Vous êtes sur la page 1sur 6

Chapitre 4

L'Esprit Saint prie


en nous

N°2670 "Nul ne peut dire : 'Jésus est Seigneur', que sous l'action de l'Esprit Saint"
(1Co 12,3 ). Chaque fois que nous commençons à prier Jésus, c'est l'Esprit Saint qui,
par sa grâce prévenante, nous attire sur le chemin de la prière. Puisqu'il nous apprend à
prier en nous rappelant le Christ, comment ne pas le prier lui-même ? C'est pourquoi
l’Église nous invite à implorer chaque jour le Saint-Esprit, spécialement au
commencement et au terme de toute action importante.
« Viens, Esprit saint, emplis les cœurs de tes fidèles, et allume en eux le feu de ton
amour. »
« Roi céleste, Esprit Consolateur, Esprit de Vérité, partout présent et emplissant tout,
trésor de tout bien et source de la Vie, viens, habite en nous, purifie-nous et sauve-nous,
ô Toi qui es Bon ! »
N°2672 L'Esprit saint, dont l'onction imprègne tout notre être, est le Maître intérieur de la
prière chrétienne. Il est l'artisan de la tradition vivante de la prière. Certes, il y a autant
de cheminements dans la prière que de priants, mais c'est le même Esprit qui agit en
tous et avec tous. C'est dans la communion de l'Esprit Saint que la prière chrétienne est
prière dans l’Église.

Le Christ nous précède sur le chemin de la prière. Pour vivre la prière silencieuse, il
nous faut regarder, écouter le Christ dans l’Évangile.

Jésus et l'Esprit saint

Jésus a été conçu du Saint Esprit : « L’Esprit saint viendra sur toi et la Puissance du
Très Haut te prendra sous son ombre. » (Lc 1,35)
Il a été baptisé dans l’Esprit : « L’Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle
comme une colombe. » (Lc 3,21)
Dans la synagogue à Nazareth, Jésus fait sa première homélie : « L’Esprit du
Seigneur est sur moi car il m’a consacré par l’onction pour porter la bonne nouvelle aux
pauvres […] Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture. » (Lc 4,21)
Jésus est mené par l’Esprit au désert « Jésus rempli d’Esprit saint revint du Jourdain
et il était mené par l'Esprit à travers le désert. » (Lc 4,1)
Au mont des Oliviers, pendant son agonie, Jésus prie le Père et « alors lui apparut
venant du ciel, un ange qui le réconfortait. » (Lc 22,43) Or l’ ange est le nom de l’Esprit
Saint dans la théologie judéo-chrétienne des années dans les débuts de l’Église

Jésus prie sous l'action de l'Esprit Saint

Après le retour de mission des soixante-douze qui reviennent tout joyeux,


« A cette heure, Jésus tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint et il dit :
« Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux
sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père car tel a
été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par Mon Père, et nul ne sait qui est le Fils
si ce n’est le Père, ni qui est le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut
bien le révéler.» (Lc 10,21) 

La prière est donc une relation vivante à Dieu présent qu’on ne voit pas s’exprimant
en paroles, dans un JE et un TU (pas dans une fusion). Cette prière spontanée a jailli sous
l’action de l’Esprit saint. Nous avons pu en faire l’expérience. Ce n’est pas une simple
pensée, mais une parole adressée à Dieu exprimant une relation vivante qui peut monter
pour ainsi dire toute seule. Mais l’Esprit saint y est pour quelque chose.

L’Esprit Saint est une personne

Les symboles représentant l'Esprit saint dans la Bible sont nombreux : l'eau vive,
l'onction, le feu, la nuée et la lumière, le sceau, la main, le doigt, la colombe. Ils disent son
dynamisme. Malheureusement, que de chrétiens prennent le symbole pour la réalité et
l'Esprit Saint pour un oiseau !
L’Esprit Saint est une personne, nous pouvons donc vivre une relation avec lui.
Un religieux très âgé était rayonnant. Je lui ai demandé son secret. Il m'a répondu :
« Je dis souvent dans la journée : Esprit Saint, je t'aime. »

Quelques expressions peuvent nous induire en erreur.


