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Carl Gustav Jung

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Carl Gustav Jung est un psychiatre, psychanalyste et penseur suisse né le 26 juillet 1875
à Kesswil (Thurgovie), et mort le 6 juin 1961 à Küsnacht, canton de Zurich (Suisse).

Sommaire
Citations propres à l'auteur
Dialectique du moi et de l'inconscient, 1933
La vie symbolique, 1939
Psychologie de l'inconscient, 1942
Essai d'exploration de l'inconscient, 1942
L'Enfant doué, 1962
Correspondance
Rencontres et interviews
Divers
D'autres auteurs le concernant
Charles Baudouin, L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe, 1963

Citations propres à l'auteur

Dialectique du moi et de l'inconscient, 1933


Quiconque progresse sur la route de la réalisation de son Soi, inconscient, rendra nécessairement
conscients les contenus de l'inconscients personnel, ce qui élargira considérablement l'étendue, les
horizons et la richesse de la personnalité. Soulignons tout de suite que cet « élargissement » concerne au
premier chef la conscience morale et la connaissance de soi-même ; car les contenus de l'inconscient que
l'analyse libère et qui passent dans le conscient sont, en règle générale, tout d'abord des contenus
désagréables, qui comme tels ont été refoulés : souvenirs, désirs, tendances, projets, etc.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. I. L'inconscient personnel et
collectif, p. 43

[...] la différence entre mon malade et Schopenhauer consiste en ceci : chez le premier, la représentation qui s'empara de lui
intuitivement en est restée au stade d'une simple ébauche mal équarrie, tandis que Schopenhauer, théâtre du même foisonnement
représentatif, par-delà ce stade, en détacha et en considéra l'essence dans sa conscience, pour les exprimer ensuite en un langage
de valeur et de portée universelles. Le philosophe, ce faisant, éleva l'intuition primitive hors de ses premiers cheminements
souterrains dans la clarté diurne de la conscience générale : elle devint un des éléments de son patrimoine. Il serait tout à fait
erroné de supposer que la conception visionnaire qui s'était emparée du malade possédât une valeur et un caractère personnels, en
d'autres termes que ce fût un élément qui lui appartînt. Si tel avait été le cas, nous n'eussions pas eu affaire à un malade, mais à un
philosophe.
Or, seul est philosophe de génie celui qui parvint à élever une vision primitive, qui n'est qu'un déroulement naturel, à la dignité
d'une idée abstraite, et à en créer un patrimoine conscient de la collectivité des hommes.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 58

La valeur personnelle ne peut résider que dans l'élaboration philosophique, et non point dans la vision primaire. Celle-ci, au
début, chez le philosophe aussi, germe simplement et pousse ses bourgeons à partir du même fond d'idées communes à
l'humanité, patrimoine auquel participe en principe tout un chacun : c'est du même pommier que proviennent toutes les pommes
d'or, que ce soit un apprenti serrurier débile ou un Schopenhauer qui les ramasse, lorsqu'elles tombent au souffle de la vie.
Mais cet exemple nous apprend encore davantage : il nous apprend que les contenus psychiques suprapersonnels ne sont en
aucune façon une matière morte et inerte et indifférente que l'on pourrait s'approprier au petit bonheur et à son gré. Bien au
contraire, il s'agit d'entités vivantes, de forces dynamiques qui exercent une grande attraction, une fascination sur le conscient.
L'identification avec sa charge ou son titre possède en soi quelque chose de si séduisant que nombreux voit-on les hommes qui ne
sont plus rien d'autres que la dignité que la société a bien voulu leur conférer. Il serait vain de rechercher derrière cette façade une
trace de personnalité. Si on cherche quand-même, tout ce que l'on trouve derrière la grandiloquence de façade, ce n'est qu'un petit
fantoche assez pitoyable. Voilà pourquoi les charges (ou les titres ou les honneurs qui y sont attachés, quelle que soit la
dénomination de la coquille extérieure que l'on a revêtue) sont si captivantes : elles constituent une compensation facile, un
masque commode derrière lesquels on peut dissimuler les insuffisances, les débilités, les inconsistances personnelles (la liste n'est
point close).

Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 58

De même [...] que certains peuvent disparaître, engloutis en quelque sorte par un rôle social, d'autres
peuvent être engloutis par une vision intérieure, échappant ainsi à leur entourage. Certaines modifications
incompréhensibles de la personnalité, telles des conversations subites et inattendues ou mainte autre
perturbation en profondeur, proviennent de l'attraction exercée par une image collective, attraction qui
[...] peut déterminer une inflation tellement poussée que la personnalité s'en trouve comme dissoute. Or
une telle dissolution de la personnalité constitue une maladie mentale, soit passagère, soit durable, une
« dissociation de l'âme » pour laquelle Bleuler a créé la dénomination de « schizophrénie ».
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 63

C'est cet état de choses qui explique, par exemple, le fait que l'inconscient des races et des peuples les
plus éloignés les uns des autres présente des analogies, des correspondances remarquables, analogies qui
se manifestent entre autres dans le phénomène, déjà souvent mis en évidence, de la concordance
extraordinaire des formes et des thèmes mythiques autochtones, sous les latitudes les plus diverses.
Dialectique du moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, coll. « Folio-Essais », 1986, partie 1 (Des
effets de l'inconscient sur le conscient), chap. 2 (Les conséquences de l'assimilation de l'inconscient.), p. 64

[...] un individu qui attribue la psyché collective — qui lui est donnée a priori et à son insu — à son
patrimoine acqui ontogénétiquement comme si elle en faisait partie, s'attribue cela en quelque sorte
illégitimement, et agrandit de façon démesurée le périmètre de sa personnalité, avec toutes les
conséquences que cela comporte : car, dans la mesure où la psyché collective constitue les « parties
inférieures » des fonctions psychiques, et par conséquent cette base qui soutient implicitement toute
personnalité, son attribution au Moi va alourdir et dévaloriser la personnalité, ce qui s'exprimera dans
l'inflation, soit par un écrasement du sentiment de soi-même, soit par une exaltation inconsciente et une
mise en évidence du Moi, qui peut alors atteindre à une volonté morbide de domination.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 65

Le développement de la personnalité chez le primitif, ou mieux, le développement de la personne, est une


question de prestige magique. La figure du medecine-man ou celle du chef de la tribu sert de guide : tous
deux se distinguent par la singularité des parures, par des signes extérieurs, et par leur façon de vivre,
l'ensemble exprimant leur rôle. Les signes extérieurs particuliers délimitent et isolent l'individu ; la
possession de secrets rituels renforce cet isolement. Par ces moyens, et par d'autres de même sorte, le
primitif se crée une enveloppe que l'on peut appeler sa persona, son masque. Chez le primitif, d'ailleurs
[...] il s'agit bien de véritables masques qui, pour les fêtes totémiques par exemple, servent à la
transformation et à l'exaltation du personnage. Par le masque, l'individu sélectionné est mis en marge de
la sphère de la psyché collective, et, d'ailleurs, dans la mesure où il parvient à s'identifier à sa persona, il
s'y dérobe réellement. Cet affranchissement de la psyché collective lui confère aux yeux de sa tribu un
prestige magique.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 69

La société, éprouvant dans son ensemble le besoin de posséder une incarnation de la puissance magique,
utilise pour véhicule l'appétit de pouvoir d'un homme et le désir de soumission des masses, créant ainsi la
possibilité du prestige personnel.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 70

Incarner, et de façon bien vivante, un prestige nouveau est [...] une action créatrice non seulement pour le
personnage choisi, mais aussi pour tout son clan : l'élu se distingue par ses hauts faits, et la masse se
caractérise par son renoncement à l'exercice de la puissance. Tant qu'il est nécessaire de lutter contre des
influences hostiles pour conquérir et sauvegarder cet état des choses, l'œuvre commune reste créatrice.
Mais, dès que les obstacles disparaissent et que l'approbation générale est atteinte, le prestige perd de sa
valeur primitive et devient un poids mort. C'est alors en général que se produit un schisme, qui donnera
au processus l'occasion de recommencer.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 71

