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Web Guinée/Bibliothèque

Ethnographie

Jacques Germain
Administrateur en chef des Affaires d'Outre-Mer (ER)

Guinée. Peuples de la Forêt


Académie des Sciences d'Outre-Mer. Paris. 1984. 380 p.

Table des matières

Préface
Introduction
Note préliminaire sur les noms des peuples forestiers, leur localisation et leur importance

Première partie. — Le Pays et les Hommes

Chapitre I. — Le Pays — Géographie physique


 La géologie
 La montagne
 Les Fleuves
 Le Climat
 La Forêt

Chapitre II. — Les Hommes — Notions sur l'origine

 Les vestiges préhistoriques


 Le Néolithique guinéen
 L'Hypothèse d'un peuplement négrille ancien de la Région forestière de Haute-Guinée

Chapitre III. — Les siècles obscurs de la région forestière de Haute-Guinée

 Anthropologie physique
 Les Langues
 Le peuplement ancien
 L'apport mandé
 L'invasion Malinké

Chapitre IV. — Histoire des pays Kpellè — Kono — Manon : 1750-1905

 Historique du peuplement Manon


 Historique du peuplement Kono-Kpellè
 Formation et histoire des chefferies
o La confédération de Guéasso
o Vépo
o Saouro
o Manon
o Konodougou
o Tonalé
o Sonokolé
o Ourapeulé-Ounah
o Boo
o Manansèlè
o G'Benson

Chapitre V. — La période française

 El Hadj Oumar
 L'Islamisation de Kankan
 Samory : première période
 La pénétration dans l'Ouest et le Centre de la Région Forestière
 La capture de Samory
 Opération en Pays Toma
 Les rapports franco-libériens
 Pacification du secteur Guerzé
Deuxième partie. — Organisation sociale, politique et religieuse

Chapitre VI. — La société familiale

 La famille
o Composition et notion de parenté
o La famille : communauté de possession
o La famille : communauté d'habitation
o La famille : communauté de travail
o Le ménage à l'intérieur de la famille étendue
o La religion familiale
 Le mariage
o Empêchements à Mariage
o Les préliminaires
o La dot
o La cérémonie du mariage
o Dissolution du mariage
 Conception — Grossesse — Accouchement
o Conception
o Grossesse
o L'accouchement
 L'enfance
o Les relevailles
o Imposition du nom
o Petite enfance
o La circoncision
 Maladie, mort et funérailles
o Funérailles du chef de famille
o Funérailles du chef guerrier
o Funérailles du Zohomou
o Funérailles de la femme enceinte

Chapitre VII. — La société totémique: le clan

 Le nom de clan et les totems


 L'organisation du clan — Les rapports entre les clans

Chapitre VIII. — La société politique

 Le village
o L'origine d'un village
o Organisation du village
 Le canton
 Le droit
o L'organisation judiciaire : le Ton
o Le droit pénal
o Vol
o Homicide

Chapitre IX. — La religion — les formes para-religieuses et magiques

 L'idée de Dieu
 Le culte des Ancêtres
 Les génies
 La magie et la sorcellerie
o Le devin
o Le Zohomou ou Zogui

Chapitre X. — L'Initiation

 La Forêt sacrée, siège de l'Initiation


 L'Initiation des Hommes
 La sortie du Polon
 L'Initiation des Femmes
 Conséquences de l'Initiation

Troisième partie. — Les Artisans et les Techniques — les Arts

Chapitre XI. — Les artisans

 Le forgeron
 Le tisserand
 La potière
 Le vannier et le raphiateur

Chapitre XII. — Les industries

 Les industries d'Acquisition


o La cueillette
o La chasse
o La pêche
 Les industrie de Production
o L'élevage
o L'agriculture
 Les industries de Consommation
 Les industries de Protection
o Le vêtement
o L'habitation

Chapitre XIII. — La vie intellectuelle et artistique

 Les sciences
 Les jeux
 Les arts plastiques
o Ornementation
o Sculpture
 Les arts musicaux et la danse
o Les instruments de musique
o Les chants et les danses
 La littérature orale

Cartes
Photos
Annexe: Contes Kono
Bibliographie

CONTES KONO

L'homme, le lièvre et le crocodile

Un homme était parti à la chasse dans la savane. En chemin il rencontre un crocodile qui semblait bien fatigué, en pleine
brousse, loin de tout marigot. Il s'arrête, épaule son fusil et met en joue le crocodile, mais celui-ci l'interpelle, implorant sa
pitié, disant qu'un jour à son tour il pourra peut-être l'aider.
— Que puis-je faire pour toi ? répond l'homme.
— Porte moi jusqu'à la rivière, demande le saurien.
Le chasseur pose alors armes et munitions et porte le crocodile sur son dos jusqu'au marigot le plus proche. Arrivé au milieu
de la rivière il le dépose dans l'eau mais le crocodile le saisit par les pieds. L'homme se met alors à pleurer et lecodile cynique
réplique qu'il rend le mal pour le bien.
Sur ces entrefaites un cheval s'approche du marigot pour s'y abreuver l'homme le prend à témoin de la perfidie du crocodile.
Le cheval rétorque :
— Tu as bien fait, crocodile ; vois comme les hommes agissent envers nous, nous les portons, nous caracolons et arrivés au
village ils nous attachent et nous donnent de l'herbe, crocodile mange l'homme.
Le crocodile avait avalé le chasseur jusqu'à la poitrine quand survient un coq :
— Tiens, dit le cheval, voilà le coq, demandez-lui si je mens.
— Pas du tout, répond le coq. Ne prend-on pas toujours le poulet pour faire un sacrifice, n'est-ce pas encore le poulet qu'on
tue pour l'européen de passage ? et pour récompense on le chasse de la case où il vient picorer les grains de riz tombés du
grenier. Crocodile, l'homme est méchant, mange-le !
Le crocodile avait avalé le chasseur tout entier, c'est à peine si quelques cheveux dépassaient encore quand survient le lièvre.
Ce dernier déclare :
— Je vais juger l'affaire, mais il est nécessaire qu'on me l'explique d'un bout à l'autre.
— C'est vrai, dit le crocodile ; celui-ci recrache alors l'homme pour pouvoir parler.
Et voilà le coq, le cheval, le lièvre, l'homme et le crocodile réunis sur la rive pour reconstituer la scène. Le chasseur prend à
nouveau le crocodile sur son dos et le dépose à l'endroit précis où il l'a trouvé.
— Où étais-tu quand tu as aperçu le crocodile ? demande le lièvre à l'homme.
— Là, répond celui-ci en allant se placer à l'endroit exact.
— Comment as-tu fait pour le mettre en joue, continue le lièvre.
— Comme ceci, répond l'homme qui épaule.
— Et comment aurais-tu fait pour le tuer ? achève le lièvre.
— Exactement comme cela, dit le chasseur, qui tire et tue le crocodile.
— Vous dites toujours, vous les hommes, que je brouille les palabres, dit le lièvre. Voyez que je ne gâte rien et viens à votre
aide. Souvenez-vous en et ne dites plus que je suis méchant
LES SCIENCES

La science médicale, sans revêtir bien entendu le même caractère qu'en Europe, existe chez les Kpellé. Certes elle se
dissimule derrière ce qu'on appelle la sorcellerie, mais sous cette apparence il y a une réalité tout autre. Comment en serait-il
autrement d'ailleurs ? Un peuple qui vit en pleine nature doit en connaître certains secrets. En particulier il doit connaître par
habitude les propriétés des plantes qui poussent dans la forêt. Le médecin Kpellé se trouve donc être avant tout un herboriste.
La méthode est empirique mais les résultats sont certains et si les Zohonwã n'ont pas la science ils ont au moins le savoir.

