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HST ND 2333 - 220 - 10

3 Evaluation de l’exposition
3 Produit chimique
3 Modélisation

h Nicolas BERTRAND, INRS, département


Expertise et conseil technique

h Raymond VINCENT, INRS, département


Métrologie des polluants

MODÉLISATION
DES EXPOSITIONS
PROFESSIONNELLES AUX
AGENTS CHIMIQUES
Bilan et perspectives
MODELLING OCCUPATIONAL EXPOSURES
TO CHEMICAL AGENTS:
REVIEW AND PROSPECTS

Modelling methods are widely used in the


Les techniques de modélisation sont largement utilisées dans le domaine du contrôle des substances fields of chemical substance control (Reach,
chimiques (Reach, biocides, pesticides…) et dans l’environnement (évaluation du risque sanitaire, biocides, pesticides, etc.) and environmental
installation classée…) pour évaluer les expositions aux polluants chimiques. Elles le sont moins dans control (health risk assessment, classified
le domaine de la prévention. installations, etc.), and for assessing exposures
Différents types de modèles existent : les modèles empiriques ou statistiques créés à partir de base de to chemical pollutants, whilst they are less
données de mesure, les modèles physiques basés sur des équations de transfert dans l’environnement used in the prevention field.
et les modèles bayésiens permettant la prise en compte d’éléments subjectifs comme le jugement There are different types of models:
d’expert. empirical or statistical models, created from
Rapidité de mise en œuvre, complémentarité avec la mesure et l’analyse, possibilité de travailler de measurement databases, physical models
façon rétrospective ou prospective, prise en compte des incertitudes et de la variabilité sont autant based on environmental transfer equations
d’avantages qu’offrent ces outils. Si la modélisation reste un outil difficile à maitriser et dont la fiabilité and Bayesian models, which allow subjective
est limitée, elle n’en demeure pas moins utile et pertinente pour enrichir l’évaluation des expositions data like expert judgement to be taken into
professionnelles aux agents chimiques. account.
Quick implementation, complementarities
with measurement and analysis, possibility
of working retrospectively or prospectively,
consideration of uncertainties and variability
are as many advantages offered by these tools.
Whilst modelling remains a tool that is difficult

L’
to master and whose reliability is limited, it is
évaluation des expositions lieu de travail. Dans les études épidé- none the less helpful and relevant in enriching
professionnelles aux subs- miologiques, l’évaluation de l’exposition assessments of occupational exposures to
tances chimiques occupe professionnelle doit le plus souvent être chemical agents.
une place importante dans réalisée de façon rétrospective, alors
la prévention des risques profession- même que les conditions de travail et
nels, aussi bien au niveau rétrospectif d’exposition professionnelle à des agents
dans les études épidémiologiques qu’au chimiques sont souvent inconnues ou 3 Exposure assessment
niveau prospectif dans la surveillance revêtent une grande part d’incertitude. 3 Chemical product
de l’exposition des travailleurs sur leur 3 Modelling

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L a nouvelle réglementat ion du l’exposition et de quelles manières ils aiguë et les valeurs limites d’exposition
15 décembre 2009 [1] renforce les exigen- l’inf luencent. professionnelles sur 8 heures (VLEP
ces en termes de surveillance des – 8 h) pour l’exposition sub-chronique
niveaux d’exposition aux agents chimi- ou chronique. Les expositions repré-
ques sur le lieu de travail. De plus en QU’EST-CE QU’UNE EXPOSITION ? sentent une concentration de substance
plus de valeurs limites réglementaires dans une atmosphère de travail et sont
sont définies.. Lors de la phase de pré- La notion d’exposition est la même moyennées sur le temps [1].
enregistrement du règlement REACH, dans les différents domaines d’étude
plus de 143 000 substances ont été mais la façon de l’évaluer change en En conséquence, la notion d’expo-
déclarées et il est très probable que le fonction de ce que l’on en fait (compa- sition dans le domaine de la prévention
chiffre de 30 000 substances enregis- raison à une valeur toxicologique de est largement synonyme de concentra-
trées soit largement dépassé. Ces subs- référence (VTR), une valeur limite d’ex- tion de polluant dans l’atmosphère de
tances sont utilisées sur les lieux de tra- position professionnelle (VLEP), une travail. Elle s’exprime donc en quantité
vail alors même que les moyens néces- valeur limite biologique) et en fonction de substance par volume (mg/m3).
saires pour mesurer l’exposition sont de l’objectif : respect de la réglementa-
limités par leur coût et la disponibilité tion, évaluation sanitaire, évaluation des La voie de contamination par absorp-
de méthodes de mesures spécifiques à risques aux postes de travail... tion cutanée est rarement prise en comp-
chaque substance. te dans le domaine de la prévention,
Domaine sanitaire du fait de la difficulté de sa mesure, de
Une des caractéristiques essentiel- l’absence de valeur seuil réglementaire
les de l’exposition professionnelle aux Dans le domaine de l’évaluation et de la variabilité même des expositions.
agents chimiques est sa variabilité au réglementaire des substances chimiques Cependant, l’évaluation de l’exposition
cours du temps, en raison de la diversité (directive Biocide, règlement REACH…) par voie cutanée semble être un futur axe
des conditions de l’exposition sur un lieu ainsi que dans le domaine de l’évaluation de développement de la prévention des
de travail (variabilité des sources d’expo- des risques sanitaires (champs santé risques chimiques. Outre le développe-
sition, de l’activité des travailleurs, des environnementale et santé publique), ment de la biométrologie qui permettrait
procédés mis en œuvre, des conditions l’exposition correspond à la dose externe de comparer des indicateurs biologiques
environnementales…) [2,3]. et interne à laquelle est soumis un indi- de l’exposition à des valeurs limites
vidu, en tenant compte des protections biologiques (VLB), la modélisation est
Cela complique son évaluation de collectives et individuelles [8, 9]. Elle est actuellement une solution pour estimer
plusieurs façons : exprimée en quantité de substance par ce type d’exposition [10, 11].
1 la notion même de niveau kilogramme de poids corporel (mg/kg)
d’exposition d’un travailleur prend la pour les expositions aiguës et en quan-
dimension d’une distribution (c’est–à- tité de substance par kilogramme de COMMENT DÉCRIRE LES EXPOSITIONS ?
dire un ensemble de valeurs) à la place poids corporel par jour (mg/kg/j) pour
d’une unique valeur ; les expositions sub-chroniques ou chro- Les expositions professionnelles
1 l’évaluation de l’exposition ou niques. Cette dose interne est comparée peuvent être décrites de différentes
un diagnostic de dépassement de valeur aux valeurs toxicologiques de référen- manières :
limite doit tenir compte de cette varia- ce, basée sur les NOAEL/LOAEL (mg/
bilité sous peine d’aboutir à une évalua- kg ou mg/kg/j), pour calculer le ratio Qualitative ou semi-quantitative
tion ou un diagnostic peu fiable. de risque. Ainsi, les données anthro-
pométriques, et notamment le budget Grâce au jugement d’experts et à
Si l’on ne fonde cette évaluation que espace-temps (BET), c’est-à-dire la des- l’expérience des préventeurs, l’exposi-
sur des mesures directes des concentra- cription des activités d’une personne tion peut parfois être estimée, a priori,
tions sur les lieux de travail, on ne peut et du temps moyen passé pour chaque de manière qualitative. On peut ainsi :
réduire cette incertitude qu’en augmen- activité, influent sensiblement sur la 1 comparer et hiérarchiser les
tant les moyens de mesure, c’est-à-dire valeur de l’exposition. niveaux d’exposition dans différentes
le nombre de prélèvements [4,5]. situations de travail et, ce, toujours en
La définition de l’exposition tient lien avec les priorités d’action de pré-
Cependant, certains des facteurs compte des phénomènes de transfert vention des risques. Ainsi, on peut défi-
susceptibles d’inf luencer les niveaux des substances de l’environnement vers nir les expositions les plus probables
d’exposition sont facilement identi- l’intérieur du corps de l’individu étudié. ou les plus préoccupantes pour définir
fiables et repérables sur les lieux de des priorités dans le contrôle ou dans
travail comme, par exemple, la tempé- Les voies d’exposition étudiées sont le management du risque [12, 13]. Les
rature de l’atelier, les caractéristiques l’inhalation, l’ingestion et l’absorption critères de comparaison des expositions
de la ventilation, le type de procédé… cutanée. définis doivent être adaptés à la métho-
Intégrer ces facteurs dans l’évalua- dologie de prévention et de gestion des
tion de l’exposition peut conduire à Domaine de la prévention risques en aval. Cette méthode est bien
une réduction de l’incertitude. Cette adaptée comme évaluation de premier
approche repose sur la modélisation Dans le domaine de la prévention niveau lorsque que les niveaux d’exposi-
des expositions en fonction de facteurs des risques professionnels, les valeurs tion sont très faibles ou très forts ;
descriptifs des conditions d’exposition de références sont les valeurs limites 1 classer les expositions en caté-
[6, 7]. Cela nécessite de connaître les d’exposition professionnelles court gories (niveaux ou bandes) par rapport à
facteurs qui inf luencent réellement terme (VLEP – 15 min) pour l’exposition une valeur de référence (VLEP). On peut

