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Cas pratiques procédure pénale

Droit pénal et procédure pénale (Université de Bordeaux)

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Cas pratiques procédure pénale.

Ces cas pratiques étant tous sur le thème de l’impartialité, nous ferons une introduction générale des
règles de base avant de résoudre chaque cas pratique en se référant à ces règles et en y ajoutant les
spécificités de chaque cas.

Le principe d’impartialité du juge est une composante fondamentale de tout procès.

L’impartialité peut être définie comme étant la qualité de celui qui apprécie ou juge une personne,
une chose, une idée sans parti pris favorable ou défavorable. La Convention européenne de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dispose en son article 6 alinéa
premier que « toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement
et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi… ». Cette
exigence est également édictée à l’article 14 du Pacte international relatifs aux droits civils et
politiques. En droit interne c’est l’article préliminaire du Code de procédure pénale introduit par la loi
du 15 juin 2000 qui évoque le principe d’impartialité au travers du droit à un procès équitable.

C’est principalement la jurisprudence européenne qui a défini et développé cette notion.

Le principe d’impartialité peut s’apprécier de deux manières selon la Cour européenne qui en a posé
les limites dans l’arrêt Piersack c/ Belgique du 1er octobre 1982 : « […] On peut distinguer entre une
démarche subjective, essayant de déterminer ce que tel juge pensait en son for intérieur en telle
circonstance, et une démarche objective amenant à rechercher s’il offrait des garanties suffisantes
pour exclure à cet égard tout doute légitime ».

Les diverses analyses doctrinales ont permis de montrer que l’impartialité subjective qu’aborde la
Cour se rattacherait à ce que l’on appelle l’impartialité personnelle qui va s'apprécier au regard de
l'attitude du magistrat, de ses déclarations, de ses engagements politiques et philosophiques, au
regard de ses liens familiaux et de ses relations personnelles.

L’impartialité objective quant à elle se rattache à l’impartialité fonctionnelle. Cette impartialité


s'apprécie au regard des fonctions précédemment occupées par un magistrat. A l'origine la CEDH
adopte sur ce point une position très stricte puisqu'elle estimait que le principe d'impartialité
interdisait à un même juge d'exercer successivement dans une même affaire des fonctions
juridictionnelles différents, elle décide (dans l’arrêt Piersack c/ Belgique) que « toute violation
objective du principe de la séparation des fonctions vaut partialité du juge car il y va de la confiance
que les justiciables doivent avoir dans les tribunaux ». Par la suite la CEDH a quelque peu tempéré sa
position. La solution retenue ici, c'est que depuis cet arrêt la CEDH ne condamne plus
systématiquement tout cumul de fonction. Cette évolution jurisprudentielle s'est opérée dans l'arrêt
Hauschildt c/ Danemark du 24 mai 1989 dans lequel la Cour considère que « pour se prononcer sur
l’existence, dans une affaire donnée, d’une raison légitime de redouter chez un juge un défaut
d’impartialité, l’optique de l’accusé entre en ligne de compte mais ne joue pas un rôle décisif (arrêt
Piersack du 1er octobre 1982). L’élément déterminant consiste à savoir si les appréhensions de
l’intéressé peuvent passer pour objectivement justifiées ». Pour appliquer ce principe, il va falloir
mesurer le degré d'implication du juge au cours de ses fonctions initiales.

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Cas pratique 1

Monsieur Pomme, magistrat du siège, est assesseur au tribunal correctionnel qui va juger
Monsieur Bleu, l’employeur de sa concubine pour harcèlement moral à l’encontre d’un ancien
salarié.

La question est ici de savoir si cette situation pose un problème quant à l’impartialité de Monsieur
Pomme et le cas échéant, ce que pourra faire Monsieur Bleu. Il conviendra aussi de se demander
ce qu’il en aurait été si Monsieur Pomme n’était pas assesseur au tribunal correctionnel mais
représentant du ministère public dans cette affaire.

Le principe d’impartialité posé à l’article 6 de la CESDHLF, se décline comme on a pu le voir dans


l’introduction en Impartialité subjective personnelle et en impartialité objective fonctionnelle.

Dans les deux cas, un problème quant à la partialité d’un magistrat pourra être sanctionné. Dans un
cas par un renvoi pour cause de suspicion légitime qui visera toute une juridiction dans son ensemble
ou dans l’autre par une récusation qui visera un seul magistrat.

