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Amour de Bonaparte pour son épouse


Jwe’phine.

Dans les premiers temps que le premier con—


sul habitaiUe palais de Saint—Cloud , il couchait
dans le même lit que sa femme. Plus tard, l’é— _
tiquette surviut , et . sous ce rapport , refroidit
un peu la tendresse conjugale. Lu effet, le pre
mier consul finit par habiter un appartement.
assez éloigné de celui de madame Bonaparæ.
Pour se rendre chez elle , il fallait qu‘il trawrsät
un grand corridor de service. A droite et à gau.
che habitaient les dames du palais , les dames
de service , etc. L0rsque le premier consul vou«
lait passer la nuit’avec sa femme, il se désl13.
billait chez lui , d‘où ilsortait en robe de chamx
bre et coiffé d'un madras. Je marchais devant
r ( 6

lui , un flambeau à la main. Au bout de ce cor—


l’ld01‘ était un escalier de quinze à seize marches ,
qui conduisait à l’appartement de madame Bo—
naparte. C’était une grandejoie pour elle quand
elle recevait la visite de son mari; toute la mai—
son en était instruite le lendemain. Je la vois
encore direà tout Venant , en frottant ses petites
mains. «Je me suis levée tard aujoureÏ/zui,
mais} voyez—veux , c’est que Bonaparte est
venu passer la nuit avec moi. » Ce jour—là
elle était plusaimable encore que de coutume ;
elle ne rcbulait personne , et on en obtenailtout
ce qu’on voulait.J'en ai fait pour ma part bien
des fois l’épreuve.
Un soir que je conduisais le premier consul
à une de ces visites conjugales, nous a_perçûmes
dans le corridor un jeune homme bien mis qui
sortait de l‘appartement d’une des femmes de
madame Bonaparte. Il cherchait à s’esquiver ,
mais le premier consul lui cria d'une voix forte:
quel estlà?votre
Qui est nom P C’étaitqzrefaz‘tes—vous
oùulIez-vousi’ tout simple‘menê‘l'
un valet de chambre (le madame B0naparte. ‘
Stupéfait de ces. interrogations précipitées , il
répondit d’une voix effrayée qu’il venait de faire
une commission pour madame Bonaparte.
'« C’est bien , reprit le premier consul, mais que
je nevous y reprenne pas. » Persuadé que le;
galant profiterait de'la leçon , le général ne

W-iM—MC‘Ï- A-«
(7)
chercha point à savoir son nom ni celui de sa
belle.
Cela me rappelle qu'il_fut beaucoup plus sé
vêœ à l‘égard d'une autre fc_mme de chambre de
madame Bonapartc. Elle étaitpæunc et très-jolie,
et inspira des seutimens fort tendres à deux
aides-de—camp , l‘.iM.li...et Ils soupiraienl‘.
sans cesse à sa porte , lui envoyaient des fleurs
et des billets doux. La ieune fille, du moins
telle fut l'0pim‘on générale de la maison, uelcs
payait d’aucun retour. Joséphiue l‘aimait l:eau-»
coup , et pourtant le premier consul s'étant
aperçu des galanteries de ces messieurs , se
montra fort en colère , et fit chasser la pauvre
demoiselle , malgré ses pleurs et malgré les priè—
ns de madame Bouaparte et celles du brave et
bon. colonel R... , qui jurait naïvement que la’
faute était t0uîe de son côté , quela pauvre pe
tite ne méritait que des éloges , et nie l‘avait
point écouté. Tout fut inutilec0ntre la résolution
du premier consul ,qui réponditiz tout en disant: '
« Je ne veux point de désordre chez moi, point'
_ de scandale.» * "
Il fallait pour subjuguer cette mm si forte ,
nuire chose que des charmes physiques, qui ne
peuvent , au plus, provoquer que des désirs.
Chez Joséphin‘e 5euleil'a trouvé un cœurmpæ
ble de comprendre le sien :, aussi l'a-kil aimée‘
de cet amour vrai qui résiste,au kmpm Ou peut
. 8_ v
juger de la violence de sa)passion par les lettres
qurl écrivait à sa femme quand il combattait
en Italie. Je vais donner des fragmcns de quel—
que:—uncs qui ne sont pas connues ; je les crois
fort curieuses :_ Napoléon ne pouvait pas aime!
comme un autre homme.

‘ a A?Ia’citoyeune Bonaparte , chez la ci—


toyenne Beau/zarnais , rue Chantereine ‘.;
n" (i , à Paris (Chaussée d’Antiu

« Ma chère amie ‘

«J’ai reçu toutes tes lettres , mais aucune n’a


fait sur moi l’impression de ta dernière : y pen
ses—tu , mon adorable amie , de m’écrire en ces
termes ? crois-tu donc que ma position n’est pas
assez cruelle , sans encore accroître rues .
regrets et; bouleverser mon ame 9 quel style 5
quels sentimens que ceux que tu peins! ils sont
de feu ,ils brûlent mon pauvre cœur. Mon uni—x
que Joséphine, loin de toi, il n’est point de
'gaité; loin'de toi ,p le monde est un désert où
je reste isolé , et sans éprouver la douceur de m é
pancber. Tu m’as ôté plus que mon ame , tu es‘
l’unique pensée de ma Vie. u
(i Aime-moi comme tes yeux ; mais ce n'est
pas assez, comme toi , plus que toi, que ton
<9)
esprit, ta vie, ton tout.Douee amie, pardonne«
moi, je délire. » t

«Adieu l adieu l' je me couche sans toi, je


dormirai sans toi, je t’en prie , laisse-moi dor
mir. Voilà plusieurs fois où jete serre dans mes
bras ; songe heureux l mais , mais ce n'est pas toi.»

« Ecris—m0i d'x pages , cel peut me consoler


un peu....., tu es malade , tu m’aimes, je t‘ai
affligée , tu es grosse , et je net: v rrai pas ?
cette idée me confond. J'ai tant de torts envers
toi, que je ne sais comment les expier. Je t’ac
euse de rester à Paris , et tu y étais malade.
Pardonne-moi , ma bonne amie , l’amour que tu
m‘as inspiré m’a ôté la raison ; je ne la retrou—
verai jamais, l‘on_ ne guérit pas de ce mal là. »
nonaa_logac - o...u....a.

» Tout s,mes pensées sont concentrées dans


ton alcove , dans ton lit, sur ton cœur. Ta ma«
ladie , voilà ce qui m’occupe la nuitetle jour...
Sans appétit , sans sommeil, sans intérêt pour
l’amitié pour la gloire , pour la. patrie. Toi ,
toi , et le reste du monde nÏexiste pas plus pour
moi que sÏil était anéanti. Je tiens à l’honneur:
parce que tu y tiens ;. à la victoire , parce que
cela te fait plaisir, sans quoi j‘aurais. tout quitté
ptur me rendre à '15» pieds. » .
-r..—.— -——’v v *

( 10 ) '
u Dans la lettre , ma bonne amie , aie soin
de me dire que tu es com aincue que je t‘aime
au-delà de ce qu'il csî possible dimagincr , que
tu es persuadée que tous mes instans le sont
consacrés, que jamais il ne se passe une heure
sans penserà toi, que jamais il ne m’est venu
dans l'idée de penserà une autre femme; qu’elle
sont toutesà mes yeux sans grâces, sans beauté,
sans esprit; que toi , toute entière , telle que je
te vois , telle que tu es ,. pouvais me plaire et
absorber toutes les facultés de mon ame , que tu
en as touché toute l'étendue , que mon cœur
n'a pas de replis que tu ne voies , point de
pensée qui ne te soit subordonnée.»
qu...cocoau.d(tnllonoc

«Te souviens—tu de ce rêve où j‘ôtais tes sou


liers, tes chiffons , et je te,faisais entrer toute
entière dans mon cœur? Pourquoi la nature
n’a—telle pas arrangé cela comme cela P il ya
bien des choses a faire.
....-..--.... vacun...

« Enfin, mon incomparable peti e mère , je


vais te dire mon secret ; moque-toi de moi ,
reste à Paris; aie des amans, que tout le monde
le sache, n’écris jamais; eh bien , je t’en aimerai
dix fois davantage. Si ce n’est pas là folie ,
fièvre, délire et je ne guérirai pas de cela...i’
Oh si par Dieu , j’en guérirai; mais ne vas pas
un dire que tu es malade, n’entreprends pas de
_ , . , .
te justifier.
t’aime Bon, DiEu
à la folie , tu mon
et jamais es partbuäe ,
pauvre cœur

ne cesserra d adorer son amie. )

« Adieu , ma bien—aimée , un baiser sur ta


bouche, un autre sur ton cœur , etun autre sur
ton petit faufan.....

q Bouumm. 3
Cet amour passionné de Bonaparte pour sa
femme , que lÎabsence semblait accroître tous
les jours , diminua subitement d’intensité lors
qu’il put se satisfaire à son gré. Tout en cou-
servant à Joséphine son estime et surtout son
amitié, il se permit quelques passades qui fu
rent, dans le temps, sues de tout le monde,
excepté , peut-être, de celle qui avait le plus.
d’intérêt à les connaître. En voici plusieurs
exemples.
Ianusie de Josépl‘zùxe..

CE fut, je crois , vers cette époque septum


bre 1801 ), quele premier consul s’éprit d’une
forte passion pour une jeune dame pleine d'es—
prit et de grâce , madame Madame Bus-
uapartc , soupçonuant cettcintrigue , en témuî‘+
gna- de la jalousie , et son époux. fii1ait tout otr

.I- v .._. - "-—\__


12 )
qu’il pouvait pour calmer,ses défiarices conju—*
gales. Il attendait , pour se rendre chez sa maî
tresse, que tout fût endormi 'au château , et
poussait même la précaution jusqu’à faire. le '
trajet qui séparait les deux appartemens, avec
un pantalon de nuit, sanssouliers ni pantoulles.
Je vis une fois le jour poindre , sans qu’il fût;
de retour , et craignant du scandale, j’allai,
d’après l’ordre que le premier consul ru’enjavait
donné lui-même, si le cas arrivait , avertir la
femme de chambre de Madame D...., pour -
. que , de son côté , elle allât dire à sa maîtresse
l’heure qu’il était. Il y avait à peine cinq mi—
nutes que ce prudent avis avait été donné .
lorsque je vis revenir le premier consul dans
une assez grande agitation , dont je connus
bientôt la cause : il avait aperçu 51 son retour
une femme de madame Bonaparte , qui le guet—
tait au travers d’une croisée d’un cabinM don
‘nant sûr le corridor. Le premier consul , après
une vigoureuse sortie contre la curiosité du beau
sexe , m’envoya vers la jeune éclaz’rezwe du
camp ennemi, pour lui intimer l’ordre de se
taire , si elle ne voulait point être chassée, et
de ne pas recommencerà l’avenir. Je ne sais
s’il n’ajouta pointà ces terribles menaces un ar—
gument plus doux pour acheter le silence'de la
en rieuse, mais crainte ou gratification , elle eut
c bon esprit de se taire. Toutefois l’amant heu—
( 13 )
rem: , craignant quelque nouvelle surprise ,' me
chargea de louer , dans l’allée des Veuves, une
petite maison, où Madame D.... et lui se réu—
nissaient de temps en temps.
Tels étaient et tels furent toujours les procé
dés du premier consul pour sa femme. Il était
plein d’égards pour elle , et prenait tous les soins
imaginables afin d’empêcher les infidélités qu’il
lui faisait d’arriverà sa connaissance; d’ailleurs ,
ces infidélités passagères ne lui ôtaient rien de
la tendresse qu’il lui portait, et quoique d’au
tres femmes lui aient inspiré de l’amour , aucune
n’a en sa confiance et son amitié au même point
qUe madame Bonaparte. Il en est de la dureté
de l’empereur et de sa brutalité avec les femmes
comme des mille et une calomnies dont il a été
l’objet. Il n’était pas toujours galant, mais ja—
mais on ne l’a vu grossier; et quelque singulière
que puisse paraître cette observation , après ce
que je viens de raconter ,' il professait la plus
grande vénération pour une femme de bonne
conduite , faisait cas des bons ménages ,
et n’aimait le cynisme ni dans les mœurs ni
dans le langage. Quandil a en quelques liaisons
illégitimes , il n’a pas_tenu à lui qu’elles ne fus
sent secrètes et cachées avec moi.
( 14 )'

Le cozzier; -
Après la campagne de Marengo , Bona—
parte s’éprit de madame 11.... et lui lit une cou 1':
assidue. S’étant aperçu qu’elle désiraitvivcrueut
un beau collier en diarnans dont elle avant parlé
(levant lui , il l’acheta et s’empressa de le lui
offrir , Madame li..... sut reconnaître comme
elle le deva‘t , la grâce de ce procédé.
Elle tenait catin l'objet (le ses désirs ; mais
_ comment faire pour s’en parer et pouvoir le
montrer à son mari i" ’ le cherche un moyen.
qui puisse sauver toutes les apparences, et elle
imagine de dire que sa. revendeuse à la toilette,
madame Iloël , lui a laissé un très—beau collier
dont on veut dix mille francs , payés (le suite ,
et que l’on veud'par besoin d’argent., Le comte
consent à voir le collier , promet de l’acheter ,
puis l’enferme dans son Secrétaire.
Avant de se rendre aux Tuileries , M. Il....a
va chez le joaillier Dubicf pour connaître la va‘
leur de ce collier , qui, disait-il, lui était due...
a Cet objet , ajoute R.....,_ me semble beaucoup
» plus précieux que ce que suis en droit
8 d’exiger. Je ne veux pas être en reste , esti—

» mez-le , et dites—moi franchementce qu’il vaut


» et à quel prix vous le prethez.— Je l'estime
»' quatre—vingt mille francs , répond Dubief.
,

. ( 15 ) \{ f
x .—-.— hprendriez—vous à‘ce prix? ——Oui, cer—
4» t31nement. —En ce cas . il est à vous , re
» mettezles fonds. »'
L’affaire terminée , le comte R.... se rend
au conseil—d’état, et rentre chez lui pour dîner 1
« — Ma bonne amie , dit-il à sa femme, j’ai
»» fait évaluer ie collier qu’on t’a présenté; je
‘ » l’ai vendu quatrewingt mille francs :. en voilà
» dix mille que tu-remettras à ta matclxande à
n la toilette, et en voilà cinq mille pour tes
.11 épingles. J‘espère que tu dois être contente. ».
, était trop fin pour ne pas avoir deviné le
dessous des cartes , et soixante—cinq mille francs.
lui parureut une indemnité suffisante qu’il crut
pouvoir s’adjuger sans scrupule. Napoléon ne
fut jamais instruit de cette consolation à l‘an—L
glaise. '
Les Actrices.

L’empereur eut quelquefois des fantaisies


pour des actrices dont la beauté était bien faite
pour le charmer; mais la plupart du temps ces
. liaisons se bornaicnt à un tête—à4ête de quelques
heures, et il n’y pensait plus. Une d’elles , ma—
demoiselle G......, qu’il avait fait venir déiä
plusieurs fois , poussa un jour l’ineonvenanee
jusqu’à lui demamler son portrait. Sa Majesté
tira de sa poche une pièce de vingt francs, la’
lui préænta et ne la revit plus. } '..;
i6 )
Une autre fois, il donna ordre qu‘on fitvenir
une actrice de la comédie française , mademoi
selle , 1’èr10nnnée pour le nombre de ses
annans et un luxe habituel d’expressions ordu
rières qui tranchait singulièrement avec sa figure
angélique. L’empereur était occupé avec un de
Ses ministres , lorsquelle arriva. Faliguée d’at—
tendre , elle pria qu’on voulût bien dire à l‘apo—
léon qu’elle étaitlà. «Qu’elle attende l » fut toute
la réponse du monarque. Enfin, au bout de
quatre heures , l’empereur la fait entrer , la re
garde un instant , et lui donnant une petite tape
familière : « Ce n’est qne cela , dit-il» ; puis il
lui tourne le dos , en donnant l’ordre qu’on lui
compte cinq cent francs. ,
Le peu (l‘attention que l’empereur avait pour
les femmes les blessait quelquefois, et -le plus
grand souVerain du monde fut souvent trompé
par ses maîtresses, sans plus de cérémonie que le
bienfaiteur d’une fille de l’Opéra. J’en citerai
pour preuve une anecdocte peu connue.
A son dernier passage à Milan , Napoléon
avait été frappé de la beauté théâtralede la can
tatrice Grazini , et plus encore des sublimes ae
cens de sa voix. Il lui fit de riches présens et
voulut l’attacher à sa cour. Il chargea Berthier
de conclure avec elle un traité assis sur de larges
bases , et de la lui amener à Paris. Elle fit le
VO) age dans la voiturernêmc du major—général.
Dotée de vingt mille francs par mois‘ , elle brilla
au théâtre et aux concerts des Tuileries , où sa .
voix fit merveille. Mais l’empereur, soigneux
d’éviter tout ce fini pouvait servir d’aliment à la
jalousie extrême de Joséphine, nelaisait à la
Grazini que de rares et courtes visites.
Une femme exigeante et passionnée ne pou—
vait s’accommoder d’amour sans soins et par
conséquent sans charmes. La cantatrice ita- -
lienne , dont l’imagination avait besoin d’être
occupée , s’éprit d’un violent amour pour le cé— .
lèbre violon Rode. Dans l’effervescence d’une ‘
passion toute récente , ils neprirent aucune pré—
caution , et bientôt leur liaison parvint aux
oreilles de l’empereur. '
Il fit un jourvenir F0uehé , alors miniStre
de la police générale, et lui dit qu’il s’étonnait
qu’avec son habileté reconnue il ne fit pas mieux
son métier et qu’il ignorât bien des choses qui
se passaient. « Il est vrai, Sire, répondit le mi
88858 nistre piqué , que l’on a trompé ma surveil- s.
lance ; mais je suis instruit de tout mainte—.
nant. Je sais, par exemple , qu’un homme de,
petile taille , vêtu d’une redingote bleue , avec.
un chapeau à trois cornes , sort tous les deux,
» jours du château entre huit et neuf heures du:
21 soir, par la petite porte du pavillon Marsan;
et qu’accempngné d’un seul homme ,A plus -'
a grand que lui , mais habillé de la même

mW m_vwvw‘w"Ï‘w':
H» w
( 19 ) .
manière , il monte dans un franc, et va ,6:
droiteligne , me Chantereiue , n" 28, chez la
Grazini. Le petit homme , c’est vous, Sire ,
88". à qui la belle cantatrice fait des irztidélités en
faveur de Rode , le violon , et le compagnon
a de Votre l‘.laiesté est le maréchal L‘uroc. »g
Napoléon , sans dire un mot , se mit à siffler
un air italien , et tourna/le dos à son ministre
qui se retira sans rien ajouter.
Le duc d’Ahrantès , que l‘empereur honorait
d’une intimité toute particulière , fut chargé par»
lui de faire l’eunuque noir auprès de l’infidèle
qui, indignée} refusa de scsoumettre au régi me
du sérail. Elle ne chanta plus aux concerts par—
ticuliers , et ne reçut plus , dès lors, aucune
gratification; on finit même par la priver de
son traitement, croyant la réduire parla {au
mine; mais sen amour pour Rode lui fit tout
supporter , elle reieta des offres plus brillantes
encore , qui lui furent faites par Berthier. Enfin
Napoléon , honteux d'avoir donné tant cic soins
à une femme q“;i s’en montrait si peu digne ,
lui intime. l‘ordre de quitter Paris et de retour«
ner en ltalie. Elle se refugia ê’aiacrdà Versailles
avec son amant , puis tous deux\ disparurent
pour aller chercher fortune en Russie.
Une liaison si sérieusa et si longue est peut.
être la seule que l'on puisse citer dans toute la;
vie de l’empereur
( I9 )
Le Camp de Boulogne..

‘ependant les troupes , et surtout les Offi


ciers , commençaient à s’ènnuyer de leur séjour
à Boulogne , ville moins propre que toute autre,
peut—être, à leur rendre supportable une exis—
tance inactive. On ne murmurait pas néam
moins, parce que jamais , où était le premier
consul , les murmures n’avaient pu trouver
place; mais on peslait tout bas de se voir re—
tenu au camp ou dans le port, ayant l’Angle—
terre devant soi , à neuiou dix. lieues de dis
tance. Les plaisirs étaient rares à Boulogne; les
Boulonnaises , jolies femmes en général, mais
extrêmement timides , n’osaient pas former de
réunions chez elles , dans la crainte de déplaire
à leurs maris , gens fort jaloux , comme le 50110
tous les Picaräs. l‘. y avait pourtant un beau
salon , dans lequel on aurait pu facilement dom
mer des bals et des soirées; mais , quoiqu’elleà
en eussent bien envie , ces‘ dames n’osaient pas.
s’en servir; il fallut qu’un certain nombre de
belles Parisiennes 1 touchées du triste sort de
tant de braves et beaux officiers , viussent à
Boulogne pour charnwr 'cs ennuis «Yen si long V
repos. L’exemple des .“a.rîrÎemtcs piqna les Ab-.
hevilloises , les l)nnläerquoise5, les Amiennoisrs ;
et bientôt Bmlgne fut rempli d'étrangers, sa
( 20 )
d’étrangères qui venaient faire les honneurs de
la ville.
Entre toutes ces dames , celle qui se faisait
principalement remarquer par un excellentton,‘.
beaucoup d‘esprit et de beauté , était un Dun
kerquoise nommée madame F....; , excellente
musicienne , pleine de gaîté , de grâces et de
jeunesse
ne fit point
; il était
tourner
impossible
bien des
quetêtes.
madame
Le colonel

Joseph, frère du premier consul , le général


Soult , qui fut depuis maréchal, les généraux
Saint-Hilaire et Andréossy , et quelques autres
grands personnages , furent à ses pieds. Deux
seulement , dit-on , réussirent à s’en faire aimer ,
et de ces deux, l’un était le colonel Joseph , qui
passa bientôt dans la ville pour l’amant préféré
de madame F 'La' belle Dunkerquoi5e don
nait souvent des soirées , auxquelles le colonel
Joseph ne manquait jamais d’assister. Parmi
tous ses rivaux , et certes il en avait b0n nom
bre , un seul lui portait ombrage : c’était le gé
néral Soult. Cette rivalité ne nuisait point aux
intérêts de madame F.... ; en habile tacticienne,
elle provoquait adroitement la jalousie de ses
deux soupirans , en aeœptant tour à tour de
chacun d’eux les complimens , les bouquets de
roses , et mieux que cela quelquefois
Le premier consul , informé des amours de
son fière, eut un soir la fantaisie d‘aller s’é—
( a:
gayer au petit salon de madame F.... , qui était
tout bonnement une chambre au premier étage
de la maison d’un menuisier , dans la rue des
Minimes. P0ur ne pas être reconnu, il s’habilla
en bourgeois, et mit une perruque et des lu—
nettes. Il mit dans sa confidence le général Ber
trand , qui était déjà en grande faveur auprès
de lui, et qui eut soin de faire aussi tout ce
qui pouvaitle rendre méconnaissable.
Ainsi déguisés , le premier consul et son
compagnon se présentèrent chez madame F....
et demandèrent monsieur Arcambal. Le plus
sévère incognito fut recommandé à M. Arcam
bal par le.premier consul, qui n’aurait pas
voulu, pour tout au monde , être reconnu. M.
Arc_amhal promit le secret. Les deux visiteurs
furent annoncés sous le titre de commissaires
des guerres.
Ou jouait à la bouillotte :jl’or couvrait les
tables , et le jeu et le punch absorbaient à un
tel point l'attention des joyeux habitués qu’au—
’ eun d’eux ne prit garde aux ipersonnages qui
vmaientd’entrer. Quantà la maîtresse du logis,
elle n’avait jamais vu de près le premier consul
ni le général Bertrand ; en conséquence; il n’y
avait rienà craindre de son côté. Je crois bien
une le colonel Joseph reconnut son frère , mais
il ne le fit pas voir.
. Le, premier consul , évitant_de son mieux les
t. 22
t‘egards, épiait ceux de son frère, et de madame
F... Convaincu de lettr intelligence , il se dispœ
sait à quit‘.cr le salon de’ la jolie Dunkerquoise,
lorsque Celle-ci , tenant beaucoup à ce que le
nombre de ses convives ne diminuât pas eue
cure , courut aux deux faux commissaires des
guerres , et les retint gracieusement , en leur
disant qu’on allait jouer aux Petits jeux , et
qu’ils ne s’en iraient pas avant d’avoir donné .
des gages. Le premier consul ayant consulté des
yeux le général Bertrand , trouva plaisant de
rester pour jouer aux jeux innocens.
Effectivement, au bout de quelques minutes,
sur la demande de madame F..., les joueurs
désertèrent la bouillotte , et vinrent se ranger en
cercle autour d’elle. Un commença par danser
la boulangère ; puis les jeux innocens allèrent
leur train. Le tour vint au premier consul de
‘ donner un gage. Il fut d’abord très—embarrassé ,
n‘ayant sur lui qu’un morceau de papier sur -
lequel il avait crayonné les noms de quelques
colonels; il c0nlia pourtant ce papier à madame
F... , en la priant'de ne point l’ouvrirx La vo—
lonté du premier consul fut respectée , et le'pa.
pier , jusqu’à ce que le gage eût été racheté ,'
resta sur les genoux de la belle dame. Ce mo—
ment arriva, et l'on imposa au grand capitaine
la
dissingulière
que madamepénilettce
F... l, (leavec
faire
le lecolonel,
portier , tan,
J03epli
( 23 >
ïeraient le voyage à Cyt/æ‘re dans Une pièce
voisine. Le prunier consul s‘acquitta de bonne
grâce du rôle qu’on lui faisait jouer; puis ,après
les gages rendus, il fit signe au général Bertrand
de le suivre. lis sortirent; et bientôt le menui—
sier, qui demeurait au rende—chaussée , monta
pour remettre un petit billet à madame... Ce
billet était ainsi conçu :
« Je vous remercie , madame , de l’aimable
accueil que vous m’avez fait. Si vous venez un ‘
jour dans ma baraque, je ferai encore le portier ,
si bon vous semble ; mais cette fois je ne lais—.
serai point à d'autres le soin de vous accompa—
gner dans le voyage à Cythère.

t Signé Bouamnrn. »

I.a jolie Dunlœrquoise lut tout bas le billet ;


mais elle ne laissa point ignorer aux donneurs
de gages qu’ils avaient reçu la visite du premier
consul. Au bout d‘une heure on se sépar'a , et'
madame F... resta seule à réfléchir sur la visite
et le billet du grand homme.
Bonaparte en Egypte.
Vers la mi-scptembrt‘ de l’année ryqq , BO—
hapartc fit venir dans la maison d'EIfy-BeV ""6
demi—douzaine de femmes d’Asie , dont‘0n 1*“
. . ‘ ( 24 ) ,
vantait les graces et la beauté ; mars leur tour"
nure et leur Obésité les firent renvover tout de
- suite. Peu de jours après , il se pritdune bellc
passion pour madame F... femme d’un lieu
y . tenant dinfanterie : elle était trè&jolie , et l’ex
« trême rareté en Egypte de femmes qui puss'en
laire aux Européens rehaussait encore'ses at
traits. ll lui‘fit meubler une maison qui touchail
au palais d’lfllfy—Bey que nous habitions. Il lui
. prenait souvent fantaisie, vers les trois heures;
.7
de faire commander le dîner chez elle : jy allais
seul avec lui à sept heures, et je m’en allaisâ
neuf heures. .
Cette liaison fut bientôt la nouvelle du quar
fier-général et devint le sujet de toutes les con
versations. _
Par un ménagement délicat pour M. F... l«
général en cheflui donna une mission pour l
directoire. L’officier alla s’embarquer :‘r Alexau
drie. Lebâtiment tomba au pouvoir des Anglais
Iril‘ormés des causes dcla mission , ils eurent l:
etitc malice de renvoyer en Egypte le porteuw
de dépêches , au lieu de le garder prisonnier.
Bonaparte désirait ardemment avoir un enlau
de cette jolie femme. Je lui en parlais au (léjeir
ner que nous faisions souvent tête«à-tête. u Q"!
» voulez—vous? répondait«-il , la petite sotte....l
» n’en peut pas faire. »
fille de son côté , lorsqu'on lui f aisait‘ sent
v
-armr<r*- '» '. “WW

. . ( 25 ) . .
’ Îe grancl avantage d'avoir un enfant de Bang—
jar-te , nous rèpondait : Majbi 1... ‘ce n'est pas
" ana faute. n ‘

xï/‘n chapitre entier des Mémoire; de Caniv


' tant , premier valet de chambre de
l’empereur.

