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Regard chrétien sur le Nouvel-Âge (1/5)

par Père Joseph-Marie | 5 octobre 2014 | La nébuleuse du Nouvel Age

Le « Nouvel Âge » se présente comme le « nouveau paradigme[1] » qui succède au


paradigme judéo-chrétien sur lequel s’était construite la culture européenne
jusqu’au milieu du siècle précédent. Il est important dans le contexte de la nouvelle
évangélisation, de prendre la mesure de cette rupture de l’horizon de sens sur
lequel se faisait hier encore l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Le terme « Nouvel Âge » a été introduit par David Spangler en 1967. Mais l’idée de
l’entrée prochaine de l’humanité dans une nouvelle période de son évolution, est plus
ancienne : l’ésotéricien français Paul Le Cour (1871-1954) annonçait déjà la transition
prochaine de notre Planète dans l’« ère du Verseau » – allusion au passage du point
vernal du signe du Poisson au signe du Verseau[2] – qui marquerait un bouleversement
des mentalités. L’humanité entrerait alors dans un âge nouveau, une ère d’harmonie, de
paix, de tolérance. Ce « nouvel âge » devrait également voir l’avènement d’une
nouvelle humanité, dont le niveau de conscience serait bien plus élevé et atteindrait des
dimensions planétaires et cosmiques.
Les deux expressions – « Nouvel Âge » et « ère du Verseau » – sont équivalentes en
France, les pays anglophones préfèrent en général parler de « New Age ».

À vrai dire, le Nouvel Âge est indéfinissable ; il n’est pas un mouvement, ni une
« secte », ni une association à laquelle on s’inscrit ou à laquelle on adhère. Il s’agit
plutôt d’une « nébuleuse mystique-ésotérique » informelle, rassemblant un ensemble de
courants qui ont entre eux un « air de famille », tout en gardant leur originalité.

Citons le card. G. Daneels : le Nouvel Âge « n’est pas une religion mais il est quand
même religieux ; n’est pas une philosophie mais il est quand même une vision de
l’homme et du monde ainsi qu’une clé d’interprétation. Il n’est pas une science mais
s’appuie sur des lois “scientifiques”. Il est une nébuleuse qui contient de l’ésotérisme et
de l’occultisme, de la pensée mythique et magique au sujet des secrets de la vie[3] ».
C’est sans doute cette absence de visage aux contours définis qui explique qu’à l’origine
le Nouvel Âge n’ait pas reçu de nom précis.

Le Nouvel Âge n’a ni « fondateur » ni « dogme » à proprement parler ; il s’est constitué


en un réseau – network – et même un réseau de réseaux ou méta-réseau (metanetwork).
Celui-ci permet aux unités indépendantes (individus ou organisations), ayant leur vie et
leur structure propres, de demeurer interconnectées avec les autres composantes du
réseau.

Des nouveaux mouvements, dotés d’une structure bien définie, d’un chef ou d’un
gourou et de toutes les autres caractéristiques typiques des mouvements sociaux, se
joignent continuellement à ce réseau global.

On ne saurait cependant confondre le Nouvel Âge avec les NMR (nouveaux


mouvements religieux) ni avec les mouvements gnostiques, ésotériques, occultes,
spirites ou autres NMM (nouveaux mouvements magiques). Ceux-ci se définissent
précisément comme des mouvements, avec une hiérarchie et une structure souvent très
marquées et une doctrine bien définie, ce qui n’est pas le cas du Nouvel Âge. Ce dernier
se définirait plutôt comme un réseau de communication ou d’interaction entre ces
différents mouvements.

Dans un des manifestes du Nouvel Âge, les Enfants du Verseau, M. Ferguson écrivait :


« Quelque chose de remarquable est en cours et se développe à une vitesse vertigineuse.
Mais ce mouvement n’a pas de nom, il échappe à toute description. À mesure que nous
découvrons l’existence de nouvelles organisations, de groupes dont l’intérêt converge
dans les nouvelles approches de la santé, de l’éducation humaniste, de la nouvelle
politique et de la gestion, nous avons été frappés par la qualité indéfinissable
du Zeitgeist.

