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UNIVERSITE ALASSANE OUATTARA

UFR SCIENCES ECONOMIQUES ET DEVELOPPEMENT


------------------ LICENCE 3 / ECONOMIE --------------------

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Dr CISSE Hamadou

2017 – 2018

--- UAO – SED – L3 E – Introduction à l’Economie du Développement – Dr CISSE H . --- Page 1


Introduction générale
L'économie du développement est un ensemble de pratiques publiques et
privées encourageant le développement économique d'un pays ou d'une
région, en favorisant la propension à investir, à innover, à entreprendre, à se
former, à travailler. Son objectif est de réunir une masse critique de facteurs de
production pour atteindre une croissance économique suffisante, apportant
notamment une amélioration sensible du niveau de vie des habitants de la
zone concernée
Si les besoins de croissance et du développement ne sont pas la panacée des
seuls pays en développement, il est cependant évident que ceux-ci n’ont aucune
autre alternative que de s’y consacrer totalement afin de donner des niveaux et
des conditions de vie décents à leurs populations.
Pour mieux cerner cette problématique du développement dans les PVD, ce
cours d’initiation à l’économie du développement s’articule en trois chapitres
suivant le plan sommaire le suivant :
Plan sommaire
Chapitre I : Croissance et développement dans un modèle uni-sectoriel :
le modèle Harrod-Domar
I / - Origine et présentation succincte du modèle Harrod-Domar
II /- La fonction de production dans l’explication du développement en PVD
Chapitre II : Les théories structuralistes du développement: les pionniers de
l’économie du développement
I/- La théorie des cercles vicieux de la pauvreté auto-entretenue.
II/- Le modèle dualiste de développement de Lewis
III/- La théorie de la croissance déséquilibrée de Hirschman.
Chapitre III : La nouvelle approche de la question du développement :
le développement durable.
I/- Enjeux et objectifs du développement durable.
II/- outils et mesure du développement durable.
Conclusion générale
Références bibliographiques

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CHAPITRE I
CROISSANCE ET DEVELOPPEMENT ECONOMIQUES
DANS LE MODELE HARROD-DOMAR

L'objectif principal des travaux de Harrod et de Domar était d'expliquer le


rapport entre la croissance et le chômage dans les pays capitalistes avancés. Par
la suite, le modèle Harrod-Domar (MHD) a largement servi, dans les pays du
Tiers Monde, comme méthode simple pour étudier les rapports entre la
croissance et les besoins en capitaux.

I /- Origine et présentation succincte du modèle Harrod-Domar

A/- Origine et hypothèses de base du MHD


La fonction de production la plus simple et la mieux connue, dans l'analyse
du développement économique, a été mise au point de manière autonome, dans
les années 1940, par deux économistes keynésiens: le Britannique Roy Forbes
HARROD (13/02/1900 – 08/03/1978)1 et son homologue Américain Evsey
David DOMAR (16/04/1914 – 01/04/1997)2
Par leurs complémentarités, les travaux d’Harrod et ceux de Domar ont fait
l’objet d’une synthèse connue sous le nom de “Modèle Harrod-Domr“ (MHD).
Le MHD se fonde sur l'hypothèse que la production de toute unité économique,
qu'il s'agisse d'une firme, d'une industrie ou de l'économie dans son ensemble,
dépend du montant de capital qui y est investi.
B /- Présentation et portée de la synthèse du MHD
Les tentatives de synthèse du modèle de Harrod et de celui de Domar sont
diverses. Ici nous en exposons l’une de ces tentatives.

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1)- Présentation succincte d’une synthèse du MHD
Dans l’ouvrage collectif “Economie du développement“, (1990), de M. Gillis,
D.H Perkins, M Roemer et D.R Snoograss, on retrouve une présentation
synthétique succincte du MHD en seulement 4 relations mathématiques de la
façon suivante :
► Soient Y, la production et K, capital, alors ces deux variables peuvent se

relier, tel que : = (1)

Où k est une constante, représentant le rapport = Coefficient moyen

du capital K = constant
► Si on transforme cette équation (1) en une définition de la croissance
(augmentation) de la production par l’utilisation du signe Δ, on obtient :

∆ = (2)

==> k = = Coefficient marginal du capital K

► Soit g le taux de croissance de la production, alors g est simplement égal


à l'augmentation de la production (∆ ) divisée par le montant total de la

production Y, soit =

En divisant les deux termes de l'équation (2) par Y, on obtient:



∆ ∆
= x = = (3)

NB : Pour l'ensemble de l'économie, ΔK équivaut à l'investissement (I), lequel


selon, la théorie keynésienne, doit être égal à l'épargne (S),

tel que : ΔK = I = S


Dès lors, on a : = x = x =g

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► En désignant par le taux d'épargne (s), alors l’équation (3) se

modifie, tel que: = s ==> g = s. = (4)

