Vous êtes sur la page 1sur 255

Table des Matières

Page de Titre
Table des Matières
Page de Copyright
Dédicace
Remerciements

INTRODUCTION
Prendre sa vie en main, c’est un peu de théorie et beaucoup de
pratique
Agissez d’abord, vous ajusterez le cap ensuite
Des histoires pour faire plaisir à votre cerveau droit, des exercices
pour vous permettre de travailler

Partie 1 - PRÉPARER LE CHANGEMENT : QUE METTRE


DANS LA VALISE ?
1 - « DE TOUTE FAÇON, JE N’AI PAS LE TEMPS… »
La loterie magique
VOIR LOIN… OU PAS ?
AUJOURD’HUI EST LE PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE
SE CENTRER SUR L’INSTANT PRÉSENT : ICI ET MAINTENANT
LE TEMPS EST TOUJOURS UN ALLIÉ, JAMAIS UNE EXCUSE
CHANGER NOS PARADIGMES
LE TEMPS, C’EST DE L’ARGENT
SE DÉFINIR DES PRINCIPES RIGOUREUX ET LES RESPECTER
2 - « JE NE CROIS PAS EN ÊTRE CAPABLE… »
La malédiction de Toutankhamon
LA THÉORIE DÉTERMINE L’OBSERVATION
LES GENS DÉPASSENT DIFFICILEMENT LEURS CROYANCES
« LA COMMUNICATION FAMILIALE EST DE NATURE
HYPNOTIQUE »
LA NATURE DE LA SUGGESTION
PETIT POISSON, CHOISIS TON BOCAL !
SOYONS VIGILANTS SUR CE QUE NOUS INGURGITONS :
PROTÉGEZ-VOUS DE LA POLLUTION MENTALE
LA PUISSANCE DU CONTEXTE
3 - « SI SEULEMENT CELA ÉTAIT POSSIBLE… »
La chambre obscure
L’HOMME EST CE QU’IL CROIT
LE CHANGEMENT DE RÉFÉRENTIEL : LA CLÉ DU SUCCÈS
FAITES VOTRE MARCHÉ : LES CROYANCES UTILES
RESPECTEZ LES CROYANCES DES GENS
4 - « IL FAUDRAIT QUE J’ARRIVE À ME MOTIVER… »
Bonnie St. John
LA MOTIVATION DONNE DES AILES
LA MOTIVATION PRÉCÈDE TOUJOURS LA COMPÉTENCE
TROUVEZ VOTRE PRINCIPAL MOTEUR
UNE QUESTION DE PERSPECTIVE
UNE QUESTION DE DÉSIR
ON NE PEUT PAS NE PAS ÊTRE MOTIVÉ
TOUTE FORME DE MOTIVATION EST ACCEPTABLE
ACCEPTER D’ÊTRE MOTIVÉ
TROUVER SON TYPE DE MOTIVATION
DÉVELOPPER DES STRATÉGIES DE MOTIVATION
QUI VEUT VOYAGER LOIN MÉNAGE SA MONTURE !
5 - « LA VIE EST UNE JUNGLE : C’EST LA LOI DU PLUS FORT…»
Le palais des miroirs
NOS ENNEMIS INTÉRIEURS PEUVENT DEVENIR DES AMIS
ACQUERREZ LA CAPACITÉ DE VOUS RÉJOUIR SINCÈREMENT
DU SUCCÈS D’AUTRUI
DE « ON NE PEUT RÉUSSIR QUE SEUL » À « LES AUTRES SONT
NOTRE PLUS GRANDE RESSOURCE »
LE CALCUL GAGNANT EN MATIÈRE DE RELATION
NOTRE ÉVOLUTION EST CONDITIONNÉE PAR NOTRE RELATION
À L’AUTRE
L’IMPORTANCE DE LA PAIRE DE LUNETTES…
DE LA SYMPATHIE À L’EMPATHIE
DE LA PERFORMANCE À L’EXCELLENCE
LE POINT DE DÉPART DE LA BONNE COMMUNICATION :
ACCEPTER QUE « LE SENS DE MON MESSAGE, C’EST LA RÉPONSE QUE
J’EN REÇOIS »

Partie 2 - TOUT D’ABORD, BOUGER, AGIR ! BOUGER,


AGIR ! VOUS AJUSTEREZ LE CAP ENSUITE
6 - L’ACTION EST LA SEULE MESURE DU CHANGEMENT
Le tour du monde à la voile
AGIR, C’EST GÉRER SON STRESS
L’ACTION, C’EST L’UTOPIE AVEC DES JAMBES
SANS BUT, PAS DE TIR AU BUT
POUR MAÎTRISER, IL FAUT D’ABORD EXPÉRIMENTER
MIEUX VAUT POUVOIR QUE SAVOIR
TOUT LE MONDE VOUS CHERCHE, PERSONNE NE VOUS
ATTEND
7 - REGARDEZ LÀ OÙ VOUS VOULEZ ALLER !
L’arbre qui exauce tous les vœux
NE REGARDE PAS L’OBSTACLE !
LES SEPT CRITÈRES DE L’OBJECTIF
8 - CHANGEZ CE QUI NE FONCTIONNE PAS !
« Ne pas me dédire, ne pas m’exclure du groupe »
LE CHANGEMENT PRÉCÈDE LE CHANGEMENT
« CE N’EST PAS EN PERFECTIONNANT LA BOUGIE QUE L’ON A
INVENTÉ L’ÉLECTRICITÉ »
« NOS RÉUSSITES SONT NOS PLUS GRANDS PIÈGES »
PRENDRE L’ÉCHEC COMME UN FEED-BACK, LA RÉUSSITE
COMME UN PIÈGE
ÉLARGISSEZ VOTRE BULLE
SOYEZ UNE « ÉPONGE MOLLE À NOYAU DUR »
NOUS NE SOMMES PAS NOS STRATÉGIES, NOUS NE SOMMES
PAS NOS COMPORTEMENTS
PAS DE VOLONTÉ, JUSTE DE LA BONNE VOLONTÉ
9 - L’HABIT FAIT LE MOINE !
Exercice 22 : Une découverte surprenante
LE VRAI MENTEUR CROIT À SON MENSONGE
LE CHAT SAIT QU’IL EST UN CHAT À TRAVERS LES YEUX DE LA
SOURIS
CATCH ME IF YOU CAN
L’APPROCHE « AS IF » : FAITES COMME SI…
LE MAILLON FAIBLE : SOUVENT LE COMPORTEMENT
L’IMPORTANCE DE LA CONGRUENCE
UNE CONFUSION QUI EN DIT LONG
MÊME À L’ACTOR’S STUDIO
LA PUISSANCE DU JEU DE RÔLE
UNE GRANDE FILLE COMME TOI
« JE SUIS LE ROI DU MONDE ! » : L’ACTIVATION
NEUROLOGIQUE
Partie 3 - VISER LOIN ; ÊTRE AMBITIEUX(SE) POUR
SOI
10 - LA DISTANCE FAIT TOUTE LA DIFFÉRENCE !
Le roi Janaka et son disciple
« LA PERSÉVÉRANCE EST FAVORABLE »
LE MEILLEUR MOYEN DE MANGER UN ÉLÉPHANT
LA MATURITÉ : GÉRER PLAISIRS ET FRUSTRATIONS
L’APPRENTISSAGE
« TÉNACITOTE » : LA CLÉ DE NOS RÊVES
RENDEZ PLUS PRÉCISE VOTRE PENSÉE
LA PUISSANCE DE L’HABITUDE
UN TRÉSOR EST CACHÉ DEDANS
11 - OÙ SITUEZ-VOUS L’ESSENTIEL ?
Expériences sur des grenouilles
LA FIN ET LES MOYENS
CE QUE SONT LES VALEURS D’UN INDIVIDU
SOYONS FERMES SUR CE QUI TOUCHE À NOS VALEURS
SEULES LES VALEURS CRÉENT DE LA VALEUR
VIVRE SELON SES VALEURS : « WALK THE TALK »
UNE ÉCHELLE ÉMINEMMENT PERSONNELLE
12 - À QUOI ÊTES-VOUS CONNECTÉ(E) ?
Ainsi va la vie
L’INTUITION EST UN FACTEUR CLÉ DE SUCCÈS
UN INCONSCIENT QUI N’EST PAS ÉCOUTÉ PEUT DEVENIR
NOTRE ENNEMI
CULTIVEZ VOTRE PANTHÉON PERSONNEL
LA CHANCE EST UN FACTEUR IMPORTANT : APPRIVOISEZ-LA
EN CULTIVANT VOTRE INTUITION
13 - QUELLE EST VOTRE MISSION ?
Péritas aux enfers
CE QUE NOUS OFFRONS AU MONDE
IDENTIFIONS NOTRE SINGULARITÉ
DÉPASSER NOS BARRIÈRES INDIVIDUELLES
LE DÉNOMINATEUR COMMUN
DE L’INNOCENT AU MAGICIEN : L’ÉVOLUTION DU LIEN AVEC
NOTRE MISSION
Conclusion
BIBLIOGRAPHIE
© InterEditions-Dunod, Paris, 2006
978-2-729-60962-7
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux
termes de l’article L. 122-5, 2° et 3° a), d’une part, que les «
copies ou reproductions strictement réservées à l’usage
privé du copiste et non destinées à une utilisation collective
» et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations
dans un but d’exemple et d’illustration, « toute
représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite
sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou
ayants cause est illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé
que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée
par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété
intellectuelle.
À Christine, À celles et ceux qui
aident à réaliser les rêves À
Antonin et Clément, à Marc et à
Franck. À l’amour et à l’amitié.
Aux anciens de KI, à Thierry
Lovelrock, à la Grèce, à Mejda.
À la connaissance vivante.
Philippe BAZIN À tous ceux qui,
chaque jour, me font un peu plus
apprécier la vie. À Isabelle, qui
éclaire ma vie chaque jour. À
mes parents, Marie-France et
Michel, qui m’ont mis sur le
chemin. Jean DORIDOT
Retrouvez tous nos ouvrages sur le site :
http://www.intereditions.com
Le pictogramme qui figure ci-contre mérite une
explication. Son objet est d’alerter le lecteur sur la menace
que représente pour l’avenir de l’écrit, particulièrement dans
le domaine de l’édition technique et universitaire,le
développement massif du photocopillage.
Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992
interdit en effet expressément la photocopie à usage collectif
sans autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est
généralisée dans les établissements

d’enseignement supérieur, provoquant une baisse brutale


des achats de livres et de revues, au point que la possibilité
même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de
les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée.
Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou
totale, de la présente publication est interdite sans
autorisation de l’auteur, de son éditeur ou du Centre français
d’exploitation du droit de copie (CFC, 20, rue des Grands-
Augustins, 75006 Paris).
Nous tenons à remercier pour leur contribution à cet
ouvrage : Hélène de Castilla, Jean Henriet, Betty Stroh,
Isabelle Landru, Christine Henry, Cécile Moulard et Daniel
Kluger.
INTRODUCTION
Une promesse ambitieuse, certes mais pourquoi ne
pas essayer de faire du bien à sa vie ?
« Je ne voulais qu’essayer de vivre ce qui voulait
spontanément sortir de moi.
Pourquoi était-ce si difficile ? »
Hermann Hesse

PROPOSER UN MODÈLE D’AUTO-COACHING


permettant de prendre sa vie en main constitue une
promesse ambitieuse. Dans un monde où tout change de
plus en plus vite et de plus en plus souvent, où l’être humain
peut parfois se sentir immobile dans un environnement qu’il
ne parvient plus à contrôler, cela nous semble pourtant
indispensable. Pourtant, si les ouvrages présentant des
techniques de changements sont nombreux et pour la plupart
passionnants, rares, très rares sont ceux qui expliquent
comment faire. Rares, très rares sont les auteurs qui
semblent déjà avoir été confrontés aux inerties, aux peurs,
aux manques de repères que génère ce type de démarche.
Comment concrètement se lancer dans une démarche
d’évolution personnelle à partir de notre situation présente ?
Comment faire pour changer, quelle que soit la nature de ce
changement ou sa motivation ? Comment faire pour que ce
changement soit le plus fluide, le plus bénéfique et le plus
pertinent possible ? D’un point de vue biologique, le
changement peut être identifié à la définition même de la
vie. Prendre sa vie en main signifie devenir partie prenante,
à part entière, des changements qui interviennent autour et
dans notre existence. C’est vivre.
C’est à la découverte et à l’utilisation harmonieuse de ce
potentiel extraordinaire que vous convie ce livre.
Prendre sa vie en main, c’est un peu de théorie et
beaucoup de pratique
Nous avons souhaité faire de cet ouvrage un manuel
pratique et didactique de changement personnel.
Reconnaissant aux auteurs qui nous ont précédés d’avoir su
si bien présenter des pratiques aussi riches que la PNL,
l’approche éricksonienne ou encore l’analyse systémique,
nous présentons ici l’expérience de deux praticiens qui
utilisent chaque jour les apports de ces techniques. Plutôt
que de présenter une synthèse théorique de l’approche du
changement individuel, à laquelle s’ajoutent parfois
l’analyse transactionnelle ou la psychologie de Jung, nous
avons préféré aborder cet ouvrage sous l’angle de la
pratique, nourrissant chaque étape de nos expériences de
praticiens, de nombreux exemples et anecdotes de personnes
que nous avons accompagnées – nous avons changé certains
éléments pour leur garantir la confidentialité – et
d’exercices activateurs de changements.
Prendre sa vie en main et devenir l’acteur principal du
film de sa vie ne s’apprend pas, cela s’expérimente. Les
passages théoriques que vous trouverez dans ce livre ne
sont là que pour éclairer la finalité de cet ouvrage : votre
action.
C’est dans l’action que naît le changement, et c’est
suivant l’adage « mieux vaut pouvoir que savoir » que ce
livre s’est construit. C’est toujours in fine l’action qui scelle
le changement.
Dans cet esprit, nous ne saurions que trop vous
encourager à réaliser tous les exercices qui vous sont
proposés, au risque sinon de faire de ce livre un ouvrage
intéressant, mais inutile.
Bien entendu, la réflexion n’est pas absente du processus
de changement que nous décrivons, et il ne s’agit pas
d’opposer action et réflexion mais bien au contraire de les
réconcilier.
Dans un processus de changement, réflexion et action se
nourrissent l’une et l’autre. Les modèles de coaching
dominant, de type anglo-saxon et comportementaliste d’une
part, et plutôt « à la française » et plus psychologique
d’autre part, loin de s’opposer, se complètent au contraire et
présentent deux aspects d’un même processus.
Quel que soit le découpage des séquences entre action et
réflexion, l’essentiel est que les deux coexistent et soient
harmonieusement vécues par celui ou celle que le
changement concerne.
Agissez d’abord, vous ajusterez le cap ensuite
Nous avons écrit ce livre dans l’idée de répondre à la
demande des lecteurs que nous sommes. Au fur et à mesure
de sa construction, nous avons vu grandir l’ouvrage que
nous aurions aimé avoir entre les mains quelques années
plus tôt.
Vous trouverez dans les pages qui suivent une
proposition, une structure de changement en adéquation
avec nos fonctionnements intimes.
Pour faciliter l’action, et rendre le changement plus
fluide, nous avons volontairement épousé la démarche du «
à vos marques… – partez ! – prêt ? », évitant par-là l’écueil
qui consisterait à ne faire qu’inlassablement se préparer tout
au long de sa vie à un départ qui n’arriverait jamais.
Dans cette perspective, nous avons divisé ce livre en trois
parties :
• la première aborde les cinq clarifications
personnelles qui, selon nous, sont nécessaires à la
mise en action ;
• la deuxième traite de l’action et fournira à chacun
les outils effectifs de sa propre transformation ;
• la troisième et dernière est destinée à inscrire cette
démarche dans la durée.
Lisez cet ouvrage, faites ses exercices, répondez aux
questions de chaque chapitre, et vous pourrez dire que vous
vous êtes coaché : vous aurez suivi chacune des étapes du
processus noble, profond et durable, qu’est le coaching
individuel tel que nous le pratiquons.
Des histoires pour faire plaisir à votre cerveau droit,
des exercices pour vous permettre de travailler
Amateurs et praticiens de la communication
éricksonienne, nous avons souhaité, en début de chaque
chapitre, raconter des contes et des histoires, car les
métaphores ont pour propriété de s’adresser à la fois à nos
cerveaux gauche et droit (cette séparation étant elle-même
une métaphore, de même nature que les séparations corps/
esprit et conscient/inconscient.)
Les exercices sont là pour vous permettre de travailler sur
chacun des chapitres et d’animer – de rendre vivantes – en
vous-même les idées qui y sont développées.
Enfin, vous trouverez au cœur de chaque chapitre une
présentation de celui-ci en dix questions. Avec les histoires,
les contes, les mythes et les métaphores, les questions sont
une voie royale vers le changement, car elles possèdent des
propriétés activatrices pour l’inconscient : une question bien
posée active des processus très profonds, suscitant même,
parfois bien plus tard, le fameux effet « eurêka ! ».
Vous allez bientôt aborder le corps de cet ouvrage. Nous
vous souhaitons un agréable voyage. Laissez-nous encore
vous rappeler quelques points qui nous semblent de la plus
haute importance pour que votre lecture soit la plus agréable
et fructueuse qui soit :
• Prenez les bonnes choses, laissez le reste : vous
trouverez dans cet ouvrage des points de vue, des
idées, des questions personnelles ou des façons
de voir les choses qui peut-être parfois vous
choqueront. Ce côté volontairement « checking
the tree » peut alors avantageusement être laissé
de côté : si une idée, une proposition, une
question ou un point de vue ne vous conviennent
pas, laissez-le de côté et passez à la suite. Ne
donnez pas plus d’énergie qu’il n’en faut à ce qui
ne vous convient pas, et concentrez-vous plutôt
sur ce qui vous « parle » et fait résonner quelque
chose de positif en vous.
• Ne précipitez pas votre transformation : notre
évolution personnelle nécessite parfois des
pauses ou des ralentissements. Notre être
profond, notre entourage également, doivent
parfois intégrer une avancée décisive, une
soudaine prise de conscience. Le cas échéant,
n’hésitez pas à marquer une pause afin de laisser
les choses s’harmoniser en profondeur, avant de
reprendre votre chemin.
• Faites-vous du bien : nous avons écrit ce livre
pour aider ceux qui le souhaitent à changer. Nous
l’avons aussi écrit pour les professionnels du
changement en quête de manuel pratique. Dans
tous les cas, rappelez-vous que vous êtes précieux
et qu’il est de votre responsabilité de prendre soin
de vous. Respectez vos erreurs passées, qui ont
permis le moment présent, envisagez l’avenir
avec détermination. Indulgence sans
complaisance, voilà peut-être une voix
d’investigation qui mérite d’être explorée. Bonne
route.
Un homme regarde chez lui un cocon qui brille à la
lumière du soleil. Le regardant, il s’aperçoit qu’une légère
fêlure apparaît peu à peu à sa surface. Un tout petit papillon
est en train d’éclore, de voir le jour.
L’homme voit ce tout petit papillon qui peine à casser son
cocon avec ses ailes frêles et encore toutes engluées.
Bien sûr, il est tenté d’aider la nature et de faciliter la
sortie du cocon. Il est tenté, mais il ne le fait pas. Il ne le fait
pas car il sait que cette étape est indispensable au papillon :
lorsqu’il casse avec tant de difficultés son cocon, il mobilise
des forces en lui qui sont les seules à permettre aux ailes de
se déployer et de se décoller totalement.
Au prix de ces immenses efforts, le petit papillon se
fortifie et apprend, en même temps qu’il arrive au monde, à
déployer ses ailes pour bientôt voler. Briser le cocon ne
serait pas aider le papillon, mais le condamnerait au
contraire à une mort certaine : les ailes non décollées
resteraient trop fragiles pour se déployer, et le petit papillon
resterait à l’agonie. Heureusement, l’homme qui regarde ce
magnifique spectacle connaît tout ça. Alors il observe la
magie de la nature, il s’émerveille devant toute la force que
déploie le petit papillon et lorsque celui-ci prend son envol,
l’homme sourit.
Partie 1
PRÉPARER LE
CHANGEMENT : QUE
METTRE DANS LA VALISE ?
1
« DE TOUTE FAÇON, JE N’AI PAS LE
TEMPS… »
Se donner du champ pour changer : revoir sa relation au
temps
EN LISANT LE LIVRE de Marc Lévy Et si c’était vrai ?, nous
avons été frappés par cette histoire…
La loterie magique
Un enfant a un peu de mal à calmer le flot de ses pensées, et se
plaint notamment de ne plus parvenir à vivre ces minutes sans penser
à celles qui vont suivre.
Alors, pour l’amuser, et le calmer, la jeune femme qui est avec lui
décide de lui raconter une histoire. C’est l’histoire d’une loterie
magique :
Il doit imaginer qu’il a gagné à un jeu dont le principe est le
suivant : chaque matin, une banque lui ouvre un compte créditeur
dont le montant d’argent disponible est de 84 600 euros. Et les règles
du jeu sont les suivantes :
« La première règle est que tout ce que tu n’as pas dépensé dans la
journée t’est enlevé le soir, tu ne peux pas tricher, tu ne peux pas virer
cet argent sur un autre compte, tu ne peux que le dépenser. »
Et chaque matin, au réveil, la banque lui ouvre à nouveau un
compte avec à nouveau 84 600 euros pour la journée.
La deuxième règle de ce jeu fort simple est la suivante :
« La banque peut interrompre ce petit jeu sans préavis ; à n’importe
quel moment elle peut te dire que c’est fini, qu’elle ferme le compte
et qu’il n’y en aura pas d’autre. Qu’est-ce que tu ferais ? »
Quels seraient vos choix si vous aviez gagné à un tel jeu ? Au-delà
du petit garçon du livre de Marc Lévy, c’est l’enfant présent en
chacun de nous qui peut alors rêver à ce que ce genre de jeu pourrait
modifier dans sa vie…
Il est important d’éclairer ce conte par la suite de l’histoire, car il se
trouve que nous avons déjà gagné à cette loterie magique.
Cette loterie magique est le jeu de la vie, et les 84 600 euros de
cette banque magique sont en fait les secondes de la corne
d’abondance qu’est le temps. Chaque matin, en nous réveillant, nous
disposons tous – quelles que soient nos origines sociales, notre
éducation ou notre sexe – de 84 600 secondes dans la journée. Nous
ne pouvons pas mettre ce temps de côté, pour nos vieux jours,
seulement le dépenser. Quand vient le soir, tout ce qui n’a pas été
dépensé est perdu. Mais la banque magique nous recrédite dès le
lendemain matin de ces 84 600 précieuses secondes. Bien sûr, tout
cela peut s’arrêter n’importe quand, du jour au lendemain, sans
avertissement. À nous d’en faire alors d’ici là ce que bon nous
semble, en notre âme et conscience.
Depuis Einstein et sa théorie de la relativité, le temps est censé
représenter un simple paramètre physique, relatif et fonction d’autres
données. Pourtant, combien de personnes prétendent vouloir
accomplir mille choses toutes plus fantastiques les unes que les
autres, si seulement elles avaient le temps ?
Comment se fait-il que certains, à charge de tâches égales,
parviennent à « prendre le temps » de se détendre ou de rêver, alors
que d’autres donnent l’impression de sans cesse courir après les
grains de sables qui s’écoulent inexorablement dans le sablier ?
Il n’y a peut-être pas de bonne ou de mauvaise façon de composer
avec le temps ou plutôt il n’existe pas de recette gravée dans le
marbre. Il y a sans doute un chemin personnel à trouver, qui permet
de bien vivre son temps, en percevant le temps qui s’écoule comme
un allié.
Des moyens existent pour optimiser notre propre temps sans pour
autant sombrer dans les affres du surmenage et risquer le burn-out. Et
c’est en explorant les rapports que nous entretenons avec lui, en
transformant l’écoulement inéluctable du temps en atout de premier
choix, que nous pouvons espérer parvenir au lâcher prise et enfin
profiter de l’instant présent. Ce moyen passe par notre capacité à
tisser des relations amicales avec le temps, en respectant notre
manière individuelle de nous relier à lui.
VOIR LOIN… OU PAS ?
Si vous avez déjà fait des projets – et nous en faisons tous, toujours
– vous avez remarqué que, quelle que soit la nature de ce projet, il
s’inscrit de toute façon dans le temps.
De la mise en place d’un progiciel de gestion intégré dans une
multinationale à la réalisation d’un gâteau au chocolat pour le pique-
nique annuel de tante Anna, en passant par la décoration de la
chambre du petit dernier, il est essentiel d’inscrire un certain nombre
d’opérations dans le temps, de les organiser, de les planifier.
Nous connaissons tous ce gag cinématographique fameux du
peintre qui refait le sol d’une pièce en partant de l’unique porte de
celle-ci, se retrouvant alors prisonnier dans un coin de la pièce,
condamné à attendre que sa peinture sèche !
L’aptitude à découper nos projets en étapes, puis d’imaginer dans
quel ordre et de quelles façons ces étapes s’inscriront dans le temps
est d’une importance capitale dans nos réalisations.
En projetant dans le temps futur nos projets, nos désirs, nos rêves,
nous commençons d’ores et déjà à leur donner corps, à leur faire
prendre une certaine consistance.
Dans cet exercice parfois délicat, on distingue deux familles
principales d’individus. La première – ce choix ne présuppose
d’aucun jugement de valeur – dispose de facilités pour voir loin et
élaborer des projets dans leur globalité. La seconde famille rassemble
des individus ayant la particularité de distinguer d’abord avec une
grande facilité les premières étapes d’un projet, de façon très concrète
et pragmatique.
Mayer et Brigs ont mené des travaux sur cette différence de
perspective, fondés sur la psychologie de C. G Jung. Cette distinction
peut se résumer au sens « global → détail » ou « détail →> global ».
Ainsi, un « global → détail » aura une facilité naturelle à voir loin,
imaginant le projet complètement réalisé et faisant déjà travailler son
esprit aux prochaines réalisations. Il pourra alors éprouver certaines
difficultés à passer à l’action pour la première étape, faisant
difficilement dans son esprit le rétro-planning nécessaire à
l’organisation des étapes.
À l’inverse, un « détail → global » peut avoir tendance à se lancer
dans l’action immédiatement. Une difficulté pourra alors être
éprouvée lorsqu’il s’agira de passer à la prochaine étape, et surtout à
garder en ligne de mire la finalité du projet.
Dans les deux cas, il est extrêmement important d’aller explorer de
nouvelles manières d’appréhender un projet : pour ceux d’entre nous
qui voyons loin très facilement, demandons-nous quelles pourront
être les étapes intermédiaires de nos projets, et par quelles actions
chaque étape pourra commencer.
Au besoin, faisons des rétro-plannings en nous demandant, à partir
de la perspective de notre projet réalisé, quelle pourrait être l’étape
juste précédente, et encore juste avant, et juste avant, etc.
Poussons nos actes dans le temps, et, l’espace d’un instant,
sentons-nous comme affranchis des contraintes de faisabilité de nos
projets, afin de laisser alors parfaitement libre cours à notre
imagination. Nous rencontrons (les auteurs) souvent des gens qui
utilisent toute leur créativité à imaginer par quel malheureux coup du
sort leur projet pourrait échouer. Nous nous attachons alors à les aider
à rediriger leur créativité – incroyablement fertile – dans le sens de
leurs projets et de leurs désirs.
Dans tous les cas, rappelons-nous que le principal architecte de
nos projets, c’est le temps. En apprenant à mieux vivre avec lui, en
découvrant ses pouvoirs exceptionnels et en l’apprivoisant, nous
pouvons nous ouvrir les portes d’une nouvelle façon de vivre, plus
respectueuse de nos propres rythmes et plus en phase avec… notre
temps !
AUJOURD’HUI EST LE PREMIER JOUR DU RESTE DE
TA VIE
Jean reçoit souvent dans son cabinet des personnes qui se
morfondent sur le mauvais usage qu’ils ont fait de leur temps jusqu’à
maintenant. Une chose remarquable est de voir à quel point l’âge de
ces gens est différent : le plus jeune d’entre eux avait 21 ans. Et déjà,
il pensait qu’il était trop tard…
Il se souvient notamment d’une femme d’une quarantaine d’années
qui regrettait sans cesse de ne pas être passée plus tôt à l’action : elle
souhaitait réorienter sa vie professionnelle depuis déjà longtemps – à
peu près cinq ans – et culpabilisait de ne pas avoir posé certains actes
plus tôt, comme suivre une formation professionnelle ou démarrer un
CIF (congé individuel de formation). Ces regrets auraient pu être un
bon moteur de passage à l’action, mais au contraire ils s’étaient
transformés chez elle en une espèce d’état d’esprit paralysant,
consistant à « regarder vers le passé » plutôt que d’aborder l’avenir
dans le mouvement.
Utilisant à son compte cette aptitude certaine à regretter lorsqu’il
est trop tard, ils ont travaillé à ce que Sophie se projette dans l’avenir,
afin qu’elle éprouve dès aujourd’hui l’amertume qu’elle ressentirait à
coup sur dans dix ans si elle ne changeait rien à son comportement du
moment.
Cette projection, qui l’a intensément effrayée, s’est avérée très
bénéfique : la peur de regretter plus tard son inaction d’aujourd’hui a
rempli Sophie d’une énergie suffisante pour prendre les choses en
main. Après avoir passé brillamment le TOEIC (Test of English for
International Communication) et suivi des cours du soir, elle travaille
désormais dans le tourisme, ce dont elle n’avait fait auparavant que
rêver.
Ce que nous souhaitons souligner avec cet exemple, c’est que les
contraintes de temps sont très rarement en dehors de nous, mais en
nous-mêmes : c’est dans notre façon de nous autoriser à nous projeter
dans l’avenir, à changer de perspective, à entreprendre un pas après
l’autre des projets d’envergure, que nous domestiquons le temps.
Certaines contingences liées au temps existent, et il n’est pas dans
notre propos de le nier. Insistons simplement sur le fait que les
domaines où le temps est un ennemi sont très rares.
En dehors des domaines pour lesquels nous pensons que le temps
est incompressible, rappelons-nous qu’il n’est jamais trop tard pour
commencer à changer les choses. Bien sûr, certains projets peuvent
nous paraître un peu fous, parfois même peut-être quasiment
irréalisables. Souvenons-nous dans ce cas-là d’une chose que Tony
Robbins, un coach américain, rappelle dans tous ses séminaires sur la
réalisation de soi : « Sur un an, vous vous mettez toujours la barre
trop haut ; sur dix ans, vous n’imaginez pas ce que vous pouvez
réaliser »
Pensons à ces bonnes résolutions typiques du Jour de l’an ou des
anniversaires. La tendance générale est alors de se surestimer, en
projetant sur 365 jours ce qui nécessiterait peut-être le double de
ressources ! En revanche, par effet inverse, les projections à dix ans
sont toujours en dessous de la réalité et du possible. Jean a participé
en 2004, au week-end organisé par sa promotion pour célébrer ses dix
ans d’entrée à l’école. D’anciens élèves avaient réalisé un diaporama
destiné à montrer aux jeunes recrues de l’école quelle était la réalité
de leur promotion à eux, dix ans plus tôt.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il réalisa qu’en 1994, l’usage
des téléphones portables et des organiseurs était presque inconnu du
grand public et la France comptait davantage d’utilisateurs de minitel
que d’internautes !
Par ailleurs, les routes qu’avaient prises les uns et les autres au sein
de la promotion étaient elles-mêmes très révélatrices de ce que le
temps peut réserver et créer : certains avaient déjà une famille avec
plusieurs enfants, d’autres avaient parcouru le monde de long en
large, d’autres encore avaient changé de voie et étaient devenus
producteurs de films !
Rappelons-nous toujours cette réalité : sur un an, le temps passe
très vite. Sur dix ans, il peut nous emmener au-delà de nos rêves les
plus fous. Pour ce faire, il nous faudra harmoniser notre relation entre
le présent et nos futurs proches et lointains.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Si le temps était une personne, quel genre de relations
auriez-vous avec elle ?
• Que feriez-vous de votre vie si vous aviez tout le temps
du monde ?
• Que feriez-vous de votre vie si votre temps était
compté ?
• Jusqu’à quand parvenez-vous à imaginer votre vie dans
le futur ?
• Dans le passé, quelles décisions avez-vous prises qui
ont fait de votre futur ce que vous êtes maintenant ?
• Quels moments de votre vie passent-ils lentement ?
Quels moments de votre vie passent-ils rapidement ?
• Comment avez-vous géré la ressource temps jusqu’à
présent ?
• Quels principes avez-vous décidé d’adopter jusqu’à
maintenant pour la gestion de votre temps ?
• Quelles différences de principes existe-t-il entre la
gestion de votre temps et celle de votre argent ?
• Comment respectez-vous le temps des autres ?

SE CENTRER SUR L’INSTANT PRÉSENT : ICI ET


MAINTENANT
C’est une condition indispensable à toute entreprise, qu’elle soit
personnelle, professionnelle ou qu’elle concerne notre vie de couple.
Les décisions que nous prenons – et nous en prenons à longueur de
temps ! – sont régies par deux critères : d’une part, la recherche du
plaisir, d’autre part, l’évitement de la douleur. C’est dans la
distinction que nous faisons entre le plaisir à court terme et la douleur
à long terme ou l’inverse, que se construit notre destin. Le plaisir à
court terme n’est bien souvent qu’une illusion de plaisir, qui ne fait
que renforcer des schémas comportementaux néfastes à notre
développement et masque les possibilités qu’un autre chemin
comportemental nous offrirait.
Par exemple, une personne qui souhaite perdre du poids doit
souvent faire la distinction entre un plaisir – ou une illusion de plaisir
– à court terme, comme de manger une crème glacée riche en sucre et
en graisses, satisfaisant alors un désir fugace, ou un plaisir à long
terme, passant éventuellement par une phase de « douleur » à court
terme. C’est dans sa façon d’appréhender cette phase délicate de
douleur à court terme que cette personne pourra tenir le cap, avec
plaisir ou pas selon sa capacité à ramener dans le présent la
satisfaction d’un objectif futur qui n’est pas encore atteint.
En effet, il est indispensable à ce moment-là de savoir se recentrer
sur l’instant présent, en lui donnant une autre dimension que celle de
la fugace frustration. C’est en apprenant à voir et à ressentir
différemment l’instant que nous parviendrons à donner au temps la
courbure que nous souhaitons lui communiquer. Nous reviendrons sur
cet aspect dans le chapitre 10consacré à la rigueur.
Projection dans l’avenir et lâcher prise sont deux notions qui, non
seulement ne s’opposent pas, mais au contraire ne s’envisagent pas
l’une sans l’autre. En effet, pour bien vivre notre vie professionnelle,
notre vie de couple ou notre vie personnelle, la posture de lâcher prise
nous permet de cultiver notre émerveillement ainsi que la fraîcheur et
l’ouverture de notre regard sur le monde. Cette posture de lâcher prise
ne se conçoit qu’à partir du moment où nous sommes habités à la fois
par une intention ferme et puissante quant à notre avenir et par un
centrage absolu sur l’instant immédiat.
Par intention, comprenons l’addition d’un désir profond à une
conviction de réalisation possible et d’un engagement total et sans
réserve dans l’instant présent. Car c’est notre intention qui nous
permet alors de suivre le courant sereinement, plein de la conviction
créatrice que nous irons là où nous le désirons.
De nombreux individus oscillent en permanence entre une attention
portée sur le passé ou sur l’avenir, et ne peuvent se centrer sur le
présent. Ils investissent la plus grande part de leur énergie à ruminer
le passé – idéalisé sur certains aspects, source de rancœur sur d’autres
– et à imaginer un futur empli à la fois de peurs et de désirs qu’ils ne
chercheront jamais à réaliser.
Un psychiatre spécialisé dans les pathologies psychologiques des
salariés des entreprises qui vivent des changements importants,
déclarait sur une grande radio d’information : « Certains salariés vont
très mal, et l’enjeu pour moi est de déterminer s’ils sont stressés ou
déprimés, car le traitement sera différent. » Il expliquait ensuite que
pour établir son diagnostique, il notait le temps qu’employaient
majoritairement les personnes en exprimant leur souffrance : si ce
temps utilisé était majoritairement le passé, alors il concluait à une
forme de dépression, si ce temps était davantage futur il s’orientait
vers le stress. Le premier pas pour prendre notre vie en main consiste
à nous recentrer sur le présent, empli des enseignements du passé et
des projets de notre avenir. L’exercice 3 proposé en fin de chapitre,
s’il est réalisé régulièrement, peut grandement nous aider dans cette
perspective.
Une fois ce travail accompli, nous pourrons alors affronter les
conséquences de nos choix sur notre vie.
LE TEMPS EST TOUJOURS UN ALLIÉ, JAMAIS UNE
EXCUSE
En termes plus provocants : celui qui dit qu’il n’a pas le temps est
un menteur, vis-à-vis des autres ou de lui-même. Il n’assume pas ses
choix conscients et inconscients, sur tous les plans de son existence.
Et pour ceux ou celles d’entre nous que l’idée de faire des choix
rebute, dites-vous que si vous ne faites pas certains choix, d’autres les
feront pour vous, à votre place, et vous diront – ou vous disent déjà –
combien de temps vous devez consacrer à votre travail, à votre
compagne, à vos enfants, etc. peut-être même les événements
décideront-ils à votre place, vous privant ainsi d’une si précieuse
liberté.
À chaque fois qu’une occasion vous est donnée de choisir, faites-
le : c’est l’assurance que personne d’autre ne décidera de votre vie à
votre place. Et en termes de choix, le temps se présente à toutes les
échelles de votre vie : l’année, le mois, la semaine, la journée.
Sachons que quel que soit le domaine concerné, un peu de temps
consacré régulièrement vaut bien plus que beaucoup de temps
consacré de façon trop ponctuelle. Ceci est valable dans le sport, les
études, le travail, la pratique d’une langue étrangère, et bien d’autres
domaines.
Nous pouvons appliquer une grille d’aide au choix à toutes les
échelles de notre vie afin de déterminer sur quelles tâches ou quels
projets vous souhaitez consacrer du temps en priorité.
Cette grille ou « tableau de Mintzberg », est très appréciée des
consultants en organisation. C’est une matrice carrée avec les entrées
suivantes :

Urgent Non urgent

Important

Non important

Comme nous pouvons le constater, à l’échelle de la journée comme


à celle de la semaine ou de l’année, cette matrice permet de trier par
famille l’ensemble des tâches à réaliser.
Bien entendu, le choix des critères d’urgence et d’importance nous
appartient, et nous reviendrons plus loin dans ce livre sur
l’importance de ces choix. C’est grâce au temps qui passe que les
choses se transforment et que nos actions engendrent la réaction
attendue.
Enfin, il est extrêmement important de prendre conscience de la
relativité du temps et de l’espace ; si nous savons – souvent sans
vraiment le savoir – depuis l’exposé fameux d’Albert Einstein, que le
temps est relatif, nous devons prendre conscience que cette relativité
est particulièrement vraie lorsqu’elle s’applique à notre propre
perception.
C’est Albert Einstein lui-même qui, sous forme de boutade, aimait
à introduire la notion de relativité du temps en expliquant qu’une
minute passée auprès de notre fiancée n’a pas la même durée qu’une
minute en short, assis sur une plaque chauffante ! Au-delà de cette
boutade, retenons que notre cerveau possède naturellement cette
aptitude à coder le temps différemment, selon les contextes ou les
événements.
Qui a déjà vécu un accident se rappelle à quel point le temps
semble être comme suspendu, les événements extérieurs se déroulant
comme au ralenti.
Au contraire, nous avons tous dans notre mémoire le souvenir de
soirées passées avec des personnes appréciées, au cours desquelles
personne n’a « vu passer le temps. »
Il est alors intéressant de jouer avec ces aptitudes de notre cerveau.
En coaching sportif, cette capacité est dorénavant très utilisée : si l’on
parvient à ralentir le temps subjectif (interne) perçu par un sportif de
haut niveau, et l’on considère à l’heure actuelle que l’on peut y
parvenir d’un ordre de 15 à 20 %, ceci lui conférera un avantage
inégalable, car il percevra ses adversaires dans un ralenti relatif. Nous
vous en proposons une version simplifiée dans l’exercice 1.
Milton Erickson, sur ce sujet, induisait chez ses patients en proie à
de grandes douleurs des distorsions du temps, qui allongeaient le
temps où ils se sentaient calmes et détendus, et rétrécissaient le temps
où la douleur se réveillait.
Le temps de notre vie n’a pas non plus de valeur absolue. Certains
psychologues prétendent que la perception subjective de notre demi-
vie se situe aux alentours de vingt ans, alors que notre espérance de
vie est de près de quatre-vingts ans.
Il est connu qu’une année n’a pas la même durée relative pour un
enfant de sept ans que pour un vieillard.
CHANGER NOS PARADIGMES
Selon nous, il ne peut y avoir de prise en main de sa vie sans une
remise en cause du cadre général de notre perception du temps et des
paradigmes de notre existence. C’est pour cette raison que nous avons
consacré le premier chapitre de ce livre au temps.
La loi de Pareto, ou loi des 80/20, peut probablement s’appliquer à
notre approche du temps : 80 % de notre vie, de notre part de
satisfaction et d’intensité d’existence, est souvent concentrée dans 20
% de notre temps. Une fois cette prise de conscience réalisée, nous
sommes autorisés à nous poser cette deuxième question : comment
étendre ce dont sont composés ces 20 % au-delà du temps que nous
leur consacrons ?
Dans cette réflexion, nous allons alors buter sur un certain nombre
de limites et blocages, liés à nos obligations, au « temps
incompressible » de notre existence très quotidienne.
Pour dépasser ces limites, nous ne pouvons pas faire l’économie de
gérer un certain nombre de paradoxes qui sont propres à chacun de
nous.
Nous devons apprendre à considérer ceux-ci sous un angle
différent et selon un nouveau point de vue. Il s’agit là de notre
premier obstacle à surmonter.
Le président d’une enseigne nationale de commerce à réseau
confiait récemment à Philippe la réflexion suivante : certains
adhérents de son groupement consacrent beaucoup de temps à
l’organisation du réseau et au développement de projets, pour le
bénéfice de tous les adhérents. Ce temps investi devrait, en toute
logique, nuire au développement de leur affaire propre, ces personnes
ayant moins de temps à lui consacrer. Ce président constatait, contre
toute attente, le phénomène inverse : plus un adhérent consacrait du
temps au collectif, plus ses affaires étaient florissantes !
Il en donnait l’interprétation suivante :
• Investissement pour le collectif rendait de facto nécessaire
une forte délégation à ses équipes dans le quotidien des
magasins.
• Son nouveau cadre d’action, le réseau, lui apportait des
perspectives, un point de vue nouveau qui irradiait
positivement jusqu’à la gestion de son affaire.
Dans sa spécialité de coaching de managers, Philippe est très
souvent confronté à ce phénomène et à de tels paradoxes. Il en est
arrivé, après des années de pratique à la conclusion suivante : on ne
peut travailler les aspects du management sans aborder de front la
notion de temps et l’identification des paradoxes ou contradictions,
qu’une personne devra absolument résoudre pour se développer dans
ce domaine. À chacun de trouver sa manière personnelle de passer
cette barrière !
Un directeur régional d’un cabinet de consultant lui racontait les
avoir résolus, sans le vouloir, de la manière suivante : il était
confronté depuis des années à une grande difficulté pour faire
progresser en compétence et autonomie son plus proche
collaborateur, sans réellement noter de succès dans sa démarche.
Quand sa direction lui annonça qu’il serait muté et promu un an plus
tard et qu’un autre directeur – identifié – lui succéderait, il constata
que son collaborateur se mit à évoluer très rapidement dans le sens
désiré. L’interprétation qu’il en donnait était que, confronté à une
nouvelle nécessité, absolue et motivante, quelque chose en lui avait
modifié la relation qui le liait à celui-ci.
Comment identifier et gérer nos paradoxes ?
Par l’expérimentation, en réalisant des modifications
expérimentales – illogiques à première vue – qui nous amèneront à
trouver un nouvel équilibre dans notre relation au temps. Par
exemple :
• alors que votre journée de travail est bien remplie, acceptez
une tâche supplémentaire sans augmenter vos horaires ;
• renoncez à résoudre un problème ou une préoccupation
mineure. Un dicton provocant dit : « Aucun problème ne
résiste durablement à une absence totale de solution » ;
• coupez votre téléphone mobile et allumez-le à heures fixes ;
• décidez de travailler une heure de moins par jour ;
• etc.
Soyez curieux : testez, expérimentez, tirez vos propres conclusions
sur les conséquences de ces changements ! Certaines idées, avec le
recul, vous paraîtront très mauvaises, alors que d’autres vous aideront
à percevoir vos contraintes différemment. L’approche que nous vous
proposons dans le paragraphe suivant peut également y contribuer.
LE TEMPS, C’EST DE L’ARGENT
Cette expression commune, si nous la prenons littéralement, peut
nous aider à modifier notre relation au temps.
Quelle serait notre nouvelle relation au temps si nous approchions
sa gestion comme nous abordons la gestion de notre budget
personnel ? Comme notre budget, notre temps comprend des
dépenses incompressibles, au moins en fonction de nos choix de vie –
logement, nourriture, vêtements… – et des dépenses de loisir que
nous avons choisies : sorties, vacances, détente, hobbies, petits
plaisirs…
Une dernière catégorie de dépenses pourrait être qualifiée de
dépenses d’investissement – retraite, épargne, prévision de dépenses
futures – qui pourraient correspondre au temps que nous
souhaiterions investir pour un projet personnel : formation, prise de
recul, nouvelle manière d’appréhender notre travail ou nos études,
remise en forme, rencontre de nouvelles personnes.
Vous pouvez vous poser les questions suivantes, et bien d’autres,
pour clarifier vos principes dans la gestion de votre budget financier :
• Une dépense imprévue survient, qui grève votre budget sur
plusieurs mois. Si vous n’avez pas d’économies, quels
seront vos choix ?
• Vos revenus augmentent soudain de 20 % : comment allez-
vous affecter cette nouvelle ressource ?
• Des amis très aisés vous proposent une sortie ou des
vacances avec eux, impliquant pour vous des dépenses
supérieures à vos moyens. Comment allez-vous gérer la
situation ?
Déterminez vos principes dans votre relation à l’argent, et cherchez
à les comparer à ceux que vous appliquez, peut-être sans n’y avoir
jamais pensé, à votre gestion du temps : quelle logique différente
constatez-vous ? quelles différences vous paraissent-elles justifiées et
injustifiées ? quelle nouvelle manière de gérer votre relation au temps
cela vous inspire-t-il ? quelles seront vos premières décisions en ce
sens ?
SE DÉFINIR DES PRINCIPES RIGOUREUX ET LES
RESPECTER
Il y a autant d’hommes et de femmes que de manières de gérer son
temps. Des principes absolument différents, voire opposés, peuvent
être efficacement adoptés par différentes personnes sur ce sujet
crucial de notre vie.
Le point essentiel est le suivant : notre management personnel du
temps commence quand nous déterminons des principes pour nous-
mêmes, compatibles avec l’environnement dans lequel nous
évoluons, et que nous les respectons. Quels qu’ils soient, ces
principes vont représenter une barrière contre le stress et
l’envahissement des contraintes et de la pression qui, sans eux,
pourraient nous submerger.
Nous vous proposons ici quelques exemples de principes souvent
appliqués avec succès. Les meilleurs principes seront ceux que vous
déterminerez dans votre cas particulier :
• « Ne jamais travailler de chez moi, ni le soir, ni le week-
end. Je resterai travailler aussi tard que nécessaire mais je
laisserai mon travail au bureau en arrivant à la maison » ou
« Quoi qu’il arrive, je consacrerai à ma famille tous les
jours trois heures de 18 à 21 heures, quitte à travailler
ensuite de la maison »
• « Je serai disponible sur mon téléphone mobile tous les
jours de 8 à 10 heures et de 16 à 18 heures » ou : « Mon
mobile sera en permanence éteint et je consulterai les
messages le soir après 18 heures. »
• « Chaque semaine, je vais chercher au moins une fois les
enfants à l’école » ou « Au moins une fois par trimestre,
j’effectue une sortie à deux avec chacun de mes enfants. »
• « Chaque jour, de la voiture avec mon kit « mains libres »,
je téléphone à un ami en rentrant chez moi » ou «
j’organise deux fois par mois des dîners avec mes amis. »
• Etc.
Exercice 1 :Vous approprier votre perception de l’écoulement du
temps

Durée indicative : 30 minutes


1. Identifiez une situation où le temps semble s’être ralenti. Cela
peut être un souvenir de voiture, lorsque vous quittez un long trajet
d’autoroute et que vous arrivez en ville ; après avoir roulé si
longtemps à vive allure, vous pouvez avoir l’impression de vous
mouvoir au ralenti.
Ou encore un souvenir d’enfance : rappelez-vous comme une heure
de cours pouvait paraître longue, longue…, presque interminable !
Une attente dans une queue de supermarché, d’un rendez-vous
amoureux, d’un postier qui tarde… Toutes ces situations, et bien
d’autres, ont la propriété de ralentir le temps, du moins la perception
que nous en avons.
2. Après avoir identifié votre souvenir particulier de temps long,
prenez le temps, les yeux fermés, de vous immerger dans celui-ci :
sous forme de film au ralenti ou bien comme une sensation de lenteur,
quelque part dans le corps…
Passez en revue tous les éléments de ce souvenir, sons, images,
sensations, odeurs, et identifiez pour chacun d’eux les caractéristiques
principales.
Quand vous êtes en mesure de ressentir l’état exact de votre
souvenir, pressez votre bras – durant une trentaine de secondes –, puis
lâchez-le, pour en capturer l’état d’esprit.
Vous venez de vous construire « une ancre », terme PNL, un
stabilisateur, qui vous permettra de retrouver cet état de perception
lente de l’écoulement du temps quand vous le souhaiterez.
3. Identifiez maintenant une situation inverse, en termes
d’écoulement du temps, dans laquelle vous souhaitez que le temps
passe moins vite qu’à l’accoutumée : sport de haut niveau, réunion
avec des amis, challenge personnel pour lequel vous souhaitez
disposer de « tout le temps du monde. »
Immergez-vous dans cette situation et passez en revue tous les
éléments que vous pouvez identifier : lieu, personnages, détails, voix
ou musique, sensations diverses, odeurs. Prenez le temps de vous
immerger dans cette situation, jusqu’à la revivre.
4. Tout en restant dans cette situation pour laquelle vous souhaitez
ralentir le temps, en restant vigilants à tous les détails, pressez votre
bras à l’endroit exact où
vous l’avez pressé lors du point 2, avec la même force.
Après quelques secondes, observez comment le temps se ralentit
progressivement, de plus en plus, jusqu’à, peut-être s’arrêter sur une
image fixe. Prenez conscience de votre pouvoir d’accélérer ou de
ralentir le temps selon votre volonté. Décidez de ce que vous
souhaitez faire de ce temps : réfléchir aux bonnes décisions, agir plus
rapidement ou peut-être prendre le temps de profiter de la situation.
Restez dans cet état aussi longtemps qu’il vous est agréable ou que
vous pouvez tirer profit de l’expérience.
5. En profitant de votre état interne du moment, posez-vous cette
question : dans quelles situations pourrai-je bénéficier de ma nouvelle
capacité ? Passez en revue plusieurs situations pour lesquelles celle-ci
vous serait utile.
6. Abandonnez très progressivement l’expérience, en revenant dans
le lieu dans lequel vous êtes réellement. Ouvrez les yeux, regardez
autour de vous, entendez les sons de votre environnement.
Empressez-vous ensuite d’oublier cet exercice, vaquez à vos
occupations ou passez à l’exercice suivant.
À quel moment, à votre grande surprise, allez-vous prendre
conscience d’éléments étonnant dans votre perception de
l’écoulement du temps ?
Exercice 2 : Prendre conscience du chemin que vous avez déjà
parcouru

Durée indicative : 20 minutes


Prenez un moment et remettez-vous dans la peau de celui ou de
celle que vous étiez il y a dix ans… Rappelez-vous votre
environnement de l’époque, ce que vous faisiez alors, quelles étaient
vos pensées, les lieux dans lesquels vous évoluiez, les gens que vous
fréquentiez, le son de leur voix…
Imaginez alors que vous rendez visite à cette personne, cet autre
vous-même d’il y a dix ans, et que vous lui racontez ce qui s’est passé
pour vous depuis. Observez ses réactions, son étonnement ou ses
interrogations. Prenez note de l’expression de son visage, de sa façon
de vous parler.
Vous pouvez même lui demander des conseils pour aujourd’hui ou
lui demander ce qu’elle pense de tout ça… De quoi cette personne
est-elle satisfaite, que peut-elle vous reprocher ?
Prenez ensuite le temps nécessaire pour mesurer le chemin
parcouru, et pour apprécier toutes ces choses imprévues qui ont eu
lieu.

Si vous n’êtes pas satisfait de ce qui s’est passé, surtout, soyez


indulgent envers vous-même : la vie est faite d’apprentissages, et
chaque poison renferme aussi son propre antidote. Souvenez-vous
qu’un des secrets de l’excellence personnelle est l’indulgence envers
vous-même, et sachez vous rappeler alors qu’indulgence n’est pas
complaisance… Vous êtes votre meilleur ami. Quelles promesses
pour les dix prochaines années allez-vous faire à votre moi passé ?

Si vous êtes ravi et même surpris par tout ce chemin parcouru,


félicitez-vous pour toutes ces belles réalisations, ces apprentissages
ou ces changements dans votre vie dont vous vous félicitez. Profitez
de cette expérience pour garder présent à l’esprit ce pouvoir du
temps, souvent sous-estimé et sous-utilisé.
Bien entendu, chaque lecteur aura pu remarquer que son bilan est
souvent partagé entre ces deux extrêmes de la satisfaction et de la
frustration. Il est important de savoir se remotiver en prenant
conscience de ses réussites, et de savoir affronter nos échecs et nos
faiblesses.
Exercice 3 : Se recentrer à volonté sur l’instant présent

Durée indicative : 2 à 30 minutes


Comme nous l’avons abordé précédemment, savoir se centrer à
volonté sur « l’ici et maintenant » est d’une très grande importance.
Nous vous proposons à cet effet l’exercice suivant :

Concentrez-vous durant une trentaine de secondes sur


votre respiration, en vous attachant à mobiliser la totalité
de vos pensées sur celle-ci. Favorisez une respiration
abdominale

Concentrez-vous maintenant durant la même durée sur des


éléments visuels de votre environnement

Concentrez-vous sur les sons que vous entendez, en vous


efforçant de discerner jusqu’aux bruits les plus infimes.