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définir, par exemple, des niveaux de Les modèles ne sont donc pas un sur toute la durée d’exposition passée
risque du type : très inférieur à la VLEP, moyen de remplacer ou de se substituer du salarié. La description des conditions
proche de la VLEP ou très supérieur à aux techniques de mesure, mais bien une de travail a posteriori est bien souvent
la VLEP. méthode supplémentaire, permettant qualitative : description des tâches, iden-
d’affiner l’évaluation des expositions. tification des produits, description des
Quantitative déterministe procédés.

Le déterminisme consiste à décrire Ces données peuvent être utili-


une exposition par une valeur quantita-
tive unique. Cette valeur de l’exposition
INTÉRÊT DES MODÈLES sées dans les modèles pour estimer les
niveaux de concentration auxquels a été
peut être déterminée à partir de don- soumis le salarié par le passé.
nées ponctuelles ou moyennées. Ainsi
dans un modèle déterministe, à chaque LA RAPIDITÉ ET LA RÉALISATION
paramètre et à chaque variable corres- ÉTUDE PROSPECTIVE
pond une valeur unique. Pour les entreprises, la réalisation
d’une campagne de mesures ponctuelles La prévention s’attèle à anticiper les
Exposition = X ppm ou mg/m3 ou l’installation de capteurs de mesures situations de travail à risques. Dans le
des expositions en continu représente cadre du développement de la préven-
un investissement conséquent pour des tion lors de la conception de nouveaux
Quantitative probabiliste résultats différés par rapport au prélève- postes de travail ou de nouveaux pro-
ment et à la prise de décision. cédés, le seul outil disponible permet-
Le probabilisme consiste à décrire tant d’estimer quelles seront les niveaux
les expositions comme des distributions, L’utilisation de modèles peut être d’exposition futurs est la modélisation,
c’est-à-dire un ensemble de valeurs pos- un moyen de cibler et de limiter le nom- les situations n’étant pas encore obser-
sibles ou probables, à la place d’une bre de prélèvements et de mesures lors vables.
unique valeur pour l’approche déter- de l’évaluation de l’exposition. De plus,
ministe. Le calcul final de l’exposition la plupart des modèles d’expositions Ainsi, les modèles permettent d’étudier
est réalisé par tirage aléatoire, de type sont en accès libre sur le web. Seule la la modification des expositions lors de :
Monte Carlo (cf. Figure 1). Cette appro- formation à ces outils peut représenter 1 la conception d’un nouvel atelier
che est plus complexe mais permet de un coût non-négligeable. (dimensionnement, confinement…),
mieux prendre en compte l’incertitude 1 l’installation d’une nouvelle
et la variabilité des phénomènes. Leur utilisation, une fois correcte- ventilation ou de nouveau captage,
ment formé à leur maniement, peut être 1 la mise en place de nouveaux
très rapide. Lors d’un accident ou de toute procédés de fabrication ou d’utilisation,
FIGURE 1 condition de travail exceptionnelle néces- 1 la substitution de substance,
Exemple d’une distribution sitant une prise de décision rapide, les par exemple dans le cadre de la substi-
log-normale de l’exposition modèles peuvent s’avérer précieux pour tution des CMR.
Exposition en ppm
aider à une prise de décision de crise.

LIMITER LES BIAIS DE MESURES


CIBLER LA MESURE/OPTIMISER LES
PROTOCOLES DE MESURES La mesure des polluants sur le lieu
de travail est la méthode la plus commu-
Les modèles peuvent être utilisés nément employée par les préventeurs
0 500 1000 1500 2000 2500
comme outils de screening lors de cam- pour évaluer les niveaux d’exposition.
pagnes de mesures, afin de cibler parmi Elle apporte sans nul doute des infor-
Probabilité associée à
une valeur donnée de l'exposition différents postes de travail ou différen- mations pertinentes, mais les résultats
tes entreprises qui nécessitent a priori issus de la mesure peuvent, dans cer-
COMMENT ÉVALUER LES EXPOSITIONS ? une attention particulière. tains cas, s’avérer biaisés et ne pas être
représentatifs des concentrations réelles
L’évaluation de l’exposition peut se De plus, estimer, à l’aide des modè- de polluants [14].
faire par jugement d’expert, par mesure les, l’exposition avant la mesure peut
directe (analyse d’atmosphère de tra- permettre d’orienter le choix d’un pro- Toute mesure d’un polluant est
vail), par mesure indirecte (suivi de tocole et d’optimiser les conditions de représentative d’un endroit donné à un
bio-marqueurs) et par modélisation. Ces mesures (débits de pompage, temps de moment donné. Les conditions envi-
techniques possèdent chacune leurs mesure, lieux de captage...). ronnementales (température, émis-
spécificités et ne sont pas à opposer. sions, tâches effectuées, personnels pré-
Elles ne servent pas les même objectifs sents…) peuvent varier au cours de la
ni ne donnent les mêmes résultats, ÉTUDE RÉTROSPECTIVE mesure sans qu’elles soient forcément
mais utilisées de façon complémentaire, représentatives des conditions habituel-
elles peuvent permettre de réduire l’in- Lors d’une campagne rétrospective les d’exposition du salariés, ou d’une
certitude sur la valeur des expositions d’évaluation de l’exposition, il est fré- situation moyennée sur l’ensemble de la
estimées. quent de ne pas avoir de mesures des période d’exposition.
expositions pour un polluant particulier