Seulement ce serait trop simple s'ils délivraient aux consultants des ordonnaces prescrivant de simples tisanes ; le remède est
accompagné et agrémenté de sacrifices à faire, de paroles à prononcer, d'interdits à observer, qui aux yeux des patients
semblent le principal et qu'ils payent cher. Il est aussi des médicaments, sang de poulet et autres poudres de perlimpinpin qui
relèvent du pur charlatanisme. Mais il reste qu'il serait sans doute intéressant pour un médecin européen de connaître la
pharmacopée de son collègue kpellé.

Nous avons séjourné trop peu de temps au milieu des Kpellé pour connaître leurs secrets en médecine. Il faudrait pour cela
comprendre parfaitement la langue car si la confiance est établie après de longs et patients préliminaires, le Zohomou ne
consentira pas à vous faire des confidences s'il doit passer par un interprète.

En dehors de la thérapeutique, il n'y a guère d'autre « science » kpellé, même en forçant la signification de ce terme.

Dans le domaine de l'astronomie, si les Kpellé nomment la lune, le soleil et les étoiles, ils n'ont à notre connaissance aucune
tradition légendaire sur leur origine. Un jour que nous posions des questions à ce sujet, nous nous sommes attiré cette réponse
fort pertinente :

« Les Blancs ont inventé les avions : puisqu'ils vont dans le ciel ils doivent connaître les astres, aussi est-ce à nous à te
poser ces questions ».

Les Kono disent cependant que les étoiles filantes se transforment en ignames lorsqu'elles tombent à terre, tandis que les
Kpellé font de leur vue un mauvais présage annonçant un décès dans l'année.

  Kono Kpellé Manon

Lune Van Niam Zou

Soleil Flo Holo Mènè

Étoile Plè n'go Pémènè n'go  

Le comput ne concerne pas les années : on compte seulement les jours et les mois — sept pour les premiers, douze pour les
seconds.

Les noms des jours varient suivant les régions. Les uns sont intraduisibles, les autres tirent leur origine de particularités
locales. Nous prendrons comme exemple le canton Kono du Saouro :

Lundi Terèn  

Mardi Takhala  
Mercredi Sinzoulogho marché de Sinzou

Jeudi N'Zologho marché de N'Zo

Vendredi Tongara Logho marché de Tongarata

Samedi Sibli Logho marché de Sibileu

Dimanche Terèn Mai veille de Lundi

Les noms des mois ont trait à la climatologie ou au calendrier agricole

Janvier Poro p'la terre sèche

Février Vou Zigné vent mâle = vent violent

Mars Vou N'Za vent femelle = vent doux

Avril Fou gouyé ?

Mai Béré Zigna semis de Fonio

Juin Tèn ?

Juillet Guibé g'po excréments du chat tigre. Les jeunes herbes leur donnent une odeur forte

Août Oué Oua sec humide, pour marquer l'alternance des ondées et des éclaircies

Septembre Gouro ciel ouvert

Octobre Yéké Yéké onomatopée pour marquer la continuité de la pluie

Novembre Tanan mois du tonnerre

Décembre Oué mois de l'accouchement du Nyomou, de la sortie du Polon

D'après B. Holas, la semaine dans la société Kono n'aurait été que de cinq jours et le mois aurait correspondu à une lunaison.
C'est sous l'influence européenne et administrative que le système de la semaine de sept jours aurait été adopté, le samedi
étant d'ailleurs un jour néfaste.

Le Kpellé ne connaît que les mesures naturelles : empan, coudée, enjambée. Mais il n'y a pas de relations fixes entre ces
différentes mesures, elles sont variables suivant l'opération.

En ce qui concerne les produits (riz, palmistes, oignons) on considère le volume plutôt que le poids. Ils s'achètent à la
mesure : celle-ci, constituée par une petite calebasse, varie d'un canton à l'autre. A titre indicatif signalons que la mesure de
riz pèse en moyenne de trois cents à trois cent cinquante grammes.

Pour compter on utilise les doigts de la main et aussi les cailloux, un caillou ne représente d'ailleurs pas un nombre fixe, il
peut valoir

LES JEUX
Le Kpellé à qui le travail des champs laisse des loisirs nombreux, les occupe soit à voyager, (en saison sèche il se déplace
beaucoup d'un village à l'autre pour saluer parents et amis), soit à ne rien faire assis sur la véranda de sa case ou allongé sur
un hamac, soit encore à jouer.

Les enfants jouent avec n'importe quoi, les petites filles entourent de chiffons un morceau de bois et c'est une poupée que l'on
porte dans le dos. Les bébés ont un hochet sorte de panier fermé dont le fond est fait d'un morceau de calebasse, il contient de
petits cailloux et est muni d'une anse.

Avec des morceaux de ban les garçons construisent de petits chariots et maintenant des modèles réduits de camions qui n'ont
pas trop mauvaise figure.

Ils ont aussi des cerceaux qu'ils conduisent à l'aide d'une ficelle dont une extrémité est attachée au cerceau et l'autre à un
bâton que l'enfant tient à sa main. Il fait rouler le cerceau en relevant le bâton d'un coup sec, l'accompagne dans sa révolution
en relâchant la ficelle, puis relève à nouveau le bâton lorsque l'attache de la ficelle est en bas.

Il est un autre jeu plus reposant mais plus compliqué auquel s'exercent hommes et enfants. Il s'agit d'une baguette de ban
munie d'une ficelle attachée à chaque extrémité. Elle passe par un trou au milieu de la baguette et forme une boucle autour de
celle-ci. Six fruits d'un arbre, ressemblant à des marrons d'Inde ont été au préalable enfilés sur la ficelle tous d'un même côté
et un septième que nous appellerons le marron-clef, est enfilé à la fois sur les deux brins de la ficelle à l'endroit où celle-ci
fait une boucle autour de la baguette. Le jeu consiste à faire passer tous les marrons d'un secteur à l'autre. Un peu d'adresse et
de réflexion rendent la chose plus aisée qu'elle n'apparaît de prime abord. Il suffit de remplacer le marron clef par le premier
marron à faire passer tandis que celui-là ira prendre rang dans le secteur vide. On procédera de même pour les autres fruits.
Avant de commencer les opérations il faut égaliser la longueur des deux secteurs de ficelle, ce qui est indispensable pour
relâcher la boucle, faire passer le marron-clef à l'intérieur de la boucle, remettre en place la boucle en tirant les deux
extrémités ce qui permet au marron de glisser sur le secteur à garnir.

Enfin le grand jeu des adultes c'est celui des douze cases que les Toma et les Kpellé nomment Fao. Le damier en bois de
fromager est fabriqué par le forgeron. Il comporte deux rangées parallèles de cases et une cavité à chaque extrémité où sont
rangés les pions de métal d'un centimètre de côté.

