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Regards Croises n° 23

EST DE LA RDC : LE CRIME BANALISÉ !

Goma
Avril 2009
« La première chose que demandent les victimes, c est de savoir ce qui est arrivé aux leurs,
connaître la vérité, non pas nécessairement pour arriver à des poursuites judiciaires contre les
auteurs mais bien souvent simplement pour être à l aise avec l événement, pour commencer à
se l approprier et pouvoir vivre avec lui »

(Professeur Gasana Ndoba)

1
PREFACE
Par Onesphore Sematumba
Pole Institute

La présente publication est la troisième que Pole Institute consacre spécifiquement au


travail de mémoire. La première, intitulée « Devoir de mémoire et responsabilité collective
pour l avenir »1 d ate d e 2004. A l ép oqu e, les m assacres d es réfu giés congolais d e
Gatu m ba venaient d e se p erp étrer et nou s avons p rod u it u n rap p ort événem entiel,
tou t en intégrant ce d ram e d ans u n contexte p lu s large p arce qu e « Gatu m ba n est
qu u ne graine d ans u n chap elet d e crim es qu i se sont su ccéd é d ans l ind ifférence
générale et d ans l im p u nité totale d ep u is assez longtem p s »2. Déjà à l ép oqu e, nou s
m ettions su r la table les qu estionnem ents liés à la cu ltu re d u silence tacitem ent
accep tée au tou r d es m orts qu i jonchent l histoire récente d e notre p ays, et tou t
p articu lièrem ent celle d e notre p rovince d u N ord Kivu . Au centre d e tou s ces
qu estionnem ents, celu i qu e tou t le m ond e se p ose m ais qu e p ersonne n ose p oser :
« Doit-on continuer à traîner le poids des morts qu on refuse de nommer et des meurtriers
qu on n ose pas désigner ? »3
A la su ite d e cette p u blication, nou s avons organisé u ne jou rnée p ortes ou vertes, où
les rep résentants d es com m u nau tés, les resp onsables p olitiqu es et religieu x, les
acteu rs d e la société civile d u N ord Kivu , ont p arlé p u bliqu em ent d e tou tes les
rancoeu rs, en rem u ant ce p assé si som bre et si p roche, p ou r en tirer les leçons et
constru ire l avenir. A cet exercice d e catharsis nou s avions associé d es p ersonnalités
venu es d ailleu rs, p ou r p artager les exp ériences et p u iser d es raisons d esp érer d ans
leu rs tém oignages. L essentiel d e cette jou rnée a été p u blié sou s le titre « Le devoir de
mémoire au Nord Kivu : enjeux et défis ».4
La troisièm e, c est celle qu e nou s p résentons au jou rd hu i. Tou t en restant d ans la
ligne d es p récéd entes, à savoir le d evoir qu e nou s avons d e reconnaître et d e
nom m er les m orts, su rtou t lorsqu e les victim es sont tom bées d ans d es circonstances
qu i au raient p u être évitées, elle s en d ifférencie p ar l ap p roche.
En effet, alors qu e les p rem ières p u blications tenaient d e la réflexion et d e l échange
d es tém oignages, celle-ci est u ne som m e d investigations su r le crim e et sa
banalisation à l Est d e la RDC. Les chercheu rs, tou s d eu x jou rnalistes p rofessionnels,
ont sillonné les p rincip ales villes d e cette p artie d u p ays, d u N ord Kivu à l Itu ri, en
p assant p ar le Su d Kivu et ont consu lté les sou rces d e la Police, d es organisations d e
la Société civile et au tres. Cette op tion exigeait u n cham p d e travail restreint d ans le
tem p s et d ans l esp ace. D où la lim itation d es recherches au x centres u rbains et celle
d u m onitoring d e janvier 2007 à ju in 2008. Dans ce contexte d e gu erre à l est d e la
RDC, les victim es d e la violence qu otid ienne ord inaire, qu i sont fau chées p ar les
balles « d es hom m es en u niform e non au trem ent id entifiés » ne bénéficient p as d e la
m êm e m éd iatisation qu e les victim es d es crim es d e gu erre et d es exactions com m ises
p ar les nom breu x grou p es arm és qu i rivalisent d atrocités contre les p opu lations
civiles.

1 Regards croisés n° 13, décembre 2004


2 Regards croisés n° 13, p.21
3 Ibidem, p.20
4 Fissures n° 08, juin 2008

2
Dans cette recherche, les victim es ont été recensées, les circonstances d e leu r m ort
établies au tant qu e cela p ou vait se faire, les fam illes d es victim es ont tém oigné d e la
vie d es leu rs m ais au ssi d e leu r d ésarroi face à u ne ju stice qu i p atau ge et u n systèm e
exécutif et policier impuissant, immobile ou complice.
Le 21 janvier 2009, nou s avons organisé à Gom a u ne jou rnée p ortes ou vertes en vu e
d e p artager et d iscu ter les résu ltats d e cette recherche. Les tém oignages d es p arents
et d es p roches d es victim es, les u ns au ssi ém ou vants qu e les au tres, ont constitu é le
p oint fort d e cette jou rnée qu i a été conclu e par u n ap p el à u n sursaut collectif en
vu e d e m ettre fin à cette spirale d e violence et d im p u nité. N ou s rep renons cet ap pel,
ainsi que la liste des participants à cette journée, à la fin du volume.

Ce travail n est ni u n réqu isitoire ni u n m ém orial. Ce n est p as u n réqu isitoire dans la


m esu re où nou s n accu sons p ersonne m êm e si les resp onsabilités sont claires d ans
cette banalisation d e la vie et d e la m ort à l Est d e la RDC. Ce n est p as u n m ém orial
car il ne se lim ite p as à l évocation d e la liste d es victim es, com m e su r u ne stèle
fu néraire. Il se veu t p lu s u ne interp ellation, u n ap p el à u n su rsau t d hu m anité et d e
d ignité p ou r les su rvivants qu i, d ans u n Etat qu i tard e à p orter ses resp onsabilités, se
doivent de se poser la vraie question : « Ju squ à qu and serons-nous immolés sans que
ceux qui sont censés nous protéger lèvent le petit doigt ? »

Goma,
Avril 2009

3
LA CRIMINALITE EN RDC : COMMENT SORTIR DE LA SPIRALE
D E L IMPUN ITE ?

Par Rostin Manketa Nkwahata


Voix des Sans- V oix pour les droits de l homme (V SV )

N ou s vou d rions, d e p rim e abord , salu er et féliciter Pole Institu te p ou r l organisation


d e cette jou rnée p ortes ou vertes au term e d e sa recherche su r la crim inalité u rbaine à
l Est d e la RDC. Pou r la Voix d es Sans- Voix p ou r les d roits d e l hom m e (VSV), c est
une joie immense et réelle de participer à cette importante journée de réflexion. Aussi
voudrions-nou s rem ercier sincèrem ent les organisateu rs p ou r y avoir associé la VSV
et, su rtou t, les féliciter chaleu reu sem ent pou r leu r brillante id ée d e tirer la sonnette
d ès le d ébu t d e cette année 2009 en s interrogeant su r la m anière d ont il fau t sortir d e
la sp irale d e l im p u nité.
Le thèm e qu i nou s a été p rop osé p ou r échange est « La crim inalité en RDC :
com m ent sortir d e la sp irale d e l im p u nité ! ».
En effet, p oint n est besoin d e sou ligner l im p ortance qu attache la VSV à la lu tte
contre l im p u nité en RD Congo. Ainsi p ou r m ieu x abord er ce thèm e et afin d éviter
d e nou s fou rvoyer, nou s allons d abord d ire u n m ot su r la crim inalité d ans
l ensem ble d es villes d e la RD Congo. Ensu ite nou s nou s p encherons su r la
crim inalité d ans certaines villes notam m ent la ville d e Kinshasa où se trou ve le siège
de la VSV et les villes d e Mbu ji Mayi et Mw ene-Ditu où u ne d élégation d e la VSV a
séjou rné d ernièrem ent en vu e d y faire le m onitoring d es p risons et u n état d es lieu x
su r la situ ation d es d roits d e l hom m e. Enfin, nou s p arlerons d es cau ses d e la
criminalité avant d e p rop oser d es p istes d e solu tions ou d es recom m and ations p ou r
m ettre u n term e à l im p u nité.

I. De la criminalité en République Démocratique du Congo.

Il sied d e rap p eler qu e la Charte Africaine d es Droits d e l H om m e et d es Peu p les en


son article 4 stip u le : « La personne humaine est inviolable. Tout être humain a droit au
respect de sa vie et à l intégrité physique et morale de sa personne. N ul ne peut être privé
arbitrairement de ce droit. ». De m êm e en son article 3 la Déclaration Universelle d es
Droits d e l H om m e (DUDH ) nou s d it qu e « Tou t ind ivid u a d roit à la vie, à la liberté
et à la sû reté d e sa personne ». La qu estion qu il convient d e se p oser est celle d e
savoir si les au torités d e la RDC observent tou s ces p rescrits. Si l on p ose cette
qu estion à certaines au torités, elles n hésiteront p as à rép ond re p ar l affirm ative.
N ou s, en tant qu e d éfenseu rs d es d roits hu m ains, nou s ne p ou vons gu ère ap p lau d ir
u ne telle rép onse d ès lors qu e l atteinte à la vie ou à l intégrité p hysiqu e m êm e d u ne
seu le p ersonne constitu e u ne violation grave d es d roits hu m ains. Dans la qu asi-
totalité d es villes d e la RDC sévit la crim inalité p ou r d es raisons sim ilaires qu e nou s
évoqu erons p lu s tard . Au cu ne ville n est ép argnée p ar la crim inalité bien qu e la
fréquence d e celle-ci d ép end e d u ne ville à u ne au tre. Des jou rnalistes ont été
assassinés à l Est com m e à l Ou est. N ou s p ou vons citer, à titre illu stratif, les cas d es
jou rnalistes Franck N gyke et son ép ou se H élène Mp aka en 2005 et Bap u w a Mw am ba

4
en 2007 à Kinshasa, et d e Serge Maheshe et Did ace N am u jim bo resp ectivem ent en
2007 et 2008 à Bukavu.
Beau cou p d au tres citoyens p arm i lesqu els d es d éfenseu rs d es d roits hu m ains l ont
été égalem ent : Pascal Kabu ngu lu à Bu kavu en 2005, Polycarp e Mu kend i à Mbu ji
Mayi en 2005 D au tres citoyens congolais ont au ssi p ayé les frais d e la crim inalité.
N ou s citerons, à titre illu stratif, le cas d e Monsieu r Delp hin Sangw a, hom m e
d affaires congolais, en janvier 2007 et p lu sieu rs au tres citoyens non au trem ent
id entifiés d ont les corp s ont été retrou vés sans vie et d échiqu etés à travers d es ru es
de la ville de Kinshasa, peu avant les élections de 2006.
Cette brève énu m ération nou s p erm et d e p arler d e la p roblém atiqu e d e la crim inalité
à Kinshasa, Mbuji Mayi et Mwene-Ditu.

A. Ville de Kinshasa

Malgré le sem blant d accalm ie qu i règne d ans la cap itale d e la RDC, d es cas d e
crim inalité ont été sou vent enregistrés d ans d ifférentes com m u nes. En 2008, il ne se
p assait p as u ne sem aine sans qu e d e cas d e m eu rtre, d e viol, d e vol à m ain arm ée
ne soient enregistré à travers la ville. L année 2008 a d ém arré à Kinshasa avec
l assassinat le 16 janvier d e Mad am e Aim ée Kabila Mu lengela d ans d es cond itions
très atroces. Plusieurs autres cas de meurtre ou assassinat ont suivi : Monsieur Daniel
Botheti Loleke, vice-présid ent d e l Assem blée Provinciale d e Kinshasa tu é la nu it d u
05 au 06 ju illet 2008, l artiste com éd ien Mbonge en aoû t 2008
Les au teu rs d e tou s ces crim es se recru tent p arm i les m ilitaires, p oliciers, agents d e
sécurité et autres bandits armés.

B. Ville de Mbuji Mayi

Avec p lu s d e d eu x m illions cinq cent m ille habitants, la ville d e Mbu ji Mayi a connu
beau cou p d e cas d e crim inalité en 2008. Cette crim inalité est l u vre d es hom m es en
u niform e et au tres band its à m ain arm ée qu i s introd u isent, sou vent la nu it, d ans d es
m aisons p rivées p ou r voler, violer et p arfois tu er en cas d e résistance d es m em bres
d e fam ille. Il y a à Mbu ji Mayi, d es band its arm és ap pelés « Les Su icid aires » et u n
grou p e ap p elé « Benoît XVI » qu i op èrent la nu it en com p licité avec certains agents
locaux des services de sécurité. Certains de ces criminels ont été arrêtés et se trouvent
à la prison centrale de Mbuji Mayi dans la cellule dite des dangereux, des criminels.

C. Ville de Mwene-Ditu

Mwene-Ditu est l u ne d es villes d e la p rovince d u Kasaï Oriental. Elle com pte p rès
d u n m illion d habitants. Plu sieu rs cas d e m eu rtre et d attaqu es arm ées noctu rnes ont
été enregistrés en 2008. Dans cette ville, les crim inels op èrent en com p licité avec les
p oliciers p atrou illeu rs. Ces d erniers u tilisent les m oyens d e com m u nication m is à
leu r d isp osition p ou r com m u niqu er avec les band its arm és afin d alerter ces d erniers
de quel côté opérer sans se faire attraper ni inquiéter.
En novem bre, Monsieu r Fid èle N kongolo Katand a d e l Eglise Evangéliqu e Libre
d Afriqu e a été abattu vers 1h00 d u m atin p ar d es hom m es arm és à la recherche d e

5
l argent. Ap rès avoir term iné leu r sale besogne, ces hom m es arm és ont alerté les
patrouilleurs pour venir les remplacer.

II. Causes de la criminalité et pistes de solution

Entre autres causes de la criminalité, nous pouvons citer :


- La précarité de conditions de vie des Congolais et Congolaises ;
- La misère noire
- Le m anqu e d em p loi ;
- La m od icité d e salaire d es m ilitaires, p oliciers, agents d e sécu rité,
fonctionnaires et agents d e l Etat
- L intolérance p olitiqu e ;
- L instinct d es crim inels nés ;
- L u sage d e la d rogu e et la consom m ation excessive d e l alcool su rtou t p ar les
jeunes (cas Kuluna à Kinshasa).
En d ehors d e tou tes ces cau ses, il en existe u ne qu i est m ajeu re et qu i encou rage le
p lu s la crim inalité, c est l im p u nité qu i est sou vent favorisée p ar l instru m entalisation
de la justice (militaire et civile) par les pouvoirs publics.

III. Pistes de solution pour sortir de la spirale de l impunité

Ou tre les besoins fond am entau x socio- économ iqu es d es p op u lations congolaises
au xqu els les gou vernants d e la RD Congo d oivent im p érativem ent rép ond re p ou r
m ettre fin à l im p u nité, la VSV a tou jou rs insisté su r la nécessité d u ne bonne
ad m inistration d e la ju stice d evant p asser p ar u ne rém u nération d écente d es ju ges,
l ind ép end ance d e la m agistratu re, la d ép olitisation d es p rocès, la non- im m ixtion d u
p ou voir exécu tif d ans les affaires ju d iciaires, le fonctionnem ent effectif d u Conseil
Supérieur de la Magistrature, ...

C est ici l occasion p ou r la VSV d e d énoncer p ou r la énièm e fois les p arod ies d es
p rocès observés lors d es assassinats ou m eu rtres p récités. En effet, lors d e d ifférents
p rocès, l op inion constate qu e les p rocéd u res sont à l avance bâclées en p résentant
devant la barre d e fau x p résu m és crim inels, en orientant les instru ctions d es d ossiers
en cau se d ans le seu l bu t d e laisser im pu nis les au teu rs intellectu els et m êm e d e
vrais exécutants des crimes.
Un au tre constat m alheu reu x est qu on trou ve en RDC la p ratiqu e d u ne ju stice à
d ou ble vitesse. Im p itoyable p ou r les faibles p olitiqu em ent, financièrem ent et
relativem ent très ind u lgente à l égard d es nantis et d es gens au p ou voir. Cette ju stice
ne p u nit d onc p as tou jou rs les vrais cou p ables et laisse cou rir d ans la ru e d es
crim inels d e tou t genre qu i continu ent, à d ifférents niveau x d e la société, à
com m ettre leu r forfait. On ju ge et on cond am ne celu i ou celle d ont le com p ortem ent
et les prises de position dérangent telle personnalité politique ou autre.

Pour term iner, la VSV croit qu e la RDC ne p eu t sortir d e la sp irale d e l im p u nité qu à


travers l ind ép end ance d u p ou voir ju d iciaire, l ind ép end ance d e la ju stice p ar
rap p ort au x au tres p ou voirs classiqu es, à savoir le p ou voir exécu tif et le p ou voir
législatif.

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EST DE LA RDC : LE CRIME BANALISÉ
Primo Pascal Rudahigwa
Albert Kambale Muyisa
Journalistes

INTRODUCTION :
FON CTION N EMEN T D ES SERVICES PUBLICS COMMIS À LA
SÉCURITÉ

Depuis l installation des nouvelles institutions issues des élections de 2006, l insécurité a
pris une allure inquiétante à l Est de la RDC, aussi bien dans les villes que dans les
campagnes. Dans les villes où nous avons mené notre recherche, des personnes sont abattues,
souvent par balles, entre 18h30 et 22h00, par «des hommes armés non autrement identifiés »,
alors qu il existe toute une panoplie de services techniques et spécialisés dont le rôle est
justement celui d identifier ce genre d individus, et de préférence avant qu ils ne commettent
leur forfait.
N ous présentons ici les différents services commis à la sécurisation des hommes et de leurs
biens et leur mode opératoire.

1. LA DIRECTION GENERALE DES MIGRATIONS (DGM)

La Direction Générale d es Migrations est u n service qu i ém ane d u Ministère d e


l Intérieu r, Sécu rité et Décentralisation. Elle a ses antennes en p rovinces, d ans les
villes, les territoires ainsi qu e d ans les Collectivités. Elle s occu p e d abord d es
frontières entre notre p ays et les au tres Etats. Elle p rocèd e à la vérification d es
d ocu m ents d es étrangers à la frontière avant leu r entrée en RDC, ensu ite, elle
s assu re qu e ces étrangers sont sécu risés à l intérieu r d u p ays. Ce service est au ssi
sp écialisé d ans les renseignem ents su r la sécu rité en général ; il recou p e les
inform ations recu eillies p ar-ci par là, arrête et m et en p rison p ou r d es raisons
d enqu êtes les cland estins, les frau d eu rs et ceu x vivant d ans l irrégu larité d ans notre
p ays et organise leu r rap atriem ent d ans leu rs p ays d origine en cas d e nécessité.
La DGM/ Com m u ne envoie qu otid iennem ent son rap p ort ap p elé « situation
journalière »(SJ) à la Mairie ; la d irection u rbaine d e la DGM, à son tou r, transm et le
rap p ort au Directeu r Provincial. Il en est d e m êm e p ou r les chefs d e d ifférents p ostes
qu i envoient leu r rap p ort sécu ritaire et m igratoire jou rnalièrem ent à la hiérarchie.
Les services d e m igration travaillent en étroite collaboration avec la Police N ationale
Congolaise (PN C), l Agence nationale d es renseignem ents (AN R) et l arm ée
(FARDC).

2. LA POLICE NATIONALE CONGOLAISE (PNC)

Au niveau d e chaqu e qu artier, il existe u n sou s- com m issariat d e la Police qu i fait


rap p ort au com m issariat d e la com m u ne ; celu i-ci le transm et à son tou r au
com m and em ent d e la Police - ville qu i le transm ettra en d ernière analyse à
l Insp ection p rovinciale d e la PN C. En d ehors d e cette stru ctu re, il existe d es u nités

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sp écialisées basées d ans la ville m ais qu i ne d ép end ent p as d irectem ent d u
com m and em ent u rbain. Il s agit entre au tres de :

a) GEMI (Grou p e m obile d intervention)


Son rôle est d intervenir lorsqu e le com m and em ent d e la ville ou d au tres u nités sont
débordés. Il disponibilise les gardes du corps auprès des autorités.

b) PIC (Police d Intervention Crim inelle)


Elle est sp écialisée d ans les enqu êtes d es tu eries et d es assassinats. Ses d ossiers sont
transm is à l Insp ection p rovinciale d e la PN C. Cette u nité est en étroite collaboration
avec le Bu reau 2 d e la Police chargée d es Renseignem ents Générau x et d e la Sécu rité
qui collecte toutes les données sur tous les événements qui se déroulent dans la ville.
S agissant d es cas d assassinats, ap rès 48 heu res, les d ossiers sont transm is soit à
l au d itorat m ilitaire, soit au T2 (Service d e renseignem ent m ilitaire) soit au Parqu et.

c) PSPE (Police Sp éciale p ou r la Protection d e l Enfance)


Elle intervient d ans les d ossiers qu i concernent les enfants et oeu vre su rtou t p ou r
l harm onie fam iliale ; elle transm et d irectem ent le rap p ort à l Insp ection p rovinciale
de la police et au Parquet de Grande Instance.

d) POLIMINE (Police des Mines)


Elle est spécialisée dans le domaine des minerais.

e) PSCA (Police Spéciale des Calamités)


Elle intervient d ans l assainissem ent d e la ville et d ans les u rgences en cas d e
catastrophe.

f) PSR (Police Spéciale de Roulage)


Elle règlemente la circulation routière dans la ville.

g) PSF (Police spéciale des Frontières)


Elle contrôle les entrées et les sorties dans la ville ; on la retrouve dans les aéroports,
les ports, les postes de douane et le long de la frontière.

h) PSG (Police Spéciale de Garde)


Elle m et à d isp osition d es p oliciers p ou r le gard iennage p ou r ceux-là qu i en
manifestent le besoin.

Du p oint d e vu e d e l organisation, la PN C com p rend six d ép artem ents:


1) P1 : Chargé d e l ad m inistration ;
2) P2 : Chargé des renseignements et services spéciaux ;
3) P3 : Chargé des opérations ;
4) P4 : Chargé de la logistique ;
5) P5 : Chargé des relations publiques et la presse ;
6) P6 : Chargé des finances

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Le d ép artem ent d es renseignem ents et services sp éciau x (P2), largu e nu it et jou r d es
p oliciers p ou r récolter les inform ations d ans tou s les coins; ils sont tou jou rs en tenu e
civile, très d iscrets et se cam ou flent u n p eu p artou t. Des élém ents d e tou tes les
u nités sont d ép loyés chaqu e nu it d ans les p atrou illes et chaqu e u nité transm et
chaqu e jou r le rap p ort au bu reau 2 qu i, à son tou r, transm et la situ ation sécu ritaire
m atinale à l Insp ecteu r Provincial d e la Police. Ce m êm e rapp ort est transm is à
l Insp ecteu r Général d e la Police N ationale à Kinshasa.

3. L AGEN CE N ATION ALE D ES REN SEIGN EMEN TS (AN R)

L Agence N ationale d es Renseignem ents a été créée p ar le Décret loi p ortant son
organisation et fonctionnem ent au sein d u Ministère d e l Intérieu r, Sécu rité et
Décentralisation tel qu e rep ris d ans le jou rnal officiel d e 2003. L AN R est l u n d es
services spécialisés d e sécu rité à l instar d e la DGM et la Police N ationale Congolaise.
L AN R s occu p e d e la sécu rité d es institu tions d e la Rép u bliqu e ainsi qu e celle d es
p ersonnes et d e leu rs biens m ais sans u sage d u ne qu elconqu e arm e. Elle constitu e
l organe gou vernem ental d e p ersu asion, d issu asion et d e sécu risation.
Cette agence est d irigée p ar u n d irecteu r p rovincial com m u ném ent ap p elé Rédoc
assisté d e d eu x ad joints chargés resp ectivem ent d es op érations et d e l ad m inistration.
La d irection p rovinciale com p rend p lu sieu rs d ivisions : d ivision d e la collecte d es
d onnées, d ivision d es enqu êtes, d ivision d es renseignem ents, d e contre vérification,
etc.
En cas d e flagrance d ans u ne infraction d e d roit com m u n, l AN R arrête la p ersonne
et la gard e à vu e p end ant 48 heu res ; la d u rée p eu t aller au -d elà si c est p ou r d es cas
ayant trait au x faits p olitiqu es ou sécu ritaires. Dans les au tres cas, elle p rocèd e à u ne
instru ction p rélim inaire d u d ossier p u is le transfère à d es cou rs et tribu nau x
com p étents. Partou t où il y a u n bu reau ad m inistratif d u ne entité, il y a égalem ent
l AN R. Les agents d e l AN R sont affectés au x p ostes d e frontière où ils su ivent les
m ou vem ents d entrée et d e sortie d es p ersonnes. En cas d e flagrance, m êm e les
m ilitaires sont verbalisés p ar l agent d e l AN R qu i l id entifie d abord et inform e sa
hiérarchie pour des dispositions.

4. LES FORCES ARMÉES D E LA RÉPUBLIQUE D ÉMOCRATIQUE D U


CONGO (FARDC)

Les FARDC comprennent la Force terrestre, la Force aérienne, la Force navale et leurs
services d ap p u i. Elles ont p ou r m ission d e d éfend re l intégrité d u territoire national
et les frontières. Dans les cond itions fixées p ar la loi, elles p articip ent, en tem p s d e
p aix, au d évelop p em ent économ iqu e, social et cu ltu rel ainsi qu à la p rotection d es
p ersonnes et d e leu rs biens. Les forces arm ées sont rép u blicaines, elles sont au
service d e la nation tou te entière. La Force terrestre, ou tre sa m ission trad itionnelle,
s occu p e égalem ent d e la p rotection d es p ersonnes et d e leu rs biens.
L arm ée vient en ap p u i à la Police N ationale Congolaise lorsqu e celle-ci ép rou ve d es
d ifficu ltés à rem p lir convenablem ent sa m ission d e sécu risation d es p ersonnes et
leurs biens.

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Il y a cep end ant u ne Police m ilitaire (PM) qu i traqu e les m ilitaires en d ivagation, les
m ilitaires qu i op èrent la jou rnée com m e la nu it avec arm es ou tou t hom m e en
uniforme qui veut se déplacer sans autorisation.
Cette p olice m ilitaire s occu p e égalem ent d e la sécu rité d es p ersonnes et leu rs biens
car les band its p ou r la p lu p art sont tou jou rs arm és. Dans tou s les cas, l arm ée est le
dernier recours dans la sécurité des personnes et des biens.

