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désarroi d’un peuple » peuvent être utilisés sous n’importe quelle forme (écrite,
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d’un peuple » Copyright © 2014-2015 par Jean Claude Manzueto.

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JEAN CLAUDE MANZUETO

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L’ÂME PERDUE D’UNE NATION
DEVANT LE DÉSARROI D’UN PEUPLE

JCM
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Première édition :
© Éditions JCM 2015
Pour la présente édition :
© Éditions JCM 2015

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À la nation congolaise,
À l’Afrique de Kwame Nkrumah et de Patrice Émery Lumumba,
Au peuple du monde libre épris de paix et de justice,

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« On peut fonder des empires glorieux sur le crime, et de nobles
religions sur l’imposture. Cependant, j’ai quelques convictions, dans
un sens plus élevé, et qui ne peut pas être compris par les gens de
mon temps. »
CHARLES BAUDELAIRE

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Prologue
« Il existe ainsi une forme de république intérieure
nourrie par nos quêtes profondes de liberté, de dignité,
de bonheur et de prospérité communautaire, loin de
toutes les chaines de l’esclavage politicien que nous
vivons maintenant, et que nous nous cachons à nous-
mêmes, par honte, par désespoir ou par simple faiblesse
humaine. Cette république intérieure, ce Congo des
profondeurs de notre âme, est une immense force de
créativité. C’est à cette force que j’appartiens, dans
l’espoir qu’un jour ou l’autre, il émergera de nos âmes
pour nous rassembler tous et toutes dans la lumière de
nouvelles institutions. Je vis avec la conviction que le
Congo est encore à inventer. »
GODEFROY KA MANA

À l’évidence, la classe politique congolaise a failli face à ses


responsabilités à organiser une société viable. Captivée par les
luttes du pouvoir et du positionnement politique, elle s’embourbe.
Il serait donc déterminant qu’un groupe conscient du dérapage
politique et sociétal de la nation prenne ses responsabilités, agisse
et se mette à la tâche ardue de corriger la déchéance morale et la
dépravation de valeurs qui ruinent la société congolaise entière.
Cependant, la diligence de l’action est essentielle, car le temps a
cessé d’être notre allié. Il faudrait agir dès maintenant ou subir
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L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

durement, car laisser la situation évoluer telle qu’elle est


condamnerait des générations à venir à l’ignorance, à la misère et
à la soumission esclave. Cela reviendrait à repenser comment
organiser un épouvantail politique où règne la loi de la jungle avec
des méthodes encore plus complexes que celles qui sont à notre
disposition. Il est certain qu’il n’est pas question ici de se leurrer
et de croire béatement au « gouvernement du peuple par le peuple
pour le peuple » ou de se lasser de la démocratie. L’État de la
nation congolaise nécessite plus l’éveil de la conscience nationale
qu’un simple affrontement des classes, ce qui ne serait qu’une
révolte inconstructible. S’il est incontestable que la démocratie se
définit par la participation de tous à la vie politique, il demeure
néanmoins que l’effondrement des valeurs, la déchéance morale,
la misère, la mauvaise qualité de l’éducation, l’illettrisme et
l’analphabétisme criant de la population congolaise empêchent les
règles et les jeux démocratiques de s’imposer valablement à tous.
La démocratie n’ayant ni pour fondement ni pour finalité les
élections, mais l’organisation harmonieuse de la société. La quête
de démocratie, pourtant louable pour toute société qui voudrait
s’affirmer, au lieu d’être la réponse idéale aux aspirations
populaires, a créé au Congo une fracture sociale alimentée à la
fois par une minorité tournée vers ses intérêts personnels et par
une majorité ignorante de ses droits et devoirs. Le besoin de
l’intervention des consciences professionnelles de la politique, de
la sociologie et de l’économie pour inventer et réorganiser la
nation congolaise, devient plus que nécessaire.
Pendant ce temps-là, le monde avance à grands pas vers une
destinée que personne ne pourrait prévoir avec exactitude. Des
forces de plus en plus obscures semblent imposer un nouvel ordre,
une nouvelle manière de vivre que personne ne pourrait contrôler
si nous nous refusons à endosser notre destinée et à nous assumer,
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PROLOGUE