Concentrez-vous sur toutes les sensations que vous pouvez


discerner : Température ambiante ou vent sur votre peau,
endroits de votre corps les plus détendus, vêtements ou
chaussures sur votre peau…

Enfin, centrez votre attention sur les odeurs que vous


percevez.
Cet exercice, d’une simplicité absolue, a pour vertu de stabiliser
notre attention sur l’instant présent. Si vous réalisez cette routine sur
plusieurs semaines, de trois à dix fois par jour, vous constaterez des
progrès notables dans le sens d’un plus grand calme et d’une
meilleure présence à l’instant présent.
Sa durée peut varier de deux à trente minutes.
Réalisez-le de nombreuses fois dans la journée, quand vous vous
sentez « décentré » de l’instant présent.
Si vous désirez en augmenter la durée, faites de nouveau la boucle
complète plusieurs fois de suite, en augmentant la longueur de
chacune des cinq phases.
Exercice 4 : Déterminer des priorités

Durée indicative : 20 minutes


Passez en revue les différentes parties de votre vie qui vous
prennent du temps : Travail, repos, détente, vie familiale, amours,
passions ou hobbies, et aussi obligations diverses, contraintes…
Disposez-les dans la grille de la figure 1 :

Figure 1
– « De toute façon, je n’ai pas le temps ! » avez-
vous dit ?
Quelle est la case la plus importante ? Il s’agit de la case
Important/Non urgent : elle est le réservoir de nos rêves. Elle contient
l’énergie qui nous permettra de transformer nos vies. Elle représente
également tout ce que nous risquons d’abandonner le plus facilement
si nous ne prenons pas notre vie en main et nous laissons déborder.
Pour chacun des sujets qui la composent, décidez du temps que
vous souhaitez y consacrer, en volume comme en fréquence : vous
pouvez décider de consacrer deux heures par semaine à
l’apprentissage de l’anglais, sous la forme de 30 minutes le lundi, le
mardi, le jeudi et le vendredi ou bien sous forme de deux heures le
dimanche.
Faites un essai sur deux semaines afin de vérifier que ce que vous
avez décidé est juste et viable.
Soyez flexible par rapport à ces choix : l’essentiel est de vous
amuser, de jouer avec cette ressource devant laquelle nous sommes
égaux : le temps.
Dans les jours prochains…
Imposez-vous chaque jour 30 minutes de rêverie. Cette
période doit être dénuée de toute contingence
matérielle : aucune fonction directement reliée aux
affaires de la maison, du travail ou de la famille.
Commencez dès maintenant à « faire des coupes » dans
votre budget temps : où sont les dépenses inutiles et
superflues ?
Comme vous le feriez si vous appreniez une prochaine et
subite rentrée d’argent, imaginez à quoi vous allez
bientôt consacrer ce temps supplémentaire.
Identifiez les comportements dont vous « sentez » qu’ils
ne sont pas nécessairement bons pour vous. Dans les
jours qui viennent, avant d’agir, demandez-vous
systématiquement ce que sera votre vie dans dix ans
en conservant ce comportement. Si le résultat vous
convient, ne changez rien. Si le résultat n’est pas fidèle
à l’image de la Vie que vous souhaitez vivre dans dix
ans, faites différemment.
2
« JE NE CROIS PAS EN ÊTRE
CAPABLE… »
Se débarrasser des poids indésirables : le grand
nettoyage des croyances limitantes
La malédiction de Toutankhamon
4 novembre 1922. Depuis cinq ans, Howard Carter et son
mécène, Lord Carnavon, ont remué des milliers de mètres
cubes dans la vallée des rois, cet enchevêtrement aride de
rocs et de pierres, à quelques kilomètres de Louxor. La
maison Carter, cernée de ses murs épais sans fenêtres pour
le protéger du soleil égyptien, est élevée sur une hauteur à
l’entrée de la vallée. Tous les matins, à l’aube, Carter rejoint
les ouvriers à quelques centaines de mètres de là. Il sait que
Lord Carnavon s’impatiente et que ce dernier a décidé de ne
pas poursuivre les fouilles au-delà de l’hiver, renonçant à la
plus grande découverte égyptienne de tous les temps : celle
de la tombe inviolée du grand pharaon. Carter est fébrile, et
la chaleur, très relative pour l’Égypte, de ce mois de
novembre le fait déjà transpirer abondamment. Il pense à
son petit canari jaune d’or, le porte-bonheur de son équipe.
L’oiseau égayait de son chant sa solitude au milieu du
désert. Un des serviteurs, le découvrant quelques semaines
auparavant, s’était même écrié : « Cet oiseau nous portera
chance. Inch Allah, nous trouverons cette année une tombe
remplie d’or. » L’oiseau avait été dévoré le matin même par
un cobra, symbole du pharaon. Carter, à bout de forces et
d’épuisement, continue à diriger son équipe, comme
halluciné, refusant de reconnaître le sinistre présage. La
colline est un enchevêtrement de tombeaux, mêlés les uns
aux autres au cours des siècles. Un cheval trébuche,
déclenchant l’éboulement de roches. Frénésie. Malgré
l’épuisement et la tension, une porte est dégagée,
découvrant au milieu des sceaux le cartouche de
Toutankhamon. Mise en garde du contremaître : « Ils
mourront comme l’oiseau s’ils violent le repos du pharaon.
» Or, pierres précieuses, richesses de trésors et d’offrandes.
Au-delà de l’antichambre, la momie, dans son linceul
d’éternité.
*
Printemps 1923. Lord Carnavon est pris de fièvre suite
aux piqûres de moustiques. Il meurt le 5 avril 1923. La
presse, qui a eu vent de l’avertissement lancé aux
profanateurs, voit en celui-ci la première victime de la
malédiction. Les articles se succèdent pendant des années,
chacun synthétisant les précédents et ajoutant à la folie
ambiante. Des membres de l’expédition jureront –
probablement de bonne foi – avoir lu cette inscription à
l’entrée de la tombe : « Ceux qui pénètrent dans ce tombeau
sacré seront bientôt fauchés par les ailes de la mort. »
En trente ans, on dénombrera vingt-sept morts
mystérieuses, pour la plupart de maladie.
Que penser de cette histoire de malédiction ? Sauf à
croire en la véracité d’une magie traversant les millénaires,
elle illustre probablement la capacité de l’esprit humain à
influencer d’autres esprits, si les conditions sont réunies,
jusqu’à provoquer, peut-être, la maladie, les accidents et la
mort. De nombreux Européens rationnels ayant vécu dans
l’ambiance africaine des sorciers et sortilèges pendant des
années, ont été fortement troublés par leurs pouvoirs
apparents.
Dans le chapitre précédent, nous avons remis en cause
quelques postulats généralement admis au sujet du temps :
son incompressibilité, les liens entre passé, présent et
futur… Au cours de ce chapitre, nous explorerons le
domaine des croyances et de la suggestion, qui influencent
notre vie. Nous aborderons également un certain nombre de
principes sur lesquels s’appuient les fondamentaux de la
nouvelle communication, principes qui ont été notamment
développés par le mouvement constructiviste, avec Bateson
et Watzlawick.
LA THÉORIE DÉTERMINE L’OBSERVATION
« La vérité est indépendante des faits. »
Lawrence Durrell

Nous sommes nombreux à connaître cette réplique


fameuse d’un sketch de Pierre Desproges. Il raconte
l’histoire d’une dame qui emmène son fils voir un
psychologue.
Ce dernier, très professionnel, s’entretient seul à seul avec
le jeune garçon. Quand vient le moment de l’échange avec
la mère à propos de l’entretien, le psychologue prend une
mine de circonstance et explique à la maman inquiète que
son fils souffre d’une grave dévalorisation de la mère,
symptôme flagrant d’un souci majeur dans le couple qu’elle
forme avec le père de l’enfant.
Pour preuve de son diagnostic, le psychologue montre à
la mère le dessin que lui a remis l’enfant, après lui avoir
demandé « dessine-moi maman et papa ». Le dessin
représente un monsieur immense avec, à ses côtés, une
petite dame minuscule. Le psychologue explique à la dame
amusée que cette disproportion dans le dessin est le reflet
des troubles graves de la représentation de l’autorité chez
l’enfant. Alors la maman propose au professionnel une autre
explication : «Vous comprenez, dit-elle, mon mari mesure 1
m 90 et moi, 1 m 50… »
Le regard que nous portons sur le monde est influencé par
notre éducation, nos idées et notre expérience. Même
lorsque nous souhaitons être le plus neutre possible dans
notre observation, les faits que nous recueillons portent
notre sceau. Il n’y a pas de neutralité possible. Ce que nous
croyons ou voulons croire va déterminer l’observation et
influencer l’objet que nous étudions. Un conférencier
célèbre, affirme de façon provocante : « Si vous pensez que
votre interlocuteur est un imbécile, il va se comporter
comme tel de toute façon, et par votre faute. »
Selon ce que nous croyons de nos parents, de nos enfants,
de nos collègues, une influence subtile, essentiellement
inconsciente, va contribuer à réaliser notre prédiction. La
phrase « Je le savais, je l’avais bien dit » est une des plus
funestes et manipulatrice qui soit, dans la mesure où celui
qui l’énonce peut avoir contribué de manière décisive à un
échec.
Une histoire raconte qu’aux États-Unis, dans les années
soixante, un lycée en zone difficile avait perdu en six mois
trois professeurs pour une classe composée d’adolescents en
grande difficulté. Le corps des enseignants, soucieux de
trouver un remplaçant, n’avait pas informé leur successeur
de ces événements ni de la nature des élèves de cette classe.
À leur grande surprise, au fil des semaines, le niveau
général et les moyennes des élèves augmenta
considérablement, et de nombreux éléments montrèrent des
aptitudes rares non seulement dans la matière enseignée par
cette personne, mais aussi dans certaines autres. Troublés,
peut-être désireux de découvrir quelle méthode miraculeuse
avait généré un tel changement, les autres enseignants
cherchèrent à découvrir le secret d’une telle réussite : quand
le jeune professeur avait pris connaissance de la liste des
élèves, chaque nom était lié à un chiffre entre 120 et 160. Il
avait en fait pris les numéros des casiers des étudiants pour
leur quotient intellectuel, et s’était ingénié à développer des
exercices et des méthodes d’apprentissage susceptibles de
motiver des élèves aussi surdoués, dans le but d’éviter leur
ennui pendant ses cours !
Souvent, au cours de coaching de leadership, des
managers critiquent le manque de maturité ou d’implication
de leurs collaborateurs. Philippe est parfois obligé de
pousser leur logique jusqu’à l’absurde, au point de leur
conseiller de les licencier. Quand ils sont révoltés par cette
idée ou bien qu’elle est rendue impossible par les
circonstances, ils prennent conscience de la nécessité pour
eux de changer leur image de ces personnes, se remotivant
par là même à agir positivement.
« Nous ne sommes pas responsables de tout, mais quand
nous avons à en payer les conséquences, nous faisons bien
d’agir comme si nous l’étions. »
Jean a eu en thérapie une personne qui souffrait d’une très
mauvaise image d’elle-même. Son père est tombé
gravement malade dès sa naissance, et Carla, c’est le nom
de sa cliente, fut alors confiée à ses grands-parents. La
grand-mère était une femme très dure, qui avait
manifestement du mal à exprimer ses sentiments. Souvent,
elle tenait envers Carla des propos sévères, apparemment
dénués de toute affection.
Comprenons bien que dans ce genre de cas, personne ne
sait quel genre de personne pouvait être la grand-mère de
Carla. Les seules informations factuelles sont le ressenti et
les impressions de Carla par rapport à ce dont elle se
souvient. Un levier de changement n’est alors pas tant la
compréhension de ce qui s’est vraiment passé – le passé
appartient au passé – que la construction d’un regard neuf
sur certains souvenirs.
Au cours de sa démarche de changement, Carla a porté un
regard neuf sur certaines scènes clés de son enfance. Nous
pouvons dire, pour être plus fidèles à la réalité, qu’elle a
entendu les phrases récurrentes de son enfance avec une
nouvelle oreille. C’est à partir de cet instant qu’elle a pu se
construire une nouvelle image d’elle-même, plus fidèle à sa
perception et à sa réalité actuelle, et renforcer sa confiance
en elle.
LES GENS DÉPASSENT DIFFICILEMENT LEURS
CROYANCES
Un essaim de mouches sous un globe de verre. Après
quelques jours, si on retire le globe, les mouches continuent
à voler en se confinant à l’ancienne limite.
L’être humain vit enfermé dans les limites de ses
croyances et de sa propre vision du monde. Ses croyances
sociales, relationnelles, politiques, sur ses propres capacités,
sont souvent le premier obstacle à son développement et à
l’expression de son propre potentiel. Steven Wolinsky, dans
Trances People Live, estime que cette barrière de croyances
néfastes constitue une sorte de transe hypnotique de laquelle
chacun doit parvenir à s’extraire pour accomplir les desseins
de sa vie.
Une part de la reproduction sociale, le fait par exemple
que la quasi-totalité des élèves des filières classiques de
l’ENA proviennent des milieux les plus favorisés, peut être
expliquée par la difficulté de dépasser les croyances
familiales.
L’étudiant de milieu modeste, qui a eu la capacité à
dépasser les obstacles financiers, d’expression, qui a réussi à
force de volonté à intégrer les codes relationnels de milieux
sociaux différents du sien, sera ensuite confronté à ce qui
constitue probablement la plus grande difficulté pour
beaucoup : parvenir à dépasser ses croyances profondes sur
sa propre capacité à réussir, parfois violer des loyautés
familiales parfaitement inconscientes pour parvenir à ses
fins.
Nous verrons plus loin dans le livre que le besoin
d’identification est un levier important de succès. Souvent,
changer de milieu social revient pratiquement à modifier le
destin familial tout entier. La pression de conformité est
alors très forte, et le changement de référentiel devient
nécessaire, presque même indispensable. Ce type de
difficultés, parce qu’il est pour bon nombre de personnes
hors de la sphère d’accès conscient, est souvent
insurmontable. Pour certain, une aide extérieure peut être un
précieux atout pour déraciner ces croyances néfastes.
Nous sommes souvent surpris, au cours de nos
séminaires, d’entendre des autodidactes aussi brillants et
ayant connu un succès professionnel aussi éclatant que des
collègues issus des écoles les plus prestigieuses, mentionner
deux ou trois fois dans une seule journée leur passé scolaire
médiocre. Il faut parfois les confronter brutalement : «
Taisez-vous et ne mentionnez plus ce fait ! Personne ne peut
deviner que vous êtes un autodidacte ! »
L’anecdote suivante, sur le même thème, est encore plus
révélatrice de ce type de limites auto-imposées. Une amie
autodidacte, connaissant une brillante carrière, avait été
sollicitée par un chef d’entreprise pour un entretien dans le
but d’aider une de ses collaboratrices, ayant commencé sa
vie professionnelle également sans formation. Celle-ci se
plaignait, probablement de façon fondée, d’être victime
dans son environnement professionnel de ségrégation et
d’obstacles liés à son absence d’études supérieures validées.
Cette amie, qui évoluait dans le même domaine d’activité,
lui tint ce discours : « J’ai peut-être déjà été confrontée à
une telle ségrégation, mais je ne l’ai jamais su. Je ne peux
pas dire que j’ai été une fois écartée d’un recrutement ou
d’une promotion pour ce type de raison. Je crois que vous
devriez challenger votre analyse et clarifier certaines choses
en vous. »
Bien entendu, ce discours était inacceptable pour la jeune
femme, qui quitta l’entretien remplie d’amertume, et confia
plus tard à son patron sa révolte de ce type de discours, «
puisqu’il est impossible que quelqu’un ne souffre pas de ce
type de préjugé dans les grandes entreprises françaises. »
Est-ce possible ? Personnellement, nous en doutons.
Pourtant, une vision « victimisante » constitue, autant que
les préjugés, un frein à l’intégration.
Et nous : quelles croyances avons-nous hérité de nos
familles ? Quelle part des difficultés que nous rencontrons
est réellement due aux circonstances, aux préjugés, et quelle
part est due à nos propres croyances ? Que deviendraient ces
difficultés si nous étions tout à fait clair sur notre part,
même minime, de responsabilité ?
Le premier des douze travaux d’Hercule est constitué du
nettoyage des écuries d’Augias. Peu d’individus, avant
d’entreprendre quelque chose dans leur vie qui dépasse la
frontière de ce que leur famille et leur environnement les
croient capables de réaliser, peuvent faire l’économie de ce
travail, seuls ou accompagnés par un coach.
« LA COMMUNICATION FAMILIALE EST DE
NATURE HYPNOTIQUE »1
Le psychiatre américain Milton Erickson expliquait que
son travail consistait essentiellement à « déshypnotiser » les
gens qui s’étaient enfermés eux-mêmes dans leurs limites ou
n’avaient pas su dépasser le cadre des suggestions
familiales.
Dans Skills for the Future, Robert Dilts raconte
l’anecdote suivante : un professeur d’université avait reçu
de lui l’instruction d’adopter un comportement positif et
avenant dès qu’un de ses étudiants arborait dans ses
vêtements un élément de couleur rouge (ceux-ci ignorant
l’existence de l’expérience), et son comportement
accoutumé dans le cas contraire. Quelques semaines plus
tard, il s’aperçut, rejoignant les élèves dans le réfectoire, que
la quasi-totalité portait quelque part dans leur tenue cette
couleur. (Afin d’équilibrer l’expérience, Dilts avait demandé
aux étudiants d’avoir un comportement positif et intéressé
quand le professeur se trouvait dans un certain coin de
l’amphithéâtre, et de ne pas écouter le professeur quand il se
situait dans un autre endroit. Au bout de trois semaines, le
professeur dispensait exclusivement son cours du premier
emplacement.)
Ces expériences mettent en avant un point extrêmement
important : on peut par la valorisation tacite (une attitude
extrêmement subtile d’approbation : le regard d’une mère,
l’attitude d’un manager) renforcer un comportement dont un
individu n’a pas conscience.
Nos parents dans notre enfance, nos amis, les cercles
relationnels qui nous entourent, notre hiérarchie, peuvent
involontairement influencer nos réactions, notre
comportement, nos croyances profondes, et peut-être par-là
modeler une partie de notre vie. Notre entourage, tout au
long de notre vie, a le pouvoir de favoriser ou d’empêcher
certains types de réactions ou de convictions.
Nous adoptons majoritairement des comportements et des
stratégies relationnelles pour lesquels nous avons été
valorisés pendant notre enfance.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Que pensez-vous de vous-même ? Quels sont
vos points forts ? Vos zones d’amélioration ?
• D’après vous, quelles croyances vous ont-
elles limité jusqu’à présent ? D’où peuvent-
elles venir ?
• Qui selon vous a le plus influencé
positivement votre vie ? Qui selon vous a le
plus influencé négativement votre vie ?
• Quels sont vos principaux mythes familiaux ?
• De combien de principes de votre enfance
pouvez-vous vous souvenir ?
• Quelles suggestions vous adresse chaque jour
votre environnement actuel ?
• Quelle image de vous-même vous renvoie
votre famille ? votre travail ? vos amis ?
• À l’heure actuelle, qui est votre bon génie ?
Qui est votre mauvais génie ?
• Qui aimeriez-vous compter parmi vos amis ?

LA NATURE DE LA SUGGESTION
La suggestion entre humain, c’est-à-dire la capacité d’une
personne à en influencer une autre de manière inconsciente,
suit un certain nombre de principes, qui la rendent
difficilement détectable à un niveau conscient.
L’inconscient ne comprend pas le négatif
« Ne pense pas à un chat » rend impossible l’obéissance à
l’injonction, puisque nous ne pouvons pas la suivre sans
penser à un chat.
« Ne panique pas pendant ton examen », « Ne pense pas
tout le temps au sexe », « Ne sois pas comme ton père », «
N’oublie pas tes clés », sont autant de suggestions qui
auront l’effet inverse de ce qu’elles semblent induire, en
apparence.
La suggestion est donnée dans un état de conscience
modifiée.
Les scènes de colère familiales, les séparations
dramatiques, le stress avant une échéance importante, les
disputes d’un parent aimé, la relation amoureuse ou
conflictuelle, la distraction, génèrent, comme l’hypnose, un
état de conscience modifié par rapport à l’ordinaire qui rend
les individus davantage vulnérables aux suggestions reçues
dans cet état, dans la mesure où leur retour ultérieur à leur «
état ordinaire de conscience » aura pour conséquence de
provoquer une amnésie partielle de ces suggestions, les
rendant alors inconscientes. C’est le même phénomène qui
provoque souvent, une fois réveillés, l’oubli de nos rêves de
la nuit.
On ne peut pas ne pas influencer2
Toute communication, selon Watzlawick, contient une
information et une suggestion. La non-influence, la
neutralité, l’objectivité ne peuvent pas exister. La
sympathie, l’antipathie, l’indifférence influencent tout
autant nos interlocuteurs.
La suggestion attend le moment propice pour se manifester
Une des petites-filles de Milton Erickson raconte qu’une
suggestion bénéfique de son grand-père s’est réalisée
quelque quinze ans après la mort de ce dernier. Lors des
moments clés de nos vies, des suggestions reçues longtemps
auparavant vont alors déclencher une crise ou nous
permettre de mobiliser des ressources de nature à passer
l’obstacle.
PETIT POISSON, CHOISIS TON BOCAL !
« Qui veut voler comme un aigle n’écoute pas
les conseils des moineaux ! »
Anthony Robbins

La carpe japonaise a une particularité étonnante : quand


elle est élevée dans un bocal de petite taille, elle peut
mesurer à l’âge adulte quelques centimètres seulement.
Dans un bocal plus grand, elle peut atteindre de 15 à 50
centimètres, et jusqu’à plus d’un mètre en liberté dans son
environnement naturel, le plus propice à son
épanouissement.
Comme dans cet exemple, notre entourage modèle nos
pensées et influence notre vie et nos relations.
Très souvent, Philippe conseille à des cadres de haut
niveau de quitter une entreprise quand les valeurs de celle-
ci, ses méthodes de travail ou son management ne lui
conviennent pas. On n’évolue pas impunément dans un
environnement négatif !
Il y a quelques années, il travaillait dans une entreprise à
coacher les managers pour la conduite de l’entretien annuel.
Comme il entraînait les cadres du niveau en dessous du
comité de direction, il leur demanda de lister au paperboard
tous les comportements qu’ils haïssaient chez leurs
responsables quand ceux-ci menaient de tels entretiens
(inutile d’affirmer que la confidentialité individuelle est de
mise lors de tels exercices), dans le but de les confronter
ensuite à leurs propres comportements si des attitudes du
même type se manifestaient chez eux.
Satisfait des résultats et de l’impact de cette session, il
adopta la même stratégie la semaine suivante lors du
coaching du comité de direction sur le même thème. Quelle
ne fut pas sa surprise de constater que les personnes
utilisaient les mêmes mots, dans le même ordre que ceux de
leurs collaborateurs, pour qualifier le comportement de leur
PDG !
Notre entourage nous modèle et guide nos choix aussi
sûrement qu’Œdipe se dirigeait vers son destin après
l’oracle du Sphinx de Thèbes. La légende raconte
qu’Alexandre le Grand, qui désirait consulter l’oracle de
Delphes, se trouva confronté à l’absence de disponibilité de
la pythie à cause de l’heure tardive. Alexandre empoigna les
cheveux de la jeune fille pour l’amener de force sur le lieu
de la divination. Choquée, celle-ci exprima : « Toi alors,
rien ne peut te résister. » Alexandre la lâcha et quitta sur-le-
champ la ville, satisfait de la prédiction.
Quelles suggestions vous adresse votre environnement ?
Quelles sont les croyances que véhiculent vos proches, votre
famille, vos collègues ? Quel bocal de suggestions plus
utiles pour vous favoriserait-il vos attentes vis-à-vis de la
vie ?
Une personne en recherche d’emploi peut, par exemple,
avoir un intérêt à se joindre à d’autres chômeurs dans sa
situation pour mieux connaître ses droits, se soutenir
mutuellement, et y tirera un grand profit personnel. Elle doit
impérativement être consciente que cet environnement
spécifique lui adressera également un nombre important de
suggestions négatives, de doutes et d’échecs,
particulièrement dangereuses pour elle dans la mesure où sa
situation personnelle difficile la rend vulnérable à ce type
d’attaques pernicieuses.
SOYONS VIGILANTS SUR CE QUE NOUS
INGURGITONS : PROTÉGEZ-VOUS DE LA
POLLUTION MENTALE
Dans les sociétés modernes et industrialisées dans
lesquelles nous vivons, notre esprit est sans cesse sollicité,
souvent à notre insu. Messages publicitaires à la radio et à la
télévision, grandes pancartes d’affichage sur 4 mètres par 3
vantant le confort d’un slip ou les bienfaits d’un yaourt.
Nous venons de voir que nous ne sommes souvent pas
toujours conscients de ce que nous enregistrons, et bien des
désirs, des états d’âmes ou des aspirations peuvent être en
réalité le fruit de sollicitations que nous n’avons pas
choisies.
Les publicitaires utilisent certains outils de la
communication hypnotique vers l’inconscient. Par
inconscient, comprenons justement « tout ce qui échappe, à
un instant donné, à notre conscience, à notre lucidité ».
Ainsi, depuis longtemps, l’utilisation des couleurs dans les
spots publicitaires, les logos ou les affiches est fonction non
pas des seuls impératifs esthétiques d’un créatif parfois
génial, mais bien des connaissances des experts en
marketing à propos de ce que ces couleurs vont
majoritairement déclencher chez ceux qui les perçoivent.
Suivant ce principe, on peut désormais trouver dans
l’arsenal des experts en communication commercial le
marketing olfactif : des odeurs sont diffusées dans certains
magasins ou grandes surface, afin de mettre le
consommateur dans un état de calme et de détente
particulièrement propice à la naissance du désir de rester
plus longtemps dans un lieu où il se sent si bien.
Un expert marketing sachant depuis très longtemps que la
durée passée dans une grande surface est directement
proportionnelle au nombre de produits consommés,
l’opération est réussie. Comprenons bien qu’il ne s’agit en
aucun cas pour nous de juger de quelque manière que ce soit
le travail des publicitaires ou des experts en marketing.
Nous vous proposons simplement de prendre conscience
que nous sommes perpétuellement sous influence, et que
cette influence échappe totalement ou en grande partie à
notre conscience. Aussi, les moments où nous nous
retrouvons seul avec nous-même sont-ils extrêmement rares
et même, parfois, difficiles à provoquer. Le silence, par
exemple, devient une denrée rare dans les grandes villes.
L’information, elle aussi, est omniprésente : chaînes
d’info continue, journaux gratuits distribués dans le métro,
pages d’accueil inter ou intranet nous rappellent en continu
les catastrophes justes passées et parfois même à venir, les
chiffres inquiétants du chômage et de la délinquance, et les
affrontements les plus sanglants aux « quatre coins » de la
planète. Il n’est bien entendu pas question de nier le
potentiel d’enrichissement individuel d’une société fondée
sur l’abondance de l’information. Remarquons toutefois que
les Français ont passé en 2004 en moyenne 3 heures 24
minutes chaque jour devant leur poste de télévision, et que
ce temps moyen est en constante progression depuis
maintenant quinze ans (source AFP du 31 mars 2005).
Il peut être intéressant de prendre soin d’équilibrer la
nature des informations que nous enregistrons chaque jour,
et de veiller à prendre le temps, chaque jour, de nous mettre
dans un état d’esprit propice à l’émerveillement.
Dans les grands espaces urbains qui sont le plus souvent
notre cadre de vie, nous pouvons avoir tendance à oublier
notre nature la plus profonde. Ordinateurs portables,
organiseurs électroniques, téléphones et baladeurs
numériques sont autant d’extensions technologiques qui
transforment peu à peu les êtres humains que nous sommes
en « cyber-créatures » d’un nouvel âge.
Se reconnecter à l’aspect le plus naturel de notre être, en
prenant par exemple le temps d’observer une plante, un
lever de soleil ou simplement la pluie qui tombe du ciel,
peut être le début d’une extension de référentiel, d’un
élargissement du bocal de la carpe japonaise.
Il ne s’agit pas de refuser le monde extérieur et sa part
fabuleuse de progrès, mais bien au contraire de se
réconcilier avec chacun de ses aspects, afin de se
réapproprier la réalité, pour en faire, après le travail de
digestion et de transformation nécessaire, notre réalité,
personnelle et singulière.
La digestion est facilitée lorsque nous ne sommes plus en
phase d’ingestion. Un espace physique et surtout temporel
est nécessaire à l’appropriation personnelle de ce qui vient
de l’extérieur.
Dans une société où l’on mange de plus en plus jusqu’à
souffrir d’obésité et de toutes les maladies cardio-
vasculaires qui en sont les conséquences, soyons également
vigilants à ce que nous ingurgitons sur le plan intellectuel et
émotionnel.
La culture du zapping et des jeux vidéos nous a entraînés
à ne jamais être rassasiés d’images de plus en plus chargées
émotionnellement, et engendrant parfois de notre part des
comportements que nous n’avons pas sciemment choisis. Le
repos des sens, un peu de silence et de réflexion juste,
personnelle, peuvent être un chemin vers la ré-appropriation
de notre espace intérieur personnel, en vue de recréer un
contexte favorable pour notre évolution.
LA PUISSANCE DU CONTEXTE
À la base de chacun de nos comportements se trouve en
réalité un apprentissage passé qui nous a amenés à
généraliser une stratégie. Chaque apprentissage se fait dans
un contexte particulier. C’est pour cette raison que
l’éducation familiale est si importante à prendre en compte
lorsque nous tentons de décoder nos comportements.
La famille est le premier lieu d’apprentissage de la vie
sociale, et c’est au moment de l’enfance que se forgent la
plupart de nos réactions et comportements inconscients.
Ainsi nous mettons en place, inconsciemment, un certain
nombre de programmes comportementaux nous permettant
d’agir « en pilotage automatique » dans le plus de situations
possibles.
Notre cerveau est relativement paresseux, et tend à
automatiser le maximum de choses. C’est grâce à cette
aptitude à l’automatisation que nous parvenons à accomplir
plusieurs activités en même temps. Par exemple, celles et
ceux qui ont appris à conduire une automobile se
souviennent peut-être à quel point il était difficile
d’effectuer toutes ces actions simultanément : passer les
vitesses, synchroniser les mains et les pieds pendant que les
yeux contrôlent devant, derrière et sur les côtés…
Heureusement, très vite, la force de l’habitude entre en jeu,
et nous n’avons plus besoin de nous concentrer
consciemment sur les opérations de la conduite pour piloter
tranquillement notre véhicule.
En même temps que l’automatisation du programme «
conduite » par notre cerveau, se produit un autre
phénomène, inconscient également, phénomène qui
constitue à la fois l’une de nos plus grandes forces et de nos
plus grandes faiblesses : la généralisation, qui est une très
grande aptitude du cerveau. C’est elle qui nous permet par
exemple de piloter à peu près n’importe quelle automobile
dès lors que nous avons intégré les gestes élémentaires de la
conduite. Plus basiquement encore, c’est grâce à la
généralisation que nous pouvons nous asseoir sur n’importe
quel type de siège dès lors que, bébé, nous avons appris la
position assise.
La généralisation peut être source d’insatisfaction dès lors
qu’elle concerne un comportement gênant ou une croyance
limitant nos choix et, partant, notre liberté. C’est ainsi que
naissent la plupart des addictions : le cerveau enregistre un
puissant message de plaisir qu’il associe à la consommation
d’une substance particulière ou à la pratique d’une activité
quelconque. Appliquant la généralisation, il va avoir
tendance à proposer naturellement ce nouveau programme,
dès qu’une demande de plaisir ou un stress se présentent.
C’est alors que la force de l’habitude prend le relais et
renforce encore ce comportement.
De la même façon, les programmes que nous observons et
adoptons inconsciemment dans des contextes aussi forts que
la famille, l’école ou le club de sport, se généralisent
souvent à notre insu à d’autres contextes de notre vie,
d’autres époques, où ils peuvent alors s’avérer inadaptés.
Aussi l’importance du contexte est-elle primordiale,
influençant nos comportements, nos capacités et même les
idées que nous pouvons nous faire sur la vie et sur nous-
même.
Nous connaissons tous ces enfants, sages comme des
images à la maison, se transformant en véritable tornade dès
qu’ils ont franchi la grille de l’école. De la même façon, il
est parfois impressionnant de croiser dans les gradins d’un
stade de football, hurlant et vociférant comme le pire des
hooligans, un monsieur « très bien » connu par ailleurs pour
son calme et son flegme exemplaire.
Avant même d’être vigilants sur les contextes qui sont les
nôtres, nous pouvons étudier ce qui change chez nous d’un
contexte à un autre. Que nous autorisons-nous au travail que
nous nous interdisons en famille, et réciproquement ?
Examiner les points communs et les différences des
personnes que nous fréquentons le plus souvent : quelles
sont les conceptions du monde, les croyances profondes que
nous partageons peut-être tacitement avec notre entourage ?
Ces questions peuvent être le début d’une prise de
conscience, d’une distanciation par rapport à ce que nous
choisissons de croire et de faire, et ce que nous subissons,
parfois à notre insu, en matière de croyances sur nous-
même, sur le monde et sur la vie.
Le « nettoyage » du type de celui d’Hercule dans les
écuries d’Augias consiste alors à découvrir de nouveaux
choix, de nouvelles options, donc de nouveaux programmes,
plus adaptés à nos besoins et contextes du moment. Il ne
s’agit pas tant de renier ou d’abandonner pour toujours un
ancien programme que de le perfectionner, lui apportant de
nouvelles options plus adaptées dans les contextes nouveaux
qui se présentent naturellement au cours de l’existence.
Ainsi, à la manière d’un érudit polyglotte qui, augmentant
le nombre de langues qu’il pratique, augmente la facilité
avec laquelle il aborde de nouveaux langages, nous
pouvons, après avoir pris conscience des programmes de
décodage du monde qui ne sont pas les nôtres, en adopter de
nouveaux, différents suivant nos environnements,
élargissant ainsi peu à peu, notre vision du monde. Ce sera
l’objet du chapitre suivant.
Exercice 5 : Détecter les suggestions cachées

Durée indicative : 5 minutes


1. Un père à son fils, dans un milieu modeste : « Tu sais,
dans la vie, il y a les exploiteurs et les exploités.Tu es
comme moi, tu ne te laisses pas faire. Il faut que tu
réussisses tes études pour ne pas vivre comme nous. »
Suggestion visible : « Tu dois réussir. »
Suggestions cachées : « Si tu réussis, tu seras un
exploiteur » et : « Si tu réussis, tu me trahis. »
2. Une mère à sa fille : « Dans notre famille, les femmes
sont souvent victimes d’hommes sans scrupule. Méfie-toi
des hommes qui ne veulent qu’une seule chose. »
Quelle sorte de relations la future jeune fille risque-t-elle
de nouer par la suite ?
3. « Chez nous, on n’a pas de chance dans la vie. »
(Facile !)
4. « Toi, tu es comme ton père, tu as un don pour les
mathématiques. Lui aussi à ton âge, il était excellent.
Malheureusement, il n’a jamais réussi à parler l’anglais ni à
avoir une orthographe convenable. »
5. « Tu as de la chance de ne pas avoir déjà eu cette
fragilité du cœur qu’ont tous les hommes de la famille »
6. En entreprise : « Réfléchissez à ce problème et faisons
un point dans une semaine. Je vous aiderai à rendre
exploitables vos idées. » Etc.
Exercice 6 : Analyser ses croyances

Durée indicative : 30 minutes


Cet exercice a pour objectif de vous faire prendre
conscience des croyances et suggestions de votre
environnement, et grâce à cette réflexion d’en atténuer la
portée.
«Toute vérité n’est qu’une croyance » en est le postulat.
Cette assertion est, bien entendu, une croyance. En cette
matière, une vérité est utile ou inutile, et n’a pas de véracité
dans l’absolu.
Étape 1
Veuillez lister les trois vérités que vous considérez
comme exactes à propos des sujets suivant :
La vie :
Les relations humaines :
La réussite sociale :
La loyauté des gens :
La capacité de l’être humain à se prendre en main et
changer son destin :
Étape 2
En prenant une position d’observation par rapport à ces
vérités, comme si elles avaient été écrites par une autre
personne, analysez-les une par une comme si elles n’étaient
que des croyances. Seraient-elles utiles ou inutiles à cette
personne ? Sont-elles favorables pour réussir sa vie ou
constituent-elles un obstacle ? Si quelqu’un adoptait cette
croyance, quel type de circonstance celle-ci favoriserait-
elle ?
Étape 3
Faites de nouveau cet exercice en répondant à la place de
quelqu’un de votre entourage proche : Parent, meilleur ami,
majorité de vos collègues, sympathies politiques.
Que répondraient ces personnes ? Ces croyances sont-
elles positives ou néfastes ? Dans quelle mesure ont-elles
réussi à vous contaminer ?
Il est également possible d’appliquer à une vérité
personnelle les trois critères de Platon : Cette vérité est-elle
belle ? Est-elle bonne ? Est-elle utile ? (On notera
l’exclusion de la question « est-elle vraie ? »)

Dans les jours prochains…


En position d’observateur d’une conversation,
déterminez de quelle manière chacun
exprime ses propres croyances limitantes.
Écoutez les informations à la radio ou à la
télévision : à l’issue de chaque sujet,
identifiez les suggestions véhiculées.
Décidez de celles que vous acceptez et de
celles que vous refusez.
À chaque désir fugace, identifiez quelle
croyance éventuelle vous empêcherait de le
réaliser ou de penser sincèrement l’accomplir
un jour.

1 Milton Erickson.
2 Paul Watzlawick.
3
« SI SEULEMENT CELA ÉTAIT
POSSIBLE… »
Se donner sa chance : acquérir des croyances dynamisantes
La chambre obscure
Clarisse et Sébastien discutent de leurs représentations respectives
de la réalité. Un débat s’engage…
CLARISSE – Tu comprends, Seb, tes histoires de réalités
subjectives, c’est bien gentil, mais la réalité concrète, ça existe :
regarde cette table, cette chaise ou ce vase : ils existent bel et bien
dans le monde physique, c’est du tangible ça non ?
SÉBASTIEN – Lorsque Korzibsky déclare que « la carte n’est pas
le territoire », c’est pour attirer notre attention sur le fait que les mots
que nous employons, les différentes façons que nous avons de nous
représenter la réalité ne sont justement que des représentations, un
peu à la manière de Magritte qui apposait comme légende sous le
superbe dessin d’une pipe : « Ceci n’est pas une pipe. »
Bien sûr, l’univers purement physique peut parfois sembler
échapper à l’influence de nos représentations. Toutefois, sais-tu,
douce Clarisse, que les Esquimaux du Groenland possèdent plus de
vingt mots différents pour désigner ce que nous appelons ici tout
simplement la neige ?
CLARISSE – Ne m’embrouille pas s’il te plaît ; quel est le rapport
avec cette chaise et ce vase ?
SÉBASTIEN – Ce que je veux dire, c’est que différents paramètres
interviennent dans nos représentations. En ce qui concerne la pipe de
Magritte, il s’agit de la vue : les yeux voient une pipe dessinée sur la
toile, et cette pipe devient réelle. Or, il ne s’agit bien que d’une
représentation de pipe. D’où la légende fameuse : « ceci n’est pas une
pipe », qui est à la fois vraie, et qui en même temps choque le sens
commun.
En ce qui concerne la neige et les Esquimaux, il s’agit moins des
sens tout court que de l’influence de la culture et de l’environnement
sur les sens même ou de l’éducation si tu préfères : à force d’évoluer
dans un environnement enneigé, et devant l’importance vitale de
distinguer différents types de neige, les esquimaux ont développé une
autre acuité, qui se retrouve dans leur vocabulaire même.
Ils ne voient pas la même chose que toi et moi dans un paysage
enneigé. Pourquoi verraient-ils absolument la même chaise ou le
même vase ? CLARISSE – Je trouve ta démonstration un peu
alambiquée, et tu ne me convaincs pas mon cher.
SÉBASTIEN – Alors écoute, tendre Clarisse, nous allons faire une
expérience : rejoins-moi ce soir dans la salle de jeux des enfants.
Rejoins-moi là-bas à minuit seulement. Et nous verrons…
CLARISSE – Mais qu’est-ce que tu prépares encore ?
Alors, le soir venu, après que Sébastien eut brillé par son absence
toute la soirée, Clarisse s’exécute. À minuit, elle se rend dans la salle
de jeux des enfants. En entrant, elle est étonnée car elle constate que
l’interrupteur ne fonctionne pas, ce qui plonge la pièce dans une
obscurité quasi totale.
Elle entend alors la voix rassurante de Sébastien :
SÉBASTIEN – Alors te voilà ?
CLARISSE – Et bien oui, mais qu’est-ce que tu mijotes à la fin ?
SÉBASTIEN – Juste une expérience, chère Clarisse. Ce que
j’aimerais que tu fasses maintenant, c’est que tu me rejoignes, là, à
l’autre bout de la pièce, en me décrivant tous les objets que tu perçois
dans cette pièce.
Bien que trouvant cela un peu bizarre, Clarisse s’exécute :
CLARISSE – Et bien ici, à gauche, il y a le babyfoot que les
enfants adorent, sous le poster de Lorie. Et à droite, le coin Légo et
construction, avec la dernière œuvre de Sam.
Clarisse continue sa traversée en prenant garde de ne pas trébucher
dans le noir. Elle décrit sans aucune difficulté les moindres détails de
la décoration de cette pièce qu’elle et Sébastien ont décorée ensemble
pour leurs enfants. Lorsque Clarisse arrive à la hauteur de Seb, il la
prend par la main, la fait tourner sur elle-même afin qu’elle ait toute
la pièce sous les yeux, puis il rebranche le courant.
Quelle n’est pas la surprise de Clarisse lorsqu’elle constate que la
salle de jeux est entièrement vide !
CLARISSE – Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
SÉBASTIEN – Ne t’inquiète pas Clarisse, je vais tout remettre en
place ; juste cette expérience pour te montrer que tu as traversé cette
pièce comme nous traversons souvent l’existence : à tâtons,
convaincue de distinguer dans l’obscurité ce que tu étais sûre d’y
trouver.
Le pouvoir de ton esprit est si fort que, comme par autosuggestion,
tu as vraiment cru distinguer dans le noir le baby-foot et tout le reste.
Or la réalité
– une autre réalité que celle de ton cerveau – était tout autre, belle
Clarisse…
CLARISSE – Bon, tu m’énerves un peu ; aller, range bien, pendant
ce temps-là je vais m’allonger sur le canapé : lui au moins je sais
qu’il est bien réel…
Nous avons vu dans un précédent chapitre à quel point la
suggestion est puissante, surtout lorsqu’elle est donnée dans un
contexte approprié. Cette particularité de notre esprit, d’être à ce
point sensible aux suggestions et inductions, peut devenir un atout
extraordinairement puissant, capable, lorsque nous l’utilisons à bon
escient, de favoriser les choses les plus extraordinaires…
L’HOMME EST CE QU’IL CROIT1
Nous avons souvent l’habitude de comprendre le mot croyance
dans un sens religieux ou dogmatique ; il y aurait d’un côté les choses
gravées dans le marbre, indiscutables. Puis, par ailleurs, des sujets
soumis à la subjectivité sur lesquels chacun peut décider d’avoir un
avis.
Nous proposons ici une acception beaucoup plus large du mot
croyance. En fait, une croyance est comme un ordre inconscient que
nous donnons à notre cerveau. Ainsi, aussi arbitraire – ou non – que
puisse être cet ordre, notre cerveau va s’ingénier à lui obéir. Lorsqu’il
s’agit d’une idée ou d’un avis, notre cerveau s’arrange pour trier la
réalité de sorte que cette opinion devienne « vraie ». Nous sommes en
réalité, et d’un point de vue cérébral, une formidable machine à avoir
raison.
Un des mécanismes de la dépression repose d’ailleurs sur ce genre
de processus : statistiquement, une personne dépressive ne vit pas
plus d’événements douloureux qu’une personne non dépressive.
Toutefois, le cerveau d’une personne dépressive a pris l’habitude de
trier la réalité afin de n’en conserver que ce qui nourrit l’une de ses
croyances les plus fortes – par exemple dans ce cas des choses
comme « je suis nulle », « le bonheur n’est pas pour moi » ou encore
« je ne mérite pas d’être heureuse. » La dépression s’installe alors et
la personne a vraiment l’impression que tout ce qui lui arrive la
renforce et la replonge dans son état douloureux. Une personne
heureuse dans sa vie va à l’inverse traiter la réalité dans un sens qui
va renforcer son état et ses croyances positives.
Philippe a mené des enquêtes auprès de « sur-performers » dans les
entreprises (dans le but d’identifier les éléments reproductibles de ce
succès et de coacher d’autres personnes en ce sens), des personnes
ayant obtenu des résultats très supérieurs à la moyenne sur plusieurs
années, et il a constaté que toutes avaient les particularités suivantes :

Croyance en leur propre valeur : « Parce que je le sais ».

Conviction de leur unicité : « Je suis différent des autres et


j’apporte quelque chose de particulier. » Ce point sera plus
amplement développé dans le chapitre 13consacré à la
mission.

Doute motivant/Insécurité positive sur leur capacité à


démontrer à leur entourage leur valeur et leur unicité.
Leurs comportements, leurs stratégies, variaient énormément selon
les entreprises ou leur personnalité individuelle, mais ces trois
croyances « identitaires » étaient toujours présentes. Ces « sur-
performers » vivaient les mêmes événements que d’autres
collaborateurs dans une dynamique de moindre réussite – succès,
échecs, remises en cause – mais interprétaient ces situations de
manière positive, sous l’angle de leurs croyances. Comme l’écrivait
Virgile : « Ils peuvent car ils croient pouvoir. » La question
fondamentale est la suivante : comment pouvons-nous croire de cette
manière ?
LE CHANGEMENT DE RÉFÉRENTIEL : LA CLÉ DU
SUCCÈS
« Mes vérités ne sont que des croyances : ni vraies, ni fausses.
Elles sont utiles ou néfastes à ce que je veux faire de ma vie. » Cette
assertion est un élément fondamental de notre développement
personnel. La PNL, ainsi que d’autres modèles efficaces de
développement humain, ont développé des outils pour aborder cette
importante prise de conscience, puis pour faire évoluer ces « vérités.
» Dans ce livre, nous en proposerons des versions aisément
accessibles au lecteur.
Afin d’apprendre à utiliser au mieux la puissance de nos croyances
sur notre cerveau, donc sur nous-même, commençons par proposer un
changement de référentiel : nous avons l’habitude, en bons cartésiens
que nous sommes, de nous promener sur un axe horizontal allant de
Vrai à Non-vrai (fig. 2).
Ce que nous vous proposons désormais est un changement d’axe
de référence, afin de littéralement changer de dimension, et d’adopter
petit à petit, et à votre rythme, l’axe Utile/Inutile pour ce que vous
souhaitez faire de votre vie.
Ainsi, lorsque vous travaillez sur un projet ou que vous vous
interrogez sur un de vos désirs, faites l’inventaire de vos croyances à
ce sujet et souciez-vous seulement de l’axe vertical.

Figure 2
– Vrai non-vrai, utile non-utile : qu’est-ce qui me
fait avancer ?
Un tel exercice implique d’accepter l’idée que tout, ou en tout cas
de nombreuses choses sont relatives et soumises à la théorie de
l’observateur. Prenez garde alors à conserver vos convictions et vos
croyances les plus fortes : ce sont elles qui vous constituent, et font
certainement de vous la personne que vous êtes aujourd’hui. Ce point
central de la constitution de notre être sera abordé au chapitre 11.
Amusez-vous à jouer avec des croyances qui déjà ne sont plus si
fermes pour vous qu’elles ne l’étaient peut-être hier. Déjà beaucoup
de vos croyances ont évolué dans votre existence et ont fait place à
d’autres visions, plus larges, plus vastes que les précédentes.
Peut-être à une époque de votre vie avez-vous cru au Père Noël ou
pensé qu’il n’y avait personne dans Casimir… Certaines choses vous
ont peut-être paru à un instant irréalisables pour vous, et puis la Vie a
fait que ça aussi ça a changé… Vous découvrirez dans ce chapitre des
croyances que nous vous proposons, sinon d’adopter, en tout cas
d’étudier, d’explorer, un peu comme s’il était possible de les prendre
quelque temps à l’essai.
Le travail sur les croyances est souvent au centre de la démarche de
coaching, et le coach cherche souvent à identifier les croyances
bloquantes de la personne, en lien avec son objectif. Récemment,
Philippe travaillait avec un cadre de l’industrie métallurgique
confronté à des difficultés de management d’un personnel âgé de plus
de 50 ans en moyenne. Lui évoquant un cas particulier d’une
personne, il exprima la phrase suivante : « Il est à deux ans de la
retraite, donc moins il en fait, mieux il se porte. » Interpellé par le «
donc » de liaison, Philippe décida d’explorer ce point, pour enfin
parvenir à découvrir une croyance limitante du type : « On ne peut
pas être motivé à deux ans de la retraite. »
Cette croyance, qui était, il est vrai peu constitutive pour ce cadre –
et qu’il pouvait remettre en cause facilement –, fut aisément
transformable une fois qu’il en eut pris conscience et permit un
changement dans la relation avec ses équipes. Forts de cette prise de
conscience – nos croyances peuvent évoluer –, nous pouvons mettre
celles-ci à l’épreuve de notre sens critique et, pour la plupart d’entre
elles, les modifier ou les transformer de manière « efficace », dans le
sens de nos objectifs.
Une autre démarche, qui peut être menée parallèlement, consiste à
expérimenter des « croyances utiles » utilisées par d’autres personnes
qui ont obtenu des succès notables. Une source importante pour ces
croyances à expérimenter provient de ce que nous appelons en PNL la
modélisation. La modélisation consiste à observer un expert, dans un
domaine donné, et à retirer de cette observation l’essence de la
pratique de cet expert.
Ainsi, c’est de cette façon que Richard Bandler et John Grinder ont
modélisé, dans les années soixante-dix, Milton Erickson, Fritz Perls
et Virginia Satir. Ils ont alors tiré de leurs observations de ces trois
génies de la psychothérapie les protocoles d’intervention qui
constituent aujourd’hui la PNL.
Au-delà de l’observation des actes d’un expert, l’identification de
ses propres croyances est une étape qui fait également partie de la
modélisation. Ainsi, lors de la modélisation d’un grand sportif, les
croyances de ce dernier concernant ses propres capacités, son
adversaire ou encore la compétition, sont essentielles à mettre à jour
pour que la modélisation soit efficace.
Si certaines des croyances que nous vous proposerons vous
choquent ou vous semblent fausses, passez à la suivante sans vous
interroger davantage. Questionnez-vous simplement alors sur ce que
le fait d’adopter une autre croyance à la place vous apporterait. Puis
pesez le pour et le contre, le « bon pour moi », « pas bon pour moi »,
et réalisez un choix intermédiaire.
Et si ce chapitre était en questions ?
• Quelles croyances sur vous-même et sur le monde ont-
elles le plus évoluées au cours de votre vie ?
• De quelle croyance vous félicitez-vous le plus de vous
être déjà débarrassé ?
• À quoi aimeriez-vous croire maintenant ? Aujourd’hui,
quelles croyances vous seraient-elles le plus utile ?
• Quelle croyance, aujourd’hui, révolutionnerait-elle le
plus positivement votre vie ?
• Par le passé, quel genre d’événement aurait-il pu vous
permettre d’adopter cette croyance ?
• Dans le futur, qu’est-ce qui pourrait vous amener à
adopter cette croyance ?
• Qui autour de vous vous donne-t-il l’impression de déjà
posséder cette croyance ? Comment pourriez-vous la
lui emprunter ?
• Quelles croyances reçues en héritage ne souhaitez-vous
absolument pas léguer à vos enfants ? Quels genres de
croyances souhaiteriez-vous leur transmettre à la
place ?

FAITES VOTRE MARCHÉ : LES CROYANCES UTILES


Ces croyances sont également issues de la modélisation de
personnes ayant particulièrement bien réussi dans un domaine
particulier : sport, business, vie de couple, etc.
Croyance 1 : « rien de ce qui m’arrive ne se produit par hasard, tout a
une raison et doit me servir à quelque chose »
Initions notre réflexion par une croyance faisant partie de celles qui
sont les plus sujettes à discussions et polémiques. Comment
comprendre cette croyance et comment s’en servir ?
Cette croyance repose entre autres sur l’idée de choix inconscient.
Il est acquis que 80 % à 90 % des actions sont réalisées de manière
inconsciente : notre respiration, le battement de notre cœur dans notre
poitrine, nos clignements d’yeux, ce vers quoi notre regard ou notre
attention se porte dans la rue…
Cette croyance repose sur l’idée que non seulement ces « réflexes
», mais aussi les événements de la vie, « nos choix rationnels »
seraient également le fruit d’un savant calcul effectué par notre esprit
inconscient.
À la manière d’un Kasparov qui, se servant de son intuition et de
son « sens du jeu », parvient à battre un ordinateur qui calcule des
millions de coups en une seconde, notre cerveau nous guiderait, à
l’insu de notre conscience, vers des événements profondément
choisis.
Plutôt que de nous perdre sur l’axe Vrai/Non-vrai, étudions cette
croyance à la lumière de l’axe vertical : dès le moment où nous
adoptons volontairement cette croyance, nous nous efforçons de
donner du sens à ce qui se passe, et continuons à travailler jusqu’à
trouver un aspect utile à ce qui nous arrive.
La vie n’est alors plus vue comme une succession de hasards plus
ou moins heureux, mais bien comme une aventure, un champ de
possibilités se renouvelant à chaque instant et commandées par notre
esprit inconscient.
L’étude de la synchronicité, chère à Jung, devient alors un jeu
amusant, nous plongeant dans l’état d’esprit du chercheur d’or qui,
dans la boue, prépare son corps, son cœur et son esprit, à trouver une
pépite. Cette approche sera plus amplement développée au cours du
chapitre 12.
Croyance 2 : « nous sommes tous égaux à la naissance »
Cette croyance est un exemple fort de la nature et de l’ambivalence
de cette démarche de travail sur les croyances que nous proposons au
lecteur : elle peut être à la fois scandaleuse en termes humains et
sociaux, et en même temps extraordinairement mobilisatrice pour
l’être qui l’aborde par son côté utile au développement personnel.
Nous avons tous le même cerveau, et en conséquence les mêmes
capacités d’action et d’apprentissage. « Ce qu’un être humain peut
faire, je peux le faire aussi » en est une expression à peine édulcorée.
Pour utiliser une métaphore informatique, chère aux plus puristes
des « PNListes » nous aurions tous le même processeur et le même
disque dur, vierge, à la naissance. Dès les premiers instants de vie,
nous commençons à enregistrer des données et des programmes, car
nous sommes de fabuleuses machines à apprendre, à apprendre à
apprendre, tant des éléments utiles qu’inutiles, voire nuisibles.
Les programmes obsolètes pourraient être effacés ou modifiés afin
de nous rendre plus adaptés à notre milieu du moment : souvent, nous
avons conçu ou copié inconsciemment un programme qui était
pertinent à un instant donné. Puis, par habitude, généralisation, nous
avons conservé ce programme et nous l’utilisons, nous le faisons
tourner en boucle même lorsque les circonstances ont évolué, tels ces
militaires japonais, isolés dans leur île du Pacifique, qui furent
retrouvés dans les années 1960 poursuivant la guerre contre les États-
Unis.
Cette croyance permet d’obtenir la conviction que nous sommes
tous capables d’atteindre un certain résultat, dès que ce résultat a déjà
été obtenu quelque part, par quelqu’un d’autre. La question n’est
alors plus : « En suis-je capable ? », mais « Comment dois-je m’y
prendre ? », ou « Est-ce vraiment mon désir ? »
Croyance 3 : « l’échec n’existe pas, seul existe le feed-back »
Difficile à « croire » dans un monde où les paradigmes pourraient
être efficacité et immédiateté. Et pourtant, la notion d’échec peut être
appréhendée comme une simple vue de l’esprit.
En effet, lorsque nous posons des actes en vue d’obtenir un certain
résultat, nous ne savons souvent pas si ces actes sont parfaitement
appropriés à l’obtention de ce résultat.
Nous ne pouvons alors que prendre note du résultat obtenu, vérifier
si oui ou non il correspond à ce que nous recherchons, modifier le cas
échéant ce qui semble mal adapté, puis recommencer.
Dans cette boucle bien connue des informaticiens, que l’on appelle
TOTE, de l’anglais Test – Operate – Test – Exit, les seules façons
d’échouer seraient soit d’arrêter avant l’étape Exit, soit de ne jamais
rien changer à l’étape Operate.
Une personne abandonne en disant : « J’ai déjà essayé 100 fois »…
et que se serait-il passé la 101e fois ? En d’autres termes retenons bien
cette croyance-ci : « La seule façon d’échouer est d’arrêter avant
d’avoir réussi ».
Croyance 4 : « je vaux beaucoup plus que je ne crois valoir »
Cette croyance positive est une des plus faciles à acquérir : nul ne
peut prétendre avoir réalisé autant qu’il aurait pu. Notre potentiel
nous est inconnu, et nous ignorons ce que nous aurions pu – ou ce
que nous pourrons – atteindre dans d’autres circonstances ou en
partant d’un point de vue différent. Cette croyance ou en d’autres
termes cette décision de point de vue, peut constituer un nouveau
point de départ et d’exploration. « Quelle est ma vraie valeur ? » en
est la question fondatrice.
Nous pourrions donner des pages et des pages d’exemples de
croyances dites dynamisantes, utiles à notre développement et à notre
évolution.
Retenons plutôt que les croyances sont des ordres souvent
inconscients que nous donnons à notre cerveau, et que ces ordres sont
extrêmement puissants. À la source de nos croyances, le plus souvent,
notre éducation, nos expériences et notre culture. Retenons que nous
avons en nous la possibilité de modifier nos croyances, et de nous
servir enfin de ce fabuleux pouvoir que nous avons en nous, depuis
toujours.
Jean se souvient avoir un jour reçu dans son cabinet une jeune
femme en thérapie. Âgée d’un peu moins de 40 ans, elle était très
déprimée, pleurant sans cesse et se plaignant qu’elle n’avait pas eu de
chance dans la vie. Cette croyance était si fortement ancrée dans son
esprit qu’elle en était devenue constitutive de son identité : au fil des
années, à se répéter que la source de ses malheurs était son manque
de « chance » à la naissance – parents d’après elle peu aimants, mère
très autoritaire, pensionnat difficile – Magali avait fini par se
constituer un parfait costume de victime.
Revenir sur sa façon de voir les choses impliquait un changement
bien plus profond qu’un simple « changement de paire de lunette »,
une paire de lunette filtrant la partie à moitié pleine du verre et l’autre
filtrant la partie à moitié vide. En modifiant l’idée qu’elle se faisait de
la source de ses malheurs, Magali bousculait son identité même,
passant du statut de la victime, qui subit le monde extérieur et cherche
un sauveur, à celui d’adulte responsable, partie prenante dans ce qui
lui arrive.
Jean et elle travaillèrent ensemble à mobiliser sa créativité afin de
trouver en douceur d’autres voies d’expression de sa personnalité,
remobilisant également son aptitude à faire des projets. Dès la séance
suivante, et manifestement sans s’en être vraiment rendu compte,
Magali exprimait par son discours une réappropriation de sa vie, se
plaçant elle-même, et elle seule, au centre des événements.
Ce profond changement de croyance fut à la source du tournant
qu’elle prit alors dans sa Vie. Pour quelqu’un qui, comme Magali, vit
ce type de prise de conscience, la tentation peut alors être forte de
tenter de l’imposer à son entourage.
RESPECTEZ LES CROYANCES DES GENS
Les croyances, comme nous l’avons vu, sont un élément fortement
constitutif de notre être. La majorité des personnes ne peuvent que
très difficilement les aborder avec recul, parce que ces croyances
constituent soit un rempart de protection, soit le centre de leur
équilibre psychique.
En prenant du recul sur vos croyances au cours de ce chapitre et
des exercices qui suivent, vous acquerrez également une capacité à
identifier les nombreuses croyances exprimées sous forme de
conviction par vos interlocuteurs dans la vie courante. Un piège
commun est de chercher trop brutalement à faire profiter ceux-ci de
vos découvertes et de vos conseils.
En coaching, le signe indicateur que le coach a touché une
croyance importante est souvent la brusque montée d’émotion et
d’agressivité de son interlocuteur, pour qui toute distanciation devient
parfois très difficile. La communication risque alors de se rompre.
S’il ne parvient pas à maîtriser ce phénomène émotionnel, le coach
fait en général marche arrière et attend une opportunité d’attaquer la
croyance de manière différente ou par une stratégie détournée.
Retenez le point suivant : on ne peut pas aider une personne si la
communication est rompue ou si cette personne se sent attaquée dans
sa base !
S’il vous arrive, dans des situations bien particulières, d’avoir à
challenger les croyances d’une personne, validez bien le respect des
conditions suivantes :

Vous possédez une légitimité qui peut vous rendre responsable de


l’évolution de la personne : coach, thérapeute, parent, manager, frère
aîné…

Cette personne vous a tacitement ou explicitement demandé votre


aide pour réaliser un challenge personnel.

