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Développement durable et consommation, vers une consommation

durable

Loubna BARMAKI, FPK, Université Hassan Premier


Driss AITCHEIKH, CERSS, Université Mohammed V

Résumé :
On postule qu’un consommateur est rationnel lorsqu’il est capable de faire le meilleur choix
possible en prenant en compte toutes ses contraintes.
Nous allons emprunter la même idée et considérer qu’un acte de consommation est durable
lorsque le consommateur (1) rationnel réalise le meilleur choix d’achat, d’utilisation et de rejet
de biens et de services pour, entre autres, préserver l’environnement.
De ce fait, Le concept de consommation, initialement économique, a évolué vers un concept
associant l’économique (les écoles économiques mettent l’accent, avec des degrés différents,
sur l’importance et la place de la consommation dans la croissance) et le développement
durable pour donner lieu au concept de «consommation durable ».
A l’instar du développement durable, la consommation durable veille à satisfaire les besoins
des générations actuelles sans compromettre ceux des générations futures.

Mots clés :
Développement durable, consommation durable, évolution, acteurs, expérience marocaine.

(1) Le consommateur au sens large (Etat, entreprises, citoyens…)

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Développement durable et consommation, vers une consommation
durable
Loubna BARMAKI, FPK, Université Hassan Premier
Driss AITCHEIKH, CERSS, Université Mohammed V

Introduction :
Dans un contexte de mondialisation, caractérisé par la concurrence accrue et le libéralisme
(parfois classé de sauvage) et par la rareté (2) et la surexploitation des ressources naturelles, le
devenir de la planète et des générations futures parait peu certain. Le rôle des différents
acteurs, Etats, ONG, institutions internationales, entreprises et individus est déterminant. Tous
ces acteurs sont, d’une façon ou une autre, à un moment ou un autre, considérés comme des
consommateurs qui, selon leurs choix et leurs décisions, influent par leurs activités et
comportements l’état de la nature, servent ou desservent l’environnement.
Si le développement durable cherche à concilier et à faire l’équilibre entre les trois volets,
économique (croissance et développement économique), social (justice et équité) et
environnemental (préserver et sauvegarder la nature), la question se pose sur la place et le rôle
de la consommation dans la préservation de l’environnement.
Partons du sens large de consommation (impliquant les différents acteurs), nous cherchons à
travers cette étude à montrer le lien entre la consommation durable et le développement
durable, à exposer les différentes évolutions, théoriques et empiriques qu’a connues la
perception du concept « consommation durable » et à présenter en dernier lieu l’expérience
marocaine.
I. développement durable et consommation: Quel lien ?
Parmi les études théoriques les plus récentes et les plus fondées que nous avons pu consulter
et qui examinent la relation consommation- développement durable, nous citons celle de
MARDELLAT. P (2010), intitulée « Qualité de vie et consommation soutenable : une
perspective pratique » (3).

(2) En premier lieu, on cite la rareté de la terre, qui a fait l'objet de préoccupations théoriques depuis les physiocrates (Richard CANTILLON
1756 et autres : Jean VINCENT et François QUESNAY 1762) pour lesquels la seule activité productive est l'agriculture (la terre multiplie les
biens: une graine semée produit plusieurs graines. Au final, la terre laisse un produit net ou surplus) alors qu’ils considèrent l'industrie et le
commerce comme des activités stériles car elles se contentent de transformer les matières premières produites par l'agriculture…) aux récents
essais de Jean-Sauveur AY (2011) sur l’HÉTÉROGÉNÉITÉ DE LA TERRE ET RARETÉ ÉCONOMIQUE qui part de la croissance à venir
de la demande - pour l'alimentation mais également les agro-carburants, l'urbanisation, les services éco-systémiques ou la protection de la
nature - défie la capacité de la ressource disponible à remplir les fonctions qui lui sont attribuées.
(3) MARDELLAT P. (2010), Qualité de vie et consommation soutenable : une perspective pratique, Revue Développement durable et
territoires, Vol. 1, n° 3, lectures hétérodoxes du développement durable.