à accepter de réformer structurellement notre société et à changer


radicalement pour nous adapter aux défis du Nouveau Monde.
S’entêter à ne favoriser que l’égoïsme, à laisser la loi du plus fort
et la déception couvrir des ténèbres la mémoire collective, tout
comme le sens de promouvoir le bien-être commun et la capacité
de prendre part au concert des nations, tout cela ne serait que la
consécration de l’obscurantisme comme mode de vie pour notre
peuple. Le résultat ne serait autre que l’abrutissement de plusieurs
générations et l’interruption du cycle de l’évolution du génie
humain. En un mot, faire de notre peuple, un peuple esclave et
irresponsable. Car la liberté a un prix ; quitter le cycle de
l’ignorance, s’éduquer, se former et atteindre les cimes de
l’intelligence et du génie humain pour transformer en permanence
la société. Nous traversons une période turbulente de l’histoire de
l’humanité avec la grande possibilité des changements forcés.
L’imposition des réformes par les décideurs politiques et
financiers mondiaux pour plus de profit et d’austérité renforcera la
multiplication des actes de résistance des peuples qui s’obstineront
de plus en plus à ne plus servir de cobayes et rechercheront plus
de liberté. Cela va produire le choc inévitable de la destinée du
monde et de la folie humaine de domination. Pendant que les
puissances mondiales cherchent à contrôler la destinée de
l’humanité, l’Afrique et particulièrement la République
Démocratique du Congo, par la lutte de jouissance du
positionnement de ses classes politiques déphasées de la réalité et
tournées vers le nombrilisme, s’enfoncent dans la désillusion et
condamnent ses peuples à demeurer des valets du néolibéralisme,
des machines sans intelligence, des citoyens sans conscience.
Qu’importe l’histoire qui s’écrira dans quelques années, elle ne
sera surement que la suite logique de la bonne ou mauvaise
gestion humaine ou du ressaisissement du génie humain sur
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L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

l’inconscience. C’est pourquoi nous ne pouvons plus attendre


d’être emportés par l’ouragan de l’histoire ou de demeurer des
rebuts de cette société qui ne se préoccupe plus des idéaux
humanistes, emportée par la recherche effrénée des richesses et du
pouvoir. C’est maintenant le temps de passer à l’action !
Ayant ressassé le microcosme de la « politique de la salive »,
les politiciens ont perdu la confiance des électeurs et ont précipité
le monde dans ce que nous redoutions. Ils ne savent plus quelle
promesse faire aux peuples. Ils se cramponnent obstinément à
débiter les mêmes discours entendus de milliers de fois. Ce n’est
pas le monde qui les échappe, leur regard est embué. Ils
s’empressent dans le populisme sans frein afin de se protéger face
à leur impuissance devant les défis qui s’érigent comme des
monuments de leur échec. Les nationalismes extrémistes prennent
de plus en plus de l’ampleur et s’incrustent dans les mémoires
collectives. L’égoïsme le plus acerbe et les instincts de survie se
déclenchent automatiquement et sporadiquement partout. Jusqu’à
quand persisteront-ils à se rejeter la balle face à la réprobation
généralisée des peuples à subir leur égoïsme et ignominie
maladive? De tout ce mélimélo qui s’entrechoque et se mélange
étrangement, je m’avance aux portes des ténèbres qui couvrent le
Congo afin de comprendre le monde qui s’offre à nous, et je
m’interroge. Comment y vivre ou quels mécanismes mettre en
place pour réinventer l’humanité perdue qui se retrouve malgré
tout au travers d’un sourire naïf au milieu de la nuit noire ?
L’analyse froide des étapes cruciales de notre pays devrait nous
permettre de comprendre le chemin que nous avons emprunté et
qui a entrainé irréversiblement nos pas là où nous sommes
aujourd’hui. Répondre aux deux questions suspendues sur les
lèvres des Congolaises et des Congolais. Comment avons-nous pu
en arriver là ? Et comment s’en sortir, même si « les conditions
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PROLOGUE