Comme nous l’évoquions dans l’introduction de ce livre, respectez


toujours l’objectif énoncé par la personne.
Certaines croyances ne pourront être remises en cause.
Pour identifier celles que la personne pourra faire évoluer le plus
facilement, vous pouvez, si nécessaire, lui poser tout simplement la
question :
« À quelle croyance aimeriez-vous renoncer ? »
Le simple fait qu’elle exprime des convictions personnelles en les
qualifiant de croyances démontrera que la personne a déjà commencé
à y renoncer.
Si, par exemple, une personne peut exprimer la phrase « j’ai une
croyance personnelle qui veut que toute réussite pour moi nécessite
un travail plus important que pour les autres », cette formulation
indiquera que son cerveau a déjà fait évoluer le codage de cette
croyance vers celui du doute.
Exercice 7 : Prendre conscience que vos croyances peuvent vivre et
évoluer

Durée indicative : 2 heures


Nous avons vu que nos croyances se construisent peu à peu avec le
temps, jusqu’à devenir pour certaines d’entre elles constitutives de
notre identité. Une importante source de croyances est l’expérience
ou plutôt les expériences que nous faisons au cours de notre vie.
« Est-ce vrai parce que nous l’avons vérifié ou l’avons-nous vérifié
parce que nous croyons que c’est vrai ? » : cette question sans
réponse est indissociable de toute prise de recul sur nos croyances.
Nos expériences, au fil de notre vie, viennent enrichir, modifier ou
renforcer certaines de nos croyances, à moins que ce ne soit l’inverse.
Nous vous proposons de commencer par faire un inventaire, dans
plusieurs domaines de votre vie, de ce qu’ont été, sont et, d’après
vous, seront un jour vos croyances.
Nous vous proposons une grille où se croisent des âges et des
domaines. Bien sûr, si d’autres âges et d’autres domaines vous
semblent plus pertinents pour vous, vous pouvez les ajouter au
tableau que nous vous proposons.
Étape 1
Identifiez la colonne de votre âge actuel. Ensuite, verticalement et
pour cette seule colonne, notez ce que vous considérez comme vrai
sous forme de phrases affirmatives et générales. Par exemple, pour
les croyances « âge » : « À un certain âge, on ne peut plus changer sa
vie » ou : « On a l’âge que l’on a dans la tête » ou encore : « Les gens
vous cataloguent selon votre âge. »
Étape 2
Une fois remplie la colonne correspondant à votre âge actuel, faites
de même, toujours verticalement, en vous déplaçant d’une colonne
vers la gauche, et souvenez-vous de ce que vous considériez comme
exact dix ans auparavant. Remplissez toutes les colonnes jusqu’à la
colonne « 5 ans. »
Étape 3
Procédez maintenant à une lecture horizontale, sujet par sujet, en
vous posant les questions suivantes :

Mes croyances, sur ce sujet, ont-elles évoluées avec le


temps. Si oui, dans quelle direction ?
En « prolongeant la courbe », que pourrait devenir cette
croyance dans dix ans ?
- si le résultat est positif – dans le sens «
efficace et utile » ! –, comment puis-je
gagner du temps en adoptant immédiatement
ce nouveau point de vue, quitte à procéder à
une période d’essai de celui-ci ?
- si le résultat de la croyance projetée à dix ans
ne vous satisfait pas, comment puis-je la
nuancer ou la changer ? Si j’adoptais une
nouvelle croyance, quel nouveau regard
porterais-je sur mon passé ? Quelles
nouvelles perspectives pour mon avenir
ouvrirait cette croyance ?
- quelle tendance générale puis-je discerner
dans l’évolution de mes croyances ? Qu’est-
ce que cette évolution peut m’apprendre de
nouveau sur moi-même et sur ma vie ?
Exercice 8 : Accélérer l’évolution d’une croyance

Durée indicative : 30 minutes


NB : cet exercice, appelé « marelle des croyances », a été
développé aux États-Unis par Robert Dilts. Josiane de Saint-Paul et
Sylvie Tenenbaum, dans leur livre L’Esprit de la magie2, en donnent
une version complète. Quoiqu’un peu compliqué à mettre en œuvre,
nous avons tenu à vous l’indiquer, même sous une version « allégée
», du fait de son intérêt. Il favorise le remplacement d’une croyance
dont vous pensez qu’elle vous handicape plus qu’elle ne vous aide,
par une croyance plus dynamisante.
1. Commencez par identifier une croyance 1 dont vous pensez
qu’elle vous handicape. Par exemple « je suis nul en langues » ou « je
ne pourrai jamais avoir le temps de tout faire. »
2. Identifiez alors la croyance 2 (dynamisante) que vous souhaitez
mettre en lieu et place de la croyance 1.
Important : exprimez cette croyance en termes de possibilité ou de
capacité : modifier une croyance ne vous épargnera pas le travail ou
la remise en cause nécessaire ! Par exemple « Je peux apprendre et
maîtriser l’anglais » ou « Il est possible pour chacun de réaliser
beaucoup plus qu’il ne pense dans une journée ».
3. Mettez-vous debout – prévoyez un peu de place pour évoluer –
et imaginez sur le sol la marelle suivante (figure 3)
4. Placez-vous dans la case de la croyance 1 limitante, et prononcez
celle-ci à haute voix : « Je suis nul en langues »
5. Placez-vous dans la position méta (position d’observation) sur le
côté de la marelle, et trouvez un exemple pour vous de croyance à 50
%, que vous pouvez énoncer sous forme d’une phrase. Exemple : « Je
pense que la croissance économique devrait revenir d’ici 2 ans »
6. Puis, rendez-vous dans la case « croyance à 50 % », et
prononcez votre phrase, en enchaînant directement avec la phrase de
la croyance limitante. « Je pense que la croissance économique
devrait… » et « Je pense que je suis nul en langues ».

Figure 3
– J’évolue, je ne m’enferme plus dans des
croyances dépassées
Les deux phrases doivent être répétées plusieurs fois de suite l’une
à la suite de l’autre, en les liant et les enchaînant calmement, jusqu’à
pouvoir effectuer ces deux affirmations en vous sentant à l’aise.
7. Rendez-vous à nouveau dans la position méta, afin de trouver
cette fois-ci une affirmation correspondant à une croyance que vous
avez dépassée. Et recommencez comme en 6, cette fois-ci dans la
case de la croyance dépassée. « J’ai cru au père Noël il y a des années
» et « J’ai cru longtemps être nul en langues ».
8. Rendez-vous en méta et identifiez une croyance que vous avez
acquise, à laquelle vous n’avez pas toujours cru. Exemple : « Je pense
maintenant que l’on peut réussir sans diplôme. » Vous pouvez vous
aider de l’exercice précédent à cette fin. Lorsque vous êtes dans la
case « croyance acquise », enchaînez cette fois avec votre croyance
désirée. Exemple : « Je pense maintenant que l’on peut réussir sans
diplôme » et : « Je pense qu’il m’est possible de croire que je peux
apprendre les langues. »
9. Continuez alors comme précédemment jusqu’à la case de la
croyance forte. Par exemple : « le soleil se lèvera demain matin » et
enchaînez sur votre croissance désirée. « Le soleil se lèvera demain
matin » et « je peux apprendre et maîtriser l’anglais. »
10. Prenez alors le temps de définir la personne que vous êtes
désormais avec ce changement. Énoncez cinq à six croyances ou
réussites positives sur vous-même, en terminant par la nouvelle
croyance, sur le même ton.
Exemple : « J’ai plutôt de bonnes relations avec les gens » (1) et «
J’ai pu passer mon permis de conduire après avoir perdu espoir de le
réussir » (2) et […] « je peux apprendre et maîtriser l’anglais. »
11. Imaginez deux ou trois contextes susceptibles d’être rencontrés
dans un avenir plus ou moins proche afin de ressentir et d’imaginer
tout ce que votre nouvelle conviction va modifier en vous dans ces
contextes. Pour vous aider dans cet exercice :

Attention, validez qu’il s’agit bien d’une croyance. Notamment, en ce


qui concerne le physique, une croyance du genre « je suis petite »
n’est pas aussi intéressante à travailler que « je suis trop petite pour
jouer au basket. » Sur ce point, si cela peut vous aider, souvenez-vous
que Mugsy Bogs, « grand » joueur de basket professionnel américain,
ayant fait parti des plus prestigieuses équipes de la NBA, mesure 1 m
59 !

Pour définir une croyance dynamisante, pensez davantage en termes


de processus qu’en termes de réalité figée. Par exemple, il serait
ridicule – et dangereux – si vous pesez 120 kg, d’installer la croyance
que vous en pesez
90. Installez alors plutôt la croyance que vous êtes capable de
maîtriser votre poids ou d’atteindre confortablement votre poids de
forme.

Comme autres exemples de croyances à 50 %, citons « il y a une vie


après la mort », « les extra terrestres existent »…

Pour chaque case, il est très important de répéter l’enchaînement des


deux phrases dans une continuité d’état interne avant de passer à la
case suivante, et en étant capable de ressentir exactement la même
chose à l’énoncé des deux « vérités. » Recommencez jusqu’à que ce
but soit atteint. À cette fin, vous pouvez enchaîner les deux croyances
avec une voix aiguë, grave, changer de rythme, les hurler, les
chuchoter, les chanter, voire les mimer…

Pour renforcer votre travail, vous pouvez, pendant quelques jours,


vous entraîner à répéter dans la journée ou avant de vous endormir,
votre nouvelle conviction, à la manière de la méthode Coué.

Dans les jours prochains…


Le matin au moment du réveil, et le soir en vous
endormant, répétez-vous dix fois une phrase qui vous
valorise. Par exemple : « X (votre prénom) tu mérites
vraiment qu’on t’aime », « X (votre prénom) tu es –
(une qualité importante pour vous) ».
Revêtez pour la journée l’habit d’une croyance
dynamisante de votre choix, pour la tester jusqu’au
soir.
Dès qu’une situation ne vous donne pas pleinement
satisfaction, demandez-vous quelle nouvelle croyance
ou nouvelle vision des choses pourrait vous aider à la
modifier.

1 Anton Tchekov.
2 InterEditions, 1999.
4
« IL FAUDRAIT QUE J’ARRIVE À
ME MOTIVER… »
Faire le plein de motivation pour garantir la durée
Bonnie St. John
C’est l’histoire d’une petite fille afro-américaine. Elle a
été abusée à l’âge de 4 ans, et a dû être amputée d’une
jambe à 5 ans. Tous les matins, avec ses lunettes à gros
verres, ses cheveux hirsutes, ses cannes, elle prend l’autobus
spécial réservé aux handicapés pour se rendre de sa banlieue
pauvre à l’école du quartier. À 16 ans, elle a un rêve
impossible, inouï : devenir championne de ski. Plusieurs
fois par semaine, elle se rend dans le magasin de sports de la
ville pour s’imaginer descendre les pistes en essayant les
combinaisons et en écoutant les récits des clients. Elle n’a
encore jamais vu la neige. Sur les conseils d’une amie, elle
parvient à intégrer un stage financé par la ville et chausse
les skis pour la première fois. Enthousiaste, l’adolescente
s’entraîne une partie de la nuit sur les pistes éclairées de
cette station du Colorado. « Si je parviens à réaliser ce rêve,
je pourrai faire ce que je veux de ma vie. » Un entraîneur la
remarque et décide de la soutenir. En 1984, moins de quatre
ans plus tard, elle est médaille d’argent aux Jeux
olympiques handisport d’Innsbruck, en Autriche. Plus tard,
Bonnie St. John réussira un brillant cursus universitaire.
Diplômée avec les honneurs de Harvard et Oxford, elle
entamera une carrière chez IBM et à Wall Street, avant
d’être nommée par Bill Clinton, directeur de projet au
Conseil économique des États-Unis.
Si nous pouvions croire aux idéaux de notre vie comme
Bonnie St. John, avec la même force qu’elle a cru aux siens,
alors notre motivation aurait la capacité de balayer tous les
obstacles en travers de notre chemin. Au cours de ce
chapitre et de ceux qui suivent, nous aborderons les moyens
de favoriser les conditions de l’émergence d’une telle sorte
de motivation, ainsi que de minimiser les doutes qui
pourront tenter de la miner.
LA MOTIVATION DONNE DES AILES
Quoi de plus ennuyeux que de travailler sur un projet qui
ne nous intéresse pas ?
Quels que puissent être les efforts déployés, il n’y a rien à
faire : tout est laborieux, et la moindre idée, en plus d’être
obtenue « aux forceps », semble horriblement lourde à
mettre en place.
En revanche, dès lors que nous sommes convaincus que
ce que nous faisons nous rapproche de ce que nous désirons
le plus au monde, tout semble plus léger, plus fluide, et les
étapes s’enchaînent alors confortablement, apportant
chacune un lot de nouvelles surprises et de nouvelles
possibilités.
Nous avons tous connu des situations plus ou moins
comparables à celle d’un amoureux transi qui apprécie
chaque centimètre du chemin qu’il parcourt pour retrouver
sa bien aimée, même si ce chemin est peu praticable et
difficile à arpenter.
Combien d’entre nous avons eu la chance de rencontrer
de ces professeurs qui savent rendre leur matière la plus
intéressante du monde ?
La passion qu’ils mettent dans leurs propos, la ferveur
avec laquelle ils présentent leur enseignement fait naître
même chez le plus poussif des élèves un allant qu’on aurait
pu croire impossible jusque-là.
À l’extrême, nous avons tous entendu des histoires
racontant les exploits d’une mère parvenant à soulever une
voiture de ses propres mains afin de sauver la vie de son
enfant prisonnier de la tôle déformée.
Nous pouvons dire que lorsque la motivation est assez
forte, il semble que rien ne puisse alors nous arrêter.
Littéralement, la motivation est le moteur de l’action, la
source du désir qui transforme le rêve en réalité, l’énergie
qui va nous permettre d’acquérir les autres conditions du
succès.
LA MOTIVATION PRÉCÈDE TOUJOURS LA
COMPÉTENCE
« Il est très utile d’apprendre à nager à ton fils.
Encore plus important est que tu saches lui
montrer combien l’autre rive est belle. »
Proverbe africain

En France, de nombreux cadres de bon niveau ont suivi


de dix à quinze ans de cours d’anglais, sans parvenir à
maîtriser cette langue. À un moment de leur carrière, une
évolution professionnelle rend nécessaire l’acquisition de
cet outil de communication pour réaliser une nouvelle
mission qui leur est attractive. Nous avons vu des personnes
parvenir en six mois à une excellente maîtrise de la langue
de Shakespeare, en partant d’un niveau nul ou très bas. Leur
professeur était-il bon pédagogue ? Probablement, mais cet
élément indispensable n’était probablement pas le plus
déterminant.
La compétence est partout : bons enseignants, moyens
multimédias, budgets des entreprises et de l’État, depuis
quelques années e-learning, même e-coaching, télé-
formation. L’envie, la motivation, sont ce qui manque
réellement à tant d’individus frustrés par leur vie. Nous
manquons d’énergie.
Bonnie St. John déclare : « Ma mère a été mon mentor.
Elle m’a aidé à avoir un rêve, et à me battre pour le réaliser.
»
Quel est le bien le plus rare ? une compétence alliée à une
solide pédagogie ou une réelle volonté de réaliser ses
désirs ? Notre défi personnel est de trouver un projet
suffisamment motivant pour nous mettre en mouvement. En
tant que parents, en tant que professeurs, nous avons en
toute priorité à aider les personnes dont nous sommes en
charge à découvrir leurs propres sources de motivation
profonde.
TROUVEZ VOTRE PRINCIPAL MOTEUR
Tony Robbins aime comparer la motivation avec un
levier. Pour ceux qui ont oublié leurs cours de sciences
physiques, rappelons que l’action d’un levier est
proportionnelle à sa taille. Aussi peut-on dire sur le ton de la
plaisanterie qu’avec un levier assez grand, le plus faible
d’entre nous pourrait soulever des montagnes.
C’est en fait exactement ce qui se passe avec la
motivation. Même avec tous les obstacles imaginables sur
notre route, nous trouvons les clés qui ouvrent les portes en
utilisant la puissance que nous confère le levier d’une
motivation véritable.
Ainsi il est intéressant de doper notre motivation en allant
chercher le levier le plus grand possible, c’est-à-dire en
rattachant notre but à ce qui, à nos yeux, a le plus
d’importance.
Au cours du chapitre 11, vous aurez l’occasion de mettre
à jour ce genre de leviers et de profiter alors de la puissance
qu’apporte une telle énergie.
UNE QUESTION DE PERSPECTIVE
Lorsque la réalisation d’un projet s’étale sur plusieurs
mois, voire plusieurs années, et que de nombreuses étapes
intermédiaires sont prévues, il se peut que nous éprouvions
quelque difficulté à rester motivés.
Ce processus est normal et tout à fait explicable :
l’énergie la plus forte, en termes de motivation, se trouve
dans l’objectif final plus que dans les buts intermédiaires
qui y conduisent. Mais la poursuite d’un but intermédiaire
mobilise souvent toutes nos ressources et tout notre esprit. Il
arrive alors que l’objectif à long terme finisse par disparaître
de notre esprit et avec lui disparaît alors également la
motivation qui y était attachée.
Il est alors important de prendre le temps de remettre nos
actions en perspective non pas du seul but intermédiaire
mais bien de l’objectif final, retrouvant alors l’énergie et
l’enthousiasme nécessaire à une démarche, un mouvement
agréables.
UNE QUESTION DE DÉSIR
L’étude de notre motivation est également très importante
car elle questionne directement notre désir. En effet,
l’absence de motivation sur un sujet donné, constatée par
l’incapacité à passer à l’action, peut permettre une prise de
conscience quant à ce qui n’était, jusqu’alors, non pas un
désir mais bien une illusion de désir.
Nous questionner sur notre motivation réelle à faire ou
obtenir quelque chose permet de gagner du temps dans ce
sens que cette interrogation nous mène directement à
l’essentiel, nous évitant ainsi de nous complaire dans l’idée
que nous « aimerions bien » réaliser tel ou tel projet,
apprendre telle ou telle chose, alors qu’en réalité ces idées
fugaces ne sont que de vagues et éphémères lubies, qui
n’ont rien à voir avec un désir réel et profond.
ON NE PEUT PAS NE PAS ÊTRE MOTIVÉ
Une bonne nouvelle est que nous sommes tous motivés.
Pourquoi chacun d’entre nous s’est-il levé ce matin, alors
que pour nombre de personnes rester au lit aurait été
beaucoup plus naturel ? De nombreux managers évoquent
en coaching le manque d’implication de leurs équipes,
arguant que la majorité des personnes n’ont pour seule
motivation que le salaire (est-ce réellement inacceptable ?)
et qu’ils doivent dépenser une immense énergie pour pallier
le manque de motivation au travail de leurs équipes.
Au-delà de leur difficulté, souvent de leur incompétence à
motiver les gens, il y a une incapacité à accepter les leviers
de motivation de l’autre et à comprendre les leurs.
Pourquoi vous êtes-vous levé ce matin : pour aller
travailler ? pour accomplir votre destin ? pour contribuer à
un projet qui vous tient à cœur ? pour affirmer votre autorité
sur votre équipe ? pour ne pas perdre votre travail, car la vie
deviendrait plus compliquée ? Pour financer votre retraite ?
pour faire ce que vous aimez ? Quelle que soit la raison, elle
est le fondement actuel de votre motivation, le socle sur
lequel vous pourrez construire votre vie. La condition :
prendre conscience que nous n’avons pas le choix, même
pour les rares personnes qui sont à l’abri du besoin financier
pour le reste de leur vie.
Lors d’une séance de coaching une personne exprimait à
Philippe sa perplexité quant aux leviers d’action d’un
membre de son équipe. Cet individu, apparemment, n’était
pas sensible aux arguments financiers, à la pérennité de son
poste, n’avait pas d’ambition identifiée.
Philippe lui posa la question : « Lui avez-vous déjà
demandé ce qui le motive ? » Cette question, peut-être la
plus simple qui soit, fut un réel détonateur pour ce
monsieur, et fut pour lui la source d’une telle prise de
conscience qu’elle devint le fondement de son évolution.
Combien de nos responsables hiérarchiques nous ont-ils
déjà posé cette question ? Combien ont-ils réellement
compris et intégré notre réponse ? Elle est pourtant la pierre
angulaire du développement personnel et du coaching. Quel
est le levier, notre levier personnel, qui nous ferait déplacer
des montagnes ou tout simplement bouger de notre statut
quo ?
Comme le disait un enseignant en PNL : « Si vous ne
savez pas quoi faire avec une personne, faites n’importe
quoi. Si elle bouge, c’est qu’elle est toujours vivante. »
TOUTE FORME DE MOTIVATION EST
ACCEPTABLE
Milton Erickson cherchait un jour à soulager la douleur
d’une femme atteinte d’une maladie lourde. N’y parvenant
pas de manière satisfaisante, il lui demanda : « Si vous
pensiez qu’il y avait un tigre affamé sous votre lit,
ressentiriez-vous encore cette douleur ? » Cette dame
répondit : « Bien sûr que non, je me lèverais en toute
panique et chercherais à fuir cette maison. » Erickson
parvint ensuite à lui apprendre, grâce à l’hypnose et à ce
subterfuge, à contrôler seule sa souffrance.
Si vous n’avez pas encore de projet susceptible de vous
amener l’énergie nécessaire à sa réalisation, où allez-vous
trouver votre tigre, votre épouvantail personnel, votre point
de départ ?
Parfois, s’il est encore difficile de déterminer ce que nous
voulons vraiment, identifier ce que nous ne voulons pas
peut représenter un préliminaire utile.
Quelles relations ne sont-elles pas satisfaisantes ? À quels
collègues plus âgés ou anciens dans l’entreprise ne voulons-
nous absolument pas ressembler ? Que pourriez-vous
devenir dans dix ans qui serait votre pire cauchemar ? pour
quelles raisons ? D’une manière similaire, une motivation
en apparence négative peut, dans certains cas, devenir un
levier positif, à la condition qu’elle confère un moteur
suffisant de changement.
En 2002, Philippe entama avec le directeur financier
d’une grande société d’assurance une première session de
coaching sur le sujet du management de son équipe. À sa
question, fondamentale en coaching, sur la nature de ses
objectifs personnels pour cette action, celui-ci lui répondit :
« Je peux être direct ? Je n’ai pas d’objectif. Mon patron,
qui désespère de mes relations avec mes collaborateurs et de
mon désintérêt à ce sujet, m’a promis une prime si je suivais
un coaching avec vous. »
Philippe lui fit signer la feuille de présence et décida
d’attendre. Au bout de quelques minutes, le directeur
s’inquiéta de son silence et le questionna : « Que faisons-
nous, qu’attendons-nous ?
– Nous sommes en train d’atteindre tous deux nos
objectifs : Vous êtes en train d’obtenir votre prime, et moi je
facture votre entreprise. C’est une relation gagnant-gagnant.
»
Une minute plus tard, le directeur reprit timidement la
parole : « J’ai peut-être un objectif. Je voudrais faire croire à
mon équipe et à mon patron que j’ai changé.
– Comment croiront-ils que vous avez changé ?
– Je dois leur faire croire que je les écoute enfin.»
C’était gagné ! Quelle est la meilleure manière de faire
croire à quelqu’un qu’il est écouté ? En l’écoutant
réellement, ce qu’il découvrit ensuite par lui-même.
Et ce changement déclencha une réaction en chaîne qui
transforma cet homme.
Souvent, notre difficulté réside dans le fait que nous
n’acceptons pas nos motifs, ceux de nos enfants ou de notre
entourage. Dans cet exemple vécu, par l’acceptation
inconditionnelle des buts de la personne, nous avons suivi le
chemin suivant, et gagné la partie : obtenir ma prime →
berner mon entourage → faire croire que j’écoute →
écouter → développer un management positif.
ACCEPTER D’ÊTRE MOTIVÉ
Il peut nous arriver parfois de ne pas nous autoriser à
écouter certaines de nos sources de motivation, car
automatiquement, par un mécanisme presque inconscient,
nous évacuons d’emblée ce genre de moteur quand il nous
semble négatif.
La raison d’une telle censure peut venir de la puissance
des croyances que nous avons étudiée aux chapitres
précédents. Et si, par exemple, la source de la motivation
semble enfreindre une règle de conduite très importante
pour nous, nous nous privons hélas d’un fabuleux réservoir
d’énergie et de passage à l’action.
Jean eut dans son cabinet une jeune femme, Martine, qui
venait d’être maman. Épanouie dans son couple et dans son
travail, elle rencontrait quelques difficultés pour perdre les
kilos qu’elle n’avait pas avant sa grossesse. Elle semblait
tout à fait claire sur la conviction qu’elle avait d’être
capable de perdre ses kilos, toutefois, quelque chose
manifestement la mettait mal à l’aise.
La séance avançant, Martine lui avoua qu’elle se sentait
coupable de vouloir maigrir : son mari faisait toujours
preuve de touchantes attentions à son égard, et elle se
demandait s’il était bien légitime, bien « correct » (c’est le
terme qu’elle employait) de la part d’une jeune mère de
famille, de souhaiter être belle et séduisante alors qu’elle
avait auprès d’elle un mari aimant. Ils travaillèrent ensemble
sur ses représentations de la séduction et de la relation de
couple, et Martine parvint à donner une place à la
motivation qu’elle avait d’être une femme belle et
séduisante, pour elle-même comme pour son entourage.
En plus d’avoir développé son estime d’elle-même –
élément clé en ce qui concerne la motivation – Martine a
alors retrouvé sa ligne avec plaisir.
Nous devons prendre tout le temps nécessaire à l’étude de
nos réservoirs de motivation, car ils recèlent souvent des
trésors que nous n’exploitons pas. Ne dit-on pas qu’un
excellent informaticien est souvent un paresseux, motivé
qu’il est à automatiser le maximum de tâches, diminuant
ainsi les risques d’erreur humaine et concevant des logiciels
de plus en plus perfectionnés ?
Ainsi, même le désir d’en faire un minimum peut être
parfois un formidable moyen de faire de nombreuses
choses ! Encore faut-il trouver le type de motivation qui
fonctionne pour nous…
TROUVER SON TYPE DE MOTIVATION
« Il y a deux choses qui poussent les gens à
réussir : l’espoir et le désespoir. »
Anthony Robbins

Les chercheurs en programmation neurolinguistique ont


identifié ce qu’ils ont appelé des « méta-programmes » ou
schémas dominants de fonctionnement de notre cerveau. Un
de ces méta-programmes concerne notre façon individuelle
de se lancer dans l’action : Option « Aller vers » ou option «
éviter de ».
Comment vous motivez-vous le matin pour sortir de votre
lit ? Est-ce en imaginant toutes les choses intéressantes que
vous allez réaliser durant la journée (aller vers), ou est-ce en
songeant aux conséquences, récriminations ou remarques,
qui vont résulter de votre arrivée tardive au bureau (éviter
de) ? Comment avez-vous pris les grandes décisions de
votre vie ? Comment vous lancez-vous dans les dizaines de
micro-décisions d’une journée ? Vous dépêchez-vous d’aller
chercher les enfants à l’école pour être à l’heure ou pour ne
pas être en retard ? La réponse à ces questions peut-être
utile à chacun de nous pour prendre notre motivation dans le
bon sens, c’est-à-dire celui qui va nous lancer dans l’action.
Dans les canons des pensées modernes de l’action,
fortement influencés par la pensée positive et le
management par objectifs, il est généralement considéré que
le type de motivation « aller vers » est supérieur au type «
éviter de ». La raison est que notre inconscient, ne
comprenant pas le négatif, risque dans le cas d’un objectif
négatif, de nous entraîner vers ce que nous ne voulons pas.
Peut-être s’agit-il d’une croyance moderne.
Notre éducation, nos parents, notre type d’activité
professionnelle, la culture de notre entreprise ou secteur
d’activité, ont influencé notre type personnel de passage à
l’action. Par exemple le milieu médical occidental est assez
majoritairement tourné vers l’évitement de la rechute, de la
complication, du symptôme ou de la maladie. Les médecins,
de plus en plus sensibles aux médecines « globales » ou «
holistiques », évoquent pour définir ces approches le terme
de « médecine préventive » !
Les milieux techniques, surtout ceux liés à la sécurité et
aux normes qualité, l’administration, la finance, les
services-clients ont également souvent ce type de pensée. À
l’inverse, les milieux marketing, commerciaux,
management, plus généralement les univers influencés par
les cultures anglo-saxonnes ont plus souvent une approche
dite positive.
Le lecteur pourra imaginer toutes les incompréhensions
que peuvent générer ces différents types de fonctionnement
quand ces milieux vont devoir communiquer, et cela
pourrait être le sujet d’un autre livre.
Si votre câblage est plutôt de tendance « éviter de », il
peut être utile d’abord de lister tout ce que vous souhaitez
absolument éviter dans votre projet personnel, avant de
traduire, dans un second temps, vos souhaits en termes «
aller vers » en retirant toutes les négations et en formulant
des objectifs de façon positive : Qu’est-ce que je ne veux
pas ? → Qu’est-ce que je veux (pour éviter cela) ?
L’expérience montre que pour de nombreuses personnes
cette réflexion est en tant que telle ardue, elle provoque une
prise de conscience forte sur certains blocages ou échecs de
leur vie passée, et permet d’entamer une recherche vers
d’autres moyens de s’auto-motiver.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Dans votre vie, qu’est-ce qui vous donne de
l’énergie ? Qu’est-ce qui vous vide de votre
énergie ?
• De quelle réalisation personnelle êtes-vous le
plus fier ? Qu’est-ce qui vous a alors
motivé ?
• Comment vous ressourcez-vous ?
• Dans les moments difficiles, comment faites-
vous pour vous motiver ?
• Pour quelle récompense seriez-vous prêt à
courir un marathon ?
• Qui autour de vous est-il capable de vous
mettre en mouvement ? Pourquoi ? Comment
fait-il ?
• Qu’est-ce qui, en ce moment, vous fait tenir
ce livre entre les mains ?
• Quelles sont vos motivations profondes que
vous jugez les plus nobles ?
• Quelles sont vos motivations profondes les
moins avouables ?
• Qu’est-ce qui change en vous quand vous êtes
motivé ?

DÉVELOPPER DES STRATÉGIES DE


MOTIVATION
Une fois identifiée notre façon personnelle de nous
motiver, nous pourrons alors développer des stratégies dans
le but de nous lancer dans l’action.
Nous en donnons ici quelques exemples, les meilleures
stratégies étant bien entendu celles qui fonctionnent pour
une personne, le pragmatisme et la créativité en étant les
ingrédients principaux :

En début de journée, repasser devant notre esprit


nos objectifs à dix ans, puis leur déclinaison de
l’année, enfin ceux de la journée qui y sont liés.

Pour une personne « éviter de », imaginer les


conséquences à court et long terme d’une absence
d’action, puis, une fois en mouvement, définir les
buts de la journée en termes positifs « aller vers.
»
Tactiques de récompense
Après avoir listé un certain nombre de « récompenses »
motivantes pour soi-même, par exemple une sortie avec des
amis, la lecture d’un livre passionnant, le visionnage d’un
film, les lier à la réalisation d’une étape de notre projet.
« Si je travaille une heure sur la réalisation de mon projet,
je m’autorise cette activité ludique. »
Tactiques ordaliques
Jay Haley, élève d’Erickson, a développé une approche
complète et cohérente de ces méthodes, la « thérapie
ordalique » ou « thérapie par l’épreuve », dont nous
pouvons utiliser certains éléments à notre profit.
Voici quelles peuvent être les étapes d’une telle méthode
d’auto-motivation :
• Définir la tâche que nous souhaitons réaliser. Par
exemple : réviser mes cours en vue de mon
examen, de façon concentrée, au moins une heure
par jour à partir de janvier.
• Identifier « l’ordalie », l’« épreuve » présentant un
bénéfice pour nous : quelque chose que nous
devrions ou souhaiterions faire. Par exemple :
aller marcher une heure, relire un auteur,
repeindre le mur de notre chambre, etc. ;
• l’ordalie doit être difficile à réaliser et limitée dans
le temps (une heure en fin de journée, une demi-
journée le samedi suivant…) ;
• l’ordalie doit être d’une nature différente de la
tâche 1).
• Lier la non-réalisation de la tâche :
• à la réalisation de l’ordalie ;
• exemple : « Si en fin de journée, je n’ai pas lu
cinquante pages de ce livre, alors je téléphone à
deux amis que je dois contacter depuis un mois et
que je suis en train de perdre de vue. »
Betty Erickson, qui a une époque de sa vie rencontrait de
grandes difficultés à s’endormir, s’était défini cette ordalie :
« Si je vois passer sur mon réveil les deux heures du matin,
alors je vais nettoyer mon parquet pendant deux heures. »
Tactiques de visualisation
Une façon de développer sa motivation consiste à
envisager l’objectif réalisé plutôt que le chemin à parcourir
pour s’y rendre. Par exemple, pour quelqu’un détestant faire
le ménage, il sera bien plus efficace de s’imaginer dans un
endroit propre et bien rangé, en se connectant à l’état de
bien-être que cela peut procurer, plutôt que d’imaginer
chacune des étapes rébarbatives qui séparent le point
d’arrivée du point de départ.
De la même façon, un sportif ayant du mal à se rendre à
certains de ses entraînements aura intérêt à s’imaginer le
jour de la compétition, bien dans son corps et dans sa tête
grâce à la rigueur dont il aura su faire preuve en
s’entraînant.
Ce type de visualisation est d’autant plus efficace qu’il
intervient au moment même où se joue une prise de décision
inconsciente. En effet, il peut nous arriver d’être très motivé
au moment où nous élaborons une stratégie et de perdre de
façon inexpliquée toute notre énergie exactement au
moment où nous en avons besoin, sombrant alors dans le
terrible écueil du « je commence dès demain ».
Un exemple classique de ce genre de « retard à
l’allumage » est celui d’une personne qui, souhaitant perdre
du poids, se trouve « gonflée à bloc » lorsqu’elle prend la
décision de ne plus manger de sucreries et qui, à la première
tentation venue, « craque » et se gave de ce qu’elle avait
décidé d’abandonner.
Le principe est alors de déclencher, si possible en «
pilotage automatique », l’image forte du résultat obtenu,
auquel le nouveau comportement est associé. Richard
Bandler a formalisé ce processus en PNL et lui a donné le
nom de swish, du bruit que fait l’image motivante en
chassant la précédente image.
Notre cerveau possède la merveilleuse caractéristique de
se diriger systématiquement vers ce qui apporte le plus de
plaisir ou ce qui évite le plus de douleur. Dans ce procédé,
les deux aspects du cerveau sont utilisés : d’une part, l’idée
est de bien se concentrer sur les conséquences du non-
changement, et toutes les sensations désagréables que cela
entraînerait.
D’autre part, au moment même où la prise de décision
intervient – comme « je porte le morceau de chocolat à ma
bouche » ou « je le repose en étant fier de moi » – nous
devons alors visualiser, imaginer le but une fois atteint – par
exemple « j’ai perdu mes kilos, je me sens bien dans ma
peau et j’ai vraiment bonne mine ».
La répétition imaginaire des situations typiques de prise
de décision, en effectuant rapidement la substitution de
l’image désagréable à l’image attirante, donne rapidement
des résultats étonnants.
Jean, pour sa part, a perdu de cette façon-là en un été les
vingt kilos qu’il avait en trop.
Une fois nos stratégies déterminées, il nous faudra alors
intégrer les conditions de leur persistance dans la durée.
Conserver l’énergie
Quels que soient nos objectifs et nos stratégies, il est
important de gérer notre énergie, et que chaque journée,
chaque semaine, nous apporte notre ration de «
ressourcement. »
Taibi Kahler, le créateur de la process communication
introduite en France par Gérard Colignon, a identifié six
types d’énergie dans lesquels nous sommes en situation de
dépense ou de restauration, en fonction de notre
personnalité :
• Situations conviviales d’échange et de relations :
échanger avec un ami sur des sujets personnels,
dîner avec son épouse ou ses proches, câliner ses
enfants, faire la fête, donner et recevoir des
cadeaux…
• Situations de temps structuré et d’approche
méthodique : travailler méthodiquement,
organiser son travail ou une tâche, définir des
objectifs, avancer d’un pas vers son rêve,
acquérir une compétence, organiser son temps…
• Situations de solitude : lire un livre, rêver,
accomplir une marche solitaire, méditer ou se
relaxer, profiter du silence, prendre du recul…
• Situations d’échange de convictions : exprimer ses
valeurs et ses convictions, avoir un débat
contradictoire, afficher des principes, être
reconnu pour ses idées, convaincre…
• Situations de challenge et d’action vers un objectif
ambitieux : réaliser l’impossible, se dépasser,
gagner une compétition, manipuler les autres,
négocier âprement…
• Situations d’interactions ludiques : jouer,
provoquer, être en opposition, rire et plaisanter,
montrer sa différence, développer une approche
unique et créative, être « branché », utiliser de
nouveaux gadgets…
La majorité des personnes se trouvent en situation de
dépense d’énergie dans la moitié de ces situations, et en
situation de ressourcement dans l’autre moitié. Un de ces
types de situation, à chaque extrême, est particulièrement
marqué en ce sens pour chacun d’entre nous.
Selon cette approche, chacune de nos journées doit
contenir au moins une situation de ressourcement. Par
exemple, si nous trouvons notre énergie dans le premier
type de situation (convivialité et échange) et que notre
travail ne nous l’apporte pas (activité solitaire ou mauvaise
ambiance au bureau), il sera important, chaque jour, de se
ménager des périodes de régénération de cette nature.
QUI VEUT VOYAGER LOIN MÉNAGE SA
MONTURE !
Nous avons intérêt à veiller sur notre motivation, car c’est
elle qui nous donne une bonne partie de notre énergie.
Ainsi, notre aptitude à rêver et, en quelque sorte, à
conserver notre âme d’enfant, fait partie des facteurs clés de
succès pour tout projet.
Entretenir notre motivation, de quelque façon que ce soit,
est comme la garantie de rester toujours dans un état d’esprit
fertile et propice à la création et à la perpétuelle réinvention.
Le fait de veiller à rester motivé revient à prendre soin de
soi, car l’absence de motivation au contraire mène
obligatoirement à une vie désenchantée, vide de sens et où
le rêve n’a plus sa place.
Quelle que soit la nature d’un projet, la route qui y mène
peut s’avérer longue et semée d’embûches. Or, c’est bien
notre force de motivation qui nous permet de garder le cap
et de nous maintenir en mouvement de façon agréable et
harmonieuse.
Nous pouvons observer avec quel sérieux jouent les
enfants lorsqu’ils s’inventent des histoires et qu’ils font
vivre à leurs personnages imaginaires toutes sortes
d’aventures extraordinaires. Bien sûr ils jouent. En jouant,
ils développent leur imaginaire, leur capacité d’abstraction ;
ils se font peur et apprennent à être conscients de leurs
émotions. Ils s’amusent et ils apprennent, sans même se
rendre compte qu’ils apprennent.
Voici sans doute l’une des plus belles promesses d’une
motivation forte : nous permettre en fin de compte de «
travailler avec le sérieux d’un enfant qui s’amuse », pour
reprendre l’expression de l’écrivain argentin Jorge Luis
Borges.
Exercice 9 :Travailler sur vos « tueurs de motivation »

Durée indicative : 30 minutes


Comme nous l’avons abordé précédemment, nous
disposons tous d’une forte motivation, même si nous n’en
avons pas encore conscience. Pour nombre de personnes,
entre cette motivation et le passage à l’action se dressent un
certain nombre de « tueurs de motivation », idées
récurrentes et incontrôlées qui peuvent venir censurer toute
volonté de transformation.
Phase 1 : Identifier les « tueurs de motivation »
Relisez l’histoire de Bonnie St. John en début de chapitre,
en prêtant attention à d’éventuelles critiques internes qui
peuvent s’élever spontanément dans votre esprit, peut-être à
la limite de votre esprit conscient. Par exemple : « C’est très
américain », « Oui mais elle a une volonté exceptionnelle »,
« Des histoires pareilles donnent de faux espoirs aux gens »,
etc.
Phase 2 :Trouver l’utilité positive de ces critiques
internes
Ces critiques peuvent avoir différentes sources. Par
exemple, elles peuvent nous avoir été suggérées par d’autres
personnes, souvent par nos parents (cf. chapitre 2) ou faire
partie de notre expérience de la vie, sorte de conclusions ou
de morales de nos expériences passées.
Quelle que soit leur origine, ces critiques ont une utilité
positive, au moins dans le passé, pour nous ou pour les
personnes qui nous les ont transmises. Listez ces critiques
en vous demandant pour chacune d’elle :

D’où vient-elle ? Qui me l’a dit ? Où, quand


aurais-je tiré ce genre de conclusion ?

À quoi m’a servi dans le passé cette voix


critique ? Que m’a-t-elle permis d’éviter ? Notez
des situations concrètes en prenant conscience de
l’utilité de ces critiques dans votre vie.
Phase 3 : Découvrir les limites de ces critiques
internes
Posez-vous enfin les questions suivantes, pour chacune
de ces critiques :

Que m’ont-elles fait rater ? Quelles opportunités


ai-je manquées dans ma vie à cause d’elles ?

Quelles directions ou opportunités n’ai-je jamais


explorées du fait de leur existence ?
Phase 4 :Adapter ces critiques pour le futur
Après avoir découvert les faces utiles et néfastes,
positives et négatives, de ces critiques, modifiez les une par
une pour aborder votre nouveau futur. Exemple : « Des
histoires pareilles donnent de faux espoirs aux gens. »
Utilité passée : Ne pas être déçu. Cela m’a servi à ne pas
viser des études hors de ma portée, et finalement à obtenir
un diplôme modeste, qui m’a été très utile en début de vie
professionnelle.
Limite passée : J’ai manqué par deux fois des
opportunités professionnelles, que j’ai refusé d’envisager
par crainte de ne pas être sélectionné.
Adaptation pour le futur : « Je décide de ne pas croire à
de telles possibilités, afin de ne pas être déçu, mais d’agir
comme si j’y croyais et d’observer le résultat de la façon la
plus détachée possible. »
Exercice complémentaire
Pendant une semaine, prêtez attention à vos critiques
internes spontanées lors des situations de la vie courante.
Ces critiques surviennent spontanément quand une de nos
croyances limitantes nous semble attaquée.
Dès qu’une de ces critiques a été identifiée, passez-la au
tamis des trois phases suivantes :

À quoi m’a-t-elle servi dans le passé ?

Que m’a-t-elle empêché de réaliser ou vivre ?

Comment vais-je la modifier, l’adapter pour mon


futur ?
Exercice 10 : Conserver la motivation sur le chemin

Durée indicative : 30 minutes


Phase 1
Listez, pour chacun des trois domaines suivant, au moins
dix activités différentes qui le composent. Si vous ne pouvez
arriver à dix, découpez l’une de ces activités en plusieurs
parties.
Vie professionnelle – Vie privée – Centres
d’intérêts/Hobbies
Phase 2 : Séparez et regroupez ces trente activités en
trois catégories
Activités qui vous donnent de l’énergie.

Activités qui vous retirent de l’énergie.

Activités « neutres » sur le plan de l’énergie.


Phase 3 :Analyse des activités qui vous donnent de
l’énergie
Quels sont les points communs entre ces différentes
activités ? (vous pouvez si nécessaire reprendre les types de
situation décrits par Taibi Kahler). Pourquoi chacune d’elle
vous donne-t-elle de l’énergie ? Qu’est-ce qui est important
pour vous quand vous réalisez cette activité ? À quoi
pensez-vous quand vous la réalisez ?
Si une personne avait donné ces réponses, quelles
conclusions en tireriez-vous, quels conseils lui donneriez-
vous ?
Qu’auriez-vous répondu quand vous aviez dix ans ?
Quelles motivations avez-vous conservé depuis, lesquelles
avez-vous laissées en chemin ?
En combinant les différentes activités qui vous donnent
de l’énergie, y compris celles du passé, quelles sont les
professions ou hobbies qui les réuniraient au mieux,
auxquels vous n’avez encore jamais pensé ?
Cet exercice, très riche, a pour vertu de faire ressortir vos
motivations réelles et profondes, celles qui vont vous
conférer l’énergie quotidienne pour réaliser votre projet.
Dans l’idéal, elles vont vous donner des informations utiles
pour l’élaboration de celui-ci.
Ce projet, aussi motivant soit-il, doit comporter dans
chacune de ses phases, au moins à chaque journée, un type
d’activité de nature « énergisante », à laquelle les autres
activités du jour seront attachées. Ces activités vont devenir
les pierres angulaires de votre projet, de votre vision
personnelle. Elles seront la garantie de votre engagement
dans la durée.

Dans les jours prochains…


Chaque matin trouvez ce qui vous motive le
plus dans la perspective de la journée à venir.
Faites-vous plaisir 30 secondes, plusieurs fois
dans la journée : donnez-vous des ailes en
rêvant à ce que vous aimez le plus dans la
vie. Ressentez les sensations qui sont les
vôtres lorsque « vous y êtes » et efforcez-
vous de conserver cet état interne après être
retourné à vos activités.
Surveillez au cours de la journée vos périodes
de forte énergie. Analysez leurs points
communs : est-ce une image que vous avez
en tête ? une phrase que vous vous dites ?
est-ce un type particulier de situation ?
Exploitez l’information obtenue pour vous
motiver dans d’autres contextes.
5
« LA VIE EST UNE JUNGLE : C’EST LA
LOI DU PLUS FORT…»
Clarifier notre relation aux autres et trouver des alliés
Le palais des miroirs
Un homme riche avait lancé la construction d’un palais de verre, de
miroirs et de glaces. Souvent, un peu avant la tombée de la nuit, il
allait dans les pièces et les magnifiques galeries pour superviser
l’avancée des travaux du jour et imaginer le futur faste de sa demeure,
digne d’un prince. Un soir, oubliant le conseil de l’architecte, il omit
de fermer la porte en partant. Un chien pénétra dans la demeure,
qu’on retrouva mort, affreusement mutilé au matin. La pauvre bête, se
croyant cernée par d’innombrables congénères qui le menaçaient,
avait combattu toute la nuit contre ses ennemis avant de succomber
dans cette lutte fatale.
Cette histoire est une métaphore de notre vie. Le monde nous
renvoie l’expression de notre propre nature, nous sommes en
permanence confrontés à nos propres reflets. Dans chacun des êtres
qui croisent notre chemin, dans chaque lieu, à chaque instant, nous ne
voyons ni le monde ni les gens, mais notre propre image. Nos
croisades, nos haines et nos amours, nos grandes causes, ne sont que
des informations sur nos guerres intérieures.
Source : sagesse traditionnelle indienne.
Les autres sont notre plus grande richesse. Ils nous renvoient notre
propre image, et c’est dans la relation, c’est-à-dire littéralement
lorsque nous sommes reliés à l’autre, que notre nature se révèle et que
nous apprenons le plus sur nous-même.
NOS ENNEMIS INTÉRIEURS PEUVENT DEVENIR DES
AMIS
Ulysse évolue lors de son odyssée ; on peut même voir dans le
mythe homérique l’histoire de quelqu’un qui devient un homme, et
qui s’accepte en tant qu’homme. Ulysse, avant de quitter Calypso, a
le choix : la déesse lui propose d’être un Dieu et de rester alors avec
elle sur son île en étant immortel ou bien être un homme, un mortel,
et retrouver pour le temps qui lui reste à vivre, sa liberté.
Même si Calypso ne nous donne pas le choix, nous sommes
comme Ulysse dans son odyssée : nous voyageons dans la vie et
modifions notre regard sur le monde au gré des rencontres. À nous de
bien choisir ceux qui nous entourent, de communiquer avec eux au
mieux afin que l’échange se passe, qu’il ait lieu, comportant sa part
d’alchimie et de surprise.
Alors après une rencontre, nous pouvons faire l’inventaire de ce
qui a bougé en nous, des transformations qui se sont opérées à notre
insu. Une rencontre avec l’autre est aussi une rencontre avec soi-
même.
Les récurrences dans nos relations interpersonnelles sont souvent le
reflet de nos cordes sensibles, nous indiquant de façon subtile ce qui
nous reste à dépasser, intégrer, digérer ou sublimer pour être plus
complet, plus nous-même.
Aussi, pour « bien » communiquer avec les autres est-il important
de « bien » communiquer avec soi-même. Savoir écouter les
différents aspects de notre personnalité, être en conscience de nos
conflits d’intérêt intérieurs, sont souvent les premiers pas effectués
vers le changement.
Nos antipathies, nos attirances et nos répulsions, nous donnent des
informations sur nous-mêmes. Si nous pouvons en prendre
conscience, nos sentiments d’attirance et de répulsion envers les
autres peuvent se transformer en ces questions : « Quelle partie de
moi est-elle atteinte à travers cette personne ? », « Qu’est-ce qui
résonne en moi dans cette relation ? »
Être davantage à l’écoute de nos sentiments à l’égard des autres, en
s’interrogeant sur la facette de nous qui entre en conflit avec les
autres parts de nous-mêmes, va nous aider à intégrer toutes ces
contradictions et à construire une personnalité ouverte et capable
d’apprendre et d’évoluer.
ACQUERREZ LA CAPACITÉ DE VOUS RÉJOUIR
SINCÈREMENT DU SUCCÈS D’AUTRUI
Cette capacité rare sera le signe que cette intégration de nos
différentes facettes a été menée à bien, et la réussite des autres ne fera
plus résonner négativement en nous ces facettes que nous refusions.
Avez-vous remarqué combien la majorité des gens ne semblent pas
pouvoir se réjouir sincèrement du succès d’autrui ? Qui prétend qu’un
athlète a remporté la compétition car « il n’y avait personne en face »,
qui déclare de façon péremptoire que les voitures de sport sont faites
pour les ploucs, alors qu’il rêve secrètement d’en piloter une…
Le rapport que nous entretenons avec le succès d’autrui est
éminemment révélateur du rapport que nous entretenons avec notre
propre succès ou même l’idée que nous nous en faisons. Les
personnes irritées par le succès des autres, développant envie ou
jalousie, voient souvent le succès d’autrui comme se faisant aux
dépens de leur propre succès.
Considérer les choses différemment, et commencer à envisager le
succès d’autrui comme quelque chose qui nous enrichit
collectivement et individuellement, ouvre à un état d’esprit beaucoup
plus sain dans le rapport même que nous entretenons avec le succès.
Comme nous l’avons vu dans le chapitre 2, le succès est parfois
envisagé comme source de culpabilité. En jalousant ou dénigrant le
succès des autres, nous nous interdisons nous-même, souvent
inconsciemment, notre propre réussite.
En coaching de managers, dans le cadre de son cabinet, il est
souvent nécessaire à Philippe d’aborder de front cet enjeu : de
nombreux encadrants ressentent – ou leurs collaborateurs le font à
leur place ! – une difficulté à valoriser sincèrement ou efficacement
leur entourage :
• soit qu’ils aient des difficultés à exprimer leur satisfaction :
dans ce cas, le coaching comportemental est directement
efficace pour y parvenir. À titre d’anecdote extrême, le
DRH d’une société informatique se questionnait sur le fait
que son entourage semblait ne pas être très sensible à ses
tentatives d’expression de sa satisfaction. Perplexe,
Philippe reconstitua avec lui le dernier exemple qu’il avait
vécu d’une telle situation, avec sa responsable paye. Il
s’exprima de la façon suivante : « Il n’y a rien à dire sur
ton travail. Tu n’as pas fait d’erreur, il n’y a pas eu à te
relancer dix fois, tu n’étais pas en retard.Vraiment non, en
cherchant bien, je n’ai rien à dire ! » Sans commentaire…
• soit que cet acte, pour diverses raisons qu’il peut être
nécessaire d’éclaircir avec les personnes, touche une
croyance forte de nature à détruire tout effort en ce sens,
une croyance du type « si les gens réussissent, alors je ne
serai plus indispensable ». Cette croyance n’est que très
rarement consciente – un psychologue la qualifierait de
refoulée –, et une grande perspicacité est parfois nécessaire
pour parvenir à la découvrir.
Dans le cadre d’un groupe humain ordonné vers un objectif –
entreprise, équipe sportive – ou pour nous en tant qu’individus, cette
nouvelle relation aux autres va impliquer la remise en cause de très
anciens paradigmes.
DE « ON NE PEUT RÉUSSIR QUE SEUL » À « LES
AUTRES SONT NOTRE PLUS GRANDE RESSOURCE »
C’est en tout cas un principe valable dès que se construit une
société humaine ou animale. Dans le rapport aux autres entrent en
conflit nos pulsions les plus ancestrales. Paul Watzlawick, dans sa
conclusion de Faites vous-mêmes votre malheur, pose ainsi cette
question : « La vie est-elle un jeu à somme nulle ? »
Des carnivores concurrents se disputent une proie : chaque
individu perd ce qu’un autre dévore. « Je gagne ce que tu perds et je
perds ce que tu gagnes » en est la règle. C’est un jeu à somme nulle.
Dès qu’une société humaine ou animale commence à exister, le
paradigme va alors changer. Par exemple, un groupe de loups
organise sa chasse en élaborant sa stratégie selon la règle : « Nous
gagnons ensemble ou nous perdons ensemble. » Au moment de la
curée, le « jeu à somme nulle » peut de nouveau prévaloir, générant
peut-être frustrations et rancœurs, de nature à compromettre plus tard
la cohérence du groupe ainsi que ses chances de survies futures.
Chaque individu, chaque groupe humain, doit déterminer pour lui-
même un équilibre dynamique et concilier à sa manière ces deux jeux
dont les règles sont en apparence opposées et inconciliables. De
l’équilibre trouvé par un individu ou un groupe dépendra sa
perception de la vie et son rapport intime au monde.
Dans l’entreprise, cet équilibre dans la valorisation des
performances individuelles et collectives représente souvent l’un des
enjeux forts de la réflexion des DRH à propos de la rémunération. Si
nous considérons que les autres constituent notre plus grande
richesse, nous avons vu que plusieurs postures existent, certaines plus
propices à l’enrichissement que d’autres. Nous vous invitons à
expérimenter vous-mêmes ces différentes postures d’ouverture à
l’autre, et de trouver celles qui vous conviennent le mieux, de
déterminer votre équilibre personnel suivant les contextes et vos
désirs.Vous bénéficierez ainsi de toute la richesse que représente
l’Autre, et nul doute que vous saurez en bénéficier sans jamais en
profiter comme un pique-assiette, mais bien en adoptant le plus
souvent, comme une attitude de vie, la posture de contributeurs
mutuels.
Nous n’entrerons pas dans la théorie des comportements collectifs
qui nous éloignerait trop du propos de cet ouvrage. Rappelons
simplement que la théorie détermine l’observation. Ainsi, si nous
considérons les autres comme une menace, un obstacle ou une source
d’ennuis, nul doute que notre rapport à eux sera marqué par le sceau
du conflit et de la guerre. Au contraire, si nous considérons les autres
comme une richesse, une source de progression et de développement,
alors nous pourrons rencontrer sur notre route des personnes qui nous
élèveront, et que nous élèverons.
Très tôt dans l’histoire de l’humanité, de façon quasi instinctive,
l’homme a réalisé tout le bénéfice qu’il y a à vivre en groupe. Dans
les tribus primitives, la punition suprême était l’exil, le bannissement
de la tribu.
Bien sûr, depuis trois cents ans, les paradigmes qui prévalent dans
nos sociétés post-modernes sont le matérialisme et l’individualisme.
Il n’empêche, notre aptitude à communiquer, à créer le rapport avec
ceux qui croisent notre chemin est un facteur clef de notre réussite, et
ce quel que soit le domaine qui nous intéresse.
Car c’est de la communication interpersonnelle que naissent
l’enrichissement mutuel et l’évolution. C’est en allant à la rencontre
de l’Autre, à la manière d’Ulysse dans son odyssée, que nous
apprenons sur nous-même et que nous pouvons enfin progresser.
Ainsi, à la manière d’Ulysse, qui commence son voyage avec tous
ses bateaux et ses hommes armés, et qui le termine nu, seul, échoué
sur une plage, nous apprenons en communiquant avec les autres à
nous dépouiller de ce qui n’est pas nous et à conserver l’essentiel.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Qu’est-ce pour vous que la relation à l’autre ? Que vous
apportent les autres ?
• Comment pensez-vous que l’on se comporte le plus
souvent à votre égard ?
• Laquelle de vos qualités appréciez-vous le plus chez les
autres ?
• Quelles sont les parties de vous qui vous hérissent le
plus chez les autres ?
• Hors famille et amis, quel succès de quelqu’un d’autre
vous a-t-il rendu le plus heureux ?
• Vis-à-vis de quelle personne êtes-vous aujourd’hui le
plus reconnaissant ?
• Avec quelle personne auriez-vous le plus de facilité à
vous réconcilier ? Le plus de difficulté ?
• À qui pensez-vous que vous pourriez apprendre le
plus ? De qui pensez-vous que vous avez le plus à
apprendre ?
• Quelle est l’attitude, que vous adoptez souvent vis-à-vis
des autres, que vous rêveriez que l’on adopte
davantage à votre égard ?
• Qu’est-ce qui fonctionne bien dans votre
communication ? Qu’est-ce qui fonctionne moins
bien ?

