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Dalloz professionnels Pratique du contentieux administratif

§ 5 - § 5. Conséquences de l'annulation de l'autorisation


540.2420. Des conséquences dépendant de la nature de l'acte annulé.
Les conséquences s'attachant à l'annulation contentieuse d'un acte sont différentes selon qu'elle concerne une
autorisation ou un refus d'autorisation.

A - A. Conséquences de l'annulation d'une autorisation accordée


540.2430. Présentation.
À l'hypothèse de l'annulation d'un permis accordé peut être assimilée celle de son retrait légalement prononcé.
En effet, dans un cas comme dans l'autre, celui qui avait obtenu l'autorisation de construire se trouve privé,
rétroactivement, de son bénéfice.
Il en résulte que la continuation des travaux nonobstant l'annulation du permis de construire est constitutive d'un
délit, prévu et réprimé par l'article L. 480-3 du Code de l'urbanisme. La loi n° 2012-387 du 22 mars 2012 a d'ailleurs
ajouté un alinéa à cet article, pour prévoir les mêmes peines en cas de poursuite des travaux nonobstant une
décision de la juridiction administrative ordonnant la suspension de l'autorisation.
Par ailleurs, les tiers, et tout particulièrement celui qui, le cas échéant, a pris l'initiative de faire disparaître le
permis de construire de l'ordonnancement juridique, peuvent ne pas se contenter de cette simple disparition et
souhaiter faire produire à celle-ci des conséquences autres que purement juridiques.

1 - 1. Conséquences indemnitaires susceptibles d'être tirées de l'annulation par le pétitionnaire


540.2440. Observation liminaire : annulation partielle.
Si, faisant usage des pouvoirs que lui confère l'article L. 600-5, le juge n'a que partiellement annulé le permis
contesté, rien ne fait obstacle, juridiquement, à ce que son bénéficiaire entreprenne la réalisation des travaux ou
la poursuive pour la partie du projet non concernée par cette annulation. Telle est d'ailleurs la raison de
l'introduction dans le Code de l'urbanisme de cette disposition.
On peut toutefois douter de la possibilité pour l'opérateur d'obtenir un concours financier bancaire aussi longtemps
que le permis n'est pas définitivement « purgé » et s'interroger sur la question de savoir si la commercialisation du
programme est véritablement envisageable aussi longtemps que cette condition n'est pas remplie.

540.2450. Droit à réparation.


Naturellement, le pétitionnaire va souhaiter obtenir la réparation des préjudices subis par lui, du fait de l'annulation
ou du retrait du permis de construire qui lui avait été illégalement délivré.
Dans son principe, une telle prétention ne se heurte à aucun obstacle particulier, dès lors que, de façon
constante, le juge considère que la délivrance d'un permis illégal ou le retrait d'une autorisation légalement
accordée est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la collectivité au nom de
laquelle la décision a été prise (CE, sect., 13 janv. 1995, SCI pour les réalisations et l'aménagement de Banyuls-
sur-Mer, req. n° 63534 – CAA Marseille, 17 juin 1999, Silvy, req. no 96MA01300 – CAA Nantes, 30 déc. 1999,
Sté « Pierre Noury SA », BJDU 4/2000, p. 255, concl. R. Lalauze – CAA Marseille, 10 avr. 2003, M. et
Mm e Cocordauno, req. no 99MA00108 , BJDU 1/2004, p. 79 – CAA Paris, 31 déc. 2003, Cne de Bois-le-Roi, req.
n° 00PA01986 , BJDU 2/2004, p. 133, concl. J.-P. Demouveaux – CAA Lyon, 19 mars 2013, req. no 12LY02922
– CAA Douai, 28 mai 2014, Sarl Modelim, req. n° 13DA00454 – CAA Nantes, 26 sept. 2014, req.
no 13NT00017 ).

540.2460. Partage des responsabilités.


Faisant application des principes du droit commun, le juge considère que la responsabilité de l'autorité
administrative envers le bénéficiaire d'un permis de construire illégal, annulé ou retiré, est « susceptible d'être
atténuée par la faute que commet le demandeur en présentant une demande tendant à la délivrance d'un permis
de construire qu'il sait être illégal » (CE 12 nov. 1975, SCI Résidence Pays d'Oc, Dr. adm. 1975, no 395), ou
« dont il ne pouvait ignorer qu'elle n'était pas conforme aux dispositions du plan d'urbanisme alors en vigueur » (CE
21 sept. 1990, SCI Hameau du Beauvoir, req. no 67776 ).
Ainsi, mis à part les cas où la réglementation d'urbanisme est tellement complexe qu'il n'est pas en mesure de
déceler l'irrégularité de l'autorisation qu'il sollicite (CE 14 mars 1990, min. de l'Équipement c/Plat, req. no 88591 ,
LPA, 3 juill. 1991, chron. J.-B. Auby), le pétitionnaire ne pourra prétendre à l'indemnisation intégrale du préjudice
subi par lui.
Pour déterminer le pourcentage de la part qu'il laissera à sa charge, le juge prend en compte des éléments tels que
la nature et le caractère plus ou moins aisément décelable de l'illégalité qui entachait le permis de construire, le
professionnalisme du pétitionnaire, les imprudences éventuellement commises par lui, tout particulièrement après
l'obtention de l'autorisation (TA Nice, 6 juill. 1995, SNC Empain-Graham, req. no 941831 , AJDA 1995. 934, concl.
N. Caldéraro ; Quot. jur., 21 déc. 1995, note J. Morand-Deviller – CAA Marseille, 17 juin 1999, Silvy, req.
n° 96MA01300 – CE 16 nov. 1998, Sille, req. no 175142 , Lebon ; RDI 2000. 376 ; D. 1999. 15 ; BJDU
1/1999, p. 69 – CAA Lyon, 6 juin 2000, SNC Empain-Graham, req. n° 95LY01661 – CAA Lyon, 20 juin 2000, C ne
de La Ricamarie, req. no 98LY01669 – CAA Nantes, 10 nov. 2009, req. no 08NT01567).
Lorsque l'autorisation d'urbanisme est entachée d'illégalité en raison d'un avis fautif émis par une personne publique
au cours de l'instruction de la demande, la responsabilité n'en revient pas moins à l'autorité qui a délivré ou refusé
de délivrer l'autorisation sollicitée, et non à la personne publique ayant émis l'avis (CE 11 sept. 2015,
Vandenbeuck, req. n° 380299, Lebon T. ; AJDA 2015. 2174 ; RDI 2016. 49, obs. P. Soler- Couteaux :
revenant sur CE 5 févr. 1988, Pessoz, req. no 65561, Lebon 47).