5. L AD MIN ISTRATION LOCALE URBAIN E

a) Mairie

Chaqu e ville est d irigée p ar u n m aire, assisté p ar u n m aire ad joint. L ad m inistration


u rbaine est assu rée p ar le Chef d e Division Uniqu e. Le secrétariat centralise les
m essages officiels relatifs à la situ ation jou rnalière, en fait le cond ensé à l intention
d u m aire qu i, à son tou r, fait rap p ort au Gou verneu r d e Province. Deu x chefs d e
bu reau second ent le Chef d e Division Uniqu e, le 1er bu reau est chargé d u p ersonnel
et le 2e bu reau s occu p e d u m ou vem ent d e la p op u lation. D au tres services gravitent
au tou r d e la Mairie, il s agit d es rep résentations d es d ivisions p u bliqu es et d au tres
services techniques tels que l AN R, la DGM et la PN C.
Le Com ité u rbain d e sécu rité se réu nit u ne fois p ar sem aine, p ou r analyser la
situ ation sécu ritaire qu i p révau t d ans la ville. Tou s les services techniqu es, les
bou rgm estres d es com m u nes et les chefs d es qu artiers p articip ent à cette rencontre
d ont le com p te rend u est transm is au Gou vernorat d e p rovince avant la réu nion d u
comité provincial de sécurité organisée chaque vendredi.

b) Communes

Les com m u nes, qu ant à elles, sont su bd ivisées en qu artiers. Chaqu e com m u ne est
d irigée p ar u n bou rgm estre, assisté d u n bou rgm estre ad joint. Le chef d e bu reau et le
secrétariat centralisent les messages officiels de chaque quartier, les examinent et font
rap p ort au bou rgm estre qu i transm et à son tou r au Maire. La situ ation sécu ritaire d e
la ville est exam inée p ar chaqu e com m u ne d eu x fois p as m ois et le com p te rend u est
transm is im m éd iatem ent ap rès au Maire. En cas d insécu rité exagérée d ans u n
qu artier d onné, les bou rgm estres font d es d escentes su r terrain p ou r réu nir la
p op u lation et leu rs chefs d es d ix m aisons, d avenu es, d e cellu les et d e qu artier.

Au niveau d e chaqu e com m u ne, on trou ve égalem ent les services techniqu es : DGM,
AN R, PN C et qu elqu es bu reau x d e rep résentation d es d ivisions p u bliqu es. Les
services techniqu es font rap p ort à ceu x d e la Mairie avec cop ie p ou r inform ation au
Bou rgm estre. Ces services n ont p as d instru ction à recevoir d es Bou rgm estres m ais
ils travaillent en étroite collaboration. Com m e p ou r la com m u ne, ces d ifférents
services d ressent à leu r tou r la situ ation jou rnalière qu ils envoient à leu r chef
hiérarchique.

10
c) Quartiers

Le qu artier est d irigé p ar u n chef d e qu artier avec d eu x ad joints. Les services


techniqu es tel qu e l AN R, la DGM et la Police sont égalem ent rep résentés d ans
chaqu e qu artier et d ans tou s les m archés d e la ville. Avec tou s ces services, le bu reau
d u qu artier se réu nit d eu x fois p ar m ois et c est à cette occasion qu e la situ ation
sécu ritaire d u qu artier est d ébattu e. Tou tefois les bou rgm estres d es com m u nes
im p rovisent d au tres rencontres en cas d e nécessité, elles sont élargies au x chefs
d avenu es, d e cellu les et les d ix m aisons. Il y a p eu , ces au torités d e base étaient
im p liqu ées d ans les p atrou illes avec l arm ée et la p olice m ais fau te d e m otivation
elles ne participent plus à la sécurité des quartiers pendant la nuit.

d) Avenues et cellules

Ces d eu x entités sont p resqu e sim ilaires : l avenu e est constitu ée d e grou p em ents
d es « d ix m aisons » tand is qu e la cellu le est form ée p ar p lu sieu rs avenu es. L avenu e
est d irigée p ar u n chef d avenu e et la cellu le p ar u n chef d e cellu le. Le chef d avenu e
et le chef d e cellu le récoltent tou tes les inform ations d e leu rs entités, ils les
analysent avant de dresser un rapport à la hiérarchie.
Les chefs d avenu es et les chefs d e cellu les sont très rap p rochés d e la p op u lation, ils
n ont p as d e calend rier d e rencontre à leu r niveau car ils se concertent lorsqu il y a
nécessité. Ils sont censés connaître ce qu i se d érou le le jou r et la nu it et interviennent
sp orad iqu em ent. Ils font im m éd iatem ent ap p el à la p olice d u qu artier en cas d e
besoin. Ce sont eux qui organisent le recensement au niveau de chaque ménage.

e) Nyumba Kumi (Dix maisons)

Le rôle d u chef d u n bloc d e d ix m aisons est d e contrôler et d e s im p régner d e la vie


socio-économ iqu e, p olitiqu e et sécu ritaire d es d ix m aisons ou d ix m énages qu i sont
sou s son contrôle. Il id entifie les entrées et les sorties d ans chaqu e fam ille ; il fait
rap p ort au chef d avenu e. Il jou e u n rôle im p ortant d ans la sécu rité d es p ersonnes et
d e leu rs biens car lorsqu il y a d es su sp ects d ans le qu artier, c est le N yu m ba Ku m i
qui donne les pistes aux services techniques. Son travail se complique par manque de
motivation ; il p réfère vaqu er à au tre chose au lieu d e p erd re son tem p s à circu ler
dans les dix maisons sans aucune rémunération à la fin du mois.

M algré une administration locale aussi bien structurée, appuyée par tous ces services
techniques et spécialisés, la situation sécuritaire reste un casse-tête dans les différentes villes
que nous avons visitées. A quoi servent tous ces services dont certains sont présents jusqu au
niveau des avenues lorsqu on ne cesse de compter jour et nuit des personnes tuées par balle
sans qu aucune autorité ne se préoccupe de ce qui est arrivé ?

11
CHAPITRE I : GOMA, NORD KIVU

I. BREVE PRESENTATION DE LA VILLE DE GOMA

Avec une superficie de 66,45 km2, la ville de Goma est le chef-lieu de la Province du
Nord-Kivu , issu e d u d écou p age territorial-test d e 1988. Cette ville est constitu ée d e
d eu x com m u nes, Gom a et Karisim bi. Sa p op u lation était estim ée à 500 000
habitants en 2004, selon les statistiqu es d e la Mairie. Actu ellem ent cette p op u lation
tend à d ép asser 1 000 000 d habitants à cau se d u d ép lacem ent d es p op u lations d e
Bu kavu au Su d -Kivu vers Gom a d u ne p art et d e l intérieu r d u N ord -Kivu vers
Gom a d au tre p art.
La com m u ne d e Gom a com p rend 7 qu artiers : Lac Vert, Keshero, H im bi, Le Volcan,
Map end o, Mikeno et Katind o. La com m u ne d e Karisim bi com p te, qu ant à elle, 11
quartiers : Mu gu nga, N d osho, Kasika, Mabanga N ord , Mabanga Su d , Majengo,
Bujovu, Kahembe, Murara, Katoyi et Virunga.

Selon le Conseil Provincial d e Planification d ans son p rogram m e m inim u m d e sortie


de crise de la Province du Nord-Kivu, la ville de Goma comptait déjà 40 000 déplacés
en 2001. Dep u is 2007, les hu m anitaires estim ent à 800 000 d ép lacés d ans la p rovince
du Nord-Kivu dont Goma et ses environs comptent plus de la moitié.

Gom a a servi d e transit p ou r les réfu giés Rw and ais en 1996 et les d eu x rébellions d e
l AFDL (1996) et d u RCD (1997), ce qu i a occasionné la p rolifération d es arm es d e
gu erre qu i n ont jam ais été récu pérées ju squ à ce jou r.

Le m onitoring su ivant, d ressé à base d es renseignem ents reçu s au près d es


com m u nes et d e la Police p rou ve à su ffisance qu à Gom a la vie hu m aine n a au cu n
sens et qu assassiner u ne p ersonne est d evenu e u ne d es activités les p lu s banales
p ou r p eu qu on d étienne u ne arm e à feu.

12
II. MONITORING DES ASSASSINATS DANS LA VILLE DE GOMA
DE JANVIER 2007 A AVRIL 2008

N° DATE N OMS ET LIEU DU CIRCON STAN CE D ASSASSIN AT


POST NOMS DRAME Selon le quartier Selon la Police
01 20/01/2007 Joly Muhigirwa Q. Les volcans Abattu par balle Le commissaire
Av. du par le commissaire Muvu a été arrête
Gouverneur, Muvu de la police et transmis à
Com. de Goma l au d itorat
militaire
02 02/02/2007 Shamamba Q. KATOYI, Av. Assassiné par balle A été abattu par
Mahindule KASINDI, Com. suite au conflit des hommes
de KARISIMBI armés inconnus.
03 23/02/2007 Konda Roger Q. KATOYI, Av. Assassiné par Il transportait
KILIMANJARO, couteau et par deux bandits
Com. de balle en voulant armés qui
KARISIMBI arracher sa moto voulaient lui ravir
sa moto
04 14/03/2007 Richard Q. KAHEMBE, Eliminé par
Com. de consommation
KARISIMBI d u n w hisky
kenyan Hunters
Choice
05 17/03/2007 Bahati Q. KESHERO, Ont été tués par
Shamavu Av. des bandits armés
06 17/03/2007 Thomas Safari CHABAHAME,
Com. de Goma
07 25/03/2007 Denise Kavira Q. MABANGA Assassiné par balle A été blessé et
SUD, Av. en regagnant son interné a l hôp ital
SALONGO, Com. domicile CBCA, a rendu
de KARISIMBI l âm e u n jou r
après
08 26/03/2007 Doudou Av. Nyiragongo, Il a été blessé par
Ramazani Q. Virunga, Com. balles au thorax
de KARISIMBI par des hommes
en uniforme et
armés non
identifiés, interné
à l hôp ital
CBCA/Virunga, il
est décédé
quelques heures
après
09 29/03/2007 Bizi Q. KIZIBA, Com. Assassiné par Abattu en face de
de KARISIMBI balle, conflit son domicile par
likirimba des inconnus

13
10 01/04/2007 Kizungu Q. Les volcans, Tué par sa femme
Mudedema Av. à coup de couteau.
JACARADAS,
Com. de Goma
11 04/04/2007 Philippe Q. VIRUNGA, Assassiné par
Shombo Av. DES lapidation
AVIATEURS, population
Com. de
KARISIMBI
12 05/04/2007 Kasereka Q. MABANGA Assassiné par balle Abattu par des
Kasalande NORD, Av. lorsqu il rentrait d e hommes en
Alias SALONGO II, service uniformes, armés
Munyajomba Com. de et non identifiés
KARISIMBI
13 11/04/2007 Rafiki Minuji Q. NDOSHO, Av. Etranglé (ficelle au A été tué par
ORPHELINAT, coup) front brisé à des inconnus
Com. de l aid e d u n
KARISIMBI marteau. Conflit
de toucher le
likirimba
14 17/04/2007 Ngingi Q. NDOSHO à Abattu par les
Ntabora Daniel 19h°°, Av. KAKO, éléments P.M
Com. de
KARISIMBI
15 28/04/2007 Janvier Q. KATOYI, Av. Assassiné par balle Ajoute que le Cpl
Byamungu KILIMANJARO, par Cpl Mukoso Mukoso était de la
Com. de force navale
KARISIMBI
16 28/04/2007 Cpl Mukoso Q. KATOYI, Av. Lapidé par la Tué par jet des
Liengo KILIMANJARO, population en pierres par la
Com. de colère population
KARISIMBI
17 02/05/2007 Ondekane Q. MUGUNGA, S est tu é p ar cou p
Av. de balle
LUSHAGALA,
Com. de
KARISIMBI
18 23/06/2007 Mushagalusa Q. NDOSHO, Av. Abattu par balle
Murhima LUAPULA, Com. lorsqu il extorqu ait
de KARISIMBI les téléphones des
paisibles citoyens
19 02/07/2007 Deux Pécheurs Au lac Kivu, Les deux pêcheurs
20 De Monsieur Com. de Goma ont trouvé la mort
Nzibonera par balle dans leur
Kamondo pirogue et sept
filets emportés.

14
21 09/07/2007 Bwana Chui Q. Himbi, Com. Enlevé le 08 juillet, A été enlevé puis
de Goma son corps été le corps découvert
retrouve à côté de au quartier Himbi,
l ULPGL. le 09/07/2007
22 14/07/2007 Slt Kasongo Q. Les volcans, Un corps a été
Jean-Marie Com. de Goma retrouve Assassiné
Vianey par étranglement
pourtant officier
de la brigade
mixée Echo
23 19/07/2007 Walter Q. Le Volcan Tué à domicile par
Biringanine Av. d e l Eglise, des inconnus,
Com. de Goma balles logées dans
la tête.
24 21/07/2007 Tonton Q. KAHEMBE, Abattu par balle
Av. par les éléments de
KANYANJANJA, la force aérienne
Com. de base a l aérop ort
KARISIMBI en voulant
perpétrer un vol fil
barbelé
25 24/07/2007 Kapako & Av. KABANDE Tué par balle suite
Sano cellule à une tracasserie
Nyabyungu, qu il com m ettait à
Com. de Goma Mr SHUKU-
RAMAZANI
26 25/07/2007 Dekissa Bileo Q. NDOSHO, Av. Assassiné par balle
ORPHELINAT, par des inciviques
Com. de à mains armées en
KARISIMBI tenue militaire.
27 29/07/2007 M. Double Q. Les volcans, Retrouvé mort
Com. de Goma chez Mr KASAI
son patron où il
faisait la garde
(sentinelle)
28 02/08/2007 Amani Q. KATOYI, Av. Abattu par balle
MULONGWE, par Lt Twenge
Com. de lorsqu il p erp étrait
KARISIMBI un vol
29 09/08/2007 Patrick Kikuku Q. NDOSHO, Av. Assassiné par balle Abattu par balle
KAKO, Com. de par des bandits à par des hommes
KARISIMBI mains armées armés et en tenue
après une longue militaire non
discussion identifiés
30 11/08/2007 Rugo Kavunja Q. MABANGA Assassiné par balle Abattu à son
Godefroid NORD, Av. par 3 bandits à domicile par deux

15
SALONGO, Com. mains armées hommes en
de KARISIMBI lorsqu il rentrait uniformes non
accompagner ses identifiés
visiteurs
31 30/08/2007 Pichen Q. KATOYI, Av. Lapidé par la Tué par vengeance
KISIBANZI, Com. population après par la population
de KARISIMBI avoir perpétré un de Katoyi
vol dans la maison
de Kabuo
32 01/09/2007 Un corps non Q. Les volcans, Retrouvé mort au
identifié Com. de Goma bord du lac
33 02/09/2007 Un corps sans Q. KATINDO, Vers 15h°°, les
vie Av. marins avaient
BUNAGANA, déposé un corps
Com. de Goma trouvé mort, non
id entifié et ç a été
enterre.
34 11/09/ Domina Q. Himbi, Av. Tué par balles par Les voleurs étaient
2007 M chend u nga BARAKA, Com. les malfrats dans au nombre de six
de Goma sa maison. dont 3 en
uniforme et 3
autres en tenue
civile
35 15/09/2007 Théophile Q. Himbi Abattu par des Tué par des
Av. de la Mission, hommes armés hommes armés en
Com. de Goma lorsqu ils vou laient tenue civile
36 15/09/2007 Michaël Q. Himbi entrer dans leur lorsqu ils entraient
Rushika Av. de la Mission, résidence, ils dans leur
Com. de Goma étaient à bord résidence
d u ne jeep .
37 15/09/2007 Daniel Q. Himbi Abattu par des Il est mort à
Mwangalwa Av. de la Mission, assaillants qui l hôp ital DOCS
Com. de Goma venaient de quelques minutes
commettre un plus tard
forfait : témoin
gênant.
38 25/09/2007 Papy Bigega Q. VIRUNGA, Tabassé par la Bandit de son état,
Pichen Av. SABINYO, population ; avoir lapidé par la
Com. de trouvé la mort a population
KARISIMBI l hôp ital de
référence Virunga
39 26/09/2007 Pascal Q. MABANGA Assassiné par balle
Nzibonera SUD, Av. par coups de balle
Mirindi NTONTO, Com. par des inciviques
de KARISIMBI pour règlement de
comptes parce

16
qu il était fiancé à
une fille concubine
d u n m ilitaire
40 26/09/2007 Saidi Kahitale Q. NDOSHO, Av. Assassiné par balle
Gerson RULENGA, Com. par des hommes
de KARISIMBI arm és lorsqu il
rentrait
accompagner son
voisin
41 03/10/2007 Muderhwa Q. KASIKA, Av. Assassiné par Abattu à la porte
Habamungu MUKALAYI, coups de balles par de sa maison par
Com. de des hommes armés des hommes
KARISIMBI armés inconnus
42 04/10/2007 Demushi Defao Q. KATOYI, Com. Il a été abattu à
de KARISIMBI 19h30 lorsqu il
voulait
appréhender un
bandit pourchassé
par la population
43 06/10/2007 Apollinaire Q. NDOSHO, Av. Assassiné par Abattu par balles à
Kabingo RENGA, Com. de balles par des 01h à son domicile
KARISIMBI bandits à mains par deux hommes
armées armés non
identifiés et qui
ont emporté une
somme de
80 $ et deux
téléphones
44 06/10/2007 M. Josué Bashi Q. NDOSHO, Av. Ce volcanologue a
RENGA N° 255, été abattu à 03h
Com. de du matin par
KARISIMBI balles à son
domicile par des
hommes non
identifiés
45 07/10/2007 Kasereka Q. MABANGA Abattu par balle Trois hommes
Katsongya NORD, Av. OSSO par 3 hommes armés en tenue
Fiston II, Com. de arm és lorsqu il militaire et un en
KARISIMBI vendait du pétrole tenue civile ont
tiré dans une foule
d enfants qu i
jouaient à 19h

17
46 13/10/2007 Bahati Q. MURARA, Av. Assassiné par Abattu à son
Manegabe DE PLAINE, balles par des domicile par un
Com. de voleurs à mains homme en
KARISIMBI armées uniforme armé et
portant le brassard
de la 14ème
brigad e, l au teu r
avait abandonné
son arme et
emporté deux
téléphones.
47 14/10/2007 Idi Baruti Q. NDOSHO, Av. Assassiné par
GARAMBA, balles par un
Com. de policier voulant lui
KARISIMBI arracher son
téléphone et argent
48 28/10/2007 Kasereka Q. MABANGA Abattu par balle Blessé par balle à
Yalengos NORD, Av. par des bandits à coté de son
ITEBERO, Com. mains armées domicile par des
de KARISIMBI lorsqu il se rend ait bandits armés non
au deuil. identifiés, il est
décédé un jour
ap rès à l hôp ital
DOCS
49 01/11/2007 Jacques Q. Kyeshero, Av. Retrouvé étranglé.
KITUKU, Com. Il fut travailleur de
de Goma Madame Mawazo.
50 05/11/2007 Semivumbi Q. KATOYI, Av. Assassiné par
Karuhije GEOMETRES, balles par des
Com. de inciviques à mains
KARISIMBI armées
51 12/11/2007 Pasteur Eglise Q. MURARA, Av. Assassiné par
Adventiste NDURUMO, balles par des
Com. de bandits à mains
KARISIMBI armées
52 04/12/2007 Mme Q. NDOSHO, Av. Abattu par coups
Buchaguzi BUGAMBA, des balles par des
Domina Com. de bandits en tenue
Alikinata KARISIMBI militaire
53 04/12/2007 Polycarpe Q. VIRUNGA, Assassiné par
Iyamulemye Av. COIN coups de balles par
MARCHE, Com. des bandits en
de KARISIMBI tenue militaire à
mains armées. Il
avait une mission
d e l abattre.

18
54 05/12/2007 Bashi Mulimbo Q. NDOSHO, Av. Assassiné par
Josué RENGA, Com. de balles par des
KARISIMBI inciviques à mains
armées
55 10/12/2007 Voleur armé Q. KASIKA, Av. Tué par une balle
du Fleuve, Com. perdue de ses
de KARISIMBI collègues quand
ils attaquaient la
buvette « Notre
Siège » M. Mweze
Pascal, atteint par
balle et transporté
au DOCS
56 28/12/2007 Nyabaresa Q. KATOYI, Av. Assassiné par
Sherti GEOMETRES, coups des balles
Com. de par un bandit à
KARISIMBI main armée qui
voulait lui arracher
son téléphone
57 29/12/2007 Kambale Q. MAJENGO, Abattu par balles
Masumbuko Av. BWISHA, lorsqu il rentrait d e
Com. de la parcelle de Mme
KARISIMBI Alain vendeuse de
la boisson locale.
58 JANVIER Mme Nangoza Q. MAJENGO, Viol (décédée
2008 Av. KIBINDE, quelques jours
Com. de après)
KARISIMBI
59 06/01/2008 Janvier Q. MAJENGO, Il rentrait de son
Bisimwa 37 Av. lieu de travail
Ans TENGENEZA,
Com. de
KARISIMBI
60 12- Ndeko Q. KESHERO, Les hommes en
13/01/2008 Mihanda Com. de Goma armes, tenues
confond u es l ont
tire à bout portant
après avoir blessé
son petit -frère.

61 16/01/2008 Djuma Abattu par


lapidation en
voulant perpétrer
un vol
62 17/01/2008 Emmanuel Q. MABANGA Se rendait acheter
Semushundju SUD, Av. du pain (balles)

19
Byamungu KINSHASA,
Com. de
KARISIMBI
63 18/01/2008 Byamungu Q. LAC VERT, Son corps a été
Shamushunjo Com. de Goma retrouvé sans vie
Emmanuel au QA. Lac vert
mais il résidait au
Q. Mugunga, av.
Rusayo

64 01/02/2008 Olivier Shushi Q. MUGUNGA Etre lapidé par la


(ROUTE MUG.- population
GOMA), Com. de
KARISIMBI
65 4/02/2008 Amisi Lukembe Petite barrière Vers la petite
Q. KAHEMBE, barrière, il y a eu
une dispute entre
cet agent d e l AN R
et un policier au
su jet d e l argent.

66 16/02/2008 Major Lumoo Q. NDOSHO, Abattu à bout


Com. de portant par des
KARISIBI am is qu i l avaient
appelé au
téléphone non loin
de sa résidence.
67 16/02/2008 Hitimana Q. NDOSHO, Av. Avoir reçu coup de
Sébastien RENGA, Com. de balle lors de
KARISIMBI l assassinat d u
major Lumoo
(mort)
68 13/03/2008 Prigogine Q. LES Il a été abattu à
Ngezayo VOLCANS, Com. bout portant
de Goma devant sa parcelle
quand il voulait
entrer chez lui

69 13/03/2008 Marcellin Q. LES Ce dernier a été


Chikala VOLCANS, Com. tué après
de Goma Prigogine par les
assaillants

70 20/03/2008 Sibomana
Singirangabu Camp de Tués pendant la
déplacés de nuit par des

20
71 20/03/2008 Mbambura Bulengo, Q. Lac inconnus qui
Burindi Vert, Com. de avaient fait
Goma irruption dans le
72 20/03/2008 Nafiche camp de déplacés
Christine
73 22/03/2008 Shabani Q. NDOSHO, Av. Avoir reçu coups
Luliposhi GARAMBA, de balles et décédé
Com. de
KARISIMBI
74 23/03/2008 Chizungu Q. KYESHERO, La victime était
Mastaki Com. de Goma nyumba kumi, tué
par balle sur la
voie publique en
cherchant à
secourir les voisins
75 25/03/2008 Achille Paluku Q. KESHERO, Les hommes armés
Com. de Goma se sont introduits
chez lui puis lui
ont logé des balles.

76 28/03/2008 Jean Claude Av. de la mission, Abattu devant sa


Rutayisire Com. de Goma porte où il était à la
barrière avec les
patrouilleurs.

77 28/03/2008 Nono Maleula Q. HIMBI, Com. Assassinée à


de Goma domicile

78 29/03/2008 Ndoole Bienfait Q. NDOSHO, Tué par balles


Com. de
KARISIMBI
79 07/04/2008 Bashali Robert Q. MAJENGO, Empoisonnement
PNC NGANGI, (décédé)
Com. de
KARISIMBI
80 09/04/2008 Sibomana Q. MUGUNGA, Retrouvé mort
Seminganya Com. de ligoté
KARISIMBI
81 20/04/2008 Chito Baleke Q. NDOSHO, Av. Assassiné par balle
KAKO, Com. de
KARISIMBI
82 20/04/2008 Kavuganya Q. NDOSHO, Av. Assassiné par balle
Chito LULENGA, Com. suite au conflit de
de KARISIMBI son père

21
Commentaire :
La liste ci-d essu s n est p as exhau stive ; d au tres p ersonnes blessées p ar balles sont
d ép êchées à l hôp ital et m eu rent qu elqu es jou rs après. Ces situ ations échap p ent
généralement aux rapports journaliers de la PNC et des chefs de quartiers.
Les cau ses d es assassinats sont variées. Dans certains cas, les victim es sont tom bées
p ar balles p arce qu elles avaient d es télép hones cellu laires, com m e si c était u n p éché
m ortel d e refu ser d e céd er son bien au p rem ier venu . D au tres sont victim es d es
règlements d es com p tes au sein d es associations ou m êm e au sein d es fam illes, p ar
jalou sie ou tou t sim p lem ent p arce qu ils n étaient p as en m esu re d e p ayer la
ristou rne (LIKILIMBA). En l absence p resqu e totale d enqu êtes sérieu ses, l on ne
p eu t qu e sp écu ler, su rtou t lorsqu e les crim es p araissent avoir été com m and ités.
Enfin, certaines victim es se sont retrou vées attrap ées p ar d es balles qu i ne leu r
étaient p as d estinées : elles se sont retrou vées au m au vais end roit au m au vais
m om ent et ont p ayé d e leu r p eau d avoir été des témoins gênants.

En regard ant la liste d es assassinats d e l année 2007, ces d erniers s intensifient à


p artir d u m ois d avril où chaqu e jou r qu i p assait, d eu x ou trois p ersonnes étaient
abattu es. Cette p ériod e corresp ond à la m ise en p lace d es institu tions et d e leu rs
anim ateu rs au niveau d e la p rovince à la su ite d es élections. Est-ce le sabotage d es
nou velles au torités légalem ent élu es et installées ? Est-ce u ne série d e règlem ents d e
comptes ? Ou s agit-il d e la recherche facile d es biens m atériels p ar certaines gens ne
sachant p as m anger à la su eu r d e leu r front ? Ou encore est-ce u n d éfi d es hom m es
armés en uniforme lancé au pouvoir en place, incapable de les satisfaire ?

