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Sommaire

linguistique .............................................................................................................................................. 1
langue et langage ................................................................................................................................... 6
grammaire ............................................................................................................................................. 14
lexicographie ......................................................................................................................................... 18
traduction automatique ........................................................................................................................ 20
vocale, reconnaissance .......................................................................................................................... 22
phonétique ............................................................................................................................................ 23
morphologie (grammaire) ..................................................................................................................... 25
syntaxe ................................................................................................................................................... 27
philologie ............................................................................................................................................... 30
dialecte .................................................................................................................................................. 32
géographie linguistique ......................................................................................................................... 34
amérindiennes, langues ........................................................................................................................ 35
psychologie ............................................................................................................................................ 40
langage, acquisition du .......................................................................................................................... 50
Aphasie .................................................................................................................................................. 52

Cours de Zoubir Yahiaoui

linguistique
1 PRÉSENTATION

linguistique, étude scientifique du langage. Cette étude peut porter sur les sons, le vocabulaire ou
la grammaire de langues spécifiques, sur les relations entre les langues, ou bien sur les caractères
universels de toutes les langues. Les aspects sociologiques et psychologiques de la communication
peuvent également être un objet d’étude pour la linguistique.

Sous le terme de linguistique sont rassemblés plusieurs types d’approche. Une approche
synchronique analyse la langue à un moment précis de son évolution ; on étudiera par exemple le
français parlé à Paris dans les années 1880. À l’opposé, une approche dachronique ou historique
s’intéresse aux changements que connaît une langue sur plusieurs siècles. De ce point de vue, on a
pu étudier les prolongements du latin dans les langues romanes. La linguistique diachronique était

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l’approche la plus commune au XIXe siècle tandis qu’au XXe siècle, on a adopté un point de vue à la
fois diachronique et synchronique.

Les études linguistiques peuvent en outre être menées de manière théorique ou appliquée. La
linguistique théorique vise à construire des modèles de langue ou à élaborer des théories
permettant de décrire des langues ou d’expliquer leur structure. La linguistique appliquée utilise les
découvertes de l’étude scientifique de la langue dans les domaines de l’enseignement des langues
et de l’élaboration des dictionnaires (lexicographie). Avec le développement de l’informatique sont
apparues la traduction assistée par ordinateur et la reconnaissance automatique de la parole,
autant de domaines d’application de la linguistique.

2 ASPECTS DE LA LINGUISTIQUE

Il existe différentes façons d’analyser et de décrire une langue et les changements qui s’y
produisent. Néanmoins, chaque approche prend généralement en compte les sons de cette langue
(phonétique), la morphologie (formation des mots) et la syntaxe. La plupart des analyses abordent
également les problèmes du vocabulaire et de la sémantique.

La phonétique est l’étude de tous les sons de la parole et de la façon dont ils sont produits. Elle se
distingue de la phonologie qui est l’étude et l’identification des phonèmes, c’est-à-dire des sons
distinctifs d’une langue.

La morphologie traite des unités porteuses de sens dans la langue, qu’on appelle morphèmes. Il
peut s’agir de mots autonomes (pomme, maison, joie), de terminaisons de mots comme le -s du
pluriel (maisons, pommes), de désinences verbales -er et -ir pour l’infinitif des verbes du premier
et du deuxième groupe, -ant pour le participe présent (jouant), de préfixes et de suffixes (dé- dans
défaire, détourner ; in- dans incrédule, incroyable ; -ible dans impossible ; -ier dans sucrier,
saladier). On compte également parmi les morphèmes des modifications internes indiquant des
catégories grammaticales comme le nombre (cheval, chevaux).

La syntaxe porte sur les relations entre les éléments que constituent les mots dans une phrase. Par
exemple, en français, l’ordre des mots est en général sujet-verbe-complément : Marie a acheté
une tarte. L’ordre une tarte a acheté Marie n’a pas de sens sur le plan de la syntaxe française.

3 PREMIÈRES APPROCHES DE LA LINGUISTIQUE

Depuis les balbutiements, dans l’Antiquité jusqu’au XIVe siècle, la linguistique se résumait
principalement à la philologie. Au Ve siècle av. J.-C., le grammairien indien Panini décrivit et
analysa les sons et les mots du sanskrit. Plus tard, les Grecs et les Romains introduisirent la notion
de catégories grammaticales qui, pour l’essentiel, sont celles qui servent toujours de noyau à la
grammaire.

Par la suite, le développement de l’imprimerie, la multiplication des traductions de la Bible dans de


nombreuses langues et l’essor de nouvelles littératures rendirent possible la comparaison des
langues. Au début du XVIIIe siècle, le philosophe allemand Leibniz avait suggéré que l’égyptien, les

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langues européennes et asiatiques avaient peut-être un ancêtre commun. Même si ce postulat s’est
révélé par la suite partiellement faux, il n’en a pas moins donné son impulsion initiale à la
philologie comparée (ou linguistique comparée). Vers la fin du XVIIIe siècle, un érudit britannique du
nom de sir William Jones observa que le sanskrit présentait des similitudes avec le grec et le latin,
et il avança l’idée que ces trois langues avaient peut-être une origine commune. Au début du
XIXe siècle, les linguistes allèrent beaucoup plus loin dans cette hypothèse. Le philologue allemand
Jacob Grimm et le danois Rasmus Christian Rask remarquèrent que, lorsque les phonèmes d’une
langue correspondaient selon un schéma régulier à des phonèmes qui occupaient une place
similaire dans des mots d’une autre langue apparentés sur le plan du sens, les correspondances
étaient cohérentes. Par exemple, les phonèmes initiaux du latin pater (« père ») et ped- « pied »
correspondent de façon régulière aux mots anglais father et foot. Voir aussi Grimm, loi de.

À la fin du XIXe siècle, les correspondances des sons avaient été largement étudiées. Un groupe de
spécialistes des langues européennes, connu sous le nom de néogrammairiens, avança l’idée que
non seulement les correspondances de sons entre des langues apparentées étaient régulières, mais
que les exceptions à ces règles phonétiques provenaient uniquement d’emprunts à une autre
langue (ou d’une règle complémentaire portant sur la régularité des changements de sons). Par
exemple, le latin d devrait correspondre à l’anglais t, comme dans dentalis qui signifie tooth (dent).
Le mot anglais dental a toutefois un son d. Les néogrammairiens en ont conclu que l’anglais a
emprunté dental au latin, tandis que tooth (qui contient le t attendu selon la règle de
correspondance régulière) est un mot anglais « d’origine ».

On désigne du nom de méthode comparative la méthode qui consiste à comparer des mots
apparentés de différentes langues pour découvrir l’existence de changements réguliers de sons.
Cette méthode a permis de dégager des familles de langues, c’est-à-dire des groupes de langues
apparentées. On a ainsi pu énoncer le principe d’une famille indo-européenne composée de
nombreux sous-groupes ou branches.

La description de correspondances régulières de sons a également permis de comparer diverses


formes d’une langue donnée telle qu’elle est parlée dans plusieurs régions par différentes
populations. Ce domaine d’étude porte le nom de dialectologie. Il peut s’attacher aux différences
de sons, de constructions grammaticales ou de vocabulaire, ou bien traiter ces trois thèmes en
même temps. Par exemple, les études sur les dialectes ont permis de dégager en Allemagne un
grand nombre de dialectes correspondant aux régions historiques. On citera notamment le dialecte
du nord (Plattdeutsch), le souabe (Schwäbisch), le dialecte parlé dans le Palatinat (Tsälzisch), celui
parlé dans la région de Cologne (Kölsch), le bavarois (Bayerisch). L’allemand parlé en Suisse
alémanique et celui utilisé en Autriche sont également des variétés dialectales.

4 APPROCHES MODERNES

Au XXe siècle, l’étude de la linguistique s’est développée dans plusieurs directions.

4.1 Linguistique descriptive et structurale

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En linguistique descriptive, les spécialistes recueillent des données auprès de locuteurs natifs ; ils
analysent les composants de leurs discours et organisent les données en fonction de niveaux
hiérarchiques distincts : phonologie, morphologie et syntaxe. Ce type d’analyse a d’abord été
effectué par Franz Boas et par Edward Sapir quand ils décrivirent les langues amérindiennes qui
n’étaient pas encore consignées. Contestant les méthodes et les techniques de description
linguistique qui s’appuyaient sur les textes écrits, ils élaborèrent des méthodes permettant
d’identifier les sons distincts ou signifiants d’une langue et les unités minimales de combinaisons de
sons porteuses de sens (par exemple, les racines des mots et les affixes).

S’appuyant sur le travail de linguistes descriptifs comme Boas et Sapir, Leonard Bloomfield proposa
une analyse béhavioriste de la langue, qui s’éloignait autant que possible de considérations
sémantiques. Il mit l’accent sur les procédures permettant de découvrir les sons et la structure
grammaticale de langues qui n’étaient pas encore consignées. Ces procédures sont à la base de ce
que l’on a appelé le structuralisme américain.

Alors que le structuralisme américain portait toute son attention sur les énoncés de parole, en
Europe, le structuralisme mettait l’accent sur le système abstrait et sous-jacent de la langue que
l’on pouvait distinguer des instances du discours. Cette approche se manifesta pour la première
fois en 1916 avec la publication posthume de l’œuvre du linguiste suisse Ferdinand de Saussure.
Ce dernier établissait une distinction entre les concepts de langue et de parole. Par langue,
Saussure entendait la connaissance commune aux locuteurs d’une langue de ce qui est
grammaticalement correct dans leur langue. Le terme parole désignait les propos qui sont
effectivement tenus dans la langue.

4.2 Cercle linguistique de Prague

Les partisans d’une autre forme de linguistique, qui s’est épanouie à Prague dans les années
trente, se sont partiellement détachés de l’idée de structure de la langue — qui demeure
néanmoins centrale dans leurs travaux — afin d’essayer d’expliquer la relation existant entre ce qui
est dit et le contexte. Ces linguistes mirent l’accent sur la fonction des éléments d’une langue et ils
insistèrent sur le fait que la description d’une langue doit inclure celle de la façon dont les
messages sont communiqués. Dans le domaine de la phonologie, le concept de traits distinctifs, qui
permet de dégager dans les phonèmes les points d’articulation et les éléments acoustiques, a été
adopté par d’autres écoles d’analyse de la langue.

4.3 Grammaire générative et transformationnelle

Au milieu du XXe siècle, Noam Chomsky a proposé une nouvelle approche selon laquelle la
linguistique devait dépasser la description de la structure des langues pour fournir une explication
sur la façon dont les phrases sont interprétées et comprises dans n’importe quelle langue. Il
avança que ce processus pouvait être analysé à l’aide d’une grammaire universelle (conçue comme
modèle ou théorie de la connaissance linguistique, également désignée comme compétence). La
compétence linguistique se réfère à la connaissance innée et souvent inconsciente qui permet aux
individus de produire et de comprendre des phrases qu’ils n’ont jamais entendues auparavant. On

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appelle grammaire générative un système d’analyse de la langue qui permet de générer toutes les
phrases grammaticalement correctes dans une langue et d’éliminer les constructions incorrectes.

Selon Chomsky, il existe d’une part des règles de grammaire universelle et, d’autre part, des règles
propres à chaque langue. Dans le cas de langues spécifiques, on utilise à la fois des règles
universelles et des règles particulières. Ces dernières permettent d’agencer les éléments de la
phrase de différentes façons (par exemple, dans le cas de ce que la grammaire traditionnelle
appelle la transformation passive, « Le chat mange la souris », et « La souris est mangée par le
chat », le contenu sémantique est stable à travers chacune des deux phrases, qui peuvent être
interprétées comme des paraphrases). On appelle grammaire transformationnelle une grammaire
qui prend en compte les unités sémantiques sous-jacentes et les transforme pour produire des
phrases compréhensibles, composées d’unités rangées selon un ordre reconnaissable. Par
conséquent, une grammaire générative et transformationnelle génère toutes les phrases
acceptables d’une langue et utilise des règles, appelées transformations, qui permettent de
changer les éléments sous-jacents en propos tenus par un individu.

4.4 Linguistique comparée moderne

Au XXe siècle, la linguistique comparée vise à définir des familles de langues dans des zones comme
l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, la Nouvelle-Guinée et l’Afrique. Dans ces régions, il ne fut
possible que récemment de collecter les nombreuses données nécessaires à la reconstitution des
stades antérieurs des langues parlées actuellement. Ces résultats ont permis de dégager les
relations des familles de langues.

La linguistique moderne est également impliquée dans la recherche des universaux du langage. Un
intérêt nouveau s’est porté sur les caractères typologiques des langues du monde, et les linguistes
comparent maintenant les langues du point de vue de leurs structures syntaxiques et de leurs
catégories grammaticales (telles que les langues à genres, par opposition à celles qui n’en ont pas,
et les langues avec sujets par opposition aux langues avec thèmes). Ainsi, dans le projet sur les
universaux du langage de l’université Stanford, le linguiste américain Joseph Greenberg et ses
collègues ont montré que les langues qui partagent le même ordre de mots fondamentaux (tel que
sujet-verbe-objet, objet-verbe-sujet ou objet-sujet-verbe) ont également en commun d’autres
éléments de structure. De telles études comparées traduisent les efforts entrepris pour révéler
dans toute leur diversité les systèmes sonores, structuraux et sémantiques des langues du monde.

4.5 Analyses sociologiques et psychologiques

Le champ de la psycholinguistique est à la confluence des études de psychologie et de linguistique.


Elle a, par exemple, pour centres d’intérêt l’acquisition du langage par l’enfant, la perception de la
parole, l’aphasie et l’étude des rapports entre le langage et le cerveau ou neurolinguistique. Voir
variation (linguistique).

La sociolinguistique est l’étude des fonctions de la langue en société. Cette discipline s’efforce de
décrire la façon dont les individus appliquent des règles de parole différentes selon les situations.

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On peut, par exemple, étudier les raisons pour lesquelles un individu s’adresse à une personne en
la vouvoyant et en l’appelant par son nom de famille ou par son prénom.

Les sociolinguistes pensent qu’il est possible de comprendre les mécanismes des changements de
langue en étudiant les forces sociales qui déterminent l’usage de formes différentes selon les
circonstances. Par exemple, dans certains dialectes de l’anglais américain, la prononciation du
son -r est liée à la classe sociale du locuteur. Dans des expressions comme « fourth floor »,
certaines personnes prononcent le -r et d’autres pas, et l’usage du son -r correspond apparemment
à un créneau socio-économique précis. Selon une étude portant sur l’anglais de la ville de
New York, les personnes qui souhaitent passer de la petite à la haute bourgeoisie attachent un
certain prestige à la prononciation du -r. Parfois même, ils pratiquent une hypercorrection et
prononcent le -r là où ceux qu’ils prennent pour modèle ne le font pas.

langue et langage
1 PRÉSENTATION

langue et langage, systèmes structurés de signes oraux ou écrits qui permettent la communication
entre les êtres humains. Plus précisément, le langage est la faculté que possède l'être humain de
s'exprimer, ce qu'il fait au moyen d'une langue, système de communication propre à la
communauté à laquelle il appartient. Dans la perspective des recherches sur la cognition, le
langage joue un rôle dans la connaissance.

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2 APPROCHES DU LANGAGE

Le langage peut être étudié du point de vue de sa structure et de celui de son utilisation. La
discipline à laquelle est spécifiquement dévolue l'étude du langage et des langues dans leur
diversité est la linguistique. Un certain nombre des concepts de la linguistique a cependant pour
origine des notions anciennement élaborées par la grammaire et la philosophie du langage. Pour ce
qui est de l'étude de l'utilisation du langage dans ses formes littéraires, elle relève de la rhétorique,
de la stylistique, de la poétique ou de l'herméneutique.

