant de l’administration judiciaire


et à titre accessoire des fonctionnaires de certaines administrations spécialisées.

7
A)- LE FONCTIONNAIRES DE L’ADMINISTRATION JUDICIAIRE

Aux termes de l’art 20 CIC, “ le gouverneur pourra faire personnellement ou requérir les
OPJ, chacun en ce qui le concerne, les actes nécessaires à l’effet de constater les crimes, délits
et contraventions et d’en livrer les auteurs aux tribunaux chargés de les punir ”.
Le décret n°78/485 du 09 nov. 1978 fixant les attributions des chefs de circonscription
administratives et du personnel de les assister dans leurs fonctions est cependant venu limiter
ce pouvoir. Selon les art 10 et 34 de ce texte, le gouverneur et le préfet ne peuvent accomplir
personnellement ou requérir tout agent ou autorité compétente d’accomplir les actes nécessaires
à la constatation des crimes et délits et d’en livrer les auteurs aux tribunaux qu’en cas d’atteinte
à la sûreté intérieure ou extérieure de l’Etat ou à l’ordre public.
Malgré cette dérogation, il convient d’admettre que ces fonctionnaires ont bien la qualité
d’O.P.J. En effet, l’article 9 CIC modifié par la loi n° 58 du 27 Déc 1958 qui dresse la liste des
O.P.J cite également “ les fonctionnaires spécialement habilités par les règlements de leur
administration pour constater certains crimes et délits ”.
De plus, l’article 78 alinéa 1er du CPP qui abroge ce texte vient rappeler son contenu en
visant également « tous fonctionnaires ou personnes auxquels les lois spéciales confèrent des
pouvoirs de police judiciaire ». L’article 80 du même code rappelle également l’existence de
cette catégorie spéciale d’OPJ.
On en déduit alors que dans l’exercice de leurs fonctions, gouverneurs et préfets agissant
sous l’autorité du Président général peuvent effectuer les actes nécessaires à la recherche des
preuves et ceci dans les formes élevées imparties par les textes en vigueur. L’art 34 de l’ord
72/5 leur fait obligation de transmettre dans les 48 heures suivant la constatation des faits les
P.V. au ministre chargé de la défense et au commissaire du gouvernement près le tribunal
militaire.

B)- LES FONCTIONNAIRES DE CERTAINES ADMINISTRATIONS


SPÉCIALISÉES

Il en est ainsi des agents assermentés chargés des forêts, de la faune et de la pêche (art.
141 de la loi 94/01 du 20 jan 1994). Ce pouvoir est également reconnu aux inspecteurs de
travail et de prévoyance sociale qui peuvent constater par PV faisant foi jusqu'à preuve du
contraire les infractions à la législation du travail (Art 301 et suiv. du Code des douanes y sont
compris.
Les maires et leurs adjoints conformément aux articles 11 et 115 du CIC
Notons également que les articles 60 et 78 de la loi n°74/23 du 05 décembre 1974 portant
organisation communale qui définit les attributs des maires ne leur reconnaît aucune attribution
de police judiciaire est-ce à dire que ces textes ont entendu abroger les dispositions de l’article
3 de la loi de 1958 ? A notre avis ce débat a perdu de son importance, car la mission de PJ des
maires était destinée à pallier l’absence des services de police et de gendarmerie.
De nos jours, chaque arrondissement possède au moins un service de police et de
gendarmerie.

8
Paragraphe 3 - LES DIFFÉRENTES CATÉGORIES DES MEMBRES DE LA
police judiciaire

Deux catégories de membres doivent être distinguées. Les officiers de police judiciaire
(OPJ) et les auxiliaires de police judiciaire (APJ)

A) LES OFFICIERS DE POLICE JUDICIAIRE

Il s’agit en premier lieu, et depuis le CIC, du procureur de la république et de ses


substituts. A côté de ces magistrats, on peut noter l’existence d’autres officiers de police
judiciaire relevant soit de la police, soit de gendarmerie. Dans la police, il s’agira souvent des
directeurs des services affectés à la police judiciaire, des commissaires centraux, spéciaux et
des commissaires de police. Dans la gendarmerie, ce sont surtout les officiers de la gendarmerie,
certains gradés de la gendarmerie, exerçant les fonctions de commandant de brigade ou de chefs
de poste.
Toutes ces personnalités tirent leur qualité d’officiers de police judiciaire des fonctions
qu’elles exercent statutairement. Certaines personnes peuvent acquérir ces fonctions par voie
de concours réservés aux auxiliaires de police judiciaire.
Faisons cependant observer que l’entrée en vigueur du CPP pourra apporter un petit
changement en ce qui concerne l’acquisition de ce titre. Les articles 79 et suiv. CPP mettent en
effet l’accent sur le grade pour viser, en plus des personnes chargées même par intérim de
certaines fonctions : les officiers et sous-officiers de gendarmerie, les commissaires et officiers
de polices, les inspecteurs et gendarmes ayant satisfait à un examen d’OPJ et ayant prêté
serment.

B)- LES AUXILIAIRES DE POLICE JUDICIAIRE

Dans la police, il s’agit des Inspecteurs et des gardiens de la paix. Dans la gendarmerie,
il s’agit du gendarme.

SECTION 2 : LES ACTIVITÉS DE LA POLICE JUDICIAIRE

Elles varient selon qu’elles interviennent avant ou après la saisine des autorités
judiciaires.

Paragraphe 1 - Les attributions de la police judiciaire avant la saisine des autorités


judiciaires

A ce stade de la procédure, les attributions de la PJ sont réduites au rôle d’information,


de constatation et de recherche.

A)- Le rôle d’information et de constatation

9
Il consiste à servir de relais entre les particuliers et la justice. Mais les policiers ne se
bornent pas à attendre que les particuliers les avertissent de la commission d’une infraction. Ils
doivent se livrer à des investigations pour découvrir celles-ci.
Ils exercent alors le rôle de constatation en cas de découverte d’une infraction par la
rédaction d’un procès-verbal ou d’un rapport à leur supérieur hiérarchique.

B) Les activités de recherche : les enquêtes

Une fois qu’elle est avertie de la commission d’une infraction, la police judiciaire va se
livrer à des investigations afin de vérifier la réalité de la commission des faits et rassembler à
leur propos tous les éléments d’information qui ne peuvent attendre sans risque de disparition.

Paragraphe 2 - LES ATTRIBUTIONS DE LA POLICE JUDICIAIRE APRÈS LA


SAISINE DES AUTORITES JUDICIAIRES

Une fois les autorités judiciaires saisies, la police judiciaire perd tout son pouvoir
d’initiative et son rôle ne devient qu’éventuel.
Elle ne sera plus appelée que pour seconder l’autorité judiciaire chargée de l’affaire. Dans
la pratique, la police judiciaire n’intervient plus que dans deux domaines : l’arrestation du
suspect en exécution d’un mandat et l’exécution des commissions rogatoires.
L’article 82 CPP est venu ajouter le rôle de notification des actes de justice.

10
CHAPITRE II : LES ORGANES JUDICIAIRES
La simple existence des textes pénaux ne suffit pas pour que la répression se réalise.
Encore faut-il que des magistrats organisés en juridictions viennent appliquer ces textes aux cas
particuliers. Le mot juridiction désigne d’abord le pouvoir reconnu à l’état de trancher les
litiges. Il désigne également l’organe ou l’ensemble des organes par lesquels l’Etat exerce sa
fonction juridictionnelle. C’est dans ce sens qu’on parle alors de juridiction pénale ou
répressive, c’est-à-dire des tribunaux chargés de réprimer les infractions, mais leur intervention
est souvent précédée de celle du ministère public.

SECTION 1 : LE MINISTERE PUBLIC

Le ministère public ou parquet, ou encore magistrature debout est représenté auprès de


chaque juridiction de jugement. IL s’agit d’un corps organisé et présentant ses propres
caractères.

Paragraphe 1 - L’ORGANISATION DU MINISTÈRE PUBLIC

Elle varie selon la nature de la juridiction à laquelle il est rattaché, de droit commun ou
d’exception.

A- LE MINISTÈRE PUBLIC PRÈS DES JURIDICTIONS DE DROIT COMMUN

Conformément à l’ordonnance 72/4 plusieurs fois modifiée, le ministère public est


représenté auprès du TPI, TGI, de la CA et de la CS. Près le Tribunal de première instance, il y
a un procureur de la république, un ou plusieurs substituts. Lorsque le TPI siège au chef-lieu
d’un département, le procureur de la république près du TPI peut se voir attribuer les pouvoirs
du procureur de la République près des tribunaux de premier et de Grande Instance. Cette
situation a été cependant modifiée par les lois de 89 et de 90. Désormais le ministère public est
représenté près du TGI par un pour de la république qui lui est propre et un ou plusieurs
substituts.
Près la Cour d’Appel, le ministère public est représenté par le parquet général comprenant
le procureur général, chef de parquet, l’avocat général, un ou plusieurs substituts du procureur
général, un ou plusieurs attachés du parquet.
Près la Cour suprême, il existe un parquet général comprenant le procureur général, des
avocats généraux et des substituts.

B)- LE MINISTÈRE PUBLIC PRES DES JURIDICTIONS D’EXEPTION

Il en existe quatre au Cameroun.


Le tribunal militaire et la Haute Cour de Justice créées depuis 1972, la Cour de Sûreté de l’Etat
qui existe depuis 1990 et Le Tribunal criminel spécial.
Près du Tribunal militaire, le ministère est représenté par le commissaire du
gouvernement, chef du parquet, assisté d’un ou de plusieurs substituts.

11
Près la Haute Cour de Justice, le ministère public est représenté par le Procureur Général
près la Cour suprême assisté de l’Avocat général près la même Cour et le cas échéant d’un
avocat général près la cour d’Appel.
Près la Cour de Sûreté de l’Etat, le ministère public est représenté par le procureur général
ou plusieurs substituts.
Près le Tribunal Criminel Spécial créé par la loi n°2011/028 du 14 décembre 2011, le
ministère public est représenté par le Procureur général

Paragraphe 2 - LA CONDITION DU MINISTÈRE PUBLIC

Le ministère public est organisé selon certaines règles qui confèrent aux magistrats qui le
composent une condition particulière distincte de celle des magistrats du siège. Ces règles
découlent de deux principes. Le ministère public est d’une part un représentant du pouvoir
exécutif d’où sa subordination hiérarchique, son indivisibilité et son indépendance vis-à-vis
des juges et des parties. Il est d’autre part partie principale et nécessaire au procès pénal, d’où
son irrecusabilité. Sa responsabilité n’est cependant pas comparable à celle d’une partie mais
plutôt à celle d’un juge, d’où son irresponsabilité sanctionnée seulement en cas de faute
intentionnelle.

A)- LA SUBORDINATION HIÉRARCHIQUE

Les juges, dans l’exercice de leurs fonctions ne relèvent que de leur conscience et ne
doivent obéissance à personne. Le principe fort ancien est repris en droit camerounais
notamment à l’article 5 du décret n°95/048 du 08 mars 1995 portant Statut de la magistrature
aux termes duquel :
« Les magistrats du siège disposent dans leurs fonctions juridictionnelles que de la loi et
de leur conscience »
Par contre, l’article 3 du même décret prévoit que les magistrats du parquet et attachés de
justice relèvent administrativement de la seule autorité du ministère de la justice. De là le
principe de la subordination hiérarchique qui comporte cependant quelques exceptions.

1)- Le principe

Le trait fondamental de l’organe du ministère public et qui tient à ce qu’il représente le


pouvoir exécutif est la subordination hiérarchique. De là le caractère hiérarchisé de ce corps
placé sous la dépendance du gouvernement. Aux termes de l’art 25 de l’ordonnance 72/4,
« Chaque parquet général est dirigé par un Procureur général qui relève directement du
ministère de la justice.
Chaque parquet est dirigé par un procureur de la République directement subordonné au
procureur général près la Cour d’Appel de son ressort ». L’entrée en vigueur du CPP n’a rien
changé à cette présentation.
De cette subordination hiérarchique, il résulte que les magistrats du parquet tenus à
obéissance envers leurs supérieurs sont amovibles et révocables.

12
A la différence des magistrats du siège, qui, nommés par décret du président de la
république sur proposition du Conseil Supérieur de la Magistrature, les magistrats du parquet
peuvent être déplacés, rétrogradés ou même révoqués par le ministère de la justice. Le principe
ainsi dégagé comporte cependant quelques dérogations.

2-Dérogation au principe de subordination

Elles sont de deux ordres et concernent les pouvoirs propres des chefs de parquets puis la
faculté de prendre des réquisitions orales contraires aux ordres reçus.

a) Les pouvoirs propres aux chefs des parquets


Ces pouvoirs permettent aux magistrats du parquet de poursuivre sans l’avis ou même
contre l’ordre de ses supérieurs hiérarchiques. A l’inverse et en principe, le chef hiérarchique
ne peut suppléer le chef du parquet et agir en ses lieux et place en cas de résistance aux ordres
reçus.

b) La possibilité de prendre des réquisitions orales contraires aux ordres reçus


Cette dérogation est tirée de l’adage selon lequel « la plume est serve, la parole est libre »
c’est-à-dire qu’un magistrat du parquet est obligé de se conformer dans la rédaction de ses
réquisitoires aux ordres reçus de son supérieurs hiérarchique. Mais qui à l’audience, il redevient
libre et relève de sa propre conscience.
Mais par mesure de prudence, le décret portant statut de la magistrature exige qu’il ait
préalablement averti son supérieur hiérarchique.

B -L’INDIVISIBILITE

Les magistrats du ministère public tout au moins ceux qui font partie du même parquet
sont juridiquement considérés comme ne formant qu’une seule et même personne.
Il en résulte que, ainsi que vient de le rappeler l’article 127(1) du CPP « tout acte de
procédure accompli par un magistrat du parquet est censé l’être au nom du parquet tout entier ».
Ce qui n’est pas le cas pour les magistrats du siège, car ceux-ci ne peuvent pas se faire remplacer
par d’autres au cours des débats. Ils doivent y assister personnellement du début à la fin.

C -L’INDÉPENDANCE DU MINISTÈRE PUBLIC

De ce que le ministère public représente le pouvoir exécutif, il en résulte qu’il est


indépendant tant vis-à-vis des juridictions de jugement que vis-à-vis de la victime.

1- Indépendance vis-à-vis de la juridiction de jugement


Serviteurs du pouvoir exécutif, les magistrats du parquet ont une indépendance absolue
par rapport aux juridictions auxquelles ils sont rattachés. Les juges ne peuvent leur adresser des
blâmes ni des injonctions, non plus ordonner l’annulation de certaines phases du réquisitoire,
et surtout ils n’ont pas le droit de se saisir eux-mêmes d’une affaire. Ils doivent donc attendre

13
que les magistrats du parquet aient exercé l’ordre public. La seule exception à cette règle
concerne les délits d’audience.

2-L’indépendance par rapport à la victime


Conformément à l’article 157 du CPP, la victime peut mettre en mouvement l’action
publique malgré l’inertie ou contre la volonté du parquet en se constituant partie civile. Mais
l’attitude adoptée par la victime ne lie en rien le ministère public qui n’est obligé de soutenir
l’accusation. De même, le désistement ou l’acquiescement de la victime ne l’empêche pas de
demander comme condamnation, même d’exercer des voies de secours sauf dans les cas où le
retrait de la plainte entraîne l’extinction de l’action publique. Par ailleurs, l’inaction de la
victime ne lui interdit nullement d’engager des poursuites pénales.

D - L’IRRECUSABILITE DU MINISTERE PUBLIC

Parce qu’il est partie principale et donc nécessaire au procès pénale, les magistrats du
ministère public ne peuvent pas être récusés pour cause de parenté d’alliance ou d’affinité avec
d’autres justiciables, ce qui n’est pas le cas pour ces magistrats du siège.

E -L’IRRESPONSABILITE RELATIVE

Le ministère public est en principe irresponsable. Il ne peut pas lorsqu’il a intenté une
action à tort et qu’il succombe être condamné à des dommages-intérêts ou au paiement des frais
du procès. S’il en était autrement, il serait à craindre qu’il se montrât trop timide pour
poursuivre. Cependant cette irresponsabilité n’est que relative car, comme le juge, les
magistrats du ministère public peuvent voir leur responsabilité civile engagée s’ils commettent
des fautes intentionnelles ; Par contre, ils ne peuvent être attaqués que par la procédure de prise
à partie, telle qu’elle résulte de la nouvelle réglementation du privilège de juridiction (Article
131 du CPP).

SECTION 2 : LES JURIDICTIONS REPRESSIVES

Le texte organique de base de ces juridictions est la loi n°2006/015 du 29 décembre 2006.
Le texte prévoit l’organisation et les règles de compétence tout en restant muet sur les diverses
dérogations à ces règles, de même qu’il ne prévoit pas de véritables solutions aux conflits de
compétence. Il conviendra donc de les compléter par diverses dispositions notamment celles du
CPP.

Sous-section 1 : L’ORGANISATION ET LA COMPETENCE DES


JURIDICTIONS REPRESSIVES

14
Les juridictions pénales sont composées de juges, encore appelés « magistrats de siège »,
car ils rendent leurs décisions assis. Ils décident alors du sort de la personne poursuivie. Le
premier principe gouvernant l’organisation des juridictions pénales est assurément celui de leur
indépendance. Celle-ci se manifeste dans l’indépendance des magistrats du siège vis-à-vis de
ceux du parquet. Cette indépendance apparait également dans les rapports entre les magistrats
de siège et les justiciables.
Il convient de présenter l’organisation de ces juridictions avant que de s’attarder sur leur
compétence.

Paragraphe 1 - L’ORGANISATION DES JURIDICTIONS RÉPRESSIVES

L’organisation judiciaire pénale connaît deux types de juridictions : les juridictions


d’instruction et les juridictions de jugement. Les premières mettent l’affaire en état d’être jugée,
et les secondes décident du fond.

A- LA JURIDICTION D’INSTRUCTION

Certaines affaires ne peuvent être portées directement devant la juridiction de jugement


en raison de leur complexité. Il en est ainsi des infractions qualifiées de crimes. Un travail de
préparation, un « avant-procès », une mise en état de l’affaire s’avèrent donc indispensables.
Tel est l’objet de la procédure d’instruction, encore appelée « information judiciaire », confiée
à une juridiction indépendante : la juridiction d’instruction. Les décisions issues de cette
juridiction d’instance (1) peuvent, comme toute décision juridictionnelle, faire l’objet d’un
réexamen devant la Chambre de contrôle de l’instruction, que l’on retrouve au niveau de la
Cour d’appel (2).

1)- La juridiction d’instruction d’instance


La particularité de la juridiction d’instruction, au niveau de l’instance, est que le juge
constitue à lui tout seul, la juridiction. On compte au moins un juge d’instruction dans chaque
tribunal d’instance (Tribunal de première instance et Tribunal de grande instance).
Le juge d’instruction a classiquement un double rôle.
Il est d’abord un enquêteur, un agent d’information, chargé de la recherche et du
rassemblement des preuves. Son rôle ici n’est pas très différent de celui des membres de la
police judiciaire. À cet effet, il peut procéder à toutes investigations : interrogatoires de
l’inculpé, auditions de la partie civile et des témoins, perquisitions, saisies… A l’occasion de
ceux de ses actes qui portent sur les personnes, il peut délivrer des mandats de justice : mandat
d’amener, mandat de comparution, mandat d’arrêt, mandat de dépôt… Il peut désigner des
experts et donner des commissions rogatoires à un collègue ou à la police judiciaire… Pour tout
dire, le juge d’instruction a beaucoup de pouvoirs qui lui permettent de faire son travail dans le
sens de la recherche de la vérité dans une affaire. Il instruit à charge et à décharge, c’est-à-dire
qu’il recherche des éléments de preuve qui permettent, soit de faire condamner la personne
poursuivie, soit de la faire relaxer.
Constituant une juridiction, le juge d’instruction rend ses décisions par Ordonnances,
dont les plus importantes sont rendues à la fin de ses recherches. Ainsi, le juge d’instruction

15
peut rendre une « Ordonnance de non-lieu », ce qui signifie qu’il ne trouve aucune infraction
punissable à mettre à la charge de la personne poursuivie. Le juge d’instruction peut aussi rendre
une « Ordonnance de renvoi » devant le tribunal, ce qui signifie qu’à son niveau, il estime qu’il
existe des charges suffisantes pour faire condamner la personne poursuivie devant une
juridiction de jugement.
Les Ordonnances rendues par le juge d’instruction peuvent être contestées. Les parties
au procès ont alors la possibilité de porter leurs contestations devant la Chambre de contrôle de
l’instruction.

2 – La Chambre de contrôle de l’instruction

Selon l’article 272 du CPP, l’appel contre les actes du juge d’instruction est porté devant
une formation spéciale de la Cour d’appel appelée « Chambre de contrôle de l’instruction ».
Cette Chambre est présidée par un magistrat de siège de la Cour d’appel, désigné par le
président de ladite Cour pour une année judiciaire.
La Chambre de contrôle peut être saisie par toute personne concernée par un acte du
juge d’instruction qu’elle conteste. Cette juridiction est faite pour garantir aux justiciables le
principe du double degré de juridiction dans le cadre de l’instruction.
Dans le cadre du réexamen de l’affaire, la Chambre de contrôle peut ordonner un
complément d’instruction qu’elle peut confier au même juge d’instruction, à un autre juge
d’instruction ou à un magistrat de la Cour d’appel. Lorsque la Chambre infirme une Ordonnance
du juge d’instruction, elle statue à nouveau. Si la Chambre estime qu’il existe suffisamment de
charges contre l’inculpé, elle renvoie l’affaire devant la juridiction de jugement.

B)- Les juridictions de jugement

Les juridictions de jugement ont pour mission de dire le droit et de trancher le litige qui
oppose les parties au procès pénal. Elles statuent d’abord sur l’action publique en prononçant
un verdict soit de condamnation, soit de relaxe (délits et contraventions) soit d’acquittement
(crimes). Accessoirement, la juridiction de jugement statue sur l’action civile, en réparation du
préjudice subi par la victime de l’infraction. La décision rendue par une juridiction d’instance
(1) est appelée « jugement ; les décisions rendues par la Cour d’appel (2) et par la Cour suprême
(3) sont appelées « Arrêts ».

1- Les juridictions d’instance

Il importe de distinguer les juridictions d’instance de droit commun (a) des juridictions
d’instance spéciales (b).

a- Les juridictions d’instance de droit commun

Il y en a deux : le Tribunal de première instance et le Tribunal de grande instance.


- Le Tribunal de première instance

16
Selon l’article 13 de la loi de 2006, il est créé un Tribunal de première Instance (TPI)
par Arrondissement. Toutefois, le même article prévoit qu’un TPI peut, exceptionnellement,
couvrir plusieurs Arrondissements. Sur le terrain, on observe que l’exception est devenue la
règle. Tous les TPI au Cameroun couvrent à l’heure actuelle, plusieurs Arrondissements.
Selon l’article 15 de la loi de 2006, portant organisation judiciaire, le TPI est compétent
pour connaître des infractions qualifiées de délits ou de contraventions. Le TPI est également
compétent pour connaître des demandes de mise en liberté formulées par toute personne
détenue et poursuivie devant lui, pour une infraction relevant de sa compétence. Le TPI est
enfin compétent pour connaître des infractions commis par les mineurs de moins de dix-huit
ans. En effet, toute infraction commise par un tel mineur, qu’il s’agisse d’une contravention,
d’un délit ou même d’un crime, est justiciable du TPI, à condition que le mineur n’ait pas de
complice ou coauteur majeur. Si tel est le cas, l’affaire relève de la compétence du TGI.

- Le Tribunal de grande instance


Aux termes de l’article 16 de la loi de 2006, il est créé un Tribunal de Grande Instance
(TGI) par Département. Toutefois, le même article prévoit qu’un TGI peut, exceptionnellement,
couvrir plusieurs Départements. Sur le terrain, on observe que, contrairement à ce qui a été dit
pour les TPI, le principe a gardé sa place et ce n’est qu’exceptionnellement que l’on peut trouver
un TGI couvrant plusieurs Départements.
Prenant en compte le déficit en nombre de fonctionnaires en général et celui du personnel
judiciaire en particulier, le législateur a prévu (Article 17 de la loi de 2006) que les mêmes
hommes et femmes qui officient devant les TPI dans une localité, peuvent également être au
service du TGI de la même localité. On a ainsi, dans certaines localités du Cameroun, un seul
et même magistrat nommé pour occuper cumulativement les postes de président du TPI et du
TGI ; un seul et même Procureur de la République pour les deux juridictions qui se partagent
les mêmes juges de jugement, les mêmes juges d’instruction, les mêmes greffiers, les mêmes
locaux.
Le Tribunal de Grande Instance (TGI) est compétent en matière pénale pour connaître
des crimes et des délits connexes. Un crime est, selon l’article 21 du Code pénal, une infraction
punie de la peine de mort ou d’une peine privative de liberté dont le maximum est supérieur à
dix (10) ans.
Le TGI est également compétent pour connaître des demandes de mise en liberté
formulées par toute personne détenue et poursuivie devant lui, pour une infraction relevant de
sa compétence.
Le TGI connaît, en matière pénale, une juridiction présidentielle. Selon l’article 18 (2) (b)
et (c), le président du TGI, ou la magistrat par lui délégué, est compétent pour connaître des
requêtes en Habeas corpus (libération immédiate) formulées par une personne arrêtée ou
détenue ou en son nom, par toute autre personne, et fondées sur l’illégalité d’une arrestation ou
d’une détention ou sur l’inobservation des formalités prescrites par la loi. Le président du TGI
est également compétent pour connaître des recours intentés contre les mesures de garde à vue
administrative.

17
b)- Les juridictions d’instance spéciales : Cas du Tribunal militaire et du
Tribunal criminel spécial

Il s’agit de la Haute cour de justice, de la Cour de sureté de l’État, du Tribunal Militaire


et du Tribunal criminel spécial.

- La Haute Cour de Justice


C’est une juridiction à compétence territoriale nationale qui, conformément à l’article
53-1 de la Constitution du 18 janvier 1996 est compétente pour juger des actes accomplis dans
l’exercice de leurs fonctions par le Président de la République en cas de haute trahison ; le
Premier Ministre, les autres membres du gouvernement et assimilés, les hauts responsables de
l’Administration ayant reçu délégation de pouvoir en application des articles 10 et 12 de la
Constitution, en cas de complot contre la sûreté de l’Etat.

- La Cour de sûreté de l’Etat

C’est une juridiction nationale créée par la loi n° 90/060 du 19 décembre 1990. Elle
siège à Yaoundé mais peut tenir des audiences foraines dans toute autre localité sur décision du
Président de la République ou par délégation cette fois du garde des sceaux. Conformément à
l’art 4 de la loi de 90, cette juridiction est seule compétente pour connaître des crimes et délits
contre la sûreté intérieure ou extérieure de l’Etat et les infractions connexes, les mineurs de 14
ans ne sont pas justiciables de cette juridiction.

- Le Tribunal militaire
Création - Selon l’article 3 de la loi n°2017/012 du 12 juillet 2017 portant Code de
justice militaire, il est créé dans chaque Région du Cameroun un Tribunal militaire. Toutefois,
le Tribunal de la Région du Centre, installée à Yaoundé, la capitale du Cameroun, peut voir, en
cas de circonstances exceptionnelles, sa compétence étendue à l’ensemble du territoire
camerounais (art. 4).
Saisine – Le Tribunal militaire peut être saisi par le Ministre en charge de la justice
militaire, par le Commissaire du Gouvernement, ou même par la victime d’une infraction
relevant de la compétence de ce tribunal, sauf en période de guerre.
Composition : Il s’agit d’une juridiction dans laquelle on ne devrait retrouver en principe
que des militaires, officiant comme juge ou comme Commissaire du Gouvernement. Mais, sans
doute compte tenu de l’insuffisance en nombre des magistrats militaires, le législateur n’a
trouvé aucun inconvénient à prévoir la présence dans ces juridictions à compétence spéciale,
des magistrats civils, au côté de leurs homologues militaires. Toutefois, en période de guerre,
les magistrats civils s’écartent et sont remplacés par des officiers des forces armées. En période
de paix ou en période de guerre, les greffiers en chef et les greffiers des tribunaux militaires
doivent obligatoirement être des militaires.
Compétence - Selon l’article 8 de la loi n°2017/012 du 12 juillet 2017 portant Code de justice
militaire, « Le Tribunal Militaire est seul compétent pour connaître : (a)- des infractions
militaires et des crimes de guerre ; (b)- des crimes contre l’humanité et du crime de génocide ;

18
(c)- des infractions relatives aux actes de terrorisme et à la sûreté de l’Etat ; (d)- des infractions
de piraterie et actes illicites contre la sûreté de la navigation maritime et des plates-formes ;
(e)- des infractions de toute nature commises par des militaires ou par le personnel civil en
service dans les forces de défense, avec ou sans coauteurs ou complices civils, soit à l’intérieur
d’un établissement militaire, soit dans l’exercice de leurs fonctions ; (f)- des infractions à la
législation sur les armes de 1ère, 2ème, 3ème et 4ème catégorie telles que spécifiées dans la loi
portant régime général des armes et munitions au Cameroun ; (g)- des infractions de toute
nature commises à l’aide d’armes des catégories visées au paragraphe f ci-dessus ; (h)- du vol
avec port d’arme à feu ; (i)- des infractions de toute nature où se trouve impliqué un militaire
ou assimilé, perpétrées en temps de guerre ou dans une Région soumise à l’état d’urgence ou
à l’état d’exception ; (j)- des infractions de toute nature commises par des personnes civiles
dans un établissement militaire et ayant porté atteinte soit aux équipements ou installations
militaires, soit à l’intégrité physique d’un militaire, ou ayant troublé le fonctionnement du
service ; (k)- des infractions relatives à l’achat, l’importation, la vente, la confection, la
distribution, le port ou la détention d’effets ou insignes militaires tels que définis par la
règlementation en vigueur ; (l)- de toutes les infractions connexes à celles visées ci-dessus ».

