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Transports des matières radioactives

du cycle du combustible REP


par Paul BLUM
Ingénieur de l’École Centrale de Paris

1. Contraintes des transports du cycle REP ......................................... B 3 667 - 2


2. Principaux emballages utilisés ............................................................ — 2
2.1 Concentré de minerai .................................................................................. — 2
2.2 UF6 ................................................................................................................ — 2
2.3 UO2 faiblement enrichi................................................................................ — 3
2.4 Assemblages combustibles neufs à base d’UO2 faiblement enrichi ...... — 3
2.5 Assemblages combustibles UO2 et MOX irradiés .................................... — 4
2.6 PuO2 en poudre ........................................................................................... — 5
2.7 Assemblages combustibles neufs MOX.................................................... — 5
2.8 Déchets ......................................................................................................... — 5
3. Étude d’un emballage pour combustible irradié............................. — 6
3.1 Avant-projet ................................................................................................. — 7
3.2 Études ........................................................................................................... — 7
3.3 Choix des matériaux de blindage............................................................... — 7
3.3.1 Masse de l’écran gamma en fonction des matériaux constitutifs.. — 8
3.3.2 Écrans gamma en uranium................................................................ — 8
3.3.3 Écrans gamma en plomb ................................................................... — 8
3.3.4 Écrans gamma en acier...................................................................... — 8
3.3.5 Écrans gamma en fonte GS ............................................................... — 9
3.3.6 Écrans neutroniques........................................................................... — 10
3.4 Joints d’étanchéité ...................................................................................... — 10
3.5 Emballages secs et humides ...................................................................... — 10
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. B 3 667

L e lecteur se reportera utilement, dans ce traité, aux articles :


— Cycle du combustible nucléaire [BN 3 560] ;
— Déchets radioactifs [B 3 660] ;
— Sûreté et réglementation des transports radioactifs [B 3 845] ;
et, dans le traité L’entreprise industrielle, à l’article :
— Emballage des matières dangereuses [A 9 880].
Rappelons que la nécessité des transports de matières radioactives du cycle
du combustible des réacteurs à eau ordinaire sous pression (REP) résulte de la
dispersion des installations nucléaires, elle-même liée à des contraintes
géologiques et géographiques (nature du sol, disponibilité d’eau de refroidis-
2 - 1993

sement, éloignement des populations), mais aussi à des choix économiques


(taille limitée et dispersion des centres de production d’électricité, taille maximale
des autres installations nucléaires).
De nombreux transports de matières radioactives concernent également les
applications médicales et industrielles et leurs déchets mais nous n’en parlerons
B 3 667

pas dans cet article.


Les cotes des figures sont données en millimètres.

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TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP ____________________________________________________________________

1. Contraintes des transports de leur concept, n’ont à recevoir d’agrément que de l’Autorité compé-
tente du pays du concepteur, de ceux de type B(M) qui nécessitent
du cycle REP l’agrément de chaque pays traversé.

De même que la puissance du combustible irradié n’excède pas


au moment de son transport quelques dix millièmes de sa puissance 2.1 Concentré de minerai
en cours d’irradiation, les matières nucléaires livrées au transport
présentent des risques réduits par rapport à ceux des installations Le concentré est considéré comme une matière de faible activité
les produisant. Ce n’en sont pas moins des matières dangereuses spécifique (groupe LSA-I) pouvant être transportée dans des
puisque radioactives. emballages industriels pour constituer des colis industriels du
type I (IP-I). Les emballages utilisés sont habituellement :
La sûreté des transports résulte de l’application de la
réglementation régissant le transport des matières dangereuses — des fûts métalliques de 220 L chargés par lots de 56 dans un
(article Sûreté et réglementation des transports radioactifs [B 3 845] conteneur standard 20′ (type fermé).
dans ce traité) [1] [2]. Concernant les matières radioactives (classe 7), Nota : 20′ correspond à la longueur du conteneur (1′ = 1 pied = 30,48 cm).
cette réglementation présente comme particularités : — des conteneurs spécialisés tels que le modèle DV 55 (figure 1)
— l’universalité, du fait que les recommandations de l’Agence qui combine la facilité d’utilisation (capacité de 1 m 3 , embase
internationale de l’énergie atomique (AIEA) [3] sont appliquées permettant le gerbage, le levage à la fourche et le transport ferro-
partout par le truchement des différents règlements nationaux et viaire sans arrimage, ouverture largement dimensionnée, couvercle
internationaux ; étanche serré par des vis imperdables, orifice d’équilibrage de la
— la sûreté, principalement fondée sur celle des colis et l’applica- pression interne) et le respect scrupuleux de la réglementation
tion d’un Programme d’assurance de la qualité (PAQ) concernant (parois en acier inoxydable faciles à décontaminer, forme convexe
l’étude, la fabrication, l’utilisation et l’entretien des emballages [4] ; évitant les retenues d’eau de pluie, anneaux de manutention et
— la préparation des interventions en cas d’accident [5] ; d’arrimage).
— les contrôles de la part d’une Autorité compétente dans chaque
pays (en France, le ministère des Transports) en application de son
propre Programme d’assurance de la conformité (PAC). 2.2 UF6
L’AIEA a publié une série de documents [6] [7] [8] facilitant la
compréhension et l’interprétation de ses recommandations. Pour L’hexafluorure d’uranium UF6 est solide en atmosphère confinée
leur application, une aide peut être apportée par certains systèmes mais se sublime à l’air et se décompose en présence d’humidité
experts, tels que TRANAID [9]. selon la réaction :
Quand les matières transportées sont utilisables à des fins terro- UF6 + 2H2O → UO2F2 (poudre) + 4 HF (gaz)
ristes, le risque de détournement doit être pris en compte. On doit
alors appliquer des mesures de sécurité [10] et de discrétion. Du fait que HF est corrosif, l’UF6 relève subsidiairement de la
Un surcroît de précautions peut s’imposer en raison de la valeur classe 8 des matières dangereuses.
de la matière et de sa difficulté à être remplacée. Dans certains cas, De plus, les conditions d’exploitation habituelles des emballages
il faut tenir compte de la fragilité des produits (par exemple, les d’UF6 imposent pour ceux-ci :
assemblages combustibles) et, pour garantir leur intégrité, les — la conformité à la Réglementation des appareils sous pression
protéger contre les chocs et les vibrations. (article Réglementation des appareils à pression [A 841] dans le traité
Jusqu’à présent, les transports n’ont donné lieu à aucun relâche- Génie mécanique) pour une pression de service de 1,4 MPa à 121 oC ;
ment significatif de radioactivité et des simulations d’accidents — le marquage de la capacité et de la masse à vide ;
sévères ont confirmé que ce risque est très peu probable. Il doit — un taux de remplissage limité.
toutefois être pris en compte en prévision de l’indemnisation des
tiers : c’est l’objet de conventions internationales qui définissent
les responsabilités des opérateurs et des États et fixent le niveau
des couvertures acceptables [11].