La récusation est un incident soulevé par l’une des parties dans le but de faire écarter un juge qu’elle
suspecte de partialité. L’article 669 quant à lui énonce les personnes susceptibles d’émettre une
requête de récusation qui sont : la personne mise en examen, le prévenu, l’accusé et toute partie à
l’instance. « Tout juge ou conseiller peut être récusé » selon les termes de l’article 668.

Un grand nombre de membre occasionnels ou permanents peuvent être récusés ; des textes
particuliers régissent les modalités de récusation de certains intervenants au procès pénal tel que les
articles 344, 407 et 535 du code de procédure pénale pour les interprètes.

Toutefois, les magistrats du ministère public ne peuvent être récusés" selon l’alinéa 2 de l’article 669
du code de procédure pénale, compte tenu de leur qualité de partie principale au procès pénal. La
Cour de cassation retient notamment "que le ministère public ne décidant pas du bien-fondé de
l’accusation en matière pénale, le moyen pris de la partialité éventuelle de ce magistrat est
inopérant" dans un arrêt de la chambre criminelle du 6 janvier 1998 réitéré le 22 mai 2001, le 22
janvier 2002 et le 1er septembre 2009.

L’article 668 du code de procédure pénale énonce 9 causes de récusation d’un juge. La chambre
criminelle de la Cour de cassation considère dans son arrêt d 22 novembre 2005 que ces causes sont
"limitativement énumérées par l’article 668 du code de procédure pénale". Toutefois, elle n’en
vérifie pas moins la conformité de la composition de la juridiction au regard de l’exigence
d’impartialité posée à l’article 6 alinéa 1 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et
des libertés fondamentales laquelle peut être invoquée indépendamment de la mise en œuvre de la
procédure de récusation selon un arrêt de la chambre criminelle du 6 janvier 2000.

Les causes de récusation énumérées à l’article 668 du code de procédure pénale peuvent être
regroupées en quatre catégories : la parenté ou l’alliance entre un juge et une partie (regroupant les
cas visés aux numéros 1 et 3 de l’article 668), la communauté ou la contradiction d’intérêts entre un
juge et une partie (cas numéros 2, 4, 6, 7 et 8), la connaissance antérieure de la cause par le juge (cas
numéro 5) et la manifestation de partialité du juge (cas numéro 9).

La requête en récusation doit selon l’article 669, sauf dans les cas particuliers, être présentée au
premier président de la cour d’appel, et ce, à peine de nullité.

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Il est généralement admis que la récusation présente un caractère facultatif pour la partie titulaire de
ce droit. Il en résulte notamment que la juridiction n’est pas tenue de relever d’office une cause de
récusation dont elle aurait connaissance. Il en va cependant différemment lorsque cette cause de
récusation constitue également un cas d’incompatibilité, la juridiction étant alors tenue de relever
l’irrégularité de sa composition (Cour de cassation chambre criminelle 31 mai 1988). Il se déduit
également du caractère facultatif de la récusation que la partie qui s’est abstenue de demander la
récusation d’un juge avant la clôture des débats a renoncé sans équivoque à s’en prévaloir et n’est
pas recevable à mettre en cause devant la Cour de cassation l’impartialité de ce juge en invoquant
une violation de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
(Cour de cassation, assemblée plénière 24 novembre 2000).

Contrairement à ce qui est prévu en matière civile, la demande de récusation ne produit aucun effet
automatique sur l’instance pénale. La requête en récusation ne dessaisit pas le magistrat dont la
récusation est proposée (article 670, alinéa 2, du code de procédure pénale). Le procès ou
l’instruction se poursuit normalement, sans tenir compte de la procédure en récusation. Cette règle
tend à éviter l’utilisation de la récusation à des fins dilatoires.

Il n’est cependant pas interdit à la juridiction saisie de procéder au renvoi de l’affaire afin d’attendre
l’issue de la procédure de récusation. De surcroît, il peut être décidé que la procédure de récusation
aura un effet suspensif : le premier président peut, après avis du procureur général, ordonner qu’il
sera sursis soit à la continuation de l’information ou des débats, soit au prononcé de la décision
(article 670, alinéa 2, du code de procédure pénale).

Le premier président de la cour d’appel ou de la Cour de cassation statue par une ordonnance qui
produit effet de plein droit (article 671 du code de procédure pénale). Si la requête en récusation est
accueillie, le magistrat récusé doit être remplacé, en application des règles d’empêchement

Si la requête en récusation échoue, l’instruction ou le jugement de l’affaire se poursuit avec le juge


qui était visé par la requête. L’ordonnance qui rejette la demande de récusation prononce, à
l’encontre de son auteur, une amende civile de 75 à 750 euros (article 673 du code de procédure
pénale).

