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Fragments

vers la
destruction
du sujet poétique
et d´autres poèmes

Édition bilingue
francais-espagnol

Alberto Julián Pérez



Riseñor Ediciones
2020
1



Traduction de Michel Napolitano et
Charlotte Coing
Alberto Julián Pérez© 2020

Todos los derechos reservados. Esta es
una obra de ficción. Todos los
personajes, nombres, incidentes,
organizaciones y diálogos en este libro
son o bien producto de la imaginación
del autor o son usados de manera
ficticia.

ISBN: 978-1-7342853-2-1 (Ebook)

Primera edición 2020
Ediciones Riseñor
Lubbock, TX 79409


2
Table
Fragments vers la destruction
du sujet poétique
L´identité et la folie

Prologue-confession
Le cube bleu
Retour éternel
Histoire des mots
Un torse classique
Le théâtre de la folie
Mon bureau
Les voix et le silence
L´identité et les miroirs
L’abject

Autres poèmes

Le bar des vielles vedettes
La Sybille
Les suicidés
Le poète maudit
Les pauvres
Les maudits

Fragments vers la
destruction
du sujet poétique
L´identité et la folie


Les antichambres se confondent
avec les miroirs,
le masque est sous le visage,
plus personne ne sait
qui est le vrai homme
et quelles sont ses idoles.
Et rien de tout cela n´a d'importance;
ce trouble est trivial et acceptable
comme les inventions du rêve.

4
Jorge Luis Borges
"Les traducteurs des 1001 nuits"

Prologue-confession

Les images des Rêves
sont fatiguées de m'attendre
dans un lieu hostile.
Cette histoire de mon Ego
s´est épuisée
avec un gémissement méconnaissable.
Les tyrannies de la Raison
veulent prévaloir
sur l'intuition des Désirs différés.
Banni de mes Instincts,
la Parole et blanche et vide
et sa pureté me dégoûte.
Mais la force de l'Amour

5
m'entraîne dans cette
Communication désespérée:
c' est un Besoin doux comme
le doux délire d'une ivresse
qui a honte d'elle-même,
parce que j'ai besoin
d'alcool ou de folie
pour dire ma Vérité.
Dans cette crise,
mon moral est la défense ultime
avant l'Avenir qui m'appelle.
Le Temps presse
et il me rend fiévreux
et je vois les instants desdoubles
dans les miroirs de l'agonie,
où l'Ennemi triomphant
s´arrache ses Masques un par un.
J'ai la certitude qu'il n'y a

6
fondamentalement aucun Sujet:
le Thème, avec le Sens
qui l'accompagne
est devenu impossible;
cette Confession
est mon dernier refuge
avant de tomber, annulé
par mon Imagination,
épuisé dans ma Création,
comme une mère
qui a accouché et qui voit qu'elle
a donné naissance à des démons.
La Logique me brouille
dans le piège de sa Vérité:
un homme ne peut pas
être son Identité
au-delà de son Rêve.
C’est précisément cette Identité

7
qui nous rend malades,
ce changement forcé de Pronoms
qui nous fait mal,
ce Désir de Déchiffrer
quelque chose,
ce que ces Pronoms veulent être
dans la Fantaisie tourmentée
de ceux qui désespèrent
de jour en jour
sans devenir ce qu'ils sont,
sans atteindre cet avenir
qui s'arrête au Présent
et les condamne
à la chambre du Temps,
incapables de trouver une sortie,
parce que toute cette Culture
s´est transformée
en un Labyrinthe

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laborieux de Mots
où l'unique chose qu'on désire,
c'est la Mort.



Le cube bleu

Je pousse fort
le cube bleu d'un rêve

J'y entre
je me lève
bords sensuels
cristal intime

Je vois mon reflet

9
je suis différent
Je suis celui que je voudrais
Roi pour un rêve

Le désir est consommé
Satisfait
je dors
je rêve
rêve de rêve

Je mets ma tête entre mes genoux
Je dors dans mon élément
Je nage dans une eau sèche
Je respire des bulles de poussière

Voix. Non. Geste? À peine
Lenteur absorbée
Frémissement

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Le cube commence à tourner
à une vitesse inhabituelle

Rêve:
Je prends mon petit déjeuner
dans une maison au bord d'une forêt
Dans la forêt il y a un monstre
Les femmes disent qu'elles s´y rendent
pour perdre leur pureté

Ma mère entre dans la forêt
- Où vas-tu maman?
- Tu rêvais depuis cent ans, fils;
allez, grandis!
- Je ne peux pas
- Prisonnier d´un rêve
- D'un rêve, de la peur, du désir

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Je bois le café
pour le petit déjeuner
Je me nourris de mort
avec les mains liées
cheval prisonnier
Les cafards marchent dans la tasse
en mangeant le pain du rêve

Le temps passe,
mes cheveux poussent,
la peau s'estompe
Je suis un vieil homme,
le vieil homme
cherche l'innocence
et il boit le même café amer
encore et encore

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Je ne peux pas je n´ai pas pu
Je ne pourrai pas

Ma mère revient de la forêt
pleine de lumière,
touche dorée, nue,
elle me surprend,
me reconnaît, a honte:
découvre qu'elle a donné naissance
à un homme qui est son père

Je meurs, le vieil homme meurt,
mon corps / son corps est corrompu
ma mère le serre dans ses bras

les vers dans mon corps sucent
la vie des membres sans défense,
impuissants, de ma mère,

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qui ne se sépare pas de mon cadavre

Elle étend un bras, le laisse immobile
et une tige naît de sa main

Il sera difficile de boire mon café
si l´homme-enfant se réveille
on avale nos langues
et on s´étouffe petit à petit
comme le serpent qui se dévore

Les images tournent,
tournent dans le cube bleu
Autour, matériau de rêve
Lumière du vent
Poussière ventrale fertilisée

Je me réveille

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Je sors du cube de l'espace calme

Je suis l'autre Celui que je suis
Celui qui je ne veux pas
Celui que je cherche
est parti avec mon rêve
Rêver de mon être
n´est pas possible

Qui suis-je? à peine Ça
l'identité du vent
qui gonfle dans n'importe quel
cœur endormi

Si je ne suis pas,
comment puis-je mourir?
Pourquoi vieillis-je?

15
Quand le rêve qui vit en moi
ne m'aime pas
il me jette
hors de son royaume de mousse
et de grenades parfumées ouvertes
pénétrées par un éclat de soleil
semblable à la glace qui me traverse
lumière pour clous,
si fragile, si vain, si truqué
mais ... comment puis-je
l'accuser de moi-même?

Mon destin me suffit
pour ne pas arriver
et rester à mourir ici, entre tous
prisonnier de ce labyrinthe,
rose pour fruit

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Quelle sera l'épée?
Quel sera le sang de la balance?
Pourquoi ma mort?

Ombre, silhouette, c'est moi, flou
Je couvre honteusement mon visage
avec mes mains
Je bois un baiser

Ai-je besoin d'un enfer?
D'un paradis? D'un ciel?
Le Bleu Cube est là

Voyage
Je rentre dedans pour changer ma vie
je reviens plus tard
Je vais et viens

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Les mots ne portent pas
mais ils apportent
ce sont des limbes de paresse
ils indiquent le mauvais chemin
ils construisent un monde
qui n'est pas vrai
Nous vivons là
et nous sommes trompés



Retour éternel

I

Un matin je me suis réveillé
et le monde n'était plus ce qu'il était,

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les oiseaux n'étaient plus les oiseaux,
l'air n'était plus l'air, naturel?
Qui dirait! Magique? Non plus.
La magie ne devine pas la vie
qui nourrit les épines.

Un matin, tout était consommé
et tout recommençait.
L'histoire était la synthèse
et le passé le futur,
Œdipe s´est lié à sa mère
pour toujours
et les hommes
ne cesseront jamais de s'aimer.
Nous entendons
le son final de l'apocalypse,
la parole de toutes les langues,
moitié lumière,

19
moitié musique inimitable,
avec elle, le monde, Dieu,
la signification seront enterrés,
mais sachez le tous:
le monde renaîtra.

II

L'histoire nous submerge
par ses citations
et elle est présente
dans tous nos actes:
oublions les dates,
l'homme est son produit.

Apothéotique l'homme
avec ses signes mathématiques,
ses figures géométriques,

20
ses rêves décimaux.
Énorme dans sa malédiction
cet animal fantastique,
l'homme,
un rêve commun
qui traverse l'histoire,
un rêve transmis
de génération en génération
comme un chant,
comme une musique,
un hymne.

III

Floue la mémoire collective
avec la précision du diamantaire
qui relie les os du défunt
avec des fils bénis et éternels,

21
Dieu est mort! mais il est vivant,
absolu l'Un,
au début était la fin,
et l'Homme, corde unique,
vibration parcourue par une infinité
d'âmes différentes mais une seule,
appartenant au même lutte de sons
pour conquérir
l'air enflammé de lumière
qui avance vers la nuit.

Entre le début et la fin,
il y a eu un rêve de mort,
guerre, folie, consommation, destin;
la passion - ils ont enseigné - se répète,
elle naît et meurt toujours,
et plus tard elle renait
avec la même force.

22
La passion c'est la vie.
Un homme voulait
avec sa panoplie de signes
se raconter ce qui s'était passé
et les signes se sont multipliés,
l'homme est mort enterré.
Il s´est réveillé
comme un oiseau léger
capable de profiter
de la lumière, d'un air pur,
de trouver Dieu, le verbe unique,
par sa simple foi
d' animal sincère.
Pensif ou éphémère,
c´ était au milieu
la fatalité du destin écrit:
il devait trouver
sa pierre de interrogations.

23
Donc, le mythe enseigne.
Le mythe est infini.
Le mythe
est généré par l'histoire.
Expliqué: systèmes métaphysiques,
paraboles philosophiques.

Cependant au début
c'était le verbe;
c'est ce que nous étions:
un signe intelligent
devant un Univers inutile.
Que reste-t-il
à la raison dévastée?
L'ordre de la matière
dans l'instinct,
la passion de la fièvre,
le rêve que j'ai fait

24
que je réveillais d'un rêve
et le monde n'était pas,
n'avait pas été et ne serait pas,
il est né juste là et il était clair:
juste un point
qui n'était pas un point
mais le monde,
l'éternité, l'histoire,
tous les hommes;
ce point était l'infini,
l'origine de l'air,
celle de la lumière,
de l'oxygène enflammé,
un temps voyageant
chargé de sons
comme un secret
pour les générations inhabitables
peut-être pour l´ amour.

25
La mémoire nous lie
et nous délie
et nous avons besoin d´elle
comme nous avons besoin
de nous mêmes,
aujourd'hui c'est hier,
demain sera aujourd'hui
et donc un jour Dieu sera mort
et j'aurai grandi
et je serai un homme
parmi les hommes
et aimer sera bon.



Histoire des mots


26
Dans ma bouche se balancent,
mon os,
les paroles, doux phonèmes,
les anciens et les miens,
les sons utérins
qui poussent la clé du sens
dans le signe rigide
qui s´ est perdu, âme verte,
dans une mer de sait-tout et de soldats
pleurant pour leur pain ensanglanté,
Facta est! Est
c´est le même être
qui vivait dans la beauté,
sans Dieu, mais heureux ...
Et puis la langue paysanne ...
se développant parmi les barbares
qui ignorent
le plaisir que les dames

27
prenaient dans les villas romaines,
rosae alba; dans le fief, le château,
la légende de la croix réconfortée
par tant de canaille agenouillée
pour faire un couplet à la paysanne …
et ils jouent dans les bouches,
ils buvaient la salive de leurs gencives
comme des oiseaux
et ces pneumas
sautent de la molaire à la langue
avec ses trilles, découverte
du monde, soleil de l'homme.
Et la langue moderne!
La figure du langage élevé,
geste dans l'air la voix fatiguée,
l’empire de Dieu tombe
et la langue impériale sombre
sur les côtes de l'Amérique

28
et enseigne aux Indiens
le "miracle" de l'esclavage.

