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Procédé sol-gel

Transformation d'une solution colloïdale


de monomère (sol) en un réseau
polymére biphasique (gel)

Ne doit pas être confondu avec


Transition sol-gel.

Les procédés sol-gel (ou solution-


gélification) permettent la production de
matériaux vitreux, éventuellement
microporeux à macroporeux par
polymérisation (et éventuel retraitement
thermique) sans recourir à la fusion.

Le verre est ici directement fabriqué à


partir d'une solution liquide (ensuite
rendue colloïdale) de silice et d’autres
composés chimiques (soude, chaux,
magnésie…) et de catalyseurs (ou en
milieu homogénisé par des ultrasons
(sonochimie[1]) et/ou chauffé par des
micro-ondes[2]). Ces matériaux sont
regroupés sous l'appellation générique
« procédé sol-gel ». On dispose par ces
méthodes de matériaux massifs, mais
elles sont surtout bien adaptées à la
réalisation de films et revêtements (par
exemple pour un traitement de surface
de verre, de métal ou de matières
plastiques (ex : film anti-corrosion, anti-
UV, anti dépôt de polluants, anti-abrasion,
ou encore traitement anti-rayures et/ou
« anti-réfléchissant » de verres de
lunettes ou d'autres verres ou plastiques,
éventuellement bi-face)[3]. Outre le fait de
pouvoir réaliser des matériaux purement
inorganiques, elles sont aussi bien
appropriées pour la synthèse de verres
hybrides organo-minéraux (dopés). Les
précurseurs nécessaires existent pour un
grand nombre de métaux, métalloïdes et
non-métaux. Ils sont soit liquides soit
solides, et dans ce dernier cas ils sont
pour la plupart solubles dans des
solvants usuels. Il est donc possible de
préparer des mélanges homogènes des
monomères (précurseurs) ou
oligomères[3].

Histoire
La fusion de matières premières à haute
température (1 300 à 1 500 °C) est
connue et pratiquée depuis l'antiquité
(verre, métaux, soudure...). Elle permet
d’obtenir l’homogénéité à l’échelle
moléculaire grâce au liquide obtenu. Les
fondants (soude, potasse, etc.) qui
présentent une grande affinité chimique
pour la silice (avec formation de
silicates) abaissent la viscosité du verre
liquide et en facilitent l’élaboration. La
chaux, la magnésie, l’alumine assurent au
verre normal sa stabilité chimique.

e
Depuis le  siècle, de nouvelles
méthodes de synthèse et d’élaboration
du verre sont étudiées,

Le premier brevet sol-gel date de 1939.

En associant des matériaux organiques


et inorganiques, la synthèse sol-gel ouvre
un champ nouveau dans le domaine des
matériaux vitreux. Elle a déjà trouvé de
nombreuses applications expérimentales
et industrielles.

Principe
Le procédé sol-gel permet de fabriquer
un polymère inorganique ou bien hybride
inorganique-organique (pouvant même
inclure par encapsulation[4] des
molécules biologiques (protéines,
bioenzymes, etc.)[5] qui pourraient
déboucher sur des solutions bio-
inspirées[6], à un réseau de silice par une
succession de réactions chimiques
simples et à une température proche de
la température ambiante (20 à 150 °C)
puis du verre par cuisson.

La synthèse est effectuée à partir


d'alcoolates de formule M(OR)n où M est
un métal ou le silicium et R un
groupement organique alkyle CnH2n+1.
Les particules solides (plus denses que
le liquide) doivent être très petites afin
que les forces de gravitation ne
dépassent pas celles qui sont
responsables de la dispersion homogène
de ces particules dans le liquide puis
dans le gel (réseau tridimensionnel de
liaisons de van der Waals). La réaction
de gélification prend un certain temps
(dit « temps de gel » ou « point de
gel »)[3].