L’ordonnance du premier président de la cour d’appel statuant sur une demande de récusation n’est
susceptible d’aucune voie de recours (article 671 du code de procédure pénale).

En l’espèce, le magistrat du siège Monsieur Pomme, assesseur est le concubin de d’une salariée de
Monsieur Bleu. Ainsi, même si Monsieur Bleu est jugé pour harcèlement moral sur un ancien salarié,
la concubine de Monsieur Pomme n’étant pas la salariée harcelée et n’étant de fait, pas partie au
procès ; nous ne nous trouvons dans aucun des cas énumérés à l’article 668 du code de procédure
pénale. Toutefois, de notre point de vue, le lien entre la concubine du magistrat et l’accusé peut être
problématique du point de vue de l’impartialité. En effet, la concubine pourrait avoir une opinion
favorable ou défavorable de Monsieur Bleu qui serait susceptible d’influencer le magistrat dans son
jugement. De fait, selon l’arrêt de la chambre criminelle du 6 janvier 2000, il est possible d’invoquer
l’exigence d’impartialité posée à l’article 6 alinéa 1 de la Convention de sauvegarde des droits de
l’homme et des libertés fondamentales, indépendamment de la récusation.

Si Monsieur Pomme était représentant du ministère public, il n’aurait pas pu être récusé, puisque les
magistrats du ministère public ne peuvent être récusés" selon l’alinéa 2 de l’article 669 du code de
procédure pénale, compte tenu de leur qualité de partie principale au procès pénal.

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Cas pratique 2

Monsieur Kiwi, procureur de la République, a engagé des poursuites contre Madame Brune pour
assassinat. Quelques années plus tard, l’affaire lui est attribuée comme président de la Cour
d’assises.

La question qui se pose ici est de savoir si selon les exigences d’impartialité existantes dans la
procédure pénale française, un procureur ayant engagé des poursuites contre une personne peut
ultérieurement présider la Cour qui juge la dite personne pour la même affaire.

Comme vu précédemment, les causes de récusation énumérées à l’article 668 du code de procédure
pénale peuvent être regroupées en quatre catégories : la parenté ou l’alliance entre un juge et une
partie, la communauté ou la contradiction d’intérêts entre un juge et une partie, la connaissance
antérieure de la cause par le juge et la manifestation de partialité du juge.

Le numéro 5 de l’article 668 du code de procédure pénale dispose : « Si le juge a connu du procès
comme magistrat, arbitre ou conseil, ou s'il a déposé comme témoin sur les faits du procès ».

L’article 668 numéro 5 ne peut être invoqué qu’en cas d’identité de litige : le juge doit être intervenu
dans la même cause, entre les mêmes parties. Il en résulte notamment que "les mêmes magistrats
peuvent connaître de poursuites distinctes engagées par la même partie civile, pour des faits de
même nature" (Chambre criminelle de la Cour de cassation 12 octobre 2004).

Toutefois, la spécificité de certaines juridictions justifie que les juges puissent connaître à plusieurs
reprises d’une même affaire. Ainsi a-t-il été jugé, à l’égard de la Cour de cassation, que "la spécificité
du rôle de la Cour de cassation et la nature du contrôle qu’elle exerce sur la légalité des décisions
ainsi que son contrôle juridique de l’appréciation des faits par les juges du fond ne font pas obstacle
à ce que les mêmes magistrats composent la chambre criminelle lors de l’examen de pourvois
successifs formés au cours de la même procédure" (Chambre criminelle de la Cour de cassation 22
novembre 2005).

En l’espèce, Monsieur Kiwi a engagé des poursuites contre Madame Brune pour assassinat. Il faut
rappeler que le procureur de la République est le magistrat du ministère public chargé de l'action
publique dans le ressort d'un tribunal de grande instance. On est donc dans le cas où le juge a connu
du procès comme magistrat, ce qui est une des causes de récusation du juge. Ici il semble évident
qu’un problème d’impartialité se pose, Madame Brune pourra alors faire une requête en récusation.
La requête en récusation devra être présentée au premier président de la cour d’appel à peine de
nullité, conformément à l’article 669 du code de procédure pénale.

Cas pratique 3

Monsieur Citron préside le tribunal de police. Lors d’une audience, il est amené à juger Madame
Café, qui n’est autre que la petite-fille de sa voisine.