LE CALCUL GAGNANT EN MATIÈRE DE RELATION


Bernard Werber, dans son étonnante Encyclopédie du savoir relatif
et absolu, relate l’expérience suivante : en 1979, un tournoi
informatique fut organisé aux États-Unis entre des logiciels simples
dont les contraintes étaient que ces petits programmes puissent
communiquer avec les autres et fonctionner de manière automatique.
Quatorze programmes, tous créés par des universitaires, furent
reçus et le tournoi put commencer.
De nombreuses stratégies avaient été développées :
• Exploiter l’autre et changer d’interlocuteur dès que
l’échange a été bénéficiaire.
• Éviter tout contact et s’isoler pour conserver ses points.
• Coopérer puis, en complète surprise, trahir.
• Toujours trahir ou toujours coopérer, quel que soit le
comportement de l’autre.
• Trahir et coopérer de manière aléatoire.
• Si l’autre trahit, avertir, puis punir s’il n’y a pas de
modification de comportement de la part de l’autre.
• Etc.
Un petit programme battit tous les autres, même s’il fut souvent en
difficulté face à des routines beaucoup plus agressives : il avait été
développé cinq ans plus tôt par un philosophe et psychologue de
l’université de Toronto, Anatol Rapaport.
Ses principes étaient les suivants : Coopération – Réciprocité –
Pardon.
En termes de stratégie et de comportement humain, nous pouvons
les traduire de la manière suivante :
Coopérer
Quels que soient nos sentiments ou nos impressions sur les
intentions de l’autre, nous devons aborder nos interlocuteurs en
confiance et mus par la plus complète confiance, quitte à prendre
certains risques si leur loyauté n’était pas plus tard avérée.
Agir réciproquement
Dès que le comportement en retour de l’autre a été identifié, nous
agirons en retour de la même manière que lui :
• sincère, honnête et transparente s’il adopte cette attitude ;
• mensongère, opaque et retorse dans le cas inverse.
Pardonner
Si l’autre, et nous-mêmes par la suite, sommes entrés en relation de
conflit et de trahison, nous pourrons proposer une paix et une loyauté
future à nos interlocuteurs, ceci à intervalles réguliers. Si eux-mêmes
nous les proposaient spontanément, nous nous empresserions
d’accepter.
En cas d’accord, nous recalerons notre attitude sur l’étape 1 «
Coopération ».
NOTRE ÉVOLUTION EST CONDITIONNÉE PAR NOTRE
RELATION À L’AUTRE
Notre relation à l’autre est souvent fondée sur des principes viciés.
Marshall Rosenberg, le créateur de la « communication non violente
» raconte ainsi dans ses séminaires comment il a pris conscience des
paradoxes de la communication et développé son concept : il assistait
à une dispute entre deux enfants, et le plus âgé se mit à frapper le plus
jeune. La mère survint qui gifla violemment le coupable lui énonçant
l’ordre suivant : « On ne frappe pas un plus petit que soit ! »
Rosenberg ajoute, dans son style et son humour inimitables : « Il y a
quand même quelque chose qui ne va pas chez nous… »
Sur un autre plan, voir chez les autres prioritairement les défauts,
les imperfections, les faiblesses, est un choix qui d’emblée nous prive
de l’enrichissement mutuel possible. Richard Bandler raconte cette
anecdote fameuse où il rencontre un jour dans un avion un homme se
rendant à un séminaire de PNL animé par lui-même. L’homme de
l’avion ne reconnaît pas Bandler et ce dernier se garde bien de lui
dévoiler sa véritable identité : Il prétend alors qu’il ne sait même pas
ce qu’est la PNL !
Il explique qu’il a d’abord préféré écouter ce que l’homme de
l’avion avait retenu de la PNL, car, même pour un expert, il est
toujours intéressant d’écouter attentivement un autre point de vue, en
envisageant cette écoute comme l’occasion de réaliser quelque chose
passée jusque-là inaperçue.
Un peu à la manière de l’aviateur du Petit Prince qui redécouvre le
monde à travers les yeux d’un enfant, nous avons toujours intérêt à
envisager nos rapports avec les autres dans l’esprit d’un chercheur
d’or. Que fait un chercheur d’or ? Même dans la plus sombre et la
plus dégoûtante des boues, il reste vigilant, car il sait que c’est dans
cette boue que se cache peut-être une pépite. S’il ne met pas les mains
dans la boue, s’il ne va pas à sa « rencontre », alors il est certain,
absolument certain de deux choses : il ne se salira pas les mains ; et il
ne trouvera jamais de pépite !
Les modélisateurs de la PNL, que nous évoquons régulièrement au
cours de ce livre, ont régulièrement confirmé l’élément suivant : les
personnes qui réussissent ont, plus que d’autres, développé la
capacité de mettre à l’aise les gens qui les entourent, à se soucier de
leurs préoccupations, à comprendre leur perception des choses.
L’IMPORTANCE DE LA PAIRE DE LUNETTES…
Michel et Jacques participent tous les deux à une réunion matinale
réunissant le comité de direction de leur entreprise. Un nouveau cadre
de direction, récemment arrivé dans cette entreprise, arrive en retard,
alors que la réunion vient de commencer. Il ne dit pas un mot, et
s’assied à sa place. Michel pense alors : « Quel mal élevé, il n’a
absolument rien à faire de cette réunion et se fiche de déranger tout le
monde ; il ne s’excuse même pas, quel nul ! » Jacques quant à lui se
dit : « Le pauvre, comme il doit être gêné d’arriver en retard pour son
premier comité de direction ! Il s’est peut-être produit un événement
grave pour lui ce matin. Enfin, il ne dit rien pour ne pas nous
déranger davantage, c’est bien… »
Il est aisé de comprendre que nous décodons la réalité, et a fortiori
le comportement des autres, sous la lumière de nos propres
expériences et échelles de valeurs ; comme dans l’histoire de la
chambre aux miroirs du début de ce chapitre, nous projetons sur le
vaste écran du monde nos façons personnelles de fonctionner,
d’appréhender et de comprendre le monde et autrui.
L’empathie est cette aptitude, naturelle chez certains, à se mettre à
la place de l’autre, à « changer de paire de lunettes » à chausser celles
de l’autre. Cette démarche permet d’une part d’éviter bien des
malentendus et des jugements sévères faits à l’emporte-pièce et,
d’autre part, elle permet la rencontre. C’est la rencontre qui permet
aux idées de mieux circuler, aux opportunités d’apparaître et aux
échanges d’exister. Interrogez autour de vous les personnes dont vous
admirez le succès. Vous verrez qu’elles ont toujours, à leur manière,
une grande faculté d’empathie.
Elles possèdent cette capacité rare de se mettre le plus souvent à la
place de ceux avec qui elles souhaitent communiquer, afin de mieux
comprendre les réactions des uns et des autres, jusqu’à parfois les
anticiper.
DE LA SYMPATHIE À L’EMPATHIE
Si étymologiquement, le « pathos » d’empathie signifie douleur,
peine, on peut considérer que l’empathie consisterait à comprendre la
douleur de l’autre, là où la sympathie – du grec sun, « avec », que
l’on retrouve par exemple dans symbiose – nous conduirait à souffrir
avec l’autre, partager sa douleur. Si dans la sympathie nous pouvons
courir le risque de nous perdre nous-mêmes dans la relation, dans
l’empathie nous sommes connectés à l’autre tout en conservant notre
lucidité. L’empathie et la sympathie peuvent exister sans qu’il y ait
forcément de douleur à partager, simplement de l’émotion.
Nous pouvons remarquer alors que dans les équipes, qu’il s’agisse
d’équipe de sport, d’équipe professionnelle ou même de famille, une
certaine empathie entre les membres peut faire la différence entre une
relation quelconque et quelque chose d’exceptionnel.
Notre cerveau dispose d’immenses capacités à décoder les
intentions de l’autre, qui surpassent de loin nos capacités d’analyse
consciente. Les travaux sur la communication, notamment ceux du
Mental Research Institute de Palo Alto en Californie, ont démontré
que plus de 90 % du message envoyé d’un individu à un autre passe
par le non-verbal.
Le non-verbal en communication est constitué du para-verbal,
c’est-à-dire les intonations de la voix, son rythme, son volume, et
comprend également les postures du corps, le rythme de la
respiration, le tonus musculaire, la dilatation des pupilles, etc.
Le verbal, en fait, n’est constitué que du texte du message, des
mots et de la grammaire.
Le bon fonctionnement d’une équipe provient, entre autres, de la
bonne circulation de l’information au sein de cette équipe. Or la
perception du message dans tout ce qu’il a de non-verbal au sens
large implique que les communicants soient dans une disposition
particulière les uns vis-à-vis des autres : l’empathie favorise alors la
perception subtile, l’intuition profonde du point de vue de l’autre.
Nous possédons au fond de nous de vieux mécanismes de défense,
vraisemblablement codés dans le cerveau reptilien, le plus vieux de
nos « trois » cerveaux (pour mémoire, cerveau reptilien, cerveau
limbique, siège des émotions, et cortex ou néocortex, siège de
l’intellect).
L’une des premières choses que fait le cerveau reptilien lorsque
nous nous trouvons en relation avec un individu est d’utiliser la
perception de tous les signes existants afin de décider si cette
personne est amie ou ennemie. La sécurisation de la relation apparaît
donc comme essentielle, un élément sine qua non d’une « bonne »
communication, c’est-à-dire d’une communication efficace.
Lorsque nous avons besoin de bien communiquer dans notre vie,
soit à peu près tout le temps, c’est en créant un lien qu’on peut
qualifier de lien empathique que nous serons le plus efficace : nous
serons mieux compris, et nous percevrons et comprendrons mieux les
réponses de nos interlocuteurs. Nous bénéficierons pleinement des
bienfaits de la communication, c’est-à-dire de la mise en « commun »
de différentes expériences, sensibilités et connaissances…
Avez-vous remarqué combien certaines réunions sont
particulièrement efficaces et agréables ? Chacun semble à la fois
connecté à son propre rythme, son propre style, et en même temps
tout le groupe fonctionne de façon harmonieuse, les interventions des
uns et des autres se font au bon moment, comme si tout le monde
était « sur la même longueur d’onde »… L’empathie peut créer ce
genre de contexte. Celui-ci n’est jamais le fait du hasard. Les étapes
majeures de sa création sont comme nous l’avons vu la faculté
d’accepter sans juger la différence, puis de sécuriser la relation en
envoyant à l’autre des signes de reconnaissance – respect de la bulle
d’intimité, du rythme de l’autre dans sa façon de parler, de respirer,
de bouger…
Même si au départ ce genre de posture peut être feint, les bénéfices
de l’ouverture sont tels que cette perception de chacun comme un
enrichissement mutuel potentiel s’imposera d’elle-même : la posture
d’accueil deviendra alors une seconde nature et nous serons prêts à
franchir une étape supplémentaire.
DE LA PERFORMANCE À L’EXCELLENCE
Le philosophe Alain a dit un jour qu’il était nécessaire à l’artiste
d’imiter longtemps et de copier longtemps avant de se mettre à
véritablement créer. Par ailleurs, Jim Collins dans son ouvrage From
Good to Great a montré combien les entreprises qui quittent les
sentiers battus et rebattus des modèles d’excellence pour se recentrer
sur leurs qualités propres – thalys qualis qui a donné « tel quel » –
sont celles qui contre toute attente ont obtenu ces dernières années les
résultats les meilleurs.
En fait, c’est peut-être le chemin de l’excellence qui passe par
certaines étapes d’imitation et d’étude des meilleures pratiques. La
contribution des autres à notre développement est alors vitale,
essentielle. Arrivé à un certain niveau de performance, il devient alors
important de développer et de cultiver son style propre, et d’utiliser
alors toute sa créativité personnelle, qui aura été nourrie par tant
d’étude et d’imitation. Un peu à la manière d’un joueur d’échec qui,
tout en étudiant et apprenant par cœur les parties des plus grands
maîtres qui l’ont précédé, développe le style personnel qui fera de lui
un champion à nul autre pareil.
Certaines personnes passent toute une partie de leur vie à
développer des efforts incroyables pour s’améliorer dans un domaine
qu’elles détestent. Au prix d’efforts inouïs, elles parviennent à
s’améliorer et passent d’un niveau « très mauvais » à simplement «
mauvais » ou « médiocre ».
Pendant ce temps-là, d’autres personnes se sont concentrées sur ce
qu’elles avaient de meilleurs à offrir aux autres, à la collectivité. En
développant leur talent, elles ont rencontré et se sont associées à
d’autres personnes avec qui elles étaient complémentaires. Alors, tout
en continuant à développer leur talent, elles ont appris des autres et,
sans s’en rendre compte, se sont améliorées dans les domaines où
elles peinaient auparavant.
Observez les personnes qui ont réussi dans un domaine donné,
vous observerez qu’elles ne sont jamais toutes puissantes et sûres
d’elles dans tous les domaines. Au contraire, les gens qui réussissent
sont souvent très lucides sur leurs lacunes, et présentent tous la
particularité d’être très bien entourés. Ils construisent alors une
réussite individuelle fondée sur la reconnaissance des apports des
autres, parfois sur le travail en commun. Quand on les interroge sur
les personnes qui ont le plus contribué à leur réussite, ils évoquent
avec une émotion particulière, que nous avons (les auteurs) souvent
observée, quelques noms sans aucune hésitation. Elles savent au fond
d’elles-mêmes à qui donner tribut pour leur réussite.
Comme nous l’avons vu en tête de chapitre, le sport est souvent
utilisé comme une métaphore de l’entreprise ou de la vie en général.
Nous pensons que c’est parce qu’en sport, la sanction est immédiate :
une mauvaise ambiance dans une équipe de football, des luttes de
pouvoir dans une direction technique nationale, et les résultats s’en
ressentent immédiatement.
Les autres domaines de la vie et des affaires sont tout autant
concernés par cette vérité : seuls la communication, l’enrichissement
mutuel et l’esprit d’équipe permettent des succès élevés et durables.
Nous avons souvent dans notre culture un réflexe d’homme
occidental qui nous ramène au culte du héros solitaire, le guerrier qui
part seul terrasser le dragon. Cette conception est désormais erronée.
Nos mythes et nos légendes modernes sont pourtant encore
imprégnés de cette conception du monde, et nous préférons souvent
retenir le nom d’un homme, là où c’est en réalité toute une équipe, au
minimum un entourage favorable, qui a contribué au succès.
Sachons écouter ceux et celles qui remercient dès qu’ils en ont
l’occasion leurs équipes ou ceux qui les ont aidés durant une période
cruciale de leur vie : ils savent à quel point leur succès doit à d’autres,
à quel point certaines contributions leur ont été vitales.
Pas un grand film, pas une entreprise n’ont été faits par un seul
homme ou une seule femme. C’est toujours l’association des talents,
la collaboration, l’enrichissement au contact de l’autre, la
communication de qualité, qui ont donné les résultats les plus
extraordinaires.
LE POINT DE DÉPART DE LA BONNE
COMMUNICATION : ACCEPTER QUE « LE SENS DE
MON MESSAGE, C’EST LA RÉPONSE QUE J’EN REÇOIS
»
Cette formule peut choquer de prime abord, et pourtant elle
pourrait bien être le seul moyen de ne pas rentrer dans une
communication à sens unique. Mac Cormac, le grand coach et chef
d’entreprise américain, ajoute même : « Je ne sais pas ce que j’ai dit
tant que je n’ai pas reçu la réaction de l’autre. » Pour que nos
relations soient épanouissantes et pour que les autres restent le plus
grand réservoir de ressources, d’émerveillement et de surprise
possible, il est extrêmement important de communiquer correctement.
La communication peut se décomposer, se projeter comme disent
les géomètres, suivant deux axes : l’information et la relation. On
distingue alors quatre cadrans principaux qui permettent de
positionner ce qui se passe en matière de communication (cf. figure
4).
Dans une relation donnée, qu’elle soit d’ordre personnelle,
professionnelle ou privée, il est important d’avoir une idée du cadran
dans lequel la communication se situe. La communication de qualité
apparaît dès que les deux axes « information » et « relation » sont
pleinement satisfaits.
Si nous ne sommes pas satisfaits de l’effet obtenu, la première
question à se poser est « que puis-je modifier en moi, dans ma façon
de communiquer, pour obtenir la réponse que j’attends ? ».
Figure 4
– Pour une communication de qualité, qu’elle
soit professionnelle ou personnelle, vous devez vous
positionner de façon satisfaisante à l’intérieur des
quatre cadrans délimités par les axes Information
et Relation.
Il est important de se poser cette question évoquée plus haut avant
de remettre l’autre en cause, en prétendant qu’il ou elle ne comprend
absolument rien à notre message. Cette question sera plus amplement
abordée, sous différents angles, au cours des chapitres 8 et 9.
Accepter la contribution de l’autre, quel que soit son statut ou l’état
présupposé de ses « connaissances », utiliser ce qu’il nous renvoie sur
nous-mêmes, sont certainement les plus fabuleux leviers de
développement et de progression.
Exercice 11 : Rendre plus flexibles vos opinions

Durée indicative : 20 minutes


Cet exercice a pour objet d’« arrondir les angles » de vos opinions
les plus tranchées en développant votre capacité à comprendre un
point de vue différent.
1 Identifiez trois sujets sur lesquels vous avez une opinion
très tranchée. Cela peut concerner une situation dans votre
entreprise, un sujet de société ou quelque chose de plus
personnel.
2 Trouvez pour chacun des sujets au moins deux opinions
radicalement différentes de la vôtre ; par exemple, une
position à l’opposé de la vôtre et une autre, intermédiaire.
3 Établissez, pour chacune de ces positions, une liste
d’arguments pour les défendre. Allez au-delà des premiers
arguments évidents : Exercez votre sagacité à en inventer
sincèrement de nouveaux.
4 Imaginez, construisez mentalement l’identité de celui ou
celle qui pourrait sincèrement défendre un tel point de vue,
avec vos arguments et peut-être… les siens ! Amusez-vous
à passer quelques minutes ou quelques heures, avec les
opinions de l’autre.
5 N’oubliez pas de reprendre vos opinions tranchées du
départ !
Exercice 12 : Prendre conscience de vos projections personnelles

Durée indicative : 15 minutes


Phase 1
Veuillez identifier une personne qui vous agace particulièrement,
dont la présence éveille en vous des sentiments négatifs puissants,
une profonde antipathie, sans que vous puissiez rattacher ses
sentiments à des causes entièrement rationnelles.
Phase 2
Veuillez lister cinq points que vous lui reprochez (comportements,
attitudes…), liés à des situations précises :
Phase 3
Dans quelles situations particulières pouvez-vous vous surprendre
à vous comporter comme ces personnes à qui vous reprochez ces
attitudes ? Quelles sont vos conclusions ? Qu’en tirez-vous pour vos
futurs échanges avec ces personnes ?
Exercice 13 : Découvrir vos alliés intérieurs

Durée indicative : 30 minutes


1. Identifiez trois contextes dans lesquels vous vous comportez de
façon très différente ; ces contextes peuvent être votre famille, votre
club de foot, les « soirées copains » ou « dîners copines » que vous
organisez régulièrement…
L’essentiel est que vous vous comportiez vraiment de manière
différente d’un contexte à l’autre, en ayant presque l’impression à ce
moment-là, d’être quelqu’un d’autre.
2. Déterminez pour chacun de ces trois contextes un nom pour
celui ou celle que vous êtes à ce moment-là, genre « le clown », « la
séductrice » ou encore « le guerrier », « l’intellectuel », « le hors-la-
loi »…
3. Listez sur une feuille, pour chacun de ces « personnages », ce
qu’ils savent faire particulièrement bien : leurs talents, capacités,
compétences particulières.
4. Listez pour chacun d’eux ce qui les guide dans la vie, les choses
auxquelles ils vous relient et que vous perdriez s’ils ne faisaient plus
partie de votre personnalité. À quoi vous est utile chacun de ces
personnages ?
5. Laissez, au gré de votre imagination, se rencontrer ces différents
personnages pour qu’ils échangent certaines de leurs compétences, et
qu’ils apprennent à travailler ensemble, à collaborer de façon encore
plus harmonieuse…
Si certains de ces personnages étaient fâchés, voire en conflit, voilà
peut-être une bonne occasion pour négocier un accord, faire la paix
entre eux, et repartir sur de bonnes bases !
6. Réintégrez ces personnages un par un dans votre corps,
lentement et progressivement. Concentrez-vous sur vos sensations,
refaites si nécessaire l’exercice jusqu’à ce que vous sentiez en vous
calme et harmonie.
7. Imaginez-vous lors de futures situations portant en vous tous ces
personnages intégrés en vous-mêmes, comme une personne complète
et unifiée. Comment vous sentez-vous ? Quel comportement, porteur
de tous vos alliés intérieurs aurez-vous alors ? Quelles différences
pourra percevoir votre entourage ?
Exercice 14 : Cultiver la gratitude et ouvrir la porte aux rencontres
importantes
Identifier les aides reçues dans notre vie, devenir capable
d’exprimer de la gratitude, peut ouvrir la porte à une nouvelle
manière d’être, et bousculer de nombreuses limites ou peurs
personnelles en rapport avec la relation à l’autre. Cet exercice peut
grandement contribuer à cet objectif.
1 Identifiez les dix personnes qui ont vraiment contribué de
manière la plus importante à ce que vous êtes, à ce que
vous avez pu accomplir dans votre vie : parents,
professeurs, entraîneur, amis, collègues, anciennes
amours… Ces personnes ont pu vous accompagner
plusieurs années ou vous ont plus simplement dit au bon
moment quelque chose qui s’est révélé déterminant pour
vous. Vous pouvez avoir conservé de bonnes relations avec
elles ou avoir laissé s’accumuler de la rancœur ou de
l’incompréhension entre vous.
2 Identifiez clairement ce que ces personnes vous ont apporté
ou ce que vous auriez pu devenir sans leur aide, même si
cette aide a été inconsciente ou involontaire de leur part.
3 Les avez-vous formellement remerciées ? Si vous ne l’avez
pas encore fait, téléphonez-leur, prenez rendez-vous avec
elles pour leur exprimer votre gratitude et vos
remerciements. N’ayez pas au moment de la rencontre ou
de l’appel téléphonique d’autre objectif que cet acte.
Si vous ne pouvez pas le faire parce que vous pensez que votre
émotion rendrait impossible l’expression des mots, écrivez-leur une
lettre manuscrite en ce sens.
Si ces personnes sont décédées, prenez le temps de vous relaxer et
de vous imaginer face à eux : Regardez leur visage, entendez leur
voix, sentez leur présence, puis exprimez-leur votre reconnaissance
en imagination. Il est également possible de leur écrire une lettre que
vous posterez à l’adresse – poétique – de votre choix, à la manière
des enfants avec le père Noël.

Dans les jours prochains…


Quand une personne de votre entourage rencontre un
succès personnel, analysez en profondeur votre
ressenti. Êtes-vous entièrement heureux pour elle ? Si
ce n’est pas le cas, demandez-vous à quoi, en vous,
vous renvoie ce sentiment négatif.
Chaque jour, adressez la parole de manière amicale à
quelqu’un que vous ne connaissez pas, et félicitez trois
personnes.
Lorsque quelqu’un exprime des goûts ou des opinions
différents des vôtres, testez la suspension de jugement.
Posez-lui trois questions pour comprendre son point
de vue, écoutez sa réponse.
Partie 2
TOUT D’ABORD, BOUGER,
AGIR ! BOUGER, AGIR !
VOUS AJUSTEREZ LE CAP
ENSUITE
6
L’ACTION EST LA SEULE
MESURE DU CHANGEMENT
« Un imbécile qui marche va plus loin qu’un sage
assis »
Le tour du monde à la voile
Un vieux loup de mer raconte ses souvenirs de marin.
L’atmosphère du pub où chacun sirote sa boisson en
écoutant les récits du vieil homme donne à la scène des
couleurs ambrées, chaudes et tamisées. Au dehors, la nuit
tombe en même temps que le crachin hivernal, et tous sont
heureux d’être bien au chaud, à l’intérieur, et d’écouter en
rêvant les récits d’un vrai marin qui a affronté tant de
tempêtes, qui a tutoyé la mort dix fois et a vu le vaste
monde. Nul doute que l’homme, qui semble tout droit sorti
d’un livre du XIXe siècle, avec sa barbe blanche et sa pipe,
doit être issu d’une vraie famille de marin, du genre à savoir
naviguer avant même d’apprendre à marcher. Pourtant, les
questions fusent, et quand viennent celles sur l’origine du
vieil homme, sur son enfance, tous sont surpris d’apprendre
qu’il vient de la plaine, et que c’est à 30 ans qu’il a vu la
mer pour la première fois. Comme un coup de foudre, une
révélation : il ferait le tour du monde à la voile, c’est sûr !
Alors le vieil homme raconte comment ce doux rêve est
devenu une douce obsession et comment, avec le temps, il
est devenu réalité. Et de tour du monde en tour du monde,
cet homme que rien ne destinait au départ à devenir skipper
est devenu, malgré lui, un vieux loup de mer, un vrai marin,
la tête et le cœur remplis de souvenirs épiques, de
rencontres aussi mémorables qu’inattendues, de couchers de
soleils à vous couper le souffle, d’aurores boréales et de
banquises, d’amitiés et de solitudes…
L’assemblée silencieuse écoute les récits du vieil homme,
et chacun à sa façon s’associe aux récits, et s’imagine mille
et une choses sur les péripéties traversées par le vieux
marin. Alors, quand une personne toute jeune demande au
vieil homme quelle étape, quelle traversée fut pour lui la
plus difficile, la plus périlleuse, le vieil homme réfléchit
longuement. Les secondes de réflexion paraissent des heures
et, pendant que le vieil homme tire sur sa pipe d’où
s’échappent de belles volutes de fumée bleue, chacun retient
son souffle.
Il retire sa pipe de sa bouche et déclare tranquillement,
non sans une certaine émotion :
« Et bien franchement, je crois qu’après toutes ces années
en mer, à parcourir le vaste monde, à casser des mats, éviter
les pirates et essuyer les tempêtes, la traversée la plus
difficile, la plus périlleuse de mon aventure est sans nul
doute celle qui m’a fait un beau matin préparer mon
baluchon, lacer mes chaussures, claquer la porte de chez
moi et me lancer sur la longue route qui menait au port. Oui,
vraiment, je crois que c’était vraiment là, l’étape la plus
difficile de mon aventure : me rendre au port et quitter la
terre, pour prendre la mer. »
Souvent, nous sommes emplis de rêves et d’énergie qui
nous font imaginer et désirer mille choses. Quelque chose
nous retient. Un sentiment, une sensation, un état
indéfinissable qui fait que nous n’agissons pas, donnant
ainsi l’impression de préférer caresser de doux rêves plutôt
que de se lancer dans l’aventure de leur réalisation.
Ce qui se passe en réalité dans ces cas-là, ce qui nous
arrive à nous tous dans ce genre de situations, c’est que nous
n’osons pas. Quelque chose nous retient, nous paralyse, et
nous empêche d’agir, nous amenant même parfois à
construire des discours et des explications dont nous ne
croyons pas un mot au fond de nous.
Une importante question à se poser est « que ferions-nous
si nous étions certains de réussir ? ». La réponse à cette
question est essentielle car elle est souvent une réponse du
cœur, une réponse indiquant nos rêves les plus lointains, nos
désirs les plus profonds.
Souvenons-nous que pour le bébé qui apprend à marcher,
c’est toujours le premier pas qui compte. Le reste vient et
suit naturellement. Dans bon nombre de projets, c’est
souvent de la même façon le premier pas qui compte.
Dans ce chapitre, nous allons aborder la question du
dépassement de ce qui d’ordinaire nous paralyse, afin de
sublimer nos peurs et nos angoisses pour nourrir
d’expérience notre cerveau. C’est en marchant que le
chemin se construit.
« Le commencement est beaucoup plus que la moitié de l’objectif.
»
Aristote

AGIR, C’EST GÉRER SON STRESS


L’expérience suivante a été menée avec des rats : deux
rats sont enfermés chacun dans une cage dont le sol est
électrifié. Un seul des deux rats dispose d’un interrupteur,
qui coupe l’électricité dans les deux cages. Le second rat ne
dispose pas de dispositif de coupure. De façon aléatoire, sur
plusieurs semaines, l’électricité est activée, et le premier rat
s’empresse d’aller arrêter le courant pour lui-même, et par
conséquent pour son congénère. Au bout de quelque temps,
alors que la souffrance endurée par les deux animaux a été
la même en termes de durée et d’intensité, le premier rat est
en pleine forme, tandis que le second… est mort !
Le stress est lié au sentiment d’impuissance, à
l’incapacité d’un individu à pouvoir agir pour améliorer son
sort.
Dans notre société que l’on dit malade du stress, dans un
monde changeant, dans nos entreprises soumises à la
pression et à la concurrence, la question fondamentale est
peut-être la suivante : comment donner à chacun un pouvoir,
ou la sensation d’un pouvoir, d’agir sur son
environnement ?
En entreprise, une partie de la réponse se situe au niveau
des pratiques de management ou, sous cet éclairage, dans la
capacité des managers à favoriser l’initiative et l’implication
des équipes. L’autre partie de la réponse se situe dans la
capacité des individus à se prendre en main ici et
maintenant, en agissant pour leur bien-être, par eux-mêmes,
même quand l’environnement n’y est pas favorable.
Si cet enjeu est déterminant dans le domaine de
l’amélioration continue des processus industriels, il devient
littéralement vital dans le domaine de la sécurité. Pour
Philippe, qui accompagne de nombreuses entreprises sur ces
enjeux, la piste principale se trouve quasiment toujours dans
la gestion de ce paradoxe : appropriation de la responsabilité
à chaque niveau hiérarchique pour développer l’initiative
d’un côté, de l’autre coté strict respect des principes édictés
(process pour la sécurité, valeurs pour l’amélioration de la
performance)
Traduite dans notre vie personnelle, dans la perspective
de notre projet, cette approche du changement et de la
maîtrise de nos peurs passe par les conditions suivantes :
• Clarification du sens et du cadre de notre action :
objectifs (cf. chap. 7), valeurs personnelles (cf.
chap. 11)
• Prise en main de notre vie par la conscience de
notre responsabilité, response ability en anglais
signifiant « capacité à répondre ».
• Action effective dans la direction que nous
désirons pour y focaliser, y cristalliser
constructivement notre énergie.
Philippe a très souvent accompagné dans cet esprit, ces
dernières années, des cadres dans un moment particulier de
leur carrière : les premiers mois qui suivent une entrée en
fonction suite à une promotion. Cette période, pourtant
positive et désirée, est pour de nombreuses personnes
extraordinairement stressante : enjeux forts tant pour eux-
mêmes que pour leur entreprise, perte de repères vis-à-vis
de leur entourage et de leurs compétences reconnues,
volonté de s’adapter et de prouver leur valeur, sur-
sollicitations… Tous ces éléments contribuent à les placer
dans une situation de stress intense et la tâche pour le coach
est alors de les aider à reprendre distance et contrôle, en se
réappropriant la capacité à décider des actions à mener vers
leur environnement, puis à les mettre en œuvre dans la
réalité.
Pour gagner, il faut jouer
« Ne craignons pas d’aller lentement. Craignons
d’être immobiles. »
Proverbe chinois

Cette formule peut amuser tant elle paraît simple et digne


des meilleurs truismes. Et pourtant, lorsque nous observons
autour de nous, et que nous écoutons les discours des uns et
des autres, nous sommes souvent surpris par le peu
d’actions entreprises pour que les choses changent.
Demandez à un manager qui se plaint du manque de
réactivité de ses collaborateurs ou à quelqu’un se plaignant
de son embonpoint, ce qu’il a FAIT pour que ça change ?
Vous serez surpris, soit par le blanc qui suivra – soit parce
qu’il n’a rien tenté, soit par le fait qu’il a agi de la même
manière, sans résultat, durant des années.
Nous avons souvent tendance à confondre le désir ou le
discours avec ce qui transforme la réalité : l’action. C’est
l’action qui permet de perdre du poids, d’instaurer une
meilleure ambiance dans une équipe ou de faire le tour du
monde en bateau. Bien entendu, le savoir est important ; il
permet de cultiver son libre arbitre, de mieux comprendre le
monde complexe qui nous entoure, et de se préparer au
mieux… à l’action !
Combien de personnes autour de nous se plaignent-elles
de leur vie qui ne correspond pas toujours à l’idée qu’elles
s’en font ou qu’elles s’en faisaient lorsqu’elles étaient plus
jeunes ? La plainte n’est ni bonne ni mauvaise en soi. La
question est de se demander jusqu’où la plainte nous sert à
bouger, décider, entreprendre, changer, et à partir de quand
la plainte nous paralyse, nous enfermant dans un costume de
victime qui ne décide de rien et qui reste immobile.
Jean avait une cliente qui régulièrement se plaignait
qu’elle n’avait pas eu la chance d’avoir des parents assez
aimant et que, surtout, sa mère ne lui avait pas donné
confiance en elle, et, au contraire, la dévalorisait sans cesse.
Cette personne, appelons-la Sandrine, était complètement
immobile dans sa vie, et passait son temps à se plaindre.
Lorsqu’ils commencèrent leur travail, Sandrine était au
chômage, avait une très mauvaise opinion d’elle-même et ne
voyait rien de bon dans l’avenir. Elle passait ses journées à
traîner chez elle – ce sont ses propres termes – et n’avait
goût à rien.
Dans un premier temps, ils ont œuvré ensemble sur la
notion de responsabilité : s’approprier son destin passe par
prendre la responsabilité de ce que nous avons traversé ou
tout du moins, comme le dit Jacques Salomé, un célèbre
thérapeute, d’accepter l’idée que nous sommes partie
prenante dans ce qui nous arrive. Après un premier travail
mobilisant fortement sa créativité consciente et
inconsciente, Sandrine avait quitté son cabinet, plutôt mieux
en partant qu’en arrivant.
Lors du deuxième rendez-vous, ils commencèrent par
faire le bilan de ce qui avait changé pour elle depuis la
première séance. Elle semblait bien embêtée, ne trouvant
rien de particulier… Et puis, Sandrine finit par dire : « Ah !
Si, c’est vrai, depuis la dernière fois, je me lève tous les
jours à 8 h 30 ; ça faisait très longtemps que je n’y arrivais
pas ! » Dès qu’elle se fut réapproprié quelques événements
de sa vie, Sandrine fut alors dans l’état d’esprit favorable au
changement. Trois semaines plus tard, Sandrine avait
décroché un job et préparait le concours d’entrée d’une
prestigieuse école, auquel elle n’avait fait que rêver
jusqu’ici.
Un tel changement peut sembler incroyable par sa
rapidité et la fluidité avec laquelle il a lieu. Pourtant,
l’exemple de Sandrine est révélateur de la puissance de
l’action. Tant qu’elle était dans le discours, commentant par
avance des échecs dont elle était alors certaine qu’ils
seraient au bout de ses tentatives, Sandrine ne faisait que
s’amoindrir mentalement et renforcer son sentiment d’échec
et de frustration.
Dès qu’elle eut changé quelque chose de concret dans sa
vie, dès lors qu’elle se mit à agir – son lever matinal
déclencha une réaction en chaîne : envoi de CV, reprise
d’une activité sportive et de créations artistiques qu’elle
avait depuis longtemps abandonnées – Sandrine transforma
le cercle vicieux, dans lequel elle s’épuisait jusqu’alors, en
un cercle vertueux qui lui permit de mieux vivre sa vie, en
augmentant son estime d’elle-même et en développant de
nouveaux comportements de vie plus adaptés à sa
personnalité profonde. Dès lors, ses rêves, ses ambitions,
redevenaient accessibles.
L’ACTION, C’EST L’UTOPIE AVEC DES JAMBES
Quelle que soit la nature de la plainte ou de l’intention,
quel que soit le sujet concerné, c’est en agissant que nous
obtenons le carburant indispensable au changement :
l’expérience.
C’est l’action qui nourrit véritablement le cerveau et qui
ramène dans un principe de réalité un avenir qui jusque-là
ne pouvait être que fantasmé. Qui parmi nous n’a jamais dit
d’un projet : « Ça va être dur » avant même d’avoir essayé ?
Qui, encore, lancé dans ce projet, n’a jamais été surpris par
la facilité inattendue rencontrée sur le chemin ? Qui, encore,
n’a jamais été profondément déçu par la réalité rencontrée,
si différente de ce qui jusque-là avait été rêvé ?
Le héros proustien de la recherche du temps perdu en est
un parfait exemple. Le premier opus de la recherche, Du
côté de chez Swann, se termine par cette partie intitulée «
Nom de pays : le nom. »
Le héros rêve alors de différentes contrées fantasmées,
remplissant son imaginaire. Parmi elles, Balbek, aux accents
orientaux, nourrit l’imaginaire du héros et augmente son
désir de voir un jour cette contrée « en vrai ».
Cette partie fait écho au deuxième tome des Jeunes Filles
en fleur : « Nom de pays : le pays », où le héros réalise non
sans déception à quel point la réalité est différente de ce
qu’il avait imaginé. Pourtant, c’est grâce à cette irruption du
réel, et à l’aptitude à l’accueil qu’elle crée chez le héros, que
la rencontre de « la petite bande » de jeunes filles, et
notamment d’Albertine, sera possible. C’est également
grâce à cette dichotomie entre fantasme et réalité que le
jeune personnage proustien rencontrera le peintre Elstir, et
avec lui, une autre vision de l’art, puis du monde.
Nos expériences sont constitutives de notre rapport au
monde, et ce n’est pas dans les livres que l’on apprend à
marcher – n’est-ce pas, cher ami lecteur ?
C’est grâce aux actions que nous entreprenons que nous
rendons réels nos projets et nos rêves, que nous leur
donnons une chance de voir le jour, et que nous obtenons
l’expérience nécessaire pour qu’ils évoluent et changent en
même temps que nous changeons.
Souvent, un simple premier pas, une impulsion donnée
pour la première fois dans la réalité, seront suffisants pour
atteindre l’objectif. Jay Haley, l’élève de Milton Erickson,
prétend que plus de 50 % des patients sont déjà guéris en
arrivant au premier rendez-vous : la somme des petites
peurs vaincues une par une par une action concrète, à
chaque étape nécessaire pour parvenir dans son cabinet,
aura été suffisante. Haley explique que le rôle du thérapeute
n’est souvent que d’entériner le changement et d’aider le
patient à prendre conscience, progressivement, que son but a
été atteint à la première seconde où il s’est pris en main…
en agissant ! La vertu thérapeutique de l’action est telle que
Haley pose parfois cette question à ses patients, lors du
premier rendez-vous : « De nombreuses personnes me
témoignent qu’entre la prise de rendez-vous et notre
entretien, certaines choses ont commencé à évoluer
positivement dans leur vie. Et vous, qu’avez-vous constaté
dans votre cas ? » Ces premiers changements constatés
ouvrent ensuite la porte à une orientation positive vers
l’avenir.
SANS BUT, PAS DE TIR AU BUT
Souvent en coaching, et peut-être plus souvent encore en
thérapie, les personnes sont bloquées car elles ne savent pas
quoi répondre à la question essentielle « que voulez-vous ?
».
Il est compréhensible qu’à certains moments de la vie, le
malaise soit si diffus, semble si mouvant que le désir même
a disparu. Au contraire, d’autres moments sont si paisibles
et plaisants qu’il semble difficile de désirer changer quoi
que ce soit. Quelle qu’en soit la raison, il est important dans
ce genre de situation de se souvenir que l’appétit vient en
mangeant. Il arrive parfois que l’immobilité assèche la
créativité, jusqu’à rendre stérile notre machine à rêves et à
projets.
Il est alors important de ne pas se désespérer de cela, et
de faire, à partir d’un embryon de désir, d’une vague idée,
quelque chose de réel.
C’est au fur et à mesure que se dessinera notre projet, que
prendra forme notre désir. C’est sur la base de nos
expérimentations, satisfaisantes ou non satisfaisantes, que
nous pourrons alors corriger le tir et ainsi, à la manière d’un
marin qui tire des bords, nous rapprocher, même
intuitivement, de ce qui nous convient le mieux. L’objectif
se déplace à mesure que nous nous approchons de lui : cette
phrase, au centre de toute démarche de changement, est
pourtant considérée comme une hérésie dans les canons
traditionnels du management par objectifs.
Lorsque Jean commença à courir, il détestait cela.
Pratiquant la boxe à un niveau régional, il était toutefois
indispensable qu’il pratique un minimum de course à pied,
afin de développer les capacités d’endurance qu’exige la
pratique du noble art.
Il faisait à l’époque péniblement un seul tour d’un parc
mesurant 3 820 mètres. Pourtant, il était extrêmement fier
de lui : enfant, avec une vingtaine de kilos de surpoids, il
haïssait le sport, et se pensait alors incapable de courir plus
de cinq minutes d’affilée.
Le temps a passé. Aujourd’hui il court toujours, la
distance toutefois a changé. Il court désormais le marathon
avec beaucoup de plaisir. Il n’aurait pourtant jamais imaginé
avoir un jour le désir de courir sur une telle distance. Jamais
il n’aurait pensé en avoir les capacités. Et c’est en courant,
simplement, que désir et aptitudes ont grandi ensemble
jusqu’à faire de lui un marathonien.
Le chapitre suivant sera intégralement dédié à la
clarification de nos objectifs, en fonction desquels nous
déterminerons les apprentissages nécessaires.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Qu’est-ce qui serait susceptible de vous lancer
dans l’action et de lire moins de livres qui y
sont consacrés ?
• À quels rêves pour lesquels vous n’avez
jamais agi jusqu’à présent êtes-vous prêts à
renoncer ?
• Après quel âge renoncerez-vous à transformer
votre vie ?
• Que feriez-vous dès maintenant si vous étiez
certain de réussir ?
• Quels changements spontanés avez-vous
perçus, en vous-même et chez les autres,
depuis que vous avez commencé ce livre ?
Quelle est selon vous la prochaine action
pour les renforcer ?
• À ce stade du livre, combien d’exercices
proposés avez-vous déjà effectués ?
• Quel pas symbolique supplémentaire allez-
vous faire aujourd’hui pour avancer ?
• Quelle catastrophe devrait-elle arriver pour
que vous vous lanciez plus totalement dans
l’action ?
• Quelles compétences avez-vous déjà acquises
à force d’entraînement ?
• Qui idéalement devriez-vous rencontrer qui
vous aiderait d’une manière ou d’une autre à
progresser ?
POUR MAÎTRISER, IL FAUT D’ABORD
EXPÉRIMENTER
En agissant, nous utilisons nos facultés d’apprentissage
conscient et inconscient. C’est sur la base de nos
expériences que nous apprenons le mieux, et si les bébés
apprenaient à marcher en étudiant la biomécanique et la
dynamique du mouvement, cela se saurait.
Sans chute, pas de marche possible ! Nul doute que le
pauvre enfant que ses parents ne laisseraient pas s’essayer à
la marche avant qu’il ait bien compris le fonctionnement de
la chose ou qu’il soit bien sûr qu’il a envie de l’apprendre ne
marcherait pas de sitôt, et peut-être même n’y parviendrait-
il jamais. Souvenons-nous que c’est en faisant des
expériences que nous nourrissons véritablement notre
cerveau, en utilisant notamment sans même nous en rendre
compte toutes nos facultés d’apprentissage conscient et
inconscient.
Un grand jockey a un jour déclaré que pour exceller dans
son sport, il est nécessaire de maîtriser un cocktail fait de 70
% de travail, 20 % de talent et 10 % de chance. Au-delà de
l’humilité que révèle un tel discours, retenons que les 20 %
de talent n’apparaissent qu’après les 70 % de travail.
Quel que soit le domaine qui vous intéresse, l’aptitude
que vous souhaitez développer, rappelez-vous que seul
l’entraînement vous permettra de progresser et de
développer la créativité nécessaire à tout développement.
Richard Bandler, souvent pressé par ses étudiants de faire
la démonstration d’une technique qu’il enseigne, donne
souvent cette réponse : « Entraînez-vous d’abord, je vous
montrerai ensuite. Si nous faisions l’inverse, vous seriez
prisonniers pour toujours de ma manière de procéder et ne
vous approprieriez jamais cet outil. »
Dans cette perspective, nous pouvons avoir intérêt, afin
d’acquérir une compétence qui nous manque, à d’abord
nous jeter à l’eau, quitte à aller presque certainement à
l’échec, avant de rechercher les moyens de remédier à la
situation. « Ce qui est gratuit a peu de valeur ». Cette
approche est également un excellent moyen de tester notre
véritable motivation ou celle des autres avant de répondre à
une demande de leur part. Sur ce dernier point, quand nous
sommes sollicités pour une aide, la question à se poser est
probablement : « Cette demande est-elle le signe de la
recherche d’une aide ou d’une compétence ou bien cherche-
t-elle à justifier une inaction passée ou future ? »
Il arrive souvent à Philippe de poser les questions
suivantes à un décideur qui souhaite former ses équipes :
Comment savez-vous que vos équipes le souhaitent
vraiment ? Qu’avez-vous déjà fait par vous-même pour les
faire progresser ? Si la personne n’a rien tenté par elle-
même, il y a peu de chance, par expérience, qu’elle soit
prête à entamer vraiment une démarche de progrès.
MIEUX VAUT POUVOIR QUE SAVOIR
« La connaissance tue l’action.
Pour agir, il faut que les yeux se voilent d’un
bandeau d’illusion. »
Nietzsche

Un ami, Cyril, nous racontait l’anecdote suivante : bloqué


à un carrefour parisien, les conducteurs avaient enchevêtré
leurs voitures de telle manière que le trafic était entièrement
paralysé, alors que les voies de sortie étaient libres. Après
un quart d’heure d’attente, il décida de sortir de son
véhicule et, de manière autoritaire, régler la circulation, ce
qu’il parvint à faire en quelques minutes. Il fut surpris par
les réactions des automobilistes libérés :
• certains applaudissaient ;
• d’autres passaient devant lui sans lui donner un
regard ;
• une personne s’arrêta à son niveau – par ailleurs
bloquant les voitures derrière lui – et lui posa la
question suivante, d’une manière très, très
agressive : « Mais Monsieur, qui êtes-vous pour
faire cela ? »
Jean est toujours très étonné lorsque, recevant un client en
thérapie pour un premier rendez-vous, il l’entends lui dire
qu’il souhaite avant tout comprendre pourquoi il se
comporte d’une façon tellement inappropriée.
Le cas de Xavière est typique de ce genre de démarche.
Boulimique depuis des années, elle souhaitait « tester » – ce
sont ses termes – l’hypnose, pour comprendre POURQUOI
elle se comportait de cette manière depuis si longtemps.
Lorsque il lui demanda ce qu’elle préférait, comprendre
pourquoi et ne pas changer ou changer sans comprendre
pourquoi, elle choisit la seconde option. Trois rendez-vous
suffirent pour que Xavière obtienne une situation
satisfaisante pour elle. Elle ignore toujours les causes de son
comportement passé.
D’autres personnes, en revanche, n’en démordent pas, et
persistent à vouloir d’abord comprendre pourquoi la
situation est ce qu’elle est, entretenant par là l’illusion que
la découverte de la genèse d’une situation donnera les clés
de sa résolution.
Lorsqu’un pneu de notre automobile est crevé, il est plus
utile de savoir changer une roue que de découvrir si la cause
en est un nid de poule ou un tesson de bouteille.
Bien entendu, l’étude des causes peut être d’abord utile
s’il s’avère que nous devons régulièrement changer de roue
parce que notre conduite en est responsable, avant d’y
remédier. Dans de nombreuses situations, l’analyse des
causes est toutefois inutile, voire peut nous distraire de la
recherche de la solution. C’est pourquoi il est extrêmement
important de ne pas confondre l’analyse de ce qui se passe
ici et maintenant et, par extension, ce qui se passe au
moment où le désagrément se produit, avec l’étude «
historique » de la genèse d’une situation, qui, à notre avis,
ne présente qu’un intérêt de curiosité et ne contient que très
peu, voire pas de promesses de changement.
En coaching, la question relative aux causes n’est pas «
pourquoi le problème est-il présent ? » (réponse au temps du
passé) mais « comment la personne entretient-elle son
problème ? » (réponse au présent). Traduites dans
l’accompagnement des entreprises en mutation, les
questions sont essentiellement posées dans cette logique :
• Comment le problème s’entretient-il ?
• Qu’est-ce qui a déjà été tenté pour le résoudre ?
• Quelle est la décision minimum qui permettrait
que le problème ne se pose plus, et que la
structure agisse par elle-même ?
L’action nous rappelle que le temps du changement est le
présent, et ne peut être que celui-ci. Milton Erickson
définissait la thérapie comme une chose entreprise au
présent – car nous n’en sommes pas satisfaits – afin
d’améliorer l’avenir.
Si le passé est riche d’enseignement, s’il représente une
expérience souvent sous-exploitée, c’est au présent, et pour
l’avenir, que le changement s’installe. Son vecteur est
l’action, et celle-ci, par sa nature, contribuera en son temps
à ouvrir les portes nécessaires.
TOUT LE MONDE VOUS CHERCHE, PERSONNE
NE VOUS ATTEND
Souvent – pour ne pas dire tout le temps – un projet
comporte une étape où il est important d’intéresser
quelqu’un : des clients, ses enfants, un entraîneur sportif, un
recruteur ou un partenaire potentiel.
Nous vous proposons alors deux croyances, deux a priori
à la fois parfaitement irrationnels et utiles, qui peuvent
favoriser le passage à l’action et vous aider à mener à bien
votre projet :
• Si vous avez un désir, sincère et profond, et que ce
désir est bien clair pour vous et en accord avec
vos principes et valeurs (cf. chap. 7 sur les
objectifs et chap. 11 consacré aux valeurs), alors
il y a quelque part des gens que votre projet
intéresse.
• Il est trop risqué d’espérer que les personnes
concernées par votre projet viennent vous
chercher ou vous solliciter. Souvent, elles ne
savent pas que vous existez, encore moins que
vous proposez quelque chose d’essentiel pour
elles.
C’est uniquement par des actes – même dérisoires – que
nous montrerons au monde, et à nous-mêmes, ce que nous
avons à offrir, à proposer, et que notre projet s’animera,
c’est-à-dire – littéralement – deviendra vivant.
Il y a quelques années, Jean eut le plaisir de travailler
avec un camarade de promotion sur son changement de
projet professionnel. À l’époque, Gilles était ingénieur
commercial dans une très grande compagnie industrielle
française. Il souhaitait se réorienter afin de devenir
journaliste de presse écrite et audiovisuelle. Ils ont bien sûr
étudié toutes les croyances de Gilles quant aux difficultés de
« faire son trou » dans un milieu professionnel réputé pour
être très fermé et fonctionner beaucoup par « copinage ».
Gilles a organisé son changement d’activité en posant
différentes actions, parmi lesquelles démissionner de son
job, suivre une formation de directeur de production et
activer son réseau relationnel pour trouver des portes
d’entrée. Chacune de ces actions a été mûrement réfléchie
et, surtout, chacune de ces actions a été exécutée !
Bien sûr, dans un tel projet, chaque action est importante
et construit une alchimie impossible à décortiquer de façon
linéaire. Toutefois, Jean, de sa fenêtre, identifia une action
qui d’après lui a vraiment ouvert à Gilles les portes de son
nouveau travail : un jour, alors que celui-ci rencontrait par
hasard – nous reviendrons sur cette notion dans le chapitre
12- l’attachée de presse d’un grand sportif, cette dernière lui
expliqua sa difficulté à trouver un journaliste pour faire un
portrait du sportif en question. Sans hésiter, Gilles lui
proposa ses services gracieux pour réaliser un sujet de
quelques minutes.
Ravie, l’attachée de presse a accepté la proposition avec
joie. Gilles a pris sa caméra sous le bras – une action
intermédiaire fût l’achat d’une caméra DV – et est parti
plusieurs jours faire une chose qu’il n’avait encore jamais
faite.
Nous vous passons les péripéties et les difficultés qu’il
rencontra pour finalement aboutir à un vrai sujet de 5
minutes, de qualité professionnelle. Alors, dès ce moment-
là, Gilles fit le tour des rédactions de chaînes de télé et de
boîtes de production afin de montrer ce qu’il avait fait.
Le sujet de Gilles n’a pas été acheté. Il n’a donc pas non
plus été diffusé sur une chaîne de télé. Quelques jours après
l’avoir présenté pour la première fois, une grande maison de
production lui proposait son premier sujet, qu’il accepta
aussitôt, qu’il réalisa, et que la chaîne – hertzienne – diffusa
quelques semaines plus tard.
Aujourd’hui, Gilles est journaliste, travaille pour
différents magazines de presse écrite et est rédacteur en chef
de plusieurs émissions de télévision hertzienne.
Exercice 15 : Agir et nourrir votre cerveau

Durée indicative : 5 minutes chaque matin


« Rien d’autre n’a de valeur qu’aujourd’hui » Goethe.
1 Prenez la décision ferme et définitive d’agir de
façon volontaire et mesurable chaque jour durant
les deux semaines à venir.
2 Prenez une feuille de papier et inscrivez, pour
chaque jour, l’action que vous décidez
d’entreprendre – vous relaxer vingt minutes rien
que pour vous, faire cinquante pompes, appeler
quelqu’un que vous n’avez pas vu depuis au
moins deux ans, envoyer un CV, réviser une
demi-heure une langue étrangère… Cette action
doit être bonne pour vous, et vous l’avez reportée
depuis longtemps.
3 Notez cette action ou cette suite de plusieurs
actions différentes, dans votre agenda, et
identifiez l’heure de chaque journée à laquelle
vous allez l’accomplir
4 Motivez-vous pour l’accomplir, si nécessaire en
vous reportant aux différentes stratégies de
motivation présentées dans le chapitre 4:
- tactiques de récompense ;
- tactiques ordaliques ;
- tactiques de visualisation positives
(à privilégier) : ce que vous pourrez
accomplir dans votre vie quand
vous aurez réalisé ce pas
important ;
- tactiques de visualisation négative
(par défaut) : tout ce à quoi vous
renoncerez définitivement en cas
de non-réalisation, ce que pourrait
alors devenir votre vie dans dix ans
5 Chaque jour, faites-le.
Exercice 16 : Aligner d’éventuelles voix intérieures
parasites

Durée indicative : 30 minutes


Note importante : avec l’exercice 15, vous avez entamé,
peut-être pour la première fois, des actions concrètes dans le
sens de votre changement. Concentrez-vous sur votre
ressenti lors de l’exécution de l’action que vous avez
décidée, pendant que vous pensez à un objectif – lointain ou
proche – que celle-ci vous permettrait d’atteindre. Si ce
ressenti est entièrement positif, si vous vous sentez
intégralement gonflé d’énergie, ne lisez pas l’exercice
suivant et passez directement au chapitre 7. En cas de
besoin, vous pourrez y revenir ultérieurement.
1. Concentrez-vous sur votre ressenti négatif tout en
réalisant l’action et en pensant à sa finalité. Posez-vous
ensuite les questions suivantes :

Que vous dites-vous, quelle phrase, à connotation


négative résonne-t-elle à vos oreilles ? (exemples
de phrases parasites : « Tu n’y arriveras jamais »,
« Tu te prends pour qui pour vouloir des choses
pareilles ? », « Crois-tu que les autres t’ont
attendu ? », « Tu ne tiendras pas la distance »…)

Identifiez l’endroit dans l’espace – souvent


autour de la tête – d’où vient cette voix. Est-ce du
côté droit ou gauche ? à quelle hauteur ? à quelle
distance de vous-même ?

Identifiez qui peut vous dire ces paroles : vous-


mêmes ? un parent ? une partie de vous-mêmes
non identifiée ?
2. Selon ce qui est le plus adapté, arrêtez de réaliser
l’action ou continuez-la. L’essentiel est que vous soyez
toujours en contact avec la voix parasite que vous vous
construisez en accomplissant l’action.

Modifiez les caractéristiques de cette voix :


rendez-la plus aiguë, plus grave, accélérez-la,
ralentissez-la, changez-la progressivement de
sexe (d’homme à femme ou de femme à
homme).Vous pouvez la rendre ridicule, en la
transformant en une voix de personnage de dessin
animé : Bugs Bunny, le chat Sylvestre ou Titi,
Caliméro, Daffy Duck… L’objectif est que vous
puissiez idéalement rire de cette voix, a minima
ne rien ressentir quand elle s’exprime.

Augmentez d’abord le volume de cette voix.


Baissez-le lentement ensuite sans toutefois
l’éteindre. La voix doit rester faiblement audible
et se stabiliser.
3.Tout doucement, déplacez cette voix de sa localisation
jusqu’à votre gorge.

Prêtez attention, pendant le lent déplacement de


cette voix, aux modifications de celle-ci que vous
pourriez « entendre ».

Terminez le déplacement en la positionnant dans


votre gorge, au niveau des cordes vocales.
Sentez, en imagination, vibrer cette voix presque
imperceptible dans votre gorge
4. Remplacez cette voix par une affirmation positive
commençant par « Je + verbe d’action ou d’identité positive
».
Par exemple (dans l’ordre des phrases de l’exemple du
point 1) : « Je peux accomplir ce que je veux », « Je suis un
être unique », « Je trouverai la situation dans laquelle
j’excellerai » ou encore « Je poursuivrai jusqu’au résultat
»…

Répétez cette phrase de nombreuses fois en


accomplissant l’action du départ de l’exercice.
Écoutez votre voix pendant que vous la
prononcez, concentrez-vous sur la vibration de
votre gorge.
Pendant plusieurs jours, répétez-la durant chaque
action liée à votre projet ou lors d’autres activités
de la vie quotidienne.