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De plus, la notion même de niveau FIGURE 2
d’exposition prenant la dimension d’une
distribution à la place d’une unique valeur, Les différents types d’incertitudes
des mesures ponctuelles, peu nombreuses,
Quantifiable
peuvent ne pas rendre compte de la situa- Incertitude
tion réelle mais correspondre à des valeurs Non-quantifiable
extrêmes de la courbe de distribution.
Opérationnelle Fondamentale
Comparer les résultats issus de
mesures avec une exposition tirées d’un
modèle peut être un moyen de faire Paramètres Mesures Modèles Scénarii Théorie Temps
apparaître des incohérences importan-
tes et d’identifier, ainsi, une situation de
mesure biaisée.
être rapportées de façon déformées ou Un groupe d’experts en prévention
orientées ; des risques professionnels a été amené à
LIMITER LES BIAIS DU JUGEMENT 1 le biais du marteau ou biais de juger plusieurs fois de l’exposition d’une
D’EXPERT disponibilité : il consiste à vouloir utili- situation de travail, préalablement éva-
ser, même quand il est inutile, l’outil ou luée par de nombreuses mesures, mais
Lors d’une étude de cas classique la méthode (le marteau) que l’on maî- non communiquées au collège d’experts.
d’évaluation des expositions, les experts trise le mieux. Il en va de même pour la Au regard des conditions de travail, avec
s’appuient bien souvent pour donner prise de décision. Une prise de décision et sans utilisation des modèles dévelop-
un « jugement », sur des mesures en réussie dans le passé, sur un cas totale- pés par l’AIHA (American Industrial
entreprise et sur leur expérience profes- ment différent d’une nouvelle situation Hygiene Association), l’exposition a été
sionnelle. de travail, n’a pas plus de chance de évaluée par l’ensemble des experts. Il a
réussir a priori qu’une autre ; ainsi été démontré que l’utilisation des
Dans certains cas, l’expert doit se 1 le biais de projection : l’expert a outils statistiques et de modélisation
prononcer sans qu’il y ait beaucoup de tendance à penser que les autres parta- avait augmenté de 43 à 63% le taux
mesures disponibles, voire aucune per- gent son point de vue et son expérience. de jugement conforme aux expositions
mettant d’évaluer l’exposition sur le lieu Les modèles peuvent ainsi permettre préalablement mesurées.
de travail. C’est, en particulier, le cas de confronter l’expert à un jugement
lors d’enquêtes épidémiologiques rétros- extérieur, indépendant, limitant ainsi
pectives ou lors d’études prospectives ce biais ; RÉDUIRE LES INCERTITUDES, PRENDRE
pour planifier ou optimiser des situa- 1 le biais de confirmation : il EN COMPTE LA VARIABILITÉ
tions de travail. Le jugement d’expert est consiste à ne sélectionner que les don-
alors très dépendant de l’expérience pro- nées qui corroborent l’intuition de l’ex- L’incertitude peut avoir plusieurs
pre de celui-ci et de ses convictions, sans pert et occulter les données contradictoi- sens, suivant les domaines d’applica-
que des éléments concrets (la mesure) res. On peut ainsi négliger des données tion. Dans le domaine de l’évaluation
puissent corroborer son jugement [15]. ou attribuer plus de poids dans la déci- des risques chimiques, l’incertitude est
sion à certaines mesures de façon non la marge d’imprécision entre la valeur
Les risques de biais peuvent être justifiée ; estimée ou mesurée et la valeur réelle
importants dans cette situation comme 1 les biais liés aux groupes : de l’exposition. Il est donc impossible
le montre Kahneman, prix Nobel d’éco- les jugements de groupe d’experts ne de l’évaluer intégralement puisque l’on
nomie 2002, dans ces travaux sur la répondent pas toujours à des logiques ne peut déterminer la valeur réelle de
prise de décision dans le domaine éco- uniquement scientifiques. Les relations l’exposition.
nomique. Différents types de biais sont entre les experts peuvent influer sur la
couramment observés : prise de décision. Il existe plusieurs types d’incerti-
1 le paradoxe du joueur ou biais tudes. Une représentation possible est
de Monte Carlo : il consiste à penser, Ces différents biais interviennent présentée Figure 2.
en observant une déviation lors d’une lorsque qu’une prise de décision est
répétition de tirages aléatoires indépen- uniquement basée sur les compétences L’incertitude fondamentale est une
dants, que cette déviation sera compen- de l’expert. Un moyen de limiter ces notion qualitative, non quantifiable. Elle
sée lors de futurs tirages. Ainsi, un pré- erreurs, en l’absence de mesure, est de peut avoir plusieurs origines :
venteur peut estimer en observant une confronter l’expert aux résultats issus 1 le choix des modèles utilisés
déviation des niveaux d’exposition lors des modèles, que l’on peut considérer pour décrire l’exposition,
de mesures, que les prochaines mesu- comme indépendants. Les techniques 1 le choix des scénarii pour repré-
res auront tendances à compenser cette de modélisations bayésiennes sont par- senter les conditions de travail,
déviation par rapport à la valeur espérée ticulièrement adaptées à cette problé- 1 la théorie liée aux principes
ou attendue ; matique. de la physique (diffusion, conservation
1 le biais de cadrage : le jugement de la masse…) ou des mathématiques
de l’expert dépend de l’environnement L’étude publiée par Perry Logan [15] (régressions, statistiques…),
culturel et social dans lequel il travaille. démontre l’utilité de l’utilisation des 1 la prise en compte du temps
Les informations qu’il va pouvoir obte- modèles dans cette situation : dans l’évaluation : travaille-t-on dans
nir dans son évaluation pourront lui