(L'empire étend ses tentacules,
c'est une pieuvre qui noie
tout ce qu'elle touche.
Des années passent,
des siècles de servitude passent,
la langue s’affranchit,
les héros naissent,
les saints meurent,
les provinces de l'empire
se confessent le jour
et ils font l'amour la nuit.
Les Indiens et les Noirs
donnent au castillan
son flux sensuel
et doux, son rythme américain.

29
La liberté vient et les provinces
de l'empire se battent
dans les champs d'Amérique
et ils s´arrachent leurs chaînes.)

Travail travail travail!
Production, les champs sont aveugles,
mais regardez cette machine
comment elle respire,
comment elle rugit,
soufflant de la vapeur,
toute la puissance
qui ravive son énergie!
Quel langage
de technique et de silence,
quelle merveille que la vie dégage
de la canine à la molaire,
les mots portent l'histoire!

30
Ces mots ne se suicident pas,
ils sont fait de sueur et de sang,
de roues et de lances,
d'épées et de moulins à vent ;
ils transportent l'atome invisible
avec son explosion de vie;
ces mots ont grandi,
continuent à grandir,
ils portent en eux
l'émotion mesurée
des hommes et les hommes,
la lumière des objets, des couleurs
et des objets.
Oh miracle de synthèse
dans ces ondulations
douces et transparentes…!

Une bouffée d'air tiède

31
vient du plus profond
de l'intérieur, les cordes
des guitares vocales vibrent
et les mots sortent, formes
exactes et répétées, contenant
l'histoire de la vie, l'histoire
des hommes et des hommes,
chaque homme,
chaque fleur,
chaque rêve,
chaque blessure.



Un torse classique

Le piédestal tourne

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et le torse en marbre blanc
nous envoie
son message de beauté.
Ce torse tronqué
c´ est presque l'auteur
de notre amour pour la vie:
il nous enseigne
à découvrir le soi,
à lire dans la proportion
l’harmonie
qui est un jeu,
à comprendre la dynamique
comme une mélodie.
La matière ne s'arrête jamais
- il nous enseigne –
l'idée génère
le rêve ou vice versa,
le sommeil crée de la magie

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et rend possible le mythe.
Le mythe (oh bonheur) rendre l'homme
à nouveau fils de ses passions,
avec queue de cochon,
mordant la tripe de son nombril
et suçant l'escargot de sa mère.
Le mythe
ce n'est pas une fumée
derrière le temps:
l'histoire parle à l'unisson
avec toutes les voix.
Devant ce torse en marbre blanc
je sens que nous avons
tous été faits ensemble
d’ une seule fois pour toujours
dans le système
du mouvement éternel.
La perfection de la forme

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qui chérit le diamant,
caresse la lumière,
mord la musique.
Tout cela dans l'histoire,
moule parfait des générations.
L’Homme fait l’homme
que par instinct,
qui a appris à interpréter
le rêve pour créer le soi
transsubstantié,
de seconde en seconde,
décrit dans l´ amour,
cette autre sculpture,
cette autre langue que nous parlons
et avance comme un fleuve.
Au début, nous étions un,
lumière informe
au milieu de l'ombre,

35
univoque le son blanc,
l'orbite parfaite.
Éclats brisés du même aérolite,
l'homme et la femme
se sont blottis ensemble,
l'ovule tourne
et en un instant
l'identité dissoute
rêvé d'une nouvelle identité,
le jeu sensuel et crépitant du langage,
la proportion entre les parties,
la beauté,
la pensée abstraite.




Le théâtre de la folie

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Sur les cônes célestes
une lumière sans musique vacille,
les volumes projettent
des ombres bleuâtres,
plusieurs plans inclinés
sont insérés dans les cônes.
Un homme marche
dans l'un des plans,
on le voit par derrière,
découpé sur un fond sombre.
L'encre de la mort grandit
et l'homme perd, petit à petit,
son contour et sa forme.
Une femme va le chercher,
elle voit comment
la tache dévore
progressivement l'homme,

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elle embrasse
ses seins et son ventre,
elle rit
avec voix et cri entremêlés.

La femme mâche des rasoirs
et ses seins grandissent et grandissent,
ce sont deux serpents mous inutiles,
ils leur poussent des feuilles vertes.
Elle pleure et le mascara glisse
de ses paupières et de ses joues.
La plante grimpante de ses seins
se colle à son corps.
Je tire le rideau du théâtre imaginaire,
derrière tout ce spectacle
je soupçonne un grand vide.
Un manteau de lumière,
s´infiltrant comme l'eau

38
de corpuscules vibrants qui picotent,
couvre la fenêtre de la grande salle;
maintenant, à l'intérieur de ma maison
et seulement à l'intérieur
le soleil se couche.
Je sors de la maison
dans la forêt qui l'entoure,
j'entends des bois
taper sur des cordes
et des échos intemporels
qui connaissent
un cercle sans centre
qui est la perfection sacrée ;
les rayons de lumière
sont droits et sans nuit,
sans mort.
Comment je peux m´expliquer
cet homme imaginaire

39
qui disparaît
dans une tache d'encre,
et cette femme fantastique
lentement dévorée par sa passion,
masque d'argile molle se décolorant,
tandis que le liseron-serpent
de ses seins grandit
dans le théâtre
de la maison de rêve,
qui est peut-être déjà inhabitable
pour l'Amour,
pendant que moi, dehors,
dans ce cauchemar de lumière,
je perds totalement
la notion du temps et de l'espace,
et jusqu´à mon moi innocent ?

40

Mon bureau

Mon bureau s'est soudainement
épanoui:
bourgeons sur les veines claires
de son corps habité par des papiers
et des souvenirs d'âmes blanches;
murmures d'eau dans ses tiroirs
où mes mains enferment
des répliques de mains;
réveil d´invisibles
consciences oubliées qui jouent
au jeu de l´identité du signe
qui correspond simultanément
à la Parole, au rayon de lumière,
à la mélodie de cinq notes
dans l'œil géométrique,

41
lié à la perfection du désir
et a la pensée sans récepteur
qui parle avec un geste vide.
Mon bureau navigue
secrètement en arrière
à l'abondance, à la naissance
pleine de souhaits satisfaits
qui défient la folie
(oh, la peur de la folie
comme ça, avec toutes ses lettres,
et à l'eau bleue qui coule
et lave l'âme échouée à l'intérieur,
instinct noir).
Dans le corps de mon bureau
et dans ses tiroirs
il y a aussi des papiers morts
d'enfants que ne sont pas né
et ils attendent pour toujours

42
dans l´ obscurité,
pensées et eau
et poisson dans l'eau
vagues transformées
en soie de sons
qui parlent la douce langue
du fleuve
qui vient de l'oubli
pour m´ apporter
son miel enchaîné.



Les voix et le silence



I

43
Ma voix nourrie
de cris d'animaux noirs
qui s´échappent
nuit nuit nuit
la musique de violon
coupe le son
en bandes bandes bandes
qui tombent sur le côté de la ligne.
Ma voix, comme je disais,
alimentée par des cries
d´animaux noirs
qui grandissent autour d´une forme
et les cris la couvrent de noir
et cette essence gonflée de mort
s'habille avec des mots
qui sont sont sont
dit un clown sur un piédestal
en sortant la langue

44
enflammée et germée,
instrument de charlatan
pour des messages
dénués de sens
(Je sais que la parole
ne vaut rien
et que je mourrai un jour
en inhalant le parfum
de gouttelettes d'eau
voyageant dans l'air
de saison en saison
avec leur message
de fraîcheur et de printemps ;
malgré ça l'espace
est plein d'ombres étranges,
et mon rêve révèle des signes,
souhaits, paroles, peur ... en tout ...).

45
II

En jeu rapide les voix mêlées
dessinent dans l'air
un confinement sans murs.
Elles se touchent comme des lèvres.
Dans cet espace étrange,
fenêtre palpitante,
impactent des astérisques,
des fragments d'air écrit.
Les syllabes détachées
se sont brisées en accords.
D'autres voix
créent des merveilles sémantiques,
ou des formes libres
de points et d'espaces.
Le son est vivant. Mais
l'eau de l´origine

46
bientôt coupe l'écho de la voix;
le rythme est déformé
et le silence se fond dans la noyade.

III

C'est une question de langage
exilé dans sa LETTRE,
désespéré dans sa peur,
un peu d'eau sans reflet,
miroir mort
dans son épaisseur noire
où le Corps glisse
pour ne pas imaginer
les tournures et les secousses
et le rythme sourd et le creux
Hurlement Ouvert.
Quel jour

47
si le soleil se levait
dans la chambre
et le mur se couchait
à l'horizon,
si le rideau de lettres tombait
fermant les interstices
mécaniques
du discours perturbé!

IV

En moi, le langage historique,
qui traverse le temps
chevauchant
les signes de son tout,
prévient les noms
avec des adjectifs illusoires
et permet un ordre pronominal

48
compulsif et stérile.
Mon cœur est prêt
dans l'horloge de l'ombre.
Les jours sont les tropes
de ma subsistance.
Je marche, ombre dans l'ombre,
enfermé dans ce visage haineux
avec son masque de dieu ancien.



L´identité et les miroirs

I

La dernière fois que je me suis vu,
quand l'âme de la lumière

49
se développait autour de moi
et à mes pieds glissait
une eau sanglante ;
mon reflet la dernière fois
que je me suis vu
dans un miroir brisé.
Je pouvais cruellement m´éclater
et terminer là
le jeu labyrinthique du temps.
Tout le reste serait cercle,
geste parfait enveloppé de passion.
J'ai été empêché par l'homme que je suis
et ceux que j'étais,
et les hommes qui attendent près de moi
avec un geste nu en face de la mort.
Et aussi l'autre que je ne serai pas, car ...
où vais-je chercher plus tard
la béatitude du non-chant?

50

II

L'identité malade se balance
sur le crémaillère du suicide-voie ;
espace, pont, saut ...
La destruction est à l´affut
derrière mes autres visages
qui ont besoin de moi
pour prendre ma place.
Quand je grandis vers le bas
les racines font un effort
mais elles n´arrivent pas
à me soutenir…

III

Si nous nous rencontrons

51
dans le même miroir
et ouvrons la porte et la porte,
en étant toujours nous,
chacun avec la somme,
la somme avec le tout,
nous gagnerions l'eau
qui a grandi sous la terre,
nous nous réveillerions
avec des poussées
de lumière nouvelle
dans nos yeux.
Si nous ouvrons les portes
de l´un et de l´un et de l´un
et nous entrons et entrons
sans perdre une seconde
on trouverait la dissolution
où est l'amour.

52
IV

Dans le miroir s´est caché
un autre homme
qui me cherche
sur la surface mouillée,
mon identité semi-liquide
laisse les ombres descendre
dans mes veines
et se planquer dans les espaces
où la conscience raisonne faussement
les mots détournés de leur cours.
La fleur vivante
de l'inconscient menacé
ressuscite dans le rêve ce qui était
avant d'être un nom,
quand il n'y avait pas de mots,
pas de douleur,

53
pas de solitude dans le monde,
pas de reconnaissance de la mère,
pas de différence,
et tout était présence sensible,
similitude sans pronoms.
Clartés anciennes,
scintillements isolés,
illuminent maintenant ces moments
qui étaient à jamais scellés
avec tous mes secrets,
et sans lesquels
je ne suis qu'une substance
de la logique,
témoin douloureux
du torrent de l'amour interrompu.


54

L'abject

Je ne suis pas un animal malade
qui dérange ses désirs fragiles;
dans le plaisir habite l'harmonie perdue;
les miroirs vivent habités…
Dans la surface baignée
n'y a pas d'absence,
je suis là, fragmenté, semi-liquide ...
Mon avenir a été enfermé dans le
présent,
je me perds dans l'eau du rêve,
représentation, masques, équivalences,
chaque vérité est une fausse analogie,
inepte les moyens de la connaissance.
L'horizon accumulé se développe ou
l'inconscient s´affirme héroïque,

55
langue royale, lumière et obscurité ...