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Pour comprendre le rôle de la consommation, MARDELLAT part de l’idée que si on veut
rationaliser davantage les modes de consommation, il convient de placer la consommation
sous la perspective éthique de la qualité de vie ou du bonheur. Il s’agit donc pour lui de
croiser deux thèmes, celui de la consommation et du bonheur et celui de la consommation et
de durabilité dans le temps.
Le premier thème revient à replacer la consommation dans l’horizon des choix de vie du
consommateur, dont l’objectif ne peut être que le bonheur ou ce qu’aujourd’hui nous
désignons par qualité de vie. Le second thème est propre à la problématique intra et
intergénérationnelle du développement durable : comment un consommateur, par sa
consommation, au-delà des intérêts de ses contemporains, peut manifester un souci ou une
préoccupation pour les générations futures ?
Le croisement de ces deux thèmes replace l’économie dans une relation privilégiée à l’éthique
(la question du bonheur) et à la politique (la question du sens commun). C’est ce qui définit
une perspective aristotélicienne sur le sujet, c’est-à-dire une perspective ouverte par la
philosophie pratique d’Aristote. En confrontant l’approche économique de la consommation
durable (4) et l’approche socioéconomique et institutionnaliste (5) , à l’approche pratique
d’inspiration aristotélicienne, dont la philosophie de la consommation (BERTHOUD) (6)

constitue la manifestation la plus récente, on constate que le consommateur ne trouve pas dans
les mesures communes extérieures et générales, institutionnelles ou conventionnelles, « les
réponses à son désir de bonne vie, mais c’est dans la relation à soi et à son désir qu’il doit se
découvrir et se révéler à soi à travers ses propres vertus » (MARDELLAT).
Contrairement à la consommation « libre de toute contrainte », la consommation durable est
une consommation qui doit tenir compte de certaines limites, d’où la question : comment
poser une limite ?
Pour les économistes, c’est l’équilibre intergénérationnel qui définit cette limite, pour les
institutionnalistes, ce sont les institutions qui doivent poser des limites à la consommation.
Pour la philosophie pratique, la limite est interne au choix du consommateur et la question de
la limite est enveloppée par la notion de bien et correspond à une vertu.

(4) ARROW K., DASGUPTA P., GOULDER L., DAILY G., EHRLICH P., HEAL G., Levin S., MALER K-G., SCHNEIDER S.,
STARRETT D., WALKER B. (2004), Are We Consuming Too Much ?, The Journal of Economic Perspectives, Vol. 18, N°3 , pp147-172.
(5) ZACCAÏ E. (2007), Sustainable Consumption, Ecology and Fair Trade, London, Routledge.
(6) BERTHOUD A. (2005), Une philosophie de la consommation. Agent économique et sujet moral, Villeneuve d’Ascq : Editions
universitaires du Septentrion.