540.2470. Détermination du préjudice indemnisable.


Ne seront pas pris en compte les frais exposés antérieurement au dépôt de la demande de permis de
construire.
En effet, ceux-ci doivent être réputés l'avoir été en pure perte, dès lors que la demande d'autorisation aurait dû,
normalement, se voir opposer un refus.
Par ailleurs, le bénéficiaire du permis de construire annulé ne pourra, en aucun cas, prétendre à l'indemnisation
d'un quelconque manque à gagner.
En effet, le profit qu'il aurait pu tirer de la construction envisagée « serait résulté d'une opération elle-même
illégale » (CAA Nantes, 30 déc. 1999, Sté « Pierre Noury SA », BJDU 4/2000, p. 255, concl. R. Lalauze – CE 6 févr.
2006, Sté d'aménagement de Port Léman, req. no 268973 , AJDA 2006. 1127 ).
En revanche, « lorsqu'un permis de construire irrégulièrement délivré est annulé, le bénéficiaire dudit permis a droit
aux sommes exposées inutilement pour la réalisation des travaux autorisés par celui-ci entre la délivrance
du permis et celle du jugement prononçant son annulation, ainsi qu'aux sommes exposées postérieurement au
jugement et qui peuvent être regardées comme la conséquence directe de cette annulation » (CAA Paris,
18 févr. 1999, S té Foncière Paris Neuilly, ville de Paris, req. nos 95PA03042 et 95PA03232 – CAA Bordeaux,
28 mai 1996, Sté Béton contrôle Roujanais, req. no 93BX00476 – CAA Nantes, 30 déc. 1999, Sté « Pierre Noury
SA », préc. – CE 28 oct. 2009, Cne du Rayol-Canadel c/Therme, req. no 299753 , Lebon ; AJDA 2010. 168,
note J.-P. Gilli ; ibid. 2009. 2032 ; RDI 2009. 668, obs. P. Soler-Couteaux ; Constr.-Urb. 2009, comm.
no 157, note G. Godfrin – CAA Lyon, 19 mars 2013, req. n° 12LY02922 – CAA Nantes, 14 févr. 2014, SCI BCI,
req. no 12NT02570 – CAA Douai, 28 mai 2014, Sarl Modelim, req. n° 13DA00454 – CAA Nantes, 26 sept.
2014, req. no 13NT00017 ).

540.2480. Garantie de l'État.


Lorsqu'elle voit sa responsabilité recherchée, sur le fondement de la faute qu'elle a commise en délivrant un permis
de construire illégal, la commune peut être tentée de demander au tribunal de condamner l'État à la garantir.
Il est un cas dans lequel cette garantie de l'État apparaît aux communes comme leur étant normalement due,
c'est lorsque les demandes d'autorisation d'occupation du sol sont instruites par les services de la DDE, mis
à leur disposition.
Toutefois, telle n'est pas la position de la jurisprudence. En effet, partant de la constatation que les services de
l'État, « mis à la disposition gratuite de la commune pour l'instruction des permis de construire agissent sous
l'autorité du maire qui leur adresse toutes instructions nécessaires pour l'exécution des tâches qui leur sont ainsi
confiées », elle en tire la conséquence « que la responsabilité de l'état ne peut, en ce cas, être engagée envers la
commune que lorsqu'un agent de l'État commet une faute en refusant ou en négligeant d'exécuter un ordre ou une
instruction du maire » (CAA Bordeaux, 28 mai 1996, Sté Béton contrôle Roujanais, req. no 93BX00476 – CE
21 juin 2000, min. de l'Équipement, des Transports et du Logement c/C ne de Roquebrune-Cap-Martin, req.
no 202058 , Lebon ; RFDA 2000. 1096, note P. Bon ; RDI 2000. 553, obs. J. Morand-Deviller ;
D. 2002. 526, obs. D. de Béchillon ; BJDU 3/2000, p. 191, concl. Touvet – Rép. min. n o 20316, JO Sénat Q,
12 avr. 2012, p. 911).
Indépendamment de cette première hypothèse et même lorsqu'elle instruit elle-même les demandes d'autorisation
d'occupation du sol, la commune peut songer à rechercher la garantie de l'État sur d'autres fondements.
Pour peu que l'annulation du permis de construire ait été prononcée, en raison de l'illégalité du PLU, pour
méconnaissance des dispositions d'une disposition particulière aux zones de montagne ou au littoral, la commune
pourra être tentée d'imputer à l'État une triple faute de nature à engager sa responsabilité vis-à-vis d'elle.
La première résiderait dans l'insuffisance du « porter à connaissance », qui serait à l'origine de l'illégalité du
PLU.
La deuxième pourrait trouver son origine dans l'accord donné par le préfet à l'extension de l'urbanisation dans un
espace proche du rivage (CAA Nantes, 10 nov. 2009, req. no 08NT01567 – CAA Nantes, 18 janvier 2013, min.
de l'Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, req. no 11NT02173 – CE 8 avr. 2015,
min. de l'Égalité des territoires et du logement, req. no 367167 , Lebon ; AJDA 2015. 723 ).
La troisième serait constituée par le caractère insuffisant du contrôle de légalité sur le document d'urbanisme sur
le fondement duquel a été délivré le permis de construire annulé.
Sans exclure qu'un appel en garantie de l'État puisse être formé sur l'un ou l'autre de ces fondements, le Conseil
d'État a jugé que si la responsabilité de celui-ci, au titre du « porter à connaissance » peut être engagée en cas
de faute simple, la faute lourde est seule de nature à l'engager au titre de l'exercice du déféré préfectoral (CE
21 juin 2000, min. de l'Équipement, des Transports et du Logement c/Cne de Roquebrune-Cap-Martin, préc.).