L’esprit du temps que nous vivons est chargé de paradoxes. Il est à la fois pragmatique
et transcendantal. Il associe l’illumination et le mystère, le pouvoir et l’humilité,
l’interdépendance et l’individualité. Il est simultanément politique et apolitique. Ses
auteurs et ses acteurs se recrutent aussi bien auprès des conservateurs que parmi leurs
adversaires. En quelques années, le mouvement a contaminé par ses implications la
médecine, l’éducation, les sciences sociales, les sciences exactes et même les
gouvernements[4] ».

Les points communs qui justifient le rapprochement des unités composant cette
nébuleuse et qui lui donnent un « air de famille », sont en rupture avec la vision du
monde, de l’homme et de Dieu véhiculée par le judéo-christianisme, et bien souvent en
contradiction avec les énoncés de la foi chrétienne. Parmi les principaux axiomes qui
constituent le dénominateur commun des courants de pensée regroupés dans le Global
Network, nous retiendrons :
 un relativisme éthique et religieux
 une conception holistique, moniste ou unitaire de l’univers
 une conception réincarnationniste de la vie après la vie

[1] Au sens sociologique, le terme paradigme désigne l’ensemble des croyances, des
procédures et des acquis qui sont unanimement reconnus par une communauté de
pensée, et d’où celle-ci tire sa cohérence.
[2] Selon une théorie astrologique, le soleil changerait de signe zodiacal toutes les 2160
années environ. L’ère des Poissons commença dans l’an 1 après le Christ et devrait
donc être relayée par l’ère du Verseau aux environs de l’année 2160.
[3] G. Daneels card., Le Christ ou le verseau ?, Presses de l’archevêché, Mechelen,
1991.
[4] M. Ferguson, Les enfants du Verseau, J’ai lu, coll. « Aventure secrète » n° 4029/7,
Paris, 1999, pp. 10-11.

Regard chrétien sur le Nouvel-Âge (2/5)


par Père Joseph-Marie | 6 octobre 2014 | La nébuleuse du Nouvel Age

Rejetant tout énoncé normatif, le Nouvel Âge préconise un relativisme éthique et


religieux, conduisant à un subjectivisme radical : chacun est appelé à se libérer des
conditionnements moraux et religieux, pour s’engager dans la création de sa
propre réalité – en perpétuelle évolution – dont il sera libre d’établir les lois –
toujours révisables.

La trame sur laquelle se tissent les idées communes aux différents mouvements
composant la nébuleuse, pourrait être définie comme une forme particulièrement
radicale de relativisme : non seulement chacun de nous peut définir sa vérité, mais nous
pourrions également « créer » notre réalité, avec ses vérités et ses lois propres.
L’horizon philosophique est donc un idéalisme ontologique et un relativisme
épistémologique.

S’il n’y a pas de vérité absolue, aucune vérité dans l’ordre moral ou religieux ne peut
s’imposer : les dogmes ne seraient que des vérités relatives, assemblées par un groupe
particulier, et faisant autorité dans cette microsociété.

Chaque individu est invité à construire son propre « kit religieux », en fonction de ses
aspirations du moment, en se gardant toute liberté d’évoluer dans ses conceptions.

Le critère de choix n’est plus la « vérité » de la doctrine, mais l’expérience subjective


que procurent les techniques proposées par les différentes propositions religieuses. Cette
priorité de l’expérience achève de relativiser les doctrines.

Selon le Nouvel Âge, il suffirait de soulager les diverses religions de leur aspect
dogmatique et hiérarchique, pour découvrir, derrière ce fatras exotérique, une seule et
même doctrine ésotérique. Au lieu de s’en tenir à une religion particulière, qui risque
bien vite de devenir aliénante, il vaut mieux remonter jusqu’à la racine ou la source
communes de toutes les religions : la Tradition primordiale, à laquelle tous les
fondateurs auraient puisé l’essentiel de leurs enseignements. Selon Aldous Huxley[1],
un tel syncrétisme, loin d’être réducteur, mettrait tout au contraire en commun le
« meilleur » de chaque religion, c’est-à-dire son aspect ésotérique.

Pour les adhérents au Nouvel Âge, il ne fait aucun doute que cette Tradition primordiale
est une religion naturaliste (qui divinise la nature ou naturalise dieu). Le fait que ce
pan(en)théïsme soit incompatible avec la conception du Dieu Créateur transcendant
professé par le judéo-christianisme ne les trouble pas, car selon eux le
transcendantalisme des religions juive et chrétienne résulte d’une dénaturation, par des
disciples peu éclairés, d’enseignements originellement naturalistes. Il en va de même
pour toutes les autres points incompatibles : tous sont dénoncés comme des erreurs de la
doctrine exotérique du christianisme, qui a occulté les véritables enseignements du
Christ.

