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Pendant la période du 1800-1815 les textes littéraires ne sont pas très représentatifs, il s’agit

d’une littérature néoclassique avec une volonté de retourner vers les modèles des antiques
grecques et latines. Les grands genres sont la poésie et la tragédie, le roman est plutôt un genre
féminin, lu par les femmes. Il y a trois types de romans :
-LE ROMAN GAI : c’est le roman comique du 17e siècle, qui se moque des mœurs du temps et
l’objectif est de faire rire.
-LE ROMAN NOIR : qui a eu beaucoup de succès en Angleterre avec Anne Radcliffe. C’est un
roman similaire au mélodrame qui se déroule dans les ruines avec des phénomènes mystérieux et
une victime innocente. On va jouer sur la terreur.
-LE ROMAN SENTIMENTAL : il est écrit et lu par des femmes, même si le grand roman est « la
nouvelle Héloïse » de Proust. Le roman sentimental se caractérise par l’impossibilité d’amour
entre homme et femme.

Madame de Staël a écrit « Delphine et Corine », elle va s’opposer à Napoléon pendant tout
l’empire. Elle a écrit beaucoup d’essayes politiques.
Constant a écrit « Adolphe », un roman d’analyse psychologique.
Après cette période de l’empire, tous les écrivains sont influencés par Rousseau et sa interaction
homme-nature.

ROMANTISME :
Le mot « romantique » désigne à l’époque de Rousseau un paysage pittoresque et l’émotion reliée
à ça. Il faut que l’âme soit bouleversée par ce spectacle, la mélancolie pénètre l’âme.
À la fin du XIXe siècle en Allemande il y a le romantisme avec des grands auteurs.
Stendhal parle de romantisme par rapport au classicisme : tout ce qui est romantique n’est pas
classique. Deux choses se joignent pour former le Romantisme :
-la découverte de la diversité et de la particularité des époques, des mœurs, des peuples, à la
rencontre des autres nations. Il y a un héritage au sensualisme, lié aux sensations. L’idée est que
tout vient des sensations et on doit s’ouvrir à la diversité des passions et sensations, soit liés à
l’esprit humain que divin. Spiritualisme soit en faisant de la sensation le spirituel de l’homme que
de Dieu. Jouffroy disait « le classique a matérialisé la nature spirituel et le romantique a
spiritualisé la nature matérielle ». Il y en a des conséquences :
-intérêt vers la vie matérielle, vers les hommes et la diversité des traditions.
-intérêt vers l’exotisme, la diversité de lieu. L’orient avec toutes les traditions visuelles et
auditives. Aussi l’Espagne était considérée comme orient.
-intérêt pour l’histoire. On va développer le roman historique pour décrire les mœurs anciennes.
(Walter Scott, Ivanhoé, le roman historique).
-i y a l’idée de l’abandon de règles précises, on supprime les règles classiques, on mêle la réalité
avec le sublime, le sublime et le grotesque. On doit s’intéresser au réel et à toutes les diversités.
-le paysage est spiritualisé, il est le reflet de l’homme. Il y a la correspondance entre le moi et la
nature qui reflet et amène à l’idée de Dieu et de l’absolu.
-le poète va s’engager, va donner son avis sur la vie et sur le monde, il s’applique socialement et
politiquement.
-il y a l’angoisse de l’individu parce qu’est impossible d’attendre l’absolu.

Hugo est un poète romantique, mais c’est avec Lamartine qui nait le lyrisme romantique en
France. Il est un poète chrétien et il fait souvent référence à dieu, matrice du romantisme français.
Il publie en 1820 « L’Automne », qui représente un adieu à la vie. Il va s’imposer comme le chef
de fils du Romantisme.
On a deux cénacles (le dernier repas) : le premier en 1824 à la bibliothèque d’Arsenal autour de
Charles Nodier, bibliothécaire qui réunit les artistes de l’époque, tels qu’Hugo, Balzac et le
deuxième en 1827 chez Hugo, romantique du côté de la monarchie.
On a deux tendances poétiques : -intimiste de la poésie qui se focalise sur le sentiment de moi et
la douleur de moi et –épique qui se caractérise par l’écriture de longs poèmes sur napoléon.