1981


Traduit par Michel Napolitano avec
l´auteur




Autres poèmes


56
Le bar des vielles vedettes

Dans ce bar du centre
où je viens me cacher
arrivent, au soir,
les vielles vedettes.
Elles travaillent près d´ici,
dans un théâtre mal famé.
Une fois, curieux,
je suis allé les voir jouer.
Elles étaient radieuses,
sur la scène, vêtues
de paillettes et plumes.
Leurs chairs débordaient
de leurs costumes.
Le public, moqueur,
se riait de leurs corps déformés.
Elles, déesses hystériques,

57
souffraient les humiliations
et regardaient avec mépris
le parterre
d’adolescents imberbes
et d´hommes seuls.
Elles ne renonçaient à rien.
Elles s´ accrochaient à leur corps,
avant glorieux
et continuaient en représentant
leur rôle invraisemblable.
Elles dansèrent, chantèrent,
montrèrent leur cul,
et exposèrent leurs mamelles flasques.
Après le show elles rentrèrent au bar,
cette étrange école des condamnés.
Ici les vedettes qui une fois ont tout eu:
amour, beauté, argent,
restèrent sans défense, buvant leur verre

58
hors de la scène et des lumières.
Ces pauvres femmes, m’ont fait penser
à la poésie démunie de notre temps.
Aux poètes grotesques
qui chantent et célèbrent
la laideur du monde
avec une expression grossière,
et ils sont la risée de beaucoup.
Ils n’ont pas honte de s´exhiber.
Autrefois ils rêvèrent
d’un monde parfait, lyrique, élevé,
sans limitations.
Mais le temps a passé
et la parole illuminée
n’est jamais arrivée.
Maintenant ils rendent un culte à la vie
et ils se repentent
de leurs rêves réactionnaires.

59
Aussi j’ai pensé aux autres, ces ennemis
qui, à la différence des vielles cocottes,
ne savent pas vivre dans la cruelle réalité
et qui se réfugient dans un paradis
imaginé.
Les poètes bourgeois,
qui chantent l´ amour salvateur
et les sentiments nobles en vers élevés.
Ceux qui ignorent l’enfer,
qui ne connaissent pas la chute
et ne sentent pas de compassion
pour la fragilité humaine.
L´ esprit, finalement, je me suis dit,
serait ce qui nous guide
dans ce désert, seuls face au doute.
L´esprit poétique, cette aura
immatérielle
qui voyage dans le temps,

60
et arrive dans la langue et nous élève,
et c´est l´esprit saint.
J´ ai regardé autour de moi,
élevé mon verre et trinqué aux vedettes.
Elles m’ont rendu la politesse.
Après nous sommes restés à boire en
silence.
La discipline de l’alcool, m’a aidé à me
replier sur moi-même.
Je me souvins d´un rêve récurrent que
j´ai
où je me plonge au plus profond
et j´émerge dans un miroir.
Là, désespéré, je me regarde
et m´arrache par morceaux
la peau du visage.
C´ était seulement un masque,
je découvre, et derrière

61
j´en trouve un autre et un autre…
Nous vivons en échappant à nous mêmes
et peu à peu, sans le savoir,
nous approchons ce que nous sommes.
Nous bûmes la dernière tournée
d´alcool suicide.
Le bar ferma et nous sortîmes dans la
rue,
déjà baptisés.
L´obscurité nous accueillit,
dans son anonymat généreux.
Nous nous séparâmes sans dire adieu.
Seuls dans notre loi
les incorrigibles. Héros aussi
de la solitude et de l´échec.
Déjà le monde me heurtait moins
et étaient prêtes à s´ouvrir pour moi
les portes du songe et de l´oubli.

62




La Sybille


Au coin de la rue habite une indigente.
La pauvre est déséquilibrée.
Renfermée sur elle-même,
elle parle seule.
On dirait qu’elle
a un peu plus de trente ans.
Nous les voisins,
passons à ses côtés sans rien dire.

Arrivée au quartier il y a un an,

63
elle a tendu ses couvertures sur le
trottoir,
près d’un égout.
Cet endroit est sa demeure.
Là, elle mange, dort et passe ses
journées.

C’est une femme moderne:
elle a une radio et une calculatrice
cassées.
Elle tourne ou presse les boutons et leur
parle.
Peut-être qu’ils la comprennent et lui
répondent des choses.

Nous l’avons acceptée
comme une partie de notre quotidien.
Les enfants la regardent avec curiosité.

64
Elle vit dans son propre monde.

Sale, couverte de vieux manteaux, en
hiver
et en été, elle dort avec un vieux chien
qui est devenu son ami;
il est le seul être qui lui donne
sa chaleur, son affection.
Chaque midi elle donne à manger aux
pigeons
les restes des restes qu’elle reçoit.

Elle ne nous prête pas attention,
ignore tout ce qui se passe autour d’elle.
« Elle a perdu la raison »,
nous nous disons,
mais nous ne savons pas bien
ce qu’est la raison.

65

On dirait qu’elle entend des voix.
Qui peut savoir ce qu’elles lui disent.
Je la vois comme une Sybille
qui reçoit des messages de l’au- delà.

Les voisins essayons de ne pas trop
l’approcher.
Elle sent mauvais et elle a surement des
poux.
Ils ne veulent pas se contaminer.
Qu’est-ce qui arriverait si nous
traversions,
avec elle, le mur invisible
et si nous passions de cet autre côté,
inconnu ?

Nous en profitons pour faire notre

66
catharsis.
Nous nous servons de cette femme sale
pour nous nettoyer
et purger notre peur de l’abandon et du
fracas.

Oh indigente, oh innocente Sybille,
pardonne nos dettes !
Nous sommes une partie de ta misère !

C’est peut-être une preuve
que dieu nous envoie
et nous sommes les observés.
Dans ce labyrinthe sans sortie
je garde un certain espoir de
résurrection.

Elle parait habiter

67
dans un rêve récurrent.
Je crois que les voix qu’elle écoute
sont les mêmes qui parlent aux poètes.

Il y a en elle une certaine beauté
tragique.
Sa vie ressemble à une métaphore
du purgatoire ou de l’enfer.

Dans son destin je vois réfléchi
le destin fatal de beaucoup d’artistes;
face à la réalité, impotents,
prisonniers de leurs rêves.

Je sens qu’elle exprime quelque chose
qui va au-delà de ce que nous voyons.
Son silence est une énigme
pleine de questions.

68

Oh innocente Sybille !
Accorde-moi un souhait !
Fais disparaitre la distance
entre dieu et nous.

Regarde-moi dans les yeux pour une fois.
Prends mes deux mains.
Confie-moi les secrets de tes voix
et dis-moi, si tu peux, qui nous sommes.

Les suicidés

I

69
Nous habitions dans le pays de la vie.
La poésie était notre refuge.
Nous cherchions la jouissance
mutuelle avec désespoir.
Nous étions cruels et puis avions honte
de nos jeux d’amants terribles.

Il ne s’agissait pas seulement
d’être heureux
mais de risquer et de se perdre
et de jouir intensément dans la chute.
Nous soumettions nos sens
à des situations extrêmes,
et descendions, fiévreux,
dans l’intensité de l’orgasme.

Nous tissions notre guirlande de secrets.
Emportés par l’alcool et l’extase

70
nous voyagions
vers des paradis imaginaires.

Nous désirions être déjà
dans cet autre monde
pareil à notre poème
où nous créions des images
exaltées et atroces,
métaphores douloureuses de l’amour.

Nous regrettions notre exil,
nous ressentions de la peur
et même de la terreur.
Nous nous regardions
dans le cristal de nos rêves
pour voir si nous découvrions
le secret de la folie.

71
Nous allions marcher dans la ville
emmenés par l’anxiété et l’angoisse.
Nous jouions avec l’idée d’une fin.
Nous imaginions
de belles formes du suicide.

Quelle manière de mourir
était la plus pathétique?
Allions-nous choisir le poison,
comme Romeo et Juliette?
Ou une balle dans une chambre d’hôtel
comme Enrique et Delmira Agustini?

Nous connaissions le vertige, la rapidité
qui remue notre temps.
Nous rêvions d'une avalanche d’amour
et de la libération des sens.
Nous croyions à la mort violente

72
qui scelle avec du sang
le dernier pacte des amants.

Un jour nous nous sommes arrêtés
au passage à niveau
avec l’idée de nous jeter sous le train.
Nous avons juré
de couronner ainsi notre amour
en offrant les bois de la croix
au fer des clous.

Je me souviens encore du vertige
quand le train est passé
à quelques centimètres de nos corps
et nous nous sommes serrés
tremblants dans les bras
avec l’espoir que l’autre aurait le courage
de faire le dernier saut, ensemble.

73

Nous voulions échapper
au vide de l’existence
pour sauver l’amour et la jeunesse.
Nous défendions nos symboles :
le plaisir, le désir de l’autre et la poésie.
Nous cherchions l’éternité et le martyr.
Nous refusions de vivre sans héroïsme.

Je me souviens de ce jour
où nous étions nus dans ta chambre
près de la jouissance,
presque suffoqués par l’effort,
quand soudain, terrestre et ridicule,
la porte s’est ouverte et ta mère est
entrée.
Je me souviens de notre surprise
et de ta déclaration solennelle:

74
“Nous ne nous marierons pas.”

Comme nous avons ri
plus tard de tout ça,
bien sûr que nous
ne pouvions pas nous marier.

Nous voulions descendre la nuit
dans les tunnels souterrains
de Buenos Aires
et découvrir le plus monstrueux,
le plus abject.

Nous voulions tuer la médiocrité
qui détruit le sacré, qui hait dieu.

Nous voulions nous promener
dans les égouts de l’éternité

75
et voir déchus nos frères, les anges.
Nous savions que le haut et le bas
se joignent dans le cœur des amants.

Il n’y a pas d’amour ni de poésie
sans rituel.
Il faut allumer les autels du sacrifice.

Comment séparer l’amour,
du mal et de la mort ?
Comment renoncer à l’égoïsme,
qui sauve tout
et sans lequel la vie n’est pas possible ?

Perdus dans notre labyrinthe
nous essayions de lacérer
l’espace qui nous encerclait
et de l’ouvrir avec notre sexe.

76
Nous cherchions à soumettre la ville,
la posséder, la dégrader,
la corrompre et l’aimer.
Nous voulions un amour beau et terrible
qui nous ressemble.
Nous n’acceptions
ni falsifications ni copies.

Comment pouvions nous nous marier
et abandonner notre révolte,
notre amour pour la révolution
universelle ?
Nous cherchions à consacrer le monde,
et pas le reproduire. Nous cherchions
à être les seuls et les derniers,
et ne laisser dans le temps
personne qui nous ressemble.

77
Nous voulions être immortels
et briser le cycle de la vie et la mort.

Nous voulions que notre poème
soit le dernier
avant que la vie n’éclate dans l’éternité
et que nous nous incorporions au soleil
ou aux étoiles de la nuit.

Nous voulions imposer notre loi
et tous les défier.
Nous nous moquions de la société
consommatrice et vulgaire qui nous
encerclait.
Nous la jugions avec mépris
parce que nous nous croyions hors de ça.
Nous voulions nous élever à l’instant
le plus sublime de la poésie

78
et nous confondre
avec les symboles de la totalité désirée.

Nous étions les rebelles, les amants,
et n’avions peur de rien.

Ça a été le moment le plus proche
de l’immortalité que nous avons connu.
Je me souviens d’une nuit
où nous nous sommes piqués
avec de l’acide
et nous avons prié
notre folie d’amour aux étoiles.
Je me souviens de ton rêve,
où tu chevauchais dans un fleuve
qui descendait dans l’abime,
t’emportait au plus sacré de l’orgasme
et te jetait dans une pluie d’étoiles

79
au petit matin.

Nous rêvions d’être morts
et contempler l’univers
depuis le paradis
immortel des amants.

Nous voulions que la vie
se confonde avec notre jouissance
et être cruels comme elle est cruelle.
Nous écoutions les moqueries
et la condamnation des autres
et ça nous plaisait. Ils nous blessaient
avec leur méchanceté.
Qui pouvait nous comprendre ?
Qui pouvait sauter
dans l’abime de la poésie?

80
Secrètement nous savions
que nous marchions sans défense
dans un labyrinthe
duquel nous ne pouvions pas échapper.
Seuls les illusions des métaphores
et les symboles
qui transcendent les limites du corps
pouvaient nous donner
une sensation d’éternité.