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une situation d’équilibre ou transitoire ? tives) et à l’augmentation de la produc- de polluants dans les matrices comple-
Est-ce une donnée moyennée sur une tion de données toxicologiques issue des xes de l’environnement (sol, sédiment,
durée ou instantanée ?... programmes d’évaluation des substan- eaux, air) et les problèmes de repré-
ces, comme REACH ou les législations sentativité et de répétabilité des mesu-
L’incertitude opérationnelle, quant Biocides et Pesticides. De même, l’expé- res obtenues ont amené les experts en
à elle, correspond à une partie de l’incer- rience et le recul apporté par les études santé environnementale à développer
titude globale qui est quantifiable. Elle épidémiologiques en entreprise amè- les outils de modélisation pour estimer
peut provenir : nent à modifier les niveaux d’exposition les concentrations dans ces différents
1 des paramètres : les constantes jugés comme acceptables (les poussières médias.
physico-chimiques des substances émi- de bois, les fibres courtes d’amiante…).
ses, les constantes physiques et thermo- Dans le domaine de la prévention
dynamiques (coefficient de diffusion, La perception sociale du risque évo- des risques professionnels, les premiers
ventilation, température…) associées lue et la notion d’acceptabilité du risque modèles ont été développés pour sui-
à l’environnement de travail, les don- est mouvante. Ainsi, dans le cadre des vre les contaminations particulaires,
nées humaines et comportementales polluants chimiques sans effets de seuil, notamment celles de silice.
du salarié… notamment les CMR, certaines VLEP
1 de l’incertitude de mesure au ont été diminuées atteignant des valeurs Ainsi, malgré quelques différences
sens statistique. parfois difficilement mesurables avec d’approche dues à leurs spécificités, il
les techniques d’analyse couramment est possible d’utiliser la modélisation
L’incertitude opérationnelle peut utilisées. Leur représentation physique aussi bien pour les composés organi-
être diminuée grâce aux techniques de est complexe pour le préventeur, les ques volatils que pour les particules
modélisation. Dans les modèles proba- niveaux d’exposition pouvant atteindre (amiante, fibre, poussières…).
bilistes, elle est prise en compte lors de des niveaux quasi-environnementaux,
l’élaboration des distributions de valeurs comme pour le béryllium ou l’amiante.
des paramètres par le type de distribu- QU’EST CE QU’UN MODÈLE ?
tion (normale, log-normale, continue…) Ces changements de valeurs limites
et les paramètres de la distribution entraînent, de fait, une perte d’expertise Un modèle d’exposition est une
(mode, moyenne, écart type, coefficient pour les professionnels de la prévention, méthode permettant d’exprimer l’expo-
de symétrie…). leur expérience professionnelle s’étant sition en fonction de différents critères
construite autour de VLEP supérieures. (les déterminants d’exposition), de quel-
Dans les modèles bayésiens, le poids Il sera ainsi difficile pour le préventeur, que nature qu’ils soient. In fine, il per-
de certains paramètres dans le calcul dans ce contexte, de déterminer si un met de prédire un niveau d’exposition
final peut être modifié par le niveau de procédé ou des pratiques employées en et/ou d’expliquer les causes de l’exposi-
confiance ou d’incertitude que l’utilisa- entreprise sont susceptibles de dépas- tion. Ces modèles peuvent exister dans
teur en a. C’est un moyen de prendre en ser les nouveaux seuils réglementai- un format papier sous forme d’abaques
compte l’incertitude fondamentale. res, d’autant plus que les données de ou d’arbre de choix ou, plus fréquem-
mesures historiques pourront avoir été ment, être développés sous forme de
La variabilité, à la différence de l’in- réalisées avec des méthodes d’analyse logiciel informatique.
certitude, est une notion mesurable. Elle dont les limites de quantification sont
représente les différentes possibilités proches des nouvelles VLEP. Un modèle est défini par le type
d’état de grandeur d’un phénomène et de relation qu’il utilise pour lier les
elle est caractérisée par l’écart type géo- Les modèles peuvent être dans cette déterminants d’exposition à l’exposi-
métrique (sG). Par exemple, le volume situation d’une aide précieuse. Ils peu- tion et par son domaine d’utilisation.
d’air inspiré par un salarié est variable vent permettre de pallier à cette perte de Le domaine de validité est le domaine
suivant ses capacités ou son activité représentation physique ou instinctive d’utilisation pour lequel le modèle a été
physique, mais il n’est pas incertain car des niveaux d’exposition qui constitue, évalué positivement, c’est-à-dire là où
il est facilement mesurable à un instant bien souvent, la phase initiale de l’éva- sa pertinence a été jugée suffisante. La
donné. luation d’une exposition par le préven- validité n’est pas forcément synonyme
teur avant le recours à la mesure. de correspondance entre la valeur mesu-
rée et la valeur modélisée.
ACCOMPAGNER LES CHANGEMENTS DE
VALEURS SEUILS Les notions de paramètres et de

L’environnement de la prévention
LES MODÈLES variables sont différentes en modélisa-
tion : le cadre physique est décrit par
n’est pas un domaine figé, il est amené à D’EXPOSITION des paramètres, invariables au cours
évoluer au gré de l’évolution des connais- du temps, comme un coefficient de
sances scientifiques et de la modifica- diffusion, alors que la notion de varia-
tion des facteurs sociaux. ble correspond, quant à elle, aux gran-
Les premiers modèles d’exposition deurs qui varient dans le temps, comme
La connaissance des dangers des aux substances chimiques proviennent les émissions ou la température. Plus
substances chimiques se développe, du domaine de la radio-écologie. Les généralement, les déterminants de l’ex-
grâce notamment à la création de nou- experts de l’environnement se sont inté-
veaux outils d’analyse des dangers (tests ressés tôt à la modélisation. En effet, la 1 Quantitative Structure-Activity Relationship and
in vitro, QSAR/SAR 1, méthodes alterna- difficulté de mesurer les concentrations Structure-Activity Relationship.

