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MYSTÈRES DES GRANDS OPÉRAS

par
MAX HEINDEL

Faust, Parsifal, L'Anneau du Niebelung, Tannhauser,


Lohengrin

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TABLE DES MATIÈRES

FAUST
CHAPITRE 1 - Divine Dissonance........................................9
CHAPITRE 2 - Les Angoisses de l'Âme qui cherche (1e partie)...........15
CHAPITRE 3 - Les Angoisses de l'Âme qui cherche (2e partie)...........21
CHAPITRE 4 - Faust vend son Âme à Satan (1e partie)...................27
CHAPITRE 5 - Faust vend son Âme à Satan (2e partie)...................33
CHAPITRE 6 - Le Salaire du Péché et le Chemin du Salut................38

PARSIFAL
CHAPITRE 7 - Parsifal.................................................44

L'ANNEAU DU NIEBELUNG
CHAPITRE 8 - Les Filles du Rhin........................................61
CHAPITRE 9 - L'Anneau des Dieux........................................67
CHAPITRE 10 - La Valkyrie...............................................73
CHAPITRE 11 - Siegried, Chercheur de Vérité.............................80
CHAPITRE 12 - La Bataille de la Vérité et de l'Erreur...................87
CHAPITRE 13 - La Renaissance et l'eau du Léthé..........................94
CHAPITRE 14 - Le Crépuscule des Dieux.................................................101

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TANNHAUSER
CHAPITRE 15 - L'Alternance de la Joie et de la Douleur.................................108
CHAPITRE 16 - Les Troubadours, Initiés du Moyen-Âge....................................114
CHAPITRE 17 - Le Péché Impardonnable...................................................120
CHAPITRE 18 - La Crosse reverdit.......................................................126

LOHENGRIN
CHAPITRE 19 - Le Chevalier du Cygne......................................................132

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FAUST
CHAPITRE 1 - Dissonance divine

Quand le nom de Faust est évoqué, la plupart des gens cultivés pensent aussitôt à la
représentation théâtrale de l'opéra de Gounod. Certains en admirent la musique, mais l'histoire
elle-même ne semble pas les émouvoir particulièrement. Apparemment, c'est l'aventure,
hélas! trop commune, d'un être sensuel qui entraîne dans la chute une jeune fille sans
méfiance, puis la laisse expier sa "faute" et souffrir de sa confiance. La plupart des auditeurs
considèrent la part de magie et de sorcellerie qui intervient dans l'oeuvre comme simple
imagination de l'auteur, qui les aurait utilisées pour donner plus d'attrait à ce conte banal.

Quand, à la fin de l'opéra, Faust est entraîné par Méphistophélès dans les régions infernales et
Marguerite emportée au ciel sur des ailes angéliques, il semble au public que cette moralité
convient pour terminer la pièce sur une note édifiante.

Une minorité sait que l'opéra de Gounod est basé sur le drame dont Goethe est l'auteur; et
ceux qui ont étudié les deux parties du Faust de Goethe

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ont une idée très différente de ce qui est présenté dans l'opéra. Seuls, les mystiques éclairés
trouvent dans l'oeuvre de Goethe la preuve indiscutable que celle-ci est due à la plume d'un
Initié, et saisissent pleinement la grande signification cosmique qu'elle contient.

Qu'il soit donc clairement compris que l'histoire de Faust est un mythe aussi ancien que
l'humanité. Goethe le présente enveloppé de lumière mystique pour nous éclairer sur un des
plus grands problèmes du jour, les relations et la lutte entre la Franc-Maçonnerie et le
Catholicisme, sujet que nous avons examiné d'un point de vue différent dans un autre
ouvrage.

Nous avons souvent dit dans nos écrits qu'un mythe est un symbole voilé contenant une
grande vérité cosmique; c'est une conception qui diffère totalement de celles généralement
adoptées. Tout comme nous offrons des livres d'images à nos enfants pour mettre à leur portée
des leçons au-delà de leur compréhension intellectuelle, ainsi les grands Instructeurs ont
donné ces symboles imagés à l'humanité en enfance et, par ce moyen, inconsciemment, une
appréciation des idéaux présentés s'est gravée dans nos véhicules supérieurs.

La graine germe, invisible, dans la terre, avant de pouvoir fleurir sur la surface visible, et ainsi
ces empreintes gravées par les mythes sur nos véhicules plus subtiles, invisibles, nous ont mis
dans un état de réceptivité qui nous permet d'accepter plus facilement des idéaux supérieurs et
de nous élever au-dessus des conditions sordides du monde matériel. De tels idéaux auraient
été submergés par la nature inférieure si, durant des âges, des mythes comme Faust, Parsifal et
autres légendes n'avaient pas préparé la voie.
Comme l'histoire de Job, le mythe de Faust commence au ciel dans une assemblée des Fils de
Seth, et Lucifer est parmi eux. Goethe situe également la fin dans le ciel. Comme ceci est fort
différent de ce qui est habituellement représenté

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au théâtre, nous nous trouvons devant un problème gigantesque. En effet, le mythe de Faust
dépeint l'évolution de l'humanité pendant l'époque actuelle. Il nous montre aussi comment les
Fils de Caïn et les Fils de Seth jouent leur rôle dans l'oeuvre du monde.

L'auteur s'est toujours efforcé de se tenir aussi près de son sujet que possible, afin que chaque
phase de philosophie puisse être éclairée à son tour, mais il peut arriver que les circonstances
justifient parfois des digressions dont Faust nous fournit l'exemple. Si nous n'abordions le
sujet que dans la mesure où il se rapporte à la Franc-Maçonnerie et au Catholicisme, nous
devrions y revenir pour éclairer d'autres points d'intérêt vital telle la croissance de l'âme,
travail à réaliser par la race humaine. Nous espérons donc que nos lecteurs ne critiqueront pas
nos digressions.

Dans la première scène, trois Esprits Planétaires, Fils de Dieu, s'inclinent devant le Grand
Architecte de l'Univers, chantant les mélodies des sphères dans leur adoration de l'Etre
Ineffable qui est la source de la vie, l'auteur de toute manifestation. Goethe représente l'un de
ces Esprits divins célestes prononçant ces paroles:

"Le Soleil résonne sur le mode antique Dans le choeur harmonieux des sphères; Sa course
ordonnée s'accomplit D'année en année, rapide comme l'éclair."

Des instruments scientifiques ont été inventés, expérimentés en laboratoire, où ils


transforment les rayons lumineux en sons, démontrant ainsi dans le Monde Physique le
principe mystique de l'identité de ces deux manifestations; ce qui auparavant n'était évident
qu'au mystique capable d'élever sa conscience jusqu'à la Région de la Pensée Concrète, est à
présent perçu également par le savant. La musique des sphères, dont Pythagore a parlé
publiquement, ne doit être considérée ni comme une idée vide de sens créée par

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une imagination poétique trop vive, ni comme l'hallucination d'un cerveau déséquilibré.

Goethe pensait réellement ce qu'il écrivait. Les planètes ont chacune leur note dominante
propre; elles gravitent autour du Soleil à des degrés de vitesse si divers que leur position
présente ne pourra se renouveler avant 26 000 ans. Ainsi, l'harmonie des cieux se modifie à
chaque moment de la vie, et lorsqu'elle change, les idées et les idéaux du monde changent
aussi. Cette danse circulaire des astres se mouvant au son de la symphonie céleste qu'ils
créent, marque le progrès de l'homme sur le sentier que nous appelons évolution.

Mais il est erroné de penser qu'une harmonie constante est agréable. Ainsi exprimée, la
musique deviendrait monotone, et nous nous lasserions d'une harmonie continuelle. La
musique perdrait réellement son charme si des dissonances n'intervenaient pas fréquemment.

Plus le compositeur approche de la dissonance sans qu'elle fasse partie de la mélodie, plus sa
création est agréable à entendre quand les instruments lui donnent vie. Il en est de même dans
la musique des sphères; nous ne pourrions jamais atteindre l'individualité et la conscience de
soi vers lesquelles tend l'évolution, sans la dissonance divine.

Pour cette raison, le Livre de Job désigne Satan comme l'un des Fils de Dieu. Et le mythe de
Faust indique que Lucifer est également présent à la convocation mentionnée au premier
chapitre de l'histoire. C'est de lui que vient la note salvatrice de dissonance qui forme un
contraste avec l'harmonie céleste; et comme la lumière la plus intense projette l'ombre la plus
obscure, la voix de Lucifer rehausse la beauté du chant céleste.

Tandis que les autres Esprits Planétaires s'inclinent en adoration lorsqu'ils contemplent les
oeuvres du Maître Architecte révélées dans l'univers, Lucifer

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émet la note de critique et de blâme dans les vers suivants dirigés contre le chef-d'oeuvre de
Dieu, le roi des créatures, l'homme:

"Des Soleils et des Mondes, je n'ai rien à dire; Je vois seule ment les hommes se tourmenter.
Le petit dieu du monde est toujours de même sorte, Aussi surprenant qu'au premier jour. Le
pauvre! il vivrait un peu mieux, je pense, Sans ton don de la lumière divine. Il l'appelle
Raison, mais ne l'emploie Qu'à se rendre plus bête que les bêtes."

Au point de vue des générations précédentes, ceci peut paraître sacrilège. Mais à la lumière
plus vive de nos temps modernes, nous pouvons comprendre qu'une évolution doit exister,
même pour un être aussi élevé que celui que nous désignons par le nom de Dieu. Nous
pouvons pressentir la lutte pour développer de plus grandes aptitudes, l'idée d'univers futurs
offrant des facilités accrues pour les évolutions ultérieures d'autres Esprits Vierges, tout cela
comme résultat des imperfections notées dans le plan de manifestation par son Auteur exalté.
De plus, comme c'est "en Lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être", la note
discordante émise par les Esprits Lucifer devrait aussi se faire entendre en Lui. Ce n'est pas
une intervention extérieure qui attire Son attention ou Le met à l'oeuvre, mais Sa propre et
divine reconnaissance d'une imperfection à transmuer en un plus grand bien.

Nous lisons dans la Bible que Job était un homme parfait, et dans le mythe de Faust, le
personnage principal est un serviteur de Dieu car, naturellement, le problème de la
progression, de la croissance plus grande, doit être résolu par le plus évolué. Les individus
ordinaires, ou ceux qui sont inférieurs en évolution, ont encore cette partie du chemin à
parcourir, étapes dépassées par Faust et Job, qui sont à l'avant-garde de la race et que la masse
de l'humanité considère de la même manière que Lucifer qui les traite de naïfs et d'illuminés:

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"Pauvre imbécile! sa nourriture n'est pas terrestre; Son effervescence le projette dans l'espace;
A demi conscient de son état délirant, Il voudrait du ciel ses plus belles étoiles, Et de la Terre
ses plus grandes délectations. De loin ni de près, rien ne pourrait Apaiser les passions qui le
dévorent.

Pour de tels êtres un sentier nouveau et plus élevé doit être ouvert, afin de leur donner de plus
grandes occasions de croissance, d'où la réponse de Dieu:
"Il me sert aujourd'hui avec égarement, Mais je le conduirai bientôt à la lumière. Sur le jeune
arbre, le jardinier Entrevoit fleurs et fruits des futures années."

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CHAPITRE 2 - FAUST - Les angoisses de l'âme qui cherche (1re partie)

Tout comme l'exercice est nécessaire au développement des muscles physiques, ainsi le
développement de la nature morale s'accomplit par la tentation. Le choix étant donné à l'Ego,
il peut l'exercer dans la direction qui lui plaît, car il apprendra tout autant, peut-être même
davantage, par ses erreurs que par ses actions justes. C'est pourquoi, dans le mythe de Job, le
diable est autorisé à le tenter; et dans le mythe de Faust, le tentateur adresse sa requête à Dieu:

"Gage que vous allez le perdre, Seigneur, Si vous me laissez le conduire à ma guise."

Le Seigneur réplique:

"C'est bien; je vais te laisser conduire Cet esprit loin de sa source originelle. Mène-toi, si tu
peux le convaincre De descendre avec toi la pente. Mais tienne sera la honte, si tu dois
reconnaître Qu'un honnête homme, dans ses plus vils désirs, Peut encore trouver le chemin du
salut."(...)"

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Tu peux toujours venir ici librement; Je n'ai pas de haine pour tes pareils; De tous les esprits
de négation, Ce sont les fripons qui me pèsent le moins. L'homme est trop enclin à la paresse,
Son activité tend à se relâcher, Et je lui donne exprès ce compagnon actif, Qui l'émoustille et
joue le rôle de diable. Mais vous, les vrais enfants de Dieu, Réjouissez-vous de l'inépuisable
beauté; Que tout ce qui vit, croît et se développe, vous entoure d'un climat d'amour et de
devoir."

Ainsi la trame est prête, et Faust sur le point de se laisser prendre dans les mailles des filets
tendus sur le sentier de toute âme qui cherche. Ce qui suit nous montre toutefois le but
bienfaisant et la nécessité de la tentation. L'Esprit est une partie intégrante de Dieu; tout
d'abord innocent , mais non vertueux. La vertu est une qualité positive qui se développe en
résistant fermement à la tentation ou en subissant les souffrances qu'entraînent les mauvaises
actions. Ainsi, le prologue dans les cieux donne au mythe de Faust une grande valeur en tant
que guide et encouragement à l'âme qui cherche. Il montre le but éternel au-delà des
conditions terrestres qui causent souffrance et douleur.

Maintenant, Goethe nous présente Faust installé dans sa sombre salle d'études; il est plongé
dans l'introspection et la rétrospection:

"Philosophie, jurisprudence, médecine, Et toi aussi, triste théologie, hélas! Etudiées à fond,
avec ardeur, Et me voici, pauvre imbécile, Aussi peu habile que devant!" (...)

"Je ne crois pas savoir quelque chose de sensé pour élever et enseigner l'humanité. Je n'ai pas
travaillé pour amasser de l'or, Pour la célébrité, le rang social, les plaisirs." (...)

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"Il ne me reste plus que l'art de la magie. Oh! si la force de l'esprit, ou de la parole, Pouvait
me dévoiler les secrets que j'ignore, Que je n'aie plus à enseigner péniblement Des choses
dont je ne connais le premier mot." (...)

"Malheur à moi, prisonnier dans le noir De ces murs étouffants que je déteste, Où pénètre à
peine la lumière du ciel A travers ces carreaux multicolores!" (...)

"Debout; enfuis-toi vers les lointains espaces! Ce livre de magie, par Nostradamus, Te fera
connaître le cours des astres. Si la nature te révèle ses secrets, Ton âme fortifiée s'élèvera
jusqu'à elle; Tu lui parleras comme d'esprit à esprit."

Toute une vie consacrée à l'étude n'a pas apporté à Faust de connaissances réelles. Les sources
conventionnelles du savoir se révèlent finalement stériles. Le savant peut penser que Dieu est
superflu; il peut croire que la vie consiste en actions et réactions chimiques, du moins au
début, mais plus il approfondit ses recherches sur le sujet, plus les mystères rencontrés en
chemin sont grands; enfin il ne pourra poursuivre ses recherches plus avant et il sera forcé de
les abandonner ou de croire en Dieu en tant qu'Esprit dont la vie pénètre chaque atome de
matière. Or, Faust en est à ce point. Il dit que ses études n'ont été faites "ni pour l'or, ni pour la
célébrité, ni pour le rang social, ni pour les plaisirs". Ayant lutté par amour de la recherche, il
est arrivé au point où il voit que le monde de l'esprit nous enveloppe tous; et grâce à ce
monde, au moyen de la magie, il aspire maintenant à une plus haute, plus réelle connaissance
que celle contenue dans les livres.

Un volume écrit par le célèbre Nostradamus est entre ses mains, et en l'ouvrant, il aperçoit le
signe du macrocosme. Le pouvoir contenu dans ce signe ouvre à sa conscience une partie du
monde qu'il recherche;

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dans une extase de joie, il s'écrie:

"Ah! quelle extase s'empare de tout mon être! Je ressens une vie nouvelle, sainte et intense. Je
perçois le sens des paroles du Sage: "Le monde des esprits s'ouvre devant toi Quand tes sens
sont assoupis, quand ton coeur est mort. Debout! disciple, plonge-toi sans trêve Dans les
rayons rougeâtres de l'aurore!"

Il examine le signe:

"Comme tout ce qui vit s'amalgame sans cesse! Et tout ce qui se meut, agit l'un dans l'autre!
Les pouvoirs célestes montent et descendent sans trêve, Se transmettant de mains en mains
des seaux d'or. Du ciel à la terre, des vibrations bénies, Rosée parfumée qui revigore le sol
aride, apportent à tous l'harmonie du Tout."

Mais de nouveau le balancier revient en arrière. De même qu'essayer de fixer l'éclatante


lumière du Soleil détruit la rétine des yeux, ainsi l'audacieux qui veut sonder l'Infini rencontre
la défaite, et l'âme qui cherche est rejetée de l'extase de la joie dans les ténèbres du désespoir:

"Quel spectacle!...ce n'est qu'un spectacle, hélas! Où pourrais-je te saisir, nature infinie? Où
saisir les mamelles, source de toute vie, Auxquelles ciel et terre demeurent suspendus?
Comment s'abreuver de ce lait intarissable? Il coule partout, il inonde tout; et moi Je languis
vainement après lui."

Nous devons comprendre ce qui nous environne ici-bas avant d'aspirer à la connaissance
supérieure. Il est absurde de se passionner pour les mondes supérieurs et les corps subtiles,
alors que nous ignorons à peu près tout des véhicules qui nous servent journellement, ainsi
que du milieu dans lequel nous agissons. "Homme, connais-toi toi-même" est un sage
précepte. L'unique

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sécurité consiste à gravir l'échelle échelon par échelon, à ne jamais tenter d'atteindre un degré
supérieur avant de nous être "assurés", avant d'être bien en équilibre sur celui où nous
sommes. Plus d'une âme peut faire écho dans sa propre expérience au désespoir contenu dans
les paroles de Faust.

Imprudemment, il est parti du point le plus élevé. Il a rencontré la déception, mais ne


comprend pas encore qu'il doit commencer tout en bas; et il essaie d'évoquer l'Esprit de la
Terre:

"Esprit de la Terre, tu es plus près de moi; Déjà je sens mes forces s'accroître, Déjà j'ose me
risquer dans le monde, En supportant les peines, aussi bien que les joies, Lutter contre la
tempête, et ne pas pâlir Des craquements du vaisseau faisant naufrage. Les nuages
s'amoncellent, obscurcissent la lune; La lumière s'éteint, des vapeurs s'élèvent, Des rayons
ardents font le tour de ma tête, Je me sens saisi d'un frisson qui m'oppresse. Esprit que
j'invoque, tu es autour de moi, Je te sens tout près, manifeste-toi! Mon coeur s'abandonne à
toi, Parais, dût-il m'en coûter la vie!"

Comme nous l'avons dit dans la "Cosmogonie Rosicrucienne" et ailleurs où nous avons
répondu à une question (Questions et Réponses I, nÝ 116) concernant le rituel Latin dans
l'Eglise Catholique, un mot est un son. S'il est correctement prononcé - et peu importe par qui
- il a une influence contraignante sur l'intelligence qu'il représente, et le mot donné à chaque
degré d'Initiation donne à l'homme l'accès à une sphère particulière de vibrations, habitée par
certaines classes d'Esprits. Donc, comme le diapason répond à une note de même ton, ainsi,
quand Faust prononce le nom de l'Esprit de la Terre, sa conscience s'ouvre à cette toute-
pénétrante présence.

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Rappelons-nous que l'expérience de Faust n'est pas un exemple isolé ne pouvant se produire
que dans des circonstances exceptionnelles. Faust est le symbole de l'âme qui cherche. Vous
et moi sommes des "Faust" en un certain sens, car à un degré ultérieur de notre évolution,
nous rencontrerons l'Esprit de la Terre, et nous comprendrons le pouvoir de Son nom s'il est
correctement prononcé.

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CHAPITRE 4 - FAUST vend son âme à Satan (1re partie)


Le mythe de Faust nous dépeint une situation curieuse dans la rencontre du héros - l'âme qui
cherche - avec différentes classes d'Esprits. L'Esprit de Faust, fondamentalement bon, se sent
attiré vers les royaumes supérieurs; il a le sentiment d'une parenté avec le bienveillant Esprit
de la Terre, et déplore son impuissance à Le retenir et à en être instruit. Face à face avec
l'esprit de négation, qui n'est que trop enclin à donner son enseignement et ses services, il a
l'avantage en un certain sens, parce que l'esprit ne peut partir, empêché qu'il est par la position
de l'étoile à cinq branches placée sur le seuil. Mais son incapacité à retenir l'Esprit de la Terre
et à recevoir Son enseignement, ainsi que sa maîtrise sur l'esprit de négation, sont dues au fait
qu'il est entré en contact avec eux par hasard , et non par le pouvoir de l'âme développé
intérieurement.

Lorsque Parsifal, le héros d'un autre grand mythe de l'âme, pénètre pour la

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première fois dans le Château du Graal, on lui demande comment il est venu là; et il répond:
"Je ne sais pas". Il venait de pénétrer par hasard dans le lieu saint, à la manière de certaines
âmes qui ont parfois, l'espace d'un éclair, la vision des mondes célestes; mais il ne peut rester
au Mont-Salvat. Il est obligé de retourner dans le monde et d'y apprendre ses leçons. Après de
longues années, il revient au Château du Graal, fatigué par ses recherches, et la même
question lui est posée: "Comment es-tu venu ici?". Mais cette fois, sa réponse est différente,
car il réplique: "A force de chercher et de souffrir, je suis arrivé".

Voici le point capital marquant la différence entre les personnes qui contactent par hasard les
Esprits des royaumes hyperphysiques ou qui perçoivent la solution d'une loi de la Nature, et
celles qui, par des recherches assidues, et principalement en vivant la vie, parviennent à une
Initiation consciente dans les secrets de la Nature. Les premiers ne savent comment utiliser
intelligemment leurs pouvoirs et ne sont alors d'aucun secours. Les seconds sont toujours
maîtres des forces qu'ils emploient, tandis que les autres sont toujours le jouet de quiconque
désire prendre avantage sur eux.

Faust est le symbole de l'homme, et l'humanité a d'abord été conduite par les Esprits Lucifer et
les Anges de Jéhovah. Maintenant, nous considérons l'Esprit du Christ dans la Terre comme le
Sauveur qui nous émancipe de leur influence égoïste et négative.

Paul donne un aperçu de l'évolution future qui nous est réservée quand il dit que lorsque le
Christ aura établi le Royaume, Il le remettra au Père Qui sera alors "Tout en Tous" (I
Corinthiens 15:27-28).

Cependant, Faust cherche d'abord à entrer en communication avec le macrocosme, qui est le
Père. A l'instar du centaure céleste, le Sagittaire, il pointe son

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arc vers les astres les plus hauts. Il lui déplaît de commencer par le début et de se frayer peu à
peu sa voie. Lorsque l'Etre sublime le repousse, il descend d'un degré et cherche à
communiquer avec l'Esprit de la Terre qui le repousse également, car il ne peut devenir l'élève
des bonnes forces tant qu'il ne s'est pas conformé à leurs lois, afin de pouvoir entrer dans le
sentier de l'Initiation par le bon côté. Aussi, lorsqu'il découvre que le pentacle retient le
mauvais Esprit, il voit une occasion inespérée de négocier. Il est prêt à vendre son âme à
Satan.

Comme nous l'avons déjà dit, il est cependant trop ignorant pour conserver la maîtrise, et le
pouvoir de l'esprit supprime rapidement les obstacles, libérant ainsi Lucifer. Mais, bien qu'il
quitte la chambre de Faust, il revient bientôt, prêt à faire un pacte avec l'âme qui cherche. Il
fait passer devant les yeux de Faust les tableaux les plus vivants de ce que sera son existence
et lui montre comment il peut vivre sa vie, satisfaire ses passions et ses désirs. Faust, sachant
que Lucifer n'est nullement désintéressé, le questionne sur le prix qu'il en demande. Et Lucifer
répond:

"Je m'engage à te servir ici-bas, A t'obéir au moindre signe, Mais quand nous nous
rencontrerons dans l'au-delà, Tu devras me rendre la pareille."

Faust ajoute lui-même une condition apparemment singulière quant à l'heure où le service de
Lucifer prendra fin, et quant au terme de sa propre vie terrestre.

Aussi étrange que cela puisse paraître l'acceptation de Lucifer et la clause proposée par Faust
contiennent des lois fondamentales de l'évolution. Par la Loi d'Attraction, nous attirons à nous
des esprits semblables, à la fois ici et dans l'au-delà. Si nous aidons les bonnes forces ici-bas,
tout en nous efforçant de nous élever, nous attirons des esprits en harmonie avec nous, dans ce
monde et dans l'autre, mais si nous préférons les ténèbres à la

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lumière, nous nous associons avec les êtres inférieurs, ici-même et dans l'au- delà. On ne peut
échapper à cette règle.

De plus, nous sommes tous des "constructeurs du temple" oeuvrant sous la direction de Dieu
et de Ses ministres, les Hiérarchies divines. Si nous négligeons la tâche qui nous est assignée
en cette vie, nous serons placés dans des conditions qui nous obligeront à l'accomplir. Il n'y a
ni paix ni repos sur le chemin de l'évolution, et si nous cherchons les plaisirs et la joie à
l'exclusion de tout travail utile, la mort sonnera bientôt son glas. Si nous parvenions jamais à
un point tel que nous serions prêts à prier l'heure qui passe de durer, où les conditions nous
contenteraient tant, que nous cesserions nos efforts vers le progrès, notre existence se
terminerait rapidement. Nous pouvons remarquer que ceux qui se retirent de leurs affaires
uniquement pour jouir de ce qu'ils ont accumulé s'éteignent bientôt; au contraire, l'homme à la
retraite qui se consacre à une autre occupation vit généralement plus longtemps: rien ne
termine plus rapidement une existence que l'inaction. Ainsi, les lois de la Nature sont
énoncées dans le marché de Lucifer et la condition ajoutée par Faust:

"Si jamais je me plais dans la fainéantise, Que cette heure soit la dernière! Si tu peux me
flatter au point Que je me plaise à moi-même, Si tu peux m'abuser par des jouissances, Que
c'en soit fait de moi!" (...)