Les joueurs sont assis l'un en face l'autre, le damier entre eux. Chacun prend ses pions dans la main en met deux par case puis
prenant ceux de la case no. 1 les dépose dans les cases deux et trois, à ce moment on s'empare de ceux de la case trois de son
adversaire si elle est pleine et le jeu continue suivant le même principe. C'est évidemment une question de vitesse et de calcul.
Il arrive un moment où l'un des joueurs n'a plus de pions, il est perdant.

Avec l'arrivée des Européens et surtout après la guerre, les jeux de carte se sont répandus avec une facilité déconcertante. Les
ravages opérés par le jeu sont importants : la passion pousse les joueurs à consacrer tout leur temps à cette activité, délaissant
les travaux des champs et l'entretien de leur famille. Les pertes subies les entraînent au vol et parfois au meurtre, à moins
qu'ils ne mettent leurs enfants en gage ou qu'ils ne se sauvent au Libéria pour éviter de payer leurs dettes.

Malheureusement la législation ne permettait pas de combattre efficacement ce fléau, seul le jeu sur la voie publique pouvait
être puni et encore les peines étaient-elles trop légères.

LES ARTS PLASTIQUES

Ornementation
La notion de beauté chez les Kpellé est évidemment assez peu compréhensible à nos esprits occidentaux, au premier abord du
moins. Si on l'examine d'un peu plus près, elle paraît moins surprenante: après tout qu'y a-t-il de plus sauvage dans le fait de
se mettre de l'indigo sur les sourcils, que dans le fait de les épiler et de les remplacer par un trait noir ? Quant à la coiffure, en
quoi les châteaux branlants de certaines de nos élégantes étaient-ils plus civilisés que les cimiers et les cornes de cheveux des
femmes Kpellé ?

Le tatouage proprement dit n'existe pas, il s'agit plus exactement de ses scarifications ainsi que nous l'avons vu. Celles des
hommes n'ont pas de valeur esthétique, c'est la marque de l'initiation, la trace des griffes du Nyomou. Les boursouflures de la
peau des femmes obtenues par brûlure ont une valeur esthétique et parfois en même temps une signification magique. Elles
sont faites soit sur le bras, soit sur les seins ou le haut de l'abdomen. En certains cas elles sont faites sans raison par simple
souci de coquetterie. D'autres fois, à la suite d'un songe qu'elle a eu, la femme déclare qu'il est nécessaire de faire un «
tatouage » sur telle ou telle partie du corps si l'on ne veut pas attraper une maladie qui va s'abattre sur les femmes du village.
Aussi toutes s'empressent-elles de se brûler avec un fer rougi à l'endroit indiqué.

D. Paulme a observé que presque toutes les femmes Kissi portaient sur le dos, la poitrine ou les bras, des scarifications faites
avec un couteau ou un tesson de bouteille et dont les motifs les plus usuels sont la croix, la croix de Saint-André, la roue et la
ligne brisée. Elles seraient systématiquement pratiquées vers l'âge de dix, onze ans et n'auraient qu'une valeur esthétique 9.

Dans la région entre l'Oulé et le Diani plus particulièrement, les femmes se font à l'indigo des raies bleues sur le front, les
joues et la poitrine.

La véritable coiffure Kpellé n'existe plus guère. Partout elle a été remplacée par celle des femmes Malinké (cheveux partagés
par le milieu, tressés et relevés en deux cornes de chaque côté de la tête). En certains villages quelques femmes ont conservé
la coiffure traditionnelle. Elle se compose d'un cimier peu élevé fait de raphia noirci sur lequel passent les cheveux, et de
deux cornes plaquées contre les joues, la pointe descendant jusqu'à la mâchoire inférieure. L'ensemble rappelle un peu
l'aspect d'un casque et a quelque parenté avec la coiffure peule. Les hommes jeunes ont la tête complètement rasée ou portent
leurs cheveux crépus très courts. Lorsqu'ils vieillissent ils les laissent pousser et les tressent en petites nattes, trois ou quatre ;
ils tressent également leur barbe pour achever de revêtir l'aspect de vrais notables.

Les très jeunes enfants sont complètement rasés mais il arrive que l'on voie des bébés dans le dos de leur mère la tête
couverte d'une épaisse toison laineuse, emmêlée et sale à plaisir. Dans le Saouro on dit que ce sont les incarnations d'esprits
qui habitaient le marigot Son. Ailleurs les parents ont laissé pousser les cheveux du bébé sur les instructions du devin qu'ils
ont consulté lors d'une maladie de leur enfant.

Lorsque le garçon ou la fille grandissent on laisse pousser leurs cheveux mais on les rase partiellement en dessinant les
figures les plus variées : tantôt ce sera une croix, une demi-lune ou un croissant, tantôt on ne laissera subsister qu'une touffe
sur le sommet du crâne.

Les ornements des hommes et des femmes consistent en bagues, bracelets et gris-gris divers. En 1912, le Lieutenant Bouet
note que seules les femmes de chefs Toma portent des bracelets d'argent fondu et d'une façon très rare des bijoux d'or
apportés par les dioulas de Siguiri et Kankan.

Les bagues sont des anneaux d'argent ou d'aluminium suivant la nature des pièces de monnaie que le forgeron a prises pour
les fondre. Les bracelets sont formés de plusieurs anneaux de faible épaisseur ou d'un seul assez gros et ouvert, l'épaisseur du
métal allant en diminuant vers les extrémités qui sont constituées par deux boules ou deux cônes. Parfois des figures
géométriques gravées ornent le bijou.
Quelques bracelets ou colliers sont formés de ces coquillages qu'on nomme cauris, fixés sur un cercle de bois ou de peau. Ils
se portent très haut sur le bras.

Autour des reins les femmes portent plusieurs rangs de perles bleues ou jaunes apportées dans les villages par les dioulas et
qui forment bien souvent le seul costume des fillettes.

Pas un Kpellé, pas un Manon n'a garde d'oublier de porter ses gris-gris. Ce sont soit des dents de panthère, soit des sachets en
cuir contenant quelques plantes ou poudre au pouvoir magique. Ils sont suspendus autour du cou par de fines lanières de cuir
habilement tressées ; la couleur est en général rouge ou noire. Chaque individu en porte plusieurs et c'est un véritable
enchevêtrement de cordons, de dents et de sachets (parfois en peau de crocodile) autour du cou et sur la poitrine, qui
permettront à leur possesseur de conjurer le mauvais sort et d'échapper aux influences néfastes.

Nous avons traité du vêtement à propos des industries de protection. Nous n'y reviendrons pas. Signalons toutefois encore
que du point de vue esthétique les boubous à rayures bleues et blanches, vertes et jaunes, rouges et noires, sont d'un plus bel
effet que les étoffes d'importation, européennes ou américaines, de mauvaise qualité et d'un goût plus que douteux (tomates
vertes sur fond rouge, motocyclettes bleues sur fond violet, etc.) et déplorons de voir d'authentiques Kpellé abandonner
leurs vêtements traditionnels pour des culottes roses et vertes genre siroual sur laquelle on passe une chemise genre
européenne tandis qu'on adopte pour coiffure un chapeau mou crasseux ou un melon acheté chez les commerçants de
Nzérékoré. Et quand on est riche on complète avec une redingote ou un habit à queue.

Sculpture

Les seuls produits de la sculpture Kpellé et Manon que nous connaissions sont les masques et les piliers de case. A l'autre
extrémité de la région les Kissi ne travaillent pas le bois ; ils n'ont pas de masques et le mobilier vient du pays Toma.