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Par conséquent, chacune de ces approches confère un sens différent au caractère soutenable
ou durable de la consommation (voir les différentes définitions de la consommation durable à
la deuxième partie).
Concernant le développement durable, il est à rappeler qu’avant d’aboutir à ce concept, on
évoquait les limites de la croissance (1971), puis le développement écologique (1972).
Le terme développement durable ne fut utilisé pour la première fois qu’en 1981 par l'Union
Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) qui s'inquiétait de la disparition
progressive des milieux naturels.
La formalisation du concept fut réalisée en 1987 dans le rapport Brundtland « C'est un
développement économique qui permet de satisfaire les besoins de la présente génération
sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. Deux concepts
sont inhérents à cette notion : le concept de "besoins" et plus particulièrement des besoins
essentiels des plus démunis à qui il convient d'accorder la plus grande priorité, et l'idée des
limitations que l'état de nos techniques et de notre organisation sociale imposent sur la
capacité de l'environnement à répondre aux besoins actuels et à venir».
Il est à noter que les trois piliers du développement durable sont l'économique, le social et
l'environnemental. Ils sont souvent représentés par trois cercles qui s'entrecroisent (7).
L’adoption officielle du concept du développement durable a eu lieu au Sommet de la Terre à
Rio en juin 1992. Ce sommait a définit les fondements d’un programme d’actions en faveur
du développement durable (27 principes) à mettre en place par les organisations
internationales, les Etats, les villes et les collectivités locales (8).
Dix ans après Rio, le Sommet Mondial du Développement Durable en 2002 qui a réuni les
chefs de pays, responsables d'entreprises, d'ONG et de collectivités locales, a mis en place les
mesures à prendre dans les domaines de l'eau, de la biodiversité, de l'énergie, du commerce et
de la gouvernance.
La conditionnalité entre développement durable et consommation est devenue inévitable
depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992. Il est alors admis que pour atteindre l’objectif
du développement durable, il faudra changer les modes de production et de consommation, ce
qui signifie implicitement que les modes de production et de consommation des pays
développées ne sont ni durables dans le temps (générations futures) ni généralisables dans
l’espace (à tous les pays) (9).

(7) ERMULT J., ASHTA A. (2007), Développement durable, responsabilité sociétale de l'entreprise, théorie des parties prenantes : Évolution
et perspectives, Cahiers du CEREN n°21.
(8) Agenda 21 du Sommet de la Terre à Rio (1992).
(9) http://www.un.org/esa/sustdev/documents/agenda21/french/action4.htm

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Le chapitre 4 de l’Agenda 21 – bien que court en raison des oppositions à une remise en cause
des modes de consommation des pays développés – est entièrement consacré à cette
problématique.
Il propose un « examen des modes de production et de consommation insoutenables à long
terme » et se fixant comme objectifs de promouvoir des « schémas de consommation et de
production de nature à réduire l'agression environnementale et de répondre aux besoins
essentiels de l'humanité », ainsi qu’une meilleure compréhension du « rôle de la
consommation et des moyens de rationaliser davantage les modes de consommation».
Pour sa part, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement encourage la prise de
conscience de la nécessité de modifier les modes de consommation actuels. Il a appelé en
1999 à une participation croissante des consommateurs au traitement des questions
d’environnement. Il insiste notamment sur le rôle qu’ils peuvent jouer en optant pour des
valeurs ne privilégiant plus la consommation matérielle, mais une consommation durable
(sustainable consumption).

En 2002, le Sommet Mondial du Développement Durable plaide en faveur des modes de


production et de consommation durable : « Adopter et mettre en oeuvre des politiques et des
mesures visant à promouvoir des modes de production et de consommation durables en
appliquant, entre autres principes, celui du pollueur-payeur défini dans le principe 16 de la
Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement »;
« Élaborer des programmes de sensibilisation à l’importance des modes de production et de
consommation durables, en particulier à l’intention des jeunes et des secteurs concernés
dans tous les pays, particulièrement dans les pays développés, y compris au moyen de
l’éducation, de l’information du public et des consommateurs, de la publicité et d’autres
moyens de communication, en tenant compte des valeurs culturelles locales, nationales et
régionales » 10.
Nous pouvons déduire que pour aboutir au développement durable, il faut, entre autres,
changer les modes de consommation non rationnels, excessifs, forts consommateurs de
ressources et parfois destructeurs surtout dans les pays développés (11).

(10) Rapport du Sommet mondial pour le développement durable, Johannesburg (Afrique du Sud), 26 août-4 septembre 2002, p 14-15.
(11) Entre 1950 et 2005 la production de métaux a été multipliée par 6, la consommation de pétrole par 8 et la consommation de gaz par 14.
Au total 60milliards de tonnes de ressources sont actuellement extraites chaque année, soit 50% de plus environ qu'il y a tout juste 30 ans.
-60 % est la proportion des services des écosystèmes de la planète qui a été dégradée au cours des 50 dernières années.