II

Le temps mortel est passé
et de tous ces sublimes moments
d'amour
seuls les souvenirs sont restés.
Ce qui a disparu est la réalité de la vie,
le corps, la solidité de la langue.

81

Alors je garde ce manque,
cette grande absence
qui grandit de jour en jour
et c'est l'absence d'amour
et l’absence de poésie.

Je sens que les images ne transportent
plus
et nous ne pouvons pas, comme avant,
trouver de nouvelles sensations
dans cette merveilleuse chute
dans lequel notre amour nous plongeait.

Si un jour, par hasard, nous nous
retrouvions,
combien il serait difficile de mettre en
mots

82
la prose de nos vies,
quelle poésie différente nous écririons
face à la réalité des choses.

Comme l’évidence nous frapperait au
visage.
Que pourrions-nous dire de ces gestes,
de ce parfum,
comment pourrions-nous courtiser la
fin.

Où sont passés l'au-delà et l'éternité.
L'idée de Dieu et l'image de l’amour
sont devenus si différentes pour nous.

Il n'y a personne pour nous sauver.
Nous sommes tombés indéfiniment
et nous avons perdu

83
ce que nous aimions le plus dans la vie.

Ce grand poème
c'était un poème d'amour
écrit dans le paradis des amants.

Rien que nous pourrions sauver
au-delà de la mémoire et des mots.
N’ayant pas su mourir à temps
nous sommes condamnés à mourir seuls.

Nous n'avons pas compris l'immortalité.
Comme nous étions près d'être des
dieux.

Comme notre poème n’était pas loin
d’être la somme et la fin de la poésie.

84
Je ne sais pas si ce que nous
recherchions
avec notre sacrifice
était de sauver l'amour ou sauver la
poésie.
Dans notre mémoire, ils sont
inséparables.

III

Oh mon Dieu, permettez,
au moins comme un jeu,
que notre histoire se répète !
Permettez que la littérature
habille de sang
l'espace bleu de nos espoirs !
Faites un miracle.
Redonnez-nous l'occasion

85
de mourir d'amour
et vivre à jamais !
Laissez-nous visiter le paradis
où les amoureux
rêvent la poésie et l'amour ensemble.
La nôtre était une poésie de la vie.

Ecoute, mon amie,
si Dieu y consentait,
dans notre morne vieillesse
nous nous retrouverions un jour,
et serions de nouveau
jeunes et amoureux !
Nous retrouverions l’extase
ressentie quand nous étions ensemble !
Tu te rappelles ? L'amour peut,
comme la métaphore,
associer des êtres

86
dans une nouvelle unité.

Nous savons que la vie
est prête à tout emporter
et l'amour à nous donner
la vie éternelle.
Dans notre existence condamnée
on tourne la page du livre.

Comme dans les histoires
merveilleuses
le temps s'est arrêté.
Notre aventure se répète.
Les lumières de l’art la renouvellent.
Nous attendons encore,
comme cette fois,
à côté de la barrière, le train de la mort.

87
Nous rêvons qu'il arrive
avec la force d'un torrent.
Nous sentons que cela
va unir notre matière au divin.
Sa fureur sublime nous arrache du sol
et nous propulse dans le vide.
Enlacés, nous nous élevons
dans l’espace sidéral.

Le train doré se lève, comme un symbole,
avec nous, vers le soleil.
La machine brillante vole
vertigineusement.
Nous nous regardons
dans le miroir des choses magiques
qui sont autour de nous
et nous transmettent leur beauté.
Nous nous savons jeunes pour toujours.

88

Le train arrive
au paradis des amants suicidaires.
Ceux qui ont cherché, avant nous,
dans la mort, l'éternité de l'amour,
nous attendent.

Leurs beaux corps, suspendus,
entre les nuages, flottent,
délicates sculptures de formes pleines.
Comme dans les images sacrées,
nous voyons,
dans la partie supérieure de la scène,
Dieu entouré d'anges.

Nous nous allongeons
dans la prairie de nuages
à côté des autres amoureux

89
et nous tendons nos mains vers Dieu
jusqu’à toucher, sensuels,
du bout des doigts les anges.

Un rayon de lumière divine nous
traverse.

Nous avons gagné notre place au
paradis.
Nous demeurons enlacés
sous le regard rédempteur de Dieu le
père.

Des nuages aux formes capricieuses
nous survolent, célestes et roses.
Les chérubins y sont perchés
et nous lancent leurs flèches magiques.

90
Flotte devant nous, comme un petit
bateau,
l'urne en ivoire de notre alliance.
Rien ne peut nous séparer.

Dans notre rêve rédempteur
Dieu nous a pardonné.
Il a sauvé notre amour
et nous ne devrons jamais
faire face à la vieillesse,
à la douleur et à la mort.

Baignés d'éternité, dans l'espace
nous marchons, jeunes d'amour,
anges pour toujours.

Imaginez que, comme
dans une histoire merveilleuse,

91
ceci est vraiment arrivé
et nous sommes ses personnages.

Ayez de la compassion, Seigneur,
pour ces amants repentis
d'avoir vécu une longue vie séparés.

La nostalgie du péché
a tourmenté mon âme.
Il aurait été préférable
de mourir ensemble.
L'éternité était à notre porte.

Le paradis est un terrain fertile pour
ceux
qui meurent d'amour
et apportent leur petit poème à Dieu.
Laurier que le pigeon

92
ne pouvait pas porter dans son bec
et qu’ils transportent
dans leur esprit transparent.

Saint, saint, est le Seigneur,
roi des cieux et de la terre,
puisse son nom
être loué pour toujours.

Épilogue

Cher lecteur,
notre voyage est terminé.
Pèlerins nous sommes
d'un monde transitoire.

Dis-moi, s’il te plait,
nous garderas-tu en mémoire?

93
Embrasse et protège nos ombres.
Nous restons avec toi
ensemble dans l’amour
et dans l'horreur de la littérature.



Le poète maudit

I

Halluciné je remonte Florida,
fils de l´acide et du poison.

L'acide s'appelle la poésie,
le poison c'est la vie.

94
Toute la poésie rentre dans un poème.

Je traverse une avenue de fleurs,
la poésie m'éclaire.
Les fleurs de chair ont besoin de chair
parce qu'elles ont faim de vie.

Fruit de cette chair je suis
et de sa chair je me nourris,
sur cette île de la faim
où nous dévorons
et nous sommes dévorés.

Dans cette jungle de frères
nous avons faim.

Horreur de la faim.

95
Toute la poésie rentre dans un poème.

II

Dieu viendra nous chercher un jour
et nous donnera des morceaux
de sa propre chair.

Nous mangerons tous ensemble
le fils de l'homme
et ensuite nous boirons son sang.

Sa chair, fruit nécessaire,
et son sang, vin nouveau.

Toute la poésie rentre dans un poème.

III

96

Oh ville, ma ville,
aie pitié de tes orphelins.

Tout passe par notre bouche
et notre estomac
et s’en va à l’égout du monde.

Misère de la chair.

Dans notre vie criminelle
qui se souvient de l'amour
sinon pour dévorer les baisers.

Nous sommes en vie contre les autres
et toute la poésie rentre dans un poème.

Par ici, on n’arrive pas au paradis

97
c´est une avenue de l'enfer.



Les pauvres

Les pauvres nous inquiètent
parce qu'en eux
plus pauvres ou plus riches
nous nous reconnaissons

Pauvre est la condition
d’être un et d’être en vie

Lestés du moi
nous souffrons en silence

98
L'éternité nous manque
l’oubli nous fait peur

Ce moi insuffisant
languit et s’en plaint

La mémoire du temps
se perd dans nos rêves

Nous nous croyons différents
et nous ne sommes qu’un

Celui qui a rêvé
un sujet sans nom,
qui était lui
et tout le monde,
a deviné le destin

99
Sans résoudre le doute
le temps nous accable

Est-ce que le Néant nous attend
au bout de la route?



Les maudits

I

Je vis plongé dans la riche et séductrice
baroque décadence qui m’enlace ;
prisonnier du temps, comme tous,
je profite comme je peux
de ce qui m’est donné.

100
Bénéficiaires nous sommes et débiteurs
de cette pluie généreuse d'étoiles.

De ma ferme terre je suis le fruit.
Comment ne pas la remercier,
mon agonisante et belle patrie
bien-aimée, si ma muse d’or
est la fille de son don exquis.
Parce que ma terre est poète.

Vous et moi partageons la même
culture malade. Nous tente,
avec ses promesses, l’espoir infernal.
Tirez, si vous le pouvez, mes amis,
vos conclusions. Les choses
vont si bien que nous ne dormons pas.

Écoutez mon chant charnel et intéressé,

101
anti-chant aussi, métissé de voix
diverses,
fils de la rue, qui se réfugie où il peut :
je viens du peuple
et l’homme vit de pain.
De ce coté, nous, les déchus, combattons.
Bien que je ne demande pas beaucoup,
du plaisir, il en faut.

Une aventure picaresque
m'attend ce soir
(c’est ainsi que nous vénérons l'amour,
nous, le peuple).
Je vais me glisser dans un lit de mousse
avec la femme que je désire le plus,
le corps bien armé et positif.
Je demanderai de l'aide
à mon âme pervertie :

102
mon art poétique a besoin de frénésie.

Je nagerai lentement
sur ses courbes dorées
en buvant ses doux parfums pénétrants ;
je chevaucherai, agile,
entre ses jambes divines
cherchant dans sa jouissance
mon centre;
je parcourrai, tour en feu,
avec passion, son corps,
temple profane des amours interdits;
je descendrai dans son nid abrité
qui, chaud et assoiffé,
cherche mes baisers;
possessif, je caresserai
ses cuisses impétueuses
avec un obscène, voluptueux délice;

103
je vénérerai ses fesses sculptées
de vampiresse
et élèverai une ode sublime à son cul,
soleil de notre drapeau. L'Argentine
vivra dans son corps
sculpté et magnifique.
Le savoir faire de ma déesse,
sera un excellent exemple
de la perfection sensuelle
de notre peuple.

Plus tard, moi, poète,
je reposerai ma tête céleste
hallucinée sur ses doux seins blancs
d'Hétaire. Enlacé, satisfait,
à son être fatigué,
je la payerai richement
pour tant de plaisir reçu.

104
Et je lui offrirai, reconnaissant,
pour qu’elle s’y contemple
et se souvienne de moi
un délicieux bouquet de rimes
décadentes.

Je ne suis pas et je ne serai jamais
le centre présomptueux.
Satellite de l'orbe féminin,
je m’y consacre,
amoureux de sa lumière
et de son trou noir.
Je découvre, extasié, tant de beaux vers,
dans les plis irrévérencieux
de leurs corps tatoués. Elles me gâtent,
je n'arrête pas de boire
leurs flux stellaires.

105
II

Nous devons lutter pour notre art.
Nous n'habitons pas, nous le savons,
une époque sincère.
Nous héritons des rêves bannis
des vieux automnes délirants.
Nous vivons et tombons, héroïques,
pour nos passions.

Mon vers lyrique-antilyrique,
vulgaire et raffiné,
essaie d'être un dialogue agile et fervent
qui avance sans cesse; s’ouvre, généreux,
et enlace et bénit la matière impure.
Il cherche à vaincre l'ombre menaçante
de la voix creuse idéalisée,
qui, malicieusement, attend,

106
et dans un miroir, se regarde,
amoureuse d’elle,
et confond son écho avec le monde.

Je ne veux pas être un chanteur guindé
d'opérette lyrique,
faux génie d'airs mélodieux,
vain orateur de prétendue grandeur.
Je préfère me voir en autrui, déformé,
(cet autre sera mon cher compagnon),
et sentir que je suis un poète, grotesque,
enchaîné aux aléas du hasard,
artisan laborieux.

Nous sommes entourés
de fausses apparences.
Tout ce que j'ai dans la vie, je l'ai gagné.
Avec patience je modèle

107
mes désirs illustrés
qui, forts, s’élèvent, sculptures du temps,
et sont la source sonore
de mon chant baroque.