Sa Majesté avait coutume de dire que l’On


‘à'econnaissait un 110nnête homme à sa c0nduite
i œnvers sa femme, ses enfans et ses domestiques ,
jet j’espère qu’il ressortira de ces mémoires que
“l‘empereur , sous ces divers rapports , avait la
'(‘0nduiæ d'un honnête homme , telle qu’il la
‘ définissait. Il disait encore que l'imm0rali‘lê
était le vice le plus dangereux dans un souve—
‘ àa’iu , parce qu il faisaitloi pour les sujets. Ce
qu’il entendait par inznwralité , c’était sans
doute une publicité scandaleuse donnée à des
Iiaisons‘qui devraient toujours rester secrètes :
'car peur ces liaisons en ellcsanêïne5 , il ne les
repoussàit pas plus qu’un autre lorsqu’elles ve—
e
naient se jeter à sa tête. Peut—être tout autre ,
flans la même position que lui , entouré de 56—
ductions , d’attaques et d’avances de toute es—
pèce , aurait moins souvent encore résisté àyla
' tentation. Pourtant à Dieu ne plaise queie veuille
prendre ici la défense de Sa Majesté sous ce
.-e—
;rapp0rt’; je Conviendrai‘même , si l’on veut ,
maure. ' 2
r ( 25 ) .
que sa conduite n’offrait pas l'exemple de l'au-- '
leord le plus parfait avec la morale de ses dis—
cours ; mais on avouera aussi que c'était beau-‘
coup , pour un souverain , de cacher avec le
plus grand SOin ses distractions au public, pour
qui elles auraient été un sujet de scandale, ou,
qui pis est, dimitation , et à sa femme, qui en
aurait éprouve: le plus violent chagrin. Voici ,
sur ce chapitre délicat, deux ou trois anecdotes
qui me reviennent maintenant à'l'esprit, et qui‘
sont, je ci‘0is , à peu près de l'époque à laquelle
ma narration est parvenue. ‘
L’impératrice Joséphine était jalouse , et mala
gré la prudence dont usait l’empereur dans ses
liaisons Secrètes, elle n’était pas sans êtrequeh
quefoxS informée de ce qui se passait. \
L’empereur avait connu à Gênes madame
Gazaui , fille d’une danseuse italienne, et il\
continuait de la revoirà Paris. Un jour qu’il
avait rendez-vous avec cette dame dansles pctlts
appartemens, il m’ordonna de rester dans sa
' chambre , et de répondre aux‘peisonms qui la
‘ demanderaient , fût—ce même Sa Majesté l’im*
A péralrice , qu’il travaillait dans son cabinet avec
un ministre»
Le lieu de l‘entrevue était l‘ancien apparte
ment occupé par M. de Bourricnne , dont l’t‘Se
calier donnait dans la chambre ä coucher de Sa
' . .avait été arrangé et
( 2
décoré fort simplement ; il avait une seconde
sortie sur [escalier , (lit l’escalier noir , parce
qu’il était sombre et peu éclairé. C’était par là
qu’eutrait madame Gazani; Quant à l’empe«
reur , il allait la trouver par la première issue.
Il y avait feu d'instaus qu’ils etaient réunis ,
quant l’impératrice entra dans la chambre de
l’empereur , et me demanda ce que faisait son
époux. «Madame , l’empereur est fort occupé
p en ce moment ; il travaiIle dans son cabinet
8'UU avec un ministre. —Coustaut , veux entrer.
—Cela est impossible , madame , j'ai reçu
l’ordre formel de ne pas déranger Sa Majesté,
v pas même pour Sa Majesté l’impératrice. »
Là—dcssus , celle—ci s‘en retourna mécontente et
mime courroucée. Au bout d’une demi heure ,
elle revint, et comme elle renouvela sa de.
mande , il me fallut bien renouveler ma réponse.
J‘étais désolé de voir le chagrin de Sa Majesté
l‘impératrice, mais je ne pouvais manquera ma
consigne. Le même soir , à son coucher , l’em
perrm‘ me dit, d'un ton fort sêyère , que L’im«
pératrice lui avait assuré tenir de moi que’,
lorsqu’elle était venue le demander , il étaiten
fermé avec une dame. Je répondisà l’empereur ,.
sans me troubler , que certainement Il ne pou—
vait_. croire cela. « i\’ou , reprit Sa Majesté , t'e-J_
» venant au ton amical dont elle m'honoraif
» habituellement ', je vous connais assez pont“
(de > .
» être assuré de votre discrétion; mais malheur
» aux sots qui bavardcnt , si je parviensà les
» découvrir.» Au coucher du lendemain x l’im«
pératrice entra comme l’empereur se mettait au
lit , et Sa Majesté lui dit devant moi ; « C’est
» fort mal , Joséphine , de prêter des mensonges
» à ce pauvre Constant, il n’était pas liommeà
J.) vous faire un conte connue celui que vous
» m’avez rapporté. » L’impératrice sbssitsur le-‘
bord du lit, se prit à rire * et mit sa jolie petite
main sur la bouche de son mari. Comme il était
question de moi , je me retirai. Pendant quel
ques jours , Sa Majesté l'impératrice fut froide
et sévère envers moi ; mais comme cela lui était
peu naturel, elle reprit bientôt cet air de bonté
qui lui gagnait tous les cœurs., *
Quand à la liaison de l‘empereur avec madame
Gazani , elle dura à peu près un au; encore les
rendez-vous n’avaient lieu qu’à des époques assez
éloignées.
Le trait de jalousie suivant ne m’est pas aussi
personnel que celui que je viens de citer.
Madame de l*** , femme d‘un de messieurs.
les préfets du palais , et celle de ses (lames.
d‘honneur que Sa Majesté l’impératrice aimait
le plus , la trouva un soir tout en larmc5et de;
sespérée. Madame de Il“* attendit en silence,
que Sa Majesté daiguât lui apprendre la cause
de ce violent chagrin._zèlle u'a_ltendit pas long}.

... -. _- «. _
<2 .
temps. A peine était-elle'cntrée dans le salon ,
que Sa majesté s’écria : v( Je suis sûre qu'il est
» maintenant couché avec une femme. Ma chère
» amie , ajouta-t—elle continuant de pleurer ,
» prenez ce flambeau et allons écouterà sa porte:
» nous entendrons bien. » Madame de R*** fit
tout ce qu’elle put pour la dissuader de ce pro—
jet; elle lui représenta l’heure avancée , l’obscu
rité du passage , le danger qu’elles couraient
d’être surprises; maistout fut inutile. Sa Majesté
lui mit le flambeau dans la main en lui disant :
« Il faut absolument que vous m’accompagnez.
» Si v0us avez peur, je marcherai devant vous.»
Madame de R*** obéit, et voilà les deux. dames
s’avancant sur la pointe du pied dans le con i
dor , à la lueur d‘une seule bougie que l‘air
agitait. Arrivées à la porte de l‘antichambre (lè
l’empereur , elles s’arrêtent , respirant à peine 7.
'ct l’impératrice tourne doucement le bouton;
Mais au moment où elle met le pied dans l‘ap_
parlement, Roustan qui y couchait, et qui était
profondümwt endormi , poussa un ronflement,
formidable et prolongé. Ces dames n’avaient pas
pensé apparemment qu’il se trouverait là , et
madame de R*“* s'imagi'nantle voir déjà sautant
à bas du lit , le sabre et le pistolet au poing *
tourne les talons et se met à courir de toutes ses
forces ,V son f'amhcau à la main , Vers l’aie .artc‘
ment de limyë’ratrice , laissant celle—ci dans à
, ' Ù
, .4, 1‘;
\
< 3° >
plus complète obscurité. Elle ne reprit haleinet
,
que dans la chambreà coucher de l'impératrice ,1_
ct ce ne fut aussi que là qu’elle se souvint que.
celle—ci était restée sans lumière dans les corri-_.
dors. Madame de R*"* allmt retourner à sa ren-.
contre, lorsqu’elle la vit revenir se tenant les
côtés de rire, et parfaitement consolée de son
chagrin par cette burlesque aventure. Madame
de ‘\*** cherchait à s’excuser : « Ma chère amie ,‘
» lui dit Sa Majesté , vous n’avez fait que me
)_) prévenir. Cc buter de Roustanm’a fait une
y» telle peur , que je vous aurais donné l'exem—.
>- ple de la fuite , si vous n’aviez pas été encore;
» un peu plus poltronne que moi. » '
Je ne sais ce que ces dames auraient décou
vert si le courage ne leur eût manqué avant
d'avoir mené à fin leur expédition; rien du tout,F
peut-'tre , car l‘empereur ne recevait que rare
ment aux Tuileries la personne dont il était épris
pour le moment.‘0n a vu que, sousle consulat,
il donnait ses rendez-vous dausune petite mai—v
son de lalléc des Veuves. Empereur , s’était en—
core hors du château qu’avaient lieu ses entre—
vues amoureuses. Il s’y rendait incognito la
nuit , et s‘exposait à toutes les chances que court
un homme à bonne fortunes.
Un soir, entre onze heures et minuit, l'em—
pereur me fait appeler , demande un frac noir
ct un chapeau rond , et m’ordonne de le suivre.
’ ( 31
Nous montons , le price Murat troisième, dans,
une Voiture de couleur sombre ; César condui«
sait. Il n’y avait qu’un seul laquais pour ouvrir
la portière , et tous deux étaient sans livrée.
Après une petite course dans Paris ,l'empereur
fit arrêter dans la rue de... Il descendit, fit
quelques pas en avant, frappa à une porte co
ehèrc et entra Seul dans un] hôtel. Le prince et
moi étions restés dans la voiture. Des heures se
passèrent , et nous commençâmes à nous in
quiéter. La vie de l’empereur avait été assez son!
Vent menacée pour qu’il ne fût que tr0p naturel
de craindre querque nouveau piége ou quelque
surprise. L’imagination fait du chemin lors«
qu’elle est poursuivie par de telles craintes. Le
prince Mnrat jurait et inaudissait énergique-’
ment tantôtl’imprndenœ de Sa Majesté , tantôt
sa galanterie , tantôt la dame et 505 complai
sances. Je n’étais pas plus rassuré que lui , mais ,
plus calme , je cherchais à le calmer. Enfin, ne
pouvant plus résister à son impatience, leprince
sélance hors de la voiture , je le suis , et il avait
la main sur le marteau de la porte lorsque l’em
pereur en sortit. Il était déja grand jour. Le
prince lui fit part de nos inquiétudes et des ré—
flexions que nons avions faites sur sa témérité.
a Quel enfantillagel dit là—dessns Sa Majesté,
«» qu’aviez-vous tant à craindre i’ partont_oü je
m, suis ne suis—je pas chez moi P)
< 32 >
C’était bien volontairement que quelques ha—
bitués de la cour s’empressaient de parler à
l’empereur de jeunes et jolies personnes qui dé—
siraient être connues de lui , car il n’était nulle—r
ment dans son caractère de donner de pareilles
commissions. Je n’étais pas assez grand seigneur
pour trouver un tel emplm honorable ; aussr
n ai—je jamais voulu me mêler des affaires de ce
genre. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été
indirectement sondé, où même ouvertement sol
licité par certaines dames qui ambitionnaient le
titre de favorites , quoique ce titre ne dounât
que fort peu de droits et de privilèges auprès de
l’empereur; mais encore une fois je n’entrai5
oint dans de tels marchés; je me contentais de
m’occuper des. devoirs. que m’impOSait ma place,
non d’autre chose ; et quoique Sa Majesté prit
plaisir à ressusciter les usages de l’ancienne mo«
_narchie , les secrètes attributions du premier
valet de chambre ne furent point rétablies , et je
me gardai bien de les réclamer.
Assez d’autres ( non des valets de chambre )
étaient moins scrupuleux que moi. Le général
L... parla un jour à l’empereur d’une demoi.
selle fort johe , dont la mère tenait une maison
de jeu , et qui désirait lui être présentée. L’etng.
*reur la reçut une seule fois. Peu de jours
après elle fut mariée. A quelque trmps .de là,_
Sa Majesté voulut la revoir et la redemande.
. < 3.3 ,>.
Mais la jettnefemrne répondit qu’elle ne s’ap
partenait plus , et elle se refusa à toutes les offrés
qui lui furent faites. L’empereur n’en parut nul—
lement mécontent ; il loua au contraire madame
de sa fidélité à ses devoirs et approuva
fort sa conduite.
Son altesse impériale la princœse Mural avait,
en 1804, dans sa maison une jeune lectrice ,
\ mademoiselle 15.... Elle était grande, svelte ,
bien faite, brune avec de beaux yeux noirs ,
ViVe et fort coquette , et pouvait aroir de dix—
sept à dix«lruit ans. Quelques personnes qui
croyaient avoirintérêt à éloigner Sa Majesté de
l’impératrice sa femme , remarquèrent avec plai-«
sir la disposition de la lectrice à essuyer le pou
voir de ses œillades sur l’empereur, et celle de
ce dernier à s’y laisser prendre. Elles altisèrent
adroitement le feu , et ce fut une d’elles qui se
chargea de toute la diplomatie de cette affaire.
Des dispositions faites par un tiers furent sur-«
let—champ acceptées. La belle E.... vint au châ-’
teau , en secret , mais rarement , et elle n’y pas
sait que deux ou trois heures. Elle devint gressa.
L’empereur fit louer pour elle , rue Chantereine ,'
un hôtel ou elle accoucha d’un beau garçon qui
fut doté dès sa naissance de 30 , 000 francs de
rente. On le confia d’abord aux soins de rna— .
dame L.... , nourrice du prince Aclrille Mnrat ,
laquelle le garda trois ou quatre ans. Ensuite
i
( 34 >
M. M.... , secrétaire de Sa Majesté , fut chargée
de pourvoir à l’éducation de cet enfant. LorsqueÏ
l’empereur revint de l‘île d’Elbe , le fils de ma-.
demoisrlle fut remis aux mains de Sa Ma—
jesté l’impératrice mère. La liaison de l’empereur
avec 1‘nadrmoiselle ne dura pas long—temps.
Un jourpn la vit arriver avec sa mère à Fon«
'tainelilcau , où se trouvait la cour. Elle monta
iÜ‘appartenuentde Sa Majesté, et me demanda
de lannoncer. L’empereur fut on ne peut plus
mécontent de cette. démarche , et me chargea
d‘aller dire de sa part à mademoiselle qu’il
lui défendaitde jamais se Présenter devant lui
sans sa prrmisàion et de s<‘;ouruer un instant de.
plus à Fontainebleau. Malgré cette rigueur pour
la mère , l‘empereur aimait tendrement le fils;
Je le. lui mneqais souvent; il le caressætiÏ , lui
donnait cent friandises , et s‘amusait beaucoup...
de sa vivacité et de ses reparties , qui étaientt
très-spirituelles pour son âge.
Cet enfant et celui de la belle Polonaise don!
je parlerai plus tard sont, avec le roi de Home ,5
les seuls enl‘ans qu‘ait eus l’empereur. Il n‘a ja« ‘
tirais en de filles , et je crois qu’il n’aurait pas
aimé à en avoir.
A J’ai Vu le ne sais où,que l'empereur,penâan‘
le séjour le plus long que nous ayons fait à
Boulogna , se délassa‘it la nuit destravauX dela
journéeavec une belle italienne. Voici ce que je.
( 35')
_ Sais de cette aventure. Sa Majesté‘se plaignait
un matin , pendant que je l‘habillais , en pré—
sence du prince Murat , de ne voir que des
figures à moustaches , ce qui, disait-elle, était
fort triste. Le prince toujours prêt , dans les 0e—
easions de ‘ce genœ , à offrir ses serviœs à son
beau-fière, lui parla d‘une dame génoise belle et
spirituelle, qui avait le plus grand désir devoir
Sa Majesté. L’empereur accorda , en riant, un
tête-à—lête, et le prince se chargea de tran‘s—
mettre le message. Il y avait deux jours que‘ ,
par ses soins , la belle clame était arrivée et iris
tallée dans la haute ville, lorsque l’empereur , ,
qui habitait au Pont de_Briques , m’ordonna un
soir de prendre une voiture et d’aller chercher
la protégée du prince Mural. J’obe’is et l’amenai
la belle Génoise , qui, pour éviter le scandale ,
bien qu’il fit nuit dose , fut introduite par un
petit jardin situé derrière les appartemens de Sa
Majesté. La pauvre femme était bien émue et
pleurait ; mais elle se. consola promptement en
se voyant bien accueillie: l’entrevue se prolongea
jusqu’à trois heures du matin , et je fus alors
appelé pour reconduire la clame. Elle revint ,
depuis , quatre ou cinq fois et revit cncorel’em
pereur à Rambouillet. Elle était bonne, simple,
crédule’ct point du tout intrigante, et ne clier
cha point à tirer parti d”une liaison qui , du
reste, ne fut que passagère. ' '
. < 36 .
Une autre de ces favoriies d‘un m0ment qtti
se précipitaient en quelque sorte dans les bras
de l'empereur , sans lui donner le temps de lui
_arlresser ses hommages, mademoiselle L. B. était
. "';unc fort jolie personne 5 elle avait de l’esprit et
un bon cœur, et si elle eût reçu une éducation
moins frivole , elle aurait été sans doute une
femme estimablc. Mais j’ai tout lieu de penser
que sa mère avait toujours en le dessein d’ac4
quérir un protecteurà son second mari , en uti—
»Iisarpt l't jeunesse et les attraits de la fille de son
premier; je ne me souviens pas de son nom,
mais il était d'une famille noble, ce dont la mère
et la fille se félicitaient beaucoup. La jeune per—
sonne était bonne musicienne , et chantait agréa-*
' blement; mais ce qui me paraissait aussi ridi—
cule qu’indéeent, c’était de la Voir devant une
assez nombreuse compagnie réunie chez sa‘ mère ,
danser des pas de ballet, dans un costume pres—
que aussi léger qu’à [Opéra , avec des casta
;Ênettes ou un tambour de basque , et terminer
sa danse par une répétition d’attitudes et de
grâces. Avec une pareille éducation, \elle devait
. trouver sa position toute naturelle; aussi fut—
elle fort chagrine du peu de durée qu’eut sa
,' liaison avec l‘empereur. Pour la mère , elle en
était désespérée , et me disait avec une naïveté
'1-évoltante: «Voyez ma pauvre Lise, comme
« elle a le teint échauffél c’est le chagrin de se
» voir
( 3 .
» voir négligée , cette chère enfant. Que vous
» seriez bon si vous pouviez la faire demander Ï »
Pour provoquer une entrevue dont la mère etla
fille étaient si désireuses , elles vinrent toutes
deux à la chapelle de Saint—Cloud , où pendant
la messe la pauvre Liselançait à l’empereur des
œillades qui faisaient rougir les jeunes femmes
qui s’en aperçurent. Tout cela fut' du temps
perdu , et l’empereur n’y fit nulle attention.
Le colonel L. B. était aide-de-camp du géné—
ral L....., gouverneur de Saint-Cloud; le géné
ral était veuf, et c’est ce qui peut faire excuser
l’intimité de sa fille unique avec la famille L. B.... ,
qui m’étonnait beaucoup.Un jour que je dînais
chez le colonel avec sa femme , sa belle-fille et
mademoiselle L.... , le général fit demander
son aide-deæamp , et je restai seul avec ces
dames , qui näc sollicçtètent vivement de les ac-_
compagnerclicz mademoiselle Lenormand. J’au
rais en mauvaise grâce à. ne pas céder. Nous
montc‘rm'es en voiture, et arrivâmes 1‘uedeT0ü;‘
non. Mademoiselle L. B... entra la première dans
l’antre de la sibylle , y'resta long—temps , mais
fut fort discrète sur ce quilui avait été dit. Pour
mademoiselle , elle nous dit fort ingénu
ment qu’elle avait de bonnes nouvelles, etqu’elle
{penserait bientôt celui qu’elle aimait ; ce qui.
en effet ne tarda pas. Ces demoiselles me pres—:
sËreut de consulter à‘ mon tour la.propliétesseqi ’
( 38 )
et m’aperçus bien que j’étais connu, ou ma.
demoiselle Lençrmand vit tout de suite dans ma
main que j’avais le bonheur d‘approcher d’un
grand homme et d'en être aimé ;puis elle ajouta
mille autres balivmncs de ce genre dont je la
remerciai au plus vite , tant elles m’ennuyaient.

Là belle Polonaise.