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5 est Le nombre de planètes dont nous aurions besoin si tous les habitants de la Terre adoptaient les tendances et les styles de vie du citoyen
moyen d'Amérique du Nord.
Ces statistiques sont citéres dans un rapport établi par le groupe de travail sur les modes de vie durables
http://www.unep.fr/scp/marrakech/taskforces/downloads/home/french/UNEP%20SLT%20Report_FR.pdf
II. Vers une consommation durable !
« La consommation durable entend répondre aux besoins en biens et en services des générations
actuelles et futures en adoptant des pratiques durables sur le plan économique, social et
environnemental » (12). Elle peut être définie comme l’ensemble des « activités reliées à la
recherche, l’utilisation et mise au rebut de tout bien ou service qui répond à des besoins
basiques et apporte une meilleure qualité de vie, tout en minimisant l’utilisation de ressources
naturelles et de matériels toxiques, l’émission de déchets et de polluants durant tout le cycle
de vie, afin de ne pas compromettre les besoins de toute nature des générations présentes et
futures» (13).
Le consommateur responsable préoccupait par le développement durable peut donc
« maintenir, voire améliorer, son niveau de vie tout en consommant moins ou différemment et
en changeant son attitude à l’égard de l’acte de consommer » (14).
Dans une étude sur le rôle du consommateur à forte conscience sociale (socially conscious
consumer), Webster considérait déjà en 1975 que le consommateur ne se limite pas à sa seule
satisfaction personnelle mais « utilise son pouvoir d’achat pour tenter d’induire un
changement social » (15).
En s’appropriant le même raisonnement, on peut dire que la consommation est qualifiée de
durable lorsqu’ un consommateur à forte conscience environnementale ne se limite pas à sa
seule satisfaction personnelle mais utilise son pouvoir d’achat pour tenter d’induire un
changement servant la préservation de la nature.
La consommation durable signifie donc de consommer des ressources à un taux permettant
leur renouvellement, de polluer uniquement à un taux que l’environnement peut assimiler et
de s’assurer que les niveaux de vie dont les individus profitent aujourd’hui ne sont pas définis
aux dépens des générations qui suivront (16).

La consommation durable implique différents acteurs :


Les gouvernements sont amenés à adopter une politique nationale de consommation durable,
spécifique et volontariste, en partenariat avec les entreprises, les ONG, et les autres acteurs.

(12) Directives des Nations Unies sur la protection des consommateurs (2012), http://www.uneptie.org/pc/sustain/guidelines/un-
guidelines.htm
(13) Le Gall. M, De la préoccupation pour l’environnement à la consommation durable, Colloque " 2e Congrès sur les Tendances du
Marketing en Europe " ESCP-EAP - Université de Venise, Paris, 25-26 janvier 2002, p .
(14) Le Gall. M, Op. Cit.WEBSTER F-E. (1975), Determining the Characteristics of the Socially Conscious Consumer, Journal of
Consumer Research, 2, december, pp188-196.

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(15) PEATTIE K. (1995), Environmental Marketing Management. Meeting the Green Challenge, Pitman Publishing, London.
(16) PEATTIE K. (1995), Environmental Marketing Management. Meeting the Green Challenge, Pitman Publishing, London.