Nous pressentons que derrière un relativisme religieux de façade, se cache une


intolérance redoutable, rejetant a priori toute forme de croyance qui n’entre pas dans le
schéma de la religiosité naturaliste dite primordiale.

[1] Aldous Leonard Huxley (1894-1963) a été l’un des plus brillants intellectuels de sa
génération en Angleterre. Atteint d’une infection de la rétine, il devient presque
complètement aveugle à l’âge de seize ans. Cet événement sera déterminant pour son
itinéraire : se tournant vers ses « ressources intérieures », le jeune homme entame une
recherche spirituelle qui va marquer toute sa vie et son œuvre. A force d’exercices, il
recouvre la vue au bout de trois ans. Mais toute sa vie, il sera sujet à des troubles et à
des rechutes. Après un voyage qui le mène en Inde et au Népal, c’est dans un
mysticisme d’inspiration orientale qu’il cherche réponse à sa quête de sens.

Regard chrétien sur le Nouvel-Âge (3/5)


par Père Joseph-Marie | 7 octobre 2014 | La nébuleuse du Nouvel Age

Le naturalisme du Nouvel Âge s’inspire principalement des Traditions orientales,


redécouvertes à la fin du XVIIIe et tout au long du XIXe s. Puis dans la seconde
partie du XXe s., les religions non chrétiennes hawaïenne, précolombienne, des
Indiens d’Amérique, celtique font également leur entrée. De la fusion de ces
sources multiples, émerge un syncrétisme, que l’on pourrait définir comme un
émanationnisme énergétique, totalement incompatible avec le créationnisme
judéo-chrétien, et appelé à supplanter définitivement ce dernier.

Cet intérêt pour les autres cultures religieuses, a été largement diffusé dans le grand
public par les travaux de l’américain Joseph Campbell (1904-1987), qui a contribué plus
que tout autre à répandre l’idée selon laquelle la science de la mythologie comparée
prouverait que toutes les religions ont « une unité transcendante ». Selon notre auteur il
serait cependant préférable de rechercher la forme originelle parmi les religions
« orientées vers la nature », considérées comme plus universelles que les traditions
issues d’une religion nationale – comme le judaïsme – enfermées dans les étroites
limites d’un peuple particulier.

De son temps, le philosophe Arthur Schopenhauer (1788-1860) condamnait déjà la


religion juive – et à travers elle toutes formes de théisme, du moins dans leur version
monothéiste, dont le judaïsme est le paradigme : « L’intolérance n’est essentielle qu’au
monothéisme. Un Dieu unique est, d’après sa nature, un Dieu jaloux, qui n’en laisse
vivre aucun autre. Au contraire, les Dieux polythéistes, d’après leur nature, sont
tolérants. Voilà pourquoi les religions monothéistes seules nous donnent le spectacle des
guerres, des persécutions, des tribunaux hérétiques, comme aussi celui du bris des
images des autres dieux, de la destruction des temples indous et des colosses égyptiens
qui, pendant trois mille ans, ont regardé fixement le soleil ; c’est que leur Dieu jaloux
avait dit : “Tu ne graveras pas d’image”, etc.[1] »
Au fil des années, le rejet du transcendantalisme judéo-chrétien n’a rien perdu de sa
virulence. Un auteur aussi influent que Aldous Huxley ne se lasse pas de dénoncer les
méfaits d’une religion dévouée à un Dieu personnel, citant l’exemple du Dieu « presque
infra-humain » de l’Ancien Testament, « ce remarquable résumé de littérature de l’âge
de Bronze », qui permet au croyant de « se justifier à donner cours à ses pires passions,
par la réflexion qu’en agissant ainsi, il fonde sa conduite sur celle d’un Dieu qui
éprouve de la jalousie et de la colère, qui est incapable de maîtriser sa rage, et se conduit
en général comme un tyran particulièrement féroce. La fréquence avec laquelle les
hommes ont identifié les incitations de leurs propres passions avec la voix d’un Dieu,
hélas, trop personnel, est véritablement effrayante. Les croyances théologiques
entraînant une conduite indésirable ne sont pas nécessairement associées au dogme de la
personnalité de Dieu. Mais c’est un fait de vérité historique que les plus excentriques
d’entre les erreurs théologiques ont été associées fort souvent à la croyance à la
personnalité de Dieu. Le bhakti à l’égard du Dieu personnel du christianisme a été
associé, d’un bout à l’autre de l’histoire de cette religion, au massacre en masse des
païens et à la torture et à l’assassinat en détail des hérétiques. Il appartient à l’idéaliste
rationaliste de revenir continuellement sur ce fait d’importance fondamentale. De cette
manière, peut-être, il pourra mitiger les tendances pernicieuses qui, l’histoire le montre,
sont inhérentes au chemin de la dévotion et à la croyance en une divinité personnelle,
qui en est le corollaire[2]. »
Ce mot d’ordre d’un des maîtres à penser du Nouvel Âge peut expliquer les retours
incessants dans toutes discussions avec le christianisme, sur les exactions (largement
amplifiées !) dont cette religion se serait rendue coupable tout au long de son histoire ;
sans bien sûr qu’il ne soit jamais question des actions héroïques de charité accomplies
par les Saints au nom de ce même Dieu personnel.

