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POLITIQUE AGRICOLE

Eléments de cours, Licence 3 d’économie

Dr MAKAYE Gongbé Blaise,

Enseignant-Chercheur, UFR SED, UAO

makayeblaise@gmail.com 42893388

L’objectif de ce cours est de présenter à l’étudiant inscrit en licence 3 d’économie, ou à des


professionnels du secteur agricole, les instruments de politiques agricoles. Le premier chapitre
est consacré aux instruments de politiques qui interviennent sur les prix des marchés agricoles.
Le second chapitre est consacré aux instruments de politiques d’accompagnement qui
permettent de renforcer le développement de l’agriculture et qui peuvent accompagner les
mesures de politiques présentées au chapitre 1. Le troisième chapitre est consacré aux politiques
de crédit et leur lien avec le développement de l’agriculture. Enfin, le dernier chapitre présente
les filières agricoles et agro-alimentaires comme moyen de coordination et de création de valeur
ajoutée.

Ce cours pourrait permettre aux futurs professionnels de politique agricoles d’avoir une
meilleure compréhension de leur environnement économique national et international afin
qu’ils puissent pleinement jouer leur rôle dans l’élaboration de politiques agricoles qui prennent
en compte les contraintes et les opportunités générées dans ce nouveau contexte.
CHAPITRE I : INSTRUMENTS DE POLITIQUE AGRICOLE AGISSANT
DIRECTEMENT SUR LES PRIX

Objectifs du chapitre

Après avoir suivi ce chapitre, l’étudiant doit être capable de :

- Connaître avec précision l’importance des prix dans une économie de marché;
- Connaître les divers instruments de politique agissant directement sur les prix tout en
indiquant les impacts probables

I- Le rôle des prix

Dans une économie de marché, les prix jouent trois rôles principaux:

- ils sont un facteur essentiel de choix de production pour les producteurs et de


consommation pour les consommateurs;
- ils contribuent à la répartition des revenus entre agents économiques;
- ils déterminent les domaines vers lesquels l’investissement va être orienté.

1- Prix et choix des agents économiques

Par rapport au choix des producteurs et des consommateurs, ce qui compte le plus n’est pas le
niveau absolu des prix, mais leurs niveaux relatifs. Par exemple, un producteur ne sera prêt de
diminuer sa superficie en arachide pour produire du maïs, que si le prix du maïs est très
intéressant par rapport à celui de l’arachide. De même, le consommateur diminuera par exemple
sa consommation de riz en faveur d’une autre céréale, si le prix du riz augmente de façon
importante par rapport au prix de cette autre céréale. Bien entendu, le prix n’est pas la seule
variable déterminant les choix des producteurs et consommateurs, mais c’est certainement un
élément de plus en plus important, au fur et à mesure que se développe l’accès et la participation
au marché des agents économiques.
2- Prix et répartition des revenus entre agents économiques

Les prix déterminent aussi la répartition des revenus entre agents économiques. Il est clair qu’au
moment de l’échange entre un producteur et un commerçant, plus le prix reçu par le producteur
sera élevé, plus son revenu sera élevé. Inversement, toute augmentation du revenu du
producteur se fera au détriment du commerçant1. Le prix sera fixé par négociation entre
producteurs et commerçants. Pour que le prix reflète la valeur réelle du produit, il faut qu’il y
ait concurrence entre plusieurs producteurs et plusieurs commerçants. Au cas où il n’y aurait
qu’un seul commerçant, celui- ci constituant l’unique débouché pour les producteurs, pourrait
profiter de cette situation pour payer un prix excessivement bas aux producteurs.

3- Prix et orientation des investissements

Enfin, des prix relativement favorables à l’agriculture, par rapport l’industrie ou au commerce,
auront tendance augmenter les profits dans l’agriculture, et à attirer des investisseurs. Au
contraire, des prix bas risquent de faire baisser l’investissement agricole, d’entraîner une
agriculture plus extensive et de pousser la population à se consacrer des activités non-
agricoles, voire migrer de façon irréversible vers les villes.

Le niveau (même relatif) des prix n’est pas le seul aspect qui influence les opérateurs
économiques. Leur variation est un autre aspect important. Un prix très variable d’une année
sur l’autre constitue un risque et peut décourager la production. Des prix très stables tout au
long de l’année, au contraire, découragent ceux qui font l’effort de stocker le produit.

De ce qui vient d’être dit, il est clair que les prix sont un facteur important conditionnant le
comportement des agents économiques. Ce sont aussi des facteurs que l’état peut relativement
facilement influencer par des mesures de politiques. Dans ce chapitre, nous allons brièvement
passer en revue les divers instruments à la disposition de l’état pour influencer directement les
prix, et par conséquent la production agricole, le revenu ainsi que le niveau d’investissement
dans le secteur.

1
Le commerçant cherchera bien entendu à répercuter toute augmentation du prix au producteur au niveau du
consommateur en augmentant son prix de vente, mais cette répercussion ne sera que partielle et dépend des
condition du marché, notamment de l’ouverture du marché sur l’extérieur
II- Les instruments macro- économiques

Les principaux instruments macro-économiques influençant les prix sont le taux de change,
le taux l’intérêt, et les instruments de la politique de commerce extérieur

1- Le taux de change

Le taux de change détermine le prix des produits offerts ou demandés sur le marché
mondial en monnaie nationale. L’importance du taux de change s’est bien vue au moment de
la dévaluation du Franc CFA: les prix locaux des produits importés ont augmenté
immédiatement et les recettes d’exportation (en FCFA) ont également augmenté. Ceci a eu
pour conséquence une tendance générale à l’augmentation des prix relatifs des produits
échangés par rapport à ceux non-échangés (services notamment). En général, on estime qu’une
dévaluation est favorable aux prix relatifs agricoles, et à la rentabilité financière de l’agriculture
(ceci est d’autant plus vrai que l’agriculture utilise relativement peu d’intrants importés).
L’état dispose cependant de certains mécanismes qui peuvent réduire la transmission des
effets de la dévaluation sur les prix observés dans le pays. En absence d’intervention de l’état,
l’effet d’une variation du taux de change peut être très fort.

2- Le taux d’intérêt

Le taux d’intérêt est le prix de l’argent. Une augmentation du taux d’intérêt contribue à
l’augmentation des charges des exploitations endettées et à la réduction de leur bénéfice. Ces
exploitations chercheront donc à augmenter le prix de leurs produits pour maintenir leur
bénéfice. Il n’est cependant pas certain qu’elles y parviennent: cela dépend de la nature du
marché et notamment de son degré d’ouverture vers le marché mondial. Il faut noter
également que cette hausse aura comme effet bénéfique d’encourager l’épargne et
d’orienter l’investissement vers les activités les plus rentables.
3- Les instruments du commerce extérieur

Dans une situation de commerce extérieur totalement libéralisé, les prix observés dans le pays
pour les produits échangés varient en fonction du prix mondial. Il est cependant rare d’observer
une telle situation de libéralisation totale dans la réalité, la plupart des pays intervenant d’une
façon où une autre sur leurs échanges extérieurs.

Les tarifs ou taxes à l’importation viennent s’ajouter au prix mondial. Ils contribuent à
augmenter les prix intérieurs. En ce sens ils constituent une protection pour les producteurs
nationaux et une taxe sur les consommateurs.

Les taxes à l’exportation captent une partie des recettes obtenues par les ventes sur le marché
mondial. Elles contribuent donc à diminuer le prix domestique pour le produit concerné et
agissent comme taxes sur les producteurs et subvention pour les consommateurs.

Les quotas d’importation sont une limitation des quantités importées. Ils tendent à limiter
l’offre disponible sur le marché intérieur et par conséquent ont pour effet d’augmenter les prix.
Ce sont donc des mesures déguisées de protection des producteurs et de taxation des
consommateurs, comme les tarifs. Ces quotas peuvent être soit géré directement par un
organisme public ayant le monopole de l’importation, soit par un système de licences
d’importation.

Les quotas d’exportation sont une limitation (en général imposée par des accords
internationaux) des exportations. Ils contribuent, en limitant l’offre extérieure, à une diminution
des prix domestiques et sont donc équivalents à une taxe d’exportation (sauf qu’ils ne
constituent pas une recette pour l’état!). Les interdictions d’exporter, et dans certains cas les
monopoles d’état de l’exportation, ont un effet similaire.

Les dépôts de garantie sont une obligation pour les importateurs de déposer auprès d’un
organisme financier un montant équivalent à une proportion de la valeur des importations qu’ils
comptent effectuer. Ce sont là d’autres mesures réduisant les importations et agissant
comme des tarifs, et contribuant donc à une augmentation des prix intérieurs

Les obligations de change imposent aux exportateurs de convertir en monnaie locale une partie
au moins de leur recettes d’exportation en monnaie locale. Pour les exportations ces obligations
peuvent agir comme freins aux exportations et contribuer à une diminution des prix intérieurs.

Les règles sanitaires et phytosanitaires peuvent constituer des mesures protectionnistes


déguisées et ainsi contribuer à protéger les produits nationaux et augmenter leur prix intérieur.
En vue de stabiliser leur prix domestiques, certains pays à politique des échanges extérieurs
libérale adoptent des mesures de stabilisation des prix de frontière connue sous la
dénomination de bandes de prix. La taxe d’importation ou d’exportation est ajustée la baisse
ou à la hausse pour réduire l’impact de fortes variations du prix mondial. On peut s’assurer que
le système ne constitue pas une mesure de protection (importations) ou de taxation
(exportations) supplémentaires en calculant l’ajustement des taxes en fonction d’une moyenne
du prix mondial calculée sur une période suffisamment longue (60 mois), et en
déclenchant cet ajustement que si la variation du prix mondial dépasse la moyenne calculée de
plus d’un pourcentage prédéterminé. Dans le passé, d’autres systèmes de stabilisation ont
souvent abouti soit à une taxation trop importante des exportations soit à des coûts trop
importants qui ont grevé de façon excessive le budget de l’Etat.

III- Les instruments fiscaux

Les taxes sur les produits et les intrants agricoles ont un effet direct sur les prix de ces produits
sur le marché intérieur. Ces taxes, surtout appliquées aux produits d’exportation, ont été
traditionnellement une source majeure de revenu pour les états.