3 LANGAGE ET COMMUNICATION ANIMALE

L'étude du langage comme moyen d'expression inclut nécessairement l'étude des gestes et des
sons. Si l'on considère que les animaux s'expriment à l'aide de gestes et de sons, on peut se
demander s'il est possible de parler à bon droit d'un langage animal. Ce qu'on appelle
« communication animale » concerne la manière dont les espèces communiquent à l'aide de signes
non verbaux. C'est seulement par métaphore que l'on peut parler de langage animal, dans la
mesure où le langage ne peut pas être réduit à sa fonction de communication, et où il présente un
certain nombre de différences irréductibles. Les langues offrent en permanence la possibilité de
communiquer de nouveaux messages, ce qui n'est pas le cas de la communication animale. Elles
distinguent le contenu communiqué des mots servant à le communiquer. Enfin, l'objet de la
communication peut se référer au passé et au futur, caractéristiques que ne possèdent pas les
systèmes de signes non verbaux. Voir aussi Comportement animal.

4 CARACTÈRES ESSENTIELS DE LA PAROLE

Certains facteurs sont nécessaires à l'existence du langage humain. Il s'agit de facteurs


physiologiques (le corps doit être capable de produire les sons de la parole), de facteurs
grammaticaux (la parole doit avoir une structure), et enfin de facteurs sémantiques (l'esprit doit
être capable de traiter le sens des paroles ; voir Sémantique).

4.1 Physiologie

L'être humain semble être, parmi les organismes vivants, celui qui dispose du système de
communication le plus efficace. Dans le cas de la parole, un souffle d'air est produit par les
poumons et il est modulé par la vibration (ou l'absence de vibration) des cordes vocales, ainsi que
le mouvement de la langue, du voile du palais et des lèvres (voir Voix). Le passage de l'air
provenant des poumons peut être obstrué à des degrés divers ; il peut être ou non dirigé vers la
cavité nasale ou, au contraire, en être détourné. (Voir Phonétique.)

4.2 Grammaire

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Les langues utilisent des sons pour produire du sens. Elles possèdent une structure hiérarchique
descriptible à trois niveaux correspondant aux trois paliers de l'analyse grammaticale. Le niveau
phonologique prend en charge la description des sons, ou, plus précisément, des phonèmes, c'est-
à-dire les sons qui ont une valeur distinctive à l'intérieur du système d'une langue donnée ([f] est
un phonème du français, mais non [θ] de l'anglais thing, par exemple, qui existe en revanche dans
d'autres langues). La morphologie étudie les unités significatives ou morphèmes, qui peuvent soit
coïncider avec le mot, soit être une partie d'un mot. La syntaxe étudie la façon dont les mots se
combinent pour constituer des phrases. (Voir Grammaire).

4.3 Sémantique

Conçue initialement par Michel Bréal comme une « science des significations », la sémantique peut
également être considérée comme recueillant tout l'héritage de la philosophie antique et
médiévale, dans le domaine de la réflexion sur la signification. La sémantique s'efforce de répondre
à des questions comme « quel est le sens du mot X ? », « que signifie X ? », non pas en disant « X
signifie x ! », ce que tout locuteur parlant la langue dans laquelle X existe est capable de faire,
mais en étudiant la manière dont les signes réfèrent à des choses extra-linguistiques et s'opposent
entre eux au sein du système d'une langue donnée.

La sémantique linguistique, celle qui traite du sens des mots et des expressions, est
nécessairement plus restreinte que celle qui, traitant du sens des phrases et des énoncés, inclut la
composante pragmatique, c'est-à-dire des considérations sur l'intentionnalité et la différence entre
le sens littéral d'un énoncé et son sens intentionnel. Littéralement, un énoncé tel que « Pourriez-
vous me passer le sel ? » est une question, mais du peu de probabilité d'une réponse telle que
« oui, je peux, ce n'est pas très difficile », on peut déduire que son sens intentionnel n'est pas
d'être une question, mais une demande polie.

Selon qu'on définit la sémantique comme l'étude du sens, comme l'étude du sens des mots ou
comme celle du sens des mots, des phrases et des énoncés, on lui assigne un domaine dont
l'ampleur est variable. (Voir Sémantique.)

5 LANGUES DU MONDE

La communication, qu'elle passe par la parole, par le geste ou par d'autres types de signaux,
implique les mêmes processus pour tous les humains. Toutefois, les langues parlées actuellement
dans le monde sont très nombreuses, et il existe de grandes différences entre elles sur le plan des
systèmes phoniques comme sur celui des structures grammaticales.

5.1 Classification par la forme

Les langues peuvent être classées selon la forme de leur grammaire. Au début du XIXe siècle, les
linguistes se sont efforcés de regrouper les langues selon quatre catégories morphologiques ou
typologiques qui sont liées à la façon dont les mots sont formés. Il s'agit des catégories dites
« isolantes », « agglutinantes », « flexionnelles » et « incorporantes ».

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Les langues dites isolantes possèdent, en général, des mots indépendants et isolés, sans préfixes
ni suffixes. La langue qui représente le mieux ce type est le vietnamien, dans lequel le nombre de
mots correspond de façon assez exacte au nombre de morphèmes.

Dans les langues dites agglutinantes (du latin, agglutinare « coller sur »), les mots sont composés
de racines ou éléments de base, et d'un ou de plusieurs morphèmes de sens différents. Parmi les
langues agglutinantes, dont les mots sont constitués par des suites de morphèmes agglutinés, on
trouve le turc, où äv signifie la « maison », ävdä « dans la maison », ävlär « les maisons » et
ävlärda « dans les maisons ». Les morphèmes sont simplement accolés les uns aux autres et
conservent leur identité morphologique dans les mots, si bien qu'ils sont facilement repérables.

Dans le cas des langues flexionnelles, l'unité de base a fusionné avec les parties ajoutées qui n'ont
plus de signification indépendante. En latin, la personne et le nombre du sujet se reflètent dans la
forme du verbe, comme dans fero (« je porte »), ferimus (« nous portons ») et ferent (« ils
portent »).

Une langue incorporante se caractérise par le fait que les compléments d'objet directs, indirects et
les autres éléments de la phrase sont incorporés dans le verbe. Par exemple, en swahili ( voir
Afrique, langues d'), le mot hatukuviwanunulia signifie « Nous ne les avons pas achetées pour
eux » (« les » : « choses » ; « eux » : « les gens »). Les composants de ce mot sont ha
(négation), tu (« nous »), ku (indication du passé), vi (« les »), wa (« eux ») et nunulia
(« acheter »).

5.2 Classification génétique

Deux langues peuvent avoir des modes similaires de formation des mots, sans être pour autant
apparentées. Établir les relations de parenté unissant des langues consiste à étudier leur
généalogie et à les classer génétiquement. À la différence d'une classification typologique, une
classification génétique suppose que l'on compare des unités de sons et de sens de différentes
langues dans le but de découvrir une origine commune.

Comme dans le cas des ressemblances entre individus d'une même famille, les similitudes entre
langues apparentées ne dépendent ni de l'endroit ni de la période pendant laquelle les langues sont
parlées. Les membres d'une famille de langues sont unis par un lien historique et descendent tous
d'une même langue originaire. Les arbres généalogiques montrent les relations de parenté entre
les langues. La langue la plus ancienne que l'on connaisse se trouve à la cime de l'arbre, et les
branches inférieures indiquent les liens de parenté, plus ou moins distants, qui existent entre les
membres vivants de la famille. Des langues peuvent être dites « apparentées » dans la mesure où
elles présentent des correspondances régulières systématiques à la fois sur le plan du son et sur
celui du sens.

5.2.1 Familles asiatiques et européennes

La famille de langues la plus connue est l'indo-européen, qui représente environ 1,6 milliard de
locuteurs et comprend la plupart des langues de l'Europe et du nord de l'Inde. L'indo-européen se

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compose des langues romanes, germaniques, celtiques, baltes, slaves, indo-iraniennes, du grec, de
l'arménien et de l'albanais, auxquels s'ajoutent le hittite et le tokharien aujourd'hui disparus. Les
relations de parenté d'une langue comme l'anglais avec d'autres langues indo-européennes comme
le suédois (groupe germanique nord), le latin (groupe roman) et le sanskrit (groupe indo-iranien)
sont de plus en plus lointaines, selon qu'il s'agit du suédois, assez proche, ou du sanskrit.

Il existe plusieurs dizaines de familles de langues, et l'indo-européen n'est que l'une d'entre elles ;
des regroupements plus larges ont également été proposés, les diverses classifications des langues
ne faisant pas l'unanimité parmi les linguistes.

Il existe, en Europe, d'autres langues que celles de la famille indo-européenne. Le basque est une
langue isolée, qui n'a pas de liens de parenté connus avec d'autres langues ; le finnois, l'estonien,
le sami (lapon) et le hongrois sont les membres les plus occidentaux de la branche finno-ougrienne
de la famille ouralienne (qui comprend également diverses langues des montagnes de l'Oural et de
la Sibérie). La famille altaïque a pour branches principales le turc, les langues mongoles et le
mandchou (voir Altaïques, langues). Plusieurs langues sibériennes, qui ne sont pas apparentées,
sont désignées sous le nom de langues paléo-sibériennes. Dans le Caucase, trois groupes de
langues, qui sont peut-être apparentés, ont été identifiés. Le géorgien est la plus connue des
langues caucasiennes.

De nombreuses langues de l'Inde et des régions voisines du nord-ouest appartiennent à la branche


indo-iranienne de l'indo-européen. Deux autres groupes — les langues mounda, habituellement
considérées comme une branche des langues austro-asiatiques, et la famille dravidienne —
représentent plus de 80 millions de locuteurs (voir Inde, langues de l'). En Asie du Sud-Est, les
langues sino-tibétaines sont parlées par des millions de locuteurs. Les principales branches de cette
famille sont représentées par le tibéto-birman et le chinois (qui inclut de nombreuses langues
distinctes). On a pu rattacher à cette famille les langues thaïes (qui comprennent le thaï
proprement dit ou siamois), mais certains ont considéré qu'elles n'avaient pas la même origine.

5.2.2 Langues de l'Afrique et du Pacifique

Dans le Pacifique, il existe trois grands groupes de langues. On trouve d'abord la famille des
langues malayo-polynésiennes, qui possède une branche occidentale ou indonésienne et une
branche orientale ou océanienne ; on trouve ensuite les langues papoues, qui constituent un
groupe régional de la Nouvelle-Guinée composé de différentes langues isolées et de familles de
langues (dont certaines sont peut-être apparentées) ; enfin, il existe les langues des Aborigènes
d'Australie, qui sont apparentées les unes aux autres, sans être liées aux langues non
australiennes. La langue aujourd'hui disparue de Tasmanie pourrait représenter un quatrième
groupe.

Les langues de la famille chamito-sémitique ou afro-asiatique sont parlées au Proche-Orient et en


Afrique. Cette famille est constituée de cinq branches : les langues sémitiques, qui comprennent
l'arabe et l'hébreu, le tchadien, qui comprend le haoussa, très répandu en Afrique de l'Ouest, le
berbère, le couchitique et l'égypto-copte (aujourd'hui disparu). Trois autres familles importantes
existent en Afrique. De la famille Niger-Kordofan, la branche principale est le nigéro-congolais ;
celui-ci comprend les langues bantoues (comme le swahili et le zoulou), qui constituent le groupe

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de langues le plus répandu en Afrique. Dans la famille nilo-saharienne, le groupe principal est le
chari-Nil ; sa branche nilotique comprend des langues comme le massaï. La famille khoisan inclut
les langues parlées par les populations du désert du Kalahari. Voir Afrique, langues d'.

5.2.3 Langues amérindiennes

Selon les classifications traditionnelles des langues amérindiennes, plus de cent cinquante familles
sont identifiées. Beaucoup de petites familles de ces langues ne sont pas rattachées à des groupes
plus larges, et il existe de nombreuses langues isolées.

Le long de la côte arctique et au Groenland, l'inupiq (famille des langues eskimo-aléoutes) est parlé
par les Inuits. Dans les régions subarctiques du Canada, il existe diverses langues athabascanes et
algonquines. Aux États-Unis, à l'est du fleuve Mississippi, on trouve surtout des langues
algonquines, iroquoiennes et muskogéennes. Dans les Grandes Plaines, la famille prédominante est
le sioux, mais les langues caddo et algonquines de l'ouest sont également parlées. Les langues
shoshones (de la famille uto-aztèque) sont dominantes dans le Grand Bassin ; elles sont bordées,
au nord, par la famille sahapti. Sur la côte nord-ouest, on trouve les familles salish et wakash, le
tlingit (que l'on pense apparenté aux langues athabascanes) et le haida, qui est probablement une
langue isolée. La branche apache de la famille athabascane est répandue dans tout le sud-ouest,
elle côtoie la famille yuman et la langue pima-papago (uto-aztèque) en Arizona et en Californie du
Sud. La famille uto-aztèque (aztèque ou nahuatl) est importante au Mexique et en Amérique
centrale. La famille maya comprend environ deux douzaines de langues avec des millions de
locuteurs.

Selon les points de vue adoptés, les linguistes classent les langues d'Amérique du Sud en plus de
quatre-vingt-dix familles et langues isolées ou bien en trois grands groupes qui englobent
pratiquement toutes les langues. Ces grands groupes, qui correspondent à des familles élargies ou
à des ensembles de familles qui peuvent être lointainement apparentées, sont les suivants : le
macro-chibcha, l'andino-équatorial et le ge-pano-caraïbe. Voir Amérindiennes, langues.

5.3 Langue parlée et écrite

Il existe toutes sortes de systèmes d'écriture. En chinois, on utilise un caractère écrit pour chaque
morphème. La forme écrite du cherokee contient un symbole pour chaque syllabe composée d'une
consonne et d'une voyelle. Le japonais s'écrit également avec un système de ce type, appelé
« syllabaire ». Dans les systèmes écrits qui utilisent un alphabet, comme l'alphabet latin, chaque
symbole représente théoriquement un phonème dans la langue parlée. L'alphabet latin comporte
vingt-six lettres, et les langues qui l'utilisent font, en général, appel à toutes les lettres, quel que
soit le nombre de phonèmes qu'elles possèdent. Un même phonème peut être retranscrit par
plusieurs lettres ([f] peut être représenté par le digramme ph, par exemple).

Une fois historiquement fixée, la forme écrite d'une langue est à peu près statique et reflète la
forme de la langue à l'époque où l'alphabet, le syllabaire ou le système de caractères a été adopté.
Au contraire, la forme parlée étant dynamique et soumise au changement, il est fréquent que les
formes écrite et parlée ne coïncident plus (voir Orthographe).

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Dans le cas de langues dont les systèmes écrits ont été récemment créés, comme le swahili, ou
réformés, comme l'hébreu, les formes écrites ou parlées ont plus de chances de correspondre. À la
différence de la parole, l'écrit peut ne pas prendre en compte la hauteur d'un son ni l'accentuation,
mais peut inclure des signes de ponctuation et des lettres majuscules. Les formes écrites et parlées
d'une langue diffèrent également parce que l'écrit n'intègre pas les différences orales entre les
dialectes. Par exemple, le locuteur d'un dialecte chinois peut très bien lire les caractères d'un autre
dialecte chinois, alors qu'il est incapable d'en comprendre la langue parlée. De même, les locuteurs
de différents dialectes allemands écrivent tous l'allemand standard, le hochdeutsch, ou
hochsprache.

5.4 Langue standard et non standard

La forme écrite d'une langue a toujours été dotée de plus de prestige que la forme parlée. Elle peut
également posséder une grammaire plus complexe et un vocabulaire particulier. Dans les pays
arabophones, les gens cultivés utilisent parfois l'arabe classique aussi bien à l'écrit qu'à l'oral,
tandis que les autres ne parlent qu'en arabe courant. Toute langue standard est un dialecte qui,
pour des raisons historiques, administratives et politiques, a été imposé au détriment des autres.

5.5 Dialecte, argot et jargon

Un dialecte est une variété de langue propre à un groupe géographique et qui diffère de la langue
standard. Les gens qui ont des activités en commun, ceux qui exercent une même profession ou
qui évoluent dans le même milieu professionnel, utilisent un jargon spécifique. Il existe, par
exemple, un jargon des juristes, des membres du clergé et des critiques d'art. Ce qu'on appelle
« argot » est initialement le vocabulaire de la pègre, un ensemble d'expressions permettant aux
malfrats de se comprendre sans être compris des autres. Une partie du vocabulaire d'origine
argotique se retrouve dans la langue courante et est recensé par les dictionnaires.