A Varsovie, où Sa Majesté passa tout le mois


de janvier 1807 , elle habitaitle grand palais.
La noblesse polonaise , empressée à lui faire la
cour, lui donnait des fêtes magnifiques , des
bals très—brillans , auxquels assistait tout ce que
Varsovie renfermait à cette époque de riche et
de distingué. Dans une de ces‘ réuuionS , l’em
pereur remarqua une jeune Polonaise, madame
, âgée de vingt—deux ans , et nouvelle.
ment mariée à un vieux noble, d'humeur sévère -,
de mœurs extrêmement rigides , plus amoure'ux >
de ses titres que de sa femme , qu‘il aimaitporm
tant beaucoup, mais dont, en revanche, il était
plus respecté qu’aimé. L’empereurvit cette dame
aVee plaisir , et se sentit entraîné vers elle au
premier coup—d’œil. Elle était blonde, elle avait
les yeux bleus et la peau du ne blancheur éblouis—
sante ; elle n’était pas grande , mais parfaite—‘
ment bien faite et d’une tournure charmante.
L’empereur s’élantapproehé d’elle , entama aus—

MHV _‘
.. . ( 39 ) _
sntot-une conversation qu’elle soutint avec beau—s
coup de grâce et d’esprit , laissant voir qu’elle
avait reçu une brillante éducation. Une teinte
légère de mélancolie répandue sur toute sa per—'
sonne la rendait plus séduisante encore. Sa Ma
jesté crut v-oireu elle une femme sacrifiée , mal
heureuse en ménage , et l’intérêt que cette idée
lui inspira le rendit plus amoureux, plus pas—
sionné que jamais il ne l’avait été pour aucune
femme. Elle dut s’en apercevoir.
Le lendemain du' bal l’empereur me paru!
dans une agitation inar;coutumée. Il se levait,
marchait, s’asseyait et se relevait de nouveau ;
je croyais ne pouvoir jamais venirà bout de sa
toilette ce jour-là. Aussitôt après son déjeuner,
il donna mission à un grand personnage queje
ne nommçrai pas , d‘aller de sa part faire une
visite à Madame......., et luipréseu‘tcr ses hom
mages et ses vœux. Elle refusa fièrement dés
pr0positions tr0p brusques peut—être , ou que
peut-être aussi la coquetterie naturelleà toutes
les femmes lui recommandait de repousser; Le
héroslui avait plu , l’idée d'un amant tout res—
plendissant de puissance e1(le gloire fermentait
_sans doute avœ violence dans sa 'tête , mais
jamais elle n’avait eu l’idée de se* livrer. ainsi
sans combat. Le grand personnage revint tout
eonfuset bien étonné de ne pas avoir réussi dans
sa négociation. Le jour d’après , . au lever îglg
( 40
l’empereur , je le trouvai eitcore pré0cupe’. Il ne
me dit pas un mot , quoiqu’ileût assez l’habi—
tude de me parler. Il av ait écrit plusieurs foisla
veille à madame V .... , qui ne lui avait pas
répondu. Son amour—propre était vivementpiqué
d’une résistance à laquelle on ne l'avait pas ha—
bitué. Enfinil écrivit tant de lettres et si tendres 5
si touchantes , que madame céda. Elle
e0nsentit à venir voir l’empereur le soir entre dix
et onze heures. Le grand personnage dont j’ai
parlé reçut l’ordre d’aller la prendre en voiture
dans un endroit désigné. L’empereur, en l’ab
tendant, se promenait à grands pas, et témoi
gnait autant d’émotion que d’impatience; à cha-*
que instant il me demandait l’heure. Madame
, arriva enfin , mais dans quel état! pâle ,
muette et les yeux baignés de larmes. Aussit(t
qu’elle parut , je l’introduisis dans la el1amhxe
de l’empereur , elle pouvait à peine se soutenir
et s’appuyait en tremblantsur mon bras. Quard
je leur. fait entrer, je me retirai avec le persox .
nage qui l’avait amenée. Pendant son tête-à—tête
avec l’empereur , madame pleurait et
sanglot’œit tellement , que , malgré la distance,
je l‘entendais gémir de manière à me fendre le
cœur. Il est probable que dans ce premier en
tretien , l'empereur ne put rien obtenir d’elle.
Vers deux heures du matin, Sa Majesté m’ap—l
pela.‘ J’accourus et je vis sortir madame ,
, ( 4!
le mouchoir sur les yeux et pleurant encore à
chaudes larmes. Elle fut rèconduite chez elle par
le même personnage. Je crus bien qu’elle ne
reviendrait pas. .
Deux ou trois jours après néanmoins , ÿà peu
près à la même heure que la première fois, ma«
dame revint au palais; elle paraissait
plus tranquille.La plus vrve émotion se peignait
encore sur son charmant visage ; mais ses yeux
au moins étaient secs et ses, jettes moins pâles.
Elle se retira le matin d‘assez ‘houne heure, et
continua ses visites jusqu’au meurent du départ
de l’empereur.
Deux mois après , l‘empereur , de son quaro
fier—général de l’inkcstciu , écrivit à madame
, qui s’empressa d’encourir auprès de lui..
Sa Majesté lui fit préparer un appartement qui
communiquait avee‘le sien. Madame V...‘.. si
établitet ne quitta plus le palais de l"inltensteîn,
laissant à Varsovie son vieil époux qui, blessé
dans son honneur et dans ses affections, ne
voulut jamais revoir la femme qui l'avaitaham’
donné. Madame V....... demeura trois semaines
avec l’empereur , jusqu’à son départ et retourna
ensuite dans sa famille. Pendanttoutce temps ,
elle ne cessa de témoigner à Sa Majesté la ten
dresse la plus vive , connue aussi la plus dés
intéressée.L’empereur , de son côté , paraissait
Parfaitement comprendre tout ce qu‘avait din«.
__—‘|

42
:léressant cette femme angélique , dont le carac—
1ère plein de douceur et d alnrégation m’a laissé'
un souvenir qui ne s’eliacera jamais. Ils pre—
naient tous leurs repas urscmlle‘, je les servais
seul ; ainsi j’étaisà même de jouir de leur con—
wersation toujours aimable , vive , empressée de
la part de l’empereur , toujours tendre , pa_s—
sionnée , mélancolique de la part de madame
V....... Lorsque Sa Majesté n’était pohrt auprès
d’elle ,. madame passait tout ’son temps à
lire , ou bien à regarder , à travers les jalousies
de la chambre de l’empereur, les parades et les
évolutions qu’il faisait exécuter dans la cour
d’honneur du château , et que souvent il com—
mandait en personne. Voilà quelle était sa vie,
comme son humeur, toujours égale , toujours
uniforme. Son caractère chàrmait l’empereur ,
et la lui faisait chérir tous les jours davantage.
Après la bataille de Vl’agram , en 1809;
l’empereur alla demeurer au palais de Schœn
brunn. Ilfit venir aussitôt madame . pour
laquelle on avait loué et meublé une maison
charmante dans l’un des faubourgs de Vienne,
à peu de distance de Sehœnhrunn. J’allaismys
térieusement la chercher tous les soirs dans une
voiture fermée , sans armoiries , avec un Seul
domestique sans livrée Je lÏame1mis ainsi au
palais par une porte dérol.ée , et je l’introduisais
chez l’empereur. Le chemin , quoique fort court,
,43
n’était pas sans danger , si)rrtout dans les temps
de pluie , à cause des ornières etdes trous qu’on
rencontraità chaque pas. Aussi l’empereur me
disait—il presque tous les jours : « Prenez bien
» garde ce soir, Constant, il a plu aujourd’hui ,
» le chemin doit être mauvais. Êtes-vous sûrde
» votre cocher? La voiture est—elle enbon état?»
et autres questions du même genre , qui toutes
témoignaient l’attachement sincère et vrai qu’il
portaità madameV....... L’empereurn’avait pas
tort , au reste , de m’engager à prendre garde ,
car un soir que nous étions partis de chez ma
dame un peu plus tard que deeoutume,
le cocher nous versa. En voulant éviter une or—
nière , il avait jeté la voiture dans le débord du
chemin. J’étais à droite de madame V.......,la
voiture tomba sur le côté droit , de sorte que
seul j’eus à souffrir de la chute , et que madame
, en tombant sur moi , ne se lit aucun
mal. Je fus content de l’avoir garantie. Je le lui
dis} et elle m’en témoigna sa reconnaissance
avec une grâce qui n’appartenait qu’à elle: Le
mal que j’avais ressenti fut bientôt dissipé. Je
me mis à en rire le premier , et madameV.......
' ensuite, qui raconta notre accidcntà Sa Majesté
aussitôt que nous fûmes arrivés. '
C’est à Schœnhrunn que madamç de«
vint grosse Je n’essaierai pas deraeontcr tous‘l‘es:
soins , tous les égards dont l’empereurl’entourer}
1 ’l
‘Il la lit venir à Paris , acciuirpaènéc de son frère ,
otlic1er fort distingué, et d’une fennnedeeham
‘bre. Il chargea le grand-maréchal de lui acheter
un joli hôtel dans la Clraussée-d’Antin. Madame
se trouvait heureuse ; elle me le disait
souvent : «Toutes mes pensées, toutes mes ins
» pirations viennent de lui et retournent à lui:
J) il est tout mon bien, mon avenir , ma vie l»
Aussi ne sortait—elle de sa maison que pour venir
au x Tuileries dans les petits appartemens. Quand
ce bonheur ne lui était point permis, elle n’al
lait point chercher de distractions au spectacle ‘,
à la promenade ou dans le monde. Elle restait
clcm elle , nerecevant que fortpeu de personnes,
écrivant tous les jours à l’empereur. Elle accoucha
d’un fils qui ressemblait d’une manière frappante
'à sa Majesté. Ce fut une grande joie pour l’eut—
pereur. Il aecourut auprès d’elle aussitôt qu’il lui
fut possible de s’échapper du_château-;-il prit
l’enfantdans ses bras; et l’em‘brassant comme il
venait d’embrasser la mère , -il lui dit: « Je te
faiscomte. » Nous verrons plus tard ce fils re—
cevoir à Fontainebleau de l’empereur ’une_ der—,
nière marque d’attachement.
' Madame V....... éleva son fils chez elle , et
ne le quitta jamais; elle le conduisait souvent
au château , où je les faisais entrer par l’escalier
" noir.Quandl’uue ou l’autre était malade, l’emà
ipereu'r leur envoyait M. Corvisart; ce! habile
u«»—.«a..-..- l

,u
0 .
médecin eut une fois 4le bonheur de sauver le
jeune comte d’une maladie dangereuse.
' Madame avait fait faire pour l’em e—.
Ieur une bague en or autour de laquelle elle
avait roulé de ses beaux cheveux blonds. L’in-.
térieur de l’anneau portait ces mots gravés:
Quand tu cesseras de m’aimer , n’oublie pas
queje t’aime. L’empereur ne lui donnait pas
d’autre nom que Marie.
Je me suis peut—être arrêté tr0p long—temps à.
Cette liaison de l’empereur, mais madame V.... ..
différait complètement des autres femmes dont
Sa Majesté a obtenu les bonnes grâces , et elle
était digne d’être surnommée la Lavallière de.
l’empereur , qui toutefois ne se montra point '
ingrat envers elle comme Louis XIV' enversla
seule femme dont il a été aimé. Ceux qui ont eu ,
cumme moi , le bonheur de la connaître et de
la voir de près ont d’à conserver d’elle un souf
venir qui leur fera comprendre pourquoi il a
une si grande distance , à mes yeux , de ma«
dame V......, tendreet modeste femme , élevant
dans la retraite le fils qu’elle a donné à l’empe—
reur, auxfavorites du vainqueur d’Austerlitm,

Le bal masqué.

« M. de Lamb.... voyait aux Tuileries et au.


spectacle madame Bah... femme d un ëmhc ne—

. ._.F.4__ ,..——«-»,-__
‘ , _ , \

gociant , mariée depuis peu et arrivée à‘ Paris


où elle n’avait pu encore voir l’empereur. Il, se
mourait du désir de plaire à cette jeune et belle
personne , ignorant de quelle manière il par—
viendrait jusques à elle , lorsque au commence—
ment du carnaval de l‘année précédenteil l‘a ren—
contra dans un bal masqué que donnait je ne
sais quel haut personnage. Il s’approcha d’elle ,
et il lui prit fantaisie de se faire passer pour
l’empereur; une cerlaine ressemblance favorise
cette cspic’glerie , une intrigue se noue , mais il.
faut de la discrélion et du mystère , la moindre
imprudence serait fatale ; car elle éloignemit
l’auguste amant. La nouvelle mariée est con—
fiante, le bonheur de plaire la fait passer-par
dessus la faiblesse de son sexe; elle craint d’ail—
leurs la vengeance de Joséphine , et celle de la
reine de Hollande que M. (le Lamb... ne craint
pas de calomnier. Elle se tait , se laira en, effet,
et'sait se taire; un second rendez-vous est donné
au pr0chain bal masqué del’0péra où madame
Bal... accourt avec impatience; une loge d’ac—
teur avait été louée dansla salle pour un rendezq,
Avons , on la décore somptueusement mais\sans
prodiguer la lumière.
« On s’échappe au.milien du bal , on va se
reposer dans la loge préparée , qu’y lit—on : ce
sont letfres closes; onse rcvoiten maison tierce.
du:x ,' trois , et quatre fois de loin en loin, avec
\

—‘_ -...._ . _,‘ , _.‘.A-—n-'“"‘"


( 47 ) '
des précautiousinfinies , tuùjoursla nuit et sans
lumière ;la dameest aux anges , et bientôt cun—
traric'e du voyage de Bayonne , des conférences
d’lflrfurlh , non moins que de la campagne
d’Espagnc ; car on la prévient qu‘il ne peut y
avoir de correspondance*7 jugez de son chagrin,
œperrdantpelle paye tribut à l’indiscrc’tion COU]!
1mune ,, et prend une confidente. La confidente
_ surprise désire voir les diamans , les cache
' _ mires , les cadeaux précieux , et demande quelle
place éminente le mari va occuper.
—— «Je n’ai rien reçu , il ne m’a pas dit ce
qu’il voulait faire pour M. Bal...
—» Mais c’est une horreur, une véritable
infamie ,' le grand homme est par trop ladre -,
et tu es une sotte par ton désintéressement : je
ne me donnerais pas sans un bon duché.»
L’ambition se met alors de la partie , maäaane
B.... se prépare à' faire comme les autres. Elle
apprend le retour de l’empereur , et imagine
d’aller le surprendre à Bayonne- Elle se déguise:
élégamment en princesse de la vieille Egypte et
se place à visage découvert de façon à êtrebicn
en vue. M. deLamb...ne s’était pas pressé cette
foisde revenir d’Espagne , son caprice s’était
passé entre les fêtes (ÏEl‘flll‘l et la- prise» de Ma
drid ; craignant d’ailleurs que]qucmésaventurè
il. s’était promis de rester en arrière ; mais à '
1’aspéetde son. Ariane, il rapproclifl: au moins.
( 43 ' ‘. .
pour contempler SP.S charmes); J’étais son confi—
dent; ajouta M. Flahaut , nous surveillâmes la
’ princesse tout errayant l’airä’être engagés dans
une conVei'sation sérieuse; Ëoudain le maître
arrive, il rôde autour de la belle. ' . '
«C’est lui ,' » dit son amic.‘ije maîtres,an
proehe:dela dame qui lui sourit*çt lui parle se,v
croyant peut—être inconnue. On t’appelle '_ V
nom de reproches,
fait des convention,il mais on le
s’étonne et g‘1‘0ï1de,g
ne s’avo'i'
coupable. «Vain détour, vous mêætromj‘ae’z ;_ 1
c’est affreux! »' Bref cette ‘bizarre'eXplieati0m3
fait craindre une esclandre à S‘.5M.' qui veut
s’évader , et par malheur»nous’aperçoi‘t et ne?
connaît Lamb...qu°il appelle par son‘ nom , juà
v gez de l’effroi de celui-ci. . '
«Monsieur , lui dit-il, faites concevoir à
madame qu’elle commet une erreur, que je suis '
son sonverarn', que jamais je n’ai été son
amant. » ‘ . f.
» Il s’éloigneà ces'mots. Lamb...êncore tout ‘
étourdi vaplus mort que vif s’acquitter de la‘
commission : aux premières paroles qü’il pr(äj
nonce madame B... pousse un cri. ‘ ' \
» Ah Sire 'Î s’écr'ia—t—elle,‘ pardonnez—moi; si ' .
j’ai tout :‘i l’heure priè‘ünautrejwürv6us. _
» Aces mots, voilà un rire 'ei:travagarit_qm
nous échappe , tout 's’eaplique et la‘dame part
furieuse de la perte de Ses illusi0ns._u g ‘4
; . ' . - '4 '

"..‘ j‘ ' ' . . " ' _ j

' " .a ç.«',J'

°_ 7 r. '
( 49 )
Intrigues galantes de l‘errzpereur à Fontai—
nebleau.

. Durant ce séjour à Fontainebleau l’empereur


Se livra , plus lréqueinment qu’il n’avait jamais
fait , au plaisir de la chasse.- Le 'costume obligé
était , pour homme, un habità la française vert
dragon , boutons et galons d’or, culotte de cao
simir blanc , bottes à l’écuyère sans revers ; c’é-7
1ait l‘habitde grande chasse , une chasse au cerf;
Le costume de la chasse au tir était un simple
habit français , vert , sans aucune espèce d'or—
nement que des boutons blancs , sur lesquels
étaient gravés les attributs du genre. Le costume
était le même et sans aucune espèce de distinc—
tion pour toutes les personnes faisant partie (le
la chasse de l’empereur et pour Sa Majesté elle—
même. ’ ‘
Les princesses partaient du rendez—vous en.
calèche , à srx ou à quatre chevaux, équipageà
l‘es agnole , et suivaientainsi les diverses direc“
tiqns de la chasse. Leur costume était une -éléÂ
')
‘ gaule amazone et un chapeau-surmonté de plu
. ' mes noires ou blanches, ' 3 v 9 ’
‘ m Une des sœurs de I’empefeür‘,(jç_ n‘e‘s'ais plus V
laquelle ) ne manquait jamais ' de suivre la
chasse ',p etelle avait avec elle plusieurs dames
charmantes, qui étaient habituellement invité68.
( 50 )
à déjeuner au rendez—vous . comme cela avait
toujours lieu en pareille occasion pour les per—
sonnes de la cour. Une de ces dames , belle et
spirituelle , attira les regards de l’empereur. Il
y eut d’abord quelques billets doux d’éclmngés;
enfin , un soir ,l‘emperenr m'ordonna de porter
une nouvelle lettre. Dans le Palais de Fontaine—
bleau et un jardin intérieur appelé le jardin de
Diane , où Leurs Majestés seules avaient accès.
Ce jardin est entouré des quatre côtés par des
* bâtimens. A gauche , la chapelle avec sa galerie
sombre et son architecture gothique; à droite ,
la grande galerie ( autant que puis m’en sou.
venir Le bâtiment du milieu contenait les ap
partemens de Leurs Majestés ;- enfin, en face et
fermant le carré , de grandes arcades derrière
lesquelles étaient des bâtimens destinés diverses
personnes attachées, soit aux princes , soit à la
maison impériale.
Madame de«B.... ,.la dame que l’empereur
avait remarquée , logeait dans un appartement
situé derrière ces arcades, au rez-de—clmusre’e.
Sa Majesté me prévint que je trouverais une
fenêtre ouverte , par laquelle j’entrerais avec
précaution; que danslcs ténèbres, je remettrais
son billet à une persOnne qui me le demanderait.
Cette obscurité était nécessaire , parce que la
fenêtre ouverte derrièx‘cles arcades , mais sur le
jardin , aurait pu être remarquée s’il y eût eu
-—L 1.. .....Al .. -

( 51 ) .
de la lumière. Ne connaissant pas l’intérieur de
cesappartunens , j’arrivai et jcntrai par la fe
nêtre; croyant alors marcher de plain-picd , je
fis une chute bruyante , occasionnée par une
haute marche qui était dans l'embrasure de la
croisée. Au bruit que jeiis en tombant , j‘eu—
tendis pousser un cri et une porte se fermer brus
quement. Je m’étais légèrement blessé au genou,
au coude età la tête.
Je me relevaiavec peinfe tant j’étais cudolori ‘
et je me mis à chercher à. tâtons autour de cet
appartunent obscur: mais n’cntcndant plus rien ,
craignant de faire un nouveau bruit qui pour
rait être entendu par des personnes qui né de
vaient pas me savoir là , je pris mon parti et
retournai auprès de l’empereur auquel je contai
ma mésaventure. Voyant qu’aucune de mes
blessures n’était grave, l'empereur se prit à rire
de toutson cœur; puis il ajouta: « Uhloh l il
» parait qu’in a une marche ,c’est bonù savoir.
» Attendons que madame de B...,. soit remise;
» de sa frayeur ,‘ j'irai chez elle , et vous m’ac
» com P a 5 nerez. )r Au bout d’une heure
i : l’cm-.
percur sortit avec moi par la. porte de son cabi
net donnant sur-le jardin ; je le conduisis en si-7
lrnce versla croisée qui était encore ouverte. Je_
l’aidaià entrer , et cette fois , ayant appris à
mes dépens la connaissance des liens, je le di-»
.;geai de manière à luiévitcr la chute quej’aràis
(-52 >
faite. Sa Majesté entrée sans accident dans la
chambre, me dit de me retirer; je n’étais pas
sans inquiétude ,_ et j’en fis part à l'empereur ,
qui me répondit qucj'étais un enfant, et qu’il
ne pouvait y avoir aucun danger. Il paraît que
Sa Majesté réussit mieux que je n’avais fait à
trouver uneissuc, car elle ne revint qu’au point
du jour. En rentrant , elle m’adressa encore
quelques plaisanteries sur ma maladresse , en
avouant toutefois que si ne l’avais pas préve
nue , pareille mésaventure aurait pu Iuiarriver.
Quoique madame de B;_'.,,. fût digne d’un
véritable attachement, sa liaison avec l’empereur
ne dura pas long-temps. Ce ne fut qu’une fau
taisie. Je pense que la difli'culté de ses visites
nocturnes refroidit singulièrement Sa Majesté;
car l’empereur n’était pas tellement amoureux
qu’il Voulût tout; braver pour voir sa belle maî—
tresse. Sa Majesté me g‘onta l’effroi qu’avait
causé ma clitûe, et l’inqlt’iétude où cetteaimable
dame était sur mon connflqfiL’empä’errr‘ l’avait
Cependant rassurée; mais cela 'ne l’empêcba pas
d’envoyer le lendemain savoir de mes nouvelles
par une personne de confiance qui me renouvela
tout l'intérêt que madame de B... avait pris à.;
mon accident. '

,A(n ....c. AN ..A-"


(53)
la jeune Prussienne. \

5. L‘empereur passant une grande revue :‘r Ber


lin , une jeune personne , accompagnée d'une
'fett me âgée , lui présenta une pétition. Sa Mag
jesté , rentrée au palais , en prit connaissance,
et me dit: « Constant , lissz cettedemande,
» vous y wrrez la demeure des femmesqui me
» l’ont présentée. Vous irez chez elles pour sa
» voir qui elles sont et ce qu’elles veulent.» Je
lus ce placet et je vis que la jeune fille deman—
dait pour toute «grâce un entretien particulier
avec Sa Mapstü.
M’ étant rr_ndu .‘| l'adresseindiqnée , le trouvai
une demoiselle de l’âge de quinze à seize ans et
d’une beauté admirable. Malheureusement je
découvris , en lui adressant la parole, qu’elle ne
comprenait pas un seul mot de francais ni d’i
talim; et en songea'nt à l’entretien qu’elle sol
licitait,ie ne pus m'empêcher dérire. La mère,
ou celle qui se lgisaifpasser pour telle , parlait
un par français ', , mais faut difficilement. Je
parvins pourtant à comprendre qu’elle ’éta_it
veuve d'un officier pr‘ussien , dont elle avait en
Cette belle personne. «Si l’empereur acrordc à
» ma fille sa demande , dit—elle, je solliciterai
» la grâce d’être pré5entée en même temps à si:
» majesté l’empereur. » Je lui lis observer que
c 54 )
l‘audience ayant été sollicitée seulement par sa
fille, il me:paraissait difficile qu’elley assistât,
et elle parut comprendre parfaitement cette né—
cessité imposée par l’étiquette. Après ce court
entretien , je retournaiau palais , où je rendis
compteà l’empereur de_ma_mission. A dix heu
res du soir , j’allai avec une voiture chercher les
deux dames , que j’amenai au palais. J’engageai
la mèreà rester dans un cabinet pendant que
j’irais présenter la jeune fille à l’empereur. Sa
Majesté la retint , et je me retirai.
Quoique la conversation ne dût pas être fort
intéressante entre deux personnes qui ne pou—
vaient Se comprendre que par signes ,_ elle ne
laissa pas de se prolonger une partie de la nuit.
Vers le matin , l’empereur , m’ayant appelé ,
me demanda 4,000 francs, qu’il remit lui—
Jnême à la jeune Prussienne , qui paraissait êt1e
fort contente. Elle rejoignit ensuite sa mère ,
qui n’avait pas eu l’air d’éprouver la moindre
inquiétude sur la longue durée de l’entretien.
Elles remonlèrent dans la voiture qui les atten—
dait , etje les reconduisis à leur demeure:
L’empereur me dit qu’il n’avait jamais pu
rien comprendre que Das isi miÇcerable ,
d’as i.rt gut et que ,_ malgré tous les agrémens
d’untêt3—à-tête avec une aussi jolie femme, l’en
tretien était peu de son goût.
, Peu de jours après cette aventure , j’appris
( 55 )
que la demoiselle avait été enlevée par ' un miii—
taire français , dont on ignorait le nom. L’em—
pereur s‘occupa en aucune façon des fugitifs.
De retour à Paris , et quelques mois après , je
traversais la rue de Richelieu , quand je fus
accosté par une femme assez mal vêtue , et
coiffée d'un grand chapeau qui lui couvrait
presque entièrement le visage ; elle me demanda
pardon , en m‘appelant par mon nom , (le mar
rêter ainsi dans la rue. Lorsqu‘elle leva la tête ,
je reconnus la jolie figure de la Prussienue, qui
était toujours ravissante. Le voyage l'avait for
mée; car elle parlait assez bien français. Elle
me conta ainsi son histoire.
« J’ai.éprouvé (le bien grands malheurs de—
vs puis que je ne vous ai vu ; vous savez sans
> doute que j’eus à Berliu la faiblesse de céder
» aux imp.u‘tuuités et aux promesses d'un co
» lonel français. Cet officier, après m’avoir le
,» nue cachée pendant quelque temps, m‘a (lé
» terminéeà le suivre, me jurant qu'il m‘aime—
» rait toujours et que je serais bientôt sa fumure.
» Il m’emmena à Paris. Je ne sais sil comptait
» pour son avancement , sur la faveur dont il
» supposait que je jouissais auprès de l’empe
« reur ; ( ici je crus voir quelque rougeur sur
le visage et quelques pleurs dans les yeux de la
pauvre fille); « mais je ne pus m’empêcherde
.» le soupçonner de ce honteux. calcul , en l’en—
.< 56 )
tendant un jour s’étonner et presquese plaim
dre de ce que l’empereur navait fait faire
aucune démarche pour savoir ce que j’étais
deVenue. Je reprochai au colonel cet exœ‘s de
turpitude , et pour se dél*arrassw de moi et
donnes reproches" ,_ il eut la lâcheté de m’a
bandonner dans une maison suspecte. De'5eæ
pétée de me trouver dans un pareil repaire,
jai fait mille efforts pour m‘en échapper, et
jai été assez heureuse pour y réussir. Comme
il me restait encoreun peu d’argent , j’ai loué
nne petite chambre dans la rue Cl;al-anais.
Mais ma bourse est épuisée et je suis très—
vvvv.v38 538 53 8

,malheureuse ; tout ce que je désire aujour—


d‘hui , c’est de retournerà Berlin. Mais coma
» ment faire pour partir d’ici? » En prononçant
ces derniers mots , la malheureuse femme fQD-,
dait en larmes.
Je fus véritablement touché de la détresse
d’une personne si jeune et si belle , dont la cor—
ruption des autres, et non la sienne, avait causé
la perte , et je lui promis de parler de sa situa—
tionà l’empereur. En effet , le soir même, je
saisis l’omasion d’un moment de bonne humeur
pour faire par! à Sa Majesté de la rencontre que
j'asais faite. L’empereur se réjouit d’apprendre
que la jolie étrangère pa’rlait assez bien le fran
çais ,_ et il eut quelque velléité de la voir de
nouveau. Mais je me permis de lui faire ohm
( 5.
ver qu’il_étàità craindre qu'elle ne fût plus digne
de ses soins , et je lui raconlai les vovages et
aventures de la pauvre délaissée. Mou recit pro—
duisit leffet que j’en attendais; il refroidit con—
sidérablement Sa Majesté et excita sa pitié.
Je reçus ordre de compter à la jeune fille
deux cents napoléons , alin qu’elle pût retourner
dans son pa; s,etjarnaisje ne m’acquittai d'une
commission avec plus de joie. Celle de la belle
l’russienne fut au comble. Elle m’accabla de re—
merciemens et me fit ses adieux.
Elle partit sans doute, car depuis je ne l’ai
plus revue.
Mémoires de Constant.