Si jamais je dis à l'instant qui passe: reste donc, tu me plais tant! Tu pourras m'entourer de
liens, la cloche des morts pourra sonner, tu seras libéré de mon service, que la pendule
s'arrête, que l'aiguille tombe, que pour moi le temps cesse d'exister!"

Lucifer demande à Faust de signer avec une goutte de sang, et lorsque ce


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dernier lui en demande la raison, il répond avec astuce: "Le sang est une essence très
spéciale". La Bible nous dit qu'il est le siège de l'âme (Lévitique 17:11-14).

Lorsque la Terre était en cours de condensation, l'aura invisible entourant Mars, Vénus et
Mercure interpénétrait notre globe, et les Esprits de ces planètes étaient en relation
particulière et étroite avec notre humanité. Le fer est un métal de Mars, et sa présence dans le
sang rend l'oxydation possible; de cette façon, la chaleur interne nécessaire à la manifestation
d'un Esprit intérieur a été obtenue par l'intermédiaire des Esprits Lucifer de Mars. Ils sont
donc les auteurs des conditions qui emprisonnent l'Ego dans le corps dense.

Lorsque le sang est extrait du corps humain et se coagule, chaque particule prend une forme
particulière qui ne se retrouve pas dans les particules d'un autre être humain. Ainsi, celui qui
possède le sang de quelqu'un a une voie d'accès à l'Esprit qui a construit ces globules
sanguins. Il a pouvoir sur cette personne, s'il sait comment utiliser cette connaissance. C'est
pourquoi Lucifer exige que Faust signe avec son sang, car avec le nom de sa victime écrit de
cette manière, il peut asservir son âme, conformément à la loi que nous venons d'énoncer.

Certes, le sang est une essence très spéciale, aussi importante en magie blanche qu'en magie
noire. Toute connaissance employée dans n'importe quelle direction doit nécessairement se
nourrir de la vie primitivement dérivée des extraits du corps vital, c'est-à-dire de l'énergie
sexuelle et du sang. Toute connaissance qui ne s'alimente pas ainsi est morte et impuissante
comme la philosophie que Faust extrayait de ses livres. Aucun livre n'est suffisant par lui-
même. Cette connaissance n'a de réelle valeur que dans la mesure où nous l'alimentons et la
vivons.

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Mais il y a une grande différence: tandis que l'aspirant, dans les écoles de la Science Sacrée,
construit son âme avec sa propre énergie sexuelle et ses passions inférieures enracinées dans
son propre sang qu'il transmue et purifie, les adhérents de l'école noire vivent comme des
vampires sur la force sexuelle d'autrui et le sang impur extrait des veines de leurs victimes.
Dans le Château du Graal, le sang purifié et purificateur accomplit des merveilles sur les êtres
chastes qui aspirent à de nobles actions, mais dans le Château d'Hérode, Salomé, la
personnification de la volupté, fait courir violemment le sang chargé de passion dans les
veines des assistants, et le sang coulant de la tête de Jean-Baptiste martyrisé a servi à leur
donner le pouvoir que leur lâcheté ne leur permettait pas d'acquérir en se purifiant par la
souffrance.

Faust essaie d'acquérir des pouvoirs rapidement avec l'aide des autres; il touche là un point
dangereux, comme ceux qui aujourd'hui cherchent des "maîtres" ou des "adeptes", dont le seul
titre est celui qu'ils se sont eux- mêmes donnés, et qui sont prêts à satisfaire les appétits les
plus bas de leurs dupes contre rétribution, tout comme Lucifer offre de servir Faust. Mais,
quoi qu'ils fassent, ils ne peuvent pas donner les pouvoirs de l'âme. Ceux-ci viennent de
l'intérieur par une patiente persévérance dans le bien, fait qu'on ne saurait rappeler trop
souvent.
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CHAPITRE 5 - FAUST vend son âme à Satan (2e partie)

A Lucifer qui lui demande de signer le pacte avec son sang, Faust répond avec mépris:

"Ne crains pas que je viole ma parole; Je mets toute ma force dans cet engagement. J'avais
visé trop haut; je suis à ton niveau. Le Grand Esprit m'a dédaigné, et la Nature Se ferme à
mon approche. Le fil de ma pensée Est rompu. La science m'est en horreur. Dans les gouffres
profonds de la sensualité, Que s'apaisent mes terribles passions! Dans les impénétrables voiles
de la magie, Des charmes merveilleux exciteront nos sens!"

Ayant été dédaigné par les puissances du bien, enflammé du désir d'acquérir la connaissance
directe pour obtenir un pouvoir réel, il est prêt à tout sacrifier. Mais Dieu dit dans le prologue:

"Un honnête homme, dans ses plus vils désirs, Peut encore trouver le chemin du salut."

Faust représente l'âme qui aspire, et l'âme ne peut pas s'écarter en permanence du sentier de
l'évolution. Le but poursuivi par Faust nous démontre

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que même lorsqu'il s'égare dans la fange, son idéal est élevé; il a besoin d'expériences:

"Tu m'entends, il ne s'agit pas de joie; je veux L'ivresse du vertige, l'agonie du plaisir, La
haine dans l'amour, la vie dans le dépit . Revenu de l'amour de la science, mon coeur Ne sera
plus fermé à aucune douleur. Ce qui est le partage de l'humanité entière, Je veux le ressentir
au plus profond de moi. Je veux, par mon esprit, connaître le plus haut, Et aussi le plus bas;
entasser sur mon coeur, Le bien comme le mal qui est, hélas! son lot, Et me gonflant comme
elle, finir par me briser!"

Avant que quiconque puisse devenir véritablement compatissant, il doit ressentir, comme que
Faust le désire, toute la profondeur des souffrances de l'âme humaine, aussi bien que ses joies
les plus extatiques; car c'est seulement lorsque nous connaissons ces extrêmes de la passion
humaine que nous pouvons ressentir la compassion nécessaire à ceux qui désirent aider à
l'élévation de l'humanité. Avec l'aide de Lucifer, Faust peut apprendre à connaître la joie et la
souffrance, et dans ce sens, Lucifer est vraiment comme il le dit:

"Le pouvoir qui oeuvre pour le bien, Tout en voulant le mal."

L'intervention des Esprits Lucifer dans le plan de l'évolution intensifie et canalise les passions
humaines, occasionnant toutes les souffrances et les maladies du monde. Néanmoins, leur
intervention a éveillé l'individualité de l'homme et l'a libéré de la tutelle des Anges. Faust,
également avec l'aide de Lucifer, est conduit hors des sentiers conventionnels, et
s'individualise ainsi. Faust et Lucifer, dans le marché qu'ils viennent de conclure, sont la
réplique des Fils de Caïn, qui sont les descendants et les protégés des Esprits Lucifer, comme
nous l'avons vu dans "Franc-Maçonnerie et Catholicisme".

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Dans la tragédie de Faust, Marguerite est la protégée des Fils de Seth, la prêtrise décrite dans
la légende Maçonnique. Les deux classes représentées par Faust et Marguerite doivent se
rencontrer, et entre ces deux se jouera la tragédie de la vie, et des souffrances endurées par
chacune, l'âme développera des ailes qui l'élèveront de nouveau vers les régions de félicité
d'où elle vient.

Pendant ce temps, Lucifer conduit Faust dans la cuisine d'une sorcière qui lui donne un élixir
de jeunesse afin que, rajeuni, il puisse devenir désirable aux yeux de Marguerite. Quand
"Faust" est représenté sur scène, la cuisine de la sorcière est pleine d'instruments présumés
utiles aux opérations magiques, et autres bizarreries: un feu d'enfer brûle sous une marmite
contenant des philtres d'amour. Passons sous silence les objets inanimés pour étudier la
signification de la famille de singes que nous voyons là, car il représentent une phase de notre
évolution.

Remplie de la passion instillée par les Esprits Lucifer ou Anges déchus, l'humanité s'est
détachée des Anges guidés par Jéhovah. En conséquence du pouvoir cristallisant du désir, des
"vêtements de peau" ont bientôt revêtu les humains, les séparant les uns des autres.
L'égotisme a remplacé le sentiment de fraternité à mesure que l'on approchait du point le plus
bas de la matérialité. Quelques-uns, plus passionnés que d'autres, ont cristallisé leur corps à
un plus grand degré, si bien qu'ils ont dégénéré et sont devenus des anthropoïdes. Leur taille
s'est réduite de plus en plus en approchant du point où toute espèce s'éteint. Ils sont donc tout
spécialement confiés aux Esprits Lucifer. Ainsi le mythe de Faust nous montre une phase de
l'évolution humaine qui ne figure pas dans la légende Maçonnique, et il nous donne une vue
plus étendue de ce qui s'est réellement produit.

A un moment donné, toute l'humanité se trouvait au point considéré par les

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savants comme le "chaînon manquant". Ceux qui sont actuellement des singes ont dégénéré à
partir de ce moment, tandis que la famille humaine évoluait jusqu'à son degré actuel de
développement. Nous savons à quel abrutissement conduit l'abandon aux passions, et nous
comprenons facilement qu'au moment où l'homme était en formation, non individualisé, et
sous le contrôle direct des forces cosmiques, cet abandon ne pouvait être réfréné par la
conscience de soi qui nous en protège partiellement aujourd'hui. Les résultats ont donc été
plus profonds et plus désastreux.

A un certain moment, l'âme qui aspire, entre, comme Faust, dans la cuisine de la sorcière et
réalise la leçon objective des conséquences du mal représenté par les singes. L'âme est ensuite
laissée seule dans le jardin où elle rencontre Marguerite, pour tenter et être tentée, pour choisir
entre la pureté et la passion, succomber comme Faust ou rester fermement fidèle à la pureté
comme Parsifal. Conformément à la loi de Compensation, elle recevra alors son salaire pour
les actions accomplies dans le corps dense. Vraiment, la chance est liée au mérite, ainsi que
Lucifer le dit à Faust, et la véritable sagesse ne peut s'acquérir que par une patiente
persistance dans le bien:

"De combien près la chance est liée au mérite, Le sot n'en est jamais conscient. S'il possédait
la pierre philosophale, Elle serait, je gage, sans son philosophe."
Fidèle à son propos d'étudier la vie plutôt que les livres, Faust demande à Lucifer de le faire
admettre chez Marguerite, et s'efforce de gagner son coeur par le cadeau princier de joyaux
précieux que Lucifer introduit subrepticement dans son placard. Le frère de Marguerite se bat
au loin pour son pays. Sa mère est indécise et ne sait pas ce qu'il convient de faire de ces
bijoux; elle les

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apporte au conseiller spirituel de son église. Mais ce dernier préfère les pierres brillantes aux
âmes précieuses confiées à ses soins. Il néglige son devoir pour un collier de perles, plus
désireux de s'assurer des gemmes pour en parer une idole que de protéger l'enfant de l'église
contre les dangers de moralité qui rôdent sournoisement autour d'elle. Ainsi, Lucifer parvient
à ses fins et récolte bientôt un butin de sang et d'âmes humaines, car pour accéder à la
chambre de Marguerite, Faust la décide à administrer à sa mère un somnifère qui entraîne sa
mort. Valentin, le frère de Marguerite, est tué par Faust, Marguerite est jetée en prison et
condamnée à la peine capitale.

Si nous nous rappelons que le sang est le siège de l'âme, et qu'il adhère à la chair d'une
personne dont la fin est soudaine avec la même tenacité que la pulpe tient au noyau d'un fruit
vert, on comprend qu'une grande souffrance résulte d'une pareille mort. Les Esprits Lucifer se
délectent de l'intensité des sentiments et évoluent par elle. Pour eux, la nature d'une émotion
n'importe pas autant que son intensité. Ils excitent les passions de notre nature inférieure parce
qu'elles sont plus intenses à notre degré d'évolution que les sentiments de joie et d'amour.
C'est pourquoi ils incitent à la guerre et aux effusions de sang, et nous semblent mauvais
actuellement, mais ils agissent, en réalité, à la manière d'échelons conduisant à des idéaux
plus nobles et plus élevés, car à travers la douleur et la souffrance telles que celles engendrées
dans le coeur de Marguerite, l'Ego s'élève sur l'échelle de l'évolution. C'est par un faux-pas
dans la direction du vice qu'il apprend la valeur de la vertu.

Par une juste appréciation de ce fait, Goethe a écrit:

"Qui n'a jamais mangé son pain dans la tristesse, Qui n'a jamais passé les heures de la nuit A
pleurer dans l'attente du matin, Ne vous connaît pas, ô pouvoirs célestes!"

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CHAPITRE 6 - FAUST - Le salaire du péché et le chemin du salut

"Le salaire du péché, c'est la mort", dit la Bible (Romains 6:23), et lorsque nous semons dans
la chair, nous devons nous attendre à récolter la corruption. Il n'est pas surprenant qu'un
caractère négatif comme la classe des Fils de Seth, symbolisée par Marguerite, devienne
rapidement la proie de cette loi de la Nature. L'inquiétude soudaine de Marguerite après son
crime de matricide montre la manière dont agit la loi. La sainte horreur de l'église qui a
négligé de la protéger alors qu'il en était encore temps est un exemple de la manière dont la
société cherche à couvrir ses négligences et lève les bras au ciel, scandalisée par les crimes
dont elle est responsable dans une large mesure.

Si le prêtre avait gagné la confiance de Marguerite au lieu de convoiter ses bijoux, il aurait pu
la garder du malheur qui s'est abattu sur elle, et même en ayant souffert de la perte de son
amant, elle serait restée pure. Cependant, c'est à travers l'intensité de la douleur que l'âme qui
souffre

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trouve le chemin du retour à la source de son être, car nous avons tous, comme des enfants
prodigues, quitté notre Père dans les Cieux; nous avons tous erré loin des royaumes de l'esprit
pour nous nourrir des gousses de la matière, récolter des expériences et gagner l'individualité.

Lorsque nous sommes dans l'abîme du désespoir, nous commençons à entrevoir notre parenté
divine et nous nous écrions: "Je me lèverai et j'irai vers mon Père". Ni l'appartenance aux
églises, ni l'étude du mysticisme d'un point de vue intellectuel, ne nous orientent sur la
direction à prendre, chose nécessaire avant de pouvoir suivre le Sentier. Mais lorsque nous
sommes privés de toute aide terrestre, lorsque nous sommes malades et emprisonnés, nous
sommes plus proches du Sauveur et lui devenons plus chers qu'en tout autre temps. Par
conséquent, Marguerite en prison, au ban de la société, est plus près de Dieu que la
Marguerite innocente, belle et pure qui rencontra Faust dans le jardin.

Le Christ n'a aucun message pour ceux qui sont satisfaits qui aiment le monde et ses fastes.
Tant qu'ils sont dans cet état d'esprit, Il ne peut leur parler, et eux ne sauraient entendre Sa
voix. Il y a pourtant une infinie tendresse dans les paroles du Sauveur: "Venez à moi, vous
tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos" (Matthieu 11:28). L'âme
pécheresse, symbolisée par Marguerite, seule dans sa cellule, mise au ban de la société
comme une brebis galeuse, est poussée à implorer le ciel, et elle ne prie pas en vain.
Cependant, jusqu'au dernier moment, les tentations assaillent l'âme qui cherche. La porte de
l'enfer et celle du ciel sont également proches du cachot de Marguerite au moment où Faust et
Lucifer viennent la visiter et tenter de la tirer de sa prison et d'une mort imminente, vers une
vie de honte et d'esclavage. Mais elle tient ferme; elle

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préfère la prison et la mort à la vie et la liberté en compagnie de Lucifer. Elle a passé


l'épreuve, et elle est digne du Royaume de Dieu.

Salomon était le vassal de Jéhovah et lié, comme Fils de Seth, au Dieu qui l'avait créé, lui et
ses ancêtres. Mais, quand il revint dans une vie suivante, sous le nom de Jésus, il laissa son
premier Maître au Baptême et reçut alors l'Esprit du Christ. Ainsi, tous les Fils de Seth
devront un jour quitter leurs gardiens et choisir le Christ, sans égard pour le sacrifice consenti,
dût-il leur en coûter la vie.

Dans sa prison, Marguerite prend cette importante décision qui la qualifie pour la citoyenneté
des Nouveaux Cieux et de la Nouvelle Terre par sa foi dans le Christ. Quant à Faust, il
demeure avec l'Esprit Lucifer pendant un temps considérable. C'est un caractère plus positif,
un vrai Fils de Caïn et, bien que le salaire du péché doive lui amener finalement la mort, le
salut peut lui venir par une conception plus pure de l'amour et par les oeuvres.

Dans la seconde partie de Faust, nous retrouvons le héros, l'esprit brisé par le désastre qui s'est
abattu sur Marguerite et dont il fut l'instrument. Il comprend sa faute et commence à gravir le
chemin de la rédemption. Il se sert de l'Esprit Lucifer, lié à lui par le sang, pour atteindre son
but. Il devient un facteur influent dans les affaires gouvernementales, car les Fils de Caïn
aiment la politique, de même que les Fils de Seth se plaisent dans les affaires de l'église.

Non content cependant de servir dans les conditions existantes, Faust oblige les forces
diaboliques à créer un pays, à le faire surgir des eaux, pour fonder une Nouvelle Terre. Il fait
un rêve utopique, dans lequel il voit cette terre libre devenir la patrie d'un peuple indépendant
qui habitera là en paix et heureux en vivant les plus nobles idéaux.

Cet idéal prend naissance en son âme par l'amour d'une personne nommée Hélène,

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amour de la nature la plus douce et la plus spirituelle, complètement différent de la passion et


de la sensualité. Avec le temps, il voit la terre émerger de la mer, mais ses yeux se voilent de
cécité, car il transfère son regard d'une condition terrestre à une condition céleste. Tandis qu'il
voit les forces commandées par Lucifer travailler sous ses ordres jour et nuit, Faust comprend
qu'il a réalisé le postulat de Lucifer:

"Le pouvoir qui oeuvre pour le bien, Tout en voulant le mal."

Il voit son oeuvre avec les forces inférieures sur le point d'être achevée, mais sa vue baisse, et
avec l'intense désir qui saisit toute âme désireuse de contempler le fruit de ses travaux, il veut
conserver sa vue jusqu'à la réalisation de son rêve - cette terre émergeant des eaux et ce
peuple heureux vivant en toute fraternité. Comme sa vision commence à s'estomper devant
ses yeux faibles, il murmure les mots fatals déjà prononcés au moment de son marché avec
Lucifer:

"Si jamais je dis à l'instant qui passe: Reste donc, tu me plais tant ! Tu pourras m'entourer de
liens, La cloche des morts pourra sonner, Tu sera libéré de mon service. Que la pendule
s'arrête, que l'aiguille tombe, Que pour moi le temps cesse d'exister!"

Selon les termes du contrat, une fois que Faust a prononcé les mots fatidiques, les forces
infernales sont libérées de leur servitude envers lui, mais lui, en retour, devient leur proie, du
moins en apparence. Mais Faust ne désirait nullement arrêter la marche du temps pour jouir
des plaisirs des sens ou pour satisfaire des désirs égoïstes, comme le prévoyait le marché. Il
souhaitait consacrer son heure dernière à contempler la réalisation d'un idéal altruiste et noble.
Il est donc réellement libéré de Lucifer et une bataille

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entre les forces angéliques et les suppôts de Lucifer se termine par une victoire des Anges qui
emportent l'âme qui cherche dans le repos céleste, au royaume du Christ, en chantant:

"Sauvée des pièges du Malin est la noble âme; Celui qui ne cesse de s'efforcer, Nous pouvons
certes le sauver. S'il a même goûté à l'amour céleste, Les anges descendent à sa rencontre Et
l'accueillent par des vivats."

Ainsi, le Faust du mythe est un personnage bien différent du Faust de la scène. Le drame qui
débute dans les cieux où Lucifer est autorisé à tenter Faust, comme Job le fut dans les temps
anciens, se termine également dans les cieux quand la tentation a été surmontée et que l'âme
retourne vers son Père.

Goethe, le grand mystique, termine magistralement son texte par la strophe la plus mystique
que l'on puisse trouver en littérature:

"Ce qui est transitoire N'est qu'une apparence, Et l'inaccessible Devient réalité. Ce qui est
indescriptible Est ici atteint. L'Eternel Féminin Nous attire à lui."

Cette strophe rend perplexes tous ceux qui sont incapables de pénétrer dans les royaumes où
elle est censée être chantée. Elle exprime que tout ce qui est périssable n'est qu'une apparence,
c'est à dire que les formes matérielles qui sont vouées aux transmutations et à la mort ne sont
que les images des archétypes visibles dans le ciel. "L'inaccessible devient ici réalité": ce qui
est impossible sur terre est accompli dans le ciel, et nul ne le sait mieux que celui qui peut
fonctionner dans ce monde, car là chaque aspiration noble

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et élevée y trouve son expression. Les désirs, les idées et les expériences indescriptibles que
l'âme ne peut même pas exprimer sont clairement définies dans le ciel; l'Eternel Féminin, la
grande Force Créatrice de la Nature, la Mère Divine, qui nous pousse le long du sentier de
l'évolution, devient là une réalité. Ainsi, le mythe de Faust nous conte l'histoire du Temple du
Monde construit par deux classes d'humains; ce temple qui sera un jour les Nouveaux Cieux
et la Nouvelle Terre prophétisés dans la Bible.

PARSIFAL
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CHAPITRE 7 - PARSIFAL - Célèbre drame mystique musical de WAGNER

En regardant autour de nous dans l'univers matériel, nous voyons une myriade de formes, et
toutes ont une certaine couleur , et beaucoup d'entre elles émettent un son défini; on peut
même dire toutes, car le son existe même dans la Nature dite inanimée. Le vent dans la cime
des arbres, le murmure du ruisseau, la houle de l'océan, sont tous des contributions précises à
l'harmonie de la Nature.

De ces trois attributs de la Nature, forme, couleur et son, la forme est la plus stable, elle tend à
demeurer très longtemps dans le statu quo et ne se modifie que lentement. Par contre la
couleur change plus rapidement: elle passe, et certaines couleurs changent de nuance selon
l'angle de la lumière; mais le son est le plus insaisissable des trois; il va et vient comme un feu
follet que nul ne peut saisir ni retenir. Nous avons aussi trois arts qui cherchent à exprimer le
bien, le vrai et le beau dans ces trois attributs du Monde de l'Ame: la sculpture, la peinture et
la musique.
Le sculpteur, qui s'occupe de la forme, cherche à emprisonner la beauté dans

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une statue de marbre qui résistera aux ravages du temps durant des millénaires; mais une
statue de marbre est froide et ne parle qu'aux êtres les plus évolués qui sont capables de lui
infuser leur propre vie.

L'art du peintre traite essentiellement de la couleur; il ne donne pas de forme tangible à ses
créations; la forme en peinture est une illusion selon le point de vue matériel, et pourtant elle
est beaucoup plus réelle pour la plupart des gens que la statue réelle, tangible, car les formes
du peintre sont vivantes ; il y a une beauté vivante dans l'oeuvre picturale d'un grand artiste,
une beauté que beaucoup peuvent apprécier et goûter.

Mais dans le cas d'une oeuvre peinte, nous sommes à nouveau affectés par le caractère
variable de la couleur; le temps ternit bientôt sa fraîcheur et, dans le meilleur des cas, bien
entendu, aucune peinture ne peut survivre à une statue.

Néanmoins, dans ces deux arts qui traitent de la forme et de la couleur, la création est faite
une fois pour toute; ils ont cela de commun, et par là diffèrent radicalement de l'art du son, car
la musique est si insaisissable qu'elle doit être recréée chaque fois que nous désirons la goûter,
mais en retour elle a le pouvoir de parler à tous les êtres humains d'une manière qui surpasse
entièrement les deux autres arts. La musique accroît nos plus grandes joies et adoucit nos plus
profonds chagrins; elle peut calmer la passion la plus sauvage et inciter à la bravoure le plus
grand des poltrons; elle exerce sur de l'humanité changeante l'influence la plus puissante que
l'on connaisse, et pourtant, envisagée au seul point de vue matériel, elle est superflue comme
l'ont démontré Darwin et Spencer.

Ce n'est qu'en passant derrière les scènes du visible et en prenant conscience que l'homme est
un être composite, Esprit, âme et corps, que nous parvenons à comprendre pourquoi les
produits de ces trois arts nous affectent si différemment.

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Tandis que l'homme vie une vie extérieure dans le monde de la forme, où il vit une vie de
forme parmi d'autres formes, il vit aussi une vie intérieure qui est d'une importance beaucoup
plus grande pour lui; une vie dans laquelle ses sentiments, ses pensées et émotions créent
devant sa "vision intérieure" des images et des scènes qui changent perpétuellement; et plus
cette vie intérieure est complète, moins l'homme aura besoin de chercher de la compagnie en
dehors de lui-même, car il est sa meilleure compagnie, indépendant du divertissement
extérieur si ardemment recherché par ceux dont la vie intérieure est stérile; par ceux qui
connaissent une foule de gens, mais sont étrangers à eux-mêmes, ayant peur de leur propre
compagnie.

Si nous analysons cette vie intérieure, nous trouverons qu'elle est double: (1) la vie de l'âme,
qui traite des sentiments et des émotions ; (2) l'activité de l'Ego, qui dirige toutes les actions
par la pensée.

Tout comme le monde physique est la base dont furent tirés les matériaux de notre corps
dense, et qui est par excellence le monde de la forme, il y a aussi un monde de l'âme, appelé le
Monde du Désir par les Rosicruciens, qui est la base dont a été tiré le subtil vêtement de l'Ego,
que nous appelons l'âme, et qui est en particulier le monde de la couleur. Mais le Monde de la
Pensée, encore plus subtil, est la demeure de l'Esprit humain, l'Ego, et aussi le royaume du
son. Pour cette raison, des trois arts, c'est la musique qui a le plus grand pouvoir sur l'homme,
car pendant notre séjour dans cette vie terrestre nous sommes exilés de notre demeure céleste
et l'avons souvent oubliée dans nos poursuites matérielles, mais voilà que se fait entendre la
musique, un parfum suave chargé d'ineffables souvenirs. Comme un écho de notre

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demeure, elle nous rappelle ce pays oublié où tout est joie et paix, et bien que nous puissions
railler de telles idées dans notre esprit matériel, l'Ego reconnaît dans chaque note bénie un
message de sa patrie et s'en réjouit.