Cette équation (4) représente le rapport de base du MHD pour un pays donné : il
représente donc le taux de croissance de l’économie nationale. Ce taux de
croissance est donc égal au taux d’épargne (s) divisé par le coefficient du
capital (k).
En arrière-plan de cette équation (4), on trouve la thèse selon laquelle le
capital créé par les investissements en usines et en équipements est le
déterminant principal de la croissance, l'épargne des personnes et des firmes
ouvrant la voie à l'investissement.
Le coefficient de capital (k) se borne à mesurer la productivité du capital ou de
l'investissement.
Exemple : Si un investissement de 300.000.000 CFA dans une usine et dans des
équipements nouveaux permet à une entreprise d'accroître annuellement sa
production de 100.000.000 CFA pendant un nombre d’années, alors,le
coefficient de capital pour cet investissement est de 3 à 1.
Puisque dans l'étude de la croissance, l'intérêt porte surtout sur l'impact du
capital supplémentaire, ou marginal, sur la production, alors les économistes
recourent fréquemment à l'expression de “coefficient d'accroissement marginal
du capital et du produit “ (en anglais : ’’Incremental Capital Output Ratio’’ , en
abrégé ’ICOR’. Il mesure la productivité du capital supplémentaire, tandis que le
coefficient (moyen) du capital et du produit se réfère à la relation existant entre
les réserves totales de capital d'un pays et la totalité de sa production nationale,

tel que : coefficient moyen de K et Y = .


2)- La portée du MHD sur le défi du développement
A partir de l’équation simple de base (4) de cette synthèse du MHD, les
planificateurs ont une tâche directe à effectuer en deux principales étapes :

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L’étape 1 : Elle consiste à tenter d'évaluer le coefficient marginal de
capital, k dans l’équation (3), pour le pays dont le plan est en cours
d'élaboration.
L’étape 2 : Deux solutions sont ouvertes.
- soit les planificateurs sont en mesure de décider du taux de croissance
économique (g) qu'ils souhaitent atteindre, auquel cas l'équation (4) leur
indiquera le niveau d'épargne (S) et d'investissement (I) nécessaire pour y
parvenir;
- soit les planificateurs peuvent fixer un taux d'épargne et d'investissement
réaliste ou souhaitable, auquel cas l’équation (4) leur indiquera le taux de
croissance de la production nationale (g) qu'il est possible d'atteindre.
La méthode peut s'appliquer à l'économie dans son ensemble, ou à chacun des
secteurs et des industries. On peut, par exemple, calculer séparément les
coefficients marginaux capital et du production pour l'agriculture et pour
l'industrie. Une fois le montant de l'investissement affecté à chaque secteur est
fixé par les planificateurs, les équations du MHD déterminent les taux de
croissance à attendre dans chacun des deux secteurs.

II /- La fonction de production dans l’explication de la


croissance et du développement dans les PVD.
L’argumentation à la base de la fonction de production du MHD d’inspiration
keynésienne est réfutée par l’argumentation néoclassique.

A/- Fonction de production Harrod-Domar : particularité


La fonction de production du MHD part de l’hypothèse implicite ou explicite
selon laquelle le coefficient d'accroissement marginal du capital et du produitest
un nombre unique déterminé. Cette hypothèse est cohérente avec une fonction
de production qui recourt à des proportions fixes de capital et de travail et à des
rendements d'échelle constants ( la figure I-1 ci-dessous).

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Figure I-1 : Fonction de production avec des coefficients fixes

NB :Les rendements d'échelle étant constants, les isoquants sont en forme de L


et la fonction de production constitue une ligne droite passant par leurs points
d'intersection.
Ce graphique I-1 ne présente que deux isoquants, dont la forme en L indique
que les processus de production sont assurés par des proportions invariables de
capital et de travail.
Ainsi, par exemple, il faut un capital (usine et matériel) de 10 millions de dollars
et de 100 travailleurs pour fabriquer 100.000 tonnes de ciment. Si l'on augmente
le nombre des travailleurs sans investir de capitaux supplémentaires, la
production n'augmentera pas ; Par contre, comme le montre cette figure I-, les
rendements d'échelle étant constants, le doublement du capital, porté à 20
millions de dollars dans l'industrie du ciment, et celui du nombre des
travailleurs, porté à 200, entraîneront également un doublement de la
production, qui atteindra 200.000 tonnes par an.
Si la tonne de ciment = 50 $, alors l :
∆ . . . . . .
ICOR = k = = ( )
= = = 2 = constant
∆ . . . .

Cette argumentation du modèle H-D s’écarte de celle soutenue en principe,


notamment par l’argumentation néoclassique.

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B/- La fonction de production néoclassique
La plupart des économistes épousent l’argumentation de la fonction de
production néoclassique selon laquelle, au lieu de nécessiter des proportions de
facteurs fixes, comme dans la figure I-1, pour beaucoup d'industries et pour
l'économie dans son ensemble, le processus de production doit se faire avec des
combinaisons variables de travail et de capital.
Les isoquants n'ont pas la forme d'un L, mais celle d'une courbe, comme illustré
par la figure I-2 ci-dessous.
Figure I-2 : Fonction de production néoclassique (à proportions variables).

Par exemple : Si l'on part d'une production de 100.000 tonnes de ciment au


point a, en faisant appel à un capital de 10 millions de dollars et à 100
travailleurs (qui n'apparaissent pas dans le graphique), l'expansion de l'industrie
pourrait prendre l'une des trois formes suivantes (b, c et d)

NB : Pour le calcul du coefficient du capita k on retient l’exemple que 1 tonne


de ciment = 50$

- La forme 1 : Si les responsables de la planification industrielle décident que


l'expansion se fera avec des proportions constantes de facteurs et avancent

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l'isoquant II jusqu'au point b,la situation sera identique à celle des proportions
fixes présentées dans la figure 1.