LE THEATRE ROMANTIQUE

Avec Alexandre Dumas commence le théâtre romantique, même si on n’est pas encore dans le
drame romantique. « Antony » est l’œuvre.
Victor Hugo bouscule les règles de temps, lieu et action. Il se place entre rupture avec le passé et
héritage que le théâtre romantique a par rapport au passé. Hugo théorise une nouvelle phase de la
littérature dans la préface de Cromwell, avant la période du drame romantique. Hugo dit qu’on ne
doit pas imiter, sauf la nature et la vérité, pas d’auteurs anciens même s’il s’agit de Shakespeare,
Molière, auteurs grecques et latines. Le roman est conçu comme speculum concentrations, un
miroir qui va concentrer le réel et la nature, le grotesque et le sublime. Il y a une relation entre les
deux, en effet tous les humains sont une combinaison de grotesque et sublime. L’œuvre n’est pas
une photographie du réel, l’auteur doit concentrer le réel. Le but donc est de faire concentrer la
vérité dans le drame, on mélange les éléments sublimes et grotesques.
Hugo se batte contre la règle des unités de temps et de lieu, pas d’action. Toute action a sa durée
propre, pas de 24h, n’est pas vraisemblable. Tout est écrit pour la scène, est une écriture en actes.
Il s’agit d’un théâtre caractérisé par une rupture avec la tragédie et la comédie, il n’a pas aucune
règle. Un auteur dont les romantiques se reconnaissaient était Shakespeare parce qu’il trouve
l’alliance entre le sublime et le grotesque. Shakespeare était le point de référence.
Corneille et Molière sont importants pendant le Romantisme, pas Racine. Ils sont les
prédécesseurs. Le drame inclut : l’ode et l’épopée, la comédie et la tragédie, le grotesque et le
sublime.

Le romantisme ne s’intéresse pas beaucoup aux romans, genre importante vers la moitié du 19e
siècle, grâce à Balzac. La grande littérature est la poésie et le théâtre, les deux grands genres
depuis l’antiquité.
À l’époque romantique il y a trois types de romans :
-roman de mœurs historiques : Walter Scott est traduit en français, il va avoir beaucoup de
succès, surtout avec les romans médiévaux (Ivanhoé, Quentin Durward), on est à l’époque de
Richard cœur de Léon. Walter Scott fait revivre des comportements particuliers de l’époque, il y
a une atmosphère médiévale, pittoresque et exotique. On parle de tous les détails d’une époque
ancienne. En France il y a la prolifération de ces romans qui s’intéressaient à une époque éloignée
de l’histoire. Il y avait quatre romans à cette époque-là :
-Cinq Mars de Vigny 1826 qui se passe à l’époque de louis XIII et Richelieu
-« chronique du règne de Charles IX de Mérimée » 1829
-les chouans de Balzac, 1829, qui se situe entre le roman historique et le roman contemporain, et
il s’intéresse à la période de la révolution.
-le notre dame de Paris de Victor Hugo 1831. Hugo place son roman à l’époque de Louis 8,
comme Ivanhoé nous sommes dans la période médiévale. Le personnage principal est la
cathédrale elle-même, romantique lié à l’idée de pittoresque.
-roman de mœurs contemporaines : va partir du même principe, mais pour notre époque
actuelle qui est aussi pittoresque, comme le passé. Les deux grands romanciers sont Balzac et
Stendhal. Leurs œuvres annoncent le réalisme, selon les écrivains futurs. Ils sont des romantiques,
le réalisme apparait au 1850, ils ne sont pas réalistes, même si on peut les considérés comme des
précurseurs du réalisme.
Le gout de la peinture, du pittoresque, des détails est transposé à l’époque contemporaine.
Balzac avec « illusions perdues » a écrit un roman historique. Même si il est profondément
romantique, il va influencer les réalistes.
Stendhal n’aime pas les descriptions à la Balzac, son milieu est contemporain.
-roman intime : il s’agit d’un roman de la conscience, qui se focalise sur la vie sentimentale d’un
individu. Ils sont généralement à la première personne et on comprendre le développement du
sentiment amoureux.
-Balzac, « volupté » de sainte Beuve. 1834
-Balzac, «le lys dans la vallée » 1836
-Musset, « la confession d’un enfant du siècle » 1836
- Eugène Fromentin, « Dominique », 1863

