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Les forages profonds : un autre après-mine ?

Plus de 2000 forages profonds de l’eau font l’objet d’une attention par- mier forage à l’Albien pour rechercher
ticulière. de l’eau. Pendant 8 ans, jusqu’en 1841,
ont été réalisés dans le Bassin Il est une activité minière qui laisse peu les ouvriers de l’entreprise Mulot ont
de trace dans le paysage, mais qui est creusé le sous-sol parisien jusqu’à la
parisien, dont plus de 1 000 en susceptible d’avoir des effets durables profondeur, inouïe pour l’époque, de
Ile-de-France, essentiellement sur l’environnement : il s’agit des 548 mètres.
exploitations par forages. Il est vrai que Plusieurs dizaines de forages atteignant
en Seine-et-Marne et dans tous les forages ne relèvent pas stricto l’Albien sont réalisés en Ile-de-France
sensu de l’activité minière, et qu’ils ne dans les années 30, l’apparition de la
l’Essonne. Si les exploitations du sont pas tous réglementés par le code technique du forage « rotary » ayant
minier, mais les risques engendrés par facilité considérablement les travaux.
sous-sol par forages laissent peu les forages sont semblables, dés lors Dès le début des années 50, la France,
de trace dans le paysage, elles que leur réalisation nécessite des à la recherche de son autosuffisance en
machines de forage lourdes. pétrole, lance de grands programmes
sont plus insidieuses que celles de recherches dans le Bassin parisien. A
la même époque, Gaz de France
résultant des mines classiques et Une histoire relativement recherche les structures géologiques
sont susceptibles d’avoir des récente susceptibles de stocker le gaz au plus
près des lieux de consommation, afin
effets durables sur En 1859, à Titusville en Pennsylvanie, le de lisser les variations de la consomma-
colonel Drake donnait le véritable tion entre l’été et l’hiver. Dans les
l’environnement. C’est coup d’envoi de l’exploitation du sous- années 70, les besoins en énergie inci-
sol par forage, en réalisant le premier tent au développement de la géother-
pourquoi, aujourd’hui, toutes forage pétrolier à 21 mètres de profon- mie à partir de la nappe du Dogger à
les dispositions sont prises pour deur. Il n’était pas
Dès le début des années 50, près de 2 000
le premier à réali- mètres sous le sol,
éviter les atteintes durables aux la France, à la recherche de son
ser un puits à voca- en particulier à
autosuffisance en pétrole, lance
tion minière : au l’est de Paris et en
nappes de l’Albien et du premier siècle
de grands programmes de Seine-et-Marne.
avant notre ère, les
recherches dans le Bassin parisien En fait, en tenant
Néocomien.
Chinois du Sichuan faisaient des son- compte des forages profonds réalisés
dages de plusieurs centaines de mètres pour l’eau et d’autres recherches, ce
par Rémi Galin pour rechercher du sel. sont plus de 2 000 forages profonds qui
DRIRE Ile-de-France En Ile-de-France, Louis Arago, le pré- ont été réalisés dans le Bassin parisien,
Dvision sol et sous-sol curseur, avait dirigé les travaux du pre- dont plus de 1 000 (voir la figure 1 ci-

L
es conséquences de l’arrêt des
exploitations minières ont pris 51 puits actifs
Eau douce
une ampleur particulière, en 17 puits bouchés
1996, avec les affaissements qui se sont
produits dans l’est de la France. Les Stockage de gaz 231
phénomènes en cause ont fait l’objet de
beaucoup d’études et la compréhen- 71
Géothermie
sion des mécanismes en jeu a permis la 28
mise en place d’outils de prévision. Le
dispositif législatif du code minier a été 210
récemment aménagé pour mettre en Pétrole
900
place les modalités d’une véritable ges-
tion de l’après-mine ; les atteintes au
patrimoine et les impacts sur la gestion Fig. 1. - Les ressources accessible par forage profond en Ile-de-France.