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position sont considérés comme des outil est le dernier né des modèles aux données mesurées. Cette relation peut
variables et les données qui servent à empiriques conventionnels. Il permet être « artificielle » et trop intimement
la construction du modèle comme des d’évaluer un niveau d’exposition à partir liée à la base de données qui a servi à
paramètres. d’une série de questions décrivant l’en- sa construction. Ainsi, on ne pourra pas
vironnement de travail, les propriétés expliquer les déviations observées entre
physico-chimiques de la substance et les les résultats en sortie du modèle par des
LA DÉMARCHE D’ÉVALUATION DE procédés mis en œuvre. considérations réelles, physiques.
L’EXPOSITION PAR MODÉLISATION
Ce type de modèle est pertinent
Avant toute utilisation de modèle, lorsque les situations de travail ne pré- LES MODÈLES PHYSIQUES
il faut définir le scenario d’exposition, sentent pas énormément de différences
c’est-à-dire : par rapport aux scénarii qui ont servi à Les modèles physiques permettent
1 caractériser l’environnement de la construction du modèle. En effet, ce d’estimer une concentration de polluant
travail (description des tâches, des émis- dernier est très dépendant des données dans un espace délimité. La plupart
sions, des locaux, de la ventilation), qui ont contribué à sa construction. Si d’entre eux font intervenir les paramè-
1 compiler les informations sur le l’utilisateur estime que le cas d’étude tres et les variables suivantes :
polluant (propriétés physico-chimiques, est nouveau et que les situations de tra- 1 une pièce de volume Vp,
valeur limite de référence…), vail sont inédites, le modèle empirique 1 une concentration de polluant
1 compiler les informations sur conventionnel est peu adapté. CA dans l’atmosphère exprimée en
le travailleur (fréquence des tâches, port masse par volume (mg/m3) ou en volu-
des équipements de protection…). Les modèles empiriques statistiques me par volume (ppm),
1 un taux d’émission de polluant
Ensuite, on peut choisir le modèle A la différence des modèles empiri- G, parfois appelé vitesse d’évaporation,
le plus approprié au cas d’étude, c’est-à- ques conventionnels, les modèles empi- exprimé en masse ou en volume par
dire celui dont le domaine d’utilisation riques statistiques sont construits de unité de temps,
et de validité correspond au scénario manière « statistique » par ajustement 1 un débit de ventilation Q, en
identifié. Utiliser un modèle ne consiste des paramètres descriptifs de l’envi- volume par unité de temps,
pas à choisir des variables dans un logi- ronnement sur les données d’exposi- 1 le type de ventilation,
ciel pour obtenir un résultat instantané. tion observées. La relation empirique 1 les paramètres de mélange et de
entre les déterminants d’exposition et transport du polluant.
la concentration du polluant est établie
LES MODÈLES EMPIRIQUES grâce aux techniques de régressions Néanmoins, dans certains cas, tous
statistiques, d’intelligence artificielle, de les paramètres n’ont pas besoin d’être
Les modèles empiriques fouille de données (datamining)... Ces déterminés pour estimer les niveaux
conventionnels modèles fonctionnent donc, eux aussi, d’exposition (cf. Exemple 1). En première
par analogie avec les situations de travail estimation, on peut considérer que la
Les premiers modèles construits déjà étudiées. concentration du polluant est égale à la
furent de type empirique conventionnel masse du polluant dans la pièce divisée
(EASE, ECETOC TRA, TNG Biocide, L’avantage principal de ces modèles par le volume de la pièce.
Stoffenmanager, Risk of Derm…) [8]. Ces est leur facilité de création et d’utilisa-
modèles reposent sur une collection de tion. Ils sont particulièrement utiles Exemple 1 :
données d’exposition (une base de don- lorsque l’on ne possède pas beaucoup Considérons 5 ml de gel hydro-
nées, par exemple) ainsi que sur la des- d’informations sur les paramètres phy- alcoolique désinfectant de densité 1.2,
cription de l’environnement des mesures, siques (ventilation, émission…) ou phy- contenant 50 % d’isopropanol, appliqué
ayant une influence potentielle sur l’expo- sico-chimiques. De plus, comme l’in- sur les mains d’un travailleur dans un
sition (les déterminants d’exposition). terprétation des résultats en sortie du bureau de 50 m3 .
modèle est limitée, le niveau d’expertise
Les descripteurs de l’environnement nécessaire pour les utiliser est relative- La masse de polluant dans l’at-
sont transformés en scores, ces scores ment faible, ce qui en fait un outil utili- mosphère est égale à 5 ml × 1.2 g/ml
sont ensuite combinés pour fournir une sable par un grand nombre d’acteurs de × 1 000 mg/g × 50 % = 3 000 mg. La
réponse (qualitative ou quantitative) en la prévention. concentration moyenne estimée dans le
termes d’exposition. La pertinence du bureau en isopropanol est donc égale à
modèle est étudiée a posteriori en véri- Ce type de modèle peut être utile 3000 mg/50 m3 = 60 mg/m3 .
fiant l’adéquation des résultats fournis dans le cadre d’étude épidémiologique
par le modèle avec les niveaux d’exposi- rétrospective lors de la reconstruction
tion observés dans des situations réelles. des expositions, où bien souvent, l’on ne
C’est la phase de validation du modèle. dispose que de quelques mesures histo- LES MODÈLES D’ÉMISSION
riques que l’on peut ainsi utiliser pour
Dans le cadre du règlement REACH, créer un modèle empirique statistique Les taux d’émission ou, plus géné-
la commission européenne a mis à dis- spécifique à l’étude. ralement, les quantités de polluant émi-
position sur le web [16] un modèle ses dans l’atmosphère par les procédés,
appelé Advanced REACH Tool (ART). La principale limite de ces modèles peuvent parfois être difficiles à estimer.
Développé par l’organisme de recher- est le manque de transparence sur la rela- Certains modèles permettent de calcu-
che appliquée des Pays-Bas (TNO), cet tion qui lie les déterminants d’exposition ler ce taux d’émission.

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HST ND 2333 - 220 - 10

A l’intérieur du container pendant le


Exemple 2 : remplissage, l’air atteint une certaine frac-
Prenons l’exemple d’un employé qui remplit 3 fûts par heure de 220 litres d’iso- tion (f) de la pression de saturation [19].
propanol (Psat=4.4kPa, M=60g/mol) dans une entreprise de dégraissement à une Il est à noter que f peut être supérieur à 1
température de 20°C. On considère que le tuyau de remplissage est généralement si le remplissage du container génère des
submergé dans le fût (f=1). éclaboussures et des aérosols. Le facteur f
varie donc selon la façon dont on remplit
Estimons le taux d’émission d’isopropanol associé à cette tâche en utilisant le container (cf. Figure 3).
l’équation 3 :
0.220 m2 × 3 ffûts/h × 4400 Pa × 1 MODÈLES DE SATURATION/
G=
8.314 × 293K
× 60g/mol ≅ 72g/heure ÉVAPORATION

Ce modèle [18] est applicable dans


Le taux d’émission généré par l’activité de remplissage est de 72 g/heure d’iso- des lieux clos, très peu ou non ventilé
propanol. (Q = 0).

La pression de vapeur saturante


L’approche fondamentale de ses M = la masse moléculaire du solvant (Psat), pour une substance pure A, liqui-
modèles est d’utiliser le principe de conser- (g/mol) de ou solide, est la pression à laquelle
vation de la masse. Ainsi ,on peut exprimer U = la vitesse de l’air au niveau de la la phase gazeuse est en équilibre avec
la masse de polluant (MA émission) émise par surface (m/s) la phase liquide ou la phase solide.
un procédé comme : Psat(Ts) = la pression de vapeur à la La concentration du polluant A dans
température Ts de la surface l’atmosphère ne saurait donc être supé-
MA émission = MA dans le procédé - MA dans Patm = la pression atmosphèrique rieure à sa concentration à saturation
le produit - MA dans les sous-produits (C
Csat), avec :
Pour le cas particulier d’activité de Psat
Certains procédés fonctionnant en remplissage d’un container (fûts ou bou- Csat = × 106 (ppm)
continu ou semi-continu ont déjà fait teilles) par un liquide volatil, il existe un Patm
l’objet d’études et les valeurs d’émis- modèle [18] permettant de calculer le
sion ont été publiées dans la littéra- taux d’émission associé à ce procédé : Ainsi, on peut considérer que si l’on
ture, notamment pour les émissions de attend suffisamment longtemps (t = ∞)
moteurs (CO, particules, SO2 …). G = V r Psat f × M (g/heure) et que l’on a une quantité suffisante de
RT
polluant pour atteindre la saturation, l’at-
Dans le cadre de l’évaporation d’un G = taux d’émission mosphère de la pièce se charge progres-
solvant volatil d’un container, l’INRS V = volume du container (m3) sivement en polluant jusqu’à atteindre la
et l’INERIS ont développé une relation r = vitesse de remplissage (nombre valeur limite Csat, qui correspond au pire
empirique [17] permettant de détermi- de containers remplis par heure) cas pour l’exposition (cf. Figure 4).
ner la vitesse d’évaporation des compo- Psat = la pression de vapeur satu-
sés organiques volatils, telle que : rante de la substance (Pa) Dans le cas fréquent où le polluant
P (T ) f = facteur de saturation se trouve dans un mélange, en considé-
G = 22.01 × S × U × M0.4 × sat s R = constante des gaz parfaits rant la fraction molaire
Patm
(8.314 m3 Pa / g mol K) nA
G = la vitesse d’évaporation (g/s) T = Température (K) YA = ntotal
S = la surface d’évaporation du sol- M = masse molaire (g/mol)
vant (m2)