2 - 2. Conséquences susceptibles d'être tirées de l'annulation par les tiers


540.2490. Plan.
Suite à l'annulation d'un permis de construire ou au retrait de celui-ci, pour peu que les travaux aient reçu un
commencement d'exécution, voire même soient totalement achevés, les tiers vont pouvoir chercher à en tirer les
conséquences, sur un triple terrain :
• recherche de la responsabilité de l'autorité administrative (a) ;
• recherche de la responsabilité civile du bénéficiaire du permis de construire (b) ;
• recherche de la responsabilité pénale de celui-ci (c).

a) - a. Recherche de la responsabilité de l'autorité administrative


540.2500. Responsabilité administrative.
Le tiers qui a obtenu l'annulation du permis de construire sera jugé fondé à réclamer à l'autorité administrative la
réparation du préjudice qu'il subit du fait de l'édification d'une construction illégalement autorisée.
À cette fin, il lui suffira d'établir un lien direct de causalité entre l'illégalité commise et le préjudice invoqué.
Pour peu que cette condition soit remplie par lui, un tiers, autre que celui ayant obtenu l'annulation du permis de
construire, pourrait d'ailleurs parfaitement prendre également l'initiative d'une action indemnitaire.
Dans la pratique, les actions en responsabilité dirigées contre l'administration sont d'ailleurs plutôt rares (CE
14 déc. 1988, Bosc, req. no 67353 – CE 12 mars 1990, min. de l'Urbanisme c/Gallichet, req. n° 68932 –
CAA Nantes, 21 déc. 1994, Delion, req. no 93NT01235 , Lebon ). En tout état de cause, conformément au
droit commun de la responsabilité administrative, l'illégalité fautive commise par l'autorité administrative qui a
délivré à tort l'autorisation n'engage sa responsabilité qu'à la condition que les préjudices invoqués par le
bénéficiaire de celle-ci soient en lien direct avec cette illégalité et présentent un caractère actuel et certain
(CAA Nancy, 19 févr. 2015, req. no 14NC00976 ).
À l'évidence, les tiers préfèrent se placer sur le terrain civil, et engager leur action à l'encontre du bénéficiaire du
permis de construire.
En pareille hypothèse, le juge considère que, quelles que puissent être les actions en responsabilité engagées par
lui devant la juridiction judiciaire à l'encontre du bénéficiaire du permis de construire, le tiers est en droit de
demander à la commune la réparation du préjudice direct et certain que lui a causé la décision illégale (CE 13 févr.
2004, Sté Aigues Marine, req. no 254589 , BJDU 2/2004, p. 149, concl. C. Devys).

b) - b. Recherche de la responsabilité civile du propriétaire ou du constructeur


540.2510. Responsabilité civile.
Lorsqu'il a obtenu l'annulation d'un permis de construire, en raison de la violation d'une servitude d'urbanisme, le
tiers lésé va pouvoir engager une action en responsabilité à l'encontre du propriétaire ou du constructeur, en
fondant son action sur les dispositions de l'article 1240 du Code civil (anc. art. 1382), la faute commise par lui
étant constituée par cette violation.
Dès lors que la construction a été édifiée conformément au permis de construire délivré, et il s'agit là d'une
condition de son application (Civ. 3 e , 6 mai 2014, no 13-11.508 ), l'article L. 480-13 du Code de l'urbanisme,
dans sa rédaction issue de la loi no 2006-872 du 13 juillet 2006, introduit une triple distinction :
• entre la nature des condamnations susceptibles d'être prononcées (selon que l'action est dirigée contre le
propriétaire ou contre le constructeur) ;
• quant aux conditions de fond auxquelles sont respectivement soumises ces deux actions (contre le propriétaire
ou contre le constructeur) ;
• quant au délai dans lequel elles sont, l'une et l'autre, susceptibles d'être engagées (L. no 2006-872, 13 juill.
2006, portant engagement national pour le logement, JO 16 juill.).
Si le propriétaire peut, aujourd'hui comme hier, être condamné à démolir par un tribunal de l'ordre judiciaire, du fait
de la méconnaissance des règles d'urbanisme ou des servitudes d'utilité publique, c'est désormais à la condition
expresse que, préalablement, le permis de construire ait été annulé pour excès de pouvoir par la juridiction
administrative.

540.2520. Recevabilité.
Pour être recevable, cette action devant le juge judiciaire doit être engagée dans un délai maximum de deux ans,
à compter de la décision devenue définitive de la juridiction administrative (Bastia, 21 mai 2014, no RG 12/00638
).
Faute pour lui d'avoir, dans le délai du recours pour excès de pouvoir, sollicité l'annulation du permis de construire
(et de l'avoir obtenue), le tiers n'a d'autre recours qu'une action indemnitaire dirigée contre le constructeur, celle-
ci devant être engagée aux plus tard deux ans après l'achèvement des travaux. Le succès de celle-ci n'est
d'ailleurs pas, à la différence de l'action en démolition dirigée contre le propriétaire, subordonné à l'annulation
préalable du permis de construire, le nouvel article L. 480-13 ayant maintenu, en ce qui la concerne, le mécanisme
du renvoi préjudiciel.
Cet achèvement, qui ne se confond pas avec la réception des travaux, s'apprécie concrètement, peut être établi
par tous moyens, et s'entend « à la date où la construction est en état d'être affectée à l'usage auquel elle est
destinée » (Civ. 3 e , 6 janv. 1999, Delaplace c/Coopérative agricole d'Esternay, no 96-18.197 , Constr.-Urb.
1999, no 229, note P. Cornille – Civ. 3 e , 11 mai 2000, Duguet c/Lecloarec, no 98-18.385 , RDI 2000. 329, obs.
J. Morand-Deviller ).

Précaution de procédure.
Compte tenu de cette prescription abrégée, le tiers qui a saisi la juridiction administrative d'un recours tendant à
l'annulation d'un permis de construire doit, pour conserver ses droits à l'encontre du constructeur, saisir le
tribunal de grande instance dans le délai qui lui est imparti et ce, même si le juge administratif ne s'est pas
encore définitivement prononcé sur la légalité du permis de construire litigieux. Le juge civil sursoira alors à
statuer, dans l'attente de la décision du juge administratif.