- Le Tribunal criminel spécial


Le Tribunal criminel spécial a été créé au Cameroun par la loi n° 2011/28 du 14
décembre 2011. Le tribunal a son siège à Yaoundé et sa compétence couvre l’ensemble du
territoire camerounais.
Au Tribunal criminel spécial, on retrouve au siège : un président, un ou plusieurs vices
présidents, un ou plusieurs conseillers, un ou plusieurs juges d’instruction. Le Ministère public
y est représenté par Un Procureur général, assisté d’un ou plusieurs avocats généraux, un ou
plusieurs substituts généraux. Au greffe, on a un Greffier-en-chef, un ou plusieurs Greffiers
chefs de section, un ou plusieurs Greffiers et greffiers d’instruction.
La particularité de cette juridiction tient essentiellement en trois points relatifs à la
compétence ; à l’encadrement de la procédure par des délais impératifs et au fait que ses
décisions ne peuvent pas faire d’un appel.
Sur la compétence, le Tribunal criminel spécial est appelé à juger des infractions bien
précises. En effet, ce tribunal est compétent pour connaître, lorsque le préjudice est d’un
montant de 50 000 000 francs Cfa et plus, des infractions de détournement de deniers publics
et des infractions connexes prévues par le Code pénal et les Conventions internationales
ratifiées par le Cameroun. Pour les infractions dont le montant du préjudice est inférieur à
50 000 000 francs Cfa, les tribunaux de première et de grande instance sont compétents avec
cette particularité cependant qu’ici, leurs décisions peuvent exclusivement faire l’objet d’un
pourvoi (articles 9(7) et 11(1) de la loi n° 2011/28 du 14 décembre 2011 modifiée et complétée
par la loi n°2012/011 du 16 juillet 2012).
La procédure devant le Tribunal criminel spécial se veut très rapide ; des délais ont été
imposés aux acteurs de la procédure. Ainsi, l’enquête préliminaire doit être bouclée dans un
délai de 30 jours, renouvelable deux fois, l’information judiciaire doit être bouclé dans les 180
jours qui suivent la saisine du juge d’instruction ; lorsqu’il est saisi, le juge de jugement fixe la
date d’audience qui doit être prévue au plus tard trente jours après l’ordonnance de clôture de

19
l’information judiciaire ; la juridiction de jugement a six mois pour rendre son verdict ; ce délai
peut être prolongé pour une période de trois mois, par ordonnance du Président du Tribunal.
Le Tribunal criminel spécial statue en premier et dernier ressort. Ses décisions ne
peuvent pas faire l’objet d’un appel. Seul le pourvoi en cassation est admis contre les décisions
rendues par ce Tribunal.

2- La juridiction d’appel : la Cour d’appel

Il existe une Cour d’appel dans chaque chef-lieu de Région. La Cour d’appel est
compétente pour connaître en appel, toutes les décisions rendues par toutes les juridictions
pénales de premier degré situées dans son ressort territorial : Tribunal de première instance,
Tribunal de grande instance, Tribunal Militaire.
À l’unicité de la Cour d’appel dans la Région, on oppose la multiplicité des juridictions
d’instance. Toutefois, pour faire face à la multiplicité et à la diversité du contentieux qui lui est
déféré, la Cour d’appel est subdivisée en « Chambres », chacune spécialisée dans un type
particulier de contentieux. Il existe ainsi, en sein de la Cour d’appel, une ou plusieurs Chambres
de droit criminel ; une ou plusieurs Chambres correctionnelles et de simple police ; une ou
plusieurs Chambres de contrôle de l’instruction. On découvre qu’en réalité, chaque juridiction
inférieure a sa Chambre d’appel au niveau de la Cour d’appel.
Les magistrats en service à la Cour d’appel sont répartis dans toutes ces Chambres. Un
magistrat peut appartenir à plusieurs Chambres à la fois, encore que plusieurs Chambres
peuvent être regroupées par décision du président de la Cour, ce qui est d’ailleurs le cas dans
plusieurs Cour d’appel au Cameroun, compte tenu du nombre insuffisant de magistrats.
Toutes les affaires soumises à la Cour d’appel sont jugées par trois magistrats de siège.
La Cour d’appel est donc une juridiction collégiale. Le principe ici n’admet aucune exception.
Tous les membres de la formation collégiale ont voix délibérative.

3- La juridiction de cassation : la Cour suprême

Selon l’article 38 de la Constitution, la Cour Suprême est la plus haute juridiction de l’État
en matière judiciaire, administrative et de jugement des comptes. Cette disposition
constitutionnelle est reprise par l’article 2 de la loi de 2006 fixant organisation et
fonctionnement de la Cour suprême.
La Cour suprême obéit à des règles de fonctionnement qui lui sont propres. Elle est située
au sommet de la hiérarchie des juridictions judiciaires. Cette juridiction est elle-même
hiérarchisée. Le Président de la Cour suprême est appelé premier président. C’est le premier
magistrat de l’ordre judiciaire.
La Cour suprême connaît en son sein, entre autres, une Chambre judiciaire dans laquelle
sont connues les affaires pénales, objet d’un pourvoi en cassation. Les affaires pénales sont
alors traitées par la Section pénale de la Chambre judiciaire.
En principe, après cassation de la décision d’une Cour d’appel, la Cour suprême demande
à une autre Cour d’appel de revoir l’affaire en fait et en droit. La deuxième Cour d’appel saisie
peut ne pas aller dans le sens proposé par le Cour suprême. Ceci peut donner lieu à un autre
pourvoi. Dans le respect du principe d’interdire au la Cour suprême de statuer en fait, la Cour

20
suprême se doit, une fois de plus, de saisir une autre Cour d’appel. On assiste alors à un jeu de
«ping-pong» entre la Cour suprême et les Cours d’appel ; le procès quant à lui s’éternise,
retardant ainsi le triomphe de la justice. Pour couper court à ces « va-et-vient », certains
systèmes juridiques ont permis à leur Cour suprême, saisie d’un second pourvoi de «taper du
poing sur la table» en statuant elle-même au fond, c’est-à-dire sur les faits, en même temps
qu’elle se prononce sur le droit.
Au Cameroun, le principe d’interdiction de la Cour suprême de statuer en fait garde toute
sa force en matière de procédure civile, commerciale et sociale. La procédure pénale, quant à
elle, s’est écartée de cette conception de la Cour suprême. En effet, selon l’article 527 (2) du
Code de procédure pénale, en cas d'annulation d’une décision par la Cour suprême, la cause et
les parties sont remises au même et semblable état où elles étaient avant l'intervention de la
décision annulée. Dans ce cas, la Cour Suprême évoque et statue sur le tout. En d’autres termes,
il n’y a pas de renvoie à une autre Cour d’appel après cassation en matière pénale. La Cour
suprême reprend entièrement l’examen tant en ce qui concerne les faits qui sont à l’origine du
litige qu’en ce qui concerne les règles de droit appliquées à ces faits. On évite ainsi les «va et
vient» entre la Cour suprême et les Cours d’appel. Le législateur a trouvé là un remède contre
les lenteurs judiciaires en matière pénale. Il est important que le justiciable, principalement la
personne poursuivie au pénal soit rapidement fixée sur son sort.

Après avoir présenté l’organisation des juridictions répressives, il convient, à présent de


s’attarder sur leurs règles de compétence.

Paragraphe 2 - LA COMPÉTENCE DES JURIDICTIONS RÉPRESSIVES

La compétence des juridictions répressives ayant été exposée à la suite de leur


présentation dans le précédent paragraphe, il importe, ici, de s’intéresser à la sanction de ces
règles de compétence (A) et à leurs dérogations (B).

A)- LA SANCTION DES RÈGLES DE COMPÉTENCE

En matière pénale, l’inobservation des règles de compétence qui sont toutes d’ordre
public entraîne la nullité absolue de la procédure et de la décision rendue, c’est-à-dire la
réformation en appel si la décision a été rendue, en instance, ou la cassation par la CS si la
décision est rendue en appel.
Lorsque deux juridictions prétendent connaître ou refusent de connaître d’une affaire, le
conflit est réglé par l’intervention d’une juridiction supérieure. De plus, toute juridiction doit
d’abord vérifier sa compétence avant toute action et s’il y a lieu, refuser de juger et se déclarer
d’office incompétente.
Cette incompétence peut également être soulevée en tout état de cause par les parties.
Dans la pratique toutefois, ces conflits sont évités par le désistement de l’un des juges au profit
de l’autre. De plus, malgré leur caractère d’ordre public, toutes ces règles de compétence
possèdent des dérogations permettant de contourner la nullité.

B)- LES DÉROGATIONS AUX REGLES DE COMPETENCE

21
On a pris l’habitude de regrouper ces dérogations en deux catégories selon qu’elles sont
générales ou particulières.

1- Les dérogations générales aux règles de compétence

Il s’agit de la prorogation de compétence, de la règle « le juge de l’action est juge de


l’exception » et du renvoi d’une juridiction à une autre

- La prorogation de compétence
C’est l’extension de la compétence d’une juridiction à un domaine autre que celui pour
lequel elle a té instituée ne concerne que la compétence matérielle. Pour mieux comprendre
cette dérogation, il conviendra d’étudier dans ses causes et dans ses effets.
Les cas de prorogation
Il s’agit, conformément aux dispositions de l’article 6 du CPP, de l’indivisibilité et de la
connexité. Cette disposition prévoit en effet que « (1) La jonction de procédures est obligatoire
dans les cas d'indivisibilité et facultative dans les cas de connexité.
(2) Il y a indivisibilité : a) en cas de pluralité d'auteurs ou de complices d'une même
infraction ; b) lorsqu'il existe entre plusieurs infractions commises par une même personne une
relation si étroite que l'une ne peut être jugée sans l'autre ; c) lorsque des infractions distinctes
commises dans le même temps visent un même but.
(3) Il y a connexité : a) lorsque les infractions ont été commises au même moment par
plusieurs personnes agissant ensemble ; b) lorsque des infractions ont été commises par
différentes personnes même en différents temps et divers lieux, mais par suite d'une
conspiration ; c) lorsqu'une infraction a été perpétrée, soit pour faciliter la commission d'une
autre, soit pour assurer l'impunité de celle-ci ; d) lorsqu'il y a recel ; e) dans tous les cas où il
existe entre les infractions des rapports étroits analogues à ceux énumérés au présent alinéa ».

Les effets de la prorogation de compétence

Lorsque l’indivisibilité et la connexité aboutissent à une légère différence, la juridiction


compétente va devoir connaître de toutes les infractions connexes ou de tous les individus par
rapport à cette infraction.
Tout dépend cependant de la nature des juridictions en concours.
Entre les juridictions de droit commun et une juridiction d’exception, la prorogation se
fait normalement au profit de la juridiction de droit commun. C’est malheureusement la solution
inverse qui adopte le droit camerounais qui permet une prorogation au profit des juridictions
d’exception
Entre les juridictions de droit commun, si les juridictions sont de degré différents, la
prorogation a leur au profit de la juridiction la plus élevée. Ainsi le TGI est-il expressément
compétent pour connaître des crimes et délits connexes. Si les juridictions sont de même degré,
la prorogation se fait au profit de celle qui est la mieux placée pour assurer une bonne
administration de la justice, celle où la réunion des preuves est facile à identifier

22
- La règle « le juge de l’action est juge de l’exception »

De nature prétorienne, elle permet au juge répressif, saisi d’une infraction déterminée qui
relève normalement de sa compétence, de statuer sur les questions de droit civil ou de droit
administratif qu’elle pose incidemment. Toutefois, lorsque ces questions sont très importantes
pour pouvoir être tranchées par le juge répressif, on fait appel au droit commun. Le tribunal
répressif est donc obligé de retarder sa décision en attendant le jugement de ces questions par
la juridiction normalement compétente. On parle alors d’exception préjudicielle au jugement.

α- La signification de la règle « Le juge de l’action est juge de l’exception »

Il est fréquent qu’au cours d’un procès pénal, le juge se heurte à des questions extra-
pénales. Ainsi, une poursuite pour bigamie est subordonnée à la preuve d’un précédent mariage
monogamique non dissout. De même, dans une poursuite pour abus de confiance (art. 318 du
CP) qui suppose le détournement ou la dissipation d’une chose remise en vertu d’un contrat de
louage, de dépôt ou de mandat, le prévenu peut prétendre que la chose qu’il a détournée lui
avait été remise non pas à titre de dépôt ou de gage, mais en vertu d’un contrat de vente ou de
prêt.
Qui a donc compétence pour trancher ces questions extra-pénales ? Le juge pénal lui-
même, saisi à titre incident et non principal, ou bien doit-il attendre la solution de la question
par le juge normalement compétent ? Adopter cette seconde solution serait source de lenteur
très fâcheuse pour la répression. C’est pour cette raison que la jurisprudence a toujours admis
la plénitude de compétence du juge répressif en appliquant le principe « le juge de l’action est
juge de l’exception ». Cette règle qui permet au juge pénal de trancher lui-même les difficultés
nécessaires à la solution de l’affaire dont il est saisi sous la seule réserve d’appliquer les règles
juridiques de la discipline dont relève la difficulté en question, se justifie par la nécessité d’une
bonne et rapide justice répressive et par le principe « qui peut le plus peut le moins ». Et en la
matière, les litiges répressifs sont jugés plus graves donc plus importantes que les autres.
Elle comporte cependant quelques exceptions.

β- Les dérogations à la règle : les exceptions préjudicielles au jugement

La jurisprudence et la loi admettent que dans certains cas, la juridiction répressive saisie
doit surseoir à statuer jusqu’à ce que la juridiction ou l’autorité compétente pour juger
l’exception ait elle-même statué. On dit alors qu’il y a exception ou question préjudicielle au
jugement qu’il convient de distinguer des questions préjudicielles à l’action publique qui
empêche la mise en mouvement de l’action publique. Les exceptions préjudicielles au jugement
supposent au contraire que le tribunal répressif est valablement saisi de cette action. Elle impose
tout simplement au tribunal répressif de surseoir à statuer jusqu'à ce que la juridiction ou
l’autorité compétente pour juger les exceptions ait elle-même statué. Des exceptions
préjudicielles peuvent être d’ordre civil, pénal, ou administratif.

*Les exceptions préjudicielles de nature civile

23
On peut citer l’existence ou d’absence d’un droit de propriété immobilier à l’exception
de la propriété mobilière et des droits de créance, les appellations d’origine, les questions
relatives à l’état des personnes en premier lieu la nationalité, le cas de la nullité du mariage
soulevé dans les poursuites pour bigamie soulève quelques difficultés. La doctrine qui n’admet
pas d’exception préjudicielle en dehors d’un texte express refuse de reconnaître aux juridictions
civiles, compétence exclusive pour juger de la validité du mariage. La jurisprudence quant à
elle a consacré un point de vue différent. L’exception préjudicielle n’existe que si le prévenu
invoque la nullité absolue de son premier mariage. S’il soulève une nullité relative ou une nullité
absolue de son second mariage pour une raison autre que la bigamie elle-même, la juridiction
répressive a compétence pour statuer sur le moyen invoqué. Pour ce qui est de la nullité du
mariage, en cas de poursuite pour adultère, on considère que c’est une question préjudicielle,
qu’il s’agisse de la nullité absolue ou relative. Les questions de filiation ne sont pas
préjudicielles et le juge répressif peut les trancher lui-même.

*Les exceptions préjudicielles de nature pénale


Elles obligent une juridiction répressive à surseoir à statuer jusqu'à ce qu’une autre
juridiction répressive ait elle-même statué.
Parmi les exceptions de cette nature, nous pouvons citer celle de l’art 304-3CP aux termes
duquel : « si en soute de la dénonciation, une poursuite pénale est engagée devant une
juridiction de jugement à l’occasion du fait dénoncé, il est sursis à la poursuite du chef de la
dénonciation jusqu'à décision définitive ».
L’article 55 de la loi du 28 juillet 1881 sur la presse prévoyait une telle disposition en
matière de diffamation. Cette disposition n’a cependant pas été reprise par la loi de 1990 sur la
liberté de communication. Est-ce à dire du fait de ce silence de la loi de 1990, que la preuve de
la véracité des propos diffamatoires ne peut constituer une question préjudicielle. Du fait du
caractère encore intact de l’article 305-2 du CP qui permet à une personne poursuivie comme
diffamateur sous certaines conditions, d’établir la véracité d ses allégations, la juridiction
répressive saisie de la poursuite doit attendre que la juridiction répressive compétente ait statué
sur les faits qui ont servi de base à la diffamation.

*Les exceptions préjudicielles de nature administrative


Beaucoup plus délicats sont les caractères préjudiciels des questions administratives qui
peuvent se poser évidemment au cours du procès pénal et dont dépend l’existence ou la
répression d’une même infraction. Un tribunal répressif peut-il statuer sur les questions d’ordre
administratives posées devant lui ? Le principe de la séparation des pouvoirs administratif et
judiciaire semblent y faire obstacle.
En revanche, le principe de la plénitude de compétence du juge répressif en vertu duquel
celui-ci doit pouvoir apprécier souverainement tous les éléments de l’infraction devrait au
contraire amener à reconnaître au tribunal répressif le pouvoir de trancher toutes les questions,
même administratives qui commandent la solution du procès pénal. A vrai dire, le problème
soulève quelques difficultés dans la mesure ou c’est la loi elle-même qui confère au juge
répressif l’appréciation de la légalité des actes administratifs. Il en est ainsi en cas de
contravention au règlement administratif tel que prévu à l’Article R 370-11. Ce texte punit

24
« ceux qui contreviennent ou ne se conforment pas aux règlements et arrêtés légalement
faits... ».
Le tribunal répressif a donc le pouvoir d’apprécier la légalité du règlement sur la violation
duquel repose la poursuite et relaxer si le règlement lui paraît illégal mais en aucun cas il n’a le
pouvoir d’en prononcer la nullité.
Notons toutefois qui en l’absence de textes, le principe de la séparation des autorités
administratives et judiciaires reprend son empire et les questions de DA soulevées incidemment
au cours du procès pénal constituent des exceptions préjudicielles relevant de la compétence
exclusive des autorités ou des juridictions administratives

Le régime juridique de l’exception préjudicielle

Conformément à une jurisprudence constante, il convient de noter que l’exception


préjudicielle n’est admise que dans les cas suivants. Elle doit être invoquée in limine litis, c’est-
à-dire avant tout débat au fond. Elle doit être de nature à retirer aux faits leur caractère
délictueux ou à atténuer la peine encourue. Elle doit s’appuyer sur des faits ou des éléments de
preuve donnant un caractère vraisemblable et à la supposer vérifiée, être de nature à enlever
aux faits poursuivis leur caractère délictueux. Lorsque ces conditions sont réunies, le tribunal
doit accorder à l’intéressé un délai pour saisir l’autorité ou la juridiction compétente. Passé ce
délai, le prévenu doit rendre compte de ses diligences au juge répressif.
S’il n’a pas agi dans ce délai, le tribunal peut passer outre et rendre sa décision au fond
sans plus attendre. Si par contre, l’intéressé a saisi la juridiction compétente, on doit attendre sa
décision sur l’exception préjudicielle.

- Le renvoi d’une juridiction à une autre

C’est une procédure prévue aux articles 604 et suivants du CPP.


Elle suppose qu’une juridiction initialement saisie et compétente pour juger une affaire
se dessaisisse au profit d’une autre du même ordre mais territorialement incompétente pour le
jugement de ladite affaire.
Le renvoi est prévu dans deux cas.
Le cas de suspicion légitime, c’est-à-dire lorsque les circonstances telles les intrigues ou
les passions locales perturbent les relations entre le juge et les justiciables.
La suspicion légitime peut être invoquée aussi bien par le ministère public que par les
autres parties au procès. Invoquée par les parties, la suspicion légitime doit être distinguée de
la récusation qui ne concerne que le juge.
Le renvoi pour cause de sûreté publique
Ici le but visé est la sauvegarde de l’ordre public qui serait troublé par le jugement d’une
cause devant la juridiction locale. Exemples : les émeutes, les guerres
Seul le ministère public peut solliciter le renvoi pour cause de sûreté publique.

2- LES DÉROGATIONS PARTICULIÈRES AUX REGLES DE COMPETENCE

25
Il y en a deux : la correctionnalisation judiciaire et le jugement de certaines
infractions commises par les magistrats.

- La correctionnalisation judiciaire

Bien que les règles de compétence soient d’ordre public, la pratique judiciaire se permet
pourtant de ne pas respecter d’après laquelle les crimes doivent être jugés par le TGI en sa
chambre criminelle. Souvent, elle soumet au jugement des crimes mais qu’elle considère et fait
apparaître comme constituant de simples délits correctionnels.
C’est la correctionnalisation judiciaire qu’il convient d’étudier tant à travers ses procédés
qu’à travers sa valeur juridique.

Les procédés de correctionnalisation judiciaire

Pour faire apparaître comme un simple délit une infraction qui constitue en réalité un
crime, les magistrats du parquet utilisent les procédés suivants : s’il s’agit d’une infraction
normalement constitutive d’un délit mais qui n’est un crime qu’en raison des circonstances
aggravantes ou qui n’est qu’un crime qu’en raison des circonstances dans lesquelles elle a été
commise, il laisse tomber ces circonstances. Ainsi le vol est un délit, mais avec effraction ou
violence, il devient un crime 320 du CP, et punissable comme tel voire peine de mort.
Pour rendre au vol son caractère délictuel, le ministère public fait abstraction des
circonstances aggravantes, c’est-à-dire de l’effraction ou de la violence. Ou bien s’il s’agit
d’une tentative de meurtre qui n’a entraîné que des blessures, ils écartent l’intention de donner
la mort, ce qui leur permet de disqualifier la tentative de meurtre qui est un crime pour le
requalifier en simple délit de coups et blessures.
À cette forme de correctionnalisation qui est antérieure au jugement et mise en œuvre par
les magistrats du parquet, on oppose souvent la correctionnalisation contemporaine ou
concomitante au jugement et qui résulte de la décision rendue par la chambre criminelle du
TGI. Il peut en effet arriver que suite au constat de l’inadéquation entre la qualification
criminelle légale d’un comportement, et la banalité de celui-ci, le juge répressif correctionnalise
un crime. Si le principe de la plénitude de juridiction de la chambre criminelle du TGI et la
règle « qui peut le plus peut le moins » justifient cette seconde forme de correctionnalisation et
la rend inattaquable, rien ne justifie légalement la première d’ou la valeur de la
correctionnalisation judiciaire.
La valeur de la correctionnalisation judiciaire
Du moment où les règles de compétence sont d’ordre public, il ne saurait appartenir aux
magistrats d’y déroger en négligeant volontairement certains éléments de l’infraction. Aussi
des règles de compétence qui sont toute d’ordre public, il n’est pas douteux que la
correctionnalisation antérieure au jugement est une pratique illégale.

- Le jugement de certaines infractions commises par les magistrats


Les articles 479 et suivants du CIC prévoyaient des règles spéciales concernant
l’instruction, la poursuite et le jugement des crimes et délits commis par les magistrats hors de
leurs fonctions. On parle alors du privilège de juridiction. Lorsqu’il s’agit d’un membre du

26
tribunal, l’affaire sera jugée par la CA. Tout membre de la CA est jugé par la CS. On notera ici
que cette dérogation porte atteinte non seulement à la compétence matérielle mais aussi au
principe du double degré de juridiction.
Ces questions sont aujourd’hui réglées à travers le privilège de juridiction tel que prévu
aux articles 629 à 634 du CPP.

27
TITRE II :
LES ACTIONS NÉES D’UNE INFRACTION

Toute infraction à la loi pénale donne naissance contre son auteur à une action appelée
action Publique. Cette action qui a pour but de réprimer l’atteinte portée à l’ordre social et pour
objet l’application d’une peine ou d’une mesure de sûreté au délinquant appartient à la société.
Elle est exercée en son nom par les fonctionnaires nommés par le pouvoir exécutif,
amovibles et révocables par le garde des sceaux ; les magistrats du parquet. Mais le plus
souvent, en même temps qu’elle provoque un trouble social, l’infraction cause un préjudice à
une personne, (la victime ou ses héritiers) ; elle donne alors naissance en plus de l’action
publique destinée à assurer la répression à une action privée destinée à obtenir la réparation du
préjudice éprouvé par la partie lésée et qu’on appelle action civile. Ainsi définies, les deux
actions se distinguent avant tout par leur but.
C’est par la réglementation de ces actions que s’ouvraient le Code d’instruction criminelle
à travers des dispositions que viennent de reprendre les articles 59 et suivants du CPP.
L’action publique est destinée à réprimer un trouble causé à l’ordre social alors que
l’action civile a pour but d’obtenir la réparation du préjudice éprouvé par la victime. Cette
différence de buts commande une différence d’objets.
L’objet de l’action publique est la peine ou une mesure de sûreté, celui de l’action civile
est la condamnation à des dommages-intérêts en réparation du préjudice subi. Différentes par
leurs buts et leurs objets, ces deux actions s’opposent aussi par leurs caractères. L’action
publique est d’ordre public en ce que le ministère public qui a la charge de l’exercer ne peut en
principe ni transiger avec le prévenu, ni se désister et empêcher le jugement, ni acquiescer c’est-
à-dire renoncer à exercer les voies de recours contre une décision rendue. L’action civile au
contraire qui tend à la réparation d’un dommage est d’intérêt privé.
La victime qui en est propriétaire peut renoncer à l’exercer, faire une transaction avec le
responsable, elle peut même la céder à un tiers. En raison de ces différences, l’action publique
et l’action civile sont indépendantes l’une de l’autre du point de vue de leur exercice.
L’existence d’un préjudice n’est pas nécessaire pour la poursuite de la personne qui a
commis l’infraction, de même, il n’est pas besoin qu’une victime se soit plainte, le ministère
public peut décider de poursuivre dès qu’il a eu connaissance de l’infraction.
L’action civile est également indépendante de l’action publique, la victime peut donc
porter donc action devant la juridiction civile.
Ces divergences entre ces deux actions ne doivent cependant pas faire oublier l’existence
des liens les unissant.
Le premier commun est relatif à la compétence : si elle choisit la juridiction répressive,
c’est logiquement mais nécessairement celle qui est compétente pour connaître de l’action
publique.
Il existe une relation entre la décision prise au pénal et le sort de l’action civile. En cas
de relaxe au pénal, le tribunal répressif devient incompétent pour statuer sur l’action civile. La
prescription de l’action publique s’étend à l’action civile. Lorsqu’il s’agit d’une faute pénale,
la prescription est celle de l’action publique.

28
CHAPITRE I :
L’ACTION PUBLIQUE : OBJET PRINCIPAL DU
PROCÈS PÉNAL

Elle est une action d’intérêt général. Elle appartient donc à la société qui la fait exercer
par des représentants particuliers. Etant titulaire de cette action, elle peut renoncer à son
exercice, soit en amnistiant les faits qui la rendaient possibles, soit en décidant que le trouble
social a été effacé par le temps. De ce fait, l’action publique suppose positivement la présence
des personnages et négativement l’absence d’obstacles interdisant d’une manière permanente à
ceux-ci d’agir.
De là la nécessité d’étudier les sujets et l’extinction de l’action publique.

SECTION I - LES SUJETS DE L’ACTION PUBLIQUE

Il s’agit de répondre à deux questions : Qui peut exercer l’action publique ? (sujet actif),
contre qui peut être exercée l’action publique ? (sujet passif).

Paragraphe 1 : LE SUJET ACTIF DE L’ACTION PUBLIQUE

Il s’agit principalement du ministère public, d’autres personnes se sont cependant vues


reconnaître ce droit.

A -LE MINISTÈRE PUBLIC


(cf. ORGANES)

B -LES AUTRES SUJETS ACTIFS OU DEMANDEURS DE L’ACTION


PUBLIQUE

Il s’agit des fonctionnaires de certaines administrations

1-Le pouvoir de poursuite accordé à certaines administrations


Ce sont les administrations du domaine des eaux et Forêts, de contribution indirecte, des
douanes, etc… (cf. Les OPJ à compétence limitée).
Les infractions concernées sont le plus souvent punies de peines d’amendes. Lorsque la
peine encourue est l’emprisonnement, l’action publique est souvent exercée de manière
conjointe par le ministère public et le représentant de l’administration concerné. Cependant, à
la différence du ministère public, ces administrations peuvent recourir à la transaction.