Celle – ci inclura l’adoption de lois, règlements, politiques sectorielles, programmes d’actions


en faveur de la protection de l’environnement et de la consommation durable, programmes
d’informations et de sensibilisation à la consommation durable, la suppression des
subventions en faveur des schémas de consommation et de production non durables,
l’encouragement de la production et de l’utilisation des produits et services, notamment
innovants et qui font un usage « éco-efficace » des ressources naturelles et dont les impacts
tout au long du cycle de vie ont été pleinement étudiés. La promotion des programmes de
recyclage et des normes écologiques, la bonne gestion des substances, produits et déchets
nocifs pour l’environnement, etc.17
Les entreprises, qui utilisent des ressources naturelles (matières premières, eau, énergie,…),
des ressources humaines, des moyens de production, de distributions…, qui produisent des
déchets nuisibles à l'environnement sont appelées à changer leurs modes de production et de
consommation de manière à ce qu’ils soient compatibles avec le développement durable.
L’entreprise qui associe le développement durable à sa stratégie et son fonctionnement
(responsabilité sociale) contribue certainement à un développement économique durable, la
préservation de l’environnement et la prise en compte des attentes de ses parties prenantes.
Certaines entreprises se font mêmes certifiés par des normes tels que l’ISO 1400118, OHSAS
1800119, … et/ou à des écolabels (ISO 1402420 et autres).
Les consommateurs (proprement dit (citoyens et associations de consommateurs)) sont
sollicités pour adopter un comportement de consommation responsable, c'est-à-dire une
consommation réfléchie qui tient en considération les conséquences environnementales et
sociales de l’acte d'achat et exigeante vis-à-vis des entreprises, des pouvoirs publics, des
collectivités, de telle sorte qu’a moyen et long terme le changement du mode de
consommation puisse changer celui de la production.
Les organismes publics nationaux sont aussi des consommateurs, elles sont amenées à
effectuer des achats publics durables.
Un achat public durable est un « processus qui conduit les organisations à satisfaire leurs
besoins en biens, services, travaux et prestations diverses en prenant en compte l’approche du
cycle de vie ainsi que les bénéfices que peut en tirer non seulement l’organisation, mais

17
Directives des Nations Unies sur la protection des consommateurs (année)
18
Management environnemental.
19
Norme internationale afférente aux systèmes de gestion de la santé et de la sécurité au travail.
20
Marquage et déclarations environnementaux -- Étiquetage environnemental

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également la société et l’économie dans leur ensemble, tout en minimisant les dommages
causés à l’environnement» 21.
Tous les acteurs de la consommation durable doivent ainsi, mieux acheter, mieux utiliser et
mieux jeter.
Actuellement, même si une centaine de pays s’engagent concrètement sur la vois du
développement durable22, rares sont ceux qui ont mis en place (ou en cours de préparation)
des politiques publiques en faveur de la consommation durable, nous pouvons citer le cas du
Canada qui a adopté une politique nationale de consommation durable « Le Canada fait des
progrès constants en matière d’intégration des modes de consommation et de production
durables à l’économie et à la société. Le gouvernement s’est donné comme objectif
d’équilibrer les facteurs économiques, environnementaux et sociaux dans ses travaux de
CPD. Beaucoup d’efforts sont centrés sur l’éducation et la sensibilisation des
consommateurs, y compris sur des programmes d’étiquetage, sur des outils de production
durable comme la production allégée, la conception axée sur l’environnement, la
responsabilité accrue du producteur et les cartes routières technologiques, sur des techniques
de production agricole durable, sur les bâtiments écologiques et sur le développement
durable de collectivités. Le gouvernement fait également la promotion du tourisme durable,
des pratiques de distribution et de commerce de détail durables, comme l’établissement de
chaînes d’approvisionnement écologiques, et de l’éducation en matière de durabilité » 23.
En France, le centre d’analyse stratégique a proposé dans un rapport 25 mesures pour parvenir
à une consommation durable24.
III. Développement et consommation durables au Maroc ?
A l’instar d’autres pays, le Maroc est affecté par le changement climatique, l’amoindrissement
des ressources, la pollution, la désertification, la déforestation massive, etc.
Conscient de toutes ces menaces, le Maroc s’est engagé en faveur du développement durable,
de ce fait, il a adhéré à plusieurs conventions internationales, a opté pour une démarche
participative avec tous les acteurs concernés, a adopté une charte pour l’environnement et le
développement durable, une loi sur la protection et à la mise en valeur de l’environnement25,
une stratégie nationale de protection de l’environnement, une stratégie nationale de
développement durable, a mis en place des fonds dédiés aux développement durable (Fonds