∆ . . . . . .
Dès lors, ICOR = k = = ( )
= = = 2
∆ . . . .

- La forme 2 : Mais on pourrait arriver à une production de 200 000 tonnes en


augmentant la part du travail (de 100.000 à 200.000 travailleurs) et en réduisant
celle du capital (de 20.000.000 à 17.000.000 $) , par une méthode faisant appel à
une plus forte proportion de travail, soit le pointcsur l’isoquant II. Dans ce cas,
le coefficient marginal de capital k tombe à 1,4. En effet,

∆ . . . . . .
ICOR = k = =
( )
= = = 1,4
∆ . . . .

- La forme 3 : Si l'on souhaite une méthode à plus forte intensité de capital,


comme la technique de production donnée par le point dsur l'isoquant II, l'Icor =
k s'élèvera à 2,8 pour 1. En effet,

∆ . . . . . .
ICOR = k = =
( )
= = = 2,8
∆ . . . .

En conclusion,, on constate qu’au cas où une nation se caractérise par une


fonction de production néoclassique, le coefficient de capital se transforme en
variable dont les responsables gouvernementaux ont, jusqu'à un certain point, la
maîtrise.
Dans cette logique néoclassique, la fonction de production de l’industrie montre
que les dirigeants politiques des pays du Tiers Monde dans lesquels le capital
fait défaut peuvent s'attacher à inciter les industriels et les agriculteurs à utiliser
des techniques nécessitant une plus large main-d'œuvre. Dès lors, pour un
montant donné d'épargne et d'investissement, la croissance comme l'emploi
pourront être plus élevés.
Au niveau de l'économie nationale, la politique suivie encouragera à la fois les
techniques faisant appel à une forte proportion de travail et l'investissement dans

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les industries utilisant davantage d'actifs : ce qui réduira la demande
d'investissements et d'épargne de part et d'autre.
Le coefficient marginal de capital approprié variera suivant les pays et, pour un
pays donné, avec le temps.

C/- L’implication de la fonction de production pour les PVD.


Les PVD peuvent être classés en deux principales catégories selon la nature de
leurs ressources disponibles :
- les PVD pauvres en ressources financières et ayant une faible épargne mais
disposant d’actifs humains excédentaires ;
- les PVD riches en ressources financières ayant donc un taux d’épargne élevé.
Dès lors l’implication de la fonction de production sera fonction de l’état des
PVD.
►Les pays pauvres des PVD, qui ont des taux d'épargne faibles et disposent
d'actifs excédentaires (chômeurs et sous-employés), peuvent augmenter leurs
taux de croissance en économisant sur le capital et en utilisant le plus de main-
d'œuvre possible. L'expansion de l'économie et des revenus individuels tend à
augmenter les taux d'épargne et réduit l'excès de main-d'œuvre (réduit le
chômage), si bien que l'on assiste à un retournement vers le haut de l'ICOR.
►De plus, les PVD riches en ressources financières, comme les pays
exportateurs de pétrole (tels que les pays du moyen orient de l’OPEP), peuvent
se permettre un développement à plus forte intensité de capital que les autres
PVD. Les changements d'ICOR peuvent résulter de mécanismes de marché car
les prix du travail et du capital se modifient en fonction de l'évolution des
approvisionnements. La croissance se traduit par une épargne relativement plus
abondante, si bien que le coût du capital baisse, tandis que l'emploi et les salaires
augmentent. Dès lors, tous les producteurs économisent de plus en plus sur le
travail et emploient un capital croissant.
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CHAPITRE II
LES THEORIES STRUCTURALISTES DU
DEVELOPPEMENT : LES PIONNIERS DE
L’ECONOMIE DU DEVELOPPEMENT

Dans le contexte d'après-guerre marqué par la décolonisation en Asie et


en Afrique, par le développement des institutions de Bretton Woods et par ‘’la
guerre froide’’ entre le monde capitaliste et le monde communiste, la lutte
contre la pauvreté était vue comme un moyen de garder ces pays dans le camp
occidental. C’est dans ce contexte que l'économie du développement s'élabore.
Les principaux travaux s'attachent à montrer les spécificités structurelles des
pays en développement (PVD).
Nous examinons ici trois de ces principaux travaux :
- la théorie des cercles vicieux de la pauvreté auto-entretenue de Nurkse;
- Le modèle dualiste de développement d’Arthur Lewis.
- la théorie de la croissance déséquilibrée de Hirschman
1/- La théorie des cercles vicieux de la pauvreté
auto-entretenue de R. Nurkse.
Cette thèse atét initialement soutenue en 1953 par l’économiste Américain
Ragnar Nurkse (05/10/1907-06/05/1959) selon qui le sous-développement
s’entretient de lui-même car les pays pauvres n’arrivent pas à sortir des cercles
vicieux de la pauvreté.
A/- Représentation schématique de la théorie de Nurkse
Plusieurs modèles illustrent schématiquement cette théorie de Nurkse parmi
lesquels celui présenté ci-dessous.

