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Signata

Annales des sémiotiques / Annals of Semiotics


8 | 2017
La notion de paradigme dans les sciences du langage

The Paradigm Concept in the Sciences of Language


Pierluigi Basso Fossali, Marion Colas-Blaise and Sylvianne Rémi-Giraud

Electronic version
URL: http://journals.openedition.org/signata/1342
ISSN: 2565-7097

Publisher
Presses universitaires de Liège (PULg)

Printed version
Date of publication: 31 March 2017
ISBN: 978-2-87562-122-1
ISSN: 2032-9806

Electronic reference
Pierluigi Basso Fossali, Marion Colas-Blaise and Sylvianne Rémi-Giraud, « The Paradigm Concept in
the Sciences of Language », Signata [Online], 8 | 2017, Online since 15 February 2017, connection on
19 April 2019. URL : http://journals.openedition.org/signata/1342

Signata - PULg
Présentation / introduction

La notion de paradigme dans les sciences du langage /


he Paradigm Concept in the Sciences of Language

Pierluigi Basso Fossali


Université Lumière Lyon 2 / ICAR (UMR 5191)

Ce numéro thématique vise à renouveler la notion de « paradigme » : d’une part,


celle-ci est au centre de certaines élaborations théoriques (Linguistique Systémique
Fonctionnelle), de l’autre, elle a été marginalisée et utilisée seulement sur le plan
didactique ; elle perd alors son caractère explicatif majeur, aussi bien sur le plan de
l’organisation des langages que sur le plan de la description des discours. Si l’emploi
du mot « paradigme » concerne prioritairement l’organisation des langues et des
discours, dans ce dossier on ne manque pas d’utiliser l’autre acception, à savoir le
paradigme en tant que « système des représentations des connaissances » ou en
tant que « forme épistémique de la pensée dans une époque culturelle » (cf. Kuhn
1962). Naturellement, les contributions concernées ont pris la tâche de montrer le
lien entre les deux signiications du terme.
Le paradigme a été une notion à la base de l’établissement d’une perspective
scientiique sur les langages. Toutefois, d’une part, l’organisation paradigmatique
airmait l’existence des classes d’éléments qui caractérisent de manière spéciique
le système de la langue 1 ; d’autre part, les critères à la base des classes apparaissaient
comme hétérogènes et externes à la forme autonome de la langue (associations,
ressemblances, etc.). S’il y avait un problème de limitation de cette hybridation
des principes internes au fonctionnement linguistique, le paradigme fournissait en
revanche un principe de dynamisation des formes, en montrant des tensions entre

1. La notion de langue est utilisée ici en tant que forme d’organisation de tout langage historique-
ment attesté, ce qui renvoie évidemment à la tradition saussurienne. Toutefois, l’identiication
entre langue et dimension paradigmatique n’est pas une conséquence théorique évidente ; tout
au contraire, depuis longtemps on a commencé à « exiger l’intégration explicite des structures
syntaxiques dans la déinition de la langue » (Greimas & Courtés 1979, p. 205).
10 Présentation