5.6 Pidgins et créoles

Tout comme une langue peut se diversifier par l'existence de dialectes et d'argots, les langues
peuvent changer globalement ; le latin, par exemple, a évolué sous la forme des différentes
langues romanes. Parfois, des changements rapides résultent de contacts — commerciaux,
administratifs, institutionnels — entre des locuteurs qui parlent des langues différentes. De telles
circonstances peuvent donner naissance à un pidgin. Les pidgins sont fondés sur la grammaire
d'une seule langue, mais leur vocabulaire est influencé par d'autres langues. Leurs systèmes
phoniques sont relativement réduits, leurs vocabulaires limités et leurs grammaires simplifiées et
modifiées. Les pidgins n'ont pas de locuteurs natifs. Quand les locuteurs d'un pidgin ont des
enfants dont c'est la langue maternelle, le pidgin devient alors une langue créole. Tel est le cas du
krio, qui est maintenant la langue nationale de la Sierra Leone, en Afrique de l'Ouest. Le krio est né
de ce qui était à l'origine un pidgin fondé sur l'anglais.

5.7 Langues internationales

12
Face à la diversité linguistique de la planète, un certain nombre de langues ont été proposées
comme un moyen de résoudre les problèmes internationaux censés avoir pour origine les difficultés
de la communication. On a parfois considéré que les langues naturelles étaient capables de remplir
ce rôle. Plus souvent, des efforts ont été entrepris afin de construire des langues artificielles que
chacun puisse apprendre.

Un certain nombre de langues artificielles ont connu leurs heures de gloire, puis sont tombées en
désuétude. Une langue artificielle comme l'espéranto a connu un certain succès grâce à une
grammaire régulière, une prononciation facile et un vocabulaire fondé sur le latin, le grec ainsi que
sur les langues romanes et germaniques. Mais pour des locuteurs parlant des langues autres que
les langues romanes ou germaniques, l'espéranto était néanmoins assez difficile à apprendre. Le
LOGLAN (« Logical Language ») est un nouveau langage destiné à un usage international. Présenté
comme libre de toute attache culturelle, ce langage, créé en laboratoire, est censé permettre aux
locuteurs d'exprimer leurs pensées clairement et sans ambiguïté. Son système phonique est limité
et sa grammaire comprend peu de règles ; son vocabulaire provient des huit langues les plus
parlées actuellement dans le monde.

Même si une langue internationale parfaite était créée et adoptée, nous n'aurions cependant, en
aucun cas, l'assurance que les problèmes de communication mondiale seraient ainsi réduits. Bien
plus, on ne comprend toujours pas les processus de pensée qui lient les idées aux langues. Même
si chacun apprenait sérieusement l'espéranto ou le LOGLAN, et l'utilisait dans les négociations
publiques ou internationales, il est probable que des phénomènes de modification de langue
apparaîtraient assez vite. Il existerait ainsi, de par le monde, des dialectes d'espéranto ou d'une
quelconque langue internationale, qui aboutiraient finalement à une différenciation encore plus
grande ou à des phénomènes de pidginisation ou de créolisation.

L'anglais, qui à bien des égards fonctionne comme une langue internationale, a déjà commencé à
se modifier dans les différentes parties du monde où il est parlé. L'anglais parlé en Inde est
différent à la fois de l'anglais américain et de l'anglais britannique.

6 DÉVELOPPEMENT, CHANGEMENT ET CROISSANCE DES LANGUES

Défini comme la production et la compréhension de la parole, le langage a connu une évolution qui
a suivi celle de l'espèce humaine. Comme système de communication, il peut être rapproché des
systèmes de communication d'autres animaux. Toutefois, comme nous l'avons indiqué
précédemment, le langage humain a une dimension de création et d'interprétation qui le rend
unique. Les scientifiques pensent que la parole humaine implique la spécialisation d'une partie de
l'hémisphère gauche du cerveau (ère de Broca). Il est possible que ce soit cette spécialisation
physiologique qui marque la séparation entre le langage humain et la communication animale.

L'immense diversité des langues dans le monde montre qu'une fois apparu au cours de l'évolution
de l'Homme, le langage humain s'est modifié très vite. S'il a existé une langue originelle, ses sons,
sa grammaire, son vocabulaire nous restent à jamais inconnus. La linguistique historique, qui
s'efforce de découvrir et de décrire comment, pourquoi et sous quelle forme les langues
apparaissent, peut simplement suggérer des hypothèses qui expliquent les changements des
langues.

13
Au XVIIIe siècle, Leibniz suggéra que toutes les langues anciennes et modernes provenaient d'une
protolangue unique. Cette théorie est appelée « monogénétisme ». La plupart des chercheurs
pensent qu'une telle langue peut, dans le meilleur des cas, être considérée uniquement comme un
ensemble de formules hypothétiques à l'origine des différentes langues, et qui expliquerait leurs
liens de parenté. Il est peu probable que cette reconstruction corresponde à une langue originelle
qui ait été effectivement parlée. Bien que beaucoup de langues modernes dérivent d'un ancêtre
commun, il est également possible que le langage soit apparu simultanément dans un grand
nombre d'endroits du globe. On appelle « polygénétisme » la théorie selon laquelle les familles de
langues actuelles découlent de nombreuses langues originelles.

Que le langage relève en définitive du monogénétisme ou du polygénétisme, on peut considérer


que les différences entre les langues sont assez superficielles. Même si des langues comme le
chinois, le français et le swahili ont apparemment peu de points communs, ce qui distingue les
langues est finalement de moindre importance que ce qui les rapproche. Les sons et les
combinaisons de sons, malgré les spécificités de traitement propres à chaque langue, sont tirés
d'un ensemble universel de sons possibles qui sont à la disposition de toutes les langues. De
même, les langues possèdent des structures individuelles qui proviennent d'un fonds commun de
structures possibles. En d'autres termes, les sons et les structures d'une langue peuvent être
assimilés par n'importe quel individu, même si ce dernier ne les utilise pas dans sa langue
maternelle. Le champ des variations possibles semble ainsi limité par les structures universelles du
langage.

Lorsqu'une langue connaît des changements importants, à la fois sur le plan du vocabulaire, sur
celui du son et sur celui de la structure, c'est la langue dans son ensemble qui devient autre. Ce
phénomène se rencontre dans les cas de pidginisation ou de créolisation d'une langue ; il s'est
également produit lors de la formation des langues romanes modernes issues du latin. Quand un
dialecte minoritaire devient dominant et se sépare des autres dialectes, il devient, en fin de
compte, inintelligible pour les autres dialectes et il peut donner naissance à ses propres dialectes,
ou se créoliser, dans un mouvement sans fin. Ces phénomènes de formation et de développement
caractérisent le langage sous toutes ses formes, et sont l'expression vivante à la fois de la nature
humaine et de la culture.

grammaire
1 PRÉSENTATION

14
La Hyre, Allégorie de la grammaire
Laurent de La Hyre, Allégorie de la grammaire, 1650. Huile sur toile, 102,9 × 113 cm. The National Gallery,
Londres.
National Gallery Collection; By kind permission of the Trustees of the National Gallery/Corbis

grammaire, ensemble des règles qui régissent une langue. On distingue souvent l'étude des règles
de construction des mots dans l'énoncé (syntaxe) de celle des règles de variations des formes du
mot (morphologie).

Le développement de la grammaire est historiquement lié à l'étude des textes et à l'enseignement.


La grammaire aujourd'hui trouve ses bases dans la linguistique ou plutôt dans ses différentes
écoles. Le mot grammaire est enfin parfois utilisé dans un sens élargi (grammaire de l'image, du
récit) pour désigner l'étude d'objets pouvant être analysés sur le modèle des études linguistiques.

2 LES TYPES DE GRAMMAIRE ET LEURS ORIGINES

La grammaire est étymologiquement l'« art de bien lire et de bien écrire », c'est-à-dire un savoir
sur la langue. Plusieurs raisons existent pour constituer ce savoir sur la langue.

2.1 La philologie

La raison qui semble historiquement la plus ancienne et géographiquement la plus répandue est la
volonté de lire et éventuellement d'écrire une langue différente de la langue ordinaire qui peut être
littéraire, archaïque, voire complètement disparue comme langue d'usage courant. Cette langue
peut être la langue de textes fondateurs (religieux par exemple : sanskrit, hébreu biblique, arabe

15
coranique) ou une langue savante, souvent les deux à la fois (latin savant de l'Occident médiéval et
moderne). Dans ce cas-là, la grammaire équivaut à la philologie. Ainsi Panini (considéré comme le
plus ancien grammairien, IVe siècle av. J.-C.) fixa-t-il la grammaire du sanskrit, langue « divine »
disparue de l'usage courant depuis déjà plusieurs siècles. Au IIIe siècle, à Alexandrie, s'inventa une
grammaire pour lire le grec d'Homère. La grammaire médiévale européenne, premier des « arts
libéraux », était une philologie du latin héritée de l'Antiquité romaine.

2.2 La grammaire normative

Une deuxième raison pour constituer une grammaire est la volonté de fixer parmi les différents
usages contemporains d'une langue courante celui qui devra être adopté par tous comme le « bon
usage » : c'est la grammaire normative. Vaugelas, dans ses Remarques sur la langue française
(1647), propose ainsi comme modèle au français du XVIIe siècle l'usage de la « plus saine partie »
des écrivains et des gens du monde. La grammaire se développera ensuite dans l'enseignement
français pour permettre l'apprentissage d'une orthographe complexe (comme l'a montré
A. Chervel). Dans ses premières éditions, le Bon Usage de Grevisse proposait aux Belges le modèle
du français littéraire perçu comme le « français de France ».

On a pu aussi constituer des grammaires pour permettre l'apprentissage scolaire d'une langue
étrangère : ainsi les grammaires chinoises rédigées par les jésuites des XVIIe et XVIIIe siècles pour
les missionnaires.

On peut enfin constituer une grammaire dans un but simplement intellectuel, par « volonté de
savoir » ; il ne s'agit alors plus d'« édicter des règles », mais de « constater des faits » (pour
reprendre les mots de Saussure). Plusieurs démarches sont alors possibles.

2.3 De la grammaire comparée à la grammaire générative

On peut comparer les langues et établir des familles et des généalogies : il s'agit de la grammaire
comparée. Ainsi, la comparaison des langues romanes permet d'établir qu'elles résultent des
évolutions du latin ; la comparaison entre le latin, le grec ancien, le sanskrit, l'iranien, le vieux
germanique, etc., permet l'hypothèse d'une langue mère baptisée indo-européen. Cette discipline
trouve ses fondations dans les tentatives liées au vieux rêve de la recherche de la langue originelle
(travaux de Leibniz dès le XVIIIe siècle).

On peut aussi retracer toutes les étapes qui, par exemple du latin, permettent d'arriver au français
moderne : c'est la grammaire historique. On peut encore décrire systématiquement un état de
langue donné : c'est la grammaire descriptive (pour le français, travaux de F. Brunot, A. Dauzat,
Damourette et Pichon, H. Frei, M. Camoletti, G. Guillaume, etc.).

On peut enfin essayer de rendre compte non d'une langue particulière mais des mécanismes
universels du langage : le grammairien est alors un théoricien, philosophe ou scientifique :
grammaire spéculative des XIIIe et XIVe siècles, grammaire générale de Port-Royal au XVIIe siècle,
linguistique générale du XXe siècle et ses multiples écoles américaines ou européenne (Ferdinand
de Saussure, Edward Sapir, Nicolas Troubetskoï, Leonard Bloomfield, Louis Hjelmslev, Noam

16
Chomsky, etc.). La linguistique générale européenne a trouvé ses sources dans les problèmes
posés par la grammaire historique et par la grammaire descriptive, la linguistique américaine dans
les problèmes posés par l'ethnologie amérindienne (méthode de Franz Boas pour son manuel des
langues indiennes de 1911) ou la traduction mécanique (grammaire générative de Chomsky).

3 LA DÉMARCHE DE LA GRAMMAIRE DESCRIPTIVE MODERNE

La grammaire descriptive vise à rendre compte avec la plus grande rigueur et la plus grande
exhaustivité possible des usages de la langue et des règles qui font qu'un énoncé fait sens.

3.1 Abandon de la perspective normative

La perspective strictement normative est abandonnée : ainsi on ne dira plus que ça marche pas est
une phrase de « mauvais français » par rapport à cela ne marche pas, mais que l'énoncé relève
d'un registre de langue particulier (registre familier) correct dans certaines situations, déplacé dans
d'autres.

Par ailleurs, la linguistique moderne permet à la grammaire actuelle de redéfinir de façon plus
rigoureuse les traditionnelles « parties du discours » sans les envisager en terme de « nature »
(nom, adjectif, adverbe, article, verbe, conjonction, préposition, interjection) ainsi que les
traditionnelles « fonctions » (sujet, complément, attribut, épithète, apposition).

3.2 Démarche structurale

En effectuant différentes opérations sur des énoncés, on met en évidence des constituants de la
phrase : on observe, par exemple, qu'il est possible de segmenter L'homme sombre arriva en deux
constituants puisqu'il est possible de substituer Paul ou Il à L'homme sombre sans que l'énoncé
perde sa correction grammaticale (appelée « grammaticalité »). Cette analyse se poursuit sur
différents niveaux (inférieurs à la phrase) qu'elle met en évidence (voir Syntaxe) ; on envisage
ensuite pour chacun de ces niveaux les relations fonctionnelles entre constituants.

Cette analyse peut se poursuivre jusqu'au plus petit constituant. Le mot n'est plus considéré
comme une unité autre que graphique : un mot peut être composé de plusieurs unités
significatives (la base d'un verbe et sa désinence, par exemple) et plusieurs mots peuvent en
revanche n'en former qu'une (un nom composé, par exemple). C'est pourquoi la grammaire
descriptive actuelle invite à ne pas opposer radicalement la morphologie (étude des variations
formelles des mots) et la syntaxe (étude des relations fonctionnelles entre les mots). La grammaire
retrouve ainsi son unité morpho-syntaxique et peut être définie globalement comme l'« étude des
règles combinatoires des unités significatives de différents niveaux », de la plus petite jusqu'à la
phrase. (En dessous des plus petites unités significatives commencent l'analyse en sons significatifs
et l'étude de leur combinaison, domaine qui n'est plus celui de la grammaire mais de la
phonologie.)

17
La terminologie grammaticale française actuelle reprend pour l'essentiel la terminologie scolaire
traditionnelle héritée des grammaires du latin et du grec et de l'enseignement de l'orthographe au
XIXe siècle. La terminologie traditionnelle pose cependant souvent des problèmes et entraîne
parfois des confusions. Pour mettre en évidence leur équivalence fonctionnelle, on a ainsi été
conduit à regrouper sous le terme de déterminant des classes de mots traditionnellement appelés,
pour certains, adjectifs et, pour d'autres, articles (notons d'ailleurs que le terme même de
déterminant est pourtant lui-même critiquable : il pourrait faire croire que ces mots apportent une
détermination). À l'inverse, le renouvellement et la prolifération terminologique sous l'influence des
différentes linguistiques ont pu créer dans la terminologie scolaire des confusions et des
divergences : cela a conduit le ministère français de l'Éducation nationale à fixer une nomenclature
officielle en 1975.

lexicographie
1 PRÉSENTATION

18
lexicographie, technique rédactionnelle des dictionnaires et analyse linguistique de cette technique.

2 LA LEXICOGRAPHIE : QUEL OBJET ?

La lexicographie, dans la mesure où elle a pour objectif de réaliser des dictionnaires, c’est-à-dire
des ouvrages pratiques destinés à tous les types de publics, s'efforce de faire une synthèse entre
des savoirs très divers venus de l'étymologie, de la sémantique et de la sémantique historique,
ainsi que de la lexicologie. La fonction du lexicographe est de procéder à une description
linguistique de l'ensemble d'une nomenclature, c'est-à-dire de la liste de mots — appelée
macrostructure — servant d'entrées lexicales et suivis d’un article concernant cette entrée.