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Schéma des cercles vicieux de la pauvreté auto-entretenue de R. Nurkse

Epargne faible

(offre de capital)

Faible incitation à

Investir (demande
Faible
Revenu faible de capital)
investissement

Faible capital
humain

Faible productivité

du travail

B/- Intérêt et limites de la théorie de Nurkse


Si la théorie des cercles vicieux de la pauvreté auto-entretenue présente
quelques intérêts, elle demeure cependant très limitée et pessimiste.
1)- L’intérêt de la théorie de Nurkse
La théorie des cercles vicieux de la pauvreté auto-entretenue de Nurske
présente plusieurs intérêts dont les deux principaux sont :
a- Elle a l’avantage d’expliquer la perpétuation du sous-développement et de
la pauvreté : il s’agit d’une analyse dynamique
b- L’enchaînement des différents cercles vicieux montre bien que les

caractéristiques multidimensionnelles des facteurs d’ordre financier et


économique s’articulent avec des mécanismes sociaux et culturels.

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2)- Les limites de la théorie de Nurkse
Les limites de la théorie de Nurkse peuvent être situées à deux principaux
niveaux : son pessimisme et sa non conformité avec l’histoire des PVD.
a- Cette analyse est assez pessimiste sur les changes éventuelles des PVD à
sortir du sous-développement car elle semble soutenir que ceux-ci ‘’sont sous-
développés parce qu’ils sont pauvres’’, ou inversement ce qui revient au même,
‘’ils sont pauvres parce qu’ils sont sous-développés’’.
NB : Toutefois, selon Nurkse, il y a une possibilité de rupture de ces cercles
vicieux : celle-ci peut être provoquée par apports importants de ressources
extérieures qui vont permettre d’accroître le stock de capital technique et la
productivité et, par conséquent, les revenus, la demande et l’investissement
interne, condition nécessaire pour engager la pays sur la voie du développement
économique.
b- La thèse des cercles vicieux de Nurkse est très contestable comme
explication de causes du développement car elle repose sur l’argumentation
selon laquelle les pays du Tiers-Monde seraient sous-développés parce qu’ils
ne disposent que de revenus faibles. En effet, dans le passé, certains PVD
d’aujourd’hui s’étaient illustrés par d’immenses accumulations de capitaux
mais qui ont été orientés vers des constructions prestigieuses improductives
(palais, pyramides, temples,…). De même, encore aujourd’hui, dans certains
PVD, différents éléments permettent de constater que l’économie est bien au-
delà du minimum de subsistance et qu’une épargne potentielle existe bel et bien
mais mal employée (constructions de palais, de châteaux, de cathédrales, achats
d’armements, de véhicules de luxe,…)
II/- Le modèle dualiste de développement de Lewis.
Le livre “ Economic Development with Unlimited Supplies of Labour (1954)
de l’économiste Saint-Lucien (Les Caraïbes) Arthur Lewis (23/01/1915-
15/06/1991 ; Prix Nobel 1979) est considérée comme un des travaux fondateurs
de l'économie du développement encore balbutiante dans les années 1950.

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En effet, le modèle “dualiste“ de Lewis est sans doute le modèle le plus
célèbre de l'économie du développement : il resitue le mécanisme de la
croissance dans une économie traditionnelle. D’après Lewis ce modèle
dualiste repose sur des fondements divers pouvant être regroupés en trois
principaux éléments :
- le principe classique de l’accumulation,
- la co-existence de deux secteurs dualistes
- et l’existence d‘un excédent de main-d’œuvre.
A/- Le principe classique de l’accumulation capitaliste
Lewis part tout d'abord du principe classique d'accumulation
capitaliste selon lequel les profits sont à l'origine de l'épargne, de
l'investissement et donc de la croissance : “ pratiquement toute l'épargne
vient de ceux qui reçoivent des profits“. Or dans les économies
traditionnelles, l'épargne des travailleurs est très faible. Les classes
moyennes épargnent un peu, mais sans grande conséquence sur
l'investissement productif, la plupart de ses membres étant engagés dans
la lutte permanente pour maintenir leur standing.
De ce fait, la classe des capitalistes industriels ou agricoles
(propriétaires de grandes plantations) est pratiquement la seule à investir
de façon productive, contrairement aux classes dominantes des sociétés
traditionnelles (propriétaires terriens, commerçants, banquiers, prêtres,
militaires, aristocrates) qui ont d'autres intérêts (palais, monuments,
temples, fortifications, etc). Hélas, ainsi le développement ne peut
survenir que si la répartition des revenus se modifie en faveur des
capitalistes, aussi bien du secteur privé que du secteur public.
B/- Le dualisme secteur formel // secteur informel.
Selon Lewis les pays en voie de développement se caractérisent par
“une économie à deux secteurs : un secteur capitaliste et le secteur de
subsistance“

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Dans le secteur de subsistance informel, on trouve bien sûr
l'agriculture traditionnelle, mais aussi les travailleurs occasionnels, les
petits marchands, les domestiques, les gardiens, etc. La productivité et
les revenus des travailleurs y sont très faibles. Beaucoup, employés ou
non, ils sont en fait improductifs : par exemple, là où le travail de la
ferme pourrait être fait avec moins de personnes, voire avec une seule
personne, ce sont au contraire plusieurs employés qui se trouvent à le
faire,... Cela signifie que la productivité marginale peut être très faible
ou même nulle, inférieure au salaire ou au revenu perçu. En effet, dans la
ferme traditionnelle, le revenu moyen correspondra à la production
divisée par le nombre des membres, même si certains ont un produit
marginal inférieur.
C/- L’existence d’un excédent de main-d(œuvre.
Il résulte du dualisme ci-dessus mentionné que l'économie dispose
d'un “excédent de main-d'œuvre“ correspondant au chômage déguisé du
secteur informel de subsistance. Cette abondance de main-d'œuvre non
qualifiée explique l'expression “offre illimitée de main-d'œuvre“ : le
secteur capitaliste moderne trouve dans le secteur de subsistance des
réserves de travailleurs sans avoir à augmenter le salaire qui, la plupart
du temps, reste fixe en terme nominal s’il ne se dégrade pas en terme
réel..
Selon les termes de Lewis, « l'offre de travail est illimitée aussi
longtemps que, pour un salaire donné, elle excède la demande de
travail ». Ceci peut encore s'exprimer par l'idée d'une offre infiniment
élastique de main-d'œuvre.

