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UNIVERSITÉ DE YAOUNDÉ II

THE UNIVERSITY OF YAOUNDE II


INSTITUT DES RELATIONS INTERNATIONAL RELATIONS INSTITUTE
INTERNATIONALES DU CAMEROUN OF CAMEROON

859, Rue de Kribi/7001 859, Kribi Street /7001


Yaoundé 3 Yaoundé 3
Fax: (237) 22 31 89 99 P.O Box: 1637 Yaoundé
Site web : www.iricuy2.net Tel: 22 31 03 05
E-Mail: diric2017@gmail.com

DEPARTEMENT DE POLIQUE INTERNATIONALE

LA CROISSANCE DE LA
POPULATION ET LA SITUATION
ALIMENTAIRE AU TCHAD.

Mémoire présenté et soutenu publiquement en vue de l’obtention du Diplôme de Master en


Relations Internationales, Option : Communication et Action Publique Internationales (CAPI).

Rédigé par :

FIRIDA FOUMSOU Blandine

Sous la Direction du : Sous la supervision du :


Dr ELONG Fils Pr Nadine MACHIKOU
Chargé de cours Professeur Titulaire des
Universités
Chargé de cours

Année académique : 2019-2020


FIRIDA F.BLANDINE- LA CROISSANCE DE LA POPULATION ET LA SITUATION ALIMENTAIRE AU
TCHAD-IRIC 2020-bfirida@gmail.com
SOMMAIRE
AVERTISSEMENT

DÉDICACE
REMERCIEMENTS

LISTE DES ABRÉVIATIONS, ACRONYMES ET SIGLES


RÉSUMÉ

ABSTRACT
INTRODUCTION GÉNÉRALE

PREMIÈRE PARTIE : PRESENTATION DE LA SITUATION ALIMENTAIRE, DES EVOLUTIONS ET DES


CONTRAINTES DÉMOGRAPHIQUES DU TCHAD.

CHAPITRE I : PRESENTATION DE LA SITUATION ALIMENTAIRE DU TCHAD.


SECTION 1 : ANALYSE DE LA SITUATION EN SECURITE ALIMENTAIRE ET NUTRITIONNELLE DU
TCHAD.
SECTION 2 : LES CONTRAINTES LIEES AUX INDISPONIBILITES ALIMENTAIRES.
CHAPITRE II : LES EVOLUTIONS ET LES CONTRAINTES DÉMOGRAPHIQUES DU TCHAD

SECTION 1: LA SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DU TCHAD : UNE EVOLUTION


DEMOGRAPHIQUE A CONTRE COURANT.

SECTION 2 : LES CONTRAINTES LIEES A LA DEMOGRAPHIE


DEUXIÈME PARTIE : L’IMPACT DES MUTATIONS DEMOGRAPHIQUES SUR L’AGGRAVATION DE LA
SITUATION ALIMENTAIRE ET LES PERSPECTIVES POUR UNE MEILLEURE DYNAMIQUE
DÉMOGRAPHIE DÉVELOPPEMENT ET POLITIQUE DE POPULATION AU TCHAD.

CHAPITRE III : L’IMPACT DES MUTATIONS DEMOGRAPHIQUES SUR L’AGGRAVATION DE LA


SITUATION ALIMENTAIRE DU TCHAD.

SECTION 1 : ACTION DU FACTEUR DEMOGRAPHIQUE SUR L'ACCROISSEMENT DE LA DEMANDE


DE PRODUITS ALIMENTAIRES.
SECTION 2 : TENDANCES DE CROISSANCES DE LA POPUPALTION ET DE SES BESOINS
ALIMENTAIRES.

CHAPITRE IV : LES PERSPECTIVES POUR UNE MEILLEURE DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIE


DÉVELOPPEMENT ET POLITIQUE DE POPULATION.

SECTION 1 : LES POSSIBILITÉS D’AMÉLIORATION DE L’APPROVISIONNEMENT D’UNE


POPULATION EN CROISSANCE

SECTION 2 : DES PRÉALABLES SOLUTIONS AU PROBLÈME ALIMENTAIRE


CONCLUSION GÉNÉRALE

LISTE DES FIGURES


LISTE DES TABLEAUX

BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES

TABLE DES MATIÈRES


FIRIDA F.BLANDINE- LA CROISSANCE DE LA POPULATION ET LA SITUATION ALIMENTAIRE AU
TCHAD-IRIC 2020-bfirida@gmail.com
AVERTISSEMENT

L’Université de Yaoundé II et l’Institut des Relations Internationales du Cameroun


(IRIC) n’entendent donner aucune approbation ni improbation aux opinions exprimées dans ce
travail. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur.

DÉDICACE
FIRIDA F.BLANDINE- LA CROISSANCE DE LA POPULATION ET LA SITUATION ALIMENTAIRE AU
TCHAD-IRIC 2020-bfirida@gmail.com

Je dédie ce mémoire par Amour et profonde Gratitude :

A  Dieu tout puissant pour son omniprésence dans ma vie et pour m'avoir permis d'aboutir,
malgré tout à ce travail. Seigneur Dieu, sois infiniment béni.

A mes bien aimés parents

FOUMSOU LHAGADANG et DJOBO DOUMADA:

Recevez ce mémoire comme le fruit des efforts que vous avez fourni dans la Souffrance, la
Persévérance et l'Espérance.

Trouvez à travers ces pages l'expression de tout mon Respect, de toute mon Admiration et de
toute mon Affection. Merci pour tout.

A mes frères et sœurs Sylvie, Lambert, Prosper, Sosthène, Alice, Nadine, et Inès


FOUMSOU : Que ce travail vous serve d'exemple pour le reste de votre parcours scolaire.
Sachez qu'à force de persévérer, on finit toujours par réussir

REMERCIEMENTS
FIRIDA F.BLANDINE- LA CROISSANCE DE LA POPULATION ET LA SITUATION ALIMENTAIRE AU
TCHAD-IRIC 2020-bfirida@gmail.com

La réalisation de la présente étude a été possible grâce au concours matériel,


financier, moral et spirituel de valeureuses personnes que nous tenons à remercier. Qu'elles
trouvent ici l'expression de notre sincère gratitude. Nous pensons notamment à :

- Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude au Dr Salomon EHETH, Ministre


Plénipotentiaire Hors Echelle, Directeur de l’Institut des Relations Internationales du
Cameroun pour son attention particulière, sa simplicité, son humilité et ses conseils
avisés.
- Merci au Professeur Nadine MACHIKOU et au Dr ELONG Fils qui n'ont ménagé
aucun effort pour nous livrer leur savoir et pour nous former et surtout pour se rendre
disponible quand nous avons besoin d’eux. Pour leurs critiques, les encouragements et
tous leurs conseils qui nous ont aidés à l'amélioration de la qualité de ce document ;
- Merci Mme BRYA, chargé de programmes à la FAO, et Mme ZINTSEM Philomène
pour leur encadrement.
- A la Direction de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) et
l’ensemble de tout le corps enseignant pour la qualité de la formation reçue ;
- A tous nos camarades de la 10e promotion de CAPI pour cette convivialité et ces
encouragements mutuels qui désormais ont fait de nous une famille ;
- A tous les amis qui nous ont soutenus d'une manière ou d'une autre. Nous pensons
notamment à FOTIO Leticia STANELLE, Rita YUOSEMBOM, Gloria WIRKOM,
Chantal NEMBAYE, Éric MBAIDOUM, Magloire BIZVEDE  et tous ceux dont nous
n'avons pas cité ici les noms, qui n’ont jamais cessé d’encourager mes efforts dans la
rédaction de ce travail et pour avoir toujours été présents tout au long des deux années
de formation à l'IRIC

LISTE DES ABREVIATIONS, ACRONYMES ET


SIGLES.
FIRIDA F.BLANDINE- LA CROISSANCE DE LA POPULATION ET LA SITUATION ALIMENTAIRE AU
TCHAD-IRIC 2020-bfirida@gmail.com

ACF : Action Contre la Faim


AFP : Agence Française au Développement
ANJE : Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant
APFNL : Agence de Promotion des Produits Forestiers non Ligneux
ATPC : Assainissement Total Piloté par les Communautés
BAB : Banque Aliment Bétail
BC : Banque de Céréales
BEG : Bahr El Ghazal
CAD : Comité d’Aide au Développement
CNPS : Conseil National pour la Protection Sociale
CNSA : Conseil National de Sécurité Alimentaire
CNNTA : Centre National de Nutrition et de Technologie Alimentaire
CPN : Consultation Prénatale
CSLP : Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté
DUDH : Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
EDS : Enquête Démographique et de Santé
FAO : Food and Agriculture Organisation
FCFA Franc de la Communauté Financière Africaine
FIDA : Fonds international de développement agricole
GRN : Gestion des Ressources Naturelles
IDH : Indice de Développement Humain
INSEED : Institut National de la Statistique, des Etudes Economiques et Démographiques
MAG : Malnutrition Aigue Globale
MAM : Malnutrition Aigue modérée
MAS : Malnutrition Aigue Sévère
:
ODD : Objectifs de Développement Durable.
OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement
OMS : Organisation Mondiale pour la Santé
ONG : Organisation Non Gouvernemental
ONU : Organisation des Nations Unies

PAM : Programme Alimentaire Mondial


PDDAA : Programme Détaillé de Développement de l'Agriculture en Afrique
PFL : Produits Forestiers Ligneux
PFNL : Produits Non Forestiers Ligneux
PIB : Produit Intérieur Brut
PNSA Plans Nationaux de Sécurité Alimentaire
PNUD : Programme des nations unies pour le développement
UA : Union Africaine
RGPH : Recensement Général de la Population et de l'Habitat
SMART : Standardized Monitoring and Assessment of Relief and Transitions
:
:
:
FIRIDA F.BLANDINE-: LA CROISSANCE DE LA POPULATION ET LA SITUATION ALIMENTAIRE AU
:
TCHAD-IRIC 2020-bfirida@gmail.com
:
:
UNICEF : Fond des Nations Unies pour l'Enfance
VIH/SIDA : Virus d'Immunodéficience Humaine/ Syndrome d'Immunodéficience Acquise
RESUME
ABSTRACT
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Dans cette étude, la construction de l’objet de notre analyse consistera à faire ressortir
successivement, le contexte et justification de l’étude, la délimitation du sujet (la délimitation
spatio-temporelle), la clarification conceptuelle, la construction de la problématique (la revue
de la littérature, les questions de recherches), les hypothèses (hypothèse principale et
secondaire), le cadre théorique et méthodologique et une esquisse de plan.

I- CONTEXTE ET JUSTIFICATION DE L’ETUDE

Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger »1 nous dit Molière. Encore faut-il
pouvoir manger : manger suffisamment et manger bien. Et en l'état actuel des choses, il est
difficile de dire si tout le monde mangera à sa faim au XXIe siècle et, auquel cas, si la qualité
de l'alimentation sera à la hauteur de nos besoins. Pourra-t-on nourrir une population qui ne
cesse de croître ? 7 milliards aujourd'hui, 9 milliards demain, peut-être 10 à la fin du XXIe
siècle.

La population mondiale augmente à un rythme alarmant. Depuis deux siècles, la


croissance démographique dans le monde a fortement accéléré, et plus particulièrement depuis
1945. La planète est passé d'un milliard d'habitants en 1800 à 2 vers 1930, 4 en 1975, 6 en
2000, 7 vers 2012. 9 milliards sont attendus pour 20502.

Cette croissance démographique a une influence avérée sur la disponibilité alimentaire


en Afrique. Cet impact peut être d’autant plus préjudiciable que la population de l’Afrique va
atteindre le chiffre de 2 milliards d’individus en 2050.  C’est ce qu’a souligné, le 28 octobre à
Addis-Abeba, Kevin Thomas maître de conférences à l’Université de Pennsylvanie3.

Pourtant se nourrir constitue le besoin de base de l’Humanité4. Le droit à


l’alimentation est un « droit fondamental qu'à toute personne d'être à l'abri de la faim »5
reconnu dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, mais également dans
le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966. L’accès à
1
Molière dans son œuvre l’Avare, comédie de 1668 31 
2
Rapport sur la science et la Technologie N32 Démographie, Climat et Alimentation Mondiale sous la direction de
Henri Leridon et Ghislain de Marsily, 2011.
3
Intervenant lors de la session plénière de la 4è journée de la Sixième édition de la conférence économique
africaine, sur le thème de la sécurité alimentaire en Afrique, le chercheur a précisé que les zones de l’Afrique de
l’ouest, de l’est et du centre vont connaître une croissance démographique de 20% par an. Il a en outre souligné
que parmi les pays connaissant la croissance démographique la plus rapide au monde figurent 10 pays africains.
Au cours des quatre prochaines décennies les personnes les plus pauvres en Afrique se situeront dans le monde
rural.
4
Les besoins de base de l’Homme sont l’éducation, la sante, l’alimentation
5
Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, article 11, 1966.
une alimentation de qualité et en quantité suffisante est un droit fondamental, que les États
doivent respecter, clairement énoncé par le Comité des droits économiques, sociaux et
culturels6 : « Chaque fois qu'un individu ou un groupe se trouve, pour des raisons
indépendantes de sa volonté, dans l'impossibilité d'exercer son droit à une nourriture suffisante
par les moyens dont il dispose, l'État a l'obligation de faire le nécessaire pour donner effet
directement à ce droit (distribuer des vivres). »

Bien que les politiques de développement7 prônent le bien-être de la population aux


niveaux social et économique. Et que le système des Nations Unies en a fait l'une de ses priorités
à travers les ODD8. Plus d’un milliard d’êtres humains, soit le cinquième de la population
mondiale, ne dispose pas d’un dollar par jour pour vivre plus et 24.000 personnes meurent de
faim chaque jour dans le monde, soit une toutes les quatre secondes selon le rapport de l’ONU
intitulé « L’Etat de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde » sorti en 2018.
Dans ce même rapport, l’ONU évalue à 820 millions le nombre de personnes sous-
alimentées dans le monde et plus de 150 millions d’enfants accusent des retards de croissance,
menaçant ainsi l’objectif Faim Zéro9. Cela signifie qu’environ 1 personne sur 9 ne dispose
actuellement pas d’une alimentation suffisante pour satisfaire ses besoins énergétiques et
alimentaires nécessaires pour mener une vie saine et active. Ce chiffre reste très préoccupant.
Si l’insécurité alimentaire a baissé de façon globale durant ces vingt-cinq dernières
années, cette évolution n’est pas unilatérale et l’on constate de nombreux déséquilibres quant
aux progrès réalisés dans les différentes régions du monde 10. En 2018, la FAO dans son rapport
« les Perspectives de récoltes et la situation alimentaire » indique que 41 pays, dont 31 en
Afrique, ont toujours besoin d'une aide extérieure pour couvrir leurs besoins alimentaires, une
situation inchangée depuis des années.

Ce sont les habitants des pays du tiers monde et principalement d'Afrique qui
concentrent la plus grande partie des individus sous-alimentés au niveau mondial : 780
millions11. La pénurie chronique d'aliments dans ces pays dégénère fréquemment en crises
alimentaires graves lorsque les conditions climatiques et sociales sont défavorables. Comme
6
Comité des droits économiques, sociaux et culturels, Observation générale 12, 1999, [En ligne].
7

10
La faim progresse dans presque toutes les sous-régions de l’Afrique et, dans une moindre mesure, en Amérique
latine et en Asie de l’Ouest. Nous nous réjouissons des grands progrès observés en Asie du Sud au cours des cinq
dernières années mais c’est encore dans cette sous-région que la prévalence de la sous-alimentation est la plus
forte en Asie.
11
Estimations de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
l'indique un des documents de l'ONU « dans de nombreux pays la proportion de la population
souffrant de sous-alimentation a diminué, mais si l'on prend le tiers monde en général et
l'Afrique subsaharienne en particulier, le nombre actuel des personnes souffrant de
malnutrition augmente vertigineusement. C'est précisément ce qui constitue le cœur sinistre du
problème alimentaire mondial12».

C’est particulièrement le cas des régions situées en Afrique centrale où la


proportion de personnes sous-alimentées reste préoccupante ; elle est passée de 47,2 % en
1990-1992 à une estimation de 31,5 % pour 2014- 2016. « L’Afrique centrale reste la sous-
région qui, avec 124 millions de personnes sous alimentées, connaît le problème de la faim le
plus grave en nombre absolu13. » Le Tchad détient le triste record de malnutrition de la planète:
4 millions de personnes sont en insécurité alimentaire pendant la période de soudure, dont
environ 520 000 réfugiés et retournés. Parmi ces personnes, 991 000 sont en insécurité
alimentaire sévère (phases « crise » et « urgence ») ayant épuisé leurs réserves alimentaires et
ne pouvant subvenir à leurs besoins alimentaires de base14.

L'opinion progressiste15 du monde a de plus en plus conscience qu'il ne suffit pas


de constater l'existence de la sous-alimentation et d'en définir l'envergure mais qu'il est
nécessaire de prendre des mesures urgentes pour la supprimer. Le caractère de ces mesures et
leur efficacité dépend des positions politiques à partir desquelles le problème alimentaire est
envisagé et de l’interprétation des causes qui engendrent la sous-alimentation.

L'intérêt accru pour la dépendance entre la démographie et le problème


alimentaire s'explique par la spécificité de la situation démographique mondiale actuelle. La
population du monde a atteint au milieu de notre siècle des rythmes de croissance naturelle que
l'humanité n'a jamais connu dans le passé et ne connaîtra sans doute pas dans l'avenir.

12
Assessment of the word food Situation : present and future,UN Food conference, Rome, 5-16 November, 1974,
P.55

13
FAO & al. 2015, p.11

14
Tchad : Aperçu de la situation en sécurité alimentaire et nutrition (août 2018) OCHA)

15
L'accélération sans précédent de la croissance de la population a trouvé dans la littérature
mondiale la dénomination « d'explosion démographique 16» ou encore la « bombe P 17».

Cet état de fait, nous a donc incités à regarder de près cette situation et les tentatives
de solutions envisagées de mise en œuvre pour en sortir. Notre travail est donc intitulé la
croissance de la population et la situation alimentaire au Tchad.

II- DELIMITATION SPATIO-TEMPORELLE.

Tout travail scientifique doit obéir à une certaine délimitation au risque de créer un
manque de connaissance approfondie sur la question. Ainsi, de peur de tomber dans un
imbroglio sans détour, ce travail ne dérogera pas à la règle. Il s’agit ici pour nous de fixer les
bornes géographiques ou spatiales (1) et chronologiques (2)) dans lesquelles notre sujet va
évoluer.

Sur le plan spatial , le champ d'étude de ce mémoire est limité à l'espace du


Tchad. Classé cinquième des pays les plus vastes d’Afrique, la République du Tchad couvre
une superficie de 1 284 000 km à majorité désertique pour une population de 12 millions
d’habitants18 selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 2009
dont 48,4 % de sexe masculin et 51,6 % de sexe féminin. Les nomades sont au nombre de 353
489, soit 5,7 % de la population totale.
Le Tchad partage des frontières communes avec, au nord, la Libye, à l'est, le Soudan, au
sud, la République Centrafricaine et, à l'ouest, le Cameroun, le Nigéria et le Niger. Le pays est
totalement enclavée : le port le plus proche, le port Harcourt, au Nigéria est situé à 1 700 km de
la capitale N’Djaména.
Le Tchad compte 23 régions, départements arrondissements et communes urbaines.
Au plan temporel, notre étude qui porte, la croissance de la population et la
situation alimentaire au Tchad se fera dans l'intervalle de temps allant de 2008 à 2018.2008
marque le début de la crise alimentaire que le monde a connue et 2018 correspond à l'horizon
fixée pour la réduction de moitié de la faim comme prescrit par le Sommet mondial sur
l’alimentation.

III- CLARIFICATION CONCEPTUELLE

16
Elle désigne le déséquilibre entre la population et les ressources disponibles
17
Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH)
18
https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/cd.html 
Pour E. Durkheim, « La démarche du chercheur doit donc être de définir les choses
dont il traite, afin que l'on sache et qu'il sache bien de quoi il est question. C'est la première et
la plus indispensable condition de toute preuve et de toute vérification »19. La définition des
concepts est donc un exercice qui consiste à donner aux différents concepts qui structurent
notre thème de recherche leur « essence »20, et leur sens. Il conviendra alors de définir, dans le
cadre de ce travail, les concepts suivants : alimentation, croissance démographique.

1. L’ALIMENTATION

Chaque jour, l'homme a besoin de manger et de boire : l'Alimentation est ce besoin.


Elle est donc indispensable à la vie. Elle est l'une des clés essentielles de la santé. Grâce au
processus de la digestion l'alimentation fournit à notre organisme les matériaux de base
(Nécessaires à la fabrication des cellules et des organes qui composent notre corps) et l'Energie
(utilisée par les cellules ou les organes pour fonctionner).

D'après l'encyclopédie Encarta, une bonne et saine alimentation devrait fournir à


l'organisme humain quatre types d'aliments à savoir : l'eau, les aliments de construction, les
aliments énergétiques et les aliments fonctionnels. L'alimentation vient donc comme en réponse
à la faim.

L’alimentation est un concept complexe. Les notions y relatives nous font penser à la
sécurité alimentaire versus l’insécurité alimentaire, souveraineté alimentaire versus faim,
autosuffisance alimentaire versus aide alimentaire. Ces concepts relatifs et expressions
centrent l'analyse sur le danger que représente le phénomène de la faim au Tchad et souligne
l'importance pour le pays de la nécessité de prendre les décisions qui s'imposent pour faire face
à cette menace qui secoue le monde. Une clarification de ces concepts est de ce fait nécessaire
pour déterminer le sens dans lequel ils sont employés dans cette étude, car comme le soulignait
Aristote : « si les hommes prenaient la peine de s'entendre au préalable sur le sens des mots
qu'ils allaient employer, il y aurait très peu de discussion entre eux  21», mais également pour
cadrer l'étude.

1.1. La sécurité alimentaire et l’insécurité alimentaire

19
Emile Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, PUF, 1894, p. 32.
20
Aristote définit la définition comme « une phrase signifiant l’essence d’une chose, d’un mot », cité par
Madeleine Grawitz, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 11e édition, 2011, p. 23
21
Aristote in
Selon la déclaration des Nations Unies, la sécurité alimentaire est un droit
fondamental de l'homme, la FAO va améliorer cette définition en 2001. Ainsi «La sécurité
alimentaire existe lorsque toutes les personnes ont, à tout moment un accès physique, social et
économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive pour satisfaire leurs besoins et leurs
préférences alimentaires afin de pouvoir mener une vie saine et active22 ».

Une définition plus récente est celle donnée par l'Union Africaine en 2005 :«La
sécurité alimentaire est réalisée lorsque une personne a accès à une quantité suffisante (par la
production ou les dons) et une qualité d'aliments (Valeur nutritive et alimentation appropriée)
lui permettant d'être en bonne santé et de mener une vie active 23».

Pour Luc Cambrezy et Pierre Janin 24, il y a risque d'insécurité alimentaire pour un
individu, lorsqu'il ne peut accéder en temps opportun à une ration adéquate, en quantité et en
qualité, pour qu'il soit en bonne santé dans le respect des choix culinaires. Ces différentes
définitions de la sécurité alimentaire mettent l'accent sur la quantité suffisante d'aliments, la
qualité des aliments et l'accessibilité à ces aliments.

On parle d'insécurité alimentaire quand les apports alimentaires sont insuffisants


ou bien justes suffisants pour survivre mais très déséquilibrés par rapport aux besoins du corps
(C'est-à-dire qu'il manque des nutriments essentiels à la santé) 25. D'après le rapport de l'Union
Africaine sur la sécurité alimentaire (2005), «  on remarque en Afrique un rapport élevé
d'insécurité importante et longue sécheresse ou une guerre. Quand cette situation se prolonge,
il n'y a plus rien à manger et on parle alors de famine.

1.2. Faim et Souveraineté alimentaire.

En effet, la faim est un vif besoin de manger rendu possible par des contractions
de l'estomac vide. Quand les apports fournis par l'alimentation ne sont pas adaptés aux besoins
de l'organisme, on parle de malnutrition. Donc, la malnutrition est un défaut d'adaptation de
l'alimentation aux conditions de vie d'un individu, d'une population ou encore, la malnutrition
peut être perçue comme un déséquilibre alimentaire. Elle peut être liée soit à une alimentation
en quantité insuffisante, soit à une alimentation en quantité trop importante.

22
FAO, Sommet Mondial de l’Alimentation, 1996 Cf. Agro Vision mai 2007 No3 page 9
23
D'après le rapport de l'Union Africaine sur la sécurité alimentaire 2006
24
Luc Cambrezy et Pierre Janin in L'insécurité alimentaire en Afrique pp 1
25
Les définitions sur l’insécurité alimentaire et la famine proviennent du manuel du Cadre Harmonisé.
D'après le document de la FAO intitulé "spectre de la malnutrition26" près de 30% de
la population mondiale souffre de malnutrition sous une forme ou sous une autre et des
centaines de millions de personnes souffrent de maladies causées par une alimentation trop
abondante ou déséquilibrée. Lorsque les ressources alimentaires ne suffisent pas pour couvrir
les besoins alimentaires, on parle de sous-alimentation. D'après la FAO, le terme "Sous-
alimentation" fait référence à la situation des personnes dont l'apport énergétique alimentaire
est en permanence inférieur au besoin énergétique alimentaire minimal pour mener une vie
saine et pratiquer une activité physique modérée27. En effet, la malnutrition et la sous-
alimentation proviennent de l'insécurité alimentaire. En effet, la famine est un manque total
d'aliments dans une région pendant une certaine période. Les situations de famine dans le
monde, ont essentiellement pour origine la pauvreté.

La souveraineté alimentaire est un concept développé pour la première fois par Via 28
Campesina lors du sommet de l'alimentation organisé par la FAO en 1996. Il est représenté
comme un droit international qui laisse la possibilité aux pays ou aux groupes de pays de mettre
en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations sans qu'elles puissent
avoir un impact négatif sur les populations d'autres pays. Via Campesina (1996) nous donne
une définition plus claire de cette notion « La souveraineté alimentaire est le droit des
populations, de leurs Etats ou Unions à définir leur politique agricole et alimentaires sans
dumping vis-à-vis des pays tiers29 ».

1.3. Aide alimentaire et autosuffisance alimentaire.

Dans le monde beaucoup de personnes n'ont pas de quoi se nourrir et comme


solutions à ce type de problème, il faut faire recours à l'aide alimentaire. L'aide alimentaire
consiste à la distribution des denrées alimentaires aux populations pour assurer leur survie en
cas de famine. Il s'agit d'une nécessité d'urgence qui peut avoir des effets néfastes à long terme.
Comme le disait Kushi30 (2008) «  les pays du tiers-monde ne sont pas capables de nourrir
leurs populations  31» Cette assertion explique bien la notion de dépendance alimentaire32 dont
ces pays font objet. Cette dépendance profite aux pays riches à telle enseigne qu'ils en font
26
Document de la FAO : spectre de la malnutrition sur le site www.fao.org
27
Cette définition est citée comme étant de la FAO sur la page web : Sous –alimentation Statistiques mondiales-
com.html
28

29

30

31

32
même une arme appelée l'Arme alimentaire. C'est à ce titre que John Block 33, disait « l'arme
alimentaire est la plus importante dont nous disposons actuellement pour maintenir la paix
dans le monde». Pourtant chacune de ces populations a droit à l'alimentation : le droit à
l'alimentation est un droit des populations à disposer de nourriture saine en quantité suffisante
et en qualité34. Mais comme tout droit appelle à un devoir, ce droit des populations appelle à un
devoir de l'Etat à mettre en œuvre des politiques en vue de satisfaire sa population en matière
d'alimentation. Ce devoir des Etats découle de la souveraineté alimentaire. Au début des
indépendances, il y avait eu la première génération des politiques agricoles en Afrique :
l'autosuffisance alimentaire.
Pour Kalilou Sylla 35, l'autosuffisance alimentaire consistait à ce que la
demande en nourriture ne devrait être satisfaite que par l'offre nationale. Cette définition met en
lumière l'importance de l'état dans la production. Mais au-delà d'être autosuffisant en matière
d'alimentation, l'Etat doit assurer à sa population une certaine sécurité alimentaire. Edwards
Clay36 indique que le concept est apparu pour la première fois au moment de la crise mondiale
au milieu des années 197037. Dès lors l'une des premières définitions de la sécurité alimentaire
mentionnait la disponibilité à tout temps d'une offre alimentaire mondiale adéquate de produits
de base pour faire face durablement à une demande croissante alimentaire et compenser
les fluctuations de production et de prix. 

2. LA CROISSANCE DEMOGRAPHIQUE

Selon l'INSEE38, la « croissance démographique » est l'évolution de


la taille d'une population pour un territoire donné, le « accroissement démographique » décrit le
rythme de cette évolution (augmentation ou diminution) 39 .La croissance démographique est la
différence entre l’effectif d’une population à la fin et au début d’une période donnée
(généralement un an)4041. Celle-ci correspond à la somme du solde naturel et du solde
migratoire, calculé en général pour une année. L'effectif d'une population augmente quand il y

33
Ministre de l'agriculture du gouvernement de Reagan
34
Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, article 11, 1966.
35
Charge de politiques et commerce international de PRIECA/AO (AGROVISION mai 2007 N3 page 8
36
Agro vision mai 2007 N3 page 9
37

38

39
Définition de l'INSEE [archive]
40
Glossaire: Accroissement de la population » [archive], sur ec.europa.eu (consulté le7 septembre 2018)
41
Accroissement total de population / Variation totale de population  » [archive], sur insee.fr (consulté le 7
septembre 2018
a excédent des naissances sur les décès (solde naturel) et des entrées de migrants sur les sorties
(solde migratoire).

La démographie use d'un vocabulaire spécialisé qui lui est propre. Par conséquent, en
vue d'écarter d'éventuelles confusions et pour mieux décortiquer le sujet tel qu'il est formulé, il
s'avère nécessaire de définir certains concepts jugés importants. Ainsi, nous relevons :

Explosion démographique : désigne le déséquilibre entre la population et les ressources


disponibles.

Politique de population : ensemble de mesures explicites ou implicites prises par un Etat afin
d'exercer une influence sur les effectifs, la croissance, la composition ou la répartition de la
population. Cette politique peut aller dans le sens d'une population plus nombreuse, en
favorisant la natalité ou l'immigration (politique de la famille, politique migratoire...), ou moins
nombreuse, en limitant les naissances. Elle peut aussi viser à modifier la répartition de la
population dans un pays en encourageant les migrations ou en déplaçant les populations.

Taux de croissance : est le taux de variation du PIB (produit intérieur brut). On utilise la
croissance du PIB par habitant comme indicateur de l'amélioration du niveau de vie.

Transition démographique : la transition démographique désigne le passage d'un régime


traditionnel où la fécondité et la mortalité sont élevées et s'équilibrent à peu près, à un régime
où la natalité et la mortalité sont faibles et s'équilibrent également.

IV. OBJET DE L’ETUDE

L’objectif principal de ce travail est de présenter les dynamiques du changement qui


s’opèrent entre la croissance démographique et la situation alimentaire au Tchad.

Cet objectif général se décline en deux objectifs spécifiques, notamment :

- Présenter la situation alimentaire au Tchad;

- Ressortir l’impact de la croissance de la population sur la demande alimentaire.


V. INTERET DE L’ETUDE

Ce travail revêt quatre intérêts à savoir un intérêt scientifique, économique, politique et social.

i) Intérêt scientifique :
Dans ce travail il est question de procéder à une lecture analytique de la situation
alimentaire et passer en revue des stratégies de lutte contre la sous-alimentation développés au
Tchad de 2008 à 2018 à travers les différentes politiques qui concourent à la sécurité
alimentaire. Mais plus spécifiquement, nous allons aller à la recherche des causes de l'existence
et de la prévalence de la faim et de la malnutrition dans la région en creusant dans le temps et
l'histoire, afin d'avoir une orientation sur les perspectives à prescrire. Ceci se fera à travers une
analyse quantitative (les résultats sous formes des données numériques) et qualitative (les
différents mécanismes agricoles mis en place pour la diversité alimentaire) des données
recueillis. Cette analyse qui revêt deux volets à la fois qualitative et quantitative nous semble
être la plus adaptée pour ce champ d'étude car, non seulement elle permet d'évaluer la
productivité agricole au Tchad sur la base des PAC, mais aussi d'apprécier la proportion des
efforts de lutte contre la sous-alimentation au Tchad. Se faisant, l'analyse des politiques
sectorielles de la région en matière d'agriculture, permet d'apporter quelques solutions au
problème.
ii) Intérêt économique 
Le développement du secteur agricole est un pilier important pour un développement
économique (radical) du Tchad. En renforçant les stratégies et politiques agricoles, il est fort
probable que l'on accroisse les rendements. Cet accroissement de la productivité agricole
permettra dans un premier temps de limiter les importations des produits agricoles, ce qui
réduira le flux de sortie de la monnaie. Dans un second temps la création des industries de
transformation ouvrira le champ de l'emploi, attirera les investissements étrangers, ce qui aura
une incidence sur les balances des paiements. La construction des voies d'écoulement des
produits permettra de redistribuer les produits alimentaires. En plus, cela permettra de renforcer
le secteur privé et informel, ce dernier étant jusqu'à présent le plus rentable dans les économies
africaines. Il est essentiel que les populations sachent se prendre en main, arrêtent de se figer
sur les métiers de la bureaucratie. La modernisation de l'agriculture en Afrique en générale et
au Tchad, en particulier peut accroitre son champ d'intérêt par l'amélioration des politiques
agricoles comme ce fut le cas en Chine. De même, elle aidera à faire en sorte que la population
se donne aux métiers de l'agriculture, ce qui contribuera à ouvrir les champs du possible à
l'auto-emploi qui est fort essentiel pour l'Afrique où les Etats ne sont plus capables d'employer.

iii) Intérêt politique


L'accès aux produits alimentaires est d'une importance politique cruciale au
regard des conséquences néfastes que peut produire une rareté accru des denrées alimentaire
accompagné d'une inflation sévère des prix des produits de base. Les crises alimentaires sont
parfois à l'origine des émeutes sociales, qui peuvent être instrumentalisés par l'opposition pour
renverser un gouvernement42. Cet état de fait place à côté de la souveraineté, la sécurité
alimentaire comme enjeu central de la gouvernance (Note N°8- CEEAC : enjeux sécuritaire de
la sécurité alimentaire). En plus, comme le conçoit le néo fonctionnaliste, le politique est au
cœur de la construction de tout projet ou programme intégrateur et/ ou de développement.
iv) Intérêt social
L'intérêt social que revêt cette étude réside en la capacité pour les populations de
manger sain, équilibré et suffisamment. Il est important pour les populations du Tchad de
disposer d'une souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire inclut un véritable droit à
l'alimentation et à la production alimentaire, ce qui signifie que toutes les populations ont droit
à une alimentation saine, culturellement et nutritionnellement appropriée, ainsi qu'à des
ressources de production alimentaire et à la capacité d'assurer leur survie et celle de leur
société43». A cet effet, l'accent doit être porté sur les cultures qui rentrent dans les habitudes
alimentaires des populations du Tchad, qu'il s'agit des céréales (mil, sorgho, riz, maïs, blé etc.),
des racines (manioc, igname, pommes de terre, taro), A côté de ceci on peut ajouter les cultures
de rentes telles que le coton. Mais leurs productions ne doivent pas empiéter sur la culture des
produits les plus consommés comme l'a fait la Chine avec le renforcement de la culture du riz à
la défaveur du coton.

42
Ces tensions se manifesteraient de diverses manières. Il y a d’abord la difficulté du dialogue du fait d’une
méfiance mutuelle résultant d’un entendement différent .Il y a ensuite l’attitude négative vis-à-vis de toute action
du gouvernement que les exclus du pouvoir assimilent à un renforcement de la domination politique des détenteurs
du pouvoir.
43
Sécurité alimentaire - définitions et ressorts, La faim expliquée, mai 2011 cité par le groupe de recherche et
d'information sur la paix et la sécurité, « Note N°8 - CEEAC : enjeux sécuritaires de la souveraineté alimentaire »,
467 chaussée de Louvain, B-1030 Bruxelles, 25 mai 2014, p.5.
VI. REVUE DE LA LITTERATURE

La revue de la littérature permet de consigner le condensé des lectures sur les travaux
qui traitent notre thème ou des sujets similaires. Elle permet d’avoir une vision plus large et
intellectuellement consistante sur le thème de l’étude ainsi que des thèmes connexes.
En s’inscrivant dans la logique de C. W. Mills, on peut dire que « tout progrès
scientifique est cumulatif ; il n’est pas l’œuvre d’un homme, mais d’une quantité de gens, qui
révisent, qui critiquent, qui ajoutent et qui élaguent. Pour faire date, il faut associer son travail
à ce qui a été fait et à ce qui se fait » 44. Il s’agit donc en effet de « jauger la philosophie
globale qui guide la réflexion »45 sur l’étude des causes de la famine et des voies à suivre pour
la supprimer de l’Afrique particulièrement du Tchad. Le lien entre accroissement de la
population et le développement attire une attention croissante de spécialiste de divers domaines
du savoir : les travaux où ces notions sont considérées comme étroitement en connexion
occupent une place importante dans la littérature mondiale. Notre revue de la littérature inspirée
partie des travaux de T.Malthus et E.Boserup se décline en sous centres d’idées structurés de la
manière ci-après :

1. Littérature relative à la dépendance entre la croissance démographique et le


développement

Depuis belle lurette, la juxtaposition de deux concepts que sont le


développement et la croissance démographique, dans les analyses ayant trait au bien-être des
populations a toujours soulevé de vifs débats controversés. Ces débats portent sur le sens de
dépendance entre la croissance démographique et le développement d'une part, et sur les effets
que l'un entrainerait sur l'autre d'autre part.

L’un des premiers travaux où une dépendance entre accroissement de la population e


et accroissement économique est établie est l’ouvrage T.Malthus notamment la première
édition, de son livre intitulé « Essai sur le principe de population ».

Depuis un clivage net s'est opéré entre les tenants d'une thèse 46 qui voit en
l'accroissement de la population une source de développement et ceux qui pensent que les
44
Charles Wright Mills, L’imagination sociologique, Paris, Maspero, 1967, p. 133.
45
Lawrence Olivier, Guy Bernard et Julie Ferron, L’élaboration d’une problématique de recherche. Source, outils
et méthode, l’Harmattan, 2005, p. 23.
46
Il s’agit de l’antimalthusianisme. Les tenants de ce courant sont E.Boserup,
conditions nécessaires au développement ne peuvent être créées sans une régulation
démographique. Les premiers sont communément appelés les antimalthusiens 47 tandis que les
autres sont connus sous les appellations de malthusiens et néomalthusiens.

 T.Malthus et les néomalthusiens.

Selon T.Malthus dans «  Essai sur le principe de population », la population a


une faculté d'accroissement extrêmement plus élevée que celle des ressources devant servir aux
besoins humains. Pour lui, « si une population n'est pas freinée, elle s'accroit selon une
progression géométrique, alors que les subsistances augmentent selon une progression
arithmétique »48. Cela condamnerait donc les Hommes à vivre en permanence du minimum, à
ne jamais dépasser durablement « le seuil des subsistances  »49. En effet, pour cette théorie,
même s'il y a une découverte importante de gisements des ressources ou un progrès dans un
domaine, la hausse potentielle du bien-être qui pourrait en résulter est absorbée dans le temps
par le «  pouvoir multiplicateur de la population50 ».

L’écologiste Paul R. Ehrlich51, appelle à un ajustement impératif entre les


ressources et le niveau numérique de la population si on veut éviter des famines dans un avenir
proche et aussi des catastrophes écologiques. Pour au vu de la tendance, l'on s'achemine vers
une surpopulation par rapport aux disponibilités nutritionnelles existantes. Aussi, la terre ne
pourra pas continuer à résister à la surexploitation d'éléments indispensables au maintien de
l'équilibre de l'écosystème.

Pour mieux étayer les argumentaires à ce sujet, on s’inspire de l’étude chiffrée, plus
connue sous le nom de rapports Meadows52, du nom de deux de ses coauteurs. Elle se veut
résolument rigoureuse, scientifique et se fonde sur l'interprétation des modèles de
consommation, de production et surtout l'évaluation des réserves mondiales de ressources non
renouvelables. La conclusion est sans appel : l'on s'achemine vers une pénurie des ressources
indispensables.