psychiques et émotionnelles pour l’émergence d’une nouvelle


politique sont là » comme le pensent plusieurs d’entre nous ?
Après examen complet de la situation de la République
Démocratique du Congo, le constat est sans appel : il n’y a plus
aucun doute que l’aliénation de l’élite congolaise et son
inefficacité à résoudre les crises qui perdurent dans ses murs ont
rongé la vie de ses enfants, jusqu’à les chosifier et à en faire des
fatalistes irresponsables, incapables de prendre en main la destinée
de leur pays avec bravoure et honneur. En effet, il serait pertinent,
par devoir de mémoire et par volonté de changement, de ne pas
ignorer les causes de tout ce dérèglement social et les erreurs
répétitives incessantes qui pourrissent la nation congolaise. À ceux
qui auraient l’intention de m’opposer le discours de Socrate à
Glaucon de laver ainsi notre linge sale en public, sur l’agora, au
grand soleil, ou de ceux qui me blâmeraient de nous ressasser de
vieux souvenirs et malheurs combien de fois répétés, je voudrais
dire que nous vivons d’autres réalités qui exigent de nous une
mémoire plus alerte. Les fenêtres du Congo ne sont plus des
lucarnes pour nos voisins, mais des portes béantes où amis et
ennemis entrent et ressortent à leur guise, secouant tristement la
tête et triomphant de nous voir humiliés, dispersés et divisés, et
incapables de nous relever. Lorsqu’ils nous écrasent et massacrent
sans pitié, espèrent-ils que nous en parlions comme des faits
divers anodins. Lorsqu’ils nous rassasient de la peur, du désespoir
et de la pauvreté, croient-ils que nous allions les acclamer et
courber l’échine devant leur médiocrité. Des ténèbres à la lumière,
qu’à cela ne tienne ! Nous n’allons pas nous chuchoter des secrets
à l’oreille, nous sortirons de leur emballage ce qu’ils escamotent et
nous les étalerons sur la place publique. Nous userons de nos voix,
nous parlerons ! Nous userons de nos plumes, nous écrirons !

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L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Un rappel historique est indispensable

Tout commence à la fameuse conférence de Berlin. L’Occident,


avec son complexe de supériorité et son discours de grande
civilisation, guidé par son instinct et sa hargne de dominer le
monde, décida de se partager l’Afrique tel un gâteau et d’en jouir
à sa guise. Il faut vraisemblablement être animé par une volonté
criminelle pour convoquer une telle conférence, pour nier la
civilisation africaine, son apport à la civilisation mondiale, et
planifier la monstruosité d’une telle machination. C’est aussi cela,
l’humanité où règne le principe de survie et de domination. Mais
que personne ne se trompe sur leurs possibles intentions d’aider
les peuples d’Afrique à prendre part au concert des nations
d’alors. Car si tel était leur objectif, ils ne se feraient pas prier
pour transférer les connaissances et les compétences à l’Afrique
pour laquelle on prétendrait avoir le grand souci de la voir
s’émanciper. Nous n’allons pas continuer à nous voiler la face
devant l’entreprise funeste de l’Occident et applaudir à la même
cruauté qui se répète inlassablement vis-à-vis de l’Afrique. Il est
un fait qu’ils avaient décelé l’hospitalité naïve et la facilité de
pénétration et de domination des peuples africains. L’occasion
s’était présentée pour l’Occident de handicaper l’Afrique afin
qu’elle demeure soumise et ne soit pas capable de recoller les
morceaux d’un développement autonome et d’aspirer à la
grandeur humaine. C’est ainsi qu’après avoir déchiqueté
l’Afrique, selon leurs ambitions démesurées, le bassin du Congo
sera la proie des envies plus mercantiles et inhumaines. S’ils
avaient pu se passer de la main-d’œuvre congolaise, ils n’auraient
pas hésité à dépeupler cette partie du monde comme ils l’ont fait
ailleurs.