Nous disons « attendre » le Saint-Esprit. On attend ce qui n'est pas là ! Mais nous
avons reçu l'Esprit du Christ... Il ne s'agit pas donc d'attendre quelque chose d'absent,
mais de demander que sa présence en nous devienne pleinement active et efficace dans
tout notre être.
Une religieuse âgée disait « Le Saint-Esprit me dit souvent : ôte-toi un peu de là que
je m'y mette ! »
Quand nous chantons « Viens Esprit de sainteté » nous n'appelons pas quelqu'un
qui serait dans les nuages, Mais il est présent en nous.
Or combien de chrétiens en parlant de Dieu lève le doigt vers le ciel en disant « Lui,
là-haut ! » La source d'eau vive est au fond de notre cœur, parfois bien ensablée comme
pour la Samaritaine. Nous attendons, nous demandons que cette source jaillisse et anime
notre esprit et tout notre être de sa lumière et de son amour. En nous habite celui qui nous
est donné pour nous mener à la vérité toute entière. D'où l'importance primordiale de se
recueillir au fond de soi.

Prier, c'est laisser l'Esprit prier en nous

« L’Esprit vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que


demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous
en gémissements ineffables » (Rom 8,26)

La prière n'est pas notre œuvre. « Fais ta prière ! » Non ! On ne fait pas sa prière !
Prier, c'est laisser l'Esprit prier en nous. Notre activité se réduit à un acquiescement
dans la foi à sa prière en nous. Dans le dynamisme de son Amour, dans l’énergie de la
résurrection, l'Esprit saint nous pousse vers Jésus et en Jésus nous entraîne vers le Père.

Pratiquement, il s’agira d’accueillir la prière qui est en nous, donc ne pas rester au
niveau des pensées, des préoccupations, de l’affectif, mais de nous intérioriser pour
doucement rejoindre notre être profond que Jésus est venu nous révéler. Il a « tiré le
voile » qui cache la réalité profonde de qui nous sommes : enfants du Père pour toujours,
toujours ! Aucune intelligence humaine ne peut le découvrir, il faut une révélation. Ceux qui
en reste à leur sagesse, à leur intelligence sont radicalement incapables de le reconnaître.
Il faut être tout petit, ouvert, pour accueillir la Révélation d’une parole qui vient d’un Autre.
La prière chrétienne est la manifestation vivante de ce que nous sommes en
profondeur.
Pour accueillir Celui qui est prière en nous, que nous ne voyons pas, que nous ne
sentons pas, il faut du temps. Jésus ne pouvait pas se passer de journées de solitude,
comme dans un amour, dans une amitié, où il y a des temps pour être avec, dans
l’intimité. C’est le secret de la prière silencieuse.

L’Esprit saint est partout dans la prière : au début, pendant, à la fin.

« Moi je prierai le Père et Il vous donnera un autre Paraclet qui soit AVEC vous
pour l’éternité […] Vous le connaissez vous : Il demeure CHEZ vous et Il sera
EN vous. […] L’Esprit Saint vous enseignera TOUT, Il vous rappellera TOUT ce
que je vous ai dit. » (Jn 14,16)

Sans l’Esprit Saint, nous ne sommes pas accommodés à la prière.


L’Esprit Saint va accommoder notre vue aux mystères de Jésus, à la transcendance
de Dieu et à la familiarité avec Jésus et avec le Père. Il y a à la fois un temps de
transcendance : «  Saint, Saint, Saint le Seigneur » , et une grande proximité où l’on goûte
Dieu : vue, ouïe, odorat, toucher, sont imprégnés de Dieu même si c'est au-delà du
sensible.
Mais il faut se donner du temps pour accéder au mystère et pour nous ouvrir plus
largement à l’emprise de Dieu. Pour bien aérer, il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre et de la
refermer une minute après. Prier, c’est ouvrir notre cœur à Dieu pour qu’il entre, purifie,
renouvelle.
Prier, c’est prendre du temps pour que Dieu puisse se communiquer ainsi à nous et
que de notre côté, nous nous donnions à lui, nous laissant investir, habiter par le Seigneur,
par la Trinité.
Il faut alimenter cette relation par la Parole de Jésus. Cette parole dite hier par Jésus
est maintenant chargée de l’énergie de la résurrection, de l’énergie de l’Esprit Saint « qui
nous enseignera tout » et nous conduit au Père. Je vais méditer cette parole, puis
contempler, et, mains ouvertes, me laisser imprégner du silence de Dieu.