La conception du divin proposée par le Nouvel Âge en opposition au Dieu Créateur


transcendant judéo-chrétien, est dominée par une conception holistique (unitaire),
moniste (une seule modalité d’existence : pas de distinction ontologique entre un
Principe créateur et les créatures) et énergétique de l’univers visible et invisible.

« Ce qui est en haut et comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui
est en haut pour que le principe d’unité soit respecté » (Hermès Trismégiste, Table
d’émeraude). Il faut dès lors aborder le réel de manière globale, non fragmentée : tout
est en interconnexion. Les mondes matériel, psychique et spirituel, constituent des
émanations d’une seule et même Énergie divine en perpétuel devenir. Toutes les formes
de vie ne sont rien d’autre que l’expression de la Vie divine une et unique en toutes ses
manifestations.

Le Nouvel Âge prétend même s’appuyer sur les résultats des théories scientifiques
contemporaines – particulièrement la physique quantique – pour démontrer l’identité
entre esprit et matière. Mais il ne faut pas être un expert en épistémologie pour constater
que nos auteurs interprètent en fait les résultats de la physique à la lumière de leurs
axiomes métaphysiques a priori. Ainsi Baird T. Spalding n’hésite-t-il pas à écrire avec
assurance : « Aujourd’hui de nombreux savants dissolvent toute la structure de la
substance et la réduisent à une énergie originelle, identique à celle de l’Esprit. L’Esprit
est omniprésent. On a découvert que tous les éléments se concentrent en un seul élément
premier : l’énergie originelle. Cette énergie, en dernière analyse, n’est pas une force
aveugle, mais intelligente. Cette énergie omniprésente, créatrice, derrière toute chose,
est consciente d’elle-même, consciente de son action et de sa manière d’agir. C’est
pourquoi nous l’appelons l’Esprit ou Dieu. Elle est omniprésente, omnipotente et
omnisciente[3] ».

Dans cette vision qui récuse tout dualisme, anthropologie et théodicée ne font qu’un :
« Nous sommes Dieu » affirme Shirley Mac Laine, qui formule ainsi une thèse centrale
du Nouvel Âge, développée à l’infini selon toutes les harmoniques des sensibilités
personnelles des différents auteurs. Citons encore Baird Spalding : « Il est impossible
d’étudier la nature de Dieu sans prendre l’homme en compte et vice versa. L’homme est
Dieu, Dieu est l’homme. L’un présuppose l’autre, ils sont inséparables. Sans l’un,
l’autre n’existe pas. L’homme est divin en ce qu’il fait partie du Tout. Il est le Tout dans
sa manifestation. L’homme représente l’incarnation visible de Dieu. Dieu, tel qu’on
peut le voir, s’incarne dans la forme humaine[4] ».

L’anthropologie occulte ouvre à la connaissance des sept corps subtils – six corps
énergétiques en plus de notre corps physique. Les deux sources de cette anthropologie
sont (principalement) : l’hindouisme tantrique dont le Nouvel Âge a vulgarisé la
doctrine des chakras, et les écoles ésotériques occidentales, de Paracelse à Papus.