les classes et dans les classes. Le système ne fournissait pas un arrière-plan neutre
constitué de pures virtualités : on pouvait reconnaître dans le système des classes
concurrentes et dans le même paradigme on trouvait aussi des tensions contra-
dictoires, entre le respect morphotactique de la même racine et l’introduction de
formes irrégulières.
La tradition hjelmslevienne a essayé de préciser les types de corrélation
paradigmatique (spéciication, complémentarité, autonomie), en montrant de
façon implicite la transversalité de ces organisations par rapport aux catégories.
Si les paradigmes semblent liés à la mobilisation des ressources linguistiques
face aux exigences syntaxiques, les catégories relèveraient plutôt de la saisie, de
l’appréhension des valeurs dans un plan sémiotique objectivable.
Ainsi, le paradigme questionnerait la manifestation discursive, qui peut
remonter vers les langages sollicités (organisation du système) mais aussi descen-
dre vers des manifestations potentiellement (normes, praxis discursives) ou com-
parativement (intertextes) concurrentes. En ce sens, la relation entre la notion
de catégorie et celle de paradigme reste un problème ouvert au niveau méta-
linguistique. Si le champ catégoriel s’exprime à travers un « périmètre » d’oppo-
sitions, l’organisation paradigmatique alimente des réservoirs de formes et elle
exploite un principe d’analogie et des dissimilations ultérieures qui sont garanties
par la redondance. Pour cette raison, la catégorie semble concerner des traits de
l’expression ou du contenu tandis que le paradigme paraît prendre en charge des
« identités » linguistiques nourries par diférentes dépendances structurelles et par
diverses appartenances « domaniales » (cf. Rastier 2011). Selon Martinet (1970,
p.  136), « ce qui compte, en matière de classement paradigmatique, ce sont les
variations parallèles des unités de certains groupes ».
Si le taxème (Rastier 1987) semble concilier l’organisation catégorielle avec
l’idée du paradigme rassemblant des unités concurrentes, dans la mesure où il paraît
respecter un domaine restreint de référence, l’organisation paradigmatique qui
soutient les choix énonciatifs va normalement bien au-delà des lisières isotopiques,
en ouvrant à des sélections qui opèrent des changements de pertinence catégorielle
jusqu’à la solution igurale (tropique). Cependant, cette ouverture n’appartient
pas aux potentialités latentes de la langue, soumises seulement aux restrictions
grammaticales ; c’est une ouverture qui est inalement liée au ductus discursif, ce
qui peut conduire à soutenir que les seuls paradigmes déterminables, au-delà des
classes strictement grammaticales, sont ancrés dans la profondeur textuelle ou
dans l’encyclopédie de référence (Klinkenberg 1996, p. 148).
Aujourd’hui, le recadrage de la tradition linguistique inaugurée par le Cours de
linguistique générale est tellement radical qu’on n’attribue inalement à la dimen-
sion de la langue que les morphèmes (Rastier 2011), le reste étant l’apanage de la
parole. Toutefois, l’organisation paradigmatique réclame sa place, même après la
forte problématisation des faits linguistiques qui relève de la leçon saussurienne.
Dans L’Essence double du langage, Saussure (2002, p.  61-62) soulignait le rôle
Introduction 11

des parallélies qui seraient fortement liées à l’alternance des usages, mais aussi
au traitement analogique des unités linguistiques. Les paradigmes ne sont plus
des classes qui subsument des identités, mais des formes de gestion en langue de
l’institution du sens local, regroupées sous la même étiquette. La parallélie est alors
l’histoire des transformations d’une entité sémiotique qui ne peut exister qu’à
travers ses diverses déterminations co-textuelles (donc locales). Saussure ne veut
pas se débarrasser de la notion d’identité, il ne pense pas non plus que sa réduction
radicale à une détermination totalement négative soit éclairante (on peut lire à ce
propos la dernière partie de l’Essence double et la concession d’une version positive
de l’identité) :
Une insuisante rélexion sur ce qu’est l’identité ou les caractères de l’iden-
tité, lorsqu’il s’agit d’un être inexistant, comme le mot, ou la personne mythique,
ou une lettre de l’alphabet, qui ne sont que diférentes formes du signe, au sens
philosophique. (Saussure 2003, CM 136, Nibelungen, inv. A V p. 41.)
L’identité culturelle, thématisée par Saussure à travers la personne mythique,
a une transcendance par rapport à ces manifestations ; elle s’organise dans un
paradigme des versions ou dans une famille de transformations (pour en rester à
une formule très utilisée par François Rastier, qui est proche aussi de la notion de
famisigne chez Peirce).
On sait bien que la notion de paradigme a connu une certaine dérive psycho-
logique (une classe d’association), ce qui n’empêche pas la reconnaissance d’un
rôle légitime dans l’organisation autonome (expressive et sémantique) de la
langue. Si l’on veut émanciper la notion de paradigme de la rigidité du code, aussi
bien que de l’instabilité idiosyncrasique du « sentiment » de la langue (association
psychologique), il faut la reconnaitre comme la forme régulatrice de l’identité
sémiotique par rapport à ses instaurations toujours en transformation par rapport
aux précédentes.
Un paradigme n’est alors qu’une instruction ouverte sur une déclinaison iden-
titaire toujours en cours de régénération et de renégociation.
L’objet qui sert de signe n’est jamais le même deux fois ; il faut dès le premier
moment un examen, une convention initiale pour savoir au nom de quoi, dans
quelles limites, nous avons le droit de l’appeler le même : là est la fondamentale
diférence avec un objet quelconque. Par exemple, la table que j’ai devant moi
est matériellement la même aujourd’hui et demain, et la lettre b que j’écris est
tout aussi matérielle que la table, mais elle n’est pas [la même]. (Saussure 1894,
p. 203.)
Une telle rélexion a un impact encore plus fort et éclairant dans le cas des
langages non verbaux, étant donné qu’ils n’ont pas un répertoire d’unités préétabli
comme les idiomes. S’il est vrai que l’identité des entités sémiotiques relève aussi
des termes co-occurrents, les phénomènes de résonance paradigmatique avec leur
apport de sens spéciique n’ont pas été étudiés de manière suisante. En particulier,
12 Présentation