En tou t état d e choses, le m anqu e d encad rem ent d es élém ents d e la Police Nationale
Congolaise et d e l Arm ée ainsi qu e ceu x d au tres Services d e sécu rité est à la base d e
la p lu p art d es cas d assassinats à Gom a. Ces assassinats ne sont p as sélectifs car su r
cette liste on d énom bre d es victim es d es d ifférentes ethnies et d e d ifférentes
cond itions sociales. Tou tefois, d ans certains cas, la version d es assassinats p olitiqu es
n est p as à rejeter.

Dès lors qu e la DGM, l AN R, la PN C, les FARDC et les chefs d e qu artiers


transm ettent leu r rap p ort au x d ifférentes hiérarchies et qu e l ad m inistration locale
fait son travail l on est en d roit d e se p oser la qu estion d e savoir « où est-ce qu e ça
bloque » p ou r m ettre fin à l insécu rité d ans la ville d e Gom a.

A en croire certains observateu rs, la ville d e Gom a est tou jou rs bien sécu risée qu and
il y a d es m anifestations officielles : arrivée d es certaines au torités d u gou vernem ent
central, tenu e d e la Conférence su r la p aix, la sécu rité et le d évelop p em ent d ans les
p rovinces d u N ord et d u Su d -Kivu Est-ce d élibérém ent qu e les au torités ayant en
charge la sécu rité font relâche en « tem p s norm al »? En tou t cas, p lu s d u ne fois les
au torités ont d ém ontré qu elles p ou vaient sécu riser les « Officiels » et non les
« simples citoyens ».

Le cas le p lu s éloqu ent est celu i d e feu Bahati Manegabe qu i avait échap p é à u n
enlèvem ent le 14 ju illet 2007 vers 19h30 au niveau d e l H ôp ital Général. Com m e si

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cela ne su ffisait p as et qu e ses bou rreau x d evaient coû te qu e coû te accom p lir leu r
m ission, Bahati Manegabe a été assassiné d eu x m ois ap rès, à son d om icile, le 13
octobre 2007. Originaire d Id jw i, il avait 27 ans, était m arié, et avait été chau ffeu r d e
l ancien gou verneu r d e p rovince Eu gène Seru fu li. Lors d u n entretien avec
Pole Institu te, le jeu ne Bahati avait conscience d u d anger qu i le m enaçait et la
p arfaite connaissance d e ceu x qu i lu i en vou laient. Il a m êm e recou ru à la ju stice.
Mais on a fini p ar l abattre, et ses assassins, eu x, cou rent tou jou rs.

III. RECITS DE LA VIE DE QUELQUES VICTIMES ET REACTIONS DE


LEURS FAMILLES

N ou s avons choisi u n échantillon p ou r recu eillir les récits d e la vie d es victim es et les
réactions d e leu rs fam illes. Les ém otions sont p rofond es et p arfois, p end ant qu ils
nous parlaient, ce sont les larmes qui coulaient.

1. FEU KASEREKA KASALAGHANDA MATHIAS/MUNYAJOMBA

Identité de la victime :

Nom : KASEREKA
Post nom : KASALAGHANDA
Prénom : Mathias
Né à Bukavu, le 31/08/1960
Fils de : KALONDERO
Et de : SYAUSWA
Localité : BUYORA
Collectivité : BASWAGHA
Territoire : LUBERO
Province : Nord-Kivu
Adresse : Av. SALONGO II N° 88, Q. MABANGA-SUD, Com. de KARISIMBI
Assassiné : Jeudi 05/04/2007 à 18h30 à 100 m de sa maison.
Profession : Menuisier.

Propos de sa femme Laurentine KAVIRA


Mon m ari était le 3ème fils d e sa fam ille, il était chrétien évangéliste à l église CBCA et
son com p ortem ent était p ou r m oi irrép rochable. Malgré les cap rices d es enfants, il
les aim ait tou s sans d iscrim ination. Il leu r p rod igu ait sou vent d es conseils et son
sou hait était qu ils aient u n bon com p ortem ent. La m orale chrétienne était tou t le
tem p s d isp ensée à nos enfants le soir ap rès le rep as ou chaqu e fois qu e l occasion se
p résentait. Il n avait p as d e p roblèm es d ans son m étier d e m enu isier. Il était u n
sou tien p ou r tou te la fam ille, m êm e p ou r sa belle-fam ille. Le seu l d éfau t qu e je lui
connaissais était un certain entêtement ; il ne revenait pas facilement sur une décision
d éjà p rise. Mais cette rigu eu r n était p as signe d e m échanceté. Il aim ait beau cou p sa
p rofession d e m enu isier et il n avait p as l habitu d e d e m ettre l argent au p remier
p lan. Pou r lu i, c était d abord le travail à p artir d u qu el on d écou vrait son savoir-faire.

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Il y a eu beau cou p d e sp écu lations au tou r d e la m ort d e m on m ari, m ais je sais qu il
n avait p as d e p roblèm es avec les gens et je ne sais p as, ju squ à p résent, la cause de sa
mort.
Il avait l habitu d e d e rentrer chez lu i avant 18 heu res.

Mon m ari avait qu itté la m aison ce jou r-là à 8h00 ap rès m avoir d it qu il avait
beau cou p à faire. Il travaillait su r u n chantier chez Bercky et su r u n au tre à Bu him ba.
Ce m atin -là il m e d em and a d e l argent p ou r qu il se p rocu re d u carbu rant p ou r sa
m oto. Avant d e p artir, il m e rem it 100 $ avec ord re d e p ayer tou tes les d ettes
possibles.
Mon m ari resta u n m om ent avec ses enfants, il leu r rem it u n au tre m ontant et leu r
recommanda d e p rép arer « les p lantains et p oissons salés ». A ce m om ent-là j étais
d éjà sortie. En revenant je l ai ap erçu d e loin su r sa m oto. Il allait au service et c était
pour moi la dernière fois de le voir.
La veille d e sa m ort, il avait réu ni ses enfants et m oi ; il nou s recom m and a d e
p ratiqu er la p arole d e Dieu . Il avait choisi u n p assage bibliqu e où l on p arle d u ne
veu ve qu i réclam ait son d roit. Je lu i d is : « Pou rqu oi ce thèm e d e la veu ve alors qu e
je ne le suis pas ? » Il ne m avait p as rép ond u .
Ce jeu d i- là, vers 13h00, il m avait ap p elé au télép hone m e d em and ant com m ent
s était p assée la jou rnée. A 15h00, il m e rap p ela p ou r m e d ire qu il fau d rait qu e tou t
le m ond e soit à la m aison à 18 heu res car il avait u ne cau serie à tenir. A 16h30 , m on
fils rentra d u lieu d e travail d e son p ère avec tou s les ou tils. Un p eu p lu s tard , le
m êm e fils ram ena la m oto d e son p ère et d it qu e son p ère restait au x « Deux
lampes » et qu il arriverait ap rès.

A p artir d e 15h, je m e sentais m al à l aise. Une peu r vagu e m envahissait. J ai


d em and é qu on m e fasse d u thé. Au x environs d e 18h30 nou s avons entend u u ne
d étonation p rès d e chez m oi. Selon les p assants, d eu x hom m es en jackets (tenu es
civiles) ont d abord d iscu té avec m on m ari ; p u is ils lu i ont logé u ne balle d ans la
p oitrine. Mon fils l a em m ené à m oto ju squ à l hôp ital m ais hélas c était d éjà fini p ou r
lui.
Ju squ à p résent, je n ai jam ais su la cau se d e la m ort d e m on m ari. Il n avait au cu n
p roblèm e ni d ans la fam ille ni d ans la com m u nau té ecclésiastiqu e. Voici u ne année
écou lée, au cu ne enqu ête n a été d iligentée ni annoncée p ar les services com p étents d e
l Etat. Dieu seu l gard e les veu ves et les orp helins.

2. FEU PATRICK KIKUKU WILUNGULA

Identité du défunt :
Prénom : Patrick
Nom : KIKUKU
Post nom : WILUNGULA
Né à KIKOMBE, le 15/01/1968
Fils de : WILUNGULA
Et de : Léa BISUTCHI
Collectivité : ITOMBWE
Territoire : MWENGA

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Province : Sud-Kivu
Adresse : 82, Av. KAKO, Q. NDOSHO
Assassiné : Jeudi 05/08/2007 vers 19h°°
Profession : Photographe reporter

Propos de sa femme KAVUGHO Germaine

Le m étier d e m on m ari ne lu i p erm ettait p as d e rentrer à tem p s à la m aison. Mais la


sem aine d e sa m ort, il com m ençait à arriver au tou r d e 19h00. Ce jeu d i m atin- là, il
m e d ira : « Je vais au service, je ne sais p as encore où je vais aller faire m on rep ortage
photo » et il était p arti. Tou te la jou rnée, je n avais p as d e ses nou velles. Vers 19h00, il
rencontra d es hom m es en u niform e bien arm és non loin d e notre d om icile. Selon les
tém oignages il a d abord tenté d e se cacher d errière u n kiosqu e p u is les hom m es
arm és l ont ap p elé. Ap rès u ne cou rte d iscu ssion, ils se d isp ersèrent. Et p u is u n d e
ses bou rreau x s est tou rné vers lu i et lu i a logé u ne balle d ans la tête. Et c en était fini
p ou r lu i. Ces m alfrats avaient p ris seu lem ent le sac où étaient gard és son m atériel et
les cartes p hotos. Ils n ont p ris ni son télép hone ni l argent d ans ses p oches. C est cela
qu i m intrigu e ; d habitu d e les band its ne laissent p as l argent et les télép hones !
Au jou rd hu i, je ne sais rien d e la m ort d e m on m ari. Chaqu e fois qu il avait u n
problème, il me le disait. Toutefois, il y a un autre photographe qui avait toujours des
problèmes avec mon mari. Mais je ne lui attribue pas cette mort.
Saisie, la section d es Droits d e l H om m e d e la MON UC avait p rom is d e m ener u ne
enqu ête m ais ju squ à p résent, à m a connaissance, rien n est fait. Qu ant au x au torités
congolaises locales, elles n ont rien fait.

3. LA DEFUNTE NONO

Identité de la défunte :
Noms : MALEULA KIKWISA NONO
Lieu et date de naissance : Goma, le 25/12/1975
Nom du père : MALEULA
Nom de la mère : IMMACULEE RUTWAZA
Originaire du Bas Congo mais qui a grandi auprès de ses
oncles car sa mère est originaire de KALEHE au Sud-Kivu.
Profession : Commerçante, propriétaire de la boutique
LINDA depuis plusieurs années au Birere.
M ère de 5 enfants : 2 filles et 3 garçons dont un cadet de 2
mois.
ème
Etudes faites : 4 Secondaire, section pédagogique à l Institut de Goma. A ssassinée le 28
mars 2008 à son domicile vers 19h30

Récit de son époux Jules MUSHAMALIRWA, Changeur de monnaie et


commerçant domicilié sur l Av. Lunanga au Quartier Himbi, Commune de Goma.

Je m e su is m arié avec la d éfu nte en 1995 ici à Gom a, nou s venions d onc d e totaliser
13 ans d e m ariage. Mon ép ou se était u ne fervente chrétienne d e l Eglise Restau ration
Chu rch. D ailleu rs le jou r d e son assassinat, elle avait p assé tou t l ap rès-m id i à la

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p rière. Elle venait d e totaliser d eu x m ois d e congé d e m aternité. Il n y avait qu e 3
jou rs d ep u is qu elle avait d écid é d e recom m encer son travail. Malheu reu sem ent au
3ème jou r d e la rep rise d e ses activités, elle m a qu itté, en m e laissant u n bébé d e 2
m ois. Le jou r d u d ram e, nou s avions qu itté la m aison vers 13h. Je l avais d ép osée à la
bou tiqu e et, à 16h00, elle était allée à la p rière. Vers 18h30 je l ai récu p érée p ou r
rentrer à la m aison. A cau se d es em bou teillages su r la rou te nou s som m es arrivés à
19h15. Ce sont les band its arm és qu i ont ou vert p ou r nou s la p orte. Ils m ont ligoté et
achem iné d ans la m aison ; ensu ite il m ont ram ené vers le véhicu le en d isant qu ils
allaient m e tu er. Pend ant ce tem p s m on épou se d onnait tou t ce qu elle avait : 600$ et
ses bijou x d u ne valeu r d e 7 000$ afin qu ils m e laissent la vie sau ve.
Sou d ain, u n cou p d e feu a retenti d ans la m aison, su ivi d u n silence p esant. Seu l le
bébé p leu rait. Ap rès, m on fils m a d it qu e sa m ère était d ans la cham bre m ais qu e d u
sang cou lait sou s d e la p orte. Il m a d élié les d eu x m ains et nou s nou s som m es
rend u s d ans la cham bre. J ai ou vert la p orte. Ma fem m e gisait à terre, m orte. Je su is
tom bé d ans le choc et qu and je m e su is rem is, le lend em ain, j étais à l hôp ital.

J ai u n grand regret : m on ép ou se m e laisse d es enfants qu e je ne sau rai p as gard er


seu l. Dep u is qu e nou s étions m ariés, elle ne m avait jam ais qu itté et d u n cou p elle
d isp araît. C est p ou r m oi u n choc qu e je ne sau rai p as gérer su rtou t qu e je su is encore
jeu ne. Ep ou ser u ne second e fem m e ? Elle n aim era p as m es enfants com m e leu r
p rop re m ère! Je ne vivrai p lu s u ne vie d e p aix et m es enfants n au ront p lu s jam ais d e
joie.

Mon ép ou se était u ne fem m e cou rageu se, p leine d initiatives p ou r les affaires et elle
savait concilier les activités m énagères et com m erciales. Elle rêvait d e d evenir u ne
grand e fem m e d affaires avec u n grand m agasin au centre ville. Mais voilà ! Ses
am bitions sont p arties avec elle

Qu ant en ce qu i concerne l évolu tion d u d ossier à la ju stice, je n ai au cu ne confiance.


Tenez ! Ma fillette, Lind a, âgée d e 7 ans, avait id entifié le su sp ect le jou r d u lever d e
d eu il. Elle l avait reconnu car le jou r d u d ram e il avait ravi l enfant à sa m am an avant
qu e m a fille ne le lu i d em and e p ou r s en occu p er. Ap p réhend é p ar les am is et les
frères qu i étaient au d eu il, il avait raconté com m ent s était m ontée l op ération,
reconnaissant avoir été l éclaireur du groupe.
Les 8 m em bres d e ce grou p e (d ont d es m ilitaires) avaient p assé la soirée au ngand a
Cap Su d . De là, l éclaireu r était allé vérifier la situ ation d e chez m oi et était revenu
d onner tou t le p lan d e la p arcelle à ses com p lices. Ap rès le ngand a Cap Su d , les
meurtriers sont allés prendre le véhicule au niveau du nganda Hi-Fi. Ce suspect avait
m êm e assisté à l enterrem ent !

Le d ossier est actu ellem ent au niveau d e l au d itorat m ilitaire. Lorsqu e j arrive à
l au d itorat, au lieu d e m assister, l on m exige d e l argent p ou r p ou rsu ivre les
enqu êtes, ce qu i m e blesse d avantage. Je sais qu u n jou r tou s les su sp ects seront
libérés et vont continu er à tu er les gens d ans la ville. C est ça notre p ays !

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4. FAMILLE DU DEFUNT ACHILLE

Identité de la victime
Prénom : Achille
Nom : PALUKU
Post-nom : MUHAVIRO
N é à M A N GURUJIPA en 1962, marié et père de 6 enfants
dont une fille de 4 ans (cadette)
Collectivité : BASWAGHA
Territoire : LUBERO
Province : Nord-Kivu
Adresse : Q. Keshero, Av. MAIMOTO
Profession : Directeur de l aéronautique Civile, Ir.
Civil dans l aéronautique avec stage de perfectionnement
en Belgique.
Assassiné le mardi, 25/03/2008 à 20h.

Propos de sa femme KAVIRA KANYALI Aimé

Mon d éfu nt m ari était rigou reu x d ans tou t ce qu il faisait, p eu t-être p arce qu il était
l aîné d e sa fam ille. Mêm e m oi, son ép ou se, j avais p arfois d e sérieu x ennu is à cau se
d e sa rigu eu r m ais cela contribu ait à m aintenir l ord re d ans notre foyer. Sa p rincip ale
qu alité était son intégrité. Les p rop riétaires d es Antonov lu i p rop osaient d es som m es
colossales p ou r continu er à voler m ais il les refu sait tou jou rs. Il aim ait beau cou p ses
enfants et n hésitait p as à rép ond re p ositivem ent à leu rs sollicitations.

Mard i m atin, m on m ari s était rend u au service com m e à l accou tu m ée. N otre fillette
sou ffrait d u ne p etite fièvre. Mêm e si ce n était p as grave m on m ari avait d em and é à
sa p etite s u r qu i est m éd ecin d e su ivre l évolu tion d e la santé d e l enfant. De retou r
d e service, il m avait d it qu il avait p ris u n verre avec u n d e ses am is chez Mam an
Elod ie. Il est arrivé à la m aison à 19h15 . N ou s som m es restés u n m om ent au salon
avec les enfants, puis je suis allée dans notre chambre.
Tou t d e su ite ap rès, le chien s est m is à aboyer et les enfants se sont m is à crier d ans
la cu isine ; m on m ari, lu i, était encore au salon en train d e su ivre les inform ations.
Lorsqu il est allé d ans la cu isine, les band its étaient d éjà là ; ils l ont d irectem ent
abattu.
Selon nos enfants qui étaient dans la cuisine, ces bandits étaient en tenue de policiers
avec d es Motorola et p arlaient lingala. Qu and les balles se sont calm ées d ehors, je
su is sortie d e la cham bre ju squ à la cu isine, m ais hélas, m on m ari était d éjà m ort.
Tou t ce qu e je p eu x d ire est qu e feu Achille n avait p as d e p roblèm es avec les gens et
je ne connais p as ju squ à p résent la cau se d e sa m ort.
La ju stice ne fait rien car il n y a p as d avancée d ans cette affaire. Les agents d e
l au d itorat m ilitaire ont été chez m oi, ainsi qu e ceu x d u Gou vernorat m ais ju squ à
p résent le d ossier est tou jou rs sans su ite. Je n esp ère m êm e p as qu il y au ra u ne su ite
favorable p arce qu e, d e tou tes façons, j ai d éjà p erd u m on m ari. C est m oi qu i su is
toujours perdante. Dieu seul gardera mes enfants.

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5. FAMILE DU DEFUNT BIRINGANINE Walter

Identité de la victime
Nom : BIRINGANINE
Post nom : SANDUKU
Prénom : Walter
Né à BUGERA (WALUNGU),
le 07/08/1958 Collectivité de NGWESHE
Territoire de WALUNGU
Province d origine : Sud-Kivu
M arié à M USIM W A KA N Y A M UGERE M arie-Jeanne depuis
30 ans avec 3 enfants.
- Diplômé d Etat en Commerciale et A dministrative à l Institut
ALFAJIRI à Bukavu.
- Formation en kinésithérapie ;
- A travaillé aux camps de déplacés au compte de CBM, ARC, Save the Children.

Récit de la femme du défunt et de son beau-frère.

La veuve M arie-Jeanne M USIW A parlait peu, elle était complétée par son petit frère Félicien
IRAGI, beau-frère du défunt

Mon m ari aim ait beau cou p les enfants. Il avait m êm e ad op té l enfant qu e j avais eu
avant notre m ariage. Il n aim ait p as l inju stice. Walter était tou jou rs habillé en
cravate non seu lem ent p arce qu il était tém oin d e Jéhovah m ais au ssi p arce qu il
vou lait être en tenu e d e ville chaqu e jou r. Le d éfau t qu e je lu i connaissais est qu il
n accep tait p as facilem ent la proposition des autres.

Mon m ari s était bien réveillé ce jou r- là. Il s était rend u à Birere où il entretenait u ne
bou tiqu e. A la m i-jou rnée, je l avais inform é d e l hosp italisation d e notre d eu xièm e
fils au d isp ensaire d e la 8e CEPAC. Il m e d ira d e m en occu p er et qu il viend rait
ap rès son service. Com m e p rom is, le soir, il est venu tou t d roit à l hôp ital où il m a
rencontrée. Les au tres enfants nou s ont p récéd és à la m aison ap rès avoir vu leu r
frère malade.
De retou r d e l hôp ital nou s avons trou vé les d eu x enfants assis p ar terre, au niveau
d e la facu lté d e d roit d e l ULPGL, en com p agnie d u p asteu r Likanya, étu d iant à
l ULPGL, et d e ses d eu x enfants, Mu hind o Mu taratsi et Kasereka Kyakw a
Jonathan . « Pou rqu oi tracassez-vou s ces gens à cette heu re-ci ? » d em and a m on m ari
au x hom m es en u niform e. Une brève d iscu ssion s en était su ivie p end ant qu e les
gens étaient tou jou rs assis p ar terre. Par la su ite, ces band its ont d abord tiré en l air,
et m on m ari avait fu i p ou r échap p er au x m alfrats. Ceu x qu i étaient p ar terre ont p ris
égalem ent le large. Dans sa tentative d e fu ite, Walter est tom bé su r d es p ierres et les
bou rreau x l ont ap p réhend é et l ont am ené d ans u n end roit caché p ou r l achever.
Qu elqu es m inu tes ap rès, m on p etit- frère Félicien Iragi est venu voir ce qu i s est
passé car les coups de balles venaient de cesser.

Propos de Félicien Iragi :

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Cette nu it-là nou s n avions p as retrou vé son corp s. Le lend em ain m atin, on nou s a
alerté : le corp s avait été retrou vé. Il ne p ortait p as d im p acts d e balles m ais p ortait
des blessures de poignard et baïonnette à la tête et au dos.
Les élém ents d e la 8e Région Militaire sont venu s faire le constat su r le lieu . Mais,
ju squ à p résent rien n a été fait, voici u ne année. N ou s ne p ou vons non p lu s aller
nou s p laind re car l im p u nité gangrène ce p ays. Les m ilitaires qu i avaient été
d ép loyés à Keshero ont été relevés le lend em ain et le p oste est resté vid e. Je m e su is
p résenté m oi-m êm e à la ju stice p arce qu on p rétend ait qu il n y avait p as d e
p laignant. Et là on a com m encé à d em and er d e l argent, alors qu e j étais encore sou s
le choc de la mort de mon beau-frère.
« La ju stice n existe p as et l im p u nité est grand issante, c est p ou rqu oi nou s nou s
taisons p ou r ne p as laisser d au tres orp helins » conclu t Félicien Iragi, beau -frère d e
feu Walter Biringanine.

6. FAMILLE DE FEU BWANACHUI

Identité du défunt
Nom : BWANACHUI
Post nom : BIN KOSITI
Prénom : Floribert
Lieu et date de naissance : Goma, le 13 Juin 1981
Nom du Père : Kositi Bazambala
Nom de la mère : Gertrude Kamara
Etat-civil : Célibataire
Originaire de: Collectivité Bangubangu Baombo, Territoire de
Kabambare, Province du MANIEMA
Etudes faites :
- Ecole Primaire : Ecole Communautaire du Lac
- Ecole secondaire :
Collège Alfajiri/Bukavu
Institut SANGARA à Goma, section Commerciale et Administrative.
- Université : UN IGOM , Licence en Droit en 2005 2006, membre de la coordination
estudiantine de l UN IGOM

Profession : Commissaire aux avaries à l OCC Goma


Enlevé le 08 juillet, son corps a été retrouvé le 09 juillet 2007 vers l ULPGL.

Récit de son père KOSITI BAZAMBALA, agent à la Banque Privée du Congo.

Mon fils Bw anachu i était l aîné d u ne fam ille d e 8 enfants : 5 garçons et 3 filles. Il
p ortait le nom d e m on p ère Floribert Bw anachu i, p rem ier Ad m inistrateu r d u
territoire d e Kabam bare ju squ à l arrivée d e la rébellion Mu léliste qu i l avait
assassiné en 1964 à l âge d e 34 ans. J avais alors 9 ans.
Mon fils était féru d e p olitiqu e com m e son grand p ère. Déjà p end ant ses étu d es
u niversitaires, il m ilitait d ans le Rassem blem ent congolais p ou r la d ém ocratie (RCD).
Je n étais p as d accord avec lu i car j avais u n m au vais sou venir d e la p olitiqu e à

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cau se d e l assassinat d e m on p ère. Ju ste ap rès ses étu d es, en 2006, il a été em bau ché
à l OCC Kinshasa. C était la 1ère fois qu il était engagé d ans u ne entrep rise m ais il
tenait toujours à la politique. Il disait-il qu il ferait la p olitiqu e com m e son grand p ère
m êm e si celle-ci l avait em p orté. Il était très em ballé, avait d es contacts faciles, d es
atou ts et d es argu m ents avancés. A sa m ort, à 26 ans, il était d éjà Secrétaire Général
au sein du RCD.
Lorsqu il avait sollicité sa m u tation p ou r venir travailler à Gom a, je m y étais op p osé
m ais il m avait d it qu il vou lait évolu er à côté d e la fam ille et d e ses connaissances à
Gom a. Je lu i d isais qu e sa p résence à Gom a m e cau sait d es inqu iétu d es à cau se d e
son p assé p olitiqu e d ans le RCD p arce qu e tou s ceu x-là qu i avaient m ilité d ans ce
parti étaient mal vus car assimilés aux Rwandophones.
Il évolu ait très bien d ans sa vie professionnelle à Kinshasa, ses chefs hiérarchiques ne
vou laient p as non p lu s le lâcher p ou r venir à Gom a car ils l ap p réciaient. Aussitôt
m u té à l OCC Gom a où il assu m ait ju squ à sa m ort les foncions d e com m issaires au x
avaries, il a réactivé les activités d u RCD. Je l avais d e nou veau m is en gard e p arce
qu avec l échec d e ses chefs d u p arti au x élections, il d evait com p rend re qu e ce
m ou vem ent ne p laisait p as à beau cou p d e gens. Malgré tou t ça, il avait recom m encé
avec ses réu nions d u RCD à Gom a. Qu and il était avec m oi, il m e p arlait très p eu d e
p olitiqu e car il savait très bien qu e j y étais allergiqu e et qu e je n étais p as d accord
avec son engagement.