2-La victime de l’infraction


Elle peut de manière incidente mettre en mouvement l’action publique à travers la
plainte avec constitution de partie civile (Article 157 du CPP). Dans ce cas le ministère public
se joint à l’action de la victime sans toutefois perdre sa qualité de partie principale du procès
pénal.

29
Paragraphe 2 : LES SUJETS PASSIFS DE L’ACTION PUBLIQUE

En face de la partie poursuivante, se place le délinquant, sujet passif de l’action


publique, ou défendeur de cette action. En revanche, s’il est admis que l’action publique ne peut
être dirigée que contre lui à l’exclusion de toute autre personne il convient de reconnaître que
tout individu, quelque soit son rang, peut jouer le rôle de sujet passif dans un procès pénal dès
lors qu’il est auteur ou complice d’une infraction.

A- LE DÉLINQUANT : UNIQUE SUJET PASSIF À L’ACTION PUBLIQUE

L’action publique est une action dirigée contre un délinquant.


Elle est conformément au principe de l’individualisation de l’action publique, une action
purement subjective. Il s’ensuit donc qu’on ne pleut poursuivre devant un tribunal répressif
qu’un individu bien déterminé du moins devant la juridiction de jugement car on peut ouvrir
une information contre X. Le renvoi devant la juridiction de jugement se fait contre une
personne identifiée. De même, la poursuite et la condamnation sont possibles contre un individu
dont on ignore l’identité exacte mais dont les caractéristiques (état civil d’empreintes,
signalements, sobriquets) sont très précis et désignent l’individu qui a commis l’infraction.
Action purement subjective, l’action publique n’atteint pas les parents, héritiers ou
représentants légaux. L’individualisation de l’action publique entraîne donc l’exclusion des
personnes autres que le délinquant. Cette règle est cependant tempérée par la situation des
personnes civilement responsables qui, bien que ne pouvant pas être poursuivies, peuvent être
parties du procès pénal quand elles sont citées par le ministère public ou la partie civile ou
lorsqu’elles interviennent volontairement. Leur responsabilité n’est cependant engagée que sur
le plan civil.

B - LA RÈGLE SELON LAQUELLE L’ACTION PUBLIQUE ATTEINT TOUS


LES DÉLINQUANTS : L’EGALITE DES DELINQUANTS

C’est un principe posé par l’art 1er du CP aux termes duquel “ la loi pénale s’impose à
tous ”. Inclus dans les principes fondamentaux de droit, ce principe connaît quelques exceptions
découlant des immunités qui peuvent être de nature politique, judiciaires, familial ou
diplomatique.

1- Les immunités politiques


Les immunités qui visent le Président de la République, les membres du gouvernement
et les députés sont destinées à garantir le maintien et le bon fonctionnement des institutions les
plus importantes de l’État.

a) Les immunités du PR et des membres du gouvernement


Ce sont des immunités déduites de l’article 53 de la Constitution de 1996 aux termes
duquel : « La haute cour de justice est compétente pour juger les actes accomplis dans

30
l’exercice de leurs fonction par le PR en cas de haute trahison, le P.M, les membres du
gouvernement et assimilés en cas de complot contre la sûreté de l’état ».
La rédaction défectueuse de ce texte est de nature à créer des divergences quant à son
sens. C’est qu’en effet, ce texte nous semble moins explicite que l’article 68 de la Constitution
française du 04 octobre 1958 qui l’a inspiré et aux termes duquel « Le président de la
République n’est responsables des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions qu’en cas
de haute trahison ».
Interprété a contrario, les dispositions de l’article 53 amènent à dire que les immunités
du PR ne concernent que les actes qualifiables de haute trahison et que pour toutes les autres
infractions, il serait soumis aux dispositions de l’article 1er du CP.
Malgré cette rédaction lacunaire de l’article 53 de la Constitution de 96, il est admis par
la doctrine dominante qu’il existe au profit du PR un régime exceptionnel d’irresponsabilité.
Cette situation ne saurait cependant bénéficier aux membres du gouvernement. Les ministres
ne bénéficient pas des immunités pour les actes commis dans l’exercice de leurs fonctions.
L’article 53 de la Constitution de 96 les rend justiciables de la haute cour de justice en cas de
complot contre la sûreté de l’état.

b) Les immunités parlementaires

Les immunités concernent les députés qui doivent pouvoir s’exprimer sans crainte. Ils ne
doivent pas être inquiétés pour des propos injurieux ou diffamatoires tenu à l’égard de certaines
personnalités publiques ou privées. Ces immunités concernent également les membres du
gouvernement dans le cadre des propos tenus lors des séances à l’AN. Cette immunité
parlementaire est renforcée par l’immunité d’information parlementaire qui couvre les comptes
rendus des séances publiques de l’Assemblée Nationale faits de bonne foi et l’inviolabilité
parlementaire qu’un député ne peut en principe être poursuivi même pour les infractions non
couvertes par l’immunité. L’inviolabilité ne saurait cependant jouer en cas de flagrant délit et
en cas de crime ou de délit contre la sûreté de l’état.. De plus, l’inviolabilité peut être levé en
matière criminelle ou correctionnelle par une autorisation de l’A.N. pendant la session ou une
autorisation de son bureau hors session.

2- Les immunités judiciaires

L’art 306-4 du CP prévoit deux catégories d’immunité judiciaires


Celle relative aux paroles et écrits devant les tribunaux et celle concernant les comptes
rendus judiciaires.

a)- Les immunités de paroles et d’écrits devant les tribunaux


L’art 306-4 du CP soustrait à toute action en diffamation les discours et écrits produits
devant les tribunaux ; cette immunité profite aux parties au procès (les plaideurs, prévenus
particuliers) pour tous les propos, les interventions ou plaidoiries qu’ils ont tenus ou faits au
cours de l’audience ainsi que pour tous documents, notes, mémoires ou conclusions qu’ils ont

31
soumis à l’appréciation des juges. Mais en cas d’abus, c’est-à-dire de paroles ou écrits étrangers
à la cause, les personnes visées peuvent exercer l’action civile née des faits diffamatoires.

b)- L’immunité des comptes rendus judiciaires


L’article 306-4 du CP couvre également les comptes rendus judiciaire fidèles et faits de
bonne foi. L’appréciation du caractère fidèle du compte rendu est une question de fait.

3- Les immunités familiales

Ce sont des immunités qui manifestent les liens de solidarité qui unissent les membres
d’une même famille.
Elles ont donc pour souci de ne pas troubler la paix des familles et de ne pas y déposer le
germe de division difficile à apaiser. Ainsi l’article 95 du CP sur la conspiration prévoit qu’il
ne peut pas avoir de conspiration entre mari et femme. Aux termes de l’article 200 du CP, le
délit de recel n’est pas appliqué entre époux. Il en est de même de l’article 323 du même code
aux termes duquel « les articles 318 et 319 CP, relatifs au vol, abus de confiance simples et
spéciaux, l’escroquerie, 322 relatif à la filouterie ne sont pas appliqués entre conjoints, entre
ascendants et descendants légitimes ou adoptifs ou entre ascendants et descendants naturels
jusqu’au 2ème degré s’ils vivent ensembles ou sont reconnus, à l’encontre du veuf ou de la veuve
sur les biens de première nécessité ayant appartenu au conjoint décédé ». Enfin, l’article 300
CP relatif à la violation de correspondance n’est applicables au conjoint, aux père et mère, tuteur
ou responsables coutumier à l’égard des mineurs de 21 ans non émancipé.

4-Les immunités diplomatiques


Ces immunités sont régies par la Convention de VIENNES DE 1816 ratifiée par le
Cameroun en 1977. Elle fait échapper à toute sanction pénale, les chefs d’état étrangers, le
personnel diplomatique et les membres de leurs familles, leurs bagages sont inviolables et les
autorités nationales ne peuvent pénétrer dans les locaux diplomatiques qu’avec l’autorisation
du chef de mission.

SECTION 2 : L’EXTINCTION DE L’ACTION PUBLIQUE

Pour que l’action publique existe, il ne suffit pas qu’elle ait des sujets. Il faut aussi qu’elle
ne soit pas frappée par une cause d’extinction ou un obstacle définitif interdisant à son titulaire
de saisir la juridiction compétente.
Pour être mieux cernée, les causes d’extinction de l’action publique doivent être
distinguées des obstacles temporaires à son existence.
Contrairement aux premières, les secondes n’affectent pas l’existence de l’action
publique et se bornent simplement à retarder sa mise en mouvement. Il convient également de
recenser les causes d’extinctions de l’action publique. Elles sont nombreuses, on citera ainsi à
côté de la prescription qui est la principale cause d’extinction de l’action publique, le décès de
la personne à poursuivre, l’amnistie, l’abrogation de la loi pénale, la chose jugée, la transaction
et le retrait de la plainte.

32
Paragraphe 1 : LA PRESCRIPTION DE L’ACTION PUBLIQUE

La prescription est définie à l’article 65 du CPP comme étant « l’extinction de l’action


publique résultant du non-exercice de celle-ci avant l’expiration du délai prévu pour agir ». Elle
est en quelque sorte l’irrecevabilité à agir pour le titulaire d’un droit s’il est resté trop longtemps
inactif. On dit alors que son droit est éteint par l’effet de la prescription.
La prescription est générale, en ce qu’elle concerne toutes les infractions. Elle est aussi
d’ordre public et peut, à ce titre être invoquée à tout moment, même par le juge. Sans rentrer
dans les querelles relatives à l’opportunité d’une telle mesure, on se bornera à l’étude des délais,
de la suspension et de l’interruption de la prescription.

A- LES DELAIS DE LA PRESCRIPTION

Étudier les délais dans ce cadre précis amène à traiter la durée et du point de départ de la
prescription.

1-La durée des délais de prescription


En plus des délais prévus par le CPP et qui sont générales, le droit pénal camerounais en
a prévu d’autres qui sont spéciaux.

a)- Les délais généraux de prescription


Conformément aux articles 65 alinéas 2, 4 et 5 du CPP, le délai de prescription des
infractions est de 10 ans pour les crimes, 3 ans pour les délits et 1 (un) an pour les
contraventions.
Ces délais qui concernent la prescription de l’action publique doivent cependant être
distingués des délais de prescription de la peine qui est la règle selon laquelle, toute peine,
lorsqu’elle n’a pas été mise en exécution dans un certain délai, ne peut plus être subie.
Aux termes de l’article 67 du code pénal, les peines se prescrivent en 20 ans pour les
crimes, 5 ans pour les délits et 2 ans pour les contraventions.

b)- Les délais spéciaux de prescription


Pour certaines infractions, le Code pénal camerounais a prévu des délais de prescription
plus courts.
Il en est ainsi des actes de diffamation (art 305 al 4 du CP) d’injures (art. 307 al. 3 du CP),
d’outrage (art. 152 al.3 de fraude électorale (art. 122 al. 3 du CP) pour lesquels la prescription
est de 4 mois.
De même, selon l’article 87 de la loi 90/052 sur la liberté de communication sociale,
l’action publique et l’action civile résultant des infractions commises par voie d’organe de
communication sociale se prescrivent après 3 ans, à compter du jour ou elles avaient été
commises.
Les délais de prescription étant ainsi déterminés, il convient à présent de préciser leur
point de départ.

33
2- Le point de départ du délai de prescription

Le point de départ du délai de la prescription est fixé au jour où l’infraction a été commise,
si conformément aux articles 65 alinéas 2 et 3, puis 66 du CPP, aucun acte interruptif n’a été
accompli.
Mais quand l’infraction est-elle donc réputée commise ? La réponse à cette question varie
selon la nature de l’infraction concernée : pour les infractions instantanées, le point de départ
est fixé au jour de l’acte délictueux. Pour les infractions continues en revanche, (ex le recel ou
la bigamie, abandon de foyer…), le point de départ sera le moment ou l’acte délictueux a pris
fin (Cour Suprême, arrêt n° 140/p du 4 mars 1973 n° 6 p. 26).
Du fait des nombreux inconvénients que présentent parfois la prescription, la
jurisprudence s’est efforcé à retarder son point de départ, afin d’assurer la répression des faits
que ; par une utilisation trop brutale des règles de la prescription, aurait échappé aux poursuites.
Ainsi, en matière d’escroquerie, elle (jurisprudence) a estimé que la prescription part du jour de
la dernière remise de fonds obtenue à l’aide d’une lettre délivré à la suite de manœuvres
frauduleuses. Il en est de même pour l’abus de confiance pour lequel les tribunaux reculent le
point de départ de la prescription jusqu’au moment ou l’on peut constater le détournement ou
la dissipation que le coupable avait jusqu’alors réussi à dissimuler par ses manœuvres dilatoires.
C’est ainsi que la CA de Ydé, par arrêt n°1711 du 21 sept 1984 a décidé « qu’il est de
jurisprudence constante que la prescription est de 3 ans, non à partir des faits, mais à partie de
la date ou à découvert les a découvert les agissements fallacieux du délinquant ». (Affaire MBA
MARGA Martin parti à Paris en 78 et revenu en 1982).
Ces sont ces efforts prétoriens que vient renforcer la suspension de la prescription.

B- LA SUSPENSION DE LA PRESCRIPTION

La prescription est suspendue lorsqu’un événement vient momentanément en arrêter le


cours. Le délai de la prescription est donc mis en sommeil, mais le bénéfice du temps déjà
écoulé n’est pas perdu pour le délinquant et, dès la disparition de la cause de suspension, la
prescription reprend au point ou elle s’était arrêtée.
Il s’agit là, d’une transposition en matière pénale, d’un principe prévu en matière civile
selon lequel « la prescription ne court pas quand un obstacle empêche les parties poursuivantes
d’agir » (contra non valentem agere non currit praescriptro). Reprenant cette règle propre à
la procédure civile, la jurisprudence criminelle a décidé que la prescription pouvait être
suspendue soit par des obstacles de fait, soit par des obstacles de droit.

Ces formules jurisprudentielles viennent d’être consacrées de manière très large par le
CPP dont l’article 68 dispose : Al. 1er : « Le délai de la prescriptions est suspendu par tout
obstacle de droit ou de fait qui empêche la mise en mouvement de l’action publique
Sont considérés comme constituant les obstacles de droit, selon le deuxième alinéa,
a) l’invocation d’une exception préjudicielle à la décision sur l’action publique
b) l’immunité parlementaire
c) l’attente d’une autorisation légale préalable à la poursuite
d) le pourvoi en cassation

34
e) l’existence d’un conflit de juridiction
L’alinéa 3 dispose que « constituent notamment des obstacles de faits :
a) l’invasion du territoire par les armées ennemies,
b) la démence du suspect, de l’inculpé, du prévenu ou de l’accusé
c) la fuite du suspect, de l’inculpé, du prévenu ou de l’accusé
d) l’inscription des affaires au rôle d’une audience
e) les renvois de cause constatés au plumitif
f) le fait pour une juridiction de ne pas accomplir un acte de sa compétence empêchant
ainsi une partie au procès d’agir ou de se défendre.

C- L’INTERRUPTION DE LA PRESCRIPTION

La prescription est dite interrompue, lorsqu’à la suite de la réalisation de certains actes


par la partie poursuivante, le délai déjà couru se trouve anéanti. Il faudra donc répartir à zéro.

1- Des actes qui interrompent la prescription


Sous le régime du CIC, la doctrine, de même que la jurisprudence parlait simplement
d’actes de poursuite ou d’instruction comme constituant les actes interruptifs de la prescription.
Les formules du CPP sont plus compréhensives car marquant davantage la distance du
législateur vis-à-vis de l’institution.
L’article 66 qui traite de la question cite à cet effet :
- Le dépôt de la plainte
- Les instructions écrites du Ministère public prescrivant les mesures d’enquête
- Les exploits d’huissier
- Les procès-verbaux d’enquête de police
- Les mandats de Justice
- L’interrogatoire de l’inculpé, du prévenu ou de l’accusé et l’audition de la
partie civile, du civilement responsable, des témoins et de l’assureur à
l’information judiciaire ou à l’audience
- Les jugements avant-dire-droit et les déclarations de recours.

2) Les effets de l’interruption de la prescription


Il s’agira de répondre aux questions relatives à la portée, à la durée du nouveau délai et
au nombre d’interruption admise.
a)- La portée de l’interruption
Cette portée se détermine quant aux personnes et quant aux faits.
La portée de l’interruption quant aux personnes.
Cet effet se produit de manière absolue.
La prescription est donc interrompue vis-à-vis de tous les auteurs, coauteurs et complices
de l’infraction connus ou inconnus, bien que les poursuites n’aient été dirigées que contre un
seul d’entre eux.
De même que la prescription, en s’appliquant au fait lui-même, profite à tous les individus
qui ont participé à sa commission, de même l’interruption s’oppose à tous. Cette portée est
délimitée à l’article 67 CPP.

35
b- La durée du nouveau délai de prescription
L’interruption de la prescription ayant pour effet de faire disparaître toute la période
écoulée antérieurement à sa survenance, il en résulte qu’à partir du dernier acte interruptif, c’est
un nouveau délai de prescription qui commence à courir.
La durée de ce nouveau délai est certainement la même que celle du délai interrompu,
lorsque l’infraction est soumise au délai de prescription de droit commun.
Mais lorsque la prescription qui a été interrompue était prévue par une loi spéciale, la
prescription qui recommence à courir est-elle la prescription spéciale ou la prescription de droit
commun ?
La loi contient une solution en ce qui concerne le délit de diffamation. L’art 305 al4 cp
qui reprend les termes de l’article 65 de la loi du 29 juillet 1881 sur les délits de presse dispose
que la prescription de l’action publique relative à la difficulté est de 4 mois à partie du jour ou
le délit a été commis, ou du dernier acte de poursuite ou d’instruction. En l’absence de texte, et
contrairement à la majorité des auteurs la jurisprudence décide que la prescription qui reprend
est celle de droit commun et non celle plus courte qui a pu être établie pour l’infraction
concernée, par la loi spéciale.

c)- Le nombre d’interruptions admis


Guidé par l’esprit d’hostilité à l’égard de la prescription la jurisprudence n’a pas hésité à
affirmer la possibilité de plusieurs interruptions successives. Ce qui aboutit à créer une sorte
d’imprescriptibilité.
Il suffit donc, conformément à la jurisprudence en la matière, de renouveler de temps à
autre un acte de poursuite ou d’instruction pour permettre l’exercice illimité de l’action
publique. Cette solution va à l’encontre de l’article 65 du CPP qui ne donne de valeur
interruptive qu’aux actes accomplis dans un délai de 10, 3 ou un an (selon la nature de
l’infraction).
Du fait de l’interprétation excessivement large des causes et effets de l’interruption et de
la suspension, on constate que les idées d’oubli, de double châtiment et de dépérissement des
preuves qui sous-tendent la prescription sont battus en brèche par la jurisprudence.
Ce qui ne saurait être le cas pour les autres causes d’extinction de l’action publique qui
jouent de manière ponctuelle et radicale.

Paragraphe 2 : LES AUTRES CAUSES D’EXTINCTION DE L’ACTION


PUBLIQUE.

On distinguera les causes communes à toutes les infractions de celles propres à certaines
infractions.

A- LES CAUSES COMMUNES A TOUTES LES INFRACTIONS

Rentrent dans cette catégorie, conformément aux articles 62 et suiv., le décès du


délinquant, la chose jugée, l’abrogation de la loi pénale et l’amnistie.

1)- Le décès du délinquant : art 62-1 (a) CPP

36
En cas de décès du délinquant, l’action publique ne peut plus être exercée. Si elle a déjà
été engagée, elle ne peut plus être poursuivie, le tribunal saisi devant rayer l’affaire du rôle et
les frais demeurant à la charge de l’Etat.
Il s’agit là de la conséquence du principe de la personnalité des peines qui empêche
d’intenter un procès aux héritiers.
Ce principe connaît cependant des dérogations
D’abord, si le décès survient après que la décision ait acquis l’autorité de la chose jugée,
mais avant qu’elle ait été exécutée, les frais et les amendes sont dû par les héritiers.
Ensuite, l’effet extinction du décès ne profite pas aux coauteurs et complices.
Enfin, l’action civile survit et peut être exercée contre les héritiers ou civilement
responsable du délinquant. Se posera alors la question de la juridiction compétente qui invite à
distinguer selon les cas.
Si le décès du prévenu survient avant toute décision sur le fond, seul le juge civil reste
compétent.
Si au contraire le décès du prévenu survient alors qu’une décision sur le fond a déjà été
rendue par le juge pénal, celui-ci reste compétent pour statuer sur les intérêts civils. En effet, la
loi, en accordant la possibilité d’exercer des voix de recours à la partie civile n’exige pas que
l’action publique demeure jusqu'à l’arrêt irrévocable.

2)- La chose jugée


Lorsqu’une décision sur le fond passée en force de chose jugée a été prononcée sur un
fait, il est interdit d’engager une nouvelle action publique sur le même fait.
C’est le principe non bis in idem à qu’un même fait ne peut pas être jugée deux fois.
3- L’amnistie : Cf DPG ou art 73 du CP
L’abrogation de la loi pénale enlève son caractère délictueux au fait.
Lorsqu’elle intervient avant la saisine des juridictions compétentes, celles-ci ne peuvent
plus être saisie ; si les poursuites sont déjà engagées, elles s’arrêtent. Mais les droits de la
victime restent intacts.

B) LES CAUSES PARTICULIÈRES A CERTAINES INFRACTIONS

Il en existe deux : Il s’agit de la transaction et du retrait de la plainte qui sont des modes
normaux d’extinction de l’action civile et n’éteignent qu’exceptionnellement l’action publique.

1- La transaction
Le ministère public ne peut disposer à sa guise de l’action publique. Cette règle connaît
cependant des exceptions, notamment pour certaines administrations fiscales (Impôts,
Douanes), les eaux et forêts qui peuvent proposer au délinquant d’abandonner les poursuites
contre la reconnaissance de l’infraction et le versement d’une somme d’argent. Si le délinquant
accepte, l’action publique est éteinte.
De même, en matière de contravention à la police de la circulation le versement direct et
volontaire de l’amende forfaitaire entre les mains de l’agent verbalisateur éteint l’action
publique (art. 606 et suiv. du CPP).

37
Le plus souvent, la poursuite des infractions concernées est subordonnée à une plainte de
la partie lésée.
La précision qu’il convient de faire ici est que la transaction n’est possible que lorsqu’elle
est prévue par la loi (art. 62 al. 1(f) du CPP).

- 2) Le retrait de la plainte

L’article 62-2 (h) qui traite de cette hypothèse vise « le retrait de la plainte ou le
désistement de la partie civile en matière de contravention et de délit, lorsqu’elle a mis l’action
publique en mouvement ».
L’alinéa 2 de ce texte indique également que le désistement ou le retrait de la plainte dont parle
le premier alinéa ne sont valables que :
- Si le désistement ou le retrait est volontaire, ce que cet alinéa reprécise en indiquant
que le désistement ou le retrait ne doit pas être suscité par la violence, le dol ou la fraude.
En cas de pluralité de parties civiles le désistement ou le retrait n’est valable que si toutes se
désistent ou retirent leur plainte.
- S’il n’a pas encore été statué au fond
Le législateur indique également que les faits pouvant donner lieu à retrait ou désistement ne
doivent porter atteinte ni à l’ordre public, ni aux bonnes mœurs. Cette précision nous rappelle
le caractère privé de certaines infractions dont la poursuite est subordonnée à la plainte de la
victime. On pense notamment à l’abandon du foyer (art. 35 al2 du CP), à l’adultère (art. 361
al4 du CP), à la diffamation (art. 305 al3 du CP), aux injures (art. 307 al2 du CP).
On se rapproche de plus en plus de l’action civile.

38
CHAPITRE II :
L'ACTION CIVILE : ACTION ACCESSOIRE

Aux termes de l’article 59 al. 3 du CPP, l'action civile est une action qui tend à la
réparation du dommage causé par une infraction. Cette action en réparation du dommage qui a
pour objet principal les dommages et intérêts peut également avoir pour objet la restitution des
frais de justice.
Ainsi définie cette action doit être distinguée de la notion voisine notamment de l'action
à fin civile certes constitutive à commission de l'infraction mais qui n'a pas pour objet la
réparation du préjudice ; constitue ainsi une action à fin civile, l'action en divorce pour cause
d'adultère. La compréhension des différences existant entre les 2 mots nécessite que soient
étudiées les parties à l'action civile puis le mode d'exercice et d'extinction à l'action.

SECTION 1 : LES PARTIES À L'ACTION CIVILE

Comme l'action publique, il s'agira des demandeurs et des défendeurs.

PARAGRAPHE 1 : LES DEMANDEURS À L'ACTION CIVILE

L'action civile peut être exercée par toute personne physique ou morale qui a subi un
dommage du fait d’une infraction.

A - L'action civile des personnes physiques

Il s'agit et à titre principal, de la victime de l'infraction, mais d'autres personnes


notamment ses ayant droit pourront également intenter cette action.

1 - La victime de l'infraction
Pour que la victime d'une infraction puisse demander réparation du dommage, il faut
qu'elle ait la capacité à agir et un intérêt à agir.
L'action civile n'est recevable que si celui qui l'intente a effectivement essuyé un
préjudice du fait de l'infraction et si ce préjudice est actuel, personnel et direct.
Le préjudice doit donc être actuel et non éventuel c'est-à-dire n préjudice dont on n'a pas
la certitude qu'il se réalisera.
Notons toutefois que la justice assimile la perte d'une chance à un dommage actuel.
Le préjudice doit être personne : l'action civile n'appartient qu'à celui qui a personnellement été
lésé, c'est-à-dire qui a éprouvé du fait de l'infraction une atteinte personnelle à son intégrité
physique, à son patrimoine, à son honneur ou à son affection.
Subit également un préjudice personnel bien qu'elle n'en est pas été directement la
victime, toute personne qui a subi un préjudice matériel ou moral à la suite de l'infraction.
En revanche, le préjudice n'est pas personnel lorsqu'il résulte par exemple d'une
infraction économique.

39
Le préjudice doit être direct, c'est-à-dire rattaché à l'infraction par un lien de cause à
effet. On dit d'un préjudice qu'il est direct lorsqu'il puise directement sa source dans une
infraction poursuivie.

2 - Les ayant droits de la victime


L'action civile appartient à la partie lésée. Le dommage subit fait naître des sont
patrimoine une créance en réparation pouvant être dans certains cas transférée aux ayant droits,
c'est-à-dire aux héritiers de la victime à ses créanciers, aux cessionnaires et subrogées.
a) Les droits des héritiers de la victime
L'action civile peut être exercée par les héritiers de la victime après la mort. La victime meurt
en cours d'instance, ses héritiers trouvent cette action dans la succession ; ils peuvent la
continuer.
Si la victime meurt sans avoir exercé l'action civile, ses héritiers peuvent l'exercer en
son nom ; lorsque la victime meurt immédiatement du fait de l'infraction, on admet que cette
mort va causer un préjudice direct à la personne des héritiers. Ceux-ci pourront agir à la
réparation de ce préjudice mais cette fois à titre personnel, c'est-à-dire en leur propre nom.

b) Les droits des créanciers de la victime


Il existe encore du caractère patrimonial de la victime qu'il peut être exercé par les créanciers
de la victime. En vertu de l'article 1166 C.civ., les créanciers peuvent exercer les droits et
actions de leur débiteur à l'exception des actions personnelles et se faire payer sur l'indemnité
versée.
La jurisprudence décide que leur action ne peut être portée que devant les juridictions
civiles.

c) Les droits des cessionnaires et subrogés


Le cessionnaire devenu titulaire de l'action civile, peut donc l'intenter mais seulement
devant les juridictions civiles. La solution étant la même pour le subrogé, la question se pose
suivant pour les Compagnies d'assurances et autres organismes concernés par l'indemnisation
des victimes lorsque le dommage découle d'une infraction.
Tous les organismes ayant indemnisé la victime, sont subrogés dans ses droits et
cherchent dès lors à se faire rembourser par l'auteur de l'infraction dommageable. Se pose alors
la question de savoir s'ils peuvent porter leur action devant la juridiction répressive. Ces
organismes ne peuvent saisir que la juridiction civile. Lorsque la victime a porté son action
devant la juridiction répressive, ces organismes peuvent intervenir devant cette juridiction.

B - L'ACTION CIVILE DES PERSONNES MORALES


Comme les personnes physiques, les personnes morales sont souvent propriétaires des
biens. Lorsqu'un préjudice est causé à leur patrimoine, elles disposent d'une action civile. Se
pose alors la question de savoir si elles peuvent s'adresser aux juridictions répressives ?
Pour mieux comprendre ainsi les proposés, il convient de caractériser l'action civile des
personnes morales en disant qu'il s'agit d'actions civiles des personnes morales exercée sans que
leur titulaire ne justifie comme il est de règle générale d'un préjudice actuel, personnel et direct.
Ces actions ont pour but de défendre les intérêts d'ordre plus ou moins général et par là même

40
ressemble plus ou moins à l'action publique. Il s'agit donc d'action intermédiaire souvent
qualifiée de mixte. Ces précisions étant faites, la question posée appelle des réponses variables
selon qu'on est en présence d'un syndicat, d'un ordre professionnel, d'une Association ou alors
d'une personne morale de droit publique.