LE REALISME

-1826 première apparition du terme réalisme en lien avec la littérature


-1851 exposition Courbet.
On a des premiers emploi du terme avant de 1850, le terme apparait déjà en 1826. Réalisme pour
parler d’une esthétique littéraire, il existait déjà en philosophie.
Théodore Jouffroy parle de l’école de l’idéale et de la réalité. Il distingue les deux écoles dans le
cours d’esthétique. Il parle de Walter Scott, pour l’école de la réalité. Il utilise beaucoup des
détails des personnages pour rendre les actions plus concrètes.
L’idée de réalisme est liée à l’idée de MATERIALISME. Les réalistes s’intéressent aux
sensations, mais ils restent dans la sphère terrestre et matérielle. Déjà le romantisme s’inspirait
aux sensations, donc au débout il y a une confusion entre réalisme et romantisme.
Dans les années ’50 le terme se développe. Courbet, peintre, a réalisé petits tableaux qui
représentaient la vie quotidienne. Les grands tableaux sont réservés à l’histoire, aux sujets plus
nombreux. Il a fait aussi des grands tableaux avec des sujets simples qui ont causé de la
polémique.
Le terme s’impose dans les années ’50, même si il y a déjà en 1826.
Le réalisme consiste à allier le principe de la motivation et le principe du milieu. La motivation
consiste à donner les raisons d’agir du personnage, motiver les actions, en donnant des raisons
psychologiques. Selon le principe du milieu, c’est le milieu social, qui entoure le personnage et
qui détermine et agit sur le personnage. La société a des conséquences sur les personnages. Les
motivations sont liées au milieu, qui devient très important.
Le réalisme postule le déterminisme sur l’individu qui est déterminé par les éléments sociaux
extérieurs. Les héros n’ont pas de volonté propre, les actions sont déterminées par des facteurs
externes. On a quatre conséquences :
1- Il y a la description précise du milieu qui entoure le personnage, parce qu’elle nous donne
des infos sur le personnage. il faut révéler l’environnement des personnages pour décrire qu’ils
sont.
2- Il y a un portrait du personnage, on décrit les éléments physiques et psychologiques. Le
personnage est décrit par son physionomie. La matérialité des personnages nous éclaire sur
l’intériorité.
3- La réduction de la part du hasard et du romanesque. On rende compte de la raison des
actions, pas du hasard. Le réalisme essaye de tout motiver.
4- Disparition des héros qui étaient présents dans le romantisme. Le personnage est un homme
moyen, médiocre, pas singulier, il obéit à son milieu. Le milieu qui motive les actions des
personnages et qui devient le personnage (le milieu).

Les romantiques sont les prédécesseurs des réalistes, comme Balzac et Stendhal. Balzac a
aussi des pensées réalistes, il annonce le réalisme pour son environnement détaillé.
Chez Stendhal, on a le réalisme. Le personnage est un héros, mais les autres personnages sont
liés à l’environnement. Tout ce qui entoure le personnage est réaliste.

L’école réaliste se développe autour de deux auteurs : Champfleury et Duranty. Flaubert et


Goncourt refusent l’appellation réalisme parce qu’ils ne veulent pas être comparés à eux.
Champfleury et Duranty théorisent le réalisme à partir de la peinture de Courbet, où les
personnages ne sont vus ni sublimes, ni comiques, ni caricatures. Les deux vont que les
romans réalistes soient près de la réalité, sans tomber dans la caricature.
Ils ont hostilité vers le style : l’œuvre ne doit pas déformer et divertir. Ils sont très critiques de
madame Bovary et Zola.
Flaubert a écrit madame Bovary, l’éducation sentimentale et le cœur simple. Avec lui, il y a
une attention à l’impression, la matière et les sensations. Il utilise le discours indirect libre.
Certains ont parlé d’impressionnisme.
Les frères Goncourt ont écrit « Germinie Lacerteux », ils s’intéressent aux classes basses.

NATURALISME
Le mot naturalisme a été forgé par Zola pour désigner un mouvement qui se réfère au
réalisme, mais on ajoute un souci scientifique de compréhension des personnages par
l’hérédité. Le roman est conçu comme un produit, une expérimentation en laboratoire. Zola a
publié « le roman expérimental » pour mettre le roman au niveau de la science. On place les
personnages dans le roman et on voit comme ils réagissent. « L’assommoir » de Zola est un
roman très célèbre qui a fait scandale.
On a un personnage avec un caractère particulier en on voit comme le personnage, plongé
dans un milieu particulier, agit. Observation et expérimentation. Zola utilise Balzac pour sa
propre argumentation.