21
« Procuring the Future », Rapport du groupe de travail britannique sur les achats durables, Juin 2006.
22
Pour plus de détail sur les intégrations du développement durable au niveau local (expériences des pays), consulter le site
http://www.iclei.org/
23
http://www.ic.gc.ca/eic/site/csr-rse.nsf/fra/rs00566.html#sect1
24
Centre d’analyse stratégique (2011), Pour une consommation durable, Rapport de la mission présidée par Élisabeth Laville, janvier,
www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/2011-01-28_-_Consodurable_27janvier.pdf
25
Loi n°11-03 promulguée par le dahir n°1-03-59 du 12 mai 2003.

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de Dépollution Industrielle, Fonds National pour la protection et la mise en valeur de
l’environnement) et un mécanisme pour le développement propre.
L’intégration du développement durable, se concrétise dans des programmes d’actions au
niveau national, régional, local et aussi au niveau sectoriel (stratégie nationale de l’eau,
stratégie nationale de l’énergie, initiative nationale pour le développement humain (INDH),
plan Maroc vert, Plan Halieutis, Plan Rawaj, et pacte national sur l’émergence industrielle,
etc.
A travers tous ces mécanismes et mesures, appliqués pour la plupart depuis un certain nombre
d’années, le Maroc vise à lutter contre la pollution de l’air, de l’eau, la lutte contre la
pauvreté, l’amélioration du bien être social, l’amélioration de la gestion des déchets, la
protection de la biodiversité …
Même si le concept de consommation durable est encore peu utilisé par les acteurs marocains,
chaque acteur marocain concerné par le développement durable adopte implicitement
certaines mesures liées à la consommation durable.
Le gouvernement :
Il n’a pas encore adopté une politique nationale de consommation durable. Néanmoins, son
engagement pour le développement durable a induit la mise en vigueur de programmes qui
touchent à la consommation durable (rationalisation et meilleure utilisation des ressources,
lutte contre la pollution, réduction et meilleure gestion des déchets…)
Les entreprises :
Des entreprises marocaines, socialement responsables, mènent des actions en faveur de
l’environnement et qui affectent en quelques sortes leur mode de consommation des
ressources (recours aux énergies solaire et éolienne, économie d’eau, valorisation des sous
produits et résidus comme substituts au MP et combustibles fossiles, Recyclage et traitement
des eaux, sous – produits, déchets, etc.).
Consommateurs (citoyens et associations de consommateurs) :
La loi sur la protection des consommateurs26 vient d’être adoptée en 2011. Cependant celle -
ci réglemente principalement la relation entre le consommateur et le fournisseur de produits et
n’évoque pas la responsabilité des consommateurs vis-à-vis de la préservation de
l’environnement.
Actuellement, il existe plus de 40 associations marocaines de protection du consommateur,
certaines d’entre elles les encouragent à adopter un comportement responsable.

26
La loi 31.08 édictant des mesures de protection du consommateur, publiée au Bulletin Officiel n° 5932 du 07 avril 2011.

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Quant au moyens de communication et de sensibilisation mis à la disposition des
consommateur, on cite le rôle des pouvoirs publics, ONG, mass médias et de certaines
organisations publiques et privées (ONEP, Lydec, ONE, Ecoles…) qui incitent les citoyens à
adopter des éco gestes (économie d’eau, d’énergie…) et l’informent su les enjeux du
développement durable.
Nonobstant, tous ces efforts sont éparpillés et insuffisants pour promouvoir une réelle culture
de consommation durable, il convient alors de les fédérer et de les consolider dans le cadre
d’une politique nationale spécifique de consommation durable.