FIGURE 3 FIGURE 4
Remplissage d’un container Modèle de saturation

Vapeur Vapeur
dans l'air dans l'air

t=0
p=0

t>0
p varie
dans la pièce

t=∞
0,50 < f < 1,00 0,50 < f < 1,00 p = Psat

INRS - Hygiène et sécurité du travail - 3e trimestre 2010 - 220 / 27


On a :
Exemple 3 :
CA = YA × 106 (ppm) Prenons le cas d’une fuite accidentelle d’un fût de 220 litres d’isopropanol sur le
sol d’un hangar de 1000 m3 .
Avec : Disopropanol = 0.785 kg/l ; Misopropanol = 60 g/mol ; T = 293 K ; Psat isopropanol = 4.4 kPa
nA = la quantité de matière de A
ntotal = la quantité de matière de 220 × 0.785 × 8.314 × 293
Cisopropanol = × 109 = 7000 ppm
l’ensemble du mélange volatilisé. 60 × 105 × 1000

Ce modèle simple peut s’avérer utile A la pression de vapeur saturante (équation 8) :


pour les liquides ou les solides peu Psat 44
volatils (P
Psat < 0,01 Pa). Cependant, pour Csat isopropanol = × 106(ppm) = × 106 = 44 000 ppm
Patm 10
les substances volatiles, cette hypothèse
induit souvent une surestimation de La saturation n’étant pas atteinte, on a donc bien évaporation totale des 220 litres
l’exposition (cf. Exemple 2). Lorsqu’il n’y d’isopropanol. La concentration du polluant dans l’atelier est de 7000 ppm.
a pas assez de substance pour saturer
l’air de vapeur, il est alors plus utile de
raisonner sur le volume de liquide ou de
solide évaporé. On a alors : FIGURE 5
Vliq × D × R × T Modèle de la boîte uniformément mélangée
CA = × 109 (ppm)
M × Patm × Vp
Avec :
Vliq = volume de liquide évaporé (l) Ventilation
D = masse volumique (kg/l)
M = masse molaire de la substance CA Qout
CAroom
(g/mol)
T = température de pièce (K)
Vp = volume de la pièce (m3)
Patm = la pression atmosphérique (Pa)
GA
R = constante des gaz parfaits Arrivée d'air
(8.314 m3 Pa/g mol K)
Qin
CAin
La boîte uniformément mélangée

Un grand nombre de modèles Pièce uniformément ventilée de volume V


utilisés pour estimer l’exposition aux
polluants chimiques en entreprise ou Exemple 4 :
chez le consommateur sont basés sur le Dans une entreprise d’ameublement, le procédé de vernissage des pièces de bois
modèle de la boîte uniformément venti- consomme un litre par heure de vernis (densité = 0.9), contenant 60 % d’acétate
lée (cf. Figure 5). d’éthyle. La tâche s’effectue dans un atelier de 2 000 m3 avec un débit de ventilation
de 0.1 m3/s. On considère que le séchage du vernis est rapide et que l’acétate d’éthyle
Ce modèle [18] consiste à considérer se volatilise entièrement (Psat acétate d’éthyle = 10 kPa). De plus, on suppose que la
que l’environnement de travail est un concentration initiale avant application du vernis dans l’atelier est nulle et que l’air
lieu ventilé par un débit d’air entrant entrant dans l’atelier ne contient pas d’acétate d’éthyle. Quelle est la concentration
Qin et sortant Qout de concentration en dans l’atelier après une heure et deux heures de fonctionnement du procédé ?
polluants ? A, C Ain et C Aout, dans une
pièce de volume connu V où a lieu une En utilisant l’équation 10 on a :
émission continue de polluants ? G. On
a alors (équation 9) : 1l × 0. 9kg × 0.6 × 106
0.1m3/s × 3600 s ⎞
h l ⎛ -
dCa CA (60min) = × ⎜1 - e 2000 m3 ⎟
V = Qin CAin + Qout CAout 3600 s × 0.1 m3/s ⎝ ⎠
dt
Dans le cas d’une émission conti- ≅ 1500 × (1 - 0.84) mg/m3 ≅ 247 mg/m3
nue, on part des hypothèses suivantes :
1 l’émission du polluant (GA) est 1l × 0. 9kg × 0.6 × 106
0.1m3/s × 7200 s ⎞
constante au court du temps, h l ⎛ -
CA (120min) = × ⎜1 - e 2000 m3 ⎟
1 Qin = Qout, 3600 s × 0.1 m3/s ⎝ ⎠
1 C Ain = 0,
1 la concentration en sortie de ≅ 1500 × (1 - 0.70) mg/m3 ≅ 450 mg/m3
ventilation C Aout est égale, à l’équilibre, à
la concentration dans la pièce C A , La concentration en acétate d’éthyle dans l’atelier est de 247 mg/m3 au bout d’une
1 les phénomènes conduisant à heure et de 450 mg/m3 au bout de deux heures.
diminuer les quantités de polluants ?

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HST ND 2333 - 220 - 10

dans l’air, comme l’adsorption de la subs- FIGURE 6


tance sur les surfaces, ne sont pas pris en
compte. Cette hypothèse peut conduire à Valeurs du coefficient de symétrie (ksym ) suivant la géométrie de l’exposition
une surestimation de l’exposition.
Ksym = 4 Ksym = 2 Ksym = 1

Alors, la solution d’intégration de


l’équation 8, permet une première esti- r
r r
mation de la concentration du polluant
dans l’atmosphère de travail en régime
transitoire (équation 10) :
GA Q(t-t0) Q(t-t0)
CA = × (1 - e - V ) × CA0 + e - V
Q
Cette équation peut permettre de
suivre l’évolution d’une émission dans Source
le temps (cf. Exemple 3).

Lorsque le régime d’équilibre est Exemple 5 :


atteint, on peut alors exprimer la concen- Dans un atelier, une cuve de dégraissage, contenant un solvant A peu volatil
tration du polluant A comme : (densité 0.9), est ouverte 8 heures par jour pendant les heures de travail et fermée
GA le reste du temps. Chaque jour, avant l’ouverture du procédé, les employés refont
CA = + CAin le niveau dans la cuve en ajoutant 1 litre de solvant pour compenser la perte par
Q
évaporation qu’il y eu la journée précédente. On considère que la diffusion du pol-
luant se fait de façon hémisphérique autour de la source avec un coefficient d’Eddy
D = 0.8 m2/min.
Le modèle de la diffusion turbulente On peut donc calculer G :
1l × 0.9 kg/l
Ce modèle [18] est particulièrement G= × 106 = 1875 mg/m3
8 × 60 min
adapté pour évaluer l’exposition d’un tra-
vailleur proche de la source d’émission. La concentration du solvant A à un mètre de la source à l’équilibre est :
Il prend en compte les phénomènes de G 1875
diffusion moléculaire, ou diffusion de CA (120min) = = = 373 mg/m3
2πDr 2π × 0.8 × 1
Fick, et les phénomènes de diffusion
turbulente, appelée diffusion d’Eddy, La concentration du solvant A à un mètre de la source, une demi-heure après
caractérisés par le coefficient d’Eddy D. l’ouverture du bac est :
Il permet d’exprimer la concentration du -1 2
1875
polluant en fonction de la distance radiale CA (1m, équilibre) = √1- eπ
× (1-√1- eπ × 0.8 × 30
) = 330 mg/m3
du travailleur par rapport à la source (r) 2π × 0.8 × 1
et du temps.