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PROLOGUE

À Berlin, les impérialistes occidentaux avaient dessiné avec des


pinceaux sur un bout de papier un État au cœur de l’Afrique, les
âmes concupiscibles de domination, les cœurs irascibles de
violence, les yeux exorbités de cupidité. Ils ont pris le contrôle de
cette portion de l’Afrique, sans se soucier de respecter la
souveraineté des peuples autochtones et l’âme de cette partie du
monde. Ils ont proclamé l’indépendance d’un État autour d’une
table, certainement en sabrant et en sablant à coups de champagne.
Le gros lot était tombé. Cela a donné le champ libre pour créer un
État selon sa folie et ses ambitions. Cela a favorisé l’indépendance
de l’exploiter à son gré, l’indépendance à toute forme de
législation, l’indépendance de n’avoir pas de compte à rendre à
qui que ce soit. Le paradis des arnaqueurs et des pirates où tout se
résume par : « ici, la loi, c’est moi ! »
Que pouvaient bien dire les autochtones, les véritables
propriétaires de cette partie du monde, ceux qui en avaient reçu le
droit et le devoir du destin de la cultiver, de la remplir, de la
garder et de la transmettre aux générations futures ? Lequel parmi
eux savait ce qui se tramait sous d’autres cieux ? Ils étaient
pourtant nés libres et ils vivaient librement sous le soleil de
l’Humanité. Ils n’avaient aucun joug sur leurs épaules et ils
n’habitaient pas sur des terres d’autrui. Ils ne recherchaient
nullement à conquérir les terres d’autres peuples sous d’autres
cieux. Comment pouvaient-ils penser que d’autres peuples
planifier leur futur, sans eux et loin de leur regard ? Comment
donc pouvaient-ils s’imaginer qu’ils formaient désormais un État
indépendant sous le contrôle d’une peuplade dont ils ne
connaissaient ni d’Adam ni d’Ève ? Ne fallait-il pas simplement
comprendre que ces peuples n’accédaient à aucune indépendance?
Leurs terres venaient d’être aliénées et ouvertes aux désirs et aux
soifs d’exploitation où ils devenaient désormais un peuple réputé
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L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

corvéable et taillable à merci. Les peuples du bassin du Congo


passaient donc du statut d’hommes libres à celui d’esclaves ; leurs
identités et leurs âmes venaient d’être disloquées. Leurs terres
confisquées à leur insu devenaient des terres dépendantes du bon
plaisir d’une organisation criminelle dont ils devaient désormais
nourrir les appétits avec leur sang et sueur. La mafia des États
occidentaux venait ainsi de s’attribuer les titres de propriété sur
des terres, des hommes, des femmes, des enfants et des animaux
de cet État qu’ils avaient préalablement et malicieusement
proclamé, « État indépendant du Congo ».
La République Démocratique du Congo d’aujourd’hui n’avait
pas subi le sort réservé aux autres pays d’Afrique, celui d’être une
simple colonie au profit d’un État voyou précis. Au contraire, un
autre destin l’attendait. Elle devenait la propriété d’une association
des vautours de ce monde : « l’Association Internationale du
Congo » (AIC), dont le roi des Belges, Léopold II était non
seulement l’initiateur du projet, mais aussi le visionnaire chargé
de sa gestion et de sa destinée. Ils savaient que ce grand pays,
découpé au centre de l’Afrique sans tenir compte des
communautés qui y vivaient, était, par sa position géographique,
la clé même du développement de toute l’Afrique dont il fallait
avoir le contrôle absolu. Il était donc primordial de contrôler le
Congo et ses richesses communément dénommées, les mines du
roi Salomon. À l’opposé du roi Salomon d’Israël et de la Bible, il
est ici question du Roi Salomon des entités occultes occidentales
dont la mission est d’envahir et de contrôler le monde par le
truchement des États-Unis d’Amérique.
Malheureusement, la folie qui dominait la vision ambitieuse
des Occidentaux ne sera pas de tout repos et ne tiendra pas devant
la tempête de l’histoire. La haine vis-à-vis du peuple noir surgira
très vite au point où couper les mains de ceux qui n’arrivaient pas
16
PROLOGUE