Peu de mots étant monosémiques, la structure de l’article — appelée microstructure —, doit


prendre en compte la polysémie et l'homographie des unités lexicales. Dans la mesure où les
dictionnaires rendent compte à la fois de fonctionnements sémantiques en langue et de
fonctionnements sémantiques en discours, la lexicographie, dès les premiers grands dictionnaires
monolingues du français — c'est-à-dire dès le Dictionnaire des mots et des choses (1680) de César
Pierre Richelet (1631-1698), le Dictionnaire universel (1690) d’Antoine Furetière et le Dictionnaire
de l’Académie française (1694) — ne procède pas seulement à une description de la langue mais
aussi à celle des emplois discursifs, et intègre par conséquent des corpus d'occurrences de ces
emplois. Ce sont ces corpus d'exemples — authentiques quand le lexicographe cite un auteur ou
forgés le cas échéant par le lexicographe, littéraires ou tirés du langage ordinaire — qui constituent
le point de départ de la description sémantique, et attestent de sa pertinence. En France, ce sont
les travaux d’Émile Littré, de Pierre Larousse et, plus récemment, ceux de Paul Robert qui posent
les bases de la description lexicographique.

3 LEXICOGRAPHIE, DICTIONNAIRIQUE ET MÉTALEXICOGRAPHIE

À partir des années 1960, et notamment avec l’entreprise du TLF (Trésor de la langue française,
grand dictionnaire de la langue française établi par le CNRS), Bernard Quemada, son directeur de
1977 à 1994, introduit la distinction entre lexicographie et dictionnairique. La lexicographie est la
science qui traite de la description du lexique, indépendamment de toute considération éditoriale,
commerciale ou économique. La dictionnairique est, quant à elle, l’activité de la création des
dictionnaires au sein des maisons d’édition par exemple.

Si les linguistes se sont souvent intéressés aux dictionnaires, les ont souvent cités, peu les ont
jusqu’à présent approchés d’un point de vue théorique. En France, les travaux de linguistes comme
Josette Rey-Debove (Étude linguistique et sémiotique des dictionnaires français contemporains,
1971), Jean Dubois (Introduction à la lexicographie : le dictionnaire, 1971), Bernard Quemada (Les
Dictionnaires du français moderne 1539-1863. Étude sur leur histoire, leurs types et leurs
méthodes, 1968), tout comme ceux en Allemagne de Franz Joseph Hausmann (Dictionnaires :
encyclopédie internationale de lexicographie, 1989) donnent naissance à une nouvelle science : la
métalexicographie, qui est la description scientifique des dictionnaires.

Il faut attendre les années 1980 pour que la lexicographie soit enseignée à l’université. Il existe
aujourd’hui en France un seul DESS (Lille III) qui prépare les étudiants à l’activité de lexicographe.

19
4 LEXICOGRAPHIE ET INFORMATIQUE

Avec l’apparition des ordinateurs et de l’informatique, le lexicographe dispose de nouveaux outils


pour accomplir sa tâche de description de la langue.

4.1 Bases de données

D’importants corpus peuvent être constitués en bases de données à partir de ressources textuelles
écrites ou orales. Cela permet au lexicographe des requêtes sur tel mot ou telle expression (emploi
en contexte, environnement immédiat du mot, etc.)

Le dictionnaire lui-même constitue une base de données dans laquelle le texte est balisé en
fonction des informations qu’il apporte (étymologie, synonymes, exemples, etc.)

4.2 Outils de traitement des corpus

Le lexicographe dispose de nouveaux outils permettant le traitement des corpus (outils


lexicométriques pour calculer la fréquence d’une occurrence, outils linguistiques tels des analyseurs
morpho-syntaxiques ou sémantiques).

Bien que la description lexicographique des dictionnaires édités aujourd’hui reste proche de celle
conçue avant l’apparition de l’informatique, il est certain que l’apport des nouvelles technologies
aura à plus ou moins long terme des répercussions sur le contenu même des dictionnaires.

traduction automatique
1 PRÉSENTATION

traduction automatique (ou T. A.), technique qui vise à assurer, par des moyens informatiques, la
traduction des textes d’une langue de départ (appelée langue source) vers une langue d’arrivée
(appelée langue cible).

2 HISTORIQUE DE LA TRADUCTION AUTOMATIQUE

20
C’est lors de la Seconde Guerre mondiale que les premiers essais d’élaboration de machines à
traduire automatiquement des messages voient le jour, lorsque l’armée américaine tente de mettre
au point des ordinateurs susceptibles de déchiffrer les messages codés de l’armée japonaise. Ces
tentatives se sont poursuivies et développées, principalement aux États-Unis et en Union
soviétique, durant la guerre froide.

À des recherches réalistes visant à mettre au point des dictionnaires automatiques bilingues qui
simplifieraient le travail de traducteurs humains, a succédé une période d’enthousiasme dans les
années 1950-1960, où, grâce notamment au développement des techniques informatiques,
plusieurs projets concurrents de T. A. ont vu le jour aux États-Unis et en Europe.

Toutefois, très rapidement, on a pu constater que les objectifs visés étaient irréalisables, et les
progrès insignifiants. Plusieurs programmes ont ainsi été abandonnés (par exemple le programme
américain, qui fut officiellement enterré à la suite du rapport Pierce, en 1966), d’autres sévèrement
limités, soit dans leur champ d’application (plusieurs programmes se contentent de chercher à
traduire des textes très simples, appartenant à un domaine précis), soit dans leur nature (à la
place de traduction automatique, plusieurs programmes ont développé, en réalité, des techniques
de traduction assistée par ordinateur, où une post-édition est assurée par un correcteur-traducteur
humain).

Certes, sous l’impulsion de la Communauté européenne, un nombre important de recherches


théoriques et de programmes pratiques ont depuis repris en Europe dès le milieu des années
quatre-vingt. Mais, bien que ces programmes aient pu bénéficier de progrès théoriques et
techniques considérables, les résultats obtenus restent encore quelque peu décevants. Aujourd’hui,
aucune machine n’est en mesure de traduire, seule et de façon pleinement satisfaisante, un texte,
quel qu’il soit, même si la T. A. rend de grands services aux traducteurs humains, et permet de
réaliser des gains de productivité assez significatifs.

3 PRINCIPES DE LA TRADUCTION AUTOMATIQUE

Les principes de la traduction automatique sont théoriquement simples. À partir d’une expression,
dans la langue source, composée par exemple de trois mots, on cherche les mots correspondants
dans la langue cible. Les mots obtenus seront par la suite soumis à la combinatoire de la langue
cible, chaque langue ayant sa propre syntaxe et ses propres règles d’organisation (entre autres,
l’ordre linéaire des mots, le marquage morphologique, etc., peuvent sensiblement différer, même
entre des langues naturelles très proches).

La T. A. comporte donc deux phases essentielles : dans un premier temps, l’ordinateur traduit mot
à mot le texte de la langue source ; dans un second temps, on applique à l’ébauche du texte
obtenu dans la langue cible les règles propres à cette langue, ce qui permet d’obtenir une
traduction correcte.

Toutefois, il s’agit là de principes strictement théoriques. En réalité, la T. A. pose de multiples


problèmes concrets, qu’il est extrêmement difficile de résoudre.

21
4 LES PROBLÈMES DE LA TRADUCTION AUTOMATIQUE

Le premier problème concerne le vocabulaire. Bien souvent, dès sa première phase, la traduction
automatique se heurte, en effet, au problème de l’ambiguïté du lexique. La plupart des mots ont,
dans les différentes langues, des homonymes de sens très différent. Avec trois mots, on peut
quelquefois atteindre plusieurs dizaines de traductions possibles. La machine est incapable de
choisir la bonne traduction, puisqu’il est impossible de lui inculquer sous forme de programmes
toutes les connaissances mises en jeu par un homme pour choisir la bonne traduction.

Le second type de problème qui se pose concerne la grammaire des deux langues en question. La
plupart des grammaires disponibles ne sont pas assez explicites pour être implémentables. Les
quinze dernières années ont vu apparaître plusieurs formalismes grammaticaux, qui visent à ce
résultat, cependant, il reste beaucoup à faire pour y parvenir.

vocale, reconnaissance

vocale, reconnaissance, technologie informatique permettant à un ordinateur d'assimiler les paroles


prononcées par l'utilisateur. Les recherches menées depuis une quarantaine d'années dans ce
domaine complexe conduisent actuellement à de premières applications.

Les ordinateurs à reconnaissance vocale parviennent à identifier les mots que le locuteur prononce,
isolément ou enchaînés, afin de les associer à des commandes ou à des entrées : une « dictée
automatique » devient ainsi possible. De tels systèmes s'avèrent très intéressants dans les cas où

22
l'utilisateur a les mains indisponibles, ou lorsque la machine doit être utilisée par plusieurs
personnes qui n'en connaissent pas précisément le fonctionnement. À long terme, cette technologie
a pour but de faciliter grandement la communication homme-machine, permettant à l'utilisateur
d'employer la parole en complément, voire en substitut, des interfaces habituelles telles que
l'écran, le clavier ou la souris.

Actuellement, la portée des systèmes à reconnaissance vocale se heurte à deux types de


limitation : l'étendue du vocabulaire pris en compte d'une part, le nombre d'utilisateurs potentiels
d'autre part. Les concepteurs doivent donc arbitrer entre ces deux contraintes, selon les
applications recherchées.

Certains ordinateurs sont capables de reconnaître un petit nombre de mots prononcés par un grand
nombre d'individus. D'autres systèmes peuvent reconnaître un grand nombre de termes, mais
seulement s'ils sont prononcés par une même personne, parlant toujours de manière identique. Il
existe également des ordinateurs qui apprennent progressivement le modèle vocal d'un utilisateur,
afin de l'appliquer ensuite à l'ensemble du vocabulaire. Ce type d'ordinateur, plus complexe et
moins fiable que les précédents, se révèle cependant le plus prometteur : l'absence de limitation
du nombre de mots reconnus ouvre en effet la voie à des applications où l'utilisateur pourra
exprimer ses requêtes le plus naturellement possible.

En ajoutant à ces systèmes des capacités de synthèse vocale, ceux-ci pourront donc à la fois
« écouter » l'utilisateur et lui « parler ». Cependant, l'instauration d'un véritable dialogue entre
l'utilisateur et la machine demeure soumise aux progrès de l'intelligence artificielle. En effet, il est
beaucoup plus compliqué de concevoir un ordinateur qui appréhende le sens des paroles, qu'un
ordinateur qui identifie seulement les mots.

phonétique
1 PRÉSENTATION

phonétique, nom donné à la discipline qui étudie les sons des langues humaines du point de vue de
leur production et de leur réception.

23
La production et la réception des sons se font à trois niveaux : linguistique (élaboration du
message par le locuteur, identification et intégration des données par l'auditeur), physiologique
(activités neuromusculaires nécessaires aux actes d'élocution et d'audition) et acoustique
(propriétés physiques des signaux sonores lors de l'émission et de la réception). La phonétique
s'intéresse plus particulièrement aux niveaux acoustique et physiologique qui déterminent trois
types d'analyse : une analyse acoustique pour le premier, une analyse articulatoire et une analyse
auditive pour le second.

2 PHONÉTIQUE AUDITIVE

À l'origine, la phonétique a d'abord été une phonétique auditive, prenant pour point de départ la
réception des sons par l'auditeur. Cette méthode empirique, reposant sur un vocabulaire imprécis,
est tombée en désuétude. Sous le terme de phonétique auditive, on désigne également un second
type d'analyse, utilisée aujourd'hui et qui, par des tests acoustiques, cherche à comprendre
comment l'ensemble des sons sont interprétés par l'oreille.

3 PHONÉTIQUE ARTICULATOIRE

La phonétique articulatoire, travaillant non plus sur l'audition, mais sur la manière dont les sons
sont articulés, c'est-à-dire sur la dimension physiologique de la production des sons, correspond à
une orientation moderne des études phonétiques. Dans cette perspective physiologique, elle prend
en compte la totalité des organes dits de la parole. Ces organes sont tout d'abord l'appareil
respiratoire et le larynx, en l'occurrence les cordes vocales, dont la vibration permet la
sonorisation, ou voisement, dans le cas des consonnes sonores ou des voyelles, puis les organes
mobiles : la langue (on distingue la pointe de la langue, ou apex, et le dos de langue), les lèvres, le
voile du palais et la luette. Par ailleurs, on prend en compte le point d'articulation, c'est-à-dire
l'endroit de la cavité buccale vers lequel se dirige le dos de la langue lors de l'articulation d'un son.
Les fosses nasales peuvent également jouer un rôle de résonateur dans l'émission de certains sons,
qu'il s'agisse de voyelles ou de consonnes. Le phénomène de la nasalisation par exemple consiste
en un abaissement du voile du palais permettant de laisser passer une partie de l'air par le nez.
Voir Voix.

4 PHONÉTIQUE ACOUSTIQUE

La phonétique dite acoustique, autre orientation moderne, étudie quant à elle les vibrations
sonores lors de la transmission des sons, dans le but de mettre en évidence la relation entre les
propriétés physiques des ondes sonores de la parole et le fonctionnement du code linguistique.

5 CONSTITUTION DES VOYELLES ET DES CONSONNES

Répartis en consonnes et en voyelles, les sons du français sont organisés en syllabes, chaque
syllabe devant comporter une voyelle qui en constitue le centre. Les sons se prononcent dans le
cadre de la syllabe et non isolément.

24
La différence entre les voyelles et les consonnes réside en ce que, lors de l'émission des
consonnes, l'air provenant des poumons rencontre un obstacle. Cet obstacle peut consister en une
fermeture totale (occlusion) ou bien en un resserrement (constriction). Par ailleurs, les consonnes
peuvent être sonores ou sourdes, alors que les voyelles, en principe toujours sonores, sont
caractérisées par une vibration des cordes vocales et un libre passage de l'air dans le canal buccal.

Dans l'articulation des voyelles dites palatales, la partie antérieure du dos de la langue s'élève vers
le palais dur. Dans celle des voyelles dites vélaires, la partie postérieure du dos de la langue
s'élève vers le voile du palais. On les classe en fonction de leur degré d'aperture, c'est-à-dire de
l'écartement des mâchoires au point d'articulation. On distingue ainsi des voyelles fermées : i, y, u,
voyelles mi-fermées é, eu (de feu), o (de dos), mi-ouvertes è, eu (de peur), o (de robe) et
ouvertes a, â. Le e muet, s'il est prononcé, a une articulation voisine de celle de eu (de peur). Le
français possède aussi une série de voyelles nasales in, an ou en, un et on.

Parmi les consonnes, on distingue :

— une série d'occlusives sourdes (c'est-à-dire articulées sans qu'il y ait vibration des cordes
vocales) p, t, k et une série parallèle d'occlusives sonores b, d, g (de guerre). L'opposition terme à
terme des consonnes de ces séries se fait sur la base de ce seul critère sourd / sonore. P et b sont
toutes les deux des occlusives bilabiales, c'est-à-dire que leur articulation met en œuvre les deux
lèvres, mais p est une consonne sourde alors que b est une consonne sonore ;

— deux séries de constrictives sourdes s, ch, f ou sonores z, j, v ;

— des sonantes, caractérisées par un obstacle articulatoire faible. Les sonantes, comme leur nom
l'indique, sont toutes sonores. Elles consistent en une série de nasales m, n, gn, en une consonne
dite latérale l et en une vibrante r.

Il existe par ailleurs des sons intermédiaires, dits semi-consonnes ou glides, comme le son ï de
paille, le son w de roi et u de luire, et dont le point d'articulation est intermédiaire entre le point
d'articulation d'une voyelle et celui d'une consonne.

morphologie (grammaire)
1 PRÉSENTATION

25
morphologie (grammaire), partie de la grammaire qui étudie la variation des formes des mots. Le
français moderne ne connaît plus la déclinaison, c'est-à-dire des changements de forme permettant
d'identifier la fonction du mot (on en trouve néanmoins des traces dans les pronoms personnels et
les pronoms relatifs : qui sujet, que complément ou attribut direct, dont complément indirect).
Mais certaines catégories de mots peuvent varier en nombre (le nom), en genre et en nombre
(l'adjectif qualificatif, les déterminants), en personne (les pronoms personnels, les pronoms et
adjectifs possessifs, etc.). C'est le verbe qui a la morphologie la plus riche (il varie en personne, en
mode et en temps). Le mot « morphologie » a pris avec la linguistique moderne un autre sens,
celui d'étude des morphèmes.