Cette compréhension de la nature de la musique est nécessaire pour apprécier à sa juste valeur
un aussi grand chef-d'oeuvre que "Parsifal" de Richard Wagner, où la musique et les
caractères sont plus intensément liés que dans toute autre production musicale moderne.

L'opéra de Wagner est inspiré de la légende de Parsifal dont l'origine se perd dans le mystère
qui recouvre l'enfance de la race humaine. Il est erroné de penser qu'un mythe est une fiction
de la fantaisie humaine, n'ayant aucun fondement. Au contraire, un mythe est un écrin
contenant parfois les plus profonds et les plus précieux joyaux de vérité spirituelle, perles
d'une beauté si rare et si éthérée qu'elles ne supportent pas d'être exposées à l'intellect
matériel.

Pour les protéger et en même temps leur permettre de travailler sur l'humanité en vue de son
élévation spirituelle, les Grands Instructeurs qui guident l'évolution, invisibles, mais puissants,
ont donné à l'humanité naissante ces vérités spirituelles enchâssées dans le symbolisme
pittoresque des mythes, afin qu'elles puissent travailler sur nos sentiments jusqu'à ce que nos
intellects naissants soient parvenus à une évolution et à une spiritualité suffisantes pour qu'à la
fois nous puissions ressentir et savoir.

En vertu du même principe nous donnons à nos enfants des leçons de morale par le moyen de
livres d'images et de contes de fées, réservant à plus tard un enseignement plus direct.

Wagner fit plus que simplement copier la légende. Les légendes, comme d'autres choses, se
cristallisent par la transmission et perdent leur beauté; et c'est une autre évidence de la
grandeur de Wagner de n'avoir jamais été lié, dans

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son expression, par la mode ou le credo. Il a toujours accordé à l'art la prérogative en traitant
les allégories librement et sans contrainte.

Comme il l'écrit dans Religion et Art: "On peut dire que là où la religion devient artificielle, il
est réservé à l'art de sauver l'esprit de la religion en reconnaissant la valeur figurative du
symbole mythique auquel la religion voudrait nous faire croire dans son sens littéral et qui au
contraire, par une présentation idéale, révèle des vérités profondes et cachées (...) Tandis que
le prêtre n'hésite pas à faire accepter les allégories religieuses comme des faits, l'artiste ne s'en
soucie nullement, puisqu'il donne librement et ouvertement son oeuvre comme sa propre
invention. Mais la religion a sombré dans une vie artificielle lorsque, pour se maintenir, elle
est obligée d'ajouter à l'édifice de ses symboles dogmatiques, et dissimule ainsi la vérité
divinement une, sous un amoncellement croissant d'articles de foi auxquels il est recommandé
de croire. Ressentant ceci, elle a toujours cherché l'aide de l'art qui, à ses côtés, est resté
incapable d'une évolution plus grande et il en sera ainsi tant qu'il devra présenter aux fidèles
une prétendue réalité faite de fétiches et d'idoles, alors qu'il ne peut remplir sa vraie vocation
que s'il conduit, par la présentation idéale de l'allégorie, à la compréhension de son contenu
intérieur: la vérité divine ineffable."

En considérant maintenant le drame de Parsifal, nous voyons que la première scène se passe
sur le domaine du Château de Mont-Salvat. C'est un lieu de paix où toute vie est sacrée; les
animaux et les oiseaux sont familiers, car, comme tous les véritables saints, les chevaliers sont
inoffensifs, ne tuant, ni pour se nourrir ni pour se divertir. Ils appliquent la maxime "Vivre et
laisser vivre", à toute créature vivante.

C'est l'aube, et nous voyons Gurnemanz, le doyen des Chevaliers du Graal, sous un arbre avec
deux jeunes écuyers. Ils viennent de s'éveiller de leur repos

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nocturne, et ils observent de loin Kundry qui arrive au galop de son fougueux coursier.
Kundry est une créature qui mène une double existence; dans l'une, elle est servante du Graal,
désireuse de seconder les desseins des Chevaliers du Graal par tous les moyens en son
pouvoir; ceci semble être sa véritable nature. Dans son autre existence, elle est l'esclave
involontaire du magicien Klingsor, qui l'oblige à tenter les Chevaliers du Graal et à les
harceler, bien qu'elle brûle de les servir. La porte menant d'une existence à l'autre est le
"sommeil", et Kundry est tenue de servir celui qui la trouve et l'éveille. Lorsque c'est
Gurnemanz qui la trouve, elle est la servante empressée du Graal, mais lorsque Klingsor
l'évoque, par ses maléfices, il a droit à ses services qu'elle le veuille ou non.

Au premier acte, Kundry est vêtue d'une robe en peau de serpent, symbole de la doctrine de
renaissance, car, de même que le serpent se dépouille, l'une après l'autre, des peaux qui
émanent de lui-même, ainsi l'Ego, au cours de son pèlerinage évolutionnaire, émane de lui-
même un corps après l'autre, puis s'en dépouille comme le serpent de ses peaux, une fois que
ces corps se sont durcis, affaissés et cristallisés de manière à perdre leur efficience. Cette idée
de renaissance est aussi liée à la Loi de Conséquence, qui nous fait récolter ce que nous avons
semé, ce que Gurnemanz explique au jeune écuyer, en réponse à l'aveu de sa méfiance à
l'égard de Kundry:

"Peut-être est-elle sous la fatalité De quelque vie d'un obscur passé, Cherchant à se racheter
du péché Par des actes de service envers nous. Sans doute est-elle à la recherche du bien,
S'aidant elle-même, tandis qu'elle nous sert."

Lorsque Kundry arrive en scène, elle tire de son sein une fiole qu'elle dit avoir rapportée
d'Arabie et dont le contenu, espère-t-elle, sera un baume pour

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la blessure qu'Amfortas, le roi du Graal, porte à son côté, qui lui cause d'intolérables
souffrances et qui ne veut pas guérir. Vient alors à passer le roi malade, porté sur une litière,
en route vers le lac voisin où il se baigne chaque jour. Deux cygnes qui en agitent l'eau la
transforment en une lotion bienfaisante qui apaise ses terribles souffrances. Amfortas
remercie Kundry, tout en émettant l'avis qu'il n'y aura pas de soulagement pour lui avant
l'arrivée du libérateur dont le Graal a prédit la venue: "chaste fou, illuminé par la pitié".
Cependant, le roi pense que sa mort surviendra avant sa délivrance.

Puis l'on emporte Amfortas, et quatre des jeunes écuyers entourent Gurnemanz, et lui
demandent de leur raconter l'histoire du Graal et de la blessure d'Amfortas. Ils s'installent sous
l'arbre, et Gurnemanz commence son récit:

Le soir où notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ célébra la Dernière Cène avec Ses disciples,
Il but d'un certain calice dont, plus tard, s'est servi Joseph d'Arimathie pour recueillir le sang
de vie coulant de la blessure au côté du Rédempteur. Il conserva aussi la lance ensanglantée
qui infligea la blessure, et transporta avec lui ces reliques à travers bien des périls et des
persécutions. Enfin, des Anges en prirent soin jusqu'à une nuit où un messager mystique
envoyé de Dieu apparut à Titurel, le père d'Amfortas, et lui ordonna de construire un château
pour abriter ces reliques et les sauvegarder. Ainsi fut construit, sur une haute montagne , le
Château du Mont-Salvat, où furent déposées ces reliques sous la garde de Titurel et d'une
compagnie de saints et chastes chevaliers réunis autour de lui. Ce Château devint un centre
d'où de puissantes influences spirituelles rayonnèrent sur le monde extérieur.

Mais en bas, dans la vallée impie, vivait un chevalier noir, qui n'était

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point chaste, mais désirait néanmoins devenir Chevalier du Graal et à cette fin, il s'était
mutilé. Il se privait ainsi du moyen de satisfaire sa passion, mais cette passion subsistait .
Ayant vu son coeur plein de noirs désirs, le roi Titurel lui refusa l'entrée du Château. Alors
Klingsor jura que s'il ne pouvait servir le Graal, le Graal devrait le servir. Il construisit un
château entouré d'un jardin enchanté et le peupla de filles d'une merveilleuse beauté, émettant
un parfum comme les fleurs, qui attiraient les chevaliers du Graal (obligés de passer devant ce
château pour quitter Mont-Salvat ou s'y rendre) et leur dressaient des pièges pour les amener à
trahir leur responsabilité et à violer leur voeu de chasteté. Ils devenaient alors prisonniers de
Klingsor, et bien peu sont restés comme défenseurs du Graal.

Dans l'intervalle, Titurel avait transféré la garde du Graal à son fils Amfortas, et ce dernier,
voyant le grave ravage causé par Klingsor, résolut de rencontrer le magicien et de le
combattre. A cette fin, il prit avec lui la sainte lance.

L'astucieux Klingsor ne rencontra pas lui-même Amfortas, mais évoqua Kundry et transforma
la hideuse servante du Graal en une femme d'une incomparable beauté. Sous l'enchantement
magique de Klingsor, elle s'approcha d'Amfortas et le tenta. Cédant à ses séductions, il tomba
dans ses bras et laissa échapper la sainte lance. Apparaissant alors, Klingsor s'en saisit et en
infligea une blessure au chevalier désarmé. Sans les efforts héroïques de Gurnemanz, il aurait
emporté Amfortas comme prisonnier dans son château magique. Cependant, Klingsor possède
maintenant la sainte lance, et la souffrance a fait du roi un invalide, car sa blessure ne veut pas
guérir.

A ces mots, les jeunes écuyers, tout enflammés d'ardeur, se lèvent d'un bond, jurant de vaincre
Klingsor et de recouvrer la lance. Secouant tristement la
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tête, Gurnemanz leur répond que la tâche est au-dessus de leurs forces, mais réitère la
prophétie que la rédemption sera accomplie par un "fou au coeur pur, illuminé par la pitié.

On entend alors des cris: "Le cygne! oh, le cygne!", et un cygne battant des ailes vient
s'abattre aux pieds de Gurnemanz et des écuyers, fort émus à cette vue. D'autres écuyers
amènent un robuste garçon armé d'un arc et de flèches qui, à la question de Gurnemanz
attristé: "Pourquoi avez-vous tué la créature inoffensive?" répond innocemment: "Etait-ce
mal?" Gurnemanz lui parle alors du roi malade, de ses souffrances et du rôle joué par le cygne
dans la préparation du bain salutaire. Parsifal est profondément ému à ce récit et brise son arc.

Dans toutes les religions, l'esprit qui vivifiant a été représenté symboliquement par un oiseau.
Au Baptême, lorsque le corps de Jésus était dans l'eau, l'Esprit du Christ descendit en lui
comme une colombe. "L'Esprit se meut sur les eaux", un médium fluidique, comme les
cygnes se meuvent sur le lac sous l'Yggdrasil, l'arbre de vie de la mythologie nordique, ou sur
les eaux du lac dans la légende du Graal. C'est pourquoi l'oiseau est une représentation directe
de l'influence spirituelle la plus élevée, et les chevaliers peuvent bien être triste à sa perte. La
vérité a de multiples faces. Il y a au moins sept interprétations valables pour chaque mythe,
une pour chaque monde et, considérées du point de vue matériel et littéral, la naissance de la
compassion engendrée en Parsifal et la rupture de son arc, marquent un pas décisif dans la vie
supérieure. Nul ne peut être vraiment compatissant et devenir un aide dans l'évolution aussi
longtemps qu'il tue pour manger, qu'il le fasse lui-même ou par personne interposée. Une vie
inoffensive est une nécessité absolue, essentielle et préalable à une vie secourable.

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Gurnemanz commence alors à interroger Parsifal: qui est-il, comment est-il venu au Mont
Salvat? Parsifal manifeste la plus surprenante ignorance. A toutes les questions il répond "Je
ne sais pas". Finalement Kundry prend la parole: "Je puis vous dire qui il est. Son père était le
noble Gamuret, prince parmi les hommes, qui est mort au combat en Arabie alors que cet
enfant était encore dans le sein de sa mère, Herzleide. A son dernier soupir, son père le
nomma Parsifal, "le fou au coeur pur". Craignant qu'en grandissant il n'apprenne l'art de la
guerre et ne soit enlevé à sa tendresse, sa mère l'éleva dans une forêt profonde, dans
l'ignorance des armes et de la guerre".

Ici, Parsifal enchaîne: "Oui, et un jour, je vis des hommes sur des bêtes magnifiques; je voulus
être comme eux, alors je les suivis pendant bien des jours, jusqu'à ce qu'enfin j'arrive ici, et je
dus combattre de nombreux monstres ressemblant à des hommes."

Cette histoire nous offre une excellente image de l'âme à la recherche des réalités de la vie.
Gamuret et Parsifal sont des phases différentes de la vie de l'âme. Gamuret est l'homme du
monde, mais vient le moment où il épouse Herzleide, mot qui signifie l'affliction du coeur. Il
rencontre donc la douleur et meurt au monde, comme le font tous ceux qui entrent dans la vie
supérieure. Quand la barque de la vie flotte sur les mers d'été et que notre existence ressemble
à un long et doux chant, rien ne nous incite à nous tourner vers ce qui est supérieur; toutes les
fibres de notre corps crient "Ceci me suffit", mais lorsque la houle de l'adversité gronde
autour de nous et que chaque vague menace de nous engloutir, alors nous épousons l'
"affliction du coeur", devenons des hommes de douleur et sommes prêts à "naître" comme
Parsifal, le fou au coeur pur ou l'âme qui a oublié la sagesse
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du monde et cherche la vie supérieure. Tant qu'un homme cherche à accumuler de l'argent ou
à se donner ce qu'on appelle à tort "du bon temps", sa sagesse est celle du monde; mais
lorsqu'il se tourne vers les choses de l'Esprit, il passe pour un fou aux yeux du monde. Il
oublie tout de sa vie passée et laisse ses chagrins derrière lui, comme Parsifal laissa Herzleide,
et l'on nous dit qu'elle mourut lorsque Parsifal ne revint pas. Ainsi le chagrin meurt-il lorsqu'il
a donné naissance à l'âme qui aspire, qui fuit le monde; elle peut être dans le monde pour
remplir son devoir, mais elle n'est pas de ce monde.

Gurnemanz est maintenant pénétré de l'idée que Parsifal doit être le libérateur d'Amfortas, et
il l'emmène au Château du Graal. A la question de Parsifal "Qui est le Graal?" il répond:

"Nous ne pouvons le dire Si c'est Lui qui t'appelle, La vérité, à tes yeux, ne restera point
cachée, Et il me semble bien reconnaître ton visage. Aucun chemin ne conduit à son royaume,
Et le rechercher ne fait que l'éloigner, Lorsque lui-même n'est point le guide."

Wagner, ici, nous ramène aux temps antérieurs au Christianisme, car avant l'avènement du
Christ, l'Initiation n'était pas accessible à "quiconque voulait" la chercher de la bonne
manière, mais elle était réservée à certains élus, tels les Brahmanes et les Lévites, qui
recevaient des privilèges spéciaux en retour de leur consécration au service du temple. La
venue du Christ a toutefois apporté certains changements bien déterminés dans la constitution
des humains, si bien que tous sont maintenant capables d'entrer dans le sentier de l'Initiation.
Il devait en être ainsi lorsque les mariages internationaux ont supprimé les castes.

Au Château du Graal, Amfortas est prié par tous de célébrer le rite sacré du

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service du Graal, de découvrir le saint calice, afin que sa vue renouvelle, l'ardeur des
chevaliers et les stimule dans l'accomplissement du service spirituel; mais il se dérobe, par
peur de la douleur que lui cause chaque fois cette vision. Sa blessure au côté recommence
toujours à saigner à la vue du Graal, comme la blessure du remords nous fait tous souffrir
lorsque nous avons péché contre notre idéal.

Il cède enfin aux instances de son père et des chevaliers. Il célèbre le rite sacré, bien qu'en
même temps, il souffre la plus atroce des agonies, et Parsifal, debout dans un coin, ressent par
sympathie la même douleur, sans comprendre pourquoi; et lorsque Gurnemanz, après la
cérémonie, le presse de dire ce qu'il a vu, il reste muet, aussi est-il chassé du château par le
vieux chevalier irrité et déçu.

Les sentiments et les émotions que la connaissance ne modère pas sont des sources fertiles de
tentation. Pour l'âme qui aspire, le fait d'être inoffensive et naïve en fait souvent une proie
facile du péché. Il est nécessaire à la croissance de l'âme que ces tentations surviennent pour
faire ressortir nos points faibles. Si nous succombons, nous souffrons comme Amfortas, mais
la souffrance développe la conscience et donne l'horreur du péché et nous fortifie contre la
tentation. Tout enfant est innocent parce qu'il n'a pas été tenté, mais ce n'est que lorsque nous
avons été tentés et que nous sommes restés purs, ou lorsque nous avons failli, nous sommes
repentis et réformés, que nous sommes vertueux . C'est pourquoi Parsifal doit être tenté.
Au deuxième acte, nous voyons Klingsor évoquant Kundry, car il a épié Parsifal se dirigeant
vers son château, et il le craint davantage que tous ceux qui sont venus avant lui, parce que
c'est un fou . Un sage du monde est facilement pris au piège des filles-fleurs, mais la naïveté
de Parsifal le

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protège, et lorsque les filles-fleurs se groupent autour de lui, il demande innocemment: "Etes-
vous des fleurs, que votre parfum est si doux?". Contre lui, les savants artifices de Kundry
sont nécessaires, et bien qu'elle supplie, proteste et se rebelle, elle est forcée de tenter Parsifal;
à cet effet, elle apparaît devant lui comme une femme d'une grande beauté, appelant Parsifal
par son nom. Ce nom évoque en lui des souvenirs d'enfance, l'amour de sa mère, et Kundry
l'invite à ses côtés, et commence à jouer subtilement sur ses sentiments, rappelant à sa
mémoire des visions de l'amour de sa mère et du chagrin qu'elle ressentit à son départ, un
chagrin dont elle est morte. Ensuite elle lui parle de l'autre amour qui pourrait servir de
compensation, celui de l'homme pour la femme, et finalement imprime sur ses lèvres un long
baiser, fervent et passionné.

Suit un profond et terrible silence, comme si le destin du monde entier était suspendu à ce
fervent baiser, puis tandis qu'elle le tient toujours dans ses bras, le visage de Parsifal change
graduellement et se contracte de douleur. Il se lève soudain comme si ce baiser avait empreint
son être d'une autre douleur, ses traits se crispent sa face livide et ses deux mains se pressent
fortement pour comprimer les battements de son coeur et atténuer quelque horrible angoisse -
la coupe du Graal lui apparaît, puis Amfortas dans la même affreuse agonie, et enfin il s'écrie:
"Amfortas, oh, Amfortas! je sais maintenant - la blessure de la lance dans ton flanc - elle me
brûle le coeur, elle consume mon âme.... O douleur! ô détresse! Angoisse sans nom! la
blessure saigne ici, à mon propre côté!" Et il reprend, du même accent douloureux: "Non, ce
n'est pas la blessure de la lance à mon côté, car c'est le feu dans

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mon coeur, c'est sa flamme qui met en délire tous mes sens, c'est la terrible folie des
tourments d'amour...Maintenant je sais comment le monde entier est agité, tiraillé, convulsé et
souvent perdu de honte par les terribles passions du coeur."

Kundry le tente à nouveau: "Si ce seul baiser t'a donné tant de connaissance, combien plus
grande sera-t-elle si tu cèdes à mon amour, ne fût-ce qu'une heure!".

Mais maintenant Parsifal n'hésite plus; éveillé à la réalité, il distingue le bien du mal, et il
répond: "L'éternité serait perdue pour nous deux si je cédais à ton amour, même pour une
courte heure; mais je te sauverai et te délivrerai de la malédiction de la passion, car l'amour
qui brûle en toi n'est que sensuel, et entre ceci et l'amour vrai de deux coeurs purs , il y a un
abîme aussi profond qu'entre le ciel et l'enfer".

Lorsque Kundry doit enfin s'avouer vaincue, elle entre dans une violente colère et appelle
Klingsor à son aide. Il apparaît avec la sainte lance, qu'il jette contre Parsifal. Mais comme il
est pur et inoffensif, rien ne peut le blesser. La lance plane, inoffensive, au-dessus de sa tête.
Il s'en saisit et fait avec le signe de la croix; le château de Klingsor et son jardin enchanté
s'effondrent en ruines.
Le troisième acte se passe le jour du Vendredi-Saint, plusieurs années après. Un guerrier,
couvert de la poussière d'un long voyage, revêtu d'une cotte de mailles noire, entre dans le
domaine de Mont-Salvat où Gurnemanz vit dans une hutte. Il ôte son heaume, place sa lance
contre un rocher voisin et s'agenouille pour prier. Gurnemanz arrive avec Kundry qu'il vient
de trouver endormie dans un taillis. Il reconnaît Parsifal et la sainte lance. Transporté de joie,
il lui souhaite la bienvenue et lui demande d'où il vient.

A sa première visite, Parsifal avait répondu "je ne sais pas" à la même

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question. Mais cette fois sa réponse est bien différente: "A force de chercher et de souffrir, je
suis arrivé". La première circonstance dépeint l'une des brèves visions des réalités supérieures
entrevues par l'âme, alors que la seconde est la réalisation consciente d'un niveau supérieur
d'activité spirituelle atteint par celui qui s'est développé par le chagrin et la souffrance. Et
Parsifal poursuit en disant qu'il a souvent été serré de près par des ennemis et qu'il aurait pu se
sauver en employant la lance, mais qu'il s'en est abstenu, la considérant comme un instrument
propre à guérir et non à blesser. La lance est le pouvoir spirituel qui vient à celui dont le coeur
et la vie sont purs, mais qui ne doit être employé qu'à des fins désintéressées ; l'impureté et la
passion causent sa perte, comme ce fut le cas d'Amfortas. L'homme qui le possède peut s'en
servir à l'occasion pour nourrir cinq mille personnes affamées, mais il ne peut changer une
seule pierre en pain pour apaiser sa propre faim; même s'il peut l'utiliser pour arrêter le sang
coulant de l'oreille du soldat qui vient l'arrêter, il ne peut pas l'utiliser pour arrêter le sang qui
coule de son propre flanc. On a toujours dite de tels êtres: "Ils ont sauvé les autres; mais ils
n'ont pas pu - ou pas voulu - se sauver eux-mêmes".

Parsifal et Gurnemanz entrent dans le Château du Graal, où Amfortas est instamment prié de
célébrer le rite sacré, mais il refuse afin d'éviter la souffrance que lui cause la vue du Saint-
Graal; mettant sa poitrine à nu, il supplie ses compagnons de le tuer. A ce moment, Parsifal
s'approche de lui et touchant de sa lance la blessure il la guérit. Toutefois, il détrône Amfortas
et assume lui-même la garde du Saint-Graal et de la Lance Sacrée.

Seuls, ceux qui sont parvenus au désintéressement le plus parfait, associé au discernement le
plus juste, sont qualifiés pour la possession du pouvoir spirituel symbolisé par la lance.
Amfortas s'en était servi pour attaquer et

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blesser un ennemi, alors que Parsifal n'avait pas même voulu s'en servir pour se défendre.
C'est pourquoi il est capable de guérir, alors qu'Amfortas était tombé dans le piège même qu'il
avait tendu à Klingsor.

Au dernier acte, Kundry, qui symbolise la nature inférieure, ne prononce qu'un seul mot:
Service . Elle aide Parsifal, l'Esprit, à atteindre par son intermédiaire le service parfait. Au
premier acte, lors de la visite de Parsifal, elle s'était endormie . A ce stade, l'Esprit ne peut
prendre son essor vers les cieux que lorsque le corps repose dans le sommeil ou dans la mort.
Mais au dernier acte, Kundry, le corps, entre aussi dans le château, car il s'est consacré au moi
supérieur, et lorsque l'Esprit, Parsifal, a triomphé, il a atteint le niveau de libération dont il est
parlé dans l'Apocalypse: "Celui qui vaincra, j'en ferai un pilier dans le Temple de mon Dieu,
et il n'en sortira plus". Un tel être travaille sur les plans supérieurs à l'avancement de
l'humanité; il n'a plus besoin de corps dense; il est au-delà de la Loi de renaissance, et c'est
pourquoi Kundry meurt.

Dans son beau poème, "Le Nautile cloisonné", Oliver Wendel Holmes a exprimé en vers cette
idée de progression constante dans des véhicules graduellement perfectionnés, vers la
libération finale. Le Nautile construit la spirale de sa coquille en sections séparées par des
cloisons, abandonnant sans cesse les plus petites qu'il a dépassées pour la dernière construite:

Une année après l'autre vit le labeur silencieux Qui étendit son enroulement lustré; La
nouvelle spire développée, Il quitta la demeure de l'année passée pour la nouvelle, Passa sans
bruit à travers son arche brillante, Construisit sa fausse porte, S'étira dans sa demeure
nouvelle, délaissant l'ancienne.

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Merci pour le message céleste que tu nous apportes, Enfant de la mer aventureuse, Jeté hors
de son sein abandonné! De tes lèvres mortes jaillit une note plus claire Que celle que Triton
tira jamais de sa conque enroulée! Pendant qu'elle résonne à mon oreille, A travers les
cavernes profondes de ma pensée, j'entends une voix qui chante:

Construis-toi des demeures plus vastes, ô mon âme! A mesure que passent les saisons rapides,
Abandonne la voûte basse de ton passé! Que chaque nouveau temple, plus noble que le
dernier T'abrite du ciel sous un dôme plus altier, Jusqu'à ce qu'enfin tu sois libre, Laissant ta
coquille, devenue inutile, au bord de la mer agitée de la vie!

L'ANNEAU DU
NIEBELUNG
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CHAPITRE 8 - L'ANNEAU DU NIEBELUNG - Les filles du Rhin

La répétition est la note dominante du corps vital et l'extrait du corps vital est l'âme
intellectuelle, nourriture de l'Esprit de vie, le véritable principe Christique en l'homme.
Comme la tâche du monde occidental consiste à développer ce principe Christique, à former
le Christ intérieur, afin qu'il puisse briller dans l'obscurité matérielle des temps présents, la
répétition des idées est donc absolument essentielle. Inconsciemment, le monde entier obéit à
cette loi.