47
Jacques Véron, Paul R. Ehrlich
Malthus cité dans le livre Population et développement de Jacques Véron, page 14, édition Presse Universitaire
48

de France, 1994)
49

50

51

52
'Économiste et historienne
S’inspirant de T.Malthus, les néomalthusiens 53 se voient ainsi conforter
dans leurs recommandations qui préconisent un ralentissement de l'accroissement de la
population car il ne peut avoir «  une croissance indéfinie dans un monde fini »54 .Pour y
arriver, ce courant propose de mettre sur pied des politiques de régulation démographique dont
le respect des règles peut être volontaire ou forcé afin d'éviter des situations de famine, de
tension entre les peuples et de dégradation écologique.

Goran OHLIN55 dans Régulation démographique et développement économique 


souligne que ce n’est pas le dépassement d'un seuil critique de la population qui ferait
problème, mais plutôt les variations brusques des taux de croissance démographique 56. En effet,
le fait qu'il faille mettre les secteurs économique et social en adéquation avec ces variations
dans des délais courts, peut être extrêmement couteux : mesures d'incitation à l'embauche,
construction des écoles et des hôpitaux, etc. Ainsi pour lui « L'argument simple et irréfutable
qui condamne l'expansion démographique des pays défavorisés est qu'elle absorbe une
quantité très importante de ressources qui pourraient être employés à faire progresser la
consommation et, surtout, le développement »57

Pour T.Malthus et les néomalthusiens, une population qui s'accroit à volonté, sans
aucune contrainte, expose l'humanité à des crises majeures dans le futur : stagnation du niveau
de vie, pénurie des ressources et dysfonctionnements économiques. Cela a amené à mettre sur
pied la théorie de la population optimale qui définit un seuil au-delà duquel le nombre
d'habitants cesse d'être favorable à l'essor socio-économique.

 Les antimalthusiens

Esther Boserup58, est l’un des auteurs qui a pris le contre-pied des thèses malthusiennes 59
dans son livre Evolution agraire et pression créatrice. Leur principal argument était que la
pression démographique, notamment une densité de population élevée, met les Hommes dans
des conditions où il est nécessaire de faire preuve d'innovation pour s'adapter. En d'autres
53

Rapport Meadows cité dans le livre Population et développement de Jacques Véron, page 15, édition Presse
54

Universitaire de France, 1994)


55

Goran OHLIN, « Régulation démographique et développement économique », Paris 1967, page 58).
56

Goran OHLIN (1926-1996), « Régulation démographique et développement économique », page 57, Centre de
57

Développement de l'Organisation de Coopération et de Développement Economique, Paris, 1967.


58

59
Esther Boserup dans son livre  Évolution agraire et pression créatrice, 1965)
termes, «  Un besoin ou un problème incite des idées créatives à s'activer pour résoudre ce
besoin ou problème, ce qui donne naissance à des inventions ! »60 .

L’économiste E.Boserup (1910-1999) affirmait quant à elle : « la population plus


précisément la densité de population, est un facteur de progrès économique ; la population
n'est pas déterminée par la richesse mais elle la détermine grâce à la pression créatrice qu'elle
génère ». E.Boserup citée dans le livre61

Pour les antimalthusiens (ggg), la population est plutôt un facteur de progrès


technique et parler d'une perpétuelle« stagnation du niveau de vie62 » due à une population qui
s'accroit, c'est ne pas tenir compte des facultés d'adaptation de l'Homme. C'est pourquoi
certains adeptes de cette thèse vont recommander plus tard de renforcer le capital humain pour
avoir une population de « qualité  63». Ainsi en allant dans le même sens et pour répondre aux
thèses malthusiennes pour lesquelles une forte poussée démographique entraine l'augmentation
des investissements sociaux «  au détriment » des investissements dans le secteur productif, les
antimalthusiens estiment que l'éducation et la santé développent la capacité des hommes à
innover, et les rend plus ingénieux. Ils recommandent le renforcement du capital humain, pour
faire accroître la productivité du travail. L'exemple de certains pays asiatiques (Japon, Taiwan,
Singapour) qui n'ont pas considéré les dépenses sociales comme des gouffres financiers mais
comme des investissements économiques, a permis d'étayer cette thèse.64

Par ricochet, la conception des antimalthusiens des relations entre croissance


démographique et développement est que de par la pression créatrice qu'il génère, c'est plutôt le
niveau de la population en « qualité » et en « quantité » qui détermine la richesse et pas
l'inverse.

En réponse au rapport Meadows qui parlait d’« une croissance infinie » de la


population dans «  un monde fini » de ressources, les antimalthusiens opposent l'argument de
rareté relative. En effet, ils estiment qu'il faut analyser le problème de la disponibilité future des
ressources sous l'angle de « service  rendu » et non de « stock disponible ». Ils font ainsi
référence à la possibilité de substitution d'un bien par un autre. Cette possibilité fait que l'utilité

60

61
« Population et développement de Jacques Véron », page 14, édition Presse Universitaire de France, 1994
62

63

64
Population et développement, Jacques Veron, édition P.U.F, 1991, Paris).
que l'on tire d'un bien est pérennisée même si les réserves de celui-ci sont en épuisement. En
même temps, les différentes tensions (sociales, inflationnistes) qui peuvent découler de la rareté
d'un bien se trouvent ainsi minimisées dans la communauté dès lors qu'on lui trouve un
substitut.

Jacques Veron cite l'exemple du cuivre pour lequel à une certaine époque, malgré des
réserves qui ne cessaient de diminuer depuis le XIXe siècle, l'indicateur de rareté qu'est le prix
ne suivait pas la tendance haussière attendue65 .D'une part, cela peut s'expliquer par le fait qu'il
n'y avait pas encore « urgence  », les réserves bien qu'en s'amenuisant demeuraient suffisantes
pour satisfaire la demande globale. D'autre part, la substitution faisait son effet car suite à une
montée des cours du cuivre au début des années 60, la substitution de ce métal par l'aluminium
s'était effectuée au cours de l'intervalle de temps 1965-1973approximativement, notamment
dans le domaine de l'électricité (fabrication des câbles et fils électriques) 66. En plus de la
substitution, une pénurie d'un bien essentiel peut contribuer à intensifier sa recherche avec des
moyens plus sophistiqués. En application de la phrase du chimiste Lavoisier qui disait : «  Rien
ne se crée, rien ne se perd tout se transforme !  »,  des Solutions comme le recyclage sont
également utilisées. En Europe par exemple, autour de 40% des besoins du cuivre proviennent
du recyclage de ce métal.

En d'autres termes: « Parier sur la disparition ou sur la hausse continue des cours
des matières premières, c'est parier contre l'ingéniosité humaine »67.

Cependant, en tenant compte des paramètres tels que la possibilité de substitution


d'un bien avec un autre, les changements qui peuvent subvenir dans les habitudes de
consommation des individus, le discours pessimiste tenu sur la base dudit rapport devrait être
nuancé.

Jacques Veron (1991) estimait à ce sujet : « Des perspectives à long terme de


consommation de matières premières ou d'énergie sont inutiles dès lors que se produisent des
substitutions »68.

Population et développement, Jacques Veron, édition P.U.F, 1991, Paris)


65

« Câblage en Aluminium », Nick Gromicko, Rob London et


66
Kenton Shepard, article sur
www.nachi.org/aluminium-wiring-french.htm
67
Georges KAPLAN, « Crise Pétrolière. Même pas mal ! », article paru dans le site d'Atanlatico, Mars
2011.http://www.atlantico.fr/decryptage/crise-petroliere-meme-pas-mal-51318.html
68
Population et développement, Jacques Veron, édition P.U.F, 1991, page 16, Paris)
 Autres travaux.

Adolphe Landry69 évoque pour la première fois en 1934 , la théorie de la


transition démographique, (elle a été précisée après la guerre notamment en 1945 par le
démographe britannique Franck Notestein). L’auteur s’est appuyé sur les observations faites
dans le cas des pays développés au cours du processus de passage de leurs populations d'un
régime démographique traditionnel un régime moderne. Ces deux régimes sont rigoureusement
opposés, le premier désignant une situation où la natalité et la mortalité sont élevées, tandis que
le second est caractérisé par la situation exactement inverse.

L'idée principale est que toutes les populations se caractérisent par un mécanisme
automatique de rééquilibrage entre les naissances et les décès. Une croissance démographique
élevée apparait ainsi comme la phase transitoire du régime traditionnel sus-évoqué vers le
régime moderne.

Les néomalthusiens recommandent l'interventionnisme pour freiner la croissance


de la population, de manière à avoir un ajustement entre le nombre de personnes et les
ressources disponibles. Les mesures doivent être prises à toutes les échelles, depuis l'unité
familiale pour s'étendre à tout le pays. Pour y arriver, les néomalthusiens pensent qu'une
adhésion volontaire des ménages à cette action est souhaitable, mais n'excluent pas l'utilisation
des moyens coercitifs en cas de refus de se conformer à cette régulation démographique. Pour
Paul Ehrlich: « Nous ne pouvons pas seulement traiter les symptômes du cancer de la
croissance de la population, le cancer lui-même doit être extrait »70

C'est à cet effet que les politiques de population antinatalistes ont été élaborées.
Celles-ci sont un ensemble de mesures qui incitent une population à faire moins d'enfants. Les
moyens utilisés sont la contraception, les interruptions volontaires de grossesses dans les pays
où cette pratique est autorisée, la stérilisation et divers avantages aux familles peu nombreuses
tels que le versement d'allocations ou des avantages fiscaux. La planification familiale joue un
rôle majeur car c'est dans les bureaux de son réseau que la promotion de ces moyens
antinatalistes est effectuée. Les politiques coercitives ont également été expérimentées,
notamment en Chine avec la politique de l'enfant unique. Mais l'efficacité de ces politiques ne
fait pas l'unanimité. Il est reproché à leur promoteur de circonscrire le problème du nombre
69
Démographe français
70
Paul Ehrlich cité dans le livre Population et développement, Jacques Véron, Presse Universitaire de France, Paris, 1994).
élevé d'enfant à l'offre des méthodes contraceptives exclusivement, sans s'attarder sur la
demande de celles-ci. L'offre étant ici l'accès aux moyens de contraception tandis que la
demande concerne la volonté des populations cibles à avoir un nombre limité d'enfants. En
effet, même si les moyens contraceptifs sont disponibles, l'objectif peut ne pas être atteint si les
ménages n'ont aucune motivation à limiter numériquement leur progéniture.

Cela pose implicitement la question des déterminants de la demande d'enfants


dans un pays, dont certains théoriciens et praticiens ont affirmé que le niveau de
développement est l'un des facteurs les plus importants à prendre en compte. Dans cet ordre
d'idée, lors de la Conférence mondiale sur la population de Bucarest en 1974, le slogan suivant
lancé lors des débats, devint célèbre : « Le développement est le meilleur moyen contraceptif  ».

Le corollaire est que la relation entre le développement et la croissance


démographique serait plurivoque. Il existerait donc une interdépendance entre les deux
concepts. C'est ce sur quoi repose le consensus beaucoup plus contemporain sur les relations
entre le développement et la croissance démographique. Cette approche fait état d'un
enchevêtrement d'interdépendances que l'on ne peut analyser que dans le cadre de deux
systèmes dont les indicateurs interagissent entre eux : le système démographique et le système
de développement.

En revanche, la question des politiques à adopter continue de se poser avec


acuité dans les pays ou plus largement les régions du monde n’ayant pas encore atteint un
niveau de développement optimal alors que la population connait une croissance soutenue.

2. L'agriculture comme facteur de développement économique et de sécurité


alimentaire.

La plupart des auteurs placent l'agriculture en Afrique au cœur du développement


économique et de la sécurité alimentaire des Etats eu égard à leur potentiel agricole et à la
fertilité des sols. Ils fondent leurs convictions sur un syllogisme selon lequel, les populations
africaines sont en majorité des populations rurales et les Etats eux-mêmes connaissant un très
faible niveau d'urbanisation gagneraient mieux à développer leur secteur agricole, ce qui
constitueraient un moyen de création d'emploi et d'accroissement du PIB à travers les échanges
qu'elles développeraient.
Parmi les chantres de cette vision du développement par le secteur agricole, on
peut citer l'œuvre de célèbre René DUMONT71 intitulé l'Afrique noir est mal partie où, il
annonce une famine certaine dans l'espace Afrique noir au vu de la situation causée par le
colonialisme et du transfert du pouvoir des mains du coloniaux africains, qui n'a pas été un ouf
de soulagement pour le développement en Afrique noir. Il annonce une avancée de la famine
dans les années à venir si rien n'est fait, il estime qu'une issue de secours se présente pour
l'Afrique dans le secteur agricole. Pour lui, le développement de l'Afrique devrait passer par la
promotion du secteur agricole et de l'industrie agro-pastorale72.

Il avait attiré l’attention dès 1935 dans son rapport La culture du riz au Tonkin sur les
conséquences désastreuses d’une croissance démographique ininterrompue pour la sécurité
alimentaire des populations, sujet auquel il a consacré plusieurs de ses nombreux ouvrages
ultérieurs73

Nous citerons aussi ZECKI ERGAS74, auteur de la troisième métamorphose de


l'Afrique noir : Essai sur l'économie politique de l'éducation et le développement rural. Etude
de cas/ Kenya, Ethiopie, Cameroun. L'auteur y dénonce la situation de famine qui prévaut dans
les Etats d'Afrique noire et les différentes techniques développées dans chaque cas (pays) pour
venir à bout de ces crises. Il présente plusieurs théories conçues pour booster le développement
agricole et relever l'économie tout en garantissant dans une certaine mesure la survie
alimentaire des populations75.

Hakim Ben Hammouda76, auteur du livre Les économies de l'Afrique centrale 2002,
soutient que l’économie des Etats de l'Afrique centrale est axée en majorité sur la production
pétrolière brute pour la plupart des Etats de la région et un faible nombre d'Etat ont posé leur

71
À la grande notoriété internationale de René Dumont dans la communauté des scientifiques spécialistes de
l’agronomie et au-delà (il fut entre autres le conseiller de Fidel Castro pour l’agriculture) s’est ajoutée une grande
popularité médiatique que lui a value sa candidature comme représentant du courant de pensée dit « écologiste »
aux élections présidentielles de 1974…
72
René Dumont, l’Afrique noir est mal partie Paris, Seuil, 1973(1962) ,243p.
73
En particulier Nous allons à la famine, 1965, La croissance de la famine, 1974, Un monde Intolérable : le
libéralisme en question (1988). On notera aussi les ouvrages de J. Klatzmann, professeur d’économie rurale à
l’INA Nourrir 10 milliards d’Hommes (1983) et Surpopulation : mythe ou menace ? (1996), enfin en date encore
récente, la publication par S. Paillard, S. Treyeret al. D’Agrimonde : Scénarios et défi s pour nourrir le Monde
(2010), ainsi que l’excellent ouvrage de M. Guillou et G. Matheron 9 milliards d’Hommes à nourrir (2011).
74

75
Zecki ERGAS, la troisième métamorphose de l'Afrique noir : Essai sur l'économie politique de l'éducation et
le développement rural. Etude de cas/ Kenya, Ethiopie, Cameroun etc., 1211 Genève 4, éd. Médecine et
hygiène ,201p.
76
économie sur la production agricole. Dans cet ouvrage, il articule le développement autour de
trois secteurs porteurs tels que « l'intensification de la prduction rurale, le développement des
liens entre la filière pétrolière et les autres secteurs de l'économie et enfin, la promotion du
secteur privé endogène en privilégiant son rôle et sa place dans les secteurs porteurs de la
dynamique de croissance ». Le premier volet de ces secteurs porteurs fait l'objet de notre étude
dans le cadre de ce travail77

On ne saurait oublier l'article APE : Les enjeux du développement et de l'agriculture


en Afrique centrale, de Jacob Kotcho et Martin Abega où encore est rappelée la place de
l'agriculture dans les économies des Etats de l'Afrique centrale. Dans cet article, les auteurs
affirment que  « l'équilibre global d'un pays dépend de sa capacité à offrir suffisamment de
nourriture à ses populations, et donc de sa capacité à assumer sa souveraineté alimentaire »78

Il se dégage des études précédentes, l'importance de l'agriculture dans la garantie de la


sécurité alimentaire des populations, et même pour le développement des économies africaines.

3. Littérature relative la sécurité alimentaire.

Le problème alimentaire dans le monde et surtout en Afrique n'est pas nouveau. C'est ce
qui explique les nombreux travaux réalisés sur ce problème depuis 1996 (année de la première
Sommet de l’Alimentation) jusqu'à nos jours.

L'équilibre global d'un pays dépend de sa capacité à offrir suffisamment de nourriture


à sa population, et donc de sa capacité à assumer sa souveraineté alimentaire. Pour cela, il est
crucial pour cet Etat de disposer d'un marché agricole afin d'accroitre l'offre des produits
agricoles, ce qui impliquera une libéralisation progressive des marchés agricoles. Tout cela doit
se faire en tenant compte des capacités des pays et des impacts des reformes sur les
producteurs. En plus, il faudrait renforcer l'efficacité du marché commun par la construction
des infrastructures de communication régionale ce qui permettra de renforcer le commerce
intra-communautaire.

Hakim Ben Hammouda, Les économies de l'Afrique centrale 2002, Paris Maisonneuve et Larose, 2002,204p.
77

78
Jacob Kotcho et Martin Abega « Les enjeux du développement et de l’agriculture en Afrique Centrale »,
Eclairage sur les Négociations Volume 7-Numéro 5
En effet, atteindre la sécurité alimentaire demeure un problème pertinent au Tchad.
Selon Shapouri et Rosen79 (1999), l'Afrique Subsaharienne est la région la plus vulnérable en
matière de sécurité alimentaire80. Pour Solagral (2000), malgré une amélioration lente mais
régulière de la situation alimentaire dans le monde, la situation demeure très préoccupante en
Afrique sub-saharienne où 180 millions de personnes étaient sous alimentées entre 1995 et
1997, sois 1/3 de la population. Colomb (1999) pense que le nombre de sous-alimentés en
Afrique Sub-saharienne risque d'être multiplié par deux, passant de 175 à 300 millions avec des
disparités régionales extrêmement fortes81.

L’étude novatrice d'Amartya Sen82 (1981) révèle que la reconnaissance du fait qu'un
approvisionnement alimentaire suffisant ne permet pas à lui seul de garantir la sécurité
alimentaire, et qu'il faut aussi que les populations pauvres et vulnérables disposent d'un accès
physique et économique aux denrées.

Le Comité de la sécurité alimentaire mondiale, septembre 2012, enseigne qu'une


planification multisectorielle de la nutrition fait son apparition au début des années 1970 et
établit que la privation nutritionnelle constitue un problème d'action publique, à relier à la
planification économique au niveau national, et que la planification d'une amélioration de la
nutrition est une composante centrale de la planification générale du développement. Il s'agit là
d'une réaction à la stratégie de planification de l'approvisionnement alimentaire, qui est fondée
sur l'hypothèse que si l'on parvient à imprimer à la production vivrière un rythme de croissance
supérieur à celui de la population, le problème de la nutrition serait résolu83.

4. Publications monographiques, documents normatifs sur la population et


l’alimentation au Tchad.

La FAO, dans le rapport de 1975 affirme que « la malnutrition n'est pas un simple
problème de disponibilité des aliments, mais dépend de la pauvreté et du dénuement [...] l'axe
principal de la planification de l'alimentation et de la nutrition doit être la réduction des causes
des privations aboutissant à la malnutrition ». Ces assertions nous permettent de comprendre
l'importance capitale pour l'être humain de disposer d'une sécurité alimentaire.

79

80

81

82

83
Comité de la sécurité alimentaire mondiale, septembre 2012
VII. PROBLEMATIQUE

Selon J. Chevrier, présenter la problématique de recherche une recherche, c’est


fondamentalement répondre à la question suivante : « Pourquoi avons-nous besoin de réaliser
cette recherche et de connaître les résultats qu’elle propose ? » 84 Par définition, la
problématique renvoie à un « ensemble construit autour d’une question principale,
d’hypothèses de recherche et des lignes d’analyse qui permettront de traiter le sujet choisi »85.
En cela, « elle constitue essentiellement un texte argumentatif présentant le thème de
recherche, un problème spécifique se rattachant à une question générale, et les informations
nécessaires pour soutenir l'argumentation servant à justifier la recherche elle-même »86 .Pour
Robert PINTO et madeleine GRAWITZ elle est « l’approche ou la perspective théorique que
l'on décide d'adopter pour traiter le problème posé par la question de départ» 87.Ces
clarifications sont en adéquation avec notre travail car pour l’aborder avec diligence, il serait
judicieux de procéder par un certain nombre d’interrogations qui nous permettront de mieux
orienter notre étude.

Ainsi, la question principale que nous nous posons dans le cadre de cette étude est celle de
savoir :

La croissance de la population est-elle un frein ou un stimulant au développement


du Tchad notamment sa situation alimentaire ?

Autour de cette question principale viennent s’articuler deux questions secondaires à


savoir :
-  La population du Tchad devrait dépasser les 20 millions d'individus en 2030. Les
ressources alimentaires du Tchad sont-elles suffisantes pour satisfaire tous les
besoins des générations futures alors que dès à présent près du quart de la
population souffre de sous-alimentation chronique ?
 

84
Jacques Chevrier, « La spécification de la problématique », Benoît Gauthier, (dir.), Recherche sociale. De la
problématique à la collecte des données, 2e édition, Québec, Presses de l'Université du Québec, 1993, p. 53.
85
Daniel Latouche et Michel Beaud, L’art de la thèse : comment préparer et rédiger une thèse, un mémoire ou
tout autre travail universitaire, Montréal, Boréal, 1988, p. 47, cité par Olivier Lawrence, Guy Berard et Julie
Ferron, L’élaboration d’une problématique de recherche. Source, outils et méthode, l’Harmattan, 2005.
86
Jacques Chevrier, « La spécification de la problématique », Benoît Gauthier, (dir.), Recherche sociale. De la
problématique à la collecte des données, 1993, op. cit., p. 54.
87
Robert. PINTO et Madeleine GRAWITZ, Méthodes de sciences sociales, Paris, Dalloz, 1964, p.54
- Dans quelle mesure et comment peut-on considérer la sous-alimentation comme
résultant de l’accroissement démographique du Tchad ? Existe-t-il une corrélation
de cause à effet entre ces deux phénomènes ? Et quelles stratégies peut-on mettre
en place pour assurer la garantie d'une autosuffisance alimentaire au Tchad ?

VIII. HYPOTHÈSES DE RECHERCHE

Selon Madeleine GRAWITZ, l’hypothèse est « une proposition de réponse à la


question posée. Elle tend à formuler une relation entre des faits significatifs »88. Pour P.
Bourdieu, J.C. Passeron et J.C. Chamboredon, « refuser la formulation explicite d’un corps
d’hypothèses fondé sur la théorie, c’est s’engager à des présupposés qui ne sont autres que des
prénotions de la sociologie spontanée et de l’idéologie »89. Bien plus, « un travail ne peut être
considéré comme une véritable recherche s’il ne se structure autour d’une ou de plusieurs
hypothèses » renchérissent L. V. Campenhoudt et R. Quivy90. L’hypothèse paraît donc très
importante pour notre travail de recherche. Nous dégagerons naturellement trois hypothèses,
une hypothèse principale et deux hypothèses secondaires.

Hypothèse principale : L’accroissement de la population tchadienne impacte sur la


demande alimentaire et crée un fossé entre la population et les ressources disponibles.
Plus le taux de croissance de la population est élevé, plus le pays est pauvre

Hypothèse secondaire 1 : Le Tchad produit certes, mais en très faible quantité,
insuffisante pour satisfaire les besoins de sa population grandissante. Tant qu'il ne pourra
pas s'offrir une souveraineté alimentaire, il ne pourra pas garantir la sécurité alimentaire
de sa population actuelle et future.

Hypothèse secondaire 2 : La sous-alimentation découle de l’explosion


démographique. En diversifiant les productions et en encourageant les populations à
produire et consommer les produits agricoles locaux, on pourrait réduire la sous-
alimentation voire garantir l’autosuffisance alimentaire du Pays.

IX. DEFINITION DU CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE

88
Madeleine GRAWITZ, Op Cit, p.353
89
Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron et Jean-Claude Chamboredon, Le métier de sociologue, édition Mouton,
Paris, 1968, p. 58.
90
Raymond Quivy, Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 1995, p. 127.
Nous allons d’abord procéder à l’analyse du cadre théorique (A) avant de nous
appesantir sur le cadre méthodologique (B).

A. DÉFINITION ET OPERATIONNALISATION DU CADRE THÉORIQUE

Faisant partie du cheminement de la découverte, la théorie créée la capacité d’imaginer


des explications pour tout phénomène social et stimule à poser de nouvelles questions pour
améliorer le savoir91. Elle est une expression systématique et cohérente de la réalité 92. On peut
la définir comme « un ensemble de propositions logiquement reliées, encadrant un plus ou
moins grand nombre de faits observés et formant un réseau de généralisations dont on peut
dériver des explications pour un certain nombre de phénomènes sociaux 93 ». Plusieurs théories
ont souvent servi de compréhension et d’explication à la corrélation entre croissance
démographique et développement. Pour soutenir notre analyse, nous nous appuyons sur la
théorie la théorie malthusienne et la théorie antimalthusienne. Celles-ci ne pouvant expliquer
toute la complexité du phénomène que nous étudions, d'autres théories seront mobilisées, à
savoir la théorie de l'état faible et celle de la sécurité humaine.

1. Le malthusianisme

T.Malthus, en publiant en 1798, l'Essai sur le principe de population, reprend les


thèses précédentes relatives à la pression de la population sur les ressources, en les dépouillant
du masque du progrès.

Pour lui, le malheur est à notre porte. Les institutions égalitaires et l'instruction du
peuple sont impuissantes face aux dures nécessités de la production et à l'instinct de
procréation. Les « obstacles » sont d'ordre préventif : le vice et le malheur (Malthus ajoute
dans les éditions suivantes la « contrainte morale ») ; ils sont aussi d'ordre destructif : famine,
épidémie, guerres. La contrainte morale est la limitation volontaire de la procréation par la
chasteté et les mariages tardifs (Malthus n'admet pas les pratiques contraceptives). Cette
limitation, liée au fait que l'homme raisonne, voit qu'il ne peut nourrir ses enfants, est, selon
l'auteur, fort peu pratiquée et enseignée. Les obstacles destructifs et la misère l'emportent. Une
plus grande abondance de biens, liée à des améliorations des terres et à des défrichements

91
Paul N’da, Recherche et méthodologie en sciences sociales et humaines : Réussir sa thèse, son mémoire de
master ou professionnel, et son article, l’Harmattan, 2015, p. 107.
92
Phillippe BRAILLARD, Théorie des Relations Internationales, Paris, PUF, 1997, p13-14
93
François-Pierre Gingras et Catherine Côté, « La théorie et le sens de la recherche » in Recherche sociale de la
problématique à la collecte des données, op. Cit. p. 112.
Le sens social de la « théorie de population de Malthus », qui est précisément l'objet de la
critique des classiques du marxisme -léninisme, est qu'elle cherche à justifier et à légaliser les
vices sociaux et à rendre le « principe de la population » responsable du chômage, de la misère
et de la faim.

2. La théorie antimalthusienne

3. La théorie de l’Etat faible

4. La théorie de la sécurité humaine

Lloyd AXWORTHY, ministre canadien des affaires étrangères publie cette vision en
1994.Cette théorie intègre la dimension de la sécurité alimentaire. Elle apparait comme une
nouvelle conception des Relations Internationales. Pour Lloyd AXWORTHY, la sécurité
humaine part d’une définition de l’insécurité comme l’ensemble des menaces politiques,
économiques, sociales, environnementales et culturelles auxquelles sont confrontés les
individus dans leur vie quotidienne. Dans cette perspective, la sécurité humaine concerne avant
tout la satisfaction des besoins primaires des individus et remet en question la primauté
accordée à l’État et à sa défense94.

Elle induit par conséquent les changements radicaux dans la conduite de la politique
internationale, car elle présuppose que les besoins de société des individus passent avant la
défense des intérêts de l’État. C’est ainsi que Mary KALDOR 95 mentionne dans son article
« sécurité humaine : un concept pertinent ? » que la sécurité humaine concerne la sécurité des
individus et des communautés plus que celle des États., et des stratégies traditionnelles.

5. La théorie de l'inter gouvernance

La théorie de l'inter gouvernance quant à elle est une approche qui est à mi-chemin
entre le réalisme et le fonctionnalisme. Les principaux auteurs sont Stanley Hoffmann, Robert
Keohane dans New European Community. Ces auteurs sont d'accord sur le fait que les
gouvernements nationaux sont capables de mettre en place des politiques transnationales. Mais
ils sont plus sceptiques en ce qui concerne la socialisation communautaire par les élites

94
Axworth. LLOYD, « La sécurité humaine : la sécurité des individus dans un monde en mutation », Politique
Etrangère, vol 63, N° 2, année 1999, pp 333 »342 ; http://www.persee.fr/doc/polit-oo32-342x1999-num-64-4857.
95
Mary. KALDOR, Op. Cit., p. 902.
politiques. Ils remettent en avant le poids du contexte international sur les décisions politiques
sur une politique d'intégration. Il y a aussi une distinction importante à faire entre ce qui relève
de la souveraineté et des intérêts vitaux (high politics) et ce qui ne relève pas des intérêts vitaux
(lowpolitics). C'est de ce point de vue-là, que ces auteurs considèrent qu'il n'y a pas
d'intégration positive dans le domaine de la « high politics », c'est-à-dire la création de nouvelle
identité supranationale96  .Cette approche vient soutenir le combat contre la sous-alimentation
menée depuis des décennies. Les programmes de lutte sont alors perçu comme des tables
rondes auxquels sont invités à participer tous les Etats pour le bien-être des populations locales.
Cela permettrait sans nul doute de venir à bout d'une crise commune en unissant les forces,
chacun conservant son statut d'Etat souverain mais s'unissant pour résoudre un problème
ponctuel.

B. CADRE MÉTHODOLOGIQUE
La recherche empirique se base sur l'observation du réel et sur l'étude des cas
particuliers pour arriver à des généralisations. Elle implique une démarche méthodologique qui
regroupe le choix des populations cibles, la collecte des données, leur présentation et leur
analyse. M. Grawitz définit la méthode comme « un ensemble d’opérations intellectuelles par
lesquelles une discipline cherche à atteindre les vérités qu’elle poursuit, les démontre et les
vérifie97 ». Pour A. Beitone, ceci « Afin de permettre un authentique débat scientifique, les
chercheurs doivent faire état des méthodes qu’ils ont utilisées, des résultats qu’ils ont obtenus
et des interprétations qu’ils en font »98. Il s’avère donc impossible d’être « contre la méthode
»99 dans l’univers heuristique. Dans le cadre de notre travail, pour atteindre les objectifs
spécifiques énoncés plus haut, il est nécessaire d'utiliser des techniques et outils d'analyses
appropriés. Il est question de ressortir « l’ensemble des opérations intellectuelles permettant
d’analyser, de comprendre et d’expliquer la réalité étudiée »100. Afin de vérifier les hypothèses
émises dans la partie précédente, nous avons fait le choix de recourir à deux catégories de
méthodes de collecte des données en suivant une méthode qualitative, basée sur des outils
différents qui sont celles de la méthode d’analyse des données notamment la méthode
hypothético-déductive (1) et trois méthodes de collecte des données que sont l’entretien, les
techniques documentaires et l’observation participante (2).

96
Graz, Op.Cit.p.40
97
Madeleine Grawitz, Méthodes de recherche en sciences sociales, op. Cit. p. 35.
98
Alain Beitone et al, Sciences sociales, 2e édition, Editions Dalloz, 2000, p. 15.
99
Paul Feyerabend, Contre la méthode, esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, Editions du seuil,
1979.
100
Jean Laubet, Initiation aux méthodes de recherche en sciences sociales, l’Harmattan, Paris, 2000, p. 120.
1- Notre méthode d’analyse des données : la méthode hypothético-déductive

La méthode hypothético-déductive est une méthode scientifique ou « le chercheur se


pose une question, formule une réponse provisoire, élabore des conjectures théoriques et les
soumet à des tests empiriques dont le but est de vérifier la véracité de la réponse provisoire
»101. C’est suivant cette logique méthodologique que nous avons procédé d’une part à la
formulation d’hypothèses qui ont guidé notre recherche et d’autre part à la vérification le long
de notre travail de celles-ci.
2- Nos techniques de collecte des données : l’entretien, les techniques documentaires et
l’observation participante.

« Les techniques d’entretien mettent en œuvre des processus fondamentaux de


communication et d’interaction humaine. Ces processus fournissent au chercheur des
informations et des éléments de réflexion très riches et nuancés »102. La collecte de données au
cours de cette phase s'est faite à travers des entretiens non structurés et semi-structurés avec les
différents acteurs rencontrés.
Quant aux techniques documentaires, il s’est agi des différents mécanismes par lesquels
nous avons regroupé l’information relative à la croissance démographique et à l’alimentation.
Trois types de collectes d’informations ont été mobilisés : le travail d’exploration et de
recherche bibliographiques, la compilation des rapports, de séries statistiques réalisées par les
institutions (FAO, PAM, Ministère de la production et de l’irrigation ministère, Banque
mondiale, INSEED…), et les entretiens semi-directifs 103 avec les acteurs concernés par la
question de l’alimentation.

S’agissant de l’exploration et de la recherche bibliographique, dans une logique de


recherche scientifique, on est rarement le premier à entreprendre. Alors la question qui fait
l’objet de cette étude aurait été traitée par nos prédécesseurs ou par des structures nationales ou
internationales dans notre champ d'étude ou dans les zones ayant les mêmes caractéristiques
géographiques et sociales. Cette phase couvre toutes les étapes de notre recherche et vise dans
un premier temps à capitaliser les connaissances théoriques utiles pour l'orientation théorique à
donner au travail, pour l'élaboration et l'exécution des différentes phases de la recherche, puis
dans une seconde phase, à faire le traitement des informations collectées. Par conséquent, nous

101
Paul N’da, Recherche et méthodologie en sciences sociales et humaines, op. cit., p. 19.
102
Idem., p. 142.
103
L’entretien semi-directif est l’instrument correspondant le mieux « aux exigences de l’enquête en profondeur
auprès des hauts responsables » et la seule méthode dont disposent les sciences sociales pour produire un discours.
(Samy Cohen, L’art d’interviewer les dirigeants, Paris, Presses universitaires de France, 1999, p. 8.)
avons visité les centres de documentation et les bibliothèques universitaires de la ville de
Yaoundé et N’Djamena.
Dans ces lieux, les documents de plusieurs types ont été consultés. Il s'agit des
ouvrages généraux, des ouvrages spécialisés, des revues, des rapports d'études, des thèses, des
mémoires. Ces documents nous ont donné une connaissance générale sur le thème et ont permis
d'élaborer un plan de travail beaucoup plus scientifique. Pour finir, nous avons enrichi notre travail
par une recherche de données sur internet à travers les sites du PAM, de la FAO, de l’UNICEF ,du
Minsanté, du ministère de la production et de l’irrigation , theses.fr, cairn.info, revues.org, érudit,
Persée, archives-ouverte, CNRS, memoireonline.com, Google scholar, entre autres.
Enfin, notre dernière technique de collecte des données a été l’observation
participante104. Pour P. N’da, « Il reste pourtant possible et acceptable de procéder à des
observations selon une démarche hypothético-déductive. L’observation centrée autour de
quelques thèmes découlant du cadre théorique opérationnalisé permet au chercheur d’orienter
son observation vers la collecte de données qui lui donneront l’opportunité de corroborer ou
de refuser l’hypothèse de recherche »105. C’est dans cette perspective que nous avons entamé un
séjour au PAM, à la FAO en 2019 106 afin de recueillir, par soi-même, des informations à partir
de situations, de comportements ou d'événements observés en train de se produire ; ce que ne
peut obtenir une enquête par questionnaire ou par entretien.

X. ANNONCE DU PLAN
Notre travail s’articule autour de deux parties qui sont chacune constituée de deux
chapitres. La première partie porte sur la présentation de la situation alimentaire, des évolutions
et des contraintes démographiques du Tchad (Première partie). Notre chapitre 1 est intitulé la
présentation de la situation alimentaire au Tchad. Notre chapitre 2 porte sur les évolutions et les
contraintes démographiques du Tchad. La deuxième partie de notre travail porte sur l’impact
des mutations démographiques sur l’aggravation de la situation alimentaire et les perspectives
pour une meilleure dynamique démographie-développement-politique de population au Tchad
(deuxième partie). Notre chapitre 3 s’intéresse aux effets de la croissance démographique sur
l'accroissement de la demande alimentaire au Tchad. Notre travail se termine par un chapitre 4
qui ressort les perspectives pour une meilleure dynamique entre croissance démographie et
développement agricole et propose quelques suggestions.

104
Voir Spradley, James P., Participant Observation, New York, Holt, 1980.
105
Paul N’da, Recherche et méthodologie en sciences sociales et humaines, op. cit., p. 126.
106
Au moment où nous présentons ces travaux (juillet 2019), nous poursuivons toujours notre stage au PNLP.
PREMIERE PARTIE :
PRESENTATION DE LA SITUATION
ALIMENTAIRE, DES EVOLUTIONS ET DES
CONTRAINTES DEMOGRAPHIQUES DU TCHAD.

Avec une population de 14 millions d’habitants 107, la République du Tchad couvre


une superficie de 1 284 000 km². Le pays connait depuis plusieurs années une insécurité

107
Selon les statistiques de l’INSEED en 2020.
alimentaire cyclique, aggravée par un faible accès aux services de base et la persistance de
pratiques de soins inadéquates. Malgré l’exploitation des ressources pétrolières, le Tchad
demeure classé parmi les pays les plus pauvres (184 ième sur 186 pays en 2013 selon l’indice de
développement humain du PNUD). Le Tchad est un pays à faible revenu et à déficit vivrier. La
population, concentrée dans le sud du pays, est jeune et principalement rurale. Le pays connaît
une croissance démographique forte et une importante affluence de réfugiés.

Cette forte croissance démographique a une influence avérée sur la disponibilité


alimentaire. Plus la population croit plus la demande alimentaire est forte. En 2015, on estimait,
plus de 1000000108 tchadiens se trouvant en situation d’insécurité alimentaire chronique et
conjoncturelle sur les 12 millions. En 2017, plus de 2,4 millions de tchadiens en zone rurale
sont passés en situation d’insécurité alimentaire, dont 428 000 classés en situation d’insécurité
alimentaire extrême. Ce qui classe le pays 73ème sur 78 pays dans l’Indice de la faim dans le
monde (IFM). La faim frappe notamment des personnes particulièrement vulnérables en milieu
rural ou urbain : veuves, handicapés, retraités de la fonction publique, personnes âgées sans
soutien, ménages avec un grand nombre d’enfants en bas âge. Cette situation est aggravée par
les crises humanitaires récurrentes comme celle qui sévit actuellement dans le bassin du lac
Tchad. 360 000 réfugiés soudanais, 100 000 rapatriés et réfugiés centrafricains, et 20 000
réfugiés nigériens ont fui leurs foyers pour arriver au Tchad109.

L’analyse de la situation alimentaire va nous permettre de comprendre la situation en


sécurité alimentaire et nutritionnelle et les besoins de la population aussi de saisir les causes qui
engendrent la faim et la malnutrition (Chapitre i). Ensuite nous allons, présenter les évolutions
et les contraintes démographiques du pays  (Chapitre ii).

Chapitre i : PRESENTATION DE LA SITUATION ALIMENTAIRE DU


TCHAD.
108
Ministère de l’Agriculture/CONACILSS « Propositions nationales sur le développement d’une sécurité
alimentaire durable au Tchad dans une perspective de réduction de la pauvreté ». 09.2000
109
La situation alimentaire au Tchad fait partie de défis majeurs auxquels
le pays reste confronté. En effet, malgré les multiples interventions menées par l’Etat Tchadien
pour améliorer la situation alimentaire dans le pays, les problèmes d’insécurité alimentaire
demeurent importants. L’analyse de la situation alimentaire, sur la base de la norme de
consommation en céréales de 159 kg/pers/an, et de la production céréalière des huit (8)
dernières années (tableau N° 1), révèle que le pays n’arrive toujours pas à couvrir ses besoins
céréaliers régulièrement. Le déficit céréalier est constaté au cours de six (6) années sur les dix
(10) années examinées, durant la période 2008 à 2018.