Les réactions chimiques simples à la


base du procédé sont déclenchées
lorsque les précurseurs sont mis en
présence d’eau : l'hydrolyse des
groupements alkoxy intervient tout
d’abord, puis la condensation des
produits hydrolysés conduit à la
gélification du système. Après le point de
gel, il reste encore des molécules d'eau
et/ou de solvant non mobilisées, et une
phase de vieillissement du gel est alors
entamée, où des modifications physico-
chimiques importantes surviennent, selon
trois processus, dits :

1. polymérisation (le réseau vitreux se


renforce au fur et à mesure que de
nouvelles liaisons chimiques se
constituent) ;
2. mûrissement (processus de
dissolution et de reprécipitation)[3] ;
3. transformation de phase ou
synérèse[3].

Les gels hybrides : ce sont des gels dans


lesquels une certaine quantité de
molécules organiques a volontairement
été ajoutée et conservée dans le
matériau final (qui peut être un aérogel
ou un xérogel) ; ces molécules
organiques (éventuellement
macromolécules) peuvent être « hôte–
invité » ou fonctionnellement intégrée au
gel (en réseaux s'interpénétrant). Ces
hybrides sont catégorisés en deux
classes :

1. les gels de classe I (« hôte-invité »),


où les parties organique (ou bio-
organique) et inorganique sont
imbriquées à l’échelle des
molécules sans nécessité de
liaisons fortes entre elles ;
2. les gels de classe II, où les parties
organiques et inorganiques
présentent des liaisons fortes entre
elles, iono-covalentes ou
covalentes. Les réactions
d’hydrolyse et de condensation
peuvent conduire à la formation
d’un réseau organominéral.

Application

Exemple général …

Nous allons décrire ces deux réactions


dans le cas du tétraéthoxysilane
Si(OC2H5)4 (ou TEOS) qui correspond à
un système modèle pour les matériaux
sol-gel.

L'hydrolyse (figure 1)

Figure 1 : schéma réactionnel de l’hydrolyse du


tétraéthoxysilane.

C'est la première réaction sur les


groupements alkoxy du précurseur. L'eau
introduite dans une solution alcoolique
de TEOS hydrolyse les groupements
éthoxy en groupements silanol (Si-OH) et
produit de l'éthanol. Cette réaction est
catalysée en milieu basique et en milieu
acide, sa vitesse est minimale à pH 7.

La condensation (figure 2)

Figure 2 : schéma réactionnel de la condensation de


deux groupements silanol.

Cette réaction forme un pont siloxane (Si-


O-Si) à partir de la condensation de deux
groupements silanol et libère une
molécule d'eau. Elle peut aussi avoir lieu
entre un groupement éthoxy et un
groupement silanol pour former un pont
siloxane et libérer une molécule
d'éthanol. Ces ponts siloxanes sont les
unités de base du polymère inorganique.
Dans les architectures moléculaires ainsi
formées la « brique de base » est un
tétraèdre (SiO44-) au centre duquel se
trouve l’atome de silicium (figure 3), on
retrouve d’ailleurs cette brique dans les
verres à base de silice élaborés à haute
température. Pour le TEOS, la réaction de
condensation présente une vitesse
minimale pour un pH de 2 ou 3. Pour des
pH élevés, la réversibilité de la réaction
peut devenir importante. Pour un
précurseur R'-Si(OR)3 où R' est un
groupement organique non-hydrolysable,
la vitesse minimale de condensation est
déplacée vers pH=4.

Figure 3 : architecture moléculaire réalisée à partir


de tétraèdres SiO44- ; les atomes d’hydrogène des
groupements silanol ne sont pas représentés.
La compétition entre hydrolyse et
condensation conditionne l’équilibre
entre le grossissement de particules
denses et leur collage ; elle détermine
ainsi, à l’échelle du nanomètre, la
géométrie des structures formées. Cette
compétition est contrôlable
chimiquement par le pH et la salinité des
solutions, lesquels modifient la vitesse
des réactions et la charge superficielle
des particules formées.
Figure 4a : gel de silice.