Votre corps est le temple de l'Esprit Saint

L’habitation de Dieu en moi est le fondement de l’oraison :


La vie de Sainte Thérèse d'Avila a été transformée par cette découverte :
« Dieu réside véritablement en moi ».

Depuis le baptême, la Trinité est en moi. Cette présence est trop peu connue, et ça
explique une vie chrétienne qui se dégrade.
« Ne savez-vous pas que votre corps est le temple de l’Esprit Saint qui est en
vous et qui vous vient de Dieu ? » (1 Cor 6,19).

Le corps représente la personne toute entière.


Mon corps est un moyen merveilleux pour prier si je l’accueille et l’habite dans la foi :
corps qui respire, reçoit l’air et le rend, animé par un souffle vivant ; Dieu a inscrit
concrètement dans le corps vivant le mystère de ce que nous sommes : un être qui reçoit
et qui répond, dans une relation vivante avec Dieu.
Donc prendre une bonne position stable, et utiliser mon corps pour m’intérioriser. Ne
pas penser que je respire, mais sentir mon corps respirant, accueillir le mouvement de la
respiration.
Faire cela dans la foi, et sentir mon mouvement respiratoire comme le signe concret
de cette réalité que je ne sens pas : l’Esprit qui est en moi. Passer cinq à dix minutes à
d’abord accueillir ce que je suis dans ma réalité tel que Dieu m’a crée et doucement,
entrer en relation vivante avec Dieu qui me rejoint et attend de moi une réponse.

Témoignage :
Un homme blessé, tatoué, cheveux en crête, etc, arrive en retraite déclarant : « j'ai
tout fait sauf tuer. Mais je ferai la peau de quelqu'un en sortant. » Après quelques jours, il
vient me dire « tu te rends compte, mon corps est le Temple du Saint Esprit ? ça je n'en
reviens pas ! » Son attitude a visiblement changé à partir de là.

Les dons et l’influence de l’Esprit Saint

Les dons de l'Esprit reposaient sur Jésus :


« Sur le Messie reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et
d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte
du Seigneur. » (Is 11,2)

Pour faciliter l'action de l'Esprit, Dieu nous dote d'une sensibilité à cette action, d'une
réceptivité accrue, d'une facilité à suivre ses impulsions, comme les voiles d'un bateau
hissées permettent au bateau d'avancer sous le vent. Ce sont les dons de l'Esprit qui nous
permettent d'agir au-dessus de nos possibilités et de vivre toujours plus en enfants de
Dieu car « Ceux-là sont les vrais enfants de Dieu qui sont agis par l'Esprit de Dieu » (Rom
8,14) Nous expérimentons ce que dit St Paul :
« Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit aussi nous fasse agir. » (Ga 5,25)

Ainsi, à une carmélite qui croit que la petite Thérèse a de la patience avant de mourir,
elle répond : « Je n’ai pas eu une minute de patience ! Ce n’est pas la mienne ! On se
trompe toujours ! » C’est le don de force.
Autre exemple : J'ai à visiter un malade qui naturellement m'est assez antipathique.
Tout le long du trajet, j'appelle l'Esprit saint au secours. Ce n'est qu'en franchissant la
porte que je sens une douceur qui m’envahit et je touche à quel point cette bienveillance
aurait été humainement impossible. Il y a à la fois un don de l'Esprit Saint que je reçois
« passivement » et moi qui fais la visite bien concrètement. J'apprends ainsi une
dépendance de plus en plus continuelle à l'Esprit Saint. C'est cela la sainteté : dans une
pauvreté que je découvre toujours plus grande, j'envoie des SOS à l'Esprit saint et je vis
de plus en plus de son secours.