2 DE L'ÉTUDE DES DÉSINENCES À L'ÉTUDE DES MORPHÈMES

La morphologie traditionnelle se limite (pour le français) à la description des variations de


désinences. Mais la linguistique moderne a proposé une notion du morphème à la fois plus large et
plus rigoureusement définie. Le morphème est défini comme l'unité significative la plus petite.

Le mot soleils, par exemple, peut être décomposé en une unité lexicale appelée morphème lexical
(ou lexème) et une unité grammaticale marquant le pluriel, -s, appelée morphème grammatical
(ou morphème tout court). Soleil au singulier sera analysé comme une unité lexicale et un
morphème zéro marquant le singulier. Un groupe de mots lexicalisé sera analysé comme une seule
unité lexicale (pomme(s) de terre). Dans la forme chantera, on distinguera l'unité lexicale chant-,
le morphème du futur et du conditionnel -er- et le morphème -a qui marque à la fois le futur par
rapport au conditionnel (-a / -ait), la troisième personne et le singulier. Dans a marché l'auxiliaire
avoir sera analysé comme un morphème antéposé et disjoint, la désinence -é comme un
morphème postposé et conjoint.

Pour mettre en évidence un morphème, on segmente en jouant avec la commutation : prends


s'analyse en trois morphèmes parce qu'il s'oppose par exemple à prend et prenons ; chanteur se
segmente en chant-eur parce qu'il s'oppose à chanter et à coiffeur.

3 MORPHÈMES GRAMMATICAUX ET MORPHÈMES LEXICAUX

Les morphèmes lexicaux forment une liste indéfinie que l'évolution de la langue peut enrichir. Les
morphèmes grammaticaux forment une liste finie qu'étudie la grammaire.

3.1 Cas des suffixes et des préfixes

Si l'on donnait à « suffixe » le sens très large de morphème grammatical et conjoint, le mot
recouvrirait aussi bien les désinences verbales, les marques de genre et de nombre que les suffixes
au sens que donne à ce mot la terminologie traditionnelle. Pour éviter l'ambiguïté, on peut préciser
en parlant de suffixe et de préfixe dérivationnels pour désigner les éléments permettant de
constituer une famille sur la même base lexicale : manger, immangeable, mangeable. Les
« suffixes » de désinences verbales ou de marques de genre et de nombre ne permettent pas de
former des mots nouveaux.

26
Le préfixe est antéposé à la base et ne change jamais la catégorie grammaticale du mot : coiffer,
décoiffer, recoiffer ; faire, défaire, refaire ; possible, impossible. Le suffixe est postposé et permet
des changements de catégorie : coiffer (verbe), coiffure (nom). Certains mots ont à la fois un
préfixe et un suffixe (ensoleillement).

Les suffixes et les préfixes permettent la création de nouveaux mots par dérivation
(manger > mangeable) ou dérivation régressive (chanter > chant). On notera que ce n'est pas la
seule manière de créer les mots : il existe aussi la dérivation impropre (par simple changement de
catégorie grammaticale : beau > le beau), la composition (chou, fleur > chou-fleur), l'abréviation
(cinéma > ciné), la siglaison (parti communiste > PC). Voir aussi néologie.

3.2 Variation et signification des morphèmes grammaticaux

Plusieurs formes (dé-, dés- ; r-, ré-, re-) sont considérées comme les variantes d'un même préfixe
ou d'un même suffixe quand la variation du morphème ne dépend que du contexte morphologique.
L'article défini, par exemple, apparaît sous sa forme élidée l' quand le son qui suit est une voyelle
ou un h muet (l'espoir, l'haleine). Si ce son est une consonne ou un h aspiré, la variante sera le (le
soir, le hérisson).

Par ailleurs, des morphèmes identiques peuvent avoir des significations différentes. Dans la série
douceur, buveur, la forme -eur correspond à deux morphèmes homonymes, dont l'un indique une
qualité sur une base adjectivale et l'autre signifie qui fait l'action de. La forme -ment permet à la
fois de dériver à partir d'une base nominale ou verbale des noms (aveuglement, ensoleillement) et
à partir d'une base adjectivale des adverbes (participe passé aveuglé > aveuglément ; adjectif
gentil > gentiment).

syntaxe
1 PRÉSENTATION

27
syntaxe, partie de la grammaire qui traite de l'organisation des éléments de la phrase (de leur
place, de leur ordre, éventuellement de leur accord) et met en évidence leur fonction.

L'étude des relations entre ces éléments présuppose une distinction des différents niveaux
d'analyse : la relation entre le sujet et le verbe, par exemple, met en rapport des constituants de la
proposition ou de la phrase simple ; la relation entre un nom et le nom qui le complète unit des
constituants du groupe nominal. La syntaxe, étude des relations entre les mots, se distingue
traditionnellement de la morphologie, étude des variations de la forme des mots.

2 RELATIONS ENTRE PROPOSITIONS

Une phrase peut être formée de plusieurs propositions sans qu'aucune d'entre elles ait de fonction
au sens grammatical par rapport à une autre : ces propositions sont appelées indépendantes. Elles
sont coordonnées (liées par une conjonction de coordination) ou juxtaposées (simplement
démarquées par un signe de ponctuation) et s'analysent comme des phrases séparées.

On appelle propositions subordonnées celles qui ont une fonction dans la phrase. Même si,
lorsqu'on les isole, elles peuvent être analysées comme des phrases, elles restent des constituants
de la phrase ou du groupe nominal desquels elles dépendent.

3 RELATIONS ENTRE LES CONSTITUANTS DE LA PHRASE

On distingue le terme sujet de la phrase (appelé parfois syntagme nominal), le verbe et son
entourage (syntagme verbal) et les compléments circonstanciels.

Le terme sujet peut ne pas être exprimé (Mangeons), se limiter à un mot (Il mange) ou être lui-
même un groupe composé de plusieurs constituants (groupe nominal ou proposition, par exemple).

Il en est de même pour le verbe, qui peut se trouver seul ou accompagné de compléments entrant
dans son entourage immédiat et pour cela appelés compléments essentiels : il s'agit des
compléments d'objet (Il mange une pomme) et de certains compléments circonstanciels (Il mange
bien). Le statut de l'attribut pose problème, mais il est généralement considéré comme
appartenant au syntagme verbal.

Les compléments circonstanciels, quand ils ne sont pas compléments essentiels, sont des
constituants de la phrase : ils ne complètent pas le verbe mais portent plutôt sur la relation entre
le sujet et le verbe (Il mange une pomme après le repas).

Certains adverbes, comme premièrement, à l'évidence, etc., que l'usage range souvent dans les
compléments circonstanciels, portent en vérité sur l'ensemble de la phrase : À l'évidence, il est
innocent.

4 CONSTITUANTS DU GROUPE NOMINAL

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Un groupe nominal est un groupe de mots construit autour d'un nom-noyau (ou d'un équivalent du
nom : infinitif, pronom, proposition substantive). On ne confondra pas le groupe nominal pris dans
ce sens large avec le syntagme nominal (ou sujet).

Le groupe nominal peut être soit un constituant de la phrase s'il est sujet ou complément
circonstanciel non essentiel, soit un constituant du verbe et de son entourage (du syntagme
verbal) s'il est complément essentiel, soit encore un constituant secondaire (un groupe nominal
peut, par exemple, être complément d'un nom-noyau au sein d'un groupe nominal : le frère du
voisin de Paul).

Le groupe nominal peut se limiter au nom-noyau avec ou sans déterminant, ou connaître


différentes expansions : épithète, apposition, complément du nom, proposition subordonnée.

On appelle groupe prépositionnel un groupe introduit par une préposition. Quand le groupe
prépositionnel est un complément, on parle de construction indirecte. On notera cependant que la
construction indirecte peut aussi être marquée par la morphologie dans le cas des pronoms (dont,
y, en, lui).

5 HIÉRARCHISATION DE L'ANALYSE

Dans Il regarde l'homme qui a été blessé par l'accident routier d'hier soir, le syntagme verbal est
constitué d'un verbe et d'un seul long complément essentiel (complément d'objet direct). Ce
complément se compose d'un nom et de son déterminant suivis d'une proposition subordonnée
relative. Cette proposition peut être elle-même analysée comme on le fait pour une phrase simple.
Dans cette proposition, le groupe nominal complément d'agent peut être analysé à deux niveaux
au moins : l'adjectif épithète routier porte sur l'accident ; le groupe d'hier soir porte sur l'accident
routier. Ici, l'épithète et le complément ne peuvent être analysés sur le même plan. La construction
peut révéler cette non-équivalence puisqu'on ne peut les coordonner.

C'est cette analyse syntaxique que la grammaire traditionnelle appelle encore parfois analyse
logique. Le caractère hiérarchique de cette analyse a fait adopter des schématisations utilisant
l'enchâssement ou l'arborescence, le premier mode de schématisation faisant référence à la
linguistique fonctionnaliste, le second à la grammaire générative.

29
philologie

philologie (du grec philos, « aimer », et logos, « discours »), étude des documents écrits,
établissement de leur authenticité et de leur exactitude, et recherche de leur signification.

Au XIXe siècle, le terme de « philologie » faisait souvent référence, de façon plus large, à l'étude de
la linguistique. Au XXe siècle, la philologie a contribué aux recherches en littérature, en linguistique
historique et dans d'autres domaines, en permettant la reconstitution des textes dégradés ou
mutilés de manuscrits et d'inscriptions. Aujourd'hui, les philologues rétablissent souvent le texte
d'un original perdu en comparant les différents exemplaires des copies conservées ; ils se livrent
également à l'interprétation des textes, réunissant ainsi des informations historiques et culturelles,
autant que linguistiques et littéraires.

indo-européennes, langues
1 PRÉSENTATION

indo-européennes, langues, famille de langues la plus parlée dans le monde, comprenant les
groupes albanais, arménien, balte, celtique, germanique, grec, indo-iranien, italique (dont les
langues romanes), slave et deux groupes éteints : l'anatolien (dont le hittite) et le tokharien.
Aujourd'hui, environ mille six cents millions de personnes parlent des langues indo-européennes.
Selon Joseph Greenberg, l'indo-européen est apparenté à un vaste ensemble de langues parlées en
Europe, en Asie et en Amérique du Nord, qu'il appelle la famille eurasiatique.

2 RECONSTITUTION DE LA FAMILLE INDO-EUROPÉENNE

La famille indo-européenne, qui n'est, pour les linguistes, qu'une famille parmi d'autres dans les
nombreuses familles de langues du monde, a joué un rôle capital dans l'histoire de la linguistique.
En effet, elle fut la première famille de langues a être identifiée formellement comme la
descendance d'une langue originelle commune, que l'on appelle aujourd'hui le proto-indo-
européen. En 1786, William Jones, magistrat de la Cour suprême britannique en Inde, qui était par
ailleurs un polyglotte exceptionnellement doué (il possédait vingt-huit langues), remarqua que,
parmi celles-ci, certaines, c'est-à-dire le sanskrit, le grec, le latin, le gotique, le celtique et
l'avestique se ressemblaient de façon telle, « aussi bien dans les racines des verbes que dans les
formes de la grammaire », qu'elles ne pouvaient qu'« avoir surgi de quelque source commune qui,
peut-être, n'existait plus ». Il inaugurait ainsi, quelque soixante-dix ans avant Darwin, une vision
évolutionniste des langues dont la communauté des linguistes est encore loin d'avoir tiré toutes les
conclusions.

Au cours du XIXe siècle, de très nombreuses études comparées ont montré que ces ressemblances
permettaient de reconstituer une partie du vocabulaire, de la morphologie et même de la syntaxe
du proto-indo-européen.

30
Ces études, qui firent un large usage des classifications systématiques des éléments constituants
du sanskrit faite par les grammairiens indiens, amenèrent les spécialistes de linguistique comparée
à une vision analytique systématique des langues, dont l'application aux langues individuelles, en
dehors des études historiques, donna naissance, au début du XXe siècle, à la linguistique
structurale, fondée notamment par Ferdinand de Saussure qui avait d'abord été l'un des plus
brillants comparatistes de l'histoire de la linguistique.

Ainsi, la comparaison de séries de mots ou de formes apparentées dans différentes langues indo-
européenne permit-elle de remarquer qu'existaient des correspondances entre les sons — ou
phonèmes— qui les composaient, et que ces correspondances, dans de nombreux cas, se
retrouvaient d'une série à une autre. Par exemple, dans la série indo-européenne des formes
verbales signifiant « (je) porte », en sanskrit bhár-ami, en grec phér-ô, en latin fer-o, la consonne
initiale n'est pas exactement la même dans les trois langues, bien que les sons représentés par bh,
ph et f aient plusieurs points communs. Mais, aussi bien ces points communs que ces différences
se retrouvent dans la série des noms du « frère », sanskrit bhráta, grec phráter et latin fráter.
(Voir Grimm, loi de ;Verner, loi de.)

L'examen, d'abord intuitif, puis aidé par des investigations expérimentales, des ressemblances et
des différences entre phonèmes de séries de ce genre fut à l'origine de la phonétique et a permis
de reconstituer la prononciation de certains mots dans la langue originelle commune. Il a montré
aussi que ce sont les formes phonétiques et non orthographiques qui sont importantes pour la
reconstitution de la proto-langue. Par conséquent, une langue écrite ne jouit dans la reconstruction
d'aucun avantage particulier, en dehors du fait que certaines d'entre elles sont attestées depuis des
temps reculés et sont, de ce fait, susceptibles de montrer des états de langue plus proches de la
langue originelle.

Cependant, la reconstruction de l'indo-européen, si elle permet de se faire une idée relativement


précise de ce à quoi pouvait ressembler la langue originelle de la famille, ne permet pas de rétablir
une langue que l'on pourrait espérer parler, même si un érudit du XIXe siècle a proposé
abusivement des « traductions » de fables en indo-européen.

D'autre part, bien que ces reconstitutions du vocabulaire indo-européen nous éclaire dans certains
cas sur la vie économique, sociale et idéologique du peuple qui parlait cette langue, bien des
aspects restent encore obscurs, et, en particulier, l'époque à laquelle était parlée cette langue ainsi
que les dates, même approximatives, auxquelles les diverses branches se sont séparées du tronc
commun. La linguistique ne fournit, en effet, presque aucun moyen de dater une langue par
rapport à une autre, et celles qui sont avancées concernant l'indo-européen proviennent presque
toujours de données archéologiques. Elles sont d'autant plus incertaines que, en l'absence
d'écriture, celles-ci ne précisent pas quelle langue parlaient les peuples dont on retrouve les traces
matérielles. S'il est sûr que, dès 2000 av. J.-C., le grec, le hittite et le sanskrit étaient déjà des
langues distinctes, il serait bien aventureux d'établir la date à laquelle la langue originale était
encore unifiée, que cette date soit antérieure de un, deux ou trois millénaires, voire plus.

Depuis la fin du XIXe siècle, parallèlement aux études scientifiques qui se sont poursuivies sur
l'indo-européen, et non sans interférer parfois avec elles, la famille indo-européenne a été
abusivement exploitée par des idéologies racistes, en particulier par le nazisme, qui a utilisé en
particulier le terme d'indogermanisch qui désigne, en allemand, cette famille pour doter

31
fantasmatiquement les locuteurs de l'indo-européen d'un type anthropologique nordique, en vue
d'étayer le mythe d'une race germanique « pure » remontant aux temps les plus reculés. Si de tels
errements ne sont aujourd'hui plus d'actualité, il n'en demeure pas moins que de nombreux indo-
européanistes manifestent une réticence dépassant les strictes exigences scientifiques à laisser
apparenter à l'indo-européen des langues dont les locuteurs sont de types anthropologiques
tendant à s'éloigner du standard occidental.

3 ÉVOLUTION

L'évolution générale des langues indo-européennes manifeste un déclin progressif de la flexion.