les paradigmes se proposent comme des organisations transversales qui permettent


des interconnexions entre des perspectives d’énonciation en concurrence
(Fontanille 2008). En efet, on peut aujourd’hui penser la manifestation textuelle
comme l’épiphénomène des programmations énonciatives en parallèle qui, locale-
ment, l’emportent les unes sur les autres. Le paradigme n’a pas seulement un
rôle dans l’organisation systématique des langages, mais il se révèle être capable
d’orchestrer les efets sémantiques sur le plan textuel.
L’actualité de la notion de paradigme peut fonctionner de manière anti-
phrastique : d’une part, comme une reformulation de ce qu’on peut vraiment attri-
buer au système de la langue dans la transformation constante de ses formes, d’autre
part, comme une révision de la signiication discursive qui fonctionne comme une
caisse de résonance des efets de sens concurrentiels 2.
Dans cette notion apparemment un peu vieillie, on peut repérer de façon alors
insoupçonnée un enjeu capital pour les sciences du langage : il s’agit de préciser
les relations entre langages et discours, langue et parole, patrimoines sémiotiques
et énonciation. Plutôt que d’observer strictement la question des unités délimitées
par les paradigmes, on peut ressentir aujourd’hui l’exigence d’étudier des modalités
de gestion paradigmatiques compétitives ; en efet, elles sont partagées entre des
attracteurs linguistiques, qui protègent des réservoirs de formes générales, et
des attracteurs discursifs, qui cherchent à imposer en revanche une organisation
textuelle locale. À côté de l’instance de l’énonciation qui prend en charge les sélec-
tions et les combinaisons, il y aurait des compénétrations entre le discours réalisé
et les environnements d’élaboration linguistique 3  : les systèmes et les corpus de
référence.
Plutôt que de suivre l’idée que le paradigme est assimilable au concept de classe,
la recherche linguistique et sémiotique a commencé à envisager l’idée de le pré-
senter comme un « espace », un lieu d’échanges analogiques, d’interpénétrations
entre systèmes et discours, de schématisations capables de gérer une hétérogénéité
de généalogies morphotactiques et discursives. C’est pourquoi le terme paradigme
peut être exploitable aussi comme un cadre praxémique, voire épistémique, selon
une acception utilisée dans la tradition épistémologique (Kuhn).
Des questions semblent alors s’imposer à l’attention du linguiste et du sémio-
logue :
a) quelles sont les conditions historiques permettant de cerner une classe
paradigmatique ?

2. À ce propos, les théoriciens de la métaphore (Max Black, Paul Ricœur, Groupe µ, etc.) ont
développé une série de rélexions cruciales pour expliquer la relation entre la manifestation en
discours et un réservoir des formes concurrentes.
3. Chaque forme d’organisation linguistique est un système ouvert qui participe d’un environne-
ment culturel polysémiotique (sémiosphère), où les possibilités incertaines de traduction ou de
connexion intertextuelle se proposent comme un facteur d’indétermination, exploité par des
pratiques créatrices et contrôlé par des interprétations critiques.
Introduction 13