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dessous) en Ile-de-France, essentielle-
ment en Seine-et-Marne et dans l’
Essonne.
Prés de 800 d’entre eux atteignent ou
traversent tous les aquifères d’eau
douce et, en particulier, les nappes de
l’Albien et du Néocomien (voir les
figures 2 et 3 ci-contre). Certes, les
eaux souterraines ne contribuent qu’à
hauteur de 2 % des besoins permanents
en eau potable de la région ; ceux ci
sont assurés de manière très excéden-
taire par les usines qui traitent l’eau de
la Seine, de la Marne et de l’Oise ; mais
les nappes de l’Albien et du Fig. 2. - Coupe schématique du Bassin parisien.
Néocomien représentent un intérêt par-
ticulier puisqu’elles constituent les
réserves ultimes en cas de crise très
grave avec pollution simultanée des
trois cours d’eau précités et des eaux
souterraines peu profondes.
La question posée aujourd’hui est celle
de la vulnérabilité de ces nappes vis-à-
vis de ces nombreux forages.

Les risques du forage


La fonction d’un forage est de permettre
l’accès à une couche géologique cible
pour sa reconnaissance ou son exploita-
tion. Dans ce dernier cas, le forage assu-
re une liaison pour prélever un fluide
(pétrole, eau, gaz) ou en injecter (géo-
thermie, stockage de gaz). Le forage tra-
verse des roches différentes susceptibles
de contenir des fluides de caractéris-
tiques variées. On sait, par exemple, que
la salinité de l’eau augmente avec la
profondeur et la rend ainsi impropre à la
consommation humaine. Pour les
forages d’eau en nappe captive, il faut
veiller à la conservation de la ressource
en quantité.
Les actions de creusement et d’exploi-
tation peuvent conduire à des contami-
nations par les fluides utilisés, extraits
ou injectés. Enfin, ces ouvrages cesse-
ront d’être utilisés un jour, et un rebou-
chage insuffisamment pérenne - ou,
pire, son absence - peuvent conduire à
une contamination permanente.
L’ensemble de ces problèmes est
aujourd’hui particulièrement bien
appréhendé par les techniques mises
en œuvre et la réglementation.
L’exercice de cette dernière est assuré
en Ile-de-France par la DRIRE pour les Fig. 3. - Coupe géologique indicative de la région de Marolles en Brie (Seine-et-
mines d’hydrocarbures et de géother- Marne).

42 A n n a l e s d e s M i n e s
mie, les stockages souterrains de gaz et,
pour l’eau, à partir du toit de l’Albien.
Qu’elles relèvent de la loi sur l’eau, des
ordonnances de 1958 sur les stockages
souterrains de gaz en nappe aquifère
ou du code minier (hydrocarbures et
géothermie), les prescriptions imposées
aux exploitants reposent sur les mêmes
principes dont le détail a été publié
dans le titre « Forage » du règlement
général des industries extractives
(RGIE), en mars 2000.
Le creusement d’un trou impose que
trois fonctions soient réalisées simulta-
nément :
- l’arrachage de la roche en fonds de
trou ;
- la remontée des déblais en surface ;
- le maintien des parois du trou.
L’arrachage de la roche est réalisé par
un outil en rotation continue ; les