2. Principaux emballages
utilisés
Les emballages utilisés dans le cycle du combustible REP [12] [13]
appartiennent habituellement aux exploitants de l’une des installa-
tions desservies et exceptionnellement à des transporteurs.
En France, la plupart des emballages appartiennent à la
Compagnie générale des matières nucléaires (COGEMA) et à ses
filiales, qui disposent d’installations spécialisées pour leur entretien
périodique et leur réparation éventuelle.
Rappelons (article Sûreté et réglementation des transports
radioactifs [B 3 845] dans ce traité) que la réglementation [1] [3]
définit quatre types de colis : les colis exemptés, les colis industriels
(IP), les colis de type A et les colis de type B. Lorsque ces colis
contiennent une quantité de matière fissile excédant les limites fixées
par la réglementation, ils sont de plus de type F. Parmi les colis de
type B, on distingue ceux de type B(U ) qui, du fait de la simplicité Figure 1 – Emballage DV 55

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C’est pourquoi l’AIEA a publié des recommandations particulières


concernant le transport de l’UF6 [14].
Pour l’UF6 d’enrichissement n’excédant pas 1 % (matière LSA-I
ou LSA-II selon l’enrichissement et les impuretés), on utilise
principalement le cylindre 48 Y (figure 2) conforme à la norme
américaine ANSI N-14.1. Le colis industriel du type II (IP-II)
correspondant se transporte arrimé sur un berceau, lui-même
boulonné au plateau d’un conteneur standard 20′ (type ouvert)
adapté à cet usage.
Pour l’UF6 d’enrichissement compris entre 1 % et 5 %, on utilise
principalement le cylindre 30 B (norme ANSI N-14.1) calé dans une
coque 21 PF 1 (figure 3), le tout constituant un colis de type AF. Les
parois de la coque sont revêtues d’acier au carbone peint ou
d’acier inoxydable et leur remplissage (assurant la protection
contre les chocs, le feu et les interactions neutroniques avec
d’autres colis fissiles) est en mousse phénolique borée, avec des
renforts en bois au niveau des extrémités et le long du plan de
joint. Pour son transport, ce colis est boulonné sur un conteneur
standard 20′ (type ouvert) qui en accepte 5 (disposés en travers) ou
directement sur une semi-remorque routière (qui en accepte 7).

2.3 UO2 faiblement enrichi


Figure 2 – Cylindre 48 Y
La poudre et les pastilles frittées d’oxyde d’uranium UO2 sont
généralement transportées dans un emballage du type AF (modèle
GB 1660 A) particulièrement attrayant en raison de sa rusticité et de
ses dimensions et masse réduites (380 × 380 × 710 mm et 100 kg)
pour un contenu de 29 kg d’UO2 et il permet d’assurer la sûreté
nucléaire quel que soit le nombre de colis d’une expédition.

2.4 Assemblages combustibles neufs


à base d’UO2 faiblement enrichi

Le transport des assemblages combustibles neufs s’effectue en


position horizontale dans un emballage du type AF, tel que le
modèle FS 57, dénommé souvent RCC 12′ (figure 4).
Celui-ci est constitué d’une enceinte de confinement de section
circulaire formée de deux demi-coquilles en acier munies de brides
rectangulaires, d’un joint et de boulons de serrage. Cet emballage
contient deux assemblages, séparés par un écran neutronique,
serrés par des étriers au niveau de leurs grilles et calés longitudinale-
ment à leurs extrémités sur un plateau rigide. Ce dernier est solidaire
d’un cadre lui-même fixé, par l’intermédiaire de blocs en caoutchouc,
à la partie inférieure de l’enceinte de confinement, la liaison
plateau/cadre comportant une charnière qui permet le charge-
ment/déchargement des assemblages en position verticale.
Pour réduire les risques de souillure et d’oxydation des
assemblages, les pièces en contact sont en acier inoxydable et
l’atmosphère dans l’emballage est asséchée (gel de silice coloré et
voyant de contrôle) et en légère surpression (clapet de sûreté) afin
de minimiser les entrées d’air ambiant en cas de défaut d’étanchéité
de l’enceinte.
Des témoins montés sur le plateau supportant les assemblages
permettent de voir si ceux-ci ont éventuellement subi des chocs
excédant les limites imposées au transporteur.
Le transport se fait principalement au moyen de semi-remorques
bâchées dont le plateau est équipé pour l’arrimage de 7 colis FS 57.
On utilise aussi l’avion-cargo, tel que le Boeing 747 qui accepte 32
de ces colis (recharge annuelle d’un réacteur). Figure 3 – Coque 21 PF 1 et cylindre 30 B

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Figure 4 – Emballage FS 57 (RCC 12′)


(se reporter à la figure 7 pour l’emballage FS 69)