Je suis fier de mes œuvres cultivées.
Voici ma plume incisive, en plaqué or,
voyez comme elle brille.
Je l'ai achetée sur le marché.
Aiguille démocratique
de notre nouvelle époque.
Bienheureux 21ème siècle,
avec quelle impatience
nous, les maudits, t’attendions!
Ensemble
nous allons coudre tous les côtés.

J’habite dans le royaume

108
de la littérature,
mais tout n’est pas rose.
Nous le savons bien.
J'ai appris à lutter contre le lyrisme
parce que le chant
a besoin de son anti-chant
pour que la poésie vive en harmonie
(Darío me l’a enseigné. Tout ce
qu'il aimait, il l'a détruit par la suite,
fondant notre vraie poésie).

Je préfère l'amour plébéien
à l’hymen opulent :
chez le peuple se trouve
l’être véritable.
Je rends hommage seulement
au sexe pur, qui s'exprime
dans la fécondité charnelle des idées.

109
Pour ce que nous faisons,
Dieu nous reconnaît.
Mes travaux avec lui
communient et s'enlacent,
ils ont besoin
de sa générosité et de la vôtre.

III

Le but de notre monde n'est pas clair.
Nous doutons de tout, et à juste titre.
Libres, nous croyons être,
devant Erato et sa lyre.
Frères désespérés et agonisants
nous sommes,
prêts à naviguer sur tous les chaos.
Charles Baudelaire
est le gourou moderne,

110
avec lui nous avons appris
à entrer en enfer.

Notre malédiction
demande sa propre vérité.
Le chemin du moi est semé d'épines.

Angoissant est le retard des heures
qui nous parviennent, silencieuses,
des lendemains.

Sans labourer en mer,
nous n'aurons pas de destin.
Étant déjà des étoiles,
nous cherchons l'univers.

Que les métaphores s'ouvrent à l'infini.
Nous avons besoin de sentir

111
que nous sommes en vie.


2018

Traduit par Charlotte Coing avec le
auteur

Fragmentos hacia la
destrucción
112
del sujeto poético
La identidad y la locura




Las antesalas se confunden
con los espejos,
la máscara está debajo del rostro,
ya nadie sabe
cuál es el hombre verdadero
y cuáles sus ídolos.
Y nada de eso importa;
ese desorden es trivial y aceptable
como las invenciones del entresueño.

113
Jorge Luis Borges
"Los traductores de las 1001 Noches"







Prólogo-confesión

Las imágenes de los Sueños
se han cansado de esperarme
en un punto enemigo.
Esta historia de mi Yo
se agota con un vagido irreconocible.
Las tiranías de la Razón
quieren imponerse
sobre la Intuición

114
de los Deseos aplazados.
Desterrado de mis Instintos,
la Palabra está blanca y vacía
y siento asco de su pureza.
Pero la fuerza del Amor
me arrastra
a esta Comunicación desesperada:
es una Necesidad dulce
como el suave delirio de una borrachera
que se avergüenza de sí misma,
porque me hace falta el alcohol
o la Locura
para decir mi Verdad.
En esta crisis,
mi moral es la defensa última
ante el Futuro que me llama.
El Tiempo se agota y me afiebra
y veo desdoblados los instantes

115
en los espejos de la agonía,
donde el Enemigo triunfante
se arranca las Máscaras una a una.
Tengo la certidumbre
de que en el fondo no hay Tema:
el Tema, con el Significado
que lo acompaña,
se ha hecho imposible;
esta Confesión es el último refugio
antes de caer anulado por mi Fantasía,
agotado en mi Creación,
como una madre después de dar a luz
y ver que ha parido demonios.
La Lógica me desdibuja
en la trampa de su Verdad:
un hombre no puede ser su Identidad
más allá de su Sueño.
Es esa Identidad precisamente

116
la que nos enferma,
ese cambio obligado de Pronombres
lo que nos duele,
ese Deseo por Descifrar algo,
lo que esos Pronombres quieren Ser
en la Fantasía atormentada
de los que desesperan día a día
sin llegar a ser lo que son,
sin alcanzar ese Futuro
que se detiene en el Presente
y los condena a la cámara del Tiempo,
incapaces de hallar una salida,
porque toda esta Cultura se transforma
en un Laberinto laborioso de Palabras
donde lo único que deseamos es la
Muerte.

117
El cubo azul

Empujo con fuerza


el cubo azul de un sueño
Entro en él
Me incorporo
Aristas sensuales
Cristal íntimo
Veo mi reflejo
Estoy distinto
Soy lo que quisiera
Rey por un sueño
Se consuma el deseo
Satisfecho
Duermo
Sueño
sueño de sueño
Pongo la cabeza entre las rodillas

118
duermo en mi elemento
Nado por un agua seca
respiro burbujas de polvo
Voz. No. ¿Gesto? Apenas
Lentitud absorta
Estremecimiento
El cubo empieza a girar a una velocidad
inusitada

Sueño:
Estoy tomando mi desayuno en una casa
a la vera de un bosque
En el bosque hay un monstruo
Dicen las mujeres que van allí para perder
su pureza
Mi madre entra en el bosque
-¿Adónde vas madre?
-¡Has estado cien años soñando, hijo;

119
vamos, crece!
-No puedo
-Prisionero de un sueño
-De un sueño, del miedo, del deseo
Yo bebo el café del desayuno
me alimento de muerte
con las manos atadas
caballo preso
En la taza caminan cucarachas
que comen el pan del sueño
Pasa el tiempo, mis cabellos crecen,
la piel se aja
soy un viejo,
el viejo busca la inocencia
y bebe el mismo café amargo
una vez y otra
No puedo No pude No podré
Mi madre vuelve del bosque

120
llena de luz, tacto dorado
desnuda, me sorprende,
me reconoce, se avergüenza:
descubre que ha dado a luz
a un hombre que es su padre
Yo muero, el viejo muere,
mi cuerpo/su cuerpo se corrompe
mi madre se abraza a él
los gusanos de mi cuerpo
chupan la vida
de los miembros indefensos
impotentes, de mi madre,
que no se separa de mi cadáver
Ella extiende un brazo, lo deja inmóvil
y un tallo nace de su mano
Será difícil beber mi café
si el niño-hombre se despierta
nos tragamos la lengua y nos ahogamos

121
poco a poco
como la serpiente
que se devora a sí misma

Giran, giran las imágenes en el cubo azul
Alrededor, material de sueño
Luz de viento Polvo ventral fertilizado
Despierto
Salgo del cubo del espacio quieto
Soy el otro El que soy
El que no quiero
El que busco se ha ido con mi sueño
Soñar mi mismo ser es imposible
¿Quién soy? Apenas Esa
la identidad del viento que se infla
en cualquier corazón dormido
Si no soy, ¿cómo muero?,
¿por qué envejezco?

122
Cuando el sueño que vive en mí
no me ama
me echa de su reino de espuma
y granadas fragantes abiertas
penetradas por una astilla de sol
parecida al hielo que me atraviesa
luz por clavos,
tan frágil, tan vano, tan fingido
pero…¿cómo puedo acusarlo
de mí mismo?
Mi destino me alcanza para no llegar
y quedarme a morir aquí, entre todos
prisionero de este laberinto,
rosa por fruto
¿Cuál será la espada?,
¿cuál la sangre de la balanza?,
¿para qué mi muerte?
Sombra, bulto, éste soy, desdibujado

123
me cubro avergonzado
la cara con mis manos
bebo un beso
¿Me hace falta un Infierno?,
¿un Paraíso?, ¿un Cielo?
Allí está el Cubo Azul
Viaje
Entro en él para cambiar de vida
luego vuelvo
Voy y vengo
Las palabras no llevan pero traen
Son limbos de pereza
Indican el camino equivocado
Construyen un mundo
que no es cierto
En él vivimos
y estamos engañados

124

Eterno retorno

I

Una mañana desperté
y el mundo no era el que había sido,
los pájaros ya no eran los pájaros,
el aire no era más el aire, ¿natural?,
¡quién diría!, ¿mágico?, tampoco.
La magia no adivina
la vida que alimenta a las espinas.

Una mañana
todo se estaba consumiendo
y empezando de nuevo.

125
La historia fue síntesis
y el pasado futuro,
Edipo se ató a su madre para siempre
y los hombres nunca dejarán
de amarse a sí mismos.
Escuchamos
el sonido final del Apocalipsis,
la palabra de todos los lenguajes,
mitad luz, mitad música inimitable
con ella se enterrará al mundo,
a Dios, al significado,
pero sépanlo todos:
el mundo nacerá de nuevo.

II

La historia nos agobia con sus citas
Y está presente en todos nuestros actos:

126
olvidemos las fechas,
el hombre es su producto.
Apoteótico el hombre
y sus signos matemáticos
sus figuras geométricas
sus sueños decimales.
Enorme en su maldición
este animal fantástico,
el hombre,
un sueño común
que recorre la historia,
un sueño transmitido
de generación en generación
como un canto,
como una música, un himno.

III

127
Difusa memoria colectiva
con la precisión del artesano de diamantes
que engarza los huesos del difunto
con alambres bendecidos y eternos,
¡se ha muerto Dios! pero está vivo,
absoluto el Uno, en el principio era el fin,
y el Hombre , cuerda sola, vibración
recorrida
por infinitas almas distintas pero una,
pertenecientes a la misma lucha de sonidos
por conquistar el aire
inflamado de luz
que avanza hacia la noche.

Entre el principio y el fin
ha habido un sueño de muerte,
guerra, locura, consumación, destino;
la pasión - enseñaban - se repite,

128
nace y termina siempre,
rebrota con la misma fuerza.
La pasión es la vida.
Un hombre quería
con su ejército de signos
contarse lo que había pasado
y los signos crecían y crecían,
el hombre moría sepultado.
Amanecía en pájaro ligero
capaz de disfrutar la luz, el aire puro,
de encontrar a Dios, el verbo único,
por simple fe de animal sincero.
Pensativo o fugaz, estaba en medio
la fatalidad del destino escrito:
debía encontrar su piedra de preguntas.
Así lo enseña el mito. El mito es infinito.
El mito es engendrado por la historia.
Explicados: sistemas metafísicos,

129
parábolas filosóficas.

Sin embargo en el principio era el verbo;
eso fuimos: un signo inteligente ante un
Universo inútil.
¿Qué le queda a la razón desolada?
el orden de la materia en el instinto,
la pasión de la fiebre,
el sueño que yo tuve que despertaba de un
sueño
y el mundo no era ni había sido ni sería,
nacía allí mismo y era claro:
simplemente un punto que no era un punto
sino el mundo,
la eternidad, la historia, todos los hombres;
ese punto era el infinito,
el origen del aire, el de la luz,
oxígeno inflamado, tiempo viajando

130
cargado de sonidos
como un secreto para generaciones
inhabitables
tal vez por el amor.
La memoria nos ata y nos desata
y la necesitamos como nos necesitamos,
hoy es ayer, mañana será hoy
y así un día Dios estará muerto
y yo habré crecido
y seré un hombre entre los hombres
y amar será bueno.





Historia de las palabras

131
En la boca se mecen, hueso mío,
las palabras, fonemas bondadosos,
los viejos y los míos,
los sonidos uterinos que manejan
la clave del sentido
en el signo acartonado que se pierde,
alma verde,
en un mar de leguleyos y soldados
clamando por su pan ensangrentado,
¡facta est!, est siendo el mismo ser
que habitaba en la hermosura,
sin Dios, pero riendo…
Y después la lengua campesina…
desarrollándose entre bárbaros
que ignoran el placer
de que gozaban las señoras
en las villas romanas, rosae alba;
en el feudo, el castillo, la leyenda

132
de la cruz consolada
por tanta canalla arrodillada
para facer una copla a la serrana…
y jugaban en las bocas,
se bebían como pájaros
la saliva de las encías
y saltaban esos pneumas
del molar a la lengua con sus trinos,
descubrimiento del mundo,
sol del hombre.
¡Y la lengua moderna!
La figura del lenguaje levantada,
gesto en el aire la voz cansada,
el imperio de Dios se está cayendo
y la lengua imperial
naufraga en las costas de América
y enseña a los Indios
el “milagro” de la esclavitud.