Flaubert est un auteur réaliste. Il a publié en 1857 Madame Bovary qui parle de la première
rencontre avec Emma, qui va se marier avec un homme médiocre.
Il y a une description qui n’est pas décorative, esthétique, mais elle a une importance cruciale
parce qu’on a le déterminisme du personnage. C’est pour ça que la description est importante.
Elle nous donne des infos sur les personnages. Charles Bovary est tombé amoureux d’Emma.
Elle, d’une parte se sent détachée par ce monde, de l’autre elle se sent profondément liée à cet
endroit.

Les frères Goncourt proche de l’impressionnisme, la réalité est décrite par les impressions
visuelles, auditives qui ont les personnages.

Emile Zola, « L’assommoir » : l’histoire de Gervaise qui a succès dans son quartier, elle est au
moment du sommet, elle donne un grand diner qui est le sommet de l’œuvre et elle porte l’oie
sur la table. L’oie représente Gervaise, il y a une dimension symbolique.

Baudelaire est l’immense poète du 19e siècle, même s’il n’était pas considéré à son juste
valeur. 1857 première édition des Fleurs du mal, un recueil romantique, en même temps une
poésie très moderne. Baudelaire pour certains aspects, il s’approche à Parnasse, il annonce le
symbolisme, l’idéal. Il est un prédécesseur du symbolisme, mais s’il n’est pas un parnassien,
même si l’art lui rapproche, il dépasse le romantisme.
Il fait entrer dans sa poésie Paris, la réalité moderne, il nous plonge dans la réalité urbaine.
« Correspondance » le monde est symboliste, on a des correspondances horizontales. La
synesthésie est quand une sensation tactile renvoie à une sensation visuelle. On a des
analogies, des correspondances aussi verticales, des choses qui symbolisent des éléments
transcendantaux, au-delà du monde réel.
Donc, les correspondances horizontales sont à l’intérieur de notre monde, contrairement à
celles verticales, où une réalité terrestre renvoie ò une réalité hors du monde réel.

On a le Parnasse en 1850. Le parnasse était le lieu où vivaient les muses dans la mythologie.
Le nom vient de trois recueils, trois publications en 1866,1871 et 1876, intitulées « le Parnasse
contemporain ». Le titre de ce recueil va donner le nom au mouvement de parnasse, qui a
comme ancêtre Théophile Gautier qui célèbre l’art pour la beauté de l’art. Le parnasse est une
réaction au Romantisme, ils sont contre l’engagement des poètes romantiques, comme Hugo.
Ils prennent contre le romantisme :
1- L’impersonnalité : on éloigne tous les sujets personnels, on évite le lyrisme personnel.
2- Le travail de la forme : il faut travailler la forme plus que possible.
3- Le désengagement : le poète ne doit pas se compromettre avec le monde et la réalité. Le
poète doit s’éloigné de la réalité, il doit travailler la beauté de la forme. Les Parnasses
remplacent l’absolu (qui était souvent divin dans le romantisme) avec l’art. tout renvoie à
l’art e à sa beauté.

LE SYMBOLISME 1885-1886

Il s’oppose aux Parnassiens, au réalisme et au naturalisme. Le symbolisme essaye de


repasser aux Parnassiens, certains pensent qu’il est un héritier du mouvement de parnasse.
Le Parnasse s’oppose par rapport au Naturalisme, qui était en vogue à l’époque et qui
mettait en avant l’idée que tout pouvait se réduire à la matière.
Les symbolistes vont contre cela, il y a quelque chose du l’ordre de l’esprit qui va au-delà
de la matérialité. Le réalisme se concentrait sur les sensations et la matière, le symbolisme
met en avant ce qui est dans un autre-monde, on va vers l’absolu du mystère de l’être.