2.5 Assemblages combustibles UO2


et MOX irradiés

Nota : MOX est le sigle de U-Pu Mixed Oxide (oxyde mixte U-Pu).
Le transport des assemblages irradiés requiert des emballages
de type BF, pourvus de blindages (écrans contre les rayonnements
gammas et neutroniques) dont la masse excède souvent 20 fois
celle du contenu.
Les emballages sont généralement étudiés pour desservir une
famille de réacteurs en se conformant aux critères d’acceptation de
l’installation prévue pour leur déchargement. Ceux de l’usine de
retraitement de La Hague imposent aux emballages [15] : Figure 5 – Emballage TN 12
— une capacité minimale de 7 assemblages refroidis 8 mois ;
— le type sec (§ 3.5) et la conformité à la Réglementation des
appareils sous pression pour les conditions (pression, température)
L’orifice de chargement du corps est obturé par un bouchon en
prévisibles en cours de refroidissement avant déchargement ;
acier inoxydable muni d’un double joint et serré au moyen de vis
— des surfaces en acier inoxydable ;
par l’intermédiaire d’une bride annulaire, le tout recouvert par un
— deux barrières de confinement munies chacune d’un double
couvercle de sûreté muni d’un double joint (double étanchéité). Ce
joint ;
corps contient un casier à 12 compartiments, formé de blocs en
— des interfaces compatibles avec l’outillage de l’usine, ses
alliage d’aluminium boré (transferts thermiques et contrôle de
engins de levage et les véhicules spéciaux (wagons, semi-
criticité) reliés par des tirants en acier inoxydable. En cours de
remorques) qui la desservent.
transport, les extrémités de l’emballage sont équipées de capots
Le modèle d’emballage le plus utilisé est le TN 12, d’une capacité de protection formés d’une enveloppe en acier inoxydable remplie
de 12 assemblages (figure 5). Son corps (virole et fond soudé) est de balsa. L’emballage TN 12 est utilisé avec une atmosphère
en acier au carbone forgé revêtu d’acier inoxydable déposé par d’azote en dépression, après séchage de sa cavité (emballage sec ).
soudure sauf à ses extrémités qui sont munies de caissons en tôle
Compte tenu de la masse des emballages pour combustible irradié
d’acier inoxydable remplis de balsa (amortissement en cas de
et pour minimiser les risques d’irradiation du public, leur transport
chute). Ce corps est pourvu d’ailettes de refroidissement en cuivre
s’opère dans la mesure du possible par voie ferrée (wagons spéciaux
nickelé qui traversent une couche de résine (écran neutronique) et
de 160 t circulant à 100 km/h) et par voie maritime (navires
de 6 tourillons boulonnés (manutention et dépose sur châssis).
spécialisés).

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2.6 PuO2 en poudre


L’oxyde de plutonium PuO2 requiert un colis du type BF dont le
concept doit tenir compte de contraintes de sécurité (transport dans
un caisson blindé, télécommande du chargement). De plus, la poudre
doit être conditionnée dans un boîtier étanche (barrière primaire,
ouverte seulement dans une cellule étanche).
Enfin, si du PuO2 en poudre doit voyager par air (par exemple,
pour des raisons de protection physique), certains pays exigent
que le colis résiste à des conditions accidentelles qu’ils jugent
représentatives de ce mode de transport (impact à 129 m/s, feu de
1 h à 1 000 oC).
Pour les transports terrestres et maritimes, on utilise en France
l’emballage FS 47 (figure 6) qui peut contenir 17 kg de Pu dans un
conditionnement primaire comportant plusieurs barrières d’étan-
chéité. L’enceinte de confinement proprement dite de l’emballage
FS 47 est entourée d’un écran neutronique (particules de
polyéthylène dans du plâtre) et d’une protection contre le feu (plâtre)
qui lui permettent de résister à un feu de 1 h à 1 000 oC, mais quand
même pas à un impact de 129 m/s. On en transporte 10 dans un
conteneur standard fermé et à parois blindées, toutes les opérations
de chargement/déchargement pouvant être télécommandées.

2.7 Assemblages combustibles neufs MOX


On utilise l’emballage FS 69 (figure 7) qui dérive du FS 57
(2 assemblages supportés par un plateau rigide suspendu par l’inter-
médiaire de blocs en caoutchouc et pouvant basculer en position
verticale). Il s’en distingue par la forme de sa coque externe (section
rectangulaire au lieu de circulaire permettant d’en ranger 4 dans un
caisson blindé) et par son blindage neutronique (polyéthylène dans
des boîtiers en acier inoxydable).

Figure 6 – Emballage FS 47
2.8 Déchets
En France, le conditionnement et l’emballage des déchets
radioactifs en vue de leur stockage définitif s’opère essentiellement
sur leur lieu de production, selon un cahier des charges qui doit
être approuvé par l’Agence nationale pour la gestion des déchets
radioactifs (ANDRA).
Celle-ci n’accepte que des déchets sous forme solide et, dans un
souci de rationalisation, s’efforce de limiter le nombre des modèles
de colis. Parmi les colis de déchets de faible et moyenne activité
destinés aux sites de stockage en surface, on trouve des colis
industriels (IP), des colis de type A et des colis de type B.
■ Les colis industriels comprennent principalement des fûts
métalliques standards, des caissons métalliques et des cylindres en
béton.
● Les fûts contiennent des objets contaminés superficiellement
(SCO) ne nécessitant pas de blindage, tels que les vêtements et les
déchets technologiques, des matières LSA, telles que les résidus de
procédé et les structures faiblement activées, en vrac ou enrobés
dans un coulis de ciment ou dans du bitume. Ils sont transportés
dans des conteneurs standards 20′ ou 40′ qui sont chargés sur des
semi-remorques spécialisées ou sur des wagons du type S 60, par
exemple.
● Les caissons métalliques sont prévus pour les déchets SCO ou
LSA trop volumineux pour des fûts standards.
● Les cylindres en béton sont utilisés pour les déchets enrobés du
groupe LSA-III nécessitant un blindage. Leurs dimensions externes
sont normalisées, leur épaisseur variant en fonction des besoins de
blindage. Ces cylindres, tout comme les caissons, sont transportés
bâchés, sur des semi-remorques équipées pour leur calage ou sur
des wagons du type R 20, par exemple.
Figure 7 – Emballage FS 69 (section transversale)