En milieu acide (pH > 1), l’hydrolyse est


rapide devant la condensation, ce qui
libère l’ensemble des monomères pour la
formation rapide de petites particules
(unités polyédriques de quelques
dizaines d'atomes) dont la taille ne
dépasse pas un nanomètre. Ces
particules s’agrègent ensuite pour former
des amas polymériques ramifiés de
faible densité, qui à leur tour s'agrègent.
Ces amas restent en suspension sans
précipiter, c'est le sol. Les amas
occupent progressivement une fraction
volumique de plus en plus importante
jusqu’à une valeur proche de l’unité. La
viscosité du milieu devient alors
importante et le liquide finit par se figer :
c’est la gélification. Macroscopiquement,
cet assemblage s’achève par l’apparition
d’une rigidité et d’une élasticité de type
solide, provenant du gel. Solide,
transparent, le gel obtenu est donc
constitué d’un réseau polymérique de
silice emprisonnant le solvant et
éventuellement des amas encore en
solution (figure 4a). Ce réseau présente
une porosité dont la distribution
s’échelonne de la taille des particules à
celle des amas. Au-delà de la gélification,
les réactions chimiques se poursuivent et
modifient la distribution en taille des
pores du gel.

En milieu neutre ou modérément basique,


la condensation des espèces siliciées
est plus rapide que l’hydrolyse, le
polymère est alors progressivement
alimenté en monomères. L’étape de
formation des unités élémentaires est
une agrégation monomère - amas dont la
cinétique est limitée par la Chimie. Ce
mécanisme conduit à la formation de
particules denses de silice. Celles-ci, de
taille pouvant atteindre plusieurs
centaines de nanomètres sont chargées
négativement. Les répulsions
électrostatiques qui en résultent
empêchent une nouvelle agrégation entre
particules qui restent en suspension
dans le solvant. L’ensemble particules -
solvant constitue le sol. Par addition de
sels ioniques ou par basculement du pH
(vers un pH acide), il est possible
d’écranter ces interactions
coulombiennes et de permettre la
déstabilisation du sol. L’agrégation entre
particules, conduit alors à la gélification
comme pour le système acide.
Finalement, en milieu très basique (pH >
11), la dépolymérisation (rupture des
ponts siloxanes) l'emporte et la silice est
transformée en silicate soluble.

L’obtention d’un matériau, à partir du gel,


passe par une étape de séchage qui
consiste à évacuer le solvant en dehors
du réseau polymérique.
Figure 4b : aérogel de silice.

Dans le cas d’un séchage hypercritique,


des solides ultra-légers (figure 4b),
appelés aérogels, sont obtenus. Cette
technique de séchage qui opère dans des
conditions de température et pression où
la tension superficielle du solvant est
nulle (conditions critiques) permet
l'expulsion du solvant sans dégradation
de la structure ramifiée de la phase
solide. Ce type de séchage conduit par
conséquent à des matériaux très poreux.

Les aérogels se caractérisent par un très


grand pouvoir d'isolation thermique : un
aérogel est cent fois moins conducteur
de la chaleur qu'un verre classique, et
surtout cinq fois moins que l'air. Le
pouvoir d'isolation thermique, associé à
la transparence dans le visible et à
l'opacité dans l'infrarouge, fait des
aérogels de formidables boucliers
thermiques.

Le champ d'applications est très vaste : il


va du double vitrage à l'utilisation dans
les fusées spatiales. Ces matériaux
extrêmement poreux (jusqu'à 99 %)
intéressent également la physique
nucléaire pour le piégeage des particules,
et l'industrie de la catalyse pour
l'élaboration de supports. Le fort pouvoir
d’isolation thermique proviendrait, au
moins en partie, de l'existence dans un
réseau fractal de modes de vibrations
atomiques localisées (fractons) qui ne
permettraient pas la propagation de la
chaleur à grande distance.
Figure 5 : xérogel à base de silice (diamètre 50 mm).