Le symbolisme est une réaction idéaliste contre une conception matérialiste du monde,
contre le réalisme. Le poète a une mission, il s’élève au-dessus de la vulgarité, d’une prose
triviale et vulgaire, le poète doit atteindre le mystère de l’être, l’inconnu. Il laisse du coté le
pittoresque, il s’intéresse uniquement au domaine de l’esprit, de l’idée.
L’une des grandes idées du symbolisme est l’indicible qui ne doit pas être nommé.
Il y a l’idée de suggestion : il faut suggérer à travers des symboles qui nous permettent de
dire quelque chose d’une autre réalité.
La langue n’est pas quotidienne, on utilise le symbole, l’allégorie, la métaphore, il y a
l’invention d’un langage nouveau. Il faut bouleverser la langue, la syntaxe et le lexique,
comme fait Mallarmé.
Les parnassiens mettaient en avant la structure de la langue, tandis qu’avec les symbolistes
il y a la mise en valeur de la musicalité du texte. On utilise le vers libre, pas de règles.
Baudelaire est un précurseur du symbolisme. Son art de suggestion est reprise par les
symbolistes.
Rimbaud et Verlaine sont aussi symbolistes. Dans « Illuminations », Rimbaud tente
d’attendre l’inconnu, il parle des hallucinations. Un autre précurseur est Verlaine. Sa poésie
est définie comme impressionniste pour mettre en avant l’idée de la suggestion. On a de la
musicalité, jeu de sonorité, et la volonté d’atteindre quelque chose de l’ordre de l’ineffable.
Mallarmé reçoit chez lui Verlaine, Paul Valery et des musiciens. Ses premiers poèmes sont
Baudelairiennes, petit à petit, il s’éloigne du model baud. pour chercher d’atteindre
l’absolu, le mystère. Il bouleverse le langage, il travaille sur la syntaxe, sur le lexique, il
joue aussi sur l’espace de la page. Il mêle les éléments de la phrase dans un ordre pas
habituel.
Le rôle de la poésie pour les symbolistes est de fixer l’indicible.

Un mouvement proche : le décadentisme (1875-1900)

C’est un mouvement en parallèle avec le symbolisme, il pense comme lui que le monde ne
se réduit pas au matérialisme, mais il va aller du côté d’un sorte de pessimiste.
Le décadentisme est un mouvement qui s’inscrit en amont du symbolisme et procède
parallèlement à lui jusqu’à la fin du siècle, dans un cousinage qui parfois les confond. Mais
s’ils ont la même source, il apparaît que leurs trajectoires se distinguent progressivement, le
décadentisme évoluant du ricanement grinçant vers un satanisme sulfureux.
Le décadentisme procède du climat de pessimisme engendré par la défaite de 1870. Avec
l’occupation du territoire par les troupes prussiennes un monde s’écroule soudain, qui
renvoie au néant la fête impériale : « nous assistons à la fin du monde latin », s’écrie
Flaubert . Ce climat doit aussi beaucoup à l’influence de Schopenhauer, dont la philosophie
est présentée au public français à partir de 1870, avant que ne paraissent, en 1880, la
traduction de Pensées, maximes et fragments « qui sera pour nombre d’écrivains le
bréviaire du pessimisme ». De cette impression d’une civilisation qui meurt, la génération
qui a vingt ans vers 1875 tire, dans une délectation fiévreuse, la conception d’une
modernité paradoxale, faite à la fois d’un bouillonnement de vie et d’une lassitude
désabusée, d’une « mortelle fatigue de vivre », selon l’expression de Paul Bourget.
C’est lui qui, le premier, dans ses Essais de psychologie contemporaine (1883) nomme et
analyse cette attitude, en concluant son étude de Baudelaire par une « Théorie de la
décadence ». Il en trouve en effet les racines chez le poète des Fleurs du mal – moins
l’artiste des correspondances auxquelles se réfèreront les symbolistes que le poète macabre
d’Une Charogne. « Il se proclama décadent et il rechercha, on sait avec quel parti pris de
bravade, tout ce qui, dans la vie et dans l’art, paraît morbide et artificiel aux natures plus
simples. » Précurseur génial, Baudelaire annonce un monde où va se reconnaître la
génération de 1880, un monde où la sensibilité individuelle (« l’abondance des sensations
fines et l’exquisité des sentiments rares ») s’est exacerbée aux dépens du sentiment
d’appartenance à l’organisme social. C’est à ce titre qu’il est « un des éducateurs féconds
de la génération qui vient », conclut Bourget.
En 1884, deux textes majeurs offrent à cette génération la caution d’écrivains déjà
reconnus. Le premier est « Langueur », un sonnet que Verlaine publie, le 26 mai 1883, dans
la revue du Chat noir, et recueilli l’année suivante dans Jadis et naguère :

Je suis l’Empire à la fin de la décadence,


Qui regarde passer les grands Barbares blancs
En composant des acrostiches indolents
D’un style d’or où la langueur du soleil danse.

L’âme seulette a mal au cœur d’un ennui dense.


