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Recueil Lebon - Recueil des décisions du conseil d'Etat

Recueil Lebon - Recueil des décisions du conseil d'Etat 2009


Point de départ du délai de caducité d'une autorisation de lotir. Le recours contre le refus du maire d'user de ses pouvoirs de police de
l'urbanisme n'a pas à être notifié

Arrêt rendu par Conseil d'Etat


4ème et 5ème sous-sections réunies

06-03-2009
n° 305905

Sommaire :
Le délai de caducité de l'autorisation de lotir court à compter de la publication par le lotisseur de l'autorisation au fichier immobilier
conformément à l'article R. 315-27 alors applicable du code de l'urbanisme, le lotisseur devant alors être regardé comme ayant reçu la
notification prévue par cet article.

Le refus du maire d'user des pouvoirs de police qu'il tient de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ne constitue pas une décision relative
à l'occupation ou à l'utilisation du sol au sens des dispositions de l'article R. 600-1 du même code. Par conséquent, le recours contentieux
dirigé contre un tel refus n'est pas soumis à l'obligation de notification prévue par cet article (1)

Texte intégral :
Vu le pourvoi sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 23 mai et 17 août 2007 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat,
présentés pour la SOCIETE IMMOBILIERE D'ORNON SA, dont le siège social est 232 rue Emile Combes à Bordeaux (33000), représentée
par M. Eric, Président Directeur Général domicilié en cette qualité audit siège ; la SOCIETE IMMOBILIERE D'ORNON SA demande au
Conseil d'Etat :

1°) d'annuler l'arrêt du 19 mars 2007 par lequel la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté sa requête tendant, d'une part, à
l'annulation du jugement du 17 juin 2003 du tribunal administratif de Bordeaux ordonnant un supplément d'instruction et du jugement du 21
octobre 2003 du même tribunal annulant, à la demande de l'association Aquitaine Alternatives, la décision implicite du maire de la commune
de Villenave d'Ornon rejetant la demande de cette association tendant à ce que le maire use des pouvoirs de police qu'il tient de l'article L.
480-1 du code de l'urbanisme pour faire constater la poursuite irrégulière des travaux d'aménagement du domaine de "La Plantation", en
raison de la caducité de l'autorisation de lotir accordée le 8 septembre 1993 à la SOCIETE IMMOBILIERE D'ORNON SA, d'autre part, au
rejet des demandes de première instance de l'association Aquitaine Alternatives ;

2°) de mettre à la charge de l'association Aquitaine Alternatives la somme de 4 000 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de
justice administrative ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de l'urbanisme ;

Vu le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de Mme Bethânia Gaschet, Auditeur,

- les observations de la SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle, Hannotin, avocat de la SOCIETE IMMOBILIERE D'ORNON SA et de M e Brouchot,
avocat de l'association Aquitaine Alternatives,

- les conclusions de M. Rémi Keller, rapporteur public,

- la parole ayant été à nouveau donnée à la SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle, Hannotin, avocat de la SOCIETE IMMOBILIERE D'ORNON SA et
de Me Brouchot, avocat de l'association Aquitaine Alternatives ;

Considérant qu'il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que la société immobilière d'Ornon SA a bénéficié, pour mener
une opération d'aménagement immobilier, d'une autorisation de lotir délivrée par un arrêté du 8 septembre 1993 du maire de la commune de
Villenave d'Ornon ; que l'association Aquitaine Alternatives a demandé au maire, par une lettre du 19 octobre 2001, d'user des pouvoirs de
police qu'il tient de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme pour faire constater la poursuite irrégulière des travaux d'aménagement
entrepris, du fait de la caducité de l'autorisation de lotir ; qu'elle a déposé le 6 décembre 2001 devant le tribunal administratif de Bordeaux,
une demande tendant à l'annulation du refus implicite du maire de faire usage de ces pouvoirs de police ; qu'après avoir ordonné, par un
jugement du 17 juin 2003, un supplément d'instruction, le tribunal administratif de Bordeaux a, par un jugement du 21 octobre 2003, annulé
la décision implicite du maire de la commune rejetant la demande de l'association Aquitaine Alternatives ; que, sur appel de la SOCIETE
immobilière d'Ornon SA et de la commune de Villenave d'Ornon, la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par un arrêt du 19 mars 2007,
confirmé ces deux jugements ; que la société immobilière d'Ornon SA se pourvoit en cassation contre cet arrêt ;
Considérant qu'aux termes de l'article L. 316-1 du code de l'urbanisme, alors en vigueur : « Les infractions à la réglementation relative aux
lotissements sont constatées et poursuivies selon les règles fixées à l'article L. 480-1. » ; qu'aux termes de l'article L. 480-1 du code de
l'urbanisme : « Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de
l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les
articles L. 160-1 et L. 480-4, ils sont tenus d'en faire dresser procès verbal. » ; qu'aux termes de l'article R. 315-30 du même code, alors en
vigueur : « L'arrêté d'autorisation du lotissement devient caduc si les travaux d'aménagement ne sont pas commencés dans un délai de dix-
huit mois à compter de la notification au lotisseur de l'arrêté d'autorisation ou de la date à laquelle l'autorisation est réputée accordée en
application de l'article R. 315-21. (...). Toutefois, dans le cas où la réalisation des travaux par tranches a été autorisée, les délais impartis au
lotisseur en application des alinéas ci-dessus s'appliquent aux travaux de la première tranche. Les délais impartis pour réaliser les travaux
des autres tranches sont fixés par l'arrêté d'autorisation sans qu'ils puissent excéder une durée de six ans décomptée comme il est dit à
l'alinéa premier du présent article. » ; qu'aux termes de l'article R. 315-27 du même code : « L'arrêté d'autorisation et, le cas échéant, les
pièces annexes sont notifiés au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal. L'arrêté d'autorisation est
publié au fichier immobilier par les soins de ce dernier, qui doit aviser l'autorité qui l'a délivré de l'accomplissement de cette formalité » ;
qu'enfin, aux termes de l'article R. 600-1 du même code : « En cas de (...) recours contentieux à l'encontre d'un document d'urbanisme ou
d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, (...) l'auteur du recours est tenu, à peine
d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation (...) » ;