Je su is convaincu qu e la m ort d e m on fils est u n assassinat p olitiqu e. La sem aine d e


sa m ort, on d evait se retrou ver chez m oi le sam ed i 7 ju illet 2007. Il vivait d éjà avec
ses am is en ville à côté d e l H ôtel IH USI. Cu rieu sem ent, le m êm e sam ed i ses am is
m inform eront qu e d ep u is vend red i à 13h°° il était p orté d isp aru . Lorsqu e son corp s
a été retrou vé, c était p ou r m oi u n choc terrible ; m on p rem ier fils qu i d isp araît
com m e ça, à fleu r d e l âge, assassiné com m e son grand p ère à cau se d e la p olitiqu e.
Il a été sau vagem ent tortu ré et p u is son corp s a été d e nou veau habillé p ou r
dissimuler les traces de torture.

Logiqu em ent, j ai d ép osé m a p lainte au Parqu et Général d e Gom a. Le d ossier était


su ivi p ar u n Magistrat. J ai ap pris qu il au rait reçu d es intim id ations p ou r qu il
classe ce d ossier ; au cu ne enqu ête n a été am orcée, les am is d e m on fils n ont jam ais
été interpellés ou entendus comme témoins.
J avais saisi la section Droits d e l hom m e d e la MON UC qu i avait p rom is d e faire le
su ivi m ais je n ai p as esp oir, je sais qu elle sorte d e ju stice existe au Congo.
Au cu ne au torité locale n a d éjà com p ati avec m oi, ce qu i est bizarre ! J avais
seu lem ent reçu u ne d élégation d e ses cam arad es d u p arti cond u ite p ar Léon Mu heto.
Ce d ernier m avait prom is d e m ap p u yer d ans la p lainte m ais d ep u is lors c est le
silence total. Je vois d e très m au vais il ce silence coupable des autorités, je tiens à ce
qu un jour j obt ienne t out e la lumière sur la mort de mon fils. Mêm e si m oi-m êm e je
ne m e sens p as en sécu rité lorsqu e je cherche à p ou rsu ivre le d ossier d e m on fils. A
u n certain m om ent, j avais senti qu e j étais au ssi filé m ais ap rès les d isp ositions
sécu ritaires qu e j avais p rises, les filatu res avaient cessé.
La p rem ière hyp othèse d e sa m ort était orientée vers la d écision d e d estru ction d es
p rod u its avariés d ont l ord re était venu d e ses chefs. Il avait alors refu sé d être

30
corrom p u p ar les p rop riétaires d e la m archand ise. Personnellem ent, je ne crois p as à
cette piste, il doit avoir été torturé pour livrer certaines informations politiques.

A m a connaissance, m on fils Bw anachu i n avait p as d e conflit au service, il venait d e


Kinshasa, il n était p as encore bien installé.
Parm i les grand es qu alités d e m on fils, je retiens qu il aim ait beau cou p les gens, il
était un rassembleur, il était un soutien pour ses petits- frères, il était très généreux et
il se sacrifiait p ou r les au tres. Tou tefois, il avait le d éfau t d être tém éraire, u n p eu
orgu eilleu x, com m e son grand -p ère. Bw anachu i était encore célibataire et ne m avait
jam ais p ersonnellem ent p arlé d e m ariage Tou te la fam ille est sou s le choc !

7. FAMILLE DE FEU PRIGOGINE NGEZAYO

1. Biographie d Albert Prigogine N gezayo

De nationalité congolaise, Albert Progogine est né à Kam itu ga en 1941 d u ne m ère


congolaise et d u n p ère belge, ingénieu r d es m ines ornithologu e.

A 4 ans, il entre en p ension d ans u ne m ission p rotestante am éricaine d ont il


s échap p e fréqu em m ent p ou r faire d es escap ad es d ans la natu re. Il ap p rend ainsi à
vivre avec la natu re et les anim au x sau vages d ans les collines d e Bu tem bo au p rès
d u n vieil hom m e, qu i le p rend sou s son aile.

C est cet environnem ent qu il va inlassablem ent vou loir p rotéger. Du rant 40 ans
(1967 2008), il va mener un seul et unique combat : la p rotection d e l environnem ent
et la conservation d e la natu re au sein d es Parcs N ationau x d es Viru nga, Kahu zi-
Biega, Garam ba et au Dom aine d e Chasse d e Lu am a. En ou tre, d u rant ces 40 ans, il
sera un pionnier et un infatigable avocat de la promotion du tourisme en RDC.

Il p articip e à l am énagem ent écologiqu e d es Parcs au x côtés d u Dr Jacqu es


Verschu ren, u n scientifiqu e d e l Institu t Royal d es Sciences d e Belgiqu e et ancien
Directeu r Général d es Parcs N ationau x en RDC. Il est consu lté p ou r le choix d u site
qu i abrite au jou rd hu i la Station d e Recherche Scientifiqu e d e Lu lim bi, où il p ose la
p rem ière p ierre. Il est alors le p rem ier op érateu r économ iqu e congolais à
entrep rend re la relance d e l ind u strie tou ristiqu e en Rép u bliqu e Dém ocratiqu e d u
Congo et crée, en 1968, son agence de voyage : GONGO SAFARI.

En 1973, Monsieu r Prigogine fait l acqu isition d u n p etit hôtel


d e 6 cham bres, au centre ville d e Gom a, l H ôtel N yam u lagira
qu il rebaptisera p lu s tard d u nom d e Masqu es H ôtel. La
cap acité d hébergem ent d u Masqu es H ôtel ne cessera alors
d au gm enter p assant à 70 cham bres en 1983.

En 1982, il est élu Présid ent d e la Cham bre d e Com m erce d u


Nord-Kivu , p ou r u n m and at d e 4 ans. Au cou rs d e son
m and at, Albert Prigogine se bat p ou r le d roit à la santé et à
l éd u cation. Il sou m et u n p rojet d e constru ction d u n grand
hôp ital à Gom a, capitale d u N ord -Kivu et est à la base d e la

31
construction d e l Université Libre d es Pays d es Grand s Lacs.

La m êm e année, Monsieu r Prigogine crée la société Zaïre H u nting Safari et signe u n


contrat avec le gou vernem ent zaïrois, rep résenté en la circonstance p ar l IZCN
(Institu t Zaïrois p ou r la Conservation d e la N atu re), qu i lu i octroie u ne concession d e
d ix ans su r le d om aine d e chasse d e la Lw am a (Kim ano II d ans le Su d -Kivu ). Il y
construit ensuite un camp de chasse, achète et achemine aussi bien des véhicules tout
terrain qu e d es bateau x p ou r les rivières Kim ano et Lw am a. Son d ynam ism e et son
am ou r p ou r la natu re sont officiellem ent reconnu s et il est nom m é p ar d écret
p résid entiel Mem bre d u Conseil d ad m inistration d e l Institu t Zaïrois p ou r la
Conservation de la Nature (IZCN) pour un mandat de 5 ans.

En 1986, il élargit l offre tou ristiqu e au x Gorilles d e m ontagne à Jom ba, secteu r su d
d u Parc N ational d es Viru nga. Il y constru it su r fond s p rop res u n cam p tou ristiqu e
sur les hauts plateaux à 100 km de Goma : « Prigogine Gorilla Camp ».
En sep tem bre 1991, il signe u n contrat avec le Gou vernem ent Zaïrois, rep résenté
p ou r l occasion p ar les Ministères d u Tou rism e, d e l environnem ent et d e la
Conservation d e la N atu re ainsi qu e l IZCN , lu i concéd ant les d roits p ou r la
constru ction d e sep t cam p s tou ristiqu es. En 1992, tou jou rs su r fond s p rop res, Albert
Prigogine crée u n d eu xièm e cam p d e 20 tentes, situ é à la Rw ind i, au bord d u N il
Blanc (rivière Ru tshu ru ), en p lein c u r d u Parc N ational d es Viru nga, à 130 km d e
Goma.
En 2000, Albert Prigogine d evient m em bre d e l Assem blée Provinciale et lu tte contre
la corruption et le détournement au sein de cette même Assemblée. La population se
sou vient encore d e ses interventions efficaces p ou r le p aiem ent et l au gm entation d es
salaires des fonctionnaires et travailleurs en tant que Député Provincial.
En 2004, il crée u ne association d e jeu nes au Congo « Plateform e d e la jeu nesse d e
Gom a lu ttant p ou r la p rotection d e l environnem ent et la conservation d e la
Nature. » Elle réu ssit à em p êcher la constru ction d u n p ort m archand p rivé au x
abord s d e la station d e p om p age d e la REGIDESO, évitant ainsi la p ollu tion d irecte
d e l eau d estinée à la p op u lation.
A la fin d e l année 2006, Albert Prigogine écrit d ans u ne lettre ad ressée à l u n d e ses
amis :
I haven t been in the V irunga Park since tree years now. A s you know I am only private
Congolese who has been in the protection and conservation of the V irunga N ational Park
since the last 35 years and during 1994 to 1996 as said, I led an anti-poaching team with
great success with my personal fiancé. W hen KA BILA father overruled M obutu s regime he
disarmed all the game rangers and the poachers were free to do all they wanted until today.
My head was wanted as a special trophy. Some of the wise Silver Back Gorillas in Jomba, and
the elephants, hypos, antelopes, wart hogs even the marabou storks, they all advised me to
stay away from the Virunga for a while until security is back again in the region because they
need me for the future.

Du rant tou te sa vie, Albert Prigogine est allé à contre- cou rant d e la société
congolaise. Alors qu on ne parle qu e d e ressou rces m inières, il p arle natu re et
tou rism e. Pend ant qu e les Congolais p arlent d or, d e d iam ant, d e coltan, Albert

32
Prigogine se bat p ou r u ne ressou rce inép u isable p ou r p eu qu on la resp ecte : la
N atu re. « La natu re est la p riorité d au jou rd hu i et d e d em ain », d isait-il. Il est
assassiné le 13 m ars 2008 à 15h 50 .

2. Récit des événements du 13 mars 2008


Le 13 m ars 2008 vers 15h15 , Albert Prigogine a qu itté son chantier d e Keshero, à
l ou est d e la ville d e Gom a, p ou r rentrer chez lu i. Il a m arqu é u n arrêt d e qu elqu es
m inu tes au bu reau d e la Société N ationale d Electricité entre le Rond Point d u Cercle
Sp ortif et le carrefou r d u Tribu nal d e Grand e Instance, p u is a rep ris sa rou te vers son
domicile.
Arrivé à 300 m ètres d e sa résid ence, d evant le bu reau d es Renseignem ents m ilitaires
(T2) et à p roxim ité d u Parqu et d e la Rép u bliqu e, à l end roit m êm e qu on ap p elle
com m u ném ent « le Triangle d e Sécu rité », Albert Prigogine est assassiné et p ercu te
un mur jouxtant la résidence officielle du Gouverneur de province. Sept balles ont été
tirées à l aid e d u ne arm e d assau t d e typ e AK-47, d ont u ne le blessant m ortellem ent.
Un tém oin d e la scène a égalem ent été abattu p ar les assaillants. Au cu n m ilitaire d u
bu reau d es renseignem ents m ilitaires (T2), ni au cu n m em bre d e la sécu rité gard ant
l antenne d e relais d e com m u nication à 50 m ètres d u lieu d u crim e et au cu n p olicier
d e la gard e d u Gou verneu r n est intervenu lors d es tirs.
Les assaillants ont p ris instantaném ent la fu ite en d irection d u Rond Point d u Cercle
Sp ortif et sont rep assés d evant le bu reau d es Renseignem ents m ilitaires, p u is d evant
le Parqu et d e la Rép u bliqu e, ensu ite d evant l antenne d e relais d e com m u nication et
enfin d evant la 8ème région m ilitaire sans jam ais être inqu iétés. La Police N ationale
Congolaise est arrivée su r les lieu x d u crim e u ne vingtaine d e m inu tes p lu s tard .
Su ite au m anqu e d e réactivité d es au torités, les m issionnaires am éricains ont p ris en
charge l évacu ation d es blessés.

Albert Prigogine et la second e victim e ont été exp éd iés à bord d e leu r cam ionnette à
l H ôp ital d e N iveau 3 d es N ations Unies à Gom a (ancien Masqu es H ôtel) situ é à 2
km . Ils étaient accom p agnés p ar d es m em bres d e la Police nationale en civil. Albert
Prigogine est d écéd é avant son arrivée à l hôp ital vers 16h30 . La second e victim e est
m orte à l hôp ital p eu ap rès.

Madame Albert Prigogine, ses enfants et ses petits enfants


Les membres de la famille Prigogine et Ngezayo
Madame Maryna Prigogine veuve du Professeur Ilya Prigogine et son fils Pascal Prigogine
Monsieur et Madame Victor Ngezayo et leurs enfants
Monsieur et Madame Thierry Prigogine et leurs enfants
Monsieur Alain Prigogine et sa fille

33
IV. JUSTICE : TIMIDES AVANCEES

De tou tes ces p ersonnes tu ées, qu elqu es cas seu lem ent sont en instru ction à
l Au d itorat Militaire. D au tres sem blent avoir été tu ées com m e d es m ou ches, sans
au cu ne enqu ête. Interp ellé à l Assem blée Provinciale le 09 Avril 2008 p ou r u ne
qu estion orale concernant l insécu rité au N ord -Kivu , le Gou verneu r d e Province,
Ju lien PALUKU, a fait allu sion u niqu em ent à 8 d ossiers d assassinats d ans la ville d e
Goma dont les enquêtes sont en cours.

1. Dossier de l Assassinat de Monsieur Albert NGEZAYO PRIGO GINE et Marcellin


CIKALA
Ce d ossier est instru it à l au d itorat m ilitaire garnison d e Gom a sou s RMP
1801/ IGL/ 2008. Parallèlem ent, u ne com m ission d enqu ête a été m ise su r p ied le
14/ 03/ 2008 p ar arrêté d u Gou verneu r d e Province. Les d eu x victim es ont été tu ées
par balles le 13/03/2008.

2. Dossier de l Assassinat de Monsieur SIBO MANA SINGIRA et MBAMBURA


BURINDI
Les d eu x victim es ont été tu ées p ar balles le 20/ 03/ 2008 d ans le cam p d es d ép lacés
d e MUGUN GA (BULEN GO). Trois p ersonnes, p résu m ées cou p ables sont d étenu es à
la Prison Centrale d e Gom a. Il s agit d e : MON GO KAMUN DU, MOH IN DO
MOKUUKA et BITI HANGI qui est le père de la victime MBAMBURA.

3. Dossier du meurtre de Monsieur CIZUNGU MASTAKI


La victime était « Nyumba Kumi ». Elle a été tuée par balles le 23/03/2008 sur la voie
publiqu e d ans le qu artier Keshero en cherchant à secou rir les voisins. Au cu n
su sp ect n est encore arrêté. Le d ossier est instru it à l au d itorat d e Gom a sou s RMP
1793/IGL/08.

4. Dossier de l assassinat de Monsieur Achille PALUKU


Il était Chef d u bu reau Transcom à l aérop ort d e Gom a. Il a été tu é p ar balles à son
d om icile d ans le qu artier Keshero le 24/ 03/ 2008. Trois p ersonnes p résu m ées
cou p ables sont au x arrêts. Il s agit d e : FURAHA MIGINA, MUHINDO Sylvie toutes
d eu x m ineu res d âge et le Policier SEN ZIRA BASEKE.

5. Dossier de l assassinat de Monsieur Jean-Claude RUTAYISIRE


Il était agent à la DGM. Il a été tu é p ar balles su r la voie p u bliqu e en face d e son
d om icile d ans le qu artier H IMBI le 28/ 03/ 2008, non loin d u d om icile d e la d am e
N ON O MALEULA assassinée p ar balles la m êm e nu it. Il est p ossible qu e les
assassins d e la d am e N ON O soient les m êm es qu e ceu x d e Jean- Clau d e
RUTAYISIRE. Le dossier est instruit sous RMP 1811/IGL/2008.

6. Dossier de l assassinat de la dame NO NO MALEULA


Cette fem m e m ariée abattu e p ar balles d ans son d om icile d ans le qu artier H im bi le
28/ 03/ 2008 p ar u n grou p e d es band its qu i ont em p orté d es bijou x et u ne som m e d e
600 d ollars US. Six p ersonnes p résu m ées cou p ables d e ces faits sont arrêtées. Il s agit
de : Corneille MWISA, KATEMBO KEN DA KEN DA DUN IA, LUMBA SAKIN A
Tantine, H ans N GAN GURA MULIN DWA, Jean-Clau d e SALUMU et Jean jacqu es
BAKUNGU ESONGA. Cette affaire est instruite sous RMP 1798/IGL/2008.

34
7. Dossier de l assassinat de Monsieur NDO O LE Bienfait
La victim e a été tu ée p ar balles le 29/ 03/ 2008 d ans le qu artier N d osho. Au cu n
su sp ect n est arrêté. Le d ossier est instru it sou s le RMP 1804/ IGL/ 2008.

8. Dossier RMP 1727/MUM/2008


Il est ou vert à charge d es p ersonnes su ivantes : Slt KALIN DA DOGO, Slt
MATON GO AN GILIO, Sieu rs MIH IYO MAYO MUH OMBO, YAKOBO MUGIN A et
LWABOSH I CH EMURIKA, p ou rsu ivis d assassinat d u Major LUMOO MUUN DA
d ans le qu artier N d osho le 16/ 02/ 2008. Ces p ersonnes sont incarcérées à la p rison
centrale de Goma.

Pour les 74 autres personnes tuées, les traces n existent pas à la Justice.

NB : Plu sieu rs fam illes continu ent à


réclam er qu e ju stice soit faite et qu e les
cou p ables soient sérieu sem ent sanctionnés.
A m aintes rep rises les fam illes d e victim es
ont m anifesté d ans la ville ju squ au
Gou vernorat d e Province et les au torités
avaient p résenté p u bliqu em ent de
p résu m és cou p ables avec ferm e p rom esse
d organiser u ne au d ience p u bliqu e au
Stad e d e l Unité d e Gom a d ans les trois
jou rs qu i su ivaient cette m anifestation. Ju squ à ce jou r, l au d ience p u bliqu e p rom ise
aux manifestants n a jam ais eu lieu

V. CONCLUSION

Des crim es non élu cid és continu ent à se p erp étrer d ans la ville d e Gom a, p lu s d u ne
année ap rès la tenu e d élections censées ériger la RDC en Etat d e d roit, u n Etat d ans
lequ el tou t le m ond e d evait vivre d ans la tranqu illité, en attend ant d e m ou rir d e
m alad ie ou d e vieillesse. Malheu reu sem ent, m algré l avènem ent d es nou velles
institu tions attend u es p ar u ne p op u lation longtem p s m eu rtrie p ar les violences
cycliqu es, le calvaire s est p ou rsu ivi avec d avantage d acu ité : u ne, d eu x, trois
p ersonnes sont assassinées p ar jou r à Gom a sans qu au cu ne solu tion d éfinitive ne
soit envisagée par le pouvoir en place.

Les p arents d es victim es rechignent à aller en ju stice car l app areil ju d iciaire est
rongé p ar la corru p tion et l ingérence d u p ou voir exécu tif. Ceu x-là qu i osent élever
leu rs voix sont intim id és p end ant qu e les tu eu rs et leu rs com m and itaires circu lent
librement au vu de tous les organes de sécurité éparpillés dans la ville.

Lorsqu e la p op u lation m anifeste contre cette barbarie hu m aine, les au torités font
sem blant d am orcer d es enqu êtes en arrêtant m êm e d es innocents p ou r trom p er la

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vigilance d e l op inion et les p résu m és com m and itaires se retrou vent libres d u jou r au
lendemain.

N ou s avons tenté d e rem u er les p laies d es fam illes en p arlant d es leu rs, victim es d e
la barbarie, p ou r briser le silence assou rd issant qu i entou re cette banalisation d e la
m ort et l im p u nité qu i s en su it. Mais u ne qu estion tou te sim p le se p ose: p arler,
hau sser le ton, p ou r qu el résu ltat ? Les p ersonnes cou rageu ses et qu i ont d es m oyens
veu lent aller ju squ au bou t, com m e tente d e le faire la fam ille N gezayo. Mais p ou r
les au tres, p au vres et sans au cu n sou tien, à qu i s ad resseront-ils d ans cet Etat
incapable de sécuriser une si petite ville de 66,45 km2 ?

36
CHAPITRE II : BUKAVU, SUD-KIVU

I. PRESENTATION DE LA VILLE DE BUKAVU

La ville d e Bu kavu a été créée en 1909 ; elle constitu ée d e 3 com m u nes: Iband a,
Kadutu et Bagira.

La ville de Bukavu compte au total 11 quartiers répartis de la manière suivante :


a) Commune d Ibanda
1. Nyalukemba
2. Ndendere
3. Panzi
b) Commune de Kadutu
1. Mosala
2. Kasali
3. Tshimpunda
4. Nkafu
5. Nyamugo
c) Commune de Bagira
1. Lumumba
2. Nyakavogo
3. Kasha
Avec u n relief m ontagneu x, Bu kavu a u ne su p erficie d e 44,90 km 2 et selon le d ernier
recensem ent d e la m airie d u 31 d écem bre 2007, la p op u lation d e Bu kavu est estim ée
à 557 627 habitants soit 250h/ km 2. Ce chiffre ne p rend p as en com p te les d ép lacés
venu s d e l intérieu r d e la p rovince qu i fu ient les exactions d es FARDC et au tres
grou p es arm és. Ces d ép lacés sont ép arp illés d ans d ifférentes fam illes d accu eil à
Bukavu. Toutes ces personnes vivent dans une phobie nocturne car les bandits armés
et les hom m es en u niform e op èrent généralem ent entre 20h et 1h d u m atin. Les
statistiqu es recu eillies au niveau d es qu artiers, d es com m u nes, d e la m airie et d es
ON G d e d éfense d es d roits d e l hom m e font état d environ 62 p ersonnes tu ées d e

37
janvier 2007 à m ai 2008. Ces gens ont été élim inés p hysiqu em ent soit p ar balle, soit
par étranglement, soit par poignard ou lapidés et brûlés par la population.

II. MONITORING DES ASSASINATS DANS LA VILLE DE BUKAVU


DU JANVIER 2007 EN MAI 2008
N° Date Noms et post Lieu du drame Circonstance Source
noms d assassinat
01 1/1/2007 Un militaire Q. KASHEKE, Abattu par la B.I Commune de
FARDC Commune de population KADUTU
KADUTU à cause des
tracasseries des
piétons
02 29/01/2007 Cikuru Q. NYAMUGO, Tué par balle par des B.I Commune de
Nshangalume Commune de bandits KADUTU
KADUTU
03 05/02/2007 Crispin Cellule ELILA, Av. Tué par des hommes B.I. Mairie
Kangomba MAKASI, Q. armés inconnus
CIMPUNDA,
commune
KADUTU
04 28/02/2007 Un voleur Av. BUGABO II, Q. Il voulait voler chez B.I. Commune de
NKAFU, commune Yvan Kamushera, a KADUTU
de KADUTU été lynché par la
population
05 28/02/2007 Voleur à Cellule KAWA, Tué par la B.I. Mairie
main armée Q. NKAFU, Com. population
KADUTU
06 02/03/2007 Kabwika Av. LUMUMBA, Tué par des - B.I. BAGIRA
Chimwanuka Camp musique hommes armés. - Rapport
BAGIRA HERITIERS DE
LA JUSTICE
07 02/03/2007 Wilonja Av. LUGANDA, Tué par son neveu B.I. Mairie
Kabungulu Q. PANZI, Com. Wilonja J. Pierre.
d IBAN DA Conflit familial
07 3/03/2007 Zihindula Sur le lac Kivu Corps retrouvé B.I. Mairie
Buhendwa vers la SNCC, Q. flottant sur le lac
NKAFU, Kivu avec des
Commune traces
KADUTU d étranglem ent

09 27/03/2007 Safari Av. KASHEKE, Abattu par un - Rapport


Maganya Commune de groupe de HERITIERS DE
KADUTU bandits qui avait LA JUSTICE
10 Maman fait irruption dans - B.I. Commune
Murhabazi la maison à 00h de
(Epouse de Mr KADUTU
Safari)

38
11 28/03/2007 Eugène Av. CIBERE, Q. Abattu par des B.I Commune de
Mushoko NKAFU, hommes armés KADUTU
Niganda commune de
KADUTU
12 28/03/2007 Mwanano Cellule Tués par des B.I Commune de
Safari (Epoux KASHEKE I, Q. hommes armés BAGIRA
de Nzigire) KASHA, venus voler dans
13 28/03/2007 Nzigire Commune de leur maison
Mwanyoyo BAGIRA
(Epouse de
Mwanano)
14 30/03/2007 Sharma Q. NKAFU, Tué par des B.I Commune de
Kitembe Commune de voleurs à mains KADUTU
KADUTU armées
15 31/03/2007 Bishikwabo Av. La Botte, Tué à coups de - RAPPORT
Ezechiel cellule couteau par un RASHOSKI
NYAMOMA, Libanais ASSAN
Commune dont il était le
d IBAN DA domestique - B.I. Quartier
NDENDERE
16 03/04/2007 Birhashwirwa Av. KALAMBO, Poignardé par son B.I Commune de
(19 ans) Q. KASHA, petit- frère de 17 BAGIRA
Commune de ans
BAGIRA
17 14/04/2007 Pierre Michel Av. BIZIMANA, Corps trouvé Rapport
Kanyangambi Q. PANZI, inerte dans une HERITIERS DE
(Baba Penzi) commune rigole, avait des LA JUSTICE
d IBAN DA démêlés
parcellaires avec B.I. Commune
une dame : Maman d IBAN DA
Mundjo
18 15/04/2007 Mukamba Av. BUHOLO 1er, Parti de chez lui à Rapport
Mulonda Commune de la veille vers 17h, HERITIERS DE
(Etudiant à KADUTU son corps a été LA JUSTICE
l UOB) retrouvé étranglé
le matin sur la B.I. Commune
route de KADUTU
19 17/04/2007 Un enfant non Cimetière de Corps retrouvé Rapport
identifié PANZI, Q. déposé dans un HERITIERS DE
PANZI, Com. cercueil LA JUSTICE
d IBAN DA
20 19/04/2007 Ruben, Baba N°749, Av. Major Les homes armés Rapport
Jeannine VANGU, Q. sont entrés dans la HERITIERS DE
PANZI, Com. maison pendant la LA JUSTICE
d IBAN DA nuit, ils ont tué et
ont emporté le