Lorsque les journaux veulent inculquer certaines idées dans l'esprit du public, ils n'espèrent
pas obtenir ce résultat par un seul éditorial même très habilement rédigé mais, par des articles
revenant journellement sur le sujet ils créent graduellement dans l'esprit du public le
sentiment désiré. La Bible prêche le principe de l'amour depuis deux mille ans, chaque
dimanche et même chaque jour, du haut de milliers de chaires. La guerre n'a pas encore été
abolie, mais avec le temps le sentiment en faveur d'une paix universelle s'accroît à mesure que
le temps passe. Les sermons n'ont eu que peu d'effet du point de vue général, même si une
émotion intense soulève un moment donné une

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certaine assistance, car le corps du désir est cette partie de l'homme composite qui n'est
impressionnée que d'une manière passagère.

Le corps du désir est une acquisition plus récente que le corps vital; il est donc moins
cristallisé et, de ce fait, plus impressionnable. Comme sa matière est plus subtile que celle du
corps vital, il retient moins, et les émotions si facilement générées se dissipent de même. Une
très petite impression reste sur le corps vital quand les idées et les idéaux filtrent à travers
l'enveloppe de l'aura, mais tout ce qu'il reçoit par l'étude, les sermons, les conférences ou la
lecture sont de nature plus durable, et plusieurs impacts dans la même direction créent des
impressions plus puissantes, soit en bien soit en mal, selon leur nature.

Pour bénéficier de cette loi des impacts cumulatifs, nous entreprenons l'étude d'un autre des
grands mythes de l'âme, qui projette sous un angle différent la lumière sur le mystère de la
vie, afin que nous puissions apprendre d'où nous venons, pourquoi nous sommes ici, et où
nous allons.

Comme déjà dit, tous les mythes sont les véhicules de vérités spirituelles voilées par
l'allégorie, le symbole et l'image, et par conséquent compréhensibles sans la raison. De même
que les contes de fées sont un moyen d'éduquer les enfants, ainsi les mythes ont été utilisés
pour transmettre la vérité spirituelle à l'humanité en enfance.

Les Esprits-Groupes agissent sur les animaux par le moyen de leurs corps du désir, éveillant
des images qui suggèrent et font sentir à l'animal ce qu'il doit faire. De même, les images
allégoriques des mythes ont créé en l'homme les fondements de son développement présent et
futur. Ces mythes ont agi sur lui d'une façon subconsciente, et l'ont amené au degré où il se
trouve

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aujourd'hui. Sans cette préparation, il aurait été incapable d'accomplir le travail qu'il fait
maintenant.

Les mythes agissent aujourd'hui encore pour nous préparer à l'avenir, mais certains d'entre
nous y sont plus sensibles que d'autres. Le sentier de l'évolution et de la civilisation a suivi la
course du Soleil de l'est à l'ouest, et dans l'atmosphère éthérique de la côte américaine du
Pacifique, ces images mythiques ont presque disparu, et l'homme est en train de prendre
contact plus directement avec les réalités spirituelles. Plus à l'est, particulièrement en Europe,
une atmosphère de mysticisme couvre encore la Terre, et les habitants sont attachés aux
anciens mythes qui leur parlent d'une manière qui est incompréhensible aux populations de
l'ouest. La vie de l'âme des peuples qui vivent dans les fjords de Norvège, les landes et les
bruyères d'Ecosse, dans les retraites de la Forêt Noire et parmi les glaciers des Alpes, est aussi
profonde et mystique aujourd'hui qu'il y a mille ans. Par le sentiment, ils sont en contact plus
étroit avec les Esprits de la Nature et autres réalités invisibles, que nous qui foulons le sentier
du développement par la connaissance directe. Si nous réveillons ce sentiment en nous et si
nous l'ajoutons à notre connaissance, nous en tirerons un avantage énorme. Essayons donc
d'assimiler l'une des plus profondes histoires mystiques du passé, l'Anneau du Niebelung, le
grand poème épique de l'Europe du nord. Il relate l'histoire de l'homme, depuis le temps où il
habitait l'Atlantide, jusqu'à la fin de ce monde dans une grande conflagration, et
l'établissement du Royaume des Cieux annoncé par la Bible.

La Bible nous parle du Jardin d'Eden où nos premiers parents, purs et innocents comme des
enfants, habitaient en contact étroit avec Dieu. Elle nous décrit comment cette condition prit
fin, et comment la douleur, le péché et la mort sont apparus dans le monde. Les anciens
mythes, tels l'Anneau du

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Niebelung, présentent également l'humanité vivant dans des conditions semblables


d'innocence enfantine. La première scène de l'opéra de Wagner représente la vie sous les eaux
du Rhin où les filles du Rhin nagent en mouvements rythmiques imitant les ondulations des
vagues dansantes et s'accompagnant de chants. Les eaux sont éclairées par un gros bloc d'or
scintillant autour duquel les filles du Rhin se déplacent comme les planètes gravitent autour
du Soleil; c'est la réplique microscopique du macrocosme où les corps célestes se meuvent
autour du donneur de Lumière central, en une majestueuse danse circulaire.

Les filles du Rhin représentent l'humanité primitive alors que nous habitions les bas-fonds de
l'océan, dans l'atmosphère dense et brumeuse de l'Atlantide. L'or qui éclaire la scène, comme
le Soleil illumine l'univers solaire, représente l'Esprit Universel qui planait alors sur
l'humanité. Nous ne percevions pas les contours des choses aussi nettement qu'aujourd'hui,
mais notre perception intérieure des qualités de l'âme chez les autres était bien plus précise
qu'elle ne l'est maintenant.

L'Esprit individuel sent qu'il est un Ego, il se désigne lui-même par "je", ce qui le distingue
nettement des autres, mais ce principe séparateur n'avait pas encore pénétré dans l'homme-
enfant du début de l'Atlantide. Nous n'avions pas le sentiment du "toi" et du "moi". Nous nous
sentions comme une grande famille, tous enfants du divin Père. Nous n'avions pas non plus le
souci du boire et du manger, pas davantage que nos enfants ne se préoccupent des nécessités
de la vie matérielle. Le temps s'écoulait dans la joie et le bonheur.

Mais cet état de choses ne pouvait continuer, car il n'y aurait pas eu d'évolution. De même que
l'enfant grandit et devient un adulte capable de participer à la bataille de la vie, ainsi
l'humanité était destinée à quitter son foyer natal dans les terres basses et à sortir des eaux de
l'Atlantide

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lorsqu'elles se sont condensées et ont noyé les bas-fonds de la Terre. L'humanité en évolution
est alors entrée dans les conditions atmosphériques actuelles: elle est représentée
symboliquement par les anciens Israélites traversant la Mer Rouge pour entrer dans la Terre
Promise, et Noé quittant son pays natal au moment du déluge.

Le mythe nordique relate les faits d'une autre manière, mais, bien qu'ils soient vus sous un
autre angle, les points principaux nous ramènent à la même idée. Dans le Jardin d'Eden, nos
premiers parents ne pensaient pas par eux- mêmes. Ils obéissaient sans condition aux
commandements qu'ils recevaient de leurs chefs divins, comme un jeune enfant obéit à ses
parents parce qu'il n'a pas le sens du moi. L'individualité lui fait défaut. Suivant la Bible, cette
qualité fut acquise quand Lucifer leur donna l'idée qu'ils pourraient devenir pareils aux dieux
et connaître le bien et le mal.

Dans le mythe Teutonique on nous dit qu'Alberich était un des enfants du brouillard ("Niebel"
signifie brouillard et "ung", enfant). Ils étaient ainsi nommés parce qu'ils vivaient dans
l'atmosphère humide de l'Atlantide. Alberich convoitait l'or qui brillait avec tant d'éclat dans
le Rhin. Il avait entendu dire que quiconque obtiendrait l'or et en formerait un anneau serait
capable de conquérir le monde et de dominer tous ceux qui ne possédaient pas le trésor. Il
nagea donc vers le grand rocher où se trouvait l'or, s'en empara, et remonta rapidement à la
surface des eaux, poursuivi par les filles du Rhin, désolées de la perte du trésor.

Lorsque Alberich, le voleur, atteignit la surface des eaux, il entendit une voix lui dire que
personne ne pouvait forger l'or en anneau et maîtriser le monde s'il n'avait pas renié l'amour,
ce qu'il fit sans attendre, puis commença immédiatement à dérober tous les trésors de la Terre,
et à satisfaire son désir de richesses et de puissance.

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Comme nous l'avons déjà dit, l'or à l'état brut sur le rocher du Rhin représente l'Esprit
Universel qui n'est la propriété exclusive de personne, et Alberich symbolise les êtres les plus
avancés de l'humanité, ceux qui furent poussés par le désir de conquérir de nouveaux mondes.
Ils furent les premiers à être pénétrés par l'Esprit intérieur et ils émigrèrent vers les hauts
plateaux; mais lorsqu'ils se trouvèrent dans la claire atmosphère de l'Aryana, le monde tel que
nous le connaissons aujourd'hui, ils se virent clairement et distinctement comme des entités
séparées. Chacun compris que ses intérêts étaient différents de ceux des autres, que pour
réussir à gagner le monde à soi, il faut rester seul et rechercher ses propres intérêts sans égards
pour ceux d'autrui. Alors, l'Esprit traça un anneau autour de lui et tout ce qui était à l'intérieur
de ce cercle était "moi" et "mien", conception qui en fit l'antagoniste des autres. Pour former
cet anneau et garder un centre séparé, il lui fut nécessaire d'abjurer l'amour. Ainsi, et ainsi
seulement, il put négliger les intérêts des autres afin de pouvoir s'enrichir et dominer le
monde.

Alberich n'est pourtant pas seul à désirer tracer un anneau autour de lui pour obtenir le
pouvoir. "Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas", et vice- versa, dit l'axiome
d'Hermès. Les dieux évoluent aussi. Ils aspirent également au pouvoir - le désir de former un
anneau autour d'eux - car la guerre est dans les cieux comme sur la Terre. Différents cultes
cherchent à dominer les âmes des hommes, et leurs limitations sont aussi symbolisées par des
anneaux.

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CHAPITRE 9 - L'ANNEAU DU NIEBELUNG - L'anneau des dieux

En s'appropriant une partie de l'or du Rhin, représentant l'Esprit Universel, et en lui donnant la
forme d'un anneau symbolisant le fait que lui (l'Esprit) n'avait ni commencement ni fin, l'Ego
vint à l'existence en tant qu'entité séparée. A l'intérieur de cet anneau (son aura), il est
souverain, il se suffit à lui-même et s'offense si l'on empiète sur son domaine. Ainsi il s'est lui-
même placé hors du sein de la fraternité. Comme le fils prodigue, il a erré loin du Père, mais
avant même de s'apercevoir qu'il se nourrissait des gousses de la matérialité, la religion est
intervenue pour le ramener à sa demeure éternelle, le libérer de l'illusion qu'apporte la vie
matérielle, le racheter de la mort qui survient dans cette phase où il est dans un corps dense, et
lui montrer le chemin vers la vérité et la vie éternelle.

Le mythe Teutonique représente les gardiens de la religion sous forme de dieux. Leur chef est
Wotan, identique au Mercure latin, et le mercredi (Wednesday en anglais, ou jour de Wotan)
est le jour qui lui correspond. Freya, la Vénus du Norvège est la déesse de la beauté qui
nourrissait les

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autres dieux avec des pommes d'or leur conservant leur jeunesse. Vendredi (Friday en anglais)
est son jour. Thor, le Jupiter nordique, conduit son char dans les cieux, produisant le bruit du
tonnerre, alors que les éclairs sont les étincelles qui s'échappent de son marteau lorsqu'il
frappe ses ennemis. Jeudi (en anglais, Thursday) est son jour. Loge est le nom du dieu du
samedi (Lorday en scandinave est dérivé de lue, la flamme). En réalité, il n'est pas un dieu, il
tient plutôt des géants ou forces de la nature. Sa flamme n'est pas seulement la flamme
physique, mais elle est aussi le symbole de l'illusion, et lui-même est l'esprit de fourberie,
gagnant parfois la faveur des dieux et trahissant les géants; et d'autres fois, trompant les dieux
et aidant les géants pour favoriser ses propres projets. Comme Lucifer, l'Esprit Martien du
feu, c'est un esprit de négation, mais il aime parfois aussi entraver la vie comme le froid
Saturne.

Il y a dans la mythologie nordique une référence à un culte encore plus ancien dédié aux
divinités de l'eau, mais les dieux que nous avons mentionnés les ont remplacées, et on dit
d'eux que pour se rendre chaque jour au tribunal, ils franchissaient un pont d'arc-en-ciel
appelé Bifrost. Ainsi, nous voyons que cette religion est née à l'aube de notre époque actuelle,
au moment où l'humanité émergeait des eaux de l'Atlantide dans la claire atmosphère de
l'Aryana - dans laquelle nous vivons actuellement - où elle aperçut l'arc-en- ciel pour la
première fois.

Lorsque Noé emmena l'humanité primitive loin du Déluge, on lui dit que, tant que le signe de
l'arc-en-ciel demeurerait dans les nuages, les cycles alternés de l'été et de l'hiver, de la nuit et
du jour, ne cesseraient pas, et le mythe nordique nous montre aussi les dieux réunis au pont
d'arc-en-ciel au commencement de l'époque actuelle. L'arc-en-ciel et les dieux demeureront

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jusqu'au moment où cette phase de notre évolution sera terminée, événement qui est identique
à la description donnée dans l'Apocalypse, et le mythe scandinave nous aidera matériellement
à l'expliquer.

La vérité est universelle et infinie; elle ne connaît pas de frontières, mais lorsque l'Ego s'est
enveloppé d'un anneau de véhicules distincts qui le séparait des autres, cette limitation l'a
rendu incapable de comprendre la vérité absolue. C'est pourquoi une religion comprenant la
totalité de la vérité à l'état pur aurait été incompréhensible à l'humanité et sans utilité pour
l'aider. Aussi, comme l'écolier apprend les leçons préliminaires qui le préparent aux
problèmes plus compliqués, de même on donna à l'humanité des religions très primitives pour
l'éduquer à recevoir par étapes faciles quelque chose de plus élevé.

Ainsi, dans le mythe, les dieux, gardiens de la religion, sont désireux de construire une
enceinte fortifiée derrière laquelle ils pourront se retrancher et concentrer leurs pouvoirs
contre l'autre foi. L'Esprit ne peut être limité qu'en se plongeant dans la matérialité. C'est
pourquoi, sur les conseils de Loge, l'esprit de fourberie et d'erreur, les dieux concluent un
marché avec les géants Fafner et Fasolt (représentant l'égoïsme) pour bâtir le mur de la
limitation. Une fois que ce mur entoure les dieux, ils ont perdu la lumière et la connaissance
universelles et, d'après le mythe, le prix de la construction du Valhalla devait être le Soleil et
la Lune. En outre, lorsqu'une religion s'est elle-même limitée derrière le mur du credo, l'esprit
de décadence s'y introduit, et elle menace de tomber en ruines. C'est pourquoi il est aussi dit
que Wotan, la sagesse ou la raison, accepta de donner aux géants Freya, la déesse de la
beauté, qui nourrissait les dieux avec ses pommes d'or pour préserver leur jeunesse. Ainsi, en
écoutant le conseil de Loge, l'esprit trompeur, les dieux ont sacrifié leur lumière, leur
connaissance, et leur

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espoir de jeunesse éternelle et d'utilité. C'était cependant nécessaire, car à ce moment-là,


l'humanité n'aurait pu comprendre la vérité dans toute sa plénitude: nous ne pouvons pas la
comprendre, même maintenant.

Le pouvoir spirituel de la religion est symbolisé dans la Bible par le rameau magique d'Aaron,
dans le mythe du Graal par la lance de Parsifal, et dans l'histoire du Niebelung par la lance de
Wotan. Pour conclure le pacte avec les géants, des caractères magiques ont été gravés sur le
manche de la lance et l'ont ainsi affaiblie, ceci montre que la religion perd en pouvoir spirituel
ce qu'elle gagne en moyens temporels quand elle se lie avec ceux qui gouvernent le monde et
sert les appétits inférieurs.

Selon l'enseignement scandinave, seuls ceux qui mouraient dans la bataille méritaient d'entrer
au Valhalla. Wotan n'admettait que les forts et vaillants guerriers; il condamnait aux régions
infernales ceux qui mouraient de maladie dans leur lit. Il y a là une grande leçon aussi, car
seuls les caractères nobles et hardis combattant chaque jour et se dépensant jusqu'au dernier
souffle dans la bataille de la vie sont dignes d'avancement. Les hésitants et les tièdes qui
aiment la facilité et la paix, plutôt que de travailler dans le monde, n'ont aucun titre de
promotion à l'école de la vie; peu importe où nous travaillons ou quel est notre ligne
d'expériences aussi longtemps que nous faisons face, fidèlement, aux problèmes de la vie tels
qu'ils se présentent à nous. Il ne suffit pas de le faire pendant un an ou deux, puis de se laisser
aller à l'inactivité; nous devons continuer notre travail et nos efforts jusqu'au dernier jour de
notre vie.

Ainsi, la vieille religion nordique donne le même enseignement que Paul lorsqu'il conseillait
"la persévérance dans le bien" (Romains 2:7). Même s'il est vrai que nous ne possédons pas
toute la vérité, que nous sommes sujets à

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la limitation par la séparativité, l'égocentrisme symbolisé par l'Anneau du Niebelung, et par le


credo et le conformisme symbolisés par l'anneau des dieux, si, malgré tout, nous occupons la
place qui nous est assignée au mieux de nos capacités durant toute notre vie, nous serons
certains d'avoir plus tard de l'avancement. Nous verrons plus clairement à travers le voile de
l'égocentrisme lorsque nous vivons volontiers la vie là où nous avons été placés, car les Anges
de Justice ne commettent pas d'erreurs. Ils nous ont mis à l'endroit où nous recevons les
leçons dont nous avons besoin afin de nous préparer à une plus grande sphère d'utilité.

De ce qu'il vient d'être dit, il est évident que la soumission au credo des différentes églises,
l'insistance sur le dogme et le rituel, ne sont pas des maux absolus, comme beaucoup ont pu le
croire, mais en réalité le résultat nécessaire des limitations inhérentes à l'existence matérielle
par laquelle l'Esprit humain passe en ce moment, et ainsi il est pris soin au mieux de chaque
classe d'êtres. Celle-ci reçoit la part de vérité qu'elle peut comprendre et qui est bonne pour
son état présent de développement. Il est inutile de se tourmenter pour quiconque. Nul ne sera
perdu, car, en Dieu nous avons la vie, le mouvement et l'être, et si l'un de nous était perdu, une
partie de l'Auteur Divin de notre système serait manquante, ce qui est inconcevable.

Mais tandis que les religions traditionnelles prennent soin ainsi de la majorité de l'humanité, il
y a toujours quelques pionniers auxquels leur faculté d'intuition fait entrevoir des hauteurs
plus élevées et qui aperçoivent l'éclatante lumière de la vérité au-delà du mur du credo.
Nourries des gousses des dogmes, leurs âmes dépérissent et ils aspirent ardemment aux
"pommes de jeunesse" et à l'amour que les dieux ont vendus aux géants. Même les dieux
vieillissent rapidement, car aucune religion dépourvue d'amour ne peut espérer retenir
longtemps l'humanité. Voilà pourquoi les dieux ont été

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forcés de redemander conseil à Loge, l'esprit trompeur, espérant que par ses ruses il les
délivrerait du dilemme. Loge leur raconte comment Alberich le Niebelung a réussi à amasser
un immense trésor en asservissant ses frères. Avec le consentement des dieux, Loge emploie
des moyens déloyaux pour capturer Alberich et l'oblige à restituer tous ses trésors. Alors il
joue sur la cupidité des géants et réussit finalement à rançonner Freya.

Ainsi, la malédiction de l'anneau (l'égocentrisme et l'égoïsme) a souillé même les dieux. A


cause de l'anneau (le pouvoir), Alberich le Niebelung a renié l'amour. Il a opprimé ses frères
et les a gouvernés par la force. De son côté, la religion a abjuré à son tour l'amour en vendant
Freya. Elle s'est abaissée jusqu'à la fourberie et a contraint les gouvernants du monde à payer
un tribut. Et lorsque les géants ont été en possession de l'anneau, la destinée fatale l'a suivi,
car un frère a tué l'autre pour posséder seul les richesses du monde.

En fait, les dieux ont retrouvé Freya, mais elle n'est plus la pure déesse de l'amour. Elle a été
prostituée; elle n'est donc plus que l'image d'elle-même, et ne peut plus satisfaire ceux dont
l'intuition voit plus profondément que la surface; ils sont appelés Walsungs dans le mythe
scandinave. La première syllabe vient du mot allemand waehlen, choisir, ou en scandinave
vaelge. La dernière syllabe signifie enfants. Ils sont enfants du désir de libre arbitre et choix,
qui veulent choisir leur propre sentier et qui cherchent à suivre leur propre instinct divin.

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CHAPITRE 10 - L'ANNEAU DU NIEBELUNG - La Valkyrie


La Valkyrie est le nom de la seconde partie de l'opéra de Wagner basé sur le mythe des
Niebelungen; et les Valkyries, comme les Walsungs, étaient les enfants de Wotan.

La justesse de ce nom, dont la racine signifie de nouveau "choisir", apparaîtra


immédiatement, lorsque nous comprenons que la mission des Valkyries consistait à se rendre
sur le lieu des batailles, entre deux ou plusieurs, à prendre les tués sur leurs chevaux, et à les
conduire au Valhalla. C'est pourquoi le champ de bataille ou le théâtre d'un combat était
nommé Valplads, autrement dit la place où le dieu Wotan choisissait les vaillants qui
mouraient en combattant pour la vérité (telle qu'ils la voyaient) pour être ses compagnons
dans le royaume de béatitude (comme ils le concevaient). Brunhilde, l'esprit de vérité, était le
chef des Valkyries, le guide de ses soeurs, les autres vertus. Elle était la fille favorite du dieu
Wotan.

Mais lorsque les dieux se limitèrent eux-mêmes et qu'ils repoussèrent l'universalité de la


vérité par l'Anneau du Credo et du dogme, symbolisé par

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le Valhalla, les Walsungs, qui sont les premiers chercheurs de vérité et les plus avancés, se
rebellèrent. Ils se manifestent sous différents aspects comme le montre le mythe nordique par
les noms qui leur sont donnés. La racine de leur nom est Sieg, mot allemand qui signifie
victoire, et il est parfaitement adapté, car malgré tous les revers qu'elle subit, la vérité
triomphera finalement. Le courageux Siegmund, qui est poussé à rechercher la vérité à tout
prix, est tué à cause de son audace; nous verrons tout à l'heure comment et pourquoi.
Sieglinde, sa soeur et plus tard son épouse, qui a les mêmes aspirations intérieures, mais n'ose
les satisfaire ouvertement, meurt de désespoir. Elle transmet cette soif ardente de vérité à leur
enfant Siegfried, dont le nom signifie celui qui obtient la paix par la victoire. Ainsi, ce qu'une
génération de chercheurs ne parvient pas à accomplir le sera par ses descendants, et
finalement la vérité triomphera du credo et régnera souveraine.

En faisant allusion à cette fin, nous précipitons le déroulement de cette belle légende, mais
nous avons ainsi l'assurance qu'à présent nous voyons "comme à travers un miroir, d'une
façon obscure". Malgré les murs et les limitations de l'existence physique, un jour viendra où
"nous verrons et nous connaîtrons comme nous sommes connus" (I Corinthiens 13:12).

Lorsque Siegmund, guidé par l'irrésistible désir de vérité, quitte le Valhalla, Wotan est furieux
et, pour faire échec à cet esprit indépendant des Walsungs, il ordonne que Sieglinde épouse
Hunding, l'esprit de conformisme. Désespérée, elle s'évanouit dans ses bras car elle n'a pas le
courage d'abandonner ses ancêtres comme l'a fait son frère. Elle symbolise bien ceux qui,
malgré leur révolte intérieure, se soumettent aux usages du monde parce qu'ils n'osent pas se
détourner franchement du code établi par l'église, par

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crainte de l'opinion publique. Alors, bien qu'indignés dans leur nature intérieure et déçus dans
leurs plus saintes ambitions, ils continuent à supporter le joug du conformisme et suivent le
sentier tracé par l'église pour sauver les apparences.

Un jour, Siegmund arrive par hasard dans la demeure de Hunding où il rencontre sa soeur
qu'il ne reconnaît pas tout de suite, mais lorsqu'ils se reconnaissent l'un l'autre, il l'incite à se
sauver avec lui. Ils savent tous deux que leur acte est un outrage à Hunding, l'esprit de
conformisme, et ne sera pas pardonné par les dieux. Pour se protéger dans le combat qu'ils
prévoient, ils emportent une épée magique, appelée Nothung. Noth signifie nécessité ou
détresse, et ung, comme nous l'avons déjà vu, signifie enfant. Ainsi, l'épée est l'enfant de la
détresse, le courage du désespoir. Cette épée avait été enterrée jusqu'à la garde dans
l'Yggdrasil par Wotan lui-même, pour servir dans un cas imprévu comme celui-ci.

Afin de comprendre ce magnifique symbole et la conduite apparemment paradoxale de


Wotan, nous allons expliquer la signification de l'Yggdrasil, le Frêne du Monde, l'arbre de la
vie et de l'être selon la mythologie scandinave.

Cet arbre merveilleux s'étendait depuis la Terre jusqu'au ciel. Une de ses racines était dans le
monde inférieur avec Hel, une furie terrible qui régnait sur ceux qui étaient morts de maladie
et qui, de ce fait, n'étaient pas dignes de demeurer avec Wotan au Valhalla. Ils représentent les
êtres indolents qui négligent de combattre jusqu'au bout dans la bataille de la vie. Hel a trois
enfants qui lui ressemblent et luttent constamment contre les dieux qui ont à coeur le bien-être
de l'homme. Ils symbolisent les éléments qui constituent le monde matériel où la mort règne
seule. L'un d'eux est le serpent Midgaard, un monstre prodigieux qui entoure la Terre et se
mord la queue; c'est l'océan.