L'indo-européen commun était en effet une langue extrêmement flexionnelle, ce que reflètent les
langues anciennes telles que le sanskrit, l'avestique et le grec classique. De nombreuses langues
indo-européennes modernes, en revanche, comme l'anglais, le français et le persan, ont évolué
vers un système analytique (utilisant prépositions et verbes auxiliaires). Ce déclin de la flexion
s'explique largement par la chute progressive, due à l'évolution phonétique, de la syllabe finale de
nombreux mots, ce qui a abouti à la disparition d'une grande partie des suffixes de la langue
commune. De nouvelles formes et des distinctions grammaticales sont, par ailleurs, apparues dans
diverses langues. L'évolution sémantique, que l'on a observée et étudiée avec succès dans de
nombreux cas individuels, mais sans parvenir à la systématiser comme ce fut le cas de l'évolution
phonétique, a affecté de nombreux mots au point de leur faire parfois perdre toute relation
perceptible avec leur sens originel.

4 CULTURE ANCIENNE

On ne peut établir la signification originelle que d'un nombre limité de mots reconstruits du proto-
indo-européen. Ce lexique, reconstruit, suggère une culture néolithique ou peut-être une
métallurgie très primitive, pratiquant l'agriculture et l'élevage d'animaux domestiques. L'identité et
la localisation de cette culture ont fait l'objet de nombreuses spéculations. Elle a été située par
certains dans les steppes au sud-ouest de l'Oural. Une hypothèse récente, fondée notamment sur
la forte divergence du hittite d'avec les autres langues de la famille, situe avec vraisemblance le
foyer indo-européen en Anatolie, dans l'actuelle Turquie.

dialecte

dialecte, forme spécifique d'une langue, différant en certains aspects grammaticaux, phonologiques
et lexicaux des autres formes de cette même langue.

On appelle « dialecte géographique » un dialecte circonscrit à une certaine région, et dialecte


« social » ou « sociolecte » la forme de langue parlée par un groupe de personnes ayant en
commun des particularités sociales telles qu'un niveau d'instruction semblable, l'appartenance à la
même classe sociale ou l'exercice d'une même profession.

32
Certains dialectes s'écrivent, tandis que d'autres n'ont qu'une forme orale. Le dialecte littéraire
standard d'une langue dérive souvent d'un dialecte parlé fixé par un ou plusieurs écrivains de
talent. Ainsi, le dialecte toscan, employé avec génie par les poètes Dante et Pétrarque, domina
tous les autres dialectes italiens et devint la langue écrite en Italie. De même, le dialecte haut
allemand, dans lequel Martin Luther traduisit la Bible, s'imposa comme allemand standard, et les
écrits du poète Geoffrey Chaucer constituèrent le fondement de la langue anglaise.

La ligne de partage entre différents dialectes est souvent assez délicate à établir, de même qu'il
n'est pas toujours possible de décider si deux parlers voisins constituent deux dialectes d'une
même langue ou s'il s'agit de deux langues différentes. En principe, l'intelligibilité mutuelle entre
locuteurs sert de critère : lorsque deux locuteurs de parlers différents n'ont pas de peine à se
comprendre, les deux parlers sont des dialectes d'une seule langue. Si la compréhension est, en
revanche, impossible, il s'agit de langues différentes. Mais ce principe est loin de s'appliquer dans
tous les cas. Par exemple, on trouve un peu partout dans le monde des « continuums dialectaux »,
série de parlers voisins entre lesquels il n'y a pas de rupture de la compréhension d'un parler au
suivant : il devrait s'agir de dialectes ; mais la compréhension n'est pas possible entre les parlers
des extrêmes géographiques du continuum, par suite de l'accumulation des différences, et il
faudrait alors parler de langues différentes, sans que l'on puisse placer la frontière entre aucuns
des parlers du continuum. De plus, la faculté de comprendre des dialectes étrangers au sien est
très variable selon les personnes, sans égard à leur degré d'instruction. Parmi les locuteurs de
langues romanes comme l'italien, l'espagnol ou le portugais, certains comprennent aisément les
langues de ce groupe autres que la leur, alors qu'un accent régional un peu prononcé pourra être
un obstacle insurmontable pour un locuteur français entendant parler sa propre langue.

Historiquement, on appelle parfois dialectes des langues bien différenciées, mais descendant d'un
ancêtre commun : ainsi, le français, l'espagnol, le roumain et l'italien peuvent, en ce sens, être
considérés comme des dialectes du latin.

33
géographie linguistique
1 PRÉSENTATION

géographie linguistique (ou géolinguistique), branche de la dialectologie (étude des dialectes) qui
vise à localiser et à décrire les différents parlers, c’est-à-dire l’ensemble des moyens d’expression
propres à un groupe de locuteurs à l’intérieur d’un domaine linguistique donné. Cette localisation
est à la fois sociologique (certains groupes sociaux — par exemple des paysans — peuvent avoir un
parler propre) et spatiale.

2 LA NAISSANCE DE LA GÉOGRAPHIE LINGUISTIQUE

Le français ne s’est imposé comme langue officielle que très progressivement, notamment par
l’action de l’État central, qui, dès la fin du XVIIIe siècle, a entamé une série d’actions qui visaient à
éliminer les différents patois du territoire national. Avec la généralisation de l’enseignement à la fin
du XIXe siècle, l’État s’est donné les moyens de cette politique, qui finit par alerter les philologues.
Voir aussi français ;histoire de l’enseignement.

En effet, la grammaire historique et comparée, se proposant d’étudier les diversités linguistiques à


l’intérieur de la famille des langues romanes, ne pouvait accepter la disparition progressive des
dialectes parlés en France, qui constituaient pour elle une source précieuse d’informations
concernant l’évolution linguistique.

Est née ainsi la géographie linguistique, qui s’est fixé comme objectif de dresser l’état des lieux des
parlers pratiqués parallèlement au dialecte devenu langue officielle.

3 L’ATLAS LINGUISTIQUE DE FRANCE (ALF)

Un premier atlas linguistique, destiné à rendre compte des dialectes pratiqués dans certaines
régions d’Allemagne, est dressé par Georg Wenker et publié à partir de 1881. Puis, dans le
domaine français, le philologue Jules Gilliéron se propose d’étudier l’ensemble des patois gallo-
romans pratiqués non seulement en France, mais aussi en Suisse romande et en Wallonie
(Belgique romane).

Il conçoit alors un questionnaire d’environ 1 500 phrases et mots usuels, censé révéler les
caractéristiques essentielles des systèmes lexical, phonétique et morphosyntaxique de ces
dialectes. L’objectif visé est de rendre compte de la variation linguistique en fonction de la variation
géographique (630 points fixés à l’avance sur une carte).

L’enquête sur le terrain, qu’il confie à Edmond Edmont, durera quatre ans (1897-1901), et ses
résultats seront reportés par J. Gilliéron sous forme d’atlas, publiés progressivement de 1902 à
1909.

Malgré les reproches que l’on a pu formuler à l’égard de cette première grande enquête (certains
défauts de méthode — par exemple, quand il y avait plusieurs réponses possibles, seule la

34
première était notée — ou de réalisation — par exemple, le choix des points sur la carte, ou encore
quelquefois le manque de rigueur dans la transcription phonétique…), elle a constitué une étape
importante du développement de la géographie linguistique, et a très largement inspiré les atlas
établis par la suite (notamment en France, avec l’établissement des atlas linguistiques par région).

Aujourd’hui, à l’échelle européenne, plusieurs inventaires sont en cours de réalisation, et sont


consignés progressivement sur des supports informatiques.

amérindiennes, langues
1 PRÉSENTATION

Langues du monde
Les linguistes dénombrent traditionnellement 5 000 à 6 000 langues dans le monde, dont seulement 600 sont
parlées par plus de 100 000 personnes et 500 ont moins de 100 locuteurs. Il est d'ailleurs probable que la
moitié de ces langues disparaîtra au cours du xxi e siècle. Il y a plusieurs méthodes pour classifier les langues,
notamment la méthode typologique qui se base sur la description et les caractéristiques structurelles des
langues, et la méthode génétique qui décèle des liens de parenté entre les différentes langues. Selon cette
dernière méthode, des familles ont été constituées (inégales puisque certaines comptent plus de 500 langues
comme la famille malayo-polynésienne d'autres comme le basque, une seule). L'une des méthodes de
classification des langues consiste à subdiviser les familles en sous-familles, regroupant elles-mêmes des
branches puis des sous-branches.
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amérindiennes, langues, langues indigènes des autochtones d'Amérique du Nord, centrale et du


Sud, exceptées les langues de la famille eskimo-aléoute. Si on ignore le nombre exact des langues
indigènes d'Amérique, on estime que 200 langues sont encore parlées en Amérique du Nord (c'est-
à-dire au nord du Mexique), leur nombre se chiffrant peut-être à 300 ou 400 à l'époque du premier
contact européen. En Méso-Amérique (Mexique et Amérique centrale), près de 450 langues ont été
identifiées. L'Amérique du Sud a été moins explorée sur le plan linguistique. Quelque 450 langues y
sont en usage actuellement, 120 sont éteintes mais ont laissé des traces écrites, et quelque 1 500
à 2 000 autres sont mentionnées dans des documents.

On ne dispose que d'estimations approximatives sur le nombre de locuteurs passés et présents de


ces langues. Lors de l'arrivée des Européens sur le continent américain, environ 1,5 million
d'indigènes parlaient des langues amérindiennes en Amérique du Nord (contre 200 000
aujourd'hui), 5 millions en Méso-Amérique (chiffre qui atteindrait 6 millions de nos jours), et entre
10 et 20 millions en Amérique du Sud (contre 11 ou 12 millions actuellement).

2 PRINCIPALES LANGUES

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En Amérique du Nord, aujourd'hui, les langues indigènes ayant le plus de locuteurs sont le navajo
(environ 80 000), l'ojibwa (environ 40 000) et l'inupiaq ou inuktitut (voir Inuit). L'inupiaq a plus de
60 000 locuteurs et sa variété groenlandaise sert de langue nationale. En Méso-Amérique, le
nahuatl (aztèque) est parlé par plus de 1 million de personnes, les différentes langues mayas
comptent quelque 2 millions de locuteurs, et de nombreuses autres langues en ont plusieurs
centaines de milliers chacune. En Amérique du Sud, le quechua est la plus parlée de toutes les
langues indigènes d'Amérique, avec ses 8 millions de locuteurs. Le guaraní est la seule langue
indigène d'Amérique à être devenue langue nationale et littéraire, et à être parlée par un grand
nombre d'Américains non indigènes (la moitié de ses 2 millions de locuteurs sont des Paraguayens
d'origine européenne). Dans les Andes, l'aymara a environ 800 000 locuteurs et, au Chili, l'araucan
en a près de 200 000. Dans leur très grande majorité, cependant, les langues indigènes
d'Amérique n'ont que quelques centaines ou quelques milliers de locuteurs. Nombreuses sont celles
qui n'ont que cinquante ou cent locuteurs, et il en existe aussi beaucoup qui n'ont plus que deux ou
trois locuteurs vivants.

3 EMPRUNTS LINGUISTIQUES

Les langues indigènes d'Amérique et les langues coloniales européennes se sont influencées
réciproquement. Les langues d'Amérique ont emprunté des mots au néerlandais (dans les Antilles),
à l'anglais, à l'espagnol, au portugais, au russe (en Alaska) et au français (au Canada et en
Louisiane). En retour, quantité de langues européennes ont emprunté aux langues d'Amérique des
noms de lieux et des termes pour les plantes et les animaux, comme le mot Alaska, du nom
aléoute désignant la péninsule d'Alaska, Connecticut, du mohegan (algonquin-ritwan), « longue
rivière », Minnesota, du dakota, ou sioux, « eau trouble », Mexico et Guatemala, du nahuatl, et
Nicaragua d'un dialecte aztèque, le pipil. Le français a beaucoup de mots d'emprunt tirés des
langues d'Amérique, dont kayak, de l'inuktitut ; opossum, tomahawk, mocassin, de l'algonquin ;
tomate, coyote, chocolat, peyotl, du nahuatl ; puma, condor, pampa lama, alpaca, du quechua ;
canoë, maïs, tabac, patate, du taino (famille arawak). En Amérique latine, l'espagnol a
particulièrement influencé le quechua, le guaraní et le nahuatl, lesquels ont en retour influencé
l'espagnol.

4 CLASSIFICATION

Un des principaux objectifs de la recherche linguistique sur les langues indigènes d'Amérique est la
classification génétique, c'est-à-dire la reconnaissance de familles de langues dérivant d'une langue
ancêtre commune. La classification en familles des langues indigènes d'Amérique a toujours fait
l'objet de vives discussions, et elle est actuellement au centre d'une polémique acharnée. Vers le
milieu du XXe siècle, de nombreux spécialistes classaient les langues nord-américaines en une
soixantaine de familles différentes, reconnaissant entre celles-ci l'existence de relations qui
restaient selon eux non démontrables. Pour la Méso-Amérique, ils proposaient dix-neuf familles de
langues différentes et quelque quatre-vingts familles pour l'Amérique du Sud. D'autres spécialistes
proposaient moins de familles, prétendant discerner des relations génétiques entre la plupart des
langues américaines. En 1987, J.H. Greenberg a publié une classification de toutes les langues des
Amériques en seulement trois familles, dont une famille amérinde géante englobant la majorité des
langues amérindiennes du sud de l'Alaska à la Terre de Feu, les deux autres étant des familles déjà

36
bien connues et dont l'unité ne fait pas question, l'eskimo-aléoute et le na-dene. Bien que de
nombreux amérindianistes s'opposent actuellement aux vues de Greenberg, ce savant respecté a
déjà fait reconnaître au cours de sa carrière, après des polémiques analogues, ses classifications
des langues africaines, puis océaniennes, et les arguments en faveur de la famille amérinde sont
nombreux et convaincants.

5 TRAITS LINGUISTIQUES

Les langues indigènes d'Amérique présentent une grande variété du point de vue de la phonologie
(système des sons) et de la grammaire. Cette diversité est illustrée par quelques traits décrits ci-
dessous, qui montrent certaines caractéristiques structurales des langues amérindiennes.

Il existe des langues où certains noms n'apparaissent qu'à la forme possessive. Il s'agit
généralement de termes de parenté et de noms désignant des parties du corps. Ce mode de
désignation, dit de « possession inaliénable », est présent dans l'eskimo et dans les familles
algonquine, wakash, salish, iroquoise et sioux en Amérique du Nord, en maya en Méso-Amérique et
dans quelques langues d'Amérique du Sud.

Dans les langues possédant un nombre duel, le singulier (« un ») est opposé au duel (« deux ») et
au pluriel (« plus de deux »). On trouve le nombre duel en eskimo et dans les groupes athabasque,
sioux, iroquois, muskoge et shoshone en Amérique du Nord, en araucan et dans d'autres langues
d'Amérique du Sud. Certaines langues n'ont de construction duelle qu'avec des pronoms, comme
en tehuelche ma, « toi » (sing.), makma, « vous deux » (duel), et mešma, « vous » (plur.).

Les langues possédant un nous inclusif/exclusif ont deux termes pour dire nous selon que l'auditeur
est inclus ou non. En quechua, par exemple, ñuquayku signifie « nous » au sens de « il, elle ou eux
et moi » et ñuquančis signifie « nous » au sens de « vous et moi ». Cette distinction apparaît en
Amérique du Nord dans les langues shoshones, les langues iroquoises et certaines langues sioux,
en pied-noir et en cheyenne, ainsi que dans d'autres langues. En Méso-Amérique, on le trouve en
chola et certaines langues otomangues, et en Amérique du Sud dans la famille caribe, en quechua
et dans d'autres langues.

Il existe une distinction entre les genres masculin et féminin en arawak, en huitoto et en tucano,
en Amérique du Sud, en salish côtier et dans quelques rares autres langues d'Amérique du Nord,
et, pour les pronoms seulement, en pomo et en iroquois. Une distinction entre les genres animé et
inanimé existe en algonquin, en dakota, en kiowa, en comanche et dans d'autres langues
d'Amérique du Nord, et dans quelques langues d'Amérique du Sud.