La belle Grecque.

Quoique les dames grecques de Venise soient


surveillées d‘assez près par leurs maris , elles ne
sont pourtant point recluses ni parquécsdans
un sérail comme les femmes des Turcs. Pendant
notre séjour à Venise , un grand personnage
parla à sa Majesté d’une jeune et belle Grecque ,
admiratrice enthousiaste de l'empereur des Fran
çiis. Cette dame ambitionnait vivement l’hon
neur d‘être reçue par Sa Majesté , dans l’inté
rieur de ses appartemens. Quoique très—surveillée —..Jw
4 ._ . ,
par un. mari jaloux , elle avait trouvé, moyen
de faire parvenir à l’empereur une lettre dans —. .a. o

Lçæ::f’5“ w«-—V‘«v.,_«..i‘ __I_ i


< 58 )‘ '
laquelle elle lui peigtnaitgt0ute l’entendue de son?
amour et de son admiration.Cette lettre, écrite .
avec-une passion véritalflc et une tête exaltée ,
inspira à Sa Majestéle désir de voir et d’en con—
naître l’auteur; mais il fallait des précautions;
L’empefl3nr n’était pas hommeà user de sa puis
sance pour enlever une femme à son mari; ce«
pendant tout le soin que l’on apporta dans la.‘
conduite de cette affaire n‘empêcha pas le mari
de se douter des projets de sa femme ; aussi,
avant qu’il fût possible à celle—ci de voir l’em«
pereur , elle fut enlevée et conduite fort loin de
Venise , et50n prudent époux eut soin de cacher
sa fuite et de dérober sos traces. Lorsqu’on vint
annoncer cette disparitiortà l‘empereur: «Voilà,
dit en riant Sa Majesté , un vieux fou qui se
croit de taille à lutter contre sa destinée.» Sa
Majesté ne forma d’ailleurs aucune liaison in—
time pendant notre séjour à Venise.

Le bal de 1'Opéra.

Le carnaval de cette année fut extrêmement


brillant. Il y eut à Paris toutes sortes de mas-,
carades. Les plus amusantes étaient celles où
l'on mit en jeu le système que profess‘ait a!0rs le
_ fameux docteur Gall ;' je vis passer sur la
plume du Carrousel une troupe composée de
Pierrots, d'arleriuins , de poissardcs ; etc. ,' tous

...,. M.W-K.-_M. W.._.r,_,-i


.‘.Ln._., l‘--Ah)u.- ‘
ætâtant’le ct‘âneet faisant mille singeries; un
paillasse portait plusieurs crânes en carton de
différentes grosscnrs et peints en bleu , rouge,
vert, avec ces inscriptions : Crâne d‘un voleur,
crdne*d’un assassin , crâne d’un -banque—
routier , etc. Un masque réprésentant le doc—
teur Gall , était à cheval sur un âne , la tête
tournée du côté de la queue de l’animal , et re«
eevait des têtes'à perruques couronnées de chien—
dent , de la main d'une mère Cigogne qui suin
vait ‘, montée aussi sur un âne.
S. A. I. la princesse Caroline donna un bat
masqué auquel‘assistèrent liempereur et l’impé—
ratrice ‘; ce fut une des plus belles fêtes qu'on
ait jamais vues. L’opéra de la Vestale était
alors dans sa nouveauté et f0rt à la mode; il
donna l’idée d'un quadrille de prêtres et de
bestales qui fit son entrée au son d’une musi
que délicieuse de flûte et de harpes. Avec cela ,
des enchanteürs , unenoce suisse, des fiançail—
les tyroliennes, etc. Tous les costumes étaient
d’une richesse et.d’uneexaetitude remarquables.
0n avait établi dans les appartemens du palais
Un mÏgasin de “costumes tel que les danseurs
purent en changer quatre ou cinq fois dans la
nuit , ce ‘qui lit que le bal parut s’être renouvelé
autant de fois. _
Comme j’hahillais l‘empereur pour aller à ce
hal ., il me dit : « Constant, vous viendrez avec
.—-y————__ 7 _____

( Go >
moi ; mais vous viendrez déguisé. Pr ruer. le
costume qui vous conviendra : arrangez-rous de
manière à n’être point reconnu, et je VO 15 don
nerai vos instructions. » Je m’empresmi de
faire ce,que désirait Sa Majesté..Je pris un c05—
tume suisse qui m'allaitfort bien , et j”alte:rdis ,
ainsi équipé , que l‘empereur vouth bien me
donner ses ordres.
lls’agit d’intriguer plusieurs grands person—
nages et deux ou trois dames que l‘empereur me
désigna avec un soinct des détailssi mimrieux
qu‘ilétait impossible de s’y tromper. Il m’apprit
sur leur compte des choses fort cnrirnscs cîf0rt
ignorées , bien faites pour leur causer le plus
mortel embarras. Je partais; l‘empereur me rap—
pela : « Surtout, Constant , prenez bien garde
(le vous tromper; n’allez pas confondre madame
de M.... avec sa sœur. Elles ont à peu près le
même costume , mais madame de M...: est plus
grande qu sa sœur. Prenez garde 1 » Arrivé
au milieu du bal , je cherchai et trouvai assez
facilement les personnes que Sa Majesté m’avait
désignées. Les réponses que l'on me fit l‘amu—
sèrent beaucoup ,lorsquc les lui racontai à
Son eo_uclrer.
Il y eutù cette époque un troisième mariage,
à la cour: celui du ‘prince de Neufcl:âtçl et (le
la princesse de Bavière , Il fut célébré dans la alm
lielle des Tuileries , par M. le cardinal l"eïÇlr
V Il
< 6' - .
“Un voyageur del’île de l’rance présenta dans
‘ce temps , à l’impératrice , un singe femelle de
la famille des orang-outangs. Sa Majesté donna
l'ordre que l’animalfût placé dans la ménagerie
de la Malmaison. Celte macaque était extrême—
ment douce et paisible. Son maître lui avait
donné une excellente éducation. Il fallait la voir
lorque quelqu’un s’approchait de la chaise où
elle était assise , prendre un maintien décent ,
remcner sur ses jambes et sur ses cuisses les
pans d’une longue redingote dont elle était re—
_v_frtue , se lever ensuite pour saluer en tenant
toujoui‘s sa redingote fermée devant elle , faire
enfin tout ce que ferait une jeune fille bien élevée.
Elle mangeait à table avec un couteau et une
fourchette , plus proprement que beaucoup d’en
fans qui pa seraient pour être bien tenus ; elle
’aimait , en mangeant , à se couvrir la figure
avec sa serviette , qui) se découvrait ensuite en
poussant un cri de pue. Les navets étaient son
ahment,de prédilection; une dame du palaislui
en ayant montré . elle se mit à courir , cabrio
ler , à faire des culbutes , oubliant tout—à-faitles
leçons de modestie et de décence que lui avait
données son professeur. L‘impératrice riait aux
éclats de voir la macaque aux prises avec cette
dame dans un tel désordre d'a justement.
Cette pauvre bête eut une inflammation d’in
testius. D’après les instructions du voyageur qui
(623 .
l’avait apportée , on la coucha dans un lit, vêtud
comme une femme, d’une chemise et d’une ea—'
misole. Elle avait soin de ranienei‘ la couverture‘
jusqu’à son menton, ne voulait ri‘elt supporter
sur la tête, et tenait 5er. bras hors du lit ,’ les
mains cachées dans les manches de sa camis‘ole.
Lorsqu’il entrait dans sa chambre quelqu’un de
sa connaissance , elle lui faisait signe de la tête‘
et lui prenait la main qu’elle serrait affectueuse—
ment. Elle prenait avœ avidité les tisanes or-‘
données pour sa maladie, parce qu’elles étaient
sucrées. Un jourf;qu’on lni préparait une potion
de manne , elle trouva qu’on.était'trop lentà la
lui donner , et montra tous les signes d'impa—
tiencc d’un enfant, criant , s’agitant {jetant sa‘
couverture à bas et tirant son médecin par
l‘habit avec tant d’upiniâtreté que celui—ci fut
obligé de céder. Dès qu’elle eut en sa possessi0n
la bienheureuse tasse, elle se mit à boire' , tout
doucement ,- à petits coups , avec toute la sen
sualité d’un gastronome qui aspire un. verrerie.
vin bien vieux et bien parfumé , puis elle rendit
la tasse et se recouchà;
Il est impossible de se figurer combien ce
pauvre animal témoignait de reconnaissance
pour les soins qu’on prenait de lui. L’itnpéralriœ
l’aimait beaucoup.
( 53 )
deame ambitieuse;

- Au retour de la campagne d’Austerlitz , l’em«


_pereur sortait souvent dans un incognito par—
_1yaitet sous des déguisernet15 qui ne permettaient
pas de le reconnaître. Il était allé inspecter des
travaux publics du côté de la Bastille , et ren—
trait parla rue Saint—Antoine , en la compagnie
glu maréchal Lannes , lorsque ses yeux furent
frappés parla tournure élégante d’une femme
qui lui parut jeunect jolie : il la suitet la trouve
charmante , elle entre dans une maison voisine,
Napoléon regarde le numéro et revient aux
ïrtiler‘ie5. ,
Le même soir on parlait dans le cercle de
l’impératrice d’une dame remarquable par sa
beauté , que je ne nomme point parce que je
l’aime beaucoup.
— « Elle estbien sans doute , dit Napoléon,
mais j’en ai vu une dans la rue Saint—Antoine
mille fois plus agréable. »
On ne quesli0nna pas Napoléon sur le pro—
pos, mais un préfet du palais s’approcha de lui
çt lui dit:
_ —» Je connais une femme bien séduisante
(dans cette truc.
_. » Logerpil-elle par hasard au numéro.....
demanda l\apoléoti aVec vivacité.

*.»4s. 1; . ,fl.._a a
( 64 >
v.—» Oui, Sire.
—— « Alors vous êtes bien heureux. »
L’empereur sourit ; le préfet du palais s’éloi—«
gua , enchanté de pouvoir unir à la serviette
brochée le e3ducée (le lami du prince. Il con—
naissait en effet la dame; belle , mais plus aux..
biticuse encore. Il se hâte le lendemain de con
rir chez elle, lui conte ce qu’on a ditg la voilà
aux anges, un avenir: brilla_n{ s'ouvre à elle :
elle ne témoigne de la vertu qui ce qu’il en faut!v
pour être mise à l‘enchère, et aâÊeptç un rendez—c
\ous que certainunent on lui pr wsera.
Le service ramène M. de t5....:'ÿau château ,
il y reparaît en triomphe , causeuriinstanxt avec
l’empereur qui lui donne: ses instrubäiflo;s et 16-.
moigne un vif désir de causer avec ' adame
de Bat... Le préfet revientà elle , il s’agitd‘au
river aux Tuileries, de monter dans l'apparte
ment de M. (le Bourg‘ienne, on consent à tant ,k
on se fait belle ,} on arrive avec un monde de
chimères, on_veut filer une passion , mais le
moyen (l‘arrêter le vainqueur d’Austerlitz et de
Marengo P Napoléon fait sentir qu‘il n‘a pas le
temps d’attendre , et l’on cède (la peur de ne. .u

plus être rappelée. En effet les rendez-vous se.


tépètent , et dans un de ces i‘nstans de silence
qui Ont tant de douceur après une conversationr
animée , madame de Il..... avec maladresse.
cherche un_ suiet politique. ,
wwg( wrrr-VA- _:-._.a -. '1-- w'
-âJ

65 '
Napplé‘on la laisse(parler), voit où elle en veut
venir , et prenant à son tour la parole:
' —- j«Madame , lui dit-il , ma chaise longue
n’a place dans mon cabinet. ».
Ce fut un coup de poignard , il amena une
disgiäce rapide ; l’empereur se leva , salua la.
dantte et redescendit. Je laisse à penser quelle
i_n)t’lla douleur de [ambitieuse qui s’était t10p
téj}_ä(lév0ilée ; le préfet du palais la-trouva de.
seSPérée.‘
' «Cet homme n‘a pas de cœur ,4 dit—elle , je
me flattais de lui inspirer de la passion , je n’ai,
pas même parlé à sa tête. »»
; Elle partit enfin, détrompée de ses beaux
t:êves , et Napoléon dità M. à son sujet :;
«Une autre fois 1_ choisissez-Ian_mette , si elle
ést sourde même cela ne vaudra que mieux, a;

La " Mademoiselle Dl:chesrzoi&

Une fantaisie subite m naître ,. un son", a


Napoléon, l’envie- d’envoye‘r cherchent made—.
moiselle DuchesnBi5 ,_ artiste du Théâtre—17mm
çais fort laide de figure , mais très-bien faite.
On l'avertit quand elle fut arrivée : il était, en-«
eore a travailler. Il ordtmua qu’on la fit entrer
dans un cabinet voisin de: sa chambre à cou-«
cher , et lui fit dire de se déshabiller. La pauvre
actrice. obéit ,‘ et ne g_ard'&qnc la pontimt;de Vê-a—
e.s.

- . .41. L"'—
*"Î ..'_- '.t ..__W

66
tement la plus indisëensabie. .On était alors à la
fin de septembre. Les nuits commençaient à
être froides; il n’y avait pas de feu dans la
chambre , de sorte qu’après avoir attendu plus
d’une heure , elle se trouva transie de froid. Elle
‘ sonna , et pria d’avertir l‘empereur de la situæ
lion où elle se trouvait. Son travail n’était pas
encore terminé: «Qu’elle s’en aille , » répondit:
i. ; et; jamais il ne la redemander.

Tout à lafin se découvre. ’


Lors de son premier séjour à Berlin, Napo—,
léon parut désirer vivement qu’une jeune fille
qu’il avait remarquée lui fût présentée, Elle fit
bientôt la conquête du conquérant , et sut sus—
pendre un instant les ennuis qui assiégent le
pouvon‘.
Après. six semaines environ , l’empereur quitta
la capitale de la Pru55e. Le secret observé sur
sa vie intérieure n’aurait point laissé connaître
cette particularité ,sile payeurdu premier corps
-de l’armée n’eût rencontré quelque temps après
la jolie Pfusienue et ne fût entré dans ses bon—
nes grâces aussiavaut que Napoléon.
Dans sOn ingénuité , elle lui raconta les don—
vC€S relations qui avaient existé entre elle et l’em-s
- pereur. La, première idée d’un payeur est ordi—y
-'l
:nairement un calcul '
_- w7-> -- . w-y...

( 67 ) '
» —— Vous devez avoir été contente des pro—
çédés de l’empereur , dit—il à l‘aimal:le enfant ;
;on cœur est si grand , si généreux l...
» -— Oh ! enchantée ; il était si bon, si ente
pressé , si complaisant ‘. il était aux petits soins
_pour :1101.
» —— Je le crois , mais encore, il doit vous
_avoir laissé des gages de son amitié , quelques
preuves de souvenir?
» -— Oui , sans doute , il m’a promis dix
fois que je lei‘everrais‘ , qu’il ne m’oublicrait
point à son retour; Dieu conserve ce héros !‘
» —— C’est fort bien ; mais voyons , pendant
son séjour ou à son départ , que vous a—t-il
donné 9 ' '
» —- Bien; mais je ne me rappelle pas moins
son cher souvenir ; et l’avoir connu fera tou—
jours mon bonheur l
Tout cela parut fort touchant et sentimental
sans doute au payeur; mais il lui sembla qu’on
pouvait s’attendre à quelque chose de mieux.
En quittant la jeune fille , il rencontra le comte
Estève , trésorier général de la couronne , auquel
il raconta l’aventure et les soupçons qu’il avait
conçus. Celui-ci en entretint le duc de Feltre ,
gouverneur général (le la Prusse , et ils couvin—
rent de questionner à ce sujet le grand maréchal
du palais.
Duroc , auquel ils. avaient écrit , en parla à‘

.- . ..M>JM.JKÆWN‘M
68 r
Napoléon lui—même ,(qui fii aussitôt appeler nm
de ses valets de chambre et lui dit en le regar—
dant d’un œil sévère : « Qu’avez-vous fait des
» diamans que je vous ai chargé de porter .‘t
» une jeune dame de Berlin? » Cet homme ne
répondit qu’en tombant aux pieds de son mal.—
tre_ , et il avoua son crime. M. E5tève eut ordre
d’envoyer soixante mille francs à la: jolie Pros—.
sienne.
Quand au valet infidèle , il avait. été à l’instant
chassé.

L’Âctrice Espagnole.
Le roi fit immédiatement sa rentrée dans la.
capitale ;. avec lui revinrent les hautes familles
de Madrid que les troubles avaientéloignées du.
foyer de l’insurrection , et bientôt recommencè«
rentles bals , les fêtes, les festins , les spectacles.
Au grand théâtre était alors une fort jolie»
personne , de quinze à seize ans tout au plus ,
aux cheveux noirs, à l'œil plein de feu et d’une
fraîcheur ravissante. Elle avait su , on le disait:
d‘u moins , préserver sa vertu des dangers aux
quels sa profession d’actrice l’exp05ait,; elle avait.
une lylle ame , un bon cœur , une vivacité d’ex-.
pressions singulière : elle avait tout enfin , elle
était adorable. Voilà ce que dit un jour à Sa”.
Majesté.M, de B... ,qui était allé au théâtr'e

. ,4!ËI l; Wm__..
( 69 ) _
la veille et qui était rev enu tout émerveillé.
M. (le B.... ajouta que cette jeune fille n’avait
plus ni père ni mère; qu’elle vivait chez une
vieille tante ; que cette tante , aussi avare que
dépravée,_ la surveillaitavec un soin particulier,
affectant pour elle un attachement très—vif , l’ai.
sant partout l’éloge des charmes et des qualités
de sa chère enfant , dans l’espérame qu‘ele
nourrissait de fonder bientôt sa fortune sur la
libéralité de quelque protecteurriche et puissant
Sur un portraitsi engageant, l’empereur a) ant
témoigné le désir de voir cette belle actrice.M.
de B....c0urut chez la tante , avec laquelle il
fut bientôt d’accord , et le soir la nièce était à
Champ—Martin , parée d’une manière éblouis
sante , 'et parfumée de tous les parfums imagi«
fiables. J'ai déjà dit que l’empereur avait un
dégoût très—prononcé pour les odeurs; aussi ne
manqua—kil pas de le témoigner quand j’intrœ
duisis dans sa chambre cettepauvre fille , qui ,
sans doute, avait cru faire grand plaisir à Sa
Majesté en se co‘uvrant ainsi d’essences. Mais
enfin elle étaitsi jolie , si séduisante, qu’en la
regardant l’empereur sentit s’évanouir son an—_
lipathie. ' ' '
Il y avait deux. heures a peu près. que j’étais
sorti de la chambreà coucher , lorsque j’_enten_dis
sonner à casser le cordon , j’flitijäi‘hirn vite ce
j le trouvai que la jeune. personne.‘ L’empereuy ,
70 )
était dans son cabinet de toilette , la tête ap
|.uyée sur ses mains. « Constant , s’écria-t—il en
me voyant, emmena—moi Cette petite ! Elle me
fma mourir avec ses odeurs: cela n’est pas sup
portable. Ouvrez toutes les fenêtres, les portes...
mais surtout emmenez—la ! dépêchez—vous. »
Il était bien tard pour renvoyer ainsi une
femme. Mais enfin l’ordre n’admettail point de
réplique. J’allai donc faire part à la pauvre pe—
tite des intentions de Sa Majesté... Elle ne me
romprit pas d'abord , et je fus obligé de lui ré—
]éter plusieurs fois: «Mademoiselle, Sa Ma.
jesté désire que vous vous retiriez... » Alors elle
se mit à pleurer, à me conjurer de ne pasla faire
sorlir à une pareille heure ; j’eus beau lui dire
que je prendrais toutes les précautions nécessai-.
res , une voiture douce et bien fermée , elle ne
mit fin à ses prières et à ses larmes et ne se con
sola un peu qu’à la vue d’un présent considéra«
_ble «riont l’empereur m’avait chargé pour elle.
En rentrant, ie trouvai l’empereur encore
assis dans son cabinet et se frottant les tempes
avec de l’eau de Cologne; il s’appuya sur moi
leur aller se recoucher.

Mademoiselle Georges.

Napoléon fit appeler un soir mademoiselle


Georges. Il avait eu des eoutrariétés qui IUi

,,...._‘ _.rA «4’


r
àv aient donné pendait toute la joumée d a
crispations de nerfs. Une nuit passée avec ma
demoiselle Georges, n’étaitpas faite pour réta—
blir le calme dans ses sens. Quoiqu’il en soit,
vers les deux heures du matin , elle s’apergut
que l’empereur venait de se trouver mal et avait
Perdu connaissance. La frayeur s’empare d’elle;
elle perd la tête et le jugement, pousse de hauts
cris,fait jouer toutes les sonnettes. Un accourt ,
on va chercher médecin et chirurgien; tout le
palais était en rumeur. Joséphine s’éveille au
bruit '; elle accourt chez l’empereur ; et la pre—
mière chose qu’il vit , en reprenant ses sens ,
fut Georges à demi—une qui le soutenait dans
ses bras , et l’impératrice en face. I se mit dans
une fureur qui manqua de le faire retomber
dans l’état d’où il venait de sortir. On fit dis—
paraître l’a'ctrîee tremblante , et jamais il ne lui.
pardonna l’escl:mdre qu’elle avait occasionnée;

}Av‘enîure galante de l’empereur à Schœm


' 5rünn.

Pendant son séjour à Sehœnbr‘ünn, les aven.


turcs galantes ne manquaient pas à l’empereur.
Un jour qu’il était venu à Vienne , et qu’il se
oo
promenait dans le Frater avec une suite fort
peu nombreuse (le Frater" est une superbepro—
men3do , située dans le faubourg Léopold ),
2
une 'eune Allemande, 3euve d’un hég0ciant fort
riche , l’aperçu! , et s’écria involontairement,
parlant à quelques dames qui se promenaient
avec elle : u C'est lui l » Cette exclamation fut
entendue par Sa Majesté , qui s’arrêta tout
court, et salua les dames en souriant : celle qui
avait parlé devint rouge comme du feu; l’em_x
pereur la reconnut à ce signe non équivoque ,
et la regarda long—temps , puis il continua sa
promenade.
Il n’y a pour les souverains ni longues ata
tentes ni grandes difficultés. Cette nouvelle con.
quête de Sa Majesté ne fut pas moins rapide
que les autres. Pour ne pas se séparer de son
illustre amant , madame *“‘ suivit l’armée en
B1vière, et vint ensuite habiter Paris , où elle
mourut en 1312.
Un autre jour , Sa Majesté eut occasion de
remarquer une jeune personne Charmante: c’é..
tait un matin , aux environs de Sclrœnbrünn ;
quelqu’un fut chargé de voir cette demoiselle et
de lui donner de la part de l’empereur un [en—
dez-von5 au château pour le lendemain soir.
Le hasard dans cette circonstance servit à mer.
veille Sa Majesté ; l’éclat d’un nom si illustre ,
]a‘renommée de ses victoires avaient produit
une impression profonde sur l’esprit de la jeune
fille , et l’avaient disposée à écouter favorable
ment les propositions que l’on vint lui faire.
Elle
__c-_-__.__fiuwv
. t _ -..-...---,,\_i., _Çé_, 7
fic... w..W--mm._._,.