déblais sont remontés par un fluide
dont la composition et la densité sont
soigneusement calculées et suivies tout
au long du forage. Cette boue assure
également le refroidissement de l’outil
et la tenue des parois jusqu’à la pose du
cuvelage, généralement en acier. (voir
la figure 4 ci-contre).
La composition de la boue doit être en
adéquation avec le fluide contenu dans
les roches. Ainsi, on utilisera pour les
aquifères supérieurs des boues à l’eau
au carbonate de calcium ou avec des
polymères biodégradables et non
Fig. 4. - Coupes techniques d’un puits pétrolier phase par phase. Source : Editions
toxiques. Technip, Le forage, J-P. Nguyen, 1983.
La barytine sera retenue pour des
couches géologiques plus profondes où détermine l’architecture du puits, le L’étape critique suivante est la
son impact est négligeable en regard de nombre et la position des cuvelages, cimentation entre le cuvelage et le
la composition des fluides contenus de façon à isoler entre elles les terrain. Elle seule peut garantir l’iso-
dans les roches. Les boues à l’huile ou couches de caractéristiques sem- lement des couches géologiques
au fioul sont aujourd’hui réservées aux blables ainsi que les types de boues entre elles pendant l’exploitation et
couches géologiques pétrolifères. qui seront utilisées. Un inventaire des bien après. La cimentation doit faire
Une surveillance particulière doit être risques, notamment les pertes ou les l’objet d’un travail soigné et contrô-
exercée pendant le forage afin de incidents de forages, conduit à appro- lé ; les foreurs remettent un rapport
détecter les pertes dans les aquifères visionner le chantier de forage en de cimentation permettant de valider
sensibles. C’est en particulier le cas matériaux ou matériels requis (bento- les qualités et quantités de ciment
dans les couches calcaires (Champigny nite, trépans…). Une attention particu- mises en œuvre.
notamment), mais l’utilisation de boues lière est apportée au contrôle de la Les contrôles de cimentation peuvent
à base de bentonite sont utilisables et pression dans le puits : on pense aux se faire à l’aide d’outils spécifiques
permettent de circonscrire rapidement éruptions qui sont cependant impro- mesurant l’atténuation des ondes
les pertes. Le risque de pertes en cours bables dans notre région. A contrario, acoustiques (CBL : Cement Bound Log ;
de forage est aujourd’hui assez faible, il faut être vigilant pour qu’en aucun CET : Cement Evaluation Tool). Ces
car la géologie du Bassin parisien ne moment la pression dans le puits ne outils sont fiables pour des dimensions
révèle guère de surprise. dépasse la pression de fracturation des relativement petites (9’’ 3/8 ou 244
La connaissance de la géologie joue roches avec pour conséquence l’effon- mm) ; au-delà, des artefacts peuvent
un rôle important pour l’établissement drement de l’ouvrage et le coincement conduire à des interprétations erronées.
du programme de forage. Celui-ci du matériel du forage. En cas de mauvais résultats ou de