Là-bas on dit qu’il est de longs combats sanglants.
O n’y pouvoir, étant si faible aux vœux si lents,
O n’y vouloir fleurir un peu cette existence ! […]

Tout l’esprit du décadentisme est là : conscience d’un monde qui s’épuise, lassitude
écœurée, impuissance énervée, et le secours de l’art pour seul remède, mais sans excessive
illusion. Avec le second texte, À rebours, que Huysmans fait paraître en 1884, la jeune
école trouve « le manuel romancé de la décadence », selon la jolie formule de Michel
Décaudin . Son héros des Esseintes vit reclus dans une « thébaïde raffinée », au milieu de
ses livres et de ses tableaux de prédilection. Dans ce récit sans action, Huysmans, qui rompt
là avec le naturalisme de ses débuts, propose un type (l’esthète raffiné et neurasthénique) et
un corpus de références esthétiques (Gustave Moreau) et littéraires (Pétrone, Poe,
Baudelaire, Mallarmé), qui balisent le territoire du décadentisme. À ces deux textes de
référence il faut ajouter un pastiche paru dès 1885, Les Déliquescences d’Adoré Floupette.
L’ouvrage de Gabriel Vicaire et Henri Beauclair tourne en dérision les thèmes et les tics
des jeunes décadents (pessimisme morbide, langueur affectée, désarticulation de la
syntaxe), mais, paradoxalement, ceux-ci vont retourner la satire pour en faire un étendard.
Anatole Baju fonde en avril 1886 la revue Le Décadent et y promeut le décadisme, terme
bientôt concurrencé par le décadentisme.
Avant sa naissance officielle, le jeune mouvement s’est exprimé à travers des clubs dont les
noms sont autant de défis à la morale bourgeoise : les Hydropathes proclament leur horreur
de l’eau (et donc leur goût pour les liqueurs fortes telle l’absinthe, « la fée verte »), les
Hirsutes affichent leur mépris des conventions capillaires, les Zutistes et les Jemenfoutistes
celui des bonnes manières. Le cabaret du Chat noir fondé par Rodolphe Salis est un de leurs
repères et des revues comme La Nouvelle Rive gauche, à laquelle succède Lutèce,
accueillent leurs textes.
De cette première génération souvent inégale et largement oubliée aujourd’hui, on retiendra
quelques noms. D’abord celui de Tristan Corbière (1845-1875), qui fait figure de
précurseur. Les Amours jaunes, son unique recueil, paraît en 1873 dans l’indifférence
générale, mais Verlaine en fait le premier des « Poètes maudits » dont il propose l’exemple
et le parrainage aux jeunes décadents. Le cynisme ricanant de ses poèmes au style nerveux
et accidenté, saturé de néologismes et de calembours, est le masque d’un profond désespoir
(« Le crapaud »). Son contemporain Charles Cros (1842-1888) publie la même année Le
Coffret de santal, recueil bigarré où la fantaisie (« Le hareng saur ») se combine à la
noirceur sarcastique (« Profanation »). Fondateur du cercle des poètes zutiques dans les
années 1870, il devient ensuite un familier du Chat noir où il fait entendre des poèmes qui
seront réunis dans le recueil posthume Le Collier de griffes (1908). Il est significatif que
Corbière et Cros, mésestimés de leur vivant, aient été réhabilités par les surréalistes,
sensibles à leur mélancolie iconoclaste. Sur fond d’orgue de Barbarie, Les Complaintes de
Jules Laforgue (1885) distillent une mélodie douce-amère qui emprunte les codes de la
ritournelle populaire pour mieux masquer une inguérissable mélancolie. Comme le Pierrot
de la Commedia dell’arte, dont il fait son double poétique, Laforgue (1860-1887) est « de la
secte du Blême » et seule la dérision l’empêche de sombrer. On retrouve ce goût du
sarcasme, typique de la Décadence, dans les variations sur quelques mythes littéraires
(Hamlet, Lohengrin, Salomé) que proposent ses Moralités légendaires (1887). À ces trois
poètes on peut ajouter Maurice Rollinat, poète et musicien dont Les Névroses (1883)
proposent une version macabre, voire sataniste, du spleen baudelairien.
En tant que phénomène collectif, le mouvement s’éteint en 1889, avec la disparition de la
revue Le Décadent. Sous l’étiquette de « littérature fin-de-siècle », il survit néanmoins,
jusqu’aux alentours de 1900, dans l’œuvre de quelques écrivains comme l’esthète Robert
de Montesquiou, modèle de des Esseintes et du baron Charlus (Le Chef des odeurs suaves,
1893) ou le très scandaleux Jean Lorrain.

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