. ( 3
Elle consentit donc et7avet): empressement a Se
rendre au château. A l’heure indiquée , la perä-’
sonne dont j’ai parlé vint la chercher. Je la reçus
à’son arrivée , et lintroduisis dans la chambre
de Sa Majesté ; elle ne pallait point fran’çàis ,
maiselle savait parfaitement l'itàlien '; en con—
séquence il fut aisé à l’empereur de causer avec
elle. Il apprit avec étonnement que cette char
mante demoiselle appartenait à une famille très—‘
honorable de Vienne, et qu’en venant le voir
elle n’avait été inspirée que par le désir de lui
témoigner son admiration. L’empereur respecta
l’innocencede la jeune fille , la fit reconduire
chez ses parens , donna des ordres pour que
l’on prit soin de son établissement, qu’il rendit
plus facile et plus beau au moyen d’une dot
considérable.

Une visite à Fontenaibleau.

Pendant notre séjour à Fontainebleau, ma—


dame la comtesse , s’y rendit, et m’ayant
fait appeler , me dit combien elle avait le désir
de voir l’empereur. Pensant que ce serait une
distraction pour Sa Majesté , lui en parlai le
soir même , et je reçus l’ordre de la_faire venir
à dix heures. Madame Vv’.... fut , comme on
peut le croire , exacte au rendus—vous, het j’entrai
dans la chambre de l’empereur pour lui annoncer
7
""'”"W». —wv m”

74 )
son arrivée. Il était couché sur son lit et plongé
dans ses 'méditations , tellement que ce ne fut
qulà un second avertissement de ma part qu’il
me répondit : « Priez-la d’attendre. » Elle at-*
tendit donc dans l’appartement qui précédait
celui de Sa Majesté , et je restai avec elle pour
lui tenir compagnie. Cependant la nuit s’avana
çait ; les heures paraissaient longues à la belle
voyageuse , et son aflliction était si vive de voir‘
que l’empereur ne la faisait pas demander, que
j’en pris pitié. Je rentrai dans la chambre de
l’empereur pour le prévenir de nouveau. Il ne
dormait pas; mais il était si profondément ab
sorbé dans ses pensées , qu’il ne me fit aucune
réponse. Enfin , le jour commençantà paraître ,
la comtesse, craignant d’être vue par les gens
(le la maison , se retira , la mort dans le cœur
de n’avoir pu faire ses adieux àl’objet de toutes
ses affections. Elle était partie depuis plus d’une
heure quand l'empereur , .se rappelant, quelle
attendait , la lit demander. Je dis 51 Si Majesté
ce qu’il enétait; je ne lui caclräi point l’état de
désespoir de la comtesse’." au moment de son

' *J"ai su demüs que la Comtesse de VV.:. était ange


aVec son (ils voir l’empereur à l’Ile d’Elbe. Cet en faut:
ressemblait beaucoup à Sa Majesté ; aussi ce vnyage
fit—il alors répandre le bruit que le roi de Rome avait
été amené à son père. Madame . resta peu de
temps à l’île d’Elbe'.

“"“‘-«- «mec—bd“.
( 5
départ. L’empereur en7 fui vivement affecté :
« La pauvre femme, me dit-il , elle se croit
humiliée ! Constant , j’en suis vraiment fâché ;
si vous la revoyez , dites—le lui bien. Mais j’ai
tant de choses la l » ajouta—kil d’un ton très—
énergique, en frappant son front avec sa main.

Aventure de l’empereur à Saint—Cloud.

Quelque temps après son mariage avec l'ar—


cbiduchesse Marie—Louise , quoique l’empereur
lrouvât en elle une femme jeune et belle , quoi
qu’il l'aimât réellement beaucoup , il ne se‘pi—
quait guère plus que du temps de l’impératrice
Josépl.ine de pousser jusqu’au scrupule la fidé
lité eohjhgalc. Pendant un de nos séjomsà Saint—
Cloud , il éprouva un caprice pour une demoi
selle , dont la mère était mariée en secon—
des noces à un chef d’escadron. Ces dames ha
bitaient alors le Bourg—la-lieine, où elles avaient
été découvertes par M. de *** , l’un des protec
teurs les plus zélés des jolies femmes auprès de
l’empereur. il lui avait parlé de cette jeune per—
sonne, qui avait alors dix—sept ans. Elle était
brune , «l'une taille ordinaire , mais parfaitement
bien prise; de jolis pieds, deiolies mains , rem
plie (le grâces dans toute sa personne , qui pré—
sentait réellement un ensemble ravissant : de
plus , elle joignait à la plus agaçante coquetterie
_ 6
la. néunion de tous les tale?xs d’agrément , dan
sant avec beaucoup de grâce , jouant de plu
sieurs instrumens , et remplie d’esprit ; enfin ,
elle avait reçu cette éducatipnlwillante qui fait
Jesælus délicieuses maîtresses et les plus mau—
huit heures
_yéises de l’après-midi
femmes. L’empereur , me
de dit
l’aller chercher
un jour ,

chez sa mère, de l’a mener , et de revenir à onze


heures du soir au plusiar'd. Ma visite ne causa
aucune surprise, et je vis que ces dames‘avaient
été prévenues , sans doute par leur obligeant
Ïpatron ; car elles m’atlendaient avec une impa
vlienee qu’elles ne cherchèrent point à dissimuler.
La jeune personne était ‘ éblouissante _de parure
et de beauté , et la mère 'rqyonnait de joie à la
seule idée de l’honneur-destiné à sa fille. Je vis
bien que l’on s’était figuré,qn‘e l'empereur ne
pouvait manquer d’être ‘ eapliv;é par tant de
- charmes , et qu’il allait être pris d’une grande
passion ; maistout cela‘ n’était qu’un rêve, car
l’empereur n’était amoureux que fort à son aise.
Quoi qu’il en soit , nous arrivâmes à Saint—
Cloud à onze
teau pari heures, et
l’orangerie} nous
dans enhâmçs
la crainte de au châ
regards
indiscrels. Comme d’ailleurs j’avais les passes—
parlout de toutes les perles du clfitenu , je la
conduisis , sans être vu: de personne , jusque
dans la chamhre de l’empereur , ou elle resta ci:
vimn pendant trois_hcures. .Au bout de ce temps ,

_M'Wa.v _ 7 ‘ __._ ""nls -..’Hh.«


je la reconduisis chez elle7, en prenant les mêmes
précautions pour notre sortie du château.
' Cette jeune personne , que l’empereur revit
depuis trois ou quatre fois tout ou plus, vint
aussi à Fontainebleau , accompagnée de sa mère ;
mais n’ayant pu voir Sa Majesté, ces dames se
déterminèrentà faire, commela comtesse W... ,
le voyage de l’île d’lilbe , où , m’a-bon dit v ,
l‘empereur maria mademoiselle L... :‘i un colo—
nel d’artillerie.
..
L’empereur , la 5elle dame et l’aide—dm!
' camp.

Dans la chambre que j’occupais , avait été


logée une des dames de Joséplrine quand»l’em—
pereur habita le palais de Stupinisà l’époque du
couronnement dltalie. L’empereur avait une
clef qui ouvrait toutes les portes. Il entre une
nuit dans la chambre de la dame en question ,
muni d’une lanterne sourde . s’asseoit devant la
cheminée , se met en devoir d’allumer'lcs
bougies. Hélas l la belle dame n’était pas seule.“
. Pourquoi ?Je n’en sais rien; c’est peut«êtœ parce
qu’elle avait peur des souris , dent il y avait
beaucoupà Stupiuis. Quoiqu’ilen soit, un aido—
de—camp de l’empereur se trouvait par hasard
dansile lit de la dame quand Napoléon entra.
L’aide—d&camp , au premier bruit de la clef
( 78 )
dans la serrure , puisant bien que l’empereur
seul pouvait venirà cette heure , s’étaitlarssé
glisser dans la ruelle, entraînant avec lui tout
ce qui pouvait témoigner de sa présence. Cepen—
dant l empereur s’était approché de la belle , qui
feiguaitd'e dormir ; que voit—il ?.... .Horre;co
1'f/erens Il voit... précisément ce vêtement
que Louvet a si heureusement surnommé, à l’u
sage des oreilles de bonne compagnie, le vête
ment nécessairç 5 car qui est—ce qui oserait dire
une culotte ? Ce n’est pas moi , assurément. Je
me figurel'ompereurles yeux fixés sur la fatale
pièce de conviction. Acette vue , il dit d'un ton.
sévère , mais calme : « Il y a’un homme ici l
» Qui que,vous soyez, je vous ordonne de vo us
» montrer. » Il n’y a\ ait pasà tortiller ; il fallut
obéir , et l’empereur reconnaissant son aide—p
de-eamp, lui ditsenlement : « Habillez-vous lu
L’aide-de-camp slxahilla et sortit. Je ne sais
malheureusement pas ce qui se passa ensuite
entre l’empereur et_la Eglle dame ; mais , selon
toute probabilité , elle dut commencer par es—
sayer de faire croire à l’unpereur qu’il se trom
pait :- je sais seulement que le lendemain, à
l’heure du lever , l'aide—de-eamp était dans ses.
petits souliers ; que , cependant, il y parut ,
parce qu’il ne pouvait faire autrement. Il en fut
pour la peur ,'ear jamais l‘empereur ne lui dit
un mot qui pût lui faire eroi_re=qu’il se souvenait

-m ‘ _.‘(_su. J
de la scène nocturne de ma chambre de Stupinis.
L’appartement qu’occupait mon bon colonel
Gruyer était contigu au mien, et nous nous en
tendions si facilement à|travers la cloison qui
nous séparait , que cela explique comment l’a-
venture que je viens de raconter n’a pas été per—
due pour la postérité. Une voisine fut indiscréte,
et il est peu probable quel’empercur , l’aide—de—
camp ou même la dame en aient jamais parlé à
personne. l\’os appartemens étaient composésïle
deux chambres et ornés d’un grand nombre de
portraits de papes. Gruyer un jour eut la sin.
gulière fantaisie de leur tirer aux yeux avec un
pistolet , et , comme il y était très—adroit , à
l’aide de deux balles il aveugla effectivement
l’effigie d’une sainteté; j’essayai d’en faire au
tant , mais, comme j’étais moins habile , je n’at.
teignis pas l’œil auquel je visais ; de sorte que ,
grâce à ma maladresse , je n’ai réellement à me
reprocher que le nez d’un pape. Nous fîmes cette
belle équipée un jour qu’il n’y avait personne au
palaistn autre jour nous voulùmcs nous écla_ir«
cir d’uh’doute , et pour cela nous eûmes. recours
à un tour pardon;xable au plus à des écolier&
Nous soupçonnions depuis quelques jours que ,
lorsque toutle monde était end0rmi , un de nos
voisins sortait de sa chambre pour aller.... je
ne vous dirai pas où , et avait grandsOin de
rentrer avant le jour. Pour nous en assurer *
' 80
nous imaginämœ dg broy)er un pain de blanc
d’Espagne , et de répandre cette poussière devant
la porte de notre voisin aPrés que nous le sûmes
rentré cliez lui. Le lendemain , à la pointe du
jour , nous vîmes dans le corridôr des em'prein—
tes de pieds marquées en blanc , précisément
dans la direction que nous soupçonnions , et
nous fîmes tout disparaître avantque personne
fût levé dans le palais. '
2
Aventure de la belle Banquiêre.

Le mari de madame M.... , homme aussi


vain et avantageux que grossier‘, ne' pouvait
croire à l’infidélité de sa femme ; un domestique
chassé par madame, luiprouva clair comme le
jour que son front.... Cependant il doutait en—
core ,et une nuit, que sa femme était au bal , il
fit une perquisition dans. son' secrétaire , il y
trouva quatre correspondances bien distinctes
au nombre desquelles se trouvait une. lettre de
M. D... écrite au nom de l’empereur. A cette
Vue ,y notre banquier tombe du troisième ciel et
s’irrite contre sa femme de ce qu’elle ne lui a
rien fait avoir , par son crédit auprès du souve—
rain. Aussitôt une idée de vengeance se cram—
ponne au cerveau du paüvr'emari... Il fait un
paquet unique de toutes lc's lettres et les adlÏ0559
à Sa Majesté.
c 8: )
L’emÿerwr , connue on pense ;'ne comprit
rien à ce message , et pour éclaircir cette affaire
il envoya ces paperasse-5 au ministre de la po—
lice qui mit bientôt Sa Majesté au courant
de l'intrigue et l'ollicieux expéditionnaire , M.
M... fut mandé au château et traité connue le
dernier des hommes: «Je vous ai compris , lui
dit Sa Majesté , vous vous seriez tu si votre
élévation était entrée en ligne de compte de
votre honte, et votre honneur ne s’est allumé
que parce que la faiblesse de votre femme n’a
rien fait tomber dans votre caisse; vous êtes
un malheureux; sortez , et que votre femme
n'ait à vous reprocher aucun mauvais trai
tement. » \
L’empereur ne put s’empêcher (le répéter cette
scène qui bientôt futcouuuc du public. Personne
ne plaignit le mari; mais en revanche , la dame
lit bien des envieùx.

Parallèle de Joséphine et de Marie-Louise,

L’impératrice Marie—Louise fut , comme on


peut le penser, l’objet principal des adulatiqns
de la cour; ou était sûr que [encens qu’on jetait
à son nez , chatouillerait agréablement l'odorat”
de l’empereur. On l’éleva donc jusqu’au neu
vième ciel ; la femme la plus insignifiante fut le
modifie des vertus et de la beauté. Mais l‘apo—‘
. 7.
( 82 ) ,
théose devait paraître bien ridicule, quand on
vit que Marie-Louise n’était en rien capable de
la justifier. Elle ne put jamais se _guinderà la
hauteur où on voulait l’élever ; jeune , douce ,
mais réservée , timide, parce qu’elle manquait
d’esprit, ne pessédant aucune étincelle de ce
feu qui fait les femmes supérieures, n’ayant de
volonté que celle d’autrui, manquant d’énergie,
menée par la duchesse de Mofitebello et ignorant
complètement l’art de se faire aimer de la mul
titude , assise sur le trône , sans le remplir, elle
ne pouvait faire oublier à lanation le règne et
les qualités de Joséphine ; celle-ci était encore
l’impératrice des Français , on s’en occupait
d’autant plus que Marie-Louise lui succédait et
ne la remplaçait pas.
C’est que pour plaire à tout un peupleil ne
sutlit pas de compter au nombre de ses ancêtres
une longue suite de rois on de princes souve
rains. Que le sang des Guises , des ducs d’Au—
triche, des princes de la maison de Bourgogne,
.et par suite de l’antique race de saint Louis,
coule dans les veines d’une reine , c’est fort bien ,
mais qu’importe au peuple qui l’ignore P Un
gouvernement sage et populaire a plus de prix
à ses yeux qu’une généalogie pieu établie.
Joséphine avait bien compris cette vérité.
Affable et douce envers tous , elle paraissait
aimer les arts , non par devoir mais par goût,
/
( 83 )
elle mettait du pire à ses moindres actions , en
raison de l'intérêt qu’elle prenait à la chose ; ce
n’était pas une impératrice qui prononçait des
ipgemensobligés , c’était une femme de coudi«
trou privée qui cédaità l’empire du beau et au;
plaisir d’une bonne action.
Sa rivale faisait ce qu‘on lui faisait faire._
Automate organisé , ses monvcmens , ses incli
nations de tête ,y ses gestes et ses paroles étaient
d’une impulsion étrangère. Elle paraissait sur le.
premier plan, mais la véritable‘ impératriccétait
derrière le rideau. On. vantait beaucoup son
éducation, mais en quoi. consistait«elle i’ à ne
rien savoir faire , ni rien dire en public. Aussi;
qu’arriva—t—il lorsque l’étoile de Napoléon pâlit,.
lorsque la conservation de la capitale , et par
suite les destinées de l’empire lui furentconliécs ;-;
Marie-Louise prouva-belle à ses \ peu pics qu’elle
était la petite—fille de l\larie-’l‘hérèse ? Non .,clle
ne montra aucune énergie , elle se laissa arra—
cher aux bras du héros dont elle avait partagé
la couronne , sans désespoir , sans éclat , sans.
men tenter pour partager sa mauvaise fortune,
Il y a plus , elle prit un amant par étiquette,1
et pour rendre en quelque sorte impossible son,
retour à Napoléon; tombant ainsi du hautrangl
où l’avait placée son mariage , elle eonsentit :‘r
n’être regardée que comme la concubine de celui .
qu’elle avait épousé avec tant dorgueil.
( 34
En attendant que cette Zrchiduchesse montrât
tant de faiblesse et d’incapacité , la flatterie en
faisait une héroïne. On épuisait pour lui plaire
tout ce que l‘art de la courtisaunerie peut avoir
de plus subtil et de plus délié. Par exemple ,
dans l’0péra du Triomphe de Trajan , il y
avait des allusionstrès—flatteuses pour JOséphine ,
on les supprima , et la valetaille des journaux,
conjointement avec la .valetaille de la cour ,
donna à cette petite bassesse le nom de change—
mcns heureux. Mais c'était bien plutôt des chan—
gemm5 maladroits, et le lecteur en devine assez
la raison. Plus on voulait faire oublier José—j
phine , plus elle prenait racine dans leseœurs;
sur cinq portraits de Marie-Louise on en ven—_
dait cent de Joséphine , et tous les témoignages
d’affection prodigués à la première étaient
olliciels. ’ ' "
Cette princesse ne s’attira pas plus l’amitié de.
sa nouvelle fainille que celle de la’ nation ; elle
se montra constamment froide et méfiante. Ma
dame Mère voulut l’engager à solliciter auprès
de l’empereur le retour dela princesse Borghèse;
elle répondit constamment qu’elle ne presserait
soir hànche ( son ange) sur rien. C’était le nom
de tendresse qu’elle donnait à son mari, avec
une petite couleur de _ pronpnciat‘ion autri—.
chienne. '
«È; ver-3

.M: *r- le a L-—‘ ' ‘


( 85 )

Premier attachement de NapoIém.

«J'avais cinq à six ans. On m’avait mis dans


une pension de petites demoiselles , dont la mai
tresse était de la Connaissance de ma famille,
J’étais joli , j’étais seul, chacune me caressait;
mais j’avais toujours mes bas sur mes souliers ,
çt , dans nos promenades, je ne lâchais pas la.
main d’une charmante enfant qui fut l‘occasion.
de bien des rixes. Mes espiègle5 de camarades ,'
jaloux de ma Giac0minetta , assemblèrcnt les
deux circonstances dont je parle , et les mirent
en chanson. Je ne paraissais pas dans la rue
qu’ils ne m’escortassent en fredonnant : Na o—À
leone di mezza calzetta fa l’amor3 a (fia
conzz‘netta. Je rie Pouvais supporter d‘être le
jouet de cette cohue. Bâtons , cailloux , je sai—
srssms tout ce qui se présentait sous ma main,
et m’élançais en aveugle au milieu (le la mêlée.
Heureusement qu’il se trouvait toujours quel
qu’un pour mettre le holà et me tirer d‘affaire;
mais;le nombre ne m'arrêtait pas , et ne comp
tais jamais. »

Opinion de Napoléon sur 1’amour.

L’empereur lisant la Nouvelle HéIoïse ,


Y A 1 g .
sal‘rctait sur lart et la force desrarsonnemens,
c 86 >
le charme du style et des expressions." Jean—
Jacques avait chargé son sujet, disait—il ; avait
peintla frénésie. L’amour devaitêtre un plaisir,
et non pas un tourment... « Cet ouvrage ( llé—,
lo'ise) disait ensuite l’empereur , a du feu, il.
remue , il inquiète. » ‘
A l’occasion d'une promenade de Napoléon ,.
faite après la lecture, M. de Las Cases ajoute :.
le sujet a été traité à fond ; nous avions débité
beaucoup de verbiage , à la suite duquel il a été
conclu que l‘amour parfait était le bonheur
idéal ; que tous deux étaient aussi aériens l‘un,
que l’autre , aussi inexplicables, et que l’amourL
du reste, devait être la distraction du guerrier ,_
[écueil du souverain.
ANECDOTES
son LA FAMILLE ET LA COUR DE NAPOLÉON.‘

————=...=.———

4 La princesie Pauline.

_ De ses trois sœurs], la duchesse de Guastalla


était celle que Napoléon atfectiounait le plus.
Elle était d une beauté remarquable, légère , ca- '
pricieuse , dissolue , aimant le faste , la dissi—
pation et tous les genres d’hommages. Le but
auquel elle aspira toujours fut de subjugùer
son frère; mais malgré l‘originalité de son es—
prit , le piquant de ses saillies et ce caractère de »
fierté, de domination qui devait plaire à l'em
pereur, elle ne put jamais y réussir tout—à-fait.
Elle avait détesté cordialement son premier mari ,
le général Leclerc; cette aversion se transmitau
prince Camille Borghèse , à qui Napoléon la (il;
épouser en secondes noces. C’était un homme
très-doux et très-faible, qui regardait sa femme
comme fort au-dessns, et qui ne fut jamais que
son premier esclave. L’antipathie de Paulineç .
pour lui venait peut.être de cette mollesse et de.
cette inertie. J’ai en bien souvent l’occasion de;
remarquer qu’une femme n’aime jamais l'homme .
qu’elle ne peut pas respecter , que , quel que
soit son amour pour le commandement , elle

. -Lh.-n._y_üM"
( 88
méprise l’époux qui est tot?j0ur5ltt très—humble
valçt de ses moindres caprices. 7
Pauline avait été forcée par l’empereur de
suivre son premier mari dans son expédition de
Saint-D0minguç. En proie _aux vives ardeurs du
climat des tropiques , et reléguée dans l’île de la.
Tortue par suite des revers de l’expédition , elle
se plongea , pour s’étourdir , dans tous les genres
de sensualités. A la mortde Leclerc , elle se bêta
de remettre à la voile et vint jouir de toutes les
délices que lui offrait la capitale. Une maladie,
suite de ses excès de tout genre, fit long-temps
craindre pour sa vie. Elle guérit enfin, et sa
beauté , loin d’être ternie par ses longues souf—
frances , reparut avec plus de fraîcheur et d’éclat.
Redoutaut son frère dont la sévérité et la sur—
veillance l’empêchaicnt de jouir sans frein et
sans retenue , elle forma _ le projet d’assujétir
Napoléon à tout l’empire de ses charmes. Elley
mit tant d’art , tant de raffinement que son
triomphe fut complet.
L’enivrement du frère pour la sœur dura plus
d’un an. Pauline se croyait si sûre de son em
pire que lorsqu’il fut question du divorce de
Joséphine , elle s’écria : « Pourquoi ne régnons
» nous pas en Egypte? nous ferions comme les
» l-‘loléme’cs: je divorcerais et j’épouserais mon
» frère. »
Qu’on juge de son dépit, lorsqu’à quelques
' ( 89 )
mais de là elle vit une princesse d’Autriche venir
s’assseoir sur un trône où elle ne pouvait pas
monter , mais dont elle espérait subjuguer tou
jours le possesseur l La cour subit une réforr’nc
complète dans ses mœurs , dans ses habitudes
et dans son étiquette. Napoléon en donna lui»
même l'exemple par le strict maintien des con
venances et l’observation de ses devoirs comme
époux. Dès ce moment , la cour licencieuse de
Paulinc fut abandonnée, et cette femme , qui
joignait les faiblesses aux grâces de son sexe ,
conçut contre la nouvelle impératrice un ressen—
timent si vif que sa santé en fut altérée et que
les médecins lui conseillèrent les eaux d’Aix4a—
Chapelle. S’étant mise en route , elle se croisa
dans BrnxelleS aVec Napoléon et Marie—Louise,
qui se dirigeaient vers la Hollande. Là , forcée
de paraître à la cour de la jeune souwraine, et
ne résistant pas au désir de lui faire une injure,
elle se permit en la voyant passer dans un sa—
lon , de faire derrière elle , et avec des ricane—
mens indécens , un signe de ses deux doigts ,
que le peuple , dans ses grossières allusions,
n’applique qu’aux époux honaees et trompés.
Napoléon, témoin et choqué d'une si grave im
pertinence que le reflet des glaces avait même
décelée à Marie-Louise, ne pardonna point à sa
sœur qui reçut, le jour même ,l’ordre de quitter
la cour. Trop fière et trop piquée pour faire la
. . . < 9° > ,
momdre sonmrssron, elle vecut dans lexrl et
. .
dans la disgrâce , et ne revit son frère qu’en
1814 , au moment où il s’embarquait pour l’île
d'Elbe.

Le dentiste Borglet.