Toutes les cases ne possèdent pas de piliers sculptés, ceux-ci sont très rares. Pour notre part, nous n'en avons vu que chez
l'actuel chef du village de Oulo dans le Boo. Les motifs sont soit des dessins géométriques, soit des reproductions d'objets
usuels ou animaux familiers: calebasses, jeux des douze-cases, lézards, etc. Le bois utilisé est celui du fromager et le
sculpteur est évidemment le forgeron.

Le Lieutenant Bouet a décrit la case à palabres de Soundedou en pays Toma 10. Les colonnes de support du toit étaient torses
et évidées, chacune d'elles contenant une boule mobile taillée dans la même pièce de bois. Les colonnes étaient reliées entre
elles dans leur partie supérieure par six solives formant un hexagone parfait et dont chaque face était surchargée de festons et
de motifs de toutes sortes.

La case à palabres de N'Zébéla située dans la cour de l'ancien chef Togba était sculptée de la même manière.

Notons qu'en pays Kpellé les seules sculptures de case que nous ayons observées se trouvent dans la région du Diani donc à
la frontière du pays Toma qui semble bien le berceau de cet art.

C'est également le forgeron qui fait les masques des génies. Ces masques sont de deux sortes : les masques de danse et les
masques de sorcellerie, ceux-ci étant la reproduction à une échelle très réduite de ceux-là.

Les masques de génies mâles se distinguent de ceux des génies femelles principalement par leur barbe et leur moustache en
poils de Colobe.
Les plus beaux masques sont faits dans la région Est du cercle de Nzérékoré, c'est-à-dire dans les cantons Kono. C'est aussi là
qu'ils sont les plus variés. En effet, outre la représentation mâle et femelle de l'Esprit de la Forêt, le Nyomou, il existe de
nombreux génies qui ayant perdu toute signification mystique ou magique sont devenus de simples bouffons ou de véritables
institutions d'utilité publique (cf. Deuxième partie, chapitre IX).

On peut distinguer deux styles: celui de l'Ouest et celui de l'Est. Ce dernier est caractérisé par un nez très long et busqué, aux
narines fortement dessinées, et par un vernis obtenu de la façon suivante: le masque une fois sculpté est enduit d'une résine
végétale et enterré dans la boue ; quinze jours ou trois semaines après on le retire, on le nettoie, et il est d'un beau noir,
brillant comme la laque.

On complète, s'il s'agit d'un mâle en fixant des poils noirs de colobe au menton et à la lèvre supérieure.

B. Holas a consacré un chapitre de son ouvrage sur « les masques Kono, leur rôle dans la vie sociale et politique », à la
technologie du masque 11 mais les rites qui accompagnent cette fabrication ressortant de la religion, nous les avons cités au
chapitre VIII de la deuxième partie.

Si les Kissi ne travaillent pas le bois, on a vu qu'on pouvait attribuer à leurs ancêtres la sculpture sur pierre tendre (stéatite)
qui a donné les pòmta ou statuettes des morts que l'on découvre en grande quantité sur toute l'aire couverte anciennement par
ce peuple.

En quelques endroits cette statuaire, plus grossière qu'autrefois existe encore.

LES ARTS MUSICAUX ET LA DANSE

Les instruments de musique

Assez nombreux et variés les instruments de musique appartiennent aux trois catégories : à vent, à cordes, à percussion (ceux-
ci étant les plus nombreux).

Les instruments à vent sont représentés par des trompes de forme conique allongée ; l'embouchure est près du sommet sur
une génératrice du cône. Elles sont soit en ivoire recouvertes de peau de boeuf, soit en bois poli patiné par l'usage, soit en
écorce recouverte de peau de panthère. Un cordon de cuir permet de les suspendre au cou. Les Toma les nomment Pouvougui
; ils ont également des fifres en cornes d'antilope.

Les instruments à cordes ne sont pas très nombreux. On ne les rencontre pas dans les orchestres, ils sont d'un usage
individuel.

En premier vient la guitare que les Kono nomment gon et les Kpellé goni. La caisse de résonnance est constituée par une
calebasse sphérique munie d'une ouverture à sa partie supérieure. Des lamelles de ban sont fixées sur la calebasse au
cinquième de leur longueur. Les cordes sont attachées par un bout à l'extrémité inférieure des lamelles tandis que l'autre bout
est attaché en un point de la lamelle de plus en plus rapproché de la caisse de résonnance de façon à obtenir des longueurs de
corde décroissantes. Ces cordes autrefois faites en fibres végétales sont aujourd'hui remplacées par des câbles de frein de
bicyclette et le son métallique est bien moins agréable à l'oreille.

Parfois une plaque de métal perforée sur son pourtour de trous où passent de petits anneaux, est fixée à la calebasse. Cette
guitare est utilisée par les jeunes gens qui accompagnent leurs chants le soir en se promenant dans le village ou durant les
longues marches dans la forêt.
Un autre instrument, d'origine Toma croyons-nous, est constitué par une calebasse demi-sphérique sur le sommet de laquelle
est fixé un arc dont la corde forme corde vibrante.

Les Toma ont également un luth à huit cordes nommé douso fononigi.

Les instruments à percussion sont de loin les plus nombreux depuis le simple morceau de bois sur lequel on frappe avec une
baguette jusqu'au Lone Bara le tambour triple ou quintuple.

Signalons pour mémoire la corne de boeuf et la carapace de tortue que frappent en cadence les vieilles de la société du
Togba, le bruit produit ayant pour but d'éloigner les esprits malfaisants. Font également partie de l'orchestre du Togba mais
ne sont pas exclusivement réservés à cet usage, le Ké et le Bo Kono.

Le Bo Kono est un cylindre de bois creux, généralement un morceau de bambou compris entre deux noeuds et muni de fentes
latérales. On en fait aussi en bois de fromager. Parfois le cylindre se prolonge par deux losanges de bois. Le musicien le tient
dans la main gauche et frappe dessus en cadence avec une baguette de bois dur.

Le Ké est formé d'une calebasse entière polie par l'usage, à laquelle on a conservé la queue que traverse un lacet de cuir. Le
corps de la calebasse est emprisonné dans un filet en fils de coton de forme conique, la base de celui-ci étant garnie de perles
de couleurs vives. Le musicien tient le lacet de cuir dans une main et le sommet du filet dans l'autre. Il scande son chant en
montant et descendant la calebasse à l'intérieur du filet, et celle-là frappe les perles de celui-ci. Les perles ont remplacé des os
de serpent.

Enfin voici la série de tous les tambours, le plus curieux étant le Damang Kpellé, appelé Vori en Toma.

Damang
Tourou Ké

Le Damang est un double tambour, un cylindre creux de fromager de cinquante centimètres de hauteur présentant un
étranglement en son milieu. La peau est en singe (il y en a une à chaque extrémité) serrée par une tige flexible; des
cordelettes en fibres de palmier relient la tige du haut à celle du bas. Une autre cordelette ayant un bout libre entoure les
premières en leur milieu ce qui permet de régler la tension des peaux. Une lanière en cuir de boeuf, fixée sur le bord de
chaque extrémité permet de passer l'instrument sur l'épaule. Parfois, une plaque de métal garnie de petits anneaux sur le
pourtour est clouée sur le bord de l'extrémité supérieure.