L’envergure de la famine au Tchad est étendue à de nombreuses régions de pays. 22


régions sur 23 que compte le pays sont touchées. Salamat, Ennedi Est, N’Djamena et Wadi Fira
connaissent une insécurité alimentaire quasi-permanente. La situation est suffisamment
inquiétante car le seuil d’urgence qui est de 2% a presque quadruplé. Certaines régions ont
atteint presque 7% (6,8%). Avoir un repas, dans la journée, est un luxe pour 5 millions de
Tchadiens. On compte un demi-million d’enfants victimes de malnutrition.

Face à cette situation, la production agricole, issue presque exclusivement des


exploitations familiales, n’arrive pas à garantir la sécurité alimentaire, l’Etat Tchadien poursuit
ses efforts, alliant des actions d’investissements productifs aux mesures de prévention et de
gestion de crises.
Pour l’heure, à l’instar des autres pays sahéliens, le Tchad dispose d’un
Système d’Alerte Précoce (SAP), pour la collecte, l’analyse et la diffusion des informations sur
la sécurité alimentaire, et d’un Office National de Sécurité Alimentaire (ONASA), en charge de
la gestion du stock national des céréales pour intervenir dans les zones les plus vulnérables en
cas de nécessité.

Apres une analyse de la situation et dynamique de la sécurité alimentaire en lien avec


les ODD et de la situation nutritionnelle du Tchad (Section i), Nous allons évoquer les
principales victimes de la malnutrition et de la faim au Tchad. (Section ii).

Tableau N°1 : Evolution du niveau de couverture des besoins en céréales des dix (10)
dernières années annexe
Campagnes agricoles (2008-2009 à 2017-2018)
Année Production Semences Production Besoins Ecart (en
brute et nette (tonnes) tonnes)
(tonnes) pertes (tonnes)
(tonnes)
2008- 2009 1217740 210669 1007071 1280551 -273480

2009-2010 1.617.339 279.799 1337540 1312565 24 975

2010-2011 1.212.905 209.832 1003073 1345379 -342 306

2011-2012 1.543.609 267.044 1275565 1379013 -103 448

2012-2013 1.991.122 344.464 1646658 1413489 233 169

2013-2014 1.972.035 341.162 1630873 1448826 182 047

2014-2015 1.778.825 307.737 1471088 1755340 -284 252

2015-2016 1.575.117 272. 495 1302622 1818532 -515 910

2016-2017 2 640 814 456.861 2183953 1883999 299 954

2017-2018 1.657.182 286.692 1370490 1951823 -581 333

Source :

Section i : ANALYSE DE LA SITUATION EN SECURITE ALIMENTAIRE ET


NUTRITIONNELLE DU TCHAD.
La sécurité alimentaire et nutritionnelle du Tchad s’apprécie à travers les
productions nationales de produits alimentaires, notamment les produits agro-sylvo-pastoraux,
halieutiques et fauniques.
Cependant, la disponibilité des données n’est pas toujours assurée pour l’ensemble
de ces produits ; ainsi nous allons nous baser sur les productions agricoles qui demeurent la
base de l’alimentation au Tchad. La sécurité alimentaire est également assurée à travers les
importations et les aides alimentaires reçues des divers donateurs. La situation en sécurité
alimentaire du Tchad est demeurée inchangé dans les OMD et s’applique encore dans les
actuels ODD (paragraphe 1). Après la présentation de ces objectifs, nous allons également
analyser la sécurité alimentaire au Tchad au vue de l’offre agricole (paragraphe 2).
Paragraphe i:. Analyse de la situation et dynamique de la sécurité alimentaire en lien
avec les ODD.

La situation de la sécurité alimentaire est demeurée inchangé dans les OMD


et s’applique encore dans les actuels ODD malgré les disponibilités alimentaires dont dispose le
Tchad.
A. Des OMD aux ODD.
Le 08 septembre 2000, 191 pays dont le Tchad adoptaient à New York une
résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies appelée "Déclaration du Millénaire 110"
portant sur les OMD dont le but était de réduire la pauvreté et les inégalités de tous ordres dans
le monde111.
Pour garantir l’atteinte de la cible 1C des OMD « Réduire de moitié, entre 1990 et
112
2015, la proportion de la population qui souffre de la faim », le Tchad s’est investi à travers
plusieurs projets et stratégies sectoriels de lutte contre la faim et la malnutrition, de la relance
de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche113.
L’évaluation de la mise en œuvre de ces différentes politiques a permis de faire le
constat suivant : En dépit des progrès réalisés, l’objectif n° 1 du Millénaire pour le

110
Assemblée générale des Nations Unies, 2000.
111
FAO 1996a.
112

113
Il s’agit des programmes et projets tels que : (i) le PDDAA, (ii) la Stratégie de Développement Rural (iii) le
Programme d’Appui au Secteur de la Santé (PASS), (iii) le Schéma Directeur de l’Eau et Assainissement (SDEA),
(iv) Projet de «Développement Urbain et d’Amélioration de l’Habitat» (DURAH) ; (v)le Programme Intégré de
Développement Rural - PIDR 16 (élaboré à la suite de la 4ème Table Ronde des bailleurs du Tchad et des
consultations sectorielles qui s’en sont suivies).
développement, fixé par les Nations Unies, de réduire de moitié la population mal nourrie en
2015, n’a pas été atteint, force est de reconnaître que les efforts doivent être poursuivis pour
non seulement pérenniser les acquis mais aussi et surtout poursuivre et accélérer les chantiers
entamés surtout en matière de sécurité alimentaire et de nutrition pour que la question de la
faim et de la malnutrition soit de moins en moins récurrente au Tchad.
C’est dans cette optique que le Tchad s’est engagé avec l’ensemble de la
communauté mondiale, sur l’agenda du développement durable formulé par les ODD et sur
lesquels le nouveau référentiel de développement pour les prochaines années s’aligne.
Ce nouvel agenda de développement mondial à l’horizon 2030 est porteur d’ambitions
de transformation qui tiennent compte de l’évolution de notre monde et des nouveaux défis que
nous devons relever si nous voulons vivre dans un monde libéré de la faim, de l’insécurité
alimentaire et de la malnutrition sous toutes ses formes. Il vise entre autres à éradiquer la
pauvreté, à lutter contre les inégalités et à promouvoir la prospérité tout en protégeant
l’environnement114 d’ici 2030115.
Point important, les ODD reconnaissent la plus grande vulnérabilité de certaines
catégories de personnes116. Il ressort que l'inégalité entre les personnes freine le progrès dans
tous les domaines du développement durable, mais plus particulièrement lorsqu'il s'agit
d'éliminer la pauvreté et la faim. A cet effet, le nouveau programme de Développement Durable
intègre la prise en compte de légalité dans ses actions.
Les ODD s’articulent autour de 17 objectifs, dont un objectif autonome dédié à
éradiquer la faim, garantir la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir
l'agriculture durable. De manière spécifique, l’ODD2 vise à : « Éliminer la faim, assurer la
sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable » .L’ODD 2
englobe les quatre dimensions de la sécurité alimentaire telle qu'elle a été définie lors du
Sommet mondial de l'alimentation en 1996 :
- Éliminer la faim – accès à l'alimentation toute l'année (cible 2.1). ;
- Améliorer la nutrition – utilisation des aliments et mesures complémentaires pour
mettre fin à la malnutrition (cible 2.2) ;

114

115

116
Il ressort pour ne laisser personne de côté dans le combat contre la faim, il faut venir en aide à tous femmes,
hommes, filles et garçons et en particulier à ceux qui vivent dans une extrême pauvreté ou qui sont la cible de
discriminations, aux réfugiés, aux personnes déplacées à l'intérieur de leur pays, ou encore aux victimes de crises
humanitaires complexes et prolongées, de violences extrêmes ou de catastrophes naturelles.
- Assurer la sécurité alimentaire – disponibilité des aliments (cible 2.3) et stabilité des
systèmes de production alimentaire (cible 2.4) ;
- Promouvoir l'agriculture durable – stabilité des systèmes de production alimentaire
(cible 2.4) et des intrants (cible 2.5).

B. Analyse de la sécurité alimentaire

La situation alimentaire au Tchad se détériore, à l’image de la tendance régionale


dans le Sahel117. Selon les résultats du cadre harmonisé de mars 2018, 4,3 millions de personnes
devraient être en insécurité alimentaire pendant la période de soudure (juin-août 2018), dont
environ 520 000 réfugiés et retournés. Parmi ces personnes, 991 000 sont en insécurité
alimentaire sévère (phases « crise » et « urgence ») - ayant épuisé leurs réserves alimentaires et
ne pouvant subvenir à leurs besoins alimentaires de base.

On estime que 19% des ménages sont en insécurité alimentaire, dont 1 % en situation
sévère. Ces ménages ont, soit une consommation alimentaire déficiente, soit ils ne peuvent
satisfaire leurs besoins alimentaires minimaux sans recourir à des stratégies d’adaptation
(diminution de la ration alimentaire, vente des animaux, consommation des stocks des
semences prévues pour la saison suivante, consommation de l’épargne, …).118
Les zones où sévit fréquemment l’insécurité alimentaire se concentrent dans la partie
Nord du pays comme l’indiquent les cartes de la page suivante, issues de l’analyse du Cadre
harmonisé conduite chaque année. Les différentes zones du pays peuvent être confrontées à :
- une situation d’insécurité alimentaire minimale : couleur verte ;
- une situation d’insécurité alimentaire sous pression : couleur jaune ;
- une situation d’urgence : couleur rouge ;
- une situation de crise : couleur grise

117

118
Analyse Globale de la Vulnérabilité, de la Sécurité Alimentaire et de la Nutrition (AGVSAN), 2014
Cartes : Situation de l’insécurité alimentaire en juin-juillet-août

En outre, l’analyse du cadre harmonisé indique que de nombreuses populations sont


confrontées chaque année à l’insécurité alimentaire. Celles-ci se retrouvent principalement dans
les zones chroniquement déficitaires mais également dans les zones excédentaires du fait d’un
degré de pauvreté élevé et d’une incapacité à produire. Ainsi, environ 4 millions de tchadiens,
soit 30% de la population, sont en proie à l’insécurité alimentaire 119. Le nombre de personnes

119
PNDES, 2016-2020
vulnérables issues de l’analyse du cadre harmonisé durant les quatre (04) dernières campagnes
figurent à l’Annexe 5.
Pour procéder à une analyse fine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle,
plusieurs cadres conceptuels sont disponibles mais tous s’accordent sur les quatre (4)
principaux piliers qui sont : la disponibilité, l’accessibilité, la stabilité et l’utilisation.
1- Analyse des disponibilités alimentaires
Les disponibilités alimentaires au Tchad proviennent essentiellement de la
production intérieure, des importations et des aides alimentaires.
1.1- Evolution de l’offre agricole de 2003 à 2016
L’offre agricole de l’Etat tchadien a connu une hausse entre 2003 et 2016  s’agissant des
céréales, des autres cultures vivrières, des cultures de rente ou de la production fruitière et des
légumes.
1.1.1- Situation de la production agricole en 2016
La production agricole a connu une hausse entre 2015 et 2016. Les groupes de
cultures ont connu des hausses respectives de 9,01%, 6,45% et 4,33% pour les céréales, les
cultures de rentes et les autres cultures vivrières. En comparaison avec la production des cinq
dernières années, on constate un recul des autres cultures vivrières tandis que les céréales et les
cultures de rentes sont toujours en hausse120.
En ce qui concerne spécifiquement les cultures vivrières, le sorgho et le mil
continuent leur progression en raison du fort soutien dont ils bénéficient tandis que la
production de riz est en baisse.
1.1.2- Evolution de la production végétale
 Céréales
La production céréalière est passée de 2 559 839 tonnes en 2003 à 4 567 066 tonnes en 2016.
De l’apport des différentes cultures céréalières, le mil est la première culture céréalière, talonné
par le sorgho. Ils sont suivis en termes de production par le riz, le berbéré, le maïs, dont la
production est très faible. Durant la période 2003-2016, la production céréalière a connu un
accroissement moyen annuel de 3,49% entre 2003 et 2007, de 9,66% entre 2008 et 2012 et
-1,74% entre 2013 et 2016.
De l’analyse de la Figure 1 ci-dessous, il ressort que la production de spéculations
comme le sorgho et le mil ont connu de fortes augmentations au cours de la période 2007-2016.
Ainsi, la production de sorgho est passée de 533 874 tonnes en 2007 à 1 602 525 tonnes en

120
Comité de prévision de la situation alimentaire, 2016
2016 et celle de mil de 68 916 tonnes à 384 690 tonnes, soit des taux d’accroissement annuel
respectifs de 12,99% et 21,05% au cours de la période. Entre 2003 et 2007 les taux
d’accroissement annuel étaient respectivement de -5,36% et -6,73% pour le sorgho et le mil.
Figure 1: Evolution de la production céréalière par culture

Les principales cultures vivrières sont les céréales (mil, sorgho, berbéré, maïs, riz, blé), les
oléagineux (arachide et sésame), les protéagineux (Voandzou et niébé), les plantes à racines
et les tubercules (patate, igname, manioc et taro) et les légumineuses (niébé, arachide), les
cultures maraichères (ail, oignons, tomates). Les autres cultures appelées de rente telles que :
le coton, le tabac et la canne à sucre, font également partie de l’assolement et contribuent de
manière significative à l’amélioration des conditions de vie des ménages
 Autres cultures vivrières

La production des autres cultures vivrières a connu une croissance irrégulière


durant la période 2002-2012. Elle a été en moyenne de -9,53% entre 2003 et 2007, 16,17%
entre 2008 et 2012 et -7,52% entre 2013 et 2016 (soit un accroissement moyen de 2,06% entre
2003 et 2016).
La production de berbéré constitue la plus grande part (77,19% en 2016) de
la production des autres cultures vivrières. La filière niébé fait partie des filières émergeantes à
fort potentiel de croissance. Il est l’un des produits les plus commercialisés aussi bien à
l’intérieur du pays. Cette forte demande serait à l’origine depuis 2007 de la tendance haussière
de la production de niébé. Le taux d’accroissement de la production du niébé est passé de
-13,71% entre 2003 et 2007 à 15,46% entre 2008 et 2013 puis est tombé à -2,33% entre 2014 et
2016. La production de niébé évolue en dents de scie.
L’igname est une spéculation de plus en plus prisée sur le marché national.
Parmi les autres cultures vivrières, l’igname enregistre le plus fort taux d’accroissement de la
production entre 2007 et 2012 (41,92 %). Sur la période 2003-2016, la patate détient le plus
fort taux d’accroissement : 6,66% contre 2,88% pour le manioc.
Figure 2 : Evolution de la production des autres cultures vivrières

 Cultures de rente

Comme le montre la Figure 3 ci-dessous, les cultures de rente ont connu


également une croissance entre 2003 et 2016. Cette période est marquée par trois phases
distinctes de l’évolution des cultures de rente. En effet, avec un accroissement moyen de 4,32%
durant la période 2003-2016, la production des cultures de rente a connu un taux
d’accroissement moyen négatif entre 2003 et 2007 de l’ordre de -6,71% contre des
accroissements de 5,92% entre 2008 et 2012 et 12,69% entre 2013 et 2016.
Le coton, principale culture de rente au Tchad, voit sa contribution au PIB chutée de 12
%, à 3 % à cause du pétrole, mais aussi à cause de la forte baisse de la production. En effet, la
production du coton graine, après avoir atteint un niveau record de 263 000 tonnes en 1997-
1998, a fortement chuté pour n’être que de 52 570 tonnes au cours de la campagne 2014/2015.
Les causes de cette forte chute de production du coton graine sont nombreuses, mais la
principale semble être la démotivation des producteurs vis-à-vis de cette culture du fait de
méventes et de retards dans le paiement.

L’arachide constitue la seconde culture de rente. Depuis 2006, la production


d’arachide est en hausse constante pour atteindre en 2010 plus de 340 000 tonnes. La
production a fortement baissé en 2011 du faite de la mauvaise campagne. Depuis 2012 la
production d’arachide est repartie à la hausse et a atteint son plus haut niveau en 2016 avec une
valeur de 515 672 tonnes.
Le sésame fait partie des filières porteuses à haute valeur commerciale.
L’engouement des producteurs pour la filière sésame depuis ces dernières années pourrait être à
l’origine de l’augmentation importante de la production. En effet, le taux d’accroissement de la
production de sésame a connu une augmentation vertigineuse entre 2007 et 2014 (5,04% en
2002-2007 contre 50,04% en 2008-2014). La production de sésame a décliné à partir de
2015 .Mais en 2016, elle se situe à 163 819 tonnes contre 321 837 tonnes en 2014.
La production de soja est également en hausse depuis 2003, même si la
production reste relativement faible par rapport aux autres cultures de rente. Le taux
d’accroissement de la production est de 0,71%% entre 2003 et 2007 contre 17,91%% entre
2008 et 2016. Comparée aux années 2000, les productions de sésame et de soja ont presque été
multipliées respectivement par dix (10) et par sept (7) en 2016.
Figure 3: Evolution de la production des cultures de rente
 Fruits et Légumes

La production végétale est essentiellement constituée de la production pluviale, les


cultures irriguées restant faibles du fait de la faible exploitation des ressources en eau. Les
terres irrigables atteignent 233.500 ha dont environ 12 à 14% actuellement exploitées.
Les légumes sont essentiellement produits grâce à l’irrigation. En 2008, la
superficie des légumes a été estimée à environ 27 000 ha couvert principalement par l’oignon
bulbe, la tomate, le chou et la laitue. Ces spéculations représentent plus de 75% de la superficie
totale exploitée. En termes de production, plus de 747 488 tonnes de légumes ont été récoltés
en 2008 contre seulement 166 000 tonnes en 2005. L’augmentation des superficies aménagées
et l’ouverture de nouveaux débouchés sont entre autres à l’origine de l’augmentation fulgurante
de la production de légumes.
La production fruitière reste relativement peu connue du fait de la faible
disponibilité de données au niveau national. Néanmoins, les récentes enquêtes réalisées 121
évaluent au niveau national, la superficie de la plantation nationale fruitière à environ 142 400
ha avec une prédominance des superficies des vergers d’anacarde (70,2%) et de mangue
(24,7%). La production fruitière est évaluée à 389 259 tonnes, dominée essentiellement par la
mangue avec 62% de production fruitière et l’anacarde occupe près de 22% de la production
nationale122.
De l’analyse de la figure 4 ci-dessous, il ressort que la production de
légumes et de fruits sont en augmentation constante. Cette forte augmentation pourrait se
justifier par l’augmentation de la demande de ces produits sur les marchés et un effort de
structuration de ces filières à travers une meilleure organisation des acteurs. Ces filières fruits
et légumes présentent un important potentiel de développement
Figure 4 : Evolution de la production de légumes et fruits

121

122
DGPER (RGA 2008)
1.1.3- Evolution de la production animale
Dans l’estimation de l’effectif du bétail, les espèces considérées sont les
bovins 6,284 millions de têtes, les ovins 2, 563 millions les caprins 5,584 millions, les camelins
1,185 millions et pour l’estimation de l’effectif de la volaille les différentes espèces d’oiseaux
domestiques regroupées ont été considérées.
La figure 5 ci-dessous que le bétail est en constante évolution. Ainsi, les bovins ont
connu un accroissement moyen annuel de 4,6% contre 2,6% pour les ovins et 3,4% pour les
caprins entre 1990 et 2008123. Cet accroissement constant pourrait se justifier non seulement par
les politiques de soutien à l’élevage, mais aussi à la demande de plus en en plus croissante
d’animaux sur pied et de produits animaux dans les pays côtiers. En effet, de nouveaux
marchés s’offrent pour l’exportation du bétail. L’immense marché du Nigéria, le Ghana et la
Côte d’Ivoire sont de nos jours les principaux pays d’exportation du bétail du Tchad.
Figure 5 : Evolution de l’effectif du cheptel
La Figure 6 ci-dessous permet de constater que la production d’œufs a connu une
forte évolution par rapport à la production de lait. Cette situation s’explique certainement par le
fait du développement de la production moderne d’œufs avec des poules de races améliorées
d’une part, et avec la forte demande des villes qui a développé le commerce des œufs de
pintades d’autre part.
Figure 6 : Evolution de la production d’œufs et de lait entre 2002 et 2012
En somme, en termes de niveaux de production, les performances obtenues en
2016 dans le secteur agricole (végétal et animal) confirment un accroissement annuel en
moyenne de la production dans le secteur agricole, témoignant des efforts politiques de soutien
au secteur rural.
 Les produits halieutiques
La production domestique du poisson au Tchad oscille entre 20 000 et 25
124
000 tonnes de poissons équivalent frais par an . La quasi-totalité de cette production est
consommée à l’intérieur du pays à hauteur de 3,5 kg/pers/an. Toutefois, la production
domestique est loin de satisfaire les besoins nationaux entraînant une importante importation de
poisson (de moins de 10 000 Tonnes en 1998 à 60 000 tonnes en 2011) pour combler le déficit.
 Le miel

123
Etude sur la performance du secteur agricole, 2009
124
Enquête cadre CEMAC, 2012
En 2015, le volume de la production de miel est estimé à 1 429 583 litres 125. Le miel est un
produit à haute valeur biologique (100 G fournissent 304 Kcal d’énergie).

1.1.4- Les produits forestiers et fauniques :


- Les produits forestiers non ligneux (PFNL)
Les PFNL sont couramment utilisés comme des compléments nutritionnels durant
les périodes de soudure et de crise où ils suppléent les cultures céréalières.
L’état des lieux indique que 70% du territoire national du Tchad, soit environ 19
048 352 ha, renferme une grande diversité de PFNL. En 2012, plus de 44,794 milliards de
FCFA de revenus issus de la vente des PFNL ont été injectés dans l’achat de produits
alimentaires126.
Selon l’Agence de promotion des Produits Forestiers Non Ligneux (APFLN), la
production totale de PFNL enregistrée en 2012 est de 863 190 tonnes. En 2015 par exemple, les
quantités commercialisées au niveau local se présentent comme suit :
- 307 510,8 tonnes d'amandes de karité, 62 761,7 tonnes de beurre de
karité, 53, 8 tonnes de savon, 2,588 tonnes de pommade à base de beurre
de karité ;
- 57 677,2 tonnes de poudre de pain de singe, 665,4 tonnes de feuilles et
65 793,1 tonnes de poudre de feuilles de baobab ;
- 98 558,4 tonnes de graines de néré dont la transformation a permis
d’avoir 1 648,8 tonnes de soumbala, 136,2 tonnes de poudre de néré ;
- 2 305,7 tonnes de graines de balanites, 108 607 litres d’huile et 45,0
tonnes de savon à base de balanites ;
- 5 771 tonnes de feuilles fraîches de tamarinier, 1 410 tonnes de feuilles
sèches, 1 947 tonnes de fruits secs en gousse, 37 848,7 tonnes de fruit de
tamarin et 108 511 litres de jus de tamarin ;
- 25,7 tonnes de gomme arabique ;
- 171,4 tonnes de calices de Bombax sec ;
- 83,2 tonnes de fruits/poudre de fruit de zizyphus, 181,5 tonnes d’Acacia.
La mise en place des 23 sites de jardins nutritifs, de 3 497 ha de Régénération Naturelle
Assistée (RNA) au troisième trimestre 2016 ont permis d’améliorer les statistiques de collecte

125
APFNL 2016
126
APFNL, 2012
des PFNL. En outre, la mise en place d’un dispositif de suivi-évaluation desdites statistiques à
travers la formation d’enquêteurs pour la collecte des données sur le terrain et la collaboration
avec les services de douanes des postes frontaliers ont permis de renseigner les quantités des
principaux PFNL exportés. Toutefois, l’offre des PFNL en terme quantitatif reste difficilement
estimable.
1.1.5- Les produits de la faune
Pour la campagne d’exploitation faunique 2015-2016, le nombre de mammifères et
d’oiseaux abattus ainsi que l’évaluation de la production de venaison sur l’ensemble du
territoire national est respectivement de 950,9 et 88,1 tonnes contre 451,8 et 67,2 tonnes pour la
campagne d’exploitation faunique 2014-2015127.
La faune est relativement abondante et variée ; elle compte 128 espèces de
mammifères, 477 espèces d’oiseaux et 60 espèces de reptiles et d’amphibiens. Ces potentialités
permettent de procurer chaque année des protéines animales (160 tonnes de viande en 2004)
aux populations128.
1.1.6- Evolution du taux de couverture des besoins de
consommation
Les produits agricoles constituent non seulement des sources de revenus,
mais aussi la principale source de l’alimentation des populations. Les normes de consommation
font ressortir un besoin de consommation de 190 Kg de céréales par personne et par an. Cette
norme permet d’estimer la consommation humaine par an, comparée à la production
disponible.
La Figure 7 ci-dessous montre une évolution du taux de couverture en dent de
scie. Durant la période de l’étude le plus faible taux de couverture a été enregistré en 2007, en
2011 et 2015 (96%) et le taux le plus élevé estimé à 128% enregistré en 2003. Cette évolution
du taux de couverture dénote du caractère instable de la production agricole surtout céréalière
qui est fortement tributaire des aléas climatiques. Afin de palier à cette instabilité et assurer une
sécurité alimentaire durable pour les populations, il est nécessaire de promouvoir les cultures de
contre saison qui ont une forte rentabilité économique et financière.
Figure 7 : Evolution du taux de couverture des besoins de consommation au cours des dix
dernières années
1.2- Les importations

127
DFC, 2015 et 2016
128
SP/CONAGESE
Les importations contribuent à la sécurité alimentaire en augmentant la disponibilité
des produits alimentaires sur les marchés. L’insuffisance structurelle mais aussi conjoncturelle
des productions nationales à couvrir les besoins alimentaires des populations occasionne
chaque année l’importation de quantités importantes de produits alimentaires pour compenser
le déficit.
1.2.1- Les céréales
Les importations de riz, de blé, et de maïs ont doublé en 10 ans et sont estimées à
plus de 276 000 tonnes par an. Elles connaissent des variations inter annuelles en fonction des
résultats des campagnes agricoles et constituent en moyenne 11% des besoins en céréales.
Durant les 10 dernières années, le Tchad a importé en moyenne chaque année 237
350 tonnes de riz (61 %), 83 536 tonnes de blé (21 %) et 70 253 tonnes de céréales (mil,
sorgho, maïs) représentant 18 % du volume total. Au total pour la décennie, les produits
importés se chiffrent à 3 911 393 tonnes129 (Voir Annexe 2).
1.2.1- Les produits animaux
L’insuffisance de la production nationale fait recourir à l’importation des produits animaux
suivants :
- produits laitiers : le poids net des produits laitiers et dérivés importés par
le Tchad en 2011 est chiffré à 8 337,7 tonnes pour une valeur Coût
Assurance Fret (CAF) évaluée à 9,5 milliards de FCFA ;
- produits carnés : le poids net des produits carnés importés en 2012 est de
50,8 tonnes pour un montant FOB de 109,1 millions de FCFA ;
- œufs de consommation : évaluée à 21 035 490 de FCFA en valeur CAF
au titre de l’année 2012.
Les importations, quoique fluctuantes ces dernières années (40 000 à 60 000
tonnes), sont régulièrement en augmentation au fil des ans.
L’importation de produits alimentaires a été évaluée annuellement à plus de 12%
du PIB en 2000, constituant l’une des premières causes de déficit structurel de la balance
commerciale du pays. Il y a donc urgence à inverser cette tendance non seulement afin d’offrir
aux populations suffisamment de produits de qualité localement produits, mais aussi de
minimiser la sortie de devises.
1.3- Les aides alimentaires

129
DESS MAAH
Les aides alimentaires sont constituées de riz et de céréales locales (mil,
sorgho, maïs). Bien que moins importantes que les importations, ces aides reçues contribuent à
la sécurité alimentaire en augmentant les disponibilités et l’accessibilité. Au total, ce sont plus
de 17 000 tonnes d’aides qui ont été reçues par le constituées de 40 % de riz et 60 % de
céréales. En moyenne sur les 10 dernières années, le Tchad reçoit chaque année plus de 7 000
tonnes de riz et près de 11 000 tonnes de céréales 130.
2. Analyse de l’accessibilité et de la stabilité alimentaire

La dimension accessibilité de la sécurité alimentaire s’analyse en distinguant le


niveau physique (les approvisionnements) et le niveau monétaire perçu à travers la solvabilité
des ménages. Elle constitue un aspect important de la sécurité alimentaire en ce sens que même
en cas de disponibilités suffisantes, on peut être confronté à des problèmes alimentaires si l’on
n’y a pas accès.
En termes d’accessibilité physique et de stabilité, le Tchad est caractérisé par
l’enclavement des principales zones de production (Tandjilé, Mayo-Kebbi Est et Ouest) et
l’éloignement des zones déficitaires situées au Nord du pays. Cette situation constitue un frein
à l’approvisionnement de ces dernières, notamment en période pluvieuse. Il convient d’ajouter
le faible niveau de dotation du pays en infrastructures de stockage, de conservation et de
transformation permettant d’accéder à l’alimentation en tout temps. Ainsi chaque année on
enregistre, notamment dans les zones rurales, des périodes dites de « soudure » au cours
desquelles les difficultés alimentaires sont partout accentuées. Pour ce qui concerne l’accès
monétaire, la pauvreté endémique d’une frange importante de la population constitue le
principal frein à une alimentation adéquate. En effet, même si le dernier profil de pauvreté
révèle une relative amélioration des indicateurs de pauvreté, on note qu’une proportion
importante de la population (40,1%) continue de vivre en-dessous du seuil minimum
acceptable. Cette pauvreté est surtout rurale car 47,5% de la population rurale vit en-dessous du
seuil de pauvreté contre 13,7% en milieu urbain. Cette population rurale constitue de ce fait la
frange la plus vulnérable à l’insécurité alimentaire131.
En plus d’être soumises à cette précarité structurelle, les populations font
face à une hausse tendancielle des prix des produits alimentaires, notamment céréaliers. En
effet, en plus de leurs fluctuations cycliques, les prix des produits céréaliers connaissent une
tendance à la hausse depuis les dix dernières années, ce qui ne permet pas aux populations les

130
DGESS MAAH : Voir annexe 3 pour plus de détails.
131
INSEED, 2014
plus pauvres d’avoir un accès à une alimentation adéquate. De plus, les conflits sociopolitiques
nationaux et l’arrivée de réfugiés centrafricains, soudanais et nigériens ont contribué à faire
monter les prix. A partir de 2013, le prix des céréales connaît une légère baisse du fait des
disponibilités importantes sur les marchés avec les résultats excédentaires pour les campagnes
agricoles 132(Voir Annexe 4).
Il y a lieu de noter le cas spécifique du milieu urbain et péri-urbain. Le taux
d’urbanisation a considérablement augmenté : de 6,4% en 1975 il est passé à 22,7% en 2006.
Selon les projections, le Tchad atteindrait un taux d’urbanisation de 44% en 2035 133. En milieu
urbain et péri-urbain, le pourcentage des ménages avec une consommation alimentaire pauvre
ou limite a beaucoup augmenté entre 2008 et 2012, passant de 12 % à 30 %134.
Les ménages urbains dépendent presqu’entièrement des marchés pour
s’approvisionner. Ils sont les premières victimes de la hausse des prix des denrées alimentaires.
Quant à la production agricole péri-urbaine qui pourrait alimenter le marché urbain, elle se
trouve de plus en plus confrontée à la raréfaction des terres cultivables, envahies
essentiellement par les habitations.
Les besoins en consommation en milieu urbain sont énormes. L’analyse de la
consommation du riz en est une parfaite illustration. Depuis 2008, grâce aux mesures de soutien
du Gouvernement et de ses partenaires, la production du riz ne cesse d’augmenter. Cependant,
l’augmentation de la production n’a pas rempli, et de loin, l’objectif politique de satisfaire
l’autosuffisance en riz, quand bien même le ratio d’autosuffisance a augmenté de 27% à 41%
sur la période 2006 à 2013135. Sur la même période, on constate que les importations ont
fortement augmenté, passant de 255 347 à 440 364 tonnes. Cette hausse des importations en
dépit d’une production en plein essor confirme l’idée que le recours aux importations est
fondamentalement lié à un changement des habitudes alimentaires plus qu’à un déclin dans la
production, la consommation croissant à un rythme plus élevé que la production. En termes de
consommation de riz au Tchad, plusieurs études nationales 136 aboutissent aux constats qui
suivent :
- la hausse de la demande en riz est essentiellement le fait de l’accroissement de la
population urbaine ;

132
SONAGESS
133
INSEED 2006
134
Tableau de bord démographique, INSD 2014
135
FAO
136
DGPER 2009, Africa Rice 2010
- en milieu urbain, la consommation de riz est régulière et représente une part
importante de la consommation de céréales. Cette part est globalement la même dans les
classes riches que dans les classes pauvres ;

- une grande partie des repas pris à l’extérieur par les travailleurs éloignés de leur
domicile est constituée de riz ;

- la demande en riz est inélastique par rapport aux prix relatifs des autres céréales. Il y a
peu d’effet de substitution au riz par les céréales traditionnelles et la consommation de
riz en milieu urbain semble assez rigide par rapport aux prix.

3. Analyse de l’utilisation des aliments


Le régime alimentaire est essentiellement composé de céréales qui participent pour 67
à 70% à l'apport calorique total, de fruits et légumes pour 1%, de racines et tubercules pour 1-
2%, d’oléagineux et autres légumineuses pour le reste. La consommation des produits animaux
d’élevage est estimée en moyenne/habitant/an approximativement à 9 kg de viande, 20 kg de
lait et 8,4 œufs. La consommation normale des produits animaux contribue au bien être de
l’organisme par apport de l’énergie, de protéines et surtout de micronutriments indispensables à
son bon fonctionnement. Selon les normes énergétiques recommandées par le système des
Nations Unies, les besoins moyens énergétiques du sont estimés à 2 200 kcal/jour dont les
produits animaux devraient apporter 103 kcal. Le disponible potentiel total des produits
animaux par individu par an est de 40,32 kg, apportant 118, 92 kcal/jour, soit un taux de
couverture énergétique de 115,46% dont la viande et le lait contribuent respectivement à 83%
et 24%. Suivant les normes du CILSS, les taux de couverture des besoins énergétiques apportés
par la viande, le lait, les œufs et le poisson sont de 155%, 76%, 50% et 239% respectivement.
La production potentielle nationale serait insuffisante pour la couverture en énergie apportée
par le lait et les œufs. La contribution des viandes à la couverture énergétique est dominée par
celui du poulet, du bovin et du porc. Le porc occupe une place importante au bilan énergétique
des produits animaux à cause de son lard. Au regard des performances de production et de la
croissance démographique, la viande du porc occupera une place stratégique chez les couches
pauvres.137
A ces différents produits s’ajoutent les produits halieutiques, les produits de
chasse et le miel. La structure de la consommation révèle également un équilibre des apports
alimentaires le plus souvent non satisfaisant, en ce sens que l’apport énergétique est

137
DGESS/MRAH 2016
majoritairement assuré par les glucides (céréales notamment) alors que leurs apports doivent
être de l’ordre de 50-65%. Des analyses de la consommation alimentaire révèlent également un
régime très peu diversifié dans la plupart des ménages tchadiens. En effet, on estime que dans
l’ensemble, 50,5% des ménages ont un régime peu diversifié (score<4). Cette situation est
beaucoup plus marquée en milieu rural qu’en milieu urbain. A l’échelle des enfants, les
données de l’enquête nutritionnelle nationale 2016 montrent que la majorité des enfants de 6-23
mois au Tchad ont une faible diversification alimentaire avec seulement 24,2% qui
consomment au moins 4 groupes d’aliments par jour.
L’apport protéique de sécurité est la quantité de protéines nécessaires à la couverture
physiologique et au maintien de la santé de la quasi-totalité des individus d’un groupe d’âge et
de sexe donnés. En 1957, un comité d’étude de la FAO recommandait sur la base d’études du
bilan azoté chez l’Homme un besoin journalier minimum de 0,35 g /jour/kg de poids corporel
pour l’apport de protéine de référence de haute valeur nutritive en l’occurrence l’œuf complet.
En se référant à cette norme de bilan protéique, un homme de référence de 70 kg doit apporter
au quotidien 24 g de protéines animales à son organisme alors que l’évaluation indique que
l’apport protéique potentiel quotidien du burkinabè se situait à un niveau de 10,22 g en 2012.
La ration quotidienne du tchadien serait loin de couvrir quantitativement ses besoins en
protéines animales.

Paragraphe ii : ANALYSE DE LA SITUATION NUTRITIONNELLE DU TCHAD.