Pour un séchage traditionnel des gels en


étuve ou à l’air libre, à une température
proche de la température ambiante,
l’élimination des solvants est beaucoup
plus délicate. En effet, les forces
capillaires, lorsque l'interface liquide-
vapeur progresse à l'intérieur des pores
du gel, créent des contraintes telles, que
la structure peut s'effondrer entraînant
ainsi la fissuration des monolithes, voire
la transformation du gel en poudre.
L'étape de séchage doit donc être
conduite très lentement (augmentation
progressive de la température et
atmosphère confinée) de manière que le
réseau s'accommode peu à peu des
contraintes induites par les forces
capillaires. Le séchage du gel se traduit
par une densification au fur et à mesure
que l'évaporation se fait et que la
condensation se poursuit. Il en résulte
des matériaux très faiblement poreux
voire denses appelées xérogels (figure
5).
La souplesse du procédé sol-gel permet
de mettre le matériau final sous diverses
formes, parmi lesquelles les monolithes
(matériaux massifs de quelques mm³ à
quelques dizaines de cm³) et les films
minces (de quelques nanomètres à
quelques dizaines de micromètres
d'épaisseur). Ils sont préparés à partir du
sol. Dans ce cas l'évaporation du solvant
est très rapide et le passage par l'état de
gel n'est souvent que conceptuel. Les
deux types de procédés utilisés pour
former des films minces, l'enduction
centrifuge (ou spin coating) et l'enduction
par trempage (ou dip-coating) sont
présentés respectivement sur la figure 6a
et la figure 6b. Lors du dépôt sur un
substrat par chacune de ces techniques,
l'évaporation du solvant est un élément
important. En effet juste après le dépôt
et avant le traitement thermique une
grande partie du solvant s'est évaporée.
L'étape de séchage des films minces est
en général beaucoup plus courte que
pour les matériaux massifs.

Figure 6 : schéma représentant le principe a) de la


centrifugation et b) du trempage pour la préparation
de film mince.

Matériaux sol-gel organo-


minéraux
Dans le procédé sol-gel, les réactions de
base s’effectuant autour de la
température ambiante, on conçoit
aisément qu’il est possible d’associer
des parties organiques à la partie
minérale sans qu’elles subissent de
dégradation thermique ultérieure.

Une première possibilité consiste à


dissoudre la partie organique dans le
solvant de synthèse. Le gel minéral se
forme alors en tenant compte de la
présence des molécules invitées. Une
limitation de cette approche est la
proportion faible d’organique inséré dans
le réseau minéral. La seconde possibilité
consiste à utiliser des précurseurs
comportant à la fois des fonctions
hydrolysables (par exemple -Si-OC2H5 ou
-Si-OCH3) qui génèrent le réseau silicaté
et des fonctions organiques (par
exemple -Si-CH3) qui restent greffées au
squelette minéral. Ces chaînons
organiques sont liés au silicium via une
liaison Si-C qui est insensible à
l’hydrolyse. Selon sa nature, la partie
organique peut jouer le rôle de formateur
ou de modificateur par analogie aux
formateurs et aux modificateurs des
verres élaborés à haute température.
L’analogie qui est faite entre les verres
sol-gel et les verres haute température
est illustrée figure 7. On voit que dans les
deux cas (7b et 7c) l’introduction de
modificateurs vient perturber le réseau
cristallin et les propriétés des verres
Figure 7 : a) Verre de silice, b) Verre de silice élaboré
à haute température en présence d’un fondant
(Na2O), c) Verre de silice élaboré par sol-gel à partir
de méthyltriéthoxysilane.

Les figures 8a et 8b donnent des


exemples de chaînons organiques
modificateurs utilisés dans la
technologie hybride. Ils confèrent au
matériau final des propriétés spécifiques
(accentuation du caractère hydrophobe,
amélioration de certaines propriétés
mécaniques, etc.). Ils se retrouvent alors
comme unités pendantes. Dans le cas de
la figure 8c, la partie organique est
intégrée au réseau minéral. Par ailleurs la
présence de groupements organiques
polymérisables (formateurs) permet
d’envisager une double polymérisation,
organique et minérale. Les molécules
décrites figures 8d et 8e portent
respectivement une fonction acrylate et
époxyde. Ces matériaux hybrides
intermédiaires entre verre minéral et
polymère organique offrent un large
éventail de propriétés inédites fruit de
l’association des deux mondes minéral
et organique.