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L'autre est le loup Fenris, si subtil et pourtant si fort, que rien ne peut le retenir; il représente
l'atmosphère entourant la Terre et les vents qui ne peuvent être dominés. Loge, que nous
connaissons déjà, est l'esprit du feu, de la déception et de l'illusion. L'autre racine de
l'Yggdrasil est avec les Géants de Glace dans le chaos, d'où provient l'univers entier. La
troisième racine est avec les dieux.

Sous la racine de Hel gît le serpent Nidhog. C'est l'esprit de l'envie et de la méchanceté, le
destructeur du bien: Nid signifie envie, et hog, abattre. Yggdrasil, l'arbre de la vie en
manifestation, vit par l'amour; et l'envie et la méchanceté voudraient l'abattre et le livrer à Hel.
Mais sous la racine des dieux coule la source Urd où les trois Norns, ou Parques, vont
chercher l'eau de vie, la force agissante et spirituelle pour arroser et garder à l'arbre ses
feuilles verdoyantes et fraîches. Les noms des trois Norns sont Urd, Skuld et Verdande. Urd
vient de l'allemand Ur, l'état passé, primordial, l'état virginal en relation avec l'homme et
l'univers. Urd file sur son rouet la destinée que nous avons générée dans le passé; Skuld, qui
signifie dette, est la seconde Norn et elle figure le présent. C'est à elle qu'Urd donne le fil de la
destinée que nous devons expier en cette incarnation. Puis il est donné à Verdande, la
troisième Norn, dont le nom est dérivé de werdende, le mot allemand devenir. Elle représente
le futur, et lorsque le fil du destin représentant la dette acquittée lui est tendu, elle le casse
morceau par morceau. Ce merveilleux symbole nous dévoile que lorsque la cause générée
dans le passé a produit ses effets dans cette vie, la dette est effacée à jamais.

Une infinité d'autres Norns existait en plus des trois principales dont nous venons de parler;
chacune remplissait sa fonction à chaque naissance et prenait soin de la destinée de l'enfant
qui venait de naître. On nous dit également que ces Norns ou Parques n'agissaient pas selon
leur propre volonté,

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mais suivant les ordres de l'invisible Orlog. Ce nom est une altération du mot Ur qui signifie
primordial, et de log, loi. Ainsi, le symbole nordique enseigne que les Norns n'étaient pas
soumises aux dieux, et que notre destinée n'est pas gouvernée par le caprice, mais qu'elle
dépend d'une inexorable loi de la Nature, la Loi de Cause à Effet.

Sous la troisième racine, celle des Géants de Glace, se trouvait le puits de Mime. Ces Géants
de Glace, ou forces de la nature, existaient avant la constitution de la Terre. Ils avaient
contribué à sa formation et, en conséquence, savaient maintes choses inconnues des dieux.
Donc Wotan lui-même, le dieu de la sagesse, devait boire à la source de Mime pour y recevoir
la connaissance du passé. Il lui fallait boire aussi l'eau de la fontaine d'Urd pour renouveler sa
vie.

Ainsi, nous voyons que les Hiérarchies qui nous aident à évoluer vivent elles- mêmes pour
apprendre; et le seul fait qu'elles apprennent indique qu'elles sont sujettes à l'erreur, et aussi,
pourquoi Wotan, leur chef, devait procurer, aux victimes de ses erreurs, l'épée Nothung - le
courage du désespoir - afin que ces victimes puissent, en cas d'urgence, avoir une arme pour
se défendre.

Nous pourrions ajouter bien d'autres informations concernant ce merveilleux Frêne du Monde,
l'Yggdrasil, mais le lecteur possède maintenant suffisamment de renseignements pour
comprendre la relation qui existe entre l'épée et ce qui va suivre.

Lorsque Siegmund et Sieglinde, fortifiés par l'épée magique - le courage du désespoir -


quittent la maison de Hunding pour chercher la vérité dans le vaste monde, Hunding, outragé,
n'attend pas l'ordre de Wotan pour les poursuivre avec l'intention de les tuer. Wotan ordonne à
Brunhilde, la Valkyrie, d'être présente invisible au combat qui va se livrer et de lutter pour
Hunding, l'esprit de conformisme. Mais l'esprit de vérité ne peut

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combattre contre le chercheur de vérité; Brunhilde, tristement, refuse de se soumettre aux


ordres de Wotan. Lorsque Siegmund rencontre Hunding en un combat sans merci et qu'il
s'apprête à le vaincre, Wotan interpose sa lance et l'épée Nothung est fracassée; Siegmund,
sans défense, est alors tué par Hunding. Ainsi, la vérité est toujours aux côtés de celui qui la
cherche dans la lutte contre les coutumes de l'église et les conventions sociales. Mais quand le
pouvoir religieux, qui lui fournit le courage du désespoir nécessaire pour soutenir ses
convictions, s'oppose au pouvoir du credo symbolisé par la lance de Wotan, plus d'une âme
ardente est vaincue, mais non convaincue. Siegmund peut mourir, et Sieglinde peut le suivre
au tombeau, le coeur brisé, après avoir donné naissance à Siegfried, le vainqueur, avec l'aide
de Brunhilde, car la soif de vérité une fois ressentie, ne peut jamais être étanchée tant qu'elle
n'a pas reçu satisfaction.

Entre temps, sans pouvoir abandonner le Valhalla - l'Anneau du Credo - Wotan est obligé de
se séparer de Brunhilde - l'esprit de vérité - qui lui a désobéi; car être autocratique et ne
souffrir aucune contradiction est une condition du Credo. Mais comme toutes les religions
sont imbues de l'esprit d'amour et d'un désir sincère d'améliorer et d'aider les hommes, Wotan
éprouve une tristesse accablante en pensant à l'acte nécessaire à la poursuite de la ligne de
conduite qu'il a adoptée et à laquelle il se soumet en dépit des supplications déchirantes de
Brunhilde. Se séparer de la vérité est une chose terrible, et tous deux le ressentent plus
intensément que les mots ne sauraient l'exprimer. Lorsque le pauvre Wotan, lié par le credo,
doit endormir de force Brunhilde, il ajoute: "pour n'être jamais réveillée, jusqu'à ce qu'il en
vienne un autre, plus libre que moi".

Dans cette phrase, il révèle la condition suprême exigée dans la recherche de

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la vérité: "A moins qu'un homme ne quitte son père et sa mère, dit le Christ, il ne peut devenir
mon disciple" (Matthieu 19:29). Toutes les limitations doivent être écartées avant que l'on
puisse espérer le succès dans la recherche de la vérité.

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CHAPITRE 11 - L'ANNEAU DU NIEBELUNG - Siegfried, le chercheur de


vérité

Nous avons vu que pour être capable d'accéder à la vérité, il est nécessaire de rejeter toutes les
limitations de religion, famille, milieu, et tout autre empêchement, mais cette condition
renferme encore une autre grande exigence: nous nous attachons à notre religion, à nos amis,
à notre famille, par peur de rester seuls. Nous obéissons aux coutumes de peur de suivre les
instructions de la voix intérieure qui nous pousse vers des choses élevées, incompréhensibles
à la majorité; et, en réalité, la peur est le principal obstacle qui nous empêche d'arriver à la
vérité et de la vivre.

Ceci est aussi exposé dans l'Anneau du Niebelung. Wotan ordonne que Brunhilde l'esprit de
vérité, soit endormie parce qu'il craint de perdre sa puissance s'il la garde après sa rébellion
contre ses limitations et son refus de défendre Hunding. Il prononce son arrêt avec douleur,
disant qu'elle doit dormir jusqu'à ce qu'un autre, plus libre que lui vienne l'éveiller."L'amour
parfait bannit toute crainte" (I Jean 4:18), et seuls les intrépides sont

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libres d'aimer et de vivre la vérité. C'est pourquoi Brunhilde est endormie sur un roc désolé et,
autour d'elle, brûle à jamais un cercle de flammes allumées par Loge, l'esprit trompeur. Nul,
sauf l'âme sans entraves et sans peur, ne peut espérer pénétrer à travers ce ce cercle
d'aberration (les coutumes) et vivre pour réveiller et aimer l'esprit de vérité, toujours jeune et
attirant.

Ainsi, la seconde partie de ce drame mystique se termine par l'abandon de la vérité et le


triomphe du conformisme. Le credo est fermement établi sur terre. Siegmund, le chercheur de
vérité, est mort vaincu. Sa soeur-épouse, Sieglinde, a aussi payé de sa vie le fait d'avoir
partagé ses recherches, et Brunhilde dort peut-être pour toujours. Maintenant, les Walsungs
n'ont plus qu'un seul représentant, l'enfant orphelin Siegfried, que sa mère mourante,
Sieglinde, a laissé dans la caverne de Mime, le Niebelung.

L'enfant grandit et devient un jeune homme vigoureux, fort comme un géant. Beau comme un
dieu, il forme un étrange contraste avec Mime, le vilain Niebelung, un nain qui prétend être
son père. Siegfried parvient à peine à le croire, car lorsqu'il regarde autour de lui dans la forêt,
il voit que les petits de tous les animaux présentent les mêmes caractéristiques que leurs
parents, lui seul diffère de celui qui le désigne comme son fils.
Lorsque, par sa force prodigieuse, il capture un ours et le conduit dans la caverne de Mime,
celui-ci est paralysé par la peur, émotion inconnue de Siegfried. Mime, l'un des plus habiles
forgerons parmi les Niebelungen, a forgé plusieurs épées pour le jeune géant, mais l'une après
l'autre ont été fracassées par le bras puissant qui les maniait. Mime a essayé de forger à
nouveau l'épée Nothung, l'enfant de la détresse, qui s'était brisée sur la lance de Wotan dans le
combat fatal entre Siegmund et Hunding. Les fragments

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de cette épée avaient été apportés par Sieglinde dans la grotte de Mime, mais aucun lâche ne
peut forger ni manier l'épée Nothung, courage du désespoir. Malgré toute son habileté, Mime
n'a jamais réussi. Un jour, Siegfried se moque de son incapacité à faire une épée résistante;
Mime lui apporte les fragments de Nothung et lui dit que s'il peut la forger, elle lui rendra de
grands services. Possédant la qualité primordiale des chercheurs de vérité, l'intrépidité,
Siegfried réussit d'une main inexpérimentée ce que Mime n'avait pu accomplir. Il forge à
nouveau l'épée magique et est ainsi prêt pour la recherche de la vérité et de la connaissance.

Bien que de longs siècles se soient écoulés depuis qu'Alberich, le Niebelung, avait été forcé
d'abandonner l'Anneau comme rançon aux dieux, ni lui ni les siens n'oublient le pouvoir
détenu par son possesseur, et le désir de retrouver le trésor perdu demeure toujours aussi vif
en eux. En effet, libres et d'essence spirituelle, les humains ne s'habitueront jamais à la perte
de leur individualité, exigée sous le régime de l'église. Bien qu'ils puissent, comme Mime,
trembler sous l'empire d'une peur insurmontable, ou bien flatter les pouvoirs supérieurs,
comme Alberich s'abaissait devant Wotan, ils se souviennent, subconsciemment ou d'une
autre façon, de leur héritage spirituel et cherchent à recouvrer leur condition d'êtres libres,
sans attache à aucun credo ou autres limitations.

A cette fin, les humains conspirent d'une manière subtile, symbolisée par l'aide que Mime
donne à Siegfried pour reforger l'épée brisée par Wotan. Il voit que le jeune chercheur de
vérité est sans peur. Il sait que Fafner, l'un des géants qui avait obtenu des dieux l'anneau,
couve son trésor sous la forme d'un gigantesque dragon qui inspire une terreur extrême. Il
peut à peine croire que quelqu'un vaincra ce monstre, mais il pense que si la chose est
possible, le jeune géant Siegfried est le seul à pouvoir accomplir cet

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exploit. Il a en effet été dit que celui qui réussirait à reforger Nothung tuerait le dragon. Mime
a foi dans sa ruse et il espère que si Siegfried tue le monstre, lui, Mime, pourra obtenir
l'Anneau du Niebelung et devenir le maître du monde. Cette légende contient une très
profonde signification spirituelle; principalement celle de la nature inférieure manoeuvrant
dans le but d'utiliser le moi supérieur pour ses vils desseins personnels. Siegfried (celui qui
gagne la paix par la victoire), est le moi supérieur à ce degré du pèlerinage où il est laissé seul,
sans parents ni amis, où il découvre que cette enveloppe de limon terrestre symbolisée par
Mime ne fait pas partie de lui mais est de race et de lignée différentes, où il est prêt à
reprendre ses recherches de la vérité commencées dans des vies précédentes, comme le firent
Siegmund et Sieglinde, dont il a hérité l'indomptable courage qui ne connaît ni la crainte, ni la
défaite.

Mais, bien que l'âme qui cherche puisse abandonner le monde, comme le fit Herzleide qui
donna naissance à Parsifal, le chercheur de vérité, dans une épaisse forêt, et comme Sieglinde
qui mit au monde Siegfried dans la caverne de Mime, la nature inférieure suit et tente
d'utiliser le pouvoir de l'esprit à des fins matérielles. Hélas, combien, désespérés, ont
abandonné les églises à cause du credo, comme Siegmund abandonna Wotan. Ils ont acquis
une certaine connaissance des choses supérieures, puis en ont mésusé en employant leurs
pouvoirs divins sous forme d'hypnotisme ou de suggestion mentale pour s'attirer les biens de
ce monde, cherchant plutôt les biens terrestres qui nous enchaînent plutôt que les trésors
célestes qui libèrent l'âme. Jamais nous n'avons vécu un siècle où cette phase du grand mythe
ne se soit manifestée avec tant de force qu'actuellement. Des milliers d'êtres personnifient en
eux-mêmes Siegfried et Mime, le Docteur Jekyll et Mr. Hyde.

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Comme Siegfried, ils se sont éveillés à une compréhension plus ou moins grande des pouvoirs
de l'esprit, de leur nature divine et de ses attributs, mais la partie inférieure de leur nature,
représentée par Mime, désire toujours profiter des biens matériels.

Même si nous qualifions de Chrétienne ou d'un autre nom l'utilisation de ces pouvoirs divins,
ce n'est pas la science de l'âme. Nous devrions être honnêtes envers nous-mêmes et
reconnaître le fait que Lui, la véritable incarnation du pouvoir Christique d'attraction, n'avait
pas une place où reposer Sa tête, et qu'Il refusa toujours d'utiliser ce pouvoir pour son propre
compte. Même devant la mort, Il s'abstint, et on a dit de Lui qu'Il sauvait les autres, mais qu'Il
ne pouvait pas (ne voulait pas) se sauver lui-même, parce que la Loi du Sacrifice est plus
élevée que la Loi de (Soi-)conservation: "Que servirait à un homme de gagner le monde entier
s'il perdait son âme?" (Marc 8:36).

A partir du moment où nous suivons sérieusement le sentier, la nature inférieure est


condamnée en dépit de toutes ses astuces pour se sauver. Et quand Mime envisage d'envoyer
Siegfried à la rencontre du dragon Fafner, l'esprit du désir, il scelle son propre destin, car
lorsque l'âme surmonte le désir des possessions terrestres, nous mourons au monde, bien que
nous puissions encore y vivre et y accomplir notre travail. Nous sommes alors dans le monde,
mais non pas du monde.

Conduit par Mime, Siegfried trouve le géant Fafner montant la garde devant la caverne où il a
caché le trésor des Niebelungen. La nature inférieure incite toujours la nature supérieure à
rechercher les richesses matérielles du monde, essayant par ce moyen d'obtenir une situation
et la puissance dans la société. Hélas! cette soif de richesse et de pouvoir n'est que trop
fréquente. Nous sommes tous semblables à Mime, prêts à risquer nos vies pour la recherche
de

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l'or. Bien que Mime tremble à la seule pensée d'approcher cet effroyable dragon, il continue à
comploter, sachant que lorsque l'Ego, représenté par l'Anneau du Niebelung, est tellement
empêtré dans les filets de la matérialité que toutes ses énergies sont dirigées par la nature
inférieure, on peut dire que le corps le possède, et dans cet état les pouvoirs que peut atteindre
le corps sont sans limites. Mais Siegfried, le vaillant chercheur de vérité, après avoir vaincu le
dragon représentant la nature-désir, tue également Mime, symbole du corps dense.

Libéré de l'enveloppe mortelle, l'Esprit est capable de comprendre le langage de la Nature, et


sent intuitivement où est cachée la vérité représentée par Brunhilde, la Valkyrie, et, suivant
cette intuition qui, dans le mythe, prend la forme d'un oiseau, il se dirige vers le rocher
encerclé de feu pour éveiller et courtiser la belle dormeuse. Mais bien que nous puissions
entrer dans le royaume où réside la vérité en quittant notre corps dense, le sentier n'est
nullement libre, car Wotan, gardien du credo, barre le chemin à Siegfried avec sa lance et
tente de le dissuader ou de décourager le chercheur indépendant. Cependant, le pouvoir du
credo, représenté par la lance de Wotan, a été affaibli par le marché avec les géants, autrement
dit quand il a fait appel au côté inférieur de la nature de l'homme, car en témoignage de cet
affaiblissement, des caractères magiques ont été taillés sur le manche de la lance. Celle-ci est
donc aisément brisée en deux au premier choc de Nothung, le courage du désespoir.

Lorsque le chercheur de vérité est parvenu à ce degré, plus rien ne peut contrecarrer ses
recherches. Que l'opposition provienne de démons tels que Fafner ou de dieux comme Wotan,
il renverse tous les obstacles par son énergie, car il n'a qu'un seul désir au monde, qu'une
insatiable soif: connaître la vérité. Ainsi, après avoir brisé la lance de Wotan, il s'élance, guidé
par l'oiseau de l'intuition, jusqu'au cercle de flammes cachant

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Brunhilde, l'esprit de vérité, endormie. La vue des flammes d'illusion et d'égarement de Loge
ne l'intimide pas. Il fonce hardiment au travers et ô surprise! là se trouve ce qu'il a désiré
ardemment durant de nombreuses vies. En s'inclinant, il soulève Brunhilde de ses bras
vigoureux mais tendres, et, par un baiser fervent, réveille l'esprit de vérité de son long
sommeil séculaire.

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CHAPITRE 12 - L'ANNEAU DU NIEBELUNG - La bataille de la vérité et de


l'erreur

Il n'y a pas de mots susceptibles d'exprimer ce que l'âme ressent quand elle se trouve en cette
présence, bien au-dessus de ce monde (là où le voile de chair masque les vivantes réalités),
également au-delà du monde du désir et de l'illusion où des formes fantastiques, trompeuses et
illusoires, nous induisent en erreur en nous faisant croire qu'elles sont différentes de ce
qu'elles sont en réalité. Nous ne trouvons la vérité révélée dans toute sa beauté que dans la
Région de la Pensée Concrète où les archétypes de toutes choses s'unissent dans le grand
choeur céleste que Pythagore appelle "l'harmonie des sphères".

Mais l'Esprit ne peut se maintenir indéfiniment sur ce plan. Cette vérité et cette réalité si
ardemment désirées par quiconque a été amené à la rechercher dans un élan intérieur, plus
irrésistible que les liens d'amitié, de parenté, ou toute autre considération, n'est qu'un moyen
pour parvenir à une fin. La vérité doit être ramenée ici-bas dans le monde physique des
formes pour avoir

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une réelle valeur dans l'oeuvre du monde. C'est pourquoi Siegfried, le chercheur de vérité,
doit nécessairement quitter le rocher de Brunhilde, traverser à nouveau les flammes de
l'illusion, retourner au monde matériel pour y être tenté et éprouvé, afin de révéler s'il sera
fidèle au serment d'amour échangé entre la Valkyrie réveillée et lui-même.
Un dur combat attend Siegfried. Le monde n'est pas prêt à recevoir la vérité, et si ardemment
qu'il puisse protester de son désir en ce sens il résiste et complote par tous les moyens en son
pouvoir pour abattre quiconque amène la vérité à ses portes; car il y a peu d'institutions qui
peuvent soutenir l'éblouissante clarté de sa lumière.

Les dieux eux-mêmes ne la supportent pas, ainsi que Brunhilde le sait pour son malheur, car
n'a-t-elle pas été exilée par Wotan pour avoir refusé d'utiliser son pouvoir en faveur des
coutumes? Et quiconque les foule aux pieds pour proclamer la vérité trouve le monde entier
dressé contre lui et il doit rester seul. Wotan, son père, déclarait l'aimer tendrement. Il l'aimait
à sa manière, mais lui préférait le pouvoir symbolisé par le Valhalla; l'Anneau du Credo par
lequel il dominait l'humanité était plus désirable à ses yeux que Brunhilde, l'esprit de vérité;
aussi l'a-t-il endormie dans le cercle des flammes de l'illusion.

Si telle est l'attitude des dieux, qu'attendre alors des hommes, qui ne professent pas un idéal
aussi élevé que celui que les dieux, gardiens de la religion, étaient censés leur inculquer? Ces
faits, et bien d'autres encore - sur lesquels l'étudiant gagnerait à méditer - traversèrent l'esprit
de Brunhilde à l'instant où elle se sépara de Siegfried. Elle magnétisa pour ainsi dire son corps
afin de lui conférer l'invulnérabilité et lui donner au moins une chance dans le combat de la
vie. Tout son corps était ainsi protégé, sauf en un point situé dans le dos entre les omoplates.
Ce cas est analogue à celui d'Achille qui était invulnérable, sauf au talon. Ce fait est très

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significatif, car dans la bataille de la vie, aussi longtemps que le soldat de vérité porte cette
armure dont parle Paul (Ephésiens 6:13-17), il finira par vaincre, si durement soit-il assiégé,
s'il fait face à ses ennemis. La victoire est certaine, parce que tant qu'il affronte le monde et
offre sa poitrine aux flèches de l'antagonisme, de la calomnie et de la médisance, il prouve
qu'il a le courage de ses convictions, et une force supérieure, qui travaille toujours pour le
bien, le protège, si grand que soit le danger couru. Mais malheur à lui s'il tourne le dos! Alors
tandis qu'il ne surveille plus les assauts des ennemis de la vérité, ceux-ci découvrent
l'emplacement vulnérable, qu'il soit au talon ou entre les épaules. Il convient donc que les
amis de la vérité tirent la leçon de ce merveilleux symbolisme et comprennent que leur
responsabilité est de toujours placer la vérité au-dessus de tout . L'amitié, la parenté et toutes
les autres considérations ne devraient peser d'aucun poids si nous les comparons à la
recherche de la vérité. Le Christ, véritable incarnation de la vérité, disait à ses disciples: "Ils
m'ont haï, ils vous haïront" (JEAN 15:18 ; Matthieu 10:22).

Ne nous méprenons pas, le sentier de la vérité est rude, son ascension pénible. Sur le chemin,
nous perdrons probablement l'estime de tous nos proches et de ceux qui nous sont chers. Bien
que le monde actuel prétende accorder la liberté religieuse, le temps de la persécution n'est
pas révolu. Le credo et le dogmatisme sont toujours puissants, prêts à poursuivre et à
persécuter quiconque s'écarte des voies coutumières. Mais, aussi longtemps que nous faisons
face et continuons notre route sans égard aux critiques, la vérité sortira toujours indemne de la
lutte. Les forces hostiles ne peuvent nous donner un coup fatal par notre point faible, sauf
quand nous sommes lâches et poltrons.

Autre point: lorsque Siegfried quitte le rocher de la Valkyrie pour retourner dans le monde, il
donne à Brunhilde l'Anneau du Niebelung. Cet Anneau, vous

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vous en souvenez, fut formé par Alberich le Niebelung avec l'or du Rhin qui représente
l'Esprit Universel. Nous nous rappelons aussi que tant qu'il n'avait pas renié l'amour, il ne
pouvait former cet anneau, car l'amitié et l'amour ont pris fin une fois que l'Esprit Universel
fut entouré par l'anneau de l'égocentrisme. Dès ce moment, la bataille de la vie s'est déchaînée
dans toute sa férocité: chaque homme a levé la main contre son frère en raison de
l'égocentrisme qui pousse chacun à voir son propre intérêt sans égard pour le bien-être
d'autrui.

Mais lorsque l'Esprit a trouvé la vérité et est venu en contact avec les réalités divines, lorsqu'il
a pénétré dans la Région de la Pensée Concrète, qui est le ciel, et qu'il a vu cette grande vérité
une - que toutes choses sont Une, et que bien qu'elles puissent paraître séparées ici, un fil
invisible unit chacune au tout; quand l'Esprit a ainsi reconquis l'universalité et l'amour, il ne
peut plus être séparateur. Ainsi, lorsqu'il quitte la région de la vérité, il laisse derrière lui le
sentiment du moi et de la séparativité symbolisés par l'anneau. En sa nature, il devient
universel et ne connaît ni race, ni pays et pense comme Thomas Payne, le grand méconnu:
"Le monde est mon pays, faire le bien est ma religion". Cette attitude d'esprit est
allégoriquement représentée quand Siegfried donne l'Anneau du Niebelung à Brunhilde.

Comme vous le savez, les Valkyries étaient les filles de Wotan, dieu suprême de la
mythologie nordique. Elles chevauchaient leurs coursiers, traversaient les airs et se rendaient
vers tout lieu où se déroulait un combat mortel entre deux ou plusieurs guerriers. Dès qu'un
combattant succombait, elles le relevaient tendrement, le déposaient sur leurs selles et
l'emportaient au Valhalla, séjour des dieux, où il ressuscitait et vivait un bonheur éternel.
Vous vous souvenez aussi que le mot Valkyrie signifie choisi par acclamation. Ceux qui
avaient lutté jusqu'au bout dans la bataille de la vie étaient

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choisis par acclamation pour être les compagnons des dieux.

Brunhilde dirigeaient les filles de Wotan, ses soeurs, et son cheval, Grane, était le plus rapide
de tous les coursiers. Elle donna à son mari cet animal qui avait si fidèlement porté l'esprit de
vérité. En effet, la vérité peut à jamais être considérée comme l'épouse de celui qui la
découvre . Le cheval symbolise donc la décision et la rapidité avec lesquelles celui qui a
épousé la vérité est capable de la choisir et de la distinguer de l'erreur, mais à condition de
rester fidèle.