Un jour la princesse Borghèse fait mandep


son dentiste , il accourt : « Borglet , lui dit—elle,
» arrachez—moi cette dent ; voici quinze jours
3 qu’elle me fait souffrir. n
Le dentiste suitla princesse danssa chambre
à coucher, où il trouve un joli homme qu‘il
prend pour le prime Borghèse lui-même aux_
manières sans façon dont il usait chez la prin
cesse. Cependant celle—ci fait quelques difficultés
quand vient le meurent de livrer sa bouche à;
l'adresse de l’opérateur ; la personne présente
employe tout pour l’y décider, mais inutilement.
» Mon Dieu, ma chère amie , lui dit-il , com-.
» ment peux-tu faire l’enfant à ce point-là ; ce
» n’est qu’un instant de douleur qui t’en épars
8883-88 gnera beaucoup d’autres. — Tu en parles bien
à ton aise , reprend la princesse...... Mais j’
pense , tu te plaignais avant—hier d’un mal dev
dent ; si tu veux me donner l’exemple , je te.
promets de me résigner. —— Parole d’honneur ?2
— Parole d’honneur l‘» Et voilà mon individu
dans le fauteuil. L’opération terminée , il som—
me la princesse de tenir sa parole; elle se décide
après quelques difficultés. Le prince enchanté ,
ouvre un secrétaire, prend un rouleau d’or , le
brise et donne sans compter.
Le soir du même jour , le père Borglet se
trouvait dans une soeiété nombreuse où l’on
vintà parler des grandes dames qui avaient des
amans ; les sœurs de Napoléon furent plus d’une
fois mises sur le tapis. Un cita surtout la prin—
cesse Borghèsc comme une de celles qui se gê—
naient le moins. « J’espère bien , s’écria le cré
» dole dentiste , que vous excepterez celle—là ;
» j’ai vu ce matin même ce ménage dans son
» intérieur a, et l’on ne peut se faire une idée de
» la tendresse dont les deux époux sont animés;
» que de petits soins 1 que d’attentions délica—
» tes l Voyez un peu connue ou rend justice l»
Plus le père Borglet s’épuisait en éloges , plus il
voyait son auditoire sourire. Pour le convain—
cre , il raconte la scène du matin , la complaiæ
sauce de ce mari qui se fait arracher une bonné
dent pour remonter le moral de sa femme et lui
donne l’exemple du courage. « J'en suis l‘éellc-‘
» meut touché , ajouta-t-il; c’est un ménage qui
» en est encore à la lune de miel. » Un grand
éclat de rire coupa la parole au pauvre orateur.
—-— «Faites—nous un peu le portrait du prince, »
dit un des assistans. A chaque coup de pinceau;
nouvelle lrilarité. Enfin quandil cutiini, on lui
2
apprit que le prince Bo?ghèze était en Itaiie
depuis fort long-temps , et que le port1ait qu’il
wuait de tracerétait celui de M. Cap.... , ancien
comédien ambulant.

Le banquier et le maréchal d’empire»

Parmi les Turcarets affamés d’honneurs , on


distinguait M bonhomme au fond , mais
tout pétri de la plus sotte vanité. Il affichait des
principes démocratiques , tout en se mourant
d’envie de prendre racine à la cour. Et après
avoir fait l’éloge de l’égalité , il mettait à prix
d’or la tête d’un _nohle pour en faire figurer le
‘ plus qu’il pouvait dans 565 soirées. Il sollicitait
dans une circonstance un de 505 amis de lui
procurer la connaissance de M. de
—» Mais , lui répondit son ami, savez—vous
que c’est un misérable perdu de débauche et de
dettes, un homme qui ne jouit d’aucune con—
sidération. ‘
—» Peu m’importe , répondit le banquier ,
il a'un nom. Il est vicomte, c’est ce qu’il me
faut. Dans ma dernière soirée le n‘avais pas de
vicomte.» A force de fréquenter des gens de
qualité , M. avait fini par se croire lui
môme gentilhomme ct n’aspirait à rien moins
qu’à une chargcà la cour. Il s’en ouvrit au ma—
réchal XXX.... qui, enchanté de rencontrer une
vache à lait, lui répondit :

.4 ..-g.s «w;; A
3
« Très—CertainemcnP, n)ron cher ami . l’em
pereur sera charmé de voir à sa cour un perd
sonnage comme vous , je lui en parlerai... A
quelques jours de là , le maréchal dit à M. 1’....
qu’il n’avait pas encore obtenu de Sa Majesté
une réponse positive; puis il se plaignit d’un
retard de paiement de ses pensions.... Le ban
quier_ s’esquive et rentre un instant après appor—
tant dans un_ porte-feuille jaune trente mille
francs dont il ne demande pas de billet. Le ma
réchal remercie le banquier , et doit lui rendre
son argent aussitôt qu’il le pourra. Le maréchal
se trouvait engagé plus loin cpt’iln’auraitvonln;
il devait de la reconnaissance au banquier , il
parla donc à l’empereur qui le renvoya à mille
lieues. Cependant le solliciteur ne lâche point
priser, il fait au maréchal dix visites par se
maine. Le maréchal qui est débiteur d’une som—
me de trente mille francs , l’entretient toujours
dans ses illusions. En lui rendant ses visites , il
fait une découverte ', la femme du banquier est
jeune , fraîche et jolie. « Pointons nos batteries
de ce côté. » Mais en amour comme en guerre
les généraux d’armée arrivent quelquefois trop
tard , ou trop tôt. Le cœur de madame
n’était pas vacant dans ce moment, et le maré—'
chal XXX. perdit auprès d’elle le fruit de son:
amabilité et de ses peines....Upe idée folle s’em
pare de lui. '

»— x. .. mæ.—..-—.u. -— ——
94 )
...» Mon ami, dit-il un jour au banquier ,
vous avez réussi auprès de l'empereur , il vousl
nomme son grand trésorier à la place de M.\
listève. l
——r) Ah ‘. mon cher maréchal. souffrez que
je vous embrasse , vous voyez en moi le plus
heureux des hommes. - r
.——» Un moment , vous êtes grand trésorier ‘
à une condition... - ‘
—— » A une condition 1 E11 quelle est cette
condition, je vous prie?
—» En vérité je n’aurai jamais le courage
de vous dire ce que c’est. '
—-» Parlez donc , M. le maréchal... grand
trésorier Mais quelle est donc cette condi—
tion? v
—— » L’empereur est amoureux de votre
femme... Vous comprenez maintenant.
——:» Diable , oui je comprends... je ne veux
plus être trésorier de la couronne , ne m’en par—
lez plus. Quel est le costume de ce dignitaire?
'——'» Son costume est très-beau , habit de
velours, couleur de bois , brodé en argent,
manteau Pareil , ceinture rouge , chapeau à la
Henri IV. Figurez-vous avec ce costume là ;
combien il vous flatterait l Quel Ornemcutpour
un salon qu’un portrait de famille décoré deces
msrgnes.
—)) C’est vrai, maréchal , mais liemPerellr
met à ses grâces un prix L...

a __, ,___,.M
’ 95 )
—— « Je pense que si vous acceptiez, l’em
pereur‘ne bornerait pas là ses faveurs , et le
grand cordon de la légion—d’honneur ne se ferait
pas attendre long—temps.
— «Le grand cordon , mon cher maréchal l...
— « Oui , le grand cordon , sans compter les
marques particulières d’estime qui vous Seraient
données en présence de la cour. Écoutez, M.
P... vous êtes philœophe.;.
Quand on l‘ignore ce n’est rien ,
Quand on le sait c’est peu chose.

D’ailleurs ce qui vient de l’empereur , doit—il


être considéré du même œil que ce qui vient
de bas étage P Combien de gens dont les noms
n’auraient jamais été inscrits dans les pages de '
l’histoire ’, si un roi , un prince n’avaient fait
attention à leurs femmes. »
Le banquier était déjà rendu. .
4 -'— « Mais ajouta le maréchal , je dois vous
dire que l’empereur voit d’un œil jaloux les
soins assidus que rend à votre femme le gé
néral . _
—» Qu’à cela ne tienne, reprit le sot han
qnier , je l’éconduirai. » -
En rffct. il fit des reproches à sa femme sur
sa conduite aVec le général. «
—— « Ses visites me déplaisent, et en outre
elles sont désagréables à l’empereur.
( 96 )
—-'- » A l’empereur, monsieur
——» Oui , à l’empereur , est—ce ma faute'à
moi si l’empereur s’est mis en tête de vo us
armer. »
Ces mots ne tombèrent pas à terre , la dame
ne valait pas au fond mieux que son mari; sa
tête travaille , mille idées d'ambition y fermen
tcnt ; elle fait part au général F.... des projets
de l’empereur sur elle, le général se retire. La
chose
Bientôtallait
madame
à merveille
P... apprend
pour le maréchal
de son mari
XXXque

c’est le maréchal lui—même qui est chargé de la


présenter à‘la cour. Alors la dame se ravise , et
fait en quelque sorte ses excuses sur sa ri—
gueur passée. Le maréchal demande pour son
propre compte , obtient tout, et puis part pour
la guerre d’Espagne. '
Les époux P.... attendent encore qu’il réalise
ses promesses. j _ .
Laffaxrc cependant n’en demeura pornt la.
M. P...., impatient du départ subit de son
ami le maréchal , imagina de tenter un grand
coup , et de parvenir à l’empereur au moyen
d’une audience qu’il fit solliciter par le grand
maréchal du palais; elle fut accordée après
beaucoup d’instance, et le voilà dans le cabinet
de Sa Majesté.
— « Que voulez-vous , Munsicur ?
-—» Sire ,je viens rappelcrà V. M.la requête
9 .
que le maréchal XXÂ.... lui a présentée en
mon nom.
— » Vous voulez un emploi à ma cour, cela
ne se peut , j’ai tout promis.
—— » V. M. m’a cependant fait espérer que
la charge de grand-trésorier de sa maison...
— » Elle n’est point vacante , je surs satisfait
du titulaire.
—» ' Ah Sire 1 ma femme en sera au déses
poir. _
— » J’en suis fâché.
—— » Elle a tant de respect pour V. M.
=—— » J’en suis reconnaissant.
——' » Elle laime même à tel point...
—— » M. P.... lui dit Napoléon sévèrement,
tant que je régnerai , les places ne Seront pas le
prix de ce que vous me faites entendre ‘; vous
êtes bien hardi....
—» Ah , Sire l le maréchal m’avait dit...
-—î» Quoi 9.... parlez , s’il vous plaît, parlez,
monsieur P.... »
Le ton de l'empereur“, et son terrible coupa
«l’œil intimidèrent le pauvre mari, qui se trou
_bla et cependant balbutia ce qu’on sait déjà.
—-«- » Allez, allez , monsieur , lui est-il ré—
po‘ndu , allez demander au maréchal la place
(le trésorier de son épargne; il vous la doit sans
doute , car il' fait l’empereur auprès de ma
dame P....»
.8.
Ï( 98 )
F.t S. M. lui tourna le dos. Qu’on juge desa
honte et de sa colère. Il s’enfuit à demi mort ,
n‘entre chez lui ,' fait à sa femme une scène bor—
rihle ; elle l’écoute tranquillement , et lorsqu’il
a fini , prenant la parole :
——» Je vous conseille de vous plaindre. Vous
avez Voulu me vendre au maître , je me suis
donnée au valet , lequel de nous deux est le'pluS ‘
coupable? Ne ' faites pas de bruit , car si vous
me poussez à bout. , j’écijirai au maréchal qui
enverra un de ses aides—de-camp pour vous cou
per les oreilles.
Depuis lors il ne fut pas à Paris de meilleur
ménage. L’empereur , quelque temps après , dit
au général de F...
—- » Je vous remercie , vous fuyez à mon
nom; c’est une marque de respect qui me char—
me et dont à votre place je n’aurais pas été
capable.
—» C’estque vousn’êtespas fait, Sire, pour
être jamais mon sujet.
—— » Vous avez raison, général. Dieu de toute
‘ éternité vous destine à être ce que vous êtes. »
_ Le courtisan s’a plandit de cet acte de bas—
' sesse ; l’empereur sen indigna , et néanmoins
peu après nom ma M. de F à une des fonctions
les plus briguées. " '
t (99)
Passion d‘un fou pour Hortense de Beau
harnais.

Dans toute les fêtes offertes par le premier


consul à leurs majestésle roi et la reine d’lilru
lie , mademoiselle Hortense avait brillé de cet
éLl3t de jeunesse et de grâce qui faisait d‘elle
l'orgueil de sa mère et le plus helornemeut,de la
cour naissante du premier consul.
Environ dans ce temps , elle inspirala plus
'violente passionà un monsieur d‘une très-bonne
Ïaniille, mais dont le cerveau était déjà , je
crois , un peu dérangé , même avant qu’il se fût
mis ce fol amour en tête. Ce malheureux 1ôdait
sans cesse autour de la Malmaistin; et dès que
irlademoiselle Horteme sortait , il courait à côté
de la voiture , et , avec les plus viws démons
trations de tendresse, il jetait par la portière ,
. des fleurs , des boucles de ses cheveux et des
vsrs de sa composition. Lorsqu’il rencontrait
mademoi5elle Hortense à pied , il se jetait à ge—
noux devant elle avec mille gestes passionnés ,
_lbppelant des noms les plus touchans. Il la sur;
vait, malgré tout le monde , jusque dans la
cour du château , et selivrait à toutes ses folies.
Dans le premier temps, mademoiselle Hortense,
jeune et gaie comme elle l’était, s'arnusa des
sima_gré:s de son adorateur. Elle lisait les vers
,\_.,A ä
roo ) .zn
qu‘il lui adrvssaît , et les donnait à Îi1‘e aux
éàmes qui l’accompaguaient. Une (clic poésie.
était de naluruà leur prêter à rire ; aussi nes'm
faisaient—elles point f3ntr ;-_ mais. après _m-s pre—
micrs transports de gaîlé , mademoiselle ‘Horn
tense, bonne et charmante comme sa‘mêre, lié
manquait jamais de dire, d’un visage et d’un
ton compatis.»ant : « Cc pauvre homme , i‘i r5t
bien à plaindre λ A la fin pourtanî, lcs îm-=
};0rluniléS du pauvre insensé se muilipiiêrrrxt au
Point de devenir insupportables. Il se tenait , à
Paris, à la 1201 (c des théâtres , quand madc«
moisrilc Horlonse d'uai't s’y rendre , et se pros
trrnait à ses pieds , suppliant , pleurant, riant
et gesticuiaut toutà la fois. Ce spcclacie amusail
trop la fou-le pour conâînuer pins. long-temps
d’amusvr m;rdcrqoîsafl5 de Bcauharnais; Carra&
fut chargé (l‘écarleriëil‘æa!heureux , qui fut mis,
je crois , dans uiæç n@ÏSon de santé.

Le mari Ç0mflàt‘sant.
M. de Canouviiie était‘i‘m‘ beau cavaiior ,
d‘une [aille magnifique , doux ,, gracieux , aië'
mahle , empressé, nouinoins que brave, ai‘marit
h princesse Pauline, en mari,et qui sedmngait
les airs de l'êtrc,‘au.poînt de emmerdes méprisés
à ceux qui le malin ,‘ ve‘naut chez madamfikit
Borghèze, le trouvaientélabii‘cn robe de clmubm

-A1—:{‘—_A.,»J.—-L_«-æ» ,
z"

( rot )
et sans aucune eérQnouie. Cette familiarité dé«y
plaisantà pinsieurs personnes, etuotammet;t au
prince liorgltézc qui disait à ce propos :_ c( Jele
lui passerais , si Cela me 'tlônnait un héritier ;
mais en vérité , à quoi sert d’avoir épousé la.
sœur d‘un empereur , si on ne laisse point de
postérité qui puisse recueillir les avantagrs d’une
alliance aussi élevée. » Le prince s‘était imaginé
(et peut»être son espoir n’était—il pas sans fonde
ment ) , que si l’auline lui donnait urrfils ,
l’empereur l’aurait gratifié d’une principauté
souveraine autre que celle de Guastallæqui lui
fut reprise en échange d’une forte somme d’argent.
Je reviens à M. de Carrouville ,{qui ne jouit
pas long—temps de son auguste_bo_nquête. Un
e0np de canon tiré après uni: bataille:et simple
mentir l’effctde déchargerïune pièce d’artillerie ,
le ren've‘rsa baigné dans son sang} Ce fut une
perte - pour larmée_ «franchises - Canôuv ille
avait cette bravoure cl:èèaleresäùg et téméraire
qui , “dans ces*d’eini‘ers ternps’Îàiàitî Sortir de
nos bataillons tant de capitaines distingués. '
La princesse Pauline se montra long-temps
inconsolahl‘e de sa‘mo‘rt’, elle dit adieu aumou-
de; ce qui fit dire à sa sœur Elisa qui ne l‘ai—
mait guère : « La voilà à' son second veuvage ,
le troisième ne lui coûterait pas autant de lar—
mes. » Madame Baceiocchi avaihraison.
fi" ' ‘ . 8.,
(102)
Vengeance a”un mari.

Mademoiselle de... s’était éprise de M. de F


y qui joignait au talent de plaire le relief d’une
' ‘ttobl‘esse antique ; mais quelques mois sullirent
pour détruire tout [amour qu’elle avait pour
son féal époux , dont la santé débile ne pouvait
supporter de trop fréquens retours de tendresse.
Ennuyée de cette espèce d’apathie conjugale qui
' allait si mal à sa beauté et à sa florissante jeu
nesse, elle chercha des distractions, et malheu
reusement pour elle, la seule qui convînt à sa
p05iti0n fut du nombre de celles que les maris
. {jeu complaisans ne trouvent jamais de leur goût.
u jeune Basque, très—bien fait , mais sans nais—
sance ; bien loin par sa position dans le monde
de se trouver au niveau de la dame , quoique
nous fuàsi0ns dans un temps où les derniers de—
venaient facilcment les premiers ; un Basque ,
dis—je , fut l’heureux objet avec lequel elle se
consola de ses chagrins conjugaux.
Bientôt ces sortesycle consolations devinrent
tellement agréables , qu’elle ne put plus s’en
passer. La présence du jeune Basque était une
nécessité de tous les jours. Malheureusement ses
Visites dansla maison de madame n’étaient
pas toujours suffisamment motivées ; de là les
clntcliotcrics des domestiques , causeries des
103
familiers et finalement le scandale de tout un
cercle. La mère de M. de bonne femme .
assa compâtissanæau malheurde sa belle—fille ,
qu’elle avait peut—être éprouvé elle même et qui
ne s’était pas épargné les copsolatîons , voulut
lui faire sentir combien la discrétion-elle pru—
dence étaient nécessaires en pareil cas ; mais ses
avis pleinsgde raison. ne furent point écoq}té_ei
Madame de F niant l’évidence , s’écria qul‘ôn
la ealomniait.
— « Soit . repartit la belle-mère, mieux vaut
calomnie que médisance , mais enfin c’est à vos
dépens. Eloignez ce jeune homme , si vous ne
lui êtes point attachée , ce ne sera guère pénible ;.
s’il vous est cher , voyez-le , mais au loin, iei
il y a du danger et de l’indéeence.
—— » Quel danger, madame ? _ .
—— » Craignez mon fils, il est votre mari, il
a les passions vives. .
—— » Le cœur seul chez lui....
— » Oui , mais le cœur inspire quelquefois
de terribles vengeances , je vous ai avertie, pre—
nez garde à vous. »
Madame de F... aurait bravé l’univers. Un
jour son mari entre chez elle , la regarde avec
attention ctlui prenantla main: « Chère amie ,
lui dit—il , ne te fâche pasde ce que je vais» te
confier ; il faut que Georges ou moi, cessions
de {approchez
(' m4 )
a— » Vous aussi , mon ami , êtes vision—
nairc l
—» Choisis, choisis bien l"
— » Allez , monsieur ,, vous divertir au jeu
de paume, ou acheter des ossclets en sortant;
si vous faites une csclaudœ ridicule , je ne de-.
m::urerai pas en reste avec vous. in.
M. de sourit et se retire. Le lendemain.
il aü'nonce son départ pour la campagne , sans
aucune réflexion , sans plainte , sans instance.
Sa femme le laissa partir. Minuit sonne. Mam
dame de F... n’irst pas seule. Tout-à-coup la,
glace placée au-dcsssus de la commode tombe
avec fracas , madame de F... s’arrache épon
vamée . d‘esbms du Basque. Elle voit à la clarté
de sa veilleuse trois hommes s’élancer par une
Ouverture pratiquée dans la» muraille et le jeune
homme tomber sous le poignard des assassins...
M. de F... qui avaitdirigé le meurtre , ditalors
à sa femme : « Puisque vous n‘avez pas voulu
qu’il sortit , Vous resterez avec lui, tandis que
j'irai jouer aux osseiets, ou à la paume. » La
malheureuse s‘évanouit et à son réveil se trouva
liée à un cadavre. l
Depuis ce moment , jusqu’à sa mort, qui a
eu lieu l’an. passé , elle a- traîné une existence
misérable; chaque année elle perdait sa raison
pendant deux mois. Lc-cri‘me du mari ne reçut
jamais de châtiment. on ne put“ constater la‘
‘ 105.
présence des deux scc’lérats qui l’aidèrent à le
commettre. Il prétenditmoir été seul. Il divorça
et n'a jamais trouvé à sg__r_emarier.
On le rencontre encore aujourd‘hui aux Tui—
leries sur la terrasse de l’eau , tou}ours , en redin—
gote verte, en gilet et pantalon noir ; il se pro—
mène la tête basse , et s’arrête parfois surpris
d’un frisson involontaire. Les ltabitans de cette
partie du jardin des T uilerics le connai55entbien
et s’étonnent de sa constance à revenir tous les
jours à la même heure , de trois à cinq , au
même lieu : il ne salue personne , va et vient
absorbé dans ses réflexions et perdu dans Ses
souvenirs. Il n'a jamais voulu voir son fils uni
que qui, touché de pitié , se rend de temps à
autre aux Tuileries , examine son père , gémit
et se retire sans avoir pu se déciderà l‘aborder.

Le pagefemme de chamêre.

Lorsque j’étais de service aux Tuileries , à


Saint—Cloud ou à la Malmaison , j’étais le plus
heureux page (le l’litlr0pe. Tout le monde, lim
pératriee elle-même, mais surtout les dames de
sa maison, me témoignaient mille hantés; mal—
ill'ttl‘cltSt'lflt‘t'l! j‘étais encore un peu trop jetiHiè. _
Le
( à fait est que j’avais
les entendre) pour enà apprécier
peine quatorze
toutle ans
prix.; ‘.

j‘aurais donné tout au monde pour en avoir


vingt—cinq , et porter des moustaches.
. 106 )
Mon cœur était calme , il n’avaitencore eu
qu’un asSautà soutenir de la part de madame
Caroline de A.... , et grand Dieu , quel assaut!
ce n’était même pas la peine d‘en parler. J’étais
encore , pour ainsi dire , ignorant, sinon en
théorie , un moins en pratique ; mais de ce côté
l'instruction devait bientôt venir ; en un mot,
mon hwre avait sonné. \ ‘
Un doit se rappeler une certaine madame
13“" qui avait été témoin des dangers que j’a
\ais courus dans le petit parc des orangers à
Saint—Chud , et del‘intérêt ou plutôt de laja—
loùsiequ’clle en avait ressentie. Je dirai d’abord
que dans la maison de la princesse Borghèse ,
où j‘étais envoyé quelquefois , je l’avais distin
guée parmi les autres dames pour accompa—
gner. Veuve depuis deux années , elle pouvait
avoir trente-deux ans; elle avait les cheveux
bruns , mais la peau d’une blancheur ehlouis—
saute , une taille ordinaire et un emhonpoint
attrayant. Cependant elle n’était pas jolie , je
puis même dire qu’elle était presque laide , mais
elle possédait tout ce qu’il fallait pour plaire à
Un très—jeune homme comme moi ; il est vrai
que je n’ai jamais aimé _ce qu’en appelle vul—
gairement une jolie femme ; cependant il m’est
arrivé quelquefois de...; : mais n’antieipons pas
par les événemens. Je n’aimais pas les très—jolies
Ëmmes , plus tard j’en dirai le motif.
—wfl—