Conclusion :
Dans plusieurs pays, les politiques nationales en faveur du développement durable se sont
traduites par des mesures et programmes d’actions concrets. Cependant, même si la
consommation durable est liée au développement durable, et qu’elle implique plusieurs
acteurs et que des organisations internationales ouvrent en faveur d’un changement des modes
de consommation et de production, il reste à adopter une politique de consommation durable.
La Conférence des Nations Unies pour le développement durable RIO+20 qui sera organisée
en Juin 2012 sera probablement l’occasion idéale pour la définition des fondements et
programme d’actions en faveur de la consommation durable et pour la consécration et la
communication autour du concept.

Bibliographie :
- ALEBON K. Comment les gouvernements locaux intègrent le développement durable,
Vertigo, la revue électronique en sciences de l’environnement, Volume 3, Numéro 3.
http://vertigo.revues.org/4186#tocto1n1. 2002.
- ARROW K., DASGUPTA P., GOULDER L., DAILY G., EHRLICH P., HEAL G., Levin
S., MALER K-G., SCHNEIDER S., STARRETT D., WALKER B. ,Are We Consuming
Too Much ?, The Journal of Economic Perspectives, Vol. 18, N°3 , pp147-172. 2004.
- BERTHOUD A. Une philosophie de la consommation. Agent économique et sujet moral,
Villeneuve d’Ascq : Editions universitaires du Septentrion. 2005.
- BOUSSETTA M. Protection de l’environnement et stratégie de développement propre :
leçons et perspectives de l’expérience marocaine, Colloque développement durable :
leçons et perspectives, du 1 au 4 juin, Ouagadougou, http://www.francophonie-
durable.org/documents/colloque-ouaga-a3-boussetta.pdf. 2004

92
- Centre d’analyse stratégique, Pour une consommation durable, Rapport de la mission
présidée par Élisabeth Laville, janvier, www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/2011-01-28_-
_Consodurable_27janvier.pdf (consulté le 10/02/2012). 2011.
- CORBEL P. Fiche de synthèse : Les théories de la consommation,
http://www.ecogexport.com. 2003.
- Directives des Nations Unies sur la protection des consommateurs,
http://www.uneptie.org/pc/sustain/guidelines/un-guidelines.htm (consulté le 06/04/2012).
- ERMULT J., ASHTA A. Développement durable, responsabilité sociétale de l'entreprise,
théorie des parties prenantes : Évolution et perspectives, Cahiers du CEREN n°21. 2007.
- Etat de l’environnement du Maroc, Département de l’environnement, Maroc. 2010.
- LE GALL M. De la préoccupation pour l’environnement à la consommation durable »,
Colloque « 2e Congrès sur les Tendances du Marketing en Europe », 25 et 26 janvier,
ESCP-EAP - Université de Venise, Paris. 2002.
- Loi 31.08 édictant des mesures de protection du consommateur
- Loi n°11-03 sur la protection et à la mise en valeur de l’environnement
- MARDELLAT P. Qualité de vie et consommation soutenable : une perspective pratique,
Revue Développement durable et territoires, Vol. 1, n° 3, lectures hétérodoxes du
développement durable. 2010.
- PEATTIE K. Environmental Marketing Management. Meeting the Green Challenge,
Pitman Publishing, London. 1995.
- PNUE. Intégration de la consommation et de la production durables et de l’utilisation
efficiente des ressources à la planification du développement, www.unep.fr (consulté le
10/03/2012). 2009.
- Rapport d’activités (2009 – 2010), Département de l’environnement, Maroc.
- Rapport du groupe de travail britannique sur les achats durables, Procuring the Future,
Juin. 2006.
- Rapport du Sommet mondial pour le développement durable, Johannesburg (Afrique du
Sud), 26 août-4 septembre 2002.
- WEBSTER F-E. Determining the Characteristics of the Socially Conscious Consumer,
Journal of Consumer Research, 2, December, pp188-196. 1975.
- ZACCAÏ E. Sustainable Consumption, Ecology and Fair Trade, London, Routledge.
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