Les classificateurs numéraux sont des formes qui accompagnent des noms comptés pour indiquer
quel type d'objet est compté. Ils fonctionnent sur le même principe que le français « quatre miches
de pain » ou « cent têtes de bétail ». Ils sont présents en menominee et en ojibwa, en wakash, en
salish, en tlingit et en tsimshian, pour l'Amérique du Nord ; en maya, en tarasque, en nahuatl et en
totonaque, pour la Méso-Amérique ; et en auca, pour l'Amérique du Sud.

Les langues possédant des systèmes de verbes classificatoires utilisent différents verbes selon que
les noms représentent des formes ou d'autres caractéristiques (approximativement analogues à

37
l'emploi, en français, de « boire » en parlant de liquides et de « manger » en parlant de solides).
On trouve des verbes classificatoires en Amérique du Nord dans les familles muskoge, sioux,
athabasque et iroquoise, entre autres, en Méso-Amérique en maya et en tarasque, et en Amérique
du Sud dans les familles chibcha et tucano.

6 TRAITS SOCIOCULTURELS

Certaines langues d'Amérique possèdent des formes distinctes lorsqu'elles sont parlées par des
femmes entre elles ou lorsqu'un homme s'adresse à des femmes. On trouve de telles
différenciations en Amérique du Nord en yana, en muskoge et en atsina, et en Amérique du Sud
dans plusieurs langues, dont le caribe, l'arawak, le cocoma (langue tupie) et le tacaná. Les langues
rituelles, parlers spéciaux pour les cérémonies, existent en zuñi, en iroquois, en maya, en nahuatl,
en quechua et certaines autres langues. Dans certaines régions multilingues, des jargons
commerciaux sont apparus. Ces langues simplifiées comprennent le jargon chinook, le mobilian et
le delaware en Amérique du Nord. Quelques rares langues ont développé un langage sifflé, dans
lequel la mélodie s'apparente aux tons du langage. Les langages sifflés sont utilisés dans des buts
précis, par exemple pour faire la cour. On les trouve en kickapoo, dans plusieurs langues
otomangues, en nahuatl et dans les langues totonaques de Méso-Amérique, et en aguaruna
(jivaro) et en sirionó (tupi) en Amérique du Sud.

7 SYSTÈMES D'ÉCRITURE

Écriture maya
Les mayas écrivaient sur du papier fabriqué à partir de fibres végétales et utilisaient des pigments naturels
pour l'encre ; ils gravaient également sur des stèles en pierre. Des codes de lois et des calendriers nous sont
ainsi parvenus. L'écriture maya utilise à la fois des idéogrammes et des phonogrammes.
Newberry Library, Chicago/SuperStock

Les Incas, qui parlaient le quechua, utilisaient le kipou (des cordelettes sur lesquelles on faisait un
nombre variable de nœuds) comme moyen de noter des informations. Ils peignaient également

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certains messages sur des haricots et tissaient des symboles iconographiques dans les textiles. Si
tous ces procédés communiquaient de l'information, aucun ne se rapprochait véritablement de
l'écriture. En Amérique du Nord, sous l'influence de l'écriture européenne, qu'ils étudiaient souvent
directement, plusieurs groupes ont développé d'intéressantes formes d'écriture. Les syllabaires
(système d'écriture dans lequel chaque symbole représente le son d'une syllabe) des Cherokees,
des Micmacs, des Crees, et des Inuits en sont un exemple.

Les véritables systèmes d'écriture précolombiens ne se sont développés qu'en Méso-Amérique, où


l'écriture hiéroglyphique fut utilisée au moins par les Aztèques, les Mixtèques, les Zapotèques
d'Oaxaca, les locuteurs des langues mixe-zoque et les Mayas.

L'étude des langues indigènes d'Amérique est riche en enseignements sur l'évolution de la langue,
sur la préhistoire des Amériques, sur les relations entre langue et culture ainsi que sur les modes
de pensée et de perception, et elle a contribué au développement de la théorie linguistique.
Quantité de ces langues étant en voie d'extinction, leur étude a un caractère d'urgence. Fait
encourageant, au XXe siècle, le nombre d'indigènes qui s'impliquent dans l'étude formelle de leur
langue ne cesse d'augmenter.

39
psychologie
1 PRÉSENTATION

psychologie, science du comportement de l’homme et éventuellement d’autres animaux supérieurs


(psychologie animale) ; elle étudie chez l’homme les fonctions psychiques et les processus
mentaux tels que la perception, la mémoire et l’intelligence, en d’autres termes, la façon
consciente ou inconsciente dont les êtres humains sentent, pensent, apprennent et connaissent.

La psychologie moderne se donne pour tâche de recueillir des données objectives et quantifiées sur
le comportement et sur l’expérience afin d’en faire la synthèse dans des théories psychologiques.
Ces théories aident à comprendre, à expliquer et dans certains cas à infléchir le comportement des
individus.

2 HISTORIQUE

La psychologie ne s’est constituée comme science qu’au XIXe siècle, mais ses principaux concepts
— et l’idée même d’esprit — furent élaborés dès les débuts de la philosophie, dans l’Antiquité
grecque.

2.1 Débuts philosophiques

Platon, Aristote et d’autres philosophes grecs ont formulé quelques-unes des questions
fondamentales de la psychologie qui sont encore à l’ordre du jour : l’homme naît-il avec des dons,
des capacités et une personnalité spécifiques ou les acquiert-il au contraire par l’expérience ?
Comment l’homme parvient-il à connaître le monde ? Les idées et les sentiments sont-ils innés ou
acquis ?

La théorie psychologique moderne plonge ses racines dans l’œuvre de René Descartes et dans
celles des philosophes britanniques Thomas Hobbes et John Locke au XVIIe siècle. Descartes
affirmait que le corps de l’homme est semblable aux rouages d’une machine, tandis que l’esprit ou
l’âme est une entité distincte, dont la seule activité est de penser. Il soutenait que l’esprit renferme
certaines idées innées, qui ont un rôle fondamental dans la structuration de l’expérience. Hobbes et
Locke attachaient pour leur part un rôle primordial à l’expérience comme source de la
connaissance. Locke pensait que tout ce que l’on sait du monde extérieur nous est transmis par les
sens et que les idées sont adéquates aux choses seulement lorsqu’elles procèdent d’une
information sensorielle.

La psychologie moderne s’est en grande partie développée à partir des conceptions empiristes de
Locke, mais l’idée cartésienne d’une structure mentale innée se retrouve aujourd’hui encore dans
certaines théories de la perception, du langage et de la cognition (pensée et raisonnement).

2.2 Développements scientifiques

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Systèmes nerveux central et périphérique (chez l'homme)
© Microsoft Corporation. Tous droits réservés.

Étude des fonctions des différents systèmes organiques du corps, la physiologie est le champ qui a
le plus puissamment contribué au développement de la psychologie scientifique. Le physiologiste
allemand Johannes Müller (1801-1858) s’est efforcé de mettre en relation l’expérience sensorielle
avec, d’une part, les processus du système nerveux et, d’autre part, les conditions du milieu
environnant. Les premiers grands initiateurs de la psychologie expérimentale furent le physicien
allemand Gustav Theodor Fechner (1801-1887) et le physiologiste allemand Wilhelm Wundt. À
partir de recherches expérimentales précises, permettant d’évaluer la quantité d’énergie nécessaire
pour produire les stimuli à l’origine des sensations, Fechner crut pouvoir établir que l’intensité
psychique de la sensation varie comme le logarithme de l’excitant (loi de Fechner). Wundt, qui créa
le premier laboratoire de psychologie expérimentale à Leipzig, en 1879, a initié des étudiants du
monde entier à cette nouvelle science.

Sigmund Freud
Culver Pictures

Les premiers médecins qui s’intéressèrent aux maladies mentales ont également contribué au
développement des théories psychologiques modernes. Ainsi, la classification systématique des
troubles mentaux réalisée par le pionnier allemand de la psychiatrie, Emil Kraepelin, sert encore de

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base aux méthodes de classification en usage de nos jours. Plus célèbre encore est l’œuvre de
Sigmund Freud, inventeur du système d’analyse et de traitement connu sous le nom de
psychanalyse. Dans son œuvre, Freud a attiré l’attention sur les pulsions instinctuelles et les motifs
inconscients qui déterminent le comportement. Cette approche, centrée sur les contenus de la
pensée et sur la dynamique des motivations plutôt que sur la nature de la connaissance elle-
même, a eu un retentissement considérable sur le cours de la psychologie moderne.

2.3 La psychologie au XXe siècle

Aux États-Unis, jusqu’aux années 1960, les développements de la psychologie furent


essentiellement déterminés par des considérations pratiques, les praticiens cherchant à appliquer
la psychologie aux domaines de l’école et de l’entreprise et s’intéressant peu aux processus
mentaux : ils limitaient l’objet d’étude de la psychologie au comportement manifeste, observable et
vérifiable dans les relations intersubjectives. Le chef de file de ce mouvement, appelé
béhaviorisme, était le psychologue John B. Watson.

La psychologie moderne reste à bien des égards héritière des champs de recherche et des types de
spéculation dont elle est issue. Ainsi voit-on certains psychologues se consacrer avant tout à la
recherche physiologique, tandis que d’autres privilégient l’aspect thérapeutique et que d’autres
encore, moins nombreux, cherchent à développer une conception plus globale, plus philosophique
de la psychologie. Si certains praticiens continuent à vouloir confiner la psychologie à l’étude du
comportement — voire à nier tout simplement l’importance ou la réalité des processus
psychiques — dans l’esprit du béhaviorisme, la plupart des psychologues considèrent aujourd’hui
que la structure mentale constitue le véritable objet de la recherche psychologique.

3 PRINCIPAUX DOMAINES DE LA RECHERCHE

Le champ de la psychologie moderne est situé au carrefour des sciences biologiques et des
sciences sociales.

3.1 Psychophysiologie

Paul Broca
Roger Viollet/Getty Images

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Discipline relevant des sciences expérimentales, intermédiaire entre la neurophysiologie et la
psychologie, la psychophysiologie étudie les relations d’interdépendance entre les mécanismes
psychiques et les fonctions du système nerveux.

La découverte d’un centre de la parole dans le système nerveux central par Paul Broca en 1861 fut
à l’origine de l’essor de la psychophysiologie. Par la suite, le perfectionnement des techniques,
notamment l’apparition de l’électro-encéphalographie, a permis des progrès spectaculaires dans
l’étude scientifique du fonctionnement du cerveau (voir Neurophysiologie) et, plus généralement,
des mécanismes physiologiques qui sous-tendent les fonctions psychologiques.

Parallèlement, la psychophysiologie élargit son champ d’investigation en y intégrant de plus en plus


de phénomènes psychiques. Ainsi, il n’existe aujourd’hui qu’une frontière ténue entre la
psychophysiologie et la psychologie. La production des hormones sexuelles, qui entraînent de
nombreux changements dans la croissance et le développement du corps, ainsi que dans
l’évolution psychique des individus, constitue l’un des nombreux objets d’études communs aux
deux disciplines.

3.2 Conditionnement et apprentissage

Gorille Koko
Les travaux de Penny Patterson de l’université Stanford, commencés en 1972, ont prouvé que l’on peut
apprendre à un gorille des éléments de communication avec l’homme, en l'occurence le langage des signes. Le
gorille femelle Koko, que l’on voit ici bébé, connaissait, en 2005, plus de 1 000 signes du langage des signes
américains. En 2004, à la grande surprise de ses « éducateurs », elle a su exprimer une douleur dentaire en
montrant sa bouche et le signe « mal », puis en indiquant à plusieurs reprises, sur une échelle de douleur de 1
à 10 que lui avaient exposée les soigneurs, la zone comprise entre 7 et 9.
UPI/THE BETTMANN ARCHIVE

Comment les organismes changent-ils en fonction de l’expérience, en d’autres termes, comment


apprennent-ils ? Cette question est au centre des recherches sur l’apprentissage, menées pour une
grande part sur des animaux comme les souris, les rats, les pigeons et les chiens. On distingue

43
généralement deux principaux types d’apprentissage : le conditionnement classique et
l’apprentissage instrumental.

Pavlov dans son laboratoire


Les conditionnements pavloviens (dit classiques) ou skinneriens (instrumentaux) constituent la base de tous les
apprentissages simples.Dans le premier cas, mis en évidence par Pavlov (1849-1936) grâce à ses expériences
sur la salivation chez le chien, le conditionnement passe par l'association de certains événements au cours de
l'apprentissage (en entendant régulièrement le tintement d'une cloche lorsqu'il est en présence de nourriture, le
chien se mettra à saliver ensuite à la seule perception de ce son). Dans le second cas, au contraire,
l'apprentissage se joue au niveau des conséquences d'un comportement (une réaction donnée va être couplée
avec une récompense ou une punition).
Culver Pictures

Le conditionnement classique se réfère aux expérimentations menées par le physiologiste russe


Ivan Pavlov, qui lui ont permis de mettre en place un réflexe conditionné. Selon Pavlov, c’est du
couplage d’un stimulus conditionné et d’un stimulus non conditionné que procède l’apprentissage.

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Théorie du conditionnement de Skinner
Les travaux de Skinner prouvèrent que le comportement peut être conditionné par des stimuli positifs ou
négatifs.Illustration d'un conditionnement opérant fondé sur des stimuli positifs : on présente ici une souris
dans un labyrinthe simple, comportant peu de tournants. La souris atteint le premier tournant et reçoit une
récompense (A), elle ne reçoit ensuite sa récompense qu'après avoir atteint le second tournant (B), et elle ne
sera récompensée à nouveau qu'après avoir atteint la fin du labyrinthe, symbolisé par une étoile rouge.
© Microsoft Corporation. Tous droits réservés.

Dans l’apprentissage instrumental ou conditionnement opérant, expérimenté par Burrhus


F. Skinner, l’accent est mis sur le rôle de la récompense donnée à l’animal afin qu’il répète une
action donnée dans une situation analogue à celle où il l’a apprise.

Ces deux voies de recherche sur le comportement animal concernent des aspects élémentaires de
l’expérience d’apprentissage. Le conditionnement classique met en lumière l’importance du
couplage des stimuli conditionnés et non conditionnés, alors que l’apprentissage instrumental
révèle toute l’importance du couplage de la réaction et de la récompense. En d’autres termes, le
premier s’interroge sur les catégories d’événements qui sont associés dans l’expérience
d’apprentissage, tandis que le second s’intéresse aux conséquences des actions. La plupart des
situations d’apprentissage impliquent des éléments propres à l’un et l’autre type de
conditionnement.

3.3 Études cognitives

Les études sur l’apprentissage humain, plus complexes que les études sur l’animal, ne
s’apparentent pas exclusivement au conditionnement classique ou à l’apprentissage instrumental.
L’apprentissage et la mémoire chez l’homme ont été étudiés surtout à partir de matériel verbal
(listes de mots ou histoires) ou à partir de tâches nécessitant des capacités motrices (pratique de
la dactylographie ou d’un instrument de musique). Ces recherches ont démontré qu’aux grands
progrès enregistrés au début de l’apprentissage succède un rythme de plus en plus lent ; cette

45
courbe décroissante caractérise également l’oubli massif juste après l’apprentissage, et bien
moindre par la suite.

Au cours des dernières décennies, la psychologie a délaissé le cadre étroit des études
béhavioristes, pour accorder une place importante à la cognition. Cette nouvelle orientation a
permis d’analyser notamment le rôle de l’attention, de la mémoire, de la perception, de la
reconnaissance de motifs et de l’usage du langage (psycholinguistique) dans les processus
d’apprentissage. Dépassant rapidement le cadre des recherches en laboratoire, cette approche fut
adoptée par des praticiens à des fins thérapeutiques.

Les processus mentaux plus complexes comme la conceptualisation et la résolution de problèmes


sont le plus souvent appréhendés par le biais des théories de l’information. Ainsi, on utilise des
métaphores de la technologie informatique, on s’interroge sur la façon dont l’information est
encodée, transformée, mémorisée, retrouvée et transmise par les humains. En fait, les chercheurs
cognitivistes fondent leurs travaux sur une hypothèse fort contestée, selon laquelle le psychisme
doit être considéré comme une machine de traitement de l’information, analogue à un ordinateur.
Si les théories de l’information ont permis d’élaborer des modèles de pensée et de résolution de
problèmes que l’on peut tester dans des situations limitées, elles ont aussi révélé que l’on peut
difficilement dégager les modèles généraux de la pensée par ces seuls moyens.