( 10
Madame D*** était gra7vée dela petitevérole ;
mais faite comme un ange. Elle avait toujours
dans sa iniSe _une simplité qui annonçait peut
être plus de recherche et de (0]uetteric que la
parure la plus éclatante. Avec cela un pied, une
maint... Unamant aurait été jaloux du parquet
qu’elle foulait , du gant qui emprisonnait ses
doits éfilés et potelés. Elle avait dans l’œil un
je ne sais quoi qui faisait qu’on ne pouvait en
sontenir;long—temps le regard. Ajoutez à cela de
belles dents et des petites oreilles , on aura le
portrait ressemblant de madame D*‘*. Du reste
peu, de gorge , mais beaucoup de fortune.
Partout où elle habitait , soit à l‘hôtel de la
princesse, soit à Saint—Cloud ou à Compiègne
lorsqu’elle y venait , elle avait toujours le soin
de décorer elle—même et avec un goût exquis le _
logement que le fourrier du pa'ais lui destinait ,
n’importe dans quel état elle le trouvait. En
entrant on se sentait comme enw10ppé d‘une
atmosphère ‘suavc; il n‘y régnait jamais qu’un
demi—jour qui avait quelque chose de volup
tueux. Elle savait le diriger avec art vers le ca—
napé on la bergère sur lesquels elle restait'cons
tamment assi5c , elle ne se levait même pas lors-'
qu’il fallait saluer ou donner quelques ordres :
un léger c0up de tête poirrvoyait à tout. Mes
quatorze ans avaient été plus d‘une fois élec
trisés en entrant chez elle , et j‘ouhfiais souvent

l-._s-._..:= à g“
( 108 )
le sujet qui m’y avait amené. Avec tout cela ,
madame D“* avait déjà une rivale; c’était... je
dois dire toute la vérité... c’était mademoiselle
Ilerminie , sa femme de chambre et en même
temps sa femme de confiance l ..
Il faut qu’onsaehc que cette demoiselle Hier—+
minie, dont, sans doute , t0ut autre aurait fait
li a ma place était aussi bien élevée que sa
maîtresse, plus instruite , peut—être, mais aussi
plus c0qnette. Ce joli péché lui servit à quelque
chose : elle eut le talent de devenir baronne , en
épousant , en 181 1 , le colonel La... , qui fut
tué un an après, à la bataille de la Moscowa ,
en attaquant la grande redoute. Mademoiselle
est morte en
Hrrminie, 1823 , madame
ou plutôt à l’époque
la de la dernière
baronne La

campagne d’Espagne , pendant son séjour aux


eaux de Bagnèrcs de Bigorre , où elle était allée
pour rétablir sa santé. En 1806 , mademoiselle
Herminie avait dix-huit à dix-neuf ans, c’était
ce qu'on pouvait appeler une jolie blonde : l’œil
bleu et décidé , sans être positivanent hardi;
une bouche fraîche , mais un peu grande , un
nez mutin , dont la pointe s’élevait légéremcnt
vers le ciel , des joues fraîches et roses comme
.une pêche, des bras ronds et fermes, la jambe
bien faite , le corps singulièrementbien tourné,
et une santé l... J’entendis madame D“* dire
plusieurs fois , en parlant de sa camériste , qu‘elle
en
l
;en avait trop. Tel est, Ïiîs pieds à la tôle , le
ôétail des parties qui composaient l’ensemble de_
mademoiselle Herminie , qui , je puis le dire ,
fut ma troisième passion , et m’aurait gardé
enchaîné long—temps , si elle n’avait pas eu un
petit défaut : celui d’aimer tous les pages , les
uns après les autres. J’étais le cinquième , et je
n’avais encore rien obtenu , probablement parce
que je n’avais encore rien demandé; on voit
que je n’étais ni cffronté ni hardi comme un
page. Mes camarades auraient pu prendre leurs
numéros, certains de passerà leur tour.
La Cour était à Rambouillet ; c’était aprèsla
paix de Tilsitt. La princesse Borghêse y était
aussi avec madame D*"* , qui emmenait toujours
avec elle sa demoiselle de confiance.
’était un lundi ; l’empereur et l’impératrice ,
étaient allés à la chasse le matin; toutes les
dames les avaient accompagnés: les nues -en
calèche découverte, les autres à cheval; mada—
me D*** était du nombre de ces dernières , et
par son adresse à,cet exercice , elle aurait défié
le grand ëeuver lui4nême. Soit par habitude ,
soit machinalement, m’étais tenu près d’elle,
et je ne l’avais pas quittée d’un instant.
Toutle monde rentra au château à deux heu
'Ses ', il faisait une chaleur étouffante c’était à
13 fin du mois d’août ) madame D*** , apn‘s
avoir reconduit LL; MM. jusqu’au salon de
9
(no)
service , était rèm0ntée chez elle; je l’y avais
suivie, toujours machinalement.
En arrivant dans son appartement, elle ne
trouva pas mademoiselle chuinie pour la dés—
habiller. Après avoir posé sa cravache etôté son
chapeau , elle me lança un coup»d’œil. ——
» Edouard , mcdit-elle , vous êtes sage comme
» une demoiselle, et je puis, sans conséquence,
» vous prier de m’aider à dégraifer mon amaa
» zone , pour passer une robe. » Je ne me le fis
pas dire deux fois , et je me mis en devoir de
tu acquitter de mes nouvelles fonctions le plus
adroitement qu’il me fut possible. Mes mains
tremblaient , mon cœur battait ,- je n’y tenais
lus. ‘
Madame D*** , qui apparemment avait ses
desseins , mit peu de soin‘à me dérober ses
charmes ; je crus m‘apercevoir qu’elle-même
voyait , sans trop de colère , l’impression qu’ils
produisaient sur moi. J‘avais deviné ,‘pour la
première fois , la volupté , et madame D*** n'é*
tait plusà mes yeux qu’unefcmme à qui j’aurais
voulu prouver tout ce que je ressentais pourelle.
Soit hasard, soit ruse, à l’instant où cllen’e’tait
plus couverte que du vêtement indispensable, elle
se laissa tomber sur un canapé , c0mme si elle
s’évanouissail; j’en ressentis une frayeur mor—
telle : cependant je m’efforçai de la secourir.
Pour m’assurer si elle respirait encore, j’appro«;
11l
chai ma bouche de ses lèvres? : ma main se porta , z
toujours machinalement sur son cœur. Je sentis;
moins ses battemens , que je ne fus ému parla .
forme enchanteresse de sa taille ; mon œilavai!
déjà dévoré d'autres appas , avant que mes
mains , encore enfantines , eussent osé en appro—
cher. À“SSliôt un feu qui m’étaitjusqu'alors in—
connu circula dans mes veines; j’ignorais pres—
que ce que je désirais , mais je sentis qu’il me .
fallait mourir si je ne pouvais faire partager les
transports que j’éprouvais. Madame D*** appar— '
tenait à la princesse , sœur de l’impératrice , j’é—
tais moi-même attachéà son service: quel res—
ect ne devait—elle pas m’inspirer? Cependant
j‘allaisl’oublîcr , quand le bruit d’une porte qui
se fit entendre dans l’antichambre , vint la tirer
de son prétendu évanouissement; et passant ans—i
sitôt dans un cabinet de toilette , elle me laissa
senlavant que sa femme de chambre fût entrée. ,
« Que faites—vous donc là tout seul , M.
» Edonard ? vous avez l’air tout embarrassé de
» me voir. —— Moi, pointdu tout, je regardais
» cet album , qui, je crois , est à madarneD***, ,
« et voilà ce qui me donne l’air.... enfin l’air
» que vous me trouvez : elle ne Veut peut-être
» pas qu’on v touche? —— Mais où est-elle donc,
» Madame? —— Je crois qu’elle est dans son ca-.
n binet. —- Elle s’est donc déshabillée tonte
» seulc,_ car voilà son amazone? -— Ma foi ,1:

5%.
112 )
je n’en sais rien. — A—t—elle été bien en colère
en ne me trouvant pas? -—- Elle ne m’a rien
88‘:
dit. — VOUS l’avez donc vue? — Je suis re—
» venu dcla chasse avec elle. —— Madame est si
vv bonne 1 —— Oui , il faut en convenir. —— Heu—

» reux celui qui l'aura pour épouse! »


Moi, d’après ce qui venait de se passer entre
nous, je n’aurais pas voulu être son mari, mais
je commençais à désirer d’être son amant ; j’en—
rageaisau fond du cœur de ce qu’Hermiuiè était
venue m'intcrrompre si mal :‘1 pr0pos; car je ne
pouvais meflatter de retrouver de long-temps
une occasion si favorable.
Madame D*** reparut un quart d’heure après
et reçut les excuses de sa femme de chambre avec
une bonté quim’ènehanta. Ce quimitle comble
à l’amour-qu'elle m’avaitinspiré (car, dans cette
première entrevue, un peu sérieuse , je croyais
que désirer était la même chose qu’aimer ), ce
fut , dis—je , la douceur de ses regards lorsqu’ils
vinrent à tomber sur moi. L’espérance augmenter
mes désirs , et je n’ambitionnais plus que l’oc—
casion de les exprimer à celle qui les avait fait
naître , lorsque tout—à-coup , on apprit que
l’empereur avait donné l‘ordre que tout le monde
partit à l’instant pour Saint—Cloud , où l’impe’_
ratrice l’avait déjà précédé.
J’étais en retard ;. je saluai madameD***, qui
me fit, de la main , un signe d’intelligence qui
113 )
voulait dire : prend patience. En traversant
l’antichambre , je rencontrai mademoiselle Her
minie qui venait m’ouvrir la porte; j‘osai ris
_ quer , sur l’une de ses joues , un baiser im—
.promptu, familiarité qui parut ne pas lui dé
plaire , et je courusà l’écurie demander un che—
_ val. J ignore ce que j’éprouvais , mais il s’était
_ passé comme une révolution en moi depuis une
demi-heure. Je piquais mon coursier saris faire
{attention que je l’avais toujours maintenu au
grand galop; aussi, j‘arrivai à Saint—Clond un
quart—d'heure avant l'impératrice , que je (lé—
passai à Saint—Cyr; j‘étais cependant parti un
quart d'heure après elle. En entrant à l’hôtel
mon cheval tomba roide mort: c’est le seul
_meurtre que j‘aie à me reprocher.
(Le soir , après le dîner de l'empereur , jevis
madameyD*“‘ , elle se promenait seule devantle
bassin des Cygne ; je courus à elle. « Ahi vous
» voilà , Edouard , me dit—elle avec empresse—
» ment ; vous arrivez bien à propos , j'ai une
» commission à vous donner. » Et puis se re
prenant avœ dignité et cérémonie : « Si toute—
» fois, monsieur , vous voulez bien vous en
» charger.» Je l’assurai que j’étais prêt à me
jeter dans le feu , ou ce qui [m‘était plus facile ,
dans le bassin( je savais nager) , pour lui prou—
ver ma soumission à ses moindres désirs. Elle
me dit en riant qu‘elle n'exigeait pas tant de ma
' c 1 14 )
' galanterie , et tirant de son sein une petite lettre ;
elle ajouta : « Tenez , portez ce billet à son
» adresse, demain à onze heures , si votre ser—
» vice ne s’y Oppose pas. » Je lui dis que je me
ferais remplacer au grand lever. Elle m'abam
donna sa'main que je pressai sur mes lèvres ,
sans faire attention qu’on pouvait nous voir ;
nous étions, en effet, au pttit château , et toutes
les fenêtres donnent justement sur Cette pièce
d’eau. Enfin je quiltai madame D"** avec un
battement de cœur que je n’avais pas encore
senti jusque là. ,
Je montai dans le grand corridor pour lire la
lettre de madame D***. Hélas! ce n’était pas'à
moi qu’elle était adressée ', elle était artislcmeht
cachetée, et portait en suscription: à Madame
.Madame , rue de l’Université , n°
3228 , près le Corp&Législatzf, à Paris}
J‘aurais pourtant bien voulu la lire auparavant.
Je me couchai de bonne heure; mais je ne
ferniai pas l’œil de la nuit; le lendemain jepriai
d’Il... de me remplacer , et sans prévenir ni no:
tre gouverneur ni même M. d'Assigny, j’allai :‘_i
l'écurie où le cadavre du pauvre cheval que
j'avais crevé la veille gisait encore sur la litière;
je mis six fumes dans la main de Bernard ,
notre piqueur , et après avoir sellé moi-mêmela
petite jument grise de B...., je tilai au pas , sans
tambour_ ni trompette ,. en faisant le grand tour
( i 15 )
par le quinconce pour ne rencontrer personne.
Une fois arrivé au bas 'de l’avenue du château,
je piquai des deux , au risque commettre un
. second assassinat; mais cette fois, Cocotte en
fut quitte à 13011 marché: de retourà Saint—
.ClOUd , à quatre heures de l’après midi, elle
. n'était que fourbue.
En arrivantà la barrière, je pris par le fau«'
bourg Saint—Honoré; la route du bord de l’eau
aurait été dangereuse pour moi ; je traversai la
place Louis XV , le pont, la rue de Bourgogne ,
Iet j’arrivai juste devant une petite maison dont
toutes les fenêtres étaient fermées par des per«
siennes. C’était bien le n° 228 , je descendis de
cheval ,je frappai à la porte cochère , et j’entrai
dans la cour. Il n’y avait pas de portier ; mais.
une vieille femme , ne ressemblant pas mal à
l’âne savant qui se promenait alors dans les rues
de la capitale , était au pied de l’escalier : elle
me demanda si je n’étais pas M. Edouard ; sur
ma réponse aflirmative [elle me dit: « En ce
cas ,montez , on vous attend. » Je tenais ma
lettre à la main , je montai au premier. au
dessus de l’entresol , et je trouvai dans l’anti4
chambre... on devine déjàqui... madame D*“‘,
elle—même. Elle était arrivée avant moi.... dire
comment, c’est ce que je ne sais pas encore.Eu
définitive , je fus heureux , et aussi heureux
1
v
( 116 _
qu’un Page peut l‘être avec une grande dame}
car c’en Était une.
Cette première entrevue fut longue; il était
plus de quatre heures lorsque je m’arrachai des
bras de madame D*”' , non sans promesse de
m eniràu moins deux fois la Semaine aumys»
réricux boudoir’ de la rue de l‘Université; je re
montai à cheval, je regardai bien le numéro de
la maison , et je repartis ‘pour Saint-Cloud en
suivant le même chemin que j'avais pris pour
Venir à Paris. J’arrivai à notre hôtel à cinq heu
res , après avoir moi-même réintégré mon cheval
à l’écurie et avoir changé de toilette (c’était la
sixième fois de la journée). Mon absmcen’avail
pas été remarquée ; et, chose étonnante , je ne
fis part de mon bonheur à aucun de mes cama—
rades ; c’était réellement exemplaire de la part
d’un page.
Toute la soirée , toute la nuit , je pensai à
madame D***; j’y pensailelendemain) j’y pen
sai le surlendemain; je soupirais après le jour
où je devais répéter ce que j’avais si bien com—,
nier:ch d’apprendre. Cette mélancolie , qui ne
‘1n’était pas, ordinaire , lit croireà rues profcs.
seurs que javais , depurs quelques jours, des
maux d’estomac et des étouffemens. L’abbé
Gamion fut un des premiers à remarquer cette
nouvelle affection : il voulaità toute forccrn’em
voyer à l’infirmerie ; j'eus toutes les peines dq
tl
monde à lec0nvaificre tïue je me portais bien ,
il le crut enfin lorsqu‘il eut sutlisamment re
marqué que mes maux d’estomac et mes étouf—
femens ne m'empêchaicnt ni de manger comme
un ogre ni de dormir comme un sabot, même
en classe et à l’étude ; ce qui , cependant , ne
m’empêchait pas de remplir tous mes devoirs
avec la plus grande exa;litude.
Quel est donc ce pouvuir magique d’un pre—
mier amour qui n’appartient vraiment qu’il lui ,
et dont les effets sont , pour ainsi dire , presque
autant de prodiges? Dansl'attente d‘un bonheur
dont, certes, je ne pouvais encore avoir qu’une
idée imparfaite, j‘étais devenu si aimant que je
rayonnais de joie et de bonheur! Mes camara :

des , aecoutnmés , j’ose le dire , à mon bo_x’t natu—


rel , ne m’avaient jamais vu tant de penchant à
leur en donner des preuves. Mes devoirs , loin
de m’etmu_yer, me semblaient des jeux, jamais
je n’avais trax aillé avec autant d’ardeur et d’as—
sidnité.
M. d’Assigny , qui m’avait, toujours connu
pour un paresseux et un étourdi , ne concevait
pas l’espèce «l'exaltation qui tout à coup était
Venue se développer en moi. L’abbé Gandon
disait que je m’étais enfin amendé , et que: cela
ne pouvait provenir que de bons conseils et de
bons exemples. Je trouvais que notre sous—gou*
ch.:ur avait bien raison. "
118 )
. Enfin le jour de la scmame si vivement dé‘-.
siré arriva. Même \'Ojage , même bonheur ,‘
encore plus de plaisir, et déjà Leaucoup plus
d’expérience. Du reste , même retour à Saint-.
Cloud , mais moins d’application et entière ces—1
salion de soupirs.
"l’ont ce que je pourrais dire sur ma liaison
avec madame D"** serait toujours la même chose ;
elle durait déjà depuis plus de deux mois , sans
jamais avoir été troublée en rien , lorsque le
diable , ou plutôt mademoiselle Herminie , la,
camériste, vint se jeter au milieu de nos amours.
Ayant su , je ne sais ni comment ni par qui ,
qu’il n’y avait pas de semaine que je ne fisse un
ou deux voyagesà Paris , en cachette, elle finit
par avoir connaissance de mes visites à lapaiitè
maison de madame D*** , et un jour que je
m’y rendais comme à mon ordinaire, je fus
tout étonné de la trouver m'attendantàla porte.
Je crus d’abord qu’elle était chargée de quelque
' commission pour moi dela partde sa maîtresse ,
ne pensant pas qu’elle pût être dans sa con
fidence. J’étais dans l’erreur: madame D*** avait
tout conté. Quoiqu’il en soit , étant arrivé à
Paris au moins une heure avant celle où ma-k
dame D*** m’avait promis de venir, je cru
pouvoir faire , à moi seul , les honneurs de la
peiile maiszmà mademoiselle Herminie. Je lui:
axouai qu’endlct j’avais reçu pendant quelque.
1t -
(temps les visites d‘une jolie femme qui me té
;noignaitdç l’intérêt , mais que. depuis huitjours
elle s’était fâchée , sous le prétexte que je n’em—
ployais pas avec elle assez de ménagemens. Je
assurai en même temps que je n’avais cessé _de
pensera elle,Aque j’en étais plus fou que jamais ,
que jétats pret à le lui prouver ;l et nulle autres
- chose que savais déjà par cœur : j'avais lu
Faublas deux fois de suite. Made moisærlle lier-—
minis semblait être persuadée ; je parlais tou
jours, je me permettais des demi-libertés aux—A
quelles elle n’opposaitqu’une résistance d’usage :,
ma tête se montait, j’étais assis près d’elle sur le
canapé , j’allais... Tout—à-coup la porte s’ou—»
vre ,, madame D*** paraît : aucune altération ne
se fait remarquer sur son visage , elle ne pro—4
nonce même pas un mot. Il était temps qu’elle
arrivât , car , comme je viens de le dire , ma
demoiselle Hermiuie se laissait attendrir , et j’alÀ.
lais la coucher sur..... ma liste. _
» —— Sortez d’ici ,. mademoiselle ,et attendez—.
>i moi dans l’antichambrc;» telles furent les pre—>
mières paroles que prononça madame D***. Ma-
demoiselle Herminie sortit sans répliquer; je crus
même‘- m’apercevoir qu’elle cherchait à dissimu—g
ler un sourire.’ Ensuite s’adressant à moi : .« Il‘
»_ faut , Monsieur ,., continua madame D*** , ou
» que vous ayez perdu la. tête ou que vous vous
a. fassie|z un jeu de me compromettre. Vous.
.
( 120 )
838 3 8 38 8 8 3
sentez que d’après ce qui vient de se passer...!
—— Je vous donne ma parole, madame, qu’il
ne s’est rien passé , et même que..... —*
lidouard , ne m interrompez pas.V0us sentez ,
vous dis-je, qu’après ce'qui vient de se pas—
ser, nous ne pouvons plus rien avoir de com—
umn ensemble; j'espère cependant que vous
srrcz assez honnête homme pour ne pointdi
vulguer les hantés que j’ai eues pour vous et
que vous ne méritiez pas. A partir de cet ins—
tant , j’espère que vous ne remettrez plus les
pieds ici. Je vous dispense même de vos visites
à l'avenir , lorsque votre service vous appel—
lem chez la princesse. Allez , monsieur. -——
Mais chère amie, je....——Allez , vous dis—je.
—- Hé bien l madame, adieù.... D’ailleurs il
y avait déjà long-temps que je voulais...—
i; Sortez, vous êtes un insolent! » Je pris mon
chapeau et je sortis. Une chose m’étonpa: ma—
dame D‘** avait l’œil sec ; je m’attendais pour—
tautà la voir pleurer; du moins je croyais que
c’était toujours comme cela que les femmes de
vaient agir dans de pareilles occasions ; mais je
sus long-temps après que tout (tait arrangé entre
eîle et sa demoiselle de confiance. C’était un
piégc qu’on m‘avaittendu ; il y avait déjà plus
. (le. quinze jours que j'étais remplacé auprès de
madame D“*; et par qui , par un de mes ca
Ïxuarades l... Dans le premier momentj’eus envie
121
de lui brûler la cervelle ; mais Tarentnre datait
de deux ans , et en amour la prescription était
bien acquise. Néanmoins je crois que mademoi
selle Herminie aurait préféré que sa maîtresse
\Înl dix minutes plus tard ; je n’en aurais pas
été fâché non plus. ‘
Quandà madame D*** , je ne la revis que
très—peu après notre rupture, et je ne rencontrai
jamais ,mademoiselle Herminie , devenue ha—
ïonne impromptu. J’en avais fait mon deuil
long-temps même avant sa mort.

L’empereur} et la belle Anglaise.

On eût épuisé tous les contrôles de l’armée ,‘


qu’on n’eût pu rencontrer dans les cadres un
oflieier plus faitpour être porteur des lettres qui
me faisaient part de tant de nobles souvenirs.
Il avait pour Napoléon cette admiration supers- _
titicuse dont alors tout soldat françaisétait pé—
nétré , et j’oserai presque dire un enthousiasme
plus délicat, empressé de justifier l’exaltation
de ses sentimens par la connaissance des moin—
dres actions de son idole. ‘
On prétend, me disait le lieutenant M..... ,
que chez Napoléon le cœur ne vaut pas le génie.
Je me clxargerais volontiers de prouver que sous
ce 1apport il mérite encore de nouveaux hom—
mages; Oui , l’empereur est bon , il est avant
( 122
tout très‘sensiblk , et je tiens d’une femme un.
trait qui ajoute encore à gloire du héros.
-—— Vous prêchez une convertie ,. mon cher
M.... ; je sais aussi bien ,_ mieux qu’un autre
9€Utnêtre , que l’empereur est d‘une bonté char
lnante ; mais je n’accordepas toutefois qu’il ait
une sensibilté romanesque, une sensibilité telle
que les femmes l'entendent,
«- Eh l madame , je ne vous. dirai pas qu’il
s’estyévamui aux pieds d’une belle imaginaire ;;
mais cela prouve sa force sans accuser son cœur;
et si quelquefois il a abrégé le pouvoir qUe les
femmes exercent dans certaines circonstances ,‘
c’était pour l’amitié qu’il. s’arrachait à l’amour.
Je connais une Anglaise délicieuse , que l'empe«.
reul‘ a connue , pas autant que le désirait l’inté«
l‘êt , la passion ou l’amour—propre de la dame.
La l‘elle étrangère amplifie peut-être un peu
l‘histoire de ces relations : ce qu’il y a de vrai
cependant , c’est que nous. l’avons rencontrée
près de Gorlitz , et qu’elle a vu l’empereur quel—..
ques jours après la mort du maréchal Dnrocr
Elle avait fait les ’fraîs d’une campagne.facîle
pour sa fortune , mais pénible par ses dangers ;
et elle n’avait reçu pour récompense qu’un de’—.
sappointement cruelîdevanité; Eh bien l‘elle avait
plus d’enthousiasme encore que d’humeur. Voici
comme elle nous conta ses tournées militaires :
u._ Pour a-ppmçher l’empereur , j’ai beau courir
en .poste , la victoire court
123 plus vite que l’amour :
Napoléon est un héros qu’on ne rejoint pas -ai—.
sèment. Souvent j’ai cru arriver au quartier
général avantla bataille;il m’a— fallu poursuivre
le vainqueur pousuivant déjà l’ennemi. A Leip-=
sick, j_élais au milieu du corps dht‘mée du
_ maréchal Macdonald et de la bagarre de Kaya,
Dans une indicible frayeur , je m’élnnee de ma
calèche pour me réfugie: dans une mesure, j’y
trouve gisans deux blessés prussicns. En ap-L
prenti chirurgien , j’allais leur donner quelques
Secours; mais , grands dieux l' voilà l'un deux ,_
véritable colosse marchant, qui se dresse sur
son piedestal et Vent galam;nenjt me prouver
(jlùl se porte à merveille. Admirez tout ce que.
peut la société des héros : moi, que la crosse
d’un fusil et le fourreau d’un sabre eussent fait
fuir autrefois avant mes campagnes , j’eus alors
à ma disposition l’attitude d'une vieille mousta—,
cire, et je lis mine d‘amorcsr un pistolet qui
n’eût servi bien certainement qu’à_ m’estt‘opier
plus que le grand Prussien. Au même instant
entrèrent une foule de soldats appartenant au
corps du. duc de Raguse. Me retournant alors:
Soyez. témoins , m’écriai—je que je viens de faire
deux prisonniers. On me replaça dans ma voi-u
turc aVec mille aeelamations de bruyante admi—
ration. Plus loin, on voulut me faire rétrogra- V
der ,mais , bon grémal gré , je poussai versle
< 124 ) :
quartier—général. J’espérais plaire , et j’avaisla_
hardiesse de répéter : J’ai besoin de parler à
l’empereur. Je trouvais que j’avais couru assez
de dangers pour être digne au moins de l’espé—
»rance; mais on me prévint qu’il n’y avait pasà
aborder l’empereur après le douloureux événe
ment quivenait dele frapper , la mort de Duroc.
Je voulus néamoins être témoin de l’entrée à
Dresde; hélas! ma maladresse m’y fit manquer
un dédommagement que le hasard s’était plu à
me ménager. J’avais rencontré un pauvre ser
gent blessé , de la division Compans , et par
hùmanité , autant peut—être par spéculation , je
l’avais fait monter dans ma voiture et combler
de soins. Je voulais pouvoir dire à l’empereur:
J’ai secouru , j‘ai pausé vos braves. J’ai à cet
égard une recette de séduction auprès de lui
toute particulière, c’est de lui parler de son ar—
mée; on ne réussit même à lui arracher une
faiblesse qu’en flattant son côté fort , qu’en le
prenant par la passion de la gloire. Je sais bien
que sur lui viendraient expirer les minauderies
ordinaires ; on ne doit l’attaquer qu’avec del’o—
riginalité. J’étais donc bien résolue à tirer parti
de ma rencontre militaire dans l’intérêt de mon
ambition galante. '
Personne ne sait causer comme Napoléon
quand il peut , ou quand on peutêtre libre avec
lui. Tenez , voici motà mot notre conversation.
125
‘Je venais de lui raconter ma scène des deux
blessés. Il me répondit : —— Et si l‘on ne fût
Venu à votre secours, qu’eussicz-v0us fait contre
deux gmnadiasflennemis?
—— J'aurais invoqué le grand nom de Napo
léon.
.——Mais enfin si...
»— Eh bien l mes pistolets vous eussent fait
respecter— et moi aussi. Vous ne croyez pas à ma
bravoure, mais vous avez tort, car elle me
Vient de l’orgueil de vous plaire : oui , l’orgueil
de vous plaire , un seul de vos regards vaut
'mien_x que la vie.
—'— M ais , Fanny , vous êtes bien ambitieuse.
quelqu'un de mes ennemis vous entendait, il
vous appellerait un Bona parte en jupon.
-— Croyez-vous que cela me fâcherait?
'——— Non , peut—être ; car , vonsantres, toutes,
vous avez des penehans à l'extraordinaire. On
parle de l’ambition des eonquérans , cc n’estrien
auprès de celle des femmes; et pourtant elle va
à bien peu d‘hommes , et aux femmes elle porte
bien plus facilement malheur.
' ——;Nimporte , ce serait une position si haute
que d’être appellée la favorite de celui qui fait
et défait les rois , de celui qu’aucune femme
n’enchaine. '*
—— Et qu’aucune n’enchainera jamais... Fan—
ny , si je croyais que cette folie fût sérieuse .
( '126 )
dans deux heures vous seriez sur la route de
Loudres,
—— La perspective est flatteuse. Pwrtantj’ai
lu quelque part qu’un Turc, un Grec, quel-«
«qu’un comme cela , idolâtre d’une de Ses femmes,
la poignarde} en présence de son armée pour
prouver aux brav::s qu’il les préférait à. la beauté;
Serin-vous de cette force 9
—— Il n’y a pas de doute que, moins cruels,
je saurais être aussi sévère. Mais je n’en viendrai-æ
jamais là; je n’aurai pas même de choix à faire
entre une maîtresse et mon armée. Mes maré« '
chaux eux—mêmes auraient connue moi autre
chose à faire qu’à être trompés par une Pompa-.
dour ou une Dubarry.
Mcrcr de la comp3raiso“.
0rguèilleuse Anglaise l’ ajouta l’officier ;elle
,était belle , elle plaisait quelquefois : n’est-ce pas
tout ce qu’on peut attendre d’un souverain? Au
moins voilà mon avis , et le vôtre , j’espère...
Puis continuant: « La main du héros essaya de
soutenir son opinion en caressant les boucles.
flottantes des cheveux de la belle Fanuy. Mille
pensées tumultueuses m’agitaient , quelques pa«
roles sans liaison et sans suite s’échappaient de
mesdèvres , le nom de Duroc se mêle au nom
doucement balbutie’ de Napoléon. Terrible la!a,.
lité ls’écriait la belle Anglaise en nous racontant
cette sabre. A ce nom, de Dame , le bras qui;
. . . 127 ") '
' m’avait “Urée me repousse soudain ; l’empereur
‘ sel°‘5"° , semble me fuir comme un remords,
“comme un reproche , reste absorbé 1 puis s’éloin
*ÿ“° davantage, se rapproche, _et me dit avec un
A Incroyable accent d’émotion : Allez , mon
3““6, 011 vous donnera un itinéraire , nous nous
,1.'CÜ'0“VÜ'ODS-u mais ailleurs :, et souriant dod—
lWeüsement : A moins qu’un boulet de canon
ne me menue visiter de plus près que le jonr0ù
fuit fl‘3Ppéà mes côtés l’amivrai , le compagnon
'fidèle de “la Vie..... Ah l Durçc , Duroc l' Ce
.nPble vsoupir retentissait énCore sur mon cœur ,
que l‘apoléon avait déjà disparu. Eh l’ l‘em—
'Pereur s'éloignant de moi n’ol‘fensait point ma
'Vamté ; mon ame électrisée par le mouvement
de la Sienne , sentait mieux que de «l’amour—n
Pl‘QPI'C , et je lui savais gré de cette sensibilité ,
qm se portait de préférence sur un ami. Cette
Pompe qui , à Dresde , l‘entoure , .cet éclàtde la
YIclOifc qui lui va si bien , non, rien Ils me le
rend citer comme cette larme silencieuse donnée
51. Duroc en face d'une fémme. Qui regrette ainsi
mérite d‘être aimé. L’empereur est dodc encore
bien autre qu’on ne le suppose ; on admire son
génie, force est bien aux incrédules eux—mêmes,
de s'y soumettre; mais son cœur, le connaît—ou i’»
Vous pensez bien , ajouta l’ailieier , que le
récit de I“anny s’adressait à des gens faits pour
le comprendre , et.) un enthousiasme quiil eû1.
7.,_fl
( 128 )
Été difficile d‘accroître. l‘anny nous raconta em
c0re une foule de piquans détails sur les in—
croyablcs efforts de son amour—propre pour
plaire à Napoléon. Cette jolie Anglaise s’est Ira
Lituée àla vie militaire; elle raffole de nos bra
ves ; on dirait qu’elle voit en eux l‘image de
Napoléon. .