Ce que nous prenons pour notre individualité, se réduit en fait à une série d’interactions
au sein de l’Énergie divine, donnant lieu à des manifestations au niveau psychique et
matériel, qui perdurent suffisamment dans le temps pour engendrer le sentiment d’une
subsistance autonome. Mais notre réalité profonde ne saurait être affectée par la
temporalité ; ce qu’elle est en soi et ce qu’elle sera pour l’éternité, ne peut qu’être
identique à ce qu’elle a toujours été : Principe et Fin se confondent dans une même
Essence divine intemporelle.
Le pèlerin de l’intériorité ne part pas à la rencontre d’un Dieu transcendant personnel,
mais vise à faire l’expérience du divin immanent, qui peut être atteint grâce aux
nombreuses techniques de méditation importées de l’Orient.

[1] A. Shopenhauer, Parerga et paralipomena, Sur la religion, trad. A. Dietrich, F.


Alcan, Paris, 1906, pp. 67-68.
[2] A. Huxley, La philosophie éternelle, trad. J. Castier, Plon, Paris, 1948, pp. 283-291.
[3] B. T. Spalding, Treize leçons sur la vie des Maîtres, J’ai lu, n° 5974, Paris, 1999, pp.
31-32.
[4] Id., pp. 113-116.

Regard chrétien sur le Nouvel-Âge (4/5)


par Père Joseph-Marie | 9 octobre 2014 | La nébuleuse du Nouvel Age

Pour le Nouvel Âge, l’homme est une étincelle divine émanée de l’Énergie
primordiale impersonnelle, et appelé à se résorber en elle au terme d’un long
processus involutif et évolutif qui la conduit à traverser, d’incarnation en
incarnation, toutes les strates de la manifestation, jusqu’à la complète dissolution
de l’illusion de l’individualité personnelle.

L’être humain et le cosmos forment un tout, qui évolue de concert : tout est vivant
(vitalisme) et en évolution, depuis le minéral jusqu’à l’homme, mais aussi la planète
Terre (nommée « Gaïa » selon la terminologie d’Hésiode adoptée par la deep ecology),
les autres planètes, les étoiles, le Soleil sont des êtres vivants peuplés d’entités
spirituelles ayant atteint un autre niveau de conscience au cours de leur évolution.

L’évolution est dominée par la loi du karma et la loi de la réincarnation – c’est-à-dire de


la rétribution de nos actes. Le karma représente l’énergie vitale produite par nos actes
volontaires. Si ceux-ci sont teintés d’égocentrisme, ils entretiennent la soif d’existence
de l’individu. Cette énergie vitale n’est pas annihilée par la mort et provoque la
retombée dans une nouvelle existence (ré-incarnation).

Sous l’influence du Nouvel Âge, cette doctrine a peu à peu été acceptée comme une
« évidence » par nos contemporains déracinés de la Tradition chrétienne et en recherche
de nouvelles raisons d’espérer. Cependant, sous ce terme unique se cachent de multiples
conceptions. Ainsi la vision de la réincarnation proposée par l’hindouisme ne saurait se
confondre avec celle du bouddhisme ; et ni l’une ni l’autre ne recouvrent la conception
ésotérique occidentale de la transmigration de l’âme.
Regard chrétien sur le Nouvel-Âge (5/5)
par Père Joseph-Marie | 10 octobre 2014 | La nébuleuse du Nouvel Age

Sur cette trame générale se greffent des courants aussi divers que la théosophie,
l’anthroposophie, l’astrologie, la sorcellerie, le chamanisme, l’occultisme, le
spiritisme, l’ufologie,… qui ont acquis pignon sur rue dans le grand supermarché
des « nouvelles spiritualités » regroupées sous le vocable Nouvel Âge.
La recherche des religiosités originelles en amont des religions traditionnelles, a conduit
à la renaissance d’un néo-paganisme multiforme. Ainsi par exemple, la Wicca, forme
antique de sorcellerie, est née en Angleterre avec Gerald Brosseau Gardner (1884-
1964), dans le but de reprendre le flambeau de la tradition païenne qui est supposée
avoir fleuri en Europe avant la première évangélisation. Il s’agit en fait d’un culte
panthéistique de la nature identifiant la Terre à la grande Mère, la grande déesse
maternelle, et incluant des cultes de fertilité (hiérogamie).