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Figure II-1 : Rigidité du salaire due à un excès d’offre de L du secteur
informel sur la demande de L du secteur formel

Production PmL1 PmL2

W du secteur industriel

W du secteur de subsistance Salaire du secteur traditionnel

Travail L

Commentaire de la figure.
La courbe AB représente la productivité marginale du travail (PmL1)
pour un stock de capital donné : elle est décroissante du fait de la loi des
rendements décroissants.
Les segments horizontaux s, w et w’ représentent respectivement le
salaire ou revenu de subsistance du secteur informel (s), le salaire ou
revenu du secteur formel (w) et l’augmentation de celui-ci (w’).
Sur l’axe des abscisses, la distance OB représente le volume
d’emploi possible correspondant à la PmL1 ; mais seulement le volume
de travail Ob1 est réalisé pour le niveau de salaire w1.
L’espace briffée Awb représente la marge sur salaire (surprofit)
réalisé par les capitalistes et dont une partie est investie qui permet
d’accroître la PmL1 = AB à PmL2 = CD correspondant au volume de
travail possible et au volume de L réalisé Od1 pour un niveau de
salaire augmenté passant à w’.
De ce fait, le surprofit capitaliste Awb se réduit (surface briffée au-
dessus du segment de w’).
Ce mécanisme se poursuit jusqu’à absorption total de l’excédent de
L du secteur informel dans le secteur formel, c-à-d l’intégration totale

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de ce secteur informel dans le secteur formel moderne et
significativement productif.
NB : D'autres facteurs garantissent l'abondance de la main-d'œuvre :
l'entrée progressive des femmes sur le marché du travail, le chômage
technologique et la croissance démographique.

III/- La théorie de la croissance déséquilibrée de Hirschman


Le principal initiateur des théories de la croissance équilibrée (CD), à
l’opposé de celles de la croissance équilibrée (CE), est sans doute
l’économiste et sociologue Américain d’origine Allemande Albert O.
HIRSCHMAN (07/04/1915-10/12/2012), a associé son nom à cette théorie.
C'est surtout par son célèbre ouvrage “ La stratégie de développement
économique“ (1958; 1964) qu’il développe sa vision d'un économiste
dissident par rapport à la théorie orthodoxe de la croissance équilibrée.
Provocateur et amateur de paradoxes, il exploite plusieurs pistes dans ses
analyses de la croissance déséquilibrée. On peut en retenir ici trois
principales.
A/- La croissance économique est une succession de déséquilibres

Selon Hirschman si l'économie doit être maintenue en mouvement,“ la


tâche de la politique économique est de conserver les tensions, les
disproportions, et les déséquilibres“. Ainsi, c'est donc un état de déséquilibre
qui met en marche les forces du changement : l'économie progresse de
déséquilibre en déséquilibre. Les infrastructures économiques et sociales
(IES) ne doivent pas nécessairement précéder les activités directement
productives (ADP). Le démarrage de ces dernières va provoquer des goulets
d'étranglement qui vont entraîner Joseph Schumpeter, met en avant le rôle
des entrepreneurs qui initient l'industrialisation en produisant les biens
simples de remplacement des importations. Leur expansion peut être
bloquée par des goulets d'étranglement successifs (absence de pièces, de

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matières premières, de débouchés), et pour les briser, de nouveaux
investissements seront nécessaires qui pourront être le fait de l'État ou
d'autres entreprises, et l'économie va se développer ainsi par étapes
successives.
B/- La question des relations en l’aval et en l’amont
Hirschman développe également le concept de liaisons (linkages) entre
industrie : liaisons aval, lorsqu'une industrie entraîne la création de nouvelles
industries qui utilisent sa production (la sidérurgie produit ainsi des biens
ayant toutes sortes d'utilisations possibles : outil, tôles, pièces, etc.) ; liaisons
amont', lorsque le développement d'une activité provoque des
investissements dans les industries qui la fournissent (une brasserie va
acheter des bouteilles, bouchons, emballages, etc. ; le bâtiment va être à
l'origine d'une demande de produits variés). Les industries intermédiaires
vont développer le maximum d'effets de liaisons. L'agriculture et les
activités minières en ont moins, ce qui constitue un argument en faveur de
l'industrialisation et du refus d'une trop grande spécialisation primaire,
Enfin Hirschman aborde la question du choix des industries à mettre en
place en premier lieu dans les PVD. Différents auteurs ont présenté des
critères pouvant servir de guide pour l'établissement de ces séquences
d'industrie :
— le seuil de production optimale, qui doit être assez bas pour un pays
où l'industrie n'est pas développée. A contrario, l'industrie automobile a
un seuil de production optimale élevé, peu adapté à la plupart des PVD
dont les marchés sont étroits ;