à fournir le quota exigé de caoutchouc était devenu une entreprise


sans remords. Car après tout, ils ne considéraient pas ce peuple
comme des êtres humains, il n’était qu’une autre espèce animale
pour servir la puissance de l’Empire conquérante, l’Occident.
Après le scandale des mains coupées, les rideaux se refermèrent
sur les actes abominables de l’AIC, la Belgique devenait en
apparence la puissance colonisatrice du Congo, avec comme grand
bénéficiaire tapi dans l’ombre, les États-Unis d’Amérique. C’est
ainsi qu’une nouvelle ère s’était imposée où visiblement rien
n’était plus comme auparavant pour les peuples du bassin du
Congo. Si pour les autochtones garder la terre signifiait veiller sur
les cycles de saisons et prendre soin de la terre, des animaux et des
hommes qui y habitaient, pour les États mafieux occidentaux
c’était faire du profit pour le profit. Que l’on ne se trompe pas, il
ne s’agissait pas de quelques voyous qui se réunissaient pour
commettre quelques crimes, il était bien question des États dits
civilisés qui s’associaient pour commettre des crimes abominables
que personne n’a osé juger comme l’ont été les crimes de l’État
hitlérien. Ils se sont approprié des terres qui ne leur appartenaient
pas par la ruse, par la force et par les crimes ignobles. Ils en
vendaient les actions et titres au sein de cette association des
acquéreurs par défi qu’il serait facile de comparer aujourd’hui à
une organisation qu’ils ont mise en place pour faire trembler le
monde, l’organisation de l’État islamique. Si ces derniers se
montrent barbares, ils l’ont aussi été, ils décapitaient aussi les têtes
des pauvres nègres et coupaient les mains de ceux qui résistaient à
leur pouvoir.
Paisiblement les peuples du bassin du Congo cultivaient leurs
terres en respectant les mues, le temps et les semailles, mais
désormais il fallait déposséder ses terres de ses pierres précieuses
et de toute sa sève. Combien trouverions-nous de fortunes bâties
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L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

sur le sang de ces peuples ? Que diraient Ford, Rover et la


dynastie royale belge ? Si les États-Unis d’Amérique sont
considérés aujourd’hui comme la première puissance militaire
mondiale, n’est-ce pas par l’uranium et le cobalt congolais ? S’ils
sont une grande puissance économique mondiale, qui nierait que
le pétrole, le cuivre, le cobalt, et le caoutchouc congolais ont
contribué à la stabilité de leurs richesses ? Qui a financé le plan
Marshall, si ce ne sont les richesses congolaises ?
S’offusqueraient-ils tous de la vérité têtue et inchangée ? Chaque
peuple pense à agrandir sa population et à remplir ses terres dont il
a hérité de Dieu ou de la nature. C’était aussi l’idéal des peuples
du bassin du Congo qui croyaient au respect du mariage et de la
famille, à l’amour entre les êtres humains, et à la joie du bon
voisinage comme au bonheur de la cohabitation et de l’hospitalité.
Hélas, les cliquetis des Kalachnikovs, les coups de canons et de
mortiers ont retenti sur leurs plaines, vallées et montagnes
massacrant inutilement des vies humaines, car personne
n’arrêterait le cycle de la procréation, même si elle en avait la
puissance. Désormais, il devenait impératif de barricader sa
maison avec des murs, des fenêtres en fer, des serrures en acier en
lieu et place des portes que l’on fermait avec une simple liane et
un bout de bois. Il fallait se résigner du jour au lendemain à la
présence des maitres venus d’ailleurs pour les conduire vers une
destinée inconnue qu’ils dénommaient « civilisation ». Ils
s’imposèrent en déconstruisant l’identité et les cultures des
peuples autochtones, leur imposant même une autre manière de
s’approcher de Dieu qui n’était pas connu de leurs ancêtres et dont
eux-mêmes n’avaient aucun respect. À ce jour, rien n’a changé,
les Occidentaux agissent avec les mêmes réflexes et méthodes,
même s’ils sont plus perfectionnés et discrets.