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doutes, des cimentations complémen- inhibiteur en fonds de puits, a fait bais- Deux cas principaux se présentent sui-
taires peuvent être réalisées. ser la fréquence des incidents et permet vant que le bouchage est exécuté
Cependant, chaque dossier de nouveau de prendre des mesures de maintenan- immédiatement après la réalisation du
forage doit anticiper l’échec du forage, ce comme le re-chemisage. forage ou après une certaine période
il est donc systématiquement accompa- D’une manière générale, l’exploitant d’exploitation. Cette période d’exploi-
gné d’un programme de bouchage pré- détecte rapidement la perte d’intégrité tation peut aller de quelques années à
visionnel qui doit être approuvé par la d’un forage en exploitation et peut plusieurs décennies ; ainsi, le premier
DRIRE. Ce programme de bouchage mettre en œuvre les mesures correc- forage d’Arago ne sera bouché que pro-
doit répondre à des règles très précises tives qui limitent considérablement les chainement, soit plus de 160 ans après
qui résultent de l’expérience et fait par- effets des fuites éventuelles, lorsque sa création. La problématique n’est évi-
tie aujourd’hui du règlement général celui-ci contribue directement à l’acti- demment pas la même, puisque, dans
des industries extractives. vité économique de l’entreprise. le deuxième cas, l’intérieur du forage
L’activité d’exploita-
Le premier forage d’Arago ne sera peut être dégradé
tion pétrolière est ou obstrué, et
Les risques pendant sujette à des fluctua-
bouché que prochainement, soit
certaines infor-
l’exploitation plus de 160 ans après sa création
tions importantes mations impor-
liées au prix de vente du pétrole brut : tantes provenant de la phase de
Pendant l’exploitation, les risques sont les périodes fastes succèdent aux création peuvent avoir été perdues.
d’une autre nature. Il faut empêcher périodes difficiles. Dans le passé, cer- Dans les cas d’obstruction partielle, il
que les fluides transitant dans le forage tains forages d’exploitation peu ren- convient d’adapter au mieux les règles
ne gagnent les autres couches géolo- tables ont été mis à l’arrêt, l’exploitant exposées ci-après.
giques. La perte de confinement peut attendant alors des jours meilleurs. Toute opération de bouchage doit
provenir d’une cimentation insuffisante Pour cela, les forages ont été mis sous être précédée d’une phase prépara-
ou dégradée, rarement constatée, ou cocons et remplis de fluide inhibiteur toire de rassemblement des informa-
des effets de la corrosion. Tous les per- de la corrosion. Il est toutefois arrivé tions sur la géologie et l’état de
cements constatés en Ile-de-France que ces précautions se soient révélées l’ouvrage, car il n’y a pas deux bou-
résultent de la corrosion interne et par- insuffisantes. Un cas de pollution de la chages identiques. Il est procédé, tout
fois externe. Les puits les plus exposés nappe des calcaires de Brie par l’eau d’abord, à l’analyse et à la synthèse
sont les puits géothermiques, en raison du Dogger a été constaté dans la région des documents sur lesquels sont
du fluide transporté et des conditions de Chailly-en-Bière (Seine-et-Marne) consignés les événements survenus
d’exploitation. en 1992 : le puits a été repris, la pollu- lors de la foration initiale (notamment
Des suivis d’exploitation basés, notam- tion stoppée, la qualité de l’eau a été zones à pertes, à venues, stabilité des
ment, sur l’évolution des pressions sont légèrement et temporairement altérée formations, etc.). L’analyse des dia-
de nature à permettre la détection des par augmentation de la salinité sans graphies complète également la
fuites ou des entrées dans le forage. conséquence pour l’alimentation en connaissance des terrains traversés.
Les forages géothermiques sont particu- eau potable. Les problèmes éventuels rencontrés
lièrement exposés à des risques de per- Cette pratique est aujourd’hui solide- en cours d’exploitation doivent égale-
cement en cours d’exploitation. La ment encadrée puisque aucun puits ne ment être analysés. Vient ensuite le
nécessité d’une chambre de pompage peut être laissé en fermeture provisoire diagnostic de l’ouvrage, avant de lan-
ne permet pas le maintien d’un ou plu- plus de quatre ans ; pendant ce laps de cer la procédure d’abandon. Cette
sieurs annulaires de contrôle comme temps, les puits concernés restent sou- phase permet de vérifier l’état du
pour les puits pétroliers. Le fluide est mis à un contrôle périodique des pres- puits afin d’établir concrètement le
particulièrement agressif et de nom- sions. programme d’abandon. Suivant le cas
breux percements ont été constatés dans et la complexité de l’ouvrage à traiter,
les premières années d’exploitation sans on peut être amené à procéder aux
pour autant, grâce à la distribution des
Les risques après l’arrêt opérations suivantes :
pressions, conduire à des fuites. En effet, définitif du forage - contrôle du fond de puits, afin de véri-
les pressions dans le forage peuvent, fier la présence ou non d’éboulement
grâce aux pompages, être inférieures à la Au fil du temps, la structure du forage dans le puits ;
pression dans les terrains ; dans ce cas inutilisé va se détruire par corrosion et - calibrage des tubages par outil de dia-
là, le fluide extérieur aura tendance à mettre en communication toutes les graphie (mécanique, ultrasonique…),
rentrer dans le forage. formations géologiques entre elles. La afin de connaître les zones de corrosion
Pour prévenir ces incidents, les exploi- nature a horreur du vide et certaines éventuelles (ou dépôts) ; dans certains
tants sont contraints de contrôler pério- roches plastiques (marne, argile, sel) cas, un contrôle par vidéo caméra peut
diquement les cuvelages et les ont tendance à fluer, ce phénomène être également effectué ;
cimentations des forages d’exploitation bien connu des mineurs est favorable à - vérification de la qualité de la cimen-
et d’injection. Cette démarche, com- une reconstitution « naturelle » ; on ne tation annulaire des tubages par diagra-
plétée par un traitement préventif par saurait s’en contenter. phie ;