b) comment un langage peut-il se distinguer par rapport à d’autres organisa-


tions sémiotiques concurrentes sur la base de ses paradigmes internes ?
c) comment un discours peut-il « tisser » ses propres organisations paradig-
matiques ?
d) quelles sont les formes d’exploitation tactiques en discours des potentialités
paradigmatiques en langue ?
e) l’organisation paradigmatique entre-t-elle en concurrence, sur le plan
sémantique, avec la coordination syntaxique ?
f) les paradigmes peuvent-ils garantir une cartographie préalable du discours,
capable de qualiier les choix énonciatifs ?
g) le paradigme participe-t-il à l’architecture structurale et catégorielle de la
langue ou, au contraire, est-il la première appréhension d’un environnement d’éla-
boration sémiotique où l’on trouve l’activité vivante de l’assimilation et de la dissi-
milation qui uniie inalement langue et parole ?
La notion de paradigme a subi la concurrence d’autres concepts linguistiques et
sémiotiques ; il y a naturellement un intérêt majeur dans l’analyse « archéologique »
des distinctions mais il y a aussi la nécessité de procéder à d’autres dissimilations.
Par exemple, dans la théorie de M.A.K. Halliday (1978) on reconnaît la prééminence
de l’organisation paradigmatique, mais on préfère utiliser les concepts de « system
networks » ou de « meaning potential of langage ».
Enin, on peut souligner que le terme paradigme a été utilisé pour décrire
l’organisation interne des catégories grammaticales, et donc pour dénommer aussi
les formes lexionnelles des verbes, au-delà du recours à plusieurs radicaux. Cela
montre que sa portée de modélisation a été reconnue comme une homogénéité
taxémique par rapport à l’hétérogénéité des lexèmes réunis, mais aussi comme une
hétérogénéité des formes dans la déclinaison du même mot. La réversibilité pro-
ductive des opérations classiques d’assimilation et de dissimilation montre que le
paradigme reste un principe méréologique, à savoir un moteur d’intégrations et de
partitions. Cela pourrait peut-être constituer la passerelle conceptuelle qui a per-
mis au paradigme d’assumer un rôle épistémologique en tant que « champ épisté-
mique de représentations ». Ce qu’on a vu comme une concurrence entre la classe
et l’espace paradigmatique peut trouver inalement une forme de conciliation dans
la dialectique entre la diférenciation intensive des formes catégorielles et la ten-
sion extensive de leur intégration. La forme culturelle qui est propre à chaque lan-
gage est inalement un grain distinctif et une compatibilité lexible imposés aux
représentations collectives.


14 Présentation

his thematic issue will seek to renew the “paradigm” concept; irstly, it lies at
the centre of some theoretical formulations (Systemic Functional Linguistics), and
secondly, it has been marginalised and used only didactically. herefore, it loses
its major explanatory nature, both in terms of the organisation of language, and
the description of discourse. If the use of the word “paradigm” concerns primarily
the organisation of language and speech, this current issue pay attention also to
the paradigm as a “system of representations of knowledge”, or as an “epistemic
form of thought in a cultural era” (see Kuhn 1962). Naturally, every scientiic
contribution has to provide a speciic connection between the two meanings.
he paradigm was a concept at the foundation of a scientiic perspective
on languages. However, there were still some ambiguities. On the one hand,
the paradigmatic organisation airmed the existence of classes of elements
characterizing speciically the language system 4, and the other hand the criteria
for the classiications appeared as heterogeneous and external to the autonomous
form of language (associations, resemblances, etc.). If there was a problem with
limiting this hybridisation of the internal principles to linguistic functioning, the
paradigm provided in return a principle of mobilization of forms, showing the
tensions between the classes and inside the classes. he system did not provide
a neutral background made of pure virtualities: competing classiications could
be recognized in the system and, in the same paradigm, contradictory tensions
were also found between morphotactics compliance of the same root, and the
introduction of irregular forms.
he Hjelmslevian tradition tried to clarify the types of paradigmatic
correlation (speciication, complementarities, autonomy) by showing implicitly
the transversality of these organisations in relation to categories. he paradigms
appear to be related to the mobilisation of linguistic resources in relation to
syntax requirements; on the contrary, categories are also elaborated during the
apprehension of values in an objectiied semiotics plan.
hus, the paradigm would question the discursive expression which can not
only move up towards the requested languages (organization of the system), but
also down towards potentially (norms, discursive practices) or comparatively
(intertext) competing expressions. In this way, the relationship between the notions
of category and paradigm remains a problem at the metalinguistic level. If the
category ield is expressed through a “perimeter” of oppositions, the paradigmatic
organisation feeds reservoirs of forms taking advantage of a principle of analogy
and exploiting subsequent dissimilations secured by redundancy. For this reason,