Lorsque le propriétaire de l'instrument fait un sacrifice il colle quelques plumes avec le sang sur l'étranglement du Damang.

La baguette est en racine de Gorli. Une extrémité est chauffée et recourbée c'est le manche. L'autre est entourée de ficelle et
de chiffon, le tout serré dans un morceau de peau de singe.

Pour jouer, le musicien prend l'instrument sous le bras gauche et la baguette de la main droite ; légèrement penché en avant, il
frappe en cadence, serrant les cordes plus ou moins fort par la pression du bras, pour modifier la tension des peaux Il peut
aussi être pendu au cou chez les Toma et le musicien frappe des deux côtés

Dans le canton du Boo, à Yomou, un musicien jouait de deux damang à la fois, un sous chaque bras, frappant le gauche de la
main droite et le droit de la main gauche.
Le Bara est un tambour de forme grossièrement conique, la base étant recouverte de peau maintenue par de grosses ficelles
que des chevilles de bois tendent fortement, et le sommet se prolongeant par un évasement.

Ce tambour est suspendu par une corde au cou du musicien qui en passe le sommet entre ses cuisses. Dans la position fléchie
il frappe la peau alternativement de la paume et de l'extrémité de ses deux mains. Souvent il accompagne ces battements de
cris gutturaux.

Le Lone Bara présente de chaque côté du Bara, un ou deux tambours latéraux de grandeur décroissante, ce qui porte à trois
ou cinq le nombre des tambours suivant le rythme à produire. Parfois le musicien frappe du tranchant de la main ce qui rend
un son sec et bref.

Le Kon Bara que l'on rencontre maintenant n'est pas traditionnel, c'est une simple imitation de la grosse caisse des musiques
militaires. Deux peaux sont tendues par le même système que précédemment sur les deux faces d'un cylindre creux du
fromager d'un mètre de diamètre et quarante centimètres de hauteur environ. Cette grosse caisse est suspendue au cou par une
corde et le musicien la frappe à l'aide d'un ou deux bâtons dont l'extrémité est entourée de ficelles et de chiffons recouverts de
peau.

Nous ne parlerons pas d'innovations moins heureuses comme boîtes de conserves, touques métalliques vides sur lesquelles on
frappe à tour de bras avec un bâton.

Les chants et les danses

Lors de nos tournées nous avions l'occasion de rencontrer la plupart des genres d'orchestre de la société Kpellé, en une seule
étape d'un village à l'autre.

Il y avait d'abord nous accompagnant pendant toute l'étape, l'orchestre des chefs : celui-ci très simple est composé de deux
musiciens, Ké et Damang, qui chantent en s'accompagnant de leurs instruments. Le chef d'orchestre est le joueur de
Damang, le joueur de Ké n'étant que l'accompagnateur. Ils ont l'habitude de chanter les louanges du Tomou ou les exploits
légendaires des grands guerriers de la région. Nous nous souviendrons toujours d'une interminable étape entre N'Za byaye
(Boo) et Ouéta (Ourapeulé) où deux hommes mandés exprès du pays Toma par le chef de l'Ourapeulé, nous emplirent les
oreilles des hauts faits de N'Zebela Togba et de Kaman Kekoura sans qu'il fut possible de les arrêter : ces gens avaient été
payés pour cela et ils avaient de la conscience professionnelle.

Ké et Damang à Dyecké (Gbenson)


Lorsque nous apercevons les colatiers plus nombreux, le village est proche et nous ne tardons pas à voir s'approcher des
jeunes gens et des jeunes filles se trémoussant et chantant au rythme d'une grosse caisse, Kon Bara ; c'est la danse du
Koukou. Ce n'est pas un genre traditionnel, il est d'importation toute récente dans cette partie de l'Afrique Noire. Il vient du
pays des Mahouka (cercle de Séguéla, Côte-d'Ivoire), il a traversé le cercle de Nzérékoré du nord-est au sud-ouest.

La société du Koukou, qui est la forme moderne de la traditionnelle société des jeunes gens, est une imitation de la société
européenne. Son chef est le « gouverneur » assisté du « grand commandant » et du « petit commandant » (le commandant de
cercle et son adjoint). Il y a aussi le capitaine, le médecin. Parfois les jeunes gens qui remplissaient ces rôles, s'ingéniaient à
reproduire, non sans humour, les défauts des véritables titulaires.

Ils donnent des fêtes, des banquets, où l'on mange sur des tables avec des fourchettes et des cuillers : c'est une véritable
parodie.

Les jeunes filles se vêtent de leurs plus beaux pagnes et mouchoirs de tête que leur ont offert leurs galants. Elles tiennent à la
main un plumeau formé de fibres de raphia teintes à l'encre d'importation en bleu, vert, violet ou rouge. Elles l'agitent, en
chantant, au-dessus de la tête. Les jeunes gens ajoutent volontiers quelque défroque européenne à leur costume : un chapeau
mou, un casque, une veste, un insigne, des chaussures, une ceinture et surtout, ce qui est considéré comme le fin du fin de la
civilisation, une paire de lunettes de soleil (peu importe d'ailleurs si le danse a lieu la nuit).

La danse n'est pas compliquée : garçons et filles tournent suivant un grand cercle en piétinant et en agitant leurs plumeaux de
raphia. Le gouverneur au centre du cercle dirige la danse, aidé pour la discipline générale par le commandant, le capitaine et
le docteur. Si la danse a lieu en l'honneur de quelqu'un, les participants avancent vers lui lentement en rangs serrés sur un
front d'une dizaine, conduits par le gouverneur. Ils chantent courbés en deux devant l'hôte à honorer puis sur un signe de
celui-ci reculent en se relevant et reforment le cercle.

La société du Koukou n'a pas pour seule activité la danse: en tant qu'héritière des traditionnelles sociétés de jeunes gens elle
est aussi une association de secours mutuel.

Les cadeaux que reçoivent les danseurs ne leur sont pas personnels, ils vont à la caisse commune. Si l'un des membres du
Koukou est fiancé, il doit, selon la coutume, travailler les champs de son futur beau-père ; ses camarades du Koukou vont
alors l'aider dans cette tâche. Plus généralement un villageois peut faire appel au Koukou pour ses travaux, à charge bien
entendu de nourrir et abreuver les travailleurs.

A l'entrée même du village, les sonneries des trompes éclatent. C'est l'orchestre de guerre. Il comporte en général quatre
trompes et un Lone Bara. Chaque trompe donne deux ou trois notes (différentes suivant la trompe) et l'effet est assez
curieux, il ne manque pas de valeur musicale à condition de ne pas les entendre trop longtemps. Tantôt cela ressemble à un
carillon, tantôt à un morceau de saxophone. Les joueurs soufflent dans l'embouchure et avec la main obturent et débouchent
alternativement l'orifice de la trompe. Parfois ils chantent ou émettent plutôt un son rauque du fond de la gorge dans
l'intervalle de deux notes.

Le tambour Lone Bara scande et marque le rythme en même temps que le musicien lance des cris rauques.