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- analyse de la qualité chimique du flui- en défaut, ce qui équivaut à considérer vés, un forage d’intervention à l’Albien
de en place, de sa pression et des écou- l’injection d’un fluide dans une nappe coûtant au moins 5 millions de francs.
lements, afin de choisir une qualité de d’eau ou dans une roche poreuse.
ciment compatible avec lui et, d’autre La propagation d’éléments dissous dans
part, pouvoir, le cas échéant, lui une nappe dépend des principaux
Le cas des anciens forages
adjoindre un inhibiteur de corrosion ; mécanismes suivants : Les forages profonds réalisés, exploités
- un test simple de mise en pression du - la convection, qui est l’entraînement ou rebouchés aujourd’hui, bénéficient
tubage permet d’en vérifier l’intégrité. de l’élément à la vitesse moyenne de des connaissances techniques et du
Ce n’est qu’ensuite que le programme l’eau ; retour d’expérience de cinquante
de bouchage peut-être défini avec pré- - la dispersion, qui provoque l’étale- années d’activité intensive dans le
cision en vue de restaurer l’isolation ment du nuage de pollution sous l’effet Bassin parisien. Une réglementation
des différents niveaux géologiques per- de l’hétérogénéité du milieu ; renforcée et une préoccupation parta-
méables à débit potentiel par des bar- - les échanges, avec la phase solide et gée par tous les opérateurs concernés
rières de façon à : la phase eau immobile ou adsorption ; pour la protection des nappes pro-
- interdire toute possibilité de fuite au ces échanges induisent un retard à fondes permettent aujourd’hui d’affir-
jour des effluents ; l’avancement du polluant et atténuent mer que toutes les dispositions sont
- prévenir la pollution et protéger l’uti- les teneurs. prises pour éviter les atteintes durables
lisation future des aquifères ; Pour apprécier ces mécanismes et les aux nappes de l’Albien et du
- empêcher la circulation des fluides modéliser, il importe de connaître avec Néocomien.
entre les niveaux perméables. une précision suffisante les principaux
Les barrières doivent être pérennes et, paramètres hydrogéologiques des aqui-
seuls les bouchons de ciment d’une fères (porosité cinématique, perméabi-
longueur suffisante (au moins 50 m lité, gradient piézométrique). Le débit
voire 100 m dans les défavorables), mis injecté dépend de la pression intérieure
en place dans les cuvelages cimentés du forage et de la dimension du perce-
ou dans les annulaires, répondent à ce ment, la nature du fluide doit être éga-
critère. La barrière de surface est consti- lement prise en compte.
tuée d’un bouchon de ciment d’au Heureusement, si l’aquifère de l’Albien
moins 50 m, surmonté d’une plaque est assez bien connu, il n’en est pas de
boulonnée et soudée située à quelques même pour le Néocomien qui est peu
mètres sous la surface du sol. exploité.
Chaque niveau perméable à débit Des scénarios de fuites provenant de
potentiel est isolé au moins d’un autre forages géothermiques ont été exami-
niveau perméable, par une barrière nés à la fin des années 80, et des cal-
d’isolation, ainsi que de la surface, par culs de propagation de contamination
deux barrières d’isolation, sauf pour les de l’Albien et du Néocomien ont pu
niveaux perméables trop proches de la être réalisés au prix d’hypothèses sim-
surface pour lesquels il est impossible plificatrices. Ainsi, dans le cas d’un
de placer deux barrières distinctes aquifère homogène, isotrope, de hau-
d’une longueur suffisante. teur faible et en négligeant les phéno-
La multiplicité des situations possibles mènes de diffusion, on obtient
rendrait fastidieuse la description des (modèle de Muskat 1946) un panache
dispositions à mettre en œuvre, la figu- ovale de grand axe parallèle à la vites-
re 5 (voir ci-contre), issue des recom- se de déplacement naturelle de la
mandations de l’industrie du pétrole, nappe. Si une fuite vers l’Albien avec
présente un cas simple. un débit constant de 20m3/h n’était
pas détectée après une année, la zone
moyenne envahie serait inscrite dans
un rectangle d’environ 200 m par
L’influence 160.
de l’hydrogéologie En cas de fuite connue, il est possible
d’en prévoir les conséquences, notam-
Les risques de pollutions relèvent en ment vis-à-vis des éventuels captages
premier lieu de l’intégrité du forage qui d’eau à destination de l’alimentation
ne doit pas rompre l’isolement des humaine et de prendre les dispositions
couches créé par l’histoire géologique. adaptées comme la maîtrise de la fuite
Il convient d’examiner ce qui peut se et le pompage des eaux contaminées. Il
Fig. 5. - Exemple de bouchage d’un
produire quand cette intégrité est mise est évident que les coûts sont très éle- puits d’exploration.