L’avènement du Nouvel Âge doit aussi être mis en relation avec le renouveau des
courants ésotériques, occultistes et spirites de la fin du XIXe s. Il plonge ses racines en
particulier, dans la Société Théosophique, fondée en 1875 par Mme Héléna Petrovna
Blavatsky[1] auquel s’était associé un spirite américain, l’ex colonel H. S. Olcott. Ce
pseudo-mouvement sans structure précise, fonctionna comme précurseur du « réseau »
Nouvel Âge.

L’ésotérisme occidental, représenté par des auteurs comme Jacob Bœhme (1575-1624),
Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) a assurément marqué la pensée de bon
nombre d’auteurs du Nouvel Âge, mais leur influence demeure indirecte. De même la
référence au Traditionalisme de René Guénon est évidente, sans pour autant que cet
auteur puisse être classé parmi les adeptes du Nouvel Âge.

Il faut sans doute réserver une place plus importante à un des maîtres de l’ésotéro-
occultisme contemporain : Georges Ivanovitch Gurdjieff (gréco arménien mort en
1949). Sa pensée a été divulguée par ses disciples, dont le plus connu est le russe Piotr
Demianovitch Ouspensky (1875-1948).

On entend actuellement le terme « occultisme » dans le sens que lui donne Éliphas Lévi
(1810-1875), dans son Dogme et rituel de Haute Magie (1856). L’occultisme moderne
se concentre sur l’étude des phénomènes extra-sensibles ; son but est « la détermination
de l’invisible par le visible, du noumène par le phénomène, de l’idée par la forme[2] »,
dans le but de transformer le visible à partir d’une action dans l’invisible.

Le renouveau du spiritisme date des phénomènes survenus en 1848 aux sœurs Fox (à
Hydesville, dans l’état de New York). Kate, Margaret et Leah établissent un contact par
coups frappés – raps – avec ce qu’elles appellent un « esprit ». La nouvelle se répand
comme une traînée de poudre. Les exhibitions publiques des deux sœurs, réputées
« médiums », ou « intermédiaires » avec les esprits, rassemblent en moins de six ans, 3
millions d’adeptes aux USA (dont 10.000 médiums) et suscitent la création de 20 revues
spécialisées. À la fin du siècle, le spiritisme comptera près de 12 millions d’adeptes sur
la Planète. La « foi » spirite – le mouvement se présente comme une nouvelle religion
appelée à parachever la révélation judéo-chrétienne – touche des personnalités célèbres,
tels Victor Hugo, C. Doyle, ainsi que de nombreux savants et intellectuels. Le lyonnais
Hippolyte-Léon Dénizard Rivail (1804-1869) sera choisi par les esprits pour être leur
porte-parole sous le pseudonyme d’Allan Kardec.

[1] Helena Petrovna Blavatsky (1831-1891), est sans doute un des personnages les plus
mystérieux et marquants de la fin du XIXème siècle. Son influence demeure considérable
sur les nouveaux courants de spiritualité rassemblés sous l’étiquette « Nouvel Age »,
pour lesquels elle fait figure d’éminence grise. Au cours de sa vie tumultueuse, elle se
fait initier dans différentes Loges maçonniques et autres Ordres initiatiques, dans
lesquels elle atteindra les grades supérieurs et jouera un rôle prépondérant. Personnalité
très forte, elle s’impose par ses pouvoirs occultes hors de l’ordinaire. En 1875, avec
l’appui du colonel Henry Steele Olcott (1832-1907),  elle fonde la Société
Théosophique, qui deviendra le passage quasi incontournable pour la plupart des
fondateurs, réformateurs ou animateurs d’Ordres initiatiques. Le siège de la société est à
Adyar, aux Indes ; pour H.P.B. en effet – c’est ainsi que ses disciples la désignent –
parmi toutes les traditions secrètes, l’hindouisme ésotérique est celle qui est demeurée la
plus proche de la Tradition primordiale. Son œuvre monumentale, La Doctrine secrète,
présente les principes de l’ésotérisme occidental sur l’horizon des traditions orientales,
relues de façon très personnelle par l’auteur. Mme Blavatsky prétend écrire sous
l’influence directe des Mahatmas ou Grands Maîtres, qui lui dicteraient leurs
enseignements par « voie télépathique ».
[2] Papus, Traité élémentaire de science occulte, Dangles, Saint Jean de Braye, 1982, p.
26.

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