133

(El imperio extiende sus tentáculos,
es un pulpo que ahoga cuanto toca.
Pasan años, pasan siglos
de servidumbre, la lengua se redime,
nacen héroes, mueren santos,
las provincias del imperio
se confiesan de día
y hacen el amor por las noches.
Los indios y los negros
le dan al castellano
su fluencia sensual y dulce,
su ritmo americano.
Llega la libertad
y las provincias del imperio
se baten en los campos de América
y arrancan sus cadenas.)

134
¡Trabajo, trabajo, trabajo!
¡Producción,
están ciegos los campos,
pero mira esa máquina cómo respira,
cómo bufa, vapor bramando,
todo el poder que resucita su energía!

¡Qué lenguaje de técnica y silencio,
qué maravillas desprende la vida
del canino al molar,
llevan historia las palabras!
Estas palabras no se suicidan,
hechas de sudor y sangre,
de ruedas y de lanzas,
de espadas y molinos de viento
transportan el átomo invisible
con su explosión de vida;
estas palabras han crecido,

135
siguen creciendo,
llevando en ellas contenidas
la emoción de los hombres
y los hombres,
la luz de los objetos, los colores
y los objetos. ¡Oh milagro de síntesis
en estas suaves ondulaciones
transparente…!

Viene de muy adentro
una ráfaga de aire cálido,
vibran las cuerdas
de las guitarras vocales
y salen las palabras,
formas exactas, repetidas,
conteniendo la historia de la vida,
la historia de los hombres
y los hombres,

136
cada hombre,
cada flor,
cada sueño,
cada herida.

Un torso clásico

El pedestal gira
y el torso de mármol blanco
nos lanza su mensaje de belleza.
Este torso trunco
es autor de nuestro amor

137
por la vida casi:
nos enseña a descubrir el yo,
a leer en la proporción
la armonía que es un juego,
a entender lo dinámico
como una melodía.
La materia nunca se detiene
- nos enseña –
la idea genera el sueño o viceversa,
el sueño crea la magia
y hace posible el mito.
El mito (oh felicidad)
vuelve al hombre otra vez
hijo de sus pasiones,
con cola de cerdo,
mordiendo la tripa de su ombligo
y chupando el caracol de su madre.
El mito no es un humo detrás del tiempo:

138
la historia habla al unísono
con todas las voces.
Frente a este torso de mármol blanco
siento que fuimos hechos todos juntos
de una vez para siempre.
En el sistema
del movimiento eterno.
La perfección de la forma
que atesora el diamante,
acaricia la luz, muerde la música.
Todo esto en la historia,
molde perfecto de las generaciones.
Hombre hecho hombre
sólo por instinto
que aprendió a interpretar el sueño
para crear el yo transubstanciado,
segundo a segundo,
descripto en el amor,

139
esa otra escultura,
ese otro lenguaje que hablamos
y avanza como un río.
En el principio éramos uno solo,
luz sin forma en medio de la sombra,
unívoco el sonido blanco,
la órbita perfecta.
Astillas quebradas
de un mismo aerolito,
el hombre y la mujer se acurrucaron,
giró el óvulo
y en un instante
la identidad disuelta
soñó una nueva identidad,
el juego sensual
y crepitante del lenguaje,
la proporción entre las partes,
la belleza,

140
el pensamiento abstracto.



El teatro de la locura

Sobre los conos celestes
vacila una luz sin música,
los volúmenes proyectan
sombras azuladas,
varios planos inclinados
se insertan en los conos.
Un hombre camina
por uno de los planos,
está de espaldas,
recortado sobre un fondo oscuro.
La tinta de la muerte crece
y el hombre pierde, poco a poco,

141
su contorno y su forma.
Una mujer va a buscarlo,
ve como la mancha
devora paulatinamente al hombre,
se abraza los senos y su vientre
ríe con voz y llanto entremezclados.
La mujer mastica navajas
y sus senos crecen y crecen,
son dos serpientes blandas inútiles,
les nacen hojas verdes.
Llora y el rímel resbala
por sus párpados y sus mejillas.
La enredadera de sus pechos
se adhiere a su cuerpo.
Cierro el telón del teatro imaginario;
detrás de todo ese espectáculo
sospecho un gran vacío.
Un manto de luz

142
filtrándose como agua
de corpúsculos vibrantes
que hormiguean
cubre la ventana de la gran sala;
ahora, dentro de mi casa
y sólo en ella se pone el sol.
Salgo de la casa
en el bosque que la rodea
escucho maderas
golpeando contra cuerdas
y ecos atemporales
que conocen un círculo sin centro
que es la perfección sagrada;
los rayos de luz
son rectos y sin noche,
sin muerte.
¿Cómo explicarse
a ese hombre imaginario

143
que desaparece
en una mancha de tinta,
y a esa mujer fantástica
devorada lentamente por su pasión,
máscara de arcilla blanda decolorándose,
mientras la enredadera-serpiente
de sus pechos
crece en el teatro de la casa de sueño,
que es tal vez ya inhabitable
para el Amor,
mientras yo, aquí afuera,
en esta pesadilla de luz,
pierdo totalmente la conciencia
del tiempo y del espacio,
y hasta de mi inocente yo?


144
Mi escritorio

Mi escritorio ha florecido de repente:
brotes en las vetas claras de su cuerpo
tripulado por papeles
y recuerdos de almas blancas;
murmullos de agua en sus cajones
donde mis manos
encierran réplicas de manos;
despertar de invisibles
consciencias olvidadas
que juegan al juego
de la identidad del signo
que corresponde simultáneamente
a la Palabra, al rayo de luz,
a la melodía de cinco notas
en el ojo geométrico,
vinculado a la perfección del deseo

145
y al pensamiento sin receptor
que habla y es gesto vacío.
Mi escritorio secretamente
navega aguas atrás
a la abundancia,
al nacimiento
lleno de deseos satisfechos
que desafían a la locura
(oh, el miedo a la locura
así сon-todas-sus-letras,
y al agua azul que baja
y lava el alma
encallada adentro,
instinto negro).
En el cuerpo de mi escritorio,
y en sus cajones
hay también papeles muertos
de hijos que no nacieron

146
y aguardan para siempre
en la oscuridad,
pensamientos y agua
y peces en el agua
olas vueltas seda de sonidos
que hablan la lengua dulce del río
que viene del olvido
a traerme su miel encadenada.




Las voces y el silencio

I
Mi voz alimentada de gritos
de animales negros que escapan
noche noche noche

147
la música de violín
corta el sonido
en tiras tiras tiras
que caen hacia el costado
del renglón.
Mi voz decía alimentada
De gritos de animales negros
que crecen alrededor de una forma
y los gritos la arropan de negro
y esa esencia inflada de muerte
se viste con palabras que
son son son dice un payaso
subido a un pedestal,
sacando la lengua inflamada,
brotada, instrumento de charlatán
de mensajes sin significado
(yo sé que la palabra no vale nada
y que me moriré un día

148
aspirando el perfume
de las gotas de agua
que viajan por el aire
de estación en estación
con su mensaje de frescura
y primavera; sin embargo,
el espacio está poblado
de sombras extrañas,
y mi sueño pone signos,
deseos, palabras,
miedo...en todo...).

II

En rápido juego
las voces enlazadas
dibujan en el aire
un encierro sin muros.

149
Se tocan como labios.
En ese espacio extraño,
ventana palpitante,
impactan asteriscos,
fragmentos de aire escrito.
Las sílabas sueltas
se quiebran en rasguidos.
Otras voces crean
maravillas semánticas,
o formas libres
de puntos y de espacios.
El sonido es vivo.
Pero el agua del origen
pronto corta el eco de la voz;
se distorsiona el ritmo
y el silencio
se incorpora al ahogo.

III

150

Es una cuestión de lenguaje
exiliado en su LETRA,
desesperado en su miedo,
un poco de agua sin reflejo,
espejo muerto en su espesor negro
donde el Cuerpo resbala
para no imaginar
los giros y los tumbos
y el ritmo sordo y el hueco
Aullido Abierto.
¡Qué día
si el sol saliera en el cuarto
y se pusiera el muro
sobre el horizonte,
si cayera la cortina de las letras
cerrando los intersticios mecánicos
del habla desquiciada!

151
IV

En mí, el lenguaje histórico
atravesando el tiempo
montado en los signos de su todo,
amonesta los sustantivos
con adjetivos ilusorios
y permite un orden pronominal
compulsivo e infecundo.
Mi corazón está a punto
en el reloj de sombra.
Los días son los tropos
de mi sustento. Camino,
sombra dentro de la sombra,
encerrado en este rostro odioso
con su máscara de dios antiguo.

152

La identidad y los espejos

I

La última vez que me vi,
cuando crecía a mi alrededor
el alma de la luz
y a mis pies resbalaba
un agua ensangrentada;
el reflejo de mí la última vez que me vi
en un espejo quebrado.
Podía, cruelmente, hacerme astillas
y terminar allí
el juego laberíntico del tiempo.
Todo lo demás sería círculo,
ademán perfecto
envuelto en pasión.

153
Me lo impidieron el hombre que soy
y los que fui,
y los hombres que junto a mí esperan
con ademán desnudo ante la muerte.
Y también el otro que no seré,
porque... ¿dónde buscaré después
la beatitud del no-canto?

II

La identidad enferma
se tambalea en la cremallera
del suicidio-carril;
espacio, puente, salto...
La destrucción acecha
tras los otros rostros que soy yo
y me necesitan para ocupar mi lugar.
Cuando crezco hacia abajo
las raíces hacen fuerza

154
pero no me sostienen...

III

Si acaso nos encontráramos
en el mismo espejo
y abriéramos la puerta y la puerta,
siendo siempre nosotros,
el uno con la suma,
la suma con el todo,
ganaríamos el agua
crecida bajo la tierra,
amaneceríamos con brotes
de luz nueva en los ojos.
Si abriéramos las puertas
del uno y del uno y del uno
y entráramos y entráramos
sin perder un segundo

155
encontraríamos la disolución
donde está el amor.

IV

En el espejo
se ha escondido otro hombre
que me busca en la superficie mojada,
mi identidad semilíquida
deja a las sombras bajar por mis venas
y ocultarse en los espacios
donde la conciencia
falsamente razona
las palabras desviadas de su cauce.
La flor viva
del inconsciente amenazado
resucita en el sueño a ese que era
antes de ser un nombre,

156
cuando no había palabras,
ni dolor, ni soledad del mundo,
ni reconocimiento de la madre,
ni diferencia,
y todo era presencia sensitiva,
mismidad sin pronombres.
Claridades antiguas,
aisladas intermitencias,
iluminan ahora esos momentos
que estaban sellados para siempre
con todos mis secretos,
y sin los cuales sólo soy
substancia de la lógica,
testigo doloroso
del torrente de amor interrumpido.


157

El abyecto

No soy un animal enfermo


desquiciando mis frágiles deseos;
en el placer habita la armonía perdida;
los espejos viven habitados,
en la superficie bañada no hay ausencia,
allí estoy, fragmentado, semilíquido...
Mi futuro se ha encerrado en el presente,
me pierdo en el agua del sueño,
representación, máscaras, equivalencias,
cada verdad es una falsa analogía,
ineptos los medios de conocimiento.
Crece el horizonte acumulado
donde se afirma heroico
el inconsciente,
lengua regia, luz y oscuridad...