1- Les taxes

Elles peuvent être levées à différents niveaux de la filière: pour des raisons de commodité, les
taxes sur les produits exportés sont souvent simplement des taxes à l’exportation (plus facile à
gérer). Les taxes sur les intrants agricoles font augmenter les prix de ces produits pour le
producteur agricole et lui sont donc défavorables. Elles tendent à réduire l’utilisation d’intrants
par les agriculteurs ce qui peut avoir des conséquences graves sur la production et le
revenu des producteurs, et un effet considérable sur la conservation des ressources naturelles.
D’ailleurs, un nombre croissant de pays font recours à des taxes sur l’utilisation de ressources
naturelles ou des taxes compensatoires pour la pollution de l’environnement: ces taxes ont pour
vertu de réguler l’utilisation des ressources naturelles et leurs recettes peuvent servir à recouvrer
les coûts encourus (cas d’infrastructure d’irrigation) et de financer des mesures de
protection de l’environnement. Ces taxes peuvent être perçues par l’état central ou par les
collectivités locales.
2- Les subventions

L’état a souvent eu recours à des subventions sur les produits agricoles, surtout
alimentaires, en vue d’en abaisser le prix à la consommation. La politique des prix
subventionnés pour les produits alimentaires a en général surtout bénéficié aux
consommateurs résidant dans les zones urbaines et aux secteurs autres qu’agricole qui les
employaient. Les subventions (directes ou par l’intermédiaire de subventions sur les intrants)
peuvent aussi servir à encourager la production ou l’intensification de la production
de certains produits agricoles qui autrement ne seraient pas très rentables financièrement, ce
qui réduit l’efficacité économique du secteur. Ces politiques de subvention sont en perte de
vitesse du fait des restrictions budgétaires que subissent la plupart des états. Mis à part leur
poids très important dans le budget, ces politiques pouvaient aussi entraîner la prolifération
d’activités de production non efficaces. De plus, les subventions sur les produits ont en
général un caractère socialement régressif, sauf si elles sont bien ciblées: ce sont en effet les
plus gros producteurs qui le plus souvent bénéficient davantage des subventions.

La tendance, à l’heure actuelle est de limiter le plus possible les subventions agissant
directement sur les prix au profit de paiement direct aux producteurs auxquels on veut venir en
aide. Ceci permet de mieux cibler l’aide et évite d’influencer le fonctionnement des marchés.

Pour certains économistes, il est préférable de taxer où subventionner les producteurs agricoles
en utilisant des outils qui ne soient pas liés directement à une culture. Ainsi, un système de
taxation sur la terre ou un système de subvention par actif agricole peut générer des ressources
où venir en aide à des producteurs pauvres sans influencer les choix de production des
producteurs qui fonderaient leur choix sur les indications du marché. Il faut cependant noter
que de tels instruments d’intervention qui n’agissent pas directement sur les prix demandent
une bonne organisation et sont relativement coûteux à mettre en œuvre.

3- Les investissements et autres mesures de facilitation

L’état peut également utiliser ses ressources fiscales pour financer d’autres moyens
d’intervention sur le secteur agricole qui affectent indirectement les prix agricoles: il s’agit là
notamment d’investissement dans les infrastructures, la mise en place d’institutions et de
mécanismes permettant un fonctionnement plus efficace du marché. L’état finance également
des activités de vulgarisation, de recherche et d’autres biens et services qui sont mis à
disposition du secteur et qui affectent les prix de façon souvent très indirectes.

IV- L’aide alimentaire

La méthode de disposition de l’aide alimentaire peut influencer grandement les prix des
produits agricoles. Bien que le volume de l’aide alimentaire soit relativement modeste dans
plusieurs pays africains, il peut avoir un effet sur les prix dans les pays qui en ont le plus besoin.
Une distribution gratuite ou fortement subventionnée pendant une période critique peut ainsi
abaisser fortement le prix de marché et peut éventuellement dissuader les opérateurs
économiques de faire le stockage et le commerce de certains produits. La façon la plus neutre
de mettre en marché l’aide alimentaire est de la mettre en vente sur le marché de façon
progressive, les recettes pouvant être utilisée pour créer des infrastructures utiles à l’agriculture.
Cette mise en marché affectera le prix du marché et tous les consommateurs en
profiteront. Alternativement, le gouvernement peut décider de distribuer l’aide alimentaire
à des groupes plus ciblés particulièrement défavorisés ou dans des zones sinistrées. Le marché
en sera affecté seulement indirectement (diminution de la demande des groupes bénéficiaires
et revente éventuel d’une partie des produits distribués).

V- Limite de politiques agissant directement sur les prix

L’expérience montre que les producteurs agricoles sont sensibles aux variations des prix
agricoles. La réaction des producteurs à une variation des prix de certains produits agricoles
fortement commercialisés (notamment les produits d’exportation) peut être très forte, même
à court terme. La production agricole totale, ne réagit que peu à une variation des prix dans le
court terme. Une telle variation n’influence le niveau de production que si elle est confirmée
dans le temps: ses conséquences peuvent mettre plusieurs années à se concrétiser.

Il faut s’accorder à dire que le prix n’est qu’un des facteurs expliquant l’évolution de la
production agricole, surtout dans une agriculture dominée par les petites et moyennes
exploitations à caractère traditionnel. Ces exploitations n’ont en général pas comme seul
objectif la rentabilité financière: la réduction du risque d’un déficit alimentaire grave y est
souvent l’objectif dominant. De plus ces exploitations rencontrent beaucoup de contraintes
limitant leur capacité de réponse aux incitations du marché: manque d’accès au marché, à
l’information et la formation, difficulté d’accès aux intrants, manque de capacité financière
et de technologies bien adaptées aux petites exploitations, faiblesse du niveau de formation,
problèmes de santé, et, accès limité au facteur primordial de production, la terre.

Il faut noter que les conséquences de l’augmentation des prix agricoles sur la gestion des
ressources naturelles et l’environnement peuvent être très importantes.

Toutefois, il existe d’autres domaines auxquels les politiques doivent s’attaquer afin de créer
un environnement économique favorable à la croissance du secteur agricole. Ces domaines sont
traités dans le chapitre 2 de ce cours.
CHAPITRE II : MESURES D’INTERVENTION COMPLEMENTAIRES AUX
POLITIQUES DES PRIX

Objectifs du chapitre

Après avoir suivi ce chapitre, l’étudiant doit être capable de :

- Savoir avec précision le rôle des mesures d’intervention complémentaires aux politiques
des prix ;
- identifier les mesures d’intervention complémentaires aux politiques des prix de l’état ;
- connaître les domaines ainsi que les mesures d’interventions principales ;

Ce chapitre complète la revue et l’analyse des mesures que le Gouvernement a à disposition


pour améliorer le fonctionnement du marché et atteindre ses objectifs de développement. Alors
que les chapitres 1 et 3, respectivement “Instruments de politique agricole agissant sur les prix”
et “Politique de crédit et finances rurales”, se sont concentrés sur les politiques des prix et de
marché proprement dites, le chapitre 2 sera consacré tout particulièrement aux mesures
complémentaires aux politiques des prix.

I- Le rôle des mesures complémentaires

Nous nous limiterons ici à rappeler les deux raisons les plus importantes et à souligner dès à
présent que les politiques des prix et les mesures complémentaires sont toutes les deux des
conditions nécessaires mais non suffisantes pour atteindre les objectifs de développement d’un
pays donné. Une politique de libéralisation des prix, par exemple, pourrait ne pas atteindre les
objectifs souhaités tant que subsistent des obstacles non liés directement au marché, tels qu’une
circulation insuffisante de l’information sur les marchés ou une mauvaise infrastructure des
transports.

Les mesures complémentaires sont nécessaires pour deux raisons principales: (i) le marché n’est
pas toujours en mesure de prendre en compte la juste valeur des ressources employées dans les
activités de production, transformation et consommation (défaillances du marché). Ceci est vrai
surtout pour les ressources naturelles et l’environnement, la valeur économique desquels est
souvent sous-estimée; (ii) l’objectif principal des politiques de marché est de créer les
conditions pour optimiser l’efficience dans l’allocation des ressources économiques du pays,
alors que les objectifs de développement d’un pays peuvent avoir une dimension autre que
économique, notamment sociale, politique, stratégique, environnementale. Le concept de
développement durable, par exemple, suggère que les politiques de développement devraient
viser à atteindre un équilibre entre trois fonctions/objectifs différents, souvent en conflit
entre eux: efficience économique, préservation de l’environnement, équité sociale.

En bref, l’on peut affirmer que le rôle des mesures complémentaires est d’une part d’“aider” les
politiques des prix et de marché à mieux fonctionner, et de l’autre de créer un environnement
propice pour atteindre des objectifs non directement économiques mais tout aussi importants.

II- Identification et choix des mesures complémentaires : un cadre conceptuel

Une panoplie de mesures complémentaires est à disposition du Gouvernement pour assurer les
deux rôles rappelés ci-dessus. L’identification et le choix des mesures les plus appropriées
dépendront de plusieurs facteurs. En premier lieu des nombreuses fonctions exercées par
l’agriculture. Ensuite des priorités de développement que s’est donné un pays (par exemple,
sécurité alimentaire, réduction de la pauvreté) et des contraintes qui en entravent la réalisation
(par exemple, niveau de scolarisation des agriculteurs, insuffisance des infrastructures, etc.).
Enfin des interactions entre l’agriculture et toutes les autres activités en amont
(approvisionnement en intrants et équipement) et en aval (transformation, commercialisation,
consommation, etc.) de la production, au niveau local (district/sous-région) et national. Les
interactions, à leur tour, seront influencées par les facteurs de développement: capital naturel,
capital technique, capital humain (savoirs locaux), capital social (institutions), ainsi que par le
fonctionnement du marché. En fonction de tous les éléments évoqués, les mesures
d’intervention choisies pourront avoir un effet à court, moyen ou long terme.