La figure 8f représente une molécule


colorée de type azobenzène greffée sur
un précurseur sol-gel. Ce produit a été
préparé à partir d’alkoxysilane
fonctionnalisé de formule F-R’-Si(OEt)3,
où F est une fonction chimique, par
exemple un groupe amine ou isocyanate,
et R’ un groupe alkyle. Cette démarche
permet, par liaison covalente, un greffage
à la matrice, de systèmes moléculaires
spécifiques. Un des avantages apporté
par ce type de greffage est
l’augmentation très importante de la
concentration en espèces moléculaires
par rapport aux systèmes simplement
dissout dans le gel.
Figure 8 : exemples de précurseurs sol-gel utilisés
pour la préparation de matériaux hybrides
organiques-inorganiques : a) Méthyltriéthoxysilane,
b) Phényltriéthoxysilane, c) 1,4-
Bis(triéthoxysilyl)benzène, d) Alkoxysilane avec un
groupement acrylate, e) Alkoxysilane difonctionnel
avec un groupement époxyde, f) Alkoxysilane avec
une molécule colorée de type azobenzène.

L’apport d’une partie organique plus ou


moins hydrophobe au sein du réseau
minéral favorise le séchage et améliore
les propriétés mécaniques des matériaux
hybrides. Ces derniers, obtenus sous
différentes formes (monolithes, films)
sont amorphes, transparents dans le
visible (lorsqu’ils sont non-dopés),
denses, inertes chimiquement et
polissables (un nanomètre de rugosité).
La figure 9a et 9b montre des
échantillons de tels xérogels.

Figure 9b : échantillons


Figure 9a : échantillons de de xérogels
xérogels dopés avec des monolithiques de formes
molécules colorées sous diverses dopés avec des
forme de monolithes ou molécules de
de films minces[7] . colorants[8] .
Cette ingénierie des matériaux
polyfonctionnels par voie hybride permet
un couplage optimal entre les propriétés
qui résultent des sous-entités organiques
d’une part, et minérales d’autre part. La
compréhension et la maîtrise des
interactions entre le système moléculaire
inséré et la matrice hôte déterminent une
partie des propriétés du matériau. Nous
allons montrer comment, par un choix
judicieux du couple matrice/système
dopant, il est possible de contrôler les
propriétés optiques de matériaux
hybrides.
Matériaux hybrides pour
l'optique

Matrices hybrides pour lasers


solides accordables

Lors de la préparation de matériaux sol-


gel dopés, on peut vouloir conserver
autant que possible les propriétés du
système moléculaire dans le matériau
composite en affaiblissant au maximum
le couplage molécule-matrice. Dans ce
but, l’utilisation de précurseurs
alkylalkoxydes R’-Si(OR)3 permet de
tapisser la surface des pores avec les
groupements organiques R’, donc de
limiter les interactions chimiques à des
liaisons faibles de type van der Waals.

Un exemple démontrant l’intérêt de ces


précurseurs est l’utilisation de matrices
hybrides pour piéger des molécules
organiques de colorants, afin de réaliser
des systèmes lasers impulsionnels et
accordables en longueur d’onde. Dans
les matrices hybrides, les molécules
organiques subissent un minimum
d’interactions entre elles et avec le milieu,
elles conservent par ailleurs leur
propriété de fluorescence (figure 10a).
Les lasers à colorant permettent
actuellement de fournir une gamme de
longueur d'onde qui va de l’ultraviolet au
proche infrarouge. Cependant, du fait de
leur complexité, ces lasers accordables
restent des outils de laboratoire. Une
infrastructure encombrante est en effet
nécessaire pour assurer le
renouvellement du liquide ; elle est
imposée par la dégradation des
molécules organiques sous l’action
prolongée du rayonnement lumineux
d’excitation. Le remplacement du liquide
actif par un composite verre/molécule
élaboré par méthode sol-gel permet de
simplifier et miniaturiser ces lasers
accordables.

Au cours des années, les performances


du rayonnement laser en milieu sol-gel
ont considérablement augmenté. Les
caractéristiques de rendement,
d'accordabilité en longueur d’onde et de
largeur spectrale d’émission sont
maintenant à des niveaux comparables à
celles des lasers à colorant liquide. Ces
améliorations spectaculaires au niveau
des performances sont essentiellement
dues à l’utilisation de matrices hybrides.
En outre les excellentes propriétés
physiques (polissage, tenue au
faisceau…) de ces matrices permettent
d’envisager sérieusement la
commercialisation de lasers à colorants
solides, impulsionnels et accordables
(figure 10b).