1 - Cas de syndicat ou ordre professionnel


Le syndicat représente les intérêts collectifs d'une profession donnée. Conformément à
la loi n°92/007 du 14 août 1992, les syndicats peuvent devant toute juridiction exercer les voies
réservées à la partie civile relativement aux faits portant un préjudice direct ou indirect à l'intérêt
collectif de la profession qu'ils représentent. C'est un privilège identique qui est réservé aux
ordres professionnels. Chargés d'assurer la dignité de la profession à l'aide du conseil doté d'un
pouvoir disciplinaire, ces ordres ont aussi pour mission de faire respecter par les tiers les intérêts
de la profession qu'ils représentent.
La jurisprudence se montre très restrictive à leur endroit en particulier lorsque le
préjudice invoqué est un préjudice moral.
Bien que la loi ait reconnu la possibilité pour les ordres d'exercer l'action civile devant
les juridictions répressives, lorsqu'il est porté atteinte à l'intérêt collectif qu'ils représentent, il
leur sera toujours demandé de rapporter la preuve d'un préjudice personnel et direct.

2 - Le cas des associations


Ce sont des personnes morales à but non lucratif réglementées par la loi n°90/053 du 19
décembre 1990, aux termes de l'article 10 de cette loi, toute association librement déclarée peut
ester en justice.
En dépit de cette disposition légale, la jurisprudence impose une double limite à leur
action civile. Leur action n'est recevable autant qu'elles trouvent l'existence d'un dommage
personnel et direct. Le préjudice subi ou invoqué doit être distinct du préjudice social.
Cependant, il semble qu'une disposition légale pense même, dans le cas où l'intérêt de
l'association se confondrait avec l'intérêt général, reconnaître expressément la possibilité pour
une association de porter son action devant la justice répressive.

3 - Le cas des personnes morales de droit public.


L'action civile leur est en principe refusée. C'est ainsi par exemple qu'une mairie ne
pourra pas se constituer partie civile en cas de violation de réglementation de voirie. On
considère que l'intérêt collectif de ces personnes morales invoquerait la lésion et qu'il est si
général qu'elle se confond avec l'intérêt social tout entier. Or la défense de ces intérêts est
assurée par le ministère public au moyen de l'action publique.

PARAGRAPHE 2 : LES DÉFENSEURS À L'ACTION CIVILE

L'action civile est dirigée en premier lieu entre l'auteur de l'infraction, mais elle peut
également l'être contre ses héritiers, des personnes civilement responsables, l'administration ou
l'assureur.
A - L'auteur de l'infraction

41
Il est tout à fait normal que celui qui a commis une infraction puisse répondre de toutes
ses conséquences, qu'elles soient pénales ou civiles, les coauteurs et complices se servent de la
même situation que l'auteur principal. Ils doivent donc réparer solidairement l'atteinte portée au
patrimoine de la victime de l'infraction. Cette réparation est due même après leur décès.
B - Les héritiers du délinquant
Ils continuent la personne du de cujus comme ils héritent de son passif. Ils sont tenus
d'indemniser les victimes. L'action publique étant éteinte par le décès du coupable, la victime
ne peut agir contre les héritiers que par voie civile à moins que l'action publique n'ait été intentée
avant le décès du délinquant, auquel cas elle pourra être continuée contre ses héritiers.

C - Les personnes civilement responsables


L'on appelle ici l'article 1384 C. civ. Ce texte vise le père, la mère, les artisans qui
peuvent cependant s'exonérer en prouvant qu'ils n'ont pu empêcher le dommage. Ce texte vise
aussi les maîtres et commettants qui ne sont responsables que des fautes commises dans le cadre
de l'exercice de leurs fonctions, mais ne peuvent s'exonérer de leur responsabilité.

D - L'administration
Partant de l'administration, on s'est souvent posé la question de savoir si, malgré le
principe de la séparation des autorisés administratives et juridiques, l'administration pouvait
être civilement mise en cause et répondre devant les juridictions répressives ou civiles des
dommages causés par ses agents. La réponse à cette question se trouve à l'article 9.3 de
l'ordonnance 7616 du 26 août 1976 fixant organisation de la C.S aux termes duquel : « les
tribunaux de droit commun connaissent conformément au droit privé de toute autre action ou
litige, même s'il met en cause les personnes morales énumérées au paragraphe premier. La
responsabilité de ladite personne morale étant à l'égard des tiers substitué de plein droit à celle
de son agent, auteur des dommages causés même dans l'exercice de ses fonction ».
Ces dispositions n’étant pas contraires à celles de la loi du 29 décembre 2006 portant
organisation de la C.S, elles peuvent être considérées comme reconduites. De plus, le CPP n’est
pas hostile à une telle solution.
L'administration pourra donc être appelée devant les juridictions répressives ou civiles
pour supporter les condamnations pécuniaires prononcées contre son agent.

SECTION 2 : L'EXERCICE DE L'ACTION CIVILE

L'exercice de l'action civile est dominée par le droit pour la partie lésée de porter cette
action à son choix, soit devant les juridictions civiles, soit devant les juridictions répressives.
C'est cette latitude offerte à la victime qui est qualifiée de "droit d'option de la partie lésée" et
qui conditionne dans une certaine mesure les modalités pratiques d'exercice de l'action civile.

Paragraphe 1 : Le droit d'option de la partie lésée

Étant une action en réparation d'un dommage privé, l'action civile peut, comme toute
action en réparation, être intentée devant un tribunal civil. Mais, comme le dommage dont on

42
demande réparation n'est pas un dommage purement civil par son origine mais puise sa source
dans une infraction, la victime a la faculté d'exercer son action civile devant la juridiction
répressive. Toutefois, lorsque la partie lésée a ainsi choisi entre la voie civile et la voie
répressive, son option est en principe définitive et irrévocable.

A- Les fondements et les conditions du droit d'option

De prime à bord, il convient de souligner que permettre à la victime de demander


réparation auprès des juridictions répressives est une solution qui a fait l'objet de vives critiques.
En effet, plusieurs auteurs y voient une latitude conduisant à compliquer la tâche du juge
répressif en lui soumettant des questions civiles, ce qui est donc de nature à fausser le
fonctionnement de la justice pénale par des considérations purement civiles. Malgré ces
critiques qui renferment une part de vérité, la faculté donnée à la personne lésée de s'adresser à
la juridiction répressive est admise par notre droit
Cette option s'explique par des raisons d'ordre historique et pratique.

1 - Les raisons d'ordre historique


Historiquement, l'intervention de la victime dans la mise en mouvement de l'action
publique a toujours été consacrée. Dans le système accusatoire d'abord, puisque personne, à
l'exclusion de la victime ou de ses proches, ne pouvait saisir le tribunal. Dans le système
inquisitoire également, car la victime occupait toujours une place importante dans le procès
pénal.
2 - Les raisons d'ordre pratique
Ces raisons doivent être examinées au regard de la victime, de la société de la justice
elle-même.

a) Au regard de la victime
Elle lui évite de s'adresser au tribunal civil et de recourir à une procédure coûteuse
hérissée de formalités. L'action civile est jugée plus vite et à moindre frais devant la juridiction
répressive. De plus, la victime peut profiter des preuves recueillies par le ministère public par
le magistrat instructeur.

b) Au regard de la société.
Le droit d'option est aussi une solution avantageuse pour la société qui bénéficie de l'action
publique déclenchée ou renforcée par l'intervention de la partie civile.

c)- Au regard de la justice elle-même


Les juridictions répressives ayant eu à apprécier les caractères de l’infraction, elles se
trouvent préparé pour en apprécier les conséquences civiles. De plus le recours à leurs
compétence évite les contrariétés de jugement auxquelles expose l’exercice de l’action civile
devant le juridictions civiles lorsqu’il précède l’exercice de l’action civile devant les tribunaux
répressifs, contrariétés d’autant plus à craindre que de tels répressions ne sont pas liés par les
choses juger civil.

43
B- LES CONDITIONS DU DROIT D’OPTION

1- L’action civile doit avoir sa base dans l’infraction.


Il faut que l’action civile soit une action en réparation d’un dommage qui trouve sa base
ou sa source dans une infraction. Ce sont ces conditions relatives à la source du préjudice que
la doctrine résume en parlant « de dommage résultant d’une infraction et ayant pour fondement
une infraction ». On en déduit que le droit option est exclue lorsque le comportement concerné
ne constitue pas une infraction.

2- L’action publique doit pouvoir être soumise en même temps que l’action civile à la
juridiction répressive.

Il faut que l’action publique soit exercée ou susceptible de l’être. Ainsi lorsque l’action
publique est éteinte, l’action civile ne peut plus être portée devant la juridiction répressive.
La jurisprudence décide que l’action civile, lorsqu’elle a été jugée au fond en même temps
que l’action publique par la juridiction répressive, peut être exercée devant la juridiction
répressive alors même que l’action publique s’éteindrait par l’une des causes d’extinction de
cette action.

3- L’ouverture concurrente des deux voies :


Il faut bien évidemment que les deux voies soient ouvertes. Si la loi ou la jurisprudence
interdit à l’une de ces juridictions de connaître de l’action civile il n’y a pas droit d’option
possible. Il résulte par exemple : de l’art 82 de la loi n°90 du 19 décembre 1990 portant liberté
de communication que « l’action civile résultant du délit de diffamation ne peut sauf cas de
décès de l’auteur de diffamation d’amnistie ou d’immunité être poursuivie séparément de
l’action publique ».

4- L’action civile doit être exercée par la victime elle-même ou ses héritiers.
Contrairement à la doctrine dominante la jurisprudence décide que l’action civile
lorsqu’elle n’est pas exercée par la victime ou ses héritiers mais plutôt par un cessionnaire
(assureur par exemple) ne peut être portée que devant la juridiction civile. Lorsque toutes ces
conditions sont réunies l’option est alors exercée mais de manière irrévocable d’où le principe
de l’irrévocabilité de l’option.

C- L’IRREVOCABILITE DE L’OPTION.

- La situation antérieure au CPP.

Une fois que le droit d’option est exercée il n’est plus permis à la victime d’abandonner
la juridiction initialement saisie pour s’adresser à une autre c’est le sens de la maxime ELECTA
UNA VIA NON DATUR RECURSUS AD ALTERAM en l’absence d’un texte formel interdisant
de revenir sur le choix, c’est à la jurisprudence et à la doctrine qu’il convient d’attribuer la

44
paternité de la règle de l’irrévocabilité de l’option. La compréhension de cette règle nécessite
toutefois un certain nombre de précisions.

1- La non application de l’irrévocabilité en cas d’option pour la voie répressive.


L’option n’est irrévocable que si la partie lésée a d’abord choisie la voie civile. Elle ne
l’est donc pas lorsque la victime a opté pour la voie répressive. Lorsque la partie civile a porté
son action civile devant une juridiction civile ou commerciale elle ne pourra en principe plus
se désister pour porter son action devant la juridiction répressive. Toutefois l’assignation devant
le juge de référé en vue d’obtenir les mesures conservatoires ou la remise en l’état ne saurait
s’analyser en une action en justice et faire obstacle au droit de la victime de saisir la juridiction
pénale.
2- les exceptions à l’irrévocabilité en cas d’option pour la voie civile.

Ces exceptions sont liées à l’incompétence de la juridiction civile saisie, à l’ignorance


de la victime et à l’attitude de la personne poursuivie et même à la nature de l’infraction.

a- L’incompétence du tribunal civil saisi.


Lorsque la victime a saisie une juridiction civile elle peut revenir devant une juridiction
répressive si la juridiction initialement saisie est incompétente.

b- L’ignorance de la victime.
C’est cet aspect que la jurisprudence et la doctrine expriment en disant « il faut que la
partie lésée ait choisi la voie civile en connaissance de cause » . Si elle n’avait pas au moment
où elle a saisie la juridiction civile connaissance du caractère pénal du fait dommageable elle
pourra lorsqu’elle sera informée de ce caractère passer de la voie civile à la voie pénale. On en
déduit alors que l’irrévocabilité de l’option est d’office levée lorsque pendant l’exercice de
l’action civile, le M P poursuit.
c- L’attitude de la personne poursuivie
Le plus souvent l’interdiction de passer du civil au pénal n’est appliqué que grâce à
l’attitude de la personne poursuivie. C’est ce que rappelle souvent la jurisprudence en disant
« il faut que ce soit l’auteur de l’infraction menée du civil au pénal qui s’oppose à la règle ».
En effet la règle étant d’intérêt privé seule la personne poursuivie peut s’en prévaloir. Le moyen
pris résulte de sa violation ne peut donc être soulevé d’office par le M P ou le juge. De plus il
faut que l’auteur de l’infraction s’oppose in limine litis c’est à dire dès l’ouverture du procès
pénal
d- la nature de l’action
L’option de la victime n’est irrévocable que si elle entend porter devant le juge répressif
la même action en réparation que celle déjà engagé devant le tribunal civil et ceci tant au point
de vue l’objet que de la cause et des parties. Rien n’empêche donc la partie lésée d’intenter
devant le tribunal répressif une action civile distincte par sa cause et son objet de celle déjà
exercée devant le tribunal civil. Ainsi une personne qui a prêté à une autre des fonds dissipés
peut agir devant le tribunal civil pour réclamer la restitution des fonds prêtés puis se constituer
partie civile devant la juridiction répressive en raison de l’abus de confiance sans qu’on ne
puisse lui opposer la règle ELECTA UNA VIA. En effet la 1ère action exercée devant le tribunal

45
civil a pour cause un contrat de prêt et pour objet la restitution des fonds tandis que la 2e action
exercée devant le juge répressif a pour cause l’abus de confiance et pour objet la réparation du
dommage causé par l’infraction.

- Les innovations du CPP

TAF/Commentaire des articles 59 à 64 CPP.

PARAGRAPHE 2 : LES MODALITÉS D’EXERCICE DE L’ACTION CIVILE.


Ces modalités varient selon les options retenues par la victime.

A- LA VOIE RÉPRESSIVE.

Les modalités pratiques de l’action devant la juridiction répressive varient selon que le
ministère public (MP) a ou non mis en mouvement l’action publique.

1- Le cas où le MP a agi.

Si le MP a agi, la partie civile se joint à lui par voie d’intervention qui peut se manifester
de plusieurs façons : Devant le magistrat instructeur l’intervention se réalise sans formalités et
on admet même une simple lettre. L’intervention peut également intervenir devant toute
juridiction de 1er degré. L’exclusion des autres ordres de juridictions s’expliquant par le désir
de ne pas priver la personne poursuivie du double degré de juridiction en ce qui concerne les
intérêts civils. Cette intervention se réalise souvent par déclaration au greffe de la juridiction au
moins 24 heures avant l’audience. Elle peut également se faire par dépôt de conclusion à
l’audience pourvu que l’intervention se manifeste avant le réquisitoire sur le fond du MP.

2- Cas où le MP n’a pas agi.


Dans ce cas la victime use des voies d’action qui peut être soit une citation directe soit une
plainte avec constitution de parie civile.
a- La citation directe
Elle permet à la victime de citer directement un prévenu devant la juridiction de
jugement. C’est le seul mode possible pour la contravention, une des voies possibles en cas
de délit. Elle s’opère par voie d’Huissier et ouvre à la fois l’action publique et civile.
b- La plainte avec constitution de partie civile
Ce procédé est souvent utilisée en matière délictuelle quant l’auteur de l’infraction est
inconnue ou alors lorsque les faits sont complexes et nécessitent des investigations préalables
au jugement ou alors lorsque la victime cherche à vaincre l’inertie du parquet.

B- LA VOIE CIVILE.

L’action civile exercée par la voie civile est un simple procès civil. Elle est exercée

46
Conformément aux dispositions du code de procédure civile. Mais si l’action publique était déjà
mis en mouvement l’on appliquera la règle criminel tient le civil en état. Cette règle entraîne
les conséquences souvent : Premièrement la juridiction civile saisie pendant le déroulement de
l’action publique devra attendre pour statuer que la juridiction répressive ait elle- même rendu
son jugement sur l’action publique. Ceci s’explique par une double raison inverse et
complémentaire. Tout d’abord, il faut empêcher que la décision pénale puisse exercer une
influence de fait sur la décision pénale. Ceci permet également à la décision pénale d’exercer
son influence de droit sur la décision civile.
La deuxième conséquence résulte du fait qu’une fois que la décision pénale est devenue
définitive, la juridiction doit obligatoirement se conformer à ce qu’à jugé le juge pénal.

SECTION 3 : L’EXTINCTION DE L’ACTION CIVILE

L’action civile comme toute action de nature civile peut s’éteindre par des modes
ordinaires d’extinction des actions. Elle disparaît alors seule et par voie principale. Mais parce
qu’elle est l’action en réparation d’un dommage ayant son origine dans une infraction et qu’elle
est ainsi liée à cette infraction, son extinction pourra résulter de celle de l’action publique.

PARAGRAPHE 1 : L’EXTINCTION PAR VOIE PRINCIPALE.

On distingue souvent deux catégories des causes d’extinction de cette nature : C est la
satisfaction de la partie lésée et celle résultant de la renonciation à agir.
LA SATISFACTION DE LA PARTIE LESEE ( Cf Droit des obligations)
LA RENONCIATION DE LA VICTIME.
Elle peut intervenir à trois niveaux : Avant l’introduction de l’action la renonciation
peut porter sur le déterminant lui-même et dans ce cas la victime fait savoir à l’auteur de
l’infraction qu’elle ne demandera pas réparation. Elle peut aussi intervenir après la mise en
mouvement de l’action par la victime et avant tout jugement au fond on parlera alors des
désistements. Après le jugement sur le fond elle découlera le plus souvent du refus de la partie
civile d’exercer les voies de recours on parlera alors d’acquiescement.

PARAGRAPHE 2 : LES CAUSES ACCESSOIRES D’EXTINCTION DE


L’ACTION CIVILE
A- LA PRESCRIPTION DE L’ACTION CIVILE (art. 75 al. 2 du CPP)

Conformément au droit commun l’action en réparation d’un dommage résultant d’une


faute civile se prescrit par trente ans. Mais lorsque le dommage est d’une faute pénale ce
dommage est soumis à la prescription de l’action publique. C’est la conséquence du principe
de la solidarité des prescriptions.

B- L’EXTINCTION DE L’ACTION CIVILE PAR LA CHOSE JUGÉE AU


PÉNAL.

47
La chose jugée au pénale peut entraîner l’extinction de l’action civile. Il en est ainsi en
cas de déclaration de non-culpabilité. En effet l’action civile est éteinte par une décision de
relaxe. Il convient ce pendant de préciser que l ‘action civile n’est éteinte que dans la mesure
où las décision de relaxe ou d’acquittement englobe la totalité des faits pouvant donner lieu à
réparation.

48
TITRE 3 :
L’OBJECTIF DE LA PROCEDURE PENALE :
LE RASSEMBLEMENT DES PREUVES

La preuve est tout moyen permettant d’affirmer l’exactitude ou la fausseté d’une


proposition. En droit criminel, la preuve tend généralement à démontrer l’existence d’une
infraction et à établir qui en est l’auteur. Du fait des particularismes propres à la procédure
pénale, l’on examinera successivement les problèmes généraux en matière de preuve pénale,
les règles applicables à la recherche et à la production des preuves pénales, et enfin
l’appréciation des preuves rapportées.

CHAPITRE I : LES PROBLEMES GÉNÉRAUX DE LA PREUVE PÉNALE

Trois problèmes dominent toute la matière des preuves criminelles. Celui de la charge
des faits à prouver, celui de la nature des preuves admises dans la procédure pénale et celui de
la valeur probante des preuves rapportées.

SECTION 1 : LA CHARGE DES PREUVES : LA PRÉSOMPTION


D’INNOCENCE

La présomption légale d’innocence est le principe le plus clairement affirmé de tout le


droit des preuves. Ce principe qui figure dans les textes de droit interne et international emporte
2 conséquences à l’égard de la personne poursuivie.
D’abord, elle peut s’abstenir de faire quoi que ce soit pour établir son innocence. En
outre, le doute lui profite toujours, c’est le sens de la règle « in dubio pro reo ». Pour relaxer la
personne poursuivie, il n’est donc pas toujours nécessaire de démonter son innocence ; il suffit
de ne pas pouvoir établir sa culpabilité. La charge de la preuve pèse donc sur l’accusation et sur
le juge.

PARAGRAPHE 1 : LE RÔLE DE L’ACCUSATION

Le principe est que c’est à la partie poursuivante d’établir tous les éléments constitutifs
de l’infraction et l’absence des éléments susceptibles de les faire disparaître. L’article 307 CPP
reprend ce principe lorsqu’il dispose que « la charge de la preuve incombe à la partie qui a mis
l’action publique en mouvement ». Dans la pratique, l’application de cette règle pourra
cependant varier selon qu’on est en présence des situations normales ou exceptionnelles.

A - Dans le cadre des situations normales

Ici, l’application du principe est presqu’intégrale. Le Ministère Public doit prouver tout
ce qui est nécessaire à la réalisation de l’infraction. En premier lieu, il doit établir la légalité de
la poursuite, c’est-à-dire qualifier les faits et viser le texte de loi qui les réprime, s’il y a lieu,
établir la légalité du règlement servant de base à la poursuite et monter que les faits ne sont ni
prescrits, ni amnistiés.
49
Il doit ensuite établir les éléments matériel et moral de l’infraction.

B - Dans les situations exceptionnelles


Il s’agit de toutes les situations dans lesquelles une circonstance spéciale est de nature à
faire obstacle à la poursuite pénale. Normalement, le ministère public devrait anticiper et établir
qu’il n’y aucune cause de cette nature. Le droit positif adopte cependant une solution
différente. En procédure civile, la charge de la preuve est régie par 2 adages inverses.
D’abord l’adage ACTORI INCOBIT PROBATIO, c’est-à-dire que c’est au demandeur
au procès qui incombe la charge de la preuve.
Ensuite, REUS IN EXCEPIENDO FIT ACTOR, c’est-à-dire que le défendeur qui répond
par un moyen de défense différent doit le prouver, il devient donc demandeur par rapport à ce
fait.
La doctrine quant à elle est partagée entre 3 courants :
Un premier courant doctrinal soutient que l’on transpose ces règles au procès pénal, le
Ministère Public doit donc prouver dans la cadre des poursuites normales, et la personne
poursuivie doit établir les éléments qu’elle invoque.
Le second courant opposé affirme que la présomption d’innocence conduit à décharger
la personne poursuivie et l’absence de tout obstacle à cette poursuite.
Enfin, un troisième courant intermédiaire, distingue la charge de preuve de la charge des
allégations. Il constate qu’il est inutile d’imposer au Ministère Public la charge systématique
de démontrer dans toute poursuite qu’il n’y a pas des faits justificatifs, des causes d’impunité
ou d’excuse absolutoire, étant donné que l’existence de ces faits n’est qu’exceptionnelle.
En revanche, il est normal qu’il démontre l’absence ce ceux-ci dès que la personne
poursuivie a prétendue pouvoir en bénéficier. En d’autres termes, le Ministère Public n’est tenu
de faire la preuve des conditions négatives qu’autant que la personne poursuivie les a alléguées.
Certaines situations sont cependant résolues par la loi. C’est le cas de l’abandon
pécuniaire de famille Art 280 CP, du proxénétisme Art 294 CP ; pour ces infractions, c’est à la
personne poursuivie de rapporter la preuve de la situation régulière.
Pour l’ensemble des infractions ordinaires, la jurisprudence a une tendance très nette à
mettre à la charge de la personne poursuivie, la preuve de toutes les circonstances
exceptionnelles qui la ferait échapper à la répression. Le CPP vient de consacrer cette solution
à l’article 309 aux termes duquel « il appartient au prévenu qui invoque un fait justificatif ou
de non responsabilité de le prouver ».

PARAGRAPHE 2 : LE RÔLE DU JUGE

Les magistrats ne sauraient se contenter d’apprécier les preuves fournies par les parties.
Ils doivent déployer leur zèle personnel pour aboutir à la manifestation de la vérité. Les
magistrats, en l’occurrence, les juges ont donc un devoir personnel de rechercher les preuves.
Cela est évident pour le juge d’instruction dont la fonction est de rechercher les preuves à charge
et à décharge.
Cela vaut également pour le président de toute juridiction répressive car, tout juge a
l’obligation de procéder à l’interrogatoire de la personne poursuivie.

50
Ensuite, le président de la juridiction peut poser des questions aux témoins quand ceux-
ci ont terminé leur déposition spontanée.

SECTION 2 : LES MODES DE PREUVE

Deux principes gouvernent la question des modes de preuve. D’un côté, les preuves sont
libres en ce sens que toutes sont en principe recevables. Mais de l’autre, l’administration est
soumise à une réglementation.

PARAGRAPHE 1 : LE PRINCIPE DE LA LIBERTÉ DES PREUVES

Ce principe est admis en droit pénal en raison du particularisme de l’objet de la preuve


en ce domaine. Contrairement au droit civil où lorsqu’il s’agit des actes juridiques, on a pu en
général en préconstituer la preuve, souvent même par écrit, l’objet de la preuve en matière
pénale est un fait juridique qui n’a pu être prévu d’avance. En droit civil donc, les parties
cherchent à conserver les preuves de leur transaction, tandis qu’en droit pénal, les auteurs,
voulant généralement échapper à la répression essayent plutôt de faire disparaître les traces de
leurs actes. Dès lors, il est impérieux d’autoriser l’accusation à user de toutes les voies
susceptibles de l’aider à établir les faits et la participation de l’auteur à leur réalisation.
D’origine jurisprudentielle, ce principe est désormais consacré à l’article 308 du CPP aux
termes duquel : « Hormis les cas où la loi en dispose autrement, une infraction peut être établie
par tout mode de preuve.
Tous les modes de preuve sont donc autorisés, généralement on utilise 5 modes de
preuve à savoir : les renseignements, les pièces à conviction, les déclarations de la personne
poursuivie, celles des témoins et enfin les indices.
Poussant la logique jusqu’au bout, on admet également que, sous réserve des
dispositions de l’article 313 relatif à la preuve du contenu d’un document, il y a aucune
hiérarchie entre tous ces modes de preuve à la condition toutefois, que l’on respecte la
procédure prescrite par la loi pour leur rassemblement et leur production à chaque stade du
procès.

PARAGRAPHE 2 : LES EXCEPTIONS AU PRINCIPE DE LA LIBERTÉ DES


PREUVES

Traiter des dérogations au principe de la liberté des preuves amène à proscrire certains
modes de preuve et à respecter la légalité de la procédure de rassemblement de ces preuves.

A - L’EXCLUSION DE CERTAINS MODES DE PREUVE

Cette exclusion est tantôt générale, tantôt spéciale. L’usage de certains modes de preuve
est prescrit de façon générale pour 2 raisons inverses. Certains modes de preuve autrefois
pratiquées sont interdits parce que dépassés par l’état des moeurs. C’est le cas du serment
solennel, du duel etc. Dans d’autres cas, certains modes de preuve prétendument modernes ou
scientifiques sont repoussés, soit parce qu’ils sont de nature à porter atteinte à la dignité de la

51
personne humaine, soit parce qu’ils sont peu fiables. En tout état de cause, il y a une exigence
de loyauté dans la recherche des preuves de la part des juges, car liberté ne signifie pas licence.
Pour certaines infractions particulières, le législateur a apporté des dérogations au
principe de la liberté des preuves. Il est parfois interdit d’établir de certains faits. Ainsi (art 305-
2) interdit au prévenu d’établir la vérité des imputations diffamatoires qu’on lui reproche. Elle
concerne la vie privée de la victime ou se réfère à des faits vieux de plus de 30 ans, prescrits,
amnistiés, ou ayant fait l’objet d’une condamnation effacée.
Parfois, c’est l’objet même de la preuve qui impose une dérogation. Ainsi, lorsqu’une
question de preuve se pose dans un procès pénal, (par exemple d’un contrat dont la violation
constitue un abus de confiance), la preuve du contrat doit être rapporter selon les règles de droit
civil.
L’on précisera cependant que pour ce dernier cas, l’autonomie de plus en plus affirmée
du droit pénal permet d’écarter les règles de droit civil.

B - LA LÉGALITÉ DE LA PROCÉDURE DE RASSEMBLEMENT DES


PREUVES INDÉTERMINÉES.