— le fait de bénéficier d'une protection naturelle (produits fragiles ou


périssables), et de disposer d'avantages comparatifs évidents (produits
tropicaux, tourisme) ;

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— le niveau technologique, qui doit être adapté aux capacités techniques
pour éviter des technologies coûteuses qui ne permettront d'équiper qu'une
partie de la force de travail, et résulteront en îlots de technologie avancée,
sans effet sur le reste de l'économie. Là encore, Hirschman développe un
point de vue paradoxal en soulevant l'idée que des technologies de pointe
plus capitalistiques seront parfois plus adaptées pour les PVD. En effet la «
marge de tolérance » à l'erreur y est beaucoup plus faible, ce qui « exerce de
fortes tensions dans le sens de l'efficacité ». Par exemple, les pays du tiers
monde exploitent en général avec succès et fiabilité des compagnies
aériennes alors que l'entretien des routes, tâche beaucoup plus simple, mais où
le laxisme n'a pas de conséquences trop graves, et délaissé. La théorie de la
croissance déséquilibrée semble mieux correspondre à la réalité des pays
pauvres, pour lesquels la croissance va se traduire nécessairement par une
suite de déséquilibres.
C/- La théorie d la Croissance déséquilibrée conflictuelle.
Hirschman a introduit récemment (84) le concept de croissance
déséquilibrée conflictuelle illustré par la figure 4 ci-dessous.

Dans le processus de croissance conflictuelle, les progrès sont plus lents,


car le déplacement vers le nord-est du graphique se fait au prix de reculs
successifs pour l'un des deux produits ou secteur : le secteur X progresse

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tout d'abord, alors que Y régresse, puis l'inverse se produit, et ainsi de suite.
Le processus de croissance conflictuelle lui paraît convenir mieux à la
réalité car « chacun des objectifs (X ou Y) est si difficile à atteindre que,
pour progresser vers un seul d'entre eux, il faut mobiliser toutes les
énergies, et ce faisant on néglige d'autres objectifs primordiaux, ce qui
attire, plus tard, l'attention du public, et le changement de cap... .

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CHAPITRE III
LA NOUVELLE APPROCHE DEVELOPPEMENT :
LE DEVELOPPEMENT DURABLE

Le développement durable ou développement soutenable (sustainable


development) est une conception de l'intérêt public développée depuis la fin
du XXe siècle. Appliqué à la croissance économique et considérée à l'échelle de
la planète, le développement durable vise à prendre en compte les aspects
environnementaux et sociaux qui seraient liés à une globalisation financière des
intérêts à long terme. Le développement durable est un développement qui
répond aux besoins du présent sans corrompre la capacité des générations
futures à répondre à leurs propres besoins.
Cette nouvelle approche des problèmes de développement peut être
examinée en trois principaux points :
- les enjeux et objectifs du développement durable ;
- Autres approches du développement durable
- les modes de gouvernance du développement durable.

I/- Enjeux et objectifs du développement durable


Les enjeux et objectifs du développement durable sont divers. Toutefois
ils restent centrés sur la crise écologique et sociale. Dès lors l’approche des
problèmes du développement doit suivre une nouvelle démarche. Il faut donc
identifier de nouveaux piliers et de nouveaux acteurs du développement
aptes à prendre en compte les besoins des générations futures.

--- UAO – SED – L3 E – Introduction à l’Economie du Développement – Dr CISSE H . --- Page 21