Dans le cas d’une émission conti-


nue, on peut alors exprimer l’exposition
comme suit (équation 12) : A l’équilibre (t = ∞), l’équation 11 Quelques valeurs du coefficient
G -r2 donne (équation 13) : d’Eddy relevées dans la littérature [18]
eπDt
CA (r,t) = G sont donnés dans laFigure 7.
KsymπDr CA (r, équilibre) =
KsymπDr
Avec :
C = concentration du polluant dans
l’air (g/m3) Si l’on se trouve dans le cas d’une
G = taux d’émission (g/min) émission ponctuelle instantanée, on a
D = coefficient de diffusion d’Eddy alors (équation 14) : FIGURE 7
(m2/min) -r2 Valeurs mesurées du coefficient d’Eddy
M
r = distance radiale par rapport à la CA (r, t) = × e 4Dt [18]
source (m) 2Ksym(πDr)1.5
Taille Renouvellement
t = temps depuis le début de l’émis- Avec : D (m2/min)
de la pièce d’air par heure
sion (min) M = masse émise instantanément (g)
Ksym = coefficient de symétrie de
87 782 m 3 0.3 11.5
l’émission La difficulté dans ce modèle est
26 822 m 3 11 0.1 - 1.3
de déterminer la valeur du coefficient
131 673 m 3 5 0.1-0.8
Le coefficient de symétrie (Ksym) d’Eddy. Il peut être déterminé soit de
234 692 m 3 5.7 0.085 – 0.884
permet de tenir compte de la géométrie façon expérimentale ou soit en utilisant
88 087 m 3 8.2 0.085 – 9.988
de l’émission suivant l’ergonomie du des relations empiriques en fonction de
poste de travail ou du lieu d’émission la ventilation et du dimensionnement 14 325 m 3 10.5 0.11 – 0.23

(cf. Figure 6). des ateliers [18].

INRS - Hygiène et sécurité du travail - 3e trimestre 2010 - 220 / 29


FIGURE 8 FIGURE 9
Modèle à deux compartiments Exemple d’utilisation du modèle à deux compartiments

Modèle de Nicas 2 zones C (mg/m3) Concentrations obtenues en utilisant le modèle à deux compartiments
Petite boîte (proche de la source)
dans la boîte (la pièce entière) 400

350

G mg/min 300
Q m3/min Cnear
r
250 Cfar

200

150

100

L’approche à deux compartiments 50


(Near field/Far Field)
0 temps (min)
L’approche à deux compartiments 0 200 400 600 800 1000
ou deux zones [20,21] diffère du modèle
de la boîte uniformément mélangée
(cf. Figure 8). permet donc pour un même atelier LES MODÈLES
Ce modèle permet une estimation
d’évaluer la différence d’exposition entre
un travailleur exposé directement à la
D’EXPOSITION PAR VOIE
de l’exposition sur la base d’une repré- source et un travailleur qui se trouverait CUTANÉE
sentation de l’environnement de travail dans la même pièce mais éloigné de
sous la forme de 2 compartiments : l’émission.
1 Une zone proche de l’émission, La nature même de l’exposition par
où les débits de ventilation sont plus Exemple 6 : voie cutanée est complexe et dépend du
faibles, représentant la zone d’exposition Dans un atelier ventilé (6 m3/min) de type de danger que l’on étudie.
directe du travailleur au contact de la 1000 m3 , un employé travaille 8 heures
source d’émission. sur un procédé de dégraissage émettant Lorsque l’on s’intéresse aux effets
1 Une zone éloignée représentant en continu 1g de solvant pendant que locaux, c’est-à-dire aux risques de brû-
le reste de la pièce. deux autres collègues vaquent à leurs lures, d’irritation ou de sensibilisation
propres tâches à bonne distance du par une substance chimique, il n’est pas
De nouvelles constantes sont intro- procédé émetteur. pertinent d’estimer l’exposition de façon
duites par rapport au modèle de la boîte quantitative. L’analyse des modes de
uniformément mélangée : Pour calculer leurs expositions, on défaillances (AMDE2 ou AMDEC3 , par
1 Les volumes des deux nouveaux Vnear) de
Vnear
considère une première zone (Vnear) exemple) peut être une méthode d’éva-
compartiments (Vnear,
Vnear Vfar).
Vnear, 20 m3 autour du procédé correspondant luation des risques mieux adaptée. Ainsi,
1 Les concentrations dans les à la zone de travail de l’employé, échan- la notion d’exposition ne représente plus
deux nouveaux compartiments (Cnear,
Cnear
Cnear, geant 5 m3/min d’air (β) avec le reste une quantité de polluant mais la proba-
Cfar). de la pièce. bilité d’occurrence d’une contamination
1 Le coefficient � qui correspond accidentelle par défaillance des procédés
au taux constant d’émission de masse (projection, ruissellement de la substan-
entre les deux zones (mg/min). Les résultats suivants présentés ce lors de fuite…) ou des équipements de
Figure 9 ont été obtenus avec le logiciel protection (inefficacité des gants ou des
Les équations mathématiques du IHMOD [21]. vêtements de protection).
modèle étant beaucoup plus complexes
que celles du modèle de la boîte unifor- La courbe bleue représente l’expo- Lorsque l’on s’intéresse à des effets
mément mélangée, elles ne seront pas sition en mg/m3 du travailleur proche systémiques, il est utile de quantifier
fournies dans cet article. L’utilisation du procédé et la courbe rouge, celle l’exposition en déterminant, non pas
de ce modèle nécessite un outil infor- des employés travaillant à distance du uniquement la quantité de substance
matique ou une feuille de calcul, tel procédé (en dehors de la zone proche en contact avec la peau ou dose externe
que le freeware IHMOD, développé par définie de 20 m3). (qui ne permet pas d’évaluer le risque
l’AIHA [22]. sanitaire de façon directe), mais la quan-
tité de substance qui arrive à pénétrer la
Ce modèle présente l’avantage de barrière de la peau (la dose interne).
tenir compte du fait que, bien souvent, 2 Analyse des modes de défaillances et de leurs
les niveaux d’exposition sont supérieurs effets.
à proximité de la source d’émission que 3 Analyse des modes de défaillances, de leurs effets
dans le reste de la pièce. Cette approche et de leur criticité.