Figure 10a : xérogels


dopés
fluorescents[9] .
Figure 10b : échantillons laser
polis de 50 mm de diamètre[8] .
Matrices hybrides
photochromiques

Dans le cas d’une matrice sol-gel


purement inorganique, préparée par
exemple à partir du tétraéthoxysilane
Si(OC2H5)4, la matrice est polaire. Par
l’intermédiaire des fonctions silanols (Si-
OH), la matrice peut interagir avec le
système moléculaire invité si celui-ci
porte également des groupes polaires
pour former des liaisons de type
hydrogène, dix fois plus énergétiques que
les liaisons de van der Waals. Une
conséquence de l’utilisation de matrices
inorganiques est la stabilisation de
formes ioniques métastables. Illustrons
ces propos au travers du contrôle des
propriétés de gels photochromes.
Rappelons seulement que le
photochromisme est la transition
photoinduite entre deux composés
chimiques A et B dont les spectres
d’absorption dans le domaine du visible
diffèrent. Pour le composé
photochromique représenté figure 11, la
forme incolore A est constituée de deux
parties orthogonales liées par un
carbone. La photocoloration se fait après
irradiation avec de la lumière UV,
conduisant à la rupture de la liaison
carbone-oxygène. La molécule B obtenue
est plane, absorbante dans le visible, et
ionique. La réaction de retour vers A,
avec décoloration, se fait par absorption
de lumière visible. Ce processus
photochimique est en général plus rapide
que la décoloration thermique dont le
temps caractéristique est de quelques
secondes.

Figure 11 : exemple de molécule photochromique.


Le photochromisme des composés du
type de celui reporté figure 11 est
observé à l’état liquide dans différents
solvants et à l’état solide lorsque les
molécules sont piégées dans des
matrices polymériques organiques. Les
applications potentielles des
photochromes organiques sont
importantes et variées, en particulier
dans les domaines des matériaux à
transmission optique variable (« verres
organiques » photochromiques) et celui
du stockage optique de l’information.
L’introduction des molécules dans des
matrices hybrides organiques-
inorganiques, en particulier celles
préparées à partir de précurseurs
alkylalkoxydes, conduit à un
comportement photochromique
comparable à celui observé dans les
polymères organiques classiques. Le
photochromisme est dit normal et les
échantillons incolores sont transformés
en xérogels colorés par irradiation UV. La
forme stable dans ces matrices hybrides
est donc la forme A (figure 12a). Lorsque
les molécules sont introduites dans un
xérogel purement inorganique, la forme B
ionique est stabilisée par liaison
hydrogène avec les groupes silanols de
la matrice gel. Le photochromisme est
alors inverse : les gels sont décolorés
par action de la lumière visible (figure
12b).

Figure 12 : effet de l’environnement sur la stabilité


relative de chacune des formes d’une molécule
photochromique. a) Matrice hybride préparée à
partir de vinyltriéthoxysilane ; b) Matrice inorganique
préparée à partir de tétraéthoxysilane.
Greffage covalent : matériaux
photo-forme

Un premier avantage de la réaction de


greffage est l’augmentation de la
concentration volumique en molécules
qui peut améliorer l’efficacité du
matériau. Il en existe en fait beaucoup
d’autres et de nombreuses applications
peuvent être envisagées pour ces
matériaux composites qui font
actuellement l’objet d’études dans un
grand nombre de laboratoires. Certaines
propriétés de ce type d’hybrides seront
dans la suite évoquées, au travers du
comportement sous irradiation
lumineuse, de molécules d’azobenzène
greffées à la charpente silicaté de la
matrice.

Les colorants de la famille des


azobenzènes peuvent subir une réaction
de photoisomérisation de la forme trans
à la forme cis lorsqu’ils sont soumis à
une irradiation lumineuse de longueur
d’onde précise (figure 13). Le retour vers
la forme thermodynamiquement plus
stable (isomère trans) s’effectuant de
façon photochimique ou thermique.
Figure 13 : photoisomérisation de dérivés de type

azobenzène.