La question est ici de savoir si le président du tribunal de police peut se voir récuser du fait de
l’identité de la personne jugée qui a un lien de parenté avec sa voisine.

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Comme vu précédemment, les causes de récusation énumérées à l’article 668 du code de procédure
pénale peuvent être regroupées en quatre catégories : la parenté ou l’alliance entre un juge et une
partie, la communauté ou la contradiction d’intérêts entre un juge et une partie, la connaissance
antérieure de la cause par le juge et la manifestation de partialité du juge.

Ainsi, les numéros 1 et 3 de l’article 668 visant les liens de parentés entre le juge et une des parties
visent strictement les cas où le juge ou son concubin, conjoint ou partenaire lié par un PACS, serait
allié ou parent de l’une des parties ou d’un membre de sa famille jusqu’au cousin issu de germain ou
encore d’un tuteur, subrogé tuteur, curateur ou conseiller judiciaire de ces derniers.

Il faut aussi rappeler que selon l’arrêt de la chambre criminelle du 6 janvier 2000, il est possible
d’invoquer l’exigence d’impartialité posée à l’article 6 alinéa 1 de la Convention de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés fondamentales, indépendamment de la récusation

En l’occurrence, Madame café n’est « que » la petite fille de la voisine du président du tribunal
monsieur citron. Ils n’ont donc aucun lien de parenté et le cas n’entre donc pas dans le cadre des
numéros 1 et 3 de l’article 668. Aussi, même s’il est possible d’invoquer l’exigence d’impartialité
posée à l’article 6 de la CESDHLF, en l’espèce, nous n’avons aucune précision sur les rapports
qu’entretiennent Monsieur citron et sa voisine. Nous devons donc conclure qu’il n’y a pas dans le cas
d’espèce, de problème d’impartialité apparent.

Cas pratique 4

Madame Cerise est aujourd’hui avocat général près la Cour d’appel de Bordeaux. Elle doit requérir
dans l’affaire Orange qu’elle avait connue précédemment en tant que juge d’instruction.

La question est ici de savoir si le fait que Madame Cerise, avocat général devant requérir dans
l’affaire Orange, ait déjà connu l’affaire en tant que juge d’instruction pose un problème
d’impartialité.

On a vu précédemment que tout juge ou conseiller peut être récusé selon l’article 668 du code de
procédure pénale, toutefois, les magistrats du ministère public ne peuvent être récusés" selon
l’alinéa 2 de l’article 669 du code de procédure pénale, compte tenu de leur qualité de partie
principale au procès pénal. La Cour de cassation retient notamment "que le ministère public ne
décidant pas du bien-fondé de l’accusation en matière pénale, le moyen pris de la partialité
éventuelle de ce magistrat est inopérant" dans un arrêt de la chambre criminelle du 6 janvier 1998
réitéré le 22 mai 2001, le 22 janvier 2002 et le 1er septembre 2009.

En l’espèce, il faut rappeler que l’avocat général est un magistrat placé sous les ordres du procureur
général. C’est donc un magistrat du ministère public. De fait, celui-ci ne pourra pas être récusé.

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Cas pratique 5

Madame Poire appelée à siéger à la chambre des appels correctionnels reconnait le dossier d’une
affaire qu’elle avait connu dans le cadre de ses fonctions de conseiller à la chambre de l’instruction
de la Cour d’appel. La formation dans laquelle elle a siégé ayant refusé une demande d’acte sollicitée
par M. Violet, mis en examen pour corruption, elle souhaite se récuser d’office.

La question est ici de savoir si la magistrate peut se récuser d’office si elle pense son impartialité mise
en danger.

Comme vu précédemment, les parties au procès peuvent demander la récusation de tout juge ou
conseiller. Toutefois, l’initiative de la récusation peut également émaner du juge lui-même. Il résulte
de l’article 674 du code de procédure pénale que les juges ou conseillers visés à l’article 668 c’est-à-
dire ceux dont la récusation pourrait être demandée par la personne poursuivie ou par toute partie à
l’instance, peuvent se récuser d’office dès lors qu’ils obtiennent l’autorisation du premier président
de la cour d’appel, dont la décision est rendue après avis du procureur général.

Il faut aussi préciser que l’article 668 numéro 5 ne peut être invoqué qu’en cas d’identité de litige : le
juge doit être intervenu dans la même cause, entre les mêmes parties. Il en résulte notamment que
"les mêmes magistrats peuvent connaître de poursuites distinctes engagées par la même partie
civile, pour des faits de même nature" (Chambre criminelle de la Cour de cassation 12 octobre 2004).

