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RÉFÉRENCE

Déchets
La recherche européenne fabrique
les outils d’une meilleure gestion globale
des déchets municipaux
En Europe, la production de déchets tion, investissement et coûts d’exploitation,

municipaux va croissant malgré les


Constats sur la connaissance globale et niveau d’informa-
tion des acteurs) revêt des aspects bien dif-
efforts de prévention engagés de gestion des déchets férents.
Tandis que les pays du sud de l’Europe
manière inégale selon les pays. La en Europe (Portugal, Grèce, Espagne) ont plutôt besoin
de mesures d’accompagnement pour mettre
législation européenne évolue en en œuvre des systèmes de gestion des déchets
Des quantités de déchets croissantes
permanence pour contraindre les et atteindre les objectifs fixés par les directives
Toutes les villes européennes connaissent européennes, les pays d’Europe centrale
collectivités à réduire les déchets à la des problèmes de gestion des (Allemagne, Autriche,
source, promouvoir le recyclage et déchets. En 1995, environ 191 Pays-Bas, Royaume
millions de tonnes de déchets Uni, France) et cer-
minimiser la mise en décharge.
CNR

municipaux solides (selon la tains pays du nord


Cependant, les outils d’aide à la nomenclature en vigueur) ont (Norvège) ont davan-
été produites dont 5 % ont été tage besoin de rationa-
décision mis à la disposition des compostées, 17 % incinérées, liser leurs choix tech-
municipalités sont trop souvent 10 % recyclées et 67 % mises nologiques, en parti-
en décharge. Les déchets culier en termes de
approximatifs et ne permettent pas ménagers, qui représentent les coûts d’investissement
deux tiers des déchets munici- et de gestion.
une approche globale de la gestion paux solides, devraient aug-
des déchets. menter de 22 % sur la période Des politiques européennes
1995-2010. en constante évolution
AWAST, programme de recherche Par ailleurs, les boues des stations d’épu-
européen dont le BRGM est leader, a ration (Step) constituent également un pro- La politique européenne en matière de
blème majeur. En effet, la quantité produite déchets évolue dans le cadre d’une stratégie
pour objectif de concevoir un outil augmente très rapidement (50% par an en globale de gestion (Community Waste
d’aide à la gestion des déchets fondé moyenne, et même 500 % dans certains Management Strategy, COM(96)399,
pays) et pourrait atteindre 11.5 millions de 30.7.96) avec pour objectifs prioritaires la
sur l’analyse de procédés et incluant tonnes de solides secs en 2005. Les systèmes réduction des déchets à la source, la promo-
une approche énergétique et de gestion de ces boues font généralement tion du recyclage et la minimisation de la
défaut et conduisent à en mettre la majeure mise en décharge.
économique. partie en décharge. Cette politique est mise en œuvre au tra-
Orléans, Stuttgart et Lisbonne sont En outre, une attention particulière doit vers de directives révisées régulièrement et
être apportée aux déchets industriels banals organisées selon trois niveaux : directives
partenaires de cette recherche et se qui font fluctuer de manière importante les donnant un cadre législatif (waste framework
tonnages et les caractéristiques des déchets à directive 91/156/EEC, directive on hazar-
penchent sur leurs déchets de traiter. Les besoins techniques et organisa- dous waste 91/689/EEC, regulation on ship-
demain. tionnels des méthodes de traitement et de ment of waste EEC/259/93), directives sur les
recyclage, ainsi que les modes de finance- systèmes de traitements (incineration of waste
ment associés, devront donc être réexami- directive.2000/76/EC et landfill of waste
PAR LES INGÉNIEURS DU BRGM* DU PROGRAM- nés. directive 99/31/EC), et enfin directives sur des
ME AWAST : JACQUES VILLENEUVE (CHEF flux particuliers (huiles usagées, boues de
Des situations très contrastées Step, batteries, emballages, PCBs, véhicules
DU PROJET), PASCALE MICHEL, PHILIPPE en fin de vie, déchets électriques et électro-
Selon les pays, la gestion des déchets niques). Les flux concernant les déchets de
WAVRER, STÉPHANE BROCHOT ET BRUNO municipaux (quantité et qualité des déchets démolition, les PVC, les déchets biodégra-
LEMIÈRE générés, performance des systèmes de ges- dables… sont actuellement en cours d’éva-