Si les modes de preuve sont libres, la procédure par laquelle ces preuves sont
rassemblées et produites est soumise à deux règles.
La première concerne les conditions de rassemblements des preuves qui suppose que
celles-ci n’ont pas été obtenues par des moyens admissibles eu égard au degré de civilisation.
L’aveu de la personne poursuivie ne saurait être pris en considération s’il est obtenu à la suite
d’une torture, d’une fraude ou par une tromperie.
La deuxième série de règles a trait à la procédure de production des preuves au cours du
procès. Celle-ci doit respecter les règles fondamentales de l’audience pénale à savoir : la
production de tout élément de preuve à tous les juges ayant eux-mêmes participé à l’intégralité
de l’audience et la soumission de tout élément de preuve au débat contradictoire.

SECTION 3 : LA VALEUR DES PREUVES : Le principe de l’intime conviction

Puisque les preuves sont libres, il est logique que le juge ait toute latitude pour les
apprécier sans aucune contrainte. Le système légal est donc celui de la preuve dite morale. Il
résulte en effet de l’article 310 alinéa 1er du CPP que « le juge décide d’après la loi et son intime
conviction ». Ainsi présenté, le principe de l’intime conviction a un contenu précis mais ne va
pas sans inconvénient, ce qui explique les limites qui lui sont assignées.

PARAGRAPHE 1 : LA SIGNIFICATION DU PRINCIPE DE L’INTIME


CONVICTION

La compréhension de principe nécessite qui soit étudiée son rôle, son domaine et ses
conséquences.

52
A - LE RÔLE DU PRINCIPE
À la différence du juge civil, le juge répressif n’est ni neutre, ni passif au cours du
procès. Avant de se prononcer, il a l’obligation de s’assurer que toute la lumière a été faite sur
la culpabilité ou la non culpabilité du prévenu.
Il peut ne pas être satisfait des preuves fournies par les parties et ordonner des mesures
complémentaires d’informations pour asseoir objectivement sa conviction. S’il n’a pas pu se
faire une conviction, il est tenu de relaxer au bénéfice du doute, car toute décision de
condamnation qui passerait outre le doute qui plane sur la culpabilité d’un prévenu serait illégal
Le principe joue donc sur un double plan. Il s’agit tout d’abord du principe
d’appréciation des preuves et on dit a cet effet que le juge apprécie en toute liberté la valeur des
preuves versées au débat. Il est libre de former sa conviction comme bon lui semble sans être
tenu de donner des justifications sur la force probante qu’il attribue à chacune d’entre elles. Il
est dès lors inopérant de tenter de remettre en cause le bien fondé des décisions des juges du
fond en voulant obtenir des explications sur les bases de leur conviction.
N’étant lié par aucun mode de preuve en particulier, il n’a pas à se justifier sur celui qui
a le plus pesé sur la formation de sa conviction.
La règle de l’intime conviction est aussi un principe de décision. Les juges apprécient
librement tous les éléments de fait qui sont débattus devant eux au cours du procès. Ainsi, pour
la Cour Suprême, « l’intime conviction des juges du fond tirée des débats pour statuer sur la
culpabilité du prévenu échappe à son contrôle puisqu’elle provient de son appréciation
souveraine ».

B - LE DOMAINE DU PRINCIPE

Cette règle a un domaine incertain. Il est certain que l’intime conviction est la règle
devant les juridictions de jugement pour lesquelles elle est systématiquement rappelée. Il est en
revanche douteux devant le juge d’instruction. Bien que la question divise les auteurs, la
négative paraît préférable car ces magistrats instruisent à charge et à décharge.

C - LES CONSÉQUENCES DE LA RÈGLE

La règle comporte 2 conséquences dont l’une est favorable et l’autre défavorable à la


personne poursuivie. La conséquence favorable est que le principe de l’intime conviction est
la règle selon laquelle le doute profite à la personne poursuivie. La conséquence défavorable
est que la règle contredit dans une certaine mesure le principe de la présomption d’innocence.
Le principe comporte cependant des limites dictées par les inconvénients qu’il engendre.

PARAGRAPHE 2 : LES INCONVÉNIENTS DU PRINCIPE

Le premier inconvénient est que le principe encourage le juge à la paresse intellectuelle


qui se traduit par décision souvent laconique à l’usage du procès lui-même qui se réduit souvent
à peu de choses. L’intime conviction apparaît également comme un principe irrationnel qui
favorise l’intuition la spontanéité et l’instinct du juge au détriment d’un raisonnement objectif.
C’est donc pour ces raisons que furent institués des limites et de exceptions.

53
L’exception principale en dehors des présomptions légales d’intention réside dans la
force probante particulière reconnue aux P.V. de police en matière de contravention qui font foi
jusqu’à preuve de contraire mais ne jouent qu’un rôle minime dans le domaine de l’intention.
Une des restrictions les plus importantes résident dans le caractère contradictoire de la
production des preuves. La recherche et la production des preuves appartiennent à toutes les
parties d’où l’obligation pour les juges de suivre toutes les parties au procès. Ceci entraîne deux
conséquences :
D’une part, une décision ne peut être rendue que par les magistrats ayant assisté à toutes
les audiences de la cause en vertu du principe fondamental de la procédure selon lequel “ les
juges ne peuvent se prononcer d’après les connaissances acquises des éléments des débats
suivant les formes légales ; Ce principe est rappelé à l’article 310 alinéa 3 CPP
D’autre part, il est interdit aux juges de former leur conviction d’après la connaissance
personnelle qu’ils auraient acquises des faits de litige en dehors des moyens de preuve et
d’instruction admis par la loi et administrés ou mis en œuvre selon les règles qu’elle prescrit
car « viole les droits de la défense, le juge que forme sa conviction d’après la connaissance
personnelles qu’il a acquise des faits ». Cette règle est également rappelée à l’article 310
alinéa 2 CPP.
Une des restrictions les plus classiques consiste encore dans l’obligation de motivation
imposée au juge dont l’absence est susceptible d’entraîner la censure de la décision par la CS.

54
CHAPITRE II :
LES DIFFERENTS MODES DE PREUVE

Le droit associe à chaque mode de preuve une procédure particulière d’obtention. Les
renseignements sont recueillis par les enquêtes, les pièces à conviction, par les perquisitions et
saisies, les déclarations de la personne poursuivie par l’interrogatoire, les témoignages, par
l’audition des témoins, les indices sont interprétés par l’expertise.
De même, à mesure que le procès pénal s’achemine vers sa solution définitive, la loi en
court à plus de garantie, la recherche et l’administration des preuves, en même temps qu’elle
accroît les pouvoirs donnés aux autorités pour cette recherche et cette production.
Pour ce qui est de la clarification des diverses preuves, l’on notera que les auteurs ne
s’accordent pas sur le contenu de chaque catégorie, et pour ne pas rentrer dans les querelles
doctrinales sans intérêt juridique, il conviendra d’examiner les différents modes de preuve en
fonction de leur objet, seront donc examinés, les preuves déduites des choses, les preuves
fournies par les personnes, les preuves susceptibles d’être fournies par les personnes et les
choses (les indices).

SECTION 1 : LES PREUVES DÉDUITES DES CHOSES

Les preuves qui peuvent être déduites de la vision d’un certain nombre de choses
s’expriment dans les pièces à conviction qui peuvent être l’instrument du délit (arme ou fausse
clef par ex), les objets personnels du suspect trouvés sur les lieux de l’infraction, le corps du
délit (document falsifié par exemple). Les aspects qui retiendront notre attention concernent la
procédure de rassemblement et de conservation de ces preuves.

PARAGRAPHE 1 : LE RASSEMBLEMENT DES PIÈCES À CONVICTION

Cela intervient dans le cadre d’un transport sur les lieux ou des réquisitions.

A - LE TRANSPORT SUR LES LIEUX

Il est possible à tous les stades de la procédure, et consiste, généralement de la part des
OPJ à se rendre sur les lieux de commission d’une infraction pour y faire des constatations.
C’est le fait des OPJ et n’est obligatoire qu’en matière d’infractions flagrantes pour lesquelles
le Procureur de la République dans sa double fonction a aussi la faculté de se rendre sur les
lieux.
Si le transport sur les lieux intervient au cours de l’instruction préparatoire, le juge
instruction a alors l’obligation de se faire accompagner de son greffier et dresser un procès
verbal.
Si le transport sur les lieux est opéré par la juridiction de jugement, il prend la forme
d’une audience forfaire appelant le transport de la juridiction, du Ministère public, des parties
et de leur conseil.

55
B - LA PERQUISITION

C’est une recherche conduite chez un particulier et les personnes titulaires d’un droit de
perquisition varient selon le stade de la recherche où on se trouve. Lors d’une enquête
préliminaire, ce sont les OPJ et les APJ.
Lors d’une enquête de flagrance, ce sont les OPJ ou le Procureur de la République.
Dans le cadre d’une instruction préparatoire, c’est le juge d’instruction ou un OPJ
agissant sur commission rogatoire.
Dans le cadre d’un supplément d’information, c’est un magistrat désigné par la
juridiction de jugement.
Dans les domaines très techniques, certains agents des administrations investies des
pouvoirs de police judiciaire peuvent aussi perquisitionner.
On peut perquisitionner en tous lieux, à l’exception bien sûr des locaux diplomatiques.
Les perquisitions ne sont possibles que de jour entre 6 h et 18 h, mais une perquisition
commencée pendant les heures légales peut se poursuivre après 18 h.
De même, il y a des infractions, comme le proxénétisme, pour lesquelles les
perquisitions de nuit sont autorisées.
De plus, la perquisition doit avoir lieu en présence de l’occupant des lieux ou de son
représentant et à défaut en présence de 2 témoins. La rédaction d’un P.V. est obligatoire. Ce
P.V. doit être signé par les témoins ou porter la mention du refus de signer.
Notons également que la perquisition en un lieu où sont détenus des secrets
professionnels est soumise à une formalité supplémentaire. Ainsi, la perquisition au Cabinet
d’un avocat ou d’un médecin suppose la présence du bâtonnier ou d’un membre du Conseil de
l’ordre.

PARAGRAPHE 2 : LA CONSERVATION DES PIÈCES À CONVICTION

Elle est obtenue par la saisie de ses pièces. Deux sortes d’objets peuvent être saisies,
ceux utiles à la manifestation de la vérité et ceux dont la divulgation pourrait nuire au
déroulement des recherches.
Des formalités spéciales d’imposent pour garantir l’authenticité des pièces à conviction.
Elles consistent dans l’inventaire des pièces et l’apposition des scellés sur les sacs qui les
contiennent.
Les objets saisis sont déposés au greffe de la juridiction saisie, inscrits, sur un registre
et conservés dans un local spécial jusqu’à leur utilisation judiciaire.
L’utilisation des objets saisis supporte l’utilisation des sceaux faite par le juge
d’instruction où le juge de jugement en présence de la personne chez qui la saisie a été faite.
Les objets saisis sont ensuite restitués à leur propriétaire à moins qu’ils ne soient contraires à
l’ordre public.

SECTION 2 : LES PREUVES FOURNIES PAR LES PERSONNES

Ces preuves peuvent émaner de la personne poursuivie, de la partie civile ou des tiers.

56
PARAGRAPHE 1 : LES DÉCLARATIONS DE LA PERSONNE POURSUIVIE

Le plus souvent, les auteurs n’envisagent les déclarations de la personne poursuivie


qu’en visant l’aveu. Cette conception nous paraît critiquable, car non seulement l’aveu ne se
voit plus reconnaître un statut particulier, mais en plus la personne poursuivie peut faire des
déclarations autres que l’aveu.

A - LES CARACTÈRES DES DÉCLARATIONS

Contrairement aux témoins qui sont obligés de collaborer aux opérations judiciaires,
aucune obligation de ce type ne pèse sur la personne poursuivie. En effet, la personne poursuivie
a le droit de se défendre par tous les moyens y compris par mensonge. Ensuite les déclarations
de la personne poursuivie sont libres et spontanées, elle n’est d’ailleurs pas obligée de répondre
aux questions. Enfin, les déclarations de la personne poursuivie sont rétractables jusqu’à la fin
du procès.

B - LA PROCÉDURE DE RECUEIL DES DÉCLARATIONS

Elle varie selon le stade de la procédure où l’on se trouve. Dans la phase préliminaire,
l’interrogatoire est fait par l’O.P.J chargé de l’enquête ou encore par le procureur de la
République. L’interrogatoire a lieu même sans l’assistance d’un avocat et sans publicité. Il
donne lieu à la rédaction d’un procès verbal, signé de l’intéressé ou mentionnant son refus de
signature qui doit composer également l’indication de la durée de l’interrogatoire et des temps
de repos accordés entre eux.
Au cours de l’instruction préparatoire, l’interrogatoire est le fait du juge d’instruction
qui interroge. L’inculpé peut être assisté d’un avocat. Lors de l’interrogatoire de première
comparution, le juge d’instruction doit avertir la personne poursuivie des charges qui pèsent sur
elle, de son droit à l’assistance par un avocat, de son droit de ne faire aucune déclaration, de
l’obligation de faire connaître tout changement d’adresse, ceci pour les cas, où elle n’est pas
placée mis sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire.
Devant la juridiction de jugement
L’interrogatoire est prévu devant toutes les juridictions de jugement. Cependant, il est
possible que le prévenu, non détenu, demande à être jugé en son absence et dans ce cas, il n’y
aura pas d’interrogatoire. Mais quand il a lieu, l’interrogatoire se déroule selon la procédure
normale d’audience, ie de façon pub et contradictoire.

PARAGRAPHE 2 : LES DÉCLARATIONS DE LA PARTIE CIVILE

La partie civile est entendue dans les mêmes conditions que la personne poursuivie, ie
sans serment et éventuellement avec l’assistance d’un avocat qui bénéficie des mêmes
prérogatives que celui de l’inculpé. Il a droit aux mêmes copies des pièces et aux mêmes
significations que lui.

57
PARAGRAPHE 3 : LES DÉCLARATIONS DES TIERS : LE TÉMOIGNAGE

Le témoignage ou preuve testimoniale est le récit fait par une personne à l’occasion
d’un procès de ce qu’elle prétend avoir vu ou entendu à propos d’une infraction. Sa portée est
considérable en ce qu’il peut concerner les faits (l’infraction elle-même), la ou les personnes
qui sont impliquées.
Il peut être direct ie relatif à ce que le témoin a vu ou entendu lui-même, ou indirect
c’est à dire à ce que ceux qui ont entendu ou vu lui ont rapporté.

A - LE CHOIX ET LA CONVOCATION DES TÉMOINS

Une différence radicale oppose ce qui se passe au stade des enquêtes de police et ce qui
se fera au stade judiciaire de l’affaire. Alors que dans le 1er cas, les règles sont très souples,
dans le cadre du procès pénal, les règles sont très strictes.

1 - La phase policière
La crainte de laisser disparaître les témoins incite à une procédure peu formaliste. Il n’y
a tout d’abord aucune restriction sur le choix des personnes dont on va recueillir le témoignage.
L’OPJ qui dirige l’enquête peut interdire à toute personne de quitter les lieux de l’infraction
flagrante et entendre toute personne susceptible de fournir des renseignements (art 104 alinéa
2 (a).
De plus, la convocation policière n’a aucune force obligatoire. Seul le PR peut
contraindre un témoin à se rendre à l’agence policière.
Si la garde à vue des témoins est possible, elle ne peut s’exercer qu’à l’égard d’une
personne qui a accepté au moins au départ de collaborer.

2 - La phase judiciaire
A ce stade, le formalisme devient très important et vise non seulement à exclure
certaines personnes, mais aussi à soumettre l’audition aux règles générales de la procédure
judiciaire.
a) L’exclusion de certaines personnes
Cette exclusion découle des incompatibilités et des incapacités,
- Les incompatibilités
Les incompatibilités sont toujours particulières à une affaire. Les incompatibilités sont
toujours particulières à une affaire donnée. Elles s’opposent à l’audition de certaines personnes
ayant joué un rôle soit dans la procédure, soit dans les faits.
- Les incapacités
Les incapacités s’expliquent par la suspicion qui plane sur certaines personnes. On les
regroupe en 3 catégories en fonction de l’origine du doute.
Il peut y avoir doute sur l’exacte appréciation des faits quand le témoin est un mineur
de 14 ans (art. 322).
Il y a également doute sur la personne morale du témoin quand celui-ci a fait l’objet de
certaines condamnations pénales.

58
Il y a enfin doute sur l’impartialité du témoin lorsque celui-ci est intéressé par l’affaire.
C’est le cas d’un parent, d’un conjoint, du civilement responsable, du dénonciateur
pécuniairement récompensé. Toutes ces personnes sont entendues sans prestations de serment.
b - La procédure
La procédure de convocation peut être extrêmement simple (lettre simple ou
recommandée, voie administrative, etc..., mais seule une véritable citation par voie d’huissier
permet de contraindre un témoin récalcitrant à comparaître devant le juge .
Devant le juge d’instruction, l’audition est non contradictoire. Le juge d’instruction
entend le témoin avec son greffier et un P.V. est dressé et signé.
Devant la juridiction de jugement, la procédure est plus formaliste et de type
contradictoire. Ce sont les parties qui font savoir quels témoins peuvent comparaître.

B - LES DROITS ET OBLIGATIONS DES TÉMOINS

La force des obligations du témoin tient au fait qu’apporter son témoignage en justice
est un devoir pour tout citoyen. art 10 c. civ. Dans certains cas, ce devoir est pénalement
sanctionné. Ex : le refus d’innocenter Art 172 du CP.
Le témoin a un triple devoir que l’on résume souvent dans la formule selon laquelle, il
doit “ satisfaire la citation ”.
Le témoin doit tout d’abord comparaître, s’il ne le fait pas, il peut être contraint par la
force, être condamné à une peine d’amende, et si le procès est renvoyé à une autre date du fait
de son absence, endosser la charge de tous les frais du renvoi.
Le témoin doit ensuite prêter serment dans le double but d’attirer son attention dur la
gravité de ce qu’il va faire et de faire appel à ses sentiments religieux ou moraux.
Le témoin a enfin l’obligation de déposer, ce qui comporte 2 conséquences
Tout d’abord, il ne peut refuser de parler, il doit dire ce qu’il sait.
Ensuite il doit obligatoirement dire la vérité. La violation de cette obligation constitue
le délit de faux témoignage Art 164 CP.

C - LA PROCÉDURE DE RECUEIL DU TÉMOIGNAGE.

Dans le cadre des enquêtes de police, les témoins sont entendus sans prestations de
serment, mais de manière séparée des autres témoins et du suspect. Un P.V. est rédigée et signé
de l’OPJ. Le témoin le lit, peut y faire des observations et le signer ou faire indiquer son refus
de signer.
Dans le cadre de l’instruction, l’audition est faite sous serment. Elle débute par un
interrogatoire d’identité suivi d’une déposition et d’éventuelles questions du juge d’instruction.
Devant la juridiction de jugement, c’est l’oralité et la contradiction qui prévalent. Le
témoin décline son identité et fait connaître ses liens avec les parties au procès. Il prête serment,
dépose et répond à d’éventuelles questions, l’oralité est indispensable et le témoin ne peut lire
sa déposition même s’il lui parfois permis de se faire aider des documents.

59
SECTION 3 : LES PREUVES SUSCEPTIBLES D’ÊTRE FOURNIES PAR LES
PERSONNES OU PAR LES CHOSES

La preuve par indice résulte de la déduction faite à partir de la constatation de certains


faits matériels. La principale question que soulève ces preuves est relative à la procédure
d’expertise par laquelle on fera parler les indices.
L’on rappellera toutefois que l’expertise fait l’objet d’une réglementation aux articles
203 à 217 puis 319 du CPP.

PARAGRAPHE 1 : LA DÉCISION D’EXPERTISE

Le droit positif a consacré le système dit de l’expertise non -contradictoire dans lequel
l’ensemble des opérations est laissée à la disposition de l’autorité judiciaire, les parties n’ayant
aucun véritable droit de proposition ou de critique.

A - LA DÉCISION DE RECOURIR À L’EXPERTISE

Cette décision incombe à l’autorité maîtresse de la procédure au moment où l’on se


trouve.
Dans le cadre de l’enquête de police, l’OPJ responsable de la procédure ou le PR en cas
d’infraction flagrante ou de mort suspecte peut décider de recouvrir à une personne qualifiée.
Au cours de la phase judiciaire, la décision appartient soit au juge d’instruction, soit au
magistrat chargé par une juridiction de jugement d’un supplément d’informations. La décision
de refus d’expertise est toujours libre pour la personne chargée de l’info. Les parties peuvent
solliciter une expertise, mais l’autorité responsable peut toujours la refuser.
Au stade de l’instruction ou du jugement, la décision de refus d’expertise peut être
frappée d’un appel mais non d’un pourvoi en cassation puisqu’il s’agit d’une décision faisant
suite à une appréciation des faits. Cette règle nous semble conforme à l’article 203 alinéa 2 qui
prévoit la possibilité pour toute partie de solliciter une expertise.

B - LE CHOIX D’UN EXPERT


Lors du choix d’un expert, le juge doit se conformer aux règles relatives à la
qualification et au nombre s’experts.

1)- Les critères de qualification des experts

Ces critères varient selon les spécialistes techniques, mais les règles de procédure sont
identiques pour tous. Les experts doivent figurer sur une liste qui est généralement une liste
nationale (article 206 du CPP).
Dans les circonstances exceptionnelles, l’autorité qui décide de recourir à l’expertise
peut désigner une personne autre qu’un expert inscrit. Il suffit que cette personne ne soit pas
privée de ses droits civiques. Elle devra toutefois prêter serment (article 208 du CPP).

60
Pour assurer l’objectivité de l’avis technique, un certain nombre d’incompatibilités pour
chaque affaire appartient entre la quantité d’expert celle des parties.
2 - Le nombre d’experts
Il varie selon la nature de la question à résoudre. Quand la question soumise à expertise
concerne le fonds de l’affaire, le juge est en principe obligé de désigner au moins 2 experts. Si
le point soumis à expertise ne porte pas sur le fond de l’affaire, un seul expert suffit.

PARAGRAPHE 2 : LES OPÉRATIONS D’EXPERTISE

La réglementation d’expertise est relative au devoir de l’expert, à sa mission et à son


rapport.
A - LES DEVOIRS DE L’EXPERT

Il doit prêter serment lors de son inscription sur la liste et avant chaque opération s’il
n’est pas inscrit. Il doit effectuer les expertises qui lui sont demandées, et en cas de refus non
justifié, il sera radié de la liste des experts. Il doit effectuer l’expertise dans les délais impartis
par le juge à moins qu’il n’ait obtenu da celui-ci une prolongation du délai initial (article 210
CPP).
B - LA MISSION DE L’EXPERT

Elle varie selon les spécialistes et ne peut porter que sur des questions d’ordre technique.
Les pouvoirs de l’expert sur les choses sont illimités, ils sont par contre restreints à l’égard des
personnes, sauf en ce qui concerne les médecins. Les personnes autres que la personne
poursuivie peuvent être interrogées par l’expert à la condition qu’il justifie dans son % que cela
est nécessaire. L’expert qui souhaite entendre la personne poursuivie doit demander au juge
d’instruction de l’interroger en sa présence, deux situations se présentent souvent :
- Le magistrat peut exceptionnellement autoriser l’expert à interroger l’inculpé par
délégation motivée ;
- L’intéressé peut accepter en présence du juge que l’expert l’interroge seul.

C - LE RAPPORT D’EXPERTISE (Articles 215 ET 216 CPP)


Le rapport varie selon la manière dont présente. En toute hypothèse, l’expertise doit
donner lieu à un rapport écrit, déposé au greffe de la juridiction et accompagné des pièces
communiquées. Un P.V. du dépôt est alors dressé. En cas de pluralité d’experts, le rapport
principal est commun mais chacun des experts pourra faire connaître ses réserves éventuelles.
L’expert peut être appelé à déposer à l’audience. Elle se fait alors oralement, mais
l’expert peut s’aider de se notes.

61
DEUXIÈME PARTIE :
LE DÉROULEMENT DU PROCÈS PÉNAL
Les éléments du procès pénal étant réunis, celui-ci va pouvoir se dérouler. Ce
déroulement va se matérialiser par une suite d’actes de procédure accomplis tant par les
autorités étatiques que par les parties privées et allant des premières constatations et de l’acte
de poursuite jusqu’à la décision définitive. Pour désigner cet ensemble d’actes, on peut parler
d’instance pénale ou de procès pénal.
Cette instance comporte deux grandes phases : la phase préparatoire et la phase
décisoire. La première comprend l’enquête, la poursuite et, le cas échéant, l’instruction
préparatoire. La seconde comporte la procédure de jugement et ses suites. De là, l’étude
successive de la phase préparatoire (Titre 1) et la phase décisoire (Titre 2). Toutefois, ces deux
moments du procès pénal sont gouvernés par certaines idées générales communes, les principes
directeurs du procès (Chapitre préliminaire).

62
TITRE I : LA PHASE PRÉPARATOIRE

La phase préparatoire du procès tend à la fois au déclenchement de la poursuite, par la


mise en mouvement de l’action publique, et à la mise en état de l’affaire. La poursuite ne peut
cependant intervenir que si les parties désireuses de l’intenter disposent déjà de certains
éléments d’appréciation qui auront été recueillis au cours d’une enquête initiale. C’est pourquoi
la phase préparatoire du procès comporte trois stades : l’enquête (Chapitre 1er), la poursuite
(Chapitre 2) et l’instruction (Chapitre 3).

CHAPITRE I : L’ENQUÊTE

L’enquête est la partie du procès pénal qui se déroule avant le déclenchement des
poursuites. Elle est menée essentiellement par la police judiciaire. C’est pour cela qu’elle est
appelée « enquête de police » dans le CPP. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que la police
judiciaire est auxiliaire du Procureur, autorité judiciaire sous la direction et le contrôle de
laquelle la police agit. L’enquête est donc aussi l’affaire du Procureur.
L’enquête peut être conduite différemment selon que l’infraction est ou non flagrante.
On distingue en effet l’enquête ordinaire, appelée « enquête préliminaire », et l’enquête de
flagrance. Mais avant que d’étudier ces différents types d’enquêtes dans leurs spécificités
(Section 2), la logique commande au préalable de s’attarder sur les moyens d’information des
autorités de police (Section 1).

SECTION 1 : LES MOYENS D’INFORMATION DES AUTORITÉS DE


POLICE : Cas des plaintes et des dénonciations

L'étude des plaintes et des dénonciations est très significative de la place et du rôle des
individus dans la révélation des infractions pénales. D’un point de vue historique, leur
importance respective a considérablement évolué, du fait que le système français de procédure
pénale qui a inspiré le nôtre ait oscillé entre un système accusatoire faisant la part belle aux
individus dont les plaintes et dénonciations étaient nécessaires au déclenchement du procès
pénal et un système inquisitoire niant au contraire cette place.

Le système actuellement en vigueur permet la prise en compte des plaintes et


dénonciations1 sans rejeter les conséquences qui, sur ce plan, auraient pu résulter de l’adoption
d’un système inquisitorial. Le système retenu étant finalement mixte, l’on comprendra que le
législateur, sans oublier le pouvoir d’initiative des autorités animant les instances pénales, ait
consacré des dispositions aux dénonciations et plaintes.

En effet, de nombreuses dispositions sont consacrées à cette forme de participation à


la bonne marche du système pénal. L’on rappellera tout d’abord que ces notions sont définies
à l’article 135 alinéa 4 (a) aux termes duquel : « Lorsqu’une déclaration écrite ou verbale émane

1
Sur cette question, V. A. VITU, La collaboration des personnes privées à l'administration de la justice
criminelle française, Rev. sc. crim. 1956. 675.

63
de la partie lésée par l’infraction, elle est qualifiée plainte ; elle est qualifiée dénonciation
lorsqu’elle émane d’un tiers ».

De plus, et ceci pour marquer le rôle des particuliers dans le déclenchement des
poursuites, l’alinéa 2 du même texte invite toute personne ayant connaissance d’une infraction
qualifiée crime ou délit à aviser les autorités compétentes. Les procédés permettant d’aviser les
autorités de la perpétration d’une infraction étant nombreux, il nous semble nécessaire de
consacrer une étape de notre raisonnement à la compréhension des notions de plaintes et
dénonciations (Paragraphe 1) avant d’envisager l’étude des conditions de leur recevabilité
(Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : LES NOTIONS DE PLAINTES ET DENONCIATION

Les dispositions de l’article 135 alinéa 4 sont claires lorsqu’elles évoquent ces notions :
« Lorsqu’une déclaration écrite ou verbale émane de la partie lésée par l’infraction, elle est
qualifiée plainte ; elle est qualifiée dénonciation lorsqu’elle émane d’un tiers ». Cette clarté
n’est cependant évidente que pour les plaintes qui constituent un concept propre au droit
processuel. Tel n’est pas le cas de la dénonciation que l’on retrouve dans les lois pénales de
fond et de forme. Lorsqu’on tente de scruter les différents sens qui se dégage de ces différentes
lois, on en vient, sans dénaturer le concept, à considérer la dénonciation comme infraction,
comme fait justificatif ou comme acte obligatoire.

A- LA DENONCIATION AU SENS DU DROIT PENAL

Restant dans le cadre des lois pénales de fond, la dénonciation sera considérée tantôt
comme une infraction, tantôt comme une excuse.