Au cours de cette transformation, les


azobenzènes présentent un changement
structural important qui peut affecter le
milieu dans lequel ils sont plongés. Le
cycle trans-cis-trans peut par exemple,
dans certaines conditions, être à l’origine
d’un mouvement de matière. Celui-ci
intervient dans les polymères organiques
à chaînes latérales de faibles poids
moléculaires. Concernant les matériaux
hybrides, préparés à partir de la molécule
de la figure 14 (solidaire du polymère sol-
gel), c’est l’état de condensation de la
charpente silicatée qui est contrôlé pour
observer cet effet.

Figure 14 : alkoxysilane fonctionnalisé avec une


molécule de type azobenzène
molécule de type azobenzène.

Pour les matrices faiblement réticulées,


le déplacement de matière intervient
précisément lorsqu’une figure
d’interférences créée à partir d’un laser
est projetée sur le matériau (film mince
de l’ordre du micromètre). Dans les
zones éclairées de cette figure
d’interférence la photoisomérisation des
azobenzènes intervient et provoque une
migration moléculaire conduisant à
l’inscription de réseaux de surface. La
figure 15 donne un aperçu de cette
déformation de surface observée en
microscopie électronique à balayage.
Figure 15 : observation au microscope électronique
à balayage d’un réseau de surface façonné sur un
matériau hybride.

Le composant ainsi réalisé peut trouver


des applications dans le domaine
optique (coupleur…).

Miroirs interférentiels …
Le dépôt de xérogels en couche mince
permet de produire des miroirs
interférentiels (ou miroir de Bragg) en
alternant des couches de haut et bas
indices d’épaisseurs parfaitement
contrôlées. En général, la couche de
haut-indice est un film de silice et celle
de bas-indice un film de zircone ou un
nanocomposite de zircone et d'un
polymère classique. De tels miroirs ont
été réalisés pour des lasers de
puissance[3].

Matériaux hybrides pour


l'électronique

Les films sol-gel sont déposés et formés
selon des principes compatibles avec
l'électronique, par exemple sur des
plaquettes de silicium, permettant par
exemple de créer des films diélectriques
(BaTiO3), certains types de cellules
photovoltaïques (sans matériaux ni
procédés toxiques)[10],[11],[12],[13] ou
encore des mémoires ferromagnétiques
de seulement 200 nm d’épaisseur,
directement construite sur le silicium[3].

Conclusion et perspectives
La synthèse sol-gel conduit à
l’élaboration à basse température de
solides amorphes transparents et
denses dans lesquels des espèces
moléculaires organiques peuvent être
introduites. En dépit de leur coût souvent
élevé, la richesse des précurseurs sol-gel
permet le développement de nouveaux
matériaux hybrides organiques-
inorganiques dont les propriétés
optiques peuvent être contrôlées à
volonté. En effet, suivant la nature des
alkoxydes utilisés, il est aisé de maîtriser
les interactions entre le réseau
polymérique de la matrice sol-gel et le
système moléculaire en fonction du
domaine d’application du matériau. Les
systèmes présentés ici sont des
exemples de réalisations. Les usages à
ce jour les plus probables sont ou seront
les couches minces à propriétés
mécanique, électrique, électronique,
magnétique ou optique, super-
hydrophobes[14] ou encore antifouling
(pas ou peu toxique[15]) ou antibiotique
(anti-biofilm)[16] ou (bio)climatique,
nanofiltrantes[17], etc.

D’autres effets ou pistes sont en cours


d’étude, notamment dans le domaine de
l'« autocombustion »[18],[19],[20],[21] ou des
nanocomposites renfermant des
nanoparticules inorganiques.
Notes et références
1. Pinjari, D. V., Prasad, K., Gogate, P. R.,
Mhaske, S. T. et Pandit, A. B. (2015),
Synthesis of titanium dioxide by
ultrasound assisted sol–gel
technique : Effect of calcination and
sonication time . Ultrasonics
sonochemistry, 23, 185-191.
2. Di Carlo, L., Conte, D. E., Kemnitz, E.
et Pinna, N. (2014). Microwave-
assisted fluorolytic sol–gel route to
iron fluoride nanoparticles for Li-Ion
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Voir aussi

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