540.2530. Condition de fond.


L'action en réparation du tiers lésé, conformément au droit commun de la responsabilité civile, ne peut prospérer
qu'à la condition que soit rapportée la preuve de l'existence d'un préjudice en relation directe avec la
violation d'une servitude d'urbanisme.
Ainsi, la Cour de cassation a-t-elle pu juger : « attendu qu'ayant constaté la parfaite visibilité du hangar depuis le
portillon d'entrée du jardin de M. et Mm e Pasquier, ainsi que de tout autre point de ce jardin, pour partie à usage
d'agrément, et la gravité de l'inconvénient qui consiste pour eux à devoir supporter la vue d'un bâtiment dont la
masse, considérablement multipliée par rapport à celle de l'ancien, et l'aspect particulièrement inesthétique ont
pour conséquence une importante atteinte à l'environnement et relevé, par motifs propres et adoptés que si la
construction avait été édifiée en conformité avec les distances imposées par le plan d'occupation des sols, le
respect du retrait de quinze mètres par rapport à la voie séparant les propriétés Lemarié et Pasquier aurait eu le
double effet d'opérer un important recul de ce bâtiment par rapport à la voie publique, donc à la propriété
Pasquier, en même temps que sa dissimulation partielle par la maison d'habitation de M. et M m e Lemarié, la cour
d'appel a pu en déduire que les époux Pasquier justifiaient d'un préjudice personnel en relation avec la violation des
règles d'urbanisme » (Civ. 3 e , 16 mai 2001, M. et Mm e Lemarié, no 99-19.180 , RDI 2002. 307, obs.
F. G. Trébulle : confirmant le bien-fondé de la condamnation à démolir et à des dommages-intérêts).
De la même façon, pour rejeter le pourvoi formé contre l'arrêt qui avait fait droit à la demande de démolition et de
remise en état des lieux présentée par une association, la Cour de cassation a jugé qu'« une association peut agir
en justice au nom d'intérêts collectifs, dès lors que ceux-ci entrent dans son objet social » et que le permis qui
avait illégalement autorisé la construction litigieuse dans une zone inconstructible « portait atteinte à la vocation
et à l'activité au plan départemental de l'association [et] causait à celle-ci un préjudice personnel direct en
relation avec la violation de la règle d'urbanisme » (Civ. 3e , 26 sept. 2007, no 04-20.636 , D. 2007. 2535, obs.
A. Vincent ; ibid. 2757, chron. A.-C. Monge et F. Nési ; ibid. 2008. 2894, obs. P. Brun et P. Jourdain ;
RTD civ. 2008. 305, obs. P. Jourdain ).
Pendant longtemps, la juridiction civile a considéré que les règles purement permissives, et notamment celles
contenues dans le RNU, ne pouvaient être regardées comme instituant de véritables servitudes d'urbanisme dont la
méconnaissance serait constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du constructeur (Civ. 3 e ,
19 juill. 1982, Remondières, no 81-12.129, Bull. civ. III, no 181 –Poitiers, 23 janv. 1996, S té pour la protection des
paysages de l'Ile d'Oléron, RJ envir. 4/1996, p. 469).
Dans un arrêt qui constitue un revirement de jurisprudence, saisie d'un pourvoi dirigé contre un arrêt qui avait jugé
que « les règles édictées par le POS pour conserver à ces lieux leur intégrité et leur caractère, qui sont de la
nature de celles prévues par l'article R. 111-27), du Code de l'urbanisme (anc. art. R. 111-21), sont
insuffisamment précises et laissent une place trop importante à l'appréciation subjective pour édicter des
servitudes d'urbanisme », et en avait déduit que « n'étant pas assimilables à une servitude véritable, ces règles ne
peuvent pas asseoir la sanction civile de la démolition de l'ouvrage », la Cour de cassation a estimé « qu'en
statuant ainsi, alors que la violation des règles de l'article R. 111-21 [ancien] du Code de l'urbanisme peut être
invoquée au soutien d'une action en démolition engagée sur le fondement de l'article 1382 [ancien] du Code civil,
la cour d'appel a violé les textes susvisés » (Civ. 3e , 28 mars 2001, Gosling, no 99-13.786 ).
La seule présence de la construction édifiée au bénéfice du permis de construire illégal ne saurait donc fonder une
action en démolition, même si la juridiction administrative a annulé le permis de construire pour violation des règles
d'urbanisme (Civ. 3 e , 29 janv. 1992, Ép x Dehu, no 90-10.113 , Bull. civ. III, no 34 – Civ. 3 e , 17 juin 1998,
Couturas c/Leborgne, n° 96-21.950 – Civ. 3e , 27 avr. 2000, Fontana c/Riboulet, no 98-12.502 ).
Il convient d'ailleurs de ne pas perdre de vue qu'un constructeur peut également voir sa responsabilité engagée
devant les tribunaux de l'ordre judiciaire alors même que son opération a été réalisée en stricte conformité avec un
permis de construire légalement obtenu.
Elle peut l'être d'abord en cas de violation d'une stipulation contractuelle (par exemple une servitude ou une clause
du cahier des charges d'un lotissement) ou d'un droit réel (empiétement sur la propriété d'autrui).
Même en l'absence d'une telle violation, elle peut l'être également sur le fondement de la théorie des troubles
anormaux de voisinage (Civ. 3 e , 12 oct. 2005, SCI Fara Preu c/Sté ECC, no 03-19.759 , Bull. civ. III, no 195 ;
Constr.-Urb. 2005, no 269 – Nîmes, 8 déc. 2009, Mm e Françoise X., n° RG 07/05342 – Bastia, 2 mai 2013,
no RG 11/00831 – Montpellier, 24 sept. 2013, no RG 12/03585 ).
Il convient d'ailleurs de préciser, et la précision revêt une grande importance pratique, que si l'action en réparation
(démolition ou indemnisation) est soumise à la prescription abrégée prévue par l'article L. 480-3 en tant qu'elle est
fondée sur la méconnaissance d'une règle d'urbanisme, elle relève de la prescription de droit commun si elle l'est
sur le trouble anormal de voisinage provoqué par la présence de la construction (Civ. 3 e , 5 févr. 2014, no 13-
10.816 , Constr.-Urb. 2014, comm. 84, note P. Cornille).

540.2540. Action introduite par le préfet.


L'action en démolition peut être introduite par le préfet si le permis de construire a été annulé sur déféré. En effet,
aux termes de l'article L. 600-6 du Code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-990 du 6 août
2015, « lorsque la juridiction administrative, saisie d'un déféré préfectoral, a annulé par une décision devenue
définitive un permis de construire pour un motif non susceptible de régularisation, le représentant de l'État dans le
département peut engager une action civile en vue de la démolition de la construction dans les conditions et délais
définis par le 1o de l'article L. 480-13 ».

540.2550. Condamnation civile à démolir.


Depuis 1979, la Cour de cassation considère que la démolition est un droit pour le demandeur dès l'instant
qu'elle est possible et que la construction illicite lui cause un préjudice personnel (Civ. 3 e , 7 juin 1979, Épx
Sagnard, Bull. civ. III, n° 124).
Avant l'introduction dans le Code de l'urbanisme de l'article L. 600-4-1 (L. no 2000-1208, 13 déc. 2000, relative à
la solidarité et au renouvellement urbains, JO 14 déc.) faisant obligation au juge administratif, lorsqu'il annule (ou
suspend) un acte intervenu en matière d'urbanisme de se prononcer sur l'ensemble des moyens de la requête,
qu'en l'état du dossier, il estime susceptibles de fonder l'annulation, le juge civil pouvait fonder sa décision
ordonnant la démolition de la construction sur la méconnaissance d'une règle d'urbanisme autre que celle retenue
par le juge administratif pour annuler le permis ou le déclarer illégal, dès lors que telle ou telle autre
méconnaissance des prescriptions réglementaires, invoquée par le tiers comme étant à l'origine de son préjudice
(perte de vue, perte d'ensoleillement) lui paraissait fondée (Civ. 3 e , 20 juill. 1989, Épx Pefontan c/Sté Rioumajou
et a., AJPI 1990. 26).
Il résulte désormais de la combinaison de cet article L. 600-4-1 et de la nouvelle rédaction de l'article L. 480-13
que le juge civil ne peut condamner le propriétaire à démolir que si le permis a été annulé (et pas seulement
déclarée illégal) et ne peut fonder sa condamnation que sur l'une des illégalités relevées par la juridiction
administrative, sans qu'il y ait lieu pour lui d'établir une distinction selon les motifs d'annulation retenus par le juge
administratif (Civ. 3e , 14 mai 2013, no 12-15.254 , Constr.-Urb. 2013, comm. 98, note P. Cornille).

