Vous êtes sur la page 1sur 29

Le système de microfinance

au Maroc : les pauvres


financent les riches
Formation CADTM
Amsterdam 14-16 novembre 2016
OMAR AZIKI
Secrétaire général d’ATTAC CADTM Maroc
Contexte de l’extension du marché
de la microfinance
• Les politiques néolibérales mises en œuvre à la fin des années 70 et début des
années 80 ont accru le rôle du secteur financier dans l’économie
- L’explosion de la crise de la dette au cours des années 80, dans les pays du Sud.
- L’intervention du FMI pour sauver les créanciers en imposant les PAS
- Les pauvres, victimes des politiques d’austérités, sont désormais la cible des
marchés financiers par le biais du secteur de la microfinance.
- Depuis les années 80 le secteur de la microfinance a été visé par les banques
Contexte de l’extension du marché
de la microfinance
- En 1996 la BM a créé le CGAP (Groupe Consultatif à l’Assistance des Pauvres) qui
englobe la BM et les banques continentale, l’UE, FAO, OTI et les organisations publiques
de développement des pays industriels.
- Grande propagande sur l’utilité de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté
- À partir de 2002 La banque BNP Paribas intervient dans le secteur de la microfinance en
accordant des prêts aux IMF en Guinée, en Égypte et au Maroc.
- La banque Dexia a créé en 1998 un fonds financier pour investir dans le marché de la
microfinance
- La Société Générale a accordé des prêts au milieu des années 1990 aux IMF marocaines
via sa filiale au Maroc.
Contexte de l’extension du marché
de la microfinance
- Dès 2001 les banques commerciales privées en Amérique latine ont
dominé un tiers du total du marché de la microfinance.
- Le Mexique, l’Inde, et la Bolivie, constituent des exemples fameux dans la
financiarisation de la microfinance
- Les investisseurs financiers dans le marché de la microfinance réalisent des
profits par le biais d’un taux d’intérêt élevé
- Les clients appauvris ont accumulé des souffrances et des dettes.
Un outil au service de la bancarisation des pauvres

• Le microcrédit a pour objectif d’atteindre les populations


qui sont hors circuits financiers
• 2,7 milliards d'adultes au monde n'ont pas accès aux
services financiers de base (2012), en majorité des
pauvres
• Et surtout des femmes : 67 %
Chiffres sur la microfinance (2014)
Milliards de
Année 2014 % femmes
dollar
Amérique Latine et Caraïbes 40,6 65%
Asie de l'Est et pacifique 12,9 75%
Asie du Sud 12,8 82%
Europe de l'Est et Asie
11,3 44%
Centrale
Afrique 8,2 75%
Moyen-Orient et Afrique du
1,2 60%
Nord
TOTAL 87,0 67%
http://www.convergences.org/wp-content/uploads/2016/07/Barom%C3%A8tre-2016-de-la-microfinance.pdf
Les microcrédits ou la microfinance
au Maroc
• Population : 33,8 millions (2014)
• Population ayant un compte dans une institution
financière formelle : 59 %
• Population ayant un prêt dans une institution financière
formelle : 7 %
• Population épargnant dans une institution financière
formelle : 27 %
Aperçu historique de la
microfinance
• Apparition au milieu des années 90, juste après la phase du PAS.
• Création de la première IMF en 1993
• Financée par des dons des bailleurs de fonds nationaux (Fonds Hasan II
pour le développement) et internationaux (USAID).
• Soutien financier de l’État.
• L’activité de microfinance au Maroc est régie par une loi (2004)
• Les associations de microcrédit (AMC) se déclinent sous la forme
d’associations sans but lucratif
Réglementation de la microfinance
au Maroc
La loi prévoit que l’on considère comme microcrédit tout
« crédit dont l’objet est de permettre à des personnes
économiquement faibles : 
• de créer ou de développer leur propre activité de
production ou de service en vue d’assurer leur insertion
économique ;
• d’acquérir, de construire, ou d’améliorer leur logement ;
• de se doter d’installations électriques ou d’assurer
l’alimentation de leurs foyers en eau potable. »
La microfinance au Maroc
• Le montant maximum du microcrédit : 5 000 euros
• Le taux d’intérêt est libéralisé
• 13 associations de Microcrédit (AMC)
• Secteur hautement concentré: trois premières grandes IMF en termes
d’encours de crédit concentrent 84 % de la part totale du marché
• Essor de 2003 à 2007 : le portefeuille des prêts des AMC a été multiplié par
onze, et la clientèle par quatre
• Crise à partir de 2008
• Février 2011 : naissance du mouvement des victimes de microcrédits
La microfinance au Maroc
• Intervention de l’État : ajustement du cadre réglementaire
des activités des IMF
• En 2012, possibilité de transformation des AMC en banques
ou d’en être actionnaire
• En 2015, la « loi bancaire » relative aux établissements de
crédit et organismes assimilés
• Élargir le champ d’activités des IFM : investir dans d’autres
produits financiers (micro-assurance, transfert d’argent…)
La microfinance au Maroc (2015)
•  Plus d ‘ 1 million de clients actifs
• Encours total de près de 500 millions d’euros (http://www.microfinance.ma/faq )

• 64 % sont des femmes (2010)


• Le taux de couverture de la population est estimé à :
• 60 % dans les zones urbaines
• 40 % dans les zones rurales 
•  Les points de vente :
• 53 % sont localisés en milieu urbain
• 47 % en milieu rural
• Les AMC ne servent que 10 % à 20 % du marché cible (
https://www.microfinancegateway.org/fr/pays/maroc )