158






Otros poemas




El bar de las viejas vedettes

A este bar del centro donde vengo
a ocultarme, llegan, por la noche,
unas viejas vedettes. Trabajan aquí
cerca,

159
en un teatro de mala muerte.
Una vez, curioso, fui a verlas actuar.
Estaban radiantes sobre el escenario
vestidas de lentejuelas y de plumas.
Sus carnes desbordaban sus trajes.
El público, jocoso, se burlaba
de sus cuerpos deformes.
Ellas, diosas histéricas, sufrían
las humillaciones y miraban
con desprecio a la platea
de adolescentes imberbes
y hombres solos. No renunciaban
a nada. Se aferraban a sus cuerpos,
antes gloriosos, y seguían representando
su papel inverosímil. Bailaron, cantaron,
mostraron el culo, exhibieron
sus tetas fofas. Luego del show
vinieron al bar,

160
esta extraña escuela de condenados.
Aquí, las vedettes, que una vez
lo tuvieron todo: amor, belleza, dinero,
quedaron, indefensas, bebiendo su copa,
fuera del escenario y de las luces.
Esas pobres mujeres me hicieron pensar
en la poesía desvalida de nuestro tiempo.
En los poetas grotescos, que cantan
y celebran la fealdad del mundo,
con expresión grosera,
y son el hazmerreír de muchos.
No tienen vergüenza de exhibirse.
Otrora soñaron en un mundo perfecto,
lírico, elevado, sin limitaciones.
Pero pasó el tiempo
y nunca llegó la palabra iluminada
ni la inspiración salvadora. Ahora
rinden culto a la vida y se arrepienten

161
de sus sueños reaccionarios.
También pensé
en los otros, sus enemigos, que,
a diferencia de las viejas cocottes,
no saben vivir en la cruel realidad
y se refugian en un paraíso imaginado.
Los poetas burgueses, que cantan
al amor salvador y los sentimientos
nobles
en versos elevados. Esos que ignoran
el infierno, que no conocen la caída
ni sienten compasión por la fragilidad
humana. El espíritu, finalmente, me dije,
será el que nos guíe por este desierto,
solos ante la duda. El espíritu poético,
ese aura inmaterial que viaja por el
tiempo,
y llega en el lenguaje y nos eleva, y es

162
el espíritu santo. Miré a mi alrededor,
alcé mi copa y brindé por las vedettes.
Ellas me devolvieron la cortesía.
Luego nos quedamos bebiendo en
silencio.
La disciplina del alcohol me ayudó
a ensimismarme. Recordé un sueño
recurrente que tengo, en el que me
hundo
en lo más hondo y emerjo en un espejo.
Allí desesperado me contemplo
y me arranco a pedazos la piel del rostro.
Era sólo una máscara, descubro, y detrás
encuentro otra y otra…Vivimos
escapando de nosotros mismos
y poco a poco, sin saberlo,
nos acercamos a eso que somos.
Bebimos la última ronda de alcohol

163
suicida.
Cerró el bar y salimos a la calle, ya
bautizados.
La oscuridad nos acogió, en su
anonimato
generoso. Nos alejamos sin despedirnos.
Solos en nuestra ley los incorregibles.
Héroes también de la soledad y del
fracaso.
Ya el mundo me dolía menos
y estaban prontas a abrirse
las puertas del sueño y del olvido.




La Sibila

164
En la esquina de casa
vive una indigente.
La pobre está desequilibrada.
Vuelta hacia adentro, habla sola.
Parece tener algo más de treinta años.
Los vecinos pasamos a su lado
sin decir nada.

Llegó al barrio hace un año.
Tendió sus mantas en la vereda,
cerca de una alcantarilla.
Ese lugar es su morada.
Allí come, duerme y pasa sus días.

Es una mujer moderna:
tiene una radio y una calculadora rotas.
Mueve o aprieta sus botones
y conversa con ellas.

165
Quizás la entienden
y le responden cosas.

La hemos aceptado
como parte de nuestra realidad.
Los niños la miran con curiosidad.
Ella vive en su propio mundo.

Sucia, cubierta de viejos abrigos,
en invierno y en verano,
duerme junto a un perro viejo
que se hizo su amigo
y es el único ser que le brinda
su calor, su cariño.
Cada mediodía
le da de comer a las palomas
las sobras de las sobras que recibe.

166
No nos presta atención,
ignora lo que pasa a su lado.
“Ha perdido la razón”, nos decimos,
pero no sabemos bien qué es la razón.

Parece que oye voces.
Quién sabe qué le dicen.
Para mí es como una sibila
que recibe mensajes del más allá.

Los vecinos procuran no acercarse
mucho.
Huele mal y seguramente tiene piojos.
No quieren contagiarse.
¿Qué nos pasaría si atravesáramos,
con ella, la pared invisible
y cruzáramos a ese otro lado,
que no conocemos?

167
Aprovechamos para hacer nuestra
catarsis.
Esta mujer sucia nos sirve para
limpiarnos.
Purgamos nuestro miedo
al abandono y al fracaso.

¡Oh indigente, oh inocente sibila,
perdona nuestras deudas!
¡Somos parte de tu miseria!

Tal vez sea esta una prueba
que dios nos envía
y somos nosotros los observados.
En este laberinto sin salida
guardo cierta esperanza de resurrección.

Ella parece habitar

168
dentro de un sueño recurrente.
Yo creo que las voces que oye
son las mismas que hablan a los poetas.

Hay en ella cierta belleza trágica.
Su vida parece una metáfora
del purgatorio o del infierno.

En su suerte veo reflejado
el destino fatal de muchos artistas,
ante la realidad, impotentes,
prisioneros de sus sueños.

Siento que expresa algo
que va más allá de lo que vemos.
Su silencio es un enigma
preñado de interrogantes.

169
¡Oh inocente sibila!
¡Concédeme un deseo!
Haz que desaparezca la distancia
entre dios y nosotros.

Mírame por una vez a los ojos.
Toma mis dos manos.
Confíame los secretos de tus voces,
y dime, si puedes, quiénes somos.




Los suicidas

I

Estábamos en el país de la vida.

170
La poesía era nuestro refugio.
Perseguíamos el mutuo goce con
desesperación.
Éramos crueles y después nos
avergonzábamos
de nuestros juegos de amantes terribles.

No se trataba tan solo de ser felices
sino de arriesgar y perdernos
y gozar intensamente en la caída.

Buscábamos sensaciones extremas
y descendíamos, afiebrados,
a la intensidad del orgasmo.

Tejíamos nuestra guirnalda de secretos.
Llevados por el alcohol y el éxtasis
viajábamos a paraísos imaginarios.

171

Deseábamos estar ya en ese otro mundo
parecido a aquel poema nuestro
en que creábamos imágenes exaltadas y
atroces,
metáforas dolorosas del amor.

Lamentábamos nuestro exilio
y sentíamos miedo y aún terror.
Nos mirábamos en el cristal de nuestros
sueños
a ver si descubríamos el secreto de la
locura.

Salíamos a caminar por la ciudad
llevados por la ansiedad y la angustia.
Jugábamos con la idea del fin.
Imaginábamos bellas formas del suicidio.

172

¿Qué tipo de muerte era más patética?
¿Quizás el veneno,
como Romeo y Julieta?
¿O un balazo en un cuarto de hotel
como Enrique y Delmira Agustini?

Sabíamos del vértigo, la velocidad,
que mueve a nuestro tiempo.
Soñábamos con una avalancha de amor
y la liberación de los sentidos.
Creíamos en la muerte violenta
que sella con sangre
el pacto final de los amantes.

Un día nos detuvimos
en la barrera del tren
con la idea de arrojarnos.

173
Juramos así coronar nuestro amor
ofreciendo los maderos de la cruz
al hierro de los clavos.

Aún recuerdo el vértigo
cuando pasó el tren
a centímetros de nuestros cuerpos
y nos abrazamos palpitantes
creyendo que quizá el otro se animara
a dar el salto final, unidos.

Queríamos escapar del vacío de la
existencia
para salvar el amor y la juventud.
Defendíamos nuestros símbolos:
el placer, el deseo del otro y la poesía.
Buscábamos la eternidad y el martirio.
No aceptábamos vivir sin heroísmo.

174
Recuerdo aquel día en que estábamos
desnudos en tu cuarto cerca del goce,
casi sofocados por el esfuerzo,
cuando de pronto, terrenal y ridícula,
se abrió la puerta y entró tu madre.
Recuerdo nuestra sorpresa y tu
declaración
solemne: “No vamos a casarnos”.

Cómo nos reímos de eso luego,
y claro que no podíamos casarnos.

Queríamos descender por la noche
a los túneles subterráneos de Buenos
Aires
y descubrir lo más monstruoso, lo más
abyecto.

175
Queríamos matar la mediocridad
que destruye lo sagrado, que odia a dios.

Queríamos pasearnos por las cloacas
de la eternidad y ver caídos a nuestros
hermanos, los ángeles. Sabíamos
que lo más elevado y lo más bajo
se unen en el corazón de los amantes.

No hay amor ni poesía sin ritual.
Había que encender los altares del
sacrificio.

¿Cómo separar al amor,
del mal y de la muerte?
¿Cómo renunciar al egoísmo,
que todo lo salva,
y sin el cual la vida no es posible?

176

Perdidos en nuestro laberinto,
tratábamos
de lacerar el espacio que nos circundaba
y abrirlo con nuestro sexo.
Buscábamos someter la ciudad, poseerla,
degradarla, corromperla y amarla.
Queríamos un amor bello y terrible
que se pareciera a nosotros.
No aceptábamos falsificaciones ni
substitutos.

¿Cómo podíamos casarnos
y abandonar nuestra rebeldía,
nuestro amor a la revolución universal?
Buscábamos consagrar el mundo,
no reproducirlo. Buscábamos ser los
únicos

177
y los últimos, y no dejar en el tiempo
a nadie que se nos pareciera.

Queríamos ser inmortales
y cortar el ciclo de la vida y de la muerte.

Queríamos que nuestro poema
fuera el último
antes que la vida estallara en la
eternidad
y nos integráramos al sol
o a las estrellas de la noche.

Queríamos imponer nuestra ley
y desafiar a todos. Nos burlábamos
de la sociedad adquisitiva y vulgar
que nos rodeaba. La juzgábamos
con desprecio porque nos creíamos

178
más allá de todo eso. Queríamos
elevarnos
al momento más sublime de la poesía
y confundirnos con los símbolos
de la totalidad deseada.

Éramos los rebeldes, los amantes,
a nada le temíamos.

Ese fue el momento más cercano
a la inmortalidad que conocimos.
Recuerdo una noche en que nos
inyectamos
ácido y rezamos nuestra locura de amor
a las estrellas. Recuerdo aquel sueño
tuyo,
en que cabalgabas en un río que
descendía

179
al abismo, te llevaba a lo más sagrado
del orgasmo y te lanzaba en una lluvia
de estrellas a la mañana.

Soñábamos con estar muertos
y contemplar el universo
desde el paraíso inmortal de los
amantes.

Queríamos asimilar la vida a nuestro
goce
y ser crueles como ella es cruel.
Sentíamos la burla y la condena de los
otros
y eso nos gustaba. Nos lastimaban
con su mezquindad. ¿Quién podía
comprendernos?
¿Quién podía saltar al abismo de la

180
poesía?
Secretamente sabíamos, sin embargo,
que errábamos, indefensos, por un
laberinto
del que no podíamos escapar. Sólo la
ilusión
de las metáforas y los símbolos que
trascienden
los límites del cuerpo
podían darnos una sensación de
eternidad.

II

El tiempo, mortal, ha pasado
y de todos aquellos momentos
sublimes del amor
solo han quedado los recuerdos.

181
Lo que se ha ido es la verdad vivida,
la ligereza del cuerpo,
la solidez del lenguaje.

Así guardo esta carencia,
esta gran ausencia que crece día a día
y es ausencia de amor
y ausencia de poesía.

Siento que las imágenes ya no
transportan
y no podemos, como antes,
buscar sensaciones nuevas
en aquella caída maravillosa
en que nos hundía nuestro amor.

Si un día, por azar, nos encontráramos
qué difícil sería poner en palabras

182
la prosa de nuestras vidas,
qué poesía distinta escribiríamos
ante la crudeza de las cosas.

Cómo nos golpearía la realidad el rostro.
Qué podríamos decir de aquellos gestos,
de aquél perfume,
cómo podríamos cortejar el fin.

Dónde han quedado el más allá y la
eternidad.
Qué distinta se nos presenta ahora
la idea de dios y la imagen del amor.

Ya no hay quien nos salve. Hemos caído
indefinidamente y hemos perdido
lo que más amábamos en la vida.

183
Aquél gran poema fue poema de amor
y quedó escrito en el paraíso de los
amantes.

Nada pudimos guardar
más allá del recuerdo y las palabras.
Quizá porque no supimos morir a tiempo
estamos condenados a morir solos.
No entendimos la inmortalidad.
Qué poco faltaba para ser dioses.