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PROLOGUE

Je suis un enfant du Congo, un fils de la patrie congolaise. J’y


suis né, j’ai toujours vécu dans ce pays, j’ai grandi dans les rues de
sa capitale qui était considérée comme une belle ville de l’Afrique,
que l’on nommait « poto moyindo », mais qui est devenue si sale,
si puante, si invivable et si nauséabonde. J’y ai serré des mains
moites, mais chaleureuses à chacun de mes pas dans cette cité qui
semblait ne pas connaitre le sort qui lui était réservé. Je regrette
quelquefois d’avoir franchi ses frontières pour découvrir d’autres
horizons, et y revenir pour me confronter à toutes ces émotions et
sentiments qui luttent encore dans la profondeur de mon être et de
mon âme. Aussi longtemps que je n’avais pas quitté cette ville, ce
pays, tout semblait être radieux et florissant. Mais depuis que j’ai
mis mes pieds hors des portes de cette ville et que j’ai palpé de
mes yeux et de mes mains d’autres réalités, je n’arrive plus à y
vivre sans me révolter. Non seulement parce que je suis devenu un
insoumis lorsqu’il s’agit de protéger et de défendre ma liberté,
mais je ne puis me taire devant le fatalisme béat et le désarroi de
mon peuple. C’est dans ce pays que je suis né, là où les hommes
semblent avoir tronqué le sens de l’honneur à la couardise
accentuée par le plus vil égoïsme. C’est au milieu de l’Afrique, en
plein milieu de la déception humaine, dans ce pays dont Frantz
Fanon disait pourtant être la gâchette de l’Afrique. C’est ce pays
qui avait donné naissance à un héros que le monde entier avait
célébré et pleuré sa mort, Patrice Émery Lumumba ! Tous ceux
qui demeurent dans ma cité, dans ma ville, dans mon pays, mes
frères et sœurs, mes amis, mes collègues, mes compatriotes
semblent y vivre comme condamnés à s’accommoder à la fatalité
de leur sort. Plusieurs se résignent, appesantissent la voix de
liberté qui s’élève en eux, se soumettent et acceptent de vivre avec
les miettes du néocolonialisme.

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L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

À force de me révolter, je m’interroge ! Est-ce de la symbiose


de plusieurs vents de domination dont elle est tissée, alimentée, et
formée que la République Démocratique du Congo est-elle
devenue malade ? Si elle a bu jusqu’à la lie l’esclavagisme, la
colonisation, la dictature, la République Démocratique du Congo
connait aujourd’hui une imposture connue de tous et dont
personne ne voudrait aborder avec justice. Toute honte bue, l’élite
congolaise et sa classe politique la dénomment, peut-être pour ne
pas se renier complètement ou pour ne pas sombrer dans le délire,
« dynamique politique », « État de fait », « continuité politique de
l’État », ou encore la paraphrasent autrement par « la politique de
la chaise vide ne paie pas». Après une invasion macabre et
terroriste, et après une occupation sournoise et une infiltration
criminelle dénoncée dont on semble s’accommoder, le Congo
semble être enveloppé d’une brume qui ne se dissipe plus. En
plein XXIe siècle, il subit la pire déception que l’humanité n’ait
pu recenser dans son Histoire lointaine ou récente. Si l’humanité
entière est à blâmer devant cette fourberie, il faudrait néanmoins
faire un détour au Congo. Il faut s’y arrêter un instant et chercher
à comprendre comment un peuple peut brader et hypothéquer sa
nation sans la moindre manifestation de honte et sans vergogne.
Car il ne s’agit pas de la soumission d’un peuple à quelques géants
étrangers invincibles venus d’une autre planète. Le grand peuple
congolais est devenu esclave d’un petit groupe de criminels
totalitaires sans âme et sans humanité qui se cherche une identité
et un empire où régner sur la terre des hommes. Les Congolais
leur ont donné leur pouvoir et ils courent après eux comme des
prostituées pour l’argent, et le pouvoir qui leur appartiennent.
C’est peut-être en raison de notre culture qui estime que « la terre
est sacrée » que je n’arrive pas à assimiler ce laisser-aller général.
Même si les hommes passent et que les terres restent, même si la
20
PROLOGUE