Considérant, en premier lieu, qu'il résulte des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme que l'auteur d'un recours contentieux
à l'encontre d'un document d'urbanisme ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol, est soumis, à peine d'irrecevabilité,
à une obligation de notifier ce recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation ; qu'en jugeant que le refus du
maire de la commune de Villenave d'Ornon d'user des pouvoirs de police qu'il tient de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ne constituait
pas une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol au sens des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, et que,
par suite, le recours de l'association Aquitaine Alternatives contre ce refus implicite n'était pas soumis à l'obligation de notification prévue
par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et était, dès lors, recevable en l'absence de notification, la cour administrative d'appel de
Bordeaux n'a pas commis d'erreur de droit ;

Considérant, en deuxième lieu, qu'il résulte des dispositions de l'article R. 315-30 du code de l'urbanisme que le délai de caducité d'un arrêté
d'autorisation de lotir court à compter de la notification au lotisseur de cette autorisation ou de la date à laquelle l'autorisation est réputée
accordée ; qu'en jugeant, sans dénaturer les faits, que ce délai de dix-huit mois, au-delà duquel l'autorisation est caduque, a couru au plus
tard à compter du 10 décembre 1993, date à laquelle la société immobilière d'Ornon SA, en publiant au fichier immobilier, conformément à
l'article R. 315-27 du même code, une ampliation de l'arrêté d'autorisation du 8 septembre 1993, doit être regardée comme ayant reçu la
notification prévue par l'article R. 315-27 du code de l'urbanisme, la cour administrative d'appel de Bordeaux n'a pas commis d'erreur de droit
;

Considérant, en troisième lieu, qu'il résulte des dispositions de l'article R. 315-30 du code de l'urbanisme, alors en vigueur, que l'exécution
de travaux d'aménagement interrompt le délai de caducité de dix-huit mois fixé par les dispositions de cet article ; que la cour administrative
d'appel, qui n'a estimé que de manière surabondante que ce début de travaux avait eu pour finalité pour la société requérante de faire échec
à la caducité de l'autorisation, a pu juger, sans commettre d'erreur de droit que, eu égard à leur nature et à leur faible importance, ces travaux
ne pouvaient constituer un commencement de travaux d'aménagement, au sens des dispositions de l'article R. 315-30, susceptibles
d'interrompre le délai de caducité ;

Considérant, en quatrième lieu, que la cour administrative d'appel, en jugeant que l'arrêté du 8 septembre 1993 était devenu caduc dans sa
totalité, après avoir cité les dispositions de l'article R. 315-30 du code de l'urbanisme pertinentes, a répondu de façon suffisamment motivée
à l'affirmation selon laquelle la caducité de l'autorisation de lotir pouvait n'être que partielle ;

Considérant qu'il résulte de ce qui précède que la société immobilière d'Ornon SA n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêt du 19
mars 2007 de la cour administrative d'appel de Bordeaux ;

Sur les dispositions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

Considérant que ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association Aquitaine Alternatives, qui n'est pas, dans la
présente instance, la partie perdante, la somme que demande la SOCIETE IMMOBILIERE D'ORNON SA au titre des frais exposés par elle et
non compris dans les dépens ; qu'il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SOCIETE
IMMOBILIERE D'ORNON SA une somme de 3 500 € au titre des frais de même nature exposés par l'association Aquitaine Alternatives ;

Décide :

Article 1er : Le pourvoi de la SOCIETE IMMOBILERE D'ORNON SA est rejeté.

Article 2 : La SOCIETE IMMOBILERE D'ORNON SA versera la somme de 3 500 € à l'association Aquitaine Alternatives en application des
dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SOCIETE IMMOBILIERE D'ORNON SA, à l'association Aquitaine Alternatives et à la
commune de Villenave d'Ornon.

Délibéré dans la séance du 2 février 2009 où siégeaient : M. Christian Vigouroux, Président adjoint de la Section du Contentieux, Président ;
M. Jean-Ludovic Silicani, Mme Sylvie Hubac, Présidents de sous-section ; M. Jean-Pierre Hoss, M. Daniel Levis, Mme Anne-Françoise
Roul, M. Denis Prieur, M. Didier Chauvaux, Conseillers d'Etat et Mme Bethânia Gaschet, Auditeur-rapporteur.
Lu en séance publique le 6 mars 2009.

Demandeur : Société immobilière d'Ornon SA


Composition de la juridiction : M. Christian Vigouroux, Président. - M me Bethânia Gaschet, Rapporteur. - M. Rémi Keller, Rapporteur
public. - SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle, Hannotin, Me Brouchot, avocat

Mots clés :
URBANISME ET AMENAGEMENT DU TERRITOIRE * Procédures d'intervention foncière * Lotissements * Autorisation de lotir *
Délai de caducité * Point de départ * Règles de procédure contentieuse spéciales * Introduction de l'instance * Obligation de
notification du recours * Police de l'urbanisme * Refus de constater une infraction

(1) Mentionné aux Tables du Recueil Lebon.

Jurisprudence citée : Rappr. 27 mars 2000, Syndicat des copropriétaires de l'immeuble « Le Lympia », n° 205430, T. p. 1139-1291-1292-1294
.

Cf. 21 novembre 1986, Epoux Sauter-Gilli c/ Cocco Bruno et autres, n° 59430, inédite au Recueil.

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