1- La dénonciation : une infraction

Entendue dans un sens large, la dénonciation s'entend de tout acte qui informe la justice
de l’existence d'une infraction pénale2. Notre droit pénal n'ignore pas cette acception du terme
dénonciation qui constitue d’ailleurs une infraction prévue et réprimée à l’article 304 du CP.
Ainsi, en matière de dénonciation calomnieuse, la dénonciation est l'acte qui consiste à faire
« à une autorité publique ou privée une dénonciation fausse et susceptible d’entraîner les
sanctions, soit pénale soit disciplinaire, à moins qu’il ne prouve qu’il avait de bonnes raisons
de croire aux faits dénoncés ».

Cet acte qui est l'élément matériel de ce délit incriminé à l’article 304 du code pénal,
peut émaner de la victime ou d'un tiers, d'un simple particulier ou d'un fonctionnaire. C'est dire
que ce qui est pris en considération dans cette définition de la dénonciation, est moins la qualité
de l'auteur qu'un fait : la révélation d'une infraction.

2
Sur cette définition et plus d’informations sur les plaintes et dénonciations, V. E. Bonis-Garçon, Plainte et
dénonciation, Rec. Dalloz, n° 1.

64
2- La dénonciation : une excuse

Cette notion qui est fréquente en droit pénal de fond peut changer de sens et devenir
une cause d’irresponsabilité pénale, ainsi qu’il ressort de l’article 95 du CP prévoyant la
conspiration dont le régime est dominé par un principe qui connaît cependant des dérogations.

Le principe est celui de l'assimilation de la conspiration en vue de commettre un crime


ou un délit au crime ou au délit consommé. Cette assimilation conduit à appliquer les mêmes
peines à tous les conspirateurs.

Les dérogations concernent le désistement dont les effets varient selon qu'il est collectif
ou individuel. Lorsque le désistement est collectif, il doit intervenir avant l'exécution du projet
criminel et ne pas être dû à des circonstances indépendantes de la volonté des conspirateurs.
Dans cette hypothèse tous les conspirateurs sont exempts de la peine.

Le désistement qui intéresse notre étude est le désistement individuel. Lorsque le


désistement est individuel, le législateur prévoit deux hypothèses. La première est celle où le
conspirateur se retire de la conspiration sans la dénoncer ou sans en empêcher la réussite et ceci
avant tout commencement d'exécution (art 95 al.4). Il ne peut bénéficier que des circonstances
atténuantes. Il reste donc malgré tout coupable.
La deuxième hypothèse est celle qui s'accompagne d'une dénonciation, le conspirateur
se retire et informe les autorités administratives ou judiciaires de l'existence de la conspiration
: ce retrait qui empêche la réussite de l'opération entraîne l'exemption de la peine ( article 95
al.5). Dans ce cas, sans être obligatoire, la dénonciation sera bien vue par le législateur qui
accorde au dénonciateur un régime de faveur en atténuant la peine qu'il encourt ou en lui
promettant une exemption totale de peine.

Bien que relevant du droit pénal de fond, cette hypothèse intéresse notre étude, car visant
la dénonciation comme procédé d'information des autorités de la possible perpétration d'une
infraction. En effet, à partir du moment où l'on envisage la dénonciation non plus comme un
élément constitutif d'une infraction pénale ou comme cause d’atténuation ou d’absolution de la
responsabilité pénale, mais comme l'un des procédés normaux d'information des autorités
judiciaires de la commission d'un fait délictueux, bref au plan procédural et non plus au regard
du droit pénal de fond, le législateur fait, le plus souvent, appel à une définition plus restrictive
de cette notion.

B- LA DENONCIATION AU SENS DE LA PROCEDURE PENALE

Il convient d’abord de dégager le concept, puis son régime.

1- Le concept de dénonciation en procédure pénale

Ainsi considérée, la dénonciation reçoit une acception plus étroite. Elle est alors
entendue comme la déclaration écrite ou orale par laquelle un tiers, c’est-à-dire une personne
qui n'a pas été victime de l'infraction, informe les autorités judiciaires de la commission d'un
acte délictueux. Cette définition personnelle et non pas matérielle, de la notion de dénonciation

65
est certes moins fréquente dans les textes, mais essentielle à la compréhension d'une autre
notion : celle de la plainte.

Par opposition à la dénonciation, la plainte est alors l'acte par lequel la personne lésée
par un crime, un délit ou une contravention ou son représentant légal porte ce fait délictueux à
la connaissance de l'autorité compétente3. Elle est alors une variété de dénonciation prenant en
considération la qualité de son auteur plus que la nature des faits révélés4.

La dénonciation doit également être distinguée de la délation. Deux éléments de


distinction sont traditionnellement avancés. D'un point de vue psychologique d'une part, la
délation est définie comme une forme particulière de dénonciation qui n'est pas à l'honneur de
celui qui y procède5. À la différence du dénonciateur qui fait œuvre d'altruiste en ce qu'il ne
tire, en principe, aucun profit personnel à la révélation et se contente de concourir à la bonne
marche de la justice - bref, il est animé d'un mobile désintéressé - le délateur est animé par une
volonté d'enrichissement personnel.

D'un point de vue matériel d'autre part, force est de constater que la révélation dans les
deux cas n'a pas forcément la même signification. À la différence du dénonciateur, le délateur
ne se borne pas à révéler des faits, il dénonce un malfaiteur. En ce sens, la délation a mauvaise
presse. En revanche, il n'y a pas de honte à dénoncer. On pourrait même dire que la dénonciation
joue un rôle de moteur de la répression des infractions pénales au même titre que les plaintes
déposées par les victimes ou les procès-verbaux et rapports dressés par les membres de la police
judiciaire.

2- Le régime de la dénonciation

L’étude du régime de la dénonciation est dominée par une question fondamentale


conduisant à se demander si elle est libre ou obligatoire. Le législateur, approuvé en cela par
la doctrine a estimé, parlant par exemple du système français d’avant 1945 que le droit de
dénoncer était insuffisant et qu'il valait mieux parfois en faire une obligation afin que les
parquets aient une meilleure connaissance des infractions commises. Aussi, s'il n'y a pas
d'obligation générale de dénonciation, il existe des obligations spéciales de révélation de faits
constitutifs d'une infraction pénale que l'on peut classer en deux catégories selon que
l'obligation s'adresse à des personnes déterminées ou porte sur des infractions spécifiques.

3
L’on constatera d’ailleurs que c’est cette définition qui est retenue à l’article 135 alinéa 4CPP, même si cette
disposition ne fait pas expressément allusion au concept de représentant légal.
4
De la plainte ainsi définie que l'on nomme parfois plainte simple, il conviendra, ainsi que nous y invite E. Bonis-
Garçon, (op.cit) de distinguer la plainte avec constitution de partie civile qui est l'acte par lequel la personne, qui
se prétend lésée par un crime ou un délit, joint à sa déclaration une demande d'indemnisation du dommage subi
(lire à ce sujet l’article 157 CPP). Cette plainte avec constitution de partie civile portée devant le juge d'instruction
permet à la victime de mettre en. mouvement l'action publique et ainsi de devenir partie civile au procès pénal
avec tous les avantages et les risques qui en découlent.

5
G. CORNU, Vocabulaire juridique, VO Délation, Association H. Capitant, 2000, colI. Quadrige, PUF.

66
L’autre question est de savoir si les plaintes et dénonciations sont facultatives ou
obligatoires. En principe, c’est de la liberté de dénoncer qu’il devrait s’agir. La loi pénale
reconnaît non seulement cette liberté mais en garantit l'exercice puisque les violences commises
« sur un témoin, une victime ou une partie civile, soit pour l'empêcher de dénoncer les faits, de
porter plainte ou de déposer en justice, soit en raison de sa dénonciation, de sa plainte ou de
sa déposition » sont considérées comme des violences aggravées faisant encourir à l'auteur des
peines plus graves . Ce principe consacré en droit français6 peut être rapproché des faits décrits
à l’article 168 alinéa 2 du code pénal qui punit des peines prévues au premier alinéa « celui qui
obtient de quiconque la promesse de ne pas dénoncer un crime ou un délit ou de ne pas
témoigner ».

L’on peut cependant tenter de soutenir le contraire, c’est-à-dire le caractère obligatoire


de la dénonciation, en se basant sur les dispositions de l’article 135 alinéa 2 du CPP qui
dispose : « Toute personne ayant connaissance d’une infraction qualifiée crime ou délit, est
tenue d’en aviser directement et immédiatement, soit le procureur de la République, soit tout
officier de police judiciaire, ou à défaut, toute autorité administrative de la localité ».

Malgré les termes très clairs de ce texte, il est difficile d’en déduire une obligation de
dénoncer, étant donné qu’il ne renvoie pas à une disposition pénale de fond. Autrement dit,
l’obligation prévue par ce texte est une simple obligation morale, car dépourvue de toute
sanction.

En l’absence d’un texte de portée générale prévoyant incrimination et sanction pénales


contre ceux qui refusent de dénoncer ou de porter plainte, il convient de circonscrire cette
obligation à des personnes bien déterminées.

L’on tentera d’abord de fonder l’obligation de dénoncer sur les dispositions de l’article
135 alinéa 3 du CPP aux termes duquel, l’autorité administrative informée de la perpétration
d’une infraction est tenue de porter cette dénonciation à la connaissance du procureur de la
République ou de l’officier de police le plus proche. Étant donné que ce texte vise parfois des
instructions données dans le cadre d’un rapport hiérarchique, l’on peut, en se fondant sur
l’existence de sanctions disciplinaires, en déduire une obligation de dénoncer.

Le texte le plus explicite à cet effet nous semble être l’article 138 du code pénal relatif
au déficit non signalé qui puni « tout fonctionnaire qui, ayant connaissance d’un déficit de
caisse ou d’un déficit comptable dans la gestion d’un agent public placé sous ses ordres ou sous
sa surveillance, ne le dénonce pas à l’autorité judiciaire la plus proche ou à son supérieur
hiérarchique ».

L’on peut également, en forçant un peu cette fois, ajouter l’hypothèse visée à l’article
146 du code pénal traitant de la tolérance d’un attentat aux droits individuels. Ce texte qui
crée une forme particulière de complicité d’atteintes aux droits civiques, s’applique au

6
Sur cette question V. E. Bonis-Garçon, op. cit. n° 23

67
fonctionnaire qui, « ayant le pouvoir, le devoir et la possibilité de les empêcher, tolère soit des
violences contre les personnes, soit des actes attentatoires à la liberté individuelle ou aux droits
civiques tels que définis à l’article 141… ». Le fait de ne pas dénoncer ces actes étant de nature
à encourager leur renouvellement, une interprétation téléologique de cette disposition , de même
que celle de l’article 171 visant la non-intervention, de l’article 173 relative au témoin
défaillant, pourrait conduire à y voir une forme d’obligation de dénoncer.

De même, l’on pourra imaginer l’hypothèse où, une personne ayant une parfaite
connaissance de l’auteur d’une infraction, s’abstient de la dénoncer malgré le risque que court
un innocent d’être condamné pour cette infraction. Dans ce cas, on invoquera l’article 172
relatif au refus d’innocenter qui vise «celui qui pouvant, sans s’accuser lui-même, ni accuser
son conjoint, ses ascendants ou descendants, apporter aux autorités judiciaires ou de police la
preuve de l’innocence d’une personne incarcérée préventivement ou condamnée même non
définitivement ».

La loi pénale étant d’interprétation stricte, ces dernières hypothèses devront être
appréciées avec beaucoup de prudence.

Paragraphe 2 : LA RECEVABILITE DES PLAINTES ET DENONCIATIONS

L’idée fondamentale qui a animé la démarche du législateur et qu’il convient de ne pas


perdre de vue est que la plainte simple, de même que la dénonciation ne sont que de simples
moyens d'information des autorités policières et judiciaires de la commission de faits
délictueux, qui sont nécessaires à la police parce que, sans information, il n'y a pas d'enquête
concevable. En ce sens, les plaintes et les dénonciations sont un indispensable moteur de la
répression. Toutefois, pour éviter les abus et trouver un juste équilibre entre la dénonciation
utile à la répression et la délation, il est apparu nécessaire de définir des conditions de
recevabilité de ces plaintes et dénonciations. Certes, ces conditions sont peu nombreuses et peu
contraignantes, car il ne s'agit pas de réglementer une action en justice, mais de concevoir un
système qui, tout en reconnaissant l’importance et la nécessité de ces deux modes d'information
des autorités policières et judiciaires, permet de sanctionner les abus7.

Parlant de ces conditions, on sera amené à distinguer les conditions relatives aux
personnes et celles visant les faits.

A-LES CONDITIONS DE FOND

Dans cette optique, l’on rappellera que la plainte, comme la dénonciation, traduit une
relation triangulaire: une personne se plaint ou dénonce à celui qui détient une autorité
particulière l’acte d'un autre qui porte préjudice à elle-même ou à un tiers, et qui, à ses yeux,
est susceptible de tomber sous le coup de la loi pénale. La plainte et la dénonciation mettent
donc aux prises un déclarant, un dépositaire et l'auteur prétendu d'une infraction pénale dont
l'identité n'est pas nécessairement indiquée lors de la révélation des faits. Par conséquent, les

7
Lire à ce sujet les articles 304 et suivants du Code pénal.

68
personnes réellement présentes lors du dépôt d'une plainte ou d'une dénonciation sont le
déclarant et le dépositaire.

1-Conditions tenant au déclarant.

La première question que l’on peut se poser est celle relative à la capacité de la
personne à dénoncer un fait. Autrement dit, l’on est en droit de se demander si un incapable
peut porter plainte ou dénoncer une infraction pénale. Dans la mesure où l'acte consistant à
révéler un fait ne s'apparente pas à l'exercice d'une action en justice, car cet acte ne déclenche
pas à lui seul l'action publique, la capacité n'est pas exigée8.

La deuxième question est celle relative à l'identité du déclarant lorsqu’il n’est pas
victime, et conduit à s’interroger sur le sort des dénonciations anonymes 9. Autrement dit, la
révélation peut-elle émaner d'une personne qui garde secrète son identité?

D’une manière générale, l'anonymat est considéré comme étant le signe d'une moralité
douteuse de l'agent qui y procède. Pourtant, une tendance doctrinale milite en faveur de la
recevabilité d'une dénonciation anonyme. Cette tendance est soutenue en droit français sur le
fondement de l'article 17 du code français de procédure pénale qui dispose : « les officiers de
police judiciaire (…) reçoivent les plaintes et les dénonciations », sans précision
supplémentaire10. Étant donné que c’est une formule identique que l’on retrouve à l’article 83
alinéa 1er de notre CPP, il est permis d’admettre cette solution en droit camerounais.

De plus, la recevabilité d’une dénonciation anonyme peut avoir un autre fondement,


provenant non d’un texte le prescrivant expressément, mais plutôt de la valeur du contenu des
plaintes et dénonciations. Étant donné qu’on est en présence de déclarations ayant valeur de
simples renseignements, il n’y a aucune raison à exclure celle provenant des personnes n’ayant
pas acceptées de révéler leur identité. Bien plus, bien que cela ne soit pas réglementé dans notre
système, l’on sait que le recours à des personnes qui gardent ne serait-ce que partiellement
l’anonymat est très fréquent dans la pratique policière.

Au terme de cette étude consacrée à la personne qui révèle les faits, force est de conclure
qu'il n'y a pas véritablement de conditions présidant au dépôt d'une plainte ou d'une dénoncia-
tion. Cependant, pour que la plainte ou la dénonciation produise un effet sur le plan juridique,
encore faut-il qu'elle ait été déposée entre les mains d'une personne habilitée à la recevoir.

8
En revanche ainsi que nous le rappelle Bonis-Garçon (op.cit, n° 15), à partir du moment où la victime ne se
contente pas de porter plainte mais entend se constituer partie civile, sa capacité juridique est exigée, ce qui est
logique puisque cet acte permet à la partie civile de porter son action civile devant les tribunaux répressifs
accessoirement à l'action publique. Or, l'action civile, comme toute action, ne peut être valablement exercée que
par celui qui a la capacité juridique.
9
V. à ce sujet : J.-C. SAINT-PAU, L'anonymat et le droit, thèse Bordeaux IV, 1998, n°s 82 et s.
10
Ce texte contraste ainsi avec l’ art. 240, du CPP italien qui dispose: « les documents contenant des déclarations
anonymes ne peuvent être acquis ou utilisés d'aucune façon, sauf s'ils constituent le corps du délit ou bien s'ils
viennent du prévenu »)

69
2-Conditions tenant au dépositaire.

La politique législative en ce domaine a consisté à faciliter au maximum le dépôt des


plaintes et des dénonciations afin d'associer activement la population à l'œuvre de la justice et
d'éviter que des infractions graves ne restent impunies. C’est la raison pour laquelle le
législateur a reconnu compétence à un grand nombre de personnes pour recevoir les plaintes et
dénonciations.

Les personnes ainsi habilitées à recevoir les plaintes et les dénonciations sont, selon
l’article 135 alinéa 2 le procureur de la République, les officiers de police judiciaire ou à défaut,
toute autorité administrative de la localité.

B- LES CONDITIONS DE FORME

Ici également, la politique législative vise à faciliter, voire à encourager les plaintes et
dénonciation afin d’associer les particuliers à l’œuvre de la politique pénale. A cet effet, l’article
135 alinéa 4 (b) dispose : « Les plaintes et dénonciations ne sont assujetties à aucune forme et
sont dispensées du droit de timbre. Les autorités visées à l’alinéa 2 ne peuvent refuser de les
recevoir ». On en déduit alors une absence de formalité, et que l’autorité désignée par la loi
pour recevoir les plaintes et dénonciations ne peut arguer d’un vice quelconque pour refuser de
les recevoir. Cette absence de condition de forme qui caractérise la plainte simple ou la
dénonciation s'explique au regard de leur finalité. En allégeant les formes, le législateur souhaite
faciliter au maximum l'information des autorités policières et judiciaires par les individus.
L'effectivité de la répression prime sur le respect d’éventuelles règles de forme.

SECTION 2 : LES DIFFERENTS TYPES D’ENQUETES

Si classiquement, c’est au juge d’instruction qu’il appartient de procéder sur des faits
apparemment délictueux à tous les actes utiles à la manifestation de la vérité, la loi a aussi
donné à la police le pouvoir de procéder à des enquêtes, d’abord en cas de flagrance
(Paragraphe 2) et même en absence de toute flagrance (Paragraphe 1).

Paragraphe 1 : L’ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE

On peut définir l’enquête préliminaire comme une procédure diligentée par la police
judiciaire agissant d’office, à la suite d’une plainte ou d’une dénonciation, ou alors sur
instruction du Procureur de la République, destinée à obtenir sur une infraction, les
renseignements afin de permettre au Procureur de la République de prendre une décision sur
l’opportunité des poursuites.
Sous l’empire du Code d’instruction criminelle, la légalité de l’enquête préliminaire
était controversée. Mais, la pratique policière et judiciaire ne l’a jamais ignorée. Pour couper
court à tous les débats, les rédacteurs du CPP, sans doute frappés par l’importance pratique de
l’enquête préliminaire, l’ont reconnu et réglementé.

70
L’enquête préliminaire est véritablement l’affaire exclusive de la police. Le Procureur
est tenu informé de son déroulement. L’officier de police judiciaire, découvrant une situation
suspecte, prend l’initiative d’ « aller voir » s’il y a une infraction à la loi pénale. Toutefois, entre
la police et le Parquet, s’établit très souvent un dialogue dénué de formalisme. Tantôt, le
parquet, saisi le premier des faits par une plainte ou une dénonciation, requiert une enquête en
envoyant le dossier à la police. Tantôt, la police ayant été informée la première, transmet les
informations au parquet qui, à son tour lui donne un ordre écrit pour mener l’enquête. Pour tout
dire, l’initiative de l’enquête préliminaire appartient donc alternativement aux policiers et aux
magistrats du parquet.
Au cours de l’enquête préliminaire, outre les constatations matérielles effectuées au
besoin par un transport sur les lieux, les enquêteurs peuvent procéder d’une part, à des auditions,
perquisitions et saisies, d’autre part, à des arrestations et à des gardes à vue.

A- Les auditions, perquisitions et saisies

Selon l’article 92 du CPP, l’officier de police peut, au cours d’une enquête, entendre
toute personne dont les déclarations lui paraissent utiles à la manifestation de la vérité. La
personne convoquée est tenue de comparaître et de déposer. Si elle ne comparaît pas dans le
cadre d’une enquête préliminaire, l’officier qui ne dispose pas du pouvoir de contrainte, en
informe le Procureur de la République qui peut décerner contre la personne récalcitrante, un
mandat d’amener. Mais le récalcitrant est dans ce cas conduit auprès du Procureur et non auprès
de l’officier de police.
Au cours d’une enquête préliminaire, l’officier de police est en droit de procéder à des
perquisitions, visites domiciliaires et saisies. Seulement, avant d’agir, il doit être muni d’un
mandat de perquisition à lui délivré par le Procureur de la République. A défaut de mandat, la
perquisition ne se fera qu’avec le consentement du maître des lieux ou du détenteur des biens à
saisir.
Une fois le mandat ou l’accord obtenu, la perquisition doit se faire en présence du maître
des lieux, du détenteur des biens à saisir ou leurs représentants, ainsi que deux témoins. La
perquisition ne peut avoir lieu que de jour. Elle est interdite entre dix-huit heures et six heures
du matin. L’officier de police peut être fouillé lui-même avant les opérations de perquisitions.
Les objets saisis au cours des opérations de perquisitions sont présentés aux personnes
présentes qui les reconnaissent et les paraphent. Le procès-verbal de perquisition est dressé et
signé de toutes les personnes présentes.

B- La garde à vue

La garde à vue est une mesure de police en vertu de laquelle une personne est, dans le
cadre d’une enquête préliminaire, en vue de la manifestation de la vérité, retenue dans un local
de la police judiciaire, pour une durée limitée, sous la responsabilité d’un officier de police
judiciaire à la disposition de qui il doit rester.
La garde à vue, dans le cadre d’une enquête préliminaire ne peut être ordonnée que par le
Procureur de la République. Ce qui signifie que l’officier de police qui veut garder à vue un
suspect ou un témoin, doit préalablement requérir l’autorisation expresse du Procureur. Aucune

71
garde à vue ne peut être ordonnée les samedi, dimanche ou jour férié. La durée de la garde à
vue est de quarante-huit (48) heures, renouvelable une fois, à l’initiative de l’officier de police,
et renouvelable deux fois sur autorisation écrite du Procureur de la République. Chaque
prorogation doit être motivée.
Une personne ayant une résidence connue ne peut faire l’objet d’une garde à vue dans
le cadre d’une enquête préliminaire. Le suspect gardé à vue ne sera point soumis à la contrainte
physique ou mentale, à la torture, à la violence, à la menace ou à tout autre moyen de pression,
à la tromperie, à des manœuvres insidieuses, à des suggestions fallacieuses, à des interrogatoires
prolongés, à l’hypnose, à l’administration des drogues ou à tout autre procédé de nature à
compromettre ou à réduire sa liberté d’action ou de décision, à altérer sa mémoire ou son
discernement.
La personne gardée à vue peut, à tout moment, recevoir aux heures ouvrables la visite de son
avocat et celle d’un membre de sa famille, ou de toute autre personne pouvant suivre son
traitement durant la garde à vue.

L’État assure l’alimentation des personnes gardées à vue. Toutefois, ces personnes sont
autorisées à recevoir quotidiennement de leur famille ou de leurs amis les moyens nécessaires
à leur alimentation et à leur entretien.
La personne gardée à vue peut, à tout moment, être examinée par un médecin requis d’office
par le Procureur de la République. Le médecin ainsi requis peut être assisté d’un autre choisi
par la personne gardée à vue, et aux frais de celle-ci.

A la fin de la garde à vue, il est obligatoirement procédé à l’examen médical du suspect


à ses frais et par un médecin de son choix si l’intéressé, son conseil ou un membre de sa famille
en fait la demande.

C- L’arrestation

L’arrestation opérée dans le cadre de l’enquête préliminaire est-elle licite ? C’est aux
deux extrémités de la garde à vue que le problème peut se poser.

En premier lieu, il se pose avant le début de la garde à vue. Peut-on soutenir que l’officier
de police judiciaire, titulaire du droit de détenir une personne, possède aussi le droit de
l’arrêter ? Doit-on au contraire estimer que l’officier de police judiciaire ne peut détenir une
personne que si celle-ci s’est présentée à lui ? Incontestablement, la deuxième thèse est la
bonne. A l’inverse de l’enquête de flagrance, l’enquête préliminaire ignore la coercition. La
garde à vue au cours de l’enquête préliminaire ne saurait donc s’appliquer à l’individu qui refuse
de déférer à la convocation de la police judiciaire. En conséquence, un officier de police qui se
présenterait chez la personne soupçonnée et qui, sur son refus de l’accompagner au poste de
police, l’y conduirait de force, pourrait être poursuivi pour arrestation arbitraire. En pratique, il
est rare qu’une personne se refuse à déférer à une telle convocation de la police, soit qu’elle
ignore son droit de ne pas le faire, soit qu’elle entende démontrer son innocence. D’ailleurs, les
multiples abus des policiers en la matière, restés impunis, ont fini par convaincre le citoyen
ordinaire qu’on est obligé de déférer à une convocation dans le cadre d’une enquête

72
préliminaire. La même impunité a réconforté les policiers dans la pensée selon laquelle ils ont
le droit d’arrêter tout récalcitrant à une convocation dans le cadre d’une enquête préliminaire.

La seule arrestation prévu en matière d’enquête préliminaire est celle qui peut avoir lieu
à la clôture de l’enquête, lorsque celle-ci révèle contre le suspect, des indices graves et
concordants de culpabilité. Le suspect est alors arrêté, s’il n’est pas déjà en garde à vue, et
conduit non pas au poste de police, mais immédiatement auprès du Procureur de la République.
Toutefois, cette arrestation n’est pas possible si le suspect a une résidence connue. Celui qui
n’a pas de résidence connue peut faire venir une personne crédible, qui se porte garante de sa
représentation devant l’officier de police, ou alors fournit une somme d’argent, une caution qui
garantit sa représentation.

Paragraphe 2 : L’ENQUÊTE DE FLAGRANCE

L’enquête de flagrance n’est ouverte que lorsqu’il y a une infraction flagrante (§.1), les
autorités chargées de l’enquête sont dès lors investies d’importants pouvoirs de coercition (§.2).

A- Le domaine de l’enquête de flagrance

L’enquête de flagrance n’est ouverte que pour les crimes et les délits. Une contravention
ne saurait faire l’objet d’une enquête de fragrant délit. La définition du crime et du délit flagrant
est donnée par l’article 103 du CPP. De cette définition, on peut dire qu’il existe une flagrance
proprement dite (A), une flagrance par présomption (B) et une flagrance par assimilation (C).

1- La flagrance proprement dite

Selon l’article 103 (1), est qualifié crime ou délit flagrant, le crime ou le délit qui se
commet actuellement ou qui vient de se commettre. C’est la flagrance proprement dite qui
implique ainsi une simultanéité ou une quasi-simultanéité entre la commission et la constatation
de l’infraction. Il y a simultanéité lorsque l’auteur de l’infraction est surpris en pleine action par
des témoins ou par les agents de la force publique : « le corps du délit est encore chaud ».
L’auteur est surpris immédiatement après l’infraction, soit qu’il se trouve encore sur les lieux,
soit qu’il vient juste de les quitter.

2- La flagrance par présomption

L’article 103 (2) (b) du CPP présume la flagrance lorsque, dans un temps très proche de
l’infraction, l’individu soupçonné est poursuivi par la clameur publique (« au voleur !», « à
l’assassin ! ») ou est trouvé en possession d’un objet ou présente une trace ou indice laissant
penser qu’il a participé à la commission d’un crime ou d’un délit.

3- La flagrance par assimilation

L’article 103 (2) (c) assimile expressément à l’infraction flagrante celle qui, non
véritablement flagrante, a été commise à l’intérieur d’une maison. L’infraction découverte plus

73
tard, le chef de la maison ou celui qui assure la surveillance de celle-ci requiert le Procureur de
la République ou un officier de police judiciaire pour constater l’infraction.
L’article 115 du CPP assimile implicitement à l’infraction flagrante, la mort suspecte. En effet,
il est dit à cet article que : « en cas de mort suspecte, l’officier de police informe et rend compte
immédiatement au Procureur de la République ». Les dispositions du CPP relatives à l’enquête
de flagrance sont mises en application.

B- Les actes des autorités en charge de l’enquête

L’enquête de flagrance s’oppose doublement à l’enquête préliminaire. D’une part, elle


permet aux membres de la police judiciaire d’exercer des pouvoirs plus importants (A); d’autre
part, elle peut voir intervenir le Procureur de la République qui prend en main l’enquête (B).