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Figure 8 – Emballage RD 16

■ Les colis du type A ne diffèrent pas sensiblement des colis


industriels précédents, sinon que c’est l’activité totale de leur
contenu qui est limitée (au lieu de l’activité ou de la contamination
spécifique du contenu).
■ Les colis du type B sont constitués pour la plupart d’une coque
de protection réutilisable renfermant un ou plusieurs fûts ou
cylindres en béton comme, par exemple, la coque RD 16 (figure 8),
prévue pour contenir un fût. Une telle coque s’impose lorsque le
contenu du colis :
— a une activité excédant la limite A2 (article Sûreté et
réglementation des transports radioactifs [B 3 845] dans ce traité)
applicable aux colis du type A ; Figure 9 – Emballage TN 28 V (section longitudinale)
— est formé de déchets combustibles SCO ou LSA dont le charge-
ment sur un même véhicule excède 100 A2 , comme c’est le cas, par
exemple, pour 5 t de déchets LSA renfermant 4 × 10–3 TBq/t de Pu.
On prévoit également des emballages du type B réutilisables
3. Étude d’un emballage
pour le transport vers les sites de stockage en profondeur des
déchets de haute activité provenant des usines de retraitement.
pour combustible irradié
Après avoir fixé le conditionnement primaire de ces déchets et
défini les critères d’acceptation de l’expéditeur pour ces embal- L’étude d’un nouvel emballage passant avant tout par la recherche
lages [16], l’industrie a déjà développé certains modèles, comme le d’un compromis entre l’économie des transports et les exigences
TN 28 V (figure 9) prévu pour le transport de 28 conteneurs de sûreté et de sécurité, chaque matière à transporter pose des
remplis de résidus solidifiés dans une matrice de verre. On note la problèmes spécifiques.
similitude entre cet emballage et ceux déjà utilisés pour le
transport du combustible irradié (§ 2.5). En effet, la majeure partie À titre d’exemple, nous considérons ci-après l’étude d’un
des isotopes irradiants du combustible (produits de fission, cobalt, emballage pour combustible irradié et discutons quelques choix
curium) se retrouvent dans le verre et les mêmes équipements de techniques qui concernent plus particulièrement ce type
levage et de transport sont prévus pour les 2 types d’emballages. d’emballage.

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3.1 Avant-projet — les bases du PAQ couvrant la fabrication, l’exploitation et


l’entretien ;
— les calculs justificatifs et les essais nécessaires pour démontrer
C’est la phase créative des études. Elle a pour objet de définir le la conformité du colis aux exigences réglementaires ; les calculs sont
concept et les dimensions de l’emballage, les documents applicables faits de préférence au moyen de codes déjà admis par l’Autorité
(règlements, normes standards, exigences diverses), le Programme compétente (tableau 1) ; la démonstration du comportement du colis
d’assurance de la qualité PAQ et les données pour l’étude détaillée dans les conditions réglementaires d’accident se fait soit par le calcul,
ainsi que les coûts et plannings prévisionnels des études et des soit au moyen d’essais sur maquette, le plus souvent à une échelle
fabrications. comprise entre 1/2 et 1/4 ;
— le rapport de sûreté à joindre à la demande d’agrément par
Les études d’avant-projet se basent sur : l’Autorité compétente.
— les données concernant les assemblages combustibles prévus,
les contraintes d’exploitation (manutentions, critères d’acceptation
du destinataire, limitations des moyens de transport), les contraintes
réglementaires (agrément type BF du colis) ; 3.3 Choix des matériaux de blindage
— des choix techniques (fondés sur l’avis des utilisateurs,
l’économie des transports, l’expérience et l’acquis du concepteur
dans le domaine de l’innovation) ; Le blindage des emballages comprend de l’intérieur vers
— des calculs d’optimisation utilisant tous les moyens disponibles l’extérieur :
(abaques, formules et codes simplifiés) et des essais justificatifs au — un écran gamma, le plus souvent formé d’une couche de plomb
moyen de maquettes simplifiées du colis ou d’une portion de celui-ci. ou d’uranium entre deux parois d’acier ou d’une paroi massive en
acier ou en fonte ;
— un écran neutronique, formé d’un matériau riche en hydrogène,
qui peut être liquide (eau) ou solide (blocs de polyéthylène ou de
3.2 Études composite formé de particules et de poudres de matériaux riches
en hydrogène, agglomérées par de la résine ou du ciment) ;
— un écran gamma secondaire, constitué par les structures
Elles ont pour objet de produire de manière coordonnée et métalliques entourant l’écran neutronique (virole externe, ailettes
conformément aux exigences du PAQ les concernant : de refroidissement) proportionnées pour, accessoirement, capter
— les plans et les spécifications de fabrication de l’emballage ; une partie des photons émis lors de la capture des neutrons dans
— les consignes d’exploitation et d’entretien ; les écrans précédents. (0)

Tableau 1 – Quelques codes de calcul qualifiés pour l’étude des emballages


Codes
Domaine (1) Objet et principe
Pays
Nom Disponibilité (2)
d’origine

Sections efficaces Sections efficaces ponctuelles et multigroupes THEMIS F DEMT CEN Saclay
NJOY USA OCDE/AEN Data bank
Concentration des produits de fission et d’acti-
vation, des actinides PEPIN F DEMT CEN Saclay
Terme source Spectre et intensité du rayonnement associé ORIGEN USA OCDE/AEN Data bank
(α, β, γ, n fission et capture) FISPIN GB OCDE/AEN Data bank
Puissance résiduelle

Gammas et neutrons (fluences et débits de TRIPOLI F DEMT CEN Saclay


dose) : méthode Monte-Carlo (3 D) MCBEND GB AERE Winfrith
MCNP USA OCDE/AEN Data bank

Blindage Gammas et neutrons rapides MERCURE F DEMT CEN Saclay


Intégration du noyau ponctuel d’atténuation RANKERN GB AERE Winfrith
(3 D) QAD-CG USA OCDE/AEN Data bank
Gammas, neutrons et neutrons de capture : SN1D F DEMT CEN Saclay
méthode des ordonnées discrètes (1 D) ANISN USA OCDE/AEN Data bank

Criticité Coefficient de multiplication : méthode APOLLOMONK


et TRIMARAN F
GB
DEMT CEN Saclay
AERE Winfrith
Monte-Carlo (3 D)
KENO USA OCDE/AEN Data bank
CASTEM 2000
Thermique
Températures à l’équilibre et transitoires : Extension TRIO  F DEMT CEN Saclay
méthode des éléments finis (3 D)
HEATING 5 USA ORNL Radiation Information Center
CASTEM 2000
Contraintes et déformations statiques et Extension PLEXUS  F DEMT CEN Saclay
Mécanique dynamiques : méthode des éléments finis (3 D) DYNA 3 D USA LLNL
ANSYS USA Swanson Analysis Systems Inc.
F France USA États-Unis GB Grande-Bretagne
(1) Le lecteur se reportera aux articles spécialisés de ce traité.
(2) Pour plus de renseignements sur ces organismes, le lecteur se reportera à la fiche documentaire [Doc. B 3 667].