Une représentation graphique de ce cadre complexe est offerte par la Fig. 1. Trois dimensions
principales à la base du développement des systèmes agricoles et ruraux peuvent être retenues:
les facteurs de développement, le fonctionnement de la production, les objectifs/fonctions des
systèmes agricoles. Pour des raisons de simplification, il a été décidé, dans ce document, de
restreindre l’examen aux mesures adressées directement au secteur agricole et au monde rural,
en les isolant du monde extérieur. Toutefois, il ne faut pas oublier, que le secteur agricole agit
à l’intérieur d’un environnement composé par d’autres secteurs économiques avec lesquels
l’agriculture entretien des relations plus ou moins intenses. Il en découle que toute intervention
du gouvernement, indépendamment du secteur (agricole ou non) ou du niveau (local, district,
national) auquel elle est mise en place, se répercutera sur le développement agricole et rural.

D’autre part, dans la plupart des pays en développement, l’agriculture représente le


secteur économique le plus important et dans plusieurs d’entre eux, le niveau de développement
est fortement dominé par l’agriculture de subsistance. Il en découle que les interventions de
politique les plus importantes intéressent particulièrement le secteur agricole et rural.

III- Facteurs de développement

Ici nous rappelons les facteurs qui influencent le développement de l’agriculture et dont l’Etat
doit tenir compte dans la conception de politiques agricoles.

1- Capital naturel

La croissance des plantes et des animaux est le résultat de processus biologiques dépendant
fondamentalement des conditions naturelles (exposition des sols, lumière, température,
humidité, caractéristique physiques et chimiques des sols, etc.). En dépit des résultats
considérables obtenus par l’homme dans le contrôle des processus biologiques, l’agriculture
reste encore, surtout dans les pays en développement, fortement influencée par les aléas du
climat (inondations, sécheresse, pluies torrentielles, etc.) et par la qualité des ressources
naturelles qui en constituent les intrants principaux : sols, eau, air. La dégradation de ces
ressources dans beaucoup de pays en développement (érosion des sols, eaux salines, pollution
de l’eau et de l’air, etc.) est une des causes principales de la baisse de fertilité des sols. La prise
en compte de l’environnement est donc un impératif qui se pose aussi bien au niveau des
exploitations qu’au niveau des Gouvernements.

2- Capital humain et social

La présence du capital humain est ce qui fait la différence entre la végétation et la faune à l’état
sauvage et l’agriculture ou l’élevage. L’homme se propose de maîtriser les facteurs
naturels qui permettent la croissance des plantes et la vie des animaux pour satisfaire ses
besoins en nourriture. L’exploitant agricole est appelé à remplir deux fonctions principales
en agriculture : celle du cultivateur/éleveur et celle de gérant de l’exploitation. Autrement dit,
il doit associer le travail physique des pratiques culturales au travail mental de la gestion et de
la prise de décision. Le développement de l’agriculture est fortement lié à la capacité et
l’habileté des exploitants agricoles à exercer ces fonctions. Le développement de ces capacités
est un processus complexe qui dépend des aspirations personnelles des exploitants (ambition
d’une vie meilleure que celle de leur parents) de la propension à l’apprentissage (non seulement
des savoirs des parents ou du village mais aussi des progrès techniques) de l’imagination dans
l’expérimentation de nouvelles pratiques, du goût pour le risque (dans l’introduction, par
exemple, de nouvelles cultures).

Le capital humain dépend aussi de l’influence de l’évolution de la démographie, l’état de santé


de la population et l’importance de la pauvreté. Le rôle de la femme dans ce cadre est
particulièrement important. Au niveau du ménage, c’est en général la femme qui prend en
charge l’éducation, la santé, l’alimentation des enfants. Or, les femmes ont souvent moins accès
que les hommes à l’éducation, à la nourriture et à l’assistance sanitaire. Des programmes publics
spécifiques adressés aux femmes ainsi qu’une plus grande considération des exigences des
femmes dans les projets/programmes publics (vulgarisation, crédit, formation, etc.) peuvent
trouver une justification à la fois sociale et économique.

L’agriculteur est enfin un être social façonné par la famille et la communauté à laquelle il
appartient. Le capital social représenté par les mœurs, les coutumes, les croyances, les formes
d’organisation et les règles que se donne la collectivité est aussi important que le capital humain
dans le développement agricole car il influence le comportement et le choix des individus. Le
bon fonctionnement du capital social peut faciliter, par exemple, la collaboration, la
participation et la solidarité entre les membres de la collectivité.

Toute mesure visant à développer le capital humain dans le secteur agricole doit donc être
capable d’identifier parmi les facteurs ci- dessus ceux qui constituent des obstacles au
développement et de créer un environnement (capital social) favorable à leur élimination.
3- Capital technique et physique

Le capital technique et physique est composé par tous les outils, machines, bâtiments, main
d’œuvre, terre, infrastructures (routes, électricité, communication, réseau d’irrigation, etc.)
nécessaires à exercer l’activité de production agricole et de stockage.

Deux aspects importants du capital technique et physique sont la disponibilité et l’accès.


L’adoption de nouvelles techniques qui requièrent l’emploi d’engrais et d’eau d’irrigation ne
seront pas adoptées par les agriculteurs si la quantité nécessaire d’eau et d’engrais n’est pas
disponible à un moment donné et à des prix acceptables ou si les prix des produits agricoles ne
sont pas suffisamment rémunérateurs à cause, par exemple, de la difficulté d’accès aux marchés.

Ici aussi, l’état peut jouer un rôle décisif. Il peut, par exemple, intervenir sur le système des prix
des facteurs de production et des produits agricoles si ceux-ci ne reflètent pas leur coût réel
(voir politiques des prix au chapitre 1). Il peut aussi intervenir au niveau de la fourniture de
services de marché (notamment crédit agricole) et des grandes infrastructures pour favoriser la
circulation des marchandises, des hommes et des informations, ce qui, en général, entraîne aussi
une diminution des coûts de production et de commercialisation.

4- Technologie

La technologie est aussi à considérer comme un facteur de développement dans la mesure où


elle représente la façon dont les facteurs techniques et physiques, les facteurs humains et
sociaux, les facteurs naturels examinés plus haut sont utilisés dans l’activité de production
agricole; de la préparation des sols à la récolte.

Le progrès technologique est une condition indispensable pour le développement de


l’agriculture. Il consiste à éliminer les facteurs limitant, par exemple, l’augmentation des
rendements. Ainsi, si les rendements sont faibles à cause d’une fertilité naturelle des sols
insuffisante, l’apport d’engrais représente une amélioration technologique. Si, au contraire la
fertilité naturelle des sols est bonne mais les rendements sont quand-même faibles, une
solution technologique pourrait consister à introduire une nouvelle variété de culture capable
de mieux utiliser la fertilité naturelle.

L’innovation technologique peut avoir plusieurs origines: (i) imitation des pratiques culturales
des agriculteurs les plus performants de la même région; (ii) importation de technologies
développées dans d’autres régions ou pays ayant les mêmes caractéristiques agro-écologiques;
(iii) expérimentation ciblée (par exemple, recherche d’antiparasitaires plus efficaces, machines
agricoles plus efficientes, variétés de plantes plus résistantes, etc.).

Toutes ces sources d’innovation technologique font l’objet d’une activité de recherche et
développement (R&D), que ce soit au niveau de l’exploitation agricole (imitation des
pratiques culturales du voisin), d’industries spécialisées (industrie agro-chimique, etc.), ou de
l’état (recherche de base, recherche appliquée). Si d’une part l’importance du secteur privé dans
les activités de R&D augmente avec le niveau de développement du pays, il est vrai aussi que
l’état reste un acteur clé non seulement dans la définition des stratégies et des politiques
nationales de R&D mais aussi dans certains domaines de recherche spécifiques.

IV- Les particularités du fonctionnement de la production agricole

Certaines caractéristiques de l’activité agricole font que ce secteur ne peut pas être comparé à
d’autres secteurs économiques souvent plus maîtrisables par l’homme. De ce fait, il demande
des interventions publiques. Nous examinerons ci-dessous les particularités les plus importantes
de l’activité agricole.

1- Biologie

En dépit des résultats considérables atteints dans le contrôle des processus biologiques qui
affectent la croissance des plantes et des animaux, l’homme n’est pas encore capable de
modifier certaines particularités de l’agriculture comme, par exemple, la nécessité de grands
espaces, la dépendance des conditions climatiques et des sols, le respect des calendriers de
production.

Tous ces aspects font que, l’activité agricole, contrairement à, par exemple, l’activité
industrielle, dépend fortement de toute une série d’investissements et services qui ne peuvent
pas être assurés par le secteur privé à lui seul. Ainsi les grands espaces comportent la présence
d’une infrastructure de transport efficiente si l’on veut que les exploitations soient
approvisionnées en intrants et que les produits de l’agriculture arrivent sur les marchés de
destination. Une grande variété de conditions climatiques et de sols dans de petits espaces
suggère qu’il existe des services de vulgarisation efficaces, capables d’orienter les agriculteurs
dans le choix des cultures et des pratiques culturales les plus appropriées (par exemple
diversification de la production plutôt que monoculture).
2- Exploitant

Comme il a été rappelé plus haut, l’agriculteur est appelé à exercer plusieurs fonctions, alors
que les travailleurs des autres secteurs économiques sont généralement spécialisés dans une
fonction. Ces fonctions sont d’autant plus compliquées que les conditions des sols et du climat
varient considérablement et que les activités menées par l’agriculteur sont fortement
diversifiées.

L’éducation, la formation, la communication, la création d’associations de producteurs, la


vulgarisation, la décentralisation, la participation, la bonne gouvernance, constituent autant de
domaines d’intervention de la part du secteur public qui pourraient contribuer au
développement de conditions favorables à l’amélioration des savoirs des paysans.

3- Exploitation

L’exploitation est composée de (i) un groupe humain qui met en valeur des (ii) ressources
naturelles (sols, eau, etc.) à l’aide de (iii) moyens techniques et matériels, ainsi que de (iv)
savoirs. L’exploitation n’est pas une entité fixe. L’extension et la composition même
des structures qui la composent changent avec les conditions naturelles et les méthodes et
techniques de production employées. Ainsi dans une même région peuvent cohabiter des
types d’exploitations très différentes entre elles avec des modes de production aussi différents
que l’agriculture itinérante ou sédentaire. L’introduction de nouvelles technologies peut
comporter une transformation des dimensions et des systèmes de production. Ces
transformations ont des implications importantes en termes de politique car elles mettent en
cause des domaines tels que les droits de propriété, la recherche, le cadastre foncier, jusqu’à la
réforme agraire lorsque, par exemple, persistent dans un pays donné des situations de rente très
importantes.