4. he notion of linguistic system (langue) is used here as a form of organisation of any historically
certiied language which obviously refers to the Saussurean tradition. he identiication,
however, between linguistic system and the paradigmatic dimension is not an obvious theoretical
consequence; on the contrary, for a long time we began to “require the explicit integration of
syntactic structures in the deinition of linguistic system (langue)” (Greimas & Courtés 1979,
“Natural language”).
Introduction 15

the category seems to be concerned with the traits of expression or content,


whereas the paradigm seems to support linguistic “identities” fostered by diferent
structural dependencies and speciic determinations of a thematic domain (see
Rastier 2011). According to Martinet (1970, p.  136), “what matters in terms of
paradigmatic classiications are the parallel variations in group units”.
If the taxeme (Rastier 1987) seems to balance the categorical organisation with
the idea of the paradigm bringing together competing units, insofar as it appears
to comply with a reference restricted domain, the paradigmatic organisation
which supports enunciative choice would normally go well beyond the isotopic
margins, open to selections which make changes to the categorical relevance up
to the igural (tropic) solution. his opening does not, however, belong to the
latent potentialities (virtualities) of linguistic system, subject only to grammatical
restrictions; it is an opening which is ultimately related to the discursive conduct
(ductus) which may lead to maintaining that the only determinable paradigms,
beyond strictly grammatical classiications, are anchored in textual depth or in
reference encyclopaedia (Klinkenberg 1996, p. 148).
Today, the reframing of the linguistic tradition ushered in by the Course in
General Linguistics is so radical, that only morphemes are ultimately attributed
to the dimension of the linguistic system (Rastier 2011), with the rest being the
prerogative of discursive production (parole). he paradigmatic organisation,
however, claims its place, even ater the problematisation of linguistic facts which
falls under the Saussurean approach. In he Double Essence of Language, Saussure
(2006, p. 40) emphasised the role of parallelism (parallélie) that would be closely
linked not only to the alternation of uses, but also to the analogue processing of
linguistic units. Paradigms are no longer linguistic classes which subsume identities,
but systemic management forms of the institution of local meaning, grouped
under the same label. he parallelism is, thus, the history of transformations of a
semiotic entity which can only exist through its several co-textual (and therefore,
local) determinations. Saussure does not want to get rid of the notion of identity,
nor does he believe that its radical reduction to a totally negative determination
is illuminating (see last section of he Double Essence of Language for a positive
version of linguistic identity):
An inadequate relection on what constitutes identity or the properties of
identities, when it is about a non-existent being, such as the word, the mythical
person or a letter of the alphabet, which are only diferent forms of the sign, in the
philosophical sense. (Saussure 2003, CM 136, Nibelungen, inv. A V p. 41.)
he cultural identity, as argued by Saussure through the mythical person, has
transcendence in relation to these manifestations; it is organised in a paradigm
of versions, or in a family of transformations (to stay in a formula widely used by
François Rastier, which is also close to Peirce’s notion of famisign).
It is well-known that, the paradigm concept could elicit a psychological
transformation of the linguistic fact, depending in that case on a sphere of free
16 Présentation

associations. On the other hand, the acknowledgment of a legitimate role of the


paradigm solely in the autonomous (expressive and semantic) organisation of
language has brought with it the risk of lack of relevance regarding text analysis.
If you want to emancipate the paradigm concept from the rigidity of the code
and, at same time, from the idiosyncratic instability of the Sprachgefühl (with its
psychological associations), it must be recognised as the regulatory form of semiotic
identity over its continuously changing instantiations, compared to previous ones.
A paradigm is, thus, only an open inquiry on an identity declination that is
continuously being regenerated and renegotiated.
he object which serves as a sign is never the same twice; from the irst
moment, it must be a test, an initial agreement, to know on behalf of what and
within what limits we have the right to call it the same thing: therein lies the
fundamental diference with any object. For example, the table in front of me is
materially the same thing today and tomorrow, and the letter “b” that I write is as
material as the table, but it is not the [same thing]. (Saussure 1894 p. 203.)
Such relection has an even stronger and illuminating impact on non-verbal
languages, given that they do not have a repertoire of pre-established units
like natural languages. While it is true that the identity of semiotic entities also
points to co-occurring words, the phenomena of paradigmatic resonance, with
their speciic contribution to signiication, have not been suiciently studied. In
particular, paradigms may be deined as cross-cutting organisations that allow
interconnections between competing perspectives of enunciation (Fontanille
2008). Indeed, today we can think of textual manifestation as the epiphenomenon
compared to the previous programming of discursive parallel solutions (locally,
one could always supersede the others). he paradigm does not only have a role
in the systematic organisation of languages; it is also proving to be capable of
orchestrating semantic efects textually.
Today the paradigm concept can work in an antiphrastic way: irstly, as a
reformulation of what can be really attributed to the system of language in the
continuous transformation of its forms; and secondly, as a review of the discursive
signiicance that functions as a “sounding board” for competitive meaning efects. 5
In this concept (which seems a bit old), we can locate an unexpected key
challenge for the sciences of language, which is: to clarify the relationship between
languages and speech, linguistic system and discursive production, semiotic
heritage and local enunciation. Rather than strictly observing the question of units
delimited by paradigms, today we feel the need to study competitive paradigmatic
management arrangements; indeed, they are shared between linguistic attractors
who protect reservoirs of general forms, and discursive attractors who seek to
impose a rather local textual organisation. Alongside the instance of enunciation