Une joliefemme et un préfet du Palais.


Au bal de la reine de Naples , l’empereur
avait remarqué une très—jolie femme; il en parla
à M. de Bausset.
—— « Sire, lui dit le préfet du palais, vousla
trouvez donc jolie ?
— « Oui , mon cher , répliqua familièrement
Napoléon, la voyez-vous P...
—» Souvent, Sire.
...» Eh bien , dites—lui.... mon chancelier
Vous dira le reste.... »
Ce mot fit fortune à la cour... Nous appri—
mes quelque temps après , que le mari de cette
jolie femme avait obtenu une recette générale
et M. de Bausset, en prix de son zèle, un ca
deau de cent mille francs. Il est vrai que jamais
courtisan à serviette et à casserole ne mérita plus
que M, le préfet du palais, les faveurs de son
prince. Son génie inventif s’entendait merveil
leusement à varier les dispositions d’un bon
.‘ . .<’ 1,29) ,.
dmer , et le ne vers qu un homme dans Hus
toire de France qui puisse lui être comparé
peur les
Pâtés d‘anguille et gigots à la braise.
C’est le très—honoré cuisinier de Charles VII,
amantd'Agnès Sorel.
Une dame du palais et un jeune ouvrier.
Madame 11.... ne faisait rien comme tout le
monde ; elle était originale dans sa mise , elle
recherchait les promenades solitaires et s'y mon—
trait régulièrementà la même heure.
Depuis plusieurs semaines, elle avait pris en
affection le boulevard duTemple , qui n'a jamais
été le rendez-vous de la haute société, à laquelle
madame IL... appartenait.Elle ne s’y rendait
que le dimanche et le lundi.Après plusieurs
allées et venues , elle se sent fatiguée un‘ soir ,
prend une chaise pour se reposer un moment ;
c‘étaità l’endroit où est situé maintenant le jar—
din Turc , en face du théâtre des Funambules.
Elle étaità peine assise qu’unjcune homme vint
s’asseoir sans façon sur une chaise à côté de la
sienne. Il avait fort bonne tournure, une de ces
têtes qui devraient toujours appartenir à des
princes , et dont la nature donc quelquefois ses
plus humbles enfans; mais ses manières et son
130 ) .
l‘engage arinmeaientuu jeune homme sans. édu:.
dation , un ouvrier qui , sans doute, trompé par
la simplicité du costume de madame IL... la
‘prit pour une grise’tte.
Les gens du peuple, en général , ne savent
pas discerner , sous des vêtemens ordinaires ,
une ame élevée , un esprit au-dessus du vul-.
gaire; incapables d’apprécier une conversation
polie et cultivée , ils s’arrêtent aux dehors et
ortent ainsi les jugements les plus erronés.
Charles cherche à lier la conversation ; la
première pensée de madame B... fut de l‘éluder.
Mais l'élégance de la stature de son voisin, sa
figure avenante, céje ne sais quoi qui com
mande la politesse et qui provoque une réponse .
gracieuse de la bouche des plus fiers personna—
ges , quand ils se trouvent en présence de ceux
que la nature a doués de ses avantages exléa
rieurs 5 tout semblait interdire le silence à ma—
dame R... Elle rép6ndit donc avec un peu d‘em—
barras , et l’entretien se trouva bientôt engagé.
Sous l‘enveloppe grossière d‘un esprit sans édu
cation , elle découvrit dans l’inconnu une ame
neuve , chaleureuse et passionnée... Sa langue
exprimait fort mal l‘amour qui le rlévomit ,
mais ses yeux avaient une éloquence irrésistible.v
En un mot madame R... n’y tient plus ,-clle
appartient déjà à Charles.
—-— «Mademoiselle Emilie , puis—je Vous prier
æw—w—v

d’accepter une salade ? ( EmiliC êtait‘le perd de:


guerre qu’avait pris madame. A cette pro— '.
position , madame R... rougit et ne répond
point. . ,
-—_- «Non, dit—elle enfin , je n’ai besoin de
rien. »
--» Mais vous aimez la promenade et la‘
barrière Ménilmqntànt est ‘à deux pas. Nous y
serons mieux qu iC1. »
. Ce jourlà madame R... ne voulut passe ren
'dre à l‘invitation de Charles ; et cependant, le
lendemain , elle se trouvait au même lieu , à
côté du même homme. Quand une femme
a fait le premier pas , elle ne sait plus où elle
s’arrêtera -; elle se précipite d’inconséquences en
inconséquenees , et l’abîme est creusé au bout.
C’est ce qui arriva à madame R... , issue
dune des plus nobles familles de l'empire , te—
nant par ses alliances à tout ce qu‘il y avait de
plus élevé dans la société, admise souventà la
cour , 01‘! , parmi les divinités du jour , elle
n‘était ni la moins brillante, ni la moins jolie,
figurant trè5*souvent dans les cercles du prince
archi-chancelier de l’empire. Cette même femme
Se trouvait un lundi matin dans une guinguette
de la barrière de Ménilmontant , à table avec
un ouvrier , en présence d’un gibelotte de la—
pin, d’une moitié de volaille, et d’une bouteille
de gros vin. Comme on le pense bien , ce n’était
132 )
pas le talent du cuisinier du lieu qui l’y avait
attirée : tout entière au sentiment qui la mai—4
trisait , son inaction contrastait comiquement
avec l‘activité de Charles qui faisait de son mieux
pour contenter son grossier appétit.
La scène avait lieu dans un cabinet particu—
lier , dont les huis mal joints permettaient à
chaque passant, de la connaissance du com—
pagnon , de lui adresser quelques—unes de ces
grosses plaisanteries , en argot du métier , qui ,
pour n’être point comprises de la dame , n‘en
faisaient pas moins sur elle une pénible int
pressron.
Avant de dire au lecteur ce qui se passa
après le repas , dans le cabinet où l‘amourn’a
vait peut-être jamais, par un caprice aussi ex—
traordinaire , réuni des amans d’espèce si diffé—
rente ,_nous ferons observer que , dans la guin—
guette , se trouvait un grand garçon en livrée ,
fort surpris de voir en ces' lieux madame R...
que long-temps il avait examinée en silence , et
qui , enfin , était parti lorsqu’elle était montée
dans le cabinet particulier , sans que madame
3.. se doutait qu’elle fût en ce moment l‘objet
d’un examen aussi attentif. Elle n’avait pas levé
lrs yeux un seul instant pour voir quelles per
sonnes l’entouraient , non pas qu’elle comptait
rencontrer dans ce lieu quelqu'un de connais‘
sance , ou. que ses vêter‘nens fussent dans le cas
.À,

\
133)
de la trahir , car sa toilette était celle d’une‘
g:iselte , tout—à—fait à l’unisson de son ouvrier
amoureux , mais elle baissait les yeux parce
que , même après avoir franchi les limites du
devoir et bravé toutes les convenances, elle con—
servait encore malgré elle un reste ‘de pudeur
dont il lui était impossible de se dépouiller
entièrement. .
Charles , bien repu , et beaucoup plus excité
parla présence d’une jolie femme que par les
vapeurs du vin , se disposait à lui donner les
preuves les plus grandes de sa passion; l’agita
tion de la dame était extrême , elle reculait au
‘hord du précipice , mais était—il temps de 1‘6
culer ?-Ce qui devait arriver arriva , et toutes
les distances furent franchiesl
A qUelqucs jours de là , Joseph le cocher de
l’hôtel demanda à M. et madame R...son congé
Pour affaires de famille, disait—il ,- et en même
temps il fit agréerà sa place un jeune homme
de sa connaissance nommé Urbain , un fort
eau garçon , grand , bien fait , leste comme les
Frontin de la plus haute volée. Toujours en l’air
pour le service de madame, quoique la nature
de_son service l’appelât auprès de ses chevaux ;
il la suit comme son ombre , devine ses désirs ,
c’est un homme unique. On le regarde , il a de
la tournure , ses traits réguliers , et à tout
prendre il vaut mieux avoir devant ses yeux
* i0
W

134)
une belle figure qu’une figure maussade ; mais
on ne va pas plus loin , et madame}... estbien
loin de se douter que ce drôle en livrée"...
Charles d’ailleurs l’occupc exclusivement.
Mais voici un nouvel adorateur qui se met
sur les rangs, c’est le ministre de la poliœen A
’ personne. Le lecteur s’étonnera peut—être queles
soupirans se succèdent ainsi auprès de madame
R.... Charles avait—il commis des indiscrétions ,
ou la faute qu’avait connnise madame B... la—
vait-elle précipitée dans de tels excès , que le v
premier venu pût se croire autorisé à obtenir
ses faveurs? Nous ne pensons pas que Charles
fût indiscret , ni que madame R....lui eût été
déjà infidèle. Peut—être , sans chercher ailleurs
la solution de cette dilIiculté , la trouvera-bon
aisément si l’on pense à Urbain , ce domestique
de madame B... qui l’avait rencontrée à laguin-—
guette de Ménilmontant. '
Quoiqu’il en soit , le ministre de la police}
l’erg-oratorien Fouché voulut avoir sa part des
faveurs de madame R...; une ame commecelle
de Fouché pouvait—elle être aceessibleàl’amour ?
Mais Robespierre ne l’a-t-il pas été l C’est im—
possible , medira le lecteur incrédule: le lecteur
dira et pensera ce qu’il voudra ; moi qui sais la
chose à n’en pas douter , je soutiens que Ro
hespierre a soupire :, il est vrai qu’il a conduit
la femme qu’il aimait sur l’échafaud. Je n’en— .
e'-=
135
'trerai pas dans les détails du fait que j’avance,
je te dével0ppemid3ns
Iivrurai d’autres
peut—être au public Mémoires
à une époqueque
plus

éloignée. Je reviens à Fouché amoureux. Le


vieux renard ne fit connaître d’abord qu’indi—
r‘çcternent la passion qui le dév0rait , mais il
n‘était pas de ces amans qu’une femme entend à
demi-mot ; c est tout_ au plus même si , en par—
lant très—intelligiblement ,il put_réussirà se faire
écouter sans colère. La dame jugea plus à pro—
pos de tourner la chose en plaisanterie et couvrit
l'ex-oratorien de ridicule, Un sarcasme lancé
poutre Fouché était de l’huile ou de l’esprit de
vin jeté dans un brasier. Fouché jura par Dieu
et ses ru0uchards , qu’il vaincrait la résistance
de madame B... En conséquence , il voulut
mettre 505 limiers à la poursuite, mais il avait,
pensa-kil , dans la maison de sa cruelle,l’homæ
me le plus pr0preà exécuter le coup de main
qu’il méditait. Urbain était un des familiers de
la police , Fouché le manda à la préfecture et
lui ayant mis quelques’napoléons dans la main,
il lui promis de l’avancement dans sa milice ,
s’il parvenait à lui livrer sans défense les appas
de madame R...Urbain sourit d’un sourire hy
pocrite , accepta les napoléons, promit loutet
Se mit: en campagne. ‘
Un matin madame R... sort sculç , elle va
fioiudre Charles 15 une petite chambre qu’il
( 136 )
occupe, rue Saint—E6ix , derrière le passage du
Caire , quartier sale et vilain, mais bien choisi
pour cacher une aventure amoureuse. Au mo—
ment où elle arrive sur la place des Victoires ,
un homme l’aborde.
— » Madame , j’ai à vous parler.
-— » Ah l c’est vous , Urbain , qu’est-ce ?
——» Écoutez-moi , je suis sans livrée , mar—
chez toujours et songez que vous êtes perdue si
vans ne me laissez pas aller jusqu’au bout. »
Madame R...ouvre de grands yeux et dit à
son domestique qu’elle ne comprend rien à ce
qu’elle entend. Mais :son étonnement redouble
bien plus encore , lorsque ce misérable lui dit :
— «Je sais où vous allez ,c’est chez un ou
vrier dont vous êtes la rnaitrcsæ ; vous courez
avec lui les guinguettes et faites des irnprndencœ
. qui vous perdront; je sais d’autre part que le
ministre de la police vous aime , il m’a chargé
de vous surveiller, il compte sur ma coopération
pour Venir à bout de vous posséder; mais il se
trompe grossièrement, M. Fouehé. Moi, je vous
adore à mon tour , vous avez pu vous en aper
cevoir depuis que je suis à votre Service ; j’es—
ère que vous ne serez pas plus cruelle pour
ïerain que vous ne l’êtes pour Charles. Soyez
à moi , je ne dirai rien; si vous me refusez, je
découvre tout à votre mari et je me servirai du
ministre de la police pour erdre votre amant.
8 137 )
Ilfaut avoir été ‘ ans ont: position Semblable
à celle où se trouva madame R... pour en coma
prendre toute l’horreur ; elle faillit mourir de
honte et de désespoir , perdit la tête , fut prête
à s’évanouir. Urbain l’entraiua dans un café au
«coin de la rue des Fossés—Montmartre , où il lui
fit prendre un verre de liqueur , ct chercha à
calmer son inquiétudeypu des paroles tout—à— ‘
fait rassurantes. Madame R... reprit courage et
l’on sortit du café ; mais Urbain revient à ses
pr0positions avec la même effronterie que la.
première fois. Madame R... est désolée , elle
voudrait être anéantie; des pleurs auraient sou
Iagé sa douleur , mais elle est dans les rues de
' Paris , elle a besoin de dissimuler , et elle dévore
ses larmes; enfin elle conjure Urbain de lui ac—
corder une heure de réflexion.
—- «Eh bien , dit—il , je vais Vous accompa
gnerjusques chez votre amant , Vous montercz ,
je vous attendraià la sortie ; mais songe; que
je veux être certain de vous avant que nous
rentrions à l’hôtel. » '
Urbain ici fait une faute, comme la suite le .
fera voir.
Madame R... arrive dans la chambre de
Charles ; elle se jette dans ses bras mourante et
ne pouvant articuler une parole; elle lui raconte
enfin tout ce qui lui estcst arrivé depuisla ul.’tce
des Victoires. Ch Écoute en trémiesairt ,
‘ ra
...—., 'wwl ‘- .‘-.—"‘

138
et. quand elle a fini’, il posiæ un baiser sur son
front , s’échappe et descend rapidement l’esca—,
lier. Il avait vu Urbain en sentinelle dans la
rue , madame B... le lui'ayant montré par la
fenêtre. Il s’avance vers lui; « Monsieur, dit-il ,
la personne qui est chez moi désire vous parler ,_
elle est prudente et je suis'discret.»
Urbain triomphe , il suit Charles , mais à
peine a-t-il mis le pied dans l’allée longue et
obscure, qu’il tombe frappé de deux coups de.
couteau si bien appliqués , qu’il perd la vieen
jetant à peine un faible cri. L’audacieux jeune
lemme remonte et apprend en deux mots à‘
madame R... ce qu’il vient de faire; il la supplie
de s’éloigner sans perdre un instant; elle obéit,
elle passe auprès du cadavre sanglant , tourne
dans le passage Aubert , sans savoir où se diri-_
gent ses pas ; elle arrive dans la rue Saint-Denis;
un fiacre se présente , elle se jette dedans , va;
donner l’ordre de la conduire chez elle, mais
une pensée la frappe tout—à«coup la.. « Au mi-j
nistère de la police , » dit—elle.
Je saute à pieds joints sur ce ni s’était dit
après le meurtre; ce sont des dé ils aquuels
l’exaltation d’un moment si terrible donna, une
teinte d’énergie peu commune ; ces détails (
pourraient paraître romanesques et je fais de
l’histoire. ,
Charles voulait se sana, mais il en fut an—_

MW 7 f_
—v W'wv>v‘vwm

l39 )
irement, Une persome entrant dans la maison
guit un cadavre baigné dans son:ang; des cris
se font entendre , on se rassemble de toute part,
et déjà les gendarmes du poste voisin sont ac—
coums. On cherche à reconuoître le cadavre ,
les gendarmes promènent autour deux des re—.
gards serutateurs; Charles estlà parmi les en
rieux , aucun tache de sang ne souille ses ha-,
bitsil s’est dessaisi de l’instrumentde son crime,
ou plutôt il ne l’a point retiré du flanc de sa
victime. Cependant le commissaire de police est
arrivé , et après avoir dressé procès—verbal , il
demande quelles personnes habitent la maison ;\
quelques soupçons vagues lui passent par la
tête , il fait arrêter Charles. Mais le même jour
un ordre de la préfecture de police vint le re—.
mettre en liberté.
' Madame li... , arrivée chez Fouché , avait
demandé à lui parler , forcé tonte consigne , et
se présentait dans un état d’agitation difficile à
décrire. Le ministre est tout surpris de voir
enfin cette divinité si souvent invoquée et alors
si peu attendue ; elle se déclare coupable de
meurtre”! avoue , ce qui n’est pas , qu’elle et
armé le bras du jeune homme pour se venger
de la scélératesse d’Urbain. Si on le condamne,
il faudra aussi qu’elle soit mise en accusasion :
en mot , elle parla si bien ou Pouché jugea
tellement à propos de ne point ébruitçr une

.’!'
< 140 )
affaire où son nom figurerait d'une manière
peu avantageuse , que le cadavre fut enterré
sans cérémonie et qu’on n’en parla plus. Charles
partit pour rejoindre la grande armée , et courut
après la gloire , tandis que son amante se dé—
,vouait à Paris pour le sauver.
Long—temps après, un manuscrit , Où étaient
retracés tous les détails que je viens de racon—
ter], fut trouvé , en 1815 , dans les bureaux du
ministère de la police. On le remit au roi ;' nous
le lûmcs ensemble , et Louis XVIII voulut 53—.
voir ce qu’il y avait de Vrai. Madame B... ,
confondue à la vue de son écriture , qu’il lui
étaitimpossible de désavouer , finit par me ra
c_onter de point en point les particularités qu’on
vient de lire. ‘ y
-— «lit Charles, lui dis—je , qu’est—ildevenui‘_
-—» Il est aujourd’hui colonel.
—-» Quoi l c’est le baron?
—-« » Lui—même.
-— » Voilà un coup de couteau qui a eu des
résultats bien satisfaisans. »
Je promis cependant à madame R... de ne
pas faire mention au roi de cette dernière par—
ticularité , qui aurait pu être un obstacle à
l’avancement de ce brave militaire. Du reste ,
je n’eus pas besoin de faire un grand effort
pour taire au roi le nom du jeune militaire , il
( i4! )
ne daigna pas même s’en informa, Il y a une
si grande distance d’un roi à un petit officier ,
qu’il est bien rare que le premier s’occupe du
second , à moins que le roi n’ait commencé
lui -même par être un petit officier, ce qui est
encore plus rare.

FIN.
'Jmour de Bonapafle pour son épouse
Jose'phine. page 5
Jalousie de Joséphine. n:
Le Collier. 14
Les Actrices. 15
Le Camp de Boulogrze. 19
BonapÏzrte en Egypte. 23
17/; chapitre entier des Mémoires de Cons:
tant , premier xvalet de chambre de
l’empereur. . 25
‘ La belle Polonaise. 38
Le bal masqué. 45
Intrigues galantes de [empereur à Fontaz}
nebleau.. 49
La jeune Prussienne. 53
La [zelle Grecque. 57
Le baL de l'Opéra. 58
La dame ambitieuse. 63
Mademoiselle Duchesnois. 65
(AÏZî ___ Ÿ
Tout à la fin se découvre. ' 6àË 1
L'Âctrice Espagnole. . " Ï68‘Ë’ ‘.
Mademoiselle Georges. 70 '
Aventure galante de l’empereur à Selzœm
lzrünn. 7u
Une visite à Fontainebleau. 73
LAventure de l'empereur à Saint—Claud. 75
L’empereur , la belle dame .et l’aide-de:
Ca’"P' ' 77.
Aventure de” la belle banquie‘re‘. 80
Parallèle et de Joséphine de Marie—baise; /
‘ . 81!
Premier attachement de Napoléonc , 85
Opinion le Napoléon sur l’amour. id;
Laprincesse Pauline. 87‘
Le dentiste Borglet. 90
Le banquier et le maréchal d’empire. 92
Passion (1'unfou pour Hortense de Beau—
harnais. 99
Le mari complaisant; l! 00
Vengeance d’un mari. 1,02
{Le pageflzmme-de-clzambre. 105
l’empereur et la belle Anglaise.- ,12U

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. ' ct au préfet du palais. t 23 '
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du palais et un jeune ouqrier.‘
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