c) - c. Recherche de la responsabilité pénale du bénéficiaire du permis de construire


540.2560. Responsabilité pénale.
L'annulation du permis de construire par le juge administratif faisant disparaître celui-ci rétroactivement, son
bénéficiaire peut-il être jugé coupable de construction sans permis ?
À cette question, la chambre criminelle de la Cour de cassation a répondu que dans la mesure où il n'est pas établi
que le permis de construire aurait été obtenu par fraude ou que les travaux auraient été poursuivis après
l'annulation de celui-ci, cette annulation « n'a pu avoir pour effet de rendre illicites les actes de construction
réalisés antérieurement » et que ceux-ci « ne pouvaient admettre aucune qualification pénale » (Crim. 15 févr.
1995, Assoc. des amis de Saint-Palais-sur-Mer, no 94-80.738 , Dr envir. no 34, p. 130, note J.-H. R.).
À ces deux hypothèses (obtention frauduleuse du permis de construire et poursuite des travaux après son
annulation), doit d'ailleurs en être ajoutée une troisième.
Il a en effet été jugé que tombaient sous le coup de la loi pénale les travaux exécutés, même au bénéfice d'un
permis de construire, lorsque l'irrégularité de celui-ci doit être réputée manifeste aux yeux du prévenu, qui ne peut
ainsi nourrir aucune illusion sur sa validité (Rennes, 20 déc. 1991, Poulard et Frin, no 1921/91).
Par ailleurs, dans les cas où, suite à l'annulation de son permis, le constructeur ne peut pas être poursuivi du chef
de construction sans permis de construire, il n'en demeure pas moins que la construction édifiée méconnaît les
prescriptions du PLU, et que se trouve donc ainsi constituée l'infraction prévue et réprimée par les dispositions de
l'article L. 610-1 du Code de l'urbanisme (anc. art. L. 160-1).
La Cour de cassation semble toutefois admettre qu'il serait possible pour le prévenu d'invoquer le bénéfice des
dispositions de l'article 122-3 du Code pénal, aux termes duquel « n'est pas pénalement responsable la personne
qui justifie avoir cru, par une erreur sur le droit, qu'elle n'était pas en mesure d'éviter, pouvoir légitimement
accomplir l'acte » (Crim. 15 nov. 1995, Mazzacurati, no 94-85.414 , RDI 1996. 432, obs. G. Roujou de Boubée
; Dr. adm. 1996, no 189, obs. J.-B. A.).
Par ailleurs, lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation, la délivrance ultérieure d'un permis, tout en ne
faisant pas disparaître l'infraction consommée, fait obstacle à une mesure de démolition (Crim. 8 sept. 2009,
no 09-82.036 ). La régularisation ne fait toutefois pas obstacle à la réparation du préjudice subi entre la date
de la constatation de la constatation de la construction irrégulièrement entreprise et celle de sa régularisation
(Crim. 13 nov. 2013, no 12-84.430 , D. 2013. 2695 ; RDI 2014. 45, obs. G. Roujou de Boubée ; RTD civ.
2014. 130, obs. P. Jourdain ; BJDU 3/2014, p. 215, obs. J.T.).
Quant aux mesures de restitution ordonnées par le juge pénal (démolition ou mise en conformité), elles s'imposent
aux tiers acquéreurs, même de bonne foi, sans qu'il soit nécessaire que ceux-ci aient été mis en cause dans la
procédure (Civ. 3 e , 9 sept. 2009, Sté Palmetto c/Agent judiciaire du Trésor, no 07-20.189 , BJDU 6/2009,
p. 446, obs. F. Nési ; BJDU 1/2010, p. 45, obs. F. Nési – Civ. 3 e , 29 févr. 2012, C ne de Saint-Saturnin, no 10-
27.889 , AJDA 2012. 467 ; D. 2012. 738 ; RDI 2012. 450, obs. G. Roujou de Boubée ; AJCT 2012. 382,
obs. J.-F. Struillou ; Constr.-Urb. 2012, comm. 66, note P. Cornille).
On peut d'ailleurs ajouter que l'ordonnance no 2005-1527 du 8 décembre 2005 a introduit dans le Code de
l'urbanisme un article L. 421-8 destiné à attirer l'attention sur le fait que, même dispensés de toute formalité au
titre de ce code, les constructions, travaux et aménagements doivent être conformes aux prescriptions
législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols (ord. no 2005-1527, 8 déc. 2005, relative au permis
de construire et aux autorisations d'urbanisme, JO 9 déc., p. 18997).

d) - d. Régime particulier du permis de construire valant autorisation d'exploitation commerciale


540.2570. Annulation limitée à l'autorisation de construire.
Il résulte des termes de l'article L. 600-1-4 du Code de l'urbanisme que les professionnels mentionnés au I de
l'article L. 752-17 du Code de commerce ne peuvent régulièrement saisir le juge administratif de conclusions
tendant à l'annulation d'un permis valant autorisation d'exploitation commerciale qu'en tant que ce permis tient lieu
d'une telle autorisation. Le juge administratif, dont la décision ne saurait excéder la portée des conclusions qui lui
sont soumises, « ne peut par suite annuler le permis de construire que dans cette seule mesure » (CE, avis,
23 déc. 2016, Sté MDVP Distribution, req. no 398077 , Lebon ; AJDA 2017. 5 ).

540.2580. Obstacle à la réalisation du projet commercial.


Le permis de construire ne pouvant être légalement délivré que si le pétitionnaire dispose d'une autorisation
d'urbanisme commercial, son annulation en tant qu'il tient lieu d'autorisation d'urbanisme commercial « fait obstacle
à la réalisation du projet » (CE, avis, 23 déc. 2016, Sté MDVP Distribution, req. no 398077 , Lebon ; AJDA 2017.
5 ).