4- Spéculations

Lorsque des politiques de développement agricoles sont identifiées, il ne faut pas oublier de
considérer leur possible impact sur les réactions des exploitants quant au choix des spéculations
et des systèmes de production. Les décisions des exploitants sont toujours prises sur la base des
coûts et des recettes ou bénéfices. Ces coûts et bénéfices peuvent être monétaires et non
monétaires (prestige, respect, satisfaction morale, responsabilité à l’intérieur de la communauté,
etc.). Autrement dit, les exploitants vont toujours se demander non pas si de nouvelles
technologies vont être efficaces, mais si leur introduction va leur permettre d’augmenter leurs
bénéfices nets. Le critère de décision sur les spéculations d’une exploitation qui produit
principalement pour l’autoconsommation sera sans doute basé sur la possibilité d’obtenir assez
de produit pour la satisfaction des besoins de la famille. Le critère de décision d’une exploitation
ouverte au marché sera au contraire basé sur la possibilité d’accès au marché et sur les prix
relatifs des produits. Enfin, le critère pour un exploitant qui a, par exemple, des opportunités de
travail à l’extérieur du secteur agricole pendant une période de l’année sera celui de choisir des
spéculations qui ne demande pas de travail pendant la saison où il est absent.

V- Les rôles de l’agriculture

L’agriculture joue plusieurs rôles importants qui peuvent faire l’objet de politiques agricoles.

1- Rôle économique

La contribution de loin encore la plus importante de l’agriculture à l’économie des pays en


développement est la production d’aliments pour nourrir une population en forte croissance.
S’ajoute ensuite la production de matières premières destinées à l’exportation et en moindre
partie à la transformation domestique. Les revenus des exportations représentent une part
considérable des réserves en devises étrangères avec lesquels les pays peuvent financer les
importations. Dans beaucoup de pays, le secteur agricole est une source de capitaux pour le
développement des secteurs non agricoles, que ce soit sous forme de taxes payés à l’état,
transferts en argent ou en espèce aux membres de la famille émigrés en ville, main d’œuvre.
Enfin, les populations des zones rurales constituent encore le principal consommateur de
produits non agricoles. Avec le développement agricole se développent aussi d’autres valeurs
économiques dans les zones rurales, telles que le tourisme/loisir et l’artisanat, qui peuvent être
complémentaires ou en conflit avec la production agricole.

2- Social

L’agriculture n’a pas qu’une fonction productive. Dans beaucoup de pays, elle est encore
associée à des valeurs perçues comme positives, telles que culture, langue, tradition, identité,
qui représentent le fondement de la cohésion sociale non seulement pour les résidents
dans les zones rurales mais aussi pour les membres de la famille émigrés en ville qui restent,
au moins dans un premier temps, fortement liés à leur terroir. L’évidence montre que souvent
le développement agricole est accompagné par une déstructuration plus ou moins importante
de ces valeurs due principalement aux phénomènes d’exode rural. D’autre part, il est vrai aussi
que le développement introduit d’autres valeurs sociales telles qu’une meilleure éducation
des résidents dans les zones rurales, un plus grand dynamisme des agriculteurs, qui peuvent
se traduire ensuite par une réduction de la pauvreté, ainsi que des inégalités sociales (sexe et
classes d’âge).

3- Environnemental

L’environnement assure trois fonctions économiques principales : intrants pour la production


agricole (sols, eau, oxygène, lumière) ; absorption des déchets produits par les activités
économiques ; aménités (beauté du paysage, etc.). La dégradation de ces fonctions se répercute
sur le développement économique et social des pays. En prenant l’exemple de l’agriculture, des
systèmes de production comportant un recours excessif aux produits chimiques, à
l’irrigation et au travail mécanisé du sol peuvent entraîner des effets néfastes comme la
pollution de l’eau, l’érosion des sols, la réduction de la capacité de résistance et de la diversité
des écosystèmes. Ceci augmente la vulnérabilité des sols aux aléas climatiques (sécheresse,
inondations, pluies torrentielles, etc.) et les risques liés à la production agricole avec toutes les
conséquences sociales et économiques qui en découlent. Le respect de l’environnement est donc
une condition nécessaire pour un développement durable de l’agriculture.

Les politiques d’intervention seront choisies en fonction des priorités de développement du


pays. Selon la situation spécifique du pays, celles-ci pourront porter une préférence sur l’une
ou l’autre fonction de l’agriculture. Mais ce qui est important est que les mesures de politique
retenues soient mise en place en pleine conscience des répercussions en termes de coûts et
d’avantages qu’elles peuvent avoir sur l’une ou l’autre fonction de l’agriculture. Ainsi si la
priorité de développement d’un pays donné est de augmenter la production agricole à travers
une utilisation accrue de produits chimiques, les possibles coûts ou avantages économiques,
environnementaux et sociaux en termes, par exemple de sécurité alimentaire, doivent être
également pris en considération.
VI- Domaines et mesures d’intervention

Aux paragraphes précédents nous avons analysé les raisons pour lesquelles l’intervention de
l’état peut se rendre indispensable pour le développement agricole et rural. Des implications
possibles en termes de mesures d’intervention ont aussi été évoquées. Dans ce paragraphe sont
proposées une classification des mesures de politique possibles et l’analyse du cadre dans lequel
elles peuvent être appliquées.

Les mesures de politique peuvent être classifiées sur la base des objectifs visés (par exemple,
politiques des ressources naturelles, politiques d’accès aux intrants, marchés, crédit), ou sur la
base des modalités de mise en œuvre. Dans ce cours nous avons opté pour cette dernière
classification parce qu’elle permet une distinction plus nette entre les différentes catégories
qui la composent. Trois grandes catégories peuvent être retenues: (i) investissements directs
en projets de développement; (ii) programmes d’appui; (iii) législation et réformes
institutionnelles. En général, ces mesures sont adressées au développement du capital humain,
capital naturel et capital technique et physique.

1- Investissements publics directs en projets de développement

Depuis quelques années on assiste à un désengagement progressif de l’état de la production de


biens et services. Ceci est en général justifié d’une part par les hauts niveaux de l’endettement
et des déficits de budget des pays en développement et de l’autre, par les résultats pas toujours
satisfaisants du contrôle direct des activités de production, transformation, commercialisation
et services de support de la part de l’état lors des décennies précédentes. Dans des conditions
spécifiques il se peut, toutefois, que l’état puisse jouer aussi un rôle important comme
producteur et fournisseur de biens et services. C’est le cas, par exemple, de certaines activités
qui demandent des investissements qui: (i) ne sont pas rentables du point de vue financier mais
qui ont une rentabilité économique élevée; (ii) concernent des biens publics ou qui génèrent
beaucoup d’externalités; (iii) supportent des coûts élevés au début du projet et produisent les
bénéfices à long terme.

Ces types d’investissements peuvent intéresser les trois catégories de facteurs de


développement identifiés au III). Ainsi les grands ouvrages qui concernent le capital naturel
(projets de conservation des sols, de protection de la biodiversité, de reboisement, etc.) mais
aussi le capital humain (formation, vulgarisation, assistance technique, R&D, etc.) et le capital
physique et technique (infrastructures routières, irrigation, chemins de fer, communication,
électricité, écoles, centres de recherche, etc.) seront très probablement pris en charge par le
Gouvernement car ils présentent tous une ou plusieurs des caractéristiques évoquées ci-dessus.

Ceci ne veut pas dire toutefois que les privés ne puissent pas être impliqués dans ces
investissements. Au contraire, l’expérience montre qu’il existe des complémentarités et des
synergies possibles entre les investissements privés et les investissements publics. Les meilleurs
résultats en termes de rendements aussi bien financiers qu’économiques sont souvent atteints
lorsque les politiques d’investissements publics sont accompagnées par un système
d’incitations aux investissements privés et par une implication et une responsabilisation directe
des bénéficiaires.

2- Programmes d’appui

Bien que les programmes d’appui ne visent généralement pas directement le développement du
secteur agricole, ils peuvent jouer un rôle d’accélérateur du développement, surtout lorsque ils
intéressent des domaines tels que l’éducation et la formation, la santé publique, la démographie,
la lutte contre la pauvreté.

L’éducation, par exemple, est sans doute un facteur essentiel pour le développement durable du
secteur agricole dans la mesure où elle permet la mise à jour des connaissances et l’amélioration
des compétences et de l’habilité dans la mise en œuvre des connaissances acquises.
Dans les pays en développement, le bas niveau d’instruction des agriculteurs et le manque
d’expertise des techniciens agricoles comptent souvent parmi les contraintes les plus
importantes à l’adoption de technologies de production plus productives.

La santé aussi représente souvent une contrainte au développement agricole. Celle-ci n’affecte
pas seulement la productivité des personnes atteintes lorsqu’elle touche la population active,
mais elle peut coûter très cher aux ménages affaiblis et aux institutions, notamment pour les
raisons suivantes: réorientation des fonds d'investissement vers les soins de santé, coûts
des funérailles, absentéisme, coûts de recrutement et de remplacement du personnel, perte de
personnel qualifié ou non, baisse de productivité due au manque de personnel expérimenté.

La population des pays en développement augmente à des taux plus élevés que le produit
intérieur brut. Ceci se répercute sur les revenus des ménages (surtout des plus pauvres) et sur la
capacité de ceux-ci de s’approvisionner en intrants. Par ailleurs, la croissance rapide de la
population pose un problème de pression sur les ressources naturelles d’où une chute de la
productivité qui s’accompagne d’un taux d’adoption de nouvelles technologies très bas. La
réduction du taux de croissance de la population devient donc un élément fondamental dans
toute stratégie de l’état visant au développement agricole et à la réduction de la pauvreté.