39
téléviseur et le
magnétophone
ainsi que plusieurs
objets de valeur
21 19/04/2007 Rubain Q. Tué par des B.I Commune
Katuruba NYALUKEMBE, bandits armés d IBAN DA
Ntakobajira Com . d IBAN DA
22 24/04/2007 Mubalama, Av. Quartier Assassinés par des Rapport
Baba Moïse LATIN, Com. bandits en fuite HERITIERS DE
(sentinelle) d IBAN DA vers 20h (témoin LA JUSTICE
gênant)
23 Hamedi
Shabani
(Etudiant ISP)
24 27/04/2007 Emmanuel Av. Route Tué à 400m de Rapport
Mambozaka d UVIRA, Cam p chez lui à 22h30, HERITIERS DE
lano (vendeur NGABO, Com. quand il revenait LA JUSTICE
des tomates 35 d IBAN DA du deuil, par des
ans) bandits non B.I. Commune
identifiés d IBAN DA
25 20/05/2007 Munyolelo Rou te d UVIRA, Assassiné par des B.I Quartier
Mikindo, Chef Q. NDENDERE, hommes en NDENDERE
de cellule Commune uniforme non
adjoint d IBAN DA identifiés.
26 29/05/2007 Mambo Commune Voleur à main B.I. Commune
Tawamo d IBAN DA armée. Lapidé par d IBAN DA
la population
27 30/05/2007 Mulaliro Q. NKAFU, Attaqué par des B.I. Commune
Burhagereza Commune de hommes en de KADUTU
KADUTU u niform es qu i l ont
assassiné
28 04/06/2007 Dieudonné, Av. SAÏO, Q. Tué par des B.I Quartier
Baba Sifa NDENDERE, hommes armés NDENDERE
Commune non autrement
d IBAN DA identifiés
29 08/06/2007 Gentil Miseke Av. de la presse, Retrouvé mort et Rapport
(18 ans) Com . d IBANDA jeté dans la HERITIERS DE
(Bandit de son parcelle de LA JUSTICE
état) madame
MAWAZO
MPALA
30 09/06/2007 Serge Rivière RUZIZI Corps retrouvé - Rapport
Mugaruka inerte dans la HERITIERS DE
Byamungu rivière RUZIZI LA JUSTICE -
(Etudiant avec des coups de B.I. Mairi
ISDR et Agent blessures graves

40
DGM
BUKAVU)
31 10/06/2007 Héritier (Non À l EP N YEN JA, Accusé de vol à B.I Commune
autrement Cellule Major main armée. Il a d IBAN DA
identifié) Vangu, Q. été lapidé par la
NDENDERE, population
Commune
d IBAN DA
32 13/06/2007 Serge Av. SAÏO, Q. Tué par 2 hommes Rapport
Maheshe NDENDERE, en tenues civiles HERITIERS DE
(Journaliste Commune lorsqu il revenait LA JUSTICE
OKAPI) (31 d IBAN DA d u ne réu nion d e B.I. Commune
ans) mariage d IBAN DA
33 14/06/2007 Justin Cinalo Av. Camp TV, Les assaillants l ont - Rapport
(30 ans) Commune de tué et ont emporté HERITIERS DE
(Etudiant KADUTU 575$ et d au tres LA JUSTICE
ISTM) biens de valeur de - APRODEPED
sa mère
34 20/06/2007 Béatrice N° 56, avenue Tuée par des - B.I Quartier
Ntakwinja MURHUNDU, Q. voleurs armés KASALI
KASALI,
Commune de - ICJP (initiative
KADUTU Congolaise pour
la justice et la
paix)
35 27/06/2007 Jacques N° 57, avenue Tuée par des B.I Quartier
Rugendabanga MURHUNDU, Q. voleurs armés KASALI
KASALI,
commune de
KADUTU
36 28/06/2007 Jacques Av. BUHOLO 1er, Les voleurs se sont - Rapport
Chihanza Q. MOSALA, introduits dans l HERITIERS DE
(Baba Jocelyn) Com. KADUTU maison pour exiger LA JUSTICE
(35 ans) les recettes de la - ICJP (Initiative
journée des bières Congolaise
AMSTEL pour la Justice
et la Paix)
- B.I. Commune
de
KADUTU
37 29/06/2007 Un bandit Place carrefour, Tués et brûlés par - Rapport
38 29/06/2007 Un bandit Commune de la population : HERITIERS DE
KADUTU supposés être les LA JUSTICE
assassins de - B.I. Commune
Jacques Chihanza de
KADUTU

41
39 05/07/2007 Bahati Cellule KAYA, Tué par son petit B.I Commune de
Bashambe Av. BUHOLO- frère, conflit BAGIRA
KASHA, Com. familial
BAGIRA
40 07/07/2007 Christophe Av. KAKANO, Poignardé par son B.I Commune de
Mugaruka cellule CIRIRI II, voisin BAGIRA
Q. KASHA,
BAGIRA
41 18/08/2007 Un présumé Cellule BINAME, Tué par la - Rapport
voleur Commune de population qui HERITIERS DE
KADUTU l avait sou p çonné LA JUSTICE
avoir volé un porc - B.I. Commune
et des biens de de
valeur dans une KADUTU
maison à Kasheke
dans la commune
de Kadutu
42 20/08/2007 Voleur non Av. IGOMO, Tué par la B.I Commune
identifié Cellule CHIRIRI, population locale BAGIRA
Q. KASHA,
Commune
BAGIRA
43 4/09/2007 Juwa Lako Cellule A été brûlé par la - Rapport
Mukulikire (19 KIBOMBO, N° 40, population HERITIERS DE
ans) Q. NDENDERE, l accu sant d avoir LA JUSTICE
commune volé les documents - B.I. Commune
d IBAN DA d u ne voitu re d e d IBAN DA
Mr Grégoire
44 4/09/2007 Juma MUHUNGU au Tué par la B.I. Mairie de
Mukulikire stade de population de BUKAVU
(Présumé MUKUKWE Muhungu
voleur)
45 24/09/2007 Bonane Av. SINELAC, Homme en - B.I Quartier
Kakuja, Cellule uniforme non NDENDERE
Représentant MUKUKWE, identifié - Rapport
agence la Quartier HERITIERS DE
Colombe/Buk NDENDERE, LA JUSTICE
avu Com . d IBAN DA
46 28/09/2007 Moïse Av. PAJECO Est mort des suites - Rapport
Masumbuko Commune des coups lui HERITIERS DE
d IBAN DA administrés par ses LA JUSTICE
patrons, ils lui ont - B.I. Commune
rep roché d avoir d IBAN DA
volé un téléphone
d u ne valeu r d e
480$

42
47 04/10/2007 Une fillette NYAMUGO, Accusée de - APRODEPED
Commune sorcellerie. Elle a - B.I. Com.
d IBAN DA été lapidée par la KADUTU
population
48 29/10/2007 Divin Mahano Sentier MWEKA, Torturé et brûlé - Rapport
(4 ans) Commune de par sa marâtre HERITIERS DE
BAGIRA pour avoir volé LA JUSTICE
20Fc et une - B.I. Commune
mangue sur de
l étalage. BAGIRA
49 29/10/2007 Mazambi Av. Télévision, Tué la nuit par - Rapport
Byamungu Cellule Essence - coups de poings et HERITIERS DE
Lunanga Major VANGU, coups de LA JUSTICE
Q. PANZI, machettes, avoir - APRODEPED
Commune été soupçonné - B.I Quartier
d IBAN DA. voleur pourtant PANZI
était en état
d ébriété.
50 16/11/2007 Ndala Av. FUNUA, Mort des coups lui Rapport
(Motard) commune de administrés par la HERITIERS DE
KADUTU population de LA JUSTICE
BUHOLO V pour
avoir transporté un
présumé voleur
51 02/12/2007 Voleur à main Av. MÉTÉO II, Tué et brûlé par la - B.I Quartier
armée MUHUNGU II, population après NDENDERE
Q. NDENDERE, avoir échoué de
Com . d IBAN DA voler chez Hamuli - RADHOSKI
Hubert
52 21/12/2007 Destin Iragi MUHUNGU Tué par balle - Rapport
Baguma Télécom N°111, pendant la nuit HERITIERS DE
Q. NDENDERE, LA JUSTICE
Com . d IBAN DA - B.I. Quartier
NDENDERE

53 24/01/2008 Jacques Q. KESHA, Tué par des B.I. Commune


Marume Commune de hommes armés de BAGIRA
N abu ci M ciza BAGIRA
(45 ans)
54 27/01/2008 Mama Espoir Q. NKAFU, Tué par des B.I Commune de
(non cellule KAWA voleurs à mains KADUTU
autrement BUGABO III armées
identifiée)
55 31/01/2008 Daniel Kazuba Avenu ONL, Q. Tué par des B.I Commune de
CIMPUNDA, voleurs à mains KADUTU
Commune de armées

43
KADUTU
56 23/02/2008 Passy Av. FUNU- Tué par couteau - APRODEPED
Matandiko NYAMULAGIRA dans la maison de - B.I Commune
n° 74/68, M. Edmond KADUTU
Commune - RAPPORT
KADUTU HERITIERS DE
LA JUSTICE

57 28/02/2008 Philippe Av. BUGABO 1er, Corps retrouvé Rapport


Bitanoshwa Q. NKAFU, dans le collecteur HERITIERS DE
(60 ans) Agent Commune de Kawa LA JUSTICE
10ème Brigade KADUTU
58 04/03/2008 Kadende Av. Boulevard du Le corps a été - Rapport
Zihindula lac, Q. La botte, repêché avec des HERITIERS DE
20 ans commune traces de tortures, LA JUSTICE
d IBAN DA c était u n habitant - B.I. Commune
de Chiriri dans la d IBAN DA
commune de
Bagira
59 15/04/2008 Mukamba NYAMUGO, Corps retrouvé - Rapport
Mulonda Commune de étranglé dans une HERITIERS DE
KADUTU rigole à côté de LA JUSTICE
l hôtel MUN DIAL - B.I. Commune
BAGIRA

60 30/04/2008 Zenon Av. MULIMBI à Tué par des - RADHOSKI


Cibumbiro, la Brasserie, hommes en
Exploitant des Commune de uniformes qui - B.I Mairie
carrières de BAGIRA étaient sur une
sable et moto
vendeur de
matériaux de
construction
61 30/04/2008 Bernard Sur le lac Kivu Assassiné la nuit B.I. Commune
(pêcheur) vers Amsar à par des bandits BAGIRA
10km de BKV dans une pirogue
motorisée
62 06/05/2008 Roger Av. MUHUNGU Tué par des - RADHOSKI
Kasanganjo, 1er, Q. hommes en
Enseignant et NDENDERE, uniforme - B.I Mairie
animateur Commune
radio des d IBAN DA
émissions
d éd u cation
civique

44
Commentaire

Cette liste de personnes tuées dans la ville de Bukavu de janvier 2007 à mai 2008 n est
p as exhau stive. Plu sieu rs au tres cas d es blessu res graves p ar balles ont été
enregistrés lors d es incu rsions d ans les m aisons. Ces cas étaient achem inés à l hôp ital
m ais il n y a p as d e su ivi au niveau d es chefs d es qu artiers p ou r savoir le sort d es
victim es. D au tres p ersonnes sont tu ées et jetées d ans les rigoles ou d ans les rivières
et disparaissent sans traces.
Cette liste résu lte d e la com p ilation d es d ifférents d ocu m ents consu ltés, notam m ent
les rap p orts et feu illets d es ON G d e d éfense d es d roits d e l hom m e (H ERITIERS DE
LA JUSTICE, APRODEPED, RADH OSKI, ICJP) et les Bu lletins d Inform ation (B.I.)
établis journalièrement par les chefs des quartiers.
Ce qu i est frap p ant d ans ce m onitoring c est qu e su r 62 p ersonnes tu ées en 17 m ois,
17 ont été lynchées p ar la p op u lation, ce qu i d onne la m oyenne d u ne p ersonne tu ée
p ar m ois p ar la p op u lation. C'est-à-d ire u ne p ersonne cond am née à m ort p ar m ois
par la justice populaire.
Les au tres cas, ce sont en grand e p artie d es band its arm és qu i font irru p tion d ans les
m aisons et qu i assassinent les p aisibles citoyens. Ces band its arm és, p arfois habillés
en tenu es m ilitaires ou p olicières, sont tou jou rs en qu ête d argent ou d objets d e
valeu r. Su r cette liste on note égalem ent qu elqu es cas d e règlem ent d e com p te en
rapport avec des conflits fonciers et familiaux.
En analysant cette liste, on rem arqu e u ne forte crim inalité en 2007, p ériod e qu i
corresp ond à l installation d es nou velles institu tions p rovinciales. Parm i les griefs qu i
ont été rep rochés p ar l Assem blée Provinciale au gou verneu r Chibalonza et qu i l ont
poussé à la démission, il y a cette insécurité urbaine galopante.

45
III. JUSTICE POPULAIRE : OU EST LE POUVOIR ?

Dep u is qu e l on observe la crim inalité u rbaine à Bu kavu , tu er est d evenu u n jeu


au qu el tou t le m ond e p eu t p articip er com m e acteu r ou com m e sp ectateu r. La
p ersonne cond am née illégalem ent à la p eine cap itale p ar la p op u lation est trim balée
d ans la ru e, lynchée et brû lée au grand jou r d ans u n lieu p u blic, la p lu p art d es cas
d ans u n carrefou r ou au m arché où p lu sieu rs p ersonnes ap p lau d issent et
encou ragent les enfants et les jeu nes gens à enfoncer d es bâtons d ans les d ifférents
orifices du cadavre.
Qu il s agisse d es assassinats ou d e lynchage p u blic, l au torité ne réagit p as, com m e
s il s agissait d u ne situ ation norm ale. Selon qu elqu es anim ateu rs d es ON G d e
d éfense d es d roits d e l hom m e, le Maire d e Bu kavu ne se lim ite qu à transm ettre le
m essage d e cond oléances à la fam ille ép rou vée à travers la rad io et la télévision
officielle (RTN C-BUKAVU). Com m e l ont exp rim é les m em bres d es fam illes
victim es, l au torité locale n initie p as d enqu ête en vu e d id entifier les au teu rs. Les
chefs d es qu artiers qu i ont l obligation d e transm ettre à la hiérarchie le rap p ort d e
leurs entités respectives ne se limitent qu à établir les B.I (Bu lletin d Inform ation) qu i,
dans la plupart des cas, sont classés sans suite. Les présumés coupables sont souvent
relâchés et l enqu ête se bloqu e.
L assassinat qu i a été le p lu s m éd iatisé Bu kavu d ep u is 2007 est celu i d u jou rnaliste
Serge Maheshe d e la Rad io onu sienne Okap i. Un p rocès a été organisé le lend em ain
d e son exécu tion m ais les véritables assassins ne sont tou jou rs p as connu s. Ici
com m e ailleu rs, le ju gem ent tou rne à la farce, et d es bou cs ém issaires sont facilem ent
« convertis » en assassins. Ainsi, les p rop res am is d e Serge Maheshe se sont vu s
arrêtés et em p risonnés com m e assassins d e ce d ernier, avant d être reconnu s
innocents p ar la Cou r, u ne année p lu s tard . Qu e d ire d au tres p ersonnes d ont les
familles ne sont pas en m esu re d e hau sser le ton ou d am orcer u ne p lainte ju d iciaire ?

A Bu kavu , d es band its arm és d e grand chem in, regrou p és officiellem ent au sein d e
« ARMEES ROUGES » et « MIAMI » terrorisent la p op u lation. Cette d ernière,
aband onnée à elle-m êm e, a interp rétée à sa m anière la d ém ocratie : « Le p ou voir d u
peuple par le peuple » est devenu synonyme de se rendre justice.
Un au tre p hénom ène observé à Bu kavu , c est la vie qu i d evient d e p lu s en p lu s
intenable. Cette cherté d e la vie u rbaine se ju stifie p ar le fait qu e l exod e ru ral s est
accentu é d ep u is qu e les grou p es arm és locau x et étrangers ont élu d om icile d ans les
villages d es territoires d e Kabare, Kalehe, Walu ngu , Mw enga et Shabu nd a. Les
habitants d e ces d ifférents territoires qu i ont d es frères à Bu kavu ont résolu tou t
sim p lem ent d e se réfu gier en ville p ou r éviter tou tes les exactions p erp étrées p ar les
groupes armés.
En conséqu ence, il n y a p lu s d e p rod u ction agricole en m ilieu ru ral p ou r alim enter
la ville d e Bu kavu . Cette ville tient actu ellem ent le cou p grâce au x p rod u its agricoles
en p rovenance d e Gom a (N ord -Kivu ), Cyangu gu (Rw and a) et u ne p etite qu antité en
p rovenance d e l île d Id jw i et d e Kalehe. Cette m êm e qu antité est sollicitée p ar les
p op u lations qu i sont restées à Kabare, Walu ngu , Mw enga et Shabu nd a qu i viennent
se ravitailler en produits agricoles à Bukavu.

95
IV. RECITS DES FAMILLES DES VICTIMES

1. RECIT DE LA FAMILLE SERGE MAHESHE

Identité
Nom : MAHESHE
Post nom : KASOLE
Prénom : Serge
Lieu de naissance : LIKASI,
Date de naissance : le 01/04/1976
Fils de : MAHESHE NTOLE André
Et de : NKERE ZAWAIDI Jeanne
Collectivité d origine : NGWESHE
Territoire d origine : WALUNGU
Province d origine : Sud-Kivu
Etat-civil : Marié à Cathy SANGARA depuis décembre 2005 avec qui il a un enfant.

Etudes faites

- E.P. Kadutu, centre Punia puis Lubutu


- Ecole secondaire au Collège A lfajiri : il obtient son Diplôme d Etat en Section Commerciale
et Administrative.
- Inscrit à l Université Catholique de Bukavu où il obtient sa licence en Droit. Il prête serment
comme défenseur judiciaire au Tribunal de Grande Instance de Bukavu où il prestait jusqu à
son assassinat.

a) Propos de son père : MAHESHE NTOLE André

Serge Maheshe était m on fils aîné ; il était d oté d u n esp rit d initiative hors p air. Déjà
en G2, m on fils aîné travaillait à la MON UC/ Bu kavu et avait d éjà qu itté m a m aison
p ou r aller s organiser chez lu i com m e pou r d ire qu il vou lait à tou t p rix être
resp onsable. Certes qu il ne p ou vait p as être aim é p ar tou t le m ond e m ais il était le
conciliateu r, rassem bleu r d e tou te la fam ille. Il aim ait la franchise et ne tolérait p as
celui qui voulait opprimer les autres. Souvent, il venait en aide aux amis en difficulté.
Pou r p reu ve, le lu nd i avant sa m ort vers 22h, il y avait qu elqu es frères qu i étaient en
difficulté d u côté d e Panzi, il avait ap p elé le com m and ant d e la 10ème région, la
MON UC, la PN C p ou r aller les secou rir. Il était vraim ent d u ne natu re cou rageu se
p arce qu avant m êm e d e m ou rir, il a p ris le cou rage d e p rotester seu l contre ses
assaillants.
Tou t ce qu e je d em and e au jou rd hu i, c est d e savoir la vérité su r la m ort d e m on fils,
d e com p rend re p ou rqu oi on l avait abattu . L on a d éjà ju gé à d eu x rep rises m ais la
vraie vérité n est tou jou rs p as sortie. Et voilà, u ne année ap rès, rien d e vrai n est
ressorti dans cette affaire.

96
b) Propos de sa femme : Cathy SANGARA

Mon ép ou x était d u ne grand e éd u cation; il rigolait avec tou t le m ond e et savait d ire
d es choses en face. Il était attaché à la fois à son p ap a et sa m am an, bref à tou te sa
famille. Nous nous sommes aim és d ep u is notre jeu nesse qu and j étais encore à l école
second aire, il a tenu à sa p arole, nou s nou s som m es m ariés en d écem bre 2005 et en
novembre 2006 nous avons eu notre premier fils Michel Gabriel.

Un moment d émotion a pris cette épouse de feu Serge M aheshe lors de notre entretien, elle
s est reposée pendant quelques secondes avant de fondre en larmes. C était juste devant la
Cathédrale N otre Dame de la Paix de Bukavu, après la marche organisée à l occasion du
premier anniversaire de la mort de Serge, puis elle poursuit »

Ju squ à p résent, je n ai jam ais su le vrai m otif d e l assassinat d e m on m ari. Il vivait en


bons term es avec ses am is, ses p arents et p resqu e tou t le m ond e. Le m ystère d e cette
m ort p lane tou jou rs, on arrivera à d écou vrir ça u n jou r, si Dieu le p erm et. Mon m ari
était encore très p assionné d e son fils, le seu l qu il a eu avec m oi. Il avait égalem ent
u ne cap acité d ad ap tation rap id e ; ju riste d e form ation, il est p assé au jou rnalism e et
s est qu alifié en accom p lissant bien sa tâche. Ce mercredi-là, il était sorti de la maison
com m e à l accou tu m ée à 7h30 pou r aller au service. Il est allé d abord au Palais d e
Justice où ma belle-mère avait une cause à plaider.
C était d ailleu rs la p rem ière fois d être au tribu nal p ou r d éfend re u ne cau se. De là, il
est p arti faire son bou lot d e jou rnaliste. A 20h je l avais ap p elé p ou r lu i d em and er
p ou rqu oi il ne rentrait p as vite à la m aison, il m e d ira qu il était avec les am is, m ais
qu il allait vite revenir. Qu elqu es m inu tes ap rès, u ne am ie m app elle p ou r m e d ire
d aller chez elle ; il y avait u ne fête et c était m on m ari qu i lu i d em and ait d e
m inviter. J ai eu d es d ou tes m ais j ai fini p ar y aller. En réalité c était u n stratagèm e ;
en effet, d e chez m on am ie, on nou s a am enés chez m on beau -p ère p ou r m inform er
qu e m on m ari n était p lu s.
Au-d elà d es m es cap acités, je chercherai tou jou rs à com p rend re et à connaître la
vérité su r la m ort d e m on m ari. Je ne crois p as qu e la ju stice congolaise nou s y
amène, vraiment je doute !

2. RECIT DE LA FAMILLE DE FEU BONANE KAKUJA

I. Identité
Nom : BONANE
Post-nom : KAKUJA
Prénom : CIBEMBE
Né le 1er janvier 1961 à KAZIBA
Fils de : KARHAMONWA
Et de : MUKUZO
Etat-civil : Marié à NSIMIRE KAFERESI avec qui il a eu 12 enfants.
Originaire du territoire de Walungu, province du Sud-Kivu

97
Profession : Commerçant

Etudes faites et expériences professionnelles

- E.P. Kadutu : Certificat de fin d études primaires


- Institut Imani de Panzi : D6N : Option Pédagogie générale. Il fut enseignant à l Ecole
primaire juste après ses études puis conseiller à l agence de voyage La Colombe de Bukavu.

Propos de son épouse Adèle NSIMIRE KAFERESI

Mon m ari était u n hom m e d e p arole, tou jou rs honnête d ans ses engagem ents. Il
vivait en bons term es avec les m em bres d e sa fam ille, m oi-m êm e et ses enfants. Tou t
ce qu e je sais est qu il n avait p as d e p roblèm es. Il sou haitait qu e ses enfants étu d ient
ju squ à l u niversité m ais hélas, ils n y sont p as arrivés.
Le jou r d e son assassinat, m on m ari était rentré p lu s tôt qu e d habitu d e. Il ne m avait
p as encore relaté com m ent s était p assée sa jou rnée car il était à l Essence où il fait
son bou lot d e négociant d or. N ou s avions cau sé u n p etit m om ent avec lu i p u is il
m avait d it qu il allait sortir p arce qu e qu elqu u n l avait ap p elé au télép hone. J avais
su p p osé qu il reviend rait rap id em ent m ais il est rentré m ort. En effet, vers 19h45 , j ai
entend u d es gens en train d e crier à qu elqu es m ètres d e chez m oi. Une p ersonne est
venu e en ap p elant m on fils Patrick. Patrick s est p récip ité d ehors p u is je l avais su ivi
avec d au tres m em bres d e la fam ille et nou s nou s som m es d irigés vers l end roit d où
venaient les cris. Arrivés en face d e l Institu t su p érieu r d es étu d es com m erciales et
financières (ISECOF), nou s avons été su rp ris d e trou ver le corp s d e m on m ari gisant
d ans le sang. Je su is rentrée d ans la p arcelle alerter m es voisins. Le corp s a été
d ép êché à l H ôp ital général d e référence d e Bu kavu où le m éd ecin m a fait constater
le d écès d e la victim e. Parm i les gens rencontrés su r le lieu d u crim e, p ersonne
n avait vu les tireu rs. Ils avaient d éjà p ris le large.
Je n ai au cu n esp oir d ans la ju stice à p rop os d e ce d ossier car d ep u is son assassinat,
je n ai vu p ersonne venir faire m êm e les enqu êtes. Au cu ne com paru tion au tribu nal.
Une lettre a été ad ressée à l Au d iteu r su p érieu r p ar le Gou verneu r p ou r su ivre ce
d ossier. Mais lorsqu e j arrivais à l Au d itorat, p ersonne ne se sou ciait d e m on cas ; au
contraire, ils m e d em and aient d e l argent p ou r m ener les enqu êtes. Au Parqu et d e
grand e instance, c est p resque la même chose.
Dieu seu l sau ra nou s révéler cette situ ation u n jou r car nou s ne p ou vons rien. La
ju stice d e chez nou s ap p artient au x riches. Je d em and e au x au torités d assu rer la
sécu rité d e m a fam ille, su rtou t celle d e m es enfants car nou s ne savons p as qu i avait
tu é leu r p ère. J ai p eu r qu e ces assassins reviennent nou s élim iner tou s ici.

3. RECIT DE LA FAMILLE Destin IRAGI

I. Identité
Nom : IRAGI
Post nom : BAGUMA
Prénom : Destin
Lieu de naissance : Bukavu

98
date de naissance : en 1987
Fils de : BAGUMA
Et de : MWA BOMBA NEEMA
Etat civil : Célibataire
originaire du territoire de KABARE en province du Sud-Kivu

Etudes faites et expérience professionnelle

- Ecole Primaire à Bukavu où il obtint un certificat ;


- Ecole Secondaire : 5ème Humanités Pédagogiques à l Institut la Sapinière dans la
cellule Bourguignon au Q. N dendere, Commune d Ibanda.
Pendant qu il était élève, il était éleveur des poules et des pigeons.