La situation nutritionnelle se détériore dans plusieurs régions du Tchad. En 2017 le


taux de malnutrition aigüe globale est de 13,9%, soit deux points de plus qu’en 2016. La
malnutrition aigüe sévère est à 3,9%, un taux supérieur au seuil d’urgence de 2% et à celui de
2016 de 2,6%138.
La mise en œuvre d’une réponse d’urgence à la malnutrition aigüe est prioritaire dans
23 régions, majoritairement dans la bande sahélienne et N’Djamena, y compris dans les camps
de réfugiés, et sites de retournés et déplacés où le taux de MAG et/ou de MAS est souvent
supérieur ou égal au seuil d’urgence (MAG = 15% et MAS = 2%).
Les causes de la malnutrition étant multisectorielles et liées à des facteurs structurels, la
lutte contre la malnutrition aigüe doit s’effectuer à travers un ensemble d’interventions
intégrées et pluriannuelles portant sur la nutrition et l’alimentation, la santé, l’éducation, et
l’eau, l’hygiène et l’assainissement.
138
A. État des lieux au plan nutritionnel

La malnutrition est un problème majeur de santé publique au Tchad. D’ailleurs durant


la dernière décennie, aucune amélioration n’a été observée concernant la prévalence de la
malnutrition chronique. L’état nutritionnel des femmes en âge de procréer et des enfants est très
préoccupant.
1- La malnutrition aigüe139, l’insuffisance pondérale140 et la malnutrition
chronique.141

La prévalence nationale de la malnutrition aigüe globale est de 28,3% à


33,9% de 2013-2018 chez les enfants 142. Selon la classification de l’OMS, cela correspond à
une situation nutritionnelle sérieuse143. D’après l’analyse des résultats du même indicateur par
région (strate); la situation est critique (MAG ≥ 15%,) pour les régions de l’Ennedi Est,
l’Ennedi Ouest, le Salamat, le Batha, le Barh El Ghazel, le Wadi Fira, le Kanem, le Lac, le
Borkou, le Sila, Hadjer Lamis et Ndjamena ; elle est sérieuse (10% ≤ MAG <15%,) pour le
Guéra, le Ouaddai et la Tandjilé, le Logone Occidental, le Mayo Kebbi Ouest, le Mayo Kebbi
Est, le Logone Oriental, le Tibesti, le Moyen Chari et le Chari Baguirmi sont dans une situation
précaire (5% ≤ MAG <10%,).
Figure 8 : Tendance des indicateurs de la malnutrition de 2015 à 2018 Source : Enquête
SMART 2015 à 2018
La malnutrition chronique ou retard de croissance est déterminée par l’indice
taille-pour-âge. Cet indice permet d’apprécier la taille ou la longueur d’un enfant par rapport
aux enfants normaux de son âge.
La malnutrition chronique est estimée à 32,4% dans l’ensemble, ce qui représente
une situation grave selon la classification de l’OMS144. Ce taux a d’ailleurs augmenté de
manière significative par rapport à l’enquête de 2016 où il était estimé à 26,2%. Par ailleurs, ce
taux cache beaucoup de disparités selon les régions. Les régions les plus affectées sont celles
du Kanem (50,8%), Ouaddai (44,2%), Hadjer Lamis (43,2%), Barh El Ghazel (42,2%) et du
Lac (40,0%), considérées comme critiques selon le seuil critique de 40% fixé par l‟OMS, puis

139

140
Selon le PAM elle se mesure en comparant le poids-pour-âge d’un enfant par rapport à ceux d’un enfant du
même âge qui est bien nourri et en bonne santé dans la population de référence. Le modèle l’utilise pour analyser
l’impact de la sous-nutrition des enfants sur la santé.
141

142
L’enquête nationale de nutrition SMART 2018
143
OMS (1997), “Global Database on Child Growth and Malnutrition
144
OMS (1997), “Global Database on Child Growth and Malnutrition”
viennent les régions du Sila (38,1%), Salamat (37,8%), Logone Occidental (37,3%), Logone
Oriental (35,7%), Batha (35,5%), Mayo Kebbi Ouest (34,0%), Wadi Fira (32,6%), Tandjilé
(32,4%), Ennedi Est (32,3%), Mayo Kebbi Est (31,1%), Guéra (30,9%) et Mandoul (30,5%)
avec des situations considérées comme urgentes.
Figure 9 : un enfant atteint de malnutrition chronique dans la région du Kanem

L’insuffisance pondérale quant à elle, est passée de 30% à 19,2% chez les enfants de
moins de 5 ans de 2015 à 2018. Le faible poids de naissance (2500g) est passé de 9,4% à 9,5%
de 2015 à 2018145. En 2010, 16% des femmes en âge de procréer avaient un IMC en-dessous de
18,5. Cette prévalence présente des écarts importants entre le milieu rural et le milieu urbain
(19 % contre 8 %)146.
Tableau 3: Classification de la situation nutritionnelle d’après l’OMS
Signification Prévalence de la Prévalence de la Prévalence de
Malnutrition Aigüe Malnutrition l’Insuffisance
Globale (MAG) Chronique (MC) Pondérale (IP)
Situation critique MAG ≥ 15% MC ≥ 40% IP ≥ 30%
Situation sérieuse 10% ≤ MAG <15% 30% ≤ MC <40% 20% ≤ IP <30%
Situation précaire 5% ≤ MAG <10% 20% ≤ MC <30% 10 ≤ IP <20%
Situation acceptable MAG < 5% MC < 20% IP < 10%
145
Ces chiffres varient selon le niveau socio-économique ou le milieu de résidence. On note que la proportion
d’enfants souffrant de du retard de croissance dans les ménages les plus pauvres est plus élevée (30,4 pour cent)
que dans les ménages les plus riches (25,6 pour cent). La prévalence de la malnutrition présente un écart assez
important selon le milieu de résidence : 29,2 pour cent en milieu rural et 25,2 pour cent en milieu urbain.
146
EDS2010
Source : OMS
2- Les carences en micronutriments

Les carences spécifiques en micronutriments sont également présentes. La


prévalence des troubles dus à la carence en iode a considérablement diminué mais le problème
persiste, en particulier dans certaines zones. Au niveau national, la consommation de sel iodé
doit être augmentée et encouragée. Conséquences notamment d’une faible consommation de
produits d’origine animale et de fruits et légumes, les carences en vitamine A et en fer sont
importantes parmi les jeunes enfants et les femmes. L’anémie ferriprive est un problème majeur
de santé publique au Tchad puisqu’elle affecte plus des trois-quarts des jeunes enfants et plus
d’un tiers des femmes adultes. La couverture, aussi bien en vitamine A qu’en fer, doit être
considérablement élargie afin d’assurer une lutte plus efficace contre ces carences.
3- Les maladies chroniques liées à la nutrition

Les résultats de l’enquête smart 2016 ont révélé que 13,4 % de la population
présentait un surpoids et 4,5% une obésité. Cette situation est plus préoccupante dans les
régions de N’Djamena et du Moundou qui abritent les grandes villes dont les prévalences de
surpoids sont respectivement de 30,6% et 22,7%. Par ailleurs, on note que 17,6% de la
population âgées de 25-64 ans, présentait une hypertension artérielle et 4,9% souffrait de
diabète. Déjà en 2007, une étude de prévalence parmi les adultes de plus de 35 ans de la ville
de N’Djamena, capitale du Tchad, montrait une prévalence d’obésité de 14,7 % touchant plus
les femmes (21,9 %) que les hommes (5,5 %), tandis que l’hypertension artérielle était de
40,2%. Toujours dans la même ville, on retrouvait une prévalence de l’hypertension artérielle à
40,2 %76. La malnutrition par carences et maladies chroniques liées à la nutrition s’associent
dans le contexte du Tchad et représente aujourd’hui ce qu’il est convenu d’appeler double
fardeau de malnutrition.
4- Pratique d’alimentation du jeune enfant et du nourrisson

La situation de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant est préoccupante


(le niveau des indicateurs n’est pas satisfaisant) : l’allaitement maternel exclusif de 5,8%, la
poursuite de l’allaitement, 92,4% d’enfants sont allaités jusqu’à un an tandis 66,5% le sont
jusqu’à 2 ans, la mise au sein précoce dans la première heure qui suit la naissance est de 4,6%,
la proportion des enfants consommant plus de 4 groupes d’aliments par jour est de , 60,6% avec
seulement 33,7% des enfants que l’on estime avoir une alimentation minimum acceptable.
5- Malnutrition dans le contexte de crise ou de catastrophe.

Les situations d’urgences sont de plus en en plus récurrentes au Tchad. Pour faire
face à cette situation, le gouvernement a élaboré un plan national multirisque de préparation et
de réponse aux catastrophes qui est actualisé tous les deux ans et prend en compte plusieurs
secteurs dont la nutrition. En outre, suite à la crise humanitaire qui sévit actuellement au Tchad,
un plan annuel de soutien aux populations vulnérables prenant en compte la nutrition est
élaborée chaque année.

B- Analyse causale de la malnutrition selon les régions visitées

Les sorties terrain ont concerné les régions du Salamat, du l’Ennedi Est et Ouest, de
la Tandjilé , de N’Djamena, du Kanem, du Wadi Fira , du Barh El Ghazel et du Lac motivées
par la persistance dans ces régions de prévalences encore élevées de malnutrition par rapport à
la moyenne nationale alors que celles-ci sont soit bénéficiaires de plusieurs interventions de
nutrition, soit que ces régions jouissent d’un énorme potentiel en matière de sécurité
alimentaire. Si les entretiens menés au cours de cet exercice ne permettent pas de parler de «
causes » de la malnutrition, ils permettent d’émettre des hypothèses qui gagneraient à être
confirmées dans des études ultérieures.
Dans les régions du Salamat et de l’Ennedi Est et Ouest l’insécurité alimentaire est de
loin la cause qui revient le plus souvent lors des entretiens de terrain. Cependant, la persistance
de la malnutrition malgré la multiplicité des interventions permettrait de formuler l’hypothèse
d’effets pervers liés aux interventions qui ont fini par rendre les populations dépendantes.
Certains ménages, pour rester bénéficiaires de ces interventions vont jusqu'à provoquer des cas
de malnutritions chez leurs enfants.
Dans la région de la Tandjilé, malgré un potentiel évident de grande production
agricole doublé d’une richesse en PFNL et en faune, la prévalence de la malnutrition demeure
paradoxalement élevée malgré l’appui de plusieurs partenaires de lutte contre la malnutrition.
Les rencontres dans cette partie du pays font ressortir que les contraintes culturelles à l’accès
aux services de santé en général, la représentation qui est faite de la malnutrition, les tabous
alimentaires pour la femme, la femme enceinte et allaitante et l’enfant, sont au nombre des
principaux facteurs qui font perdurer le fléau de la malnutrition au sein de cette population.
Dans la région de N’Djamena, du Kanem et du Lac malgré une bonne
disponibilité de produits alimentaires, la persistance de la malnutrition serait liée à la qualité
des soins apportés aux enfants par leur mère ou gardienne (Grands parents). Les mères
occupées par leurs activités génératrices de revenus ne seraient plus disponibles pour s’occuper
de leurs enfants, situation dont les conséquences vont aboutir à la malnutrition. Les réalités
culturelles en défaveur de la femme et de sa progéniture viendraient renforcer cette première
hypothèse. En effet, les hommes qui estiment avoir payé « la dot » pour avoir leurs femmes ne
se sentiraient plus responsables ni d’elles ni de leurs enfants. Si bien que les femmes sont
obligées de travailler pour subvenir à leurs besoins, au risque de négliger et d’abandonner leurs
enfants.
Dans la région du Barh El Ghazel et du Wadi Fira, les obstacles culturels liés à
l’accès aux services, les tabous alimentaires et la mauvaise représentation de la malnutrition
sont évoqués dans les hypothèses explicatives de la persistance de la malnutrition. Il faut noter
aussi le point spécifique des pratiques alimentaires inappropriées particulièrement marquées
dans cette région. Ces pratiques inappropriées sont à mettre au registre de l’ignorance vis-à-vis
de la malnutrition, l’ignorance des moyens alimentaires pour y faire face et surtout l’ignorance
de la valeur nutritive des aliments locaux et de leur potentiel à résoudre le problème de la
malnutrition.
D’une façon générale, les limites géographiques des différentes interventions
reconnues efficaces, les problèmes limitant l’accessibilité aux services de prise en charge de la
malnutrition, le dispositif encore embryonnaire de la prise en charge communautaire de la
malnutrition, le manque de personnel qualifié à la prise en charge de la malnutrition dans la
majorité des centres de santé, la forte mobilité de ceux qui ont été formés, la fréquence des
ruptures d’intrants sont autant de raisons évoquées pour expliquer la persistance de la
malnutrition dans les différentes régions visitées.
Section ii : LES CONTRAINTES LIEES AUX INDISPONIBILITES ALIMENTAIRES
AU TCHAD.
La Figure 10 reproduit le cadre conceptuel des différents niveaux de contraintes à
lever pour la faim zéro d’ici 2030 ; il est une traduction graphique par les consultants nationaux
des dispositifs prévus dans les ODD pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
Le Cadre conceptuel ci-dessus permet de voir l’étendue et la complexité de la relation
entre les différents niveaux de contraintes qu’il faudra lever pour l’atteinte de la « Faim zéro »
d’ici 2030.
L’atteinte des cinq cibles de l’ODD2 « Faim zéro d’ici 2030 » est conditionnée par leur
prise en compte dès à présent dans les politiques de sécurité alimentaire et de nutrition dans une
vision multisectorielle, qui ne devrait pas occulter la prise en compte des questions de
développement durable et de protection de l’environnement.
Au centre de toutes ces politiques, devront être bien placées les questions de genre et
de protection sociale qui sont un gage d’accélération et de progrès dans tous les domaines du
développement durable, mais plus particulièrement lorsqu'il s'agit d'éliminer la pauvreté et la
faim.
Tout ceci ne sera possible sans une bonne gouvernance qui doit assurer non
seulement la mise en œuvre bien coordonnée des différentes interventions prioritaires retenues
au plan national, mais aussi en assurer le bon suivi-évaluation qui permettra de justifier les
actions menées, d’en mesurer les impacts et de guider les actions futures. Ce rôle de boussole
que devra assurer la gouvernance ne pourra donner la bonne direction à suivre sans s’enrichir
des données probantes issues de la recherche bien conduite.
Paragraphe i : les contraintes structurelles et conjoncturelles.
L’atteinte de la sécurité alimentaire est confrontée à diverses contraintes à tous les
niveaux. En effet, la sécurité alimentaire des ménages est affectée par des facteurs structurels et
conjoncturels qui contribuent à accroitre leur vulnérabilité :
- La première catégorie regroupe la dégradation des ressources naturelles, l’insécurité foncière,
le niveau technique des exploitants, le niveau et la qualité des équipements agricoles ainsi qu’à
l’état de pauvreté des populations (A);
- Les facteurs conjoncturels de l’insécurité alimentaire sont relatifs aux variations annuelles de
la pluviométrie, à l’impact de certaines catastrophes naturelles (les maladies, les attaques
phytopathologiques, la déprédation des cultures…), aux défaillances des marchés et aux
tensions sociales (B).

A. Les contraintes structurelles.

1. Contraintes liées à la disponibilité

a) La désertification et les changements climatiques

Le phénomène des changements climatiques se manifeste au par les perturbations


des cycles de saison et la baisse tendancielle du volume et de la qualité de la pluviométrie,
limitant les performances des espèces végétales et animales et remettant en cause les
traditionnelles méthodes et techniques de production. Les inondations qui ont frappé le pays,
ces dernières années, sont révélatrices des effets des changements climatiques au Tchad. Elles
entraînent régulièrement, le déplacement de nombreuses populations des localités touchées,
avec leur corollaire de problèmes humanitaires. Elles sont également à l’origine d’importantes
pertes économiques. En outre, on observe une tendance à l'aridification du climat au Nord147,
L’avancée progressive du désert (à une vitesse de 3km l’an), le tarissement voire l’assèchement
des cours d’eau et lacs, variations du niveau de la nappe phréatique.
Provoqué le déplacement des isohyètes annuelles d’environs 180 km vers le sud entraînant de
profonds bouleversements des paysages et des activités humaines.

b) La dégradation de la ressource sol

L’agriculture du Tchad est caractérisée par une faible productivité due entre autres à
la baisse continue de la fertilité des sols et au caractère rudimentaire des technologies utilisées.
La pauvreté naturelle des sols en éléments minéraux de base (azote, potassium et phosphore)
est aggravée par la pratique d’une agriculture extensive utilisant très peu d’engrais organiques
et minéraux. Selon l’étude sur le Cadre Stratégique d’Investissement pour la Gestion Durable
des Terres au Tchad (MERH, 2015), la progression de la dégradation des terres est estimée
chaque année à 300 000 hectares et 34% du territoire, soit 9 234 500 ha des terres de
production affectés par le phénomène. On note également que 74% des terres arides ou semi-
arides sont affectées par le phénomène de la désertification/dégradation. Les pressions
anthropiques, le climat, l’utilisation des engrais, des pesticides et des herbicides expliquent les
pressions subies par les sols au Tchad. L’exploitation pétrolière vient allonger la liste des
causes de dégradation des sols à travers ses galeries et l’usage des produits chimiques

c) Le faible niveau d’organisation et de formation des Producteurs

La volonté politique de promouvoir des organisations propres aux producteurs a été


affirmée dès les années 1970 avec la mise en œuvre de la politique de développement
communautaire. A la faveur des réformes économiques et institutionnelles entreprises au début
des années 90, une dynamique nouvelle du monde rural a abouti à la constitution de plusieurs
organisations de producteurs, dont 40 000 organisations paysannes de base régies par la loi
014-99/AN du 15 avril 1999 recensées en 2009.Les organisations faîtières occupent une place

147
Les superficies de terres cultivables sont estimées à 39 millions d’hectares mais 2,2 millions d’hectares
seulement sont cultivées annuellement, et seulement 7000 ha de terres irrigables le sont sur un total national de 5,6
millions. A cela, s’ajoutent les effectifs importants de cheptel : 6,284 millions de têtes de bovins, 2, 563 millions
d’ovins, 5,584 millions de caprins, 1,185 millions de camelins. Le potentiel de production de la pêche est de
80.000 tonnes par an.
très importante dans l’appui conseil du monde rural et contribuent pour beaucoup à la sécurité
alimentaire du pays. Afin d’améliorer leur efficacité, l’Etat a adopté un cadre règlementaire
pour l’organisation et la professionnalisation du secteur rural. Cependant, en dépit des efforts
fournis et des évolutions qu’elles ont connues, les organisations professionnelles agricoles
connaissent des difficultés de gouvernance et restent marquées par une faible capacité à
résoudre les problèmes majeurs en amont et en aval de la production. Très peu ont en effet la
capacité de fournir des services économiques à leurs membres, tels que l’approvisionnement en
intrants et en équipements, la commercialisation et la valorisation des produits.

d) La faiblesse du réseau de services de vulgarisation et d’appui-conseil agricoles

Plusieurs facteurs ont influencé la vulgarisation et l’appui conseil au niveau national


dont les principaux sont : (i) Le gel des recrutements intervenu suite au Programme
d’Ajustement Structurel dans le secteur Agricole (PASA) qui a entraîné le rétrécissement du
réseau d’encadrement au niveau de l’ensemble des services de vulgarisation des ministères du
développement rural ; (ii) La faiblesse des financements des services de vulgarisation qui
contribue à l’affaiblissement du système de vulgarisation publique.

e) La faible exploitation des infrastructures d’irrigation

Sur un potentiel de 233 500 hectares de terres irrigables et 500 000 ha de bas-fonds
facilement aménageables, seulement, 9% sont aménagés et exploités, ce qui fait que
l’agriculture irriguée ne représente que 0,6% des terres cultivées au Tchad.

f) L’insécurité foncière

La situation foncière en milieu rural au Tchad est caractérisée par :

- la compétition accrue et conflictuelle entre acteurs pour le contrôle et l’exploitation des terres
et des ressources naturelles ;

- la poursuite, voire l’intensification dans certaines régions, des migrations agricoles et des
transhumances pastorales ;

- le développement d’un processus de concentration des terres au niveau d'entrepreneurs ruraux


dénommés agro businessmen ou nouveaux acteurs ;

- la faible efficacité des mécanismes juridiques et institutionnels de gestion foncière et de


gestion des conflits en milieu rural.
Cependant, malgré la volonté politique et les instruments juridiques, des
insuffisances liées à l’application des textes sur le terrain (non généralisation de l’application
des textes portant régime foncier rural dans toutes les Communes du Tchad) et les pratiques
coutumières contraires aux textes persistent dans de nombreuses localités.

La maîtrise de la question foncière rurale apparaît donc comme une urgente nécessité, et
c’est pourquoi elle est traitée comme une priorité politique par les autorités publiques
compétentes.

g) La faible intensification des productions végétales

L’Agriculture tchadienne est faiblement intensifiée et par conséquent, peu


productive. Les traits caractéristiques de cette faible intensification des productions végétales
en particulier sont les suivants :

- La proportion des superficies ayant bénéficié de labour est passée d’environ 25% en 1993 à
environ 55% en 2007. Cet accroissement est toutefois lié à celui des superficies exploitées pour
la production de coton ;

La dose brute d’engrais à l’hectare, toutes cultures confondues, est passée de 12 kg en


1993 à 40 kg en 2005. Dans la même période, la dose brute d’engrais appliquée sur les céréales
a évolué de 7 Kg/ha à 24 Kg/ha ;

- Seulement 15% des superficies bénéficient de semences de variétés améliorées, et cette


proportion s’explique essentiellement par le fait que la quasi-totalité des semences de coton
sont sélectionnées. Les superficies sous céréales n’utilisent en moyenne que 2% de semences
améliorées ;

- Le matériel agricole recensé lors du Recensement Général de la Population et de l’Habitat


(RGPH, 2006) à travers le module agricole est constitué de tracteurs, de charrues, de charrettes,
et de motopompes. Un ménage possède un matériel agricole lorsqu’il dispose d’au moins un
des matériels ci-dessus cités. Le taux d’équipement est estimé à 44% au niveau national, soit
630 338 ménages qui possèdent au moins un matériel agricole.
h) La faible intensification des productions animales
Les principales caractéristiques de l’élevage tchadienne sont :
- Un cheptel numériquement important et diversifié, mais avec une faible productivité :
l’insécurité alimentaire du bétail, la persistance de certaines affections et la faible maîtrise des
techniques de production expliquent la faible productivité et compétitivité de l’élevage au
Tchad. La production laitière par vache est d’environ 110 litres de lait par lactation de 180
jours alors qu’en production intensive, elle peut atteindre au moins 800 litres en 300 jours.

- Le poids moyen par carcasse est actuellement de 113 kg pour les bovins, 8kg pour les caprins,
9kg pour les ovins et 29kg pour les porcins. La productivité numérique bovine est actuellement
de 0,5 et celle des ovins de 0,9986.

- Des systèmes d’élevage essentiellement extensifs et très vulnérables aux conditions


climatiques dominées par la transhumance ou l’association agriculture-élevage, aux côtés
desquels se développent progressivement des systèmes d’élevage améliorés, semi-intensifs et
spécialisés dans les zones péri urbaines.
i) La forte croissance démographique
Le Tchad compte 14 millions d’habitants en 2018 avec un taux de croissance
démographique forte de 3,1% par an. Les principales caractéristiques de cette population
composée de 52% de femmes et 48% d’hommes sont (i) sa jeunesse (les jeunes de moins de 15
ans représentent 47%), (ii) sa ruralité (77% vivent en milieu rural) et (iii) son fort taux
d’analphabétisme. Les projections démographiques prévoient 20 510 181 d’habitants en 2025 ;
ce qui engendre le risque que d’énormes ressources soient consacrées à des investissements
sociaux, au détriment des investissements productifs88.

2. Contraintes liées à l’accessibilité

a) La faiblesse des infrastructures routières

Le réseau routier est peu développé et/ou défectueux à divers niveaux. Le réseau
reliant les zones de production et les zones déficitaires est souvent en très mauvais état voire
impraticable surtout en saison des pluies où le besoin est le plus important. Cet enclavement
des zones de production ne permet pas le transfert des produits, réduisant de ce fait
l’accessibilité physique. De même, le réseau à l’intérieur de chaque zone est parfois également
défectueux, ne facilitant pas l’approvisionnement des marchés.

b) L’insuffisance de la fluidité et du fonctionnement des marchés

Les données de différentes études indiquent qu’en 2013, le taux de mise en marché
des produits est très faible avec environ 6 à 9% pour les céréales (mil, sorgho, maïs et riz) et
40% pour les cultures de rente. La transformation demeure encore embryonnaire et dominée
par des unités artisanales et semi-industrielles. Le système d’information sur les marchés reste
peu efficace. Les principaux défis à relever sont: (i) l’accroissement de la part de la production
agricole mise sur le marché, en la faisant passer à 20% pour les céréales et à 80% pour les
produits de rente; (ii) l’adoption et le respect des normes de qualité, (iii) l’accès au financement
et (iv) la modernisation des exploitations agricoles.

c) La forte incidence de la pauvreté

Les principales caractéristiques de la pauvreté au Tchad sont les suivantes :

- La pauvreté monétaire. Entre 2009 et 2014, l'incidence de la pauvreté a reculé de six points,
passant de 46,7%, pour un seuil de pauvreté de 108 454 FCFA, à 40,1% pour un seuil de
pauvreté estimé à 154 061 FCFA. La profondeur et la sévérité de la pauvreté monétaire ont
également baissé passant respectivement de 15,1% et 6,7% à 9,7% et 3,3% entre 2009 et 2014 ;

- La pauvreté est fondamentalement rurale, avec une incidence de 47,5% contre 13,6% en
milieu urbain. La pauvreté rurale contribue à 92 % à l'incidence de la pauvreté : 9 personnes
vivant en-dessous du seuil de pauvreté sur 10 vivent en milieu rural.

- La pauvreté a également un visage féminin. Environ 77 % des femmes sont analphabètes.


Elles n’ont pas de sources de revenus de base et elles ne sont pas libres de mener des activités
génératrices de revenus (autorisation préalable du mari etc.). La majeure partie des femmes ne
peuvent de ce fait pas répondre aux formalités administratives trop contraignantes des
institutions financières pour avoir accès aux crédits.

- La pauvreté non monétaire. L'évolution de la pauvreté multidimensionnelle, saisie à travers le


cadre et les conditions de vie des ménages urbains et ruraux, montre les disparités spatiales du
niveau de privations des populations dans l'accès aux services de base et d'opportunités de
revenus.
En matière d'électricité, l'accès des ménages est globalement faible. La proportion des ménages
utilisant l'électricité comme principale source d'éclairage est passée de 14,9% en 2009 à 24,4%
en 2014. En 2014, elle était de 62,7% en milieu urbain contre 9,3% en milieu rural. Au plan
régional, elle était de 60,6% dans la région du Centre, 43,0% dans les Cascades, 41,3% dans les
Hauts-Bassins, 20,1% dans la Boucle du Mouhoun, 13,8% au Centre-Ouest, 12,3% au Nord,
10,5% au Sud-Ouest, 9,1% au Centre-Est, 8,3% au Centre-Nord, 8,1% au Plateau Central, 7,1%
à l'Est, 5,9% au Sahel et 5,8% au Centre-Sud.
Dans le domaine de l'habitat, en 2014, un peu plus de 7 ménages sur 10 habitaient dans des
zones non loties et connaissaient un faible taux d'accès à l'assainissement, une précarité des
logements et un faible accès à l'eau potable et à l'électricité. 77% des ménages habitaient dans
des logements précaires (matériaux non définitifs) dont 39,5% en milieu urbain et 92% en
milieu rural. Toutefois, pour l'assainissement, le taux d'accès aux infrastructures est passé de
4,7% en 2007 à 8,1% en 2014. Il était de 25,1% au Centre et de 17,5% au Plateau Central. Les
régions du Centre-Est, des Cascades et du Centre-Nord avaient des taux d'accès aux
infrastructures d'assainissement compris entre 5% et 10% et les huit autres régions, des taux
d'accès inférieurs à 5%.
3- Contraintes liées à la stabilité
a) Les importantes pertes post-production
De manière générale, les techniques et les infrastructures de stockage et de conservation
post-récoltes sont peu développées et peu performantes. Les pertes de productions enregistrées
après les récoltes (toutes productions confondues) sont estimées à environ 30 % pour les
céréales, 40 à 50% pour les racines les tubercules, les fruits les légumes, et 20% pour les
oléagineux148. Les efforts devront être poursuivis et renforcés afin de minimiser au mieux ces
pertes qui creusent les déficits enregistrés à la production. A ce titre, la promotion des sacs à
triple fond pour l’emballage du niébé est une initiative à renforcer.
b) La faiblesse de la production de saison sèche
Les déficits enregistrés au terme des campagnes pluvieuses peuvent être compensés
par les productions des campagnes sèches. Au Tchad, la production du maïs pendant la
campagne sèche de 2012 a permis en plus d’assurer l’autoconsommation des producteurs,
d’amoindrir la pénurie de maïs sur le marché.
c) La fluctuation saisonnière de l’offre alimentaire
Les faibles capacités de stockage des produits alimentaires surtout dans le milieu rural
entrainent les pénuries de denrées surtout pendant les périodes dites de soudure.
d) La faiblesse des stocks alimentaires publics
Les stocks institutionnels sont très insuffisants. Le stock national de sécurité (SNS)
avait un niveau conventionnel de seulement 35 000 tonnes de céréales locales, niveau jamais
atteint. Même si ce niveau vient d’être rehaussé à 50 000 tonnes, il reste toujours très faible en
cas de crise sévère. De plus ce stock national est difficilement mobilisable, le dernier
assouplissement des conditions de mobilisation du SNS indique que ce stock ne peut être

148
Rapport Global sur les pertes alimentaires FAO 2011
mobilisé que si le pays enregistre un déficit brut du bilan céréalier national de 5 %. Ce niveau
de déficit n’est généralement jamais atteint tandis que les crises sévères localisées sévissent
chaque année. Le stock d’intervention (SI) mis en place pour pallier cette difficulté de
mobilisation du SNS est planifié à seulement 10 000 tonnes. Ce niveau aussi a été rehaussé à 25
000 tonnes, juste consacré à la mise en œuvre du plan de réponse à l’insécurité alimentaire dans
les communes déficitaires.

4. Contraintes liées à l’utilisation

Les contraintes liées à l’utilisation influencent les qualités nutritionnelles des aliments.
Parmi ces contraintes, celles liées aux pratiques alimentaires est développée dans les
contraintes liées à la nutrition. En plus, quelques autres contraintes peuvent être évoquées.

a) Le déficit en infrastructures de conservation

La conservation des produits alimentaires dans des mauvaises conditions déprécient la


qualité des aliments qui deviennent dangereux pour la consommation. Le cas de l’aflatoxine du
maïs est le plus fréquent au Tchad et des mesures doivent être prises pour une conservation
adéquate des produits alimentaires afin de garantir leur qualité à la consommation.

b) La persistance des tabous sociaux

Les missions de terrain ont révélé la persistance d’interdits alimentaires en milieu rural
surtout au Nord149 tels que l’interdiction pour les enfants et les femmes de consommer des
œufs. Ces pratiques sont néfastes à la bonne utilisation des produits alimentaires et les
campagnes de sensibilisation et d’éducation nutritionnelle devraient être renforcées pour
prévenir ces

B. Les contraintes conjoncturelles.

a) Les aléas climatiques

Le pays subit de façon cyclique des perturbations météorologiques à l’origine de


sècheresses et d’inondations. Elles se traduisent par (i) une baisse de la production agricole qui

149
Ce qu'il est convenu d’appeler le «Nord » se rattache culturellement au courant arabo- islamique de l'Afrique du
Nord. La religion islamique et la langue arabe servent donc de «dénominateur identitaire commun» à l'ensemble
des peuples qui composent cette entité. Les structures sociales traditionnelles y sont très hiérarchiques et unitaires,
et sont encore très vigoureuses; Le « Sud » se rattache culturellement à l'Afrique centrale. Il n'y a pas comme au
Nord, de religion et de langue véhiculaire unique qui pourraient servir de « dénominateur identitaire commun».
Les structures sociales ancestrales sont plutôt égalitaires (« sans chef» ou « acéphales »).
s’accompagne le plus souvent d’une hausse mécanique du prix des denrées sur les marchés de
consommation qui affectent en priorité les ménages les plus vulnérables, sensibles aux
variations des prix des produits alimentaire, (ii) des pertes importantes en infrastructures
publiques et logements, en superficies agricoles, et en vies humaines.

b) Les maladies et les attaques de ravageurs sur les cultures

Les maladies et ravageurs (oiseaux granivores, rongeurs, chenilles, sauterelles, etc.) des
cultures causent des dégâts considérables, pouvant engendrer dans certains cas des pertes en
production s’élevant à plus de 30% de la production des ménages agricoles. Ces pertes sont
aggravées en cas d’invasion acridienne.

c) Les fluctuations saisonnières des prix des denrées alimentaires

Compte tenu du faible développement des chaines de valeurs, les prix des denrées
agricoles subissent de fortes fluctuations saisonnières liées à la période de récolte (septembre à
décembre) où les prix sont très bas, et tout au long du reste de l’année où la demande est
généralement supérieure à l’offre. En raison de leur précarité économique, les ménages
vulnérables vendent souvent leurs produits au moment des récoltes, lorsque les prix sont au
plus bas, pour répondre à des besoins immédiats, et sont obligés de les racheter plus tard,
lorsque les prix sont élevés et que leurs stocks domestiques sont épuisés. Ils tombent ainsi dans
un engrenage de paupérisation conduisant à la misère. L’enclavement de certaines zones
aggrave cette situation.

d) Les conflits sociaux

Les populations chroniquement vulnérables dépendent fortement des ressources


naturelles pour leur subsistance. Ces ressources subissent toutefois une pression croissante due
à des pratiques non durables d’utilisation, à la pression démographique, à l’évolution des
schémas migratoires et aux changements climatiques. Il en résulte des conflits sociaux, des
facteurs d’aggravation de l’insécurité alimentaire et la précarité des ménages vulnérables.
L’insécurité foncière demeure également une source de conflit social.

e) Les catastrophes d’ordre médico-sanitaire : épidémies, épizooties, etc.

Ces catastrophes sont imprévisibles et très handicapantes lorsqu’elles surviennent.


Les ménages vulnérables en sont plus durement impactés et tombent dans l’indigence. Les
épizooties constituent le type de catastrophe d’ordre médico-sanitaire le plus fréquent pour les
ménages vulnérables au Tchad. En effet, le cheptel est confronté à de nombreuses pathologies
dont certaines (péripneumonie contagieuse bovine, maladie de Newcastle, la peste porcine
africaine, les pasteurelloses des petits ruminants) occasionnent des pertes économiques très
importantes et constituent de ce fait un véritable frein au développement de l’élevage.

f) Autres facteurs conjoncturels

D’autres facteurs non moins importants concourent à l’aggravation de la vulnérabilité


des populations, notamment l’orpaillage (destruction des champs, dégradation de
l’environnement, la déscolarisation, les maladies, l’indisponibilité de la main d’œuvre agricole
etc.), l’extension des villes (dépossession des champs) et les conflits Homme/faune (destruction
des productions), les feux de brousses, la faible diversification des sources de revenus des
populations vulnérables.

Les dépenses alimentaires moyennes par habitant et par an s’élèvent à 58 297 FCFA
et représentent 60 pour cent du budget des ménages tchadiens. Ce qui porte la dépense
moyenne par habitant.

Paragraphe ii : Les contraintes liées la pression financière engendrée par les pays riches.

La souveraineté alimentaire est le droit des pays de définir leur propre politique
agricole et alimentaire, de protéger et réglementer leur production et leurs échanges agricoles
avec un objectif de développement durable et de déterminer leur degré d'autonomie alimentaire,
dans des conditions de travail et de rémunération correctes.

Les pays en développement ont des dettes immenses. Les pays riches leur achètent de
moins en moins cher, et vendent de plus en plus cher les marchandises ce qui ne fait
qu'aggraver la pauvreté de ce pays et la dépendance à l'aide internationale.

Ainsi, le poids de la dette entraîne une perte de la souveraineté alimentaire qui a des
répercussions sur les pays les plus pauvres.

A- Le poids de la dette du Gouvernement tchadien et les effets des exportations.

F. Lappé et J.Collins, les auteurs de l'alimentation avant tout, déclarent que « ....l'on
constate à l'examen que le probleme alimentaire en Afrique destruction résulte non seulement
de l'accroissement de la population, mais d'autres facteurs : politique de gros propriétaires qui
exportent des cultures non vivrières et des denrées de luxe en refoulant la majorité des fermiers
sur des terres marginales  ; structure coloniale des taxes et de l'agriculture marchande  ;
«  aide  » alimentaire bien intentionnée mais funeste et autres formes d'ingérence extérieure
dans les systèmes traditionnelles bien adapté et soif de profit irresponsable de l'élite aussi bien
locale qu'étrangère »150

B- La dépendance à l’aide l'aide internationale

En ayant une stabilité politique fragile, il ya fatalement une mauvaise organisation, une
mauvaise coordination pour pouvoir développer le pays. C'est un cercle dont il est difficile de
sortir.

Même quand on arrive à collecter plusieurs dons et à avoir de l'aide de la communauté


internationale, les organisations humanitaires ont du mal à coordonner les efforts pour
acheminer cette aide aux plus démunis pour des raisons d'organisation et les difficultés
géopolitiques.

Chapitre ii : LES EVOLUTIONS DEMOGRAPHIQUES ET LES GROUPES


DE PERSONNES VULNERABLES AU TCHAD.

Au regard des données actuelles disponibles pour le Tchad, la croissance future de


la population pourrait être encore plus forte et l’une des plus rapides de la région. Elle est en
effet estimée actuellement à environ 3,5 % par an, conséquence d’une fécondité qui reste très
élevée, et d’une utilisation de la contraception qui est l‘une des plus faibles du monde151.
Les enjeux sociaux, économiques et politiques associés aux diverses trajectoires
démographiques que l’on peut imaginer pour le Tchad en analysant correctement les données
150
Francis F. LAPPE and Joseph COLLINS with cary FOWLER : Food first beyond the myth of scarcity,
Houghton Mifflin Company Boston, 2007, P. 45-46
151
Selon l’Indice Synthétique de Fécondité, l’utilisation de la contraception est liée également au niveau
d’instruction et à la religion. Elle varie de 2,5 pour cent chez les femmes ayant un niveau d’instruction primaire à
12,8 pour cent chez les femmes ayant un niveau secondaire et plus. Ce taux est de 0,9 pour cent chez la femme
musulmane, 1,2 pour cent chez la femme catholique et 2,3 pour cent chez la femme protestante.
disponibles sont énormes. Il s’agit de la capacité du pays à satisfaire les besoins essentiels de la
population en santé et en éducation. Il s’agit aussi de la possibilité ou non de réduire
l’insécurité alimentaire et nutritionnelle qui continue de toucher une partie importante de la
population, et notamment les enfants. Il s’agit également, au Tchad comme ailleurs, de la
capacité de l’État et des pouvoirs locaux à élaborer et à mettre en œuvre des politiques efficaces
en vue d’un développement durable, préserver l’environnement, prévenir les conflits, assurer la
sécurité des biens et des personnes, équiper et gérer un nombre croissant d’agglomérations et
accompagner l’émergence d’une économie urbaine dynamique

Section 1 : LA SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DU TCHAD : UNE EVOLUTION


DEMOGRAPHIQUE A CONTRE COURANT.

La population du Tchad a été multipliée par quatre depuis l’indépendance. Elle a


dépassé les 12 millions d’habitants en 2012. Avec près de 600000 naissances et 170000 décès
cette année, la population tchadienne s’est accrue de 400000 personnes, ce qui correspond à un
accroissement naturel exceptionnel d’environ 3,5 %.
Cette évolution est essentiellement le résultat d’une forte fécondité, d’environ 7
enfants par femme en moyenne. Ceci fait du Tchad, après le Niger, le deuxième pays ayant la
fécondité la plus élevée du monde. La mortalité reste élevée, et l’épidémie du VIH/Sida affecte
environ 200000 personnes, mais cela ne ralentit pas l’augmentation rapide de la population. Les
migrations hors du pays, les retours de Lybie, et les mouvements de réfugiés (environ 300000
étaient accueillis au Tchad en 2010) sont importants, mais leur impact sur la dynamique
démographique du pays est faible (paragraphe i).
Avec 9 habitants au kilomètre carré, le Tchad apparaît toujours comme un pays peu
peuplé. Cependant près de 60 % de son territoire est occupé par le désert. Le reste du pays est
majoritairement rural, et ce pour quelques décennies encore. Mais déjà, la forte croissance
démographique attise les conflits récurrents entre cultivateurs et éleveurs. Aussi la population
de N’Djamena (plus d’un million d’habitants aujourd’hui) et celle des autres villes augmentent
rapidement.
Au total, la première phase de la transition démographique, la baisse de la mortalité a
commencé, mais la seconde phase : la maitrise de la fécondité n’est pas amorcée. La fécondité
a même augmenté ces dernières années (de 6,5 à 7,1 enfants par femme) alors qu’on anticipait
le contraire.
L’évolution démographique récente du Tchad est en complet décalage avec les
évolutions observées dans les pays émergents. Dans tous ces pays, la fécondité est passée de 6 -
7 enfants par femme au début des années 1960 à 1,5 - 2,5 enfants par femme aujourd’hui.
Grâce à la maîtrise de leur fécondité, les pays émergents sont arrivés à stabiliser leurs
naissances et le nombre de leurs jeunes. Ceci a généré un « gain fiscal » grâce à l’élimination
de leurs dépenses en santé et en éducation imputables auparavant à l’augmentation continue du
nombre de naissances et de jeunes. Parallèlement, l’augmentation des effectifs en âge de
travailler a réduit le nombre de dépendants par actifs ou taux de dépendance. Ceci leur a ouvert
une « fenêtre d’opportunité démographique152», plus favorable à l’épargne, aux investissements
productifs et aux investissements dans le capital humain. Les pays émergents ont pu ainsi
bénéficier du « dividende démographique » consécutif aux changements de structures par âge
qui se produisent aux cours de la transition démographique. Ce dividende démographique a
conforté la croissance économique de ces pays, ce qui leur a permis d’élever le niveau de vie de
leurs populations et de réduire la pauvreté.

Paragraphe i : LES FACTEURS EXPLICATIFS DE LA CROISSANCE


DEMOGRAPHIQUES AU TCHAD.

La croissance démographique s'explique généralement par deux facteurs principaux :


les migrations et l'accroissement naturel ;

La croissance de la population est positive. En 2017, la population a cru de 460  978


habitants selon les données de la Banque mondiale. Cette variation de population est attribuable
davantage au solde naturel (99%) qu'au solde migratoire (1%), lequel est obtenu en prenant
en compte la différence entre les entrées (immigration) et les sorties (émigration).

A. L’accroissement naturel très élevé

La définition de population englobe tous les résidents indépendamment de leur statut


légal ou de leur citoyenneté, à l'exception des réfugiés qui ne sont pas établis en permanence
dans leur pays d'adoption. Ceux-ci sont généralement considérés comme faisant partie de leur
pays d'origine153 .

152

153
Banque mondiale
Le taux de fécondité (nombre moyen d'enfants mis au monde par femme en âge de
procréer est de 5.85). Généralement, pour assurer le simple remplacement des générations le
taux de fécondité doit être de l'ordre de 2,05 enfants. Le taux de fécondité explique largement
le taux de natalité qui s'établit dans ce pays (2017) à 42.68, soit le nombre de naissances pour
1000 habitants. L'allongement de la durée de vie est un facteur important de la croissance
démographique. Le taux de mortalité (12.31 - nombre de décès pour 1000 habitants) et le taux
de natalité nous ont permis ici d'estimer le nombre de décès et le nombre de naissances. Ces
deux dernières estimations permettent d'établir le solde naturel de la population de ce pays154.