Dans les jours prochains…


Faites chaque jour quelque chose de très
simple, qui va dans le sens de votre projet,
par exemple préparer par écrit une liste
d’informations nécessaires pour passer à
l’action.
Identifiez une situation ou tâche qui vous
stresse, et accomplissez une action modeste
pour l’améliorer ou l’accomplir.
Prenez l’habitude de tenir un journal dans
lequel vous noterez – entre autres – vos
projets et votre plan d’action.
7
REGARDEZ LÀ OÙ VOUS VOULEZ
ALLER !
« Le bonheur n’est pas un objectif, c’est un sous-produit »
1

L’arbre qui exauce tous les vœux


À 55 ans, Ram Baba avait élevé ses enfants et embrassé ses
premiers petits-enfants. Conformément à la tradition, il pouvait alors
se lancer dans la dernière phase de son existence, abandonner les
illusions du monde, quitter les siens et entamer l’ultime quête de sa
vie. Après plusieurs mois de méditation, au cours desquels il était
repassé par ses rêves successifs depuis sa naissance, après
d’innombrables entretiens avec les anciens et les sages de son village,
après le diagnostique qu’avait émis l’astrologue à propos de son
dernier karma, cette quête avait pris progressivement forme. Tout
d’abord aussi fragile et fugace qu’une vague intuition, une certitude
s’était peu à peu, au fil du temps, matérialisée dans son esprit. Il
devait trouver le Shintamani, l’arbre mythique légendaire,
improbable. Cet arbre avait le pouvoir de satisfaire tous les désirs de
celui qui s’abritait sous ses branches. On disait qu’au-delà des
richesses matérielles, derrière ce pouvoir se cachait le secret ultime de
l’existence, que des générations d’ascètes avaient cherché, souvent en
vain, pendant d’innombrables vies. Ram Baba avait mené la vie de
moine errant pendant dix ans maintenant. Combien de villages avait-
il traversé, combien de montagnes avait-il franchies ? Souvent, il
avait été tenté de s’arrêter et de se fixer. Après quelques semaines,
parfois des mois, il avait toujours repris son chemin et sa quête. Il
touchait maintenant à la fin du voyage. Désormais sans eau, il avait
achevé ses dernières réserves de nourri-ture depuis trois jours. Sous le
ciel de ce désert, les oiseaux charognards commençaient à se
rassembler, dans l’attente de se disputer les restes du vieil homme.
Rassemblant ses dernières forces, il put atteindre pour leur échapper
un coin ombragé, et s’y écroula en attendant la délivrance de son
dieu. Avant de perdre conscience, il pensa, malgré la certitude de sa
fin imminente, combien il aimerait boire de l’eau fraîche. À peine
avait-il émis cette pensée, qu’il entendit le gazouillement d’une
source à son côté, suivi d’une sensation de fraîcheur à ses pieds.
Convaincu d’être victime d’une hallucination, Ram Baba leva les
yeux : au-dessus de lui s’étendaient les branches noueuses d’un arbre
étrange. Il comprit aussitôt. Il avait réussi.
Si nous trouvions cet arbre magique sans nous y attendre, quels
seraient nos désirs ?
Le vieil homme, au bout de son chemin, voulut d’abord des choses
simples : eau, fruits, riz parfumé, une brise légère. Ensuite, il désira
des mets plus élaborés, un lit confortable, des serviteurs pour
l’éventer et le masser. Rassasié et tiré d’affaire, il s’abandonna à son
confort. Alors, une pensée lui traversa l’esprit : Pourvu qu’il n’y ait
pas de bêtes sauvages dans ce lieu, car il ferait une proie bien facile !
Ram Baba hurla de terreur quand, dans un éclair lumineux, se
matérialisèrent les tigres affamés.
Source : sagesse traditionnelle indienne.
La tradition indienne explique que chacun d’entre nous a déjà
trouvé cet arbre Shintamani : il est la vie. Tous nos plus grands désirs,
ainsi que nos plus grandes craintes, sont déjà exaucés pour nous,
maintenant.
NE REGARDE PAS L’OBSTACLE !
Combien de moniteurs de moto, d’équitation, de coachs sportifs,
utilisent-ils cette phrase pour prévenir leurs élèves insouciants d’un
mauvais réflexe ? Lors des récents jeux olympiques d’Athènes, un
entraîneur avisait un sportif, avant la compétition : « Surtout, ne
pense pas à ton échec aux championnats du monde ! »
Bien entendu, cette injonction n’est que très difficilement
réalisable. Tout motard sait qu’en cas de danger, il doit regarder le
petit espace libre, dans lequel il dirigera sa machine. La moto va où
est fixé le regard. Le stress intense de la menace, la panique, risquent
de précipiter le novice exactement vers le danger qu’il souhaite éviter.
On dit qu’un des privilèges de l’expérience est de pouvoir contrôler
cette focalisation funeste.
Plus nous nous raidissons vers nos peurs, nos cauchemars, nos
appréhensions, plus nous renforçons leur attraction et leur pouvoir. Le
mari jaloux, par son comportement même, met en œuvre de façon
méthodique les conditions favorables à la réalisation de ce qu’il
redoute tant.
Techniquement, la programmation neurolinguistique a démontré
que nos désirs et nos peurs sont, pour la plupart des personnes, codés
de la même manière par notre cerveau, dans ce que Bandler et
Grinder ont appelé les « submodalités ». Milton Erickson, dans le cas
du traitement des phobies, déployait souvent toute son ingéniosité à
concentrer l’attention des personnes vers autre chose que cet objet.
Nous avons tendance à focaliser inconsciemment notre attention
vers ce qui occupe notre esprit. Rappelons-nous l’histoire de Clarisse
et de Sébastien : le mécanisme cognitif en jeu est le même que celui
qui intervient à propos des croyances, et nous pouvons l’appeler « le
syndrome de la femme enceinte et du fumeur de pipe ». En effet,
beaucoup de femmes ayant été enceintes racontent que dès qu’elles
ont appris cette nouvelle, elles ont vu instantanément dans la rue
énormément de femmes enceintes, en tout cas beaucoup plus
qu’auparavant. De la même façon, un homme qui décide de fumer la
pipe observe dans les jours qui suivent ses débuts de « capitaine
Haddock » qu’il a autour de lui bon nombre de fumeurs de pipe qu’il
n’avait jamais remarqués.
Ce mécanisme étonnant vient du fait que, excités par la nouveauté,
nous devenons parfois plus attentifs à certains éléments se trouvant
autour de nous. Dans les cas de la femme enceinte et du fumeur de
pipe, comme lorsque nous apprenons un mot nouveau que nous avons
alors subitement l’impression d’entendre dans toutes les
conversations et sur toutes les ondes, c’est bien l’excitation due à la
nouveauté qui nous amène inconsciemment à mobiliser notre pouvoir
d’attention.
Nous pouvons de la même façon mobiliser à notre insu toute notre
attention sur ce que nous voulons à tout prix éviter – la maladie, la
trahison, l’échec, l’accident…
Nous aurons alors tendance à « voir » ces choses autour de nous,
augmentant alors le risque de les rencontrer sur notre route.
Bien entendu, il n’est pas question de sombrer dans les mirages de
la pensée magique, mais simplement de se rappeler le pouvoir que
recèle notre attention. Un passionné d’œuvres d’art connaît tous les
musées de sa ville. Dès qu’il arrive dans un lieu nouveau, il récolte
automatiquement toutes les informations concernant les lieux où il
pourra admirer des œuvres qu’il ne connaît pas. Dans un restaurant où
sont exposés des tableaux, il les aura remarqués et en aura
certainement retenu quelques détails, là où d’autres n’auront retenu
que la carte des vins, passionnante pour un œnologue averti. Que
retiendrait une personne vivant en permanence dans l’angoisse de
passer une mauvaise soirée ?
Comment parvenir à ne pas regarder l’obstacle ? En sachant
concentrer notre attention vers « là où nous souhaitons nous diriger »,
en clarifiant précisément le chemin que nous souhaitons emprunter
par la définition de nos objectifs, selon certains critères.
LES SEPT CRITÈRES DE L’OBJECTIF
Selon la programmation neurolinguistique, un objectif doit avoir
les qualités suivantes. Richard Bandler et John Grinder, ses
fondateurs, affirment même que la définition de nos objectifs est
l’élément le plus important, sinon suffisant, de notre stratégie de
réussite.
Que voulez-vous ?
Cet objectif doit être formulé en termes positifs, de direction («
aller vers ») et dépendre de nous. Robert Dilts, peut-être l’élève le
plus brillant de Bandler et Grinder, ajoute : « Si vous n’avez pas
d’objectif, c’est que vous n’avez pas de problème. » Une question
utile a été inventée par Spencer Johnson dans le célèbre livre Qui a
piqué mon fromage ? Cette question est la suivante : « Que feriez-
vous si vous n’aviez pas peur ? »
Bien sûr, pour qu’un objectif soit acceptable, il est essentiel que cet
objectif ne dépende que de nous. Ainsi, l’objectif « gagner au loto »
est difficilement acceptable dans la mesure où seul le fait de jouer au
loto nous appartient.
De la même façon, un objectif à très court terme – qui pourrait,
pourquoi pas, être une première étape de notre objectif à long terme –
du type « je veux que tante Germaine arrête de m’énerver en faisant
du bruit avec sa bouche – c’est insupportable » n’est pas non plus
acceptable. La démarche en l’occurrence consistera d’abord à
comprendre que lorsque tante Germaine fait du bruit avec sa bouche,
c’est moi, et moi seul, qui m’énerve. M’étant réapproprié ma
responsabilité dans cette histoire de concert masticatoire, je pourrais
alors efficacement travailler sur ma demande « cesser de m’énerver
lorsque j’entends le bruit que fait la bouche de tante Germaine ».
L’atteinte de ce premier objectif pourra ensuite ouvrir la porte à
d’autres objectifs plus ambitieux.
Il reste encore un point essentiel à rectifier dans la formulation de
cette demande : rappelons-nous que nous avons insisté sur
l’importance de formuler un objectif positivement. Or nous
rencontrons ici une question classique dans toute démarche de
changement, pouvant se résumer à la question suivante : comment
faire quand le but est de ne pas le faire ?
Lorsque la première définition d’un objectif, disons la plus
naturelle, est de le définir négativement, comme « ne pas s’énerver
quand cela n’en vaut pas la peine » ou encore « perdre du poids » ou
« arrêter de fumer », l’enjeu est de trouver quoi faire, quand il s’agit
justement de « ne pas » faire.
Là dessus, souvenons-nous que la nature a horreur du vide, et
qu’une des premières questions à se poser est « qu’est-ce que ce
comportement m’apporte ? ». Dans le cas de la cigarette par exemple,
ce qui est le plus souvent cité est que « ça me calme quand je suis
stressé » ou encore « c’est un plaisir quand je me détends ».
Dès lors que vous avez clairement identifié vos réponses à ces
questions, demandez-vous alors ce que vous pouvez faire pour
obtenir le même résultat. Ainsi vous êtes passé de l’impasse « que
faire pour ne pas le faire » à la démarche créative et amusante «
comment obtenir la même chose de manière différente ? » Le
changement peut dans ces cas-là être perçu comme un processus
d’amélioration : quitte à obtenir la même chose différemment, autant
améliorer le résultat obtenu !
En ce qui concerne mes rapports avec tante Germaine, je peux
selon les cas souhaiter « me souvenir en toutes circonstances de mes
sentiments pour elle », « rester calme lorsque je la vois » ou bien
encore « veiller à maintenir un maximum de distance entre sa bouche
et mes oreilles ! »
Pourquoi est-ce important pour vous ?
L’objectif doit être rattaché aux motivations les plus importantes de
l’individu. En quoi cet objectif est-il attaché à votre personnalité
profonde ? Quelle quantité d’énergie est-elle disponible pour réaliser
votre projet, peut-être celui de votre vie ? Comme nous l’avons vu au
chapitre 4, de la réponse à cette question cruciale dépend la quantité
d’énergie que nous rendrons disponible pour sa matérialisation. Créer,
changer, aider les autres, matérialiser un rêve, sont des activités très
consommatrices d’énergie.
À quoi êtes-vous prêt à renoncer pour atteindre votre objectif ?
Cette question permet également de tester notre motivation. La
réponse peut se porter dans les termes suivants :
• Temps : dans quel domaine de votre vie allez-vous prendre
le temps nécessaire à la réalisation de votre projet ?
• Croyances : à quelles convictions ou croyances êtes-vous
prêt à renoncer pour le construire ?
• Image de soi-même : quelle image de vous-même devrez-
vous peut-être abandonner ? Est-ce celle du petit moi
victime et larmoyant sur son sort injuste ou à l’autre
extrême celle du génie incompris séparé de toute réalité ?
• Autres renoncements : habitudes, argent, autre projet moins
crucial pour vous.
Philippe coachait il y a quelques années le directeur d’une usine
d’un grand groupe de services français, sur le thème de la délégation.
Cette personne, ce critère en vaut un autre, mesurait son niveau de
délégation au nombre de messages nécessitant une réponse urgente
que ses collaborateurs lui laissaient chaque jour sur son mobile.
Malgré ses efforts, cet homme ne notait aucune progression, au moins
selon le critère qu’il s’était choisi.
Il arriva un jour à une session, triomphant : « Ça y est, j’ai réussi.
Le nombre de messages quotidiens a diminué de moitié. Ce qui a créé
ce changement est que j’ai accepté, au fond de moi-même, d’être la
personne la moins importante de mon usine. »
Dans son cas, il avait dû, pour atteindre son objectif, renoncer à la
valorisation du sentiment de sa propre importance face aux «
insuffisances » de ses équipes. Cet obstacle passé, ce jeune homme
brillant devint, moins de deux ans plus tard, directeur général d’une
activité représentant 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, un
tiers de l’activité du groupe qui l’employait.
Comment saurez-vous que vous avez atteint votre objectif ?
Nous touchons ici aux critères de mesure de l’atteinte de notre
objectif. Ces critères sont utiles à deux titres :
• Mesurer nos avancées par la claire mesure et la validation
des étapes intermédiaires que nous aurons atteintes.
• Prendre conscience de l’atteinte finale de nos buts. Un
véritable changement se fait en totale harmonie, et touche
les profondeurs de la personne. Aussi surprenant que cela
puisse paraître, il arrive souvent qu’elle ne soit pas
consciente du fait d’avoir réalisé son objectif initial. Avoir
défini des critères objectifs en début d’action va aider la
personne à prendre conscience des changements réalisés.
Parfois, en thérapie, il n’est pas souhaitable que ce
changement soit validé de façon consciente. Jean a reçu
dans son cabinet une dame dépressive dont il constatait
l’amélioration de l’état à chacune de leurs séances.
Toutefois, la plainte était manifestement une chose
importante pour cette dame. Il a alors choisi de laisser cette
dame se plaindre, tout en continuant à progresser avec elle
sur les profonds changements qui intervenaient dans sa vie
(réconciliation avec certains membres de sa famille, retour
dans le monde du travail, reprise d’une activité artistique
épanouissante laissée en friche depuis des années).
Pour illustrer cette étape, Richard Bandler aime déclarer qu’à
l’issue de ce troisième point, l’objectif doit « tenir dans une brouette
». Ainsi, les demandes du genre « améliorer ma confiance en moi », «
être plus heureux dans la vie » ou encore « m’épanouir dans mon
travail » seront explicitées au cours de cette étape.
Pour un objectif similaire, des personnes différentes pourront,
suivant leur sensibilité et leur style, être attachées à des indicateurs
tout à fait différents. Par exemple, dans le cadre d’un objectif sportif,
certains seront satisfaits dès qu’ils verront le temps adéquat sur leur
chronomètre (« courir le semi-marathon en moins d’une heure trente
»), alors que d’autres seront spontanément tournés vers leur rang de
classement (« être dans les deux cents premiers ») ou, tout
simplement, par le fait d’avoir terminé la course.
Trois questions complémentaires sont souvent utiles :
• Qui se rendra compte en premier de ce changement ?
• Quel genre de remarques souhaitez-vous entendre ?
• Quels sont les indicateurs objectifs qui valideront qu’un
changement est en train de se produire ?
Cette définition des critères permet parfois, en coaching
stratégique, de changer la focalisation de l’objectif, en « lâchant la
proie pour l’ombre », volontairement. Par exemple, pour un cadre
souhaitant améliorer sa gestion du temps pour passer plus de temps
avec ses enfants, il est possible de se focaliser uniquement sur la
deuxième partie et ses relations avec ceux-ci. Si le coach a eu une
intuition juste, la partie gestion du temps va connaître une
amélioration notable sans qu’elle soit directement abordée. Cet
exemple est lié également à la question suivante :
Quels problèmes peuvent-ils être provoqués par l’atteinte de votre
objectif ?
Une personne peut ne pas changer :
• soit parce qu’elle ignore comment faire ou n’a pas
suffisamment découpé son but en étapes motivantes et
facilement accessibles ;
• soit parce qu’elle a plus d’avantages à ne pas changer qu’à
changer.
Cette question a pour but de nous aider à envisager toutes les
difficultés qui peuvent naître de la réalisation de l’objectif.
Questions complémentaires :
• Que perdrez-vous quand votre objectif sera atteint ?
• Que vous empêche de faire la non-atteinte de votre
objectif ?
• Quels sont les avantages de la situation présente ?
La réponse sincère à ces questions est souvent une prise de
conscience extrêmement utile, qui peut conduire à une adaptation de
l’objectif ou parfois à un abandon de celui-ci, si nous nous rendons
compte que notre motivation n’est plus suffisamment forte pour le
maintenir.
Cette notion d’avantage de la situation présente est souvent
nommée « écologie » par les adeptes de la systémique. Cette idée part
du constat que tout système (nous, notre entourage professionnel ou
familial, les élèves d’une salle de classe, une équipe de sport ou une
business unit…) possède un équilibre propre : ce système peut rejeter
un changement qui menace cet équilibre.
Respecter l’écologie d’un système consiste à ne pas mettre en
danger ce système ou à intégrer à la démarche de changement la
recherche d’un nouvel équilibre. La validation de l’écologie de votre
objectif passe alors, par exemple, par la vérification que le
changement que vous recherchez ne nuira en rien aux êtres qui vous
sont chers, et qu’il vous permettra de conserver ce qui est essentiel à
vos yeux.
D’une certaine façon, un changement « écologique » est un
changement que nous souhaitons au plus profond de nous-même, « de
tout notre cœur » en quelque sorte. Pour ceux d’entre nous qui sont
sensibles à ce qu’ils ressentent – et à force d’entraînement, nous
pouvons tous y parvenir – l’écologie est validée lorsque rien ne « fait
non » en termes de ressenti.
Dans le cas contraire, une espèce de sensation de malaise peut être
perceptible, et, même si elle paraît très ténue, c’est en remontant cette
sensation, à la manière de Thésée et de son fil d’Ariane, que nous
pouvons trouver des éclairages nouveaux sur une situation.
Il existe une autre possibilité : l’atteinte de l’objectif peut générer
une situation inconnue, parfois un stress et une peur intenses. Il
importe alors de les envisager de front et en toute priorité, et de se
donner les moyens d’y faire face.
Cette question est prioritaire en thérapie pour ce qui est lié à la
perte de poids, aux difficultés relationnelles, ainsi qu’à de
nombreuses autres situations. En entreprise, elle est souvent au cœur
des enjeux d’une promotion hiérarchique.
Où, quand, comment, avec qui serez-vous quand vous aurez atteint
votre objectif ?
Cette étape a pour but de se projeter le plus complètement possible
dans l’objectif entièrement réalisé, avec le plus de détails possible.
• Pour revalider les étapes précédentes. Par exemple l’étape
4 : vérifier que nous nous sentons bien.
• Pour créer une « empreinte » forte, une sorte d’aimant
suffisamment attirant, à la fois conscient et inconscient,
dont la vigueur et l’attractivité vont orienter notre vie
quotidienne vers sa matérialisation. Ce point sera de
nouveau abordé dans le chapitre 9« L’habit fait le moine ».
Nous avons observé de nombreux cas dans lesquels cet
exercice a été suffisant pour que la personne franchisse une
étape décisive dans sa vie.
Cette étape permet notamment d’aborder dans l’ordre tous les
changements que l’atteinte de notre objectif aura provoqués. Et
d’abord, tout ce qui concerne notre entourage : dans quels lieux
nouveaux nous trouverons-nous, et, même si ces lieux sont les
mêmes, comment notre regard a-t-il changé ? Sur quoi, sur qui se
porte désormais notre attention ?
Passée cette étape concernant tout ce qui est contextuel et en
dehors de nous, nous pouvons nous concentrer sur ce que nous
faisons désormais différemment. Qu’est-ce qui a changé dans notre
façon de parler, de respirer, de nous autoriser ?
Enfin, nous pouvons prendre le temps de constater quels
changements profonds l’atteinte de cet objectif nous a permis de
réaliser : quel est désormais notre regard sur le monde, sur la vie, sur
nous-même ? Un changement très impliquant aura forcément des
répercussions positives sur tout un ensemble d’éléments en lien étroit
avec notre identité profonde.
Cette cinquième étape permet de rentrer en contact avec ce nouvel
aspect de notre vie, et de commencer à fréquenter la personne que
nous nous apprêtons à devenir. Nous aborderons au chapitre 9 les
trésors que recèle cette démarche et, d’ici là, le premier exercice, à la
fin de ce chapitre, est consacré à cette étape 5 pour vous permettre de
vous projeter d’une telle manière dans votre projet.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Quels sont les rêves de votre vie auxquels vous pensiez
avoir renoncé ?
• Que feriez-vous si vous n’aviez pas peur de l’échec ?
• Quel est votre plus grand rêve personnel ? Que
souhaitez-vous avoir accompli de ce rêve dans dix
ans ?
• Quelles étapes de ce rêve vous semblent-elles les plus
motivantes ?
• Pour atteindre cet objectif, à quoi êtes-vous prêts à
renoncer ?
• Quel sera pour vous le signal le plus fort que votre
objectif est atteint ?
• Qui à part vous se rendra compte le plus tôt de votre
changement ?
• Quels pourraient être les avantages de ne pas atteindre
votre objectif ?
• Qu’est-ce qui changera le plus autour de vous quand
vous aurez atteint votre objectif ?
• Quelles excuses les plus créatives pouvez-vous
parvenir à imaginer pour ne pas avoir déjà atteint votre
objectif ?
• À quelles solutions pour l’atteinte de votre objectif
êtes-vous certain de ne jamais penser ?

Quels obstacles peuvent-ils vous empêcher de réaliser votre objectif ?


Ce n’est qu’une fois l’objectif formulé de manière suffisamment
attractive par les cinq étapes précédentes, qu’il est possible
d’envisager les obstacles susceptibles de se dresser sur notre chemin.
Si cette réflexion avait été menée trop tôt dans le processus, elle
aurait pu nous décourager.
En termes de temps, d’argent, d’environnement, de compétence, de
comportement, de moral, quelles sont nos contraintes ? Quels
imprévus peuvent-ils se dresser sur notre chemin ? Qu’est ce qui nous
a empêché, par le passé, de réaliser un tel projet ? Quels pièges
(extérieurs, intérieurs) nous faudra-t-il éviter ? Si nous devions ne pas
réaliser notre projet, quelles excuses pourrions-nous donner a
posteriori ?
Tous les obstacles possibles doivent être méthodiquement évoqués,
en toute lucidité. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons
échafauder un plan viable. Cette étape peut sembler à première vue
anxiogène, mettant l’accent sur tout ce qui crée de la rugosité au
changement. C’est pourtant le cœur du changement, car c’est en
étudiant les freins au changement que l’on peut préparer sereinement
le voyage.
Cette étape est aussi l’occasion de voir déjà les choses
différemment : l’énergie accumulée lors des précédentes étapes peut
provoquer des changements de point de vue spontanés, et nous
rappeler à quel point tout revers a sa médaille…
Jean se souvient d’une personne étant venue le voir pour arrêter de
fumer. Elle avait toujours hésité à entreprendre ce changement,
trouvant toujours une bonne excuse pour commencer plus tard. Cette
fois-ci, sa bonne excuse avait été l’approche des fêtes de fin d’année :
Patrick pensait qu’il serait beaucoup plus difficile pour lui d’arrêter la
cigarette, qu’il associait jusqu’ici à un plaisir, lors d’une période aussi
festive. C’est sur les conseils express de sa fille que ce chef
d’entreprise par ailleurs très déterminé prit finalement la décision de
se lancer.
Lorsqu’ils en arrivèrent à cette étape de la définition de sa
demande, Patrick réalisa que la période des fêtes était en réalité tout
indiquée pour son changement : désormais conscient de sa flexibilité
et du pouvoir de l’habitude, il considérait que le passage des fêtes en
tant que non-fumeur l’aiderait d’autant plus à « prendre le pli »
rapidement.
L’étape six, en plus d’offrir la chance de faire l’inventaire des vrais
obstacles au changement, apporte souvent le plaisir de découvrir que
certains d’entre eux n’en sont pas.
Quels moyens allez-vous mettre en œuvre pour réaliser votre
objectif ?
En reprenant point par point les obstacles de l’étape 6, notez pour
chacun d’eux une parade, une décision, un évitement possible.
Comment, par le passé, avez-vous déjà dépassé un tel problème ?
Quels nouveaux moyens allez-vous mettre en œuvre ? Que devrait-il
s’être passé avant l’apparition de l’obstacle pour qu’il soit déjà
neutralisé au moment de son arrivée ?
Voici deux exemples de l’état d’esprit avec lequel nous pouvons
aborder ces questions :
• Obstaccle 1 : j’ai tendance à me décourager sur le long
terme, et mon objectif final ne me paraît plus si motivant.
Moyen : si cela arrive, je décide d’oublier pour quelque
temps l’objectif final, et d’accomplir chaque jour une
étape, même symbolique, dans la bonne direction.
• Obstacle 2 : à telle étape de mon projet, dans deux ans, on
risque de me reprocher mon manque d’expérience dans le
domaine Z. Comment, peut-être d’une manière différente
de ce que l’on attendra de moi, puis-je acquérir cette
expérience minimum d’ici là ?
À la fin de l’étape 7, il est possible d’établir un plan d’action. Si le
projet est à dix ans, il sera découpé en étapes intermédiaires : d’abord
à mi-chemin (cinq ans), puis à deux ans, enfin pour l’année à venir, et
éventuellement mois par mois. Penser au but à dix ans est à la fois
enthousiasmant et démotivant, car paraissant à première vue
inaccessible.
Chaque étape mensuelle, hebdomadaire ou quotidienne est
facilement réalisable et peut manquer de sens si l’on ne la rattache
pas à l’objectif ultime. Toutes ces étapes, proches et lointaines, nous
serviront à maintenir notre motivation sur le chemin. Chaque étape
intermédiaire, souvent annuelle, sera repassée au crible des sept
points précédents de la détermination d’objectif.
« Pourquoi pars-tu ? pour arriver au sommet ou pour profiter
du chemin ? Quelle que soit ta raison, si tu regardes le haut
de la montagne, tu peux renoncer. En te concentrant
sur chacun de tes pas, sur chaque instant,
tu parviendras au sommet. »
Proverbe chinois

L’exploration de nos possibilités lors de cette étape doit se faire au


sens le plus large possible. Ainsi, l’étude de nos talents et de nos
compétences peut être complétée de manière bénéfique par l’étude de
notre entourage et de nos connaissances. Une information à obtenir,
une porte à ouvrir ou un retour d’expérience peuvent souvent se
trouver déjà à notre portée sans que nous en ayons conscience. Un
proverbe dit : « Si tu connais sept personnes, tu connais la terre
entière. »
Une étude sociologique a été réalisée il y a quelques années à San
Francisco, sur la taille moyenne de la chaîne sociale – nombre de
personnes se connaissant et pouvant connecter deux individus –
reliant deux individus pris au hasard. Par exemple, si le frère de Paul
a fait ses études avec Virginie, et que Virginie a épousé Thomas qui
se trouve être justement le meilleur ami de Jane, la chaîne sociale
entre Paul et Jane a pour valeur trois : le frère de Paul,Virginie et
Thomas.
Il se trouve que le résultat de cette étude montrait que la chaîne
sociale moyenne dans une grande ville comme San Francisco est de
six personnes ! Il semble alors difficile de ne pas accéder simplement
et de façon naturelle à toutes les informations et personnes pouvant
nous aider à avancer dans la bonne direction, à travers les questions
suivantes :
• Quelles briques me manquent-elles encore dans la
construction de mon projet : compétences, conseils,
recommandations et contacts, expériences… ?
• Quelles personnes seraient-elles les alliées – qui s’ignorent
encore ! – de mon projet ?
• Qui connais-je directement ou indirectement (la chaîne
sociale) pour entrer en contact avec ces personnes ?
Exercice 17 : Se construire un rêve

Durée indicative : 1 heure


Au cours de cet exercice, vous utiliserez une propriété de votre
cerveau, qui est de faire tendre une image que vous avez à l’esprit
vers sa réalisation matérielle dans votre vie.
Cette caractéristique, très utile aux sportifs qui pratiquent la
visualisation, peut être utilisée simplement et de façon assez ludique.
Le secret de cet exercice repose dans le fait de savoir
provisoirement mettre votre esprit critique et vos doutes de côté
(rassurez-vous, ils nous seront de nouveau très utiles lors de
l’exercice 18) et de vous concentrer sur votre but et vos sensations :
Cette image est-elle agréable et positive pour vous ?
Étape 1 : Se relaxer
Asseyez-vous dans un fauteuil confortable, et veillez à ne pas être
dérangé durant 20 à 30 minutes. Détendez-vous jusqu’au seuil qui
précède le sommeil, tout en restant capable de ne pas y entrer.
Étape 2 :Visualiser l’objectif atteint comme un film de cinéma
Imaginez une image fixe ou un film vraiment représentatif de ce
que vous désirez, de votre objectif à un horizon si possible de cinq à
dix ans.
Où êtes-vous, dans quel lieu, quel environnement ?
Qui est autour de vous, quelles odeurs sentez-vous, qu’entendez-
vous autour de vous (voix, animaux, autres bruits) ?
Enrichissez cette représentation d’un maximum de détails
possibles. Mettez-y du son, du mouvement, des couleurs, des odeurs,
tout ce que vous pouvez y mettre pour rendre la représentation la plus
réelle possible. Vous êtes le metteur en scène, extérieur au film dont
vous avez le premier rôle :Action ! Après vous être bien détendu,
dans une atmosphère calme et propice à la concentration, imaginez-
vous d’abord comme spectateur de la scène, en vous voyant comme
un acteur de cinéma se voit dans un film.
Prenez tout votre temps pour dérouler le film et rectifier tous les
détails qui vous semblent importants pour rendre la chose la plus
crédible et attirante possible. La sensation que vous en tirerez doit
être entièrement agréable. Si quelque chose vous déplaît, changez-le !
Étape 3 : Devenir acteur du film
Lorsque le film que vous voyez en imagination est parfait et
attirant, rentrez dedans à la manière de Woody Allen dans La Rose
pourpre du Caire, et intégrez progressivement la peau de votre moi
futur. Concentrez-vous alors sur vos sensations : ressentez tout ce
qu’il y a à ressentir, vivez pleinement la scène que vous avez créée.
Déplacez-vous à votre gré.
Si vous souhaitez modifier quelque chose, dans votre manière
d’être ou dans votre environnement, faites-le et repassez la scène
depuis le début.
Étape 4 : Prendre conscience du chemin parcouru
Tout en restant immergé dans votre rêve éveillé au présent (même
si pour le moment il s’agit de l’avenir !), posez-vous les questions
suivantes :

Quelles ont été les étapes importantes que j’ai vécues pour
réaliser mon rêve ?

Qui m’a aidé ? Quels obstacles ai-je dû franchir ? Que


changerais-je dans mes attitudes, mes décisions, si je
devais refaire le chemin ?

S’il s’agit d’un projet à dix ans : où en étais-je il y a cinq


ans ? quel a été mon premier pas ? Quels ont été les
moments les plus cruciaux ?

Qu’ai-je appris ? Quelles compétences ai-je dû acquérir ?


Étape 5 : Revenir à l’instant présent
Concentrez-vous maintenant sur votre respiration, puis sur votre
poids sur le fauteuil en ce moment.
Ensuite, reprenez conscience des odeurs du lieu où vous êtes, ici et
maintenant, des bruits autour de vous.
Ouvrez les yeux, complètement détendu et revenu au présent.
Variante : au lieu de vous asseoir dans le fauteuil et de réaliser un
rêve éveillé, il est possible de prendre un bloc de papier et d’écrire
dans une sorte de rêverie toute la description des étapes 2 et 3. Il est
important d’écrire le plus rapidement possible, et de griffonner de
cinq à sept pages pour chacune des étapes en notant tout ce qui vient
à votre esprit.
Exercice 18 : Passer ce rêve au crible des sept critères de l’objectif

Durée indicative : 1 h 30
1. Reprenez les éléments principaux de votre projet et vérifiez
qu’ils répondent aux sept critères évoqués dans le chapitre.
Si nécessaire, procédez aux décisions adéquates ou aménagements
utiles de l’objectif final.
2. Remplissez la grille suivante, en commençant par remplir les
cases correspondant au but ultime (l’exemple est ici donné à dix ans),
puis celles de la situation actuelle, enfin les colonnes à 5 ans, 2 ans, et
à un an.
Exercice 19 :Valider les étapes

Durée indicative : 2 heures


Reprenez maintenant les étapes intermédiaires, en commençant par
« 5 ans », puis « 2 ans », puis « 1 an », en repassant pour chacune
d’elles par les phases suivantes :

exercice 17 pour chacune des étapes : 5 ans, puis 2 ans… ;

pour chacune d’elles : les 7 critères de l’objectif ;

si nécessaire, procédez aux aménagements utiles ;

notez enfin les décisions et actions concrètes pour l’année


en cours ;

établissez un planning mois par mois, éventuellement


semaine par semaine.
Note importante : tous les exercices de visualisation – ceux
présentés ci-dessus et ceux des chapitres suivants – trouveront leur
efficacité à travers deux critères : l’intensité et la fréquence de votre
pratique. Une fois vos objectifs clarifiés, prenez cinq minutes le plus
souvent possible, isolez-vous, et activez « votre cinéma personnel »
sur ce qui vous motive le plus : un objectif final (dans x années) ou
un objectif intermédiaire (année, mois, semaine voire journée
suivante). Respectez toujours votre manière particulière de vous
motiver et de vous projeter dans le temps (cf. chap. 1 et 4).

Dans les jours prochains…


Demandez-vous souvent quel objectif vous porte lorsque
vous faites ou dites, ce que vous faites ou dites. En
d’autres termes, replacez de nombreux actes dans la
perspective d’un objectif.
Prenez un peu de temps chaque jour pour rêver à un désir
particulier, sans vous demander comment vous le
réaliserez : juste en rêver en vous connectant au plaisir
que cela vous procure.
Lorsqu’une situation ne vous satisfait pas, demandez-
vous systématiquement : « Qu’aimerais-je qu’il se
passe à la place ? » Trouvez alors une réponse à cette
question, exprimée en termes positifs.
Notez cinquante petits objectifs que vous souhaitez avoir
atteints dans un an, et oubliez cette liste pendant
quelques mois. Revenez-y ensuite.

1 Eleanor Roosevelt.
8
CHANGEZ CE QUI NE FONCTIONNE
PAS !
« Ce qui est stupide, c’est de faire demain la même chose,
en espérant des résultats différents »
« Ne pas me dédire, ne pas m’exclure du groupe »
Deux expériences édifiantes, toutes deux reproduites de
nombreuses fois, ont été menées sur des groupes de dirigeants en
entreprise :
Expérience I
Dix cadres de haut niveau furent choisis :
• personnes ne se connaissant pas ;
• présentant des similarités de milieu professionnel, de
niveaux d’étude, de responsabilités, afin de favoriser
l’assimilation aux autres membres du groupe.
Dans un premier temps, on fit travailler durant plusieurs heures les
sujets sur un cas de management complexe, durée à la fin de laquelle
on demandait à ces personnes de se prononcer sur une décision
stratégique A ou B. Le cas était rédigé de manière à ce que la décision
la plus adéquate soit A, et 90 % des sujets du groupe test optèrent
pour ce choix.
On refit ensuite l’expérience en ajoutant l’élément suivant :

Neuf des dix cadres étaient complices et devaient se


prononcer de manière agressive et péremptoire, en
argumentant solidement en faveur du choix B.

On organisa, à la fin de la période d’analyse, un tour de


table durant lequel chacun exprimerait « sa position », la
dixième personne – non complice –, s’exprimant en
dernier.

80 % de ces dixièmes personnes s’exprimèrent en faveur


du choix B.
Encore plus surprenant : lors d’un entretien individuel durant
lequel on les informa de la réelle nature de l’expérience, il s’avéra
que ces dixièmes personnes maintenaient solidement, a priori
sincèrement, leur adhésion au choix B.
Expérience 2
Le début de l’expérience est similaire : dix sujets doivent plancher
une demi-journée sur un cas, et se prononcer à la fin de la matinée sur
une décision de type A ou B, pour laquelle le choix A est le plus
adapté. 90 % des sujets choisissent en toute logique cette solution.
Le groupe est alors scindé en deux : la première moitié 1 arrête
l’expérience et est remplacée par cinq nouvelles personnes qui
prennent leur relais (groupe 1 bis), alors que la deuxième moitié 2
continue sur la suite du cas durant l’après-midi.
Lors de la reprise, de nouvelles informations sont transmises à tous
les membres du nouveau groupe, de nature à remettre en cause les
décisions du matin et rendant désormais plus pertinent le choix B. À
la fin de la journée, une nouvelle décision leur est demandée. 80 %
des sujets du groupe 1 bis optent pour la décision B, infirmant la
position de leur prédécesseur. 80 % des sujets du groupe 2 optent
pour la décision A, confirmant leur propre décision du matin.
Cette expérience édifiante illustre la propension involontaire des
êtres humains à persister dans leur manière de faire, à éviter toute
remise en cause sur leurs choix passés, et à céder quand la pression
d’un groupe par rapport auquel ils ont un sentiment fort
d’appartenance se fait trop forte.
Au cours de ce chapitre, nous aborderons ce phénomène naturel
dans la perspective de notre projet, en évoquant les conditions de la
réussite au travers de notre capacité à remettre en cause nos idées et à
intégrer des points de vue extérieurs utiles.
LE CHANGEMENT PRÉCÈDE LE CHANGEMENT
La demande de changement, qu’elle provienne d’un individu ou
d’une entreprise, est une des plus paradoxales qui soit : Elle pourrait
se résumer sur un ton humoristique par : « S’il vous plaît, aidez-moi à
changer, mais surtout ne touchez à rien ! »
Même quand le désir de changement est fort, la peur de l’inconnu
ne l’est pas moins, et parfois même de façon inconsciente – un
individu peut vouloir de tout son cœur mettre fin à un comportement
destructeur, et ne pas réaliser consciemment qu’il s’accroche, par
peur de l’inconnu, à ce comportement même.
À ce titre, Milton Erickson déclarait à ses élèves thérapeutes que «
la thérapie est un combat dans lequel votre adversaire rêve que vous
l’emportiez ».
Aussi évident que cela puisse paraître, il est tout de même bon de
se souvenir que pour changer quoi que ce soit dans sa vie, il est
important de bien penser à… changer !
Notre tendance naturelle est de nous enfermer dans des
comportements, des attitudes et des conceptions récurrents, car notre
cerveau travaille en permanence à nous faciliter la tâche. Dans ce but,
il considère pour acquise une solution dès qu’elle lui semble donner
satisfaction.
Dans une démarche de changement, le travail consiste donc à
questionner de façon presque systématique tout ce qui peut l’être :
c’est dans cette voie que la créativité nécessaire à l’invention de
nouvelles solutions et de nouvelles stratégies sera le plus
naturellement mobilisée, et que les changements recherchés pourront
alors prendre place.
Richard Bandler aime expliquer sur le ton provoquant qui lui est
cher que lorsqu’une solution n’a pas donné le résultat escompté,
n’importe quoi d’autre a plus de chance de fonctionner.
C’est dans l’exploration du « n’importe quoi d’autre » que se
trouvent les champs de créativité, de nouveautés bénéfiques et utiles à
la réalisation de nos objectifs, des plus modestes aux plus ambitieux.
« CE N’EST PAS EN PERFECTIONNANT LA BOUGIE QUE
L’ON A INVENTÉ L’ÉLECTRICITÉ »1
Darwin, comme Einstein à la fin de sa vie, exprimait de plus en
plus un sentiment de déférence et de respect au mystère de l’évolution
et de la nature, qui semblait selon lui déployer des trésors
d’ingéniosité dans le seul but de survivre.
Ce qui est vivant évolue et change. Vie et changement sont deux
synonymes. Refuser le changement, c’est renoncer à vivre.
Pour animer notre projet, littéralement pour le rendre vivant, nous
devrons en permanence l’amender, le modifier, l’adapter, tout en
conservant les éléments vitaux et notre propre motivation à le mener à
bien.
Notre flexibilité mentale par rapport à ce projet sera son principal
atout, et il tirera son énergie vitale de celle-ci.
Voici quelques questions efficaces pour notre remise en cause, tout
au long du chemin. Ces questions, que nous commenterons, nous
seront également utiles pour favoriser la créativité des autres si nous
sommes – parents, managers, coachs – en situation de contribuer au
développement de projets de personnes :
Comment pourrais-je trouver chaque jour deux nouvelles façons de
faire ?
Le but de cette question est d’installer une « routine » de remise en
cause : prendre l’habitude, chaque jour, de challenger son projet et ses
manières de faire est extraordinairement efficace. Nous pouvons
décider par exemple, chaque matin ou chaque soir, de se poser cette
question et de réfléchir au sujet jusqu’à ce que nous ayons trouvé ces
deux manières différentes, que nous testerons immédiatement. Ces
questions peuvent porter sur le cœur de notre projet (une
macrostratégie) ou sur un détail de celui-ci, par exemple une façon
différente de se comporter avec une personne.
À quelle solution suis-je certain de ne jamais penser ?
Question paradoxale n’est-ce pas ? Le plus difficile est d’oser la
poser ou oser se la poser. En coaching, c’est une question clé, qui
soulève dans un premier temps la perplexité de la personne, puis, au
grand étonnement du coach qui la pose pour la première fois, vient
souvent une réponse créative et argumentée de l’autre. Le secret pour
la mener à bien est de respecter le silence stupéfait qui s’élève
immanquablement après la question.
Si mon objectif était dix fois plus élevé, que changerais-je ?
Comment me poserais-je différemment certaines questions ? Quel
nouveau plan d’action mettrais-je en œuvre ?
Il s’agit ici de briser les peurs ou les limites que peut élever un
objectif qui nous paraît difficile à atteindre. De nombreux managers
commerciaux nous ont évoqué tous les bénéfices qu’ils ont retirés à
poser cette question à des commerciaux tétanisés par l’appréhension
de ce que leur entreprise attendait d’eux.
Cette démarche amène en plus le questionnement de l’objectif
même, et peut amener à le considérer avec un regard neuf, en levant
peut-être certaines inhibitions.
Si j’avais deux fois moins de temps pour réaliser mon projet ou cette
étape du projet, que modifierais-je ?
Si j’avais deux fois moins de ressources ou de moyens ? Ces
questions s’attaquent de front à deux forts tabous : celui du temps, et
celui des moyens nécessaires, « incompressibles » pour réaliser une
tâche. Comme nous l’avons vu au chapitre 1consacré au temps, le
non-questionnement de nos nombreuses croyances à ce sujet peut
nous être préjudiciable. Se poser les questions ci-dessus peut nous
aider à challenger ces croyances et à tester leur réalité.
Une loi d’entreprise, la loi de Parkinson, exprime même « qu’une
tâche nécessite toujours pour sa réalisation la totalité du temps qui lui
est imparti ».
Comment telle personne, que j’admire, percevrait-elle ma situation ?
Que me conseillerait-elle ? Comment agirait-elle à ma place ?
Notre implication, notre motivation, peuvent nous empêcher de
prendre du recul sur un problème donné. C’est pour cette raison qu’en
entreprise, dans un brainstorming ou remue-méninges, la présence
d’un candide, quelqu’un qui connaît peu le sujet, est souvent requise
afin de favoriser la prise de distance.
Bill O’Hanlon, un élève d’Erickson, explique dans son livre
L’Hypnose orientée solutions, qu’il a souvent recours à la technique
suivante : lors d’une séance d’hypnose, il imagine son mentor,
Erickson, à côté de lui, qui lui souffle ce qu’il doit dire et ses actions.
Dans ce processus, plusieurs mécanismes inconscients entrent en
jeu. Le premier est que lorsque nous nous demandons comment ferait
telle ou telle personne à notre place dans une situation particulière,
nous commençons par nous « dissocier » de la situation.
En termes usuels, se dissocier de la situation signifie littéralement
« prendre sa distance », et cette attitude entraîne de profondes
modifications en termes de ressenti et d’émotion.
Nos expressions usuelles l’attestent, comme « prendre un peu de
recul » ou mettre de la distance entre soi et les événements.
D’autre part, lorsque nous nous interrogeons sur ce que ferait un
spécialiste que nous connaissons – personnellement ou non d’ailleurs
– nous procédons à notre insu à un changement de référentiel : sans le
formaliser consciemment dans notre esprit, nous nous autorisons à
davantage de créativité, nous accordant des compétences que peut-
être nous possédons depuis toujours, mais que nous ne nous
autorisons pas d’ordinaire à mettre en œuvre dans ce genre de
contexte.
La question ci-dessous répond d’une autre manière à l’enjeu de la
remise en cause, et la réponse peut nous aider à percevoir sous un
autre angle la situation.
Quelle stratégie géniale pourrais-je mettre en œuvre pour être certain
d’échouer ?
Notre cerveau est parfois beaucoup plus créatif dans la recherche de
problèmes que dans la recherche de solutions.
Comme Philippe animait un workshop de créativité avec la
direction commerciale d’un grand quotidien national sur le thème «
Comment développer les ventes ? », ils arrivèrent rapidement à une
situation dans laquelle aucune idée nouvelle ne parvenait à être émise.
Ils ont alors inversé la question ci-dessus en « comment diminuer
les ventes ? », et les participants ont alors trouvé des dizaines et des
dizaines de nouvelles idées, chacun rivalisant de créativité avec ses
collègues. Une fois toutes ces idées notées, elles furent inversées, et
ils ont trouvé par ce moyen plusieurs nouvelles possibilités d’action.
Cette démarche, consistant à prescrire la recherche de l’échec, est
particulièrement efficace et repose sur plusieurs fonctionnements
naturels. D’abord, elle désamorce la peur d’échouer, qui peut être
parfois si paralysante. Toute l’énergie mise à éviter quelque chose –
ici, en l’occurrence, l’échec – peut alors être investie dans le
processus créatif et le développement de solutions.
Pour les personnes particulièrement promptes à se mettre en échec
– par exemple parce que l’échec correspond mieux à l’image que ces
personnes se font d’elles-mêmes –, cette démarche correspond même
à une prescription de symptôme, dont on sait, depuis les travaux de
l’école de Palo Alto, combien elle peut être dans certains cas
salvatrice.
Quelles seraient les deux autres interprétations, complètement
différentes, que je pourrais trouver pour telle situation ou
problématique à laquelle je suis confronté ?
Face à une difficulté, nous pouvons avoir tendance à tirer des
conclusions et une analyse trop rapide des causes et des effets.
Cette question, très utilisée également par les coachs, a pour effet
d’aider la personne qui (se) la pose à développer la flexibilité de son
analyse et de son jugement. Ensuite, la pluralité des analyses
possibles sera de nature à doter la personne de différentes stratégies
d’action.
Dans toute démarche de changement, en coaching comme en
thérapie, la question du rapport à soi et au monde est d’une grande
importance : comment nous percevons-nous, et comment percevons-
nous le monde qui nous entoure, conditionne à plus d’un titre ce que
nous pouvons appeler notre « champ des possibles ».
Par « champ des possibles », comprenons l’ensemble des
autorisations à changer ou à entreprendre, que nous nous allouons
plus ou moins consciemment.
Le changement de référentiel qu’implique cette démarche
consistant à adopter systématiquement plusieurs points de vue
différents, à chausser plusieurs paires de lunettes successives et à
percevoir le monde comme quelque chose de plus vaste, plus riche et,
peut-être, plus merveilleux que nous ne le faisions auparavant, est un
important levier de changement individuel. Nous ne l’appliquerons
pas qu’à nos objectifs.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Qu’avez-vous appris de votre dernier succès ?
• Qu’avez-vous appris de votre dernier échec ?
• Quelles solutions avez-vous déjà tentées qui n’ont pas
donné le résultat escompté ? Qu’allez-vous changer
demain ?
• Comment pouvez-vous être certain de trouver chaque
jour deux nouvelles manières de faire ?
• Que changeriez-vous si votre objectif était dix fois plus
élevé ? Si vous deviez l’atteindre en deux fois moins
de temps ? Si vous disposiez de deux fois moins de
moyens ?
• À quelles nouvelles options parfaitement farfelues
pourriez-vous penser ?
• Comment pouvez-vous augmenter le nombre de choix à
votre disposition à chaque étape de votre projet ?
• Qu’est-ce qui en aucun cas ne peut être remis en cause
dans votre projet ?
• Sur quels aspects de votre projet êtes-vous prêt à faire
des concessions ?

« NOS RÉUSSITES SONT NOS PLUS GRANDS PIÈGES »2


Après avoir challengé nos échecs et difficultés, il peut être utile de
se poser des questions comparables au sujet de nos réussites.
Selon Richard Bandler, notre réussite peut avoir pour conséquence
de cristalliser notre manière de faire, en réduisant nos choix d’action
à une seule possibilité d’action, celle qui a apporté des résultats
positifs par le passé. Dans cette optique, Bandler affirme qu’« une des
conditions à l’excellence humaine est d’augmenter le nombre de
choix disponibles pour nous, à chaque circonstance de la vie ».
La notion de choix multiples est même le principe essentiel des
thérapies dites brèves : dans ce champ de pratiques, exploré et
théorisé par les chercheurs de l’école de Palo Alto, un comportement,
une attitude néfaste à l’épanouissement d’un individu sont considérés
comme une réponse inconsciente à une situation donnée.
Même si ce comportement est indésirable dès le départ, le fait est
qu’au moment même de son développement inconscient, l’individu
qui l’a adopté n’est pas parvenu à trouver « mieux », selon ses
capacités et son contexte du moment.
Adoptant et répétant ce comportement sur une longue période, une
habitude s’installe, et le cerveau, dont le but est d’automatiser un
maximum d’actions, n’utilise plus sa créativité sur ce comportement
indésirable. Alors une gêne, parfois pathologique, s’installe et
demeure.
La démarche thérapeutique consiste alors à réactiver la créativité
de l’individu concerné, afin qu’il développe, qu’il invente, de
nouvelles stratégies comportementales. L’utilisation des exercices de
visualisation concentrée est alors précieuse, une particularité de cet
état étant qu’il permet d’accéder à une créativité souvent restée en
sommeil pendant longtemps.
C’est donc en questionnant l’existant, en remettant en cause les
choix conscients et inconscients que nous faisons à longueur de
temps, que nous ouvrons de nouvelles perspectives de réalisation et
d’action.
Nous pouvons agir de même avec nos croyances : si la croyance «
je suis responsable de la situation présente » peut souvent nous être
utile pour conduire un projet ou comme philosophie générale de vie,
elle peut être particulièrement néfaste dans certaines circonstances
particulières, comme par exemple pour consoler un ami. En outre,
elle peut parfois favoriser notre culpabilisation suite à un échec.
Souvenons-nous : même les croyances utiles (nous en avons listé
plusieurs dans le chapitre 3) peuvent être inutiles, voire néfastes dans
certaines situations ! Souvent en coaching, la difficulté principale est
de faire sortir la personne ou l’organisation d’une stratégie ou d’un
processus qui a porté ses fruits par le passé. La prise de conscience, si
elle est parfois aisée en situation d’échec, peut être très ardue quand
l’individu ou le groupe connaissent encore une forte réussite !
Dans ce cas, nous pouvons reprendre à notre profit certaines
techniques de coaching, en listant d’abord des situations dans
lesquelles cette stratégie porte efficacement ses fruits, avant de lister
les situations (toutes les autres !) dans lesquelles envisager une autre
stratégie nous serait peut-être profitable.
PRENDRE L’ÉCHEC COMME UN FEED-BACK, LA
RÉUSSITE COMME UN PIÈGE
Cette attitude, cette philosophie, est souvent adoptée par les gens
qui obtiennent de grandes réussites.
L’échec n’est qu’une information sur la nécessité de modifier un
élément dans notre action. Si nous pouvons le percevoir d’une telle
manière, alors notre être profond se sentira préservé, et nous aurons
moins à subir nos propres réactions négatives en cas de critique et
d’échec, ces réactions étant difficilement contrôlables car le plus
souvent entièrement inconscientes. À cette condition, nous pourrons
alors adapter, changer nos réactions.
D’autre part, notre réussite, comme nous l’avons vu, peut
cristalliser, figer nos stratégies et nos comportements. Nous devons
inventer en permanence de nouvelles manières de faire, de peur de
nous figer dans des pratiques qu’il nous sera difficile de modifier si
elles se révèlent un jour, peut-être brutalement, inadaptées.
Comment faire ? En établissant un processus permanent de feed-
back et de remise en cause, par exemple en se posant à la fin de
chaque journée, la question : « Qu’ai-je appris, qu’est-ce que je
change demain ? »
Il est également important de solliciter et de rechercher les conseils
de ceux qui peuvent nous aider sur le chemin. Ces personnes, simples
proches, amis, spécialistes dans un domaine d’activité représentant un
élément important de notre réussite, vont également nous donner ce
regard extérieur, les atouts qui seront déterminants pour notre succès.
Une fois le retour d’opinion obtenu et écouté, nous pourrons nous
poser la question suivante à son propos :
« Qu’est-ce que j’accepte, qu’est-ce que je refuse dans ce conseil ?
»
ÉLARGISSEZ VOTRE BULLE
Nous nous enrichissons au contact d’autrui. L’influence du
contexte est énorme sur nos comportements, nos réflexes et même
notre façon de voir les choses.
Prendre l’habitude de régulièrement changer de contexte, en
voyageant dans des pays très différents du nôtre, en prenant
l’habitude de fréquenter des gens extrêmement différents de nous-
même ou bien encore en s’ouvrant à une littérature vers laquelle nous
n’irions pas naturellement sont des moyens forts d’élargir notre vision
du monde et de pratiquer naturellement la flexibilité.
En entreprise, cette démarche est illustrée par le benchmarking :
comment telle structure, dans un domaine complètement différent du
sien, a-t-elle procédé par le passé ?
Afin d’amorcer le changement, nous disposons aujourd’hui de
formidables moyens d’ouverture sur le monde entier. Les films
provenant de contrées lointaines sont projetés dans des salles de
cinéma, les sites Internet des « tribus » les plus incroyables ou les
plus loufoques sont en ligne, des magazines tous plus spécialisés les
uns que les autres peuplent les rayons des marchands de journaux.
Nous vivons à une époque où l’information, qui fut longtemps une
denrée rare, est aujourd’hui gratuite et accessible au plus grand
nombre.
Profitons de cette formidable chance pour nous ouvrir au
monde et élargir notre système de pensées, pour modifier et
améliorer nos façons de faire en bénéficiant avantageusement de
la créativité du monde entier, tout en sachant dans ce flux
d’information parfois contradictoire préserver notre cap.
SOYEZ UNE « ÉPONGE MOLLE À NOYAU DUR »
Quelles sont les conditions et les critères d’une remise en cause
efficace au contact d’autres environnements et manières de penser ?
Comment accueillir de façon juste les critiques, les encouragements
ou simplement des points de vue différents du nôtre ?
Il nous faut être « une éponge molle à noyau dur », c’est-à-dire
flexible, souple, harmonieux, conciliant à la périphérie, dans notre
relation avec les autres, et solide, inflexible, fort, concernant nos
valeurs, ce qui est important pour nous, l’essence de notre projet
(figure 5, illustration 1) :

Figure 5
– Saurez-vous dire quelle est la meilleure
éponge ? Réponse à l’intérieur de la page !
Dans l’illustration 2 (figure 5), cette personne a un noyau trop gros,
sans marge de flexibilité autour. Elle est perçue comme rigide,
impulsive, à fleur de peau. Son être semble attaqué quand elle reçoit
la moindre remarque ou critique.
Elle peut avoir intérêt à définir son « noyau dur », l’essence de sa
personne et de son projet. Établir ses valeurs personnelles (voir
chapitre 11), définir ses croyances de vie, ce qui en elle, dans son
projet, ne sera jamais négociable, sera très utile pour elle. À cette
condition, la personne pourra acquérir de la flexibilité sur les
éléments secondaires.
Attention : Tout ce qui n’est pas non négociable sera négociable !
Dans l’illustration 3, Cette personne a peu ou pas de noyau. Elle est
perçue sans véritable personnalité et son opinion change au gré de ses
rencontres. Cette personne doit définir un certain nombre de valeurs
fortes, établir un projet de vie, afin de se construire un véritable
noyau. Elle doit acquérir une rigidité, consciente, de tout ce qui est sa
réelle essence, pour pouvoir continuer à exercer sa souplesse sur tout
le reste, dans les échanges humains et dans la périphérie de son
projet.
NOUS NE SOMMES PAS NOS STRATÉGIES, NOUS NE
SOMMES PAS NOS COMPORTEMENTS
Nos stratégies, nos comportements, nos compétences, ne sont que
le versant interactionnel et les outils de notre être profond.
Il nous faut séparer « ce que nous sommes » de « ce que nous
faisons » et de « comment nous le faisons ». En coaching, un des
symptômes qui indique souvent la confusion de ces éléments pour
une personne est l’apparition des « oui mais », au début de chacune
de ses réponses. Le « oui mais » peut-être dû à un conflit interne pour
un individu entre une partie de lui-même, la partie « oui » qui accepte
un conseil ou souhaite être courtoise avec l’interlocuteur, et la partie «
mais » qui cherche à se préserver. Il importe de travailler sur ce
symptôme, à travers lequel il est possible de toucher, voire de
commencer à résoudre, des contradictions internes profondes.
Plusieurs pistes de travail sont possibles :
• Établir un meilleur contact avec les deux parties de nous-
mêmes en présence, puis trouver un nouveau consensus
entre celles-ci. Les questions à se poser, dans le cadre de
cette stratégie, sont les suivantes :
• quel est l’intention positive de la partie en
moi qui dit « oui » ?
• quelle est l’intention positive ou la peur de la
partie en moi qui dit « mais » ?
• quel nouvel équilibre trouver dans ma réponse
qui donnerait satisfaction à ces deux parties ?
• Briser l’automatisme de la réponse « oui mais », en
inversant notre schéma mental, par exemple en passant de
« tu réalises du bon travail, mais il y a des erreurs » à « il y
a des erreurs, mais tu réalises un bon travail ».
Cette première fêlure dans la réponse réflexe est souvent l’étape
préliminaire d’un travail plus important. Nous devrons, dans cet
esprit et dans de nombreux domaines de notre vie, acquérir une plus
grande flexibilité pour reprendre les rennes de notre vie et de notre
environnement.
L’élément le plus flexible d’un système va tendre à contrôler le
système3
Il est extrêmement important de ne pas confondre la persévérance
avec l’obstination. Si la première « vient à bout de tous les obstacles
», comme aimait à le rappeler Léonard de Vinci, la seconde est le
moyen le plus sûr de s’user prématurément et de faire fausse route.
Dans un système quel qu’il soit, n’oublions jamais que le contrôle
est assuré par l’élément le plus flexible. Par exemple, imaginons une
cuve (fig. 6) dont le niveau est assuré par 3 « trop-plein ».
Les trois vannes s’ouvrent automatiquement, dès qu’un certain
poids en eau est atteint. Il n’est pas nécessaire d’être un grand
physicien pour comprendre rapidement que les deux vannes les plus «
dures » sont inutiles : seule la vanne la plus souple, c’est-à-dire la
plus flexible, contrôle le niveau du liquide.
Une vanne de sécurité, au cas où la première viendrait à être
obstruée, est envisageable, mais la troisième semble définitivement
superflue.

Figure 6
– Après l’éponge, l’eau : voici un problème de
vannes illustrant l’avantage de la flexibilité pour
contrôler le système !
Appliqué aux systèmes humains, ce principe de systémique
provient à l’origine du domaine de la thérapie familiale (Virginia
Satir). Dans une famille ou un groupe humain donné, la personne qui
disposera du plus de choix, de flexibilité pour ses actions, va tendre à
prendre le contrôle, formel ou effectif, de ce groupe humain dont les
autres membres sont davantage figés dans leurs réactions et
stratégies, souvent automatiques.
C’est un des objectifs du coaching comportemental : Quelqu’un
qui a travaillé son comportement et sa flexibilité, qui a développé des
options et des choix à l’intérieur de ceux-ci, va pouvoir, par rapport à
un entourage qui n’a pas effectué ce travail, l’influencer fortement
dans le sens qu’il désire. Si cette personne a en outre travaillé sur ses
objectifs et la direction qu’il souhaite donner à ses actions, cette
influence va devenir décisive.
« Ceux qui ont des objectifs dirigent ceux qui n’en ont pas. » Dans
le cas du coaching de dirigeant, il importe également, avant ou après
ce travail sur soi-même, d’aider la personne coachée à donner un sens
positif à ses actions, dans le sens du bien commun, du développement
et de l’autonomie des équipes, afin d’assurer la pérennité de la
structure qu’il dirige. Dans le cas où cette réflexion n’a pas été
menée, l’individu prend le risque d’être perçu comme un redoutable
manipulateur, et son action d’être neutralisée par les réactions de
défense que ce jugement va générer.
PAS DE VOLONTÉ, JUSTE DE LA BONNE VOLONTÉ
Souvent, nous pouvons penser à tort qu’il faut beaucoup de volonté
pour changer et atteindre nos plus grands rêves. En fait, la volonté est
présente en chacun de nous, et si nous devions la comparer à une
denrée, celle-ci existerait en abondance.
Dès lors que nous avons identifié nos véritables leviers de
motivation (cf. chapitre 4), la volonté n’est plus un enjeu majeur. La
bonne volonté peut pourtant parfois nous manquer. Par bonne
volonté, comprenons la simple posture qui consiste à accepter de
remettre en cause ce que nous prenions la veille pour des certitudes
gravées dans le marbre.
Jean travaille très souvent avec des fumeurs qui souhaitent en finir
avec la cigarette. Ce domaine est extrêmement complexe, et la
question de la volonté et de sa représentation dans l’esprit de chacun
est le lieu de tous les fantasmes. La bonne volonté est alors essentielle
pour changer non pas de comportement mais bien de représentation
personnelle.
Accepter l’idée que nous pouvons changer simplement et plutôt
facilement, et accepter que ce genre de changement soit possible pour
les autres, mais également pour soi-même, est le point de départ
d’une réaction en chaîne qui produit alors des résultats étonnants.
Accepter de poser un regard neuf sur soi-même, sur les autres et sur
le monde ne demande pas de volonté particulière, juste un peu de
bonne volonté. Nous avons vu aux chapitres 2 et 3 quel est le pouvoir
de ce que l’on croit et quels peuvent être les effets désastreux de
vieux programmes que nous entretenons inconsciemment. Nous
avons vu alors comment amender nos filtres les plus profonds afin de
changer de regard sur le monde.
Il est désormais possible de développer et de cultiver l’habitude de
la flexibilité, pour toujours entrevoir des possibilités de sens qui nous
auraient échappées, afin d’atteindre finalement une attitude
permettant de faire une chose si difficile, pourtant en apparence si
simple : davantage percevoir les potentialités du visible.
Exercice 20 : Développer des options comportementales

Durée indicative : 30 minutes


Cet exercice, très riche, peut être pratiqué chaque soir, pendant un
mois, pour explorer de nouvelles options de comportement et
favoriser la mise à disposition pour l’individu de nouveaux choix
d’action pour le futur. Par la répétition de ce travail, de nombreuses
personnes ont pu constater que de nouvelles réactions, plus efficaces,
sont spontanément apparues dans différentes situations de leur
quotidien.
Étape 1
Installez-vous dans un endroit calme. Fermez les yeux et repensez
à votre journée.
Identifiez une situation précise durant laquelle vous êtes insatisfait
de votre comportement ou de votre réaction à un comportement d’une
autre personne.
Étape 2
Observez le début de la scène comme si vous la regardiez du
plafond, comme un observateur situé à cet endroit pourrait le faire.
Quand vous arrivez au début de la situation, arrêtez le temps et
figez l’image !
Étape 3
Imaginez, toujours en observant la scène du plafond, de cinq à dix
comportements différents que vous auriez souhaité adopter. Soyez
créatif, il est possible d’explorer toutes les options !
Observez, toujours détaché, chaque option dans son entier
déroulement : Vos actions, ce que vous dites, pensez, la façon dont
vous parlez, entendez le son de votre voix, regardez les réactions de
l’autre personne ou des personnes présentes dans la scène.
Étape 4
Décidez de l’option que vous souhaitez adopter, selon vos objectifs
et l’efficacité de celle-ci.
Visionnez de nouveau la scène de l’extérieur, en peaufinant les
moindres détails de votre comportement.
Étape 5
« Sautez » dans votre personnage, pour vivre la scène à la première
personne, remettez le temps en route, et vivez-la !
Repassez-la plusieurs fois en vérifiant que votre ressenti est
intégralement positif. Si un détail nécessite un ajustement, réalisez-le
et repassez la scène depuis le début.
Option : Il est possible, au début de l’étape 5, de tester vos actions
d’abord derrière les yeux et le point de vue des autres personnes, pour
bien valider leur ressenti et l’image ou l’impression, que vous
souhaitez leur donner. Terminez toujours l’exercice par l’étape cinq
en vivant la scène de votre propre point de vue !
Exercice 21 : Se créer un processus de créativité
Robert Dilts, dans Tools for the Future, explique avoir analysé,
puis modélisé, les pratiques des êtres les plus créatifs, dont le célèbre
Walt Disney.
Selon Dilts, il importe de diviser une démarche créative en trois
étapes successives :
1. Rêver
C’est la phase connue dans les entreprises sous le nom de remue-
méninges. Énoncer les idées les plus folles.
S’abstenir de toute critique : tout est possible en rêve !
Multiplier les idées : en émettre au minimum de cinquante à cent.
Un nombre important d’idées à émettre nous aide à dépasser notre
esprit critique.
2. Réaliser
Il s’agit de se poser la question « comment mettre en œuvre ces
idées ? » en excluant toute réflexion ou critique sur la pertinence de
l’idée. C’est une découverte majeure de Dilts : la question de la
réalisation, du comment faire, prime sur la question de la pertinence
chez les esprits humains les plus créatifs qu’il a pu observer.
3. Critiquer et décider
Ce n’est qu’une fois l’étape précédente réalisée qu’il est efficace,
en termes de créativité, d’analyser les pistes développées sous notre
œil critique et de prendre les décisions finales concernant nos idées.
Application 1 :

Durée indicative : 10 minutes


Identifiez trois emplacements, dans votre environnement, qui
seront chacun dévolus aux trois étapes décrites par Dilts.
Par exemple, une promenade autour d’un lac qui se trouve près de
votre domicile pour l’étape « rêver », votre bureau, chez vous, pour
l’étape « réaliser », et un café que vous affectionnez pour l’étape «
critiquer et décider. »
Ensuite, respectez soigneusement l’affectation de chaque lieu
choisi à l’activité qui lui est consacrée. Ne réalisez dans chacun de
ces lieux que la nature de la tâche que vous avez décidé d’y affecter.
Vous construirez ainsi trois solides « ancres », selon le terme PNL,
et votre arrivée dans chacun des trois lieux choisis déclenchera
automatiquement l’état d’esprit utile pour mener à bien l’un des trois
types de réflexion.
Application 2 :

Durée indicative : 5 minutes par jour durant 10 jours


Étape 1
Identifiez un sujet, un problème, un enjeu particulier pour lequel
vous souhaitez développer des options et des solutions créatives.
Notez votre objectif et clarifiez votre souhait en tête d’une feuille
A4 ou sur la première page de votre traitement de texte. Étape 2 :
Rêvez !
Pendant 10 jours, prenez quelques minutes, une fois par jour, pour
noter de cinq à dix idées par jour, dans le lieu que vous aurez choisi
pour votre activité créative (cf. application 1). Bannissez tout esprit
critique, tout sens pratique ! À la fin de ces dix jours, oubliez vos
réflexions sur le sujet pendant deux semaines.
Étape 3 : Comment faire ?
Au terme de ce délai, reprenez vos idées et, chaque jour, dans le
lieu que vous aurez choisi pour votre activité réaliste, développez 5
idées dans une logique pratique, en adoptant pour chacune d’elle un a
priori positif au sujet de sa pertinence. Chaque idée est bonne !
Ce travail réalisé, ne pensez plus au sujet durant une semaine.
Étape 4 : Quelles décisions prendre ?
Durant cette étape, analysez chacune des idées, dans votre lieu
choisi, sous l’angle critique et rationnel.
Quelles sont les deux idées que vous décidez de mettre
immédiatement en application ?