Ce tam-tam qui joue en l'honneur des guerriers et qui a également sa place à leurs funérailles ou à celles des chefs, vient
s'agenouiller devant le Tomou tout en jouant puis sur un signe de celui-ci reprend sa place.
Enfin, un bruit de castagnettes et c'est le Togba qui s'avance, nous l'avons déjà décrit en détail (2e partie, chapitre IX). Trois
danseuses principales : l'une portant le fétiche, le Togba, l'autre la bassine « d'eau bénite » et la troisième la queue de boeuf.

La porteuse du Togba martèle le sol en cadence de ses pieds garnis de grelots. La troupe des vieilles femmes aux seins
pendants frappe en chantant les carapaces de tortue, les cornes de bœuf, les cylindres de bois, etc...

C'est plutôt du bruit que de la musique, mais c'est assurément de la danse, le pas est très étudié, chacune des trois danseuses
principales a son rôle à jouer fidèlement. Le Togba serait originaire de Oueta dans l'Ourapeulé et de là se serait répandu dans
le reste du cercle.

Le soir venu tout le village est en fête et les danses se prolongeront tard dans la nuit accompagnées d'importantes libat

Il est spectacle plus curieux, c'est celui des petites danseuses que l'on trouve dans la région de N'Zao et de Lola. Ces danses
acrobatiques sont dignes du cirque de nos pays. Des hommes portant un costume spécial (en particulier une mitre en barbe de
bélier ou de colobe) se lancent des fillettes et les reçoivent d'une main, ayant dans l'autre un poignard pour augmenter la
difficulté. Les danseuses sont peintes au Kaolin suivant un dessin compliqué. On dit que leur initiation est plus complète que
celle des autres jeunes filles.

Les danses des échassiers, celles du Nyomou coureur, déjà décrites, complètent un ensemble assez riche.

En pays Manon, les chants sont presque tous en langue Kpellé, mais la mélodie est très spéciale et pour une oreille tant soit
peu avertie il est impossible de se tromper.
Nyomu Kuya à Nzérékoré

Les chanteurs Manon portent en général une mitre noire en poils de colobe ou une sorte de bonnet semblable à celui des
guerriers, rappelant un peu le bonnet phrygien et fait de peau de panthère ornée de cauris et de barbe de bélier. F. Bouet
attribue à une influence Kpellé le costume des musiciens Toma qui d'après sa description ressemble plutôt à celui des Manon.

C'est aussi chez les Manon que se trouvent les charmeurs de serpents qui sont également des danseurs. On porte le serpent
(serpent vert ou serpent cracheur) la partie terminale enroulée autour du cou, le reste du corps le long du bras et la tête dans la
main. Un rythme spécial, un produit dont les charmeurs s'enduisent le corps, engourdissent la bête qui d'ailleurs n'a peut-être
pas toujours ses crochets. Cette science serait venue du Libéria il y a quelques années.

LA LITTERATURE

Bien entendu la littérature écrite n'existe pas et il était grand temps de recueillir les contes, récits, proverbes et légendes, si
l'on ne voulait pas qu'ils tombent totalement dans l'oubli, ce qui serait dommage d'ailleurs car il en est de fort intéressants et
de fort drôles 12.

Les personnages qui connaissent ces fables ont une réputation qui déborde le cadre de leur village et même de leur canton.
Certains vieux (tel Ziga, le chef de Iro) ne peuvent ouvrir la bouche sans dire un proverbe et d'autres ne tarissent plus
lorsqu'on les a mis en confiance, contes et récits se succèdent à une cadence accélérée et ils rient de bon cœur de leurs propres
histoires en se donnant de grandes claques sur les cuisses.

Cependant c'est le soir qui est le plus favorable à l'audition de ces contes et légendes. Après le repas, les hommes arrivent par
petits groupes et s'assoient en bavardant. Peu à peu le cercle est formé mais le premier rôle n'est pas là. Le voilà qui arrive sur
ses longues échasses : c'est un Nyomou Kuia, les mains et la figure dissimulées, le grand bonnet pointu sur la tête et vêtu du
boubou bleu et blanc à longues manches. Dans la nuit on ne distingue que sa silhouette dégingandée et il faudra qu'il vienne
s'asseoir éclairé par les lueurs du feu pour qu'on en distingue plus nettement les détails. Ses grandes jambes allongées il
s'appuie au sol de ses mains placées derrière ou à côté de lui.

A quelque distance un orchestre de jeunes gens, chœur de chanteurs, Ké et bara, s'apprête à l'accompagner, près de lui son
interprète.

Le Nyomou chante de sa voix suraiguë et ses phrases sont reprises par le chœur, puis le récit s'établit et l'interprète rend
intelligible à tous les phrases prononcées par son Nyomou. Lorsque certains passages sont particulièrement importants le
choeur les souligne en reprenant mezza voce certains mots, certaines finales.

La morale ou plus exactement la conclusion, quand il y en a une, est paraphrasée par le choeur toujours sur le même ton.
C'est là que nous avons entendu les chants Kono les plus doux et les plus harmonieux. Une partie des chanteurs
accompagne l'autre en imitant bouche fermée des pincements de cordes : l'effet est saisissant.

Le dzogo-mou

Son caractère général

1. Il existe dans chaque village kono une ou plusieurs personnes des deux sexes spécialisées dans les pratiques
magiques. Leur nombre peut dépasser cinq ou six, selon l'importance de la localité. Quel que soit son âge, ce sera
toujours le plus compétent, le plus efficient d'entre eux qui deviendra le « dzogo-mou en chef ». Dans les
circonstances normales, les autres devront se soumettre, en tout ce qui concerne les affaires religieuses, à son
autorité, et lui obéir.
C'est en effet un personnage de toute première importance. Il se manifeste publiquement et, en tant qu'arbitre
spirituel, il est connu de tous les habitants du village, qui peuvent lui adresser leurs requêtes sans intermédiaire. Il
est en conséquence à la fois respecté et redouté, car un « nimbe de mystères » l'entoure Suprême détenteur du
pouvoir religieux, ce personnage exerce une influence parfois décisive même sur les affaires courantes de la
communauté, et nombreux sont dans le pays kono les chefs politiques qui ne prennent d'importantes décisions
qu'après avoir consulté leur dzogo-mou.

Ses fonctions

Parmi les nombreuses attributions sacerdotales du dzogo-mou il convient de noter les suivantes :

a. Il organise et préside toutes les cérémonies religieuses et convoque à la date voulue les réunions rituelles.
Il n'intervient cependant pas obligatoirement aux funérailles des personnes d'un rang social inférieur ni
aux actes sacrificiels familiaux qui relèvent de la compétence du seul chef de famille — à moins que le
dzogo-mou ne soit invité tout exprès à remplacer l'officiant profane;
b. Il est le Maître suprême du poro (ngomou-kplon en kono), le chef des initiations tribales, le
président des séances d'initiés;
c. Il s'ensuit qu'il est en même temps le Maître des masques cérémoniels: il dirige leur fabrication, leur
emploi rituel, décide du moment et des circonstances de leur sortie, etc.;
d. Il est l'agent responsable chargé de la défense magique du village et, à ce titre, il dévoile—au moyen
de procédés appropriés—les individus doués de pouvoir nocif et par conséquent nuisible à la société
(p. ex. les « sorciers » qui jettent le mauvais sort, et qui sèment les maladies et la mort parmi les
habitants du village);
e. C'est lui encore, nous l'avons dit déjà, qui est la première et la dernière instance dans toutes les
questions de magie et de «sorcellerie »: c'est pourquoi, en toute occasion pareille, on s'adressera au
dzogo-mou pour solliciter son avis ou son intervention active. Agir différemment serait enfreindre
une des règles essentielles de la vie collective;
f. En outre, le dzogo-mou s'occupe parfois de la pharmacopée empirique; mais, dans la majorité des
cas, avant d'administrer son remède (et ici nous avons affaire à la magie thérapeutique ou, ce qui
embrasse d'ailleurs une notion pratiquement équivalente: la thérapie magique), il prendra soin de
recourir à un confrère-guérisseur spécialisé, à qui il confiera les soins médicaux pratiques 2.