• Le potentiel client est de 3,2 millions (objectifs de 2022)


Enquête
d’Attac Cadtm Maroc
2015-2016

Quelques éléments
État civil
Etat civil

5%
4% 13%
La pression des IMF
impactent les relations
sociales des familles
Célibataire
Marié-e
endettées.
Divorcé-e
Veuf-ve

79%
Nombre d’enfants par ménage
Nombre d'enfants par ménage

11%
14%
Familles pauvres
très nombreuses
dont les besoins
0 financiers sont
plus importants
1à3
4à6
7 et plus

39%

36%
Profession
Profession

2%

22% Majorité
22%
chômeurs ou des
Employé
femmes au
Chômeurs / Femmes au foyer
Travail à son compte / petit
foyer, sans
commerce
Travail informel / journalier
revenus.
Autres
Précarité des
emplois

19%

34%
Utilisation du prêt
Objectif du prêt

plus de 40 % des
27%
interrogés ont utilisé leurs
prêts à la consommation,
les femmes en
43% Agriculture représentent 61 %.
Commerce
Consommation

30%
Nature du prêt
Nature du prêt

15%
La pression des IMF et
les proches dans le cas
des prêts solidaires
s’accentuent et
43%
Individuel
Solidaire impactent les relations
Individuel et solidaire
sociales des familles
endettées

42%
Montant du prêt
Montant du prêt Le montant octroyé
ne permet pas la
réalisation d’un
micro-projet : 40 %
17%
des crédits ne
2000-6000
5%
6001-10000
10001-14000

44%
14001-18000 dépassent pas 600
5% 18001-22000

1%
plus de 22000 euros et 70 % ne
dépassent pas
29%
1000 euros
Taux d’intérêt
Taux d'intérêts

1%

13%
- Le taux moyen d’intérêt
imposé par les IMF
De 1 à 10% oscille entre 30 et 35%,
De 10 à 20%
- les crédits de
De 20 à 30%
12% consommation entre 6
De 30 à 40%

De 40 à 50%
et 7%.
Supérieur à 50% - le taux usurier au
Maroc oscille autour de
12% 14 %.
46%
Remboursement
Echelonnement du remboursement
les remboursements
6%
mensuels sapent
toute possibilité de
réussite des projets.
Bi- mensuel
Mensuel

94%
Réussite du projet
Objectif réalisé? Projet abouti?
Le taux d’intérêt
25% abusif et les
remboursements
mensuels sapent
Oui
toute possibilité de
Non réussite des projets.

76%
Objectif du prêt non réalisé
Pourquoi l'objectif n'a-t-il pas pu être réalisé?
Incapacité de
10%
créer des activités
génératrices de
revenus pour le
remboursement
Responsabilité de l'agence
du crédit, donc
accentuation de la
52%
Autre utilisation situation de
38%
pauvreté
Aléas climatiques
L’incapacité des contractants à honorer leurs échéances
Remboursement du prêt

Même s’ils
29%
investissent leur
crédit dans les
activités comme
Oui
En cours
l’agriculture ou le
47%
Suspendu
commerce, ils ne
pourront pas générer
des revenus
immédiats pour payer
leurs échéances
24%
mensuelles
Illégitimité des contrats
• Invalidité des contrats pour cause de dol : le client
approuve un contrat–type dont les conditions et les
obligations écrites ne sont pas claires et identifiables
• Dissimulation d’une condition essentielle dans contrat
de prêt : le taux d’intérêt réel
• Il est tout à fait légitime de réclamer l’annulation de ces
contrats (s’appuyer sur les articles code des obligations
et de contrats).
Illégitimité des contrats
• Contrats sous contraintes : dans le cas de difficultés de
remboursement des crédits déjà contractés, les IMF
exercent des pressions sur leurs clients pour payer leurs
engagements, ce qui les poussent à contracter d’autres
prêts
• Différentes méthodes de pressions et harcèlements : les
menaces, saisie d’équipements et meubles de la maison
en les considérant de facto comme des garanties
hypothécaires.
Illégitimité des contrats
Niveau de scolarité

10%
Les IMF profitent de la
10%
situation de besoin, de
manque de
sans / analphabètes connaissances des
Collège
Lycée clients
Université
(l’analphabétisme) pour
57% leur faire signer des
24% contrats.
Alternatives contre les dettes
illégitimes privées
• La création d’un système de crédits publics, sans intérêt ou avec
un intérêt plus bas, destinés aux pauvres
• La création des emplois en augmentant les budgets
d’investissement dans les secteurs publics
• L’arrêt de démantèlement des services publics (éducation, santé)
• La suspension du remboursement de la dette publique
• L’annulation des microcrédits illégitimes
• Renationalisation des entreprises publiques et les terres agricoles
privatisées
Travail du CADTM
• Attac Cadtm Maroc en solidarité avec les luttes des victimes du microcrédit au sud-est
du Maroc depuis 2012-2013
• Séminaire de formation : femme, dette et microcrédit (21-24/4/ 2014)
• Caravane internationale de solidarité à Ouarzazate (25-26 avril 2014)
• Acquittement des deux activistes du mouvement des victimes de microcrédit (Nasr et
Amina) en novembre 2016
• Présentation du livre 29 et 30 oct région sud-est : interdiction de la salle
• Attac Cadtm Maroc et organisation des victimes du microcrédit
• Discussion au sein de l’AMR du Cadtm (avril 2016)
• Séminaire des femmes sur la dette et le microcrédit au Mali (2017)