540.2590. Procédure simplifiée pour la délivrance d'un nouveau permis.


Si les modifications nécessaires pour mettre le projet en conformité avec la chose jugée par la décision
d'annulation sont sans effet sur la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires
mentionnées à l'article L. 421-6 du Code de l'urbanisme, « un nouveau permis de construire valant autorisation
d'exploitation commerciale peut, à la demande du pétitionnaire, être délivré au seul vu d'un nouvel avis favorable
de la commission départementale d'aménagement commercial compétente ou, le cas échéant, de la commission
nationale » (CE, avis, 23 déc. 2016, Sté MDVP Distribution, req. no 398077 , Lebon ; AJDA 2017. 5 ).

B - B. Conséquences de l'annulation d'un refus d'autorisation


540.2600. Responsabilité administrative.
À l'hypothèse de l'annulation d'un refus de permis de construire, peuvent être assimilées celle de l'annulation d'un
sursis à statuer et d'un retrait illégalement prononcé.
En effet, dans les trois cas, le pétitionnaire aura été, illégalement, placé dans l'impossibilité de réaliser son projet
de construction.
L'illégalité d'un refus de permis de construire, de son retrait ou de la décision opposant un sursis à statuer est
constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'autorité administrative (CAA Lyon,
27 févr. 1996, SCI La Farnesina, req. n° 93LY00649 – CAA Bordeaux, 24 juin 1998, Cne d'Anglet, req.
o
n 95BX01255 m e
– CAA Lyon, 19 déc. 1995, M. et M Mendes, req. n° 93LY00965 – CE 17 déc. 2003, Cne de
Cannes, req. no 255235 , BJDU 2/2004, p. 127, concl. C. Devys – CAA Bordeaux, 30 avr. 2013, C ne de Luant,
req. n° 12BX01357 – CAA Nancy, 22 mai 2014, SCI Restaura, req. no 13NC01817 ).
Le pétitionnaire peut obtenir une indemnisation au titre des frais engagés en pure perte du fait :
• de l'abandon du projet suite au refus illégal du permis (CAA Nancy, 22 mai 2014, SCI Restaura, req.
n° 13NC01817 – CAA Nantes, 6 mars 2015, Sté J2L Immo, req. no 13NT02180 ) ;
• de l'augmentation du coût des travaux (CAA Bordeaux, 30 avr. 2013, Cne de Luant, req. no 12BX01357 ).
Alors qu'il ne le peut pas en cas d'annulation du permis de construire qui lui a été accordé, le pétitionnaire pourra,
cette fois, prétendre à l'indemnisation de son manque à gagner (CAA Nantes, 30 déc. 1996, Leboissetier, req.
n° 94NT00607 – CAA Nantes, 9 juin 1999, Cne de Sautron, req. no 97NT02526 – CAA Bordeaux, 30 avr.
2013, préc.).

540.2610. Réexamen de plein droit.


Si, comme on l'a vu, l'annulation de la décision de retrait d'un permis de construire rend le pétitionnaire à nouveau
titulaire du permis illégalement retiré, il en va autrement en cas d'annulation d'une décision de refus ou d'une
décision de sursis à statuer. En effet, l'annulation de ces décisions ne vaut pas autorisation de construire
(CAA Lyon, 17 juin 2014, req. no 14LY00713 ).
Toutefois, l'autorité administrative, qui demeure saisie de la demande de permis de construire initiale, est tenue de
procéder à une nouvelle instruction de celle-ci (CE 5 janv. 1997, SCI Le Grand Large, req. no 123953), étant
précisé que le pétitionnaire ne pourra, le cas échéant, se prévaloir d'un permis tacite, qu'à la condition d'avoir
confirmé sa demande (sans qu'il y ait lieu pour lui d'en déposer une nouvelle).
Par ailleurs, dans le cadre de la procédure tendant à l'annulation du refus qui lui a été opposé, le demandeur de
l'autorisation peut inviter le juge à faire usage du pouvoir d'injonction que lui confèrent les dispositions du Code de
justice administrative.

540.2620. Injonction.
Classiquement, le juge considérait que l'annulation d'un refus d'autorisation n'avait pas pour conséquence
nécessaire la délivrance de l'autorisation sollicitée. Il estimait que l'annulation du refus n'impliquait pas
nécessairement la délivrance du permis, mais seulement le réexamen de la demande. Par conséquent, il pouvait
seulement, sur le fondement de l'article L. 911-2 du Code de justice administrative, fixer le délai dans lequel une
nouvelle décision devait être prise (CAA Marseille, 9 févr. 2015, Cne de Moans-Sartoux, req. no 13MA00571 ).
La jurisprudence a connu sur ce point un changement notable en 2018, en permettant au juge d'adresser une
injonction sur le fondement de l'article L. 911-1 du Code de justice administrative (CE, avis, 25 mai 2018, préfet
des Yvelines et a., req. no 417350 , Lebon ; AJDA 2018. 1062 ; ibid. 1506, note M. Richard ; RDI 2018.
400, obs. P. Soler-Couteaux ; AJCT 2018. 475, obs. P. Peynet ). Le Conseil d'État affirme « que, lorsque le
juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs
que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du
Code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est
saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une
décision de non-opposition ». Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que « les dispositions en
vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 [...] demeurent
applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé », ou que,
« par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait
obstacle ».
Le Conseil a précisé que l'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée
par les tiers « sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt ».
En cas d'annulation, par une nouvelle décision juridictionnelle, du jugement ou de l'arrêt ayant prononcé, dans ces
conditions, une injonction de délivrer l'autorisation sollicitée et sous réserve que les motifs de cette décision ne
fassent pas par eux-mêmes obstacle à un nouveau refus de cette autorisation, « l'autorité compétente peut la
retirer dans un délai raisonnable qui ne saurait, eu égard à l'objet et aux caractéristiques des autorisations
d'urbanisme, excéder trois mois à compter de la notification à l'administration de la décision juridictionnelle. Elle
doit, avant de procéder à ce retrait, inviter le pétitionnaire à présenter ses observations ».