La pauvreté dans les pays en développement touche surtout les populations rurales. La difficulté
d’accès de celles-ci à la terre et aux intrants fait qu’elles se trouvent à exploiter les sols plus
fragiles, d’où une baisse de productivité et une insécurité alimentaire croissante, soit elles
“sortent” du secteur agricole pour s’engager dans des activités. Par ailleurs la fécondité des
couches les plus pauvres est beaucoup plus élevée que la moyenne, ce qui accentue le problème
de pression démographique et de dégradation des ressources naturelles. Il a déjà été rappelé
plus haut que la femme joue un rôle essentiel dans la lutte contre la pauvreté. Des programmes
publics spécifiques adressés aux femmes pourraient se révéler les plus efficaces à ce sujet. Un
programme d’éducation des jeunes femmes actives pourrait, par exemple, avoir des effets
bénéfiques sur la productivité des femmes ainsi que sur la santé, l’alimentation et l’éducation
des enfants.

3- Réformes institutionnelles

Le système institutionnel d’un pays est l’ensemble des organisations et groupements,


publics ou privés, ainsi que des règles qui sous-tendent leur fonctionnement. Le système
institutionnel joue un rôle de premier ordre dans le développement rural et du secteur agricole
en particulier car il: (i) influence l’efficacité et la qualité du cadre législatif intéressant le secteur
agricole; (ii) fournit les bases pour une meilleure prise de conscience, circulation et
communication de l’information (voir, par exemple, l’importance dans le développement
agricole des informations sur les prix des produits agricoles, sur les prévisions météo, sur les
droits de propriété, etc.); (iii) assure le respect de l’application des règles; (iv) peut encourager
et faciliter la participation et la négociation entre les parties intéressées.

En général, toutefois, le système institutionnel des pays en développement, et particulièrement


celui des zones rurales, n’est pas suffisamment développé pour assurer efficacement les services
mentionnés à cause d’une série de problèmes tels que la dispersion et la fragmentation des
exploitations, les difficultés d’accès des agriculteurs aux marché et aux services, le manque de
personnel qualifié, la faible collaboration et coordination des institutions, la compétition entre
les institutions, l’insuffisance des ressources financières, la désignation des responsabilités
peu claire, le peu ou pas d’implication des organisations privées.

En outre, le système institutionnel souffre très souvent d’une centralisation excessive, ce qui
fait qu’il ne reflète pas toujours les exigences réelles venant de la base ou bien il n’assure pas
suffisamment d’autonomie et de ressources aux institutions locales.

L’état peut intervenir à deux niveaux en ce qui concerne les politiques institutionnelles: la
réforme du cadre législatif et la réforme des organisations.

En ce qui concerne le cadre législatif, il est important de souligner qu’un système de lois clair,
solide et fiable est essentiel dans le développement agricole ainsi que pour tout autre activité
économique. Les droits de propriété, les obligations contractuelles, les groupements et
associations doivent être supportées par un système de règles et de lois capables d’éviter ou
réprimer les transgressions.

La réforme du cadre législatif entraîne aussi généralement une réforme de l’organisation de


l’administration publique et la création ou adéquation des organisations privées pour en assurer
la mise en œuvre, le respect et le suivi. Les réformes institutionnelles qui ont intéressé de plus
près les pays en développement dans ces dernières décennies sont: (i) la décentralisation; (ii) la
libéralisation; (ii) la privatisation; (iii) la réforme du régime foncier; (iv) la gestion des
ressources en eau.
CHAPITRE III : POLITIQUE DE CREDIT ET FINANCES RURALES

Objectifs du chapitre:

L’étudiant ayant suivi ce chapitre, doit être capable de :

- donner un aperçu du contexte macro-économique qui détermine les politiques en


matière de crédit agricole et finances rurales;
- expliquer le rôle des banques dans la collecte de l’épargne et le crédit;
- expliquer le mécanisme du taux d’intérêt et sa fonction dans l’ajustement entre épargne
et investissement;
- donner un aperçu de l’expérience des politiques de crédit agricole;
- donner des informations et exemples sur les finances rurales.

I- Le contexte macro-économique des politiques de crédit

1- Relation entre épargnes, investissements et croissance


Dans une économie fermée, (n’entretenant aucun échange avec le reste du monde), le volume
total des investissements qui peut être réalisé au cours d’une année par l’ensemble des
agents investisseurs correspond exactement au volume de l’épargne constituée par les agents
économiques. L’épargne, constituée par des biens (par exemple animaux et bijoux) ou argent,
est la différence entre le revenu total et la consommation.

Plus la part des revenus consacrée à la consommation est importante, plus la source
des investissements sera faible et, en conséquence, plus la croissance sera faible; à son tour
une croissance faible se traduira à l’avenir par une médiocre progression des revenus qui ne
permettra pas d’augmenter la consommation plus fortement. A l’inverse, si une part importante
des revenus est épargnée cette part peut être investie et la croissance pourra être plus forte si les
investissements sont rentables, ce qui se traduira à l’avenir par des revenus plus élevés et, par
la suite, par la possibilité de consommer davantage.
2- Besoin en financement

Si l’investissement envisagé est supérieur à l’épargne disponible on aura un besoin de


financement. En règle générale, les ménages, considérés globalement, ont une capacité de
financement (leur épargne est supérieure aux investissements), tandis que les administrations
et les entreprises dégagent un besoin de financement (leurs investissements dépassent
le volume de leur épargne).

3- Comment mettre en communication les capacités d’épargne et les besoins en


financement?

Sans avoir recours à l’extérieur, il existe trois moyens par lesquels les capacités d’épargne
peuvent se mettre en communication avec les besoins en financement. Ce sont: la collecte de
l’épargne et le crédit bancaire; l’émission et la souscription d’obligations et l’émission et la
souscription d’actions.

4- La collecte de l’épargne et le crédit bancaire

Le ménage qui désire un prêt ou l’entreprise qui souhaite procéder à un investissement peuvent
s’adresser à une banque pour obtenir de celle-ci un crédit à moyen ou long terme. La banque,
cependant, ne peut consentir ce crédit, et par suite immobiliser des fonds pour une durée de 5 à
10 ans, voire davantage, que si elle dispose de ressources stables. Cela suppose donc que la
banque, dans le même temps où elle accorde des crédits aux agents économiques ayant besoin
du financement, doit se préoccuper d’attirer vers elle l’épargne des agents économiques ayant
des capacités de financement.

a- La collecte de l’épargne est le complément nécessaire à l’attribution de crédit à


moyen et long terme

La collecte de l’épargne est donc le complément nécessaire à l’attribution de crédits,


particulièrement à moyen et long terme. C’est dans la mesure où les banques font l’un et
l’autre qu’elles assurent la mise en correspondance des capacités et des besoins de financement.

Il n’y a pas dans ce cas de relation directe entre le prêteur et l’emprunteur. Les banques
collectent des fonds auprès des premiers et prêtent aux seconds. Cela implique, en
particulier, que les risques du prêt sont entièrement supportés par les banques. Si l’entreprise
ou le ménage à qui une banque a consenti un crédit est dans l’incapacité de rembourser celui-ci
à l’échéance, la banque en supporte seule les conséquences. Cela ne diminue en rien l’obligation
où elle est de restituer le moment venu l’argent qu’elle a reçu en dépôt des épargnants.

Il n’y a pas dans ce cas de relation directe entre le prêteur et l’emprunteur. Les banques
collectent des fonds auprès des premiers et prêtent aux seconds. Cela implique, en particulier,
que les risques du prêt sont entièrement supportés par les banques. Si l’entreprise ou le ménage
à qui une banque a consenti un crédit est dans l’incapacité de rembourser celui-ci à l’échéance,
la banque en supporte seule les conséquences. Cela ne diminue en rien l’obligation où elle est
de restituer le moment venu l’argent qu’elle a reçu en dépôt des épargnants.

b- L’analyse des risques par les banques

Cela suppose donc que les banques procèdent, avant de consentir un crédit, à une analyse
attentive des risques de l’opération qu’elles vont financer. Les banques peuvent également
demander aux emprunteurs que ceux-ci leur fournissent des garanties. Par exemple, dans
le cas où une banque finance l’acquisition ou la construction d’un logement, il sera prévu dans
le contrat entre la banque et l’emprunteur que, dans le cas où celui-ci serait dans l’incapacité
de faire face au paiement des intérêts et au remboursement du prêt, la banque sera en droit de
faire vendre le logement et de prélever ce qui lui est dû sur le produit de cette vente. Dans le
cas d’un crédit consenti à une exploitation agricole, la banque pourra de la même manière exiger
qu’une partie des terres appartenant à l’agriculteur serve de garantie au prêt.

c- La viabilité des banques

Les banques sont des entreprises qui ont des recettes et des coûts d’opération (bâtiments,
salaires, etc.); comme toute entreprise elles doivent se préoccuper d’avoir une situation
financière saine. Les banques sont rémunérées pour leurs activités de crédit par la différence
entre le taux d’intérêt qu’elles versent aux épargnants (taux créditeur) et le taux d’intérêt
plus élevé (taux débiteur) qu’elles facturent aux emprunteurs. Le taux débiteur peut varier en
fonction du risque de l’opération financée et de la nature des garanties apportées par
l’emprunteur : plus l’opération est risquée et moins il y a de garanties, plus le taux d’intérêt du
crédit sera élevé.
5- Emission et souscription d’obligations

A la différence du crédit, l’émission d’obligations établit une relation directe entre


l’emprunteur et le prêteur. Dans beaucoup de pays, le gouvernement invite les prêteurs (les
souscripteurs - nationaux ou étrangers-) à mettre à sa disposition tout ou partie de leur capacité
de financement; il s’engage, en contrepartie, à lui verser annuellement un intérêt et à lui
rembourser le capital prêté à une date convenue à l’avance (10 à 20 ans).

6- Comment se fait l’ajustement entre épargne et investissement?


Le taux d’intérêt est le mécanisme par lequel les agents économiques disposant
d’une capacité de financement acceptent de mettre celle-ci, pour un certain temps, à la
disposition des agents économiques qui ont un besoin de financement. C’est la rencontre entre
l’offre d’argent (agents excédentaires) et la demande d’argent (agents déficitaires) qui constitue
le marché. Le taux d’intérêt est donc le prix de l’argent pour une période donnée, généralement
un an.