1- Les actes de l’officier de police judiciaire

L’urgence à rassembler les preuves explique les larges et importants pouvoirs accordés
à l’officier de police dans le cadre de l’enquête de flagrance. Mais, l’officier de police n’a pas
que des pouvoirs, il a aussi des devoirs.
L’officier de police judiciaire avisé de l’existence d’une infraction flagrante doit
informer immédiatement le Procureur de la République. Cette obligation s’explique par le fait
que ce magistrat dirige les enquêtes et, en cas de flagrance, peut juger opportun de se rendre
personnellement sur les lieux. Après avoir informé le Procureur, l’officier de police doit se
rendre immédiatement sur les lieux et procéder à toutes les diligences. Cette disposition
s’explique par les besoins de l’enquête. Le lieu de l’infraction est en effet le centre de celle-ci ;
c’est le lieu où se trouvent les indices et peut-être encore les témoins. Y étant, l’officier de
police doit prendre des mesures conservatoires : il doit veiller à la sauvegarde des indices
susceptibles de disparaître, ce qui implique la prise des photographies, des prélèvements… Pour
les nécessités de l’enquête, l’officier de police peut procéder à des perquisitions et saisies. Pour
ce faire, il n’a besoin, ni d’un mandat, ni du consentement des personnes qui subissent ces actes.
Il y a urgence à agir ; le formalisme peut être perturbateur du chemin qui conduit à la vérité.
L’officier peut interdire à toute personne trouvée sur les lieux de s’éloigner ; il peut demander
à des témoins d’être à sa disposition pendant douze heures ; les suspects peuvent être placés en
garde à vue.
Un acte particulier peut être effectué par l’officier de police : l’arrestation avant la garde
à vue. Il est enjoint à la personne à arrêter le suivre au poste de police pour les besoins d’enquête.
En cas de refus de celle-ci, l’officier fait usage de tout moyen de coercition proportionné à la
résistance de l’intéressé. La police agit ici sans mandat, et celui qui procède ainsi à l’arrestation
n’a pas besoin de décliner son identité ; il n’est même pas obligé de dire à la personne à arrêter
les motifs de l’acte : la flagrance s’accommode peu du formalisme.
L’officier de police mène l’enquête de flagrance tant que le Procureur de la République,
informé, ne dit rien. Le Procureur peut donc décider de mener lui-même l’enquête. Dans ce cas,
l’officier de police s’écarte. De toute façon, l’arrivée du Procureur sur les lieux de l’infraction
dessaisit automatiquement l’officier de police qui se met immédiatement sous les ordres du
Procureur.

74
2- Le Procureur de la République

Le Procureur de la République, qui se saisit lui-même de l’enquête de flagrance, agit et


pose tous les actes prévus en la matière. De temps en temps, s’il le veut, il peut demander à
l’officier de police d’agir en ses lieu et place, à charge pour ce dernier de lui rendre
immédiatement compte des opérations effectuées. Le Procureur est le maître de l’enquête.
Dans le cadre de l’enquête de flagrance, il existe des opérations que seul un magistrat
peut effectuer. Ainsi, même dans l’hypothèse où l’enquête a été laissée à l’officier de police, il
appartiendra toujours au Procureur de la République ou à l’un de ses substituts, de mener les
opérations de perquisitions dans un cabinet d’avocat, lorsque ce dernier est mis personnellement
en cause, ou pour saisir des documents ayant un rapport avec une procédure judiciaire. Il en
sera de même chaque fois qu’il s’agit de perquisitionner dans un cabinet de médecin, une étude
de notaire, d’huissier de justice ou au bureau de toute personne tenue au secret professionnel.

75
CHAPITRE 2 : LA POURSUITE

Ce n’est qu’exceptionnellement que le juge se saisit lui-même d’une infraction. Il en est


ainsi des infractions commises à l’audience de jugement. Normalement, la poursuite est
déclenchée par les parties au procès : le Ministère public et/ou la victime.

SECTION 1 : LA POURSUITE PAR LE MINISTÈRE PUBLIC

Nombreuses sont les infractions commises tous les jours qui ne font pas l’objet de
poursuite pénale par le Ministère public. Ces poursuites n’ont pas lieu pour plusieurs raisons :
le Ministère public n’a pas trouvé opportun d’engager des poursuites ; il n’a pas été informé de
la commission de l’infraction.
Pour que le Ministère public poursuive, il faut bien qu’il soit informé. Il peut l’être de
diverses façons : la rumeur publique, la presse, les plaintes des victimes, les dénonciations faites
par des fonctionnaires au titre de leur devoir, les dénonciations faites par des tiers, mais surtout
par les procès-verbaux dressés par les officiers de police judiciaire. Il est assez rare que l’auteur
de l’infraction se présente spontanément chez le Procureur de la République.
Dès lors que le Procureur est informé, vont se poser deux problèmes essentiels : celui
des pouvoirs du Ministère public quant à l’engagement des poursuites (§.1) ; la décision de
poursuivre prise, il va se poser le problème de la description des moyens techniques de leur
mise en œuvre (§.2).

Paragraphe 1- Les pouvoirs du Ministère public

Il est bien certain que dans chaque affaire, le Procureur de la République a d’abord le
devoir de s’assurer qu’il est compétent et que le fait est susceptible de poursuite et qu’il n’existe
aucune cause d’extinction de l’action publique. Si ces conditions sont réunies, on doit alors se
demander quels sont les pouvoirs du Procureur quant à l’engagement des poursuites. Deux
attitudes sont concevables : soit lui imposer de poursuivre toutes les infractions dont il est saisi,
quelles que soient leur gravité ou leurs circonstances (système de la légalité des poursuites),
soit le laisser libre de poursuivre ou non en fonction des données de fait qu’il apprécie
souverainement dans chaque affaire (système de l’opportunité des poursuites).
Le Cameroun a admis le système de l’opportunité des poursuites (A), avec les limites qu’il
comporte (B).

A- L’admission du principe de l’opportunité des poursuites

1°- L’affirmation du principe


Une analyse des dispositions de l’article 141 du CPP amène à conclure qu’au Cameroun,
le Procureur de la République reçoit les plaintes et les dénonciations et apprécie la suite à leur
donner. Il peut décider de poursuivre l’affaire en saisissant le juge d’instruction ou le juge de
jugement. Il peut aussi décider de ne rien faire du tout, et classer l’affaire sans suite.
Il faut tout de même relever que l’opportunité ne joue qu’au stade de l’engagement des
poursuites. Celles-ci lancées, le Procureur de la République ne peut plus rien. La règle

76
s’explique par le souci de respecter l’indépendance des juridictions d’instruction et de
jugement. Une fois le juge saisi, le Procureur ne peut plus retirer son action qui devra aller
jusqu’à son aboutissement par une décision juridictionnelle. Si le Procureur estime qu’il s’est
trompé en lançant les poursuites, il peut demander la relaxe de l’accusé ou du prévenu devant
le juge.

2°- L’application du principe : le classement sans suite

Le Ministère public ayant le pouvoir de ne pas poursuivre, il procédera au classement


sans suite d’une affaire toutes les fois qu’il trouvera le procès inopportun. Les motifs du
classement sans suite sont très nombreux dans la pratique : l’honorabilité d’une personne qui a
failli pour un petit instant de sa vie, la faiblesse du préjudice, le trouble que la poursuite peut
causer à l’ordre public…
Lorsque le Ministère public classe une affaire qui lui est parvenue par plainte de la
victime, le magistrat le fait savoir à l’auteur de la plainte par voie de notification. Seulement, le
classement sans suite n’est pas une décision juridictionnelle. Il ne peut donc pas faire l’objet
d’un appel. La victime qui tient à ce que sa plainte soit suivie d’une poursuite de la part du
Ministère public peut saisir le Procureur général ou le Ministre de la justice, dans le cadre d’un
recours hiérarchique. Ces supérieurs du Procureur de la République peuvent alors ordonner à
ce dernier d’engager des poursuites.

B- Les limites au principe de l’opportunité des poursuites

Les limites apportées au principe de l’opportunité des poursuites sont de deux ordres.
Tantôt, le Procureur de la République qui voudrait mettre en mouvement l’action publique, se
heurte à des interdictions de poursuivre (1°). Tantôt, au contraire, désireux de classer, il se
trouve dans l’obligation de poursuivre (2°).

1°- L’interdiction de poursuivre


Une infraction a été commise et le Procureur de la République veut poursuivre l’auteur.
Mais, il ne peut le faire, parce que la victime ne se plaint pas, ou alors parce qu’il a besoin d’une
autorisation qui n’est pas encore accordée.
En principe, la plainte de la victime a pour seul objet de porter une infraction à la connaissance
du Procureur de la République. Ce dernier reste libre d’engager ou non des poursuites sur la
base de la plainte reçue. Exceptionnellement, il est des cas où le Procureur ne peut agir que s’il
a reçu une plainte. A défaut de celle-ci, toute poursuite qu’il engagerait, fondée sur l’infraction
dont il a eu connaissance, est nulle. Il en est ainsi des poursuites des plaintes en injures,
diffamation, violation de domicile, abandon de foyer, adultère… Très souvent, la loi
d’incrimination prévoit elle-même que les poursuites, pour telle ou telle infraction, ne seront
engagées que sur plainte de la victime.
Il peut arriver que la personne à poursuivre jouisse de certains privilèges qui empêchent
le Ministère public d’agir. Ainsi, les membres du Parlement (Assemblée nationale et Sénat)
bénéficient d’un privilège appelé « inviolabilité parlementaire » (A ne pas confondre avec
l’ « immunité parlementaire »). En vertu de cette inviolabilité, aucun d’entre eux ne peut,

77
pendant la durée de son mandat, être poursuivi pour crime ou pour délit qu’avec l’autorisation
du Parlement. Le Procureur de la République est donc tenu de présenter à cette assemblée une
demande dite de « mainlevée de l’inviolabilité ». La poursuite est impossible tant que cette
mainlevée n’a pas été votée par le Parlement. La prescription de l’action publique reste
suspendue jusqu’à l’obtention de cette autorisation. Faut-il noter que les coauteurs et complices
du parlementaire indélicat ne bénéficient pas de cette inviolabilité et les poursuites à leur égard
sont immédiates. Par ailleurs, l’inviolabilité dont bénéficie le parlementaire ne joue pas lorsqu’il
s’agit d’une contravention ou alors lorsque l’infraction est flagrante.
Toujours sur le plan des protections politiques, le Président de la République ne peut
faire l’objet de poursuite pénale, quelle que soit l’infraction commise, pendant son mandat. Ce
dernier n’est justiciable que devant la Haute Cour de justice, en cas de haute trahison.

2°- L’obligation de poursuivre

Si le Procureur de la République est en principe libre de poursuivre ou de classer une


affaire sans suite, sa décision peut ne pas répondre au sentiment général. Sa hiérarchie peut lui
donner l’ordre de poursuivre dans une affaire qu’il voulait ou qu’il avait déjà classée sans suite.
La victime peut également obliger le Procureur à poursuivre. Ainsi, alors qu’une simple
plainte de lie pas le Procureur, une plainte avec constitution de partie civile oblige la Ministère
public à agir dans le sens des poursuites. La victime dispose donc d’un moyen efficace pour
vaincre l’inertie du Procureur.

§.2 – La mise en œuvre des poursuites par le Ministère public

Une fois que le Procureur de la République a pris le parti d’intenter des poursuites, sa
décision doit être mise en œuvre. Divers procédés sont utilisables : citation directe, réquisitoire
introductif, comparution immédiate.

A- La comparution immédiate

Dans une affaire, le Procureur de la République peut estimer qu’il n’a pas besoin de
passer par une instruction préparatoire, soit parce que l’infraction est simple, soit parce que la
procédure de flagrant délit engagée a permis de rassembler des éléments de preuve suffisantes,
les poursuites peuvent être engagées par la technique de comparution immédiate. L’infraction
concernée peut être une contravention, un délit, ou même un crime flagrant.
Sur la base des procès-verbaux dressés au cours de la phase policière, le Procureur de la
République devant qui la personne poursuivie est déférée, identifie ce dernier, l’interroge
sommairement et le traduit devant le tribunal à la plus prochaine audience de jugement. En
attendant, la personne poursuivie est placée en détention provisoire ou alors laissée en liberté.
La technique de comparution immédiate est utilisée lorsque la personne poursuivie est amenée
personnellement devant le Procureur de la République. Ce qui suppose qu’elle a été gardée à
vue ou qu’elle a été arrêtée à la fin de l’enquête de police.

78
B- La citation directe

La citation directe est un acte par lequel la personne poursuivie est sommée de
comparaître directement devant la juridiction de jugement. L’expression « directe » signifie que
la personne poursuivie ne passe pas préalablement devant le Procureur de la République ou
devant un juge d’instruction. Elle se présente « directement » devant le juge de jugement, à la
requête du Procureur de la République qui, pour servir la citation à la personne poursuivie,
utilise les services d’un Huissier de justice.
La citation directe est servie à la personne poursuivie ; l’exploit peut être laissé à son
lieu de travail, à son domicile, à la Mairie, au Parquet. La citation mentionne sa date de
délivrance, la désignation du requérant, c'est-à-dire le Procureur de la République, les nom,
prénoms et adresse de l’Huissier qui sert l’acte, les nom, prénoms, filiation et adresse complète
du destinataire, c’est-à-dire, la personne poursuivie. La citation énonce les faits incriminés et
vise les textes de loi qui les répriment. Elle indique la juridiction de jugement devant laquelle
le prévenu (personne poursuivie) doit se présenter, ainsi que la date retenue pour l’audience.
La citation directe suppose que la personne poursuivie n’a été préalablement, ni gardée
à vue, ni arrêtée à la suite de l’enquête de police. Elle est donc en liberté et c’est la citation qui
lui révèle que des poursuites ont été engagées à son encontre.
La technique de la citation directe ne s’applique que pour les délits et les contraventions. La
technique ne peut être utilisée lorsqu’il s’agit d’un crime.

C- Le réquisitoire introductif

Le réquisitoire introductif est obligatoire chaque fois qu’il s’agit d’un crime non
flagrant. Et même dans le cadre de la Procédure de flagrance où il est permis au Procureur
d’utiliser la procédure de comparution immédiate, le CPP donne également à ce dernier la
possibilité de d’engager les poursuites par la technique du réquisitoire introductif, qui reste
facultative en matière de délit, et n’est pas interdite en matière de contravention.
Le réquisitoire introductif est un acte par lequel le Procureur de la République requiert le juge
d’instruction d’informer contre un individu déterminé ou non, sur une ou plusieurs infractions
(ou dit souvent que l’on « ouvre une information judiciaire »). Pour tout dire, le réquisitoire
introductif permet de saisir le juge d’instruction, afin que celui-ci mène une instruction qui
permettra de renvoyer ou non la personne poursuivie devant le juge de jugement.
Dans les cas où le choix est possible entre la citation et le réquisitoire introductif, ce
choix une fois exercé, est irrévocable. Le Procureur de la république ne peut donc pas, pour le
même fait, user de la citation directe après avoir ouvert une information judiciaire ou vice versa.
Après avoir utilisé l’une des deux voies, le parquet est en effet dessaisi. De plus, il faut éviter
les contradictions entre le juge d’instruction et le juge de jugement qui apparaîtraient si dans un
même temps, le premier rendrait une ordonnance de renvoi alors que la seconde prononcerait
la relaxe.

79
SECTION 2 : LA POURSUITE PAR LA VICTIME

C’est en mettant en mouvement son action que la partie lésée met indirectement, mais
nécessairement en mouvement l’action publique et déclenche ainsi les poursuites. Etudier
l’exercice des poursuites par la victime revient à examiner les conditions d’exercice de l’action
civile (§.1) et ses effets (§.2).

§.1- Les conditions de la constitution de partie civile


Il faut considérer ici les conditions de fond (A) et les conditions de forme (B).

A- Les conditions de fond

L’action civile de la victime ne peut être portée devant le juge pénal qu’accessoirement
à l’action publique. La recevabilité de l’action publique est ainsi la première condition de
l’exercice de l’action civile au pénal. Si donc l’action publique n’a pu naître ou bien est éteinte,
l’action civile ne peut être exercée devant la juridiction répressive.
L’action publique peut être bloquée parce que l’infraction est couverte par une immunité, par
exemple l’immunité parlementaire ; l’auteur de l’infraction peut être couvert par un privilège,
par exemple : l’inviolabilité parlementaire ou l’immunité diplomatique. Dans l’un ou l’autre
cas, la victime ne peut engager une action civile devant une juridiction pénale, parce que l’action
publique ne peut naître, ou n’est pas encore née.
Il arrive parfois que l’action publique soit éteinte. Là aussi, l’exercice de l’action civile
est impossible devant le juge pénal. Mais, deux hypothèses doivent être distinguées :
- Si l’extinction de l’action publique tient à la prescription, l’action civile est irrecevable
au pénal (elle reste ouverte au civil, en vertu du principe de séparation des prescriptions
de l’action publique et de l’action civile) ;
- Si l’extinction de l’action publique résulte de la chose jugée, du décès de l’auteur de
l’infraction, de l’abrogation de la loi pénale, de l’amnistie ou de la transaction, on doit
sous-distinguer : ou bien cet obstacle intervient avant que la victime ait agi devant le
juge pénal, auquel cas la voie répressive lui est totalement et radicalement fermée ; ou
bien l’obstacle survient alors que la victime a déjà agi. On admet ici que si un jugement
a déjà été rendu en premier ressort au fond, je juge pénal reste saisi de l’action civile.
Sinon, la partie lésée doit recommencer une instance en s’adressant au juge civil.

B- Les conditions de forme

Les conditions procédurales de l’exercice de l’action civile varient selon que l’action
publique a déjà été engagée ou non par le Procureur de la République. Dans le premier cas, la
partie civile agit par voie d’intervention et dans le second cas, la partie civile agit par voie
d’action.
Agissant par voie d’intervention, la victime peut se constituer partie civile à l’audience,
par conclusion écrite ou déclarations orales. Cette constitution de partie civile doit se faire avant
la clôture des débats.
Si le Ministère public n’a pas mis en mouvement l’action publique, la victime peut se
constituer partie civile en agissant par voie d’action. Deux procédés s’offrent à elle : la citation

80
directe, par laquelle en matière de délit et de contravention, la victime saisit directement le juge
de jugement ; la victime peut aussi procéder par plainte avec constitution de partie civile
adressée au juge d’instruction.

§.2- Les effets de la constitution de partie civile


Que la constitution de partie civile ait lieu par voie d’intervention ou par voie d’action, elle
attribue à la victime la qualité de partie au procès pénal. Lorsque la constitution de partie civile
a lieu par voie d’action, elle entraîne la mise en mouvement de l’action publique.

81
CHAPITRE 3 :
L’INSTRUCTION

Comme l’enquête, l’instruction tend à rechercher des éléments qui, ultérieurement,


permettront à la juridiction de jugement de porter une appréciation sur l’infraction et sur son
auteur. L’instruction suppose des poursuites déjà lancées contre celui-là qui est désormais un
inculpé et non plus un simple suspect. L’instruction, une fois ouverte (Section 1), est conduite
par un juge d’instruction, qui doit composer avec toutes parties intervenantes (Section 2).Elle
suppose l’accomplissement de certains actes qui revêtent une nature juridictionnelles (Section
3).

SECTION 1 - L’OUVERTURE DE L’INFORMATION

Le juge d’instruction ne peut se saisir lui-même d’une affaire. Pour qu’une information
soit ouverte, il faut que le juge d’instruction soit saisi. Il peut l’être par le Procureur de la
République, ou alors par la victime qui porte plainte avec constitution de partie civile.
L’acte par lequel le Procureur de la République saisit le juge d’instruction s’appelle
« réquisitoire introductif d’instance ». Cet acte, pris contre une personne dénommée ou non
dénommée, est toujours écrit. Il contient la qualification pénale des faits reprochés à la personne
poursuivie. Le réquisitoire introductif est transmis au juge d’instruction par l’intermédiaire du
Président du Tribunal.
Toute personne qui se prétend lésée par un crime ou un délit peut, en portant plainte, se
constituer partie civile devant un juge d’instruction. L’action publique est mise en mouvement
dès lors que le plaignant a consigné au greffe une somme suffisante pour couvrir les frais de
procédure. La plainte est alors transmise au Procureur de la République pour son réquisitoire.
Lorsqu’il existe plusieurs juges d’instruction dans une juridiction, le Président du
Tribunal désigne, pour chaque affaire soumise à l’information, le juge qui en sera chargé. Dans
l’intérêt d’une bonne administration de la justice, le Procureur de la République peut demander
au Président du tribunal le dessaisissement du juge d’instruction désigné, au profit d’un autre.
L’inculpé ou la partie civile bénéficie également de ce droit.
Dès réception du réquisitoire introductif d’instance, le juge d’instruction désigné est
tenu de rendre une « ordonnance à fin d’informer », sauf s’il estime que les faits pour lesquels
il est saisi ne peuvent donner lieu à des poursuites, qu’il n’y a visiblement pas infraction à la loi
pénale, ou encore que le suspect bénéficie d’une immunité. Le juge d’instruction dans ces cas,
rendra une « ordonnance de refus d’informer ». Lorsqu’il prend la décision d’informer, il
procède à tous les actes d’information qu’il juge utile à la manifestation de la vérité. Il peut aller
jusqu’à inculper des personnes qui n’ont pas été formellement citées dans l’acte du Procureur
ou dans la plainte de la victime, dès lors qu’il découvre, durant l’information que ces personnes-
là ont pris part à la commission de l’infraction comme auteur, coauteur ou complice.

SECTION 2 : LA CONDITION DES PARTIES PENDANT L’INSTRUCTION

Le Procureur de la République, l’inculpé et la partie civile sont parties au procès dans


sa phase de l’instruction.

82
§.1- Le Procureur de la République

Dans un procès pénal, les droits du Procureur de la République, partie poursuivante,


sont particulièrement forts, puisqu’il a pour mission de défendre l’ordre public et la société
toute entière. On ne saurait le mettre sur le même pallier que la personne poursuivie et la partie
civile. Ses droits sont exorbitants par rapport aux autres parties.
Le Procureur de la République peut, à toute étape de l’information judiciaire, par acte appelé
« réquisitoire supplétif », requérir le juge d’instruction de faire tous actes qui lui paraissent
nécessaires à la manifestation de la vérité et, spécialement, de procéder à de nouvelles
inculpations. Toutefois, le juge reste maître de son instruction. Il peut ainsi refuser d’accomplir
un acte qui lui est demandé par le Procureur. Dans ce cas, il rend une ordonnance motivée
appelée « refus de plus ample informé » qu’il notifie au Procureur.
Le Procureur de la république a le droit d’être informé du déroulement de l’instruction.
A cet effet, il peut à tout moment demander que lui soit communiqué le dossier de l’instruction,
à charge pour lui de le rendre au juge d’instruction, assorti de son réquisitoire supplétif, dans
les quarante huit heures qui suivent cette communication. Le secret de l’instruction n’est pas
opposable au Ministère public. Les ordonnances et les mesures que prend le juge d’instruction
sont communiquées au Procureur de la République.
La place prééminente du Ministère public ne donne cependant pas le droit au Procureur de la
République de conduire l’instruction à la place du juge. Au plus, il peut faire des propositions
des suggestions, donner des avis sur tel ou tel aspect de l’instruction. A ce titre, il apparaît
comme un collaborateur du juge d’instruction. Il peut assister aux interrogatoires et
confrontations qui se tiennent dans le bureau du juge d’instruction.

§.2- L’inculpé

L’inculpé a des droits, mais aussi, il est soumis des contraintes

A- Les droits de l’inculpé

Pendant l’instruction, la personne poursuivie, appelée « inculpé », a des droits que l’on
désigne par l’expression « droits de la défense ». Dans un sens large, l’expression inclut toutes
les règles qui tendent à protéger l’inculpé contre l’arbitraire ou l’excès de zèle du juge
d’instruction, qui se trouve dans l’obligation de motiver ses décisions. Dans un sens plus étroit,
l’expression « droits de la défense » désigne deux prérogatives reconnues à l’inculpé : son droit
à l’assistance d’un avocat et son droit de participer à l’instruction.
Lors de sa première comparution devant le juge d’instruction, l’inculpé est en droit de se
présenter accompagné de son avocat. Dans le cas où il se présente seul, le juge est tenu de
l’avertir qu’il peut, à son choix, se défendre seul ou se faire assister d’un ou de plusieurs avocats.
Il appartient alors à l’inculpé de faire connaître le nom et l’adresse de son avocat à qui les
convocations et les notifications seront adressées. La constitution de l’avocat par l’inculpé peut
intervenir à tout moment de l’instruction. Cette information doit lui être donnée dès sa première

83
comparution. L’avocat choisi par l’inculpé doit être convoqué pour qu’il assiste son client
chaque fois que ce dernier est appelé devant le juge d’instruction ou lorsqu’il doit être présent
à l’exécution d’un acte de procédure. Le dossier de la procédure est mis à la disposition de
l’avocat constitué vingt-quatre heures avant chaque interrogatoire ou confrontation impliquant
son client.
L’inculpé a le droit de participer à l’instruction. A ce sujet, il est en droit de poser des questions
aux autres inculpés, aux témoins et à la partie civile ; ces questions doivent aller le sens de la
recherche de la vérité. Sous le contrôle du juge, les personnes interrogées sont tenues de
répondre aux questions posées.

B- Les contraintes de l’inculpé

Pendant l’instruction, l’inculpé est en principe laissé en liberté. Exceptionnellement, il peut


être soumis à des mesures contraignantes consistant soit à une surveillance judiciaire, soit à une
détention préventive.
La surveillance judiciaire consiste à obliger la personne poursuivie, qui n’est pas incarcérée,
à se soumettre à un certain nombre d’interdiction que fixe, par ordonnance, le juge d’instruction.
Il peut ainsi être interdit à l’inculpé de quitter le territoire camerounais, de se rendre à certains
lieux, de rencontrer certaines personnes, d’exercer certaines activités… Le juge d’instruction
peut aussi demander à l’inculpé de fournir une caution qui garantie sa représentation en justice.
Il peut être demandé à l’inculpé de se présenter régulièrement devant telle ou telle autorité
désignée par le juge, question de s’assurer de sa présence et de sa représentation devant le juge.
Le juge d’instruction peut à tout moment modifier ou supprimer une ou plusieurs
obligations résultant de la surveillance judiciaire. Il peut le faire d’office ou à la demande de
l’inculpé.
Selon l’article 218 du CPP, la détention provisoire est une mesure exceptionnelle qui ne
peut être ordonnée qu’en cas de délit ou de crime. Elle doit être ordonnée dans le but de
préserver l’ordre public, la sécurité des personnes et des biens ou d’assurer la conservation des
preuves ainsi que la représentation en justice de l’inculpé. Un inculpé justifiant d’un domicile
connu ne peut faire l’objet de détention provisoire qu’en cas de crime. La durée de la détention
provisoire est fixée par le juge d’instruction. La détention provisoire ne peut excéder six mois.
Toutefois, une prorogation de six mois est possible en cas de délit et douze mois en cas de
crime.
Un inculpé placé en détention provisoire peut être remis en liberté à tout moment par le juge
d’instruction qui rend à cet effet, une « ordonnance de mise en liberté ». Cette mesure de faveur
peut être subordonnée au payement d’une caution, c’est-à-dire une somme d’argent garantissant
sa représentation en justice. Cette garantie peut aussi être donnée par un tiers qui s’engage à
tout mettre en œuvre pour que l’inculpé réponde présent à toutes les convocations de la justice.
Lorsque l’inculpé est poursuivi pour une infraction passible de l’emprisonnement à vie ou de
la peine de mort, aucune garantie n’est admise pour sa mise en liberté.

§.3 – LA PARTIE CIVILE

84
La partie civile est forcément concernée par l’instruction. A ce stade de la procédure, son
rôle est essentiellement celui d’aider à la manifestation de la vérité. Elle se présente très souvent
comme un « témoin » à charge. Lorsque le juge entend prendre une mesure d’instruction, les
observations de la partie civile peuvent être reçues. Dans le cas où l’instruction a été ouverte à
l’initiative de la partie civile qui n’est pas domiciliée dans le ressort du tribunal où se déroule
l’instruction, celle-ci est tenue d’y élire domicile afin qu’on puisse la joindre à tout moment
pour les besoins de l’instruction.

SECTION 2 : LES ACTES DU JUGE D’INSTRUCTION

Dans le cadre de l’instruction d’une affaire, le juge est amené à poser trois sortes d’actes : les
actes d’information tendant directement au rassemblement des preuves (§.1); des mandats
portant atteinte à la liberté d’une personne concernée par l’instruction (§.2) ; enfin des
ordonnances consacrant la prise des décisions (§.3).

§.1- LES ACTES D’INFORMATION

Le juge d’instruction procède, conformément à la loi, à tous les actes d’information qu’il
juge utiles à la manifestation de la vérité. En conséquence, il constate les indices au cours d’un
transport sur les lieux, procède à des perquisitions et saisies, interroge l’inculpé, entend la partie
civile et les témoins, ordonne des expertises, fait des confrontations et des reconstitutions des
faits. Tous les actes d’instruction posés donnent lieu à l’établissement d’un procès-verbal, seul
moyen d’assurer leur conservation dans le dossier.
Au lieu d’accomplir lui-même les actes de l’instruction, le juge peut charger certaines autorités
de les faire en ses lieu et place : on parle alors de « commission rogatoire ». La mission peut
être confiée soit à un officier de police judiciaire, soit à un autre juge d’instruction.