Succession par héritage des fonctions sacerdotales

La fonction de dzogo-mou étant héréditaire, les secrets professionnels seront enseignés par le père à celui de ses
fils qui aurait manifesté, dès son enfance, des dispositions congénitales particulières, le désignant a priori comme
le successeur qualifié 3.
Il est évident que, dans un système patriarcal relativement très évolué, ce sera — par analogie avec le système de
succession en vigueur — le fils aîné qu'on choisira de préférence pour qu'il soit instruit, au cours d'un long
apprentissage, et qui deviendra par la suite le dzogo-mou du village ; mais, il se peut aussi que, pour une raison
ou pour une autre, le successeur sera désigné parmi les fils cadets. Nos informateurs nous ont même affirmé qu'il
n'y a pas d'obstacle non plus pour les successeurs de la lignée maternelle (p. ex. les neveux utérins)! Cependant la
sélection du successeur ne se fait normalement jamais en dehors de la famille sacerdotale 4.
Toutefois, les objets consacrés-réceptacles des pouvoirs magiques ne seront remis au successeur que par son
Maître mourant, et l'avènement d'un nouveau dzogo-mou donnera lieu à une cérémonie spéciale de
consécration. Avant d'entrer « légalement » en exercice, le novice sera tenu d'annoncer ce fait au a grand féticheur
» (terme qui désigne simplement, dans la majorité des cas, le dzogo-mou le plus âgé ou le plus réputé) de la
cellule coutumière (grande famille clanique). Celui-ci, après avoir entendu la corporation des dzogo-blà
(reconnaissant son autorité suprême) fera payer au suppléant en question une redevance consistant en un animal
sacrificatoire (p. ex. un mouton, un bœuf) en guise de droit d'admission 5.

Avènement par « sélection naturelle »

C'est, pour ainsi dire, la suite normale des choses. Mais, d'autre part, l'avènement d'un dzogo-mou non héréditaire
pourra se produire, pour ainsi dire, spontanément. En principe, toute personne, homme ou femme, peut devenir
magicien (ou magicienne) autorisée, lorsqu'elle s'est montrée particulièrement douée pour une telle fonction, ou
quand elle avait témoigné, dès son enfance, d'un courage ou d'une astuce exceptionnels 6.

Le rôle principal du dzogo-mou

L'impulsion que donne le dzogo-mou au rythme social sera notamment mise en évidence au moment des rites de
passage et durant la période des initiations tribales. A ce propos, nous tenons, dès le début de notre exposé, à
souligner quelques particularités morphologiques caractéristiques pour le pays kono.
Avant tout, il ne faudra pas perdre de vue le curieux dimorphisme coutumier suivant : seuls, deux des quatre
cantons kono, Lola et Mossorodougou, pratiquent l'initiation tribale sous sa forme « parfaite » (le poro des
auteurs), tandis que les cantons « d'au-delà du marigot Zié », Vépo et Saouro, ne connaissent (aux dires
unanimes de tous nos informateurs) que la coutume de la circoncision 7 et de la clitoridectomie. Il en résulte
naturellement de nombreuses divergences ou aberrations locales, dont le caractère dualiste apparaîtra plus loin.
Soulignons à cette occasion un point qu'il ne faudra pas oublier au cours de cet exposé : c'est que l'ancienneté
absolue des promotions est et reste le seul critère hiérarchique dans les collectivités du poro chez les Kono. Il en
résulte, logiquement, que les initiés d'une même promotion seront toujours considérés comme égaux en droit.
L'âge physique n'y joue aucun rôle, de sorte qu'un jeune homme de vingt ans sera respecté (et obéi, dans la sphère
de la fraternité poro) par un homme âgé de trente ans, mais initié plus tard. Et c'est en vain que nous avons
cherché chez les Manon libériens actuels (Mission P.-L. Dekeyser-B. Holas de l'Institut Français d'Afrique Noire
au Libéria en 1948) la moindre trace des 99 degrés d'initiation primitive dont parlent Harley et Schwab 8; nous
n'avons pas pu constater non plus une organisation semblable chez les membres réguliers du poro en pays kono.
De leur côté, bien entendu, les dzogo-blà, après s'être soumis à la procédure initiatoire habituelle, subissent en
outre une initiation spéciale, à caractère exclusif, de longue durée. Cette instruction individuelle — que nous
pourrons appeler « du haut degré » — n'a cependant aucun rapport organique avec le poro tribal.

2. La seconde catégorie sacerdotale

Elle est structuralement associée à l'institution du poro et ne se manifeste pas en dehors du domaine de celui-ci ;
ce sont les kirè nanga (au sing.: kirè nangalo), scarificateurs rituels qui, réunis en une « corporation de
magiciens spécialisés », sont soumis à des règlements d'une rigueur particulière. Il va cependant sans dire qu'à
l'intérieur de cette confrérie exclusive et peu nombreuse le tableau hiérarchique sera d'une extrême simplicité et
parfois très effacée: celui qui possède le charme reconnu le plus puissant se placera automatiquement en tête.
Ce sont les kirè nanga qui conservent, soigneusement soustraits aux regards des non-initiés et surtout des
femmes, les instruments scarificatoires: nyomou nyi (« dent du génie ») — crochet en forme de hameçon (fig.
1a), fagha (« cravache ») — rasoir rituel (fig. 1b), etc., dont ils se serviront lors des initiations périodiques.
Le mot nyomou nyi passe cependant pour une notion extrêmement redoutable et il est formellement interdit de
le prononcer; la non-observation de cette règle, rigoureuse à l'égard des non-initiés, entraverait, en principe (mais
nous savons que la coutume a subi un adoucissement considérable depuis la conquête [française]),
l'égorgement du coupable, par ses compagnons du poro. Les nyomou nyînga sont alors fichés dans la corne
évidée d'une antilope de forêt à cornes droites (céphalophe de Maxwell ?) et transportés par les kiré nanga dans
leurs sacoches de raphia Fagha, terme parabolique, signifie cravache car, à l'instar de cette dernière, il laisse des
traces sanglantes sur la peau des victimes. Par ailleurs, le terme courant qui désigne le rasoir serait kpounga, ou
kpînga.
L'opération se passe dans l'enclos réservé (nyomou kpanga) dans un coin de la forêt dense qui avoisine le village.
Là, les kiré nanga, déchirant la peau des néophytes en poussant des cris sauvages, personnifient l'Esprit-Mère
du poro dont les griffes laisseront désormais des traces indélébiles sur les corps des victimes, englouties dans le
ventre pour être plus tard enfantées de nouveau.
Instruments scarificatoires du poro:
A gauche, fig. 01a , nyomu nyi (6 c.m); à droite, fig. 01b fagha (10 cm.)