1. La natalité

Corrélativement à la croissance démographique, le Tchad est la région du monde


ayant le plus fort indice synthétique de fécondité depuis plus de trente ans. Le nombre moyen
d'enfant par femme y est encore supérieur à 3 (4,9 en 2010). Dans son récent rapport
intitulé : « Le pouvoir du choix », le fonds des nations unies pour la population (UNFPA)
dresse un état des lieux de la population mondiale et l’impact de la fécondité sur les pays. Selon
ce rapport, le Tchad est le deuxième pays où le taux de fécondité est le plus élevé. Cela n’est
pas sans conséquences. «  A l’heure actuelle, 43 pays affichent un taux de fécondité de 4
naissance par femme ou plus et 38 se trouvent en Afrique », précise le rapport. Parmi les 38
pays où la fécondité reste très élevée, le Niger occupe la première place avec un taux de
fécondité de 5,6%, vient ensuite le Tchad avec 5,4%. Ce taux élevé a une grande incidence sur
le développement du pays.
« Les pays qui affichent un taux de fécondité élevé ont généralement des difficultés
à assurer l’éducation des enfants, à fournir des soins de santé à toute la population et à offrir
des possibilités d’emploi aux jeunes  », remarque l’UNFPA dans ce rapport.
Selon les dernières estimations, le nombre total de la population tchadienne
s’élève à 14 651 890 habitants soit un taux de croissance démographique de 3, 53%/an. Dans
ces pays où le taux de fécondité est plus élevé, les femmes n’ont pas leurs mots à dire, elles ne
font que subir, bref elles sont devenues des « machines à enfanter ». L’UNFPA rapporte que
dans ces pays, « la plupart des femmes qui ont plus de 4 enfants disent qu’elles n’ont pas envie
d’avoir un autre enfant ». Malheureusement, elles n’ont pas la possibilité de faire ce choix. Or,
poursuit l’UNFPA,  « avoir le choix peut changer le monde. Cela peut améliorer rapidement le
bien-être des femmes et des filles, transformer les familles et les sociétés, et accélérer le
154
Ces données proviennent des grandes opérations de terrain (.ECOSIT II, Enquête Démographique et de Santé,
Recensement Général de la Population et de l’Habitat, Recensement pastoral, Recensement agricole, …).
développement mondial ». Le fait d’avoir moins d’enfants doit être considéré par des personnes
comme un avantage.
Beaucoup d'études se sont consacrées à l'explication du niveau de fécondité de
l'Afrique qui reste élevé relativement à celui des autres régions. Dans la plupart de ces travaux,
les facteurs explicatifs du sous-système démographie qui reviennent le plus souvent sont : la
demande d'enfants, l'accès aux moyens contraceptifs, l'âge de mariage et la santé de
reproduction.

i) La demande d’enfants

Le nombre moyen d'enfants désirés par les ménages dépasse généralement 4 enfants
par femme, bien qu'il existe aussi d'importantes disparités entre les régions du pays. Pour le
Tandjilé par exemple, la demande d'enfants était estimée à plus de six enfants en 2004 alors que
celle du Kanem était déjà d'environ 3,5 en 2000.

Les déterminants de cette demande sont historiques, culturelles et socio-


économiques.

a) Les causes historiques d'une demande d'enfants forte : la traite négrière

Il s'agit principalement des conséquences entrainées par la traite négrière sur la


population subsaharienne. Il demeure que ce phénomène a ponctionné l'Afrique d'environ 11
millions de personnes stricto sensu,  d'après une étude récente de l'historien  français Olivier
Pétré-Grenouilleau155. Largo sensu, d'autres sources (le théoricien panafricaniste W.E.B
Dubois) indiquent que si l'on compte les victimes collatérales (personnes tuées pour refus de
devenir esclave, enfants ou autre personnes mortes car un parent a été vendu, etc.), les pertes
humaines pour l'Afrique seraient le quadruple de toute estimation stricte soit environ 44
millions de personnes.

Arguant de cette situation, certains discours estiment que l'Afrique a un retard


démographique qu'il faut combler. De tels arguments sont propices à l'encouragement de
comportements natalistes auprès des populations pour des besoins de compensation.

2. La mortalité

155
(Les traites négrières, Essai d'histoire globale, 2004)
Le nombre annuel moyen de décès au cours d'une année pour 1 000 habitants au
milieu de l'année; également connu sous le nom de taux de mortalité brut. Le taux de mortalité,
qui n'est qu'un indicateur grossier de la situation de la mortalité dans un pays, indique avec
précision l'impact actuel de la mortalité sur la croissance démographique. Cet indicateur est
significativement affecté par la distribution par âge, et la plupart des pays finiront par montrer
une augmentation du taux global de mortalité, malgré la baisse continue de la mortalité à tous
les âges, la baisse de la fécondité entraînant le vieillissement de la population.

En bénéficiant des dividendes des progrès sanitaires à travers le monde, du respect


progressif des règles d'hygiène et de multiples campagnes de lutte contre les épidémies initiées
par les différents gouvernements, la mortalité a amorcé en Tchad une phase baissière depuis au
moins les années 1990. En effet, le taux de mortalité a décru sans discontinuer au fil du temps,
mais avec des amplitudes différentes. L'on note ainsi une décélération de cette tendance globale
à partir de la décennie 1990, puis une évolution dont l'accélération est encore plus prononcée au
début des années 2000.

Hormis la morbidité qui est généralement la principale cause de mortalité dans le


monde, la spécificité du Tchad en la matière, concerne les pertes en vies humaines dues aux
conflits armés qui sont également un facteur important.

i) La mortalité infantile.

Les taux de mortalité des enfants sont parmi les plus élevés du monde même s’ils
ont baissé en tendance. Pour la période allant de 2012/2013 à 2016/2017, le taux de mortalité
infantile est de 102,6 pour 1000, et celui de la mortalité infanto-juvénile de 194,3 pour 1000
(EDST 2016/2017). Ces résultats ont été confirmés par l’enquête à indicateurs multiples de
2018 qui a donné respectivement 105 et 194 pour mille. Le Recensement Général de la
Population et de l’Habitat de 2009 avait donné 132 et 222 pour mille. L’analyse différentielle
de la mortalité infanto-juvénile montre des disparités énormes entre les régions du pays. Les
chances de survie des enfants de 0-5 ans sont faibles dans les régions de la zone soudanienne
(Mayo-Kebbi, Tandjilé, Moyen Chari et les deux Logone) et N’Djaména qui dispose pourtant
d’une meilleure couverture sanitaire et d’un personnel sanitaire qualifié.

ii) La mortalité maternelle.


Le niveau de la mortalité maternelle (827 décès pour 100.000 naissances vivantes)
est parmi les plus élevés au monde. La moyenne en Afrique est de 600 décès pour 100.000
naissances vivantes. Les décès maternels sont dus aux accouchements dystociques, aux
éclampsies, aux infections graves dans la période suite de couches, aux hémorragies, aux
complications des avortements provoqués et aux maladies (paludisme, hépatite).

Le niveau élevé de mortalité maternelle est dû au faible accès des femmes aux
services de Santé de la Reproduction, notamment les services de planification familiale, de
maternité sans risque, de prévention et prise en charge des complications des avortements, de
traitements des IST et de prévention du VIH.

En effet, l’utilisation des services de planification familiale reste encore faible,


même si l’on constate une certaine progression. Selon l’EDST, le taux de prévalence
contraceptive est de 1,2 pour cent, variant de 0,3 pour cent en milieu rural à 7 pour cent à
N’Djaména et 4 pour cent dans les autres villes156.

iii) La morbidité

La morbidité au Tchad reste marquée par deux épidémies, qui sont les premières
causes de mortalité sur le continent : le paludisme et le VIH/SIDA.

 La prévalence du VIH SIDA

En 2010, la prévalence mondiale du VIH/SIDA était estimée à 34 millions de


personnes dont 68% au Tchad, soit 23 120 000 cas. Au demeurant, le pays était à lui seul
responsable de 70% de nouvelles infections enregistrées à travers le monde en 2010. Les
femmes sont plus touchées que les hommes, avec un taux de prévalence qui est plus que le
double du taux masculin.

En ce qui concerne la mortalité, le SIDA a été la cause de la mortalité de 1.400 000


personnes au Tchad en 2010, soit la première cause de décès du sous-continent devant le
paludisme (801 000 décès en 2010)

156
Ces chiffres varient selon le niveau d’éducation de la femme et de ses croyances .le niveau de vie socio-
économique ou le milieu de résidence. On note que la proportion des enfants utilisant des contraceptifs est très
faible.
La séroprévalence au VIH est estimée à 5,2 pour cent de la population
sexuellement active en 2013 et le nombre de cas cumulés de SIDA notifiés de 1986 à fin 2
000157 a atteint le chiffre de 17.878, contre 13.385 à fin 2010.
Ces chiffres sont loin de refléter la réalité du phénomène car la surveillance épidémiologique
reste faible. On remarque néanmoins une très forte tendance à la féminisation de l’épidémie du
VIH/SIDA.
La forte propagation du VIH/SIDA s’explique d’abord par les comportements à risque :
multi-partenariats sexuels, faible utilisation des moyens de protections, infections sexuellement
transmises mal soignées, transfusion de sang non dépisté pour le VIH, faible niveau de
l’hygiène dans les formations sanitaires, recrudescence de la prostitution. Il y a ensuite les
facteurs de vulnérabilité tels que : les pratiques sociales admises (relations sexuelles
coercitives, dépendance des femmes dans le mariage, persistance de pratiques traditionnelles
néfastes aux jeunes filles et aux femmes) ; les conditions aggravantes de faim et de malnutrition
; les conditions socio-économiques difficiles dues aux migrations vers les pôles de
développement (projet d’exportation du pétrole), à l’afflux de réfugiés, au chômage des jeunes,
aux emplois exposant les jeunes filles et les femmes, ou encore à la faiblesse du système
éducatif.
La cause à la base de la propagation est surtout liée à la faiblesse qualitative ou
quantitative des programmes de prévention et de protection : les groupes vulnérables
prioritaires cibles sont très peu couverts par les interventions (les femmes n’ont pas accès aux
services de la Prévention de la Transmission Mère-Enfant) 158 ; le nombre de centres de
dépistage conseil volontaire est inférieur à pour tout le pays ; le programme de marketing social
des préservatifs n’est présent que dans les grands centres urbains ; la transfusion sanguine n’est
sécurisée qu’à 50 pour cent ; les personnes vivant avec le VIH/SIDA sont toujours l’objet de
stigmatisation et de discrimination ; les stratégies développées à ce jour sont souvent très en
retrait par rapport à l’ampleur du phénomène ; la société civile est de plus en plus impliquée
dans la lutte, mais sans ressources ni encadrement adéquats ; les forces armées, le patronat, les
leaders traditionnels et religieux sont peu impliqués dans la lutte.
 Forte incidence du paludisme.

157
Rapport du PNLS 2003
158
Il apparaît que les femmes du milieu urbain sont mieux informées que celles du milieu rural sur les méthodes de
prévention du VIH/SIDA (59,9 pour cent et 39,1 pour cent respectivement). La faible couverture géographique du
pays par la radio et la télévision contribue à creuser davantage cet écart malgré toutes les campagnes de
sensibilisation qui sont menées
C'est l'une des premières causes de mortalité et de morbidité au Tchad.
Le pays, en étant une région tropicale, abrite les espèces de plasmodium les plus dangereuses. Il
s'ensuit donc qu'à travers le monde, d'après les statistiques du programme de l'OMS dénommé
« Roll Back Malaria », sur les 247 millions de prévalence annuelle de paludisme à travers le
monde, le Tchad en compte 12 millions de cas.

L’incidence élevée du paludisme en fait un problème majeur de santé publique au


Tchad. C’est la première cause de consultation dans les structures sanitaires 159 . Les cas les plus
fréquents sont notifiés pendant la saison des pluies de juillet à novembre. Les populations les
plus touchées sont les enfants de moins de 5 ans (54 pour cent) et les incidences les plus
élevées se rencontrent dans la zone méridionale : Mayo-Kebbi, Logone Occidental, Logone
Oriental, Tandjilé et Moyen Chari. Un des principaux déterminants du paludisme réside dans
l’insuffisance de la prévention. En effet, l’utilisation de moustiquaires imprégnées ou non est
extrêmement limitée ; plus de 73,1 pour cent des enfants de moins de 5 ans ne dorment pas
sous une moustiquaire et parmi les 26,9 pour cent qui dorment sous une moustiquaire, ce sont
94,4 pour cent qui n’ont pas une moustiquaire imprégnée. Il faut noter qu’il existe dans le cas
du paludisme, une tendance générale à l’automédication. La connaissance insuffisante des
moyens de protection ne permet pas l’application des mesures de prévention. A cela, s’ajoute
l’environnement insalubre qui caractérise la plupart des villes et favorise ainsi la multiplication
des moustiques, porteurs du paludisme.

En général, le niveau élevé de la mortalité infantile et maternelle, comme la prise


en charge inadéquate des cas de sida et de paludisme provient surtout d’un système national de
santé montrant plusieurs faiblesses dont l’insuffisance quantitative et qualitative des services de
santé et des ressources humaines (vor encadré 2.2). L’analyse normative montre que pour
l’ensemble du
Tchad, les besoins en personnel sont satisfaits à hauteur de 67,9 pour cent pour les médecins et
à 50,9 pour cent pour les infirmiers. La situation des sages-femmes est encore plus critique.
Seuls 23 pour cent des postes prévus sont occupés. Les directions régionales de la santé du Lac,
de Biltine et du BET ne disposent d’aucune SFDE pendant que 60 pour cent de leur effectif se
trouve à
N’Djaména. Ce déficit ne se réduit que très lentement malgré le nombre de médecins
et d’agents techniques formés chaque année notamment dans les institutions suivantes : la
159
37 pour cent des problèmes notifiés dans les centres de santé et 45 pour cent dans les hôpitaux en 2002
Faculté de Sciences de la Santé de N’Djaména, l’Institut Universitaire des Sciences et
Techniques d’Abéché, l’Ecole Nationale des Agents de Santé et Sociaux (ENASS) à
N’Djaména.
 Les conflits interarmées

Le Tchad est l’une région qui auront connu le plus de guerres depuis 1960, avec des
conséquences sur le niveau de mortalité (Près de dix millions de morts depuis 1960, sans
compter les pertes humaines collatérales selon Statistiques mondiales)160.

B-Le solde migratoire

Le solde migratoire est ici une estimation fondée sur la différence entre le solde naturel
et la croissance totale de la population. Le solde naturel et le solde migratoire sont les deux
sources de la croissance totale de la population (3.07). Cette dernière donnée peut présenter
des différences, souvent faibles, avec le taux de croissance officiellement enregistré par la
Banque mondiale (3.08).

i) Les refugiés

Soudanais

 Centrafricains

Les combats entre le Mouvement National pour la Libération de la Centrafrique


MNLC et la Révolution et Justice (RJ) dans la région de Paoua au nord de la RCA ont poussé
les populations à traverser la frontière entre le Tchad et la Centrafrique. Ces réfugiés se sont
installés surtout dans les départements des Monts de Lam et La Nya Pendé dans la région du
Logone Oriental. Cet afflux de réfugiés centrafricains au Tchad représente le plus important
mouvement enregistré depuis 2014. En effet, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les
réfugiés (HCR) a enregistré à 92 400 réfugiés qui résidaient déjà au sud du Tchad qui se sont
déplacés de la République centrafricaine depuis les affrontements en 2003.

Nigériens

ii) Les déplacés internes.


160
Le pays et sa région ont connu et connaissent à des degrés divers, de nombreux conflits multiformes qui ont un
impact dévastateur sur le développement humain durable. Plusieurs décennies de guerre n’ont pas permis la
construction d’une armée disciplinée, ses effectifs pléthoriques et sa désorganisation exacerbant la problématique
de la sécurité.
Paragraphe ii : LES PROJECTIONS FUTURES DE LA POPULATION TCHADIENNE.

Figure : Population totale du Tchad de 2014 à 2024(en millions)


 Cette statistique présente une prévision de l'évolution de la population totale du
Tchad de 2014 à 2024, en millions d'habitants. Selon la source, la population totale était
d'environ 12,49 millions d'habitants en 2018. Publié par E. Moyou, 6 sept. 2019
A cause de l‘extrême jeunesse de la population plus de deux Tchadiens sur trois ont
moins de 25 ans et de sa forte fécondité, on doit s’attendre dans les 20 ans à venir, à un
doublement de la population totale du pays. On doit s’attendre aussi à un quasi triplement de la
population urbaine et de celle de N’Djamena, et à une forte progression du nombre de jeunes
recherchant un emploi. Ce nombre devrait passer de 140°000 en 2012, à 210°000 en 2020, et
280°000 en 2030. Ce qui correspond à 1,7 million d’emplois à trouver ou à créer entre 2010 et
2020, et à 2,5 millions entre 2020 et 2030
C’est bien aux jeunes âges que se concentrent les principaux défis auxquels le
pays sera confronté dans les années qui viennent. C’est aussi aux jeunes âges que se joue
l’évolution future de la population. Dans les projections démographiques réalisées dans le cadre
de cette étude deux hypothèses contrastées ont été retenues. La première suppose une
progression lente de l’utilisation de la contraception, associée à une diminution très lente de la
fécondité. La seconde suppose une progression plus rapide, associée à une maîtrise progressive
de la fécondité. Cette seconde hypothèse a été qualifiée de volontariste, car elle suppose un
engagement résolu des autorités pour rompre avec la faible utilisation de la contraception – par
moins de 5 % des Tchadiennes - observée au cours des 15 dernières années.
C’est ainsi qu’avec l’hypothèse de progression lente de l’utilisation de la
contraception, le nombre de naissances annuelles continue de doubler tous les 20 ans et pourrait
dépasser les 2 millions en 2050. Par contre avec l’hypothèse volontariste, il pourrait se
stabiliser autour de 900°000 naissances dans les années 2030. Dans le premier cas, le nombre
de jeunes continue de doubler tous les 20 ans, alors que dans le second il finit par se stabiliser

A. Une forte croissance démographique aux contours incertains et dominée par la


jeunesse.

B. L’urbanisation grandissante de la population.


Avec un taux d'urbanisation de 21,4 %, le Tchad est l'un des pays les moins
urbanisés de la sous région. Le réseau urbain tchadien est composé de 44 villes de moins de 5
000 habitants et de 40 villes de plus de 5 000 habitants. En 1968, seulement 9 villes avaient
plus de 10 000 habitants; elles étaient 25 en 2013. Enfin, on remarque que 40 % de la
population urbaine est concentrée à N'Djaména.

SECTION II : LES GROUPES DES PERSONNES VULNERABLES


La vulnérabilité à l'insécurité alimentaire peut se définir comme étant « le risque encouru
ou la fragilité à laquelle on s'expose en cas de perte soudaine de revenus ou de non accès à la
nourriture161 ». C'est donc tout ce qui peut précipiter une crise alimentaire si aucune action
compensatoire n'est entreprise. Cette fragilité se réfère au risque de sous- alimentation.

En effet, on distingue généralement quatre catégories de groupes vulnérables et qui existent


également au Tchad. Selon ces catégories on distingue :

- Les groupes biologiquement vulnérables, c'est-à-dire des personnes qui, en raison de


leur âge ou de leur état physique courent un grand risque de malnutrition. Cette catégorie
concerne les vieillards, les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants en période de
sevrage. Au Tchad plusieurs personnes de ce groupe meurent de la malnutrition.

- Les groupes économiques vulnérables sont des personnes qui sont sujettes à la pauvreté
en raison de la médiocrité de leur condition socio-économique. Ces personnes n'ont pas
suffisamment accès à la nourriture de qualité telle que les démunis urbains et ruraux.

- Toujours dans la liste des groupes vulnérables, nous avons les groupes politiquement
vulnérables à l'instar des réfugiés victimes des troubles socio-politique, qui se retrouvent
en état d'insécurité alimentaire. 

- les catégories écologiquement vulnérables. Il s'agit, au Tchad des populations qui vivent
dans des zones de montagne et des savanes. C'est également le cas des populations de
Kanem qui ne disposent pas assez de terres cultivables, à cause des montagnes.

161
DEUXIEME PARTIE : L’IMPACT DES MUTATIONS
DEMOGRAPHIQUES SUR L’AGGRAVATION DE LA SITUATION
ALIMENTAIRE ET LES PERSPECTIVES POUR UNE
MEILLEURE DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE
DÉVELOPPEMENT ET POLITIQUE DE POPULATION.
Si le concept de «croissance démographique» est facile à comprendre et peut être interprété
comme le rythme d’augmentation ou de diminution de la population, par contre la description
du processus de développement pose des problèmes aux théoriciens. En s’inscrivant dans la
logique de Renault, B. B , le concept de développement est «La finalité principale du
développement économique, c’est précisément d’arriver à ce que les hommes deviennent plus
conscients de leurs capacités créatives, à ce que leur intelligence s’épanouisse, à ce qu’ils
deviennent plus cultivés, tout en faisant en sorte qu’ils se nourrissent mieux, se vêtissent mieux
et qu’ils se logent mieux».162
Mieux se nourrir c’est là le but de notre analyse .L’alimentation est l’une condition
nécessaire au développement de l’Homme et un besoin de base de l’Humanité.
Ces principes précisés, il s’agit maintenant d’examiner les relations entre
«croissance démographique» et «alimentation ».
La majorité des théoriciens du développement sont unanimes à reconnaître que la
croissance rapide de la population et l’élévation de son taux posent de graves problèmes,
surtout lorsque l’évolution des ressources naturelles n’arrive pas à suivre ce rythme.
Dans le cas du Tchad, les potentialités naturelles n’arrivent pas à supporter
l’augmentation possible de la population et améliorer les conditions de vie de la population
existante.
Dès lors, la position vis-à-vis de la prévention des naissances est envisagée comme un
moyen de lutte contre le sous-développement, car toute politique de prévention des naissances
présuppose d’abord une amélioration du niveau social, culturel, économique de la population.
Et il existe bien un effectif de population qui peut assurer le maximum de bien-être à la
collectivité (optimum de population).
Ainsi, nous allons analyser dans ce qui suit, les relations entre la croissance de la
population et l’alimentation (chapitre 1), dans le (chapitre 2), les perspectives pour une
meilleure dynamique démographique-développement-politique de population.

CHAPITRE iii : L’IMPACT DES MUTATIONS


DEMOGRAPHIQUES SUR L’AGGRAVATION DE LA SITUATION
ALIMENTAIRE DU TCHAD.
162
Renault, B. B., Economie du développement. Nouveaux horizons, 1998.
L’accroissement démographique est selon l’ONU le « principal facteur à
l’origine de l’augmentation des besoins alimentaires 163» .Source de pression croissante sur les
ressources naturelles difficilement, couteusement ou lentement renouvelables, il doit toujours
selon l’ONU être maitrisé pour assurer un développement durable, qui nécessite sécurité
alimentaire et stabilité politique .La stabilisation rapide de la population mondiale est une
condition de la sécurité alimentaire durable164 .

L'influence qu'exerce la croissance de la population sur l’alimentation suscite de


nombreuses réactions. Ce couple formé des deux sciences : démographie et économie, se révèle
être l'objet de beaucoup d'inquiétudes quant à la perspective d'évolution de la population dans
les pays en voie développement, notamment au Tchad. Toutefois, il faut mentionner l’écart qui
existe entre la population et les besoins alimentaires.

Etant donné que l’alimentation est une condition nécessaire au bien-être social, il
importe à tous les pays d'avoir une croissance forte, durable des ressources alimentaires
capables d'enrayer dans une certaine mesure certains problèmes sociaux (faim, malnutrition…)
qui hypothèquent leur présent voire leur avenir. Par conséquent, les solutions partielles sont en
général inefficaces et incapables de générer cette croissance soutenue. De ce fait, la recherche
du développement se trouve à l'heure actuelle, au centre des préoccupations de toutes les
sociétés. Plusieurs facteurs peuvent la stimuler ou la promouvoir à l’instar de l’alimentation.
C'est dans cette optique qu'on cherche à établir mentionner l’écart qui existe entre la population
et les besoins alimentaires (section i), et à déterminer le lien existant entre la population
l’alimentation et les effets que l’un entrainera sur l’autre (section ii).

Section i : ACTION DU FACTEUR DEMOGRAPHIQUE SUR L'ACCROISSEMENT


DE LA DEMANDE DE PRODUITS ALIMENTAIRES.

L’explosion démographique des pays africains se traduit par les


rythmes incontrôlés de la croissance de la population du fait des taux élevés de fécondité. Cette
163
Rapport du Secrétaire général sur le suivi des programmes de population, centré sur la contribution du
Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement aux objectifs de
développement convenus à l’échelon international, notamment les OMD, publié sous la cote E/CN.9/2009/3
164
L’Accroissement démographique, réalisé par l'ONU à l'occasion du Sommet mondial de l'alimentation, Rome,
13-17 novembre 1996, d'après Division de la population de l'ONU : révision 1994.
explosion démographique ne passe pas inaperçue quand il s’agit du problème développement
comme le remarque B.URLANISH « Le taux élevé de fécondité de nombreux pays est un
obstacle sérieux à leur développement économique. Leur économie évoque une voiture
embourbée, les roues tournent mais la voiture fait du surplace et même parfois marche
arrière165».

L'antagonisme percutant qui existe entre le rythme de production et celui de la


reproduction crée des disfonctionnements au niveau du développement. Les rythmes de
croissance démographiques sont de loin plus élevés que ceux de la croissance économique,
mettant ainsi en péril le développement.

En effet, l’accroissement rapide de la population occasionne une diminution des


ressources susceptibles d’améliorer les conditions de vie de la population. Un pays à forte
natalité et à faible mortalité est amené obligatoirement à consacrer des ressources importantes à
la construction d’écoles, d’hôpitaux, de logements et d’autres services dont a besoin la
population, sachant bien que les fonds investis dans ces opérations sont socialement
indispensables, mais ne sont pas immédiatement productifs. Il s’avère que ces ressources sont
difficiles à accumuler. Ces capitaux, s’ils ne résultent pas de l’épargne sur les revenus, doivent
provenir d’un prêt. Or les besoins quotidiens d’une famille de grande taille laissent peu de
possibilité d’épargne qu’il s’agisse d’un ménage ou de l’ensemble de la nation. C’est une des
raisons pour lesquelles on est obligé de s’adresser aux investisseurs étrangers ou de contracter
des emprunts étrangers internationaux qui deviennent une charge pour les générations futures.
Ainsi, cette forte croissance freine le développement de deux manières: d’abord une
part disproportionnée des capitaux disponibles est utilisée à des fins sociales plutôt
qu’économiques; ensuite, la formation de capital elle-même est entravée, car l’augmentation de
la production doit servir à subvenir à l’excédent de la population issu de la croissance
démographique, à améliorer les conditions de vie de la population existante et à dégager un
surplus à réinvestir pour améliorer les performances alimentaires.
Paragraphe i : l’écart entre l’offre et la demande alimentaire

Le rythme de croissance démographique pèse drastiquement aussi bien sur la


demande d'aliments que sur la production des denrées alimentaires. L'offre devient inférieure à
la demande se traduisant ainsi par l'aggravation des problèmes écologiques qui ont une

B. Urlanish, cité par L. Kniajinskaïa : croissance de la population et les problèmes alimentaires dans le tiers
165

monde, edition du progrès, 1983


incidence négative sur la productivité de l'agriculture traditionnelle. Les taux de croissance de
la production doivent être maintenus à condition qu'il le soit à 2.6%, sinon le nombre d'affamés
et des sous alimentés vont croitre d’année en année à travers le pays. Cela montre à suffisance
que la production agricole n'est pas fondée sur une base solide de production moderne.

Quand on évalue le niveau de production alimentaire (la production agricole et


surtout vivrière) du Tchad aux indépendances jusqu’à nos jours, il n'est guère. Il ressort que la
base initiale de la production agricole héritée du colonialisme était très faible et le niveau de
consommation des masses populaire extrêmement bas, à la limite de la faim. Ceci exposait les
populations à la malnutrition et à la sous-alimentation. C'est pour quoi, les taux de croissance
agricole surtout vivrier doivent être plus élevés afin de maintenir la sécurité alimentaire.

Il est nécessaire de relever un autre élément de l'état actuel du problème


« population-alimentation » au Tchad. Le faible rythme de croissance de la population
tchadienne s’est vu accroître vertigineusement en quelques années à tel point que le fossé
s'agrandit à des rythmes effrénés entre les deux phénomènes. L'évolution actuelle des rythmes
de croissance de la population doit être suivie d'un rythme de croissance alimentaire élevé afin
de contrecarrer l'action négative de la croissance de la population.
Pour assurer un accroissement continu et régulier de la production alimentaire par
habitant, le taux d'accroissement de la production agricole doit être non seulement
suffisamment élevé, mais suffisamment stable. Mais ces conditions ne sont pas encore réunies
au Tchad. L'instabilité de la production alimentaire et de l'approvisionnement que l'on observe
d'année en année sur un fond d'accroissement continu et considérable de la population résulte
du fait que le Tchad est un pays dépourvu de stocks nationaux de céréales166.

Quelle est donc l'offre agricole nécessaire au Tchad pour le rapprocher de


l'autosuffisance alimentaire tout en maintenant les effectifs actuels de leur population ?

Tableau: Dynamique de la croissance de la population et de la production alimentaire de 1980 en


2008

Calculé d'après UN: the determinants and consequences of population trends New York,
1973....2008 Vol. 1 P 403.

166
Le Tchad ne dispose que d’un stock national qu’est l’Office National pour l’Alimentation et la Sécurité
Alimentaire.
Tableau : Taux annuels d'accroissement de la population et de la production alimentaire
(%) entre 1962-1972 et 1997-2008

La relation population et consommation alimentaire est déterminée par la demande


potentielle, puisque F. Engels affirme que « Les limites de productions (d'aliments) sont
déterminées par le nombre des bourses capables d'acheter et de payer et non par le nombre de
ventres affamés »167. La demande réelle de produits alimentaires dépend de l'effectif de la
population et de son niveau de vie.

Tableau 3.2.3 : Besoins en céréales des pays en développement et le degré de satisfaction


de ces besoins en fonction des différents niveaux de consommation de l'Afrique

Source: Calculé à partir des données de la FAO, production year book, 2008 vol.33

Ces statistiques montrent que le nombre de personnes qui souffrent de malnutrition et de


sous alimentation sont non seulement nombreux mais continuent de s'accroître
vertigineusement au Tchad.

167
K. MARX, F. ENGELS : Correspondance, p. 21.
A- Action des facteurs d'accroissement de la population et du revenu par habitant
sur l'accroissement de la demande d'aliments au Tchad.
L'accroissement de la population crée des besoins alimentaires
supplémentaires, ce qui accroît la demande effective d'aliments. L’élévation des revenus par
habitant augmente naturellement les dépenses pour l'alimentation. Le niveau de revenu
influence significativement la demande de produits alimentaires. Quand le revenu est bas, la
majeure partie est dépensée pour la nourriture et d'autant plus que les sommes d'argent
engrangées sont faibles, la qualité et la quantité de l’alimentation sont insuffisantes. Mais à
mesure que le revenu augmente, la part consacrée à la consommation alimentaire baisse, tandis
que la quantité et la qualité deviennent suffisantes. Plus une famille est pauvre, plus elle
consacre la part de ses revenus à la nourriture réciproquement.
Un écart aussi durable et marqué entre la production alimentaire et la
demande réelle fait ressortir la gravité de la situation au Tchad, surtout si l'on tient compte de
ce que la demande solvable de la population ne suffit pas à couvrir les besoins énergétiques
(calorifiques). Cependant, le bas niveau de la production alimentaire locale, d'une part, et des
rythmes prioritaires de croissance des revenus moyens par habitant, d'autre part, dépasse
l'offre. Cela entraîne une hausse des prix et, comme conséquence inévitable, une baisse du
pouvoir d'achat des couches les plus pauvres de la population.
Quand on observe une accentuation de l'écart entre le taux d'accroissement des revenus
des couches les plus aisées et les plus déshéritées, il se produit une concentration plus forte
encore de la masse des moyens d'achat entre les mains du premier groupe, ce qui entraîne une
redistribution à son avantage de maigre ressources alimentaires du marché au détriment du
deuxième groupe, c'est-à-dire une augmentation du nombre des sous alimentés.

Selon des calculs d'experts de la FAO effectués, plus de 60% de l'augmentation de la


demande de produits alimentaires du Tchad de 2008 à 2018 seront dus à un accroissement de la
population de la population et 36% seulement à l'augmentation des revenus par habitant dont le
taux de croissance reste bas dans la plupart de ces pays (voir tableau 3.2.7).
Il faut s'attendre à ce que dans les prochaines années, l'augmentation de la demande
d'aliments porte principalement sur les céréales (riz, blé). L'expérience de nombreux pays tels
que le Japon, la France, les USA, les pays développés montre toutefois que, lorsque les revenus
atteignent un certain niveau la consommation de produits d'origine animale commence à croitre
rapidement. Cela entrainera une énorme pression sur les capacités productives des terres si,
dans la deuxième moitié du siècle prochain, les 11 à 12 milliards d'habitants que comptera le
monde la même proportion de nourriture animale que la population des pays développés.
Tableau: Effectif de population agricole selon leurs activités
Activités Nombre de ménages Proportion
agricoles
Cultures pluviales 1 330 817 9 3,4
Horticulture 8 60 787 6 0,4
Arboriculture fruitière 3 84 719 2 7,0
Elevage 1 162 749 8 1,6
Sylviculture 6 79 614 4 7,7
Pêche 3 0 073 2 ,1
Ensemble des ménages 1 424 909 100
agricoles
Source: UN concise report on the world population situation in
N.B. : 1 424 909 représente le nombre total des ménages enquêtés. A noter que chaque
ménage peut exercer plusieurs activités.

B-
Paragraphe ii : La rupture de l'équilibre écologique et le surpeuplement agraire.

La croissance de la demande réelle d'aliments dans les pays en voie de


développement en général et du Tchad en particulier est lié pour la plupart du temps aux
mutations qualitatives qui se produisent dans la composition de la population de ces pays sous
l'impact de la restauration de leur économie : urbanisation, industrialisation, infrastructures,
extension des sphères de l'échange et des services, etc.

Ces mutations sont à l’origine des problèmes écologiques entretiennent à la fois la


pauvreté et les problèmes alimentaires qui à leur tour influence également l'équilibre
écologique (A). La structure de l'économie, l'arriération culturelle, la persistance et la
dominance des techniques agro techniques aggravent les problèmes écologiques. C'est ce qui
fait dire à Indira Gandhi, Premier ministre de l'inde à la conférence sur l'environnement en juin
1972 « Nous ne souhaitons pas continuer d'appauvrir l'environnement et pourtant nous ne
pouvons pas oublier un instant l'horrible misère d'une énorme quantité de gens. La misère et le
besoin ne sont ils pas le pire des pollutions ? Le problème de l'environnement dans les pays en
développement n'est pas un effet secondaire d'une industrialisation excessive mais reflète
l'insuffisance du développement»168

A- La rupture de l’équilibre écologique

Le processus de dégradation de l'écologie a débuté depuis l'âge de la pierre


taillée169, lorsque l'homme a commencé à planter pour assurer sa substance. Il a pris de
l'ampleur au stade de développement de la civilisation. L'action de l'homme sur
l'environnement est l'un des processus les plus visibles et les plus dégradants (l'avance du
désert, l'épuisement de la fertilité des sols sont des manifestations palpables de la dégradation
de l'environnement).

La dégradation l’écologie a un impact sur la production agricole. Dans les pays à


conditions traditionnelles, il va de soi que les productions alimentaires soient faibles et
incapable d'atteindre les résultats qu'on attend d'elles. Karl Marx ne disait-il pas que « La
culture si elle progresse d'elle même sans être consciemment orientée....... laisse derrière elle
des desserts.170»
168
Scientific world, World federation of scientific workers, London, 1993, vol. xvii N.4 p 13)
169

170
K. MARX, F. ENGELS : Correspondance, p. 21
Les problèmes alimentaires non seulement se maintiennent mais s'amplifient encore
plus avec la pression croissante de la population tchadienne qui fait augmenter la demande
alimentaire face à une offre de plus en plus insuffisante. La densité de la population entraîne
une surcharge de la nature et un épuisement des ressources biologiques. Des millions d'hectares
de terre extrêmement fertiles échappent chaque année à l'exploitation, ce qui freine
sérieusement le problème alimentaire. Les feux de brousse détruisent chaque année  30% des
terres et aussi des millions d'hectare subissent l'érosion.

Au Tchad, la vie des hommes dépend plus de l'environnement naturel. C'est dans le
milieu naturel que les hommes tirent l'essentiel de leur ressource que ce soit au niveau
individuel ou de l'Etat. L’agriculture représente plus de 40% du PIB du pays. A cet effet, les
conditions de production agricole sont donc bien plus tributaires des conditions climatiques et
naturelles que des efforts des hommes.

Le degré de contrôle par l'homme du milieu naturel est déterminé par le niveau de
développement des forces productives et le caractère des rapports de production. Plus le
contrôle de l'homme sur la nature est efficace et meilleur est l'équilibre démographique et la
nature peut assurer à un plus grand nombre des conditions et des moyens de subsistance. Au
Tchad, le contrôle de l'homme sur la nature est très faible compte tenu du degré culturel et des
forces de production traditionnelle et archaïque. C'est parce que la dépendance de l'homme sur
la nature est forte que la nature influence les conditions de vie de la population qui reste
désarmée et dans l'incapacité de se soustraire de cette domination. Cette liaison est médiatisée
par l'agriculture avec les méthodes d'exploitation conservatrices qui lui sont propres.

Acculés par une demande croissante alimentaire, les tchadiens sont contraints
d'employer les méthodes qui leur sont sous la main. Avec les méthodes culturales archaïques,
c'est seulement l'agriculture extensive qui est pratiquée partout pourtant les méthodes ne
répondent plus aux besoins de la population

Avec la base d'une production rustique l'augmentation de la production agricole est


principalement assurée non pas par l'exploitation des nouvelles terres, ce qui réduit et appauvrit
les terres. Le résultat est que les terres se dégradent et les déserts s'installent, la pauvreté
s'accroît, la famine s'impose. L'exploitation poussée des terres par les méthodes traditionnelles
entraîne une dégradation brutale de leur qualité.
Tableau 3.4.1: Disponibilité des terres cultivées, de pâturage et de forêt (ha par
habitant) selon les régions entre 1977 et 2007

Régions Territoire Terres cultivées Pâturage Forêts et


global jachères comprises broussailles
1977 2007 1977 2007 1977 2007 1977 2007
Proche orient 0.77 0.43 0.23 0.11 0.03 0.02 0.2 0.1
Afrique 6.89 4.4 0.54 0.32 2.03 1.21 1.60 1.1
Amériquelatine 5.98 3.8 0.42 0.27 1.58 1.07 1.58 1.2
Europe 1.02 0.7 0.26 0.16 0.20 0.13 0.34 0.2
occidentale
Amérique du 9.16 6.34 1.05 0.74 1.32 1.19 2.61 1.04
Nord

Le développement extensif de l'agriculture entraine le déboisement, la disparition


des sous bois piétinés par le bétail, le labourage des pâturages naturels, la disparition de
nombreuses populations d'animaux. Tout cela entraine des déséquilibres sérieux dans les
écosystèmes anthropiques eux aussi. Il s'agit de la fréquence et de l'envergure plus grande des
fléaux naturels comme les inondations, les sécheresses, l'érosion éolienne, la dénudation des
sols, la désertification, le desséchement des réservoirs d'eau, etc., la population étant incapable
de combattre ces phénomènes naturels.

Ces manifestations de tension écologiques sont particulièrement funestes pour


l'agriculture du Tchad, les écosystèmes tropicaux étant, comme le montrent de nombreuses
études et observations, moins propres à l'exploitation que ceux des autres latitudes).
L'accroissement naturel de ces pays devance l'extension des surfaces cultivées et accroît la
pression sur les ressources naturelles. Les régions d'élevage semi désertiques du sahel saharien
dont les problèmes écologiques ont attiré l'attention soutenue de l'opinion mondiale et des
avants peuvent servir d'exemple à cet égard. Une sécheresse d'une durée sans précédent (1968-
1973) avait desséché presque toutes les sources et les points d'eau et entraîné la dégradation des
pâturages naturels avec, pour conséquences, la décimation en masse des troupeaux. De
nombreux pasteurs furent complètement privés de moyens de subsistance et condamnés à une
grande disette.
L'accroissement de la population entraîne effectivement une pression plus forte
sur les écosystèmes et gênes.