L'impossibilité ou le refus de voir l'individuel, dont on ne perçoit même plus l'existence, équivaut tout simplement à étouffer
l'individu, ce qui détruit au sein d'un groupe social les éléments de différenciation. Car c'est l'individu qui est par excellence le
facteur de différenciation. Les plus grandes vertus, les créations les plus sublimes, comme aussi les pires défauts et les pires
atrocités, sont individuels.
Plus une communauté est nombreuse, plus la sommation des facteurs collectifs, qui est inhérente à la masse, se trouve accentué
au détriment de l'individu par le jeu des préjugés conservateurs ; plus aussi l'individu se sent moralement et spirituellement
anéanti, ce qui tarit ainsi la seule source possible du progrès moral et spirituel d'une société [...]. Tout ce qu'il y a d'individuel en
lui est condamné à sombrer, c'est-à-dire à être refoulé. De ce fait tous les facteurs individuels deviendront inconscients, tomberont
dans l'inconscient ; ils y végéteront et s'y transformeront selon une loi implacable en une manière de négativité systématique, de
malignité principielle, qui se manifestent en impulsions destructrices et en comportements anarchiques. Ces tendances
deviendront agissantes sur le plan social, chez l'individu tout d'abord : certains sujets à tempérament prohétique deviennent
l'instrument de crimes à sensation (meurtre de roi, etc.) ; mais elles se font sentir chez tous de façon indirecte, à l'arrière-plan, par
une décadence morale inévitable de la société.

Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 73

Plus un corps social est petit, plus est garantie l'individualité de ses membres ; plus sont grandes leur
liberté relative et les possibilités d'une responsabilité consciemment assumée. Hors de la liberté, point de
moralité
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 75

Notre admiration pour les organisations colossales s'amenuise dès que nous entrevoyons l'envers de la
médaille, qui est fait d'une accumulation et d'une mise en relief monstrueuses de tout ce qu'il y a de
primitif dans l'humain, et d'une destruction inéluctable de l'individualité en faveur de l'hydre qu'est, une
fois pour toutes et décidément, n'importe quelle grande organisation. Le cœur d'un homme d'aujourd'hui,
façonné sur l'idéal collectif moral régnant, s'est transformé en une « caverne de brigands », ce que
l'analyse de son inconscient révèle de façon frappante, même si cet homme n'est pas troublé le moins du
monde. Et dans la mesure où il est normalement « adapté » à son entourage, les plus grandes folies, oui,
les plus grandes infamies commises par son groupe ne l'incommoderont pas et ne le troubleront pas, en
apparence, la quiétude de son âme, pourvu que la majorité de ses concitoyens et de ses semblables croie à
la haute moralité de l'organisation sociale régnante.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 75

[...] comme l'individuation est une nécessité psychologique tout à fait inéluctable, le poids écrasant et
tout-puissant du collectif, clairement discerné, nous fait mesurer l'attention toute particulière qu'il faut
vouer à cette plante délicate nommée « individualité », afin qu'elle ne soit pas totalement écrasée par lui.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. II. Les conséquences de
l'assimilation de l'inconscient, p. 77

[...] la persona n'est qu'un masque, qui, à la fois, dissimule une partie de la psyché collective dont elle est
constituée, et donne l'illusion de l'individualité.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. III. La « persona », élément
constitutif de la psyché collective, p. 84

Quand nous nous mettons à la tâche d'analyser la persona, nous détachons, nous soulevons le masque, et
découvrons que ce qui semblait être individuel était au fond collectif : en d'autres termes, la persona
n'était que le masque d'un assujettissement général du comportement à la coercicion de la psyché
collective.
Dialectique du moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, coll. « Folio-Essais », 1986, partie 1 (Des
effets de l'inconscient sur le conscient), chap. 3 (La "persona", élément constitutif de la psyché collective), p. 84
[...] la persona n'est rien de réel : elle ne jouit d'aucune réalité propre ; elle n'est qu'une formation de
compromis entre l'individu et la société, en réponse à la question de savoir sous quel jour le premier doit
apparaître au sein de la seconde. [...] comparée à l'individualité du sujet, sa persona n'est qu'une réalité
secondaire, un simple artifice, un compromis à la constitution duquel d'autres participent bien souvent
davantage que l'intéressé lui-même.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. III. La « persona », élément
constitutif de la psyché collective, p. 84

[...] je considère qu'une perte d'équilibre peut être quelque chose de salutaire puisque, grâce à elle, le conscient défaillant sera
remplacé par l'activité automatique et instructive de l'inconscient ; celui-ci visera à la reconstitution d'un nouvel équilibre, but
qu'il est capable d'atteindre... pourvu que le conscient soit en état d'assimiler les contenus produits par l'inconscient, c'est-à-dire
de les comprendre et de les intégrer.
Car en effet, à ce carrefour, plusieurs éventualités sont possibles : celle que nous venons d'envisager est la plus heureuse. Il en est
une seconde : si l'inconscient engloutit le conscient et saccage les instances conscientes, cela entraîne un état psychotique. La
troisième éventualité enfin est la suivante : l'inconscient ne peut pas réaliser entièrement un raz de marée comme dans la seconde
éventualité, sans pourtant que se crée la compréhension créatrice de la première éventualité ; alors se produit un conflit qui
paralyse toute possibilité de progrès et d'évolution.

Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. III. La « persona », élément
constitutif de la psyché collective, p. 92

Ce n'est pas chose insignifiante que de voir s'effondrer, chez un être humain, l'attitude et les structures
conscientes. C'est en petit une véritable fin du monde, le sujet a l'impression que tous les éléments qui
constituaient sa vie retombent dans une manière de chaos originel. Il se sent abandonné, désorienté,
vulnérable à l'extrême, tel un navire sans gouvernail et livré aux fureurs des éléments. C'est du moins ce
qui semble être et l'impression qu'il en a. L'expérience montre que la réalité est un peu différente : en fait,
l'être, abandonné par son conscient, est retombé dans ses plans inconscients collectifs, auxquels il est
livré.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. IV. Tentatives pour extraire
et libérer l'individualité de la psyché collective, La reconstitution régressive de la persona, p. 92

C'est dans la victoire remportée sur la psyché collective que réside la vraie valeur, la conquête du trésor,
de l'arme invincible, du précieux talisman ou de tous autres biens suprêmes inventés par le mythe.
Quiconque donc s'identifie à la psyché collective et s'y perd — c'est-à-dire, en langage mythique, se
laisse engloutir par le monstre — va par conséquent se trouver au voisinage immédiat du trésor que garde
le serpent, mais au détriment de toute liberté.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie I. Des effets de l'inconscient sur le conscient, chap. IV. Tentatives pour extraire
et libérer l'individualité de la psyché collective, L'identification avec la psyché collective, p. 109

Il existe une voie, une possibilité de parvenir au-delà des échelons psychologiques, des niveaux mentaux
et humains décrits dans la première partie de cet ouvrage : c'est la voie de l'individuation. La voie de
l'individuation signifie : tendre à devenir un être réellement individuel et, dans la mesure où nous
entendons par individualité la forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable,
il s'agit de la réalisation de son Soi, dans ce qu'il y a de plus rebelle à toute comparaison.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. I. La fonction de l'inconscient, p. 115

La réalisation de son Soi se situe à l'opposé de la dépersonnalisation de soi-même.


Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. I. La fonction de l'inconscient, p. 116

Dans la mesure où l'individu humain, en tant qu'unité vivante, est composé d'une foule et d'une somme de
facteurs universels, il est totalement collectif et sans l'ombre d'une opposition à la collectivité.
Dialectique du moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, coll. « Folio-Essais », 1986, partie 2
(L'individuation), chap. 1 (La fonction de l'inconscient), p. 117

L'individuation n'a d'autre but que de libérer le Soi, d'une part des fausses enveloppes de la persona, et
d'autre part de la force suggestive des images inconscientes.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. I. La fonction de l'inconscient, p. 117

Toute notre expérience actuelle nous permet d'affirmer que les processus inconscients se situent dans une
position de compensation par rapport au conscient
Dialectique du moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung, éd. Gallimard, coll. « Folio-Essais », 1986, partie 2
(L'individuation), chap. 1 (La fonction de l'inconscient), p. 122

Le secret de [la] philosophie alchimique, et sa clé ignorée pendant des siècles, c'est précisément le fait,
l'existence de la fonction transcendante, de la métamorphose de la personnalité, grâce au mélange et à la
synthèse de ses facteurs nobles et de ses constituants grossiers, de l'alliage des fonctions différenciées et
de celles qui ne le sont pas, en bref, des épousailles, dans l'être, de son conscient et de son inconscient.
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. III. Les techniques de la différenciation entre le Moi et
les figures de l'inconscient, p. 216