Dans les jours prochains…


Faites quelque chose d’inhabituel chaque jour, même très
simple : changer de quelques minutes l’heure de votre
réveil, l’itinéraire pour aller au travail, la station de
radio de votre petit-déjeuner…
Sur un trajet que vous effectuez souvent – en vous
rendant au travail, au sport ou chez vos parents –
observez très attentivement et notez des éléments
présents sur ce trajet, que vous n’aviez jamais
remarqués jusqu’à cet instant.
Le plus souvent possible, demandez-vous comment vous
pourriez vous y prendre de façon différente pour
accomplir ce que vous êtes en train de faire.
Aidez quelqu’un à percevoir sous un angle différent une
situation problématique.

1 Allan Watts.
2 Richard Bandler.
3 Palo Alto.
9
L’HABIT FAIT LE MOINE !
« Qui serez-vous quand vous aurez réalisé votre rêve ? »
Exercice 22 : Une découverte surprenante
Note importante : Ne réalisez pas cet exercice si vous avez eu ou avez actuellement
une fragilité du dos. Ne tentez en aucun cas de forcer un mouvement dès que vous
sentirez une résistance.
1 Tenez-vous debout, les jambes droites et écartées d’une cinquantaine de
centimètres, les bras, poings serrés, paumes vers le bas – horizontalement
tendus devant vous.
2 En laissant les pieds dans leur position, ils ne doivent ni bouger, ni perdre le
contact avec le sol, pivotez votre bassin en emmenant les poings le plus loin
possible vers la droite. Quand vous avez trouvé votre limite de torsion, prenez
un repère (par exemple un point sur le mur) afin de vous souvenir de la torsion
maximum que vous aurez pu réaliser sans forcer. Ramenez les bras dans la
position d’origine, refaites si nécessaire l’exercice pour vérifier l’exactitude du
point limite que vous aurez déterminé. Terminez en revenant à la position de
départ.
3 Tout en restant dans la position de départ et en la conservant – bras
horizontalement tendus devant vous –, fermez les yeux et, mentalement
uniquement, par visualisation, effectuez une torsion en imagination, de
manière à réaliser un tour complet de 360 degrés, très lentement, aller, puis
très lentement, retour jusqu’à la position de départ. Faites cet exercice mental
une ou deux fois maximum.
4 Refaites maintenant l’étape 2 réellement, en pivotant votre bassin en emmenant
les poings le plus loin possible vers la droite et en notant grâce à votre repère
(du mur par exemple) la torsion maximum que vous pouvez réaliser sans
forcer.
Que constatez-vous ? Comme vous peut-être, 90 % des personnes vont plus loin lors
de l’étape 4 qu’ils n’avaient pu le faire lors de l’étape 2, avant la visualisation. Étonnant
non ?
Quelles réflexions vous inspire cet exercice sur votre passé, sur votre avenir ? Quelle
est la réelle nature de la nouvelle limite de torsion que vous avez trouvée grâce à cet
exercice ? En êtes-vous absolument certain ?
Que pensez-vous maintenant des limites personnelles que se posent les êtres humains ?
Que deviennent vos croyances limitantes et les doutes que vous entretenez peut-être
encore à propos de votre projet ? Quelles nouvelles décisions allez-vous maintenant
prendre ?
LE VRAI MENTEUR CROIT À SON MENSONGE
Pour avoir étudié en profondeur les capacités de l’esprit humain et les arcanes de son
fonctionnement, nous sommes convaincus du point suivant, que nous avons déjà
évoqué : notre cerveau perçoit peu de différence entre ce qu’il a imaginé et ce que nous
avons réellement vécu. Une technique avancée de PNL, le « change history »,
littéralement « changement de passé » consiste même, avec d’infinies précautions, à
modifier un événement problématique du passé qui a développé, par chaîne de causes à
effets complexes, des conséquences négatives pour notre présent et notre avenir :
croyances limitantes, phobies, traumatismes et appréhensions ou difficultés relationnelles
diverses.
Parvenir à modifier cet événement conduit souvent à faire disparaître le problème. Par
curiosité, nous avons questionné des personnes que nous avions aidées de cette manière :
elles percevaient encore à la fois simultanément la scène « réelle » et la scène
reconstruite, et étaient conscientes de la nature de chacune d’elles. En même temps, ces
personnes exprimaient le fait surprenant que la scène reconstruite avait davantage de
réalité émotionnelle pour elles que la scène d’origine.
Philippe a récemment travaillé avec un cadre supérieur d’un opérateur de télécoms qui
ressentait lors de séances de travail ou d’interviews importantes une forte baisse
d’énergie, qui donnait à ses interlocuteurs une impression de « mollesse. » Dans ce type
de situation, le coach peut choisir de projeter la personne dans un futur où elle a résolu le
problème, pour ensuite ramener les solutions au présent, ou chercher la situation du passé
à l’origine de la difficulté. Philippe opta pour la deuxième solution : ils remontèrent
jusqu’à une situation au début de sa vie professionnelle, revécurent celle-ci et la
modifièrent. En une séance, ce cadre parvint à vaincre la difficulté.
Il a également travaillé pour un institut qui organise des sessions collectives pour aider
les participants à arrêter de fumer. L’un des exercices qu’ils créent ensemble est le
suivant : Les participants se répartissent en groupes de deux, et l’un d’entre eux doit
raconter à l’autre, dans les moindres détails, en « mentant » de la façon la plus crédible
possible, comment il est parvenu à arrêter de fumer, les bénéfices qu’il en tire, afin de
convaincre son interlocuteur de suivre son exemple. Ce type de démarche est fondé sur
plusieurs principes : un des plus important concerne la nature de notre relation à l’autre.
LE CHAT SAIT QU’IL EST UN CHAT À TRAVERS LES YEUX DE LA
SOURIS
Une part importante de notre identité se construit dans un échange subtil entre notre
propre regard sur nous-même et le regard que nous portent les autres. Le vilain petit
canard, l’élément le plus laid de la portée, le plus dévalorisé par la perception de ses
frères canards, devient littéralement quelqu’un d’autre à travers les yeux des autres
cygnes qu’il rencontre plus tard. Qu’est-il réellement dans sa nature profonde ? Un être
inadapté, gauche, un pestiféré ou un prince qui s’ignore ? Il est en fait les deux
simultanément et successivement, selon le contexte et la perception de son
environnement à propos de lui-même.
Changer, déployer son potentiel, c’est modifier l’équilibre de cette perception, de
l’interaction infiniment subtile entre nos croyances et celles de notre environnement à
notre sujet.
Dans le cadre de l’approche systémique, développée par l’école de Palo Alto, il n’est
pas possible d’établir une différence entre un changement extérieur (nos comportements,
la forme) et un changement intérieur (nos croyances, nos attitudes, le fonds). Un
changement, s’il est stratégique, apporté à un niveau quel qu’il soit de l’individu, va
générer une chaîne de causes à effets, de modifications et d’autres changements qui vont
altérer l’ensemble du système intérieur/extérieur.
L’image qu’a le monde de vous-même ne vous satisfait pas ou représente un frein
à vos ambitions ? Vous ne savez pas quoi changer ? Eh bien, changez, observez les
répercussions provoquées, et procédez aux ajustements pour canaliser ce
changement dans la direction que vous souhaitez ! Mettez immédiatement en œuvre le
changement, et pensez ensuite !
Wladimir Nabokov, dans son célèbre roman Le Guetteur met en scène un personnage
qui se croit décédé dès les premières pages de l’ouvrage. Comme son entourage ne
semble pas prêter attention à sa conviction, le héros entre alors dans une quête identitaire
pour cerner qui il est à travers ce que les autres perçoivent et pensent de lui-même,
jusqu’à se créer une personnalité et une identité strictement conforme à leurs attentes.
Nous pouvons adopter cette approche volontairement, avec l’objectif d’influencer notre
environnement autant que nous serons influencés par lui, en contrôlant le processus.
CATCH ME IF YOU CAN
Dans ce film de Steven Spielberg, Leonardo di Caprio interprète le rôle de Frank
Abagnale Junior, personnage de film inspiré de l’acteur central d’une authentique histoire
de chèques falsifiés qui s’est passée aux États-Unis dans les années soixante-dix.
Frank Abagnale est présenté dans ce film comme une espèce d’escroc génial, passé
maître dans l’art de se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Aussi commence-t-il dès son
plus jeune âge, en prenant le contrôle d’une salle de classe tout entière, prétendant être le
jeune professeur auxiliaire que les élèves, comme lui, attendent. Il faudra attendre que le
véritable professeur arrive en classe pour que la supercherie soit démasquée : auparavant,
l’aplomb, la « congruence » et la force de conviction de Frank étaient tels que personne
ne semblait songer remettre son statut en question.
Après son renvoi de l’école, Frank parvint à se faire passer successivement pour un
pilote d’American Airlines (!), un médecin (!!) et un substitut du procureur… À chaque
fois, son comportement seul – il n’était titulaire d’aucun diplôme et ne possédait aucune
expérience des métiers qu’il prétendait exercer –, criant de vérité, lui fournissait toute la
crédibilité du monde aux yeux de son entourage.
Plus récemment, Christophe Rocancourt est parvenu, avec la seule aide des
comportements qu’il a adoptés, à passer auprès du gratin d’Hollywood pour un
producteur richissime. Ce gamin de Honfleur, après s’être fait passer pour un champion
de boxe – il n’avait jamais mis les pieds dans une salle de sa vie – a obtenu des plus
grands investisseurs d’Hollywood des sommes colossales.
Ce qu’il en fit le regarde, et ce sont désormais les tribunaux qui décideront de l’avenir
de ce garçon.
Retenons, quant à nous, que les comportements que nous adoptons sont des
informations fortes et puissantes perceptibles par tout notre entourage. Lorsqu’une
situation nous semble difficile, même inextricable, nous pouvons nous demander qui
serait le plus en mesure de trouver une solution, et, petit à petit, commencer à
adopter les comportements qui nous semblent faire la différence (par comportement,
comprenons tout ce qui se perçoit de l’extérieur, c’est-à-dire mouvement, posture, mais
aussi vocabulaire, types de phrases, garde robe…). Alors, nous pourrons passer à la
phase suivante, et « faire comme si… »
L’APPROCHE « AS IF » : FAITES COMME SI…
« Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre »
Nous interrogions un ami commun, Roger, sur les causes de sa réussite : celui-ci, doté
à la base d’un CAP de carrossier, avait réussi une carrière étonnante, parvenant à un
poste de numéro deux d’une société américaine de services aux entreprises, leader
mondial de son secteur. Parmi les causes qu’il évoquait – il estimait en toute humilité
n’être doué que des capacités de « monsieur tout le monde » – l’une a retenu notre
attention : « Quand je voulais un poste, j’agissais comme si je l’avais déjà obtenu, en
plus de mes responsabilités du moment. Je ne prétendais à rien, ne demandais rien,
adoptais le profil le plus bas possible. Tôt ou tard, ce poste se libérait, et j’étais la plupart
du temps naturellement sollicité, comme la personne la plus capable d’assumer les
responsabilités de la fonction. »
Cette personne déclarait en outre, comme nous l’ont souvent confié de nombreux
individus étant parvenus à des postes majeurs de responsabilités et de revenus, n’avoir
jamais demandé une augmentation de salaire de sa vie. Elle est parvenue, par ses propres
moyens, à maîtriser consciemment sa perception d’elle-même, ses propres croyances et
limites, et à l’imposer par ses actions, en silence, à son entourage. L’évolution de la
perception de celui-ci à propos de cet homme achevait enfin de cristalliser les
changements qu’il avait opérés seul.
Une technique de PNL, développée par Robert Dilts sur la base des travaux de
Gregory Bateson en 1972, permet d’aider un individu à effectuer ce travail : il s’agit de la
technique dite d’« alignement des niveaux logiques ».
Selon Dilts, il est important de valider un changement, pour qu’il soit effectif, à six
niveaux différents et successifs :
• Appartenance : ce à quoi contribue la personne (ce niveau sera abordé au
chapitre 13).
• Identité : ce que la personne pense d’elle-même.
• Valeurs et Croyances : ce que l’individu perçoit comme « vrai » et important
(cf. chapitre 11)
• Ressources et Stratégies : « hard skills » (compétences, capacités) et stratégies
d’action.
• Comportement : « soft skills », interactions du sujet avec son entourage.
• Environnement : lieux, personnes, responsabilités professionnelles, etc.
Un changement effectué à un des niveaux irradie, toujours selon Bateson et Dilts, sur
les niveaux plus bas. Selon notre expérience, si cette technique est véritablement très
efficace, nous l’avons constaté en de nombreuses occasions, il n’est pas toujours
nécessaire d’aligner complètement tous les niveaux.
Un changement effectué à un seul niveau, stratégiquement déterminé, quel qu’il soit,
va avoir tendance à irradier sur les autres niveaux dans la majorité des situations. En
outre, ce changement est effectif dans les deux directions : toujours du haut vers le bas,
et le plus souvent également du bas vers le haut.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Qui serez-vous quand vous aurez atteint votre objectif ?
• Quel type de comportement de votre part montrera-t-il aux autres que votre
objectif est atteint ?
• Quels comportements des autres à votre égard vous rappelleront-ils que
vous avez atteint votre objectif ?
• Que pouvez-vous faire dès maintenant que vous ne pensiez pouvoir
accomplir qu’une fois votre objectif atteint ?
• Quelle est la chose la plus simple que vous ayez accomplie pour vous
rapprocher efficacement de votre objectif ? Comment pouvez-vous la
reproduire et la développer ?
• Comment marcherez-vous quand vous aurez atteint votre objectif ?
Comment vous présenterez-vous à un inconnu ? Comment lui serrerez-
vous la main ?
• Quels seront vos nouveaux rêves quand vous aurez atteint votre objectif ?
Quelles nouvelles croyances serez-vous alors amené à faire évoluer ?
• Une fois votre objectif atteint, que penserez-vous alors de votre situation
présente ?

LE MAILLON FAIBLE : SOUVENT LE COMPORTEMENT


Travailler à notre transformation personnelle en s’attaquant d’abord à notre
comportement présente un certain nombre d’avantages :
• L’accès à notre comportement est facile : notre comportement est la partie de notre
être en interaction avec notre environnement. Il est en apparence superficiel – facile à
amender – et notre entourage, à la condition que nous lui prêtions une oreille attentive et
que nous valorisions ses retours, nous pourvoira un feed-back extrêmement utile. Nous
pouvons parfois mener seuls (sans coach) cette opération.
Une analogie est souvent faite entre le comportement et la respiration : tous deux ont
la propriété rare d’être à la fois inconscients, si nous ne leur prêtons pas attention, et
facilement accessibles dès que nous nous concentrons sur eux. Pour cette raison, le
contrôle de la respiration est souvent la première étape des exercices de relaxation.
• Comme l’ont démontré les théoriciens et thérapeutes de Palo Alto : « Le changement
fait boule de neige. » Une modification en surface de notre comportement va induire une
chaîne de causes à effets de nature à modifier notre relation aux autres, qui à son tour
peut influencer, comme nous l’avons abordé précédemment, jusqu’aux niveaux les plus
profonds de notre être : nos croyances et notre identité mêmes.
En entreprise, l’approche comportementale est considérée comme sans danger. Il est
généralement communément admis en termes déontologiques, et nous partageons
intégralement cet avis, que seul le « comment faire ? » concerne l’entreprise quand elle
s’attache au développement de ses collaborateurs, particulièrement lorsqu’il s’agit de
coaching de groupe. Le travail sur notre être profond, les causes personnelles de nos
ressorts et de nos difficultés, relèvent de la démarche personnelle des individus, et il peut
ne pas être sain que les employeurs s’intéressent à ces sujets pour leurs équipes. Des
années de coaching comportemental de petits groupes dans le cadre de son cabinet, avec
des centaines de personnes, ont convaincu Philippe de l’efficacité de ces méthodes et des
améliorations radicales qu’elles pouvaient apporter aux individus et à la performance de
l’entreprise. Si en coaching individuel, il peut être utile de toucher des couches plus
profondes et personnelles que le comportement, dans le cas où une entreprise finance un
tel type d’action pour un collaborateur un certain nombre de principes déontologiques,
volontairement « stricts », doivent être respectés :
• Respect absolu des objectifs personnels de la personne, redéfinis avec elle en
l’absence des représentants de l’entreprise.
• Opacité absolue vis-à-vis de l’entreprise concernant le contenu, les étapes et les
difficultés rencontrées.
• Communication des résultats obtenus toujours en présence (entretien, copie de
mail…) du collaborateur et après échange avec celui-ci.
Dans le cadre de ce livre, nous nous limiterons aux aspects qu’il est aisément possible
de travailler seul. Nous aborderons dans le détail les points les plus utiles dans la
perspective de notre projet au cours de l’exercice 2 de fin de chapitre.
L’IMPORTANCE DE LA CONGRUENCE
Un terme cher aux PNListes est le terme « congruence ». Par congruence, nous
pouvons comprendre l’alignement parfait de tous les niveaux logiques.Vous pouvez
remarquer en observant les professionnels de la communication – comédiens, hommes
politiques… – que lorsqu’ils s’expriment, tout leur corps s’exprime pour eux.
Des études ont montré que dans la communication orale, seul 7 % de l’information est
délivré par le discours verbal, c’est-à-dire par les mots prononcés.
38 % d’information est délivré par le para-verbal, à savoir le ton et le rythme de la
voix, son volume, etc. Enfin, 55 % de l’information contenue dans un message est fourni
par les éléments purement non verbaux : posture, sourire, mouvements, respiration,
dilatation des pupilles…
Un message délivré de façon congruente est extrêmement clair et persuasif. À
l’inverse, le manque de congruence, même s’il n’est pas toujours perçu de façon
consciente par un interlocuteur, provoque facilement l’impression que « quelque chose
n’est pas net ».
Le fonctionnement de notre cerveau rationnel et logique, séquentiel et linéaire, ne
permet pas de maîtriser seul tous ces éléments verbaux, para-verbaux et non verbaux. Un
travail « technique » ne nous permet pas de maîtriser l’intégralité de notre
communication.
Aussi, lorsque nous adoptons les gestes et les comportements de la nouveauté, nous
avons tout intérêt à penser ces comportements : il ne suffit pas de s’habiller comme un
champion pour courir ou pédaler comme lui.
À dose d’entraînement égale, le fait d’adopter les gestes, les attitudes, et les pensées –
croyances, vision de la vie, des autres, du monde et de soi – d’un champion constitue une
ressource plus que substantielle à quiconque souhaite s’améliorer dans un domaine
quelconque. Nous allons utiliser à notre profit une tendance souvent naturelle à
confondre « ce que nous sommes » et « ce que nous faisons ».
UNE CONFUSION QUI EN DIT LONG
Nous effectuons souvent un test, que vous connaissez peut-être. Lorsque vous
rencontrez quelqu’un pour la première fois, et que vous lui demandez quelque chose du
genre : « Que faites-vous dans la vie ? », immanquablement, les premiers mots que
prononce cette personne sont « Je suis ».
« Je suis responsable marketing, je suis commercial, je suis agent de sécurité… »
Pourquoi ne pas répondre à la question « Que faites-vous ? » par des verbes d’action –
donc de dire : « Je dirige le service marketing, je vends des produits et des services,
j’assure la sécurité d’un espace professionnel… »
Nous avons toujours une tendance forte à confondre identité et comportement. La
recherche d’identité est un besoin fort, et l’identité professionnelle est une part
importante de ce qui nous définit en tant que personne.
Nous pouvons aussi voir dans cette confusion le signe de l’influence d’un
comportement sur une identité. L’identité est une question délicate, et la notion même d’«
être » remplit des étagères entières de livres de philosophie et de spiritualité.
Nos comportements, quant à eux, sont visibles, et en premier lieu, ils le sont par nous-
même : ce que je fais, et ce que je me vois faire, m’indiquent, consciemment et
inconsciemment, qui je suis. À ce titre, clairement, nos pouvons dire que « l’habit fait le
moine ».
MÊME À L’ACTOR’S STUDIO
Avant que Konstantin Stanislavski ne révolutionnât le théâtre et la formation des
comédiens, l’imitation était la voix la plus communément empruntée par ces derniers
pour jouer et faire semblant tout en donnant au maximum l’impression du vrai. Avec Elia
Kazan et son Un tramway nommé désir, l’Actor’s Studio est né et a insisté sur
l’importance du ressenti du comédien pour aller chercher au-dedans ce qui se voit au
dehors.
Le mimétisme reste pourtant aujourd’hui encore un passage recherché dans la
préparation d’un rôle, et les plus grands, de Dustin Hofmann à Robert de Niro, sont
passés d’abord par le mimétisme avant de trouver en eux la part de l’autiste – Rain Man
– ou du boxeur – Raging Bull – qui leur ont permis d’interpréter à leur manière ces rôles
forts de leur carrière.
Il n’est bien sûr pas question de préconiser ici une imitation stérile et dénuée de sens,
mais bien au contraire de découvrir une voie d’appropriation personnelle de ce qui est
souvent à la base d’une personnalité : le comportement.
En adoptant le vocabulaire, les gestes, la garde-robe et les attitudes de celui ou de
celle que nous rêvons de devenir (personnage fantasmé, futur nous-même ou personne
bien réelle), nous permettons à notre cerveau de digérer les nouvelles informations
venues du dehors, tout en imprimant dans notre corps les nouveaux gestes du succès.
Il ne s’agit alors ni d’imitation ni de singerie, mais bien d’une appropriation
personnelle de ce qui représente une nouveauté dans notre vie, jusqu’à ce que l’essence
des éléments obtenus fusionnent avec ce que nous sommes.
LA PUISSANCE DU JEU DE RÔLE
Dans les entreprises comme en thérapie de groupe (Gestalt), les jeux de rôles sont
couramment utilisés pour favoriser le changement et amener à des prises de conscience
fortes.
Jean a accompagné un cadre commercial dans sa recherche d’emploi. En poste depuis
huit ans dans sa précédente entreprise, Jacques avait développé une activité qui générait
alors un important chiffre d’affaires, et aucune opportunité à sa mesure ne se présentait
en interne.
Attentif à son désir de rejoindre une entreprise plus importante, Jean lui demanda
d’exposer ses qualités professionnelles majeures, de la même façon qu’il défendait les
projets et les équipes qu’il vendait à ses prospects.
À sa grande surprise, Jacques ne parvint pas à se valoriser et expliqua qu’il éprouvait
classiquement beaucoup de difficultés à se mettre en valeur.
L’exercice qui suivit fut alors celui-ci : Jacques a été invité à se mettre dans la peau de
quelqu’un le connaissant bien et lui prêtant de nombreuses qualités. Alors, autorisé à
jouer un autre rôle que le sien – en l’occurrence celui d’un ami très proche – Jacques a
exposé les grandes qualités qui étaient les siennes. Ce qui s’est passé durant cette séance
marqua profondément Jacques, qui lui avoua plus tard que le regard qu’il portait sur lui
avait considérablement changé depuis lors – en mieux.
L’exercice du jeu de rôle change notre référentiel et nous fait adopter, presque
malgré nous, les comportements qui font, et même qui construisent la différence,
puis modèlent notre identité.
UNE GRANDE FILLE COMME TOI
Enfant déjà nous sommes sensibles au pouvoir de l’image et de la représentation. Et
dans l’éducation, la référence à un comportement est fréquemment utilisée comme
témoin d’un changement d’identité : « Tu sais lacer toi-même tes chaussures, tu es
désormais un “grand” ou une ”grande” » s’entendent souvent dans la bouche des
personnes, parents ou éducateurs, en charge de l’éducation des tout-petits.
Et quand on se demande si c’est d’abord l’intérieur qui change et qui déclenche alors
le changement de comportement visible à l’extérieur ou l’inverse, le principe systémique
de circularité s’applique à merveille : le système que constituent l’enfant et son
environnement et, par extension, le système que constituent chacun d’entre nous avec son
environnement, sont en constante interaction.
Lorsqu’il nous semble difficile d’adopter un comportement ou encore un certain
vocabulaire, que nous pensons au plus profond de nous-même « ça n’est pas moi », le jeu
de rôle facilite alors l’autorisation personnelle : le fait de se rappeler que « c’est pour rire
» peut nous permettre d’atteindre de façon souvent ludique des zones de changement que
nous aurions eu grand mal à explorer autrement.
« JE SUIS LE ROI DU MONDE ! » : L’ACTIVATION NEUROLOGIQUE
Dans le film Titanic, Leonardo di Caprio hurle cette phrase, debout sur le bastingage, à
la proue du navire.
Un changement d’attitude, une ambition, une évolution de nos croyances personnelles,
se réalisent d’abord en nous à travers un changement neurologique, une énergie
particulière.
Il est absolument nécessaire pour nous de sortir de soi, d’explorer dans notre façon
d’être de nouvelles manières d’exister et d’interagir avec le monde. Au besoin, afin de
créer de nouvelles connexions, il est utile, comme dans l’exemple cité ci-dessus,
d’exagérer, voire de caricaturer ces nouvelles attitudes : le sportif à l’entraînement peut
viser une performance supérieure à celle qui sera nécessaire lors de la compétition afin
d’y évoluer dans une relative zone de confort.
Pour cette raison, de nombreuses personnes ayant réussi des changements importants
ou accomplis de grands projets ont tiré bénéfice à prendre des cours de théâtre. Elles
l’avouent souvent assez difficilement, car cela représente souvent une partie intime de
leur transformation personnelle.
Le théâtre permet d’acquérir et de développer une grande flexibilité consciente dans
nos manières d’être qui se sont peut-être rigidifiées avec les années. Comment pouvons-
nous changer, en nous-même et dans notre relation aux autres, en faisant l’économie de
ce travail ?
En coaching, une part importante des sessions peut-être consacrée à dépasser les
limites, parfois exagérément, de notre façon d’être, par exemple :
• Si les salutations (le bonjour en début de session au coach) ou l’entrée de la
personne ne nous paraissent pas en phase avec ses objectifs, « rejouer »
l’entrée en matière plusieurs fois, avec davantage de dynamisme à chaque fois.
• Faire hurler de façon volontairement caricaturale : « Bienvenue à notre réunion
mensuelle ! » à un manager qui a du mal à dynamiser ses équipes. Comment
peut-il espérer parvenir à son objectif s’il refuse lui-même de modifier ses
attitudes ?
• Coacher une personne qui manque de confiance en soi à se tenir droit, à respirer
profondément, à regarder son interlocuteur dans les yeux, etc.
Exercice 23 : Activer une nouvelle façon d’être

Durée indicative : 15 minutes par jour durant 2 semaines


Cet exercice, mené dans sa totalité, peut prendre plusieurs heures. N’hésitez pas à le
découper en plusieurs étapes : il est préférable de s’exercer 10 minutes par jour pendant
des semaines que deux heures une seule fois.
Étape 1
Tenez-vous, debout ou assis selon les exercices, face à une glace. Concentrez-vous
pour vous placer dans l’état d’esprit que vous auriez si vous aviez déjà réalisé votre
projet.Vous pouvez refaire l’exercice 1 du chapitre 7pour vous immerger dans cet état.
Étape 2
En ajustant les moindres détails, en modifiant ce qui est nécessaire, entraînez-vous,
dans l’ordre, à ajuster votre attitude sur les points suivants. Quelle serait-elle une fois
votre rêve réalisé ? :

votre position assise,


votre position débout,

votre marche (dans la rue),

la tonalité, le rythme de votre voix,

votre regard face à une personne,

votre façon de vous asseoir, de vous lever,

votre respiration,

votre façon d’entrer dans une pièce, de dire bonjour à un individu, à un groupe
de personnes,

vos échanges et communications avec quelqu’un d’autre : Entendre un point


de vue différent du vôtre, expliquer, s’intéresser et écouter quelqu’un, poser
des questions, convaincre…
N’hésitez pas, dans le secret de votre exercice, à exagérer volontairement certains
points qui vous semblent particulièrement importants : grâce à cette exagération (par
exemple un « bonjour ! » exagérément dynamique) vous activerez d’importantes
capacités nouvelles, et gagnerez une marge de manœuvre très utile pour ensuite adopter
une attitude plus juste.
Travaillez d’abord toutes ces attitudes séparément, puis commencez, devant la glace, à
les combiner en imaginant différentes situations.
Étape 3
Toujours en combinant ces attitudes, projetez-les, en les vivant et en vous entraînant
devant la glace, dans vos prochaines échéances de la semaine : rendez-vous,
déplacements, réunions, discussions professionnelles ou privées.
Ensuite, chaque jour, dans ces situations, tâchez de vous concentrer consciemment
pour ramener, le plus souvent possible au cours de la journée, un seul à la fois des
éléments que vous avez travaillés. Par exemple, quand vous marchez dans la rue et
prenez conscience d’un dynamisme ou d’une tenue de votre corps inadaptés, modifiez-les
immédiatement.
Exercice 24 : Modeler des personnes de référence

Durée indicative : 15 minutes par jour durant 2 semaines


Étape 1
Listez de trois à cinq personnes qui, selon vous, possèdent chacune une partie de la
façon d’être que vous souhaitez progressivement acquérir, ou qui ont déjà réalisé une part
de votre objectif personnel (vous êtes potentiellement le seul à pouvoir assembler toutes
les pièces de votre puzzle unique). Si nécessaire, si certains points abordés lors de
l’exercice 23 vous posent encore des difficultés pour en identifier la version désirée,
listez-les.
Étape 2
Dès que vous en aurez l’occasion, observez ces personnes sur vos points à travailler,
ainsi que sur les nouveaux sujets suivants (notez particulièrement les différences avec
votre manière de faire) :

habillement : travail, loisirs, week-end… ;

mots utilisés dans les différentes conversations de la vie quotidienne ;

liaisons entre les phrases ;

manière de réagir à l’imprévu ;

réaction à la critique ;

façons particulières de penser ou d’aborder un sujet. Points importants :

notez le plus de détails possibles : morceaux entiers de phrases, dizaines de


mots que vous n’employez pas, etc. ;

dans la limite de la discrétion nécessaire, attachez-vous pendant l’observation


à ressentir à l’intérieur de vous les sensations de ces personnes quand elles
mettent en œuvre les points qui vous intéressent.
Étape 3
Reprenez dans l’ordre les étapes 1 à 3 de l’exercice 23 sur ces nouveaux points à
acquérir que vous avez identifiés :

entraînement seul devant un miroir ;

combinaison des éléments en lien avec des situations futures ;

rappel conscient des éléments (un seul à la fois) quand vous vous surprenez à
ne pas les mettre en œuvre spontanément.
Note : le lecteur concerné pourra utilement se référer à l’ouvrage de Daniel Eppling et
Laurent Magnien Quel manager êtes-vous ? Étalonnez vos pratiques : les auteurs ont
cartographié, suite à l’observation de milliers de personnes en entreprise, les pratiques
comportementales les plus efficaces pour le management.
Exercice 25 : Créer une boucle vertueuse grâce au feed-back
Comme nous l’avons abordé précédemment, il est utile de chercher à amorcer une
boucle positive de feed-back pour renforcer le processus : le changement se réalise autant
en vous que dans la perception des autres à votre sujet :

Les premiers retours positifs vont vous aider à renforcer votre motivation ainsi
qu’à procéder aux ajustements nécessaires.

Votre motivation et les conseils obtenus vont contribuer à accélérer et


renforcer le changement que vous avez entamé, ce qui sera également perçu
par les autres.
Point important : il peut être utile, dans certains cas, de conserver votre projet et votre
stratégie confidentiels. Certaines personnes, avec de bonnes intentions, pourraient
chercher à vous décourager si vous leur dévoiliez l’ensemble de votre plan (ce point a été
évoqué précédemment).
1. Quand votre entourage remarque spontanément votre changement : questionnez les
personnes

Qu’as-tu remarqué ? Qu’est-ce qui te fait dire cela ?

Quel exemple as-tu ?

Quels points précisément as-tu remarqués ? à quel moment ? dans quelle


situation ?

Est-ce positif selon toi ? Pourquoi ?


Deux objectifs à votre questionnement :

Aider les personnes de votre entourage à verbaliser, ainsi qu’à prendre


conscience des changements.

Prendre conscience (pour vous) des impacts de votre évolution sur la


perception des autres et procéder aux ajustements utiles.
2. Quand votre entourage ne remarque pas spontanément votre changement : rendez-le
plus visible.
L’image des gens ainsi que leurs croyances, y compris à notre propos, tend à se
rigidifier. L’expérience en entreprise nous a montré qu’un changement effectué de façon
patente n’est pas toujours perçu par l’entourage : on observe ce que l’on croit que l’on va
observer, « la théorie détermine l’observation. »
Par exemple, l’environnement d’un manager à qui l’on reprochait son manque
d’écoute et qui a réellement travaillé ce point ne le remarque pas toujours. (Il est possible
de mesurer ce point grâce aux approches 360 degrés chères aux DRH.)
3. Dans ce cas, ce manager peut avoir intérêt, comme nous pour notre projet, à
apporter de la visibilité à son évolution, par des actions symboliques : apporter un
changement tellement visible (exagéré) qu’il constitue une rupture évidente avec le
passé. Une fois le changement observé par votre entourage vous pourrez revenir à des
évolutions plus mesurées.
4. Exprimez à votre entourage votre volonté de changer :

En ne dévoilant que ce qui est utile de votre plan.

Éventuellement en reconnaissant des erreurs passées que vous auriez


commises.

En expliquant aux personnes ce qu’ils vont pouvoir observer de votre part


dans les prochaines semaines.

Dans les jours prochains…


Marchez dans la rue comme si vous étiez le roi du monde, en visite
incognito.
Observez d’un regard neuf ceux et celles que vous trouvez vraiment
différents de vous : quels éléments observables, factuels et mesurables
créent-ils cette différence ? Empruntez ceux qui vous semblent utiles.
Déterminez des endroits – des contextes – dans lesquels vous pensez que
vous serez à l’aise une fois votre objectif atteint. Dans la mesure du
possible, immergez-vous dans ces contextes et soyez à l’aise (aidez-vous
de votre respiration, de vos images mentales et de vos « bonnes voix »
intérieures).
Identifiez les éléments de votre garde robe qui ne correspondent pas avec
l’image que vous aimeriez avoir de vous-mêmes. Rassemblez-les, et dans
la mesure du possible, offrez-les à une bonne œuvre.
Partie 3
VISER LOIN ; ÊTRE
AMBITIEUX(SE) POUR SOI
10
LA DISTANCE FAIT TOUTE LA
DIFFÉRENCE !
« Si vous agissez de façon négligée, vous obtiendrez des
résultats négligeables »
Le roi Janaka et son disciple
Ce matin-là, le sage Vyasa, l’auteur du célèbre poème Baghavad
Gita, conduisit son fils Sukhadeva, le moment étant venu, auprès du
grand roi Janaka. Janaka était réputé, tout en exerçant ses fonctions de
souverain et de chef d’état, être parvenu aux sommets de la
réalisation spirituelle, réservés habituellement aux moines et aux
ascètes errants. Vyasa désirait que Janaka accepte pour disciple son
fils, car il considérait que lui-même, à cause de son amour paternel,
ne pouvait remplir cette fonction. Vyasa et Sukhadeva pénétrèrent
dans le palais du roi, et, salle après salle, couloir après couloir, jardin
après jardin, s’y enfoncèrent émerveillés, en vue du rendez-vous qui
avait été ménagé entre les deux vieux amis. Quand Vyasa quitta la
salle d’audience, quelques heures plus tard, en laissant son fils à
l’enseignement du maître, celui-ci, le regardant profondément de ses
yeux qui semblent sonder les âmes, lui dit : « Je t’ai accepté comme
disciple par amitié pour ton père. Tu devras cependant passer une
épreuve pour être accepté définitivement. Tu sais à quel point la
faculté de concentration, l’absolue focalisation vers son but dans la
durée, est à la base de toute grande réalisation humaine ou divine.
Nous allons donc tester tes capacités en ce sens. » Janaka prit une
coupe d’or et y versa à ras bord une huile délicieusement odorante.
Une goutte supplémentaire, le plus petit des mouvements, aurait fait
se renverser une partie du liquide. Avec d’infinies précautions, il
remit la coupe dans les mains de Sukhadeva, et ajouta : « Je désire,
pour tester ta faculté de concentration, que tu parcoures l’intégralité
des pièces de mon palais, sans en renverser une goutte.Tu reviendras
me voir quand tu auras accompli cet exploit. »
L’adolescent entama immédiatement sa tâche avec la solide
détermination de la mener à bien.
La nuit était déjà avancée quand Sukhadeva entra à pas félins et
comptés dans les appartements du roi. Son visage était pâle et de
nombreuses gouttes de sueur ruisselaient de son visage. Il tendit
doucement la coupe intacte au grand roi. Sans y jeter un coup d’œil,
Janaka lui demanda : « Qu’as-tu pensé de mon palais ? Quelles
pièces, quels jardins as-tu préférés ? De quelle compagnie as-tu
profité ? Qu’as-tu appris d’eux ?
– Mais maître, je ne peux répondre à vos questions. J’étais
tellement concentré sur ma mission, à éviter tous les obstacles qui
auraient pu me faire verser quelques gouttes, que je n’ai rien vu de
votre palais ni parlé avec quiconque ! »
Le maître sourit : « Mon enfant, va te reposer. Demain, tu
repasseras l’épreuve, et je veux que tu sois capable de me décrire en
détail les salons et les jardins, ainsi que tout ce que tu auras pu
apprendre des gens que tu y auras croisés. Pour y parvenir, tu devras
maintenir ta concentration absolue d’aujourd’hui, en restant
disponible pour prêter une attention complète non seulement à tes
actions, mais aussi aux gens et aux choses que tu croiseras sur ta
route. »
Source : sagesse traditionnelle indienne.
« LA PERSÉVÉRANCE EST FAVORABLE »1
Lorsque notre objectif est clairement défini, lorsque nous sommes
résolument engagés dans l’action, quand notre plan d’action est
rédigé, le sérieux et l’engagement avec lesquels nous appliquerons ce
plan sont essentiels.
Trop souvent, dans une société « adulescente » adepte du tout tout
de suite et de la jouissance immédiate, l’engagement fait plus défaut
que le désir. C’est pourtant l’aptitude à inscrire une démarche dans la
durée qui nous permettra de récolter des bénéfices dont nous n’avons
peut-être pas l’idée aujourd’hui.
Souvenez-vous que bon nombre de grands projets auréolés in fine
de succès n’ont pas fait l’unanimité au départ. Proche de nous dans le
domaine du divertissement, la saga Stars Wars. Ce succès colossal au
box office – valable dès l’épisode IV sorti en 1977 aux États-Unis –
doit sont existence à une idée folle née dans la tête d’un réalisateur
génial.
Georges Lucas a mis des années à trouver des producteurs pour
financer son projet. Au départ, personne à Hollywood n’en voulait. Il
a finalement dû renoncer par avance aux bénéfices prévisionnels du
film en salle pour qu’un producteur accepte de monter le film. À
l’époque, le marché fut le suivant : la maison de production
empocherait tous les gains des entrées du film, et Georges Lucas ne
toucherait que sur les bénéfices des produits dérivés.
Le film a eu le succès mondial que nous connaissons, et le fruit des
entrées, représentant déjà une somme colossale, a été dépassé par les
gains obtenus sur les produits dérivés ! À partir de ce succès, Georges
Lucas a pu monter ses propres studios et faire partie des réalisateurs
incontournables du cinéma de fiction à Hollywood.
Tenir nos résolutions dans la durée, en gardant notre capacité à
rester ouvert aux opportunités et à tout apport extérieur utile,
constitue un atout déterminant pour tout accomplissement. Aucun
objectif, aussi ambitieux soit-il, ne peut résister à un découpage
adapté qui intègre les potentialités du temps.
LE MEILLEUR MOYEN DE MANGER UN ÉLÉPHANT
La rigueur dans l’action est essentielle car c’est elle qui offre les
plus grandes transformations, tant sur le plan physique que mental.
C’est pourquoi il est extrêmement important de découper notre
parcours en autant d’étapes intermédiaires que nécessaires, et de les
respecter chaque jour.
En effet, si la tâche nous semble trop inaccessible au départ, nous
risquons de nous décourager et d’abandonner. Chacun d’entre nous
serait capable de dévorer un éléphant, à la condition de le découper en
petits morceaux et d’accepter de prendre le temps nécessaire.
Un enfant qui commence le piano ne fait pas ses premiers pas sur
du Rachmaninov ou du Gershwin. Il apprend d’abord à faire des
gammes encore et encore. Lorsqu’il joue son premier morceau en
entier, une étude très simple parfois composée par un inconnu, il
remporte sur lui et sur l’instrument un succès énorme.
Si son objectif n’avait pas intelligemment été découpé par son
professeur, et si cet enfant n’attendait que de faire une improvisation
digne des plus fameux jazzmen, nul doute qu’il se découragerait très
vite.
Ce sont les succès intermédiaires qui, en plus de donner du baume
au cœur, permettent de continuer sereinement sur sa propre route.
Les succès intermédiaires apportés par le découpage du parcours en
étapes permettent de maintenir notre attention et notre effort.
Ainsi, tel un sportif en quête de son second souffle, nous
développons l’endurance nécessaire à toute réussite : c’est sur la
durée que les transformations se développent et s’installent.
Un premier succès, même infime, marque souvent à long terme
notre mémoire.
Le cerveau encode l’information en attribuant des équivalences en
plaisir et en douleur, et retient alors le souvenir d’un premier succès,
pour mobiliser ensuite toutes les ressources possibles et viser un
succès nouveau, plus important, avec davantage de force et de
ressources.
Notre cerveau cherche à revivre des expériences et des sensations
qui lui ont apporté du plaisir.
Ce mécanisme, mal canalisé, peut d’ailleurs conduire à une
conduite addictive.
Souvenons-nous à ce titre du héros de Stefen Zweig qui raconte
dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, comment il sombra
dans la passion dévorante du jeu.
Jeune et richissime héritier d’une fortune suffisante pour qu’il
passât sa vie entière à l’abri du besoin, il joua un jour aux courses, par
hasard.
Il raconte alors que, pour le plus grand de ses malheurs, il gagna.
Il n’eut alors de cesse, sa vie durant, de rechercher à tous crins le
frisson que procure le jeu à celui qui sait qu’il peut gagner.
Sa fièvre était telle qu’elle finit par le rendre incapable de trancher
entre les cases rouges et noires de la roulette et l’amour d’une femme.
LA MATURITÉ : GÉRER PLAISIRS ET FRUSTRATIONS
« Peu d’hommes veulent devenir quelqu’un.Tous veulent
l’être déjà. »
Goethe

Sachons profiter à notre avantage de cette faculté de notre cerveau


à rechercher avec frénésie le plaisir, et souvenons-nous que le plaisir
à court terme, obtenu trop facilement et dans l’immédiateté, peut
parfois nous faire semer, à notre insu, les graines d’une souffrance à
long terme dont nous risquons d’avoir le plus grand mal à nous
débarrasser.
Vous connaissez peut-être cette expérience menée dans les années
soixante auprès d’une population d’enfants similairement disposés à
la poursuite d’études supérieures.
Le test réalisé était le suivant. Il était proposé à l’enfant un bonbon.
L’expérimentateur proposait alors à l’enfant le marché suivant : « Si
tu attends une heure avant de manger le bonbon, alors je te donnerai
un deuxième bonbon. Tu pourras alors, dans une heure, manger deux
bonbons.Tu peux également faire le choix de manger le bonbon tout
de suite, et alors tu n’en auras pas d’autre. »
Les études montrèrent que les enfants aptes à attendre le deuxième
bonbon – à gérer leur frustration immédiate pour une satisfaction
future plus intense – furent en moyenne plus nombreux à poursuivre
des études supérieures.
L’équilibre entre plaisir et frustration, même s’il est délicat et qu’il
appartient au jugement de chacun, est sans nul doute l’un des leviers
majeurs de toute réussite.
Un manque de fluidité dans l’action, différent d’un manque de
facilité, un engagement vécu dans la douleur peuvent questionner
notre motivation et nous amener à reconsidérer notre objectif.
Comme les grands champions du sprint, et selon Carl Lewis, notre
enjeu personnel est de trouver un équilibre entre effort et fluidité,
entre objectif et frustration, et d’apprendre « à courir détendu »
comme pouvait le faire ce grand champion.
Si, quand nous avons clarifié notre objectif, nous avons été amenés
à nous projeter loin dans le futur, le secret dans la mise en œuvre de
notre plan d’action réside dans notre capacité à percevoir, à l’intérieur
même de l’effort que nous réalisons ici et maintenant, l’énergie pure
et la joie de l’objectif atteint.
L’APPRENTISSAGE
Prenons le cas du ski. Au-delà de l’aspect extrêmement ludique de
tout sport de glisse, toute personne s’étant déjà essayée au ski a
forcément de ses débuts plus souvent, le souvenir de quelques heures
difficiles passées les fesses dans la neige que la descente majestueuse
de la piste immaculée.
La question n’est pas d’entretenir l’idée limitante que tout succès,
tout plaisir, doit obligatoirement s’obtenir au terme d’efforts
difficiles. Un plaisir immédiat, peut-être même inattendu, est la
plupart du temps le bienvenu. Gardons-nous simplement de favoriser
l’idée dangereuse que le succès s’obtient sans effort, sans rigueur.
Il n’y a qu’un endroit où le succès vient avant le travail, c’est le
dictionnaire.
Apprenons plutôt à réconcilier les mots effort, rigueur et plaisir :
l’antinomie est bien plus souvent le fruit de nos représentations que le
résultat d’une réalité concrète.
L’apprentissage, s’il peut – doit ? – s’accomplir dans le plaisir,
bénéficie de moteurs extrêmement puissants quand nous lui
appliquons efforts et rigueur.
Souvenez-vous de l’époque où vous étiez étudiant. Les élèves
pouvaient se répartir en deux catégories majeures : ceux qui
travaillaient régulièrement, juste un peu chaque jour. Ils relisaient
leurs notes, revoyaient rapidement quelques exercices types, illustrant
le cours encore tout frais dans leur esprit.
Lorsqu’il s’agissait de cours de langues, par exemple, ils
apprenaient quelques mots de vocabulaire par jour, une ou deux
règles de grammaire dans la semaine. D’autres, au contraire,
travaillaient beaucoup moins régulièrement. Sachant l’heure de
l’évaluation encore lointaine, ils consacraient leur temps à d’autres
activités. À la veille des évaluations, les étudiants de la première
catégorie n’avaient pas à déployer de gros efforts : ils étaient prêts,
les révisions en étaient vraiment, ils revenaient sur des concepts
connus, des méthodes maîtrisées. Les seconds, en revanche, vivaient
la période des examens comme un calvaire synonyme de vie
monacale pendant toute la période des révisions.
Nous ne porterons pas de jugement sur ces deux façons de gérer
l’effort de la course de fond à laquelle peuvent s’assimiler certains
cursus. Remarquons simplement que les élèves de la première
catégorie bénéficient pleinement de la puissance de temps dont nous
avons déjà parlé au premier chapitre. Telle une rivière qui creuse son
lit, l’action systématique creuse avec le temps le sillon de notre
réussite. Et c’est lorsque nous agissons systématiquement que nous
développons notre talent tout en conservant toute notre énergie pour
la suite.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Quelle personne moins douée que vous est-elle arrivée
plus loin que vous ne l’auriez jamais imaginé ?
• Quelle personne plus douée que vous est-elle arrivée
moins loin que vous le pensiez ?
• Selon quels éléments factuels estimez-vous que
quelqu’un est rigoureux et tenace ?
• Comment savez-vous que vous êtes rigoureux ?
Comment savez-vous que vous n’êtes pas rigoureux ?
• Quelles organisations, personnes ou expériences vous
ont-elles appris la rigueur et la persévérance au cours
de votre vie ? Quelles sont les principales leçons que
vous avez tirées de cet apprentissage ?
• Sur quoi avez-vous travaillé avec le plus de rigueur
jusqu’à maintenant ?
• Que tenez-vous difficilement sur la durée ?
• Comment par le passé avez-vous réussi à dépasser ce
type d’obstacle ?
• Quelle prochaine étape ou action vous permettrait-elle
d’entraîner votre persévérance ?
• Qu’avez-vous appris de votre dernière action dans le
sens de votre objectif ? Qu’allez-vous changer pour la
prochaine ?

« TÉNACITOTE » : LA CLÉ DE NOS RÊVES


L’action permet de récolter les informations utiles à la préparation
de l’action suivante, jusqu’à l’obtention du résultat souhaité.
Ce principe de cybernétique cher à l’école de Palo Alto (modèle
TOTE, fig.7), que nous avons évoqué sommairement dans le chapitre
3, est à la base de tous nos comportements conscients et inconscients.
Ce principe se « grippe » parfois, et nous persistons dans des
stratégies qui ne portent plus le résultat souhaité – si elles l’ont un
jour fait !
En appliquant rationnellement ce principe, nous ne pouvons pas ne
pas réussir.

Figure 7
– TénaciTote, un schéma bénéfique dont les
ingrédient sont : Tester + Agir + Tester + Sortir
Dans le modèle TOTE, chaque étape est importante. D’abord, les
conditions de la sortie doivent être claires dans notre esprit (cf. chap.
7). Les façons de tester l’atteinte de cet objectif sont nombreuses, et
peuvent grandement influencer toute notre démarche, comme nous
l’avons abordé précédemment.
Prenons par exemple le cas d’un homme recherchant du travail.
Quel sera le test qu’il décidera de mettre en place ? Selon qu’il décide
de mesurer l’atteinte de l’objectif à la signature de son contrat de
travail, au premier jour travaillé ou à la fin de sa période d’essai,
l’ensemble du projet pourra être différent.
Ensuite, cette approche doit bien entendu être combinée à notre
ténacité, à notre capacité à soutenir l’effort dans le temps. Sans
ténacité, Star Wars n’aurait jamais vu le jour, Alexander Fleming
n’aurait jamais inventé la pénicilline, et Marcel Proust n’aurait jamais
écrit À la recherche du temps perdu.
Il est pour nous essentiel de trouver notre équilibre entre créativité,
flexibilité et ténacité, afin de toujours être tenace sans devenir
obstinés. (À titre de clin d’œil, Philippe vient d’effectuer dix fois de
suite une manœuvre avec son traitement de texte pour inclure le
dessin de la figure 8dans ce paragraphe, sans succès. Il a enfin changé
de stratégie – on dit qu’un singe, quand il ne parvient pas au résultat
souhaité deux fois de suite, adapte son comportement à la troisième
tentative ! – et est enfin parvenu au résultat ! Combien ce phénomène
est-il présent dans les différents domaines de notre vie ?)