La densité en augmentation rapide de la population joue un rôle


important dans le déséquilibre écologique dans le contexte des conditions socio-économiques
dues à une économie à formes multiples. Cet indice est déterminé en fonction du nombre
d'habitants des villages et de la superficie des terres exploitées, c'est-à-dire du territoire
économiquement utilisé. Il est donc précis que l'indice de densité moyenne mesure la pression
de la population sur les ressources agraires bien que la différence entre ces deux indices ne soit
pas aussi importante dans ce cas que pour les régions économiquement développées urbanisées
du monde).

L'élévation de la densité de la population rurale est fonction de l'augmentation


du nombre de cultivateurs. Malgré une croissance galopante de la population des villes et
d'autres groupes non agricoles, ce secteur reste la principale sphère de l'application du travail de
près des deux tiers de la population des pays d'Asie et de d'Afrique et des cinquième de celle de
l'Amérique latine. Bien que l'on observe, nous l'avons déjà dit, une tendance à la baisse
continue de la partie agricole de la population dans l'ensemble du monde en développement ses
effectifs absolus atteignent un niveau record élevé (1.2 milliard de personnes en 2007) et
continuent d'augmenter d'environ 20 millions par an. Le taux d'accroissement de la, population
agricole des pays en voie de développement (environ 1.7% au milieu des années 70) est
inférieur au taux d'accroissement naturel (du fait de la migration vers les villes mais dépasse
néanmoins le taux d'accroissement de la population non agricole de l'Europe et de l'Amérique
du Nord.

Les problèmes liés à la croissance brutale de la densité de la population de la


population rurale sur un fond de surpeuplement agraire relatif et de pénurie de terre se
manifestent avec le plus d'acuité en Asie du SUD EST et du SUD.

La concentration des populations rurales est particulièrement grande sur les terres
alluviales de la vallée et du Delta du GANGE et du Brahmapoutre où elle atteint 1000 hommes
par km2. La densité de la population rurale le long est extrêmement élevée à JAVA où elle frise
les 1500.on retrouve par ailleurs de telles pressions dans la vallée du Nil.
Bien que la corrélation entre les conditions naturelles et la distribution de la
population des pays en développement d'Asie soit assez forte et que les ruraux, avec leurs
techniques primitives, soient tributaires plus que partout ailleurs des forces de la nature, ce
serait preuve d'un simplisme inadmissible que d'expliquer une telle concentration de la
population rurale par des conditions naturelles exceptionnellement favorables. Cette corrélation
est médiatisée et non pas directe. Les facteurs socio-économiques et historiques : ancienneté et
caractère du peuplement du territoire, type d'agriculture, niveau de développement des forces
productives et particularités des rapports de production, sont des éléments importants
d'explication de la répartition géographique. La base matérielle de la forte densité de la
population rurale dans les pays d'Asie est le système traditionnelle de culture du riz en rizière
inondée qui permet deux récoltes par an, et non pas l'abondance des pluies et la planéité du
territoire en soi.

Le développement des forces productives dans les pays d'Afrique a été freiné par
une longue exploitation coloniale. Dans le même temps, la population, surtout rurale,
augmentent au long des siècles. Cela entraînerait fatalement un divorce entre le bas niveau de
développement des forces productives, le système de propriété et d'exploitation privé des terres,
alourdi par la forte densité de la population. Selon des chercheurs européens il existe une
énorme discordance entre les possibilités d'application du travail et les ressources en main
d'œuvre concentré dans ce secteur. Ils affirment que la terre étant surpeuplée la majeure partie
des ressources de travail est inemployée avec un très bas niveau de productivité. En tenant
compte de la vision malthusienne selon laquelle, les pays d'Afrique ont un rythme de croissance
démographique la plus élevée au monde seront extrêmement peuplées en quelques années, la
densité de la population qui engendre le chômage complet ou partiel étant la principale cause
de la pauvreté de ces pays. La densité agraire, c'est-à-dire le nombre de cultivateurs par unité de
surface cultivée, est bien entendu beaucoup plus élevée qu'en Europe. Ainsi dans les pays
peuplés d'Afrique, une famille paysanne ne dispose guère que de 2 ha contre 5 ha environ en
Europe. La différence fondamentale est le caractère de production agricole. Contrairement à
l'agriculture européenne mécanisée et forte consommatrice, l'agriculture d'Afrique a pour seule
source d'énergie la force physique des hommes et des bêtes de somme. L'agriculture dans les
pays africain est caractérisée dans l'ensemble par une combinaison de travail humain et animal
et d'outils primitifs généralement fabriqués par des procédés artisanaux au village même.
Si la densité agraire était en soi la cause de la faible productivité, l'on
constaterait une relation inverse entre la production par travailleur agricole et la densité agraire,
ce qui n'est pas le cas. Au japon, par exemple, la densité agraire exprimée en travailleurs par
hectare cultivée est le triple de celle de l'Asie du sud et du Sud Est, mais le rendement à
l'hectare est le quintuple, et la production par agriculteur à peu près le double de la moyenne
régionale
B- L’accentuation du surpeuplement agraire.
Les distorsions qui existent entre la demande et l'offre de produits alimentaires
provoquent de graves disfonctionnements des économies. Les ressources humaines sont une
composante essentielle du développement et influencent la production des denrées alimentaires.
Le niveau de l'emploi et de la productivité détermine les problèmes alimentaires au Tchad. Les
ressources humaines représentent « la force productive de la société d'autant plus que les
capacités productives ne sont pas mises en valeur171 » cité par L. Kniajinskaïa.
Karl Marx remarquait que « .... Les forces productives sont le résultat de
l'énergie pratique des hommes mais cette énergie elle même est circonscrite par les conditions
dans lesquelles les hommes sont places.... »172.
Lorsque les hommes vivent dans des conditions socioéconomiques favorables, ils sont
beaucoup plus productifs. Pour que les ressources humaines constituent des ressources des
forces productives, elles doivent être instruites, formées et doivent être capables de s'adapter à
l'évolution contemporaine. En conséquence, la production alimentaire dépend de la qualité et de
la quantité des ressources humaines. Cependant, au Tchad les ressources humaines évoluent
dans des conditions souvent difficiles et défavorables. Le nombre de chômeurs complets ou
partiels atteints les 1 millions. Les millions de nouveaux demandeurs restant sans emploi
provoquent un problème démographique économique extrêmement aigu. Cette main d'œuvre
non employée, non seulement n'est pas utilisée à sa juste valeur mais devient une charge pour
l'Etat qui doit la nourrir. Elle dévore les maigres ressources alimentaires du pays ; c'est dans ce
sens que S. Tioulpanov remarquait « Chaque génération ne peut se justifier économiquement
que si elle la valeur nouvelle qu'elle produit dépasse le cout des biens et services qu'elle
consomme. En présence du sous emploi qui se maintient, le risque est que des millions
d'hommes consommeront au cours de leur vie plus de produit qu'ils ne peuvent créer.173»
Le sous-emploi empêche les ressources d'être productive. Elle est provoquée par trois
facteurs au Tchad.

171
Cité par L. Kniajinskaïa : croissance de la population et les problèmes alimentaires dans le tiers monde, édition
du progrès, 1983
172
K. MARX: Le capital, Editions Sociales, Paris, t. I, P. 133
173
S. Tioulpanov cité par L. Kniajinskaïa dans « Le néocolonialisme et le problème alimentaire dans les PVD
(Moscou, 1978) »
C'est premièrement l'accroissement rapide de la population active due au taux de
fécondité élevé, deuxièmement la faible croissance de l'économie incapable d'absorber
l'accroissement naturelle de la main d'œuvre, troisièmement, la réduction relative de la
proportion du travail.
Le chômage et le sous emploi chronique dans les pays en voie de développement sont
sous-tendus par une déformation profonde de la reproduction sociale, ce qui fait dire à Karl
Marx et F. Engels « Une partie de ressources de travail s'avère constamment excédentaire en
cours de reproduction par rapport aux moyens de travail disponibles non pas parce qu'elle
s'est accrue trop vite, mais plutôt le niveau de développement de l'économie, des structures
sociales de reproduction et de production. »174

174
K. MARX, F. ENGELS : Correspondance, Editions du progrès, Moscou, 1980, P. 166
La relation entre le surpeuplement agraire et la mise en exploitation des terres
incultes aggrave les problèmes alimentaires. L'une des relations directes est l'épuisement,
l'appauvrissement des terres qui deviennent improductives. Entre temps met en péril la survie
de la masse paysanne. Le surpeuplement agraire fait baisser la productivité alimentaire, pendant
ce temps, accroît le chômage, la sous-alimentation et la malnutrition. Donc, le surpeuplement
agraire devient chroniquement improductif. L'agriculture n'est plus en état de nourrir la
population qu'elle emploi. Cette masse populaire excédentaire se déverse sur le marché de
travail dans les villes. Cet excédent des populations rurales va grossir les rangs des chômeurs.
Le surpeuplement urbain est un prolongement du surpeuplement agraire qui veut chercher de
meilleures conditions de vie. Tout en venant aggraver les problèmes alimentaires urbains,
d'autant plus que la croissance démographique urbaine est plus rapide que la croissance de la
production alimentaire marchande. Ce surplus en ville entraîne une dépréciation de la main
d'œuvre car la demande de l'emploi est extrêmement plus élevée que l'offre d'emploi. Alors, se
développe en milieu urbain une instabilité d'emploi, une irrégularité, la stagnation et aussi une
réduction du volume absolu de production par travailleur, c'est alors le déclenchement d'un
cercle vicieux infernal.
Par ailleurs, les masses considérables de population sont refoulées des sphères
traditionnelles d'emploi, principalement du secteur agraire, tant par suite du maintien des
méthodes d'exploitation précapitaliste que du fait d'une élévation de la structure organique du
capital. D'autre part, les nouvelles vagues de population active ne trouvent pas d'emploi et vont
grossir les rangs des chômeurs. La sphère d'utilisation de ces ressources de travail
supplémentaire est fort limitée. Cela entraîne une dépréciation de la main d'œuvre, une plus
forte irrégularité de l'emploi, la stagnation, et souvent, aussi une réduction du volume absolu de
production par travailleur, ce qui est l’une des principales causes du maintien des moyens de
production traditionnels, de l'autoreproduction des techniques et des technologies
traditionnelles dans les formations inférieures de l'agriculture.
Dans une agriculture dominée par les facteurs naturels et le travail manuel un des
principaux indices économiques est la superficie des terres exploitées. La tendance au
morcellement des terres, à l'augmentation du nombre de petits et très petits exploitants se
manifeste nettement dans les campagnes. Comme l'accroissement rapide du nombre des
membres de la famille paysanne dans le contexte de la poussée démographique se produit
généralement sans augmentation de la parcelle familiale et en conservant les méthodes
traditionnelles arriérées d'exploitation, la production par tête baisse aussi, les périodes
d'inaction forcée s'allonge et l'alimentation empire. Les partages des terres entre un nombre
croissant d'héritiers favorisent la parcellisation.
Ainsi, dans le contexte de l'explosion démographique le surpeuplement agraire qui accroît
rapidement aggrave la situation alimentaire sur deux plans : entièrement, en favorisant le
maintien des formes traditionnelles primitives d'exploitations avec des techniques élémentaires
qui rendent impossibles tout accroissement sensible de la production par unité de surface, en
d'autres termes en renforçant les facteurs extensifs dans le domaine agraire ; deuxièmement, en
aggravant la paupérisation de la population urbaine et rurale, c'est-à-dire en augmentant le
nombre de consommateurs démunis . L'accroissement constant de la population rurale renforce
fatalement la pression sur la terre. Cette surcharge croissante devient encore plus sensible
quand il est de plu en lus difficile d'augmenter la productivité de la terre.
La poussée démographique qui réduit le volume des stocks disponibles et annuellement
renouvelables de produits alimentaires par habitant, accentue la dépendance des pays africains
pare rapport à l'importation des vivres. La situation exige des mesures urgentes pour diminuer
cette dépendance.

Section ii : MALTHUS ET LE PROBLEMES ALIMENTAIRE AU TCHAD,


CONSISTANCE ET INCONSISTANCE DE LA CONCEPTION DEMOGRAPHIQUE
NEOMALTHUSIENNE DU PROBLEME ALIMENTAIRE.

Paragraphe i : Le problème alimentaire dans l'optique néomalthusienne du déterminisme


démographique consistance

Selon Malthus, dont la théorie stipule que les subsistances ont tendance à croître en
progression arithmétique et la population en progression géométrique, si elle n'est pas freinée.
Avec cette théorie toute population creuse elle même sa propre souffrance. Les ressources
décroissent avec la croissance de la population. Avec cette théorie de Malthus se développe
avec acuité en Afrique et tout porte à croire que Malthus aurait raison. Depuis le 18ème siècle
que ce courant de pensée a vu le jour, il a commencé à prendre forme en Afrique depuis les
indépendances. Grâce à la médecine moderne, le développement de la communication etc.

Les pays de l'Afrique ont connu des poussées démographiques sans précèdent mettent
ainsi en péril à outrance le développement de l'Afrique. Le vrai problème du développement de
l'Afrique est le rapport entre une forte croissance démographique et une croissance économique
faible. Ces deux phénomènes évoluent dans des sens contraires.

La théorie néomalthusienne à nettement pris forme et s'applique à l'Afrique d'autant plus


que le continent est le plus pauvre avec les taux les plus élevés de croissance démographique au
monde. Les problèmes alimentaires sont plus graves en Afrique. Sa théorie sur « la loi de
fertilité décroissante des sols » n'est elle pas d'actualité en Afrique ? A cause de la forte
pression démographique sur les sols qui sont devenus pauvres et improductifs. Les productions
agricoles prennent un coup de sorte que la sous alimentation et la malnutrition massive et
chroniques sont devenues de véritables casse-tête pour les états et les populations.

Ainsi Joseph Ottong Démographe nigérian a déclaré dans son rapport 175 « Le
principe de la théorie de Malthus présente certaines insuffisances, néanmoins cette théorie
semble répondre pour beaucoup à la société nigériane actuelle. De ce fait, la théorie de
Malthus est plus justifiée aujourd'hui que des temps de Malthus, car la pression de la
population sur les ressources est aujourd'hui plus réel que jamais »

Selon ce chercheur, les maux qui frappent son pays sont à l'instar des autres pays
africain, tel que le chômage, la détérioration de l'environnement, la pauvreté et la pénurie
d'aliments sont la cause directe du sous développement. Pour Malthus la finalité de la
croissance incontrôlée de la population est la régulation de la population par les maladies, la
faim qui font mourir les populations les plus pauvres afin que le reste de la population
survivante puisse s'adapter aux ressources.

Pour LESTER Brown « L'insuffisance de ressources, l'inflation et le chômage


exerceront une forte pression sur les institutions sociales tant que le gâteau grandit
rapidement, chacun a au moins l'espoir d'un niveau de vie plus élevé. Mais dès que cette
expansion rapide cesse, la question de savoir comment le gâteau est partagé devient une
question aigue. La ou le taux de croissance économique descend au dessous du taux

175
d'accroissement de la population, comme ce fut le cas dans certains pays du tiers monde, les
pressions en vue du partage du gâteau deviennent particulièrement sensibles.176 »

Aujourd'hui, toutes les guerres, les troubles sociopolitiques, les tensions sociales sont
fondées sous la pauvreté de la majorité écrasante de la population qui n'arrive pas à subvenir
aux besoins les plus élémentaires. Encore plus grave, la faim devient un régulateur de la
population. C'est le cas de l'Ethiopie dans les années 1974-et 1984 et 1985. Ce que soutient
Lesler Brown « si un pays comme l'Ethiopie ne parvient pas à freiner rapidement la
croissance de sa population, la famine qui a emporté 300000 vies en 1974 se répétera. Il en est
de même pour les pays du sahel. Des pousses sporadiques de mortalité peuvent devenir
peuvent devenir l'alternative d'une baisse lente de la natalité. »177

L'Ethiopie a vu des centaines de milliers de personnes mourir entre 1984 et 1985 et bien
d'autres pays du sahel. Alfred Sauvy soutient également le déterminisme démographique
lorsqu'il écrit « Les deux tests classiques de surpeuplement sont tous deux concluants :
insuffisance de nourriture (et surtout de protéine) et sous emploi. »178

Pour démontrer la thèse selon laquelle la forte natalité est cause de sous alimentation,
les néomalthusiens se servent de diverses constructions mathématiques, comparant la
production vivrière ou la superficie des terres, etc., à la population d'un pays ou de l'ensemble
du monde. Mais ces relations mathématiques ont beau être juste, elles sont toujours abstraites et
fort éloignées de la réalité. Tout en caractérisant sous une forme générale le niveau de
développement économique et d'approvisionnement alimentaire, les indices moyens par
habitant de production et de consommation ne reflètent pas la situation véritable des masses
populaires.

Dans la réalité la sous consommation alimentaire des couches les plus pauvres provient
non seulement et souvent du développement insuffisant de la production alimentaire que d'une
répartition injuste des biens matériels. Mais c'est précisément cet aspect social que les neo
malthusiens passent soigneusement sous silence, en axant l'attention sur l'analyse abstraite du
rapport entre la croissance de la population et les subsistances.

Bien que la croissance de la population de la plupart des pays africains depuis le


début des années 1960 obéit à la progression géométrique qu'indiquait Malthus, cela ne

176
Lester R. BROMN with Erick P. ECKHOLM: by Bread Alone Pergamon press, New York, 1995, p. 87
177
Lester R. BROMN with Erick P. ECKHOLM: by Bread Alone Pergamon press, New York, 1995, p. 99
178
confirme nullement l'exactitude de sa conception. L'augmentation de la production alimentaire
bien plus rapide qu'une progression arithmétique que K. Marx déjà qualifiait de « chimérique
179
» ne suffit pas non plus à démentir Malthus.

Même si dans certains pays ou groupes de pays africains à une certaine étape historique le
taux d'accroissement de la population est supérieur au taux de croissance de la production des
biens dans le contexte de l'explosion démographique, cela ne signifie pas que la faim et la sous
alimentation résultent uniquement de cette disproportion ni que cette disproportion soit due
uniquement à l'accroissement de la population. Ainsi selon Alfred Sauvy « la doctrine de
Malthus est fausse parce qu'elle explique faussement les sources des fléaux. »180

Le sens social de la « théorie de population de Malthus », qui est précisément l'objet de


la critique des classiques du marxisme -léninisme, est qu'elle cherche à justifier et à légaliser les
vices sociaux et à rendre le « principe de la population » responsable du chômage, de la misère
et de la faim.

Paragraphe ii : La conception « écologique » de la faim variante modernisée du néo


malthusianisme

L'un des traites spécifiques du malthusianisme est son extrême souplesse, son
habilité à s'adapter à la situation socioéconomique et démographique changeante, son adresse à
manipuler les phénomènes nouveaux de l'évolution mondiale en les falsifiant à ses propres fins.

La conception néomalthusienne se fonde sur le caractère aujourd'hui plus complexe


des liens de causalité entre les facteurs démographiques et socio-économiques dans le
développement de la société. L'explosion démographique déterminée par des causes naturelles,
biologiques, est à son tour, à l'origine du manque de ressources matérielles « pour tous ». La
famine globale est une conséquence de la pollution soi disant- irréfrénable de l'environnement
et de l'épuisement des ressources naturelles par une population en croissance.

L'accroissement de la population, avec l'augmentation de ses besoins et l'envergure


croissante de ses activités en vue de les satisfaire provoque la détérioration de l'environnement
et l'épuisement des ressources naturelles , ce qui à son tour aggrave la disette : si la croissance
de la population ne cesse pas dans les brefs délais , le « finalisme » des ressources naturelles
menace l'humanité d'une catastrophe inévitable , telle est la logique des champions des

179
MARX : Le capital, Editions Sociales, Paris IV, t. II, p. 129
180
A. SAUVY « théorie générale de la population » Mockba, 1977,T. I,c. 19
conceptions bourgeoises « finalistes » qui font abstraction des facteurs socio-économiques et
politiques du développement.

« La bombe de la population et le manque d'aliments : le monde perd la bataille de la


vie », « la crise alimentaire mondiale : les modes de vie menacées par la pénurie 181 » (New
York Times), « une seule alternative : la famine généralisée182» (The Guardian).

Des publication scientifiques en grand nombre des pays occidentaux n'affirment pas
seulement que le monde soit condamné à la famine, mais donnent des dates précises de cette
catastrophe. La première découverte de ce genre a été faite en 1960, par un groupe de
chercheurs occidentaux (H. Foerster, P. Mora et L. Amiot) qui ont publié dans la revue science
un article où est calculée la date précise du dénouement. Le titre de l'article est d'ailleurs
éloquent : « jour du jugement dernier : vendredi 13 novembre 2026 »183 . Les auteurs ont
calculé en extrapolant les tendances actuelles de développement que c'est précisément ce jour là
que l'humanité doit sombrer dans l'éternité.

Dans cette même veine, de nombreux chercheurs mettent en gardent contre les
horreurs prochaines d'une surproduction d'humains et d'une sous-production d'aliments.
Certains estiment le « jugement dernier » plus proche. Ainsi, le biologiste américain
P.EHRLICH prédit dans son livre the population Bomb que l'humanité a perdu la bataille de
l'alimentation et que la terre serait inhabité dès 1990. Les modèles de développement global
World dynamics et the limits to growth 4 page 135 établis sur la commande du « Club de Rome
»1 p136 prédisent, eux, la catastrophe qu'entraînera la contradiction entre des ressources
naturelles limitées et des taux croissants de leur exploitation économique pour un avenir plus
éloigne, le milieu du XXIeme siècle.

Il convient de citer parmi les champions les plus connus des conceptions « finalistes »
G. TAYLOR auteur du livre the doomsay (le jugement dernier) qui perdit la fin de l'humanité à
la charnière du XXIeme siècle du fait du non surpeuplement de la planète de l'épuisement des
ressources non renouvelables , minéraux utiles et énergie , et renouvelables , terre et eau , et de
la population par suite retombées négatives de la croissance économique et du progrès
scientifique et technique.

181
New York times, 2004, Auguste 14th and November 5.

182
The Guardian, Manchester 2004, October 17, P 12.
183
H. FOERSTER, P. MORA, L. AMIOT: Doomsday: Friday 13th November A. D. 2026,
Les biologistes américains P. et A. Ehrlich partagent cette façon de voir. On pouvait
lire sur la page de titre de leur livre The population Bomb qui fit beaucoup de bruit : « pendant
que vous lirez ce livre plusieurs personnes seront déjà morte de faim.... » Et la cause de cette
mortalité à leur avis, est la forte mortalité et la pénurie d'aliments « pour tous » par épuisement
des ressources dans un contexte de surpeuplement.

Dans un rapport intitulé « la population et l'environnement » présenté à un symposium


de l'ONU sur ce sujet à Stockholm, P.Erlich partant de ce que « les tendances dans l'agriculture
contemporaine qui s'accompagnent d'efforts pour atténuer la tension que provoque une
croissance sans précédent de la population et pour réaliser des récoltes unitaires maximales
(afin de résoudre des problèmes purement économiques) entraînent de grandes difficultés sur le
plan écologique 4 », s'est opposé de fait à l'intégration des acquis de l'agro technique dans
l'agriculture afin de maintenir l'équilibre écologique. Il considère la population comme le
principal facteur préjudiciable à l'environnement comme le principal facteur préjudiciable à
l'environnement. C'est pourquoi P. Erhlich considère que la mesure défensive majeure est la
stabilisation de la population, et non pas une exploitation rationnelle, scientifique argumentée
de la terre184.

En 1974, dans une ambiance de crise aiguë du système économique capitaliste, P. et A.


Ehrlich ont publié l'ouvrage la fin de l'abondance 185. Les auteurs estiment que le point de départ
de l'escalade de problèmes de la société moderne qui aboutit à la « fin de l'abondance » est l' «
explosion démographique ». « La société peut tenter de porter au maximum le nombre
d'individus ou la vie de chacun, mais il est impossible de réaliser les deux à la fois. Or les
tentatives de porter au maximum l'un ou l'autre durant l'existence d'une seule génération sont
lourdes de conséquences pour les générations suivantes. ». Les auteurs prédisent que la
croissance économique et démographique s'arrêtera en l'an 2100. Il convient de dire dans les
théories du finalisme se base sur une recherche prévisionnelle qui analyse pour construire un
modèle de l'évolution futur du monde (considéré comme un tout) cinq grandes tendances de
portée globale : croissance rapide de la population, industrialisation progressive, large
extension de la faim et de la sous alimentation, épuisement des ressources un renouvelable et
détérioration de l'environnement. L'étude de l'interconnexion de ces tendances aboutit au
postulat de la crise écologique de Meadows : il ne peut y avoir de croissance indéfinie dans un
espace limité.
184
Paul R. EHRLICH: the end of Affluence, New York, 1974.
185
Paul R. EHRLICH: the end of Affluence, New York, 1974.
Une des manifestations de la crise globale doit être la crise alimentaire. Les principaux
arguments des auteurs des limites de la croissance sont fondés sur le fait que si le taux
d'accroissement de la population et la productivité moyenne de l'agriculture se maintiennent les
trente prochaines années, toutes les réserves de terres seront en exploitation avant l'an 2000, si
la productivité double, en 2030, et si elle quadruple, en 2060. L'intensification sans précédent
de l'exploitation des terres stimulera l'érosion et fera donc baisser la production d'aliments. Le
manque d'aliments augmentera la mortalité et la population commencera à se réduire.

Les auteurs des limites de la croissance ont mis en épigraphe du premier chapitre intitulé :
« Le caractère de la croissance exponentielle », la citation suivante présentent que cinq fils ne
sont pas de trop, et chaque fils a aussi cinq fils et le grand père ne serait pas encore mort qu'il
aura déjà vingt cinq petits fils. C'est pourquoi les gens deviennent plus nombreux et les
richesses diminuent ; les hommes travaillent de toutes leurs forces et gagnent peu186. ».

On décèle dans les limites de la croissance un malthusianisme non pas classique, mais
modernisé. La thèse fondamentale du malthusianisme classique est que la croissance de la
population de passe fatalement la croissance des subsistances en présence des ressources
insuffisantes, d'une fertilité décroissante, etc., et qu'il est donc nécessaire de limiter à tout prix
le taux de croissance de la population afin de maintenir l'équilibre entrée et la société et le
milieu naturel. La variante modernisée du malthusianisme part du principe que la croissance de
la population stimule une consommation excessive et une augmentation inutile à la société du
produit national brut, ce qui en fin de compte condamne l'humanité à une mort par inanition
inévitable du fait de l'épuisement des ressources naturelles et de la pollution de
l'environnement. La faim est donc dans les théories malthusiennes modernisées le résultat du
progrès scientifique et technique. Ainsi selon eux, les innovations technologiques nécessaires à
cet effet dans l'agriculture entraîneraient premièrement, une augmentation dispendieuse du cout
des produit agricole, deuxièment des phénomènes secondaires négatifs d'ordre social : une
différenciation de la paysannerie, un manque de terre, une migration accrue vers les villes déjà
surpeuplés et, par voie de conséquence, des « troubles sociaux ».

Les finalistes voient des signes précurseurs du réel dénouement final dans l'aggravation
de la crise alimentaire dans certains pays en développement. « Les symptômes de la crise
apparaissent bien avant que ne soit atteint le « point » de la crise. Les prix des denrées
monteront si haut que certains commenceront à souffrir de la faim et que d'autres devront
186
D. H. MEADOWS et autres: the limits to growth, P. 25
réduire les surfaces des terres exploitées et se contenter d'une ration plus modeste. Ces
symptômes sont déjà évidents en de nombreuses régions du monde. » lisons nous dans le livre
de A.et P. Ehrlich population, ressources, environnement.187

Chapitre iv: LES PERSPECTIVES POUR UNE MEILLEURE DYNAMIQUE


DÉMOGRAPHIQUE DÉVELOPPEMENT ET POLITIQUE DE POPULATION.

187
A.et P. Ehrlich population, ressources, environnement
Au Tchad comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne,
pour atteindre un rapport optimal entre le taux d'accroissement de la population et la production
alimentaire, il est nécessaire de combler le retard extrême de l'agriculture qui est encore dans un
état de dépression profonde et chronique. Il est certain que le progrès de l'agriculture est une
des taches urgentes, vitales pour le développement socio économique du Tchad. Une politique
démographique orientée vers un taux optimal d'accroissement de la population est une mesure
d'appoint pour atteindre un équilibre nécessaire entre les besoins alimentaires et la possibilité
de les satisfaire.

La population tchadienne, loin d'être un atout incontestable pour la production alimentaire,


constitue une cause de l'insécurité alimentaire.

En effet, selon la Direction Générale de la Statistique et de la Comptabilité Nationale


(DGSCN), la tchadienne est estimée entre 12 et 13 millions d'habitants en 2017, dont environ 51%
de femmes et 49% d'hommes, avec un taux annuel de croissance relativement élevé de 2,4%188.

Cependant, la production alimentaire n'est pas proportionnelle à la croissance


démographique, ce qui serait à l'origine du déséquilibre alimentaire constaté dans ces derniers
jours au Tchad

C'est dans cette même logique que J. Berg ROBBERT, dans son ouvrage ; Stratégie
pour un nouveau développement en Afrique, relève les difficultés qui se posent aux Africains
dans le cadre de leur développement en mettant un accent particulier sur la croissance
démographique.

Pour lui, l'explosion démographique liée aux progrès de la médecine a contribué à épuiser les
ressources naturelles, car les besoins alimentaires de la population se multiplient infiniment.

Les réticences vis-à-vis de la planification familiale restent vives. Beaucoup


considèrent que le Tchad est sous peuplé et qu’une population importante est une source de
richesse et que sa croissance rapide stimule le développement. Par ailleurs, la majorité de la
population, nombre de leaders religieux et certaines élites continuent d’assimiler la
contraception à la limitation des naissances, perçue négativement.

188
Les études récentes sur le sujet concluent pourtant sans ambigüité qu’aucun pays n’a
pu se développer sans baisse parallèle de la fécondité. Ce qui signifie que le maintien d’une
forte fécondité sur une longue période exclut le développement économique et social dans des
délais satisfaisants.

Dans des pays comme le Tchad, les jeunes qui sont très nombreux et dont les besoins
alimentation sont importants consomment la plus grosse partie des ressources produits par les
actifs. Le maintien d’une forte fécondité contribue donc à freiner l’épargne et contrarie le
processus d’accumulation qui permettrait de transformer cette épargne en moyens de
production.

Pourtant, il n’y a pas de raison a priori empêchant le Tchad de bénéficier un jour


du dividende démographique comme l’ont fait les pays émergents. Mais, la première condition
nécessaire pour ce faire : la maîtrise de la fécondité n’est pas remplie, celle-ci n’étant même pas
amorcée. De plus le maintien de taux de dépendance élevé va rendre plus difficile
l’amélioration du capital humain du pays, deuxième condition nécessaire pour bénéficier du
dividende démographique.

Divers écologues contemporains voient dans cette évolution démographique de


l’humanité une confirmation des thèses de Thomas Malthus. Dès 1798, ce dernier dans son
Essay on the principle of population, considérait que la multiplication sans limite de l’espèce
humaine a conduisait peu à peu vers un état de famine chronique. Malthus écrivait dans cet
ouvrage : « Les possibilités d’accroissement d’une population sont infiniment plus grandes que
celles de la terre à produire la nourriture de l’Homme ». Il insistait sur le fait que le nombre
d’êtres humains croissait en progression géométrique alors que les ressources alimentaires ne
pouvaient augmenter qu’en progression linéaire et dans d’étroites limites, celles de l’occupation
totale des terres cultivables existantes.

Section 1 : LES POSSIBILITÉS D’AMÉLIORATION DE


L’APPROVISIONNEMENT D’UNE POPULATION EN CROISSANCE

PARAGRAPHE 1 : Améliorer la productivité et la compétitivité des productions agricoles


vivrière
La vision de la FAO est celle d’«un monde libéré de la faim et de la malnutrition,
dans lequel l’alimentation et l’agriculture contribuent à améliorer le niveau de vie des
populations, notamment des plus pauvres, et cela de manière durable en termes économiques,
sociaux et environnementaux189». Afin d’aider sa population à faire de cette vision commune
une réalité individuellement au niveau national, me Tchad organise son travail en tenant
compte des principaux défis auxquels sont confrontés les secteurs de l’alimentation et de
l’agriculture.

En 1998, J.P Raison et A. Dubresson font le constat suivant : « L’agriculture


africaine qui n’a connu ni la révolution verte, ni l’intervention des agro-industries n’en est pas
190
moins capable d’accompagner une croissance démographique exceptionnelle ». Pourtant,
depuis, la relation entre démographie et agriculture en Afrique subsaharienne reste traitée de
manière binaire, opposant une vision « pessimiste » attachée à T. Malthus (1963) à la position
« optimiste » d’E. Boserup (1981).

La disponibilité en nourriture a toujours été une préoccupation majeure du genre


humain. En dépit du doublement de la population mondiale au cours des quatre dernières
décennies, les agriculteurs ont produit suffisamment de nourriture pour permettre une
croissance continue de la consommation alimentaire moyenne par tête. Toutefois, la faim
persiste et les réserves alimentaires ont varié notablement pendant cette période, chutant parfois
à des niveaux critiques. La Conférence mondiale de l’alimentation de 1974, la Conférence
internationale sur la nutrition de 1992 et le Sommet mondial de l’alimentation de 1996 furent
organisés dans le but d’apporter des solutions à ces problèmes. Les chefs d’état participant au
Sommet mondial ont réaffirmé «... le droit pour chacun d’avoir accès à une alimentation saine
et nutritive, conforme au droit de chacun d’être libéré de la faim.»191 Ils se sont aussi engagés à
réduire le nombre de personnes sous-alimentées de moitié d’ici à 2030 192. La réalisation de cet
objectif est la principale priorité du Tchad.

189

190
(Raison et Dubresson, 1998)
191

192
FAO 1996a.
A. Le progrès de l'agriculture, source majeure d'augmentation de la production
alimentaire.

Améliorer, de manière durable, la productivité agricole afin de satisfaire la demande


croissante. Des améliorations considérables de l’efficacité de l’utilisation des ressources et de
la conservation des ressources seront requises si nous voulons collectivement parvenir à
l’augmentation prévue de la demande d’aliments de 50 pour cent entre 2020Q et 2050.

La forte demande alimentaire de plus en plus croissante que provoque la croissance


actuelle et future de la population et la nécessite d'élever la consommation, place le Tchad dans
une situation de nécessaire urgence à mobiliser au maximum les ressources alimentaires ( il
faut entendre par ressources alimentaires comme l'ensemble des produits vivriers , des produits
halieutiques et produits techno économiques ) ou ressources alimentaires comme une dérivée
des ressources naturelles des terres .

Le Tchad dispose-t-il des possibilités naturelles et techno économiques nécessaires


pour consolider et élargir la base matérielle de production d'aliments. En d'autres termes
l'agriculture du Tchad dispose-t-elle des potentialités pour satisfaire les besoins
alimentaires de sa population ?

Considérant les ressources naturelles multiples et variées dont disposent le Tchad et


la révolution scientifique et technique qui s'accomplissent dans le monde, il est impossible de
répondre par la négative. Les forces productives s'accroissent énormément grâce aux progrès
techniques et scientifiques dont la conséquence est l'élévation spectaculaire du niveau de vie de
toute l'humanité. L'intégration des acquis de la révolution scientifique techniques intégrante
transforme considérablement ce secteur ou un nombre moindre de ruraux, ainsi aux Etats Unis
seulement 2% de la population travaille dans le secteur primaire et nourrir toute la population
américaine et assure l'essentielle des exportations de l'agriculture dans le monde. Cela suppose
que 25 d'agriculteurs américains peuvent nourrir tous les 6 milliards de personnes d'habitants de
la terre. Ainsi selon LK «  La révolution scientifique rend possible la croissance extrêmement
rapide de la production des aliments traditionnels et la création de nouveaux produits
(principalement riche en protéines) multipliant ainsi le potentiel alimentaire de la terre193»

193
5 L. Kniajinskaïa la croissance de la population et les problèmes alimentaires, editions les progrès , 1980
Quant à la possibilité d'utiliser les acquis de la révolution scientifique et techniques au Tchad
pour résoudre les problèmes vitaux, les opinions divergent entre les optimistes et les
pessimistes.

L’économiste américain J. Simon remarque à juste titre que «  les possibilités de


développer l'agriculture en Afrique sont énormes194 puisque plongé dans un monde ou
l'excédent alimentaire des pays développer peut nourrir toute l'Afrique ». Les conditions
naturelles dans les pays d'Europe, d'Amérique se prêtent moins au développement de
l'agriculture que dans les pays d'Afrique. Ces pays ont réussi grâce aux moyens scientifiques et
techniques. Cela supposes que ces moyens ont réussi grâce aux moyens peuvent développer
l'agriculture dans les pays africains.

Dans quelle direction et par quelles méthodes conviendraient-ils de développer


l'agriculture nationale afin qu'elle couvre les besoins alimentaire d'une population en
croissance ?

Quels types de solutions appliquer pour accroître la production alimentaire au Tchad?

Il s'agit de dégager les stratégies socio-économiques et institutionnelles à appliquer aux


pays africains en utilisant les acquis de la révolution scientifique et technique, employer
rationnellement les ressources alimentaires, de diversifier les structures et intensifier la
production agricole.

En pratique deux grands moyens sont utilisés pour augmenter la production agricole, y
compris l'agro-alimentaire : il s'agit d'étendre les terres cultivées et accroître leur productivité.

L'approche du problème de l'augmentation de la production alimentaire dépend des conditions


démographiques, économiques et sociales du pays.

Quant au bilan entre les méthodes extensives et intensives d'accroissement de la production


agricole , le géographe soviétique V. Pouliarkine affirme que « Sur le plan écologique , le
passage à des formes intensives d'utilisation des terres dans les régions de vieilles cultures et
d'élevage ancien semble plus justifié que les tentatives de mise en culture sur une base

194
G. SINGER: World development: Growth and change, New York, 1966
traditionnelle de nouveaux territoires » Cela montre que l'intensification de la production
agricole ne peut se faire sans distorsions . Ce type de production agricole entraîne une
utilisation à outrance des terres provoquant ainsi l'appauvrissement des terres qui s'amenuisent
de plus en plus. La plus grave de ces conséquences se situe dans ces deux zones, les zones
tropicales et tempérées ne possèdent pas les mêmes caractéristiques climatiques voire de sols.

Parmi les ruptures écologiques , les épidémies de schistosomiase et d'onchocercose


développées par l'irrigation des cours d'eau et l'installation hydrotechniques , s'ajoute la
dégradation des sols par suite de l'utilisation agro techniques adaptée à l'Amérique du Nord , à
l'Europe et au Japon et autres manifestations de crises écologiques.....

C'est pourquoi L. Kniajinskaïa écrit « L'intensification de l'agriculture qui implique avant tout
des agro techniques de pointe est liée en zone tropicale à des difficultés supplémentaires d'ordre
écologiques38(*) ».

Cependant l'extrême gravité du problème alimentaire en Afrique impose l'application urgente


de l'intensification de la production au lieu de voir ses inconvénients comme le remarque le
fondateur de la révolution verte Norman Borlang

L'intensification de l'agriculture est significativement importante pour les pays africains


fortement peuples ouvrent des perspectives proprement illimitées. Pour la plupart des pays
africains, il est extrêmement important d'assurer l'élévation du rendement de céréales,
considérées comme la base fondamentale de la ration alimentaire est d'une importance
extrêmement capitale.