7- Les défaillances du marché


Néanmoins il faut dire que toute l’épargne disponible dans l’économie n’est pas soumise aux
mécanismes de marché. Une partie importante des investissements est autofinancée: des
ménages, entreprises et gouvernements utilisent leur propre épargne pour financer la plus
large part de leurs investissements et ne recourent au crédit bancaire ou au marché financier
que pour financer le complément.

En outre, les banques prêtent plus volontiers aux grandes entreprises qui leur paraissent offrir
plus de garanties que les petites entreprises et agriculteurs, avec moins de risque de non-
paiement et moins de coûts administratifs dus aux problèmes de joindre des populations rurales
très dispersées. Cette situation a amené l’état à intervenir en créant des établissements bancaires
spécialisés dans le financement des exploitations agricoles, par exemple, ou prenant à sa charge
une partie des intérêts des prêts consentis par les banques aux petites entreprises afin de faciliter
l’accès de celles-ci au crédit. Le but de ces interventions a été de promouvoir le développement
de l’agriculture et d’atteindre les ménages agricoles, qui pour leur dispersion dans le territoire,
les risques qu’ils encourent et leurs besoins en crédit particuliers (par exemple le crédit de
campagne, le crédit pour des services spécifiques, le besoins de formes de garantie non
traditionnelles) nécessitent une attention particulière.

II- Du crédit agricole aux finances rurales

Les politiques de développement mises en place dans la plupart des pays en voie de
développement ont été caractérisées jusqu’à récemment par une intervention très répandue
du gouvernement dans l’économie agricole pour promouvoir les investissements, réguler les
prix, les marchés et les conditions de production.

Au niveau financier, cette politique s’est manifestée par des mesures cherchant à pallier
les défaillances du marché. Il s’agit de:

- la création de banques de développement et ayant la tâche de distribuer un ensemble


de ressources et services au secteur rural;
- la promotion de lignes de crédit en faveur du secteur, à des taux d’intérêt bonifiés; et
- l’octroi de crédit par organismes paraétatiques de commercialisation dont le repaiement
par les agriculteurs se faisait en cédant une partie de la récolte de l’année suivante;

La raison d’être de ces mesures était de donner du crédit agricole bon marché pour atteindre les
agriculteurs et les stimuler à adopter des techniques de production modernes, et à
augmenter la production et les exportations.

1- Les taux d’intérêt bonifiés


Le taux d’intérêt bonifié signifie qu’il est au-dessous du taux du marché (c’est-à-dire le taux
déterminé par l’équilibre entre l’offre et la demande d’argent). Il représente donc un transfert
de ressources du prêteur (celui qui offre l’argent) vers l’emprunteur (celui qui demande
l’argent) et ses activités.

La politique de crédit agricole à un taux d’intérêt bonifié a été conçue dans l’objectif d’atteindre
le plus grand nombre de bénéficiaires de la population cible, généralement les petits producteurs
pauvres, pour permettre leur développement. Mais les dépenses implicites (le coût alternatif du
temps perdu en procédures et démarches longues qui exigent des déplacements multiples à la
banque) et explicites (frais de transport pour aller et revenir de la banque, frais et commissions
fixes de crédit, fonds de garanties qu’il faut payer ou hypothèques qu’il faut inscrire)
représentent une somme plus ou moins fixe par rapport au montant de crédit; ce qui fait que
l’impact de ces dépenses sur le coût du crédit est inversement proportionnel au montant
du prêt. Ces dépenses ont donc une incidence plus grande sur les petits crédits que sur les
grands, ce qui fait que les coûts non financiers et la multiplication des démarches sont des
facteurs défavorables au petit emprunteur. L’expérience montre qu’en réalité ce sont surtout les
grands agriculteurs qui ont bénéficié le plus du crédit à des taux d’intérêt bonifiés. (Il est estimé
que seulement 5% des petits agriculteurs en Afrique et 15% en Amérique Latine et Asie ont eu
accès au crédit formel; le revers de la médaille est que 5% des emprunteurs ont bénéficié de
plus de 80% du crédit agricole).

A l’intérieur des discriminations de facto du crédit vers les petits emprunteurs, il existe en plus
une discrimination vers les femmes.

Les risques

Lorsque le crédit bonifié est distribué par les banques d’état (ou parfois même par des banques
privées mais sur des ressources publiques) il peut être dévié par des pressions externes ou
internes à l’institution, vers les secteurs ou groupes qui ont plus de pouvoir, au détriment des
groupes plus pauvres. Le crédit bonifié peut se prêter aussi à être utilisé comme instrument
politique lors de campagnes électorales.

2- Le crédit ciblé

L’expérience et les enquêtes montrent aussi que les petits producteurs et les ménages ruraux
(surtout les femmes) demandent du crédit pour l’utiliser à des fins décidés par eux-mêmes et
non exclusivement pour la production et la commercialisation agricoles, comme c’est le cas de
certain crédit ciblé. Ainsi certains ménages demandent du crédit pour des dépenses de
consommation liées à l’éducation/formation ou la santé.

Par contraste aux problèmes rencontrés dans l’octroi du crédit bonifié et du crédit ciblé par les
banques de développement agricoles, qui constituent le système bancaire formel d’un pays, il
faut dire que dans beaucoup de pays ce système a servi à établir un réseau spatial d’institutions
bancaires, à créer des capacités de gestion du crédit et aussi à introduire des technologies
nouvelles.
C’est l’expérience du secteur formel qui a amené à réfléchir sur comment appuyer son mode
d’intermédiation financière avec le mode d’intermédiation couvert par le concept de « finances
rurales ».

3- De la notion de crédit aux finances rurales

Ce concept s’appuie sur l’idée que tout producteur agricole a des épargnes, ou des périodes
dans lesquelles il a des excédents de liquidité et des périodes où il a des besoins de financement.
En l’absence d’un système financier adapté, les épargnes sont placées en investissements
comme animaux, bijoux, etc. Donc il y a un espace pour la mobilisation de cette liquidité,
comme source de financement. Cependant, une condition sine-qua-non pour ce processus est
l’existence d’un système financier proche et adapté en dimension, rentabilité et sécurité, aux
petits producteurs du secteur traditionnel.

La différence la plus importante entre crédit agricole et finances rurales se trouve dans la
conception du monde rural comme un tout composé par agriculteurs et non-agriculteurs;
agriculteurs occupés à temps complet en agriculture et agriculteurs occupés à temps partiel dans
le secteur; ménages et entreprises agricoles et non-agricoles, qui ont besoin de services
financiers et non seulement de crédit pour des buts de production agricole.

4- Les institutions financières


En plus des institutions financières reconnues par le gouvernement sujettes aux réglementations
et contrôles bancaires, on trouve aussi dans la majorité des pays un secteur semi-formel et un
secteur informel. Les intermédiaires financiers semi-formels se situent en dehors des
réglementations bancaires, mais habituellement disposent d’une licence et sont supervisés par
d’autres organes gouvernementaux. Les intermédiaires financiers informels (c’est-à- dire sans
contrats légaux formels) opèrent hors du cadre réglementaire et de tutelle du gouvernement.

5- Le secteur financier semi-formel

Les intermédiaires du secteur financier semi-formel ne sont pas des établissements financiers
agréés, mais ils sont habilités ou autorisés à fournir des services et des produits financiers. Ces
opérateurs possèdent des licences et sont surveillés par d’autres organismes gouvernementaux.
Ils disposent normalement de règlements, de statuts, de constitutions ou de normes de
fonctionnement. Dans beaucoup de pays ces intermédiaires financiers reçoivent le soutien et
les subventions de donateurs et du gouvernement pour leurs opérations. Des exemples de tels
établissements sont: les caisses de crédit mutuel; les coopératives d’épargne et de crédit et les
banques villageoises.

6- Le secteur informel

Le secteur informel est constitué par des individus qui, comme occupation principale ou à temps
partiel, prêtent de l’argent. Ils peuvent être des propriétaires de terres qui pratiquent le fermage
ou le métayage combiné ou non avec le crédit, des commerçants ou des agro-industriels qui
font des avances en intrants aux agriculteurs contre la vente de la production, les “garde-
monnaie” ou les “banquiers-ambulants”, des prêteurs traditionnels (usuriers), etc.
Traditionnellement, ils chargent des taux bien plus élevés que le taux d’intérêt du marché; cela
est dû, selon certains à leur situation de monopole et aussi, selon d’autres, au risque de ne pas
être remboursés. Le marché informel du crédit est hétérogène et dispersé et agit hors du contrôle
des autorités monétaires.

Durant ces dernières années, il y a eu un intérêt accru à connaître et étudier certains systèmes
de finances semi-formelles et informelles (de type non-usurier) qui ont fait preuve
d’efficacité et de pertinence par rapport aux besoins en financement des petits producteurs et
des couches les plus pauvres de la population. Le succès relatif de certains systèmes de crédit
rural informel (mis en place souvent sans contrat écrit) prouve non seulement une bonne
connaissance entre prêteur et emprunteur et une meilleure adaptation aux intérêts mutuels des
deux intervenants, mais aussi une confiance dans les rapports personnels, qui normalement
n’existent pas dans les contrats des institutions formelles.

Néanmoins en général il existe peu de documentation concernant l’échelle des activités dans le
secteur informel, car les écritures ne sont pas communiquées aux autorités centrales. Il est donc
difficile et, à ce stade des connaissances, prématuré de tirer des leçons conclusives sur leur
potentiel pour le développement vis-à-vis du secteur semi-formel et du secteur formel.
7- Rôle de l’état dans les finances rurales

En principe, quel est le rôle que doivent jouer l’état et la banque centrale dans la promotion et
le développement des finances rurales? La banque centrale dans la majorité des systèmes
constitutionnels doit être aussi indépendante que possible de l’Etat, pour éviter toute
interférence de type ‘politique’. Quant à l’Etat, comment doit-il ou peut-il intervenir, pour
répondre aux besoins en financement des petits producteurs et pour assurer la viabilité des
intermédiaires financiers?