Propos de son grand frère AKSANTI BAGUMA

Mon p etit - frère était vraim ent cou rageu x, calm e et ne p ou vait qu e su ivre les ord res
qu e je lu i d onnais avec qu elqu es conseils. A l école et hors d e l école, il aim ait
tou jou rs être avec ses am is. Il aim ait les gens. A chaqu e fois qu e le cou rant électriqu e
cau sait p roblèm e chez les voisins, il allait tou jou rs les d ép anner. Et le jou r où il a été
assassiné, il venait d e rép arer u ne p anne d e cou rant chez nos voisins. Il am bitionnait
devenir un infirmier après ses études.
Ce jou r-là, m on p etit-frère était p arti à l école com m e d habitu d e, il est resté m êm e
au x séances d e rattrap age. Au retou r d e l école, il est p arti à l église 5ème CELPA car il
su ivait les instru ctions d e bap têm e ; p u is il était rentré à la m aison. Il a salu é tou t le
m ond e, on a m angé et p rié ensem ble et il est allé d orm ir. Vers 1h 00 d u m atin, nou s
avons été réveillés p ar u n grand bru it d ans la m aison. Une fois réveillés, nou s avions
constaté qu e l am p ou le d u salon était allu m ée alors qu e d habitu d e avant d aller
d orm ir, nou s p renons soin d éteind re tou tes les am p ou les. C est en se d irigeant vers
le salon qu e m on grand - frère Rom éo s est retrou vé face à 4 hom m es en tenu e
m ilitaire d ont 2 p ortaient d es fu sils. Il avait ju ste rem arqu é qu e le cou p assou rd issant
avait été p rod u it p ar u ne grosse p ierre com m u ném ent ap p elée « Fatuma » d ont
s était servis les assaillants p ou r accéd er à la m aison. Pu is il s est m is à crier au
voleur.
Rom éo s est jeté su r l u n d eu x et lu i a ravi l arm e qu il tenait. Il s est frayé u n
chem in et s est p récip ité d ehors. Ils ont eu beau d e tirer su r lu i, c était en vain.
Pend ant ce tem p s, les au tres p ersonnes restées d ans la m aison ont com m encé à sortir
d e leu rs cham bres. C est d ans ce contexte qu e m on p etit-frère Destin Iragi était sorti
d u lit. En le voyant, les avis d es assaillants se sont p artagés : les u ns vou laient le
m énager p end ant qu e d au tres d em and aient qu il soit tu é. Il avait reçu u ne balle
d ans le d os et il était m ort su r le- cham p . Peu ap rès, je su is entré au ssi au salon ; les
band its arm és m ont d em and é d e leu r d onner tou tes m es recettes p arce qu e je su is
vend eu r d e p lanches au m arché d Iband a. Je leu r avait fait 30$ p u is ils ont au ssi
emporté deux téléphones, une mallette et une paire de chaussures.
Dep u is qu e cette situ ation m alheu reu se nou s est arrivée, au cu ne au torité locale n est
venu e nou s rend re visite. N ou s avions écrit à la Police, au Maire, au Gou verneu r
m ais ju squ à p résent il n y a au cu ne su ite. Ce d ossier qu i a fait beau cou p d e bru it n a

99
jam ais fait l objet d u ne qu elconqu e enqu ête. Elle n est p as m êm e au Palais d e la
Ju stice alors qu u n su sp ect avait été attrap é p ar la p op u lation, le lend em ain d u crim e
qu and il vou lait venir récu p érer u ne arm e aband onnée d ans leu r fu ite. Ce soi- d isant
colonel avait ap p elé u n renfort qu and il était assiégé p ar la p op u lation. En
l interrogeant, il avait avou é avoir op éré avec arm e et tu é m on p etit-frère. La
p op u lation l avait cond u it sans m énagem ent au terrain d e Mu ku kw e où il a été
brûlé.
Je d em and e qu e nou s soyons sécu risés car je continu e à faire objet d e nou velles
attaqu es. Les voleu rs sont encore venu s nou s attaqu er d ans la nu it d u 12/ 06/ 2008
vers m inu it ; heu reu sem ent, la p op u lation est venu e nou s secou rir. N ou s d em and ons
au x au torités qu i ont la charge d e nou s sécu riser d e p rend re leu r resp onsabilité.
N ou s avons p erd u notre p etit-frère m ais cela ne su ffit p as, ils veu lent encore venir
me tuer.

4. RECITS DE LA FAMILLE DE Roger KASANGAJO

I. Identité
Nom : KASANGAJO
Post Nom : KAZIGI
Prénom : Roger
Lieu et date naissance : KAMITUGA, en 1954
Fils de : KASANGAJO
Et de : Suzanne WAKUSOMBA
Collectivité d origine : KAMITUGA
Territoire d origine : MWENGA
Province d origine : Sud-Kivu
Etat-civil : Marié à Madame Félicité NGABO avec qui il a eu 5 enfants.

Etudes faites et expérience professionnelle


- Ecole Primaire KAMITUGA : Il obtient un Certificat de fin d études primaires
- Ecole Secondaire à KAMITUGA : Il obtient son diplôme d Etat
- Depuis 2006 : Etudiant à l ISP-KA M ITUGA où il était en G2 Français et Linguistique
africaine.

Expérience professionnelle
- Coordonnateur de l ON G A CA DRI ;
- Professeur de Français à l institut BW A LI de KA M ITUGA .

a) Propos de sa femme Félicité Ngabo

N ou s vivions en bons term es avec m on m ari au village à Kam itu ga ; c est lu i qu i


gard ait les grand s-p arents au village. Il aim ait beau cou p nos enfants et ses élèves d e
l Institu t Bw ali d e Kam itu ga. Très cou rageu x au travail, il am bitionnait qu itter
Kam itu ga p ou r Bu kavu u ne fois ses étu d es term inées. Mais, hélas, voilà qu il est
parti sans réaliser ses ambitions.

100
N ou s avions qu itté le village p ou r venir à Bu kavu à l occasion d u m ariage d e notre
fille N athalie Mabu lai qu i s était m ariée d ep u is le 25/ 04/ 2008. N ou s avons p rolongé
notre séjou r p arce qu e cela faisait u n bou t d e tem p s qu e nou s n arrivions p lu s à
Bu kavu . Le jou r d e son assassinat, il avait p assé tou te la jou rnée à u n d eu il d ans la
fam ille Lau rent Mikalam o ; vers 19h00, il est revenu à la m aison où nou s étions
hébergés (chez la grand e-s u r d e la victim e : Françoise Kasangajo). Cette fois-ci il
n avait p as p ris d e la bière com m e il en avait l habitu d e. N ou s avons cau sé u n
m om ent et nou s som m es allés d orm ir alors qu e Debloc et sa fem m e, la grand e -s u r
d e m on m ari, étaient restés au d eu il. Vers 02h00 d u m atin, alors qu e nou s étions au
lit, j avais entend u d es crép item ents d e balles et les cris d e m on m ari, tou ché p ar
balles.

b) Propos de la fille de DEBLOC, hôte de la victime

Les crép item ents d e balle ont été entend u s vers 02h00, p u is j ai entend u m on oncle
crier qu il était tou ché p ar balles. J ai alors cou ru d ans la cham bre d e m on oncle :
u ne d es 4 balles avait sectionné ses vaisseau x sangu ins, cau sant u ne hém orragie
interne. J ai ap p elé au secou rs, j ai télép honé à p ap a qu i était au d eu il et ap p elé
l am bu lance d e l hôp ital d e Panzi. L am bu lance est arrivée su r les lieu x vers 03h00 d u
m atin. La victim e a été alors achem inée à l hôp ital général d e Panzi avec le concou rs
d es voisins m ais c était trop tard ; il n avait p lu s m is assez d e tem p s avant d e rend re
l âm e. Au fait, les band its arm és avaient tiré à bou t p ortant su r la fenêtre d e la
cham bre d ans laqu elle se trou vait l infortu né. Com m e l am p ou le était allu m ée, ils
ont fait m onter le rid eau d e la fenêtre en p assant leu rs m ains p ar la cassu re d e la
fenêtre. Lorsqu e les balles ont r été nti, Roger Kasangajo s est levé, ce qu i a p erm is
au x assaillants d e le voir et d e tirer su r lu i. Ap rès ce forfait, ils ont im m éd iatem ent
pris fuite sans rien demander et sans même entrer dans la maison.

c) Propos de M. DEBLOC Ambroise Kawesha , beau - frère du défunt

Au ssitôt ap rès l enterrem ent d e m on beau frère, j ai introd u it u ne p lainte contre


inconnu au Parqu et d e Bu kavu et d ep u is lors le Parqu et ne m a jam ais ap p elé p ou r
fou rnir d es renseignem ents nécessaires. Moi non p lu s, je ne su is jam ais rentré là-bas
p ou r u n qu elconqu e su ivi car je n ai p as esp oir qu e la ju stice d onne lu m ière à ce
dossier ; ici à Bu kavu la ju stice est ce qu elle a tou jou rs été. Le bou rgm estre d e la
com m u ne et au tres au torités d e base avaient seu lem ent contribu é au x fu nérailles en
nou s d onnant le cercu eil et le véhicu le p ou r aller au cim etière et c était tou t. Ju squ à
présent elles ne sont p lu s rentrées et c est p assé com m e ça.
N ou s n avons qu à nou s rem ettre entre les m ains d e Dieu car c est le seu l p rotecteu r.
Au jou rd hu i, les incu rsions noctu rnes d ans les m aisons continu ent ici à Bu kavu , au
vu et au su des autorités censées nous sécuriser.

101
5. RECIT DE LA FAMILLE DE MUKAMBA KILONGO

Identité

Nom : MUKAMBA
Post nom : MULONDA
Lieu et date de naissance : RUNINGU, le 26/03/1978
Fils de : MULONDA KILONGO
Et de : Regina KILONGO
Collectivité d origine : KAMITUGA
Territoire d origine : MWENGA
Province d origine : Sud-Kivu
Profession : Etudiant

Etudes faites
- Ecole primaire de KELE à KA M ITUGA : Il obtient un certificat de fin d études
primaires ;
- Ecole secondaire : institut BW A LI de KA M ITUGA . Il obtient son Diplôme d Etat.
- Etudes supérieures : Université officielle de BUKAVU (G1 Droit).

Propos de son oncle Luesso Mwendakilwa

Mon neveu ne venait qu e d e faire 6 m ois avec m oi ici p ou r d es raisons d étu d es. Il
était p oli, très calm e et obéissant. Il envisageait d evenir p rêtre ap rès ses étu d es
universitaires ; d ans notre entou rage ici, il n avait p as assez d e p roblèm es avec les
gens. Il était vraim ent en bons term es avec ses cam arad es ; je ne comprends vraiment
p as p ou rqu oi il a été tu é d ans ces cond itions-là d étranglem ent. Le jou r d e son
assassinat, il était p arti à l école com m e d habitu d e. De retou r ap rès-m id i, il est allé
ap p rend re l anglais à son centre d ap p rentissage vers 16h00. Il était sorti avec u n am i
venu d e la cité d e Kam itu ga, qu i était au ssi à Bu kavu . Il était p arti p ou r ne p lu s
revenir.

Le lend em ain, j ai été inform é d e la m ort, d ans d es circonstances au ssi atroces


qu inconnu es, d e Mu kam ba. Son corp s a été retrou vé sans vie, étranglé, d ans u ne
rigole à côté d e l hôtel MUN DIAL à N yam u go, en com m u ne d e Kad u tu . Je pense que
cet am i avec qu i il était d oit connaître les cau ses d e la m ort d e cet enfant p arce qu e
d u rant la jou rnée il était à l u niversité. Après les cou rs, il est rentré à la m aison en
com p agnie d e cet am i-là. Il m e l avait p résenté à la m aison, p u is était rep arti avec lu i
p ou r aller ap p rend re l anglais.

Ju squ au jou rd hu i, au cu ne enqu ête n a été p ortée à notre connaissance. Ju ste qu and
le corp s avait été retrou vé, le m aire et le bou rgm estre d e Kad u tu ont offert u n
cercu eil au x étu d iants p ou r son enterrem ent. Mu kam ba nou s a qu ittés com m e ça,
d ans ces cond itions-là. Au cu ne au torité m ilitaire, p olitiqu e ou ju d iciaire ne se sou cie
de ce cas.

102
VI. CONCLUSION

Le bilan d es victim es d es affrontem ents m ilitaires font tou jou rs la « UNE » d e


l actu alité d ans les m éd ias et les au torités p rovinciales ou nationales sont alertées
p ou r envisager im m éd iatem ent d es solu tions p ou r taire les arm es. Dans ce cad re d es
assassinats, c est le contraire p arce qu il ne s agit p as d es d izaines d es p ersonnes
tuées dans un affrontement, pourtant une personne tuée par nuit fois autant de jours,
c est au ssi catastrop hiqu e qu e l on ne le croit. L au torité ne se sent secou ée qu e
lorsqu il s agit d u ne p ersonne socialem ent, p olitiqu em ent ou économ iqu em ent
connu e, tel le cas d u jou rnaliste Serge Maheshe d e la Rad io Okap i, d ont la p rofession
ne p erm et p as d e m ou rir com m e « les au tres ». Ces au tres, ce sont ceu x-là qu i
meurent comme des mouches, « sans traces ».

La ville d e Bu kavu trad u it bien l incom p étence, la d éfaillance et/ ou l absence d e


l au torité p olitiqu e et ad m inistrative. La p op u lation d e cette entité croit d e p lu s en
p lu s qu e la ju stice n existe p lu s et qu e, p ar conséqu ent, il fau t se p rend re en charge,
ju squ à com m ettre d es « crimes populaires ».

D u ne p art, il s agit d u ne p op u lation d ésesp érée qu i réagit d ans l anonym at d e la


fou le ju squ à com m ettre d es bévu es sans crainte d éventu elles p ou rsu ites. D au tre
p art, le p ou voir en p lace est incapable d e m aîtriser u ne pop u lation qu elle ne sécu rise
pas.
Ce silence d e l au torité et cette p rise en charge sécu ritaire p ar la p op u lation su scite
deux questions majeures :
1. Qu elle est la p art d es au torités m ilitaires et p olicières d ans les abu s et forfaits qu e
commettent les bandits armés dans la ville de Bukavu ?
2. Qu i d irige qu i lorsqu e la p op u lation se p erm et d e sanctionner d es p résu m és
cou p ables ju squ à infliger la p eine d e m ort p ou rtant p roscrite p ar les lois d e la RDC ?

Il est d ifficile d e d onner d es rép onses p récises à ces interrogations cru ciales m ais la
confiance entre les p op u lations et les au torités qu i ont en charge la sécu rité d ans la
ville Bu kavu est sérieu sem ent érod ée. Les au torités sont sou p çonnées d être d e
connivence avec les m alfrats d ans la m esu re où ces d erniers sont connu s, localisés et
op èrent en se d égu isant en équ ip es d e p atrou ille et qu e m êm e les band its
em p risonnés op èrent la nu it et retou rnent d ans la p rison centrale au p etit m atin, tel
qu e le Réseau d es Organisations d e Défense d es d roits d e l hom m e d u Su d -Kivu
(RADH OSKI) nou s l a p récisé. L esp oir d e vivre en tou te qu iétu d e d ans la ville d e
Bu kavu rep ose actu ellem ent d ans la nou velle d ynam iqu e qu i sera m ise en place p ar
le nou veau gou vernem ent d u Su d Kivu . Celu i-ci p ou rra-t-il réu ssir là où les
précédents ont échoué ???

103
CHAPITRE III : BUNIA, ITURI (PROVINCE ORIENTALE)

I. PRESENTATION SOMMAIRE DE LA CITE DE BUNIA

Avec u ne su p erficie d e 576km 2, la cité d e Bu nia a tou jou rs été u n m ilieu cosm op olite
d ep u is l époqu e coloniale. Selon le d ernier recensem ent d u 4ème trim estre 2007, la
population de la cité de Bunia est estimée à ± 300 000 habitants.
Cette cité se trou ve d ans le territoire d Iru m u , elle est d irigée p ar u n chef d e cité qu i a
le rang d e l Ad m inistrateu r assistant.
Bu nia est su bd ivisée en 12 qu artiers :Mu zip ela, Bakoko, Lu m u m ba, N gezi, Lem babo,
Simbiliabo, Sayo, Rwambuzi, Salongo, Sukisa, Kindia et Nyakasanza.

Le Chef d e cité réu nit chaqu e jeu d i tou s les chefs d es qu artiers en conseil d e sécu rité
hebd om ad aire p ou r passer en revu e la situ ation qu i p révau t d ans la cité et le rapport
est transm is au ssitôt au com m issaire d e District qu i, à son tou r, le transm et au
Gouvernorat de province à Kisangani.
Mais c est la com m u nau té internationale à travers la MON UC qu i est le p atron d e la
sécurité de cette entité et sans celle-ci, les habitants d isent qu ils ne p eu vent p as rester
d ans la cité d e p eu r qu e les grou p es arm és, fond u s d ans la p op u lation, ne reviennent
s y battre. C est cette p résence d e la MON UC qu i sert d e sou p ap e d e sû reté entre les
anciens belligérants et contribu e à la baisse d u tau x d e crim inalité à Bu nia
comparativement aux années antérieures.

II. MONITORING DES ASSASSINATS DANS LA CITE DE BUNIA


DE JANVIER 2007 A MAI 2008

N° Date Noms et post nom de Lieu du drame Circonstance de Sources


la victime l assassinat
1 16/08/07 Kambale Mbafumoya Q. LUMUMBA à Tué par un bandit - Bureau
(motard) coté d e l école armé vers 20h qui ACCO,
privée ABEILLE avait emporté la section
moto MOTO
- Bureau Police
ville

2 19/09/07 Beabo Raphaël Av. 200, Quartier Abattu par un - Bureau


(Motard) NGEZI homme en ACCO,
uniforme à 23h qui section
a ravi la moto MOTO
- Bureau Police
ville

- 104 -
3 27/02/08 Pascal Itengey (Agent Q. RWAMBUZI Abattu vers 1h du - Bureau Q.
de MISTER CASH) matin dans sa RWAMBUZI
maison par des - Bureau Police
hommes armés qui ville
ont emporté de
l argent et les - Rapport
téléphones CAJL
4 05/03/08 Richard Muhito (Préfet Av. BIGO III, Q. Les bandits - Bureau Q.
ITM Hôpital Général de MUZIMPELA avaient exigé MUZIMPELA
BUNIA) l argent d ans sa - Bureau Police
maison vers 1h ville
avant de tirer sur de BUNIA
lui, il est mort - Rapport
ap rès à l hôp ital CAJL
5 21/03/08 Djabu Lovi Av. BIGO III, Q. Tué par des - Bureau Police
(Commerçant) MUZIMPELA bandits armés vers ville
21h sur la route de
l H ôp ital et ont - Bureau Q.
emporté sa moto MUZIMPELA
6 Le Mita Tuhisabe (Motard) Vers l église Tué par le client - Bureau
30/03/08 CECA/20, Q. qu il transp ortait ACCO,
BAKOKO qui voulait ravir la section
moto MOTO
- Bureau Police
ville
7 Le Dorika (Fillette de 11 Av. Congo, Q. Abattu par un - Rapport
02/05/08 ans) BAKOKO policier qui buvait CAJL
de la bière locale - Bureau
vers 8h00. La Cité/Bunia
fillette ne voulait - Bureau Police
pas le servir sans ville
p ayer à l avance
- Tribunal
militaire

Commentaire
Ces p ersonnes assassinées à Bu nia sont m ortes à cau se d e leu rs biens : l argent, la
m oto, la boisson locale. Selon le Com m issaire d u District ad joint d e l Itu ri, Monsieu r
Dieu d onné Rw abona, il s agit d es band its qu i viennent chercher d e l argent qui tuent.
D au tres sou rces ind iqu ent qu il s agit p lu tôt d es m ilitaires bien id entifiés qu i
opèrent la nuit pour voler.
Su r cette liste, on constate qu e la p lu p art d es victim es sont tu ées et leu rs m otos
emportées. Sur le marché local, une moto neuve coûte 550$. Ces motos appartiennent
à d au tres p ersonnes m ais ce sont les m otard s qu i sont tu és tou t sim p lem ent p arce
qu ils en sont les cond u cteu rs.

- 105 -
III. BUNIA : EVASIONS MYSTERIEUSES

La cu ltu re d ôter la vie à qu elqu u n p rend u ne au tre allu re d ans la cité d e Bu nia. La
fillette Dorika (11 ans) a été tu ée p ar u n p olicier régu lier qu i revenait d e la gard e à la
p rison d e Bu nia tou t sim p lem ent p arce qu elle lu i exigeait d e p ayer avant d e recevoir
son verre d e bière locale « lutuku». Dorika est m orte chez elle à la m aison en
p résence d au tres clients, consom m ateu rs d e « lutuku ». Qu atre au tres p ersonnes ont
été tu ées par d es band its arm és qu i avaient besoin d es m otos ; la vie vau t d onc u ne
moto de 550$.
Ces band its qu i op éraient d ans la cité d e Bu nia avaient été arrêtés. Entend u s su r
procès-verbau x, ils avaient reconnu qu ils faisaient p artie d u n Réseau d e m ilitaires
qu i volent la nu it p ou r avoir d e l argent. Ils avaient reconnu avoir assassiné les
m otard s, le p réfet Richard Mu hito, l agent d e MISTER CASH Pascal Intend ey et le
commerçant Ndjabu.
Les assassins J.P. Kabila, Eolo alias Aigle, Pichu d énom m é Pichen d evraient être
p résentés p u bliqu em ent à la p op u lation d e Bu nia p ar le Gou verneu r d e la p rovince
orientale Au tsai Asenga Méd ard . Cu rieu sem ent, ces 3 band its se sont évad és
m iracu leu sem ent d e la p rison d e l Au d itorat m ilitaire d e l Itu ri à Bu nia d ans la nu it
d u 15 m ai 2008. Les au tres d étenu s sont restés, seu ls les crim inels se sont volatilisés
d ans la natu re avec les gard es d e cette nu it-là. Le com m issaire ad joint d u District d e
l Itu ri, Dieu d onné Rw abona, a d ép loré cette évasion m ais au cu ne sanction n a été
p rise à l end roit d es resp onsables. Les fam illes d es victim es qu i attend aient u n
p rocès p u blic tel qu annoncé au m eeting d u Gou verneu r Au tsai ont été d éçu es et
im p u tent ces assassinats au x au torités locales qu i ne sont p as en m esu re d e
sanctionner les assassins.
Les fam illes d es victim es sont restées en insécu rité d ep u is l évasion d e ces band its
p arce qu elles réclam aient tou t hau t et p u bliqu em ent la m ort de ces criminelles.
Ces fam illes sont hostiles au x d éclarations d e p eu r qu elles ne soient la cible d es
p rochaines attaqu es d e ces band its d ont la d estination n est p as connu e Une seu le
famille a accepté de nous faire le récit.

IV. RECITS DES PROCHES DE FEU RICHARD MUHITO

Parmi les 7 familles victimes des assassinats dans la cité de Bunia depuis janvier 2007
ju squ au m ois d e m ai 2008, u ne seu le a accep té d e se confier à nou s, il s agit d e la
fam ille d e feu Richard Mu hito, p réfet d e l ITM- Hôpital Général de Bunia. Le récit est
de son frère Jean-Louis Bamwiga, Directeur- Général d e l ISP/ Bu nia.

IDENTITE

Nom : MUHITO PANGA


Prénom : Richard
Né à BAFUABAKA en 1972
Territoire de BAFUASENDE
Fils de MBEYANE et de : (ne parlait jamais de sa mère)

- 106 -
Originaire du territoire de Djugu, collectivité Bahema- Banywagi, Province Orientale.
Etat-civil : Divorcé et ensuite remarié à W IV IN E depuis 2004 et père de 11 enfants
reconnus officiellement.

Professions :
- Enseignant à l ITM officiel de Bunia ;
- Préfet de l ITM officiel de Bunia
- Pharmacien à Bunia ;
- Secrétaire administratif du syndicat des cadres et agents de santé de l Ituri (SY N CA S)

Etudes faites

- Ecole secondaire à Isiro


- Grand séminaire Saint Augustin à Kisangani (philosophat)
- Grand séminaire Saint Cyprien à Bunia (théologie)
- ISTM- Kisangani
- Santé publique au Centre Universitaire, extension de Bunia

1. Témoignage de son frère Jean-Louis Bamwiga

J ai connu le d éfu nt Richard qu and je revenais d e Bu ta il y a p lu s d e 7 ans, il n a p as


vécu ici à Bu nia et ses p arents n étaient p as connu s d ans notre m ilieu . Il m a ad op té
com m e son grand frère lorsqu il avait d écou vert qu e nou s étions originaires d e la
m êm e contrée ; il m a consid éré com m e son p ère, m on ép ou se et m oi étions d evenu s
ses p rop res p arents. Jam ais il ne nou s p arlait d e ses p arents biologiqu es, su rtou t p as
d e sa m ère m ais p arfois il nou s d isait qu e son p ère était u n ancien m ilitaire et qu and
on abordait ce sujet, il changeait de face et nous étions obligé d e p arler d au tre chose.
C est u n hom m e qu i vou lait bien évolu er et ne vou lait jam ais d ép end re d e
qu elqu u n, il avait beau cou p d am bitions. Il est m ort étu d iant, il était en 2ème licence
d e Santé p u bliqu e. Il avait u ne p etite p harm acie et u ne p etite bou tiqu e, qu elqu es
p arcelles d ans la ville d e Bu nia, u ne voitu re PAJERO. En tou t cas, il avait d e l argent
m êm e si ce n était p as beau cou p . Richard venait sou vent m e voir p ou r m e p arler d e
ses affaires, il était aussi dans le trafic des véhicules.
C était u n hom m e catégoriqu e, il était com p ris d ifficilem ent d ans u n grou p e d am is à
cau se d e son com p ortem ent et p ou vait facilem ent se créer d es p roblèm es. Je l ai
d écou vert d avantage lors d e l accid ent d u ne fille d e l ITM p ou r qu i il d irigeait le
travail de mémoire. Lors d u d eu il, il d isait qu il fau t beau cou p p rier p arce qu on p eu t
m ou rir n im p orte qu and et d ep u is lors, il a com m encé à le faire régu lièrem ent. Je n ai
d onc p as été su rp ris lorsqu e le 5 m ars 2008 à 1 heu re d u m atin il m a télép honé p ou r
m ap p rend re qu il était attaqu é et qu il n avait p as d e chance d être sau vé.
Selon les renseignem ents, le soir avant sa m ort, il p renait d e la bière d ans sa
p harm acie ju squ à 19 heu res et d isait qu il fallait boire car le lend em ain n ap p artient
à p ersonne. Dans la m êm e soirée, u n m ilitaire était d e p assage à sa bou tiqu e où se
trou vait au ssi sa fem m e. Le m ilitaire le cherchait m ais sa fem m e lu i rép ond ra qu il
était encore en ville.
Les band its qu i l ont tu é l attend aient au x environs d e chez-lui . Ce n était p as la
prem ière fois ; ils étaient à leu r 3ème tentative d entrer d ans sa m aison m ais ce jou r-là
ils ont réu ssi à forcer la p orte. Je consid ère qu il était filé d ep u is longtem p s.