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En fait, l’écran gamma ralentit les neutrons émis par le 3.3.3 Écrans gamma en plomb
combustible et participe ainsi au blindage neutronique. De même,
l’écran neutronique participe au blindage gamma, d’autant plus Le plomb, métal connu depuis 5 000 ans, est fiable, bon marché
que sa masse volumique est élevée et son épaisseur importante. et d’approvisionnement facilité par l’existence de normes.
Sa mise en œuvre est caractérisée par une température de fusion
3.3.1 Masse de l’écran gamma de 327 oC et une faible oxydation à chaud : elle est à la portée de
en fonction des matériaux constitutifs nombreux fabricants grâce à une abondante littérature et à l’assis-
tance offerte par le Centre technique du plomb. L’emploi du plomb
nécessite des solutions aux problèmes posés par :
Soit A, le facteur d’atténuation gamma d’une des couches de
— sa faible température de fusion, bien que le risque de pertes
matériaux formant la paroi d’un emballage. On a, en première
de blindage en cas d’incendie soit minime dans le cas des gros
approximation :
emballages, du fait de l’épaisseur de leur enveloppe externe et de
ln A la présence d’un écran neutronique se comportant comme un isolant
t = ---------- (1)
µρ thermique ;
avec t (cm) épaisseur de la couche, — son coefficient de dilatation linéaire de 33 × 10–6 K–1, cause
d’un jeu à froid de plusieurs millimètres par rapport au moule ;
µ (cm2/g) section efficace massique du matériau, — ses faibles caractéristiques mécaniques et son fluage dès 80 oC
ρ (g/cm3) masse volumique du matériau. qui demandent des enveloppes résistantes et des dispositions pour
Si la couche a une forme tubulaire et un diamètre interne d (en cm), contrôler son tassement en cas de chute.
sa masse linéaire M (en g/cm) peut s’écrire : Pour améliorer le contact thermique entre le plomb et son
enveloppe externe, on peut :
 
ln A ln A
M = π ---------- d + ---------- (2) — usiner les parois en regard et compter sur l’échauffement en
µ µρ service pour réaliser un frettage ;
Comme µ dépend peu de ρ, la formule (2) montre que si l’on se — faire adhérer le plomb à la paroi (préalablement étamée) par
donne A et d : un procédé particulier de coulée ;
— sceller le blindage en plomb (coulé à part dans un moule de
— M varie dans le sens inverse de ρ (M croît dans le sens U, Pb, dimensions réduites par rapport à celles de l’enveloppe externe) au
acier, fonte) ; moyen de plâtre, de ciment ou de résine prenant à température
— les différences entre les valeurs de M pour les divers ambiante, la composition et l’épaisseur (5 à plus de 300 mm) de cette
matériaux sont en première approximation indépendantes du liaison étant choisies en fonction des besoins (blindage neutronique,
diamètre interne d et proportionnelles à (ln A )2. conductivité thermique, isolement contre le feu).
On voit que le matériau qui constitue l’écran gamma d’un embal- Malgré ces dispositions, le gradient thermique dans la paroi des
lage influe relativement peu sur la masse de celui-ci lorsque : emballages peut atteindre 100 oC et se traduire par d’importantes
— le diamètre interne d est grand (emballages de grande différences de dilatations entre les enveloppes internes et externes
capacité) ; du plomb. Pour limiter les contraintes qui en résultent, on peut :
— le facteur d’atténuation de l’écran A est réduit (combustible très — éviter de brider les dilatations axiales ; les deux enveloppes
refroidi, taux de combustion élevé imposant un écran neutronique ne sont alors soudées l’une à l’autre que du côté du couvercle et
épais, emballage lourd nécessitant des enveloppes en acier épaisses les conduits de drainage de l’eau, reliés au fond de la cavité, sont
pour satisfaire aux impératifs de résistance structurelle). conçus pour accepter un déplacement relatif de leurs extrémités
Par exemple, pour un contenu de 28 assemblages REP, irradiés à égal à la dilatation différentielle des deux enveloppes, sans buter
45 000 MWj/t U et refroidis 5 ans, la masse du colis varie seulement contre le plomb ;
de 109 t à 112 t selon que l’écran gamma principal passe du plomb à — au contraire, souder les deux extrémités des enveloppes du
l’acier. plomb à des pièces massives qui constituent alors le logement du
couvercle et le fond de l’emballage et dans lesquelles les conduits
sont usinés.
3.3.2 Écrans gamma en uranium Les enveloppes du plomb sont généralement en acier inoxydable
du type 304 L de la spécification ASME SA-240 [17] ou équivalent,
L’uranium est peu employé en raison de son coût élevé et de sa mais le type XM 19 de cette même spécification (limite élastique
fragilité. 380 MPa) et certains alliages de titane sont aussi envisagés pour
réduire leur épaisseur et par suite celle des parois de l’emballage.
Ce métal se prête à tous les procédés de mise en forme mais on
Par souci d’économie, on peut aussi utiliser un acier au carbone (par
l’utilise principalement sous forme d’assemblages soudés et usinés
exemple, type ASME SA-516 [17]) pour l’enveloppe externe, mais
de pièces coulées, pour lesquels il existe peu de fournisseurs, compte
cela accroît la dilatation différentielle entre enveloppes et demande
tenu des problèmes résultant de sa radioactivité (contamination des
une justification quant au risque de rupture fragile à basse tempéra-
ateliers, irradiation due aux déchets de fusion) et de son affinité pour
ture de l’acier choisi.
l’oxygène (fusion et soudure sous vide, copeaux pyrophoriques).
Les enveloppes du plomb assurant la résistance structurelle de
L’uranium est surtout employé :
l’emballage et le confinement de son contenu doivent être
— sous forme de renforts de blindage (aux coins d’une cavité de dimensionnées et réalisées en conformité avec un code de construc-
section polygonale, aux extrémités d’un emballage, etc.) ; tion agréé par l’Autorité compétente. On se réfère souvent au code
— associé à des enveloppes en métal de haute résistance (titane, ASME [18] en raison de son acceptation universelle.
acier XM 19) pour constituer le corps d’emballages routiers, dont le
coût élevé est compensé par une capacité pouvant atteindre
4 assemblages REP (refroidis 10 ans) pour un colis de 25 t. 3.3.4 Écrans gamma en acier

Les écrans en acier sont habituellement formés de pièces forgées


et usinées, d’épaisseur comprise entre 200 et 300 mm (virole soudée
à un fond, couvercle à bride fixe ou amovible).