Quiconque y réfléchit se fera une idée approximative de la manière dont se déroule la métamorphose de
la personnalité. Du fait de sa participation active, le sujet se mêle aux processus inconscients et il en
devient détenteur en se laissant pénétrer et saisir par eux. Ainsi, il relie en lui les plans conscients et les
plans inconscients. Le résultat en est un mouvement ascensionnel dans la flamme, la métamorphose dans
la chaleur alchimique et la naissance de l'« esprit subtil ».
Dialectique du Moi et de l'inconscient (1933), Carl Gustav Jung (trad. Docteur Roland Cahen), éd. Gallimard, coll. « Folio
Essais », 1964 (ISBN 2-07-032372-2), partie II. L'Individuation, chap. III. Les techniques de la différenciation entre le Moi et
les figures de l'inconscient, p. 225

La vie symbolique, 1939


Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie ; il
ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres
d’un dieu farouche.
La vie symbolique (1939), Carl Gustav Jung, éd. Albin Michel, 1989, p. 151

Psychologie de l'inconscient, 1942


Trop d'animalité défigure l'homme civilisé, trop de civilisation créé des animaux malades.
Psychologie de l'inconscient (1942), Carl Gustav Jung, éd. Georg, 1993, p. 61

Essai d'exploration de l'inconscient, 1942


C'est le sentiment que la vie a un sens plus vaste que la simple existence individuelle qui permet à
l'homme de s'élever au-dessus du mécanisme qui le réduit à gagner et à dépenser.
Essai d'exploration de l'inconscient (1942), Carl Gustav Jung, éd. Le livre de poche, 1996, p. 151

Citation choisie citation du jour pour le 21 janvier 2017.

L'Enfant doué, 1962


L'Enfant doué est une étude réalisée à Bâle en 1942 pour l'assemblée annuelle du corps enseignant, publiée dans la revue
Psychologie und Erziehung à Zurich en 1962.

Le problème que pose l'enfant doué est loin d'être simple. Cet enfant ne manifeste pas ses dons
uniquement en étant un bon élève. Il arrive qu'il ne le soit pas du tout (...) si l'on se contente de l'observer
de l'extérieur, il arrive que l'on ait beaucoup de peine à le distinguer du faible d'esprit.
Psychologie et éducation (recueil de textes de CG Jung), Carl Gustav Jung (trad. Yves Le Lay), éd. Buchet Chastel, 1995,
chap. L'enfant doué, p. 246

N'oublions pas non plus que les enfants doués ne sont pas toujours précoces ; leur développement est
plutôt lent et leurs capacités restent parfois fort longtemps à l'état de latence.
Pychologie et éducation (recueil de textes de CG Jung), Carl Gustav Jung (trad. Yves Le Lay), éd. Buchet Chastel, 1995,
chap. L'enfant doué, p. 247

Dans une classe spéciale de biens doués, l'enfant court le danger de se développer unilatéralement. Au
contraire, dans une classe normale, il s'ennuiera, certes, quand il s'agira de la matière dans laquelle il est
supérieur, mais l'étude des autres lui rappellera son retard et cela ne peut que lui être utile et nécessaire au
point de vue moral.
Pychologie et éducation (recueil de textes de CG Jung), Carl Gustav Jung (trad. Yves Le Lay), éd. Buchet Chastel, 1995,
chap. L'enfant doué, p. 253

Correspondance
Vous allez sans doute secouer la tête avec incrédulité , si je me hasarde à remarquer que je n'aurais
probablement guère été en mesure de formuler le concept d'ombre si l'existence de l'ombre n'avait été une
expérience majeure de ma vie, faite non seulement sur les autres, mais aussi sur moi-même.
Lettre du 9 novembre 1955 au Dr. Theodor Bovet, Bâle.

Correspondance 1955-1957 (1955), Correspondances de C.G. Jung réunies par Aniéla Jaffé (trad. Claude Maillard (de
l'allemand).), éd. Albin Michel, 1995, p. 101

Rencontres et interviews
La religion d'Hitler est la plus proche qui soit de l'islamisme, réaliste, terrestre, promettant le maximum
de récompenses dans cette vie, mais avec ce Walhalla façon musulmane avec lequel les Allemands
méritoires peuvent entrer et continuer à goûter le plaisir. Comme l'islamisme, elle prêche la vertu de
l'épée.
C. G. Jung parle : Rencontres et interviews (1936), Carl Gustav Jung, éd. Buchet-Chastel, 1985, p. 94