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luation. (Decision Support nombre de décisions reposent sur des
Les directives européennes Tool) de l’Envi- approximations. Ainsi, l’utilisation de
actuellement en vigueur ronmental Protec- « moyennes » de qualité de compost conduit
s’appliquent à la fois au choix tion Agency (EPA) à condamner le traitement des ordures
des traitements et à l’évaluation développé par le brutes par compostage alors que ce n’est pas
des stratégies de gestion des Research Triangle le concept qui est à remettre en cause mais la
déchets. Institute… Ces conception des installations qui est à revoir.
Ainsi la directive sur la mise outils, qui repo- L’application des directives pour augmenter
en décharge impose une dimi- sent en grande le recyclage et réduire la quantité de déchets
nution de la quantité de matiè- partie sur des ana- à traiter (collectes sélectives) a encore des
re organique biodégradable lyses simplifiées impacts méconnus sur le système global de
mise en décharge, selon des flux de matiè- gestion des déchets ménagers.
l’échéancier suivant : re, sont limités par
– référence 100 % en 95 le manque de pré-
– objectif 75 % en juillet 2006
– objectif 50 % en juillet 2009
cision de leurs pré-
dictions. En effet,
AWAST,
– objectif 35 % en 2016.
–…
l’approche non
phénoménolo-
approche alternative
De même, la directive sur les
emballages impose-t-elle pour
gique de ces logi-
ciels ne traduit pas
de la modélisation
juin 2001 (juin 2006 pour l’Irlande, la
Grèce et le Portugal) :
l’influence de caractéris-
tiques essentielles du sys-
prédictive des
– un taux de récupération de 50 à 65 %
du poids
tème de gestion des
déchets sur ses perfor-
macro-phénomènes
– un taux de recyclage de 25 à 45 % du
poids, avec un minimum de 15 % pour
mances. Ainsi, tout chan-
gement introduit dans la
de base des systèmes
chaque type d’emballage. composition des ordures Les notions de développement durable,
La révision de cette directive verra évo- ménagères résiduelles, par de patrimoine culturel et environnemental
luer ces taux pour juin 2006 (décembre 2009 exemple par l’installation d’une nouvelle col- et d’héritage à préserver pour les générations
pour les trois pays ci-dessus) à : lecte sélective, entraîne une modification (en futures placent les choix à opérer au sein
– récupération de 60 à 75 % du poids mieux ou en pire) des performances des uni- d’un réseau de prises de décisions extrême-
– recyclage de 55 à 70 % du poids tés de traitement. La « fonction de transfert » ment complexe. Les questions se posent en
– objectifs de recyclage : 60% du poids pour qui permet de décrire le partage de la matiè- termes de choix technologiques, d’écono-
le verre, 55 % pour le papier et le carton, re entre un « produit » et un « rejet » chan- mies d’énergie, de coûts ainsi que d’impacts
50 % pour les métaux et 20 % pour les plas- ge de manière parfois drastique en fonction sociaux et environnementaux et les solutions
tiques. des déchets traités et des conditions opéra- à mettre en œuvre se déclinent selon plu-
Les politiques nationales des États toires de l’usine. Si, comme c’est trop sou- sieurs échelles de temps. Ces différents cri-
membres reprennent avec des échéanciers vent le cas, cette fonction est fixée à partir tères interagissent fortement et ne sont pas
différents les mêmes tendances globales. de données connues (analyse de la situation toujours compatibles. Le besoin d’outils
existante ou pire encore recours à des statis- d’aide à la décision se fait donc sentir impé-
Des méthodes d’aide à la décision tiques) pour prédire une situation hypothé- rativement dans tous les domaines, tant pour
trop souvent approximatives tique, il en découle une erreur certaine qu’il améliorer les systèmes de gestion que pour
est, de plus, impossible d’estimer. évaluer et quantifier ces améliorations.
Pour faire face à l’augmentation constan- Parallèlement, les « industriels » du trai-
te des quantités de déchets et respecter les tement des déchets utilisent des simulateurs Un projet novateur
objectifs des législations européenne et natio- dédiés à un type de procédé (incinérateur pour des objectifs ambitieux
nales, les municipalités et les différents par exemple). Ces simulateurs sont perfor-
acteurs des filières de traitement doivent en mants pour concevoir et optimiser des ins- Le BRGM a proposé à la Commission
permanence améliorer les systèmes de ges- tallations mais leur usage, trop souvent réser- européenne un projet de recherche (voir
tion des déchets. vé à quelques spécialistes, est focalisé sur les encadré ci contre) dont l’originalité est
Cependant, les outils d’aide à la décision questions technologiques. Ajoutons qu’en d’apporter une méthodologie destinée à
existants ne sont principalement que des ce domaine, la façon dont la matière est comprendre les mécanismes de fonctionne-
méthodes et des logiciels de calcul de bilan décrite est très spécifique aux besoins du ment d’un système actuel de gestion globa-
environnemental et économique tels, l’ana- modèle de procédé. Cela rend ces modèles le des déchets ménagers. Cette compréhen-
lyse de cycle de vie, les outils économiques mutuellement incompatibles pour les utili- sion autorise une avancée significative par
développés par l’Ademe et l’Association des ser dans le cadre d’une approche globale, rapport à la simple appréciation des perfor-
maires de France, en collaboration avec la notamment pour équilibrer des filières de mances. Elle fonde la démarche de modéli-
Sofres, le SWPlanTM (Solid Waste Mana- traitement ayant recours à des technologies sation et simulation des procédés industriels
gement Planning Software) développé aux différentes. et permet de les dimensionner et de les opti-
Etats-Unis par Scientific Software, le DST Force est donc de constater que bon miser.