A/- Crise écologique et sociale

La révolution industrielle du XIXe siècle introduit des critères de


croissance essentiellement économiques et aisément mesurables : ainsi
le produit intérieur brut dont l'origine remonte aux années 1930 est souvent
vu comme l'indicateur de la richesse d'un pays. Des corrections ont été
apportées dans la deuxième moitié du XXe siècle sur le plan social, avec
d'importantes avancées sociales. L'expression « économique et social » fait
depuis partie du vocabulaire courant.
Mais les pays développés ont pris conscience depuis les chocs
pétroliers de 1973 et 1979 que leur prospérité matérielle était basée sur
l'utilisation intensive de ressources naturelles finies, et que par conséquent,
outre l'économique et le social, un troisième aspect avait été négligé :
l'environnement. Pour certains analystes, le modèle de développement
industriel n'est pas viable ou soutenable sur le plan environnemental, car il ne
permet pas un « développement » qui puisse durer. Les points cruciaux en
faveur de cette affirmation sont l'épuisement des ressources naturelles
(matières premières, énergies fossiles pour les humains), la pénurie des
ressources en eaux douces susceptible d'affecter l'agriculture, la destruction
et la fragmentation des écosystèmes, notamment la déforestation qui se
manifeste par la destruction des forêts tropicales (forêt amazonienne, forêt du
bassin du Congo, forêt indonésienne), ainsi que la diminution de
la biodiversité qui diminuent la résilience de la planète ou encore
le changement climatique dû aux émissions de gaz à effet de serre et de
manière générale la pollution due aux activités humaines.
Les catastrophes industrielles de ces trente dernières années
(Seveso (1976), Bhopal (1984), Tchernobyl (1986), Exxon Valdez (1989),
etc.) ont interpellé l'opinion publique et les associations telles que le WWF
(Worid Wiild Funds), les Amis de la Terre ou encore Greenpeace. En faisant
le pari du « tout technologique » dans l'optimisation de la consommation
--- UAO – SED – L3 E – Introduction à l’Economie du Développement – Dr CISSE H . --- Page 22
énergétique et la lutte contre le changement climatique, notre civilisation
recourt de façon accrue aux métaux que nous ne savons pas bien recycler. La
déplétion de ces ressources pourrait devenir un enjeu mondial au même titre
que la déplétion du pétrole.
Au problème de viabilité subsiste une pensée humaine à adapter. Ce qui
s'ajoute à un problème d'équité : les pauvres subissent le plus la crise
écologique et climatique, et il est à craindre que le souhait de croissance
des pays sous-développés vers un état de prospérité similaire, édifié sur des
principes équivalents, n'implique une dégradation encore plus importante et
accélérée de l'habitat humain et peut-être de la biosphère. Ainsi, si tous les
États de la planète adoptaient l'American Way Of Life (qui consomme près
de 25 % des ressources de la Terre pour 5 % de la population) il faudrait 5 ou
6 planètes pour subvenir aux besoins de tous selon l'association
écologiste WWF.
B/- Une nouvelle démarche : “agir local et penser global’’
La formule « agir local, penser global », employée par l’agronome
biologiste écologue Français René DUBOS (20/02/1901-20/02/1982) au
sommet sur l'environnement de 1972, est souvent invoquée dans les
problématiques de développement durable. Elle montre que la prise en
compte des enjeux environnementaux et sociaux nécessite de
nouvelles heuristiques, qui intègrent le caractère global du développement
durable. En effet, les aspects essentiels du développement durable, sur les
capacités de la planète et les inégalités d'accès aux ressources posent des
questions philosophiques et éthiques. Dans ce sens ; depuis quelques
décennies, les ONG environnementales et des leadeurs d'opinion
sensibilisent l'opinion publique sur les enjeux de l'environnement et du
développement durable.

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C/- Les piliers et les acteurs du développement durable et les
besoins des générations futures
1)- Les piliers du développement durable
L'objectif du développement durable est de définir des schémas viables
qui concilient les trois aspects écologique, social et économique des activités
humaines : « trois piliers » à prendre en compte par les collectivités comme
par les entreprises et les individus. La finalité du développement durable est
de trouver un équilibre cohérent et viable à long terme entre ces trois enjeux.
A ces trois piliers s'ajoute un enjeu transversal, de plus en plus considéré
comme « le quatrième pilier du développement durable », indispensable à la
définition et à la mise en œuvre de politiques et d'actions relatives au
développement durable : la gouvernance.
La gouvernance consiste en la participation de tous les acteurs (citoyens,
entreprises, associations, élus…) au processus de décision ; elle est de ce fait
une forme de démocratie participative. Le développement durable n'est pas
un état statique d'harmonie, mais un processus de transformation dans lequel
l'exploitation des ressources naturelles, le choix des investissements,
l'orientation des changements techniques et institutionnels sont rendus
cohérents avec l'avenir comme avec les besoins du présent.

Intégrer les enjeux environnementaux implique d'adopter une approche éco-


systémique, qui repose sur 12 principes de gestion adoptés en 2000. Il
convient notamment, conformément au huitième principe, de se fixer des
objectifs à long terme.

2)- Les acteurs du développement durable


La prise en compte des enjeux de développement durable nécessite un
système impliquant trois types d'acteurs : le marché, l’État et la société
civile :
 les acteurs du marché sont les entreprises ;

--- UAO – SED – L3 E – Introduction à l’Economie du Développement – Dr CISSE H . --- Page 24


 les acteurs des États sont des autorités publiques, au niveau mondial et au
niveau de chaque grande zone économique (Union européenne…), au
niveau national, et au niveau territorial(régions, intercommunalités,
communes) ;
 les acteurs de la société civile sont des représentants des associations et
des Organisations non gouvernementales.
La société civile est le cadre le plus approprié pour une économie de la
gratuité et de la fraternité. Elle est indissociable des deux autres domaines.

3)- Répondre aux besoins des générations actuelles et à venir


Le Rapport Brundtland stipule que « Le développement durable est un
mode de développement qui répond aux besoins du présent sans
compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».
La définition classique du développement durable provient de ce Rapport de
la Commission mondiale sur l’environnement et le développement. Ce
rapport insiste sur la nécessité de protéger la diversité des gènes,
des espèces et de l'ensemble des écosystèmes naturels terrestres et
aquatiques, et ce, notamment, par des mesures de protection de la qualité de
l'environnement, par la restauration, l'aménagement et le maintien
des habitats essentiels aux espèces, ainsi que par une gestion durable de
l'utilisation des populations animales et végétales exploitées.
Cette préservation de l'environnement doit être accompagnée de « la
satisfaction des besoins essentiels en ce qui concerne l’emploi,
l’alimentation, l’énergie, l’eau, la salubrité ». Cela étant, on se heurte à une
difficulté, qui est de définir ce que sont les besoins des générations présentes,
et ce que seront les besoins des générations futures. On pourrait retenir par
exemple les besoins élémentaires pour se nourrir, se loger, et se déplacer.
Dans ce contexte, le développement durable a été inséré parmi
les Objectifs du millénaire pour le développement fixés par l’ensemble des
États membres de l’ONU. Afin de subvenir aux besoins actuels sans pour
--- UAO – SED – L3 E – Introduction à l’Economie du Développement – Dr CISSE H . --- Page 25
autant se reposer sur l'utilisation non durable de ressources non
renouvelables, un scénario en trois points a été proposé :
 efficacité (techniques plus performantes) ;
 sobriété (techniques utilisées avec parcimonie) ;
 utilisation de ressources renouvelables (par exemple : l'énergie solaire ou
les éoliennes, au travers de projets d'électrification rurale).