Tableau 6.1.3 : Rendement des céréales (q/ha ; 1969-2006)

Le fait que les rendements, même dans les bonnes années , soient au moins deux fois inférieurs
dans les pays en voie de développement que les pays capitaliste développés indique qu'il existe
de larges possibilités pour les élever. Ainsi, dans les années 70, le rendement moyen du riz a été
de 60q/ha au japon et en Australie alors que dans les pays traditionnellement rizicoles comme
l'inde, le Bangladesh, les philippines il ne dépassait guère 20/ha. Réunir les conditions à ce que
les rendements de céréales se rapprochent de ceux des pays avancés à ce regard permettrait
d'augmenter considérablement les ressources alimentaires de nombreux pays en
développement. La science agronomique a sélectionné ces dernières années un grand nombre
d'espèces à haut rendement de céréales adaptées aux conditions naturelles des pays en
développement. Ainsi, un institut international du riz a été créé aux philippines pour accroître le
rendement de cette culture qui est, depuis les temps les plus anciens la base de l'alimentation de
nombreux pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine. Le réseau des centres scientifiques
nationaux de sélection s'est également étendu. Le réseau socialiste du Vietnam ou s'est
effectuées de sérieuses recherches scientifiques en vue de l'amélioration des agro techniques,
des semences et de la sélection du riz donne un bon exemple aux pays en développement. Ses
résultats ont fortement augmenté : les terres qui donnaient autrefois cinq, huit, dix quintaux à
l'hectare tout au plus produisent actuellement 50-60 quintaux, et souvent même 100-120 q/ha.
Enlever le rendement du riz et d'autres cultures, atteindre le niveau des exploitations les plus
avancées, aider le pays à résoudre le problème alimentaire, c'est à quoi travaillent les
chercheurs vietnamiens. Un centre de recherches scientifiques du riz e d'autres cultures
alimentaires a été inauguré près de Hanoi avec pour programme la sélection de variétés hâtives
et de hauts rendements, le perfectionnement des techniques de culture de riz et l'intégration des
acquis scientifiques dans la pratique.

Les chercheurs indiens ont également remporté de grands succès dans l'amélioration des
variétés de riz. .le rendement du nouveau riz indien « 2-221 » est de 60 quintaux à l'hectare
avec une période de croissance de 100 jours, alors que les variétés ordinaires ne produisent
guère plus de 15 à 20 quintaux à l'hectare avec une période de croissance de 150 jours.

Dans les pays du sud est asiatique le rendement moyen du riz n, culture alimentaire de base de
cette région est passé de 15 à 43 q/ha aux philippines il a dépassé certains cas 15 q/ha. La
proportion des superficies occupées par des variétés à haut rendement (VHR) variait en 1988
-1999 de moins des 4% en Birmanie et à Sri Lanka, à presque 44% aux Philippines. Un progrès
encore plus sensible a été réalisé dans la sélection et la propagation des VHR de blé. De
nouveaux hybrides, notamment le « mexicain nain » ont permis de tripler, et même de
quadrupler le rendement moyen de certaines régions des pays en développement.

L'amélioration des nouvelles variétés de céréales permet non seulement d'accroître les récoltes
mais d'améliorer la qualité du grain et surtout sa teneur en protéines. Par exemple, les derniers
progrès dans la culture du maïs à haute teneur en lysine prouvent la possibilité d'augmenter les
quantités de protéines pour l'alimentation humaine et animale.

Bien que les possibilités offertes par les VHR de céréales pour accroître la production la
production d'aliments et d'améliorer leur qualité soient énormes, leur introduction n'est guère
facile. Une véritable « révolution verte » en Afrique exige « les semences miracles* », tout un
ensemble de mesures agro techniques : irrigation, engrais, pesticides, etc.

Les VHR impliquent l'irrigation artificielle. Selon certains spécialistes, ce ne sera pas la terre,
mais l'eau deviendra le principal facteur limitant la production alimentaire mondiale1. L'eau
abonde en certaines régions du continent, mais manque n d'autres endroits.

Les majeures parties des terres ne sont pas irriguées. Sur presque la moitié des superficies les
ouvrages d'irrigation demandent à être construits et modernisés. En outre une grande partie de
l'eau provenant des systèmes d'irrigation est sous-utilisée du fait de la négligence pour le
nivellement, le drainage, et la régulation des débits. En l'absence d'un système de drainage
approprié les sols irrigués se salinisent progressivement.

L'extension et l'amélioration des réseaux d'irrigation dans les pays africains sont une tache de
grande envergure, onéreuse et techniquement difficile. A pénurie aiguë des moyens financiers
et matériels, la propriété privée de la terre sont des obstacles sérieux à la mise en place d'un
système d'irrigation efficaces. Or selon les prévisions de la FAO, il serait indispensable
d'accroître de moitié les superficies irriguées pour assurer dans les 20 prochaines années un
accroissement de la production alimentaire qui permettrait de supprimer la faim.
Dès à présent, certaines régions d'Afrique éprouvent une pénurie d'eau douce dont la
consommation s'accroît sans cesse non seulement pour les besoins de l'agriculture, mais pour
ceux de l'industrie. La seule issue est une utilisation économe, rationnelle des ressources en
eau, la diminution du « taux-eau » de l'agriculture et de l'industrie, l'introduction de technologie
anhydres et sans déchets.

Mais le moment viendra sans doute où l'eau douce commencera à manquer. il faut se souvenir
que l'humanité n'a accès actuellement qu'à 0.3% de toutes les ressources d'eau douce de la
planète. Sa majeure partie est « figée » dans la glace ou caché dans des réservoirs souterrains.
L'avenir appartient à une technologie fondamentalement nouvelle d'approvisionnement en eau
qui rendra possible l'utilisation de la majeure partie des ressources d'eau douce actuellement
inaccessibles.

L'utilisation des eaux souterraines dont les réserves mondiales sont 300 fois supérieures à celles
des lacs est fort prometteuse. Leur utilisation pour l'irrigation présente ses avantages. Elle
pourrait être moins onéreuse, plus facile et rapide d'exploitation des eaux superficielles. De plus
les eaux souterraines sont généralement plus pures et plus facile à protéger de la contamination
radiochimique et biologique.

L est envisagé d'employer dans l'avenir des méthodes d'irrigation comme le détournement des
cours d'eau (des efforts sont déjà faits avec succès en ce domaine en union, soviétique) et
dessalement de l'eau de mer qui représente 97-98% des réserves de la planète et le contrôle des
précipitation atmosphériques au profit des régions arides. Certains progrès sont déjà réalisés
dans le domaine météorologique, notamment la dispersion des brouillards, la prévention de la
grêle, la stimulation des pluies, etc.

L'étude des moussons effectuée par les climatologues indiens, afin de pouvoir pronostiquer
avec exactitude les délais et les degrés d'intensité des pluies de moussons et finir par les
maîtriser présente un grand intérêt. Des travaux sont également en cours en inde dans but de
provoquer des précipitations atmosphériques dans les régions arides du pays. Les efforts des
chercheurs en matière de gestion du climat permettent aux pays africains d'espérer franchir les
conséquences dévastatrices des fléaux naturels.

Le moyen, le plus efficace pour accroître le rendement en l'état actuel de la technologie agricole
est l'emploi d'engrais minéraux. Une plus large utilisation des engrais était l'élément essentiel
de l'ensemble des mesures qui ont permis d'atteindre le plus grand accroissement du rendement
agricole en de nombreux au cours des dernières années. Les hauts rendements des nouveaux
hybrides de céréales s'expliquent avant tout par leur réaction exceptionnelle aux engrais.

Dans la plupart des pays africains, la norme d'engrais à l'hectare est actuellement le quart et
souvent moins du dixième de celle des pays économiquement développés. Le niveau
d'utilisation des engrais est particulièrement bas en Afrique.

Malgré l'accroissement de la production intérieure d'engrais minéraux, les pays d'Afrique


couvrent environ la moitié de leurs besoins par l'importation en provenance des pays
développés.

La hausse des prix des engrais dans les années 90 rend toujours difficile la satisfaction des
besoins des pays africains par l`importation.il apparaît indispensable pour le long terme
d'étendre considérablement les capacités de production des engrais dans ces pays mêmes
nombre desquels possèdent de riches ressources de matières premières , afin de garantir l'empli
des engrais à un niveau suffisant pour profiter entièrement des avantages des VHR , de même
que de garantir les réseaux d'irrigation artificielle.

En évaluant les besoins actuels et futur en engrais des pays africains, il ne faudrait pas sous
estimer l'importance d'un moyen d'accroissement de la fertilité des sols aussi important et
accessible que l'utilisation plus large et plus efficace des engrais organique obtenus par
compost des résidus d'animaux et végétaux et l'assolement avec des légumineuses, qui fixent
l'azote. Les ressources potentielles en engrais organiques des pays africains sont grandes. Selon
une estimation de la FAO, la quantité globale de déchets qui auraient pu être utilisés comme
engrais organiques en 1970/1971 contenaient 7 à 8 fois plus de substances nutritives
(converties en azote, phosphore et potassium) que la quantité totale d'engrais minéraux
employés par ces pays la même année39(*).

La production alimentaire peut être substantiellement augmentée par l'emploi de nouveaux


procédés scientifiques de traitements de sols, une large pratique des ensemencements répétitifs
et l'amélioration des méthodes de gestion. Il est important que les pays africains étendent
l'emploi des matériels agricoles, car ces pays n'utilisaient à la fin des années 70 que 1/10 du
parc mondial des tracteurs et 1/8 de tous les tracteurs des pays développés.

Un élément important de la stratégie de solution du problème alimentaire, outre l'amélioration


de la fertilité des sols, est la lutte contre les pertes tant en période de culture que pendant la
récolte, le transport et le stockage.

Malgré les tentatives de réduire les pertes causés par les maladies et les parasites animaux et
végétaux, 35% des récoltes potentielles des pays africains, selon les estimations sont perdus à
cause de l'imperfection ou de l'insuffisance des mesures de protection.

Des mesures de prévention des pertes en cours de récoltes et de stockage pourraient permettre
d'énormes économies. Des études appropriées montrent que les pertes de céréales dues à des
causes mécaniques et biologiques représentent 15 à 20% de la production annuelle suivant les
conditions météorologiques, la culture et le pays. 2. Les pertes de fruits et de légumes
périssables dans le réseau atteignent généralement 30 à 40%40(*).

Des pertes de récolte se produisent à toutes les étapes : mauvaises organisation des travaux
pendant la récolte, dommages causés en période d'entreposage et de stockage de grain et
d'autres denrées par les insectes, les rongeurs, la moisissure cryptogamique , mauvaise qualité
des matériaux d'emballage et des conteneurs , manipulation défectueuses en cours de transport ,
état insatisfait des entrepôts , matériel désuet ou mal entretenu dans les établissements
d'alimentation, etc. Les mauvaises conditions de stockage et la basse qualité du traitement font
que le produit final perd non seulement ses qualités gustatives mais ses propriétés nutritives.

Ces exemples, dont la liste pourrait être allongée, laisse entrevoir de grandes possibilités
d'accroissement des ressources alimentaires par réduction des pertes des pays africains. Mais ils
montent que les progrès ne sont possibles que par des actions d'ensemble en vue d'améliorer la
situation à tous les échelons depuis le champ ou la ferme jusqu'à l'Etat. Si les pays d'Afrique
réussissaient pour 1985 à réduire les pertes de céréales d'après récoltes ne serait-ce que de
moitié, comme le prévoient les résolutions de la 7eme session spéciale de l'assemblée générale
et de la conférence de la FAO (1975), cela donnerait une économie d'au moins 21 à 22 millions
de tonnes et permettrait de diminuer les achats alimentaires à l'étranger41(*). 1 p 186

Tableau 6.1.4 : Organismes maritimes et d'eau douce: pêche effective et pronostics (1961-2006)

B. Le développement de l'élevage et de la peche

Le développement de l'élevage occupe une place de choix dans la résolution du problème


alimentaire au Tchad. Le volet qualitatif de l'alimentation est en partie déterminé par la
consommation de protides animaux. Bien que depuis la fin des années 80, c'est la
consommation d'aliments d'origine animale ait commencé à croître rapidement au Tchad mais
les indices absolus dans ces domaines sont encore très bas.

La demande de produits d'élevage augmente très vite, dépassant généralement de loin l'offre.
En plus, les prix s'élèvent rapidement de sorte qu'ils deviennent inabordables à la majorité de la
population à a revenu modestes. Toutes les prévisions montrent que dans un proche avenir la
demande de viande, de lait, d'œuf et d'autres produits de l'élevage va encore s'accroître si des
moyens sont pris pour améliorer l'alimentation des enfants et des femmes allaitantes et
enceintes. Dans le cas contraire la proportion d'individus incapables de satisfaire leurs besoins
alimentaires en protides animales augmentera drastiquement. Pour satisfaire la demande
croissante la production de l'élevage doit augmenter considérablement plus vite que la
production céréalière (respectivement 4.7% et 3.6% par an).

Comme pour le rendement des céréales il existe un écart non seulement énorme mais de plus en
plus grandissant de la productivité de l'élevage entre les pays capitalistes développés et les pays
Africains. La consommation africaine est inférieure à la moyenne du monde et de l'ensemble
des pays développés.

Cet écart devient plus profond du fait de la sélection systématique et soigneuse du bétail du
renforcement du contrôle vétérinaire, de l'amélioration des pâturages et du système
scientifiquement établit d'alimentation des bêtes pratiquées par les pays développés et presque
inaccessible aux pays africains. Bien que certains pays africains disposent des atouts assez
énormes où les conditions naturelles favorables à l'image des pays sahéliens en Afrique de
l'ouest (Mali, Niger, Burkina- Faso), la plupart ont encore fort à faire pour élever la productivité
des vaches laitières et du bétail a viande, réduire les pertes parmi les vœux et les agneaux qui
atteignent souvent 50%, éradiquer les maladies, améliorer la productivité du bétail etc.

Il est indéniable que les possibilités potentielles du développement de l'élevage en Afrique sont
énormes, surtout compte tenu du très bas niveau de productivité actuelle propre. Peuvent être
dégagées trois lignes de forces de réalisation de ces possibilités potentielles : renforcement de
la base fourragère, amélioration des races et organisation de l'assistance vétérinaire.

Le facteur essentiel qui détermine l'état et les possibilités de développement de l'élevage est la
base fourragère.

En Afrique, en général se sont les pâturages naturels qui assurent la majeure partie de
l'alimentation du gros et du petit bétail à cornes. Dans certaines régions d'Afrique, surtout en
Afrique centrale, de vastes étendues de pâturages sont peu ou pas utilisées, alors que dans
d'autres régions africaines, il y a déficit criard de pâturage cause par l'accroissement de la
population agricole et du cheptel accroît la dégradation de pâturages surexploites. Ces
pâturages surexploités sont en partie consommés par un bétail dont le mode de production
traditionnel contribue considérablement a les dégrader.

Les fourrages grossiers (dont une part considérable doit être fournie par des cultures
fourragères), le grain et des concentrés divers sont aussi des composants nécessaires de la base
alimentaire de l'élevage. Pour que ces pâturages soient utilisés de façon efficiente implique que
la pâture naturelle soit associée à des aliments fournis par l'agriculture afin d'atténuer les effets
des variations saisonnières. Pendant que le bétail reproducteur et le jeune bétail destiné à
l'abattage est parqué à part et engraissé avec des déchets agricoles. Ainsi le système traditionnel
de pâturage est ainsi complété par un système d'engrais plus efficace.

La base alimentaire étant un facteur qui limite considérablement le cheptel, reste e à savoir si
celui peut être augmente. Les besoins alimentaires du cheptel ne sont-ils pas supérieurs aux
possibilités alimentaires ?

L'opinion courante est qu'à mesure que la population augmente il devient nécessaire d'étendre
les superficies des cultures alimentaires directement destinées à la consommation humaine, car
les grandes quantités d'énergie se perdent en cours de transformation des aliments végétaux.

La production d'aliment à haute teneur en protides d'origine animale obtenue dans un bref délai
est assurée par le développement de la pêche marine et fluviale, constitue un élément important
de la solution du problème alimentaire en Afrique. La valeur nutritive des produits de la pêche
provient du niveau élevé d'assimilation des protéines des poissons dont l'équilibre acido-amine
ne la cède pas aux œufs. Le prix de revient relativement bas des produits de la pêche marine et
pluviale de provient de ce que les dépenses unitaires d'énergie sont à peu près la même dépense
unitaire d'énergie sont à peu près les mêmes que pour les céréales est considérablement moins
cher que pour l'élevage des poulets et du bétail.

Les réformes agraires progressistes ont pour vocation de remplir une double fonction créant les
conditions nécessaires à la solution du problème alimentaire. Premièrement favoriser une forte
accélération de la croissance économique en son entier et sur cette base l'accroissement de la
production agricole et surtout alimentaire. Deuxièmement assurer l'utilisation maximale de la
main d'œuvre rurale dans le but de mettre à profit la force productive de l'énorme masse de la
population des campagnes actuellement sans emploi ou sous employée, ce qui contribuerait à
l'accroissement de la demande solvable d'aliments et d'autres bien de consommation courante,
étendrait le marché intérieur et supprimerait la misère et la faim. 202 203

Les investissements importants de l'état dans l'agriculture sont une condition nécessaire du
développement de ce secteur. Celui-ci ne pourra surmonter son retard que si l'état lui apporte
une aide substantielle et diversifie dans le développement et l'amélioration du système
d'irrigation et de bonification ; la construction d'usines d'engrais minéraux, de pesticides, de
matériel agricole. L'agriculture a d'énormes besoins tels que les silos à grains, les entrepôts, les
entreprises de transformations de produits agricoles, de routes et de moyens de transports
modernes des produits de même qu'un réseau de distribution commerciale assurant la
circulation régulière des marchandises entre les producteurs et les consommateurs. Toutes ces
infrastructures et équipements et ces éléments du progrès techniques ne peuvent mise en place
que par l'état.

Paragraphe 2 :

A. L'accroissement de la production des produits alimentaires traditionnels.

Face à la croissance démographique incontrôlée et ravageuse les possibilités de développement


de l'agriculture en largeur.... Par des méthodes traditionnelles se réduisent plus dans la plupart
des pays. Le problème alimentaire au Tchad présente une acuité dégradante du fait de la
prédominance de mode de production traditionnelle. C'est parvenir à son intensification, cela
requiert des dépenses énergétiques et matérielles croissante qui se répercutent finalement sur le
coût des produits alimentaires. C'est pourquoi on s'intéresse durant ces dernières décennies à la
recherche et l'utilisation pratiques des sources tout à fait nouvelles. Ce sont les aliments
synthétiques fabriques par des procèdes industrielles à partir des matières premières non
agricoles et principalement de produits pétroliers.

Le deuxième groupe comprend les aliments produits à partir des matières agricoles transformés
selon une nouvelle technologie. Les principaux indices de ces nouveaux indices sont l'action
sur la santé, le goût, et le coût.

A la première étape, les efforts scientifiques et technologiques, ont porté sur la mise au point
d'aliments artificiels et synthétiques à partir du pétrole et d'autres matières non agricoles. Ces
derniers temps l'on attache à obtenir à partir des matières premières agricoles une protéine
végétale pouvant être utilisée pouvant pour la fabrication d'analogues, de substituts et
d'enrichissement des produits de l'élevage et surtout de la viande et du lait42(*).

Les technologies industrielles de fabrication des aliments non traditionnels présentent plusieurs
avantages sur la production agricole. La production n'est plus saisonnière comme, ce qui réduit
les dépenses et les pertes qu'occasionnent le transport et lez stockage des produits agricoles
traditionnels. La production de pend beaucoup moins des conditions météorologiques et devient
plus régulière. Il devient ensuite possible de réduire les charges pesant sur l'environnement, de
réduire la superficie de terres employées pour l'agriculture traditionnelle, ce qui permet de
localiser la production dans les zones climatiques les mieux appropriées en portant sa
rentabilité au maximum. Quatrièmement, la production et la consommation d'aliments
protéiques de haute qualité augmente substantiellement grâce à une meilleure utilisation des
ressources protéiques des végétaux (grain, oléagineux, plantes fourragères, etc.) non plus en
nourrissant le bétail mais en tirant directement de la protéine végétale pour en faire des
remplaçants ou des enrichisseurs de produits de l'élevage.

Les aliments de remplacement obtenus à partir de protéines végétales permettent, en outre


d'améliorer la structure et les rations alimentaires de la population. Ils ne contiennent pas de
tissus conjonctifs, de cholestérols, d'excédent de graisse, etc. Ces produits se conservent
longtemps peuvent être livrés conditonnn2S et prêts à consommer, ce qui démunie les pertes de
temps et de travail dans le commerce et dans les ménages.

L'accroissement rapide de la fabrication de nouvelles formes de nourriture ne contribue pas


seulement à l'amélioration de la nourriture diététiques (thérapie de poids traitement de certaines
maladies infantiles et autres) et l'apport de protéines, mais améliore aussi les indices
économiques et fait baisser le cout des aliments, permettant de mieux satisfaire les besoins des
couches modestes de la population et permet d'étendre l'exportation et l'aide alimentaire aux
pays en développement.

La production de nouvelles formes d'aliments dans les africains eux-mêmes se développera


sans aucun doute à mesure leur base technique et économique se consolidera. Pour que cette
entreprise soit conduite à bon terme il importe que le coût des aliments artificiels ne soit pas
trop élevé pour la majorité de la population et ne dépasse pas le prix des denrées alimentaires
naturelles de production locale.

A.

SECTION 2 : DES PRÉALABLES SOLUTIONS AU PROBLÈME ALIMENTAIRE

Paragraphe 1 :
A. La solution de la faim par la réduction de la pauvreté

Éradiquer la pauvreté extrême et réduire les inégalités. La plupart des personnes pauvres et
souffrantes de la faim dans le monde sont des habitants de zones rurales qui parviennent à peine
à subvenir à leurs besoins grâce à l’agriculture, la pêche et la foresterie. Cependant, la
croissance en faveur des pauvres dépend de facteurs qui vont au-delà de l’agriculture: elle
suppose l’accès à une éducation de qualité, la diversification économique vers des activités
rurales non agricoles rémunératrices, un soutien à la création d’emplois, et des mécanismes
adéquats de protection sociale, dont tous doivent être financés.
Éliminer la faim et toutes les formes de malnutrition. La croissance moyenne des revenus
par habitant devrait donner lieu à des résultats positifs sur le plan de la nutrition, tandis qu’un
nombre accru de personnes consomment des produits dérivés des animaux et des Si la pauvreté
extrême diminue à l’échelle mondiale, en Afrique subsaharienne il y a plus de personnes
extrêmement pauvres à l’heure actuelle que dans les années 1990.
La pauvreté extrême diminue depuis 1990. Ceci dit, il y a encore plus de 700 millions de
personnes en situation de pauvreté extrême, dont la plupart en Afrique subsaharienne et en Asie
du Sud. Plus de 400 millions de personnes extrêmement pauvres vivent dans des zones en
conflit, ce qui indique la nécessité de lutter contre la pauvreté dans l’ensemble du continuum
entre les actions humanitaires et de développement.
L’agriculture est essentielle pour l’atténuation de la pauvreté et de la faim en milieu
rural, mais elle ne suffit plus.
Les politiques agricoles jouent un rôle important dans la croissance en faveur des pauvres. Elles
pourraient soutenir des augmentations de la productivité et de la rentabilité, ce de plusieurs
manières: par exemple en fournissant des services efficaces de vulgarisation et de conseil
agricole, en améliorant la coordination le long des chaînes de valeur et en veillant à ce que les
segments les plus faibles de la chaîne profitent de l’intégration de l’agriculture dans les
marchés. Cependant, la croissance en faveur des pauvres va au-delà de l’agriculture. À ce jour,
le large processus en cours de développement économique a abouti, dans de nombreux cas, à
une réduction du nombre de personnes exerçant une activité agricole, et à l’urbanisation qui en
résulte. La réduction permanente de la pauvreté suppose des actions qui concernent les zones
rurales et urbaines, comme la fourniture d’un accès large à une éducation de bonne qualité, la
promotion de la diversification économique dans les activités rémunératrices rurales non
agricoles, le soutien à la création d’emplois dans toute l’économie, l’augmentation du potentiel
d’épargne et d’investissement des pauvres, et la mise en œuvre de mécanismes de protection
sociale adéquats.
FIGURE 8.4 PRÉVALENCE DE LA SOUS-ALIMENTATION SUIVANT UN
SCÉNARIO BASÉ SUR LE MAINTIEN DU STATU QUO

SOURCE:FAO, FIDA et PAM. 2015. Objectif Faim Zéro. Le rôle crucial des investissements
dans la protection sociale et l’agriculture. Rome, FAO; FAO, FIDA et PAM. 2015. L’état de
l’insécurité alimentaire mondiale dans le monde. 2015. Objectifs internationaux 2015 de
réduction de la faim: des progrès inégaux. Rome, FAO; et N. Alexandratos, et J. Bruinsma,
2012. World agriculture towards 2030/2050: the 2012 revision. ESA Working Paper No. 12–
03. Rome, FAO. Un certain nombre de chercheurs ont précisé que la stratégie la plus pertinente
pour réduire la pauvreté et favoriser la croissance économique est d'assurer un développement
rapide du secteur agricole.

Si les tendances actuelles se poursuivent, la cible qui consiste à éliminer la faim d’ici à
2030 ne sera pas atteinte.
Malgré les progrès effectués dans la réduction de la prévalence de la sous-alimentation, quelque
794 millions de personnes, selon les estimations, ont souffert de sous-alimentation de 2014 à
2016. Les projections les plus récentes de la FAO des tendances de la sous-alimentation,
présentées dans le rapport Objectif Faim Zéro, suggèrent qu’au titre d’un scénario basé sur le
maintien du statu quo (business as usual), quelque 637 millions de personnes dans les pays à
revenu faible et intermédiaire souffriraient de sous-alimentation d’ici à 2030, pour la plupart en
Afrique subsaharienne et en Asie du Sud (figure 8.4).

Les améliorations de la sécurité alimentaire étant associées à l’amélioration du pouvoir d’achat,


une approche à deux voies est requise: une approche qui conjugue l’investissement dans la
protection sociale, afin de lutter contre la sous-alimentation dans l’immédiat, et des
investissements en faveur des pauvres dans les activités de production, afin d’accroître
durablement les opportunités rémunératrices pour les personnes pauvres. Premièrement, la
majorité des pauvres vivent dans les zones rurales, ainsi la croissance rapide de l'économie
rurale est susceptible d'avoir le plus grand et le plus direct impact sur les pauvres.
Deuxièmement, les pauvres de la plupart des pays africains dépensent jusqu'à 80% de leurs
revenus pour se nourrir; une croissance rapide de l'agriculture est basée sur la productivité, et
en conséquence des coûts moindres de nourriture. La réduction des coûts des aliments
augmente le niveau du revenu réel du pauvre, en zone urbaine et rurale. Troisièmement, les
coûts réduits des aliments permettent à des travailleurs d'améliorer leurs revenus sans
augmenter leurs salaires, de ce fait permettant à l'économie d'être plus compétitive sur le
marché international. Finalement, une agriculture en croissance augmente le revenu des
agriculteurs, ce qui leur permet d'acheter des biens et des services. Des études ont prouvé que
des revenus générés à partir d'activités agricoles sont plus susceptibles à être dépensés sur des
biens et des services nationaux plutôt que sur des biens et des services importées. Ceci signifie
que les effets multiplicateurs des augmentations de revenus sur la production et l'emploi non-
agricoles sont plus grands que ceux de la croissance non-agricole sur la production et l'emploi
non-agricoles. Il est important de résoudre le problème alimentaire en Afrique en réduisant la
pauvreté.

En outre, il est nécessaire d'assurer le développement du secteur agricole végétal. A cet effet,
des stratégies doivent être définies :

B. Des transformations socio-économiques radicales


Si la croissance démographique fait augmenter la demande de produits agricoles et stimule les
activités agricoles, l’urbanisation requiert que les aliments soient facilement transformés,
transportés, stockés et distribués. Ainsi, la transformation et la distribution des aliments sont
devenues des facteurs clés dans l’évolution des systèmes alimentaires. La production
alimentaire change en même temps que les canaux de distribution.
L’agriculture et la production alimentaire approvisionnent de plus en plus les supermarchés
urbains et périurbains. De 2001 à 2014, la part des aliments transformés distribués à travers les
supermarchés (y compris les hypermarchés, les enseignes à bas prix et les commerces de
proximité) s’est considérablement accrue dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche
supérieure, passant de moins de 40 pour cent à 50 pour cent. Durant la même période, cette part
est passée d’environ 72 pour cent à 75 pour cent dans les pays à revenu élevé tandis que, dans
les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, elle est passée de 22 à 27 pour cent de
2001 à 2014 (figure 12.1).
Les changements observés au niveau des canaux de distribution ont des impacts considérables
en amont. Les supermarchés ont besoin d’aliments standardisés, transformés dans des unités
industrielles, ce qui suppose la création d’unités de transformation des aliments automatisées et
à grande échelle qui demandent la standardisation de la production agricole ce qui, dans de
nombreux cas, a requis la concentration de la production primaire et le remembrement des
terres agricoles. Ainsi, les chaînes de valeur se caractérisent progressivement par la
coordination verticale – et, dans certains cas l’intégration – des installations de production
primaire, de transformation et de distribution, l’automatisation de la transformation à grande
échelle, une plus forte intensité de capitaux et de connaissances et une concentration accrue du
secteur agro-alimentaire entre les mains d’un plus petit nombre d’agents.

Bien qu’elle donne des occasions de créer des emplois formels, l’évolution des chaînes de
valeur présente des défis pour les petits agriculteurs, pour lesquels les questions de
financement, d’accessibilité des marchés et de transport, en plus de la variété de normes
relatives à la qualité, à la traçabilité et à la certification, font qu’il est difficile de participer à
des chaînes de valeur intégrées. De nombreux petits agriculteurs sont devenus des ouvriers
agricoles sans terres ou ont migré vers des villes, grandes et petites, en quête de travail, ce qui a
encore accéléré l’urbanisation. L'augmentation de la production alimentaire grâce aux
méthodes scientifique et techniques dans le but d'atteindre l'autosuffisance alimentaire ne
signifie nullement que le « problème alimentaire soit purement technique et puisse être résolu
uniquement par des méthodes de fabrication 43(*)».

Les révolutions vertes menées en Inde au Pakistan ont certes donné des résultats encourageants
où l'accroissement de la production résulte principalement de l'utilisation de meilleures
semences d'engrais minéraux et autres éléments de l'agro technique moderne. Mais comme le
soutient L. Kniajinskaïa  «  Dans le contexte socio-économique et politique actuelle
l'intensification et la modernisation du secteur agraire revêt un caractère limite et fort
contradictoire » montre que la réussite de la révolution en Afrique revêt de nombreuses
obstacles difficiles à lever.

L'un des principaux obstacles à la révolution verte en Afrique est la dominance de rapports de
production tout à fait désuets qui freinent le développement des forces productives. Cet
archaïsme de production empêche sérieusement une rénovation de la base matérielle et
technique de l'agriculture qui accroissent le faible rendement des principales cultures.

Le fait de vouloir augmenter la production alimentaire par la méthode de la révolution verte ne


signifie nullement une augmentation de la consommation dans les conditions sociales des pays.
La satisfaction des besoins alimentaires exigent une amélioration des revenus des masses
populaires. C'est ce que soutient «  la production aura bien s'accroître, les couches modestes et
déshérités des villes et des campagnes ne seront pas ne état d'améliorer leur ration si elles ne
disposent pas de revenus nécessaires 44(*)». Les faibles résultats de la révolution verte par les
pays qui l'ont appliquée est la résultante de ces obstacles lie à la forme et au fond. Les cultures
alimentaire aux quelles s'étend la révolution verte notamment les légumineuses, les plantes à
tubercules et a racines et les oléagineuses, sans parler de l'accroissement de la productivité du
bétail laitier et de boucherie et de la volaille, on ne constate que de petits résultats. C'est
seulement le rendement du riz et du blé qui a pu augmenter.

L'autosuffisance alimentaire peut entraîner une suffisance au niveau national, mais peut aller de
pair avec la sous alimentation et la malnutrition de la paysannerie et des couches pauvres de la
population urbaines. C'est ce qui constitue les vrais paradoxes du développement de la de la
révolution verte dans les conditions socio économiques actuelles des pays africains. Ce
paradoxe mis en exergue par l'impact négatif du progrès scientifique et technique sur les pays
en développement en générale et des pays africains en particulier a maintes fois été décrié par
certains auteurs. Ainsi G. Skorov écrivait à ce sujet «  Comme l'écoulement des excédents de
grains marchands sur le marché intérieur bute sur la faible demande solvable de la population
et, sur le marché extérieur, sur les limitations douanières des l'importation des céréales dans la
plupart des pays développés, il n'est pas exclu que nous soyons témoin d'une forte crise de
surproduction dans un contexte de sous alimentation et de famine de masse dans le tiers monde
».

Au regard de tout cela, il n'est pas surprenant que les prévisions de la FAO se fondant sur les
facteurs technico-économiques sont si alarmants. Même malgré les investissements
relativement colossaux en Afrique. Le nombre d'affamés non seulement est élevé mais en
constante progression. Donc comme le soutient lk « Si les leviers sociaux correspondant ne
sont pas mis en action , la faim et la sous alimentation resteront le lot d'une partie considérable
de l'humanité 45(*)» pour palier aux formes contradictoires de la révolution vertes des pays
africains, son impact globalement négatif sur la situation des masses populaires exigent
impérativement un essor authentique de l'agriculture et la solution du problème alimentaire
radicale toute la structure sociale des pays africains et avant tout une reforme agraire.

Paragraphe 2 :
A. L'objet des transformations

Ce « paradoxe » traduit l'influence contradictoire du progrès scientifique et technique sur les


pays en développement que les chercheurs ont maintes fois fait ressortir. Ainsi l'écrivain G.
Skorov écrivait à ce sujet : «Comme a l'écoulement des excédents de grain marchand sur le
marche intérieur bute sur la faible demande solvable de la population et, sur le marché
extérieur, sur les limitations douanières de l'importation des céréales dans la plupart des pays
développés, il n'est pas exclu que nous soyons témoins d'une forte crise de surproduction dans
un contexte de sous-alimentation et de famine de masse dans le tiers monde46(*) .»

Ce n'est pas par hasard que les prévisions de la FAO publiées fin 1979 et se fondant
principalement sur les facteurs technico-économiques sont si pessimistes. Même selon la
variante optimale de ces prévisions, en l'an 2000, même avec des investissements considérables
dans l'agriculture des pays en développement (78 milliards de dollars de ressources propres et
13 milliards de dollars d'aide étrangères) le nombre des affamés, bien que moindre
actuellement, est considérable :240 millions de personnes2.Donc, si les leviers sociaux
correspondant ne sont pas mis en action, la faim et la sous-alimentation resteront pendant des
décennies décennie le lot d'une partie considérable de l'humanité .

Les formes contradictoires que prend la « révolution verte »dans les pays en développement,
son impact globalement négatif sur la situation des masses populaires témoignent qu'un essor
authentique de l'agriculture et la solution du problème alimentaire ont pour préalable une
transformation socio-économique radicale de toute la structure sociale des pays africains et
avant tout une reforme agraire. L'objet de ces transformations est de supprimer totalement les
vestiges des rapports qui entravent le développement des forces productives dans l'agriculture
et l'industrie, d'assurer une solution véritable de la question agraire au bénéfice de la population
et de la masse paysanne. Il est nécessaire à cet effet de réduire la propriété privée des terres à
des dimensions répondant aux conditions spécifiques des pays concrets, de partager les terres
parmi ceux qui travaillent, de modifier les rapports de location en faveur des locataires, de
supprimer le joug du commerce usuraire. Seule une transformation radicale du système de
propriété et d'exploitation de la terre et des rapports d'exploitation qui y sont liés peut ouvrir la
voie au développement des forces productives dans l'agriculture. Les reformes agraires
progressistes ont pour vocation de remplir une double fonction créant les conditions nécessaires
à la solution du problème alimentaire.
Premièrement, favoriser une forte accélération de la croissance économique que en son entier et
sur cette base l'accroissement de la production agricole et surtout alimentaire.

Deuxièmement, assurer l'utilisation maximale de la main d'oeuvre rurale afin de faire participer
activement à la production l'énorme masse de la population des campagnes actuellement sans
emploi ou sous employée, ce qui contribuerait à l'accroissement de la demande solvable
d'aliments et d'autres biens et de consommation courante, étendrait le marché intérieur et
supprimerait la misère et la faim. Des reformes agraires de profondeur et d'envergure variables
sont effectués dans les pays de développement. Elle donne lieu à une redistribution d'une partie
des terres des gros propriétaires et de l'Etat au bénéfice des paysans, à l'abolition des corvées et
des redevances, à une réduction partielle des loyers, à une limitation de l'exploitation étrangère.
Le degré de progrès qu'apportent les transformations agraires dépend pour beaucoup du
maximum de propriété foncière établi. Le « plafond » de propriété est encore assez élevé même
les terres irriguées. Dans les pays africains les reformes agraires sont tronquées et inachevées.
Bénéficiant d'une grande influence dans les organes législatifs de ces pays, les gros
propriétaires usent de subterfuges pour faire traîner en longueur la réalisation pratique des
reformes agraires.

Les transformations agraires sont plus radicales dans les pays développés. L'abaissement du
maximum de propriétés foncières y est plus systématique, les conditions de location des terres
aux paysans meilleures, la coopération des paysans en progrès. La radicalisation progressive
des transformations agraires peut aboutir dans ces pays à des mutations profondes dans tout le
système de propriété et d'exploitation des terres.

Les investissements importants de l'Etat dan l'agriculture sont une condition nécessaire du
développement de ce secteur. Celui-ci ne pourra surmonter son retard que si l'Etat lui apporte
une aide substantielle et diversifiée dans le développement et l'amélioration du système
d'irrigation et de bonification, la construction d'usine d'engrais minéraux de pesticides, de
matériel agricole. L'agriculture a besoin de silos à grain, d'entrepôts, d'entreprises de
transformation des produits agricoles, de croûtes et moyens de transports modernes, de même
que d'un réseau de distribution commerciale assurant la circulation régulière des marchandises
entre les producteurs et les consommateurs. Seul l'Etat est capable de mettre en place tous ces
éléments du progrès technique dans l'agriculture et de prendre les mesures d'organisation qui
s'imposent dans les pays d'Afrique subsaharienne.
La distribution de la terre aux paysans est une condition nécessaire, mais non pas suffisante de
l'essor des forces productives de la campagne. Les paysans modestes ou les locataires qui
constituent la majorité écrasante la population rurale ans tous les pays en développement, ne
pourront rien faire sur leur petit lopin sans les moyens financiers, les fonds de semences, le
matériel, les moyens de traction, les engrais, etc. ,qui leur sont indispensables. Ils ne sont pas en
état à eux seuls de gérer rationnellement leur exploitation, de pratiquer un assolement correct,
d'écouler leurs récoltes, d'utiliser efficacement les systèmes d'irrigation et de drainage. Et
comment un paysan d'Asie, d'Amérique latine, d'Afrique, du Ghana, du Burkina Faso de la
Somalie, pourrait-il acheter un tracteur ou des engrais si tout son travail lui donne à peine la
possibilité de nourrir sa famille ?