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Par économie et pour améliorer les échanges thermiques, on Pour améliorer l’uniformité du refroidissement et faciliter les
utilise de préférence un acier au carbone protégé contre la corrosion contrôles de la santé interne, on coule généralement une pièce
par une couche de 3 à 5 mm d’acier inoxydable (déposée par creuse à parois cylindriques qui doit alors subir un ébauchage pour
soudure) ou par une tôle plaquée. Cette construction s’apparente à contrôles et un usinage final qui peut être important du fait que les
celle d’enceintes sous pression et, dans chaque pays, on trouve des codes de construction n’autorisent pas la soudure de la fonte. Ainsi,
constructeurs disposant des moyens voulus et qualifiés pour le matériau riche en hydrogène constituant l’écran neutronique est
appliquer le code de construction choisi (par exemple, code d’ordinaire disposé dans des logements forés dans l’épaisseur de
ASME [18]). l’ébauche en fonte et les ailettes de refroidissement produites par
En fait, les pièces forgées doivent non seulement satisfaire une usinage de la paroi externe de cette ébauche (figure 10). Les
norme d’approvisionnement admise par ce code, mais, de plus, revêtements anticorrosion sont alors constitués d’un dépôt de nickel
répondre à des exigences de ténacité à – 40 oC (température d’utilisa- électrolytique (à l’intérieur) et de peinture (à l’extérieur).
tion minimale prévue par la Réglementation [1] [2] et de santé interne Cette interdiction de souder la fonte s’ajoutant à la faible masse
qui limitent le nombre des fournisseurs. D’après la mécanique volumique de celle-ci (7,0 g/cm3) peut entraîner une diminution de
linéaire élastique de la rupture, on doit vérifier : la capacité de 10 à 20 % par rapport à des emballages en acier de
même masse. Cette perte est compensée par un délai de fabrication
d
K 1 > 2,145 n d a 1 / 2 (3) raccourci et des coûts réduits, dès lors que l’outillage et la mise au
point des coulées sont amortis.
avec K d1 ( MPa ⋅ m 1 / 2 ) ténacité de l’acier à – 40 oC pour la vitesse
de mise en charge (de l’ordre
de 5 × 10 –3 Pa · m 1/2 · s –1 ) en cas d’une
chute de 9 m sur un sol indéformable,
a (m) profondeur maximale d’une entaille
pouvant préexister au point d’application de
n d qui se déduit de la taille des défauts
tolérés dans les pièces forgées pour autant
que leur évolution sous l’effet des
contraintes cycliques en cours d’exploita-
tion des emballages reste négligeable,
nd (MPa) contrainte principale de traction au point le
plus sollicité au cours de la chute de 9 m à
– 40 o C sur un sol indéformable (les
amortisseurs de l’emballage étant
dimensionnés pour que nd n’excède pas la
limite élastique).
Pour rendre négligeable le taux de rebut, on adopte généralement
une valeur de a voisine de 6 × 10–3 m, bien que la forme simple des
pièces permettrait une limite plus petite (contrôles automatisés).
Pour cette valeur de a, la formule (3) indique qu’un acier ASME
d
SA-350 grade LF5 (limite élastique 325 MPa) doit avoir un K 1 supé-
rieur à 54 MPa · m1/2.
En fait, on peut obtenir des pièces forgées en acier faiblement allié
(comme par exemple en acier du type précédent) qui, grâce à 1 à 2 %
de Ni et à un double affinage (quantité de soufre inférieure à 10–2 %),
d
présentent un K 1 supérieur à 80 MPa · m1/2, contrôlable selon la
norme ASTM E 399 au moyen d’éprouvettes de taille raisonnable
(type CT 100).

3.3.5 Écrans gamma en fonte GS

Certaines fonderies ont mis au point la production d’emballages


de 100 t en fonte à graphite sphéroïdal GS à matrice ferritique (par
exemple, la nuance FGS 400-18 de la norme NF A 32-201) et montré
que la ténacité et la santé interne obtenues permettent à ces embal-
lages de résister aux chutes réglementaires (9 m sur un sol
indéformable) à – 40 oC. Ce développement a nécessité :
— des procédés de refroidissement après coulée évitant la
fragilisation intergranulaire et assurant la relaxation des contraintes
thermiques pour une épaisseur de l’ordre de 500 mm ;
d
— des méthodes économiques pour le contrôle du K 1 de la
production.
L’intérêt de la fonte est avant tout économique dans l’optique d’une
fabrication en série : matériau peu coûteux, bonne usinabilité,
gamme de fabrication simplifiée. De plus, la fonte renferme du
carbone qui, incidemment, participe au ralentissement des neutrons.
Figure 10 – Emballage Castor V/21 (capots enlevés)