Le patrimoine culturel ne doit pas être oublié : transmis de génération en


génération et faisant preuve d'une grande diversité, l'UNESCO en souhaite la
préservation46. La culture au sens large (ou l'environnement culture) s'impose
d'ailleurs peu à peu comme un quatrième pilier du développement durable.

II/- Outils et mesure du développement durable

A/- Le Produit intérieur brut et le développement durable


Le produit intérieur brut (PIB) est un indice très employé dans
les comptabilités nationales pour mesurer la croissance économique, au point de
conditionner à cet agrégat économique une grande part des raisonnements et
stratégies économiques. On dit que l'on est en croissance ou en récession selon
que le PIB est en augmentation ou en diminution. Le PIB est censé mesurer
la croissance économique sur le long terme, mais il prend mal en compte la
variation du capital naturel (éventuellement fossiles) qui est un effet de long
terme. C'est notamment la raison pour laquelle le PIB est critiqué par certains
auteurs, qui en soulignent les limites pour la mesure effective de la richesse d'un
pays. Le PIB est calculé par agrégation de la valeur ajoutée des entreprises, elle-
même calculée en comptabilité nationale en fonction de la production et
des consommations intermédiaires. La question se pose donc de savoir si le PIB
est vraiment une mesure fiable de développement durable. Les insuffisances du
PIB comme mesure de la croissance sur le long terme seraient à l'origine du fait
que l'on parle maintenant de PIB vert et de croissance verte.

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B/- les indices agrégés
Les instruments macroéconomiques classiques (PIB par exemple) s'avèrent
insuffisants, voire dans certains cas déficients pour mesurer le développement
durable : la croissance économique apparaît ainsi dans certains cas comme
déconnectée, voire opposée aux objectifs du développement durable. Il s'agit
donc de construire un indice agrégé qui permet de rendre compte au mieux de
l'efficacité d'une politique de développement durable.
Plusieurs indices ont été établis, qui concernent chacun un ou plusieurs
« piliers » du développement durable :
 Sur le plan économique, il est possible de donner une valeur monétaire à
l'environnement (on parle alors de capital naturel) ou de ‘’PIB vert’’.
 Sur le plan environnemental, on peut parler d'index de durabilité
environnementale (environmental sustainability index, ESI), de bilan
carbone ou de tonnes de CO2 émises, de consommation énergétique,
d'empreinte écologique…
 Sur le plan social, on parle d'indice de développement humain (qui mesure la
richesse, le taux d'alphabétisation et la santé d'une population), de coefficient
de GINI, d'indice de bien être durable ou d'indicateur de progrès véritable…

Tout indice est néanmoins sujet à caution : la manière d'agréger les données
exprime un parti-pris. Qu'est-ce qu'un pays « avancé en développement
durable » ? Est-ce un pays qui consomme peu de ressources (comme le
Bangladesh), ou est-ce un pays avec de nombreux parcs nationaux protégés
(comme les États-Unis) ?

C/- Outils d'aide à la décision pour le développement durable

L’OQADD (outil de questionnement et d’aide au développement durable),


est une grille de questionnement permettant de susciter des débats sur les
problématiques relatives au développement durable, en mettant en avant les
points-clefs d'un projet. Ils se réclament à la fois de l’évaluation des politiques et
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de l’analyse multicritère, mais sont plutôt utilisés pour questionner des
politiques ou des projets au regard des critères de développement durable. Ce
sont des grilles de critères en arborescence, déclinants les principales
dimensions du développement durable (économie, écologie, social,
gouvernance…).
Cet outil peut être soumis aux différents acteurs intervenant dans la mise en
place d’un nouveau projet : des élus, des industriels, des associations de défense
de l’environnement, des syndicats…

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Conclusion
Les théories de développement sont élaborées et pour certaines mises en
œuvre pour essayer de mettre les pays pauvres sur la voie du « développement ».
En effet, elles ont profondément influencé les stratégies mises en place pour
« développer » les pays « sous-développés ». Traditionnellement, on distingue
plusieurs groupes de théories en fonction des idées qu’on se fait du
développement. Toutefois, depuis les années 1990, des alternatives sont
proposées avec l'émergence de la notion de développement durable dans laquelle
on cherche à concilier les aspects économiques, environnementaux, et sociaux
du développement. Néanmoins, on ne peut encore affirmer que le
développement durable fournit un modèle qui serait présomptueux à solutionner
toute la problématique complexe du développement.

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Références bibliographiques

Jacques Brasseul, Introduction à l'économie du développement, Armand Colin,


2008
Elsa Assidon, Les Théories économiques du développement, Paris, La
Découverte, 1992, p.5)
Dominique Bidou, La Dynamique du développement durable, Presses de
l'université du Québec, 2002

André Jean Guérin et Thierry Libaert, Le développement durable, Dunod.


Topos. 2008.

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