Ainsi, avec l'amour de la vérité en son coeur, et monté sur le coursier du discernement,
Siegfried part pour le combat de la vérité afin d'amener le monde, en captif, aux pieds de
Brunhilde. Les cieux et la terre sont sur la balance, car il peut révolutionner le monde s'il est
fidèle et courageux, mais le dernier espoir de racheter le monde disparaît s'il oublie sa mission
et s'égare dans la sphère de l'illusion. Le crépuscule des dieux est proche et viendra quand
l'ordre présent des choses aura pris fin et lorsque les cieux se fondront dans l'ardente chaleur,
afin qu'à travers le labeur de la Nature de Nouveaux Cieux et une Nouvelle Terre puissent
naître, où la droiture revêtira chacun et toutes choses.

Maintenant, détournons-nous des cieux, de Siegfried, de Brunhilde et regardons la Terre, où le


monde que la vérité doit libérer attend l'arrivée du héros. La mythologie nordique nous
introduit à la cour de Gunther, roi honnête et droit selon les conceptions du monde. Sa soeur
Gutrune est la plus grande dame du pays, son frère n'étant pas marié. Parmi les courtisans vit
un nommé Hagen, nom qui se traduit par crochet, ce qui signifie égoïsme inné. C'est un
rejeton des Niebelungen, un parent d'Alberich qui forma l'Anneau fatal. Depuis le jour où cet
anneau leur avait échappé, les Niebelungen avaient exercé une

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surveillance étroite sur ses détenteurs; d'abord Wotan qui avait dupé Alberich pour lui voler
l'Anneau, puis Fafner et Fasolt, les géants qui, ayant construit le Valhalla pour Wotan,
l'avaient forcé à donner cet Anneau comme part de rançon en échange de Freya, la déesse de
l'amour et de la jeunesse que Wotan avait prostituée et vendue pour acquérir le pouvoir: puis,
lorsque Fafner avait tué Fasolt, les Niebelungen n'avaient cessé de surveiller la grotte où
Fafner se cachait sous la forme d'un énorme dragon et couvait le trésor des Niebelungen.
Mime, le père nourricier de Siegfried, avait payé de sa vie une tentative pour entrer en
possession du trésor convoité. Siegfried n'était pas davantage à l'abri de leur vigilante
surveillance, sauf sur le rocher de la Valkyrie. Car, pas plus que le faible et le lâche, aucun
Niebelung ne peut pénétrer au-delà du cercle de flammes de l'illusion, dans le royaume de la
vérité. Les Niebelungen ignoraient donc ce qu'était devenu l'Anneau quand Siegfried avait
reparu dans le monde; ils supposaient toutefois qu'il avait été laissé à Brunehilde et
commencèrent immédiatement à comploter pour le récupérer.

La cour de Gunther est précisément sur le chemin de Siegfried. En hâte, Alberich le devance
et annonce à Hagen l'arrivée du dernier détenteur connu de l'anneau. Ensemble, ils cherchent à
découvrir le joyau pour s'en emparer, mais chacun, dans sa noirceur, s'efforce de tromper
l'autre pour conserver le trésor, car dans la lutte du moi séparé, l'honneur est méconnu, chacun
s'opposant à tous les autres sans égard pour quiconque. Bien que dans le monde on puisse
trouver la coopération pour des buts communs, la question qui domine la pensée de chaque
participant est: quel profit puis-je en tirer? A moins qu'une compensation soit en vue, la
majorité de l'humanité ne veut pas

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travailler. L'apôtre nous dit: "Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts
considère aussi ceux des autres" (Philippiens 2:4). Dans les pays Chrétiens, nous avons donné
notre assentiment intellectuel à ce précepte, mais hélas, peu nombreux sont ceux qui veulent
vivre pleinement l'idéal du service désintéressé.

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CHAPITRE 13 - L'ANNEAU DU NIEBELUNG - La renaissance et l'eau du


Léthé

"La naissance n'est qu'un sommeil et qu'un oubli, Et l'âme qui se lève avec nous, cette étoile
De notre vie, s'était couchée ailleurs qu'ici, Et revient de loin au-delà du voile." (Wordsworth)

Lorsque Siegfried quitte le rocher de la Valkyrie et arrive à la cour terrestre de Gunther, un


breuvage lui est versé, dosé pour lui faire oublier tout son passé, et aussi Brunhilde, l'esprit de
vérité qu'il avait conquise.

On suppose généralement que la doctrine de la renaissance est uniquement enseignée par les
anciennes religions d'Orient, mais l'étude de la mythologie scandinave détruit cette erreur. Ils
croyaient effectivement à la renaissance et à la Loi de Cause à Effet appliquée à la conduite
morale, jusqu'au moment où le Christianisme obscurcit ces doctrines pour les raisons
indiquées dans la "Cosmogonie des Rose-Croix". La confusion fut grande quand l'ancienne
religion de Wotan fut remplacée par le Christianisme. Au fond de leurs coeurs, les hommes
croyaient à la renaissance mais la répudiaient extérieurement, ainsi qu'en témoigne l'histoire
suivante sur Saint Olaf, roi de Norvège, l'un des

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premiers et des plus zélés convertis au Christianisme. Alors qu'Asta, la femme du roi Harold,
était en travail d'enfantement sans parvenir à accoucher, un homme vint à la cour, porteur de
bijoux dont il expliqua ainsi la provenance: un ancêtre d'Harold, le roi Olaf Geirstad, qui
régnait autrefois en Norvège et était l'ancêtre direct de Harold, lui était apparu en songe, lui
ordonnant d'ouvrir le grand tumulus où reposait son corps, de faire sauter le couvercle du
cercueil avec son épée, d'y prendre certains bijoux qu'il y trouverait et de les donner à la reine,
dont les douleurs cesseraient aussitôt. Les bijoux furent apportés dans la chambre de la reine,
et peu après, elle mit au monde un garçon. Il fut nommé Olaf. Tous croyaient que l'Esprit
d'Olaf Geirstad était entré dans le corps de l'enfant auquel on avait donné son nom.

Plusieurs années après, Olaf, devenu roi de Norvège et ayant embrassé la religion Chrétienne,
chevauchait à son accoutumée et passait devant le tumulus où reposait son ancêtre; un
courtisan de sa suite lui demanda: "Est-il vrai, Altesse, qu'un jour vous gisiez sous ce
tumulus?" "Jamais, répliqua le roi, mon Esprit n'habita en deux corps." "Pourtant l'on rapporte
qu'un jour, en passant devant ce monument, vous auriez dit: ici je fus, ici je vécus." "Je ne l'ai
pas dit, rétorqua le roi, et ne le dirai jamais."

Il était très contrarié et s'éloigna hâtivement, sans doute pour éviter de discuter une conviction
intime que tous les dogmes de la nouvelle foi ne pouvait effacer.

En fait, la seconde vue étant alors bien plus répandue, tous les peuples anciens d'Orient ou
d'Occident possédaient sur la naissance et la mort des

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connaissances à présent oubliées. Aujourd'hui encore, de nombreux paysans norvégiens


affirment voir l'Esprit, semblable à un étroit nuage blanc, quitter le corps des mourants. Il
s'agit naturellement du corps vital, et, les enseignements Rosicruciens qui nous apprennent
que les décédés errent un certain temps autour de leur demeure terrestre, après leur mort,
qu'ils revêtent un corps lumineux et s'affligent douloureusement de la peine de ceux qu'ils
chérissent, étaient une connaissance généralisée chez les anciens scandinaves. Lorsqu'après sa
mort, le roi de Danemark se matérialisa pour apaiser le chagrin de sa veuve et qu'elle s'écria
angoissée: "la rosée de mort a baigné son corps de guerrier", il répondit

"A cause de toi seule, Sigruna, La rosée de douleur baigne Helge. Tu ne veux abandonner ta
douleur Ni sécher tes larmes amères; Chacune d'elles, sanglante, Tombe, glacée, sur ma
poitrine. Ne me laissant aucun repos."

Quand nos étudiants comprennent le fait de la renaissance, ils se demandent généralement


pourquoi le souvenir des vies antérieures est effacé. Un désir irrésistible de connaître le passé
anime beaucoup d'entre eux. Ils ne comprennent pas quel avantage procure l'eau du Léthé,
dispensatrice d'oubli, et considèrent avec envie les personnes qui prétendent connaître leurs
existences passées, disant qu'elles ont été rois, reines, philosophes, prêtres, etc. Cependant,
une raison bénéfique commande cet oubli, car aucune action dans la vie ne présente de valeur,
sauf par l'impression qu'elle laisse en passant par l'expérience post mortem du purgatoire et du
ciel. Cette empreinte agit alors de telle sorte qu'elle dirige au moment voulu, avertit ou pousse
à un certain genre d'action; et cet avertissement, bien que dissocié de

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l'expérience, ou plutôt parce qu'il est dissocié de l'expérience dont il est extrait, agit avec une
rapidité plus grande que celle de la pensée.

Pour que ce point soit clairement saisi, comparons cette empreinte gravée sur nos véhicules
subtils à un disque de gramophone qui, en tournant, ferait vibrer à chaque note émise toute
une batterie de diapasons placés à proximité. A première vue, il ne semble y avoir aucune
raison pour qu'à un certain sillon du disque corresponde la note d'un son donné et que, lorsque
l'aiguille passe sur cet endroit, un son déterminé soit produit qui fait vibrer le diapason. Mais,
que nous comprenions ou non la démonstration, elle prouve qu'un lien de tonalité existe entre
ce petit sillon et le diapason. Ce fait ne dépend aucunement de nos connaissances concernant
la façon dont l'impression est enregistrée sur le disque, ou la raison pour laquelle le diapason
répond à cette vibration. Le phénomène existe, que nous connaissions ou non tous les faits s'y
rapportant. D'une façon similaire, quand nous avons vécu une certaine expérience joyeuse ou
triste, elle se condense dans l'état d'après- vie, gravant sur notre âme l'impression d'une mise
en garde si l'expérience est purgatorielle, ou d'un encouragement si elle est céleste. Et dans
une existence postérieure, quand une expérience similaire à celle qui a causé les vibrations se
présentera, les vibrations seront ressenties par l'âme, elles éveilleront dans l'enregistrement de
la vie passée la tonalité de peine ou de plaisir bien plus rapidement et avec une précision plus
grande que si l'expérience elle-même surgissait devant les yeux de notre esprit. Car même à
présent, tandis que le voile de chair nous gêne, nous ne pourrions voir la situation sous son
jour véritable. Mais le fruit de l'expérience récolté dans le ciel ou le purgatoire nous conseille
sans erreur et nous apprend si nous pouvons imiter nos actions passées ou en éviter la
répétition.

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Supposons en outre que nous ayons vraiment connaissance de nos vies précédentes, et que
nous ayons acquis cette faculté par nos efforts actuels pour vivre noblement et dignement.
Supposons que nous ayons vécu antérieurement dans la débauche, la cruauté, le crime et
l'égoïsme. Si quelqu'un nous méprisait aujourd'hui à cause de ces actes, nous soutiendrions
que nous ne devrions pas être jugés d'après ce passé, et qu'on aurait tort de nous repousser.
Nous affirmerions avec raison que notre vie présente d'efforts respectables devrait servir de
base au jugement, à l'exclusion des conditions antérieures. Mais alors, pour la même raison,
pourquoi prétendrions-nous aux honneurs de l'adulation et de l'admiration pour avoir été rois
ou reines dans une vie antérieure? En admettant même que ce soit exact, pourquoi s'exposer à
être ridiculisé par les sceptiques en relatant de tels faits? Donc, il est préférable de concentrer
nos efforts sur les plus hautes possibilités d'aujourd'hui, que nous ayons ou non le souvenir de
nos vies passées.

Il est certain que toute personne capable de faire des recherches dans la Mémoire de la Nature,
et qui le fait dans l'intérêt d'investigations en rapport avec l'évolution et l'avancement de
l'humanité, rencontrera un jour des vestiges de son passé. Mais un véritable serviteur qui sait
travailler dans la vigne du Christ ne se permettra jamais de s'écarter du sentier du service pour
suivre celui de la curiosité. Le Disciple qui reçoit les enseignements des Frères Aînés est
averti dès la première Initiation de ne jamais employer son pouvoir pour la satisfaction de la
curiosité, et à chaque visite suivante au Temple, cette idée lui est répétée. La distinction entre
l'usage légitime et illégitime des pouvoirs spirituels est si fine et si subtile, et lorsque nous
avançons dans la spiritualité, les restrictions auxquelles chacun semble assujetti se multiplient
tellement, que si la chose

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était contée, neuf personnes sur dix diraient: "A quoi bon posséder la vue spirituelle ou être
capable de quitter son corps? En présence de tant de restrictions, il semble que les possibilités
de transgression sont multipliées à un point tel, qu'il est presque inutile de posséder ces
facultés". Elles sont néanmoins d'une grande valeur, et la responsabilité n'est que le résultat
d'une croissance accrue.

Un animal prend librement tout ce qu'il désire. Il ne commet pas de péchés et n'est pas tenu
responsable de ses actes, parce qu'il ne connaît rien de mieux. La responsabilité commence
dès que l'idée du tien et du mien est imprimée sur la conscience. Plus notre savoir est grand,
plus s'accroît la responsabilité; plus les qualités de l'âme sont pures, plus subtiles aussi les
distinctions entre le bien et le mal. Nous observons ceci dans nos vies quotidiennes où les
degrés de ce qui est permis ou non varient selon la qualité de chaque individu. Et lorsque nous
aspirons à ce pouvoir grâce auquel nous pouvons connaître le passé, nous découvrons que
nous ne sommes pas plus fondés à nous en servir pour nous donner de l'importance que nous
ne le serions à l'utiliser pour obtenir les richesses du monde et la puissance. Ainsi la vie ou les
vies antérieures nous sont cachées à dessein jusqu'à ce que nous sachions ouvrir la porte.
Quand nous en aurons la clef, nous ne voudrons probablement pas nous en servir.

C'est donc pour cette raison que l'on fait boire à Siegfried l'eau du Léthé lorsqu'il arrive à la
cour de Gunther, et il oublie aussitôt tout ce qui concerne son passé avec Mime, le nain qui
prétendait être son père. Il oublie comment il forgea l'épée magique "le courage du désespoir"
qui lui donna l'avantage dans le combat contre Fafner, l'esprit de passion et de désir. Il oublie
qu'il avait alors conquis l'Anneau du Niebelung, emblème de l'égocentrisme grâce auquel il
avait acquis la connaissance de sa véritable

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identité spirituelle et tué Mime, la personnalité, qui disait, à tort, être son père. Il oublie
comment, étant un Esprit libre, indompté par la peur, il a brisé la lance de Wotan, gardien du
credo, et suivi l'oiseau de l'intuition jusqu'à la demeure de l'esprit de vérité endormi. Il oublie
son mariage avec Brunhilde et le voeu d'altruisme consenti lorsqu'il lui donna l'anneau.

Mais de tous ces importants évènements, chacun a laissé son empreinte sur l'âme de Siegfried.
Or, maintenant, il va être testé pour savoir si l'impression a été forte ou superficielle. La
tentation vient à nous, vie après vie, jusqu'à ce que le trésor amassé au ciel ait été testé et
éprouvé par la tentation sur Terre, pour vérifier s'il résistera ou non au ver de la corruption.
Après le Baptême, lorsque l'Esprit du Christ descendit dans le corps charnel de Jésus, il fut
conduit dans le désert de tentation pour éprouver sa faiblesse ou sa force (Matthieu 4:1). Et,
similairement, après chaque expérience céleste, nous devons nous attendre à redescendre sur
Terre pour vérifier si nous succomberons ou triompherons lorsque nous serons dans le feu de
l'affliction.

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CHAPITRE 14 - L'ANNEAU DU NIEBELUNG - Le crépuscule des dieux

Quand Siegfried arrive à la cour de Gunther, Gutrune, la jolie soeur du roi, lui tend la coupe
magique de l'oubli. Il perd aussitôt le souvenir de son passé et de Brunhilde, l'esprit de vérité,
et se trouve, âme nue, prêt à lutter dans le combat de la vie. Mais il est armé de la
quintessence de son expérience passée. L'épée Nothung, le courage du désespoir, avec
laquelle il a combattu la cupidité et le credo symbolisés par Fafner, le dragon, et Wotan le
dieu, est toujours à ses côtés; ainsi que Tarncap, le casque de l'illusion qui symbolise bien ce
que, dans les temps modernes nous appelons pouvoir hypnotique, car quiconque coiffe ce
casque apparaît aux autres sous n'importe quelle forme selon son désir; il a aussi Grane, le
cheval de Brunhilde, c'est- à-dire le discernement avec lequel il pourra toujours percevoir la
vérité et la distinguer de l'erreur et de l'illusion. Il a toujours des pouvoirs qu'il peut utiliser à
son choix pour le bien ou pour le mal.

Comme nous l'avons expliqué précédemment, notre idée de ce qu'est la vérité change à
mesure que nous progressons. Nous gravissons graduellement le sentier

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montagneux de l'évolution et, en cours de route, des phases de la vérité apparaissent que nous
n'avions encore jamais perçues; et ce qui est juste sur un palier est faux sur un autre. Bien que,
aussi longtemps que nous résidons dans la chair nous voyons au travers du voile de l'illusion
symbolisé par les flammes de Loge encerclant le rocher de Brunhilde, son rapide coursier
Grane, le discernement, est aussi avec nous; et si nous voulons bien lui lâcher la bride, le
cerveau matériel, alourdi par l'eau d'oubli du Léthé, ne pourra en aucun cas l'emporter sur
l'Esprit.

L'Or du Rhin représente le début de l'Epoque Atlantéenne lorsque l'humanité vivait alors
comme d'innocents "enfants du brouillard" (Niebelungen) dans les bas-fonds humides de la
Terre. La fin de cette Epoque est un âge sanguinaire où l'humanité abjure l'amour comme le
fit Alberich. Elle forme "l'Anneau" de l'égocentrisme, consacrant toutes ses énergies aux
acquisitions matérielles symbolisées par le "trésor" du Niebelung pour lequel les géants, les
dieux et les hommes combattent avec une sauvage brutalité et une vile astuce, comme nous
l'avons vu dans la Walkyrie.

Les débuts de l'Epoque Aryenne marque la naissance des idéalistes symbolisés par les
"Walsungs" (Siegmund, Sieglinde et Siegfried), race nouvelle qui aspire, animée par une
ardeur sacrée, à des choses nouvelles et plus élevées, valeureux chevaliers qui avaient le
courage de leurs convictions, toujours prêts à combattre pour la vérité lorsqu'ils la voyaient et
à sacrifier leur vie pour la faire triompher. Ainsi, l'âge de la sauvagerie réaliste a fait place à
une ère de chevalerie idéaliste.
Nous sommes maintenant dans la dernière partie de l'Epoque Aryenne. Les chercheurs de
vérité du passé ont une fois de plus quitté le rocher de Brunhilde entouré par le feu. Nous
avons de nouveau revêtu le voile de chair et bu l'eau du Léthé et aujourd'hui, nous jouons
réellement la dernière partie

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du grand drame épique "Le crépuscule des dieux", dont la signification est identique à notre
Apocalypse Chrétienne. L'"Evangile du Royaume" nous a été prêché, "le Chemin, la Vérité et
la Vie" (Jean 14:5-6) nous ont été ouverts comme à Siegfried; et nous sommes maintenant mis
à l'épreuve, comme il l'a été à la cour de Gunther, pour voir si nous vivrons en "époux de la
vérité", ou si nous la traînons hors de sa retraite pour la prostituer comme le fit Siegfried. Pour
obtenir la main de Gutrune, il arrache de la main de Brunhilde l'anneau du Niebelung,
emblème de l'égocentrisme, et le remet à son doigt; il la ligote et la conduit à Gunther pour
qu'il en fasse sa femme; il la prostitue, et commet lui-même l'adultère avec Gutrune, car ayant
une fois épousé la vérité, c'est commettre l'adultère spirituel que de rechercher les honneurs
du monde.

Le ciel et la Terre sont outragés par cette colossale trahison de la vérité. Le grand Frêne du
Monde, l'arbre de la vie et de l'être, frémit à ses racines, où Urd, Skuld et Verdande, le passé,
le présent et l'avenir, filent le fil de la destinée. L'obscurité envahit la Terre; la lance de Hagen
trouve le seul point vulnérable dans le corps de Siegfried - sa vie est le prix de sa trahison et,
puisque l'idéal le plus élevé de l'époque a succombé, il est inutile de perpétuer l'ordre présent
des choses. C'est pourquoi Heimdal, le céleste gardien, sonne de la trompette, et pour la
dernière fois les dieux chevauchent en procession solennelle sur le pont d'arc-en-ciel et
rencontrent les géants dans un combat final qui provoque la destruction du ciel et de la Terre.

Voici un point très significatif: Au début du drame, nous trouvons les Niebelungen "au fond
de la rivière". Plus tard, Alberich forge "l'Anneau" dans le feu, qui ne peut brûler que dans
une claire atmosphère semblable à celle de notre Epoque Aryenne. Durant cette ère, les dieux
tiennent aussi leurs

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assemblées vers le pont d'arc-en-ciel, qui est la réflexion du feu céleste. Lorsque Noé sauva
les Sémites originaux à travers le "Déluge", il alluma le premier feu. "L'arc" fut alors placé
dans les nuages pour y rester durant tout cet âge et pendant ce temps il était convenu que les
cycles alternants d'été, d'hiver, de jour et de nuit, etc., ne cesseraient pas (Genèse 8:22). Dans
l'Apocalypse (4:3) Jean reçoit des instructions concernant "les choses à venir"; elles lui sont
données par "un être entouré d'un arc-en-ciel", et plus tard (10:1-6), un autre ange puissant, la
tête couronnée d'un arc-en-ciel, proclame solennellement la fin des temps. Ainsi, d'après le
mythe nordique et l'enseignement Chrétien, il est clair que l'Epoque Aryenne commence
quand l'arc-en-ciel est apparu dans les nuages; lorsqu'il disparaîtra, cette époque prendra fin et
un nouvel état de choses physique et spirituel sera introduit.

L'autre phénomène attaché à ce temps troublé est décrit dans le mythe ancien. Loge, l'esprit
d'illusion, a trois enfants: le serpent Midgaard qui entoure la Terre en se mordant la queue, est
l'océan, lequel réfracte et dénature tout ce qui est immergé. Les hommes craignent le perfide
élément; ils ont toujours été effrayés à la pensée de ce qu'il peut faire lorsqu'il se déchaîne. Le
loup Fenris, l'atmosphère, est aussi un fils de l'illusion (optique) et l'effroyable grondement de
la tempête sème la terreur dans les coeurs les plus forts. Hel, la mort, "reine des terreurs", est
le troisième enfant de Loge. Avant l'entrée de l'homme dans cette existence concrète, comme
le décrivent à la fois le début de ce mythe et la Genèse, sa conscience était centrée sur les
mondes spirituels où les éléments illusoires, Loge (le Feu), Fenris (l'air) et le Serpent (l'eau)
n'existent pas. Par conséquent, la mort était inconnue. Mais durant la présente époque, alors
que la constitution du corps humain est sujette à l'action des éléments, la mort règne aussi.

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Au son de la trompette de Heimdal, tous les facteurs de destruction se pressent vers la plaine
Vigrid, la contrepartie d'Armageddon, où les dieux du credo et leurs partisans se sont
assemblés pour se défendre une dernière fois. Les fils de Muspel (feu physique) venant du sud
se précipitent et détruisent l'arc-en-ciel. Les Géants de Glace descendent du Nord. Fenris,
l'atmosphère, se déchaîne sur la Terre avec un effroyable rugissement. Sa rapidité est si
terrifiante qu'elle génère le feu; il est dit que sa mâchoire inférieure est sur la Terre, la
supérieure atteint le Soleil, et le feu ruisselle de ses narines. Il engloutit Wotan, le dieu qui
avait charge de l'âge de l'air, lorsque l'arc-en-ciel était dans les nuages. Midgaard le serpent,
ou l'élément liquide, est vaincu par Thor, le dieu du tonnerre et des éclairs, mais quand
finalement les décharges électriques ont détruit l'élément eau, il ne peut plus y avoir ni
tonnerre ni éclairs, puisque le mythe nous dit que Thor meurt des fumées du serpent. Notre
Apocalypse Chrétienne parle également du tonnerre et d'éclairs et dit que finalement, "il n'y
aura plus de mer".

Mais, de même que le phénix renaît de ses cendres, rajeuni et merveilleux, l'ancienne
prophétesse voyait une Nouvelle Terre plus belle et plus éthérée sortir de la grande
conflagration où "les éléments fondaient sous l'ardente chaleur" - elle l'appelait "Gimle". Elle
n'était pas sans population, car pendant la grande conflagration, un homme et une femme
appelés Lif et Liftharaser (lif signifie vie) avaient été sauvés et ils donnent naissance à une
nouvelle race qui vit en paix et près de Dieu:

"Je vois un palais Plus brillant que le Soleil, Tout recouvert d'or. Sur les sommets de Gimle,
Une race vertueuse Y aura sa demeure.

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Jouissant des bénédictions Pendant toute l'éternité. (...)

Là viendra le Tout Puissant, le Tout, le Père Au Conseil des dieux, Dans toute sa force venant
d'en-haut. Celui qui pense pour tous, Jugera et fera cesser les luttes. Il établira la paix Pour
toute l'éternité."