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3.3.6 Écrans neutroniques (si l’enveloppe de confinement renferme ce gaz), soit par la mesure
de l’évolution d’un vide ou d’une pression (créée à cette fin dans
Le matériau de blindage neutronique peut être liquide (eau la capacité).
additionnée d’antigel et d’acide borique pour réduire l’énergie des Les gorges ne doivent pas avoir un volume inférieur à celui du
photons émis lors de la capture des neutrons) ou solide (poly- joint correspondant à la température Tm afin que les portées se
éthènes). fassent toujours métal contre métal.
■ L’intérêt de l’eau vient de sa concentration en hydrogène Les vis de serrage sont dimensionnées comme l’exige le code de
(0,11 g/cm3), du fait qu’elle est incombustible et transmet bien la construction, compte tenu de l’effort d’écrasement des joints et de
chaleur par convection, de son coût négligeable et de sa facilité la précontrainte nécessaire pour équilibrer les charges dynamiques
d’approvisionnement. Mais, du fait qu’un écran liquide ne survivrait en cas de chute. Le couple de serrage correspondant à cette
pas aux conditions réglementaires d’accident (chutes et feu), l’eau précontrainte ne devant être appliqué que lorsqu’on approche de
ne convient que si sa perte entraîne un débit de dose inférieur à l’équilibre thermique, les contrôles d’étanchéité se font sans attendre
10 –2 Sv/h à 1 m du colis. celui-ci, après serrage à un couple réduit mais suffisant pour écraser
le joint.
De plus, l’enceinte de l’eau doit résister sans déformations
significatives à des chutes de 30 cm, comporter un volume On utilise surtout des joints toriques : leur diamètre de tore est
d’expansion d’environ 10 % pour absorber sans perte de blindage choisi assez grand pour qu’ils ne glissent pas mais plutôt roulent
et quelle que soit l’orientation du colis la dilatation de l’eau et, si sur eux-mêmes lors du déplacement relatif de leurs portées, comme
la température de celle-ci peut excéder 100 oC, être conçue comme cela peut arriver en cas de chute (jeu radial de quelques millimètres
un récipient sous pression. du couvercle dans son logement) ou par suite de dilatations
différentielles.
■ Comme matériau de blindage neutronique solide, on utilise autant Les joints sont généralement en élastomère et montés dans une
que possible des polyéthènes en raison de leur concentration en gorge de section trapézoïdale dont la profondeur est de l’ordre de
hydrogène (0,12 g/cm3) et de la possibilité de s’en procurer sous 70 % du diamètre du tore. Leurs portées sont alors polies [rugosité
forme de plaques avec une charge pouvant atteindre 2 % de bore. de l’ordre de 0,8 µm (NF E 05-015)] pour ne pas les marquer et
L’emploi des polyéthènes sous forme massive se heurte au coût de permettre ainsi leur utilisation répétée. Comme élastomère, on
ces plaques, à leur faible conductivité thermique (nécessitant des utilise surtout du Viton pour sa tenue dans les conditions de feu et
ponts thermiques métalliques) et à leur combustibilité qui impose sa faible perméabilité aux gaz, mais la nuance doit être sélectionnée
une protection contre le feu accroissant leur température en service pour que le fluage après un an à la température normale d’utilisation
normal, alors que celle-ci est limitée par la température de ramollis- (150 à 180 oC) n’empêche pas les joints d’appuyer sur leurs portées,
sement du produit (130 à 150 oC). même si la température ambiante tombe à – 40 oC, et pour qu’à cette
Les polyéthènes peuvent également être utilisés sous la forme température, le matériau soit encore élastique. En dépit de leurs
économique de granulés (ou de poudres) dans une matrice à base bonnes caractéristiques mécaniques entre – 40 et 300 o C, les
de ciment ou de résine polymérisable à la température ambiante silicones ne sont guère utilisés du fait de leur perméabilité aux gaz.
(polyesters). L’adjonction de minéraux hydratés et borés (alumine, Les joints peuvent également être métalliques et montés dans une
magnésie, chaux, serpentine, colemanite) peut rendre le mélange gorge de section rectangulaire comme par exemple le joint hélicoflex
autoextinguible et diminuer l’énergie des photons émis lors de la qui comporte une âme creuse, formée d’un fil à haute limite élastique
capture des neutrons sans réduction notable de son efficacité comme (Inconel ) enroulé en spirale à spires jointives, et un revêtement
blindage neutronique. La masse volumique de ces mélanges est formé d’une feuille élastique (acier inoxydable) elle-même
généralement comprise entre 1,5 et 2,0 g/cm3 et leur température recouverte d’une feuille en métal mou (aluminium, argent). Ces
limite d’utilisation à l’air libre voisine de 170 oC. Le choix des composants sont dimensionnés de sorte que les déformations
composants du mélange doit tenir compte de la fiabilité de leurs subies par l’âme restent dans le domaine élastique tout en exerçant
approvisionnements car il est souvent difficile d’imposer aux sur la feuille de métal mou une réaction suffisante pour l’imprimer
fournisseurs des spécifications détaillées (impuretés, granulo- (par déformation plastique) sur de fins sillons concentriques usinés
métrie). Il faut également vérifier l’absence d’interaction entre les sur les portées (rugosité de l’ordre de 3,2 µm). Ces joints remplissent
composants et s’assurer que leur stabilité à chaud est acceptable, leur fonction dans une plage de températures plus étendue que ceux
compte tenu du confinement prévu. En l’absence de confinement en élastomère et sont moins perméables aux gaz, ce qui leur permet
dans une enceinte, les hydrates formés lors de la prise des ciments
relâchent de leur eau de constitution à une vitesse variable selon d’atteindre un taux de fuite de l’ordre de 10–3 Pa · cm3 · s–1 (au lieu
la température, les impuretés, les conditions de la prise et le degré de 1 Pa · cm3 · s–1 pour les joints en élastomère). Par contre, ils
de fragmentation du produit. De leur côté, les résines chauffées doivent être remplacés à chaque utilisation, coûtent plusieurs fois
perdent de l’hydrogène par oxydation à l’air. Une simple enveloppe le prix de ceux en élastomère et sont d’approvisionnement plus
(munie d’une soupape pour le relâchement des produits volatils difficile, du fait du caractère artisanal de leur fabrication et des
comme l’eau libre des minéraux et le styrène en excès dans les poly- précautions nécessaires pour leur transport et leur stockage. En
esters) permet souvent d’accroître la température d’utilisation des outre, ils nécessitent un renforcement des brides et de leurs moyens
écrans à base de résines, de ciment et de minéraux hydratés comme de serrage (effort de compression important) et un usinage plus
l’alumine. De leur côté, la magnésie, la chaux, la serpentine et la précis de celles-ci (planéité, profondeur des gorges).
colemanite présentent l’intérêt d’être pratiquement stables à 250 oC
à l’air libre.
3.5 Emballages secs et humides
3.4 Joints d’étanchéité On dit qu’un emballage est humide ou sec selon qu’il est prévu
ou non pour être transporté avec de l’eau dans sa cavité.
Le taux de fuite de l’enveloppe de confinement des emballages
■ Le chargement en piscine d’un emballage sec est donc plus long.
ne doit pas excéder quelques Pa · cm3 · s–1 pour une température
Il comprend les opérations ci-après :
des joints pouvant aller de – 40 oC à la température maximale (Tm
de l’ordre de 300 oC), atteinte dans les conditions réglementaires de — le drainage de l’eau de la cavité, au lieu d’une simple mise à
feu. niveau ;
— le séchage, nécessitant une installation particulière (pompe à
On facilite les contrôles d’étanchéité en munissant chacun des vide ou soufflante et condenseur, filtres blindés) et pouvant
orifices de deux joints concentriques. On détermine le taux de fuite demander plusieurs heures en raison du diamètre réduit des
de la capacité annulaire ainsi formée soit par un contrôle à l’hélium orifices ;