- 107 -
Mon frère était catégoriqu e et bru tal, beau cou p d e gens se lam entaient d e son
comportem ent, il avait égalem ent u n p roblèm e avec les fem m es. Il ne cessait p as d e
les cou rtiser, il avait d ailleu rs d e sérieu x p ép ins avec sa fem m e Wivine et vou lait
s en d ébarrasser m ais je m y su is op p osé catégoriqu em ent.

N ou s avons ap p ris qu il y a d es m ilitaires qu i ont été arrêtés et qu i avaient reconnu


que ce sont eux les meurtriers du Préfet Richard. Curieusement, il y a quelques jours,
nou s avons ap p ris avec grand e am ertu m e qu ils se sont évad és d e la p rison d e
l au d itorat m ilitaire d e Bu nia. Ce n est p as p ou r m oi u ne su rp rise, c est ça la ju stice
de notre pays.
Avant d e term iner, j allais ou blier d e vou s d ire qu e son ép ou se avait p récisé qu e les
band its qu i l ont tu é ont em p orté u ne som m e d e 6 000$ US, c est sa fem m e qu i
indiquait à ces brigands où se trou vait l argent

A près cet entretien avec le D.G Jean-Louis BA M W IGA , nous avons rencontré le responsable
du Collectif des A vocats et Juristes de l Ituri, le Responsable de l A ssociation des Chauffeurs
du Congo : A CCO, secteur moto et le commissaire adjoint du district de l Ituri pour
comprendre ce phénomène des assassinats dans la cité de Bunia.

2. Propos de Me Dieudonné Bushu, un des responsables du CAJD

N otre collectif s est intéressé à ces assassinats et nou s avons accom p agné qu elqu es
cas au niveau d e la Ju stice. Il s avère qu il s agit d u n grou p e d e m ilitaires qu i op ère
la nu it p ou r avoir d e l argent. C est p ou rqu oi la p lu p art d e victim es sont d es
conducteurs des motos. Une moto, on peut la dépiécer facilement et vendre les pièces
ici en ville.
S agissant d u cas d u Préfet Richard Mu hito et d u com m erçant N jabu , les band its eu x-
m êm es ont reconnu d ans u n p rocès qu e ce sont eu x qu i ont com m is les forfaits. Ils
d isent qu e c est p ar accid ent qu e les victim es ont été tu ées p arce qu ils n avaient
besoin qu e d e l argent.
Au fait, ces band its ciblent d es p ersonnes qu i p eu vent avoir qu elqu e chose. Dans la
ville ici, on ne p eu t p lu s p arler d es forfaits p olitiqu es. Ce qu i nou s fait tiqu er, c est
cette com p licité d es gard es d e p rison d ans l évasion d e ces band its qu i étaient d éjà
id entifiés. Tou t cela m am ène à conclu re qu e : « nous ne sommes pas encore dans un Etat
gouverné, l autorité de l Etat n est pas encore rétablie ».

3. Propos de Jean de Dieu See Adukwanazanga, Secrétaire administratif du


bureau ACCO, section moto de l Ituri

N ou s im pu tons ces assassinats au x au torités d e la ville et d u d istrict. Il y a p lu sieu rs


cas de motards tués et dont les motos sont emportées en dehors de la ville. Ici dans la
cité c est qu elqu es cas seu lem ent ; la question demeure de savoir ce que font la Police,
les FARDC et la MON UC qu i su rveillent la ville jou r et nu it. Qu and u n m otard est
tu é, c est tou te la ville qu i est en alerte et les band its, u ne fois arrêtés, s évad ent d e
p rison. N ou s risqu ons u n jou r d e nou s venger et ce sera le p ire d ans cette ville. Les
au torités n ignorent p as qu e la p lu p art d es cond u cteu rs d es m otos ce sont les

- 108 -
d ém obilisés d es m ilices et d e l arm ée et qu ils sont en m esu re d e m ettre à feu tou t
Bunia.

Ce qu e nou s d ép lorons est qu e nos m em bres ne resp ectent p as les consignes d e


sécurité : nou s avons d écid é d arrêter la circu lation d es m otos à partir d e 18h30 p ou r
recommencer le matin à 6 heures mais en vain.
N ou s rem ercions tou t d e m êm e Me Dieu d onné Bu sha qu i cou rt beau cou p d e risqu es
lorsqu il pou rsu it m alheu reu sem ent en vain nos d ossiers au niveau d e la ju stice. Le
d ernier m otard tu é ici en ville d e Bu nia s ap p elle Mita Tu yisabe, originaire d e
Ru tshu ru au N ord -Kivu ; nou s ne savons p as com m ent retrou ver sa fam ille. Com m e
vou s êtes d u N ord -Kivu , vou s p ou vez nou s aid er à retrou ver sa fam ille et
transm ettre ce m essage nécrologiqu e. J esp ère enfin qu e notre voix sera écou tée à
travers votre travail p ou r qu e les au torités se p réoccu pent d e ce m alheu r qu e nou s
traversons.

3. Propos de Dieudonné Rwabona, Commissaire de D istrict adjoint de l Ituri

Les au torités sont p ointées d u d oigt p ar la p op u lation p ou r la d isp arition


m iracu leu se d es 3 band its qu i avaient com m is d es forfaits d ans la cité d e Bu nia. Elle
a tou t à fait raison p arce qu e c est l au torité qu e nou s som m es qu i avait refu sé d e
p résenter officiellem ent ces band its. Il fau t voir com m ent nou s étions d ébord és, il a
fallu cette m esu re conservatoire p ou r gérer la fou le sinon ce serait les livrer à la m ort
avant l abou tissem ent d u p rocès.

N ou s d ép lorons, com m e tou t le m ond e, ce qu i est arrivé. Selon l Au d itorat m ilitaire,


il s agit d e l im p ru d ence d e la gard e. Vers 19h°°, il y a qu elqu u n qu on vou lait
m ettre au cachot et c est alors qu e les 3 band its ont forcé p ou r sortir et s en aller. Les
gardes aussi sont portés disparus.
Je p eu x vou s rassu rer qu e les p istes s annoncent p ou r m ettre la m ain su r les band its
évad és. Je p eu x vou s rem ettre les p hotos et les nom s d e ces band its p ou r vou s
tém oigner qu e les recherches sont sérieu ses, il s agit d e :
1. Sergent Lisop e Kabila : c est u n band it qu i avait reconnu qu il est voleu r d es
motos ;
2. Sergent Ewolo Mogalemonde de la 6ème brigade intégrée ;
3. Caporal Mayala Kifo du 82ème bataillon, 8ème brigade intégrée, un déserteur ;
4. Yu su fu Pap y (PICH EN ) : d ém obilisé d es m ilices FRPI (Front d e résistance
p op u laire d e l Itu ri).

V. CONCLUSION

Les d ém obilisés d es m ilices qu i se cam ou flent d ans la p op u lation et qu i op èrent en


com p licité avec d au tres d éserteu rs d es brigad es intégrées est u n d anger p erm anent
dans la cité de Bunia. Le m anqu e d encad rem ent d es m ilitaires et d es p oliciers ju stifie
les forfaits qu i s op èrent d ans cette ville où , en d ép it d e la p résence m u sclée d es
casqu es bleu s d e la MON UC, d es band its op èrent et d isp araissent d ans la natu re. Eu
égard à tout ceci, la question est de savoir quel serait le sort des populations n eû t été
la présence de la MONUC à Bunia?

- 109 -
Mais au ssi ju squ à qu and l Itu ri restera gérée p ar la com m u nau té internationale alors
qu il est d u d evoir d e l Etat d assu rer la sécu rité d es p ersonnes et d e leu rs biens su r
tou te l étend u e d u territoire national ?

- 110 -
CHAPITRE IV : BENI, NORD KIVU

I. PRESENTATION DE LA VILLE DE BENI

Créée p ar le d écret p résid entiel n° 041/ 2003 d u 28 m ars 2003, la ville d e Beni a u ne
su p erficie d e 184,24 km 2 et su bd ivisée en 4 com m u nes et 30 qu artiers rép artis d e la
manière suivante :
1) La commune de Beu com pte 7 qu artiers : Benengu le, Biau tu , Bu tanu ka,
Lubahemba, Lyakobo, Malepe et Rwangoma.

2) La commune Bungulu est égalem ent form ée d e 7 qu artiers : Cité Belge


Kanzulinzuli, Mabolio, Mambango, Mukulya, Pasisi et Residentiel.

3) Dix qu artiers constitu ent la com m u ne d e Mu lekera : Bu nzi, Bu tsili, Kalind a,


Kasanga, Masiani, Matembo, Matonge, Ngongolio, Sayo et Tamende.

4) la com m u ne d e Ru w enzori, enfin, est constitu ée d e 6 qu artiers : Boikene, Dju m a,


Kasabinyole, Mabanga, Paida et Ngadi.
Cette p op u lation n est p as ép argnée d es assassinats et au tres tracasseries tel qu e
d énoncé d ans les d ifférents m ém orand u m s et com m u niqu és d e p resse d e la société
civile de Beni.

II. MONITORING DES ASSASSINATS DANS LA VILLE DE BENI


DE JANVIER 2007 A JUIN 2008

N° Date Noms et post nom Lieu du drame Circonstance Source


de la victime de l assassinat
1 11/01/2007 Mbula Musubao Q. MATONGE, Assassiné par - Mémo
Pépé commune des inconnus société civile
MULEKERA chez lui à la - Rapport
maison Police
pendant la nuit commune
MULEKERA
- Situation
journalière
Commune
MULEKERA
2 16/01/2007 Justin Kasuku Q. TAMENDE, Succombé aux - Mémo
(Etudiant en G1 Commune coups et société civile
au C.U de MULEKERA blessures lui - Situation
Ruwenzori administrés par journalière
des hommes en Commune
arme MULEKERA
3 15/02/2007 Claude Divignaud Q. BOIKENE, Tué par - Mémo
(Sujet Belge, Commune poignard par société civile
ingénieur RUWENZORI des bandits - Situation

- 111 -
architecte) dans sa maison journalière
pendant la nuit Commune
MULEKERA
- Rapport
commissariat
de la police
commune
RUWENZORI
4 15/02/2007 Kavitsi (Sentinelle Q. Boikene, Ligoté et jeté - Mémo
de M. Divignaud) Commune dans la piscine société civile
RUWENZORI par des bandits - Situation
venus tuer Mr journalière
DIVIGNAUD Commune
(témoin MULEKERA
gênant) - Rapport
commissariat
de la police
commune
RUWENZORI
5 15/02/2007 Kavira Q. Kanzulinzuli, Tuée chez elle - Mémo
Malyabwana Commune pendant la nuit société civile
BUNGULU par des - Situation
hommes armés journalière
non identifiés Commune
BUNGULU
6 26/02/2007 Kambale Mathe Q. TAMENDE, Tombé dans - Mémo
Langalanga Commune une embuscade société civile
(Boucher) 27 ans Mulekera des bandits qui - Situation
volaient dans journalière
une maison Commune
(témoin MULEKERA
gênant)
7 18/05/2007 Kibwana Q. Kasabinyole, Assassiné chez - Mémo
Raymond (Chef Commune lui à la maison société civile
d e l AN R Ville d e RUWENZORI vers 20h°° par - Situation
Beni) des inconnus journalière
armés Commune
RUWENZORI
- Rapport
commissariat
de la police
commune
RUWENZORI
8 26/07/2007 PALUKU Achille Q. KASANGA, A été tué par - Mémo
(taximan moto) Commune accident causé société civile
MULEKERA par les policiers - Situation

- 112 -
de roulage en journalière
plein bouclage Commune
MULEKERA

9 23/08/2007 Kisembo Nganda le Troc, Q. Assassiné par - Situation


Vasikania KASABINYOLE, des bandits journalière
Muvingi Commune armés qui commune
(Exploitant de RUWENZORI l ap p elaient au RUWENZORI
bois et Directeur- téléphone
adjoint ANR pendant la nuit
Mambasa
10 06/01/2008 Doti Mbali Q. Fusillé par des - Situation
Munganga (70 KASANGATUHA, inconnus journalière
ans) Commune Commune
MULEKERA MULEKERA
- Rapport
commissariat
MULEKERA
11 28/02/2008 Raphaël Saïdi Q. Cité belge, Retrouvé mort - Mémo
Muhinga Commune de avec des traces société civile
BUNGULU des menottes - Situation
journalière
Communes
MULEKERA
et BUNGULU

12 07/05/2008 Katembo Muyinga Cellule NDINDI, Fusillé par - Situation


Av. Kisnshasa, Q. balle dans sa journalière, Q.
KASANGA maison par des KASANGA
TUHA, Com. inconnus TUHA
MULEKERA
13 07/05/2008 Kambale Mastaki Cellule NDINDI, Fusillé par - Situation
Samuel Av. Kisnshasa, Q. balle dans la journalière Q.
KASANGA maison de KASANGA
TUHA, Com. KATEMBO TUHA
MULEKERA
14 21/05/2008 Kahindo Mathe Q. Rwangoma, Retrouvé - Mémo
Delmas Commune BEU abattu par société civile
arme blanche - Rapport
commissariat
police
commune
BEU
15 29/05/2008 Apollonie (fillette Q. Boyikene, Violée et tuée Rapport
de 7 ans) Commune par poignard commissariat
Ruwenzori police

- 113 -
commune de
Ruwenzori
16 12/06/2008 Marie Jules Q. Paida, Retrouvé mort et Rapport
Commune jeté dans la commissariat
Ruwenzori concession des police
prêtres à 8 km commune de
de chez-lui Ruwenzori

Commentaire

Les assassinats qu i ont été p erp étrés d ans la ville d e Beni sont beau cou p p lu s ciblés ;
d ap rès les fam illes d e qu elqu es victim es, certains d e ces assassinats sont p olitiqu es :
soit la victim e a été u n tém oin gênant soit elle vou lait se m ettre su r u ne p iste où
qu elqu es élém ents d enqu êtes d onneraient lu m ière d ans u n d ossier qu elconqu e.
C est le cas d u resp onsable d e l AN R-Beni.
Pou r d au tres cas, c est tou t sim p lem ent d es règlem ents d es com p tes, d es conflits
fonciers d e fam ille, d e ristou rne (LIKELEMBA) ou tou t sim p lem ent la jalou sie d ans
u n qu artier. D au tres stru ctu res renseignent qu e la ville d e Beni, ancien qu artier
général d u RCD/ K- ML ne p ou vait p as laisser resp irer qu iconqu e qu i entrep rend rait
d es relations lou ches avec d au tres m ou vem ents p olitico-m ilitaires. Su r cette liste,
l on d énom bre d es assassinats d es agents d e sécu rité au cou rs d e l année 2007 alors
qu e la p op u lation venait à p eine d e se choisir librem ent ses rep résentants au sein d e
l Assem blée p rovinciale d u N ord -Kivu.
Qu est-ce qu i p eu t être alors à la base d e la m ort d es agents d e l AN R qu i sont
généralem ent censés être au cou rant d e tou t inform ation p olitiqu e ou sécu ritaire ?
Selon les organisations d e d éfense d e d roits d e l hom m e et qu elqu es analystes
rencontrés à Beni, ces assassinats visaient à faire p eu r à la p op u lation et su rtou t à
ceux-là qu i vou laient chercher à sortir et à am orcer les enqu êtes su r la m ort d e
Claude Divignaud, sujet Belge.

III. BENI : L ETRAN GE AFFAIRE D IVIGN AUD

Etrange, la m anière d ont Monsieu r Kivatsi, sentinelle d e Monsieu r Divignau d a été


tu é. Ligoté et jeté d ans la p iscine tou t sim p lem ent p arce qu e c était u n tém oin gênant.
S agissant d e la m ort d e M. Divignau d , certaines sou rces affirm ent qu e ce su jet belge
était sou p çonné d e collaboration avec Kakolele, m em bre d u CN DP d e Lau rent

- 114 -
N ku nd a. Et le resp onsable d e l AN R/ Beni, Kibw ana Raym ond , qu i vou lait am orcer
des enquêtes sur la mort de M. Divignaud, a été assassiné par la suite.

Parm i les présu m és assassins d e M. Divignau d , u ne p ersonne avait été ap p réhend ée


et d étenu e d ans la p rison centrale d e Beni. Il s agit d e Monsieu r Kasongo w a
Kasongo d ont le d ossier était inscrit au R.M.P 230/ BB/ 07. Cond am né à m ort, il s est
évadé dans la nuit du 06 au 07 juin 2008. La coordination de la société civile de Beni a
réagi à ce su jet m ais sans su ccès. Cette évasion laisse croire qu e les com m and itaires
d e la m ort d e M. Divignau d ont u n p ou voir su r les resp onsables d e la p rison qu i ne
sont m êm e p as inqu iétés et au cu ne enqu ête su r cette évasion n est d iligentée d u ne
manière sérieuse.
Un e a u t r e qu es t ion p er t in en t e es t celle d e s a voir p ou r qu oi les ca d r es d e
l ANR s on t t u és b a n a lem en t d a n s la ville d e Ben i. Ap r ès la m or t d e Kib wa n a
Ra ym on d , le 1 8 / 0 5 / 2 0 0 7 , c es t Mon s ieu r Kis em b o Va s ik a n ia Mu vin gi,
directeur a d join t d e l ANR Ma m b a s a qu i a ét é s a u va gem en t a b a t t u le 0 6
ja n vier 2 0 0 8 . S elon cer t a in es s ou r ces loca les , ces a gen t s d e l ANR d ét en a ien t
d es d os s ier s b r û la n t s r ela t ifs à la s écu r it é in t ér ieu r e et à la fr a u d e
douanière..

IV. RECIT DE LA FAMILLE KIBWANA

Identité

Nom : KAKULE
Post nom : KIBWANA
Prénom : Raymond
Fils de : KITSA KIBWANA
Et de : KA SW ERA KA V UGHO
Rozalie
Etat-civil : Marié et père de 3 enfants
Chefferie de V itungu, Groupement BulikI,
Collectivité Ruwenzori, Territoire de Beni
Adresse : A v. M unyabelu, Q.
Kasabinyole, Commune de Ruwenzori

Etudes faites et expérience professionnelle

- 1976 1982: Ecole Prim aire Beni-Paid a où il obtint son Certificat d Etu d es
Primaires.
- De 1984 1990 : Institu t Bu ngu lu / Beni : Il obtint son d ip lôm e d Etat, Op tion :
Latin philosophie.
- De 2000 2003 : Institu t Su p érieu r d e Dévelop p em ent Ru ral ISDR/ Beni : Il
obtint son diplôme de Graduat, Option : Planification.
- En 1986 : Il est nom m é chef d antenne C.N .R.I à Beni (Centre N ational d e
Recherche et d Investigation).

- 115 -
- En 1998 : Chef d antenne ad joint d e l Agence Congolaise d e Renseignem ent,
groupement territorial de Beni.
- En 2004 : Il est em p risonné à Makala à Kinshasa avec Kakolele et Kam basu
N geve p ou r avoir été sou p çonnés m em bres fond ateu rs d u FLEC ( Front d e
Libération d e l Est d u Congo), u n m ou vem ent allié au CN DP d e Lau rent
Nkunda ;
- En avril 2005 : Il est libéré de la prison ; en octobre il rentre à Beni.
- De 2006 2007 : Chef d e p oste d e l AN R ville d e Beni ju squ au jou r d e son
assassinat.

Propos de Christophe Kambale, Chargé de relations publiques, Société Civile Beni


et membre de la famille élargie de la victime.

Le d éfu nt était le 2ème fils d e sa fam ille, il était u n p eu bou illant d ans sa jeu nesse.Il
était d u n natu rel cu rieu x et cherchait à savoir tou t ce qu i se p asse d ans la ville. C est
d onc tou t natu rellem ent qu il intègre les Services d e Renseignem ent, su rtou t qu il
était originaire d e Mu tw anga. Déjà vers les années 86-87 il y avait d es tu rbu lences
entre les ex-FAZ et les rebelles N ALU d e l Ou gand a ; qu elqu es jeu nes patriotes
donnaient de renseignements aux militaires congolais.
Il était u n facilitateu r social et su rtou t initiateu r d e p rojets d e d évelop p em ent. Ce
vendredi- là, jou r d e sa m ort, il avait qu itté chez lu i p ou r son bu reau à côté d e l hôtel
d e ville, non loin d e l hôp ital général d e référence d e Beni. Ce jou r -là, il n avait p as
beau cou p bou gé et le soir, il a p artagé u n verre avec ses am is. Vers 19h30, l u n d e ses
am is lu i avait d it d aller tou t d roit chez lu i et ne p lu s faire u n crochet qu elqu e p art. Il
avait p ris sa voitu re p ou r rentrer chez lu i. Arrivé d evant la p orte d e la clôtu re, il a
klaxonné. Qu elqu es tem p s ap rès, les band its arm és sont arrivés et ont tiré su r lu i à
bou t p ortant. Et c en était fini pour lui.
Ju squ à p résent, p ersonne ne p arle d e cet assassinat, au cu ne au torité ne s y intéresse,
ce qu i laisse croire qu il s agissait d u n crim e p olitiqu e. N ou s ne savons p as si le
m obile d e cet assassinat sera connu u n jou r, nou s n y croyons p as. L Etat n avait rien
d onné à la fam ille, m êm e p as le d écom p te final, alors qu u ne recom m and ation avait
été faite au x au torités d e l AN R p ou r qu ils intègrent u n m em bre d e sa fam ille au
sein d e l AN R com m e p ou r l aid er. Malheu reu sem ent, ju squ à p résent, il n y a
aucune suite.
Certaines p ersonnes nou s d isent qu il a été tu é p arce qu il vou lait am orcer les
enqu êtes su r la m ort d e Clau d e Divignau d ; d au tres encore d isent qu il était en
contact avec le CN DP d e Lau rent N ku nd a. Bref, nou s ne savons encore rien su r sa
mort. Dieu seul nous donnera lumière sur cette mort. Nous demandons aux autorités
qu i ont la charge d e sécu riser les p ersonnes et leu rs biens d e bien jou er leu r rôle car
les assassinats continuent.

V. CONCLUSION

La coord ination d e la Société civile d e Beni a p ris le cou rage et le risqu e d e réd iger
d es m ém orand u m s et d es com m u niqu és d e p resse et a organisé d es m arches d e
contestation contre les assassinats exagérés d ans cette ville. Dans chaqu e
mémorandum, elle constate que les enquêtes demeurent sans suite.

- 116 -
Malgré les d ifférents ap p els lancés au x au torités tant civiles, m ilitaires, p olicières qu e
ju d iciaires, les au teu rs d es assassinats n ont jam ais été inqu iétés et les traces qu i
existaient ont été brou illées. Ce silence d es au torités d e la p lace face à ces assassinats
fait p enser à u ne irresp onsabilité notoire d es nou veau x d irigeants issu s d es élections
d ites libres et d ém ocratiqu es su rtou t lorsqu on se rend com p te qu e le tau x d e
criminalité a augmenté après les élections de 2006.
Malgré la réu nification ad m inistrative d u territoire national, les séqu elles d e la
rébellion sont encore visibles dans le territoire de Beni. Le pouvoir est entre les mains
exclu sives d u RCD/ KML, fam ille p olitiqu e d e l actu el gou verneu r d e p rovince d u
Nord-Kivu . Il n est p as exclu qu e les règlem ents d es com p tes p olitiqu es d ont
certaines p ersonnes sont victim es d ans cette entité soient com m and ités p ar certains
leaders qui voudraient pérenniser leur pouvoir dans cette partie de la RD Congo.
Ceci nou s am ène à sou tenir la p ensée d e Kam bale Christop he, chargé d es relations
p u bliqu es, à la coord ination d e la société civile d e Beni qu i a d it qu ap rès les
élections, c est p ire qu avant les élections su r le p lan sécu ritaire d ans le territoire d e
Beni.

- 117 -
CHAPITRE V : BUTEMBO, NORD KIVU

I. HISTORIQUE DE LA VILLE DE BUTEMBO

Le rap p ort d e l Ad m inistration d u territoire, ville d e Bu tem bo, exercice 2005


renseigne que le nom « Butembo » était d éjà m entionné d ans l arrêté n°47 d u 17 Aoû t
1937, traitant d es circonscrip tions u rbaines d e la p rovince d e Consterm ansville, fu tu r
Kivu . Dans cet arrêté, on y trou vait au ssi d au tres nom s d agglom érations
notam m ent Beni, Vu hovi et Lu bero. En 1952, cette entité a eu le statu t d e cité
ind igène et d eviend ra Centre extra- cou tu m ier en 1956 avant d e d evenir com m une
d e Bu tem bo en 1960. De 1964 à 1965, Bu tem bo red evient centre extra-cou tu m ier à
cause des événements de la rébellion.
Pend ant le régim e d e Mobu tu , Bu tem bo a rep ris le statu t d e cité ju squ au
22/ 12/ 2001, d ate d e la signatu re d u d écret n°2001/ 038 d u chef d u RCD/ KML,
Mbu sa N yam w isi, p ortant création p rovisoire et d élim itation d e la ville d e Bu tem bo
et ses com m u nes. C est le 28 m ars 2003 qu e le d écret p résid entiel n°042/ 2003 va
reconnaître d éfinitivem ent Bu tem bo com m e u ne ville avec u ne su p erficie d e
190,34km2.
La ville d e Bu tem bo est su bd ivisée en 4 com m u nes et 28 qu artiers rép artis d e la
manière suivante :

1) La Commune de Bulengera comprend 9 quartiers : Mutiri, Kimbulu, Mukuna,


Kalemire, Kamesi, Mbozo, Kyaghala, Evêché, Ruenda, Wayiene.

2) La commune Vulamba en compte 4 : Kabali, Congo Ya Sika, Matende et


Mukalangirwa

3) La commune Kimemi est formée des 8 quartiers suivants : Centre commercial,


Byondi, Lumumba, Ngere,
Malende, Vutetse, Bwinyole et Vusumba

4) La quatrième commune, Mususa, comprend les 7 quartiers suivants: Vungi,


Matanda, Kitulu, Bwinongo, Katwa, Ngingi et Vihole.

Selon le d ernier recensem ent d e la Mairie au 31/ 12/ 2007, la p op u lation d e la ville d e
Butembo est estimée à 650 000 habitants.