Divers
Ce qui me frappa [chez les Américains], c'est la grande influence du Noir, influence psychologique
naturellement sans mélange de sang. L'expression émotionnelle de l'Américain, particulièrement sa façon
de rire, peut être étudiée le mieux dans les suppléments des journaux américains ; ce rire inimitable de
Roosevelt, vous le trouverez dans sa forme primitive chez le Noir américain. La démarche particulière
avec les articulations relativement lâches ou bien la hanche balancée que l'on observe si souvent chez les
Américains proviennent du Noir américain. La musique américaine a pris au Noir sa principale
inspiration tout comme la danse. […] La vivacité de l'Américain moyen, qui se manifeste non seulement
au jeu de baseball, mais tout particulièrement par un amour extraordinaire de l'expression verbale — le
flot perpétuel et sans limite de bavardages qui caractérisent les journaux américains en est l'exemple le
plus marquant — ne peut guère dériver des ancêtres germaniques, mais ressemble surtout au
« bavardage » du village africain. […] Ainsi l'Américain nous présente l'image singulière d'un Européen
avec le comportement d'un Noir et l'âme d'un Indien.
(en) Another thing that struck me was the great influence of the Negro, a psychological influence naturally, not
due to the mixing of blood. The emotional way an American expresses himself, especially the way he laughs, can
best be studied in the illustrated supplements of the American papers; the inimitable Teddy Roosevelt laugh is
found in its primordial form in the American Negro. The peculiar walk with loose joints, or the swinging of the hips
so frequently observed in Americans, also comes from the Negro. American music draws its main inspiration
from the Negro, and so does the dance. […] The vivacity of the average American, which shows itself not only at
baseball games but quite particularly in his extraordinary love of talking - the ceaseless gabble of American
papers is an eloquent example of this - is scarcely to be derived from his Germanic forefathers, but is far more
like the chattering of a Negro village. […] Thus the American presents a strange picture: a European with Negro
behaviour and an Indian soul.

Civilization in Transition (The Collected Works of C. G. Jung), Carl Gustav Jung (trad. Wikiquote), éd. Routledge & Kegan
Paul, 1964, p. 46-49

D'autres auteurs le concernant


Küsnacht et Bollingen : lorsque j'ai vu ces deux maisons, il m'a semblé évident qu'elles fonctionnaient
comme métaphores des deux aspects de la personnalité de Jung, ce qu'il appelle la « personnalité numéro
un » et la « personnalité numéro deux ». La première est extravertie, socialisée, ordonnée à la réussite
professionnelle et à la vie familiale. La seconde est plus secrète, tournée vers les intuitions et l'écoute de
l'inconscient, solitaire et fortement reliée à la nature.
Jung et la question du sacré (1992), Ysé Tardan-Masquelier, éd. Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », 1998 (ISBN 2-
226-09581-0), Introduction, p. 9
Charles Baudouin, L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe, 1963
L'inconscient freudien, du moins à l'origine, c'est surtout ce que l'individu a refoulé. C'est donc du conscient rejeté, devenu
inconscient par une sorte d'accident. Mieux encore, les refoulements essentiels étant ceux de l'enfance, cet inconscient est bien
prêt de coïncider avec l'infantile : c'est, pourrait-on dire, l'enfant qui survit secrètement en nous [...].
Freud a fort bien admis ensuite l'existence d'éléments inconscients qui ne procèdent pas du refoulement — qui sont inconscients
par nature. Mais c'est bien l'inconscient refoulé qui est au centre de ses recherches, qui a pour lui une signification pratique ; car
l'analyse a essentiellement à ses yeux pour fonction de défaire des refoulements, de réparer des accidents.
L'attention de Jung va au contraire se porter avec prédilection sur ces autres éléments qui seraient inconscients par nature, et ainsi
la perspective s'élargit singulièrement. Il se plaît à dire que ce serait étriquer fort l'inconscient que de le réduire à des miettes
tombées de la table du conscient. Il est plus conforme à ce que nous savons d'admettre que la conscience est une acquisition
tardive, et qu'elle a lentement émergé d'un inconscient primordial.
Tandis que l'inconscient refoulé de Freud a un caractère strictement individuel, puisqu'il procède du vécu infantile de chacun,
l'inconscient primordial apparaît d'emblée à Jung comme « collectif » dans ses grandes lignes — collectif se définissant
essentiellement ici comme : identique chez les divers individus.

L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe (1963), Charles Baudouin, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque
Payot », 2002 (ISBN 2-228-89570-9), partie I. Idées directrices, chap. II. Les structures de l'inconscient — L'inconscient
collectif, Structures de l'inconscient, p. 73

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