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— le contrôle de séchage ;
— la mise en atmosphère neutre (N2 , He) pour éviter la formation
d’U3O8 pulvérulent en cas de rupture de crayons combustibles ;
— la mise sous vide partiel de la cavité.
■ L’eau remplissant un emballage humide participe à son blindage
neutronique (figure 11 ) tout en abaissant la température des
assemblages combustibles (refroidissement par convection) et en
permettant de simplifier la structure de rangement (qui n’a pas à
transférer la chaleur émise par le combustible vers la paroi de
l’emballage, comme dans le cas des emballages secs ). Mais le
remplissage de la cavité ne peut être que partiel pour tenir compte
de la dilatation de l’eau et des gaz formés par la décomposition de
celle-ci sous rayonnement (radiolyse) : le combustible qui émerge
est moins bien refroidi et subit des chocs thermiques du fait des
mouvements répétés de la masse de liquide au cours du transport.
Ces mouvements ont également un effet mécanique pouvant
endommager les crayons combustibles et mettre en suspension la
contamination déposée à leur surface (crud ) tout comme cela peut
se produire avec un emballage sec si son remplissage en eau avant
déchargement en piscine est brutal.
L’expérience acquise lors de l’utilisation d’emballages humides
montre qu’au lieu de croître régulièrement avec le temps, la pres-
sion partielle des gaz de radiolyse tend vers un équilibre n’excé-
dant pas quelques bars (1 bar = 10–5 Pa), à moins que l’un d’eux ne
soit déplacé (fixation de l’oxygène par des matériaux de l’embal-
lage comme le carbure de bore et l’acier doux, getter prévu pour
éviter la formation d’un mélange explosif, diffusion de l’hydrogène
à travers les joints). Le plafonnement de la pression que l’on peut
observer s’expliquerait par une recombinaison des gaz formés par
radiolyse (réaction inverse) mais, faute de pouvoir maîtriser avec
certitude cette réaction inverse (impuretés de l’eau de piscine,
corps étrangers au fond de l’emballage), on préfère souvent la
négliger et limiter la quantité de gaz dans l’emballage en fixant
l’oxygène sur un getter tout en permettant à l’hydrogène de diffu-
ser vers l’extérieur.
Même en minimisant de la sorte les effets de la radiolyse, la
pression dans un emballage humide peut excéder 10 bar en service
normal et 25 bar en cas d’incendie pour un chargement dégageant
80 kW, alors qu’un emballage sec de même puissance resterait en
dépression ; de ce fait, les emballages secs présentent moins de
risques pour l’environnement en cas de rupture accidentelle de leur
enceinte de confinement. De plus, les emballages dont la pression
interne peut excéder 7 bar doivent être agréés indépendamment par
chacun des pays concernés par leur utilisation [type B(M)] ce qui
pose de nombreux problèmes (coûts, délais, interprétation de la Figure 11 – Emballage humide (NTL 11)
réglementation, agréments). Pour ces raisons, on s’oriente de plus
en plus vers des emballages secs en dépit de leur défaveur auprès
des exploitants de réacteurs.

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P
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Transports des matières radioactives R
du cycle du combustible REP
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par Paul BLUM
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E 05-015 1984 État de surface des produits. Prescriptions.
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American Society for Testing and Materials ASTM


E 399-83 Annexe A7. Standard test method for plane-strain fracture
toughness. Requirements for rapid load.

Fournisseurs
Doc. B 3 667

Emballages Transporteurs spécialisés


Framatome. Transnucléaire.
Robatel. Composants d’emballages
Transnucléaire. Acier forgé, coulé, laminé.
Bnfl. Creusot-Marrel.
Gns. Joints d’étanchéité.
Nac. Le Joint Français.
Le Carbone-Lorraine.

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P TRANSPORTS DES MATIÈRES RADIOACTIVES DU CYCLE DU COMBUSTIBLE REP ____________________________________________________________________
O
U Organismes procurant de la documentation
R Centre d’information du plomb. Oak-ridge national laboratory ORNL Radiation Information Center.
Centre d’information des fontes moulées. Agence de l’organisation de coopération et de développement économique
Agence internationale de l’énergie atomique/international atomic energy pour l’énergie nucléaire data bank OCDE/AEN data bank :
agency AIEA/IAEA : données nucléaires et codes de calcul utilisant ces données.

E règlements, recommandations, commentaires, guides, comptes rendus de


symposiums sur des thèmes techniques et administratifs ;
Centre d’études nucléaires de Saclay Département étude mécanique et
thermique DEMT CEN Saclay :
publications disponibles en France à l’Office International de Documenta-
N tion et Librairie.
National technical information service :
codes de calcul.
Lawrence Livermore National Laboratory (LLNL) :
codes de calcul.
règlements et guides techniques préparés par US regulatory commission,
comptes rendus des symposiums (PATRAM) sur le transport des matières
radioactives qui ont lieu tous les 3 ans depuis 1965.

S
A
V
O
I
R

P
L
U
S

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