INRS - Hygiène et sécurité du travail - 3e trimestre 2010 - 220 / 30


HST ND 2333 - 220 - 10

Les déterminants de l’exposition de vraisemblance et par l’approche bayé- FIGURE 10


pour la dose interne par absorption sienne qui consiste à tenir compte du
cutanée sont alors : passé. Dans les statistiques bayésien- La démarche bayésienne
1 la quantité de substance dépo- nes, une probabilité ne représente pas
sée sur l’individu, obtenue par mesure le passage à la limite d’une fréquence,
dans l’entreprise ou par estimation à mais le degré de confiance accordé à une
partir de données historiques, hypothèse.
Données de Jugements
1 le coefficient de perméation modèles d'experts
cutanée de la substance, issus de tests Dans les modèles bayésiens, on dis- physiques ou
toxicologiques ou de modèles type tingue trois ensembles : la connaissance empiriques
QSAR/SAR, a priori des niveaux de concentration
1 la surface de peau contaminée, du polluant, appelée priors, la vraisem-
1 la concentration et la formula- blance des observations réalisées et le Mesures
tion de la substance, degré de confiance a posteriori d’un
1 la présence ou non d’équipe- niveau d’exposition, appelée posterior
ment de protection individuels (gants et (cf. Figure 10). Le posterior est calculé
vêtements de protection). en confrontant les priors à la vraisem-
blance.
Les modèles les plus utilisés pour La probabilité a posteriori
d'un niveau d'exposition
quantifier l’exposition externe et interne Concrètement, les priors peuvent
par voie cutanée sont RISKofDERM, les être des jugements basés sur la confian-
scénarios biocides ou encore SkinPerm ce que l’on a dans les données de mesu-
Tool (AIHA). res, ou des jugements a priori, basés sur pour l’évaluation réglementaire des
l’expérience du préventeur face à des substances (Biocides et Reach).
A l’heure actuelle, Il est très dif- situations analogues. Les données de
ficile d’évaluer la validité des modèles vraisemblance sont généralement des
disponibles car il n’existe pas encore mesures de concentrations ou des résul- EXEMPLE D’UNE DÉMARCHE D’ANALYSE
de protocole de mesure de l’exposition tats issus de modèles empiriques ou BAYÉSIENNE
par absorption cutanée suffisamment physiques [23].
robuste et fiable pour être couramment On teste ici quatre hypothèses sur
utilisés. La mesure de l’exposition exter- Ainsi, dans l’approche bayésienne, les niveaux d’exposition (C << VLEP,
ne est fastidieuse. on combine plusieurs sources d’infor- C < VLEP, C VLEP, et C > VLEP)
mations, aussi bien subjectives qu’ob- (cf. Figure 11).
Pour transformer une dose externe en jectives, pour décrire l’exposition, tout
dose interne, il existe des méthodes toxi- en minimisant les risques de biais de Au début de l’évaluation, l’expert
cologiques validées mesurant l’absorption jugement par traitement statistique de ne possède que sa propre expérience (le
cutanée des substances chimiques. Mais ces données [24, 25, 26]. jugement d’expert initial). Il pense alors
elles ne sont pas toujours très pertinentes que les deux hypothèses C < VLEP et
car elles sont souvent réalisées sur des L’avantage de ce type de méthode C VLEP sont aussi probables l’une que
substances pures (alors même que les est de pouvoir tenir compte de certains l’autre. Il accorde donc 50 % de confian-
substances peuvent être diluées dans éléments subjectifs lors d’une évalua- ce aux deux hypothèses.
des produits en situation de travail) et le tion de l’exposition, comme la confiance
mode de contamination utilisé lors des que l’on a dans les mesures réalisées Il réalise ensuite trois mesures et
tests (application de patchs pendant une ou dans la représentativité de l’évalua- modélise l’environnement de travail avec
durée déterminée) ne représente pas bien tion vis-à-vis d’un contexte particulier le modèle de la diffusion turbulente.
les situations de travail réelles. d’étude.
Après application du modèle bayé-
En conséquence, les modèles dispo- Cependant, comme ces modèles sien, son jugement initial est modifié
nibles doivent être utilisés qualitative- bayésiens sont construits sur des élé- (en tenant compte de la mesure et de la
ment ou semi quantitativement, en pre- ments subjectifs (les jugements d’ex- modélisation) pour donner le résultat a
nant un recul critique suffisant vis-à-vis perts), ils en sont dépendants. Si la posteriori qui peut modifier ou confor-
des valeurs quantitatives fournies. confiance exprimée en une donnée ter son jugement initial.
s’avère erronée, alors l’estimation a pos-
teriori peut, de fait, être faussée. Ici, après utilisation de tous les
priors, l’hypothèse C < VLEP semble
LA DÉMARCHE Plusieurs modèles bayésiens exis-
tent comme l’outil SEEE développé par
être plus vraisemblable qu’elle ne l’était
auparavant.
BAYÉSIENNE l’Institut universitaire romand de Santé
au Travail (IST) [27] ou le logiciel IH
Data Analyst développé par l’AIHA et
disponible gratuitement sur le site de
Il existe deux façons d’aborder les la société EASI [28]. La commission
statistiques : par l’approche fréquentiel- européenne est, quant à elle, en train
le qui consiste à estimer le maximum de développer un outil bayésien (BEAT4) 4 Bayesian Exposure Assessment Tool.

INRS - Hygiène et sécurité du travail - 3e trimestre 2010 - 220 / 31


CONCLUSION FIGURE 11

Exemple d’une démarche d’analyse bayésienne


Rapidité de mise en œuvre, opti-
misation des protocoles d’analyse, pos- Jugement d'expert initial Résultats des mesures
sibilité de travailler de façon rétrospec- 60
VLEP
tive et prospective, limitation des biais 50
degré de confiance concentration
de jugement et de l’incertitude sont 40
(ppm)
a priori (%)
autant d’atouts que possèdent les techni- 30
ques de modélisation. Elles nécessitent 20
10
cependant de disposer de données vali-
0
dées (mesures historiques, paramètres
d’émission et de ventilation…) et de C<<VLEP C<VLEP C≅VLEP C>VLEP mesure 1 mesure 2 mesure 3
créer des outils informatiques facilitant
leur mise en œuvre. Les modèles de type
Modèle de diffusion turbulente
probabiliste et bayésien apparaissent
aujourd’hui comme les outils les plus VLEP
pertinents. Ils nécessitent néanmoins
un haut niveau d’expertise, alors même
que les formations en France dans ce concentration
domaine sont peu nombreuses. L’enjeu (ppm)
est fondamental car ces outils pour-
raient induire en erreur ceux qui les uti-
liseraient sans regard critique. La facilité valeur estimée par le modèle
d’utilisation des modèles lorsqu’ils sont
déclinés sous forme de logiciels prêts à
l’usage, peut parfois faire oublier à l’uti- Résultats a posteriori
lisateur que cet outil ne peut qu’appuyer 90
80
et non suppléer l’analyse des conditions 70
de travail, préambule nécessaire à toute 60
démarche de prévention. 50
40 degré de confiance
30 a posteriori (%)
20
10
0
C<<VLEP C<VLEP C≅VLEP C>VLEP

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INRS - Hygiène et sécurité du travail - 3e trimestre 2010 - 220 / 33

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