Qué cerca estaba nuestro poema
de ser la suma y el fin de la poesía.

No sé si lo que buscábamos con nuestro
sacrificio
era salvar el amor o salvar la poesía.
En mi recuerdo son inseparables.

184

III

¡Ay, Dios mío, deja que
al menos como un juego,
se repita nuestra historia!
¡Permite que la literatura
vista de sangre
el espacio azul de nuestras esperanzas!
Haz el milagro. ¡Danos otra vez la
oportunidad
de morir de amor y vivir para siempre!
Déjanos visitar el paraíso donde los
amantes
sueñan unidos la poesía y el amor.
La nuestra era poesía de vida.

¡Mira, amiga, si Dios lo consintiera,

185
y en nuestra desolada madurez
nos encontráramos un día,
y volviéramos a ser jóvenes y a amarnos!
¡Experimentaríamos otra vez el éxtasis
que sentimos cuando estábamos juntos!
¿Te acuerdas? El amor puede, como la
metáfora,
asociar a los seres en una unidad nueva.

Sabemos que la vida está dispuesta
a quitarnos todo
y el amor a darnos la vida para siempre.
En nuestra existencia condenada
damos vuelta la página del libro.
Como en los relatos maravillosos
se ha detenido el tiempo.
Nuestra aventura se repite.
La renuevan las luces del arte.

186
Volvemos a esperar, como aquella vez,
junto a la barrera, el tren de la muerte.

Soñamos que llega con la fuerza
de un torrente. Sentimos que va a unir
nuestra materia a lo divino. Su furia
sublime nos arranca del suelo
e impulsa hacia el vacío. Abrazados,
nos elevamos al espacio sideral.

El tren de oro sube, como un símbolo,
con nosotros, hacia el sol. Vuela
vertiginosa
la máquina refulgente. Nos observamos
en el espejo de las cosas mágicas
que están a nuestro alrededor
y nos transmiten su hermosura.
Nos sabemos por siempre jóvenes.

187

El tren llega al paraíso de los amantes
suicidas. Nos aguardan aquellos
que buscaron, antes que nosotros,
en la muerte, la eternidad del amor.

Sus cuerpos bellos, expectantes,
entre las nubes flotan,
esculturas delicadas de formas llenas.
Como en los cuadros sagrados, vemos,
en la parte superior de la escena,
a Dios rodeado de ángeles.

Nos reclinamos en el prado de nubes
junto a los otros amantes
y extendemos nuestras manos hacia Dios
hasta tocar, sensuales,
con las yemas de nuestros dedos

188
los dedos de las manos de sus ángeles.

Un rayo de luz divina nos atraviesa.

Hemos ganado nuestro lugar en el
paraíso.
Permanecemos abrazados
bajo la mirada redentora del Dios padre.

Vuelan sobre nosotros nubecitas
de formas caprichosas, celestes y rosas.
Desde ellas, los Amores nos lanzan
sus dardos mágicos. Flota delante
nuestro,
como una pequeña nave,
la urna de marfil de nuestra alianza.
Nada podrá separarnos.
En nuestro sueño redentor

189
Dios nos ha perdonado. Ha salvado
nuestro amor y ya nunca tendremos
que enfrentar la vejez, el dolor y la
muerte.

Bañados de eternidad, en el espacio
andamos,
jóvenes de amor, por siempre ángeles.

Imaginemos que, como en los cuentos
maravillosos, esto verdaderamente ha
pasado
y somos sus personajes.

Ten compasión, Señor, de estos amantes
arrepentidos de haber vivido
una larga vida separados.

190
La nostalgia del pecado martirizaba mi
alma.
Mejor hubiera sido morir juntos.
La eternidad estaba a nuestro alcance.

El paraíso es tierra fértil para aquellos
que mueren por amor y llevan a Dios
su pequeño poema. Laurel que la paloma
no pudo cargar en su pico y ellos
transportan en su espíritu transparente.

Santo, santo, es el señor, rey del cielo
y de la tierra,
que su nombre sea loado para siempre.

Epílogo

Lector amigo, ha concluido nuestro viaje.

191
Peregrinos somos de un mundo
transitorio.
Di, por favor, ¿nos guardarás en tu
memoria?
Abraza y protege nuestras sombras.
Contigo estamos, en el amor unidos,
y en el horror de la literatura.




El poeta maldito

I

Alucinado voy por Florida,
hijo del ácido y del veneno.

192

El ácido se llama poesía,
el veneno es la vida.

Toda la poesía cabe en un poema.

Por una Avenida de flores voy,
la poesía me ilumina.

Las flores de carne necesitan carne
porque tienen hambre de vida.

Fruto de esa carne soy
y de su carne me alimento
en esta isla del hambre
donde devoramos y nos devoran.

En esta selva de hermanos

193
padecemos hambre.

Horror del hambre.

Toda la poesía cabe en un poema.

II

Dios vendrá a buscarnos un día
y nos dará
un bocado de su propia carne.

Entre todos nos comeremos
al hijo del hombre
y luego beberemos su sangre.

Su carne, fruto necesario,
y su sangre, vino nuevo.

194

Toda la poesía cabe en un poema.

III

Oh ciudad, mi ciudad,
compadécete de tus huérfanos.

Todo pasa por nuestra boca
y nuestro estómago
y luego va a la cloaca del mundo.

Espanto de la carne.

En nuestra vida criminal
quién se acuerda del amor
si no para devorar los besos.

195
Estamos vivos contra los otros
y toda la poesía cabe en un poema.

Por aquí no se llega al Paraíso,
esta es una Avenida del Infierno.




Los pobres

Los pobres nos inquietan
porque en ellos
más pobres o más ricos
nos reconocemos

Pobre es la condición
de ser uno y estar vivo

196

Con el lastre del yo
sufrimos en silencio

La eternidad nos falta,
nos aterra el olvido

Este yo insuficiente
se lamenta por ello

La memoria del tiempo
se pierde en nuestros sueños

Nos creemos distintos
y somos uno solo

Aquél que soñó
un sujeto sin nombre

197
que era él y era todos
adivinó el destino

Sin resolver la duda
el tiempo nos agobia

¿Nos aguarda la nada
al final del camino?




Los malditos

I

Inmerso vivo en la rica y seductora
barroca decadencia que me abraza;

198
prisionero del tiempo, como todos,
gozo lo que puedo aquello que me toca.
Beneficiarios somos y deudores
de esta lluvia generosa de estrellas.

De mi rotunda tierra soy fruto.
Cómo no agradecer a esta, mi agónica
y bella patria amada, si mi musa dorada
es hija de su don exquisito.
Porque mi tierra es poeta.

Uds. y yo compartimos la misma
cultura enferma. Nos tienta,
con sus promesas, la infernal esperanza.
Saquen, si pueden, amigos,
sus conclusiones. Las cosas
van tan bien que no dormimos.

199
Escuchen mi canto carnal e interesado,
anticanto también, mestizado de voces
diversas,
chico de la calle que se refugia donde
puede:
del pueblo soy, y de pan vive el hombre.
De este lado luchamos los caídos.
Aunque mucho no pido, el placer hace
falta.

Me aguarda esta noche una pícara
aventura
(así reverenciamos el amor los
plebeyos).
Voy a deslizarme en lecho de espuma
con la mujer que más deseo,
bien armado y positivo mi cuerpo.
Le pediré ayuda a mi alma pervertida:

200
mi arte poética necesita el desenfreno.

Nadaré lentamente por sus doradas
curvas
bebiendo sus dulces perfumes
penetrantes;
cabalgaré ágil entre sus divinas piernas
buscando en su goce el centro de mí
mismo;
recorreré, torre encendida, con pasión su
cuerpo,
templo profano de amores prohibidos;
descenderé hasta su resguardado nido
que, acalorado y sediento, busca mis
besos;
posesivo, acariciaré sus muslos
impetuosos
con obsceno, voluptuoso, deleite;

201
reverenciaré sus esculpidas nalgas de
vampiresa
y elevaré una oda sublime a su culo,
sol de nuestra bandera. Argentina vivirá
en su torneado y bello cuerpo. El sexo
caliente de mi diosa, será ejemplo señero
de la perfección sensual de nuestra
criolla gente.

Más tarde, yo, poeta, descansaré mi
celeste cabeza
alucinada sobre sus suaves y blancos
pechos
de Hetaíra. Abrazado, satisfecho, a su ser
fatigado,
le pagaré ricamente por tanto placer
recibido.
Y le brindaré, agradecido, para que se

202
contemple
y me recuerde, un delicioso bouquet
de rimas decadentes.

No soy ni seré nunca el presumido
centro.
Satélite del orbe femenino me consagro,
prendado de su luz y negro agujero.
Descubro, extasiado, tantos versos
hermosos,
en los pliegues irreverentes
de sus tatuados cuerpos. Consentido por
ellas,
no dejo de beber sus flujos estelares.

II

Luchar debemos por nuestro arte

203
amado.
No habitamos, lo sabemos, en una edad
sincera.
Heredamos sueños desterrados
de antiguos otoños delirantes.
Vivimos y caemos, heroicos, por nuestras
pasiones.

Mi verso lírico-antilírico, vulgar y
refinado,
procura ser un diálogo ágil y ferviente
que avanza sin cesar; se abre, generoso,
y abraza y bendice a la materia impura.
Busca vencer a la sombra amenazante
de la ahuecada voz idealizada, que,
maliciosa,
espera, y en espejo se mira, de sí misma
enamorada, y confunde su eco con el

204
mundo.

No quiero ser engolado cantor
de lírica opereta, genio fingido
de arias melodiosas, vanidoso altavoz
de pretendida grandeza.
Prefiero verme en el otro, deformado,
(ese otro será un querido compañero),
y sentir que un poeta soy, grotesco,
atado a los imprevistos de la suerte,
laborioso artesano.

Cercados estamos de falsas apariencias.
Todo lo que tengo en la vida lo he
ganado.
Con paciencia modelo mis ilustrados
deseos
que, fuertes, se levantan, esculturas de

205
tiempo,
y son la sonada fuente de mi barroco
canto.
Orgulloso estoy de mis cultos trabajos.
Vean esta mi incisiva pluma, de falso oro,
cómo brilla. La he comprado en el
mercado.
Democrática aguja de nuestra nueva
época.
Dichoso siglo XXI, con cuánta ilusión
los malditos te esperábamos. Juntos
coseremos todos los costados.

En el reino de la literatura vivo,
pero no todas son flores. Bien lo
sabemos.
Yo he aprendido a luchar contra el
lirismo

206
porque el canto necesita su anticanto
para que la poesía viva en armonía
(esto lo he tomado de Darío,
que todo lo que adoró, destruyó luego,
fundando nuestra verdadera poesía).

Prefiero amor villano a opulento
himeneo,
en el pueblo está el ser verdadero.
Pleitesía no rindo excepto al puro sexo,
que se expresa en la fecundidad carnal
de las ideas. Por lo que hacemos, Dios,
nos reconoce. Mis obras con él comulgan,
y se abrazan, necesitadas
de su generosidad y la de Uds.

III

207
El propósito de nuestro mundo no está
claro.
Ante todo dudamos, y con razón.
Libres nos sentimos frente a Erató y su
lira.
Agónicos hermanos desesperados
somos, listos a navegar todos los caos.
Charles Baudelaire es el gurú moderno,
con él aprendimos a entrar en el
Infierno.

Nuestra maldición pide su propia
verdad.
El camino del yo está sembrado de
espinas.

Angustiosa es la tardanza de las horas
que nos llegan, silenciosas, del mañana.

208

Sin arar en el mar no tendremos destino.
Siendo ya las estrellas, buscamos el
universo.

Qué se abran las metáforas al infinito.
Necesitamos sentir que estamos vivos.


2018



Índice


Fragmentos hacia la
destrucción
209
del sujeto poético
La identidad y la locura

Prólogo-confesión
El cubo azul
Eterno retorno
Historia de las palabras
Un torso clásico
El teatro de la locura
Mi escritorio
Las voces y el silencio
La identidad y los espejos
El abyecto

Otros poemas

El bar de las viejas vedettes
La sibila
Los suicidas
El poeta maldito
Los pobres
Los malditos

210

211

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