5. Several theorists of metaphor (Max Black, Paul Ricœur, Groupe µ, etc.) have ofered crucial
remarks about the relation between discursive manifestations and the reservoirs of linguistic
competing features.
Introduction 17

which support selections and combinations, there would be interpenetration


between realized discourse and linguistic development environments 6 (systems,
norms and reference corpora).
Rather than follow the idea that the paradigm is akin to the concept of
classiication, linguistic and semiotic research began to envisage the idea of
presenting it as a “space”, a place for analogical exchanges, interpenetrations between
systems and discourse, schematisations capable of managing the heterogeneity of
morphotactic and discursive genealogies. hat is why the term “paradigm” may
be exploited also as a praxemic, or even epistemic, framework, according to an
acceptation used in the epistemological tradition (Kuhn).
Certain questions seem to require the attention of the linguist and the
semiotician:
a) What are the historical conditions for identifying a paradigmatic
classiication?
b) How can a language be distinguished from other competing semiotic
organisations, based on its internal paradigms?
c) How can a speech “weave” its own paradigmatic organisations?
d) What are the tactical discursive forms of exploitation of the linguistic
paradigmatic potentialities?
e) Does paradigmatic organisation compete with syntax coordination as
regard to discursive semantic efects?
f) Can paradigms guarantee a prior mapping of speech, capable of qualifying
enunciative choices?
g) Can the paradigm participate in the structural and categorical architecture
of language, or is it the irst apprehension of a semiotic development environment,
where the living activity of assimilation and dissimilation can be found, which
ultimately uniies linguistic system and discourse?
he paradigm concept has experienced competition from other linguistic and
semiotic concepts; there is not only a signiicant interest in the “archaeological”
analysis of distinctions, but also the necessity to proceed with other dissimilations.
For example, according to the theory of M.A.K. Halliday (1978), we can acknowledge
the leading role of paradigmatic organisation easily, but aterwards we could prefer
to use the concepts of “system networks” and “meaning potential of language”.
Finally, it may be emphasised that the term paradigm was used to describe the
internal organisation of grammatical classiications, and, therefore, to also name
the inlectional forms of verbs, beyond the use of multiple stems. his shows that its

6. Each form of linguistic organisation is an open system which participates in a polysemiotic


cultural environment (semiosphere), where uncertain possibilities of translation or intertextual
connection may be deined as a factor of indeterminacy, exploited by creative practices and
controlled by critical interpretations.
18 Présentation

modelling scope was acknowledged not only as a taxemic homogeneity, compared


to the heterogeneity of assembled lexemes, but also as a heterogeneity of forms
in the declination of the same word. he productive reversibility of traditional
operations of assimilation and dissimilation shows that, the paradigm remains a
mereological principle, namely, an engine of integrations and scores. his could,
perhaps, be constituted as the conceptual gateway that allowed the paradigm to
assume an epistemological role as the “epistemic ield of representations”. What
we saw as a competition between classiication and the paradigmatic space may
ultimately ind a balance in the dialectic between the intensive diferentiation
of categorical forms, and the extensive tension of their integration. he cultural
form, which is part of each language, is ultimately a distinctive grain and lexible
compatibility imposed on collective representations.

Références bibliographiques / Bibliographical references


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