En l’espèce, Madame Poire étant appelée à siéger à la chambre des appels correctionnels, fait partie
des juges ou conseillers visés par l’article 668 du code de procédure pénale. Elle peut donc se récuser
en en faisant la demande au premier président de la cour d’appel qui prendra sa décision après avis
du procureur général. Toutefois, l’affaire qu’elle a connue en tant que membre de la chambre de
l’instruction n’est pas la même que celle pour laquelle Monsieur Violet est jugé. De fait il n’y a pas de
problème d’impartialité

Qu’en serait-il si, au lieu d’avoir été membre de la chambre de l’instruction, Mme Poire avait été le
juge des libertés et de la détention ayant décidé le placement en détention provisoire de Mme Violet
?

Dans ce cas-là, il y aurait eu identité de litige, de fait, il y aurait eu un problème d’impartialité et la


demande d’auto récusation aurait certainement été acceptée par le premier président de la cour
d’appel.

Cas pratique 6

Madame Mandarine, substitut du procureur de Bordeaux, a été victime il y a quelques temps de


violences ayant entraîné une incapacité totale de travail pendant plus de huit jours, en sortant du
tribunal. Les faits ont été commis par Madame Jaune, qui comparaît aujourd’hui devant le tribunal
correctionnel de Bordeaux pour ces faits. Son jeune avocat inexpérimenté n’est pas très confiant, et
craint une condamnation sévère au regard de l’identité de la victime. Qu’en pensez-vous ?

Le problème ici est de savoir si la juridiction qui juge Madame Jaune sera partiale puisqu’elle juge
cette dernière pour des violences commises sur un autre membre de cette juridiction.

Le renvoi pour cause de suspicion légitime est un incident de procédure permettant à une partie, à
l’occasion d’une instance en cours, de demander le dessaisissement d’une juridiction dans son
ensemble dont elle suspecte la partialité. Il est défini à l’article 662 du code de procédure pénale qui
dispose qu’en matière criminelle, correctionnelle ou de police, la chambre criminelle de la Cour de

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cassation peut dessaisir toute juridiction d'instruction ou de jugement et renvoyer la connaissance de


l'affaire à une autre juridiction du même ordre pour cause de suspicion légitime. L’alinéa 2 de l’article
énumère les personnes qui peuvent présenter une requête aux fins de renvoi pour cause de
suspicion légitime : le procureur général près la Cour de cassation, le ministère public établi près la
juridiction saisie ou les parties. La demande de renvoi pour cause de suspicion légitime doit être
portée devant la chambre criminelle de la Cour de cassation.

A la différence de la procédure de récusation, aucune énumération des causes de renvoi n’est prévue
en matière de suspicion légitime. Le demandeur doit démontrer que des éléments objectifs sont de
nature à faire naître un doute sur l’impartialité d’une juridiction dans son ensemble. La chambre
criminelle fonde fréquemment ses décisions tant sur l’article 662 du code de procédure pénale que
sur l’article 6 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
les critères pris en compte pour l’application de ces textes étant similaires.

La chambre criminelle de la Cour de cassation apprécie souverainement s’il existe un motif de renvoi
pour cause de suspicion légitime. Sa décision est motivée.

Depuis la loi n° 89-461 du 6 juillet 1989, la Cour de cassation ne dispose plus de la possibilité
d’ordonner d’office le renvoi de l’affaire dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice après
avoir rejeté la demande de renvoi pour cause de suspicion légitime.

L’arrêt qui a statué sur une demande de renvoi pour cause de suspicion légitime est signifié aux
parties intéressées, à la diligence du procureur général près la Cour de cassation (article 666 du code
de procédure pénale).

Si le renvoi est ordonné, la juridiction est immédiatement et définitivement dessaisie. Les actes
effectués avant l’arrêt de renvoi demeurent valables. Un rejet de la demande de renvoi n’interdit pas
la présentation d’une nouvelle demande fondée sur des faits postérieurs (article 667 du code de
procédure pénale).

La voie de l’opposition contre un arrêt de la Cour de cassation rejetant une demande de suspicion
légitime n’est pas ouverte à la partie qui avait formé cette demande (Chambre criminelle 26 juin
1963).

De fait, en l’espèce, Madame Jaune pourra former une requête en renvoi pour cause de suspicion
légitime. Nous pensons que la requête a des chances d’être acceptée au vu des faits reprochés et de
l’identité de la victime, toutefois, nous n’avons pas d’exemple jurisprudentiel d’un tel cas.

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