C'est pourquoi les transformations agraires ne donnent leur plein effet pour l'accroissement de
la production agricole (surtout dans la masse des petites exploitations familiales) que
lorsqu'elles s'accompagnent de la formation de coopération de la formation de coopérative de
plein gré des paysans. C'est le seul moyen de renforcer la viabilité des petites exploitations. Par
ailleurs, l'expérience de l'Algérie, de l'Angola et de bien d'autres pays montre qu'il est parfois
judicieux de créer dès le début sur une base de coopération de grandes exploitations bien
organisées et à haut rendement, car le morcellement en petites fermes peut entraîner une baisse
de qualité de marchande de la production. De grandes exploitations d'Etat peuvent prendre la
place des plantations nationalisées ayant appartenu au capital étranger afin d'organiser
rationnellement leur gestion .Mais dans tous les cas l'aide organisationnelle et financière de
l'Etat et la coopération des paysans sont des conditions nécessaires du progrès de l'agriculture.
Ce n'est qu'ainsi qu'il est possible, dans le contexte d'une économie marchande, de prévenir la
ruine des petits exploitants et la formation d'une frange étroite de richards paysans. D'autant
plus que la gestion collective répond à l'expérience socio-historique et de productive de
millions paysans des pays d'Afrique subsaharienne et permet de mettre en oeuvre les éléments
constructifs d'une cellule organisationnelle comme la communauté. Des reformes agraires
radicales n'augmenteront pas seulement la productivité de l'agriculture, mais allégeront le
problème de l'emploi, ce qui favorisera aussi le mieux-être de la population en supprimant les
obstacles artificiels entre le travail et les moyens de production qu'engendrent les formes
désuètes de propriété et surtout les survivances du féodalisme. Les reformes agraires et la
distribution des terres inutilisées des gros propriétaires fonciers aux paysans sans terre
permettent à ceux-ci non seulement d'assurer la subsistance de leurs familles mais de contribuer
au développement de toute la société. Toutes ces transformations progressistes dans
l'agriculture requièrent d'énormes dépenses. A l'exception des recettes extérieures, la seule
source importante de financement des investissements dans l'agriculture ne peut être qu'une
politique fiscale efficace limitant la consommation parasitique des groupes privilégiés,
notamment par l'imposition des biens immobiliers. Une telle redistribution du revenu national
et son utilisation rationnelle par l'Etat sont en même temps un puissant levier de mobilisation de
l'accumulation et une des mesures possible de diminution de l'inégalité au sein de la société.
Cette politique doit avoir pour effet l'accroissement de la demande solvable de large masse de
la population, ce qui est fort important pour la solution du problème alimentaire. Il ne suffit pas
d'augmenter la production d'aliments, il faut encore abolir la misère des masses populaire qui
est un sérieux obstacle à l'élévation de la consommation en général et l'amélioration de
l'alimentation en particulier. Il est nécessaire pour cela d'accroître le pouvoir d'achat de la
population ce qui n'est possible qu'en pratiquant une politique des prix et des revenus assurant
la croissance des revenus réels des salariés et des petits producteurs des villes et des
campagnes. L'organisation de compagnies d'Etat d'approvisionnement et la mise en place d'un
système de prix d'achat par ces compagnies qui garantissent la rentabilité de la production
agricole ont aussi une grande importance. Un accroissement de la production agricole sans
amélioration de la demande intérieure solvable risque de dégénérer en surproduction avec pour
conséquence l'hypertrophie des stocks, la chute des prix d'achat ,l'endettement des paysans, la
ruine des petites exploitations, la poussée du chômage et l'extension de la sous alimentation et
de la faim .Comme l'indiquent les données du chapitre 2, l'arriération, la misère et la faim dans
les pays d'Afrique subsaharienne résultent du maintien de la dépendance économique vis-à-vis
des pays développés . Le pillage des ressources matérielles et humaines de la périphérie agraire
productrice de matières premières de l'économie capitaliste mondiale qui continu, conduit au
maintien de l'arriération socio-économique des pays africains qui a pour effet une crise
alimentaire chronique. Le principal objectif du mouvement de libération nationale des pays en
développement est donc d'acquérir l'indépendance économique et de supprimer toutes les
formes d'exploitation neo-coloniale. La lutte pour l'autosubsistance, pour une amélioration
réelle de l'alimentation des masses populaires est, de fait, une des lignes de force de la lutte
pour le développement économique. L'option des pays en développement pour telle ou telle
voie de développement détermine pour beaucoup le succès dans l'émancipation économique et
la solution des problèmes socio-économiques les plus urgents. Les pays africains en général qui
se développent ne dispose pas de la base nécessaire pour résoudre le problème alimentaire,
éradiquer la faim, le chômage et la misère. A mesure que les rapports de production se
développent, les vices inhérents à ce régime d'exploitation comme le chômage, l'inégalité
sociale, les contrastes entre les niveaux de revenus, à l'extension de la misère et la faim qui
l'accompagne se manifestent de plus en plus. La situation actuelle des pays d'Afrique conduit
au maintien de la misère et de la faim pour des millions de travailleurs. Comme le soulignent
les documents de la conférence internationale des partis communistes et ouvriers de 1969 « Les
pays qui se sont engagés sur la voie du développement n'ont pas su résoudre un seul des
problèmes fondamentaux qui se sont posés à eux ». L'acuité du problème alimentaire la
nécessité urgente de le résoudre sont des facteurs supplémentaires en faveur de l'orientation
socialiste pour les pays émancipés de la dépendance coloniale. Elle fournit le fondement le plus
solide pour résoudre le problème alimentaire au bénéfice des travailleurs. La vie elle-même se
charge de prouver aux travailleur qu'une solution radicale du problème alimentaire à leur profit
n'est possible qu'à condition d'initier des progrès techniques et d'accomplir des transformations
socio-économiques radicales.

B. Améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition

PERTES ET GASPILLAGE ALIMENTAIRES

À l’échelle mondiale, environ un tiers de tous les aliments produits est perdu ou gaspillé.
Une autre indication de l’inefficacité des systèmes alimentaires actuels est le fait qu’environ un
tiers de tous les aliments produits est soit perdu soit gaspillé à un stade ou un autre de la chaîne
alimentaire. Cela peut se produire tant lors de la production primaire qu’au stade de la
transformation ou de la consommation (figure 13.1). Selon les estimations, l’énergie
intrinsèque des aliments perdus ou gaspillés représenterait plus de 10 pour cent de la
consommation énergétique mondiale pour la production d’aliments, tandis que les autres
empreintes environnementales sont liées à la génération d’émissions de GES et au gaspillage
des ressources naturelles pour produire les aliments perdus.
Dans les pays à faible revenu, une partie considérable de la perte d’aliments survient en amont,
lors de la récolte et durant la manutention post-récolte, du fait des infrastructures médiocres,
dufaible niveau de technologies, d’une base de connaissances limitée et du manque
d’investissements dans la production. Les pertes d’aliments tendent aussi à être causées par des
contraintes techniques et relatives à la gestion en matière de récolte, de stockage, de transport,
de transformation, de conditionnement et de commercialisation. Les plus grandes pertes ont
lieu dans les secteurs de la production et de la transformation agricoles et halieutiques à petite
et moyenne échelle. L’incertitude concernant les conditions météorologiques et de marché et
les cadres institutionnels faibles contribuent aussi aux pertes. Tous les ans, en Afrique, environ
13 millions de tonnes de céréales – soit plus de 15 pour cent de la production céréalière totale –
sont perdues durant les opérations post-récolte. En Amérique du Nord, en Europe, au Japon et
en Chine, environ 15 pour cent des aliments sont perdus ou gaspillés durant les stades de
distribution et de consommation. Ce pourcentage est inférieur en Afrique du Nord et en Asie
centrale (11 pour cent) et beaucoup plus faible en Amérique latine, en Asie du Sud et du Sud-
Est et en Afrique subsaharienne (de 5,9 à 7,8 pour cent).
Il n’est pas facile de quantifier les tendances des pertes et du gaspillage d’aliments car les
chaînes d’approvisionnement alimentaires sont en pleine évolution, varient considérablement
d’une région à l’autre et font intervenir plusieurs acteurs. En dépit de cela, les données de plus
en plus nombreuses du degré de pertes et de gaspillage d’aliments ont mené à des appels à
l’action, y compris des efforts de suivi d’un Indice mondial des pertes alimentaires, ainsi qu’à
un travail de sensibilisation afin de modifier les comportements des gens.

GOUVERNANCE POUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET LA


NUTRITION

Pendant plus de 20 ans, à partir du début des années 1990, la réflexion des experts de la
communauté internationale du développement se concentrait principalement sur le concept de
promotion de la «bonne gouvernance», c.-à-d. l’amélioration de la transparence,
l’élargissement de la participation et la garantie de l’inclusion sociale dans les processus
délibératifs, l’élimination de la corruption et la promotion de la réforme institutionnelle. Grâce
à des prêts destinés à des programmes de bonne gouvernance, d’énormes investissements ont
été faits pour encourager de nouvelles normes de gestion financière et d’administration
publique, en suivant les progrès grâce à des systèmes de suivi et des indicateurs spécifiques de
«bonne gouvernance». Une limite clé de l’ordre du jour de la bonne gouvernance était qu’il
était trop formel et orienté, sur le plan de la procédure, vers la résolution des goulots
d’étranglement complexes en matière de politiques générales et des conflits politiques qui
entravent une gouvernance efficace. Dans le même temps, les gouvernements se sont montrés
de moins en moins disposés à investir dans des programmes offrant peu d’avantages tangibles
et perçus comme une diversion par rapport à des objectifs de développement plus importants.
Enfin, au cours des 10 dernières années, les idées prépondérantes privilégiaient un ordre du jour
plus modeste et pragmatique, défini par un engagement en faveur d’approches itératives,
ascendantes, axées sur la résolution des problèmes et expérimentales en vue d’une gouvernance
améliorée ou plus efficace.
Un nouveau cadre de gouvernance est nécessaire pour réaliser les Objectifs de
développement durable.
Pour être efficaces, les efforts fournis pour réaliser les Objectifs de développement durable
(ODD) demandent une prise de conscience du rôle crucial qu’une gouvernance mondiale et
nationale responsable et efficace pourrait jouer dans la réalisation des objectifs de
développement clés, et ce parce que 1) aucun pays n’a emprunté une voie durable et aucun pays
ne peut atteindre tous les objectifs à lui seul; 2) les objectifs mondiaux doivent être atteints dans
une optique «ascendante»; 3) les ressources nationales ainsi que les partenariats privés doivent
être mobilisés; 4) les politiques publiques doivent être cohérentes, car le développement est
complexe et doit faire intervenir tous les acteurs et secteurs; 5) le Programme de
développement durable à l’horizon 2030 promeut une coopération élargie pour améliorer
l’accès aux financements, aux investissements, aux marchés et aux technologies, au soutien aux
politiques publiques et au développement des capacités; et 6) le cadre mondial des indicateurs
pour suivre les progrès laisse clairement entendre le concept de «redevabilité mutuelle».µ

RECOMMANDATIONS

Nourrir convenablement 7 milliards d’hommes aujourd’hui et 9 milliards en 2050 reste possible


à certaines conditions, notamment :
– mettre la question agricole au premier plan des préoccupations politiques et économiques des
nations, avec des programmes ambitieux de développement agricole des pays les plus pauvres
(en particulier en Afrique subsaharienne), notamment dans le domaine de la petite exploitation ;
améliorer, à tous les niveaux, la productivité agricole ;
– soutenir temporairement certains marchés agricoles locaux, particulièrement dans les pays du
Sud dont les populations vivent (ou devraient pouvoir vivre) en autosuffisance, avec un faible
excédent de production ;
– limiter les effets de la spéculation sur les marchés agricoles, par une meilleure régulation des
marchés à terme de matières premières (et tout spécialement des produits dérivés), sans
toutefois en entraver le fonctionnement, car ils jouent un rôle économique essentiel tant pour
les producteurs que les consommateurs ;
– constituer des stocks : les zones vulnérables devraient être incitées ou aidées à constituer des
stocks régionaux ou même familiaux pour mieux combattre les risques de déficits chroniques ;
– maintenir impérativement les capacités de production importantes de la profession agricole
européenne, en les réorientant vers des productions nutritionnellement favorables à la santé, et
écologiquement acceptables ;
inciter chacun à réduire sa consommation de produits d’origine animale ou contribuant au
déséquilibre nutritionnel ; pour cela, renforcer en particulier la réglementation de l’industrie
agroalimentaire et de la restauration collective. Par ailleurs, lutter, par l’incitation ou la
réglementation, contre le gaspillage, qui pourrait représenter jusqu’à 30 % de la production ;
– contrôler fortement, voire proscrire totalement, la fabrication de biocarburants de première
génération à partir de céréales ou d’oléagineux, vu leur faible rendement énergétique et leur
concurrence directe avec l’alimentation, mais maintenir la recherche sur les produits de
deuxième ou troisième génération ;
– créer un Observatoire Prospectif des Situations et Marchés Alimentaires Mondiaux ayant
pour mission de suivre, de façon indépendante, les évolutions et en particulier les signaux
faibles, d’interpréter ces évolutions en particulier celles des fondamentaux du système
alimentaire mondial, de proposer des hypothèses et des scénarios, d’anticiper les dangers et de
suggérer des voies de solution.
Ces recommandations s’adressent évidemment aux pouvoirs publics, mais elles sont également
destinées à la société civile tout entière, qui est en fait concernée au premier chef : ce sont aussi
(et d’abord) les comportements individuels qu’il faudra modifier.
Résorption des déficits alimentaires.
L’appui des partenaires pour la résorption des déficits des aliments, devra mettre l’accent sur
l’augmentation durable de la productivité dans le secteur primaire par l’intensification des
filières végétales et animales les plus porteuses. Dans l’agriculture, l’appui des partenaires
pourra s’inscrire dans le cadre de la stratégie gouvernementale d'intervention au niveau des
productions ainsi qu’en amont et aval de celles-ci en privilégiant trois axes : (i) l'intensification
et la diversification des cultures pluviales et des systèmes de production selon les zones
agroécologiques et leurs potentialités; (ii) le développement des cultures irriguées sur des
périmètres de taille moyenne, susceptibles d'être exploités par les organisations paysannes,
(iii) la remise en état des grands périmètres irrigués existants.
AMELIORER LA DISPONIBILITE ET L’ACCESSIBILITE AUX ALIMENTS
Pour l’élevage, le développement des filières productives a été retenu par le gouvernement
comme action à impact immédiat et visible en termes d’accroissement des revenus donc de
réduction de la pauvreté, mais aussi en termes de sécurité alimentaire au niveau des populations
rurales et des groupements féminins. L’appui des partenaires pourrait s’inscrire dans le
développent des filières ciblées à savoir : le lait, la viande, l’aviculture villageoise et les filières
camelines et porcines. L’intensification de ces filières devrait s’intégrer à des stratégies
sectorielles, des programmes et projets d’investissement cohérents et complémentaires.
Augmentation de la sécurité alimentaire
Les actions propres aux différents axes ci-dessus cités seront complétées par l’ensemble de
mesures d’accompagnement ci après: le renforcement des services agricoles et de
vulgarisation ; la mise en œuvre du plan semencier national et d'une politique de protection des
végétaux ; la promotion des organisations des producteurs ; la révision de la fiscalité ;
l'amélioration du réseau de routes et de pistes rurales reliant les principales régions agricoles
aux centres de consommation ; le perfectionnement du système d'information sur les marchés et
les prix ; le développement de l'accès au crédit ; le démantèlement des imperfections du marché
des denrées alimentaires de base : céréales, viande. Des actions d’information et d’éducation
seront également nécessaires pour sensibiliser les populations aux valeurs nutritives des
aliments notamment ceux destinés à la consommation des enfants.
PROTEGEGER ET VALORISER LES RESSOURCES NATURELLES.
En matière de protection et conservation des ressources fauniques, forestières et halieutiques,
l’appui des partenaires pourrait s’inscrire dans le cadre d’une stratégie visant la gestion
conservatoire de ces ressources, tout en garantissant à la population un meilleur accès à leur
utilisation. Cette stratégie195 table sur une démarche de renforcement des capacités et
d’intervention à trois niveaux national (renforcement du cadre légal et normatif), régional (mise
en place des services et du système d’information) et local. A ce niveau, la stratégie vise à
appuyer les communautés rurales dans les zones périphériques et agropastorales pour la mise
en place d'instances locales capables d'élaborer et de suivre l’exécution des plans de gestion de
l'espace et des ressources naturelles.
L’appui des partenaires dans le secteur de l’environnement est primordial pour faire face à la
faiblesse des capacités, lesquelles ne peuvent être renforcées que dans le cadre d’une stratégie
globale et d’un plan d'action national.
Ces instruments sont en cours de formulation au ministère de l’Environnement dans le cadre
d’un projet196. L’objectif global est d’évaluer les capacités à gérer l’environnement national et
195
Cette stratégie proposée au gouvernement par une équipe de consultants du PNUD. Voir PNUD Rapport de mission de
formulation de programmes dans le secteur de l’environnement et de l’eau : volet valorisation des ressources fauniques,
forestières et halieutiques (avril 2003)
196
Il s’agit d’un projet financé par le FEM et exécuté par le PNUD Voir PNUD 2004. Proposition pour le Financement du
FEM « Autoévaluation Nationale des Capacités à renforcer » (ANCR)
mondial au Tchad pour déterminer les lacunes, les contraintes et les priorités de développement
et de renforcement de capacités individuelles, institutionnelles et systémiques. L’accent sera
mis sur les contraintes et besoins en capacités de gestion des conventions internationales,
particulièrement celles sur la biodiversité, les changements climatiques et la lutte contre la
désertification. Pour plus de cohérence et de synergie, cette évaluation des capacités devra
s’inscrire dans le processus de formulation du PNAE, et alimenter ainsi la révision du volet de
la SNRP relatif à l’environnement.
CONCLUSION GENERALE
BIBLIOGRAPHIE

I- OUVRAGES
A- OUVRAGRES GENERAUX

1- ARON Raymond, Paix et Guerre entre les nations, Paris, Calmann-Lévy, 1984
2- BRAILLARD, Théorie des Relations Internationales, Paris, P.U.F, 1977  
3- COLIN Roland, Au Tchad, mirages et déboires d’une révolution démocratique espérée : 1968-
1972, Paris,Présence Africaine, 2015
4- COURMONT Barthélemy, RIBNIKAR Darko, Les guerres asymétriques : Conflits d’hier et
d’aujourd’hui, terrorisme et nouvelles menaces, Paris, Presses Universitaires de France, 2002.
5- DIDEROT Denis, Pensées philosophiques, paris, princeps, 1746
6- FINNEMORE Martha, National interest in international society, Ithaca, Cornell University
Press, 1996
7- FRONTIER Marc, Le Darfour, Organisations Internationales et crise régionale 2003-2008,
Paris, L’Harmattan, 2009
8- FUKUYAMA Francis, La fin de l’histoire, et le dernier homme, Paris, Flamarion, 1992
9- GUIBBAUD Pauline, BOKO HARAM, Histoire d’un islamisme sahélien, Paris, PUF, mai
2014.
10- KLOTZ Audie, The struggle against apartheid Norms and International relations, Ithaca,
Cornell University Press, 1995
11- POUPARD Paul, Les religions, Paris, PUF, 2007
12- ROUSSEAU Jean-Jacques, Du contrat social, ou principes du droit politique, in Collection
complète des œuvres, Genève, 1780-1789, vol. 1, édition en ligne, www.rousseauonline.ch,
version du 7 octobre 2012
13- TSAYEM DEMAZE Moise, Le protocole de Kyoto, le clivage Nord-Sud et le défi du
développement durable, Paris, l’Espace géographique, 2009
B- OUVRAGES SPECIALISES

14- ATLANI-DUAULT Laetitia, Les ONG à l’heure de la bonne gouvernance, Presses de Sciences
Po, Paris 2005, p.176-189
15- ATLANI-DUAULT Laetitia et LAURENT Vidal, Anthropologie de l’aide humanitaire et du
développement, des pratiques aux savoirs, des savoirs aux pratiques. Paris, Armand colin,
2009
16- BANGOURA Mohamed Tétémadi, Violences politiques et conflits en Afrique : cas du Tchad,
Paris, Budapest, Kinshasa, L’Harmattan, 2015
17- CONDAMINES Charles,  L’aide humanitaire entre la politique et les affaires, Paris,
L’Harmattan, 1989, p.161-178
18- DOUCIN Michel, Les ONG : Le contre-pouvoir ?, Paris, Toogezer, 2007
19- D’ORFEUIL Henri Rouillé, La Diplomatie Non Gouvernementale. Les ONG peuvent-elles
changer le monde, Paris, édition de l’atelier, 2006
20- GUENEAU Marie-Christine, Les petits projets sont-ils efficaces ?, Paris, L’Harmattan, 1986.
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21- HAROUEL-BURELOUP Véronique, Histoire de la Croix-Rouge, Paris, PUF, 1999
22- KING Alexander et SCHNEIDER Bertrand,  Questions de survie, la révolution mondiale a
commencé, Paris, Calmann-Levy, 1991, p.147
23- LARREY Dominique Jean, Mémoires de chirurgie militaire et campagnes 1786-1840, Paris,
Rémanences, tome 5
24- MICHELETTI P, Humanitaire : s’adapter ou renoncer, Paris, Hachette Marabout, 2008
25- MULLER Jean-Daniel, Les ONG ambiguës, Aide aux Etats, aides aux populations, Paris,
l’Harmattan, 1989
26- PEROUSE DE MONTCLOS Marc-Antoine, Les ONG et La mesure du développement : entre
performance et communication, Paris, Tiers monde, 2013, p.71 à 86
27- PHILIPPE R., MARGOT J, MARGOT A., Les limites de l’aide humanitaire, Ecole
Polytechnique Fédérale de Lausanne, 2007
28- PIVETEAU Alain, Evaluer les ONG, Paris, Kartala, 2004
29- POIRIER Jean-Paul, Le tremblement de terre de Lisbonne, Paris, Odile Jacob, 2005
30- POURTIER Roland, Les réfugiés en Afrique Centrale : une approche géopolitique, Afrique
contemporaine, 2005
31- RUFIN Jean-Christophe, L’aventure humanitaire, Paris, Edition Galimard 1994
32- RYFMAN Philippe, Les ONG, Paris, La Découverte, 2009
33- TOUNKARA Brehima, Le rôle des ONG dans l’éducation de base au Mali, Bamako, 2001
34- TROUBE Christian, L’humanitaire en turbulences, les ONG aux défis de la solidarité
internationale, Paris, Editions Autrement, 2006
35- ZIMET Joseph, Les ONG. De nouveaux acteurs pour changer le monde, Editions Autrement,
Paris, 2006
II- OUVRAGES DE METHODOLOGIE, LEXIQUES ET DICTIONNAIRES

36- ABRIC Jean-Claude, Méthodologie de recueil des représentations sociales, Paris, PUF, 1994
37- GRAWITZ Madeleine, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1986
38- LAWRENCE Olivier, JULIE Ferron, GUY Bedard, L’élaboration d’une problématique de
recherche, sources, outils et méthodes, Paris, L’Harmattan, 2005
39- PLOUFFE et GUILLEMETTE, MTE comme apport au développement de la recherche en art,
Université de Québec, 2012.
III- ARTICLES
40- BATLEY Richard et ROSE Pauline, « Collaboration in delivering education: relations between
governements and NGOs in South Asia », Developpement and practice, vol.20, 2010, p.
579-585
41- CHECKEL Jeffrey, «The constructivist turn in international relations theory», World politics,
50(2), 1998 p 26
42- FERNAND Pierre-George, FASSASSI Raimi, « Démographie et développement en Afrique :
éléments rétrospectifs et prospectifs », cahier Québécquois de démographie, Volume 40,
n°2, automne 2011, p 33-55
43- KIPLING Rudyard, « The white man’s burden: the United States and the Philippine Islands »,
in McClure’s Magazine, vol. 12, n 4, février 1899, p. 282-290.
44- NISHIMUKO Mikako, « The role of non-governemental organisations in achieving education
for all: the case of Sierra Leone », journal de comparaison et de l’éducation internationale,
2009, p.281-285
45- Pierre-M. DAIGNEAULT, Les approches théoriques en évaluation, In cahiers de la
performance de l’évaluation Printemps, N°4, 2011
46- STANGHERLIN Gregor, « Les organisations non gouvernementales de coopération au
développement », Courier hebdomadaire du Centre de recherche et d’information
sociopolitique, 2001, p.5 à 59
47- TOUNKARA Brehima, « Le rôle des ONG dans l’éducation de base au Mali », USAID,
ROCARE, 2001, p.7-40
IV- TRAVAUX DE RECHERCHES
A- THESES
48- HAREK Mc Sameh,L’approche transnationale dans les relations internationales, Doctorat en
Droit Public, Université de Nantes, sous la direction d’Anne-Sophie GOURDIN, 2014
B- MEMOIRES
49- MBOUWE Nankam Nguewo Marcelle, L’action des ONG humanitaires dans la gestion de la
logistique en situation d’urgence à l’Est du Cameroun, Mémoire de master en Coopération
Internationale, Action Humanitaire et Développement Durable, spécialité : Coopération au
Développement et Action Humanitaire, IRIC, 2015
50- NKUISSI Bernard, « Nkongsamba, les années obscures de la fondation », mémoire DES en
histoire, université de Lille, 1977, p.47-53.
51- PADOUM Aïba Aristide, L’accueil des réfugiés et son impact sur le Développement socio-
économique du pays hôte : Le cas du Tchad depuis 2003, Master en Relations
Internationales, option Coopération au Développement et Action Humanitaire, IRIC, 2014
52- WAYA Jean Hermann, Etat des lieux de l’œuvre des ONG internationales la région centre du
Cameroun, Master en Relations Internationales, option Coopération au Développement et
Action Humanitaire, IRIC, 2013
53- WAYA Jean Hermann, Analyse de la gestion environnementale du projet Pipeline Tchad-
Cameroun dans la localité de Bélabo, monographie de DCJA en Sciences Techniques
d’Animation, INJS de Yaoundé, 2010
C- COURS
54- BATCHOM Paul Elvic, Les missions de maintien de la paix, Master CA2D, IRIC, 2017
55- ZANG Laurent, Historique, architecture organisationnelle et gouvernance des ONG, Masteren
Relations Internationales, IRIC, 2017

V- DOCUMENTS ET TEXTES OFFICIELS


A- RAPPORTS
56- Rapport de HCR Tchad, « La population totale de réfugiés et demandeurs d’asile est passée de
393161 en Décembre 2016 à 394279 personnes en janvier 2017 Rapport du HCR à la date
du 31/01/2017
57- Rapport d’activité annuel de l’année 2017 de l’ONG SAHARA Conservation fund (SCF) sur le
« projet de réintroduction de l’oryx au Tchad »
58- Rapport annuel des activités des services communautaires dans les camps de réfugiés soudanais
à l’Est du Tchad en 2017, ONG Hebrew Immigrant Aid Society (HIAS), projet de
« Protection dans l’attente de solution durable a
B- TEXTES OFFICIELS
59- Article 28 de la constitution tchadienne de 2018

60- Convention de Genève du 24 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et son protocole de
1967.
61- Déclaration Universelle des Droits de L’homme
62- Recensement Général de la Population et de l’habitat 2 (RGPH2), 2009
C- WEBOGRAPHIE

63- www.unhcr.org
64- www.mboangila.afrikblog.com/archives/2007
65- www.thèses.fr/s50661
66- www.amazon.fr
67- www.googlescholar.com
68- www.fao.org
69- www.cairn.info
70- www.humanitarianresponse.info
71- www.tempsreel.nouvelobs.com/economie
72- www.irinnews.org
73- www.tchadinfos.com
74- www.jeuneafrique.com
75- https://static1.squarespace.com/static
76- www.europarl.europa.eu

ANNEXES

Annexe 1 : Caractéristiques générales des zones agro-écologiques du Tchad (sahélienne et


soudanienne)
Zone agro
écologique Potentiels Contraintes
Pluviométrie et ressources en eau Mauvaise répartition des pluies
suffisantes dans l’espace et dans le temps
Irrégularité des débuts des saisons
Possibilités de diversification des de pluies
cultures :coton , riz, mais, sorgho, Faible valorisation des eaux
mil ,légumineuses ,culture maraichères et
racines et tubercules etc. Baisse de fertilité
Soudanienne Variétés peu performantes (niveaux
de rendements bas)
Insuffisance des équipements
agricoles
Pertes post-récoltes
Population importante (50% population du Bio-agresseurs
pays)
Disponibilité des ressources en eau Changements climatiques qui
moyenne à faible affectent la disponibilité eau
Ressources en terre moyennement Variétés peu performantes
disponible Itinéraires peu performants
Sahélienne Cheptel important des bovins, petit bétail et Dégâts causes aux cultures par
volaille
les animaux
Plantes cultivées variées (céréales : blé, Bio-agresseurs (mauvaise
mil, riz, mais, sorgho, oignon, ail, herbes, insectes, maladies)
plantes fruitières Baisse de fertilité
Population relativement importante 47% de Dégradation des pâturages
population du pays Pertes post-récoltes

Espace de pâturage abondant


Bonne disponibilité des eaux Pluviométrie très fiable ,
souterraines ; moyenne annuelle inferieure à
Ressources en terres importantes (47% 100mm,
saharienne du territoire), mais peu cultivables Faible disponibilité en terres
Importantes ressources en eau agricoles ;
artésiennes facilement exploitables Regroupement important des
Zones prédisposée à un système intégré populations sur des petites
agriculture/élevage intensif superficies (oasis
Grande zone de production de dattes et Très faible densité en population
d’extraction de natron
Données 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016

Maïs : prix 86 124 144 101 88 166 118 104 151 156 144 160 193 160 146 153 164

détail
Annexe 2 : Evolution du
Maïs : prix 66 98 120 75 75 142 96 84 132 133 120 136 160 128 111 132 138
prix des produits agricoles
producteur de 2000 à 2016 (FCFA/kg)
Mil : prix détail 93 146 159 120 103 188 129 122 156 169 166 168 247 201 193 193 193

Mil : prix 75 120 135 98 88 170 114 105 150 149 153 160 224 188 176 174 176

producteur

Sorgho : prix 87 129 149 106 89 170 116 109 137 154 142 147 201 167 163 162 164

détail

Sorgho : 69 106 125 86 75 157 102 93 124 136 127 138 178 146 142 146 145

prix producteur

Niébé : 179 240 210 209 159 242 202 182 239 208 255 281 401 314 279 291 321

prix détail

Niébé : 153 202 176 169 142 222 192 168 227 199 251 282 388 313 275 290 319

prix producteur

Riz local 221 244 235 227 225 247 238 237 321 332 300 339 356 330 328 317 316

décortiqué :

prix détail

Riz local 195 206 238 195 203 236 232 214 290 291 265 308 336 318 300 293 286

décortiqué :

prix producteur

Sésame : prix 341 276 226 285 264 244 236 258 560 360 433 466 492 652 933 542 491

détail

Sésame : prix 304 233 218 250 281 267 295 330 706 447 612 775 1058 1211 1190 593 508

producteur

Arachide 181 206 215 183 164 222 213 202 232 211 218 300 373 330 321 370 361

coque : prix

détail

Arachide 153 173 186 156 140 196 201 183 209 198 197 286 350 290 285 328 287
Annexe 3 : Quantités de produits reçus sous forme d’aide de 2005 à 2015 (tonnes)
Années Riz Céréales Total

2005-2006 5 000 7 494 12 494

2006-2007 13 855 20 988 34 843

2007-2008 9 372 31 860 41 232

2008-2009 4 479 4 429 8 908

2009-2010 994 7 021 8 015

2010-2011 14 142 8 631 22 773

2011-2012 2 600 1 778 4 378

2012-2013 12 200 4 466 16 666

2013-2014 571 21 249 21 820

2014-2015 8 000 - 8 000

Total 10 ans 71 213 107 916 179 129

Moyenne annuelle 7 121 10 792 17 913

Proportion (%) 40 60 100


TABLE DES MATIERES
DÉDICACE..........................................................................................................................ii
REMERCIEMENTS..........................................................................................................iii
SIGLES ET ABREVIATIONS...........................................................................................v
LISTE DES TABLEAU ET FIGURES............................................................................vii
RESUME............................................................................................................................vii
ABSTRACT..........................................................................................................................0
INTRODUCTION GENERALE........................................................................................1
I- CONTEXTE DE L’ETUDE...........................................................................................2
II-DELIMITATION DU CHAMP DE LA RECHERCHE.............................................3
1- Délimitation spatiale........................................................................................................3
2- Délimitation temporelle...................................................................................................4
III-CLARIFICATION CONCEPTUELLE.......................................................................5
1- Organisation Non Gouvernementale (ONG)................................................................5
2- Refugié..............................................................................................................................6
IV-REVUE DE LA LITTERATURE.................................................................................7
V- OBJECTIFS D’ETUDE................................................................................................16
1- Objectif général.............................................................................................................16
2- Objectifs spécifiques......................................................................................................16
VI-PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESES..................................................................17
1- Problématique................................................................................................................17
2- Hypothèses......................................................................................................................18
VII-CADRES THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE.............................................18
A- CADRE THEORIQUE.................................................................................................19
1- Le transnationalisme.....................................................................................................19
2- Le réalisme.....................................................................................................................21
3- Le néolibéralisme...........................................................................................................22
B- CADRE METHODOLOGIQUE.................................................................................24
1- La technique de collecte de données............................................................................24
2- La technique d’analyse des données............................................................................25
VIII-ANNONCE DU PLAN..............................................................................................25
PREMIERE PARTIE........................................................................................................26
L’ACTION DES ONG AU TCHAD : UNE DYNAMIQUE UNIVERSELLE.............26
CHAPITRE I : LES FONDEMENTS ET L’ETAT DES LIEUX DU DEPLOIEMENT
HUMANITAIRE DES ONG INTERNATIONALES AU TCHAD..........................28
SECTION I : LES FONDEMENTS DE L’ACTION DES ONG
INTERNATIONALES AU TCHAD............................................................................28
Paragraphe I : Les fondements historiques et sociologiques de l’action des ONG
internationales................................................................................................................29
A- Les fondements historiques..........................................................................................29
1- Bases religieuses.............................................................................................................29
2- L’apport de la philosophie............................................................................................30
B- Les fondements sociologiques de l’action des ONG internationales.........................31
1- La conception occidentale de la solidarité...................................................................33
2- De la conception occidentale à la carence des politiques locales de développement
depuis les indépendances en Afrique...........................................................................35
Paragraphe II : Les instruments juridiques et les mécanismes institutionnels de
l’action des ONG internationales au Tchad................................................................36
A- Les instruments juridiques...........................................................................................37
1- Les textes internationaux..............................................................................................37
a- La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme...................................................37
b- Convention européenne (n°124) sur la reconnaissance de la personnalité juridique
des organisations non gouvernementales et leur protection en Droit International
.........................................................................................................................................38
2- Les textes nationaux......................................................................................................39
a- La constitution (article 28 de la constitution de 2018)...............................................40
b- L’ordonnance n°27/INT-SUR du 28 Juillet 1962.......................................................40
c- Décrets n°166 du 25 Aout 1962....................................................................................41
d- Ordonnance n°023/PR/2018 du 27 Juin 2018.............................................................42
B- Les mécanismes institutionnels....................................................................................42
1- Les mécanismes institutionnels sur le plan international..........................................42
a- Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC).....................................42
b- L’Union Africaine (UA)................................................................................................44
2- Les mécanismes institutionnels sur le plan national..................................................44
a- Le Ministère de l’économie et de la planification du développement (La Direction
des ONG et Affaires Humanitaires).............................................................................44
b- Le Ministère des Affaires Etrangères, de l’Intégration Africaine et de la
Coopération Internationale (Direction Générale de la Coopération Internationale)
.........................................................................................................................................46
c- Le CNARR.....................................................................................................................47
SECTION II : L’ETAT DES LIEUX DE L’ACTION DES ONG
INTERNATIONALES DANS LES CAMPS DE GORE...........................................48
Paragraphe I : Aperçu général sur les camps de réfugiés de Goré...............................49
A- Le dénombrement et organisation des réfugiés dans camps de Goré.......................49
B- La pluralité des ONG internationales intervenant dans les camps de Goré............50
Paragraphe II : De la situation initiale aux conditions actuelles des réfugiés..............51
A- La situation de précarité des réfugiés..........................................................................52
B- L’amélioration des conditions de vie des réfugiés grâce à l’action des ONG
internationales à Goré...................................................................................................55
CHAPITRE II : L’OPERATIONNALISATION DES ONG INTERNATIONALES
DANS LES CAMPS DE REFUGIES DE GORE.......................................................57
SECTION I : LE CADRE OPERATIONNEL................................................................57
Paragraphe I- La mise en œuvre de l’action des ONG internationales à Goré............58
A- Les partenariats entre les ONG internationales et les organes des Nations Unies
Collaboration et mise en œuvre....................................................................................58
B- Le partenariat entre les ONG internationales, l’Etat tchadien.................................59
Paragraphe II : L’implantation des actions des ONG internationales à travers des .....
stratégies spécifiques.....................................................................................................61
A- Les programmes et projets des ONG...........................................................................61
B- Les plans de réponse......................................................................................................62
SECTION II : L’EFFECTIVITE DES ONG INTERNATIONALES DANS LES
CAMPS DE REFUGIES DE GORE............................................................................64
Paragraphe I : Les réalisations dans les secteurs prioritaires.......................................64
A- La satisfaction des besoins vitaux................................................................................64
1- Éducation........................................................................................................................64
2- Eau, hygiène et assainissement.....................................................................................65
3- Moyens de subsistance..................................................................................................65
4- Protection.......................................................................................................................65
5- Santé et nutrition...........................................................................................................66
6- Sécurité alimentaire.......................................................................................................66
7- Abris................................................................................................................................66
B- L’assistance dans le secteur de développement et de l’environnement....................66
Paragraphe II : Les stratégies d’adaptation et les modalités de distribution...............69
A- Les stratégies d’adaptation...........................................................................................69
B- Les modalités de distribution.......................................................................................71
CONCLUSION PARTIELLE...........................................................................................71
DEUXIEME PARTIE........................................................................................................73
IMPACTS DE L’ACTION DES ONG INTERNATIONALES DANS LES CAMPS
DE REFUGIES DE GORE...........................................................................................73
CHAPITRE III : L’IMPACT POSITIF DE L’ACTION DES ONG
INTERNATIONALES DANS LES CAMPS DE REFUGIES DE GORE...............75
SECTION I : L’IMPACT DE L’ACTION DES ONG INTERNATIONALES SUR LA
VIE DES REFUGIES DE GORE................................................................................75
Paragraphe I : Etude de l’impact dans les domaines prioritaires.................................76
A- La protection..................................................................................................................76
1- Protection communautaire...........................................................................................77
2- Enregistrement et documentation................................................................................77
3- Prévention et réponse aux violences sexuelle et sexiste (SGBV) : Action contre les
violences sexuelles et sexistes........................................................................................77
4- Protection de l'enfance..................................................................................................78
5- Coexistence pacifique....................................................................................................79
B- Education........................................................................................................................79
C- Sécurité alimentaire.......................................................................................................79
D- Santé et nutrition...........................................................................................................80
E- Moyens d’existence et environnement.........................................................................81
F- Abris et articles non alimentaires................................................................................82
I- Eau, Hygiène et Assainissement...................................................................................83
Paragraphe II : Perspective de réduction progressive du besoin d’assistance.............84
SECTION II : L’IMPACT DE L’ACTION DES ONG INTERNATIONALES POUR
LE TCHAD....................................................................................................................85
Paragraphe I : L’impact de l’action des ONG internationales dans les camps de
réfugiés de Goré sur le plan interne.............................................................................85
A- Les avantages socio-économiques................................................................................85
1- Les avantages sociaux....................................................................................................85
2- Les débouchés économiques.........................................................................................86
a- Les créations d’emploi..................................................................................................86
b- La manne financière humanitaire comme opportunités d’affaires pour les
opérateurs économiques................................................................................................88
C- Les avantages administratifs........................................................................................90
1- Accueil des réfugiés comme outils de l’intégration locale..........................................90
2- L’accueil des réfugiés comme moyen de renforcement de la présence de l’Etat et de
la bonne gouvernance....................................................................................................91
Paragraphe II : L’impact de l’action des ONG internationales dans les camps de
Goré sur le plan international......................................................................................92
A- L’action des ONG internationales à Goré, canal de rayonnement international
pour le Tchad.................................................................................................................92
B- L’action des ONG internationales à Goré, un moyen de la montée en puissance de
la diplomatie tchadienne...............................................................................................94
CHAPITRE IV : LIMITES DE L’AIDE HUMANITAIRE AU TCHAD ET
PERSPECTIVES D’AMELIORATION.....................................................................96
SECTION I : LES LIMITES DE L’ACTION DES ONG INTERNATIONALES
DANS LES CAMPS DE GORE...................................................................................96
Paragraphe I : Les insuffisances sur le plan législatif, institutionnel et fonctionnel....96
A- Insuffisances législatives et stratégiques......................................................................96
B- Les insuffisances institutionnelles et fonctionnelles....................................................98
Paragraphe II : Insuffisance de la dimension socioéconomique et environnementale
dans la définition des programmes d’action à Goré.................................................100
A- Limites liées à la dimension socioéconomique et culturelle.....................................101
B- Manque de programme d’action adéquat à Goré....................................................103
SECTION II : PERSPECTIVES D’AMELIORATION DE L’ACTION DES ONG
INTERNATIONALES A GORE...............................................................................104
Paragraphe I : La restructuration du cadre législatif et institutionnel de l’action des
ONG internationales au Tchad..................................................................................105
A- Renforcement du cadre juridique et technique de l’aide humanitaire..................105
B- La redynamisation du cadre institutionnel et fonctionnel.......................................107
Paragraphe II : L’intégration effective des facteurs socio-économiques et
environnementaux dans l’action des ONG internationales dans les camps de Goré
.......................................................................................................................................107
A- Intégration de la dimension socio-économique dans les programmes d’action des
ONG internationales à Goré.......................................................................................108
B- Intégration de la dimension environnementale dans les programmes d’action des
ONG internationales à Goré.......................................................................................110
CONCLUSION PARTIELLE.........................................................................................112
CONCLUSION GENERALE.........................................................................................113
BIBLIOGRAPHIE...........................................................................................................116