Les imperfections et les faiblesses structurelles des marchés financiers dans les pays en voie de
développement demandent une ample contribution de l’Etat. L’absence de concurrence et de
diversification dans l’offre des services financiers; les “barrières sociales” implicites dans le
caractère urbain de la plupart des intermédiaires financiers formels; l’information imparfaite
sur les emprunteurs et les faiblesses des rapports contractuels; les coûts d’intermédiation élevés
comme conséquences des risques élevés et d’une population traditionnellement composée de
petits épargnants et emprunteurs; la rareté des projets “bancables” (due au manque de capacités
d’une part de préparation de projets et de l’autre d’appréciation de leur rentabilité) sont autant
de problèmes qui militent en faveur d’un état jouant encore un rôle important destiné à réduire
les imperfections, améliorer le fonctionnement et jouer un rôle “incitatif” au développement
des marchés financiers ruraux, grâce à des mesures tant directes qu’indirectes.

8- Appui indirect

Comme mesure indirecte il est important de retenir d’abord le besoin d’une politique de
concertation gouvernement - banque centrale dans leur responsabilités respectives, destinée à
maintenir sous contrôle l’expansion monétaire et l’inflation. Par ailleurs il faut avoir une
réglementation qui garantisse les déposants et exerce une surveillance des institutions
financières afin de maintenir la confiance du public dans le système.

Il est aussi important d’avoir un système d’appui aux petits organismes de financement par les
grandes banques.

C’est la responsabilité de l’administration d’autoriser et encourager la création de nouvelles


institutions financières et de stimuler une saine concurrence entre elles. L’appui indirect aux
institutions privées (ONG, fondations, etc.) qui travaillent pour le développement des
marchés financiers ruraux et, en particulier la mise en place d’un cadre juridique-institutionnel
adapté au fonctionnement de ces institutions, est nécessaire dans beaucoup de pays.
L’importance des systèmes de financement informels a été un point important de la réforme du
secteur bancaire au Sénégal en 1988.

Un cadre adapté devrait garantir avant tout, la liberté d’action de ces institutions qui est à la
base de leur capacité innovatrice. Il doit donc appuyer l’autonomie de gestion et les décisions
administratives des organismes non-gouvernementaux qui font des efforts pour atteindre la
population rurale.

Le cadre doit exiger par contre l’information et la transparence dans la gestion de comptes
comme n’importe quelle autre entreprise privée; pour ceux qui n’ont pas de buts lucratifs, une
mesure convenable serait l’exemption d’impôts.

9- Appui direct

D’après l’analyse de plusieurs exemples d’institutions financières performantes en Afrique sub-


saharienne, les conclusions sont que l’intervention publique a été utile dans l’établissement des
institutions de crédit. Cette intervention peut se faire, pendant la phase initiale du
développement de l’institution, par des ressources financières ou par des programmes de
formation à la comptabilité et à la gestion. Cette assistance technique peut demander beaucoup
de temps et ressources et donc la phase d’établissement coûte souvent assez cher. Néanmoins,
c’est l’assistance à l’établissement de l’institution qui paraît fondamentale plutôt que la
subvention du taux d’intérêt.
CHAPITRE IV: LA FILIERE COMME OUTIL DE GESTION DE L’ECONOMIE
AGRICOLE

Objectifs du chapitre

L’étudiant ayant suivi ce chapitre, doit être capable de :

- de définir et expliquer le concept de filière;


- de montrer comment l’approche filière peut servir à mieux comprendre le
fonctionnement de l’économie agricole;
- de suggérer comment la filière peut servir de cadre pour la gestion du secteur agricole.

I- Définition de la filière

Une filière est constituée des agents économiques qui participent à la mise à disposition d’un
produit final donné. Elle retrace la succession des opérations qui, partant d’une matière
première agricole, aboutit, après plusieurs échanges et transformations éventuelles, à un ou
plusieurs produits finaux au niveau du consommateur ou de l’exportateur.

Exemples de filières: la filière cacao, la filière arachide, la filière riz, la filière coton, la filière
maïs, etc...

La filière cacao regroupe tous les acteurs qui interviennent depuis la production jusqu’à
l’exportation de la fève de cacao.

Il est évident que dans la réalité, les filières ne constituent pas des entités indépendantes: elles
se recoupent souvent. Ainsi, la filière coton a des relations très fortes avec la filière huile, au
sens large. De même, au fur et à mesure du développement des industries de transformation
agro-alimentaires, les filières ont tendance à converger vers des processus de transformation
complexes: par exemples la filière céréale s’intègre étroitement aux filières sucre et matières
grasses au niveau des unités de biscuiterie.

Il est donc important, quand on parle de filière de bien délimiter la filière en question. Cette
délimitation dépendra de l’objectif que l’on cherche à atteindre quand on fait recours au concept
de filière.
II- L’approche filière: pour mieux comprendre le fonctionnement de l’économie
agricole

La filière constitue un cadre très utile pour analyser le fonctionnement de l’économie agricole
d’un pays, surtout dans le cas où l’économie est une économie de marché. Ce sont en effet les
différentes opérations effectuées tout au long de la filière qui permettent de mettre en contact
l’offre de produits agricoles au niveau des paysans et la demande provenant des consommateurs
et du marché mondial. L’analyse des différentes opérations faites par les agents de la filière
permet d’en analyser: (i) le fonctionnement technique; (ii) la situation financière de chaque
agent économique et la distribution des revenus entre eux; (iii) la nature des mécanismes à
l’oeuvre sur les marchés où les produits sont échangés; ainsi que, (iv) l’évolution des prix des
produits lors de leur cheminement vers les utilisateurs finaux.

Avant d’entrer dans le détail de l’analyse d’une filière, il est utile d’en analyser l’importance
dans l’économie nationale (valeur de la production, emplois créés, etc.), et d’analyser
l’évolution récente de la production, de la consommation et du commerce extérieur de ses
principaux produits.

1- L’analyse du fonctionnement technique d’une filière

L’analyse d’une filière comprend normalement tout d’abord une analyse des flux physiques
entre agents économiques, depuis les producteurs jusqu’aux consommateurs ou exportateurs.

Cette analyse permet:

- d’identifier tous le produits (y compris les produits dérivés de la filière);


- de distinguer les différents circuits de la filière et de déterminer leur importance relative;
- de spécifier les paramètres techniques de chaque agent économique: utilisation
d’intrants, rendement, taux d’autoconsommation/commercialisation, taux d’extraction,
pourcentage de pertes, etc. Ceux-ci constituent des informations précieuses sur
l’efficacité technique des opérateurs. Cette dernière dépend notamment de leur
possibilité d’accès à des technologies plus performantes.

Elle nécessite la collecte d’une quantité importante d’information. Celle-ci se fait à partir de
sources secondaires (statistiques de production/consommation, système d’information sur les
marchés) et grâce à des interviews d’opérateurs économiques (producteurs, transformateurs,
commerçants, importateurs/exportateurs, etc.).

2- L’analyse financière des agents de la filière

L’analyse financière de la filière consiste à construire un compte pour chaque agent (voire
chaque opération, dans le cas où un agent effectue plusieurs opérations) pour identifier les
dépenses, recettes et bénéfices de chaque agent. Cette analyse permet notamment d’identifier
si certains agents font des surprofits par rapport aux autres, ou, au contraire, s’ils sont à la limite
de la rentabilité et risquent donc de ne plus continuer à participer à la filière à moyen terme --
ce qui pourrait avoir des conséquences graves pour l’ensemble des agents et pour le pays tout
entier.

Elle permet également de voir dans quelles proportions les profits créés par la filière sont
répartis entre diverses catégories d’agent économiques.

D’un point de vue dynamique, les informations prises en compte lors de cette analyse
permettent de se faire une idée de l’effet immédiat qu’aurait un éventuel changement du
système de taxes et de subventions sur divers agents de la filière (par exemple quels sont les
agents qui seraient “dans le rouge” au cas d’une diminution/ suppression d’une subvention ou
de l’instauration/augmentation d’une taxe).

3- L’analyse des marchés

Dans une économie de marché, chaque échange entre agents économiques peut être qualifié
de marché. La situation des agents par rapport au marché et leur stratégie déterminent dans une
large mesure le mode d’interaction existant entre eux et le prix payé (ainsi que les modalités de
paiement) par l’acheteur au vendeur.

La situation par rapport au marché des agents échangeant un bien dépendent du volume qu’ils
manipulent, de leur connaissance du marché et des conditions d’opération de leur partenaire
dans l’échange, ainsi que de leur possibilité d’accès à un acheteur/vendeur concurrent.
Plus ils manipulent un volume important et plus grand est leur zone d’action géographique,
mieux ils connaîtront les conditions du marché dans le pays. Si de plus ils ont connaissance des
coûts encourus par leurs partenaires dans l’échange, et s’ils ont le choix entre un assez grand
nombre d’agents économiques avec qui ils peuvent traiter (concurrence), leur situation sera
plus favorable encore.

Par exemple, un petit paysan isolé dans la brousse est en position de faiblesse par rapport à un
commerçant collecteur: il vend une faible quantité par rapport au volume brassé par le
commerçant; il connaît mal les prix qui ont cours sur les marchés importants du pays1; et il se
peut fort que le commerçant soit le seul qui vienne au village. Au contraire le commerçant traite
avec une multitude de paysans, il connaît peu près le prix auquel il pourra revendre le produit,
et il connaît également souvent le prix de revient du produit pour les producteurs. Dans ces
conditions, le paysan risque d’accepter de vendre à un prix inférieur à celui qu’il accepterait s’il
était sur un pied d’égalité avec le commerçant, car:

- s’il ne vend pas, cela constitue pour lui une perte capitale de source de revenu monétaire;
- il n’a pas suffisamment de données pour avoir un prix de référence assez valable pour
juger si le prix proposé par le commerçant est juste ou non; et,
- s’il ne vend pas au commerçant, il devra se déplacer au marché ce qui lui coûtera du
temps et des ressources financières.

Les mesures qui peuvent contribuer à améliorer la symétrie de ces relations sont bien connues,
par exemple: (i) les ventes groupées par les paysans; (ii) la mise en place d’un système
d’information sur les marchés et sur les coûts des autres agents économiques géré par l’état
et/ou les organisations professionnelles et qui tient les producteurs informés sur les prix sur les
principaux marchés du pays; et, (iii) l’organisation de ventes directes sur les marchés
d’importance régionale.

Ce type de problématique n’est pas spécifique aux relations entre producteurs et commerçants
et est valable pour les autres échanges effectués au sein de la filière.