540.2630. Cristallisation.
L'article L. 600-2 du Code de l'urbanisme prévoit que « lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation
d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régie par le présent code a fait l'objet
d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire
l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme
intervenues à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et
que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de
l'annulation au pétitionnaire ». Dans l'hypothèse où la commune a formé un pourvoi en cassation contre l'arrêt
ayant confirmé l'annulation d'un refus de permis, cette annulation ne peut être regardée comme définitive, avec la
conséquence que l'article L. 600-2 ne peut être opposé pour faire obstacle à l'application à la demande confirmée
par l'intéressé des dispositions du PLU adopter par une délibération postérieure à la date du refus du permis
(CAA Lyon, 4 déc. 2012, C ne de Brindas, req. no 11LY01893 , RDI 2013. 224, obs. P. Soler-Couteaux ; AJDA
2013. 385 ).
Désormais, sous réserve que soient remplies les deux conditions prévues (caractère définitif de l'annulation
juridictionnelle et confirmation de la demande dans les six mois de la notification de l'annulation), le pétitionnaire
bénéficiera d'une stabilisation des règles d'urbanisme et ne pourra pas se voir opposer celles d'entre elles,
intervenues postérieurement à la date à laquelle a été prise la décision annulée, qui conduiraient à un nouveau
refus ou à une autorisation assortie de prescriptions plus rigoureuses.
La condition tenant à la confirmation de la demande initiale est regardée comme remplie lorsque la juridiction,
saisie de conclusions en ce sens, ordonne à l'autorité administrative de délivrer l'autorisation sollicitée, sur le
fondement de l'article L. 911-1 du Code de justice administrative (CE, avis, 25 mai 2018, préfet des Yvelines et a.,
req. no 417350 , Lebon ; AJDA 2018. 1062 ; ibid. 1506, note M. Richard ; RDI 2018. 400, obs. P. Soler-
Couteaux ; AJCT 2018. 475, obs. P. Peynet ) ou de statuer de nouveau sur la demande de permis, dans un
délai déterminé, sur le fondement de l'article L. 911-2 (CE 23 févr. 2017, Néri et Sarl Côte d'Opale, req. no 395274
, Lebon T. ; AJDA 2017. 441 ; RDI 2017. 204, obs. P. Soler-Couteaux ). En effet, le Conseil d'État estime
que ces conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être regardées, par elles-mêmes,
comme une confirmation de sa demande initiale.
Il a été jugé que l'article L. 600-2 « ne fait pas obstacle, par lui-même, à ce que la demande de permis de
construire confirmée par le pétitionnaire [...] fassent l'objet du sursis à statuer prévu par l'article L. 111-7 », le
Conseil d'État ayant néanmoins précisé que « le prononcé de ce sursis ne peut être fondé, dans une telle
hypothèse, sur la circonstance que la réalisation du projet de construction litigieux serait de nature à
compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution d'un plan local d'urbanisme intervenu postérieurement à la
date de la décision de refus annulée » (CE 16 juill. 2010, Sarl Francimo, req. no 338860 , Lebon ; AJDA 2010.
1457 ; AJCT 2011. 100, obs. J.-P. Strebler ; BJDU 5/2010, p. 379, concl. D. Hedary, obs. J.T.). Si un sursis
à statuer est opposé dans un tel contexte, il ne peut donc reposer que sur l'un des autres fondements prévus par
l'article L. 111-7 du Code de l'urbanisme.
Entrent également dans le champ d'application de l'article L. 600-2 les décisions de sursis à statuer opposées à
une demande de permis (CAA Paris, 20 mars 2008, Cne de Saint-Germain-Laval, req. no 06PA02895 –
CAA Nantes, 26 oct. 2012, req. no 11NT00497 ).
En revanche les dispositions de l'article L. 600-2 ne sont pas susceptibles de recevoir application si le refus a fait
l'objet, non pas d'une annulation, mais d'un retrait (CAA Lyon, 13 nov. 2012, req. no 12LY00626 ).
Naturellement, une difficulté n'a pas manqué de surgir, relativement à la détermination de la nature et de la
consistance des « dispositions d'urbanisme » insusceptibles d'être opposées, après sa confirmation, à la demande
d'autorisation d'occupation du sol.
À cet égard, le Conseil d'État a estimé, qu'alors même qu'ils valent servitudes d'utilité publique, les plans de
prévention des risques naturels « constituent des dispositions d'urbanisme au sens de l'article L. 600-2 » (CE, avis,
12 juin 2002, préfet de la Charente-Maritime, req. no 244634 , Lebon ; AJDA 2002. 1080, note J.-
P. Lebreton ; RDI 2002. 427, obs. L. Derepas ; D. 2002. 2779 ). Ils sont donc inopposables au
pétitionnaire bénéficiaire de l'annulation d'un précédent refus de permis de construire.
Il n'en va pas de même des dispositions législatives régissant l'urbanisme commercial. Elles ont en effet été jugées
comme n'étant pas au nombre des dispositions d'urbanisme visées par l'article L. 600-2, avec la conséquence,
qu'après la confirmation de la demande, un refus peut être légalement opposé, en raison de l'absence de
production de l'autorisation d'urbanisme commercial, alors même qu'à la date du premier refus, une telle
autorisation n'était pas nécessaire (CAA Marseille, 21 mars 2002, SCI Infossi-Gimet, req. no 98MA01844).
La jurisprudence a d'ailleurs apporté deux précisions complémentaires, relativement aux conditions d'application de
l'article L. 600-2 du Code de l'urbanisme. En premier lieu, il a été jugé que seul le pétitionnaire ou ses ayants droit
pouvaient en invoquer le bénéfice (CAA Paris, 25 juin 2002, Mm e Chapiteau, req. no 98PA01466 , AJDA 2002.
938, note J.-P. Lebreton ). En second lieu, le pétitionnaire ne peut se prévaloir des dispositions de
l'article L. 600-2 qu'à la condition d'avoir confirmé sa demande et ce, même si le tribunal administratif, après avoir
annulé le refus de permis de construire, a enjoint au maire de réexaminer la demande (CAA Paris, 20 janv. 2004,
Mm e Flamand, req. no 00PA02366 , JCP Adm. 2004, p. 483, note J.-P. Demouveaux).
Le juge qui ordonne à l'administration de prendre une décision déterminée (délivrer l'autorisation, sur le fondement
de l'article L. 911-1 du Code de justice administrative) ou de statuer de nouveau sur la demande (réexaminer la
demande de permis, sur le fondement de l'article L. 911-2) peut préciser à l'autorité administrative qu'il lui
appartiendra de statuer sur le fondement des dispositions d'urbanisme qui étaient applicables à la date
d'intervention de l'arrêté de refus annulé (CAA Lyon, 8 oct. 1996, min. de l'Équipement, du Logement,
des Transports et du Tourisme et Mm e Laffont, req. nos 95LY01106 et 96LY01778 , Lebon – CAA Nantes,
28 oct. 1998, Salvia, req. n° 96NT0218 – CAA Marseille, 12 nov. 2013, req. no 11MA01738 – CAA Nancy,
12 juin 2014, SNC MSE Les Hauts des Épinettes, req. n° 13NC01422 – CAA Lyon, 12 août 2014, S té Promovilla,
req. no 12LY23636 ).