§.2- LES MANDATS DU JUGE D’INSTRUCTION

Les mandats sont des ordres écrits par lesquels le juge d’instruction porte atteinte à la
liberté d’une personne, en décidant sa comparution ou son incarcération. Le CPP a prévu
plusieurs sortes de mandats : le mandat de perquisition, le mandat d’amener, le mandat de
comparution, le mandat d’arrêt, le mandat de détention provisoire, le mandat d’extraction.
Le « mandat de perquisition » est l’ordre donné à l’officier de police judiciaire par une autorité
judiciaire (le juge d’instruction, juge de jugement, Procureur de la République), de pénétrer
dans tout lieu public ou privé, de fouiller aux fins de rechercher et de saisir tous objets ou
documents qui ont servi à la commission d’une infraction ou qui apparaissent comme le produit
d’une infraction.
Le « mandat de comparution » met la personne concernée en demeure de se présenter
devant son signataire, aux date et heure y indiquées. Si la personne ne comparaît pas à la suite
du mandat de comparution, le juge peut décerner « mandat d’amener », pour briser la résistance
de la personne concernée.
Le « mandat d’amener » est l’ordre donné aux officiers de police judiciaire de conduire
immédiatement devant son auteur, la personne y désignée.

85
Le « mandat d’arrêt » est l’ordre donné à un officier de police judiciaire de rechercher
une personne de la conduire devant une autorité judiciaire.
Le « mandat de détention provisoire » est l’ordre donné par une autorité judiciaire au
régisseur d’une prison, de recevoir et de détenir une personne poursuivie pénalement.
Le « mandat d’extraction » est l’ordre donné au régisseur d’une prison, par une
autorité judiciaire, de faire conduire, soit devant elle, soit à l’audience, une personne
préalablement incarcérée.

§.3- LES ORDONNANCES DU JUGE D’INSTRUCTION

Les ordonnances sont des décisions du juge d’instruction, manifestées par écrit,
susceptibles d’être prises pendant l’instruction et surtout à la fin de celle-ci. Certaines
ordonnances sont prises à l’ouverture de l’instruction : « ordonnance de refus d’informer »,
« d’incompétence »… D’autres interviennent pendant que le juge fait ses investigations :
« ordonnance de désignation d’un expert », « ordonnance de transport sur les lieux »,
« ordonnance de mise en détention provisoire », « ordonnance de rejet d’une demande de
remise en liberté »…
Les ordonnances les plus attendues du juge d’instruction sont prises à la fin de ses
investigations : L’ « ordonnance de non-lieu » et l’ « ordonnance de renvoi devant le tribunal ».
Lorsque le juge d’instruction estime que les faits qui lui ont été présentés ne constituent aucune
infraction ou qu’il n’y a pas de charges suffisantes contre la personne poursuivie, il rend une
« ordonnance de non-lieu ». Cette ordonnance entraîne la mise en liberté immédiate de l’inculpé
dans le cas où il était détenu provisoirement, à moins qu’il ne soit impliqué dans une autre cause
pour laquelle il a été également placé en détention provisoire. Si l’inculpé avait versé une
caution, celle-ci lui est restituée. Le juge d’instruction statue en outre sur les dépens qui peuvent
être mis à la charge du Trésor public lorsque les poursuites ont été initiées par le Ministère
public. Les dépens peuvent aussi être mis à la charge de la victime qui a déclenché les poursuites
en se constituant partie civile. L’ordonnance de non lieu ne fait pas obstacle à la réouverture
d’une information, en cas de survenance des faits nouveaux.
Lorsque le juge d’instruction estime que les faits de la poursuite constituent une infraction, il
rend une « ordonnance de renvoi », soit devant le Tribunal de première instance (contraventions
et délits), soit devant le tribunal de grande instance (crimes). Dès lors, s’ouvre une nouvelle
phase du procès pénal : la phase décisoire.

86
TITRE 2 :
LA PHASE DÉCISOIRE

La phase décisoire est le point d’aboutissement du processus pénal. Les juges dits « de
jugement » vont réexaminer l’ensemble du dossier. Ils peuvent confirmer le sentiment de
culpabilité déjà exprimé dans les actes de la police, du Procureur et du juge d’instruction. Mais,
la phase décisoire réserve aussi souvent des surprises : la personne poursuivie n’est pas
condamnée. De toute façon, on attend de cette phase décisoire une décision importante : la
condamnation ou la relaxe de la personne poursuivie qui, jusque-là, bénéficie de la présomption
d’innocence. Et c’est à la suite du jugement que des voies de recours peuvent être exercées.

Chapitre I :
L’AUDIENCE

La procédure qui se déroule à l’audience des juridictions de jugement présente certains


caractères fondamentaux qui l’opposent aux phases précédentes du procès pénal (Section 2).
Ces caractères se retrouvent devant toutes les juridictions et la conduite des débats à lieu selon
un schéma à peu près uniforme (Section 2). Postérieurement aux débats, un jugement doit être
rendu (Section 3).

Section 1 : La tenue de l’audience

L’audience qui présente certains caractères fondamentaux est la séance publique au


cours de laquelle une juridiction prend connaissance des prétentions des parties, instruit le
procès, entend les plaidoiries et rend une décision sur la culpabilité ou la non culpabilité de la
personne poursuivie et se prononce, s’il y a lieu, sur les intérêts civils.

Paragraphe 1- Les caractères fondamentaux de la procédure à l’audience

L’intention des rédacteurs du Code de procédure pénale, comme celle des auteurs du
Code d’instruction criminelle, a été d’organiser la procédure à l’audience sur le modèle
accusatoire. Nous retrouvons effectivement dans cette procédure les trois caractéristiques
fondamentales du système accusatoire que sont la publicité, l’oralité et la contradiction.

A- Les débats ont lieu publiquement

Contrairement aux autres phases du procès pénal, l’audience de jugement est publique.
Le procès se déroule portes et fenêtres ouvertes ; toute personne qui veut suivre les débats peut
trouver place dans la salle d’audience. La justice étant rendue au nom du peuple, il faut bien
que ce peuple puisse vivre le déroulement de la justice.
La publicité de l’audience constitue l’une des plus importantes garanties pour la
personne poursuivie. Elle est assurée que la vérité ne sera pas étouffée. La justice elle-même y
trouve un grand intérêt : le public présent dans la salle peut témoigner de la régularité des débats
et de la décision qui en est issue.

87
Le public qui assiste à l’audience se contente d’écouter. Il ne doit exprimer ni geste, ni
attitude d’approbation ou de désapprobation au cours des débats. L’emploi de tout appareil
d’enregistrement sonore ou de prise de vue est strictement interdit, sauf autorisation spéciale de
la juridiction.
Toutefois, lorsque la publicité est dangereuse pour l’ordre public ou les bonnes mœurs,
la juridiction peut, à tout moment, d’office ou à la demande de l’une des partie au procès,
ordonner par jugement « Avant dire droit », que les débats aient lieu en totalité ou en partie à
huis-clos ou que leur publicité soit restreinte (art. 302 du Cpp). De même, un membre du
Gouvernement ou un représentant des missions diplomatiques, appelé à témoigner à une
audience, peuvent conformément aux dispositions de l’article 589 du Code de procédure pénale,
être entendus à huis-clos. De même, les audiences pour les procès concernant les mineurs de
moins de dix-huit ans se déroulent à huis-clos.

B- Les débats ont lieu oralement

À l’audience de jugement, la procédure pénale est essentiellement orale. Ce caractère


découle de la règle de l’intime conviction selon laquelle la valeur des preuves est appréciée
librement par le juge. Ce dernier ne doit pouvoir se décider que sur des preuves qui ont été
soumises aux débats. En application de ce principe, tous les intervenants au procès sont
entendus : le Procureur, la partie civile, la personne poursuivie, les témoins… Les objets saisis
et autres pièces à conviction sont présentés publiquement au juge.
Dès l’ouverture de l’audience du jour, le Président de la juridiction demande au greffier
de faire l’appel des causes inscrites au rôle. Il s’assure que toutes les parties et toutes les
personnes convoquées pour l’audience sont bien présentes.

C- Les débats ont lieu contradictoirement

Devant la juridiction de jugement, les parties se trouvent placées à égalité. Le ministère


public, la personne poursuivie, la partie civile ont les mêmes droits et notamment celui de poser
des questions aux témoins. À ce propos, les rédacteurs du Code de procédure pénale ont entendu
renforcer le caractère contradictoire du déroulement des débats à l’audience en consacrant
certains procédés de droit anglo-saxon. Ainsi, la partie qui a fait citer un témoin procède d’abord
à son interrogatoire. On parle alors d’ « examination-in-chief ». Au cours de cette phase, le
témoin est invité à dire tout ce qu’il sait sur les faits de la cause. L’interrogatoire du témoin par
une autre partie au procès est appelé « cross examination ». Cette phase a pour but à d’affaiblir,
de modifier ou de détruire la thèse de la partie adverse. Elle permet aussi de susciter de la partie
adverse des déclarations favorables à la thèse de la partie qui procède à l’interrogatoire.
L’interrogatoire après la « Cross examination » par la partie qui a cité le témoin s’appelle « re-
examination ».

Paragraphe 2- Les intervenants à l’audience

A une audience du procès pénal, on retrouve, comme intervenants : le ou les juges, les
parties au procès et les témoins.

88
A- Le ou les juges

À l’audience de jugement d’une affaire pénale, peuvent siéger un ou plusieurs juges,


tous magistrats. Le principe du juge unique est consacré devant le Tribunal de première
instance et devant le Tribunal de Grande instance. Il est en effet dit aux articles 14 (2) et 17 (7)
de la loi de 2006 sur l’organisation judiciaire que toutes les affaires soumises à ces juridictions
sont jugées par un seul magistrat. Toutefois, et à titre exceptionnel, le Tribunal peut siéger en
formation collégiale de trois membres, sur ordonnance du président, prise d’office ou sur
réquisition du Ministère public, ou à la requête d’une parie au procès.
Le Tribunal militaire, lorsqu’il statue sur des délits et des contraventions relevant de sa
compétence, est une juridiction à juge unique. Il siège en formation collégiale lorsqu’il s’agit
de juger des crimes.
Devant la Cour d’appel et devant la Cour suprême, le principe est celui de la collégialité
des juges. En effet, selon l’article 21 de la loi de 2006, toutes les affaires relevant de la Cour
d’appel sont jugées par trois magistrats du siège, membre de la Cour.
Le juge unique préside l’audience. Lorsqu’il y a collégialité des juges, un d’eux est désigné
pour présider l’audience. Il s’agit très souvent du plus ancien dans le grade le plus élevé. Le
président a pour mission d’assurer la police de l’audience et la direction des débats. Des agents
des forces de l’ordre sont à cet effet, mis à sa disposition.

B- Les parties au procès

Le Ministère public, on le sait, est partie demanderesse à tout procès pénal. Selon
l’article 128 du CPP, il doit, à peine de nullité de la décision, être présent à toutes audiences de
la phase de jugement du procès pénal. Ceci explique pourquoi, hors mis les cas de poursuite par
voie de flagrant délit ou de citation directe initié par la victime, les dates d’audience de jugement
sont fixées par les juges de jugement, après concertation avec le Procureur de la République.
La personne poursuivie est tenue de comparaître. En principe, celle-ci ne saurait être
représentée, dans la mesure où les poursuites pénales sont individuelles. Il s’agit aussi pour le
juge de découvrir la personne poursuivie, pour se faire une idée et une opinion de sa
personnalité. Toutefois, le CPP permet à une personne poursuivie pour une infraction punie
d’une peine d’amende ou d’une peine d’emprisonnement inférieure ou égale à deux ans, de
demander à être jugée en son absence. Si le juge fait droit à une telle demande, la personne
poursuivie peut alors être jugée en son absence. Si le juge refuse de lui accorder ce droit, elle
est tenue de comparaître.
La personne poursuivie peut se présenter à l’audience seule ou assistée d’un avocat ou
de tout autre défenseur admis par la loi. Toutefois, en matière criminelle, la présence d’un
défenseur est obligatoire lorsque l’accusé encourt la peine de mort ou la peine
d’emprisonnement à vie. S’il ne s’est pas constitué un défenseur, le président de la juridiction
lui en désigne un d’office.
En matière criminelle, le président fait venir à lui l’accusé dix jours avant la tenue de
l’audience. Cette rencontre a pour but de s’assurer que la personne poursuivie sera bien
présente à l’audience et qu’elle a un défenseur pour sa cause. L’accusé qui comparait libre doit

89
être convoqué pour cette entrevue. S’il ne se présente pas, le président peut décerner un mandat
d’amener contre lui.
Toute personne qui prétend être victime d’une infraction peut se constituer partie civile
à l’audience de jugement de l’affaire. Elle procède alors par conclusions écrites ou orales.
Contrairement à ce qui est dit pour la personne poursuivie, la partie civile peut être représentée
par un avocat ou toute autre personne prévue par la loi pour la représentation des parties devant
les juridictions.

C- Les témoins

Le témoin est la personne que l’on présente ou qui se présente comme celui-là qui a vu,
entendu ou perçu le fait qui est reproché à la personne poursuivie. Toute personne âgée de
quatorze ans au moins, peut être entendue comme témoin dans une affaire et à l’audience de
jugement. Le témoin, cité à comparaître, est tenu de le faire ; le refus de témoigner est constitutif
d’une infraction pénale. Tout fonctionnaire qui a dénoncé un crime ou un délit qu’il a constaté
dans l’exercice de ses fonctions, est tenu de comparaître et de déposer s’il est cité.
Les témoins sont présentés par chaque partie au procès. On aura ainsi, les témoins du
Ministère public, les témoins de la partie civile et les témoins de la défense. Chaque témoin est
tenu de prêter le serment de dire la vérité, relativement à ce qu’il sait de l’affaire débattue à
l’audience. La personne poursuivie peut également faire le choix d’être entendue comme
témoin.
Une personne qui n’a pas été citée, mais qui est présente à l’audience peut, si elle en fait
spontanément la demande, être entendue comme témoin. Elle est dans ce cas dispensée du
serment.

Section 2 : Le déroulement des débats à l’audience

Ce déroulement varie selon que le défendeur plaide ou non coupable.

Paragraphe 1- Les débats lorsque le défendeur plaide coupable

Le défendeur qui plaide « coupable » reconnaît, à travers cette déclaration, les faits qui
lui sont reprochés. Dans ce cas, le tribunal enregistre ses déclarations au plumitif d’audience. Il
est alors demandé au Procureur de la République d’exposer les faits de la cause. La parole est
ensuite donnée à la partie civile, s’il y en a une. Le défendeur est enfin invité à faire des
observations sur tout ce qui a été dit par les autres parties au procès. À la suite de ce premier
tour de parole, le juge se prononce et dit s’il accepte ou non les aveux du défendeur.
Si le tribunal accepte le choix du défendeur de plaider « coupable », la parole est donnée
à la partie civile pour ses intérêts civils. Le Ministère public prend ensuite la parole pour
présenter le casier judiciaire du défendeur et pour ses réquisitions sur la peine, et éventuellement
sur les réparations civiles demandées par la partie civile. La parole est donnée au conseil du
défendeur, s’il en a un, et enfin, le tribunal reçoit les dernières déclarations du défendeur. Dès
cet instant, les débats sont clos et on n’attend plus que le verdict de la juridiction de jugement.

90
Les débats sont relativement brefs lorsque la juridiction accepte le choix du défendeur qui plaide
« coupable ». Seulement, la juridiction peut refuser le choix du défendeur. Dans ce cas, les
débats se déroulent comme s’il avait plaidé « coupable ».

Paragraphe 2- Les débats lorsque le défendeur plaide non coupable

Le défendeur ayant plaidé « non coupable », le juge se doit d’ouvrir les débats. Les
témoins sont mis hors de la salle d’audience. Des dispositions doivent être prises pour que ces
témoins ne communiquent pas entre-eux avant leurs dépositions. Les témoins sont appelés dans
le box des témoins un à un pour déposer après avoir prêté serment. Les témoins du Ministère
public sont entendus en premier, suivis de ceux de la partie civile, s’il y a lieu, et enfin, sont
entendus les témoins de la défense.
L’interrogatoire de ces témoins se déroule sur le modèle de la contradiction
précédemment décrit de l’ « examination-in-chief », de la « cross examination » et de la « re-
examination ».
Somme toute, à la suite de ces dépositions, si le tribunal estime que les faits ne
constituent aucune infraction pénale ou que les preuves n’ont pas été rapportées, il arrête les
débats et prononce la relaxe du défendeur.
Si par contre le tribunal estime que les éléments de preuve sont suffisants pour que le
défendeur puisse présenter sa défense, il lui offre trois options : 1°- faire sans serment toute
déclaration pour sa défense ; 2° Ne faire aucune déclaration ou alors 3°- déposer comme témoin
sous serment. Dans les deux premiers cas, aucune question ne lui est posée. Dans le dernier cas,
il peut recevoir des questions des autres parties au procès.
Lorsque les débats sont clos, il n’y a plus qu’à attendre la décision de la juridiction.

Section 3 : Le jugement

Après la clôture des débats, le jugement est rendu, soit immédiatement, soit dans un
délai de quinze jours après la clôture des débats. Lorsque l’affaire est mise en délibéré, le
président informe les parties de la date à laquelle le jugement sera prononcé.
Du jugement, il est attendu essentiellement, soit la relaxe du défendeur, soit sa condamnation.

Paragraphe 1- La relaxe du défendeur

Lorsque le tribunal constate, à la suite des débats, que les faits présentés ne constituent
aucune infraction, il relaxe le défendeur. Il en sera de même lorsque la preuve des faits n’a pas
été rapportée ou que le fait établi n’est pas imputable au défendeur. S’il y a un doute, le
défendeur est relaxé et mention de ce doute est inscrite dans le jugement.
Le défendeur placé en détention préventive est immédiatement remis en liberté après le
jugement prononçant sa relaxe. En aucun cas, un défendeur relaxé ne peut être condamné aux
dépens. Le juge peut mettre les dépens à la charge du trésor public ou alors à la charge de la
partie civile, lorsque c’est cette dernière qui a initié les poursuites, par exemple en utilisant la
voie de la citation directe. La partie civile ainsi condamnée se doit de payer immédiatement les

91
sommes de la condamnation prononcées par le juge. A défaut de payement, elle peut être
contrainte par corps.

Paragraphe 2- La condamnation du défendeur

Lorsque le tribunal déclare le défendeur coupable de faits qui lui sont reprochés, il le
condamne à la peine prévue par la loi et statue, s’il y a lieu, sur l’action civile. Il met en outre
les dépens à la charge du condamné. Le tribunal ordonne le remboursement des sommes
consignées par la partie civile qui a pris l’initiative des poursuites.
Si le tribunal prononce une peine privative de liberté à l’encontre du condamné, il décerne
immédiatement, contre lui, un mandat d’incarcération ou un mandat d’arrêt. Toutefois, si le
condamné manifeste l’intention de relever appel du jugement et si la peine prononcée n’excède
pas un an, le tribunal peut le laisser en liberté jusqu’à l’expiration du délai, s’il présente des
garanties de représentation. Le condamné peut recouvrer la liberté immédiatement si le temps
passé en détention provisoire est supérieur ou égal à la peine d’emprisonnement prononcée.
Le défendeur condamné est aussi appelé à payer les dépens du procès qui sont fixés par
le juge. Lorsque le tribunal ne prononce qu’une peine d’amende, le montant de celle-ci doit être
payé immédiatement par le condamné. Il en est de même des frais des dépens. A défaut, il y
sera contraint par corps.

92
Chapitre 2 :
LES VOIES DE RECOURS

Les décisions des juges répressifs, comme celles des juges civils, peuvent être entachées
d’erreurs de fait et de droit. C’est pourquoi les parties ont le droit de demander que leur procès
soit jugé à nouveau.
Les procédures par lesquelles les parties peuvent attaquer une décision rendue afin de la
faire modifier ou réformer sont les voies de recours. Elles ont un caractère d’ordre public, en
ce sens que si elles ne sont pas obligées de les exercer, les parties n’ont pas la faculté d’y
renoncer à l’avance.
Parmi les différentes voies de recours admises en matière pénale, on distingue comme
en matière civile, les voies de recours ordinaires (Section 1) et les voies de recours
extraordinaires (2).

Section 1 : Les voies de recours ordinaires

Les voies de recours ordinaires sont ainsi appelées par ce qu’elles sont largement
ouvertes et pour n’importe quel motif. Elles ont pour but de faire juger une nouvelle fois, sous
tous ses aspects, une affaire qui a déjà été jugée. Le CPP prévoit deux voies de recours
ordinaires : l’opposition (Paragraphe 1) et l’appel (Paragraphe 2).

Paragraphe 1- L’opposition

L’opposition est une voie de recours ordinaire et de rétractation 11 contre une décision
rendue par défaut. Cette procédure se justifie par l’idée que nul ne peut être condamné sans
avoir été entendu, alors que la juridiction aurait pu rendre une décision autre si le défendeur
avait été présent.
Il y a défaut lorsque la personne poursuivie a été jugée en son absence et n’a pas été
citée à personne. On suppose alors qu’elle n’est pas au courant de la procédure dirigée contre
elle. Le CPP lui offre la possibilité de faire opposition contre la décision issue du procès mené
en son absence. Lorsque la personne poursuivie, citée à personne, ne se présente pas à
l’audience, et en même temps ne présente pas d’excuse admise comme valable par le tribunal,
elle est jugée en son absence et la décision rendue dans ce cas est contradictoire. Il ne s’agit
donc pas d’une décision par défaut, et l’opposition n’est pas admise. Une seule comparution
suffit pour qu’on ne puisse pas se prévaloir d’un défaut pour faire opposition.
L’opposition est ouverte à toutes les parties au procès, à l’exception du Ministère public qui,
logiquement, ne peut pas être absent à un procès pénal. De toute façon, une décision rendue
sans la présence du Ministère public est nulle et de nul effet. Il n’y a donc pas de voie de recours
à envisager. Seules la personne poursuivie et la partie civile peuvent faire opposition, puisque
seules ces parties-là sont susceptibles d’être jugées par défaut. Toutefois, la partie civile,
régulièrement citée, qui ne se présente pas, ne conclut pas ou ne se fait pas représenter est censée
avoir renoncé à son droit de demander des réparations civiles. Elle n’est pas admise pour faire
opposition.

11
L’affaire revient devant la même juridiction que celle qui s’était déjà prononcée.

93
L’opposition est recevable dans un délai de dix jours à compter du lendemain de la
signification de la décision à personne, lorsque le condamné réside au Cameroun. Ce délai est
de trois mois lorsque le condamné réside à l’étranger.
L’opposition se fait de trois façons : 1°- Par déclaration sur l’acte de signification
lorsque celle-ci est faite à personne ; 2°- Par déclaration au greffe de la juridiction qui a rendu
la décision ; 3°- Par télégramme avec récépissé ou par lettre recommandée, avec accusé de
réception, adressée au greffier en chef de la juridiction qui a rendu la décision.
L’opposition, lorsqu’elle est admise, conduit à la rétractation de la première décision
rendue. Le procès peut alors recommencer, devant la même juridiction, avec la présence, cette
fois-là, de la personne qui dans le premier procès, a fait défaut.

Paragraphe 2- L’appel

L’appel est une voie de recours ordinaire et de réformation qui permet de soumettre
l’affaire à l’examen d’une juridiction hiérarchiquement supérieure à celle qui a rendu la
première décision.. Elle est ouverte contre les décisions en premier ressort ; rendues
contradictoirement ou par défaut. L’appel consacre le principe de « double degré de
juridiction ».
Tout jugement peut faire l’objet d’un appel. Seuls les jugements « Avant-dire-droit »
ordonnant une mesure d’instruction ne sont pas susceptibles d’appel. Les ordonnances du juge
d’instruction peuvent également faire l’objet d’un appel devant la Chambre de contrôle de
l’instruction.
Le droit d’interjeter appel appartient à toutes les parties au procès en première instance,
à savoir : le condamné, le civilement responsable, la partie civile, le Ministère public, les
administrations publiques ayant mis l’action publique en mouvement.
Le délai pour interjeter appel est de dix jours à compter du lendemain de la date du
jugement contradictoire. Le délai pour interjeter un appel incident est de cinq jours à compter
du lendemain de la notification de l’acte d’appel principal aux autres parties.
L’appel est interjeté au greffe du tribunal qui a rendu la décision. Il se fait soit par déclaration,
soit par lettre ordinaire ou par lettre recommandée avec accusé de réception, soit par
télégramme ou par tout autre moyen laissant trace écrite. Pour les personnes détenues, l’appel
peut aussi être adressé au greffier, sous le couvert du régisseur de la prison dans laquelle elles
sont incarcérées.
L’appel suspend l’exécution de la première décision. Toutefois, les titres de détention
délivrés continuent de produire leurs effets.
La Cour d’appel peut confirmer ou infirmer, en tout ou partie, les points de jugement attaqué.
Elle peut, sur appel du Ministère public, condamner une personne qui a été relaxée par le
premier juge. Elle peut aussi aggraver ou réduire la peine prononcée.

Lorsque le condamné seul qui fait appel, la Cour d’appel ne saurait lui infliger une peine
plus grave que celle qu’il a reçue en première instance. Lorsque l’appel est fait uniquement par
la partie civile, la Cour ne statue que sur les intérêts civils. Toutefois, si la Cour constate que la
personne poursuivie en première instance a été relaxée à tort, elle prononce sa culpabilité, le
condamne à réparer le dommage civil, sans lui infliger une sanction pénale.

94
Section 2 : Les voies de recours extraordinaires

Les voies de recours extraordinaires qui ne sont admises que dans des cas limitativement
énumérés par la loi et seulement lorsque les voies de recours ordinaires ne sont plus possibles,
tendent à faire apprécier par la Cour suprême, la régularité de la décision, au point de vue du
droit et quelquefois même du point de vue du fait. Il s’agit du pourvoi en cassation (Paragraphe
1) pour les erreurs de droit, et le pourvoi en révision pour les erreurs de faits (Paragraphe 2).

Paragraphe 1- Le pourvoi en cassation

Le pourvoi en cassation est une voie de recours extraordinaire qui appelle la Cour
suprême à statuer sur la légalité des décisions rendues par les Cours d’appel, en vue d’assurer
l’unité de la jurisprudence.
Toute partie au procès peut se pourvoir en cassation en évoquant : l’incompétence de la
juridiction qui a rendu la décision ; la dénaturation des faits de la cause ou des pièces de la
procédure ; le défaut, la contradiction ou l’insuffisance des motifs ; la non réponse aux
conclusions des parties ou aux réquisitions du Ministère public ; le vice de forme, notamment
lorsque la décision n’a pas été rendue par le nombre de juges prescrit par la loi ou l’a été par
des juges qui n’ont pas siégé à toutes les audiences ; lorsque la parole n’a pas été donnée au
Ministère public ou celui-ci n’a pas été présent à l’audience ; lorsque les règles relatives à la
publicité de l’audience n’ont pas été respectées, l’excès de pouvoir, la violation de la loi ; la
violation d’un principe général de droit ; le non-respect de la jurisprudence de la Cour suprême
ayant statué en Section réunies d’une Chambre ou en Chambres réunies.
Le pourvoi en cassation est formé par déclaration au greffe de la Cour d’appel qui a
rendu la décision ou au greffe de la Cour suprême, par télégramme, par lettre recommandée
avec accusé de réception ou par tout autre moyen laissant trace écrite.

Les délais pour se pourvoir en cassation sont les suivants : dix jours contre les arrêts
rendus au fond ; sept jours contre les arrêts « Avant-dire-droit », trente jours contre les arrêts
par défaut ; cinq jours contre les arrêts de la Chambre de contrôle de l’instruction.

Paragraphe 2- Le pourvoi en révision

Malgré les multiples étapes que prévoit la procédure pénale et qui constituent des filtres
pour la vérité, le procès pénal peut aboutir à une erreur de fait que l’on ne découvre que lorsque
la décision de condamnation est devenue irrévocable. Va-t-on ainsi admettre une décision
erronée ou au contraire en permettre la révision ? Le droit pénal camerounais, comme la plupart
des systèmes pénaux, a opté pour une possible révision du procès.
La révision d’un procès pénal peut être demandée au profit d’une personne condamnée
pour crime ou délit lorsque, après une condamnation pour homicide, de nouvelles pièces
produites sont de nature à prouver que la prétendue victime est encore en vie ; lorsque après
une condamnation l’innocence du condamné est une évidence ; lorsque le vrai coupable se
dénonce.

95
Convaincu de l’innocence du condamné dans le premier procès, la Cour suprême rend
une décision de relaxe ou d’acquittement. La décision est publiée partout où besoin est, afin
que nul n’en ignore.

96