3.4 Tests et mesures

Planche du test de Rorschach


Les planches du test de Rorschach présentent des taches d'encres symétriques qui peuvent évoquer des formes
familières ou totalement abstraites.
Corbis

Utilisés dans de nombreux domaines de la psychologie, les tests et les méthodes de mesure sont
appliqués avant tout dans le milieu scolaire. L’instrument psychologique le mieux connu est le test
d’intelligence à l’aide duquel les psychologues tentent de mesurer, depuis le début des années
1900, la capacité des élèves à réussir sur le plan scolaire. De tels tests se sont révélés utiles pour
la sélection scolaire, pour la formation professionnelle et pour prévoir les chances de réussite dans
les différentes branches de l’éducation. Des tests spéciaux ont été mis au point pour prédire les
chances de réussite dans différentes professions et pour évaluer les connaissances des candidats
dans diverses disciplines. Les tests psychologiques sont utilisés pour mesurer les aspects de la
personnalité, les intérêts et les attitudes.

46
La principale difficulté que rencontrent les concepteurs de tests réside dans la définition d’une
norme appelée à servir de référence lors de l’évaluation des réponses, car on note que les résultats
des tests reflètent souvent davantage le milieu socioculturel du sujet interrogé que ses capacités
réelles. Du fait de l’absence de consensus sur les normes à adopter, les tests d’intérêt
professionnel sont également critiqués, car parmi les nombreux critères qui ont été proposés pour
ces tests, rares sont ceux qui permettent de mesurer directement la personnalité des sujets.

3.5 Psychologie sociale

L’examen du comportement des individus dans leurs rapports avec les groupes sociaux et plus
généralement avec la société constitue l’objet de la psychologie sociale. Un grand nombre de
théories dans ce domaine peuvent être considérées globalement comme des théories de l’équilibre,
pour autant qu’elles s’intéressent à la question de savoir comment l’individu parvient à équilibrer
ou à concilier ses propres idées, son identité sociale ou ses représentations sociales avec les
actions et les attitudes préconisées par une partie ou par l’ensemble de la société. Outre la
socialisation de l’individu et l’intériorisation de la norme, la psychologie sociale tente d’analyser le
comportement collectif de groupes humains, notamment l’émergence des leaders en leur sein.

3.6 Psychopathologie

La mieux connue des branches de la psychologie, la psychopathologie s’attache à décrire et à


traiter des comportements psychologiques anormaux. La forte médicalisation de ce domaine a
conduit à faire porter l’accent sur la dynamique (les causes et les conséquences) de tels
comportements, plutôt que sur les aspects cognitifs des expériences anormales, lesquels
constituent néanmoins un objet d’étude à part entière.

Les systèmes de classification des comportements anormaux sont multiples et évoluent avec
l’extension des connaissances.

Les trois grands groupes de troubles mentaux sont les troubles psychotiques, ou psychoses, qui
impliquent une perte de contact avec le réel (schizophrénie, psychose maniaco-dépressive et
psychoses organiques), les troubles non psychotiques ou névroses qui généralement n’impliquent
pas de rupture avec le réel mais rendent la vie pénible, malheureuse (comme les troubles
d’anxiété, les phobies, les troubles obsessionnels-compulsifs, l’amnésie et la personnalité multiple),
et les troubles de la personnalité qui affectent les personnalités antisociales (« psychopathes » ou
« sociopathes ») ainsi que les individus présentant d’autres comportements excessifs ou déviants.

4 APPLICATIONS DE LA PSYCHOLOGIE

La grande diversité des domaines — de l’entreprise à l’école en passant par les cours de justice —
où les psychologues donnent des consultations révèle l’étendue des champs d’application de la
psychologie. Les trois plus importants secteurs de la psychologie appliquée sont la psychologie du
travail, la psychologie de l’éducation et la psychologie clinique.

47
4.1 Psychologie du travail

Dans les milieux professionnels, les psychologues remplissent plusieurs fonctions. Au sein des
départements des ressources humaines, ils contribuent à l’embauche du personnel au moyen de
tests et d’entretiens, à la conception des cours de formation, à l’évaluation des employés et au
développement de bonnes relations et de bonnes communications au sein de l’entreprise. Certains
psychologues font de la recherche pour les services marketing et publicitaires. D’autres contribuent
à la conception de machines et de postes de travail en cherchant à optimiser leurs caractéristiques
ergonomiques.

4.2 Psychologie de l’éducation

Les psychologues de l’éducation s’occupent des processus d’éducation et d’apprentissage. Ainsi


peuvent-ils, par exemple, concevoir de nouvelles méthodes d’enseignement de la lecture ou des
mathématiques afin d’améliorer l’efficacité de l’enseignement dans les classes.

4.3 Psychologie clinique

Un grand nombre de psychologues travaillent dans les hôpitaux, les cliniques et des cabinets
privés, aidant les patients par différentes thérapies, désignées sous le terme général de
psychothérapies. S’appuyant sur des tests et des entretiens, les psychologues classent leurs
patients et leur appliquent des traitements qui ne relèvent pas uniquement de la thérapeutique
médicamenteuse ou de la chirurgie.

La thérapie comportementale, qui est fondée sur les principes de l’apprentissage et du


conditionnement, constitue une branche à part de la psychologie clinique. Par la thérapie
comportementale, les psychologues cherchent à modifier le comportement du patient et à faire
disparaître des symptômes indésirables en concevant des expériences de conditionnement ou de
récompenses appropriées au comportement désiré. Un patient ayant la phobie des chiens, par
exemple, sera « désensibilisé » par une série de récompenses attribuées lors de contacts de plus
en plus étroits avec des chiens dans des situations non menaçantes. Dans d’autres formes de
thérapie, le psychologue peut essayer d’aider les patients à mieux comprendre leurs problèmes et
à trouver de nouveaux moyens de les résoudre.

5 TENDANCES ET DÉVELOPPEMENTS

De nos jours, la psychologie est une discipline de plus en plus spécialisée et soumise à des
influences issues de champs théoriques très divers. La psychologie de l’enfant a été
considérablement influencée par les observations et les « expériences cliniques » de Jean Piaget.
Les psychologues qui s’intéressent au langage et à la communication ont, quant à eux, été
marqués par la révolution inaugurée par le linguiste américain Noam Chomsky dans la pensée
linguistique. Les progrès réalisés dans le domaine du comportement animal et de la sociobiologie
ont contribué à élargir sensiblement le champ et les techniques de recherche de la psychologie. Les

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travaux éthologiques de Konrad Lorenz et de Nikolaas Tinbergen, qui étudiaient les animaux dans
leur habitat naturel et non en laboratoire, ont attiré l’attention sur l’unicité de l’espèce et de son
développement comportemental.

Une autre mutation dans la psychologie moderne est due à l’avènement de l’informatique, qui a
non seulement inauguré un nouveau mode d’appréhension des fonctions cognitives, mais a aussi
livré les moyens de tester des théories complexes relatives à ces processus. Les ordinateurs sont
des manipulateurs de symboles, c’est-à-dire des machines qui reçoivent une information sous
forme symbolique, qu’elles transforment et utilisent en fonction des buts programmés. Les
spécialistes de l’intelligence artificielle cherchent désormais à concevoir des programmes capables
d’accomplir des tâches complexes nécessitant jugement et prise de décision. Pour cela, ils doivent
d’abord comprendre comment l’homme accomplit une tâche difficile avant de pouvoir la reproduire
dans le système expert. Parallèlement, certains psychologues, qui utilisent l’ordinateur comme
modèle, essaient de considérer les êtres humains comme des « processeurs d’information » et
doivent s’attacher à formuler leurs théories de manière suffisamment précise et explicite pour être
à même de les transcrire dans des programmes informatiques. Il résulte de cette mutation que les
comportements complexes sont désormais étudiés avec des approches nouvelles et
complémentaires, qui donnent lieu à des théories mieux étayées.

49
langage, acquisition du
1 PRÉSENTATION

langage, acquisition du, processus spontané d’apprentissage qui permet à un enfant d’acquérir
progressivement sa langue maternelle.

2 L'ACQUISITION DU LANGAGE : OBJET DE LA PSYCHOLINGUISTIQUE

Vers la moitié du XXe siècle, l’acquisition du langage est devenue l’objet d’étude principal d’une
nouvelle science, la psycholinguistique, née de la conjonction de la psychologie et de la
linguistique.

On peut rappeler ici les deux principales conclusions auxquelles les recherches psycholinguistiques
ont abouti. D’une part, elles ont montré l’importance de la créativité dans le processus
d’acquisition, qui ne se réduit donc pas à une simple répétition-imitation du langage adulte. Des
phénomènes comme la surgénéralisation syntaxique (par exemple, Ils sontaient au lieu de Ils
étaient) montrent d’une manière convaincante que l’enfant ne se contente pas de reproduire ce
qu’il entend, mais risque des hypothèses et des tentatives de généralisation dans un véritable
processus de création. D’autre part, ces recherches ont montré qu’en dehors des cas
pathologiques, quel que soit l’enfant, et quelle que soit sa langue maternelle, le processus
d’acquisition se déroule à peu près selon le même schéma, et passe par des étapes globalement
identiques.

3 LES ÉTAPES DE L’ACQUISITION DU LANGAGE

3.1 La phase de la communication prélinguistique

La plupart des recherches récentes insistent sur l’importance, dans le processus d’acquisition, de la
première année de la vie d’un bébé, au cours de laquelle celui-ci, de plus en plus conscient de son
entourage et désirant communiquer avec lui, met en place un système d’échanges affectifs de plus
en plus élaboré. Entre huit et dix mois, la plupart des bébés voient leurs capacités communicatives
et cognitives se développer considérablement, ce qui constitue une phase préalable et nécessaire à
l’émergence d’une compétence linguistique.

Parallèlement, on assiste au développement de la capacité phonologique du bébé. Dans les


premières semaines de sa vie, celui-ci est en effet potentiellement capable de percevoir tous les
contrastes phonétiques, y compris ceux qui ne sont pas pertinents, dans sa langue maternelle. Le
processus d’apprentissage consiste en l’occurrence à oublier la plupart de ces sons, pour se
concentrer sur ceux de sa langue maternelle. On donne à cette acquisition phonologique le nom
d’« apprentissage par l’oubli », qui s’achève vers huit à douze mois.

50
Au cours de cette même période, on assiste à l’émergence de la lallation (ou babillage), c’est-à-dire
l’émission par le bébé d’un certain nombre de sons, d’abord vocaliques, ensuite consonantiques
(avec généralement un redoublement syllabique, dadada).

3.2 La phase de l’acquisition linguistique

L’acquisition proprement linguistique concerne à la fois l’ajustement du système phonologique, le


maniement d’un lexique de plus en plus riche et la mise en place des principales contraintes
grammaticales. Cet apprentissage se déroule généralement en quatre étapes.

3.2.1 La compréhension de mots

Entre huit et dix mois, la plupart des jeunes enfants, en répondant de manière adéquate à des
interventions verbales, montrent leur capacité à comprendre certains mots.

3.2.2 La production de mots

Entre onze et treize mois, on assiste généralement à la production des premiers mots, qui sont
souvent monosyllabiques et comportent une séquence consonne-voyelle. Après une progression
relativement lente, on assiste, entre dix-huit et vingt mois, à une accélération dans l’acquisition du
lexique, phase appelée l’« explosion du vocabulaire ».

3.2.3 La combinaison de mots

L’explosion du vocabulaire s’accompagne de l’émergence des premières combinaisons de mots. Le


jeune enfant se met alors à produire des énoncés à deux mots (parti papa, pas bain, etc.). Il s’agit
d’une phase décisive durant laquelle se met en place le début d’une organisation syntaxique, même
si les contraintes grammaticales ne sont pas encore observées.

3.2.4 L’émergence de la grammaire

La mise en place du système grammatical débute aux environs de deux ans, pour s’affiner
progressivement jusqu’à quatre ou cinq ans. On assiste alors à l’émergence des principales règles
grammaticales (ordre des mots, accord, apparition des mots fonctionnels comme les prépositions
et les articles, etc.).

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Aphasie
1 PRÉSENTATION

aphasie (du grec a, « privation », et phanai, « parole »), ensemble des troubles du langage causés
par une lésion du système nerveux central (liée le plus souvent à un accident vasculaire cérébral).

Les troubles aphasiques doivent être distingués d’une part des troubles du langage dus à une
atteinte des organes périphériques d’émission ou de réception de la parole (comme dans la mutité,
la surdité ou le bégaiement), et, d’autre part, des troubles qui affectent la communication en
général, et qu’on rencontre par exemple chez les sujets psychotiques.

2 DIFFÉRENTS TYPES D’APHASIE

L’aphasie est un terme générique (créé en 1864 par le médecin français Armand Trousseau) qui
désigne une multitude de troubles langagiers, que l’on peut classer de différentes manières selon le
point de vue adopté — clinique ou linguistique. Certains linguistes ont proposé une classification
des troubles aphasiques selon l’aspect du langage atteint (phonologique, lexical, et / ou
syntaxique). D’un point de vue clinique, on peut proposer ici une subdivision des troubles
aphasiques en deux grandes classes.

2.1 L’aphasie de Broca (ou aphasie motrice)

Ce type d’aphasie a été décrit pour la première fois par le médecin français Paul Broca. Suite à une
lésion qui atteint une zone précise du cerveau (l’aire dite « de Broca », située dans la partie
inférieure et latérale du lobe frontal), le patient souffre d’un trouble plus ou moins sévère de
l’articulation et de l’expression, allant d’une perturbation du débit et de la mélodie (parole lente,
scandée) à l’impossibilité totale de parole, en passant par des cas intermédiaires caractérisés par la
pauvreté du langage spontané, qui se réduit souvent à quelques expressions stéréotypées, rendues
dans un style télégraphique marqué d’agrammatisme (notamment des problèmes d’ordre des
mots). Mais la compréhension du langage demeure intacte.

2.2 L’aphasie de Wernicke (ou aphasie sensorielle)

Ce type de trouble aphasique apparaît suite à une lésion dans l’aire de Wernicke (partie postérieure
et supérieure du lobe temporal), du nom du neurologue allemand Carl Wernicke. Ce trouble se
caractérise notamment par la perte, partielle ou totale, de la compréhension des messages
verbaux. La parole produite par le patient, si elle est fluide et aisée, est néanmoins
incompréhensible, à cause notamment de la paraphasie, c’est-à-dire la déformation des mots, et
l’emploi inapproprié de certains termes à la place des mots attendus.

3 LES ENSEIGNEMENTS DE L’APHASIE

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Les études neurolinguistiques sur l’aphasie permettent, au-delà de la connaissance de la pathologie
elle-même, le développement de connaissances précieuses sur le langage et sur ses relations avec
le cerveau et la pensée.

Ainsi, même s’il convient d’observer la plus grande prudence dans ce domaine, la plupart des
témoignages et des recherches semblent aller à l’encontre de l’idée généralement admise selon
laquelle la pensée ne saurait se concevoir en dehors du langage.

L’étude de l’aphasie, en tentant d’associer, grâce à des techniques de plus en plus sophistiquées
(comme l’imagerie par résonance magnétique), les différents troubles observés à des lésions
cérébrales déterminées, fournit également des informations fondamentales sur l’organisation
neuronale du langage, et sur la localisation de ses différentes fonctions.

Enfin, l’étude de l’aphasie permet des éclairages, quelquefois décisifs, sur des données strictement
linguistiques. Ainsi, elle permet par exemple de confirmer la pertinence de l’opposition établie par
Chomsky entre compétence et performance, puisque certains troubles peuvent être présents
certains jours et régresser les jours suivants, ce qui montre que seule la performance des patients
est atteinte, non leur connaissance profonde du langage.

L’aphasie permet également de confirmer la relative indépendance des différents niveaux


linguistiques (phonologie, lexique, syntaxe), puisque certains troubles aphasiques peuvent
n’affecter qu’un aspect particulier de ces niveaux, non les autres.

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