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tale permettra :
– de simuler l’impact de la composition des
AWAST déchets et/ou des conditions opératoires des
Aid in the Management and European Comparison of traitements sur les performances globales
Municipal Solid Waste Treatment methods for a Global and d’un système, entre autres sur la « qualité »
Sustainable Approach des produits
– de simuler à moindre coût les effets de
Le projet de recherche AWAST a été proposé à la Commission européenne en 1999 dans modifications des traitements (ajout, optimi-
le cadre du 5e PCRD (Programme cadre de recherche et développement). Démarré en Jan- sation d’usines existantes)
vier 2001, il associe 11 partenaires : BRGM (France), Université technique de Vienne – de déterminer si une technologie donnée
(Autriche), Université de Stuttgart (Allemagne), Université technique de Trondheim (Nor- peut garantir un ensemble d’objectifs sur les
vège), LQARS (Portugal), EDF (France), Cemagref (France), RMA (Autriche), Energos quantités et qualités des divers produits.
(Norvège), Tratolixo (Portugal), Valorsul (Portugal). Ainsi dans le cadre des études de cas envi-
L’objectif d’AWAST est de fournir aux différents acteurs de la filière de gestion des déchets sagées sur les trois villes associées au projet
municipaux un outil logiciel de simulation fondé sur l’analyse de procédés, incluant une (Orléans, Lisbonne et Stuttgart), le simula-
approche énergétique et économique. Le logiciel intégrera les aspects collecte, transport, tri, teur permettra notamment :
traitement biologique, traitement thermique et centre d’enfouissement technique. – une évaluation et une optimisation de l’exis-
La programmation d’AWAST, prévue sur 36 mois, est organisée en plusieurs tâches distri- tant, en termes de performances des procédés,
buées selon trois ensembles d’affinités techniques : de bilans énergétiques, de maîtrise des flux
– la modélisation et la simulation des paramètres et des filières en vue de bâtir une librairie résiduaires… ;
de modèles pour le simulateur, – l’investigation de solutions alternatives, en
– l’intégration de l’ensemble des modèles, le développement du simulateur et sa validation, fonction de nouvelles contraintes en particu-
– des applications concrètes pour la validation de l’outil, comprenant la définition de scé- lier réglementaires ou législatives ;
narii et la réalisation d’études de cas au moyen de la simulation. – la définition des marges de progrès pos-
La modélisation, phase conceptuelle du projet, concerne des aspects transverses comme la sibles, en fonction de l’évolution des gise-
description de la matière, des échanges énergétiques et des modèles économiques, et des ments de déchets et des technologies utilisées.
aspects focalisés sur les traitements dans les différentes filières.
La phase d’application et de validation de l’approche globale implique un partenariat avec Une méthode éprouvée fondée
trois villes européennes : Orléans, Stuttgart et Lisbonne. Le comité de pilotage réunissant les sur l’analyse de procédés
agences de l’environnement des pays partenaires du projet, les municipalités et des asso-
ciations pour le recyclage, définira des scenarii qui seront étudiés avec le simulateur. Ces Il n’est jamais aisé de faire des mesures dans
études serviront non seulement à valider l’outil technique de simulation mais aussi à véri- le domaine des déchets et elles sont souvent
fier l’adéquation de cet outil aux besoins des collectivités locales. coûteuses à acquérir. La simulation industriel-
le et ses méthodologies associées (échantillon-
nage, réconciliation des données, modélisa-
tion) offrent un moyen de maximiser l’exploi-
tation des données et d’améliorer leur précision
mais surtout la capacité d’obtenir un rapport
résultats/données extrêmement avantageux.
En premier lieu, on observe dans les bilans
existants des incohérences notables sur la
conservation de la matière à tous les stades du
système de gestion des déchets. Que ce soit sur
la quantité globale de matière ou sur les débits
de tel ou tel constituant, le bilan « entrées –
sorties » n’est jamais nul. Plusieurs raisons peu-
vent expliquer ces observations : erreurs de
mesure, erreurs d’échantillonnage, méthodes
de caractérisation et/ou sources de données
incompatibles… Le projet AWAST s’attache
donc à fournir des méthodes et des outils qui
permettent de « réconcilier les données », c’est
à dire de calculer des estimateurs cohérents (au
sens de la conservation de la matière) les plus
proches possibles des données (au sens de la
L’innovation majeure d’AWAST consiste re de l’amélioration des connaissances sur les précision des données).
en un simulateur modulaire. Chaque traitements et leurs évolutions. La fiabilité d’un simulateur réside surtout
« module » est constitué de « modèles » des Le logiciel, fondé sur les techniques d’ana- dans la qualité de ses modèles. Des modèles
différents procédés mis en œuvre. Les lyse des procédés et intégrant une approche académiques existent pour décrire le fonc-
modules pourront évoluer au fur et à mesu- énergétique, économique et environnemen- tionnement de la plupart des opérations uni-