Ainsi, l'ancien mythe nordique enseigne, mais sous un angle différent, les mêmes vérités qui
se trouvent, plus amplement développées, dans les Ecritures Chrétiennes depuis la Genèse
jusqu'à l'Apocalypse, et il est important que nous comprenions la vérité de ces contes. Trop
nombreux, hélas! sont ceux qui appartiennent à la classe décrite par Pierre et disent: "Où est la
promesse de son avènement? car depuis que les pères sont morts, toutes choses continuent
comme elles étaient au commencement de la création". (2 Pierre 3:4). Bien peu comprennent
l'importance de ce passage du second chapitre de la Genèse "une vapeur montait de la terre et
arrosait toute la surface du sol" (versets 6 ), et ainsi, les enfants du brouillard ont dû être
physiologiquement différents de l'homme d'aujourd'hui qui respire l'air depuis le "Déluge"
lorsque le brouillard se condensa et devint l'océan. Mais, aussi certainement que ces
changements se sont produits dans le passé, ainsi un autre se produira prochainement. Il est
vrai qu'il peut ne pas survenir de notre temps, "personne ne connaît le jour ni l'heure, ni les
hommes, ni les Anges, ni le Fils" et l'avertissement de Noé doit être présent à notre esprit
(Matthieu 24:36-39; Marc 13:31-33; Luc 17:26-30; Actes 1:7. Ce jour-là, ils mangeaient et
buvaient, se mariaient étaient donnés en mariage, mais soudain, les eaux engloutirent tous
ceux qui n'avaient pas développé les conditions physiologiques requises, les poumons
nécessaires pour vivre dans la condition

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nouvelle, et ils périrent. L'Arche porta les premiers pionniers et les sauva de la catastrophe.
Pour affronter en toute sécurité le prochain bouleversement, une Robe Nuptiale est
indispensable et il est de la plus grande importance pour nous d'y travailler. C'est le sôma
psuchikon ou "corps de l'âme" mentionné par Paul (I Corinthiens 15:44), véhicule éthérique
d'une importance capitale; car lorsque les éléments actuels auront été dissouts dans le
changement à venir, comment survivrons-nous si, comme à présent, nous ne pouvons
fonctionner que dans notre corps dense?

A la race germano-anglo-saxonne, deux races succéderont encore avant que la Sixième


Epoque soit définitivement introduite, mais aujourd'hui, et de notre race est préparée la
semence du Nouvel Age. La mission de l'Ordre Rosicrucien, travaillant par l'intermédiaire de
"The Rosicrucian Fellowship", consiste à propager une méthode scientifique de
développement particulièrement adaptée aux peuples d'Occident, grâce à laquelle cette Robe
Nuptiale peut être tissée, pour nous permettre de hâter le jour du Seigneur.

TANNHÄUSER
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CHAPITRE 15 - TANNHÄUSER - L'alternance de la joie et de la douleur

Dans ce drame, il s'agit une fois de plus d'une ancienne légende. Elle a été donnée à
l'humanité par les Hiérarchies divines qui l'ont guidée le long du sentier du progrès par des
formules imagées, afin qu'elle absorbe subconsciemment les idéaux pour lesquels, en des vies
futures, elle devait lutter.

Dans l'ancien temps, l'amour était brutal; l'homme achetait l'épouse, la volait ou la prenait
comme butin de guerre. Il ne désirait que la possession du corps , de sorte que la femme était
un objet prisé par son maître pour le plaisir qu'elle lui procurait, et pour rien d'autre. Aucune
chance de s'exprimer n'était laissée aux plus hautes et plus fines qualités de sa nature. Il était
nécessaire de changer cet état de choses, faute de quoi les progrès de l'humanité auraient
cessé. Le fruit ne tombe pas loin de l'arbre. Quiconque naît d'une union brutale est brutal
aussi; et pour que l'humanité puisse s'élever, il fallait également élever le niveau de l'amour;
Tannhäuser est un effort dans cette direction.
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Cette légende s'appelle aussi "Le Tournoi des Troubadours", car les ménestrels d'Europe
étaient les éducateurs du Moyen Age; ils étaient des chevaliers errants, doués pour le chant et
la parole, voyageant par monts et par vaux, bienvenus et honorés à la cour et dans les
châteaux.

Leur influence était puissante dans la formation des idées et des idéaux du temps. Au tournoi
de chant qui avait lieu au Château de Wartburg, l'un des sujets était le suivant: la femme a-t-
elle ou non un droit sur son propre corps, droit de protection contre les excès licencieux de
l'époux et doit-elle être considérée comme une compagne aimée d'âme à âme ou comme une
esclave réduite à se soumettre aux ordres de son maître? C'était la question débattue.

Naturellement, il y a toujours à chaque changement ceux qui se déclarent pour les vieilles
coutumes contre les nouvelles. Les champions des deux causes prenaient part à cette
compétition de chants au Château de Wartburg.

La question est toujours d'actualité. Elle n'est pas encore résolue pour la majorité de
l'humanité, mais le principe énoncé est vrai: une race meilleure ne peut naître que si l'on s'y
conforme en élevant le niveau de l'amour. Ceci est particulièrement essentiel, surtout pour
celui qui aspire à la vie supérieure. Bien que le principe paraisse évident en soi, il n'est même
pas encore accepté par tous ceux qui se disent animés d'un grand idéal. Avec le temps, chacun
apprendra que l'humanité ne peut vraiment s'élever qu'en considérant la femme comme l'égale
de l'homme, car sous la Loi de renaissance, l'âme renaît alternativement dans les deux sexes,
et les oppresseurs d'un âge deviennent les opprimés du suivant.

L'erreur d'un double mode de conduite favorisant un sexe aux dépens de l'autre devrait
apparaître à quiconque croit aux vies successives par lesquelles l'âme

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progresse de l'impotence à l'omnipotence. Il a été amplement prouvé que, loin d'être inférieure
à l'homme, la femme l'égale pour le moins, et lui est très souvent supérieure dans de
nombreuses occupations mentales, bien que ceci n'apparaisse pas clairement dans le drame.

La légende nous dit que Tannhäuser, qui représente l'âme à un certain degré de
développement, a été déçu en amour parce l'objet de son amour, Elisabeth, est trop pure et
trop jeune pour qu'il puisse seulement se déclarer et lui demander de s'abandonner à lui.
Dévoré de désir passionné, il attire des conditions de même nature.

Nos pensées sont comparables à des diapasons qui éveillent des échos chez ceux qui sont
capables d'y répondre. Les pensées passionnées de Tannhäuser le conduisent donc à ce que
l'on nomme "la Montagne de Vénus".

L'histoire raconte comment il découvre la Montagne de Vénus, comment son aimable hôtesse
l'y attire et le retient par ses charmes dans les liens de la passion; ce conte, comme le "Songe
d'une nuit d'été" de Shakespeare, n'est pas entièrement basé sur l'imagination. Il y a des
Esprits dans l'air, l'eau et le feu et, sous certaines conditions, l'homme peut entrer en contact
avec eux. Peut-être pas tellement dans l'atmosphère électrique de l'Amérique, mais en Europe,
et particulièrement dans le nord, s'étend une atmosphère mystique, laquelle a quelque peu
rendu les gens capables de discerner ces élémentaux. La déesse de beauté, ou Vénus, dont il
est question, est réellement une de ces entités éthériques qui se nourrissent des émanations des
désirs inférieurs dont l'assouvissement provoque une grande dépense de force créatrice. De
nombreux esprits-contrôles, qui s'emparent des médiums, les incitent aux excès, à un
relâchement de moralité, agissant soi-disant pour le bien de leur âme et affaiblissant
sérieusement leurs victimes, appartiennent à cette classe

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excessivement dangereuse. Paracelse les mentionne sous l'appellation d'"incubes" et de


"succubes".

Le premier acte de Tannhäuser nous montre une scène de licencieuse débauche dans la grotte
de Vénus. Tannhäuser est agenouillé devant la déesse qui repose allongée sur une couche. Il
s'éveille comme d'un songe. Son rêve lui a inculqué le désir de revoir la terre, il le dit à la
déesse qui répond:

"Quelle sotte plainte! As-tu oublié Combien naguère tu avais souffert? Debout! prends ta
harpe, chante Aphrodite, Déesse de l'amour et du ravissement!"

Enflammé d'ardeur nouvelle, Tannhäuser saisit sa harpe et chante son éloge:

"Louange à toi! Tu accomplis des miracles; Que j'aime la douceur de tes embrassements, Les
cris de joie que tes plaisirs m'arrachent! Mon coeur a soif de jouissance; Tout mon être se
porte intensément vers toi. Ce qui est pour les dieux, tu me l'as fait connaître, Ce don de toi,
cette félicité sans nom. Mais hélas! je ne suis qu'un mortel, Et ton amour est trop surhumain
pour moi Qui ai besoin du changement. A force de plaisirs, j'aspire à la souffrance. O Reine, ô
déesse, laisse-moi partir!"

Lorsque l'humanité émergea de l'Atlantide et entra dans l'air d'Aryana, un arc-en-ciel brilla
pour la première fois dans le firmament comme le signe de la nouvelle époque. En ce temps, il
fut dit que tant que cet arc serait dans les nuages, les saisons ne cesseraient pas de changer;
jour et nuit, été et hiver, flux et reflux et tous les autres phénomènes alternants de la Nature se
suivraient en une succession ininterrompue (Genèse 9:13; 8:22). En musique, l'harmonie ne
peut pas toujours durer. La dissonance intervient par moments pour mettre en valeur la
mélodie. Il en est ainsi de la souffrance et de la

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douleur, de la joie et du bonheur, phénomènes également alternants . Nous ne pouvons pas


vivre dans un état sans désirer l'autre, pas plus que nous ne pouvons rester au ciel et passer par
des expériences que la Terre est seule à permettre. Et c'est justement cette poussée intérieure,
cette alternance de la joie à la douleur et inversement, qui pousse Tannhäuser à quitter la
grotte de Vénus, afin de pouvoir de nouveau connaître dans le monde l'effort et la lutte. Il
acquerra ainsi de nouvelles expériences que seule l'affliction pourra lui donner et oubliera les
plaisirs qui ne lui apportent aucun pouvoir de l'âme. Mais c'est une des caractéristiques des
forces inférieures que de toujours chercher à influencer une âme contre son gré, de s'efforcer
par tous les moyens de la détourner du droit chemin. Ainsi Vénus, qui représente ces pouvoirs
dans le drame de Tannhäuser, l'avertit et le dissuade.
"Je te vois déjà revenir vers moi Dans l'humiliation de ton âme rebelle, Foulé aux pieds,
contrit, me suppliant De te faire jouir de mes enchantements."

Mais Tannhäuser est ferme en sa décision. Son incitation intérieure est si forte que rien ne
peut l'arrêter. Bien qu'il soit encore sous le charme, il s'exclame avec ferveur:

"Tant que je vivrai, mon chant sera pour toi; D'aucun sujet moins beau il ne s'inspirera.
Source de beauté et d'aimable grâce, avec tes plus doux chants, tu attises Le feu qui dévore
mon coeur. Puisse sa flamme briller pour toi seule! Bien qu'avec chagrin je m'éloigne de toi,
Je ne cesserai pas d'être ton partisan, Mais je dois m'éloigner et fuir ton esclavage, Connaître
le monde et vivre de sa vie. J'ai soif de liberté, en dussè-je mourir; O Reine, ô déesse, laisse-
moi partir!"

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Ainsi, lorsque Tannhäuser quitte la grotte de Vénus, il s'est engagé à soutenir la cause du côté
vil et sensuel de l'amour. Il retourne dans le monde pour l'enseigner, car telle est la nature
humaine: tout ce que le coeur éprouve doit s'exprimer.

Connaissant bien la région, il dirige ses pas vers le Château de Wartburg où de nombreux
troubadours séjournent avec le seigneur et la dame du manoir qui sont des sortes de mécènes,
toujours désireux d'entendre leurs productions et leur font de généreux dons.

Il rencontre un groupe de troubadours qui se promènent dans les bois, et ceux- ci, ses amis
d'autrefois, surpris de le revoir après si longtemps, lui demandent d'où il vient. Sachant qu'un
sentiment général réprouve le commerce avec les forces élémentales inférieures de la nature,
Tannhäuser s'abstient de préciser où il séjournait et leur répond évasivement. Les ménestrels
lui apprennent alors qu'un grand tournoi de troubadours a lieu au château et l'invitent à y
prendre part.

Apprenant que le sujet du débat choral sera l'amour et que le prix sera offert au gagnant par
les mains de la ravissante fille du seigneur, Elisabeth, (la dame que Tannhäuser avait si
ardemment aimée et qui avait enflammé son âme dans le passé, à tel point que cet amour
l'avait conduit dans la grotte de Vénus) il espère, par l'ardeur qui l'inspire, persuader la jeune
fille d'écouter sa requête. Comme nous récoltons toujours une moisson de souffrance lorsque
nous agissons contrairement aux lois du progrès, Tannhäuser sème par cet acte la graine qui
lui donnera un jour la récolte de douleur qu'il souhaitait dans la grotte de Vénus.

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CHAPITRE 16 - TANNHÄUSER - Les troubadours, initiés du Moyen-Âge

A sa sortie de la grotte de Vénus, l'un des premiers sons qui accueillirent Tannhäuser fut le
chant d'une troupe de pèlerins se rendant à Rome pour obtenir le pardon de leurs péchés, et
ceci éveille en lui un accablant sentiment de sa propre culpabilité. Il s'agenouille et s'écrie,
profondément contrit:

"Louange à toi, ô Tout-Puissant, Grands sont les miracles de ta Grâce. Le sentiment du péché
me tourmente; son fardeau est trop lourd pour moi. Je n'ai pas la paix, ne trouve pas de repos
Tant que de toi je n'ai reçu le pardon."
Tandis que le découragement l'oppresse et qu'il se sent condamné à errer seul et malheureux
de par le monde à cause de son amour impie pour Vénus, les troubadours viennent à sa
rencontre, le reconnaissent et s'efforcent de le persuader de les accompagner au Château de
Wartburg mais, comme nous l'avons déjà dit, c'est son amour passionnel pour Elisabeth qui
l'attire en ces

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lieux, aussi il n'ose l'approcher. Wolfram von Eschenbach, comme dernier argument, apprend
à Tannhäuser qu'Elisabeth l'aime. Elisabeth n'avait plus assisté aux tournois de chant depuis le
départ de Tannhäuser, et Wolfram von Eschenbach, l'un des plus beaux et des plus purs
personnages de l'histoire médiévale, essaie d'assurer le bonheur d'Elisabeth en lui ramenant
Tannhäuser, bien qu'il l'aime et se brise le coeur en agissant de la sorte. Entendant cela, la
passion enflamme de nouveau l'âme de Tannhäuser, et il chante:

"Ah! tu me réjouis encore, Monde rayonnant que j'ai voulu fuir. Le ciel me sourit, la prairie
est en fleurs; C'est le printemps avec ses sons enchanteurs qui apaise mon chagrin. Un rayon
de splendeur Illumine mon âme. O joie, c'est elle!"

Elisabeth, le rencontrant au château, lui dit:

"Ce que j'aimais avait disparu: J'avais perdu la paix et la joie Depuis que j'avais entendu tes
chants. J'ai connu la souffrance et la félicité, Et depuis que tu as quitté ce lieu, La paix de mon
coeur s'en est allée. Nul ménestrel n'a pu me rendre ma joie; Tous les chants me semblaient
ternes et mornes. Dans mon sommeil, je me sentais angoissée; Eveillée, je méditais mes tristes
illusions. Oh! dis-moi, que m'as-tu donc fait?"

Et Tannhäuser de répondre:

"C'est l'amour qui t'inspire ce doux témoignage, C'est sa magie qui a touché ma harpe;
L'amour t'a parlé à travers mon chant, C'est lui qui m'amène vers toi."

Elisabeth avoue alors:

"O heure bénie de notre rencontre, ô pouvoir béni de l'amour!

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enfin je puis t'accueillir; Tu ne partiras plus à l'aventure. Maintenant que renaît la vie, Les
nuages de tristesse se dissipent Aux rayons du soleil de la joie."

Ainsi, Elisabeth a éveillé l'amour dans le coeur des deux ménestrels, Wolfram et Tannhäuser,
mais la différence de ces deux amours se fera sentir par la manière dont chacun interprète le
thème dans le tournoi de chant qui se déroule au second acte. Le seigneur de Wartburg ouvre
le concours par ces paroles:

"Comme aux temps de la guerre, où nos épées Combattaient pour l'honneur des chevaliers,
Ainsi, ménestrels qui avez lutté pour la vertu, Soutenez la vraie foi par vos chants et vos
harpes, Préparez-vous, entonnez un chant nouveau: Décrivez le véritable amour, afin Que
nous sachions le reconnaître, Et celui qui le plus noblement le fera. Elisabeth lui remettre sa
récompense."

Dans ces derniers vers, nous découvrons la véritable signification de la mission de la


chevalerie et des troubadours. C'était le devoir des chevaliers de faire la guerre, de défendre
par l'épée ceux qui en avaient besoin, de lutter vaillamment pour les faibles. Dans la mesure
où le chevalier observait le code de l'honneur en vogue, défendait le faible et restait loyal
envers ses amis comme ses ennemis, il apprenait les leçons du courage physique et moral,
indispensable à la croissance de l'âme.

Quiconque prend le sentier du développement spirituel est aussi un chevalier de haute


naissance, et il importe qu'il comprenne la nécessité de posséder les vertus exigées des
chevaliers d'autrefois, car sur le sentier spirituel il y a également des dangers et des
circonstances où le courage physique est demandé. L'Esprit, par exemple, ne peut parvenir à
la libération sans inconvénients

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physiques. La maladie accompagne généralement la croissance de l'âme à un degré plus ou


moins grand, et il faut du courage pour endurer les souffrances liées à cette acquisition pour
laquelle nous combattons tous, sacrifiant ainsi le corps à l'âme. La mission des ménestrels
consistait à développer ce courage et aussi à inculquer les plus hautes vertus. Tous les
troubadours avaient donc ce don de la poésie qui nous met en contact avec les vérités
spirituelles les plus élevées de la Nature, que l'humanité ordinaire ne ressent pas. De plus, de
nombreux troubadours du Moyen Âge étaient eux-mêmes des Initiés, ou peut- être des frères
lais. C'est pourquoi leurs paroles étaient souvent des perles de sagesse. On les considérait
comme des instructeurs, comme des sages, et ils étaient les amis de la véritable noblesse.

Il y avait naturellement des exceptions, cependant Tannhäuser n'était pas de celles-là. Nous
verrons qu'il avait l'âme noble en dépit de ses fautes, et en fait, nous devrions nous souvenir
que nous sommes tous des Tannhäuser avant de devenir des Wolfram. Nous répondons tous à
la définition de l'amour par Tannhäuser avant de parvenir à la conception spirituelle de
Wolfram, telle qu'elle est présentée dans le concours. Les noms sont tirés au sort pour savoir
qui commencera l'épreuve, et celui de Wolfram apparaît sur le premier bulletin. Il commence
ainsi:

"En considérant cette noble assemblée, comme le coeur s'emplit de joie à cette vue. Tous ces
héros vaillants, sages et aimables, comme de belles forêts de verdure et fraîcheur. A leur côté,
charmantes et vertueuses, Voici une guirlande de dames et demoiselles. Leur gloire à toutes
éblouit le spectateur. Mon chant se tarit à cette rare vision; Je lève mon regard sur celle dont
la splendeur Rayonne dans ce ciel d'une douce lueur. En contemplant ce tendre et doux
rayonnement, Mon coeur se recueille en prière et en rêve sacré.

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Et voici: la source de tout délice et pouvoir Est alors révélée à mon âme attentive. De ses
profonds abîmes découle toute joie, Tendre baume qui guérit toute affliction. Puissé-je ne
jamais ternir ses eaux limpides, Ni oser les troubler par de pervers désirs. Je veux t'adorer de
mon âme recueillie, Vivre et mourir pour toi est le voeu de mon coeur. C'est donc ainsi,
devant votre noble assemblée, Que je conçois le tendre et véritable amour."
A la fin du chant de Wolfram, Tannhäuser semble sortir en sursaut d'un rêve. Il se lève et
chante:

"Moi aussi, j'ai bu à cette source de plaisir; J'ai connu, Wolfram, ce que tu as connu. Qui
oserait prétendre ignorer ses eaux? A moins que le désir ne consume mon âme, Je ne saurais
jamais m'approcher de ses bords. C'est une ardente soif que je dois apaiser; A pleines gorgées,
je me délecte de l'extase Qui rafraîchit mon coeur et me redonne vie. O source de joie, laisse-
moi te posséder, La crainte et le doute devant toi s'envoler; Que des transports ineffables me
ravissent! C'est pour toi seule que mon coeur veut battre, Que je brûle du désir de détenir cette
splendeur. Je te dis, Wolfram, c'est ainsi que je décris Ce que j'ai éprouvé du véritable
amour."

Nous avons ici une fidèle description des deux extrêmes de l'amour, celui de Wolfram étant
l'amour de l'âme pour l'âme, Tannhäuser exprimant l'amour des sens. L'un est l'amour qui
cherche à donner, l'autre demande la possession afin de recevoir. Ce n'est que le début du
tournoi, mais ces définitions étant les premières données par les deux principaux interprètes
de l'amour, il est utile de noter que Wolfram von Eschenbach défend un amour nouveau et
plus beau qui remplacera la conception primitive. Même de nos jours, malheureusement, on
entretient l'idée que la possession est la signature de l'amour. Ceux qui

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croient à la renaissance en des sexes alternés devraient, puisque l'âme est bissexuelle et que
nos corps contiennent des organes rudimentaires appartenant au sexe opposé, être convaincus
que chaque être humain doit obtenir, en toute justice, indépendamment de la polarité de son
corps dense, les mêmes privilèges que l'autre.

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CHAPITRE 17 - TANNHÄUSER - Le péché impardonnable

Durant le concours, la majorité des troubadours chantent l'idéal céleste et sublime de


l'affection de l'âme pour l'âme, et à chaque fois, Tannhäuser donne un démenti passionné,
défendant le côté sensuel de l'amour. Enfin, exaspéré par l'apparente banalité de ce qu'il
considère comme des platitudes sentimentales, il leur crie: "Allez à Vénus, elle vous montrera
l'amour".

Cette remarque révèle son coupable secret. Tous comprennent qu'il a commis l'inexpiable
péché sous son pire aspect: les relations avec une entité éthérique, et le sentant dépravé au-
delà de toute rédemption, ils se jettent sur lui l'épée à la main et l'auraient certainement tué si
Elisabeth n'était pas intervenue en sa faveur, en demandant que la vie ne lui soit pas ôtée en
état de péché, mais qu'une chance de repentir lui soit donnée. A ce moment, l'on entend
chanter un groupe de pèlerins dans le lointain, et les troubadours acceptent de lui laisser la vie
s'il part implorer le pardon du Saint-Siège à Rome.

Lorsque Elisabeth révèle le chagrin de son coeur dans son intercession en faveur de
Tannhäuser, il découvre enfin l'énormité de ses péchés, et le

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sentiment accablant de sa dépravation l'envahit. C'est pourquoi il accepte avec empressement
la suggestion qui lui est faite; il rejoint les pèlerins et part pour Rome. Ame forte, il ne fait
rien à demi, sa contrition est sincère autant qu'était endurci son péché. Tout son être désire
ardemment se purifier de la souillure afin de pouvoir aspirer à l'amour élevé et noble éveillé
dans son coeur par Elisabeth.

Les autres pèlerins chantaient des psaumes de louange, mais il osait à peine penser à la
lointaine Rome, et disait: "Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur". Tandis que ses
compagnons dormaient et se restauraient dans les hospices rencontrés en chemin, il se
couchait dans la neige. Quand les autres foulaient de bonnes routes, il marchait dans les
ronces. Lorsqu'il parvint en Italie, il se voila les yeux pour éviter de jouir des beautés de ce
pays, et voyagea ainsi vers la Ville Eternelle.

Finalement, le matin où il devait voir le Saint-Père arriva, et l'espoir revint en son coeur.
Toute la journée il attendit patiemment tandis que des milliers d'autres passaient près de lui,
l'extase du ciel répandue sur leur visage, et recevaient le pardon qu'ils imploraient et
s'éloignaient le coeur plus léger, heureux et prêts pour un nouveau départ.

Son tour vint enfin. En cette auguste présence, il attendit patiemment le message du Saint-
Père, mais au lieu des paroles affectueuses qu'il espérait pour lui rendre le bonheur, il entendit
ces mots foudroyants: "Si tu t'es associé aux démons, il n'y a pour toi nul pardon, ni dans le
ciel ni sur la Terre. La crosse que je tiens reverdirait plutôt que tes péchés ne soient
pardonnés".

A ce verdict impitoyable, la dernière lueur d'espoir s'éteignit en Tannhäuser, et la luxure, en


rapport avec le sang, se réveilla toute-puissante. Son amour tourna en haine et, bouillant de
colère, il maudit le ciel et la Terre, jurant

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que s'il ne pouvait avoir le véritable amour il retournerait à la grotte de Vénus; puis éloignant
de lui ses compagnons, il partit seul pour rentrer au pays.

Durant ce temps, la pure et chaste vierge pour qui l'amour de Tannhäuser s'était éteint,
implorait sans cesse le pardon du pécheur. Elle attendait pleine d'espoir le retour des pèlerins,
mais lorsqu'ils arrivèrent enfin, sans Tannhäuser, le désespoir la saisit. Sentant qu'il n'y avait
pas d'autre issue, elle quitta ce monde pour présenter personnellement sa requête au Trône de
Grâce devant notre Père Céleste. Au retour, Tannhäuser croise le cortège funèbre. Une
indicible peine le saisit à cette vue. Alors un autre groupe de pèlerins arrive à son tour et
raconte qu'un grand miracle s'est produit à Rome. La crosse du Pape a reverdi pour révéler
que la rémission, refusée au pécheur sur Terre, avait été accordée au ciel.

Bien que la légende soit enrobée d'une phraséologie catholique et médiévale, et que nous
puissions ne pas tenir compte de l'idée qu'un homme ait le pouvoir de pardonner le péché ou
d'en refuser la rémission, elle contient des vérités spirituelles dont la pertinence s'accroît avec
les années. Elle traite du péché impardonnable, le seul qui ne puisse être absout, mais qui
doive être expié. Nous savons que Jéhovah est le plus haut Initié de la Période de la Lune, le
chef des Anges qui, durant le présent Jour de Manifestation, travaillent avec notre humanité
par les forces Lunaires. Il est l'auteur de la génération et le premier facteur dans la gestation,
le dispensateur de la postérité à l'homme et à l'animal, utilisant le rayon lunaire comme
véhicule de travail pendant les moments favorables à la génération. Jéhovah est un Dieu
jaloux de sa prérogative, et c'est pourquoi lorsque les hommes eurent goûté au fruit de l'arbre
de la connaissance et pris la libre initiative en matière de

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procréation, Jéhovah les chassa du paradis pour errer dans le désert (wilderness) du monde. Il
n'y avait pas de pardon. Ils doivent expier ce péché dans le travail et la douleur, récoltant le
fruit de leurs transgressions.