- 118 -
II. MONITORING DES ASSASSINATS DANS LA VILLE DE BUTEMBO
DE JANVIER 2007 A AVRIL 2008

N° Date Noms et post Lieu du drame Circonstance Sources


nom de la de
victime l assassinat
1 03/03/2007 Muhindo Tué à bout Rapport annuel
Kyato portant par 2007 Mairie
le militaire
AMISI
2 15/05/2007 Kadimanche Av. MASISI, Son corps a Rapport annuel
Kakule Commune été découvert 2007 Mairie
Kahereni KIMEMI sans vie avec
de signes de
tortures lui
administrés
par un
élément de la
PNC en
complicité
avec le chef
de quartier
adjoint
KITULA
3 22/05/2007 Matembela Q. KYAGHALA, Corps Rapport annuel
Kisune (67 Commune découvert 2007 Mairie
ans) BULENGERA sans vie dans
la concession
de KAVUSA
SIMBA
4 17/06/2007 Un homme Cellule VUKULA Mort après Rapport
n°109, Commune avoir été GADHOP
KIMEMI torturé à 1h
du matin par
4 militaires
qui
exigeaient de
l argent
5 05/07/2007 Dr Kambale Cellule OASIS, Assassin2 - Rapport
Kisoni Alias Commune dans son annuel 2007
KIDUBAÏ BULEMBA bureau par Mairie
(Commerçant) des bandits - RAPPORT
armés GADHOP

6 10/07/2007 Kasereka Q. PROCURE, Retrouvé Rapport


Sovoya commune perdu sur GADHOP

119
(taximan) BULENGERA arbre et sa
moto a été
emporté
7 04/08/2007 Un boucher Q. MALERA, Abattu par Rapport annuel
Commune des inconnus 2007 Mairie
BULENGERA
8 14/08/2007 Kambale Colline « mont Tué par la Situation
Mweya carmel », population journalière
commune qui ne Commune
BULENGERA voulait plus BULENGERA
de sa religion
9 15/08/2007 Un Q. VUTSUNDO, Retrouvé Rapport annuel
mécanicien de Commune mort 2007 Mairie
la procure KIMEMI
10 15/08/2007 Muhindo Cellule Kahumba, Tué par balle Rapport annuel
Mbogho Q. Matanda, par des 2007 Mairie
Com. MUSUSA hommes en
uniformes
non
identifiés
11 17/08/2007 Mumbere Q. VUTETSE, Tué à bout Rapport annuel
Munyambulya Com. KIMEMI portant par 2007 Mairie
(un des hommes
boutiquier) armés non
identifiés
12 25/08/2007 Olivier Cellule MAKASI, Tué par des Situation
Kasereka Q. centre-ville, militaires journalière
Katalaka commune patrouilleurs commune
KIMEMI à bout KIMEMI
portant
13 08/09/2007 Kakule Cellule Furu, Q. Corps Situation
Katirisa Congo Ya Sika, découvert journalière
Commune dans une commune
Vulamba rigole avec VULAMBA
des signes de
torture
14 12/09/2007 Samy Q. NJIAPANDA, Tué par balle Rapport annuel
Muhindo Com. MUSUSA à bord d u n 2007 Mairie
camion
« FUSO » en
provenance
d OÏCH A
15 12/09/2007 Serra Q. NJIAPANDA, Tué par balle Rapport annuel
Kavugho Com. MUSUSA à bord d u n 2007 Mairie
camion
« FUSO » en

120
provenance
d OÏCH A
16 04/10/2007 Kahindo Station SERKAS, Tué vers - Rapport
(Policier) Q. OASIS, 21h30 par annuel
Commune des bandits Mairie
VULAMBA armés en - Commune
tenue VULAMBA
militaire - Rapport
GADHOP
17 22/10/2007 Kavira Luutu Q. KYAGHALA, Tué par des - Rapport
Mariette Commune bandits annuel
BULENGERA armés non Mairie
identifiés
- Rapport
GADHOP
18 24/10/2007 Muhindo Cellule Tué à bout - Rapport
Kipotse WAYIMIRTA, Q. portant à sa annuel
Viteghe MATANDA, porte par 2 Mairie
(Commerçant) Commune personnes
MUSUSA armées qui - Rapport
l attend aient GADHOP
sur moto - Commune
MUSUSA
19 26/10/2007 Judison MOVONO/Route Retrouvé - Rapport
Kasereka (23 BUNYUKA, mort avec annuel
ans) taximan cellule WAYENA, des traces de Mairie
commune coups de
BULENGERA poignards. - rapport
Moto GADHOP
emportée par - ATAMOB
des bandits
20 29/10/2007 Kasereka Q. KAMISI- Trouvé mort - Rapport
Katembo MBINZO, annuel
(motard) Commune Mairie
BULENGERA
- Rapport
GADHOP
- ATAMOB
21 29/10/2007 Mapendo Rue Matadi, Tué à bout - Rapport
Kalaka commune portant par annuel
(taximan) BULAMBA un policier Mairie
lorsque les
taximen - Rapport
manifestaient GADHOP
- ATAMOB

121
22 03/11/2007 1er sergent Cellule Lynché par Rapport annuel
major Kamusongo, Q. la population 2007 Mairie
Kitulu, Commune
MUSUSA
23 22/11/2007 Un corps sans Cellule Ngolwe, Corps Rapport annuel
vie (un Q. Vighole, retrouvé 2007 Mairie
homme) Commune avec des
MUSUSA signes de
poignards
24 26/11/2007 Kavira Tsongo Q. VUNGI, Elle s était Rapport annuel
Commune pendue dans 2007 Mairie
MUSUSA sa parcelle
suite à des
problèmes
familiaux
25 06/1O/2007 Chantal Cellule Kimemi, Tuée par - Rapport
(Originaire de Q. Mutiri balle par des annuel
BUNIA non bandits Mairie
autrement armés non
identifiée) identifiés - Rapport
GADHOP
26 28/02/2008 Kavugho Cellule Assassinée Rapport
Zawadi Kalimbute, Q. par le GADHOP
Matanda, policier
Commune LUNONGA
MUSUSA TSHOTA
27 13/03/2008 Muhindo Barrière Tué par Rapport
Augustin KANGOTE balles par le GADHOP
(mécanicien) policier
MUSANGA
KITA
28 20/04/2008 Kambale Q. MUTIRI, Fusillé par Rapport
Kasyenene Commune un militaire GADHOP
Mbaye BULENGERA du T2, 8 Rgn
militaire
bureau de
liaison de
Butembo

122
Commentaire

Ap rès avoir p arcou ru ce m onitoring d assassinats d ans la ville d e Bu tem bo, il y a lieu
d e se p oser p lu sieu rs qu estions su r l insécu rité d ans cette ville. Pou rqu oi au tant d e
victim es retrou vées d ans les rigoles ? Pou rqu oi tu er m êm e le policier com m is à la
gard e d u ne station d e carbu rant ? Des p assagers à bord d u n cam ion en
stationnem ent sont au ssi tu és ; est-ce u ne façon d e saboter l au torité établie ou tou t
sim p lem ent u ne incom p étence d es au torités m ilitaires et p olitico-administratrives
qu i n arrivent p as à assu m er leu r resp onsabilité ? Qu est- ce qu i est à la base d u n
tau x d e crim inalité si élevé d ans cette ville au p oint qu e les gens sont tu és m êm e en
p leine jou rnée, com m e ce fu t le cas lors d u m eu rtre d u com m erçant Kam bale
Kisoni ?
Cette insécu rité généralisée d ans la ville d e Bu tem bo a m is à nu l absence d e
l au torité ju squ au point où les p op u lations se sont organisées p ou r faire p artir le
m aire ainsi qu e le com m and ant local d e la Police. Des corp s sans vie, retrou vés avec
d es blessu res à l arm e blanche (p oignard ) d énotent d u ne cu ltu re d e violence qu i
s enracine. La cu ltu re d im p u nité am biante exacerbe d es p op u lations d e p lu s en p lu s
tentées p ar l au to-p rise en charge : u n p rem ier sergent m ajor a été lynché p ar la
p op u lation car selon elle, u ne fois ce m onsieu r entre les m ains d e la Ju stice, il se
serait retrouvé en liberté.

III. BUTEMBO : LE DUR COMBAT DE LA SOCIETE CIVILE

Les élém ents d e la 2ème brigad e intégrée se sont livrés à d es exactions et à d e tu eries
au vu et au su d e tou tes les au torités avec la fam eu se op ération « Kisanola 5 » . Il
s agissait d u ne op ération p rém éd itée p ou r nu ire au x p aisibles citoyens, p arfois
ju squ au sacrifice su p rêm e. Pou rtant cette brigad e était censée rem ettre d e l ord re en
rem p lacem ent d es u nités non brassées d e la 83ème brigad e d e l APC 6. Ces m êm es
m ilitaires ont été u tilisés p ou r d éstabiliser le p ou voir d u Maire Wabu nga Singa
Zébéd ée, issu d e la société civile d e Bu tem bo. Les p oliticiens d u coin ne vou laient
p as qu e l église catholiqu e p renne le d essu s su r les p artis p olitiqu es qu i ont m ilité
pendant la rébellion.
Com m e l ind iqu e le rap p ort d e l au d ience d e la d élégation p rovinciale avec la
société civile d e Bu tem bo le 17 octobre 2007, il s avère qu e les m esu res p rises ont été
d e su sp end re le com m issaire p rovincial d e la Police nationale congolaise, le
lieutenant-colonel Sivu navirw a et le Maire qu i seraient à la base d es tu eries d ans la
ville. La m airie a été p ar la su ite confiée à Mad am e Alp honsine, d u PPRD. La
situ ation créée p ar ce jeu d e chaises m u sicales était tellem ent d élétère qu il a fallu
l intervention m u sclée d e la société civile d e Bu tem bo p ou r faire p ression su r les
au torités p rovinciales. Le rap p ort d e la rencontre est synthétisé d ans le d ocu m ent
su ivant qu i nou s a été rem is p ar le Grou p e d Association p ou r la Défense d es Droits
d e l H om m e et d e la Paix (GADH OP) :

5 Kisanola, signifie littéralement peigne, mais il a été utilisé pendant la campagne électorale
pour signifier « raser, élim iner d e l ad versaire » par la mouvance présidentielle.
6 Armée des Patriotes Congolais, branche armée du RCD/KML

123
La situation qui a prévalu à Butembo est une autre forme de guerre qui ne dit pas son
nom . Pou r ce qu i ap p araît com m e u ne lu tte p ou r le p ou voir local, tou te la ville a été
d éstabilisée, d es têtes sont tom bées et au cu n d ossier n a abou ti à la ju stice.

La m ort d u com m erçant Kam bale Kisoni illu stre le com p ortem ent d es p oliticiens d u
coin qu i sacrifient d es p ersonnes p ou r asseoir leu rs p ou voirs. Selon les p ersonnes
interrogées su r p lace et qu i ont requ is l anonym at, le Dr Kisoni faisait p artie d u ne
m affia im pliqu ée d ans le trafic d arm es avec certains lead ers d u coin, son élim ination
p hysiqu e serait d onc liée au x activités d e cette band e. Personne n ose élever la voix
d e p eu r d e su bir la loi d e ce cartel. Les p rem ières enqu êtes ont p erm is d id entifier 7
p résu m és assassins d ont 5 étrangers (Ou gand ais et Kenyans) et 2 civils congolais
d étenu s d ans la p rison centrale d e Bu tem bo m ais l op inion croit qu e les vrais
com m and itaires cou lent d es jou rs tranqu illes en attend ant qu e les d étenu s
s évad ent d e la p rison.

IV. RECIT DE LA FAMILLE KISONI


Identité
Nom : KAMBALE
Post NOM : KISONI
Surnom : KIDUBAÏ

Quarante-six ans révolu s, Docteu r Kisoni


a été tu é à bou t p ortant d ans son bu reau .
Il était m éd ecin vétérinaire, form é à
l u niversité d e Lu bu m bashi. Patron d u
CON GOCOM, BUTEMBO- AIRLIN ES et
METAL CON GO, d octeu r Kisoni était p assionné d e commerce ; il était en voie d e
d evenir le p orte- étend ard d es jeu nes op érateu rs économ iqu es d e l Est d e la RDC.
Son assassinat est resté m ystérieu x au p oint qu e nou s n avons p as réu ssi à avoir sa
biograp hie au p rès d e son grand frère Benjam in Kisoni. Tou tes nos d ém arches au p rès
d e ce d ernier n ont p as abou ti car la p eu r p aralyse encore p as m al d e gens su ite à cet
assassinat.

V. CONCLUSION

Parler d es m orts à Bu tem bo, c est cou rir beau cou p d e risqu es p arce qu e tou tes les
p ersonnes contactées ont p eu r d e s exp rim er en d ép it d e l im p ortance d im m ortaliser
leu rs frères. Les gens sont m u selés, ils craignent d e su bir le sort d es victim es. Malgré
nos contacts, au cu n m em bre d e la fam ille d u Dr Kisoni n a accep té d e nou s d onner
sa biograp hie et sa photo ; c est u n confrère qu i nou s a rem is son p ortrait ap rès
p lu sieu rs tractations. Cette attitu d e p rou ve à su ffisance la p eu r m anifestée p ar les
fam illes d es victim es. Il y a lieu d e se d em and er si qu elqu u n p eu t aller en ju stice à
Bu tem bo pou r le su ivi d es enqu êtes d es p ersonnes tu ées. Qu i entretient cette p eu r au
sein d e la p op u lation qu and on sait qu e ce silence p rofite au x assassins qu i cou rent
les rues sans aucune inquiétude ?

124
CONCLUSION GENERALE

N otre recherche s est lim itée d ans les villes m ais selon d ifférentes sou rces, la
situ ation est égalem ent p récaire d ans les villages où p lu sieu rs personnes sont tu ées
sans au cu ne intervention d es au torités. Le cas le p lu s récent est celu i d Itom bw e
dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.
Le Centre Chrétien d Associations au x Droits d e l H om m e ind iqu e d ans son rap p ort
d u 5 ju illet 2008 qu e 4 p ersonnes ont été m assacrées le 23 ju illet 2008 lorsqu elles
revenaient d u n m ariage. Il s agit d e Mad am e N gena H élène (36 ans), Léa Maland a
(60 ans) tou tes d eu x violées et tu ées p ar d es m ilitaires ainsi qu e leu rs enfants Yakobo
(7 ans) et Fred d y (9 m ois). Ces forfaits ont été com m is su r la rou te d e Mikenge, fief
des groupes armés réfractaires au brassage.

Qu el serait le total d e tou tes les p ersonnes tu ées innocem m ent d ans les p rovinces d u
N ord , Su d -Kivu et Orientale si nos recherches s étend aient ju squ e d ans le fin fond
des villages ?
Les villes concernées p ar cette recherche constitu ent le m iroir d es assassinats
p erp étrés d ans tou tes les entités, elles d ém ontrent le d egré d e l im pu nité qu i
constitu e le scand ale d e la banalisation d e la m ort en RD Congo. L Etat, en tant qu e
d ép ositaire d u m onop ole d e la violence et d e l ap p lication d e la loi, a m ontré ses
lim ites. Plu s d u ne fois, ses forces ont été citées com m e au teu rs d es assassinats et ses
magistrats d ont les cond itions d e travail sont p énibles- rend ent la ju stice au p ro rata
d es p ots-de-vin. Qu ant au x gard iens d es p risons, ils m onnayent les évasions. Les
p roches d es victim es, eu x, n ont qu e leu rs yeu x p ou r p leu rer et attend ent la Ju stice
d u ciel. Ju squ à qu and ?

L absence de l autorité dans un Etat qui se proclame démocratique est une déception pour des
populations qui avaient placé un grand capital de confiance dans les élections, censées
ramener la sécurité et la paix, après plusieurs années de rébellion.

LE CRIME BANALISE, UN DENI DE MEMOIRE ?


Par les participants à la journée portes ouvertes du 24 janvier 2009

Le 21 janvier 2009 Pole Institu te a réu ni à Gom a en RDC 60 p articip ants venu s d e l
Est et d e l Ou est d e la RDC et d e 6 au tres p ays d ont le Bu ru nd i, le Rw and a et le
Cam erou n p ou r p résenter son étu d e su r les assassinats d ans les villes d e l est d e la
RDC et réfléchir ensem ble su r la banalisation d e la violence afin d aid er à briser les
m u rs d u silence. Au niveau d e la RDC étaient rep résentés l Assem blée p rovinciale,
l ad m inistration territoriale, l AN R, la p olice, d es m airies, les m éd ia, les ju ristes, les
organisations d e d éfense d es d roits d e la p ersonne. Des fam illes et p roches d e
victim es d e Gom a, Beni, Bu kavu et Bu nia ont ap p orté leu rs tém oignages.
L association « Voix d es sans Voix » a p résenté u ne vu e d ensem ble su r la situ ation
en RDC. Pole Institu te a m is en com m u n u n résu m é d e son étu d e su r les assassinats
dans 5 villes de l est de la RDC, à savoir Goma, Bukavu, Bunia, Beni et Butembo.
Des exp ériences d u Bu ru nd i et d u Rw and a ont été p résentées et d iscu tées. Un
échantillon d e cas rép ertoriés entre janvier 2007 et m ai 2008 m ontre u ne forte

125
croissance d e m eu rtres et d assassinats au m om ent d e la m ise en place d es
institu tions élu es. Sans être exhau stif, l échantillon m ontre qu e cette tend ance
perdure depuis.
Le p roblèm e d e la banalisation d e la violence n est pas confiné à l est d u pays, m ais
se retrou ve d ans tou tes les régions : L assassinat est d evenu tellem ent cou rant qu il
semble être vu comme une mort naturelle.
Les qu elqu es p rocès qu i ont lieu se m u ent en p arod ies d e ju stice, la p eu r etl
intim id ation gagnent d u terrain. L intolérance ethniqu e et p olitiqu e règne. La liste
d es faits rép ertoriés et les tém oignages d es fam illes et d es avocats d es victim es nou s
ont profondément choqués au vu de l ampleur du phénomène.
La « ju stice p op u laire » d ébou chant su r d es lynchages d e crim inels réels ou
im aginaires p ar d es p op u lations excéd ées par l im p u nité et la corru p tion d u systèm e
p olicier et ju d iciaire n est p as u ne solu tion. Bien au contraire elle aggrave la situ ation.
Dans u ne situ ation où nou s som m es censés avancer vers la d ém ocratie, la
banalisation d es assassinats et d e la violence, la cu ltu re d u silence renforcée p ar la
p eu r et les intim id ations sont en train d e d étru ire le tissu social d e nos villes, d e nos
campagnes, de nos provinces, de notre pays.
Qu il s agisse d e crim es crap u leu x, d assassinats p olitiqu es ou d e lynchages p ar u ne
soi -disante « justice populaire » : tous ces crimes touchent toutes les communautés et
cou ches d e la p op u lation. Ils sont insu p p ortables et nou s nou s érigeons d e tou tes nos
forces contre le mur de l oubli et du silence qui les entoure.
Qu elles en sont les cau ses ? Il y a beau cou p d e facteu rs qu i y contribu ent : p roblèm es
fonciers, m anip u lation d e p ersonnes p au p érisées, circu lation d arm es, exaspération
d e p op u lations p au vres et d ésesp érées, conflits arm és. Mais nou s constatons qu e la
cau se p rofond e en est l im p u nité continu e basée su r u n systèm e étatiqu e et ju d iciaire
pour le moins déficient, voire absent.
Ceu x qu i sont resp onsables d e la sécu rité d es citoyens sont cou p ables d e « non-
assistance à p op u lations en d anger », et certains p arm i eu x sont im p liqu és d ans ces
crimes.
Les fam illes et p roches d es victim es ont besoin qu e la vérité soit connu e et qu e non
seu lem ent les exécu tants, m ais au ssi les com m and itaires d es crim es soient
ap p réhend és, qu e ju stice soit faite p ou r qu e le travail d e d estru ction d e notre société
d evienne im p ossible et qu ensem ble nou s p u issions constru ire d es lend em ains
meilleurs pour nos enfants.
Pou r avancer d ans cela nou s d evons oser m ettre les au torités d evant leu rs
resp onsabilités, m ais au ssi lu tter contre les intim id ations, casser la p eu r et briser le
m u r d u silence. N ou s d evons nou s ép au ler m u tu ellem ent et nou s renforcer p ar les
expériences de nos collègues des autres régions et pays.
N os étu d es, nos p u blications et les rencontres d e ce typ e sont d es p as m od estes, m ais
essentiels dans cette direction.

Goma, le 21 janvier 2009.

126
Liste de participants à la journée du 21/01/ 2009

N° Nom Référence Contact


Tél e -mail
01 Jean-Baptistes Human Rights Watch 0997767232 jbengehya@yahoo.fr
Bengehya
02 Patient Semuswa OGEFREM 0997870088 ogefremdre@yahoo.fr
03 Prosper Hamuli Pole Institute 0998674126 hprosper@gmail.com
04 Lt Katsuva Faustin Auditorat militaire 0997734496 fausdada@yahoo.fr
05 Mbabare CPG / Programme 0994361860 mbabachris@yahoo.fr
Christophe Amani
06 Gilbert SUMAILI MAJIRANE 0997728296 g_sumaili@yahoo.fr
07 Mutsudu Folestine LSC/CFLPO 0993074113 mutsudufolestine@yahoo.fr
08 Marandura PNC VILLE MAIRIE 0998676514
Euzechiel
09 Katindi Misanda Gouvernorat 0998824050
Provincial / Ministère
10 Télesphore Héritiers de la justice 0997704455 tenamuk@yahoo.fr
Namukama
11 Christophe Société civile Beni 0994181656 soci été civile@yahoo.fr
Kambale
12 André Maheshe Père de feu Serge 0998757404 maheshentole@yahoo.fr
Ntole MAHESHE 0815169668
13 Me DIEUDONE CAJL/BUNIA 0998689283 dieudonnebusha@yahoo.fr
BUSHA
14 Clark MUSOLE World Vision / RDC 0992094442 clarkmape@yahoo.com
15 Trésor KOSITI Jeune frère de BWANA 0808582611 trikositi@yahoo.fr
CHUY 0997701619
16 Rubens Mikindo UDPS / Goma 0813133907 rbnsmikindo@yahoo.fr
17 Ferdinand Collectif ALPHA UJUVI 0853805390 Alphaujuvi1@yahoo.fr
Lufungula
18 Honoré Banyene ASPD / GOMA 0810710570 aspdrdc@yahoo.fr
19 Isabelle Prigogine Famille Albert +245714113871 iprigogine@gmail.com
PRIGOGINE
20 Albert Prigogine Famille Albert 0998735464 abikprigogine@gmail.com
PRIGOGINE
21 Jados Tekla Epouse du feu Albert 0994015816
Prigogine
22 Nyaramba Muta Belle s u r d u Feu
Albert Prigogine
23 Gahigi Gérard Université libre de (00250)0848943 ggahigi@yahoo.fr
Kigali 4
24 Nduwamahoro Association Echange 79452438 namahoro2006@yahoo.fr
Nadine et savoir
25 Kä Mana Université (237)77128537 kanguzaïre@yahoo.fr
Pédagogique du
Cameroun
26 Lubingo ANR/Nord-Kivu 0997676474 emalubungo@yahoo.fr
Kyambikwa
27 B. Miganda Hangi Q. KARISIMBI 0994188747 buhychangi@yahoo.fr
28 Cathy Furaha FSDF/BBO 0997760899 femmesjuristesbutembo@
yahoo.fr

127
29 Aloys Tegera Pole Institute 0998605752 aloys.tegera@free.fr
30 Dominic Johnson Pole Institute 0994179401 johnson@taz.dc
31 Alexandre BILAK Pole Institute 0994675187 alexbilack@gmail.com
32 Pasteur jean Blaise CIPCRE jean-kenmogne@cipcre.org
Kenmogne
33 Albert Kambale RTGA 0998385590 kambalealbert@yahoo.fr
34 Primo-Pacsal Pole Institute 0997767663 prudakab@yahoo.fr
Rudahigwa
35 J acqueline DZI J U FOMI/POLE 0994011086 Jacquibudza2001@yahoo.fr
Matosi
36 Masika Kafanya FEPSI/BBO 0997719375 Fepsi-bu@yahoo.fr
Marie Dalorose
37 Jack Kahora VOA & IWPR 0994016929 kahorhajack@yahoo.fr
38 Kimbere Kitaka UNIGOM / DIOBASS 0998611698 kkithaka@yahoo.fr
39 Batundi Pole Institute 0997280629
Ndasumwa Léon S OPROP 0853436130
ISTA
40 Me Said Kubuya Avocat barreau du 0998624763 said_kubuya@yahoo.fr
Nord-Kivu, Cabinet 0853126555
Aimé Bwiko
41 Godelieve RTNC/Goma 0994159836 godelieventup@yahoo.fr
Uwimana 0853499295
42 Byanikiro Chef de Q. Adj. 0853427569
KASIKA
43 Pr. Kasay K.L. UNIGOM/Ass. Prov. 0998679735 kasayalpholeng@yahoo.fr
Alphonse
44 Camille Paluku Initiative plus camillepaluku@yahoo.fr
45 Nyandwi Niyibizi Mairie 0994339332
46 Nicolas Kalinda Chefferie Bahunde 0813129164
Kibancha
47 Rd. Mauka M. ECC/NK 0998668680 mathebutalo@yahoo.fr
Bulalo
48 Fidèle Rwema Pole Institute 0990480087 fidelerwe@yahoo.fr
49 Kambale Vinyatsi Chef de Q. A. Himbi 0993075580
50 Kweshi Mushaliwa Tribunal Militaire 0997172989
51 Bernadette PAFEVIC 0813127064 bmuongo@hotmail.com
Muongo
52 Ibrahim Kubuya COMICO 0997186796 kubuyaibrahim@yahoo.fr
53 Bakemana Journaliste 08807744 bakemana@yahoo.fr
Raphaël
54 Kubuya Muhangi CRONGD NK/S.E 0998610651 crongdnk@yahoo.fr
55 Merthus Echanges & Savoirs (+257)79953921 niyomerthus@yahoo.fr
Niyonzima (BURUNDI)
56 Rutinigirwa Muliro Pole Institute (+243)99867719 rutileo@yahoo.fr
2
57 Dr. Richard Conseiller 0998911297 katamulikotso@yahoo.fr
Katamuliko Admin./Gouvernorat
58 Matthieu Kazindu Conseiller Pol./Pdt +243994269171 matkazindu@yahoo.fr
Ass. Prov.
59 Liliane Ukuka Assemblée Provincial +243853126157
60 Kingombe Sabiti Chef de Q. Adj./ 0853449836
Pascal KATINDO

128
61 Mineene Stephano Chef de Q. Adj. 0853427569
KASIKA

129
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