3. Les nyomou koulo-blà (au sing.: nyomou koulomou)

C'est la catégorie porteurs des masques cérémoniels, présentent pour nous naturellement un intérêt tout
particulier. Tout d'abord, les nyomou koulo-blà sont les détenteurs des masques rituels. Cette fonction est
également héréditaire 9 à l'intérieur de la famille autorisée dont les membres masculins, après avoir été dûment
initiés (ou au moins circoncis, dans le secteur à l'Est du Zié, ou Nzié), reçoivent une formation spéciale plus ou
moins longue en tout ce qui concerne la fabrication, la conservation et le port cérémonial (y compris les pas, les
mouvements, les gestes, la voix) des masques et de leurs accessoires. Une telle autorisation (et, en contrepartie, les
obligations qu'elle engendre) sera toujours de caractère éminemment exclusif : pour la même raison elle ne peut, à
aucune condition, être transférée à une tierce personne en dehors de la famille détentrice. En fait, celle-ci ne
pourra jamais disposer du masque de son propre gré. L'ensemble des masques rituels représente une propriété
collective et, en tant qu'inventaire cérémoniel, il est soumis aux ordres du principal dzogo-mou. La situation, du
point de vue judiciaire, se présente par conséquent très nette: non point propriété privée, mais chose confiée en
détention.
Cependant le détenteur du masque prendra toute précaution utile pour tenir à l'abri des regards profanes la partie
faciale du masque 10. Pratiquement, l'objet sera soigneusement caché dans la case d'habitation du nyomou koulo-
mou qui le placera de préférence à l'extrémité du village, à côté du sentier conduisant à la forêt. Un pareil
emplacement permet en effet de préparer les sorties du masque avec le maximum de discrétion. Le nyomou, mis
dans un sac en fibres de raphia ou, moins fréquemment, dans un panier en vannerie du pays, ou même dans une
caisse en bois, trouvera ainsi un abri dans le grenier domestique (sous la charpente du toit) ou, simplement, dans
un autre coin sombre de la case.
Le costume cérémoniel, par contre, pourra être exposé aux regards de tous : la jupe, ou le pagne, confectionnés
avec des fibres végétales, resteront négligemment suspendus sous le toit de la véranda, après avoir été, au besoin,
séchés au soleil, en face de l'entrée de la case. Car la vue accidentelle de cette partie du masque ne compromet en
aucune façon l'élément féminin et profane en général. De même, la chemise à manches longues, confectionnée en
tissu de coton indigène, ne nécessitera aucune mesure spéciale. Toutefois, ses manches, cousues au moment de
l'usage rituel pour cacher les mains de la personne masquée, seront défaites immédiatement après, afin que les
non-initiés ne puissent les identifier.
D'ailleurs des précautions les plus scrupuleuses seront toujours mises en œuvre à cette fin: p. ex. le nyomou
prendra garde de ne jamais sortir après une pluie et cela, pour éviter de laisser ses empreintes humaines dans la
boue; génie immatériel, il doit de même soigneusement veiller à ce que ses pas ne laissent aucune trace sur le
sable; et c'est pourquoi il ne manquera jamais de « balayer » son chemin en imprimant un mouvement rotatif à sa
longue jupe traînant par terre; de même, pour mieux s'assurer que le public ne voit pas ses pieds d'homme, il
préférera sortir et rentrer à reculons dans l'étroite porte de l'enclos sacré; son habillement se trouve-t-il dérangé, il
fera signe à ses acolytes qui, immédiatement, constitueront autour de lui un mur tant que l'on n'aura pas remédié
au désordre.
D'après la coutume ancienne, une famille ne peut détenir qu'un seul type de masque de sexe déterminé ; et si, par
exemple, conformément à cette règle, un nyomou sinè 11, « le Vieux barbu » jouit de l'hospitalité d'une famille
donnée, son épouse nyomou néa sera abritée chez une autre. Par ailleurs chacune de ces familles dispose
normalement de plusieurs jeunes gens-porteurs de masque, suffisamment qualifiés pour se suppléer l'un l'autre,
en cas de besoin.

Notes
1. L'accent reposant, très légèrement, sur le suffixe -bla, on pourrait aussi bien écrire : dzogo-blà.
2. Chez les Kpèlè (Guerzé) voisins, le guérisseur, en cas de maladie grave, se présente masqué
(nom vernaculaire: gbôyôgo-yowo) en pleine nuit, pour apporter au malade son remède, un
produit à caractère magique de la pharmacopée indigène. Dès que le roulement des tambours, le
tintement des clochettes, et les cris stridents de ses protagonistes auront annoncé la venue du
masque guérisseur, les femmes et enfants se cacheront dans les cases. Cet exemple présente un
intérêt spécial pour nous, en tant que témoin de l'identification des fonctions du zo et du porteur
du masque, ce qui prouverait l'ancienneté de cette institution (Harley et Schwab disent : le même
individu initié peut être à la fois zo et le représentant masqué du diable; op. cit. p. 274).
3. Des conditions analogues se trouvent, semble-t-il, aussi chez les Guerzé; cf. p. ex. I'article de
Thanos Mengrelis sur l'lnitiation chez les Guerzé, publié dans les Notes Africaines, n° 29, janvier
1946.
4. Sauf le cas, bien entendu, d'une suspension préalable des fonctions — ce qui peut se produire
exceptionnellement, p. ex. au lendemain d'une catastrophe que le « féticheur » local n'aurait pas
réussi à empêcher, par suite d'un conflit entre deux dzogo-blà voisins et rivaux.
5. Coutumes analogues à l'« achat de cadavre » d'un dzogo-mou guerzé expliqué par J. Germain
dans son article l'Au-delà chez les Guerzé, chapitre Funérailles du sorcier (Etudes
Guinéennes, n° 2. 1947).
6. En 1949, dans le pays manon, nous avons été témoin du fait suivant : de bon matin, un très
jeune garçon de petite taille, entrant dans l'enclos du poro, où il devait être remis aux
scarificateurs (qui symbolisent les griffes du Diable) pour subir l'opération d'initiation, s'est
comporté très courageusement. Le public en l'applaudissant s'exclamait: voilà un futur zo !
7. Il s'agira cependant d'un cas particulier de circoncision que nous appellerions volontiers
consécratoire, avec les mêmes effets sociaux que l'initiation même: l'introduction de l'individu
sociologiquement imparfait dans le rang des adultes, seuls éléments valables sur le plan social, etc.
Voir à ce sujet notre brève étude dans Notes Africaines, n° 49, 1951, pp. 4-11.
8. Cf. la page 274 de leur ouvrage précité.
9. Sauf quelques cas exceptionnels où l'acquisition de tel masque sera expressément
recommandée par le devin à un homme étranger au groupe des autorisés; l'intégration du nouvel
acquéreur se fera alors, avec l'autorisation du dzogo-mou, par un simple rite de cooptation.
10. Si la face du masque a été, par hasard, aperçue par une femme, ce serait un cas d'initiation
obligatoire de cette femme dans les secrets des hommes. Nous parlerons de pareil accident plus
loin, pp. 127 (Au demeurant, il nous paraît inutile d'ajouter que les femmes kono de nos jours
n'ignorent rien de ces détails).
11. Voir chap. V et chap. Vl).