La stratégie des agents joue un rôle déterminant dans la formation des prix et dépend de toute
une série de facteurs qu’il est impossible de tous énumérer ici. Par exemple, un commerçant
qui est nouveau dans une zone, peut essayer, s’il en a les moyens, de payer un prix excessif
pour chercher à éliminer les concurrents et contrôler le marché tout seul dans l’avenir (il
récupérera alors des surprofits qui lui permettront de rattraper les achats à perte effectués en
phase d’installation). Au contraire, un commerçant (ou un transformateur) qui a le monopole
pourra chercher à faire baisser le prix à la limite inférieure (plancher) où la poursuite de la
production reste tout juste intéressante pour les paysans: ces prix peuvent être très bas dans le
cas de cultures pérennes et nettement inférieurs au prix minimum nécessaire pour convaincre
les paysans de mettre en place la culture. De même l’éventail des possibilités de production et
des sources de revenus alternatives disponibles au producteur pèsera lourd dans la
détermination des prix qu’il pourra accepter pour ses produits.

D’autres facteurs jouant un rôle déterminant dans le fonctionnement du marché et la fixation


des prix sont le prix de revient pour le vendeur (qui déterminent la limite inférieure au- dessous
de laquelle le vendeur opérera à perte) et les possibilités de revente par l’acheteur qui dépendent
de la demande nationale (consommateurs) et des opportunités d’exportation (demande
mondiale).

4- L’analyse des prix aux divers stades de la filière

L’analyse des prix aux divers stades de la filière et de leur composition (coût de production
primaire, coût de transformation, coûts de transports, autres coûts, taxes et subventions,
profits) donne des informations précieuses sur le mode de fonctionnement de la filière et
les opportunités existant pour en améliorer l’efficacité.

Les économistes comparent généralement également les prix observés avec des prix
économiques qui prévaudraient si le marché était parfaitement concurrentiel et efficace,
et les échanges extérieurs entièrement libres. Cette comparaison leur permet d’identifier les
stades de la filière où l’on observe des distorsions et d’en préciser la source (intervention de
l’état sous forme de taxes et subventions, imperfection de la concurrence, taux de change, etc.).
L’on peut alors pousser l’analyse au niveau de ses stades, et faire des propositions précises
visant à améliorer le fonctionnement des marchés.

Ainsi, par exemple, la FAO participé à l’étude de la filière sucre dans un pays membre. Cette
étude a permis de déterminer la proportion des divers types de coûts dans le prix du sucre au
consommateur et du profit effectué par les agents de la filière dans le prix du sucre au
consommateur. Cette étude a notamment montré l’importance capitale des frais de transport
dans la formation du prix au consommateur. Ainsi, la production occuperait 27%, la
transformation 21%, le transport 20%, les subventions nettes 0%, coût de commercialisation
0%, et les profits 32%.
L’étude a montré comment les bénéfices créés dans la filière étaient répartis entre les agents de
la filière, paysans, sucreries, grossistes et détaillants. Les chiffres ont montré que ce sont les
transformateurs qui captent la plus grande partie des profits de la filière.

Enfin, l’étude a permis de montrer dans quelle proportion les différents agents de la filière
bénéficiaient de la protection qui est donnée à la filière. Il faut en effet savoir que dans le pays
concerné, la filière sucre est fortement protégée contre les importations et le prix au
consommateur est plus de 50% supérieur à ce qu’il serait si les importations de sucre étaient
libres. Ils s’avère que plus de la moitié du supplément de prix payé par les consommateurs va
aux sucreries et seulement un peu plus du tiers aux paysans.

Cette étude montre que l’idée que les commerçants tirent un profit excessif de leur activité ne
peut pas être généralisée, loin s’en faut. En fait, les commerçants fonctionnent souvent avec un
bénéfice très réduit qui peut se justifier par les risques qu’ils prennent et la fonction très utile
qu’ils jouent de lien indispensable entre la production et la consommation. Les commerçants
sont aussi souvent accusés d’être des "spéculateurs”. En fait, si la spéculation n’est simplement
que l’achat de produits au moment de la récolte, la prise en charge de leur stockage pendant une
partie de l’année, et la remise en vente au moment de la période “creuse’, c’est là une fonction
très utile permettant de limiter les fluctuations saisonnières des prix. Il ne faut pas oublier que
le stockage coûte (perte de produits, bâtiments, produits de traitement, frais financiers, etc.).
Bien sûr, il faut aussi reconnaître que dans certaines conditions, des excès se sont produits...

III- La filière: un cadre de gestion de l’économie agricole


La filière peut également être un cadre de gestion de l’économie agricole. Les divers agents
économiques actifs dans une filière (ainsi qu’éventuellement l’état) peuvent se retrouver au sein
d’une organisation interprofessionnelle pour discuter et négocier des mesures ayant pour but
d’améliorer le fonctionnement de la filière. Bien qu’ayant souvent des intérêts apparemment
divergents, ils ont un intérêt fondamental en commun, celui de voir la filière se développer.

Les structures interprofessionnelles peuvent contribuer à identifier les actions nécessaires à une
amélioration de l’efficacité économique de la filière (sa compétitivité) et notamment proposer
à l’état des nouvelles mesures de politiques favorables à une telle évolution.

L’interprofession peut aussi, en cas de dysfonctionnement évident du marché, chercher à


trouver un accord entre les parties prenantes sur certaines améliorations à apporter aux
mécanismes opérant à différents stades du marché, voire à fixer d’un commun accord des prix
intermédiaires dans la filière permettant une rémunération équitable des divers agents. Elle peut
aussi aider à mettre en place des systèmes de commercialisation plus efficaces. Ce type d’accord
est particulièrement important dans le cas de produits dont les caractéristiques rendent difficile
le développement de marchés compétitifs tels que les produits périssables (canne à sucre, fruits
et légumes) ou certains produits d’exportation où les économies d’échelle sont très importantes
et où une forte concentration du commerce de gros et d’exportation est nécessaire pour que les
produits du pays soient bien placés en arrivant sur le marché mondial.

Parmi la multitude de fonctions que peut assurer une organisation interprofessionnelle, on peut
citer:

- l’information des agents de la filière sur les conditions du marché national et mondial;
- leur formation (aspects techniques et de gestion);
- la détermination et la mise en œuvre d’un système de normes de qualité visant, au travers
notamment d’incitation de prix, à encourager une progressive amélioration de la
qualité des produits de la filière (ce rôle peut être particulièrement important pour les
filières d’exportation et peut être partagé avec ou cofinancé par l’état;
- la recherche de nouvelles formes contractuelles entre les agents de la filière;
- l’organisation de la négociation sur les prix internes à la filière;
la recherche de nouveaux produits ou techniques de transformation des produits de
la filière;
- la recherche de nouveaux marchés au plan national, régional ou mondial;
- la proposition à l’état d’effectuer certains investissements à caractère public
susceptibles de contribuer à la stratégie de développement de la filière;
- la formulation de suggestions en matière de politiques agricoles ou commerciales
(notamment lors de négociations internationales dans le cas de filières fortement
importatrices ou exportatrices).

IV- Les limites de l’approche “filière”


A côté de tous les avantages cités, cette approche filière a également des faiblesses. La
principale faiblesse de l’approche est qu’elle tend à négliger le fait que la filière fait partie
intégrante d’un ensemble économique plus vaste. Ainsi, les décisions prises par les divers
agents économiques travaillant dans la filière ne sont pas uniquement déterminées par des
facteurs internes à la filière, loin s’en faut.

Ainsi au niveau de l’exploitation agricole, la spéculation produisant le produit primaire de la


filière fait partie d’un système de culture dans lequel des liens étroits l’unissent avec d’autres
productions: système de rotation/assolement, complémentarités ou compétition au niveau du
calendrier et de l’organisation du travail, de l’utilisation de la terre, des besoins alimentaires ou
monétaires de l’exploitation.

De façon similaire, les commerçants sont rarement spécialisés en un produit spécifique, mais
au contraire commercialisent toute une série de produits, afin de bénéficier d’économie
d’échelle et de répartir les risques. Chez eux, les divers produits agricoles qu’ils manipulent
peuvent par exemple être en compétition pour les capacités de stockages limitées (en espace
tant qu’en capacité de financement).

Même les transformateurs (les moulins par exemple) disposent souvent d’unités de
transformation polyvalentes pouvant traiter plusieurs produits. Jusqu’au consommateur, qui
peut substituer certains produits, selon l’évolution des prix et des goûts. Tous ces liens et
facteurs font que, souvent, les mesures prises au niveau d’une filière ne sont pas traduites
effectivement en les résultats escomptés.

Enfin, l’expérience montre, qu’au fur et à mesure qu’un pays se développe, et notamment que
son marché se développe, la fonction de production (offre) d’un produit, que l’approche filière
privilégie fortement, se trouve de plus en plus dominée par la fonction commercialisation.
C’est cette dernière qui prend le dessus, en modifiant la logique de fonctionnement de
l’économie agro- alimentaire, la restructurant en réglant les flux de produits de façon nouvelle,
en déterminant le regroupement de la production et de la transformation dans certaines zones
particulières et en révolutionnant l’organisation de la commercialisation et de la distribution
des produits agro-alimentaires. Ce phénomène bien avéré en Europe commence à être observé
dans un certain nombre de pays en développement fortement urbanisés, notamment en
Amérique Latine.
Conclusion

L’approche par filière sert mieux comprendre le fonctionnement de l’économie agricole, surtout
dans des pays où l’offre reste le facteur déterminant et les marchés sont encore en phase de
développement. L’analyse du fonctionnement technique de la filière, de la situation des agents
économiques y opérant et des mécanismes de marchés régissant les échanges en son sein aident
à formuler des recommandations pour son développement. La filière peut également être un
cadre de gestion efficace, notamment grâce à la mise en place d’organismes interprofessionnels
où tous les agents économiques peuvent faire valoir leurs intérêts et négocier avec leurs
partenaires. Il faut cependant veiller à se souvenir qu’une filière n’existe pas de façon
indépendante dans l’économie, et que les décisions qui y sont prises résultent également
d’événements affectant des produits qui y sont extérieur.