§ 6 - § 6. Voies de recours
540.2640. Suppression de l'appel dans les zones tendues.
Afin de réduire le délai de traitement des recours qui retardent inévitablement la réalisation des opérations de
construction, le décret n° 2013-879 du 1er octobre 2013 relatif au contentieux de l'urbanisme a introduit dans le
code un article R. 811-1-1 qui dispose : « les tribunaux administratifs statuent en premier et dernier ressort sur les
recours contre les permis de construire ou de démolir un bâtiment à usage principal d'habitation ou contre les
permis d'aménager un lotissement lorsque le bâtiment ou le lotissement est implanté en tout ou partie sur le
territoire d'une des communes mentionnées à l'article 232 du Code général des impôts et son décret
d'application ».
Sont ainsi visées les communes assujetties à la taxe annuelle sur les logements vacants, applicable dans les zones
d'urbanisation continue de plus de 50 000 habitants où existent de sérieuses difficultés d'accès au logement
(territoires dits en « zone tendue »). La liste de ces communes, au nombre de 1 151, est fixée par le décret
no 2013-392 du 10 mai 2013.
La suppression de l'appel, qui devait initialement s'appliquer jusqu'au « 1er décembre 2018 » (réd. initiale CJA,
art. R. 811-1-1), a été prolongée jusqu'au « 31 décembre 2022 » par le décret no 2018-617 du 17 juillet 2018
(art. 3).
Cette suppression se justifie par une volonté de réduire le délai de traitement des recours pouvant retarder la
réalisation d'opérations de construction de logements. Pour autant, cette dérogation au principe du double degré
de juridiction n'apparaît pas satisfaisante sur le plan de l'accès au juge (v., pour une critique, E. Crépey, « Les
nouvelles règles du procès en matière d'urbanisme », AJDA 2013. 1905 ). En effet, le contentieux de l'urbanisme
présentant un caractère éminemment factuel, le contrôle de cassation donne difficilement prise à la censure d'une
éventuelle erreur commise par le juge du fond.
S'agissant du champ d'application de l'article R. 811-1-1, eu égard à son objet, celui-ci s'applique uniquement aux
recours formés contre des autorisations d'urbanisme et non aux recours formés contre des refus de délivrer ces
autorisations (CE 25 nov. 2015, C ne de Montreuil – SCI La Capsulerie, req. n° 390370, Lebon T.) ni aux recours
formés contre des décisions de sursis à statuer (CE 8 nov. 2017, SAS Ranchère, req. no 409654 , Lebon T. ;
AJDA 2017. 2229 ).
La jurisprudence a également dû préciser la notion de « bâtiment à usage principal d'habitation ». Celle-ci
s'entend, lorsque la construction est destinée à plusieurs usages, de tout bâtiment à usage principal d'habitation
« dont plus de la moitié de la surface de plancher est destinée à l'habitation » (CE 20 mars 2017, Driassa, req.
no 401463 , Lebon T. ; AJDA 2017. 605 ). En relèvent :
• un immeuble destiné à recevoir dix-huit logements collectifs pour une surface de 997 m2 et des bureaux pour une
surface de 988 m2 (CE 20 mars 2017, Driassa, req. no 401463 , préc.) ;
• un centre d'hébergement d'urgence (CE 19 juin 2017, Synd. des copropriétaires de la résidence Butte Stendhal
et a., req. no 394677 , Lebon T. ; AJDA 2017. 1254 ; RDI 2017. 422, obs. P. Soler-Couteaux ).
N'en relèvent pas :
• une résidence hôtelière de tourisme (CE 29 déc. 2014, Cne de Poussan, req. n° 385051 , inédit au Lebon) ;
• une tente démontable, destinée à accueillir des réceptions (CE 9 oct. 2015, Virchien, req. no 393032 ,
Lebon T. ; AJDA 2016. 296 ) ;
• un établissement pour personnes âgées dépendantes (CE 30 déc. 2015, d'Aurelle de Paladines, req. no 390346
, inédit au Lebon).
Si le permis de construire porte sur une construction existante, il n'est concerné par la suppression du droit d'appel
que si les travaux autorisés ont « pour objet la réalisation de logements supplémentaires » (CE 16 mai 2018, Féron,
req. no 414777 , Lebon ; AJDA 2018. 1008 ). Si les travaux sur une construction existante ont fait l'objet d'un
permis de construire modificatif, le régime des voies de recours sera celui du permis de construire initial auquel il se
rattache (CE 16 mai 2018, Féron, req. no 414777 , préc.).
Concernant les permis d'aménager un lotissement, la suppression temporaire de l'appel s'applique à tous les permis,
quelle que soit la destination des constructions qui ont vocation à être édifiées sur les lots qui en sont issus (CE
8 nov. 2017, Assoc. Les amis de la terre – Val d'Oise, req. n° 410433, Lebon T., AJDA 2017. 2229 ).

540.2650. Tierce opposition.


Un requérant n'est, en règle générale et sauf circonstances particulières dont il se prévaudrait, pas recevable à
former tierce opposition à une décision ayant fait droit, totalement ou partiellement, à une demande d'annulation
d'un document d'urbanisme « au seul motif qu'il est partie à un litige portant sur la légalité d'une autorisation de
construire qui lui a été délivrée sur le fondement de dispositions annulées de ce document » (CE 21 juin 2017, Sté
centrale photovoltaïque Font de Leu, req. no 396427 , Lebon T. ; AJDA 2017. 1313 ). A fortiori cette voie se
trouve-t-elle fermée au requérant qui justifie seulement être propriétaire de parcelles situées dans les zones
concernées par l'annulation pour excès de pouvoir d'un document d'urbanisme (CE 16 nov. 2009, Sté les résidences
de Cavalière, req. no 308624 , Lebon T. 926 ; AJDA 2010. 454, concl. A. Courrèges ). L'arrêt du 21 juin 2017
fournit un exemple de « circonstances particulières » ouvrant droit l'exercice d'une tierce opposition. En l'espèce,
deux délibérations d'un conseil municipal avaient été annulées : l'une déclarant d'intérêt général un projet de
centrale photovoltaïque et la mise en compatibilité du POS, l'autre délibération portant révision du PLU en tant
qu'elle classe le secteur concerné par le projet. Ces délibérations avaient pour unique objet de permettre la
réalisation du projet de centrale photovoltaïque, pour lequel un permis de construire, faisant l'objet d'un recours
juridictionnel qui n'avait pas donné lieu à une décision de justice irrévocable, a ensuite été délivré. Le Conseil
d'État a estimé « que l'annulation de ces délibérations compromet ce projet de construction dans des conditions
de nature à préjudicier aux droits » de la société pétitionnaire. Ainsi, compte tenu de ces circonstances
particulières, celle-ci était recevable à former tierce opposition (CE 21 juin 2017, Sté centrale photovoltaïque Font
de Leu, req. no 396427 , préc.).

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