Figure 8
- Ne renoncez jamais !
RENDEZ PLUS PRÉCISE VOTRE PENSÉE
L’une des choses essentielles que nous avons validée au cours du
chapitre 7, afin de mettre toutes les chances de notre côté pour la
réalisation de nos objectifs, est de définir clairement ce que nous
désirons. Qu’est-ce qu’une définition claire ? C’est une définition qui
emploie le langage de la précision, c’est-à-dire qui est le moins
possible soumise à une interprétation subjective.
La question à nous poser, à chacune des étapes de l’entonnoir qui
nous permettra d’y voir plus clair, est « Qu’est-ce que cela veut dire ?
».
Tony Robbins, un coach américain qui anime des séminaires à grand spectacle,
aime bien raconter cette anecdote : à l’époque où les participants à ses séminaires
n’étaient pas trop nombreux, il demandait aux personnes présentes ce qu’elles
voulaient dans la vie. Un jour, un des participants lui dit « Je veux plus d’argent !
Oui, voilà, c’est ça, je sais ce que je veux dans la vie, je veux plus d’argent ! ».
Alors Tony raconte qu’il fouille ses poches et en ressort une pièce de 50 cents ;
il la donne au participant, qui reste un peu coi. Il lui dit alors : « Et bien voilà,
c’est chose faite, vous avez atteint votre but : vous désiriez plus d’argent, et vous
avez maintenant effectivement 50 cents de plus que tout à l’heure ! »
L’homme se reprend et explique qu’il désire encore plus d’argent mais qu’il
s’était compris…

Au-delà de l’anecdote, rappelons-nous que notre cerveau a besoin


de messages clairs afin que son travail « en tâche de fond » en soit
facilité.
Bien souvent des contradictions demeurent, des zones d’ombre
persistent, et le temps et l’énergie nécessaires à la définition précise
de ce nous souhaitons dans la vie ne sont pas investis dans le bon
sens, et s’envolent dans des contradictions épuisantes : qui adore la
campagne et passe pourtant le plus clair de son temps en ville, qui
désire perdre du poids et passe pourtant le plus clair de son temps à se
gaver de sucreries…
Toutes ces contradictions sont souvent, à tort, attribuées à un
manque de moyens ou, pire encore, à un manque de volonté.
Elles sont en fait le fruit d’un conflit de volonté : en étant
approximatif, nous envoyons à notre cerveau des ordres
contradictoires. Ainsi, notre énergie, si précieuse, est investie – par
nous-même, le plus souvent inconsciemment – dans des directions
différentes parfois diamétralement opposées l’une à l’autre.
De tels conflits de volonté finissent par générer des troubles
psychiques pouvant aller jusqu’à la dépression au pire, au mieux à
l’agitation au sein de la plus complète inertie. Involontairement, nous
tenons là un excellent moyen de générer de la frustration à long
terme, car notre esprit est continuellement plongé dans
l’insatisfaction.
Toutes les personnes que nous (les auteurs) avons observées en
situation de réussite notable ont développé, à divers niveaux, une
pensée de précision.
Nous vous proposons ici quelques clés pour la développer.
Enrichissez votre vocabulaire
« Les défauts de vocabulaire projettent l’obscurité jusque
dans la pensée. »
Marcel Proust
Grinder et Bandler ont démontré que les mots et les structures
grammaticales que nous utilisons sont directement liés à la « structure
profonde » de notre cerveau. En enrichissant la « structure de surface
», nous œuvrons à l’approfondissement de notre intelligence.
Plus notre vocabulaire sera riche, plus nous développerons notre
capacité à communiquer avec les autres (se faire comprendre,
convaincre) et avec soi-même (clarifier sa pensée et ses objectifs).
Lisez des livres de qualité pour enrichir votre culture générale et
notez les mots inconnus ou que vous n’auriez pas utilisés
spontanément
Vous pouvez les noter sur un carnet et vous entraîner à créer des
phrases les incluant, par écrit ou dans la conversation. Dans ce
domaine également, ce n’est pas parce que nous comprenons
parfaitement un mot que nous l’utilisons dans notre conversation.
Développez un vocabulaire particulièrement riche sur votre
domaine de prédilection.
Exprimez-vous de manière claire
Lorsque vous êtes confronté à un entretien à enjeu (entretien de
recrutement, négociation, argumentation) prenez l’habitude de le
préparer par écrit et de ciseler chaque phrase. Il n’est pas nécessaire
de les apprendre par cœur, ni même de conserver vos notes avec
vous : vous pourrez constater lors de ces entretiens que votre
expression en sera facilitée et que de nouveaux arguments se feront
spontanément jour
Posez de nombreuses questions de précision
Cherchez à obtenir de vos interlocuteurs une information précise et
claire.
Philippe est souvent étonné, en coaching de managers, de constater
combien ceux-ci se satisfont souvent d’une information incomplète et
parcellaire. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les synthèses des
entretiens annuels menés dans de nombreuses entreprises :
généralités, imprécisions, informations qui n’en sont pas, sont
dominantes. Pourtant, une partie importante de leurs responsabilités
se fonde sur leur capacité à traiter et ordonner l’information.
Ces trois éléments – enrichissement de notre vocabulaire,
clarification de notre expression et investigation systématique – vont
contribuer à élaborer en nous une discipline d’action.
Acquerrez une discipline personnelle
Derrière ce mot « discipline », un peu désuet se cache un des
ressorts les plus puissants du succès. Pourtant, de nombreux êtres que
nous avons observés ayant réalisé des choses importantes ont acquis
une forme de discipline personnelle supérieure à la moyenne, de l’une
des manières suivantes :
• Éducation ou tradition familiale : l’éducation traditionnelle,
malgré ses excès et parfois les souffrances qu’elle
occasionne, possède de grandes vertus en ce sens.
• Influence d’un mentor : une personne charismatique qui les
a formées et a insufflé en elles rigueur, méthode de travail
et volonté inflexible
• Grandes écoles : il est probable que leur principal apport
aux étudiants réside principalement dans l’acquisition de
méthodes, de capacité de travail, de croyances positives sur
eux-mêmes et non dans le contenu de l’enseignement. En
effet, de nombreux diplômés accomplissent des carrières
dans un domaine parfaitement différent de leur formation
d’origine.
• Sport de haut niveau : les sportifs de haut niveau sont de
plus en plus recherchés par les entreprises. Si le bénéfice
en termes de communication est indéniable pour ces
dernières, ces sportifs réalisent souvent des parcours
exceptionnels : les qualités qu’ils ont acquises pour la
performance sportive – volonté, rigueur, focalisation sur
l’objectif, endurance, acceptation de l’échec… – font
merveille dans leur deuxième carrière.
• Entreprises excellant dans leur domaine d’activité : elles
influencent de manière positive les personnes qui les
fréquentent tant par l’acquisition des méthodes et
processus de l’excellence que par les croyances positives,
renforcées par le collectif, que leurs collaborateurs
véhiculent.
Dans la perspective de votre projet et afin de « prendre votre vie en
main », quel que soit votre âge ou votre éducation, quelques pistes de
nature très différentes peuvent vous aider dans l’acquisition de cette
discipline si nécessaire :
Approchez-vous des meilleurs auxquels vous pouvez avoir accès dans
votre situation présente
Travaillez, collaborez d’une manière ou d’une autre avec les
individus ou les entreprises qui excellent dans leur domaine. Leur
simple fréquentation, leur influence « par osmose », vous
influenceront bien au-delà de ce dont vous aurez conscience (cf.
chapitre 2). Surtout en matière de formation ou de développement
personnel, fuyez le facile, le bon marché, le « c’est pareil mais moins
cher », le « ce sera suffisant » ! Ceux-ci véhiculent des poisons qui
s’insinuent dans l’identité même des hommes et des organisations qui
cèdent à cette facilité.
Pratiquez un art martial, faites du yoga ou du sport
Le sport a été qualifié de « yoga de l’Occident. » La maîtrise ou
l’effort dans une discipline quelle qu’elle soit liant le corps (l’action)
et la conscience (l’intention) vous apportera les plus grands bénéfices.
Ayez une bonne discipline de vie
Surveillez votre nourriture, votre repos, votre hygiène. Ils sont le
fondement de votre transformation.
Projetez une image de rigueur à votre environnement
Comme nous l’avons développé dans le chapitre précédent, ce que
nous sommes profondément et l’image que nous projetons finissent
par se confondre. Soyez ponctuel, respectez systématiquement vos
engagements, soignez votre tenue, maîtrisez votre humeur, et vous
entamerez une spirale vertueuse qui vous amènera au succès dans
votre direction choisie.
LA PUISSANCE DE L’HABITUDE
Comme il a déjà été dit plus haut, l’énergie se gaspille et fond
comme neige au soleil lorsque nous sommes soumis à un conflit de
volonté ou que nous cédons à certaines compromissions. Une partie
de nous-même souhaiterait faire une chose tandis qu’une autre
désirerait le contraire. Ces atermoiements, ces négociations et
compromis sans fin avec nous-même sont, en plus d’être épuisants,
complètement stériles.
Un moyen de sortir de ces conflits récurrents et sans fin est
d’utiliser à notre avantage la puissance de l’habitude. Même si cela
peut parfois sembler difficile, il est possible de modifier des habitudes
existantes et d’en créer de nouvelles.
Au début, le chemin de l’habitude n’existe pas, et c’est à la
machette que vous devez vous frayer un passage, même si un chemin
parallèle – celui de l’ancienne habitude – existe et a été si souvent
emprunté par votre cerveau qu’il est devenu aussi large et dégagé
qu’un boulevard. Dès lors que vous avez emprunté le chemin de la
nouvelle habitude, il vous appartient de le pratiquer
systématiquement en abandonnant complètement le précédent
passage. Au fil du temps, l’ancienne route va progressivement
s’estomper, tandis que vos passages répétés sur le nouvel itinéraire
vont creuser et rendre plus aisée la pratique de l’habitude fraîchement
installée.
Pour ceux d’entre vous qui avez votre permis de conduire,
rappelez-vous combien l’apprentissage de la conduite automobile
peut sembler complexe au départ : le passage des vitesses, la
coordination des pieds et des mains, pendant que les yeux contrôlent
devant, derrière et sur les côtés. Certains ont peut-être eu alors
l’impression qu’ils n’y arriveraient jamais !
Et pourtant, lorsque l’on regarde la plupart des conducteurs après
quelques années, même quelques mois seulement de PRATIQUE de
la conduite, on observe des individus fonctionnant de façon
complètement automatisée, disposant ainsi de toute leur attention
pour observer des panneaux de direction ou soutenir une
conversation.
D’un autre coté, si l’on observe au volant quelqu’un qui a obtenu le
petit papier rose puis a continué de se déplacer à vélo, on voit
quelqu’un qui n’a pas encore automatisé son action et qui peine
encore à enchaîner les mouvements nécessaires à une conduite fluide
et posée.
UN TRÉSOR EST CACHÉ DEDANS
« Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoin.
« Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents : Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’août :
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse. »
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout : si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.
D’argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que le travail est un trésor. »
Jean de La Fontaine.

Exercice 26 : La mise en œuvre quotidienne de la rigueur


Durée indicative : 15 minutes par jour
1. Chaque matin, prenez dix minutes pour identifier trois choses
que vous décidez de faire, en lien avec votre projet, d’ici la fin de la
journée :
- une pour votre plaisir ;
- une qui ne vous est pas agréable ;
- une neutre, en termes de plaisir.
Déterminez leur durée ainsi que l’heure à laquelle vous allez
accomplir ces trois tâches.
2. Pendant la journée, faites-le sans y penser : vous l’avez décidé le
matin même, alors que vous étiez détendu et dans un bon état
d’esprit. Débranchez votre cerveau, et agissez.
3. Le soir, avant de vous coucher :
- félicitez celui que vous étiez en accomplissant les tâches
que vous aviez décidé d’accomplir ;
- pensez de manière non concrète et sans prendre de décision
aux trois tâches du lendemain.
4. Le lendemain matin, reprenez à l’étape 1.
Exercice 27 : Le « TénaciTote » en action

Les informations que vous allez récolter, pendant que vous menez
une action et à l’issue de celle-ci, sont essentielles à l’atteinte de votre
objectif. Comme nous l’avons abordé précédemment, c’est l’aspect
factuel de l’analyse qui lui donne sa valeur : c’est en étant factuel
dans votre analyse que vous vous débarrassez de vos éventuelles
peurs, de vos angoisses et de tout élément irrationnel qui vous
empêche d’agir, de progresser et de changer.
1. Identifiez un challenge simple et ludique, qui vous semble
difficile à réaliser. Par exemple, vous faire prêter 10 euros par
quelqu’un que vous ne connaissez pas, obtenir un rendez-vous avec
une personne que vous rêvez de rencontrer, courir plus longtemps ou
plus vite que vous ne l’avez jamais fait…
Il est très important que ce challenge vous semble difficile, que
l’envie de le réussir soit importante, et qu’un échec partiel ne vous
pénalise pas dans votre vie personnelle ou professionnelle. Évitez de
vous brouiller avec votre belle-famille, votre boss ou vos enfants !
2. Agissez à l’instinct, pour obtenir ce que vous avez défini à
l’étape 1
3. Modifiez systématiquement, et un à un, tous les paramètres de
votre action jusqu’à ce que l’objectif soit atteint. À chaque échec,
analysez votre précédente tentative. Voici quelques exemples de
questions à se poser :

Quelle heure était-il ?

Étiez-vous souriant ou non ? Dans quelle humeur, quel état


d’esprit étiez-vous ?

Comment vous teniez-vous ?

Comment étiez-vous habillé ?

Quel temps faisait-il ?

Quel élément auriez-vous pu négliger ?

Que vous êtes-vous dit au moment de commencer, quelles


images aviez-vous en tête ?
4. Félicitez-vous d’avoir réalisé ce challenge et savourez votre
succès

Dans les jours prochains…


Identifiez une tâche importante pour vous, dont vous
savez que sa réalisation vous apportera sans doute
d’importants bénéfices : bien-être, argent, culture,
joie… Chaque jour – pendant dix jours de suite –
réalisez-la sans réfléchir.
Lorsque vous accomplissez quelque chose de difficile
sans limite de temps, prolongez systématiquement
cette tâche de dix minutes dès que vous avez l’idée de
la cesser.
Modifiez légèrement vos habitudes alimentaires dans le
bon sens et conservez ce nouveau régime pendant dix
jours de suite, sans vous poser aucune question.
Dressez le bilan de votre ressenti avant, pendant, et
après chaque repas.

1 Oracle du Yi King.
11
OÙ SITUEZ-VOUS L’ESSENTIEL ?
« Vivez selon ce que vous pensez, car vous
penserez un jour comme vous aurez vécu »
Expériences sur des grenouilles
Ces deux expériences ont été réellement menées.
1. Une grenouille est plongée dans un récipient d’eau à
température ambiante. Un opérateur allume un feu très doux
sous le récipient, qui en élève extrêmement progressivement
la température.
Au bout de quelques heures, l’eau approche de son point
d’ébullition. La grenouille est morte, sans se rendre compte
de l’élévation de la température qui sera la cause de sa perte.
2. L’eau d’un récipient est portée à ébullition. Quand la
température souhaitée est atteinte, un opérateur lâche au-
dessus de l’eau frémissante une grenouille vivante. La
grenouille, prenant conscience du danger mortel pour elle,
prend appui sur l’eau et saute hors du récipient.
Quelles compromissions, quelles situations personnelles
ou professionnelles, quelles paresses ou pertes de temps
avons-nous progressivement acceptées, qui nous auraient
horrifiées si nous avions eu connaissance de leur issue
auparavant ?
Que décidons-nous de vivre maintenant ? Que décidons-
nous de ne jamais plus subir ?
LA FIN ET LES MOYENS
Nous abordons maintenant la dernière partie de cet
ouvrage ; jusqu’à maintenant, nous avons abordé la
préparation du changement – le propos de la première partie
« À vos marques… » – et le passage à l’action, en
mobilisant au mieux toutes nos ressources – « Partez ! ».
Lorsque nous poursuivons un objectif, qu’il soit
personnel ou professionnel, nous pouvons volontiers parler
de « bienheureuse obsession ». La vie, le monde, les autres,
peuvent, d’une certaine façon, être perçus à travers le scope
de ce que nous souhaitons atteindre ou réaliser. Il est alors
possible de perdre du champ. Un objectif fermement désiré
peut parfois nous faire perdre de vue « l’essentiel ».
L’aptitude à conserver le sens de ce qui est plus
important que tout, à rester fidèle à nos propres «
valeurs », est un élément clé du succès sur le chemin du
changement.
Imaginons le cas d’un individu qui, pour obtenir quelque
chose d’important pour lui, reviendrait sur ce qu’il a de plus
cher au monde. Cette personne ne sera pas satisfaite, au
contraire peut-on prévoir qu’elle se sentira au fond très
mécontente, frustrée, en colère contre elle-même.
Combien de personnes observons-nous construire ainsi au
fil des ans, lentement et sûrement, l’assurance d’une
frustration permanente, parfois même les fondements d’un
état dépressif durable et stable. Comprenons que le fait de
vivre selon son propre système de valeur n’a rien de
particulièrement moral, et ne fait référence à aucune règle
gravée dans un marbre quelconque. De façon très
pragmatique, vivre selon son propre système de valeurs est
le seul moyen pour un individu de se sentir bien, en paix
avec lui-même. Le respect de nos valeurs est le baromètre,
souvent inconscient, du bien-être personnel.
Il est essentiel de mettre chacun de nos objectifs en
perspective de ce qui compte le plus pour nous dans la vie.
Donner du champ, prendre de la distance et donner à
chacune de nos étapes de changement tout leur sens nous
donne de l’énergie et insuffle dans nos vies la cohérence
indispensable à la paix, à l’harmonie et à l’évolution.
CE QUE SONT LES VALEURS D’UN INDIVIDU
Nos valeurs personnelles sont nos « croyances vitales » :
dans l’absolu, elles ne renferment pas plus de « vérité » que
toute autre croyance, mais nous les considérons comme
absolument indispensables à notre équilibre psychique.
Épurées, débarrassées de leurs aspects secondaires, elles
représentent le noyau de notre être. Elles ont les propriétés
suivantes :
Elles représentent ce qui est réellement important
pour nous, les éléments les plus importants de notre vie
Tout ce qui nous motive ou nous heurte, tout ce qui
génère en nous une énergie, positive ou négative, est
rattaché à nos valeurs.
Pour les déterminer, il faut soumettre un événement
chargé émotionnellement à une série de questions «
Pourquoi est-ce important pour moi » et « Qu’est-ce que
cela va m’apporter ? » Pour un événement négatif ces
questions deviennent « De quoi suis-je privé ? », « Pourquoi
ce dont je suis privé me frustre-t-il ? » et « Qu’est-ce que je
veux à la place ? » Les valeurs obtenues à la fin de ce
questionnement doivent être exprimées en termes positifs.
Quelques exemples de valeurs : apprendre, profiter de la
vie, accomplir quelque chose d’important, honnêteté, aider
les autres, rendre fier ma famille, prouver que l’on peut
dépasser ses handicaps, excellence, etc.
Nous avons vu précédemment que la plupart de nos
comportements – certainement plus de 80 % – sont de
nature inconsciente. Comprenons par là que la plupart de
nos actions sont accomplies soit automatiquement – ce que
nous pouvons appeler la puissance de l’habitude – soit sans
que nous formalisions de façon consciente dans notre esprit
la raison qui nous fait agir de la sorte.
Pourtant, quelque chose nous guide et nous amène à agir
comme nous le faisons. Une décision d’accepter ou de
refuser quelque chose, même si elle ne fait pas l’objet d’une
réflexion consciente ou d’un exposé « pour/contre » de
plusieurs pages, reste une décision.
Ce qui nous amène à agir, à prendre nos décisions chaque
jour et à chaque instant, cette partie de nous que nous
pouvons appeler « intuition », « esprit inconscient » ou
encore « esprit rationnel en tâche de fond », se réfère
constamment à notre échelle de valeur. Elle est ce qui nous
indique le Nord, notre boussole de bien-être, de
développement et d’épanouissement dans la vie.
Nos valeurs se sont souvent construites dès notre enfance,
et nous avons appris, par le truchement des personnes qui se
sont chargées de notre éducation, ce qui était « bien » et «
mal », ce qui « se fait » et ce qui « ne se fait pas ».
En parfait accord, au « diapason » de ces valeurs ou au
contraire en opposition partielle ou totale à ces préceptes,
nous avons intégré au plus profond de nous-même un
élément fort d’évaluation de la réalité perçue, évaluation
souvent en termes de « bien et mal », « bon et mauvais », «
récompense ou punition. »
Mettre à jour son échelle de valeur est une étape forte
d’évolution personnelle, un moment essentiel dans ce
que certains nomment un « travail sur soi », ou, exprimé
de manière plus harmonieuse, un « travail avec soi ».
Mettre à jour ce qui nous fait avancer, ce qui nous met
littéralement en mouvement, dans notre travail, dans notre
famille ou dans une relation amicale, est d’une utilité
précieuse dans le développement des personnes et des
organisations.
Le premier exercice, à la fin du chapitre, sera consacré à
la définition de nos valeurs.
Elles sont pour nous un condensé d’énergie
Quand elles sont satisfaites, nos valeurs nous apportent
une énergie qui nous rend capables de déplacer des
montagnes. Si notre projet est bien déterminé, il doit être
gorgé, imbibé à chaque étape de nos valeurs et son
accomplissement nous apportera une satisfaction complète.
Quand elles sont frustrées, quand nous ne vivons pas ce
que nous voulons vivre, ces valeurs provoquent colère,
abattement, absence totale d’énergie.
Parfois en coaching, les questions suivantes – que nous
avons déjà évoquées dans le chapitre 4consacré à la
motivation – permettent d’aider un individu à prendre
progressivement conscience de ses valeurs :
• Qu’est-ce qui vous donne de l’énergie ?
• Qu’est ce qui vous retire de l’énergie ?
Certaines personnes, qui ont accompli un travail en ce
sens, pilotent leur vie, prennent leurs décisions les plus
importantes selon ce principe : « Vas où est l’énergie ! »
Nous avons vu précédemment que notre cerveau agit
selon le principe « recherche du plaisir/évitement de la
douleur ». Nos valeurs correspondent à ce genre d’encodage
dans notre cerveau.
S’éloigner souvent et régulièrement de l’une de nos
valeurs est l’assurance de générer non seulement de la
douleur à long terme, mais aussi une perte de notre énergie
vitale.
Nos valeurs sont des croyances qui nous sont vitales pour
supporter la vie
Frustrées ou satisfaites, vécues positivement ou
négativement, nous ne pouvons vivre sans nos valeurs. Elles
ne sont pas rationnelles, elles n’ont pas plus de « vérité » en
elles que les croyances limitantes que nous avons
transformées ou supprimées : elles nous sont tout
simplement vitales.
Schindler, le héros du film de Steven Spielberg1, a illustré
cette absolue nécessité : riche homme d’affaires, profitant
au mieux du contexte de la Seconde Guerre mondiale,
reconnu et prospère, membre du parti nazi, il a renoncé à
tout pour faire vivre ses valeurs. Cette absolue nécessité est
souvent évoquée lors des interviews de tous les héros, les «
justes » de cette époque, au travers de cette phrase : « Je n’ai
rien fait d’exceptionnel. Je devais juste faire ce que j’ai fait.
Le contraire m’aurait été insupportable. » Sur le mémorial
qui leur est consacré en Israël, il est écrit : « Ces justes sont
l’espoir de l’humanité. Par leur exemple, bien au-delà de
leurs actes et des gens qu’ils ont aidés, ils ont sauvé le
monde. » Il y est également cité une phrase du Talmud : «
Qui sauve un homme sauve l’humanité toute entière ! »
Nos valeurs, quand elles ont été épurées par le travail que
nous avons réalisé précédemment dans ce livre sur nos
croyances, peuvent devenir le fondement le plus solide de
notre vie.
Vivre selon nos valeurs personnelles nous rend heureux
Si nous vivons selon ce que nous croyons être le plus
important pour nous, si nos valeurs sont majoritairement
présentes dans nos journées et notre existence, alors nous
sommes heureux. Pourquoi parfois ne le sommes-nous pas ?
• Il est possible qu’un travail personnel en
profondeur soit nécessaire. Certaines personnes,
par exemple, auront pu trouver inacceptables
certains préceptes de ce livre, et l’auront
définitivement refermé lors du chapitre 3consacré
aux croyances. La démarche que nous proposons
n’est pas la plus adaptée pour ces personnes, et
nos propos leur paraîtront, à juste titre,
inacceptables. Leurs croyances sur elles-mêmes
et la vie représentent pour elles une barrière
nécessaire, une protection de leur être qu’elles ne
peuvent remettre en cause pour le moment.
• Une autre explication est possible : nous avons
vécu une vie dominée par des valeurs qui ne sont
pas les nôtres. Influencés par notre milieu – notre
famille, nos collègues, l’univers dans lequel nous
évoluons –, nous avons pris pour nôtres des
objectifs, un style de vie, qui sont en réalité
extérieurs à nous-mêmes. De plus en plus
souvent, Philippe accompagne en coaching des
cadres supérieurs, âgés de 35 à 45 ans. Derrière
les premiers objectifs qui ont motivé l’action, qui
sont rapidement atteints, il est de plus en plus
courant de découvrir d’autres enjeux d’une nature
davantage existentielle : quel sens veux-je donner
à ma vie ? Ces personnes sont souvent entrées
jeunes, entre 18 et 25 ans, dans un tourbillon de
réussite, dans une profonde valorisation d’un
parcours qui n’était pas le leur, jusqu’à parvenir à
une crise profonde, à un questionnement de leurs
certitudes. Le travail sur leurs valeurs peut
souvent les aider à clarifier la réelle nature de leur
crise (dont l’étymologie grecque signifie « je
décide »), et à procéder aux ajustements, de
surface ou plus radicaux, qui leur permettront de
reprendre leur route.
• Il arrive que certaines de nos valeurs nous donnent
l’impression d’être en contradiction, en conflit les
unes avec les autres. Il est alors extrêmement
important de recourir à la fois à notre esprit
rationnel et à notre créativité pour les gérer.
Comme nous l’avons vu jusqu’à maintenant, nos valeurs
s’expriment généralement à l’aide de substantifs. Rappelons
qu’en français, un substantif s’obtient à partir d’un verbe
d’action, en extrayant la « substance » de ce verbe. Ainsi, le
verbe aimer – ou être aimé – donnera le substantif « Amour
», alors que le verbe agir donnera l’« action ».
Les PNListes utilisent le terme de « nominalisation »
pour désigner ces concepts qui, s’ils dirigent nos vies, n’en
demeurent pas moins délicats à mesurer. Bonheur, amour,
liberté et authenticité ou encore sexe, drogue et rock’n roll,
sont autant de concepts dont la présence dans notre vie
dépend d’une évaluation très personnelle.
Notre esprit rationnel peut s’investir d’abord dans la
découverte du conflit existant apparemment entre deux de
nos valeurs. Par exemple, une personne pour qui la fidélité
et la séduction sont deux valeurs fortes, pourra peut-être
avoir l’impression que ses deux valeurs ne peuvent
cohabiter, et que la satisfaction de l’une se fait
systématiquement aux dépens de l’autre.
Il convient alors de déterminer la manière de mesurer les
valeurs concernées par le conflit. Dans le cadre de notre
exemple, le conflit peut venir du fait que la personne mesure
la satisfaction de sa valeur Séduction au nombre de
personnes nouvelles qu’elle a séduites dans la semaine, ce
qui peut créer un conflit avec la valeur fidélité.
La créativité personnelle peut alors s’investir dans la
découverte de nouveaux moyens de réaliser une valeur
particulière, en préservant la satisfaction des autres.
Ces nouveaux moyens d’exprimer nos valeurs
représentent alors une voie de changement profondément
écologique, génératrice de nouveaux comportements,
davantage en accord avec notre nature profonde.
Un tel conflit peut faire l’objet d’un travail personnel
accompagné : deux valeurs s’opposant l’une l’autre peuvent
être à la source de terribles conflits intérieurs, et sembler
irréconciliables à première vue. Parfois, la réconciliation est
si simple et tellement évidente qu’elle en devient difficile à
percevoir pour l’individu, à la manière de ces solutions
d’énigmes qui, une fois résolues, semblent tellement
évidentes que notre esprit devient alors incapable de se
remémorer le temps où nous ne connaissions pas la solution.
Nos valeurs sont stables
Elles constituent le noyau le plus pérenne de notre
existence. Nous avons travaillé notre flexibilité et notre
adaptabilité, nous revoyons régulièrement nos objectifs, nos
stratégies, nous changeons de métier, nous développons nos
compétences, nous remettons en cause nos croyances. Que
reste-il ? Quel élément stable peut-il donner un sens
permanent à nos vies ? Rien d’autre que nos valeurs. Pour
reprendre une métaphore évoquée précédemment, elles sont
le noyau dur, la partie à préserver, de l’éponge.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Que refuseriez-vous de faire même pour 100
millions d’euros ?
• Que faites-vous gratuitement avec plaisir ?
• Aussi loin que remontent vos souvenirs,
qu’est-ce qui a toujours été important pour
vous ? Dans dix ans, que répondrez-vous à
cette question ?
• Quels compromis avez-vous réalisés dans
votre vie ? Quelles compromissions avez-
vous refusées ?
• Au nom de quoi avez-vous pris des décisions
difficiles ?
• Si vous souhaitiez élaborer votre blason, quels
symboles y intégreriez-vous ?
• Quelle est votre citation préférée ?
• Sur quoi êtes-vous perçu comme rigide ? Sur
quoi êtes-vous perçu comme flexible ?
• Quelles sont les dernières décisions que vous
avez prises pour être fidèle à vos valeurs ?
Quelles sont les prochaines ?

SOYONS FERMES SUR CE QUI TOUCHE À NOS


VALEURS
Paradoxalement, plus nous serons fermes sur nos valeurs,
plus nous aurons acquis une rigidité consciente sur ce qui
les touche, plus nous pourrons développer de tolérance pour
les valeurs des autres et développer la flexibilité de la partie
molle de l’éponge.
Le fanatique, l’être rigide, le « donneur de leçon »,
l’écorché vif, tous considèrent la moindre différence entre le
monde idéal qu’ils ont à l’esprit et la réalité du quotidien
comme une attaque violente contre leur être intime, contre
leur « véritable personnalité. »
En définissant nos valeurs, en en explicitant le sens et les
applications au quotidien, nous clarifions le centre de notre
être, nous réduisons notre circonférence au réel centre de
nous-mêmes. Ensuite, tout ce qui ne relève pas du non-
négociable devient alors négociable, et nous pouvons
seulement nous ouvrir au monde, à la vie et au changement,
sans craindre de nous perdre dans l’aventure.
Avez-vous déjà rencontré un grand champion d’arts
martiaux ? Ce sont souvent les êtres les plus doux et les plus
pacifiques qui soient. Certains de leur force, ils sont
réellement ouverts aux autres, ils ont abandonné les « oui
mais », les petites défenses, les auto-justifications qui sont
le lot de la plupart des êtres humains.
Quand le centre d’eux-mêmes est menacé, quand les
valeurs les plus profondes sont attaquées, alors ils sont
capables, calmement et en paix, de dire non, simplement,
d’une manière qui, selon les maîtres d’Aïkido « fait
abandonner immédiatement le combat à l’adversaire avant
que celui-ci n’ait même commencé. »
SEULES LES VALEURS CRÉENT DE LA VALEUR
Les entreprises investissent une énergie considérable dans
la recherche et l’identification de la « création de valeur »,
dans un sens souvent uniquement financier. Certaines
recherches, justement parce qu’elles sont réalisées dans une
optique mercantile, peuvent nous aider à comprendre à notre
niveau individuel de quelle manière les valeurs sont
littéralement porteuses de cette valeur, dans toutes les
acceptions possibles de ce mot. Nous pouvons tirer de leurs
conclusions collectives des enseignements pour la conduite
de notre vie.
Deux consultants américains en entreprise, Collins et
Porras, ont mené une étude inusitée. Contrairement aux
nombreux experts qui batissent des modèles pour les
confronter ensuite à la réalité, ils ont décidé de répondre par
l’analyse du passé aux questions suivantes : si de
nombreuses entreprises naissent, croissent et prospèrent
pendant quelques décennies, pourquoi certaines d’entre elles
connaissent-elles un succès ininterrompu durant quarante,
cinquante, voire cent ans et plus ? Que possèdent de plus les
entreprises vivant un développement continu durant des
dizaines d’années, alors que d’autres disparaissent, perdent
leur indépendance ou périclitent durant ce temps ?
Dans leur best-seller Bâties pour durer, les auteurs
présentent les résultats de leur analyse, menée notamment à
travers l’étude du fonctionnement d’IBM, de 3M, de
General Electric, des magasins Norton, de L’Oréal et de
nombreuses autres compagnies, devenues souvent leader
mondial de leur activité. Si la stratégie de ces entreprises,
leurs business models, leurs organisations, leurs marchés,
les compétences de leurs collaborateurs ne montraient pas
de différence notable avec leurs compétiteurs, elles avaient
toutes en commun le point suivant : ces entreprises avaient
une culture forte qui s’exprimait par des valeurs affichées
réellement vécues dans leur quotidien et à l’origine des
décisions les plus importantes.
Les éléments suivants, points communs entre ces
compagnies, étaient mis en avant. Nous les avons librement
traduits pour l’usage du lecteur :
• « Si tu hésites devant une décision lourde de
conséquences, réfère-toi à tes valeurs »
semblait un mot d’ordre commun. Quand la
complexité du monde moderne, les enjeux
économiques colossaux, troublent les humains,
seule la référence aux valeurs peut être de nature
à orienter sereinement leurs décisions. Un
homme politique français exprimait récemment
une opinion comparable sur le poids des
responsabilités politiques.
• « Tu dois être capable de prendre des décisions
draconiennes quand tes valeurs sont menacées.
» Ces décisions peuvent aller à l’encontre de la
stratégie et de la logique de gain à court terme.
De la même manière, respecter nos valeurs
personnelles peut nous amener à prendre des
décisions extrêmement ardues quand un mode de
vie, un emploi, ne nous permettent pas de les
respecter.
• « Si tu vis selon tes valeurs, tu dois accepter
d’être parfois perçu comme rigide par les
autres. » Les entreprises « bâties pour durer »
affichent leurs valeurs, recrutent et forment leurs
collaborateurs selon celles-ci dans des processus
d’intégration très formalisés, parfois moqués par
les autres entreprises de leur secteur d’activité.
De la même manière, un individu doit pouvoir
accepter d’être perçu comme rigide sur certains
principes et certains choix ou refus de sa vie.
• « L’humain est au cœur de ton modèle de
développement et d’excellence. » Les
entreprises « bâties pour durer » investissent des
sommes énormes en formation (hors métier de
base), en universités ou écoles internes, en
échanges et explications sur leur culture et leur
spécificité, investissements que leurs concurrents
estiment être effectués en pure perte. Pour nous
individus, cela signifie que notre formation
personnelle, notre culture, la qualité des liens que
nous tissons avec les autres sont au centre de
notre modèle de vie.
• « Il t’est nécessaire d’être plus flexible que les
autres sur tout ce qui ne touche pas à tes
valeurs. » Il s’agit du paradoxe que nous
abordions plus haut : la définition de ce qui est
pérenne et « tabou » va permettre de dégager une
zone d’adaptabilité très importante aux
circonstances et nécessités d’un environnement
de plus en plus changeant. Les entreprises «
bâties pour durer » ont mis de facto en place un «
radar à signaux faibles » – pour reprendre le
terme du grand coach Alain Cayrol – plus
sensible que d’autres à la perception des
moindres micro-changements dans le contexte et
les circonstances de leur activité.
Une étude démontrait en 2001 que 40 % de la décision
d’investissement de l’actionnaire américain se fondait
désormais sur des critères non financiers et non
stratégiques : la culture d’entreprise, les valeurs,
l’investissement sur l’humain – peut-être grâce au succès de
Bâties pour durer – sont désormais considérés comme
réellement créateurs de valeur à long terme, au sens littéral
et financier.
Parallèlement à ce phénomène, nous constatons une
évolution de la sensibilité des recruteurs au « bas de CV », à
tout ce qui relève des hobbies et de la vie personnelle : si
une année sabbatique provoquait, il y a encore dix ans un
doute sur les motivations d’un candidat à s’investir pour une
entreprise, elle est maintenant considérée de plus en plus
comme un avantage et un indicateur d’une richesse
personnelle. Un recruteur de nos amis nous confiait
récemment axer désormais plus de la moitié d’un entretien
sur les intérêts hors métier, sur les valeurs des candidats.
Après avoir validé les compétences et les expériences de
ceux-ci, il posait les questions suivantes, de manière
provocante : « Et à part ces lieux communs, qu’est-ce qui
vous intéresse dans la vraie vie ? Qu’est-ce qui vous
émeut ? Que cherchez-vous à réaliser personnellement à
travers ce poste ? » Il valorisait ainsi en partie la candidature
au lien que les candidats pouvaient exprimer entre leurs
valeurs et le poste à pourvoir.
VIVRE SELON SES VALEURS : « WALK THE
TALK »
Le DRH d’un laboratoire pharmaceutique américain
confiait à Philippe récemment : « J’ai un problème
actuellement : le directeur général d’une de nos filiales se
comporte à l’inverse de nos valeurs. Il adopte avec ses
équipes des méthodes – pressions, violences verbales,
manœuvres sociales – qui sont pour nous inadmissibles.
Cette personne et sa filiale ont des résultats exceptionnels,
les meilleurs du groupe. Je suis convaincu que nous devons
nous séparer de lui, et je rencontre, tout en les comprenant,
certaines réticences en interne pour cette décision. L’issue
de cette situation sera pour moi l’indicateur réel du fait que
nos valeurs sont importantes, vivantes ou si elles ne sont
que des outils de communication. »
De la même manière, nos valeurs personnelles n’existent
pour nous que si elles sont capables d’influencer des
décisions courageuses, fondées d’abord sur la volonté de les
animer. Nos valeurs ne prennent vie que dans la mesure où
nous avons été capables de leur sacrifier des intérêts
mesquins ou de la facilité à court terme. En écrivant cette
dernière phrase, nous prenons conscience du sens «
religieux » de la réflexion sur les valeurs : Peut-être, comme
l’affirmaient les premiers chrétiens qui déclaraient « la
vérité de notre foi se trouve dans le sang des martyrs »,
l’existence de nos valeurs se prouve-t-elle à travers nos
refus difficiles.
Robert Dilts, dans son dernier livre From Coach to
Awakener hiérarchise les différents niveaux de coaching.
Parmi les plus élevés, il situe le rôle de « mentor » : le
mentoring consiste selon lui à transmettre et à développer
chez une autre personne des valeurs et des principes vivants.
En échangeant avec des personnes ayant réalisé des
parcours exceptionnels, nous avons constaté que toutes
avaient toujours eu un ou plusieurs mentors, selon la
définition de Dilts. Ces mentors les avaient essentiellement
développés sur le plan des valeurs, les dotant pour leur vie
entière du cadre de référence le plus solide.
Malheureusement, ces personnes sont assez souvent
intolérantes et méprisantes vis-à-vis d’autres qui ont des
priorités de vie différentes, peut-être à cause de leur forte
personnalité, ce qui peut constituer un indicateur du fait
qu’elles n’ont pas mené une réelle réflexion personnelle à ce
sujet ou acceptent pour elles-mêmes des valeurs qui sont
peut-être celles d’autres individus.
Assumer ses choix, avec les sacrifices et les
inconvénients qui en découlent, en respectant ceux des
autres, est probablement une tâche ardue.
UNE ÉCHELLE ÉMINEMMENT PERSONNELLE
Il est évident que chacun d’entre nous possède une
échelle de valeur personnelle, résultat de ses choix, de son
éducation, de ses expériences et de sa nature profonde.
Il n’est pas question ici de proposer une liste de valeurs
idéales ou d’imposer quoi que ce soit en termes de priorité.
Le changement, l’évolution personnelle ou professionnelle
prennent leur sens lorsqu’on les met en perspective de ce
qui a pour nous le plus de sens, le plus d’importance. C’est
en suivant notre chemin personnel que nous donnons le
meilleur de nous-même, et que nous nous réalisons
pleinement.
Exercice 28 : Établir ses valeurs personnelles

Durée indicative : une heure


Première étape : lister intuitivement ses valeurs
Veuillez lister intuitivement cinq à dix de vos valeurs
personnelles en conservant l’ordre dans lesquelles elles vous
viennent :

Qu’est-ce qui est le plus important pour moi dans


la vie ?

Qu’est-ce qui viendrait juste après ?

etc.
Exemples de valeurs : apprendre, progresser, énergie, se
dépasser, fun,
harmonie, résoudre des problèmes, amour, ouverture aux
autres, persévérance, liberté, honnêteté, sagesse, faire la
révolution,joie, courage, etc.
Deuxième étape : découvrir ses valeurs dans sa vie
1. Veuillez lister les cinq situations ou événements de
votre vie qui, avec le recul, vous ont apporté le plus de joie.
Listez également les cinq situations qui vous ont le plus
frustrées.
2. Pour chacune de ces dix situations, découvrez la
valeur, vécue positivement ou négativement, qui la sous-
tend en vous posant les questions suivantes (à répéter
jusqu’à trouver une valeur positive) :
¬ Situation heureuse : pourquoi était-ce important
pour moi ? Qu’est-ce que cela m’apportait de si
important ? Pourquoi… ? Exemple : ma réussite
inespérée au baccalauréat → réussir alors que je
ne l’avais pas mérité → la foi en ma bonne étoile
→ croire en la magie de la vie → «
émerveillement ».
¬ Situation frustrante : qu’aurais-je voulu à la
place ? Pourquoi aurait-ce été important pour
moi ? Qu’est-ce que cela m’aurait apporté de si
important ? Pourquoi… ? Exemple (pour une
autre personne) : ma réussite non méritée au
baccalauréat → j’aurais voulu mériter cet examen
→ c’est par le travail qu’on réussit dans la vie →
travail.
Note : le lecteur aura constaté qu’une même situation
(réussir un examen) peut générer satisfaction ou frustration
pour deux individus avec des valeurs différentes.
Troisième étape : réexaminer sa liste de valeurs
Que constatez-vous en comparant vos deux listes ? Quels
sont les points communs et les différences entre elles ?
Quelles conclusions en tirez-vous ? Après avoir mené ces
réflexions, veuillez établir de nouveau votre liste de valeurs
en les hiérarchisant par ordre d’importance pour vous.
Exercice 29 : Comparer et hiérarchiser ses propres valeurs

Durée indicative : 1 h 30
Dans cet exercice, nous allons comparer toutes vos
valeurs deux par deux, pour établir ou confirmer, leur ordre
d’importance pour vous. Nous prendrons à chaque étape un
exemple simplifié à trois valeurs.
Étape 1 : qualifiez vos valeurs
Pour chacune de vos valeurs, veuillez les qualifier en une
phrase simple commençant par « un monde dans lequel… ».
Cette phrase doit contenir votre définition personnelle de
votre valeur.
Exemple :
Valeur 1 « Amour » (V1) : « Un monde dans lequel les
gens ont des relations d’amour profond les uns pour les
autres »
Valeur 2 « Courage » (V2) : « Un monde dans lequel les
gens assument leurs choix et pratiquent ce qu’ils disent »
Valeur 3 « Fun » (V3) : « Un monde dans lequel tout
n’est que fête et intensité de la vie »
Étape 2 : comparer toutes ces valeurs deux par deux
Exemple pour les deux premières valeurs de notre
exemple ci-dessus :

Que préférerais-je : (V1) « Un monde dans lequel


les gens ont des relations d’amour profond les
uns pour les autres » mais dans lequel (inverse
V2) « les gens n’assument jamais leur choix et
pratiquent l’inverse de ce qu’ils disent » ou (V2)
« Un monde dans lequel les gens assument leurs
choix et pratiquent ce qu’ils disent » mais dans
lequel (inverse V1) « aucun amour n’est présent
et où les gens n’aiment qu’eux-mêmes » ?

Le choix est cornélien et vous devez prendre une


décision : si celle-ci est trop difficile, posez-vous
la question négativement, dans les termes
suivants : « Quel monde parmi ces deux me serait
le plus insupportable ? »
Une fois trouvée votre réponse, notez après chaque
comparaison un « I » en face de la valeur la plus importante,
un « 0 » en face de la valeur la moins importante.
Comparez toutes les valeurs entre elles, deux par deux.
Dans notre exemple simplifié à trois valeurs :V1 avec V2,
puis V1 avec V3, puis V2 avec V3.
Si vous avez noté cinq valeurs : V1/V2, V1/V3, V1/V4,
V1/V5, V2/V3, V2/V4, V2/ V5,V3/V4,V3/V5,V4/V5.
Étape 3 : analyser le nouvel ordre (éventuel) de vos
valeurs
Établissez l’ordre des valeurs en fonction des points
qu’elles ont obtenus, en les hiérarchisant de la plus
importante à la moins importante pour vous. Analysez
ensuite les éventuelles différences avec la hiérarchie
intuitive d’origine, en vous aidant des questions suivantes :

Quelles sont les différences les plus


significatives ?

Quelles valeurs ont le plus progressé dans le


nouveau classement ?

Quelles sont les trois valeurs, dans l’ordre,


réellement les plus importantes pour vous ?

En quoi ces trois valeurs sont-elles déjà présentes


dans votre vie ?

En quoi ces trois valeurs sont-elles présentes dans


votre projet déterminé dans le chapitre 7?

Quelles erreurs pouvez-vous découvrir dans votre


vie ou votre projet à la lumière ce qui est
réellement important pour vous ?

Que décidez-vous de changer dans votre vie ou


dans votre projet ?
Exercice 30 : Amener ses valeurs dans son quotidien
Nous vous proposons ici quelques moyens simples et
éprouvés d’amener vos valeurs dans votre quotidien. En
mettant en application quelques-uns d’entre eux, vous
pourrez parvenir à maintenir votre motivation au quotidien,
ainsi qu’à améliorer votre sentiment de connexion à ce qui
est réellement important pour vous.
Tout d’abord, identifiez les une à trois valeurs les plus
importantes pour vous, en fonction des résultats et des
écarts que vous avez notés dans l’exercice précédent.
Ensuite :

Déterminez-vous un slogan, un proverbe, un mot


d’ordre qui synthétise au mieux vos valeurs.
Répétez-vous cette phrase dès votre lever.

Choisissez un objet, à conserver si possible


toujours avec vous, qui symbolise votre valeur la
plus importante et le sens que vous souhaitez
donner à votre vie.

Trouvez-vous un surnom qui illustre au mieux


cette valeur. Vous pourrez vous répéter à vous-
mêmes ce surnom dans les situations difficiles de
la vie ou l’utiliser comme pseudonyme sur les
sites de discussion Internet.

Prenez l’habitude, chaque jour ou chaque


semaine, de tirer un bilan sur la période écoulée
sous le seul angle de vos valeurs.

Identifiez, Identifiez, chaque matin, un moyen de


vivre fortement une de vos valeurs durant la
journée

Prenez Prenez une décision par semaine,


importante ou minime, qui soit emplie de vos
valeurs les plus importantes.

Dans les jours prochains…


Lorsque vous passez un excellent moment,
demandez-vous quelle satisfaction de
laquelle de vos valeurs est à l’origine de ce
bien-être ?
De la même manière, lorsque vous ne vous
sentez pas bien dans un contexte ou une
situation, demandez-vous quelle infraction à
quelle valeur vous met mal à l’aise. Faites-
vous du bien en évitant autant que possible
ce type de situation à l’avenir.
Réalisez chaque jour un acte symbolique ou
prenez une décision, même minime, fondé
sur vos valeurs les plus importantes.

1 La liste de Schindler.
12
À QUOI ÊTES-VOUS CONNECTÉ(E) ?
« L’être qui ne s’incline devant rien, finit par s’écrouler
sous la pression de son propre poids »1
Ainsi va la vie
Il s’appelait Fleming. C’était un misérable fermier écossais, de ces
millions de pauvres hères qui cultivaient une terre ingrate, sans autre
horizon que sa ferme de terre et de chaume, et les champs alentour.
Un jour, en remuant son lopin pour y arracher la subsistance de sa
famille, il entendit un cri désespéré provenant du marais proche et
courut vers la direction d’où semblait venir l’appel. Le jeune garçon
qu’il y trouva était enlisé jusqu’aux épaules, le reste de son corps déjà
englouti par la vase noire. L’enfant hurlait et se débattait pour
échapper au piège et à la mort qui lui était promise. Le paysan,
saisissant une branche morte, la tendit dans sa direction. Quelques
minutes plus tard, tous deux gisaient épuisés mais saufs sur la berge,
couverts de boue malodorante. Quelques jours plus tard, un carrosse
en équipage fit halte devant la demeure du fermier. Un homme
élégant en descendit et se présenta comme le père du garçon que le
fermier avait sauvé, au péril de sa propre vie. « Je veux vous aider »,
dit le gentleman. «Vous avez sauvé la vie de mon fils, et je veux vous
donner une importante somme d’argent en récompense de votre
courage. »
« J’ai fait mon devoir, et je ne peux accepter de paiement pour cela
», répondit le paysan. En dépit de l’insistance du père de l’enfant,
celui-ci ne voulait pas démordre de sa position. L’échange entre les
deux hommes se poursuivait depuis plusieurs minutes, quand un
enfant pencha timidement la tête au dehors de la maison. Le
remarquant, le gentleman demanda : « C’est votre fils ?
- Oui, Monseigneur, mon garçon unique. C’est un bon
garçon, qui m’aide souvent à la terre.
- Nous allons conclure un marché : laissez-moi m’occuper de
lui et lui pourvoir une bonne éducation. S’il a les qualités
de cœur de son père et se laisse éduquer, nous en ferons un
homme dont vous et les vôtres seront fiers. » L’homme se
laissa convaincre, contre la promesse que son fils lui
écrirait chaque mois de la capitale. En pleurant, il vit le
convoi disparaître dans la brume écossaise.
Le fils de paysan était intelligent et acharné dans ses études. Il
obtint son diplôme de l’hôpital Saint Mary de Londres, et devint
médecin, un des plus éminents de son époque. Il devint célèbre dans
le monde entier sous le nom de Sir Alexander Fleming, l’inventeur de
la pénicilline.
Quelques années plus tard, le fils de l’aristocrate, devenu un jeune
lieutenant de l’armée de Sa Majesté, fut atteint d’une pneumonie
foudroyante. Il put être sauvé à la dernière extrémité par le
médicament découvert par Fleming.
Le lieutenant se prénommait Winston. Il était le fils de Sir
Randolph Churchill. Il devait plus tard jouer un rôle important pour la
Grande-Bretagne et contribuer à la victoire du monde libre…
Au cours du chapitre précédent, nous avons clarifié l’utilité de nos
valeurs, croyances irrationnelles que nous acceptons pour soutenir
notre vie et nous guider dans nos instants de doute. Dans celui-ci,
nous franchirons une étape supplémentaire en investiguant d’autres
éléments irrationnels – la chance, les coïncidences, l’intuition… –
qui, s’ils sont acceptés, canalisés, pourront ouvrir la voie à une
nouvelle dimension pour notre vie.
L’INTUITION EST UN FACTEUR CLÉ DE SUCCÈS
« C’est avec l’intuition que nous trouvons, et c’est avec la
logique que nous prouvons. »
Henri Poincaré

Une grande partie du fonctionnement de notre cerveau se réalise à


un niveau inconscient. Il y a quelques années, une image circulait sur
Internet : on demandait aux personnes de choisir laquelle de deux
photos de femmes, en apparence identiques, les attirait le plus. 80 %
des interrogés se prononçaient, sans en pouvoir donner la raison, pour
la photo de droite. La différence entre les photos résidait dans une très
légère dilatation des pupilles de la femme de la photographie de
droite. Cette infime modification physiologique était perçue par notre
inconscient comme un signe de communication, de sympathie ou de
désir sexuel !
Un ami médecin généraliste, Vincent, nous racontait qu’avec les
années d’expérience, il exerçait son intuition à deviner la pathologie
qui amenait un patient dans son cabinet dès les premiers mots de
l’échange. Il estimait tomber juste plus de deux fois sur trois.
Ce phénomène est souvent présent chez les experts d’un domaine,
et constitue peut-être une dimension supplémentaire de la
compétence.
Notre inconscient semble avoir une logique, une réflexion propre,
en marge de notre esprit conscient. De nombreux créateurs,
chercheurs, sont parvenus à résoudre des problèmes complexes grâce
à une bonne relation avec leur inconscient : Einstein racontait même
avoir développé sa théorie de la relativité suite à un rêve, dans lequel
il se voyait chevauchant un rayon de lumière.
La difficulté réside souvent dans le fait que notre inconscient
semble fonctionner selon une logique psychique bien éloignée de
l’inférence analytique : une logique fondée sur les symboles, les
insights ou révélations, les analogies, la créativité pure du cerveau
droit. Cette logique nous est parfois difficile à accepter.
Nous devons comprendre que nous n’avons conscience que de ce
qui est pour nous… conscient ! C’est dans cette lapalissade que réside
sans doute la plus grande part de ce que nous serions tentés d’appeler
« l’arrogance rationnelle ».
Nos deux hémisphères cérébraux travaillent très différemment l’un
de l’autre, et nous ne retenons consciemment que nos réflexions
rationnelles émanant principalement du cerveau gauche.
(Rappel : cette théorie de la séparation des deux cerveaux n’est pas
avérée. Elle possède néanmoins une forte utilité que nous avons
vérifiée en maintes occasions.)
Le travail de notre hémisphère droit est tout aussi important et les
expériences qui ont été menées sur des sujets dont le corps calleux –
la partie du cerveau qui relie les deux hémisphères – a été lésé
l’attestent (voir à ce titre l’ouvrage de Paul Watzlawick, Le Langage
du changement).
Nous ne pouvons comprendre rationnellement le langage de notre
inconscient et parfois, cette difficulté de compréhension peut se
traduire par un rejet massif de ce qui semble le composer. Ce que
nous ne comprenons pas peut avoir tendance à nous effrayer, et être
perçu comme un danger.
Le travail de notre inconscient est pourtant si riche qu’il représente
bien souvent une mine d’or pour celui ou celle qui sait y prêter
attention.
Souvent, l’attitude qui consiste à être assez attentif à son for
intérieur, et à communiquer facilement avec la partie non consciente
de soi-même, avec son « inconscient », se nomme l’intuition.
L’étymologie du mot est d’ailleurs révélatrice du sens que nous
pouvons donner à cette attitude : « in tuiteri » signifie littéralement «
regarder vers l’intérieur. » C’est donc en se tournant vers soi que nous
pouvons nous connecter à notre « intuition ».
Se tourner vers soi implique d’être attentif à ce qui se passe à
l’intérieur de nous, en termes de rêves, de sensations, d’impressions
plus ou moins floues, et également de porter une attention particulière
à ce qui se passe en dehors de nous : accepter de donner du sens à ce
qui d’un point de vue rationnel n’en a peut-être pas, changer par
moment son processus analytique pour rapprocher des faits qui ne
sont pas liés…
Dans une thérapie restée célèbre, Carl Gustav Jung raconte qu’il
obtint un effet d’« insights » pour une patiente : Au moment où celle-
ci abordait une situation de son enfance mettant en œuvre la présence
d’un scarabée, un animal de cette espèce vint s’assommer contre la
vitre du cabinet : celle-ci en ressentit un choc psychique qui influença
drastiquement la suite de sa thérapie. Nous sommes dans cet exemple
bien éloignés de la logique rationnelle.
Notre être profond, notre inconscient, cherche en permanence à
communiquer avec nous au travers de lapsus, d’« actes manqués », de
rêves, d’intuitions, de « synchronicités » ou coïncidences.
L’enjeu pour nous, qui avons développé un mode intellectuel
rationnel, probablement le plus adapté à la réussite dans le monde
moderne, réside à accepter ces messages venant du tréfonds de notre
être, tout en gardant un certain contrôle de ceux-ci car ils pourraient
nous projeter dans un monde de rêves et d’illusion.
Franck Farrely, un célèbre thérapeute élève de Carl Rogers et
créateur de la thérapie provocatrice, résumait en substance l’enjeu : «
Souvent, une impulsion forte me vient lors du travail avec un patient,
de faire ou de dire quelque chose de fou, d’irrationnel, à cette
personne.
Avec les années d’expérience, j’ai appris à identifier de quelle
partie de moi vient cette impulsion : de ma partie inconsciente et
créatrice qui œuvre à aider une personne ou d’une partie superficielle,
soumise à l’énervement, à la sympathie et à l’antipathie, souvent
néfaste et inutile. »
Il est important de s’entraîner à distinguer son intuition de ses
phantasmes ou angoisses personnelles.
Seule l’expérience permet, avec le temps, d’apprendre à distinguer
intuition et phantasme.
Telle une partie du corps qui serait engourdie après être longtemps
restée immobile, notre intuition peut bénéficier utilement d’être
entraînée, sollicitée, mise à contribution.
Une langue étrangère s’apprend de bien des façons.
Quelle que soit la méthode utilisée, la pratique est toujours un
facteur clé de succès. Il en va de même pour l’intuition. La question
n’est pas de savoir si oui ou non « j’ai de l’intuition » mais bien «
qu’ai-je fait aujourd’hui pour développer mon intuition ? ».
C’est en faisant nos propres expériences que nous pouvons
développer notre intuition, car elle fait partie de ces domaines qui ne
peuvent s’observer et se commenter de l’extérieur, mais simplement
se vivre.
Seul un investissement personnel et subjectif peut nous permettre
d’emprunter le chemin de l’éveil à notre propre intuition.
Milton Erickson conseillait à ses élèves de faire confiance à leur
inconscient. « Oui mais à un inconscient qui a beaucoup travaillé »
ajoute Richard Bandler, c’est-à-dire avec lequel notre partie
consciente a établi une communication de qualité.
UN INCONSCIENT QUI N’EST PAS ÉCOUTÉ PEUT
DEVENIR NOTRE ENNEMI
Quand le divorce est prononcé entre notre conscient et notre
inconscient, un grand nombre de difficultés personnelles peuvent
apparaître : répétitions familiales, phobies, peurs et angoisses,
dépressions peuvent apparaître. La quasi-totalité des thérapies, même
si elles ne partagent pas toutes nos conclusions, considère que la
guérison psychique passe par la réconciliation entre ces deux parties
de nous-mêmes.
Il n’est pas nécessaire de passer des heures et des heures de travail
personnel pour être sensible à son intuition et s’en servir à très bon
escient. Trop souvent nous négligeons notre ressenti et refusons de
nous faire confiance, à tort. Bien entendu, nous devons d’abord
abandonner tous les saboteurs internes qui ne nous appartiennent pas
– loyautés familiales, croyances paralysantes… – avant de pouvoir
donner davantage de sens et d’importance à notre intuition. Dans le
cas contraire, ce que nous appelons intuition peut être, en réalité, une
espèce de terroriste intérieur qui voilerait la voix de celle-ci.
La psycho-généalogie considère que se répètent dans nos vies, de
génération en génération, des conflits ou drames familiaux tellement
anciens que nos familles en ont parfois oublié l’origine. Nos psychés,
comme les vieux manoirs de certaines contrées, seraient emplies de «
fantômes » cherchant à rejouer dans nos vies des scènes anciennes, en
attendant d’être libérés de leurs chaînes.
Nos intuitions sont à la fois le prétexte à l’émergence de nos peurs
les plus intimes et l’expression de messages utiles pour guider nos
actions et nos vies.
Comment canaliser ces forces que l’intelligence rationnelle ne peut
saisir ? Comment parvenir à contrôler ces forces extraordinairement
néfastes ou salutaires ?
Notre expérience (celle des auteurs), les témoignages de ces êtres
exceptionnels qui ont accompli des destinées particulières, nous
amènent à la conclusion suivante, bien entendu discutable :
• par la thérapie quand le poids de ces forces nous gâche la
vie :
• par l’optimisation de notre potentiel (coaching) pour réaliser
nos objectifs ;
• par notre connexion personnelle, intime, individuelle, à ce
que Paulo Coelho a nommé « notre légende personnelle »,
un sens supérieur de notre vie.
Jung affirmait que la guérison psychologique ne pouvait être
complètement réalisée sans accéder à une forme de spiritualité, qui
dépasse nos limites humaines et catalyse ces forces puissantes en un
sens supérieur.
Robert Dilts, le développeur des niveaux logiques, que nous avons
cité à de nombreuses occasions, situe également le niveau le plus haut
de son échelle à ce niveau spirituel. Ses élèves français, afin de ne pas
créer de confusion avec un sens différent du mot « spirituel » en
français, l’ont qualifié de « niveau d’appartenance » à quelque chose
de plus grand que soi-même.
L’affirmation de Jung ne se situe pas, bien entendu, à un niveau de
vérité absolue, tel que pourraient l’énoncer les zélateurs de tel ou tel
dogme religieux : il la situe à un niveau relatif, celui d’une réalité
psychique utile et dangereuse à la fois, pour notre équilibre.
Certains bouddhistes ont tenté de résoudre ce paradoxe. En effet, la
version tibétaine de leur religion prône simultanément une
cosmogonie qui foisonne de dieux, de fantômes et de rites, et un
absolu dans lequel ceux-ci ne sont que des illusions, des chimères et
des mensonges qui masquent l’expression de notre nature profonde
d’êtres absolument libres.
Ils affirment qu’« une aiguille est nécessaire pour retirer une autre
aiguille. » En d’autres termes, un certain nombre d’artifices sont peut-
être nécessaires à notre nature humaine pour qu’elle exprime son
potentiel maximum. Nous vous en proposons plus bas quelques-uns.
CULTIVEZ VOTRE PANTHÉON PERSONNEL
L’accès à ce qui nous dépasse est délicat puisqu’il s’agit justement
d’appréhender ce qui sort du cadre habituel de nos réflexions. Et loin
d’imposer quelque démarche que ce soit, nous souhaitons (les
auteurs) vous proposer une approche saine, utile et bénéfique de ce
niveau qui nous confère de la verticalité.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Quel pourrait être le titre du film de votre vie ? En cas
de succès commercial du film, quel titre pourriez-vous
imaginer pour la suite ?
• À quel moment de votre vie avez-vous le plus été vous-
même ?
• Quel lieu géographique est-il votre centre du monde ?
• De quel personnage réel ou mythique aimeriez-vous
descendre en droite ligne ?
• À quels éléments irrationnels pourriez-vous croire ?
Quels dangers y percevez-vous ? Quels avantages
pourraient présenter ces croyances ?
• Aujourd’hui, quelles coïncidences de votre vie vous
interpellent ?
• Quelles sont les dernières coïncidences que vous ayez
vécues ? Quel sens aimeriez-vous leur donner ?
• Quelles sont les intuitions les plus importantes de votre
vie ?
• De quelle manière pensez-vous à l’avenir, intégrer
votre intuition à la conduite de votre vie ?