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Il n’en a pas toujours été ainsi. public. Elle concerne tout le Bassin que celles résultant des mines clas-
L’examen des dossiers de fin de sonda- parisien. siques. Plus insidieuses, elles peuvent
ge, archivés à la DRIRE, sont explicites A partir d’une étude documentaire sur provoquer de graves dommages.
sur le sujet. Sans s’étendre sur les les dossiers de forage et leur bouchage, Les modalités actuelles de réalisation
conditions de réalisations des ouvrages les incidents et les modalités d’exploi- des forages avec l’utilisation de boues
et, notamment, sur les boues utilisées, tation, il reviendra au comité technique adaptées assurent une bonne protec-
le seul examen des modalités de bou- de pilotage, animé par la DRIRE, la tion des aquifères, de même que les
chage montrent que les pratiques de tâche délicate de définir et de pondérer exigences réglementaires et les pra-
l’époque sont très éloignées de celles les paramètres à prendre en compte, tiques des professionnels pendant la
d’aujourd’hui. On retrouve cependant afin de procéder au croisement des phase d’exploitation.
fréquemment deux bouchons de risques liés aux ouvrages avec la sensi- On peut être raisonnablement confiant
dimensions variables, l’un assez systé- bilité des nappes. sur la pérennité et la qualité des bou-
matiquement posé prés des couches La qualité et la quantité des informa- chages actuels. Cependant, les risques
profondes et un sous la surface. Mais tions relatives aux forages disponibles engendrés par les anciens forages ne
de nombreux autres cas se présentent. auprès des DRIRE (dossiers au titre de peuvent être raisonnablement négligés.
Une analyse exhaustive et méthodique la police des mines et des stockages Leur étude approfondie, déjà engagée,
s’impose pour juger des risques. souterrains), de la DIMAH (gestion du devrait permettre, début 2002, d’en
Le traitement de la question des risques domaine minier par le service de cerner l’ampleur. •
engendrés par les forages anciens conservation des gisements d’hydrocar-
impose de définir une méthodologie bures), du BRGM (banque des données
adaptée et d’engager des moyens du sous-sol), de l’AESN et des opéra-
importants. Comme cela a été indiqué, teurs pétroliers ainsi que de Gaz de
le risque engendré par un forage France apparaissent suffisantes pour RÉFÉRENCES
dépend de sa conception, de ses condi- réaliser un travail complet. Les nom- DOCUMENTAIRES
tions de réalisation, d’exploitation et de breuses études réalisées sur l’Albien et
bouchage ; les bonnes pratiques sont le Néocomien apporteront les para-
aujourd’hui connues, il est donc pos- mètres hydrogéologiques indispen- - Mémento des eaux minérales (1996 – 1999).
sible d’établir une classification des sables. - Environnemental guidance document well aban-
donment and inactive well practices for US explo-
forages en comparant chaque forage à Les résultats sont attendus au premier ration and production operations (API bulletin
January 31,1993).
ces pratiques. Les paramètres géolo- semestre 2002 et devraient permettre - Titre forage du règlement général des industries
giques et hydrogéologiques détermi- d’apprécier la fragilité des nappes de extractives ( mars 2000).
- Estimation de l’incidence de fuites hydrauliques à
nent, quant à eux, la sensibilité de la l’Albien et du Néocomien et de propo- la paroi de forages géothermiques captant le réser-
voir du dogger (Institut mixte de recherche géother-
nappe à une éventuelle pollution. Le ser les moyens propres à renforcer leur mique, A. Menjoz, J-L. Honegger, J-C. Martin ; juin
croisement de ces informations doit protection. 1988).
- Risque de pollution des nappes d’eau douce du
permettre d’établir des zones d’aléas et fait des exploitations géothermales de l’aquifère du
dogger de bassin parisien (BRGM R 38034 - juin
d’établir des propositions d’action pour
renforcer la protection des aquifères
Des risques 1994).
- Recommandations de bouchage de la chambre

concernés. non négligeables syndicale de l’exploration-production d’hydrocar-


bures (1996).
- Cahier des charges de l’étude des risques engen-
Le BRGM s’est vu confier cette étude drés par les forages profonds dans le Bassin de Paris
financée par l’Agence de l’eau Seine- Les conséquences des exploitations du (AESN, DRIRE IDF, DIMAH, avril 2000).
- Le forage pétrolier, J-P. Nyguyen, Editions Technip,
Normandie et sur crédits de service sous-sol par forage sont moins visibles 1983.

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