Avant la Chute, l'humanité ne connaissait ni bien ni mal. Les humains agissaient selon les
directives données, rien de plus. En se chargeant eux- mêmes de la génération, ils apprirent,
par la souffrance et la douleur qui résultèrent de cette transgression, la différence entre le bien
et le mal: ils devinrent capables de choisir. C'est un grand privilège qui compense plus que
largement la souffrance et la peine que l'homme endure en expiation de cette offense commise
contre la Loi de la Vie en accomplissant l'acte créateur lorsque les rayons stellaires sont
défavorables, causant ainsi une parturition douloureuse et une multitude d'autres maladies
dont l'humanité hérite de nos jours.

Dans cet ordre d'idées, on peut mentionner que la Lune gouverne le signe du Cancer et que le
cancer, dans sa forme maligne, ne permet pas de guérison, malgré les nombreux remèdes que
la science produit de temps à autre. Les recherches effectuées dans les vies antérieures de
malades souffrant du cancer ont prouvé dans chaque cas qu'ils avaient été excessivement
sensuels dans les existences précédentes; cependant, je ne puis pas dire qu'il s'agisse d'une loi,
car les recherches faites n'ont pas été suffisamment nombreuses pour l'établir. Il est
néanmoins significatif que Jéhovah, le Saint-Esprit, gouverne les fonctions de procréation par
la Lune, que la Lune gouverne le Cancer, et que ceux qui abusent de la fonction sexuelle à un
degré très marqué et bestial sont affectés plus tard de ce mal incurable, nommé cancer. Ceci
confirme d'ailleurs l'enseignement de la Bible selon lequel tout peut être pardonné, sauf le
péché contre le Saint-Esprit.

Un lien mystique existe entre les Chérubins à l'épée flamboyante du Jardin d'Eden et les
Chérubins à la fleur épanouie devant la porte du temple de Salomon; entre la lance et la coupe
du Graal, entre le rameau d'Aaron qui

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avait fleuri et la crosse du Pape qui avait reverdi, ainsi qu'avec la mort de la pure et chaste
Elisabeth dont l'intercession avait effacé la tache qui souillait l'âme de Tannhäuser dans ses
errements. Celui qui ne connaît pas les affreux tourments de la tentation ne peut comprendre
la condition de celui qui succombe. Le Christ lui-même a ressenti dans le corps de Jésus toute
la passion et toutes les tentations auxquelles nous sommes sujets, et il est dit que c'était dans
le dessein de Le rendre, en tant que Grand-Prêtre, miséricordieux envers nous. Qu'Il ait été
tenté prouve que la tentation elle- même n'est pas un péché. C'est y céder qui est un péché; Il
était donc sans péché. Quiconque peut subir la tentation et y résister est hautement évolué;
mais souvenons-nous que personne, dans la présente humanité, n'est encore parvenu à ce
degré de perfection, et que nous sommes meilleurs pour avoir péché et souffert en
conséquence, jusqu'à ce que nous soyons devenu conscients du fait important que la voie du
transgresseur est rude et que nous ayons pris le sentier de la vertu: là seulement se trouve la
paix intérieure. De tels êtres sont à un niveau de développement bien plus élevé que ceux qui
vivent une existence pure grâce à la protection de leur milieu. Le Christ a mis ce fait en
évidence lorsqu'Il a dit qu'il y aurait plus de réjouissances pour un pécheur repenti que pour
quatre-vingt-dix-neuf justes n'ayant aucun besoin de repentance.

Une distinction très importante doit être faite entre l'innocence et la vertu, mais il est encore
plus important de comprendre l'erreur de notre double code de morale , qui accorde des
libertés, ou plutôt les pardonne, à l'homme, et en même temps affirme qu'un faux pas de la
femme ruine sa vie. Si je choisissais une épouse aujourd'hui, pour apprendre ensuite que sa
vie a été assombrie par une erreur dont elle a pâti, je saurai qu'elle a connu la souffrance,

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développant ainsi la compassion et la tolérance, acquérant des qualités qui feraient d'elle une
compagne meilleure et plus compréhensive que celle demeurée "innocente" sur le seuil de la
vie, exposée à être la proie de la première tentation rencontrée.

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CHAPITRE 18 - TANNHÄUSER - La crosse qui reverdit

Dans le prologue de Faust, Goethe prête à Dieu les paroles suivantes au sujet de son héros:

"Il me sert aujourd'hui avec égarement, Mais je le conduirai bientôt à la lumière. Sur le jeune
arbre bourgeonnant, le jardinier Entrevoit fleurs et fruits des futures années."

Ce fait, actuel, s'applique à toute l'humanité; présentement, nous servons Dieu imparfaitement
à cause de notre vision limitée. Nous n'avons pas la perception réelle, vraie, de ce qui est
demandé et nous ne savons pas comment utiliser les talents dont nous sommes doués.
Néanmoins Dieu, par le processus de l'évolution, nous conduit constamment dans une lumière
de plus en plus grande, et par degrés nous cesserons d'être improductifs spirituellement, nous
fleurirons et porterons des fruits. Ainsi nous serons capables de servir Dieu comme nous le
voudrions et non comme nous le faisons.

Ce qui précède s'adresse à tous en général, et particulièrement à ceux qui Sont exposés, en
tant qu'instructeurs, car naturellement, là où la lumière est

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la plus vive, les ombres sont aussi les plus épaisses, et les imperfections de ceux qui, parmi
nous, doivent supporter le fardeau d'instruire, sont pour cette raison plus remarquées.

Dans l'histoire de Tannhäuser, le Pape ferme la porte de l'espérance au pénitent parce que la
lettre de la loi l'exige, mais l'on n'abolit pas ainsi la miséricorde de Dieu. La crosse du Pape
reverdit pour prouver que le pénitent a été pardonné en raison de son sincère repentir, et le
mal a été effacé de l'enregistrement fait sur l'atome-germe. Ainsi, par une loi supérieure, une
loi inférieure est remplacée.

Il y a dans cette légende de la crosse du Pape une similitude avec le récit du Saint-Graal et de
la lance; avec l'histoire du rameau d'Aaron qui avait aussi fleuri, et le bâton de Moïse qui fit
jaillir l'eau du rocher. Toutes ont un rapport important avec le problème de la vie spirituelle
du disciple qui aspire à suivre le sentier de la vie supérieure et cherche comme Kundry, à
réparer les mauvaises actions de ses vies antérieures par une vie présente de service envers le
soi supérieur. La légende du Graal établit une distinction entre le calice du Graal et le Sang
Purificateur qu'il contient.

On raconte comment Lucifer perdit la plus précieuse gemme de sa couronne en luttant contre
l'Archange Michaël au-dessus du corps de Moïse; elle se détacha au cours de la mêlée. Cette
pierre incomparable, une émeraude nommée "Exilir" tomba dans l'abîme, mais fut recouvrée
par les anges, et, de cette pierre fut formé le calice ou Saint-Graal qui, plus tard, reçut le Sang
Purificateur qui coula du flanc du Sauveur lorsqu'il reçut le coup de lance du centurion.
Notons d'abord que ce joyau était une émeraude: elle était verte, et le vert est une
combinaison du bleu et du jaune; le vert est, de ce fait la couleur complémentaire de la
troisième couleur fondamentale, le rouge. Dans le Monde Physique, le rouge a tendance à
exciter et à éveiller l'énergie, tandis que le

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vert calme et rafraîchit, mais c'est le contraire qui se passe lorsque nous considérons ce fait du
point de vue du Monde du Désir. Ici, la couleur complémentaire est active et a sur nos désirs
et nos émotions l'effet que nous attribuons à la couleur physique. Ainsi la couleur verte de la
pierre perdue par Lucifer montre quelle est sa nature et son effet. Cette pierre est l'antithèse de
la Pierre Philosophale. Elle a le pouvoir d'attiser les passions et de générer l'amour sexuel,
vice opposé à l'amour chaste et pur symbolisé par la pierre blanche de l'Apocalypse (2:17),
qui est l'amour de l'âme pour l'âme. Comme cet effet des couleurs complémentaires est bien
connu, même s'il n'est pas consciemment perçu, nous parlons aussi de la jalousie qui est
engendrée par l'amour impur, comme du monstre aux yeux verts.

Le Saint-Graal trouve sa réplique dans le calice de la plante, qui contient la semence, et qui
est vert. Le feu créateur sommeille dans le calice, et le même phénomène doit se manifester
en ceux qui prennent le sentier de la quête du Saint-Graal. La volonté est la qualité masculine
de l'âme; l'imagination en est la qualité féminine. Lorsque la volonté est l'attribut le plus fort,
l'âme se sert d'un vêtement masculin dans une vie, et dans une autre, où la qualité
d'imagination l'emporte, elle prend une forme féminine. Ainsi, sous la Loi des Alternances qui
prévaut durant le présent âge de l'arc-en-ciel, l'âme prend un véhicule différent à chaque vie,
mais que le genre soit féminin ou masculin, l'organe du sexe opposé est présent, bien que non
développé. Ainsi l'homme est maintenant à la fois masculin et féminin, et il le sera aussi
longtemps que nous aurons des corps denses.

Loin dans le passé, lorsque sa conscience était centrée dans le monde spirituel, l'homme était
une parfaite unité créatrice avec les deux organes sexuels également développés, comme de
nombreuses fleurs de nos jours. Il était alors capable de générer un corps neuf lorsque l'ancien
était usé, mais

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en ce temps-là, il n'était pas aussi conscient du fait qu'il avait un corps, comme il l'est de nos
jours. Alors certains pionniers, voyant plus clairement que les autres, annonçaient à leurs
contemporains ce fait étonnant que l'homme avait un corps. Ils rencontraient souvent un
scepticisme semblable à celui que l'on témoigne aujourd'hui à ceux qui affirment que nous
avons une âme.
Ainsi, l'histoire symbolique de Lucifer perdant la gemme verte est celle de l'homme qui,
cessant de se connaître lui-même, commença à connaître sa femme. C'est aussi celle de la
perte du Graal et de la seule manière de le retrouver par la purification de la passion qui
charge le sang physique contenu à l'origine dans cette coupe verte.

A un moment propice de l'année, ni trop tôt, ni trop tard, les rayons émanant des corps
célestes pénètrent la semence dans la terre, éveillant sa force génératrice latente. Alors une
nouvelle plante jaillit du sol pour embellir à nouveau la Terre. Ainsi, l'acte de génération est
accompli en parfaite harmonie avec la Loi de la Nature, et un élément de beauté est généré
pour orner la Terre. Le résultat est différent chez les humains depuis l'éveil de la faculté
féminine d'imagination par Lucifer.

A présent, la procréation est accomplie sans tenir compte des rayons solaires propices, aussi le
péché et la mort ont fait leur apparition dans le monde. Depuis ce temps, la lumière spirituelle
a décliné et maintenant nous sommes aveugles à la gloire céleste.

Entre les mains des chefs divins de l'humanité dont l'un d'eux était personnifié par Aaron, le
rameau vivant était un véhicule de pouvoir. Plus tard, le rameau fleuri sécha et fut rangé dans
l'Arche, mais nous ne devons pas en conclure qu'il n'y a pas de rédemption; car si l'homme a
été exilé de l'état céleste quand la pierre verte de la passion et du désir est tombée de

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la couronne de Lucifer, lequel conduisait l'homme à la dégénérescence par la procréation , il


existe également la pierre blanche, la Pierre Philosophale, symbole d'émancipation. En
utilisant le pouvoir de procréation pour la régénération, nous triomphons de la mort et du
péché, ce qui nous donne l'immortalité et nous conduit au Christ.

Tel est le message de l'histoire de Tannhäuser. La passion est un poison. L'abus de la


génération sous l'influence de Lucifer a été un moyen de nous faire descendre dans les
ténèbres de la dégénérescence, mais le même pouvoir tourné dans la direction opposée et
utilisé aux fins de régénération est capable de nous élever hors des ténèbres jusqu'à un état
céleste, quand nous aurons ainsi gagné la bataille. Par la passion, l'Esprit a été cristallisé en un
corps dense et par la chasteté seulement les entraves peuvent se relâcher, car le ciel est la
demeure de la virginité , et les entraves qui nous retiennent ne peuvent être brisées qu'en
élevant l'amour du sexe pour le sexe jusqu'à l'amour de l'âme pour l'âme. Ensuite, quand nous
apprendrons à concevoir d'une façon immaculée, des sauveurs naîtront qui détacheront les
liens de péché et d'affliction qui nous lient actuellement.

En réalisant cet idéal, rappelons-nous cependant que la suppression des désirs sexuels n'est
pas le célibat; l'esprit doit y concourir et nous devons volontairement nous abstenir de
l'impureté. Ceci peut se faire seulement par ce que le mystique appelle "trouver la femme en
lui-même"; pour la femme c'est naturellement "trouver l'homme en elle-même". Lorsque nous
avons trouvé cela, nous parvenons au point où nous pouvons vivre une vie aussi pure que
celle de la fleur.

Pour compléter ce que nous venons de dire, il est bon de rappeler que le "Gardien du seuil"
que nous devons rencontrer avant de pouvoir pénétrer dans les mondes hyperphysiques, a
toujours l'apparence d'une créature du sexe
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opposé. Pourtant, il semble être nous-mêmes. Et plus nous aurons été licencieux ou luxurieux,
plus effroyable sera l'apparence du monstre, et Parsifal, debout devant Kundry, repoussant ses
avances ce qui la transforme en un être malfaisant et horrible, symbolise l'instant précis où le
candidat se trouve face à face avec le Gardien, avant que la lance soit remise entre ses mains.

LOHENGRIN
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CHAPITRE 19 - LOHENGRIN - Le chevalier au cygne

Parmi les opéras de Wagner, Lohengrin c'est peut-être le plus apprécié de la majorité du
public, probablement parce que l'histoire, à première vue, est simple et belle. La musique en
est d'un caractère exquis et, comprise de tous, elle reste inégalée par les autres opéras de
l'auteur, fondés sur des mythes tels que Parsifal, l'Anneau du Niebelung, ou même
Tannhäuser.

Bien que ces dernières oeuvres affectent puissamment les auditeurs pour leur plus grand profit
spirituel (qu'ils soient conscients de ce fait ou non), elles ne plaisent pas au grand public,
particulièrement en Amérique où l'esprit de mysticisme est moins fort qu'en Europe.

Il en est autrement avec Lohengrin. L'histoire, ici, se passe au temps où la chevalerie était
florissante et, bien que l'arrivée de Lohengrin et du cygne, en réponse à une prière d'Elsa,
relève de la magie, ce n'est qu'une fantaisie poétique sans signification très profonde. Ce
mythe révèle une des exigences suprêmes de l'Initiation, qui est la foi.

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Quiconque n'a pas cette vertu ne l'obtiendra jamais. La foi pallie une infinité d'imperfections
dans d'autres directions.

L'intrigue se résume ainsi: l'héritier du duché de Brabant a disparu. Il n'est encore qu'un
enfant, et a une soeur, Elsa, l'héroïne du drame. Dès le premier acte, elle est accusée par
Ortrud et Telramund, ses ennemis, d'avoir fait disparaître son jeune frère pour prendre
possession du duché. Elle a été convoquée devant la cour royale pour se défendre contre ses
accusateurs, mais au début de la scène, aucun chevalier n'est encore venu pour épouser sa
cause et se mesurer à ses détracteurs. Alors, apparaît sur la rivière, un cygne portant un
chevalier qui se dirige vers le tribunal. Il saute sur le rivage et s'offre à défendre Elsa à
condition qu'elle l'épouse. Elle accepte volontiers, car il ne lui est pas étranger; elle l'a souvent
vu dans ses rêves et a ainsi appris à l'aimer. Telramund est vaincu dans le duel qui l'oppose au
chevalier inconnu, mais sa vie est épargnée par le conquérant magnanime, lequel présente
alors Elsa comme sa fiancée. Il avait toutefois posé une autre condition: qu'elle ne lui
demande jamais qui il est, ni d'où il vient. Comme il paraît bon et noble et qu'il est venu en
réponse à sa prière, elle n'émet pas d'objection à cette condition, et le couple se retire dans la
chambre nuptiale.

Bien que temporairement battus, Ortrud et Telramund n'abandonnent pas leur conspiration
contre Elsa, et leur nouveau projet consiste à instiller de mauvaises pensées dans son esprit,
contre son noble protecteur, afin qu'elle le renvoie et retombe à leur merci; car ils espèrent
finalement s'emparer du duché dont Elsa et son frère sont héritiers. Pénétrés de cette idée, tous
deux se présentent à la porte d'Elsa et réussissent à se faire écouter. Ils déclarent regretter
profondément ce qu'ils ont fait, ajoutant qu'ils sont pleins de sollicitude pour le bonheur
d'Elsa. Ils sont peinés, disent-ils,

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qu'elle ait été prise par quelqu'un dont elle ne connaît même pas le nom et qui craint tellement
que son identité soit connue qu'il lui a défendu, sous peine de la quitter, de lui demander son
nom.

Il y a certainement, insinuent-ils, un événement dans sa vie dont il est honteux et qui ne


supporterait pas la lumière du jour, sinon pourquoi veut-il cacher son identité et ses
antécédents à celle qui fait désormais partie de sa vie?

Par ces arguments, ils éveillent le doute dans l'âme d'Elsa; après cette conversation, elle
revient, toute changée vers Lohengrin. Il remarque le changement survenu en elle et lui en
demande la raison. Elle admet donc qu'elle a des incertitudes à son sujet et qu'elle voudrait
connaître son nom. Elle a ainsi transgressé la condition qu'il lui avait imposée, et il lui dit
qu'ayant maintenant exprimé un doute sur lui, il lui est impossible de rester. Ni les pleurs, ni
les protestations ne peuvent changer cette résolution. Ils se dirigent donc tous deux vers la
rivière où Lohengrin appelle son fidèle cygne. Lorsqu'il le voit revenir, il révèle enfin son
identité et dit: "Je suis Lohengrin, le fils de Parsifal". Quant au cygne, il se transforme alors
devant tous, et Elsa reconnaît en lui son frère. Il devient désormais son protecteur à la place de
Lohengrin.

Comme déjà précisé, l'histoire de Lohengrin contient une des plus importantes leçons à
apprendre sur le sentier de la connaissance. Nul n'obtiendra jamais l'Initiation avant qu'elle
n'ait été apprise. Pour bien saisir ce point, examinons d'abord le symbole du cygne, ce qu'il
représente, et pourquoi il est employé. Ceux qui ont vu l'opéra, Parsifal, ou qui ont lu
attentivement la littérature sur le Graal, savent déjà que le cygne était l'emblème porté par
tous les Chevaliers du Graal. Dans cet opéra, il est dit que deux cygnes préparent un bain
calmant pour le roi malade Amfortas. Parsifal ayant abattu

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un de ces cygnes, les chevaliers du Graal manifestent beaucoup d'affliction devant cette
cruauté injustifiée.

Le cygne est capable de se mouvoir dans plusieurs éléments. Il peut voler très rapidement
dans les airs, glisser majestueusement sur l'eau et, avec son long cou, il peut même explorer
les eaux à la recherche de tout ce qu'il pourrait trouver au fond d'un étang peu profond. Il est
donc un symbole approprié de l'Initié qui, par le pouvoir développé en lui, est capable de
s'élever vers les royaumes plus élevés et de se mouvoir en différents mondes. Comme le
cygne vole dans l'espace, ainsi celui qui a développé les pouvoirs de son corps de l'âme peut
voyager dans ce véhicule au-dessus des lacs et des montagnes; de même que le cygne plonge
sous les eaux, l'Initié peut plonger sous la surface de la mer dans son corps de l'âme, lequel ne
court de danger ni dans le feu, ni dans la terre, l'air ou l'eau. En fait, c'est l'une des premières
choses que les Aides Invisibles doivent apprendre: ils sont immunisés contre les dangers que
peut rencontrer le corps dense, lorsqu'ils sont revêtus de cette "Robe Nuptiale d'Or" dont nous
avons déjà beaucoup parlé. Ainsi ils peuvent entrer dans un bâtiment en flammes en toute
sécurité et y assister ceux qui sont en danger, d'une manière parfois miraculeuse; ou ils
peuvent pénétrer à bord d'un navire qui sombre et soutenir le courage de ceux qui vont devoir
affronter le grand changement.

L'ancienne mythologie scandinave raconte comment les nobles guerriers des temps anciens
chantaient leur chant du cygne lorsqu'après avoir combattu dans la bataille ils étaient
finalement vaincus ou mortellement blessés. Toutefois, il ne s'agissait pas du combat brutal
mené sur le champ de bataille avec l'épée et la lance; mais au sens caché, c'était plutôt le
combat intérieur d'une âme noble qui, ayant lutté courageusement dans la bataille de la vie,
atteignait enfin le degré de perfection possible en ce temps-là et chantait son chant du cygne:
cela signifiait qu'il prononçait son voeu d'Initiation et

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devenait capable de pénétrer dans un autre royaume pour y aider les autres comme il l'avait
fait ici; car secourir les faibles et les accablés a toujours été le devoir sacré d'un noble
chevalier.

Elsa est la fille d'un roi, elle est donc de la plus haute et plus noble naissance. Personne s'il
n'est aussi bien né , ne peut prétendre aux services d'un chevalier tel que Lohengrin. Il n'y a
évidemment ni haut ni bas dans l'humanité, sauf en ce qui concerne notre degré sur l'échelle
de l'évolution. Quand une âme est depuis longtemps sur la scène de la vie, qu'elle a suivi
l'école pendant de nombreuses existences, elle acquiert graduellement cette noblesse qui
provient des leçons apprises et du travail accompli dans la direction indiquée par les Frères
Aînés qui nous enseignent à présent les leçons de la vie. La noblesse gagnée par
l'empressement à accomplir les actes de charité envers nos frères moins avancés est la clé
pour l'obtention de cette faveur, et c'est pourquoi, lorsque Elsa était dans la détresse, une âme
noble est envoyée pour l'instruire et la guider.

L'Apocalypse, le Livre de la Révélation, (19:7-9) nous parle du mariage mystique de l'Epouse


et de l'Agneau. Ce mariage fait partie de l'expérience de chaque âme, et toujours en des
circonstances similaires. Une des premières conditions est que l'âme soit abandonnée par tous:
elle doit se trouver seule, sans un ami au monde. Lorsque ce point a été atteint, quand l'âme ne
voit de secours d'aucune source terrestre, lorsqu'elle se tourne de tout son coeur vers le ciel et
prie pour la délivrance, alors vient le libérateur et aussi l'offre de mariage. En d'autres termes,
le véritable Instructeur vient toujours en réponse aux prières ferventes de l'aspirant, mais
jamais avant qu'il ait abandonné le monde et ait été abandonné par lui. Il offre de s'occuper de
celui qui désire ainsi ardemment être guidé, et il triomphe aussitôt du mensonge par l'épée de
vérité mais, ayant donné cette preuve, il exige une foi absolue, inconditionnelle. Veuillez bien
vous rappeler - et que

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ces mots se gravent dans votre esprit et dans tout votre être en lettres de feu - que si
l'Instructeur a répondu à la prière, (à celle qui ne consiste pas seulement en mots mais en une
vie d'aspiration), il vous donnera la preuve indubitable, irréfutable, de son pouvoir et de sa
faculté d'enseigner, de guider et d'aider; et ensuite, l'exigence est requise d'une foi absolue en
lui, sans quoi il lui est impossible de travailler avec l'aspirant.

Voici la grande leçon enseignée par Lohengrin, et elle est d'une importance capitale, car de
nos jours, des milliers de personnes cherchent ça et là un instructeur. Certaines prétendent
même l'avoir trouvé ou s'abusent à ce sujet; mais la condition énoncée dans Lohengrin est
réelle. L'Instructeur doit, veut et prouve réellement son pouvoir. On le reconnaît à ses fruits;
alors en retour il exige la loyauté , et à moins que cette foi, cette loyauté, cet empressement à
servir, cette bonne volonté d'accomplir tout ce qui est exigé, soient présentes chez l'aspirant,
les relations seraient rompues. Si brûlantes que soient les larmes de repentance de l'aspirant
qui a failli à la loyauté envers l'Instructeur, si sincère que soit son repentir, la prochaine
occasion ne se représentera pas dans la vie présente.

Il est donc de la plus haute importance que ceux qui cherchent l'Initiation comprennent que
quelque chose leur est dû de la part de celui qui se dit instructeur, avant qu'ils l'acceptent. Il
doit leur montrer le fruit de ses oeuvres car, ainsi que le Christ le dit: "Vous les reconnaîtrez à
leurs fruits" (Matthieu 7:16). Ceci, le véritable Instructeur le fait toujours sans qu'on le lui
demande et sans paraître le faire , ni vouloir donner un signe. Il apporte toujours en
témoignage indubitable de sa connaissance supérieure et de son pouvoir, une preuve
irréfutable à laquelle peut s'attacher l'esprit de l'aspirant. Lorsque cela a été démontré, il est
absolument essentiel que l'aspirant fasse acte de loyauté envers l'Instructeur ; quels que soient
les propos qu'il entend ou les écrits qu'il a l'occasion de lire, l'aspirant ne

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doit pas se laisser distraire, mais résolument s'accrocher au fait prouvé, rester fermement
attaché à ce qu'il croit et soutenir fidèlement celui dont il attend les enseignements, car si cette
foi fait défaut, il est inutile de continuer les relations.

Il est toutefois très significatif, comme nous l'apprend la scène finale, que le frère d'Elsa ait
été le cygne qui avait conduit Lohengrin, et qu'il ait repris sa forme naturelle au départ de
Lohengrin. Il avait passé par l'Initiation. Puisqu'une âme avancée connaît les luttes d'autrui, il
connaissait les tourments de sa soeur, mais bien qu'il ait connu l'épreuve de cette aspirante, ou
âme soeur, il ne redoutait rien, car n'était-il pas l'intermédiaire qui lui apportait l'aide dont elle
aurait pu profiter éternellement si elle était demeurée aussi fidèle que lui ?