Accepter ou créer un tel sens supérieur pour dépasser notre état,


accéder à une forme de spiritualité, quel qu’en soit le nom, passe par
trois éléments indispensables : il nous faut posséder des héros, des
mythes, et des lieux.
Ces éléments prennent place dans notre panthéon personnel.
Souvent nous en possédons un, sans forcément le nommer ou sans
établir de liens entre les éléments qui le composent. Il peut arriver
également que ce panthéon existe à l’état d’embryon et mérite alors
d’être étoffé.
Les héros
Nos héros sont des êtres imaginaires, de légendes ou des personnes
bien réelles nous ayant précédés. Ils nous démontrent par leur
exemple qu’il nous est possible de suivre leurs traces et de réaliser
nos rêves. Ils sont l’incarnation totale ou partielle de ceux-ci. Martin
Luther King déclarait, à la mort de Gandhi, qui était d’ailleurs son
héros : « Les générations suivantes auront du mal à croire qu’un tel
être a pu vivre sur la terre. »
Le culte des héros, et la sensibilité à ce que l’on pourrait appeler un
« panthéon personnel », ne doit pas se changer en une idolâtrie stérile
et castratrice. Au contraire le héros incarne la démonstration que nous
pouvons tous, à notre manière, développer des aptitudes et des talents
extraordinaires. Dans les mythologies grecques et romaines, les héros
sont ces hommes qui se sont hissés au rang de demi-dieux : ils
montrent aux autres hommes un exemple, que chacun peut
comprendre, interpréter et utiliser à sa manière. Ils nous permettent de
toujours nous souvenir que nous avons en nous des talents que nous
ne soupçonnons pas, et nous indiquent un chemin d’espoir et de
développement.
Il s’agit d’être attentif à une certaine façon de percevoir les choses
plus qu’aux choses elles-mêmes. Aldous Huxley disait que l’essentiel
dans la vie n’est pas tant ce qui nous arrive que ce que nous faisons
de ce qui nous arrive. En ce qui concerne les héros, c’est bien ce que
nous décidons d’en faire, la « paire de lunettes » que nous choisissons
de chausser pour les regarder qui a de l’importance.
Une manière de découvrir le récit des « exploits » d’un héros est de
se dire que ce n’est possible pour personne d’autre, que ce n’est
qu’une légende ou bien encore se dire quelque chose du genre « je ne
lui arriverai jamais à la cheville ! ».
Une autre manière de voir les choses est de se rappeler que chacun
est doté de la même « machine », et que les héros sont des exemples
d’utilisation de cette machine particulièrement innovante, originale et
riche d’apprentissage. Même lorsque ces héros sont des personnages
de légende, même s’ils sont dotés de pouvoirs « surnaturels », ils
peuvent être perçus comme autant de canaux de développement de
notre créativité personnelle.
Lorsque nous nous concentrons, quand nous « invoquons la
puissance » d’un personnage de notre mythologie intérieure, nous
redéfinissons sans nous en rendre compte notre carte du monde, nous
nous autorisons à inventer, imaginer et rêver. Nous nous connectons à
la partie intime de nous-même jumelle de celle du personnage
invoqué.
Dans son livre Secrets, etc.,Yannick Noah explique à quel point
Arthur Ashes a été important pour lui dans sa vie. Et il insiste sur le
fait que jamais il n’a tenté de lui ressembler et rappelle à propos de ce
grand champion : « Il m’a montré une direction et m’a encouragé à
être tout simplement moi-même. »
Les héros de notre panthéon personnel peuvent être vus comme des
guides intimes qui nous mettent tout simplement sur le chemin. C’est
en cultivant notre libre arbitre, notre esprit critique et notre singularité
que nous nous ouvrons de la manière la plus bénéfique au culte fertile
de nos héros.
À la manière d’un enfant qui affiche sur les murs de sa chambre les
posters de ceux et celles qui incarnent à ses yeux des destins
exemplaires, et qui le soir s’endort en formulant secrètement une «
prière magique », nous pouvons utilement décorer les murs de notre «
chambre des rêves » imaginaire, et à notre façon retrouver notre
aptitude perdue au rêve et à l’émerveillement.
Tout groupe humain, qui poursuit un objectif et des valeurs
partagées entretien un panthéon : communauté religieuse,
mouvements philosophiques et politiques, famille, régiment, pays ou
minorité structurée.
Les héros sont alors les figures emblématiques qui bien souvent
incarnent les valeurs fortes que ce groupe promeut.
Deal et Kennedy, dans leur best-seller Corporate Cultures, ont
montré que les entreprises américaines, au travers des profils et des
individus qu’elles mettent en avant, établissent de facto un culte des
héros. Ils conseillent même aux dirigeants de déterminer et de
promouvoir ceux-ci consciemment, en fonction de leur stratégie.
Dans la perspective de notre projet, nous pouvons, en toute
lucidité, identifier un certain nombre de personnages clés, des figures
emblématiques qui, par un processus de modélisation subtile,
contribueront à notre profonde transformation :
• Êtres qui ont réalisé une synthèse dynamique de qualités
fondamentales et sont parvenus, à divers niveaux, à réaliser
une destinée.
• Êtres qui possèdent des pièces utiles à l’assemblage de notre
propre puzzle : expression de valeurs fortes, de qualités ou
de compétences utiles pour nous.
• Êtres pour lesquels nous ressentons une attirance
personnelle, intime et intuitive, en lien avec notre réalité
intérieure.
Les mythes
Les mythes sont souvent attachés à la vie des héros. Qu’ils soient
perçus littéralement ou sous forme symbolique, ils illustrent la
résolution des obstacles intérieurs et extérieurs qui se lèveront
inévitablement sur le chemin. Les mythes touchent notre inconscient,
comme les métaphores le font en hypnose éricksonienne, et y activent
des processus à ce niveau.
Carl Gustav Jung, dans « un mythe moderne », remarque ceci : les
apparitions d’OVNI ont commencé à la fin du XIXe siècle, pour se
multiplier depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans un
graphique éloquent, il superpose dans le temps deux courbes, celles
des « observations » de soucoupes volantes et celle des apparitions de
nature religieuse dans le monde occidental : les premières semblent
succéder aux secondes. Il émet l’hypothèse suivante : notre
inconscient collectif construit ces apparitions car, par leur nature
même, elles sont absolument nécessaires à notre équilibre psychique,
une forme remplaçant l’autre en s’adaptant à ce qui peut être
compatible avec nos croyances collectives. Chaque époque doit avoir
sa forme de transcendance, conforme à ses postulats et à ses
croyances majoritaires. Le fait que des milliers de personnes «
témoignent » d’un événement n’est pas incompatible avec la
subjectivité de celui-ci, notre cerveau ayant la capacité de créer des
hallucinations en fonction de ses croyances.
Plus prosaïquement, nous pouvons chercher à nous relier à nos
mythes selon les manières suivantes :
• En recherchant de l’information sur la vie de nos « héros » :
lecture de biographies, observation et modélisation de
ceux-ci selon la possibilité que nous avons de les
approcher.
• En se posant la question, dans nos situations de challenge
quotidien : comment telle personne réagirait-elle ?
Comment percevrait-elle différemment la situation ?
• En imaginant, en entendant et ressentant les messages de
soutien ou d’inspiration de nos héros pour entretenir ou
régénérer notre motivation en cas de difficulté ou de doute.
Josiane de Saint-Paul, dans Derrière la magie, présente un
excellent exercice créé par Robert Dilts : la technique des
mentors grâce à laquelle nous pouvons grandement
améliorer notre sensation de lien avec ceux-ci.
La puissance du mythe réside dans le fait qu’il ne fait pas – ou très
peu – intervenir notre intelligence rationnelle. En écoutant et en se
remémorant un mythe, nos émotions et notre intelligence intuitive,
inconsciente, sont mises à contribution. D’une certaine façon, on
pourrait dire que le mythe utilise dans le bon sens les mêmes chemins
que nos pires angoisses et dragons intérieurs.
Souvent, les mythes regorgent implicitement de croyances
dynamisantes sur la vie et sur le champ de ses possibles. Ces
croyances, si elles devaient être filtrées par notre esprit critique,
auraient de grandes chances de ne pas être assimilées. En étant
présentes à l’intérieur même de l’histoire, elles sont profondément
intégrées et digérées, un peu à la manière d’un antibiotique que l’on
aurait préalablement mélangé à de la mie de pain pour en faciliter
l’assimilation.
Même ce que nous intégrons inconsciemment, nous le filtrons.
Mais nous ne le soumettons pas aux filtres de l’esprit rationnel,
souvent empreint de croyances limitantes et peu enclin à l’essai de
nouvelles façons de voir les choses. Le filtre inconscient est celui de
ce l’on peut appeler « l’écologie personnelle ».
Lorsque nous sommes en contact avec le mythe, notre for
intérieur nous indique, inconsciemment, ce qui a du sens et
présente une utilité pour nous. Si quelque chose est inutile ou
même dangereux pour notre équilibre personnel, notre esprit le plus
profond, par une espèce de souci du moindre effort et
d’autoprotection toute naturelle, n’intègre pas ce qui est inutile à
notre développement.
Aussi le mythe est-il une voie importante vers le développement de
soi, s’adaptant toujours à qui nous sommes lorsque nous l’étudions. Il
est d’ailleurs fréquent qu’une même histoire, nous ayant
profondément marqué plusieurs années auparavant, nous marque à
nouveau, tout à fait différemment cette fois-ci, plusieurs années plus
tard. Il peut même nous arriver d’avoir l’impression que tout a changé
dans cette histoire, jusqu’à nous faire penser : « décidément, à
l’époque, je n’avais rien compris ! »
Bien sûr nous avions compris, juste ce qu’il fallait à ce moment là,
et bien sûr nous nous sommes depuis préparés à notre insu à la
découverte d’une nouvelle étape de notre développement personnel.
Les lieux
Les lieux sont les endroits matériels dans lesquels nous pouvons
connecter notre réalité quotidienne – le monde « réel » – et notre
réalité intérieure, celle de notre monde psychique.
La nécessité de notre connexion à notre monde intérieur par des
lieux matériels se retrouve exprimée par les pèlerinages des religions,
la « recherche des origines » des exilés (par exemple nos cousins
québécois qui visitent nos villages dans lequel a vécu, il y a plusieurs
siècles, leur ancêtre), le tourisme de masse vers les pays à
civilisation : Égypte, Grèce, Mexique…
Pour les avoir observés à la lumière de notre connaissance des états
modifiés de conscience, les « pèlerins » se trouvent souvent dans un
état altéré dans lequel des ponts subtils sont lancés entre les deux
réalités, intérieure et extérieure. Ces nouvelles connexions
garantissent une meilleure correspondance entre ces deux mondes et
contribuent à notre équilibre intérieur. Par opposition, l’être qui est
perçu dans notre société comme aliéné, vit une séparation parfois
complète entre son univers intérieur et la « réalité consensuelle »,
pour reprendre le terme de Bandler, des autres êtres humains.
Tous les lieux qui régénèrent notre énergie, où nous retrouvons nos
sources, sont utiles à cet effet :
• Lieux de notre enfance, du pays ou de la région de
provenance de nos ancêtres.
• Lieux avec lesquels nous ressentons un lien intuitif et
irrationnel.
• Lieux connectés à notre religion ou à notre forme
particulière de spiritualité, en fonction de notre foi
éventuelle ou de notre philosophie de vie.
• Lieux qui illustrent la vie réelle ou imaginaire de nos héros.
Chaque groupe, chaque génération possède des lieux forts de sens
et d’identification. À l’heure d’une redéfinition du groupe et du lien
social à l’échelle globale de la planète, ces lieux deviennent de plus
en plus vite adoptés par des ensembles humains de plus en plus
vastes.
Les commentaires journalistiques, lors de la naissance d’un lieu de
concentration de telle ou telle « tribu » moderne, empruntent alors
volontiers au champ lexical de la religion – qui puise d’ailleurs ses
origines dans le latin religare, « relier » – ou de la spiritualité, en
évoquant volontiers « la nouvelle La Mecque » de tels ou tels fans de
musique ou du « pèlerinage » annuel des amateurs de ceci ou cela.
Il est important de mettre l’accent sur l’importance de la démarche
consistant à inclure des lieux dans son panthéon personnel, en toute
suspension de jugement. La valeur d’un lieu particulier, dans notre
panthéon, n’est attachée ni à ce lieu particulier ni à nous-même, mais
bien justement dans l’alchimie, la relation qui existe entre nous et ce
lieu.
Quel lieu dans le monde représente-t-il votre « centre du monde »
intime, personnel, mythique ?
Ce lieu, ces lieux, combinés à d’autres facteurs et attitudes que
nous avons abordés précédemment, pourront alors, « si nous y
croyons », nous donner accès à la chance.
LA CHANCE EST UN FACTEUR IMPORTANT :
APPRIVOISEZ-LA EN CULTIVANT VOTRE INTUITION
Alain Prost, au cours d’une interview réalisée il y a quelques
années, répondait à l’interrogation d’un journaliste qui le questionnait
sur la chance apparente qui semblait l’avoir accompagné tout au long
de sa carrière : « La chance existe. Elle est le produit de la préparation
et de l’attitude positive. »
Nous partageons la conviction de ce grand champion. Si vous avez
suivi les étapes du développement de votre projet présentées dans ce
livre, vous avez également œuvré à l’acquisition de ce facteur de
réussite. Les conditions de maximisation de « nos chances de chance
» sont les suivantes :
• Avoir nettoyé les croyances négatives, les loyautés
perverses, dont nous avons parfois hérité de nos familles
ou que la vie nous a données.
• Avoir établi un projet formalisé pour notre vie et découpé
celui-ci en étapes identifiées et accessibles sous forme d’un
plan d’action motivant.
• Avoir développé le bon niveau d’équilibre entre la
persistance, la rigueur, la conservation de notre cap, et la
flexibilité nécessaire pour intégrer les impondérables, les «
accidents » sur notre chemin.
• Avoir pris les décisions fortes qui s’imposent pour enfin
aligner les parties de notre vie qui n’étaient pas
compatibles avec notre projet, notamment les
compromissions sur nos valeurs.
• Avoir développé une foi, « une croyance » suffisamment
stable en notre capacité à mener à bien notre projet.
• Être ouvert aux opportunités de la vie en ayant développé
notre intuition.
Ce dernier point est également d’une importance capitale. Dans nos
intuitions subtiles se matérialisent toutes les conditions citées plus
haut, qui vont contribuer à la réalisation du sens supérieur de nos
vies.
Dans son roman best-seller La Prophétie des Andes, James
Redfield en présente une version séduisante et accessible. Son héros
mène une quête vers son destin et la connaissance, en se laissant
guider par les coïncidences qu’il rencontre. Pour se laisser guider par
son intuition, il développe tout au long du roman une approche
fondée sur des croyances utiles en ce sens.
Les coïncidences, même les plus minimes, sont l’expression de notre
destinée
« Dieu ne joue pas aux dés » déclarait Einstein. Chaque
coïncidence revêt pour l’auteur la valeur de l’intrusion d’un ordre
supérieur dans notre vie, d’une pièce importante d’un jeu de piste
cosmique. Nous pouvons décoder ces hasards quotidiens qui
chercheraient à nous orienter dans une certaine direction. Dès qu’un
phénomène de cette nature est identifié, les questions à nous poser
seraient les suivantes :
• Quel message ma destinée m’envoie-elle ? Quel
encouragement ou avertissement dois-je percevoir ?
• Que dois-je apprendre ou changer pour m’adapter ?
• Dans quel but ce hasard attire-t-il mon attention ? Par
exemple, si un hasard provoque la rencontre d’une
personne, nous devons nous questionner sur le message
que cette personne cherche inconsciemment à nous
délivrer.
Le nombre de coïncidences et la chance qui nous arrivent, sont
fonction du niveau d’énergie de nos vies
Ce niveau d’énergie est directement lié à la qualité de la connexion
qui nous relie à notre destinée :
• si le nombre des hasards est fort, c’est le signe d’une
connexion forte et intense à notre énergie la plus haute ;
• si le nombre des hasards est faible ou nul, il indique une
déconnexion provisoire du sens de notre vie et la nécessité
de le retrouver.
L’essentiel des relations humaines peut être perçu comme un échange
d’énergie
Redfield décrit les relations humaines comme une « guerre pour
l’énergie » entre les hommes, chacun cherchant à prendre de l’énergie
à l’autre en lui en donnant le moins possible. Il existe des « vampires
», personnages négatifs qui ne peuvent survivre qu’en nous déprimant
– en nous laissant vides – et en nous volant notre énergie.
À l’inverse, certains êtres positifs, parce qu’ils sont en contact
intime avec leur destin, sont tellement emplis de cette énergie qu’ils
nous connectent à « notre légende personnelle » par son don gratuit.
Nous devons rechercher leur contact.
En complément, notre responsabilité consiste, une fois connecté
nous-mêmes à notre chemin et empli du sens de nos vies, à aider les
autres à se relier à leur destin personnel en leur transmettant cette
énergie. Ce sera l’objet du dernier chapitre.
Exercices pour développer l’intuition
Exercice 31 : Prêter attention à ses rêves

Durée indicative : 5 minutes par jour


Les gens qui ont une bonne intuition ont généralement des
meilleures connexions entre leur conscient et leur inconscient que la
moyenne. Un des moyens de travailler à ces connexions est
d’apporter une attention particulière à vos rêves. Plusieurs exercices
peuvent vous aider en ce sens :

Chaque matin ou après une sieste, notez sur un carnet les rêves dont
vous pouvez vous souvenir, ainsi que le plus de détails les
concernant.
Important : notez-les dès votre réveil, si possible avant de vous
lever. Le calepin doit se trouver à proximité de votre lit.

Si l’exercice précédent vous est difficile, notez-les pendant la nuit, à


chaque réveil spontané. Si nécessaire, programmez un réveil au cours
de la nuit

Entraînez-vous, le soir avant de vous endormir ou le matin pendant la


phase de sommeil paradoxal qui conclut la nuit, à rester conscient le
plus longtemps possible, à mi-chemin entre les deux états de la veille
et du rêve. Idéalement, grâce à cet exercice, vous pourrez atteindre le
stade du rêve lucide.
Note : Pour de nombreux exercices de ce type, l’important, afin
d’en tirer les meilleurs bénéfices, est de le prolonger sur plusieurs
mois. L’exercice décrit ci-dessus prend très peu de temps, son enjeu
est de le réaliser dans la durée.
Exercice 32 : Accroître sa vigilance aux coïncidences
Durée indicative : 40 minutes
1. Prenez vingt minutes pour noter toutes les coïncidences de votre
vie dont vous pouvez vous souvenir :
- personnes rencontrées par hasard ;
- liens entre les personnes de votre entourage ;
- hasards familiaux : dates de naissance, prénoms, âge des
événements marquants, répétitions familiales… ;
- lieux, pays qui reviennent dans votre histoire personnelle ;
- blocages qui se répètent ;
- chances : gain au jeu, opportunités, synchronicités…, etc.
2.Analysez ensuite ces hasards au travers de deux prismes :

Celui des répétitions négatives : quelles leçons pouvez-vous en tirer ?


que devez-vous résoudre pour désormais avancer plus vite ?

Celui – positif – de votre projet : dans l’état d’esprit d’un joueur de


loto qui analyserait les tirages passés pour inventer une martingale,
efforcez-vous de déterminer (de créer !) une logique positive dans la
perspective de votre projet et/ou de votre mission. Quel sens, quelle
direction générale percevez-vous dans cette suite de coïncidences ?
3. Prenez également l’habitude, chaque jour, de prêter attention aux
petites coïncidences – positives ou négatives – de la vie, sans
forcément leur chercher un sens. Leur multiplication, selon l’attitude
que propose Redfield, sera l’indicateur de votre niveau d’énergie par
rapport à votre projet.
Exercice 33 : Se régénérer au contact de ses mentors

Identifiez tout d’abord de trois à cinq « mentors », personnages


vivant ou disparus, réels ou mythiques, dont la vie, le métier ou les
valeurs sont importants pour vous et votre projet.
Nous vous proposons ci-dessous plusieurs moyens de profiter de
leur inspiration :
Lisez des biographies sur eux ou tachez, s’ils sont encore
vivants, de vous rapprocher d’eux : lectures, articles,
recherche Internet, idéalement entrevue ou coopération
avec ces personnes.

Quand vous êtes confronté à un choix ou à une situation


difficile, imaginez ce que pourrait être leurs conseils à
votre endroit : Sentez leur présence, imaginez-les, enfin
entendez leur voix vous prodiguant ces conseils.

Identifiez un objet symbolique qui vous rappelle votre


modèle. Regardez cet objet, touchez-le. Si cela est utile
pour vous, gardez cet objet sur vous dans les situations
dans lesquelles il pourrait vous inspirer ou vous sécuriser.

Régulièrement ou lors des transitions importantes de votre


vie, allez sur les lieux où s’est déroulée leur vie : village de
votre enfance s’il s’agit par exemple d’un grand-père,
voyage à l’étranger, visite touristique…

1 Léon Tolstoï.
13
QUELLE EST VOTRE MISSION ?
« C’est dans la contribution que nous accomplissons notre
vie »1
Péritas aux enfers
C’était un combattant sanguinaire et sans pitié, le meilleur de tous
pour escalader à la corde les forteresses ennemies : il avait été le
premier à parvenir au sommet de la forteresse de Tyr et son action
avait décidé du sort du siège de la ville. Péritas était un des meilleurs
soldats du roi Alexandre. Éduqué pour tuer dès son enfance, sous le
règne de Philippe, il avait été de toutes les batailles du jeune
souverain : Le Granique, Issos, la campagne d’Égypte. Son cadavre
ne reposait que depuis quelques heures dans la plaine de Gaugamèle
que le roi des enfers lui-même, Hadès, sur son attelage tiré par des
coursiers bleus, vint le chercher pour le précipiter sans jugement dans
le gouffre du Tartare : aucun des trois juges n’aurait pu évoquer pour
le défendre une bonne action qu’il aurait accomplie au cours de sa
vie. Le frère d’Hadès, Zeus, qui nourrissait une affection particulière
pour les soldats de son fils Alexandre – il avait fait confirmer sa
paternité aux humains par l’intermédiaire de l’oracle de Ziwa – se
souvint qu’un jour Péritas avait lors d’un combat déplacé son pied,
par un mouvement à peine conscient, afin d’éviter d’écraser une
araignée qui se tenait sur le sol. Zeus, dans son indulgence, considéra
cette action comme un geste généreux et eut soudain le caprice de
venir en aide à l’âme perdue. Il fit alors doucement descendre dans
les profondeurs des enfers un long fil d’araignée jusqu’à Péritas.
Quand il lui parvint, celui-ci constata qu’il offrait une certaine
résistance et commença à escalader pour s’extraire du gouffre. Il était
parvenu à une telle maîtrise de l’art de grimper à la corde qu’il
estimait qu’il lui était peut-être possible d’accomplir l’exploit sans
briser le fil. Parvenu à mi-chemin, il apercevait vers le haut la lumière
du jour, ce qui décupla sa concentration et sa volonté. Se penchant
vers le bas, il put voir une foule immense d’êtres misérables et
défigurés qui l’avaient suivi et grimpaient à sa suite en une file
ininterrompue, imitant à la perfection ses gestes souples.
Péritas ressentit alors une peur intense : le fil était peut-être assez
résistant pour lui, mais il allait certainement céder sous le poids des
milliers de gens qui avaient pris sa suite.
« Ceux-là n’ont qu’à rester dans les enfers, maugréa-t-il. Pourquoi
faut-il que ces médiocres me suivent ? Qu’ils se débrouillent donc
seuls et trouvent un autre moyen s’ils en sont capables ! » À l’instant
exact où Péritas eut cette pensée, le fil céda juste au-dessus de ses
mains, les précipitant tous dans les profondeurs infernales.
Inspiré des sagesses traditionnelles indiennes et japonaises
Le dernier chapitre de ce livre est consacré à la notion de mission.
Par mission, comprenons « ce qui dépasse notre individualité ». Cette
notion peut se rapprocher de l’idée d’appartenance à un clan, une
tribu, une tradition ou au genre humain tout entier.
La « mission » est extrêmement importante pour qui souhaite
prendre sa vie en main et se réaliser pleinement, car elle constitue un
puissant moteur et représente un véritable catalyseur de ressources et
de motivation.
Lorsque nous sommes en phase avec notre mission, nous nous
remplissons d’énergie et d’enthousiasme, et nous nous connectons
naturellement à l’état de fluidité cher à Mihaly Csikszentmihalyi.
La mission peut être comprise comme une espèce de vocation, dont
l’origine latine, vocare, « appel », nous indique à quel point cet élan
personnel trouve sa source à la fois à l’intérieur de nous et à
l’extérieur. La vocation est à comprendre ici dans son acception la
plus large, et non pas circonscrite au domaine professionnel.
Cet appel peut être perçu comme le trait d’union, ce qui fait le lien
entre notre individualité et notre universalité. Même un ermite vit sa
vie dans un contexte, une époque, un environnement naturel. La
mission est ce qui nous rattache à l’univers qui nous entoure, que cet
univers soit, selon les sensibilités de chacun, perçu sous l’angle de la
communauté humaine, de l’équilibre écologique ou du cosmos.
Notre mission représente notre contribution individuelle à un ordre
qui nous dépasse. Il existe bien des façons de découvrir sa mission.
Pour certains d’entre nous, sa découverte peut parfois être vécue
comme un mythe, la vie se transformant alors en quête dont la
mission individuelle en serait devenue le Graal.
Il est essentiel de distinguer notre mission du métier que nous
exerçons, la confusion pouvant alors conduire à une impasse : si un
métier peut s’inscrire dans une mission, contribuer au but de celle-ci,
il n’est en aucun cas la mission elle-même.
Cette distinction est d’autant plus importante qu’elle permet de se
protéger du mythe du « job parfait ». Un coach avec qui nous
échangions nous a proposé une analogie séduisante entre le mythe du
prince charmant pour la petite fille et celui du métier idéal pour le
petit garçon : ces idéaux extrêmement moteurs pour chacun de nous
peuvent, s’ils sont abordés avec un manque de maturité, engendrer
frustrations et insatisfactions chroniques dans notre vie « réelle ».
Si nos rêves sont à confronter fructueusement au principe de réalité
dans la construction de notre vie adulte, la mission se situe dans un
autre périmètre que celui du réel, puisqu’elle est davantage une
direction qu’une destination.
« Tout ce que nous pouvons imaginer est réel. »
Picasso

CE QUE NOUS OFFRONS AU MONDE


Une approche de la découverte de sa mission consiste à
s’interroger sur ce que nous avons de plus personnel à offrir au
monde qui nous entoure. En nous interrogeant sur notre spécificité,
notre singularité, nous identifions ce qui est ou en représente le
germe, notre talent particulier.
Un talent n’est pas forcément artistique ou sportif, et n’est pas
obligatoirement rattaché à une compétence. Un talent est plutôt
comme une tendance naturelle, un mélange d’intérêt et d’aptitudes
qui, combinés à un contexte favorable, créent un terrain propice à
l’expression de ce qui nous est le plus fondamental.
Un talent permet de faire, d’accomplir des actes en parfaite «
résonance » avec notre for intérieur. Pouvant être perçu comme un
élément extrêmement personnel, il est surprenant de constater
combien, souvent, l’expression d’un talent singulier doit produire in
fine un résultat concernant énormément de monde.
Nous avons parlé dans un précédent chapitre de l’aventure que fut
le projet fou de Georges Lucas, lorsqu’il se mit en tête de réaliser la
guerre des étoiles Nous avons vu que, contre toute attente, ce film qui
faillit ne jamais voir le jour fut l’un des plus grands succès de tous les
temps, et couronna son créateur de gloire et de dollars.
Il serait infiniment réducteur de limiter l’histoire de ce film au
succès de Georges Lucas. En effet, ce film représente aujourd’hui
pour des millions de personnes à travers le monde quelque chose
d’unique. En réalisant son film, Georges Lucas a offert au monde une
part de lui-même, unique, qui a pourtant touché, ému, toute une
partie de la planète.
Tout travail, tout projet possède différentes facettes. Sur un plan
personnel, il peut nous enrichir de bien des façons, nous faire
progresser d’un point de vue personnel et professionnel. Par ailleurs,
il offre quelque chose au monde.
Quelque chose à voir, à entendre, à ressentir…
En découvrant la pénicilline, Alexander Fleming a fait bien plus
que de passer à la postérité.
Lorsqu’il a écrit À la recherche du temps perdu, Marcel Proust a
fait bien plus que de revenir sur ses souvenirs de mondain et d’enfant
malade. Tous ces individus ont enrichi leur entourage, ont contribué à
quelque chose d’unique qui a changé la vie de beaucoup de monde,
en même temps qu’ils trouvaient la voie de leur accomplissement
personnel. Comme le disait Goethe : « Bien savoir faire une seule
chose procure un plus haut développement que d’en faire à demi une
centaine. »
Nous commettrions une erreur en imaginant que seules les grandes
découvertes ou les œuvres d’art enrichissent le monde qui nous
entoure. Quelle que soit la nature d’une tâche, la façon dont elle est
accomplie, l’état d’esprit dans lequel elle s’inscrit la rendent plus ou
moins accessible à notre environnement.
À nous, chaque jour, d’investir tout notre cœur dans ce que nous
accomplissons : notre vie n’en prendra que davantage de sens, et
l’estime que nous portons à nous-même n’en sera que plus
importante, affectant même jusqu’à notre relation aux autres.Une des
conditions préliminaires en est la compréhension de notre spécificité
dans ce cadre.

Et si ce chapitre était en questions ?


• Quelles sont les personnes qui, selon vous, ont le plus
réussi leur vie ?
• Qui a le plus contribué positivement à ce que vous êtes
aujourd’hui ? Qui pourrait citer votre nom si on lui
posait cette question ?
• Lors de vos funérailles, quel éloge aimeriez-vous
entendre de la bouche de vos proches ?
• En quoi êtes-vous unique ?
• Que manquerait-il au monde si vous n’étiez pas là ?
• Quel travail pourriez-vous effectuer sans avoir
l’impression de travailler ?
• Si vous étiez dégagé de toute contingence matérielle,
que feriez-vous de votre vie ?
• Dans quel domaine, même modeste, pourriez-vous
ambitionner d’être un jour le meilleur du monde ?
• À quel projet dépassant votre individualité
souhaiteriez-vous contribuer ?
IDENTIFIONS NOTRE SINGULARITÉ
Il peut nous arriver d’avoir au quotidien l’impression de ne pas
enrichir le monde ou alors de ne pas offrir au monde qui nous entoure
le meilleur de nous-même.
Cette impression peut provenir de différentes sources ; peut-être ne
mettons-nous pas assez de nous-mêmes dans ce que nous
accomplissons au quotidien. Peut-être ne sommes-nous pas à notre
meilleure place, c’est-à-dire à la place qui s’accorde parfaitement
avec qui nous sommes.
Ainsi, la part la plus singulière de nous-mêmes est à cultiver, à
étudier, et de cette étude peut naître une vraie connexion avec cette
part intime, qui peut être perçue comme la source de notre créativité
la plus grande.
La question à se poser pourrait bien être la suivante : sur quoi
pourrions-nous devenir le meilleur du monde ? Pour quel genre de
chose, même la plus minuscule, souhaiterions-nous être le meilleur
du monde ?
Cette chose est comme un trésor, notre trésor. Elle représente notre
contribution à la symphonie du vaste monde. Retirez d’un orchestre
symphonique une cymbale, un triangle, et c’est tout le morceau qui se
trouve dénaturé.
Que manquerait-il si nous n’étions pas là ? Une façon de cerner
notre singularité est de se demander ce qui manquerait à notre
entourage personnel et professionnel si nous n’étions pas là. Une
question que nous pouvons nous poser serait du type « qu’ai-je de
vraiment particulier, dans ma façon d’être, dans mes attitudes et dans
mes expériences, qui m’est unique, irremplaçable » ?
Souvent, nous portons notre mission à notre insu ; sans le savoir,
nous incarnons, par nos actes les plus insignifiants, une façon d’être,
une façon de voir et de vivre les choses, qui font de chacun de nous
l’ambassadeur d’une voie et d’un chemin unique. Pour les découvrir,
nous devrons passer certains obstacles.
DÉPASSER NOS BARRIÈRES INDIVIDUELLES
La mission est contribution à un ordre et une direction supérieurs.
Ceci présuppose deux choses : la perception, même intuitive, de cette
direction, et notre capacité à briser certaines barrières de pensée,
notamment celle de l’égoïsme, pour utiliser un terme PNL de «
centrage sur soi ».
La nécessité de l’idée de service
Nous avons abordé lors du chapitre 5la nécessaire clarification de
notre relation aux autres comme une des conditions de notre
développement personnel. Pour pouvoir nous inscrire dans une
mission, nous devrons franchir, le moment venu, une barrière
supplémentaire et intégrer dans notre vie la notion de service aux
autres. Ceci ne sera possible que lorsque nous aurons pu dépasser nos
peurs, que lorsque nous serons suffisamment solides et forts pour
pouvoir réellement nous ouvrir à notre humanité.
Le dirigeant d’une importante entreprise de distribution confiait
récemment à Philippe qu’à l’âge de 59 ans, fortune faite et après une
vie très active consacrée au développement de son affaire, il avait
vécu une crise personnelle profonde, peut-être une forme de
dépression, liée à l’approche de la retraite et au sens de sa vie. Il
l’avait résolue en décidant « d’arrêter de travailler » et de se
consacrer uniquement au développement et au coaching individuel
des membres de son comité de direction. Rayonnant, il tirait de sa
décision le bilan suivant : « Mes affaires n’ont jamais été aussi
florissantes, et j’ai trouvé une nouvelle motivation : Je suis reparti
pour dix ans. »
Le passage dans une dimension supérieure de notre mission ne
s’opère pas nécessairement dans la douleur, si l’idée de service aux
autres est intégrée à notre quotidien le plus tôt possible dans notre
processus de développement :
• soit parce que la nature de notre travail ou notre façon de
l’appréhender nous permettent de vivre réellement la
notion de service aux autres ;
• soit parce que, dans un monde qui souvent, dans le culte de
la productivité, de la performance, de la différenciation, de
la consommation, nous amène à nous centrer sur nous-
mêmes, nous laissons ouvertes quelques fenêtres qui nous
connectent au service de l’autre : aide ou formation des
plus jeunes, réel engagement pour une équipe, adhésion à
une association, etc. Le moment venu, les différentes
parties de notre vie – métier, compétences, service,
identité, hobbies, attitudes justes – fusionneront et notre
mission se révélera à nous de manière évidente.
S’inscrire dans une vision plus vaste
Le DRH Europe d’une grande entreprise de cosmétiques et
parfums nous exprimait que dans sa structure, un « haut potentiel »
était identifié comme tel selon trois critères nécessaires :
• Stabilité de la performance et de la capacité de travail.
• Adaptabilité : capacité à relever des défis en changeant
parfois complètement de fonction et de responsabilités.
• Vision du business : c’est-à-dire capacité à percevoir des
tendances à un horizon-temps supérieur à celui nécessaire
à la réalisation de son job. Par exemple, une personne
réunissant les deux premiers critères, et dont la capacité de
projection dans l’avenir serait de cinq ans, alors que ses
fonctions nécessitent une anticipation de trois ans, serait
considérée comme un haut potentiel.
En revenant à notre perspective, les personnes réellement
connectées à leur mission ont très souvent développé une Vision
personnelle, positive, de l’avenir du groupe humain auquel elles
s’identifient le plus – entreprise, fonction, famille, corporation,
nation… – et inscrivent leur contribution dans ce cadre.
Quelles grandes tendances percevez-vous dans votre
environnement, dans votre métier, et dans la société en général ?
Quelles auront été les évolutions les plus significatives, selon vous,
dans dix ans ? Lesquelles de ces évolutions vous toucheront-elles le
plus ?
Explorez ces questions, trouvez vos réponses, et vous disposerez
d’un élément supplémentaire qui, combiné à d’autres que nous vous
proposons, contribuera en son temps à la prise de conscience de votre
mission.
LE DÉNOMINATEUR COMMUN
En nous retournant sur notre vie, nous pouvons distinguer des
récurrences, de grands thèmes qui semblent marquer, colorer notre
existence.
Cette teinte peut être interprétée comme l’indice de la nature de
notre mission : les dizaines de choix que nous faisons à notre insu,
des études que nous suivons aux relations que nous entretenons et à
nos centres d’intérêts de toujours, en passant par les causes que nous
épousons ou dépassons, toutes ces étapes peuvent être vues comme
les expressions de cette force qui nous anime sans que nous en ayons
toujours conscience.
Aussi la mission peut-elle être appréhendée comme le plus petit
– ou le plus grand – dénominateur commun de notre existence,
au-delà des péripéties et des détails.
Jean avait récemment un client dont la demande était de changer de
travail. Avocat à la tête d’un important cabinet, il était lassé de son
travail qui, à ce moment-là, ne le satisfaisait plus.
C’est en travaillant sur la mission de Paul – appelons-le ainsi –
qu’ils ont identifié que ce qui comptait le plus pour lui était de
comprendre ce que les autres ne comprennent pas. Sa mission était de
donner du sens et des explications là où d’autres ne comprenaient pas
grand-chose. C’est sans doute ce désir qui l’avait conduit à épouser la
carrière d’avocat fiscaliste, car il adorait dans son métier décortiquer
des dossiers qui étaient incompréhensibles pour la plupart de ceux
entre les mains desquels ils étaient passés. À cet instant de son
évolution professionnelle, la plupart des affaires de son cabinet
étaient traitées par des collaborateurs plus jeunes qu’il avait pour rôle
d’encadrer, et les affaires vraiment complexes devenaient de plus en
plus rares.
C’est en alignant ses décisions et son projet professionnel sur sa
mission que Paul a entamé une nouvelle activité de conseiller fiscal,
activité qui aujourd’hui le comble à tous niveaux. La découverte de sa
mission par Paul, loin d’être un aboutissement, constitue pour lui
l’ouverture d’un nouveau champ d’exploration.
DE L’INNOCENT AU MAGICIEN : L’ÉVOLUTION DU
LIEN AVEC NOTRE MISSION
La question de la permanence de la mission au cours du temps et
des différents cycles de la vie est délicate et sans doute particulière au
fonctionnement de chacun.
Ce qui en revanche semble communément partagé est le rapport
que nous pouvons entretenir avec notre mission, suivant les différents
stades de développement psychologique que nous traversons.
Dans son livre Le Héros intérieur, les six archétypes qui régissent
notre vie, le jungien Carol S. Pearson décrit différentes postures que
nous adoptons au cours de notre existence, selon le héros qui, à ce
moment-là, représente pour nous la figure archétypale la plus forte.
Il est important de retenir à ce sujet que les figures qui nous
influencent le font souvent plusieurs fois dans une même existence :
le développement personnel n’est pas une évolution linéaire, avec un
début, proche de l’ignorance, et une fin qui serait semblable à la
sagesse.
Au contraire, l’évolution sur ce sujet pourrait être vue comme un
processus circulaire, à la manière d’une spirale ascendante : si les
postures archétypales peuvent être vécues plusieurs fois de suite,
chacune des étapes est vécue avec davantage de profondeur.
Si les six héros qui nous influencent tour à tour tout au long de
notre vie sont très différents les uns des autres, les rapports qu’ils
entretiennent avec leur mission ne le sont pas moins. Bien entendu, le
caractère profond de chacun marque de son sceau chaque histoire de
vie. Toutefois, nous pouvons distinguer des lignes d’influence qui
émergent du rapport que nous entretenons avec notre mission.
La mission de l’innocent
C’est peut-être le stade du développement le moins marqué par la
notion de mission : en effet pour l’innocent, le paradis n’est pas
encore perdu. L’innocent peut être vu comme la figure du nouveau
né : la distinction n’est pas encore très claire entre lui et l’univers, et
le monde de l’innocent est un monde de bon plaisir, l’univers étant
appréhendé comme la source infinie de toutes les choses nécessaires
pour satisfaire les besoins de l’innocent.
Dans une telle réalité, on comprend que la notion de mission, si
elle existe peut-être, n’est pas encore déclinée sous forme d’actes ou
de prises de position.
Si la mission de l’innocent existe peut-être, elle est latente, en
devenir, prête à se cristalliser dans le monde de…
L’orphelin et sa mission
Le monde de l’orphelin est celui du paradis perdu. Chassé du
paradis terrestre, culpabilisant à l’idée d’être responsable d’une «
faute » originelle, le mythe de l’orphelin est celui du protecteur, du
sauveur.
Face au dragon, l’orphelin cherche quelqu’un ou quelque chose,
pour le protéger. Dans cet état d’esprit, l’orphelin entretient avec sa
mission un rapport de l’ordre du militantisme, voire du prosélytisme.
Convaincu que sa famille, son entreprise ou son parti politique sont
la seule voie de salut, il vit sa mission avant tout sous l’angle du
sauvetage : être sauvé de la punition qu’il pense subir en raison d’une
faute qu’il se persuade – inconsciemment – avoir commise. Cette
posture est différente de celle du martyr.
La mission du martyr
Le mythe du martyr est le sacrifice. Contrairement à l’orphelin qui
croit en l’existence du sauveur et qui semble souvent tourné vers lui
seul, le martyr n’entretient plus d’illusions sur ce monde, et, se
tournant vers les autres, il décide de se sacrifier, pour le plus grand
bien de tous.
Face au dragon, le martyr part seul, dans le but de sauver la
collectivité. Sa mission est alors teintée d’un aspect sacrificiel
indéniable, et peut être vécue par le martyr comme l’autel sur lequel il
exécute son propre sacrifice.
Lorsqu’il part seul devant le dragon, le martyr a dès le départ
l’intention de périr ; c’est ce qui le meut, contrairement au guerrier.
Le guerrier et sa mission
Le guerrier est mené par l’idée de terrasser le dragon.Tourné vers
les autres comme le martyr, et souhaitant aussi sauver la collectivité,
ce n’est pas en se sacrifiant, mais bien en se battant, que le guerrier
mène sa vie.
La mission du guerrier est donc davantage vécue comme une
croisade que comme un sacerdoce, et, pour conserver une
iconographie religieuse, le guerrier est plus proche de saint Georges
terrassant le Dragon que de sainte Blandine cernée par les lions dans
les arènes de Fourvière.
La mission du guerrier, même si elle est personnelle dans le sens
qu’elle touche le guerrier au plus profond de lui-même et relève ainsi
de l’intime, est vécue au sein de la collectivité : lorsqu’il se bat, le
guerrier le fait au moins autant pour les autres que pour lui-même, et
la place du guerrier est définitivement dans la cité, au milieu des
hommes, ce qui n’est pas le cas du vagabond.
Le vagabond et sa mission
Devant le dragon, le vagabond va fuir. C’est loin de la cité et de la
société des hommes que le vagabond se dépouille de tous les artifices
qui le polluent, afin de construire et de renforcer son identité.
Le mythe du vagabond est la quête d’identité. Dans cet état
d’esprit, la mission est vécue comme un parcours personnel, occasion
d’apprendre à mieux se connaître et à mieux se comprendre.
Même si elle comporte en son sein une part d’universalité, la
mission du vagabond est, dans son processus, une aventure solitaire,
et c’est de façon solitaire qu’elle est vécue.
La mission du Magicien
Dans le rapport qu’il entretient avec l’univers, le magicien retrouve
l’état de l’innocent, et perçoit l’univers comme un lieu d’abondance,
d’apprentissage et d’évolution.
Si l’innocent ne réalise pas qu’il y a un dragon, si l’orphelin
cherche un sauveur, si le martyr, le guerrier ou le vagabond se
sacrifient, terrassent ou fuient tour à tour devant le dragon, le
magicien intègre le dragon dans l’univers, acceptant, peut-être
sublimant la part d’ombre présente tant dans l’univers, qu’en lui-
même.
La mission du magicien est alors vécue pour elle-même et elle
seule, dépouillée des parasites dont elle a pu pâtir lors des autres
étapes de son développement.
C’est bien de rapport à la mission dont il s’agit, et pas de nature de
la mission. Comprenons bien qu’une même nature de mission peut-
être vécue par un même individu suivant tous les modes, selon les
différentes étapes de sa vie.
Une personne par exemple dont la mission serait la pédagogie –
apprendre au monde tout ce qu’elle est en mesure d’enseigner –
pourrait avoir tendance, lorsqu’elle est au stade de l’orphelin en
premier lieu, à enseigner l’économie au plus grand nombre, si elle
pense que cette matière est la seule voie de salut pour le monde
moderne.
Dans le mode martyr, cette même personne pourrait continuer à
enseigner l’économie, dans des conditions alors très difficiles : lycée
de fortune à l’étranger, établissements difficiles ou secteurs très
défavorisés.
Dans le stade du guerrier, cette personne pourra être tentée
d’imposer un enseignement de l’économie de façon obligatoire, par la
voie politique par exemple ou encore enseigner contre l’avis de tous,
dans des contextes où ce genre d’enseignement serait interdit : un
guerrier trouve toujours des adversaires, même si ce sont des moulins
à vent.
Le vagabond, quant à lui, pourra faire rimer son enseignement avec
un travail de recherche personnel, pouvant se consacrer à la rédaction
d’un livre tout en enrichissant les sciences de l’éducation.
Le magicien, lui, n’entretient peut-être plus aucun rapport avec sa
mission puisqu’une façon de le définir serait de dire que son état est
sa mission. Il l’incarne toute entière, et ne fait plus qu’un avec elle.
Il serait alors complètement « aligné », en phase avec lui-même,
ses désirs et l’univers.
La mission est alors vécue comme une évidence, intégrant par
ailleurs tous les rapports entretenus par les différentes figures. Car le
magicien n’est pas au-dessus ou même en dehors des figures
archétypales, il les intègre toutes et passe de l’une à l’autre
facilement, au bon moment, vivant alors ces postures non pas comme
autant de prisons dont s’évader mais bien comme des possibilités, des
propositions parmi lesquelles il effectue un choix conscient – ou pas.
Exercice 34 : Se reconnecter à ses rêves d’enfant
Durée indicative : 20 minutes
1. Identifiez trois rêves que vous aviez quand vous étiez enfants.
Ceux-ci peuvent être des rêves qui vous ont profondément marqué,
des fantaisies enfantines ou des métiers que vous désiriez réaliser plus
tard : pompier, princesse…
2. Pour chacun de ces trois rêves, posez-vous les questions
suivantes :

Quel est mon rôle dans ce rêve ?

Quelle est ma relation aux autres ? Quelle attitude, façon


d’être est-elle au centre de ce rêve ?

Quelle est le ressenti des autres vis-à-vis de moi ? Qu’est-


ce que je leur apporte ?
3. Identifiez pour chaque rêve une situation de votre vie – dans le
sens de la relation aux autres – qui peut être associée de manière
symbolique à chacun de ces rêves.
4. Décidez pour chacun des trois rêves d’une action concrète, dans
le monde réel d’aujourd’hui, pour avancer dans la direction que vous
pressentez intuitivement.
Exercice 35 : Identifier ce que vous apportez à votre entourage

Durée indicative : 30 minutes


1. Si vous vous sentez capable et désireux de faire cette expérience,
imaginez vos propres funérailles. Imaginez le décor, les personnes
présentes, entendez-les parler entre elles.
2. Imaginez qu’un membre de votre famille, un collègue de travail
et un ami très cher prennent la parole à tour de rôle pour un éloge
funèbre.
3. En vous concentrant sur le son de leur voix, entendez leur éloge,
mêlant généralités et anecdotes précises vous concernant.
Note : pour cette étape, si cela vous est plus aisé, vous pouvez dans
un premier temps rédiger ce discours sur une feuille de papier, de leur
propre point de vue.
4. En visualisant ces personnes faisant leur discours tout en pensant
à vous, associez-vous à elles. Imprégnez-vous de leur ressenti à votre
égard.
5. Reprenez votre position ici et maintenant et posez-vous les
questions suivantes :

Qu’avez-vous appris des trois discours et du ressenti de


chaque personne ?

Quels sont les points communs entre ceux-ci ?

Qu’est-ce qui vous a fait plaisir dans leur éloge ? Qu’est-ce


qui vous a chagriné ? Qu’auriez-vous aimé entendre de
plus ?

Quelles décisions allez-vous prendre maintenant ?


Exercice 36 : « Pour identifier votre mission, il vous faut trouver le
travail que vous seriez prêts a effectuer gratuitement »2

Durée indicative : 10 minutes


1. Listez cinq emplois que vous seriez prêt à effectuer
gratuitement.
2.Identifiez-en un pour lequel vous seriez prêt à payer pour pouvoir
l’accomplir.
Exercice 37 : L’entraînement du guerrier
Durée indicative : une heure
Dans les arts martiaux japonais, on dit que quand un maître accepte
un nouvel élève, il peut se passer des années avant que l’élève ne soit
entraîné par lui à son art martial. Ce temps préparatoire est consacré à
l’acquisition de la somme des petits apprentissages, prises de
conscience, capacités nécessaires qui, le moment venu, permettront
au disciple de se hisser en un temps extrêmement court au sommet de
la maîtrise du karaté, de l’aïkido ou du kung-fu.
Nous découvrons souvent notre mission peu à peu, un peu comme
dans la construction d’un puzzle l’image globale apparaît
progressivement. L’objectif de cet exercice est d’aborder votre vie
selon cette perspective
1. Découpez votre vie passée en 3 à 5 étapes qui vous semblent
naturelles et évidentes.
2. Pour chacune de ces étapes, identifiez-en les principaux
apprentissages et prises de conscience.Vous pouvez vous aider de la
grille suivante :

3. Laissez reposer votre réflexion pendant quelques jours. Quand


vous y reviendrez, efforcez-vous de découvrir, notamment par une
lecture horizontale, le sens et la direction de votre évolution
personnelle. Il s’agit là d’une démarche de type « cerveau droit » :
faites confiance à votre intuition, à vos rêves, aux coïncidences qui
pourraient vous apporter une soudaine prise de conscience.Vous
pouvez également dessiner une métaphore de ce que pourrait être
votre mission.

Dans les jours prochains…


Faites « l’exercice de l’usurpateur » : imaginez-vous
avoir intégré la peau d’un inconnu ce matin (la vôtre !)
et déterminez son identité en fonction de son
entourage : la manière dont les gens le regardent, lui
parlent…
Prenez cinq minutes par jour pour aider une personne
inconnue ou quelqu’un de votre entourage non proche.
« Prolongez les courbes » et imaginez la projection d’une
situation dans six mois ou un an.
Rappelez-vous que vous êtes unique, que vous avez de la
valeur, et que vous pouvez contribuer à rendre ce
monde meilleur.
Prenez chaque jour un peu de temps pour vous.
Souvenez-vous de vos rêves d’enfant. Faites ce que
vous pouvez, du mieux que vous le pouvez, pour vous
accomplir, vous réaliser et prendre soin de vous.

1 Théodore Mitchell.
2 D’après John Grinder.
Conclusion
UN NOUVEAU DÉPART ET LE PLAISIR DE
SE SENTIR VOGUER AU PLUS PRÈS DE SA
VIE
NOUS ARRIVONS ENSEMBLE au terme de cet
ouvrage.Vous avez pu expérimenter en vous-mêmes, dans
votre chair, les vertus de l’action, et votre travail a
enclenché des processus profonds qui vous ont amené et
continueront de vous amener un peu plus près de vous-
mêmes. Peut-être avez-vous déjà le sentiment d’avoir trouvé
ou retrouvé, le chemin de votre vie, la connexion de votre
existence à quelque chose de profond et d’intime, le lien
entre le quotidien et le sentiment d’une direction plus
lumineuse, plus sereine, des événements et des rencontres.
Quelle est la prochaine étape ?
De nos échanges avec nos premiers lecteurs, nous avons
identifié les pistes suivantes :
• Quel est le chapitre que vous avez préféré ? Quel
est celui que vous avez le moins aimé, voire qui
vous a irrité ? Prêtez-leur une attention
particulière : ils sont tous deux au cœur de vos
enjeux individuels.
• Relisez ce livre en consacrant un délai déterminé –
d’une semaine à un mois – à chacun des chapitres
et à l’approfondissement de ses différentes
facettes.
• Après un certain délai, de six mois à deux ans,
revenez aux exercices que nous vous avons
proposés : votre évolution personnelle, le temps
passé, vous donneront un éclairage nouveau.
• Isolez-vous quelques jours à la campagne avec un
ami ou un proche, relisez ce livre et faites
ensemble, à tour de rôle, les exercices. Les
échanges, le regard bienveillant de l’autre ne
pourront qu’en démultiplier les bénéfices
Enfin, cet ouvrage se présente comme un manuel de
changement personnel. Nous ne saurions donc que trop
recommander au lecteur souhaitant faire profiter son
entourage de ce livre de bien s’assurer, au préalable, avant
de le prêter ou d’encourager à son acquisition, qu’il existe
bien une demande de changement.
Briser le cocon ne serait pas aider le papillon, mais le
condamnerait au contraire à une mort certaine : les ailes non
décollées resteraient trop fragiles pour se déployer, et le
petit papillon resterait à l’agonie. Heureusement, l’homme
qui regarde ce magnifique spectacle connaît tout ça. Alors il
observe la magie de la nature, il s’émerveille devant toute la
force que déploie le petit papillon et lorsque celui-ci prend
son envol, l’homme sourit. Comme il s’élance, le papillon
peut voir, s’il regarde en arrière, son cocon désormais vide
rétrécir et s’éloigner : les couleurs vives de son blanc
cotonneux sur les feuilles vertes de l’arbre semblent d’abord
s’affadir, avant de se fondre dans la masse informe du
massif. Peut-être le papillon se dit-il : « Ce lieu où tu as
souffert fait maintenant partie de toi, et tu as déjà oublié
tellement de choses… Mais tu as transformé tout cela, par ta
seule force, cette force nouvelle que tu ressens en toi à
chacun des mouvements de tes ailes, comme une énergie qui
parfois déborde tant que tu ne peux la garder pour toi seul. »
En se tournant vers le bas, il regarde désormais la vie
d’un œil nouveau : ses congénères dans les différentes
phases de leur développement, leurs peines et leurs
avancées, qui furent autrefois les siennes. Il peut maintenant
déceler
– est-ce l’instinct ? Est-ce une forme subtile de
communication entre les membres de son espèce ? – les
propriétés des différentes fleurs qui s’offrent pour être
butinées : celles qui tournent la tête pour laisser ensuite
affamé et sans force, celles qui empoisonnent, celles qui
vous nourrissent vraiment et vous permettent de voler plus
loin.
Le petit papillon s’éloigne, en s’élevant dans l’air du
matin.
BIBLIOGRAPHIE
Nous vous présentons en priorité les références des livres
dans leur version française, sauf quand celle-ci n’est pas
disponible.
RÉFLEXION
Coaching
CHAVEL T., Profession : Coach, Paris, Demos, 2003.
COLIGNON G., Comment leur dire ?, Paris,
InterEditions, 1997.
DILTS R., From Coach to Awakener, Capitola Californie,
Meta Publications, 2003.
EPPLING D. et MAGNIEN L., Quel manager êtes-
vous ? Étalonnez vos pratiques, Paris, Éditions de
l’Organisation, 2005.
WHITMORE J., Le Guide du coaching, Paris, Maxima,
2003.
Changement
HALEY J., La Thérapie ordalique, Paris, IFHE, 2004.
JOHNSON S., Qui a piqué mon fromage ?, Paris, Michel
Lafon, 2000.
KOURILSKY F., Du désir au plaisir de changer, Paris,
InterEditions, 1997.
MARC E. et PICARD D., L’École de Palo Alto, Paris,
Retz, 1980.
NARDONE G. et WATZLAWICK P., L’Art du
changement, Paris, L’Esprit du temps, 1993.
WATZLAWICK P., Le Langage du changement, Paris, Le
Seuil, 1978.
WATZLAWICK P., WEAKLAND J. et FISCH R.,
Changements, paradoxes et psychothérapie, Paris, Le Seuil,
1975.
Autres
ANCELIN-SCHUTZENBERGER A., Aïe mes aïeux,
Paris, DDB-La Méridienne, 1995.
CAMPBELL J., Puissance du mythe, Paris, J’ai lu, 1999.
CHOPRA D., La Voie du magicien, Paris, J’ai lu, 1997.
CSIKSZENTMIHALYI M., Vivre, la psychologie du
bonheur, Paris, Robert Laffont, 2004.
GAWAIN S., Techniques de visualisation créatrice, Paris,
J’ai lu, 1984.
GOLEMAN D., L’Intelligence émotionnelle, Paris,
Robert Laffont, 1999.
JODOROWSKY A., La Danse de la réalité, Paris, Albin
Michel, 2004
JOULE R.-V. et BEAUVOIS J.-L., La Soumission
librement consentie, Paris, PUF, 1999.
JOULE R.-V. et BEAUVOIS J.-L., Petit Traité de
manipulation à l’usage des honnêtes gens, Paris, Presses
Universitaires de Grenoble, 2002.
PEARSON C.S., Le Héros intérieur, Boucherville,
Québec, Éditions de Mortagne.
RIALLAND Ch., Cette famille qui vit en nous, Paris,
Robert Laffont, 1994.
ROSNAY J. de, Le Macroscope : vers une vision globale,
Paris, Le Seuil, 1977.
TALBOT M., Hollographic Universe, New York,
Perrenial 1992.
TURNER J., La Ligne du temps, Paris, InterEditions,
2003.
WATZLAWICK P., HELMICK BEAVIN J. et JACKSON
D.D., Une logique de la communication, Paris, Le Seuil,
1976.
WERBER B., Encyclopédie du savoir relatif et absolu,
Paris, Livre de Poche, 2003
CULTURE D’ENTREPRISE
COLLINS J., PORRAS J., Bâties pour durer, Paris, First,
1996.
COLLINS J., De la performance à l’excellence, Paris,
Village mondial, 2003.
DEAL et KENNEDY, Corporate Cultures, New York,
Perseus Books, 2000.
PROGRAMMATION NEUROLINGUISTIQUE ET
HYPNOSE ÉRICKSONIENNE
BANDLER R. et Grinder J., The Structure of Magic,
Science and Behaviour Books, 1975.
BANDLER R. et GRINDER J., Transe-formation, Paris,
InterEditions, 1998.
CHARVET S.R., Words that Change Minds, Dubuque,
Iowa, Kendal et Hunt, 1997.
DE SAINT-PAUL J. et CAYROL A., Derrière la magie,
Paris, InterEditions, 1997.
DE SAINT-PAUL J. et TENENBAUM S., L’Esprit de la
magie, Paris, InterEditions, 1999.
DILTS R., Des outils pour l’avenir, Paris, Desclée de
Brouwer, 2003.
DILTS R., Modéliser avec la PNL, InterEditions, 2004
DILTS R., Changer les sytèmes de croyances avec la
PNL, InterEditions, 2006
GIROD A., PNL et performance sportive, Paris,
Amphora, 1999.
GODIN J., La Nouvelle Hypnose, Paris, Albin Michel,
1992.
LOCKERT O., Hypnose, Paris, IFHE, 2001.
MALAREWICZ, J.-A., Quatorze leçons de thérapie
stratégique, Paris, ESF Éditeur, 1992.
O’CONNOR J., Coaching with NLP, Element Books,
2004.
O’HANLON B. et MARTIN M., L’Hypnose orientée vers
la solution, Paris, Satas, 1995.
ROBBINS A., Pouvoir illimité, Paris, Robert Laffont,
1997.
WOLINSKY S., Trances People Live, Las Vegas,
Bramble books, 1991.
ROMANS ET CONTES
COEHLO P., L’Alchimiste, Paris, Anne Carrière, 1995.
DESHIMARU T., Le Bol et le Bâton : 120 contes zen,
Paris, Albin Michel 1986.
FAULIOT F., Contes des arts martiaux, Paris, Albin
Michel 1984.
LÉVY M., Et si c’était vrai ?, Paris, Robert Laffont,
2000.
NABOKOV V., Le Guetteur, Paris, Gallimard, 1969.
PROUST M., À la recherche du temps perdu, Paris,
Gallimard, 1987-1989.
REDFIELD J., La Prophétie des Andes, Paris, Robert
Laffont, 1995.
ZWEIG S., Vingt-quatre heures de la vie dune femme,
Paris, Le Livre de Poche, 2003.