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taires de l’industrie. Des efforts considérables précise de la matière traitée et de ses trans- Modélisation économique
ont été consentis pour rendre ces modèles uti- formations. Cette description doit être, La modélisation s’efforce, là aussi, de
lisables dans un contexte industriel (traitement d’une part, conforme aux possibilités de dégager des moyens de comparaison fiables.
des minerais et métallurgie par exemple), c’est caractérisation de la matière à un coût rai- Dans le cadre du projet, seuls seront pris en
à dire « suffisamment » prédictifs et « suffi- sonnable et, d’autre part, en adéquation compte les coûts directs (investissement et
samment » économes du point de vue des avec des normes ou des références sur la fonctionnement) des schémas étudiés. La
données nécessaires à leur utilisation. Un des qualité des produits, et donc conforme aux typologie des coûts et les données et hypo-
enjeux d’AWAST est d’adapter ces modèles et méthodes analytiques utilisées dans ces thèses des calculs apparaissent très claire-
de les valider pour des applications grandeur normes. ment et ne préjugent pas des modes de
nature à différents secteurs du traitement des Les problèmes se posent à deux niveaux financement.
déchets. sémantiques : un niveau de vocabulaire (de
Ainsi, la phase de R&D actuellement en quel déchet parle-t-on ?) et un niveau de Modélisation des procédés
cours se concentre sur la réalisation de modèles quantification (valeur et précision des Les procédés qui seront intégrés concer-
macro-phénoménologiques capables de pré- mesures). Dans un premier temps, les par- nent la collecte/transport, le tri, les traite-
dire le fonctionnement des différentes filières tenaires du projet se sont accordés sur une ments biologiques, les traitements ther-
de traitement et compatibles entre eux pour nomenclature exhaustive des flux et de leur miques et les décharges.
être utilisables au sein d’un simulateur global. description associée (la description ici est La démarche de modélisation est
Le développement des modèles repose sur qualitative ; elle intègre l’ensemble des « macro-phénoménologique ». Elle s’appuie
deux composantes importantes : grandeurs qui permettent de quantifier le sur des bases scientifiques éprouvées, soit sur
– des modules horizontaux intégrant les aspects flux mais non pas les valeurs). Cette « base des modèles existants qu’il faut rendre utili-
matière (caractérisation, standardisation, trai- de données » qualitative de flux permet de sables dans un contexte différent, soit sur des
tement des données), énergétiques et écono- définir à peu près toutes les configurations études académiques en laboratoire qu’il
miques locales et d’associer les différents traite- convient alors de valider au niveau pilote ou
– des modules verticaux intégrant ments dans un schéma cohérent. Dans un industriel.
collecte/transport, tri, traitements biologiques, deuxième temps, un travail sur la réconci- Sur chacun des procédés mentionnés ci-
traitements thermiques, CET… liation des données a été engagé pour dessus, des modèles sont en cours de finali-
quantifier correctement les flux. sation. Ils feront l’objet d’un « déliverable »
Les recherches du projet accessible sur son site officiel
Modélisation et bilan énergétique (http://awast.brgm.fr/). ■
en cours
L’évaluation des filières d’un point de vue
Modélisation de la matière énergétique, s’attache à trouver une base de Note :
comparaison qui intègre la nature de l’éner- (*) BRGM, Service environnement et procédés
Les modèles de matière sont un élément gie fournie ou consommée. L’objectif est de industriels, Avenue Claude Guillemin, 45060
Orléans Cedex 2 - Tél. : 02 38 64 36 29, fax : 02 38
fondamental du simulateur. Les modèles fournir un bilan énergétique global incluant
64 30 62, e-mail : awast@brgm.fr
des procédés requièrent une description les dépenses et les valorisations.

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