Laissons le Père Marie-Eugène nous en parler :1

« Les dons du Saint-Esprit sont en notre âme des portes qui s'ouvrent sur
l'Infini et par lesquelles nous arrive le grand souffle du large, ce souffle de
l'Esprit d'amour qui apporte la lumière et la vie. Cet Esprit, il est vrai « souffle
où il veut et on ne sait d'où il vient ni où il va   », mais nous savons qu'il est le
souffle de la Sagesse d'amour, de la Miséricorde infinie qui a besoin de se

1 P. Marie-Eugène de l’E.-J, « Je veux voir Dieu », Ed du carmel, p. 318-321


répandre, qui nous a créés pour se donner à nous et nous emporter dans le
mouvement puissant et les richesses ardentes de sa vie débordante.[...]
Pour la réalisation de ses desseins en nous, notre bonne volonté est trop
lente et trop infirme. Le souffle divin utilisera donc ces portes qui s'ouvrent
devant lui, s'y précipitera comme un torrent, pour enrichir l'âme au-delà de tous
ses mérites, de toutes ses exigences, ne considérant que ses besoins à lui de
donner et de se répandre.[…] C'est par ces portes ouvertes sur l'Infini, par ces
voiles hissées pour recueillir le souffle de l'Esprit, que la miséricorde toute-
puissante entre dans les âmes et en fait des prophètes et des amis de Dieu.
Mais encore faut-il que ces portes soient ouvertes sur l'Infini par la
confiance, et ces voiles hissées par l'amour, pour être gonflées par le vent du
large.[...]
Comment attirer le souffle de l'Esprit et comment ensuite se livrer et
coopérer à son action envahissante ? Certes, l'Esprit Saint est souverainement
libre en ses dons. Toutefois il est des dispositions qui exercent sur sa
miséricorde une attirance quasi irrésistible, il en est d'autres qu'il exige comme
coopération active à son action. C’est dans le don de soi, l'humilité et le silence
que l’action de l’Esprit Saint peut se poursuivre.

Dans le MI

Nous prions chaque jour l’Esprit saint dans notre prière commune.
Père, Maître de la moisson, envoie ton Esprit sur notre évêque, nos prêtres, les
diacres et les pasteurs, les personnes en mission ecclésiale, nos
communautés, nos familles et sur chacun de nous.
- Viens, Esprit-Saint, remplis le cœur de tes fidèles, allume en eux le feu de ton
amour.
- Envoie ton Esprit et tout sera créé. Et tu renouvelleras la face de la terre.
- Seigneur notre Dieu, par l'illumination de l'Esprit Saint, tu as instruit les cœurs
de tes fidèles ; rends-nous dociles à ton Esprit, pour apprécier ce qui est juste,
et donne-nous d'éprouver toujours le réconfort de sa présence. Par Jésus-
Christ, ton Fils, notre Seigneur. Amen.

Et moi ? Et nous ?

◊ L'Esprit Saint est-il pour moi une personne avec laquelle je suis en
relation ?
◊ Ai-je déjà été consciente de l'aide de l'Esprit dans la prière ou dans le
quotidien ?

Oraison

Jésus dit à Nicodème : « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais
ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » (Jn 3,8)
Dans un temps de marche consciente, accueillir le passage imprévisible de l’air sur la
peau. Sentir le souffle.
Puis dire lentement la prière de St Ignace (peut-être simplement un passage où je peux
être sincère aujourd’hui ou une prière que je compose disant mon désir de suivre le
Souffle de l’Esprit saint.) :

Prends Seigneur et reçois toute ma liberté,


ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté.
Tout ce que j’ai et tout ce que je possède, c’est toi qui me l’as donné.
Tout cela Seigneur, je Te le rends,
Tout est à Toi, disposes-en selon ton entière volonté.
Donne-moi seulement de t’aimer, donne-moi cette grâce, elle seule me suffit.