notion de la propriété est un produit de l’évolution historique, que


les terres passent d’un maitre à un autre depuis les temps anciens,
où est donc passé le sens de l’honneur d’un peuple ? Et même si
un peuple risquait de perdre toute dignité, devenir mauvais comme
une teigne et n’avait plus aucune considération pour sa propre vie,
n’y a-t-il pas lieu de s’inquiéter à bien des égards du sens de la
justice, de la raison et du droit ? Plusieurs diront qu’il est facile
d’arriver à un tel constat, mais ne faudrait-il pas se demander
pourquoi nous arrivons à cet état des choses ? Pourquoi cette
déception ? Comment les ténèbres ont-elles pu recouvrir la
grandeur d’un peuple qui a su démontrer par le passé la valeur et
la dignité que l’on attache à la liberté humaine ? Comment est-il
possible que l’être humain perde si facilement de son essence ?
Comment regarder pantois les masques que les hommes et les
femmes affichent sans chercher à se tenir devant le désarroi de ce
peuple et lire ce qui se cache au plus profond de son âme perdue ?
Comment ont-ils pu manipuler tout un peuple, si stupide soit-il ?
Comment en sommes-nous arrivés là ? Autant des questions qui
nécessitent des réponses si nous avons encore le sens de
l’humanité en nous et si nous ne voulons pas connaitre le
démembrement de ce pays ?
Puisqu’il serait irraisonnable que toute la nation soit contrainte
à l’oraison de la passivité et qu’il serait arbitraire de faire l’éloge
de la justification sans quitter l’oisiveté pour l’action, sans en
exprimer les causes et les conséquences, les conjonctions et les
tournures, les raisons et les propositions, je me suis donné la
mission de trouver la lumière pour éclairer nos ténèbres. Je me
suis donné le devoir de comprendre les limites de la honte, de
l’humiliation d’une nation et du désarroi d’une âme perturbée.
J’apporte une voie de solution, parmi toutes celles qui sont
proposées, qui réveillerait notre peuple. La voie qui le conduirait à
21
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

la révolte, à l’action et au changement radical devant la tépidité1


populaire dégénérant à l’indifférence, devant l’arrogance d’une
élite méchante et obsédée par l’amour de l’argent et de la gloire.
Corrompue jusqu’à la moelle, elle ose encore s’afficher
insolemment devant le peuple qu’elle piétine à longueur de
journée, son regard hautain, son visage rempli d’orgueil comme
pour dire que la conscience est une invention humaine. Elle
n’existerait pas dans tous les hommes. Elle dépendrait de la
conception de chaque être humain, elle ne serait pas une notion
universelle figée. Les mains pleines de sang, la crème de la
politique congolaise n’occupe sa vie qu’à poursuivre la gloire
n’hésitant pas à sacrifier morale, vertu, honneur, dignité, liberté,
femmes et enfants. Nous avions pourtant appris que ceux qui
sortaient de hautes écoles, de grandes universités, et qui
s’affublaient de grands diplômes, étaient la référence de l’intégrité
et de la civilisation ! Le Congolais est livré à lui-même dans cette
jungle. Il devient quasi impossible de partager sa vie si l’on a
encore un brin d’humanité en soi et ne pas souffrir dans sa chair
devant toute cette misère, naïveté et ignorance. Qui a entendu
cette histoire à dormir debout que de petits hommes sont apparus
lors de l’indépendance du Congo et qu’ils avaient disparu sans
laisser de traces ? Qui a déjà vu des mots revêtir de la chair
humaine ? Vous allez surement me dire : « que veut-il encore nous
raconter ? » Cela fait un temps que j’écris des mots, des mots qui
décrivent la réalité de mon pays et de mon peuple. Mais des mots
dont les images effroyables hantent encore les nuits de mon
peuple humilié, violé, massacré, errant dans les forêts et dans les
pays limitrophes comme s’il était la pourriture de ce monde.

1
Caractère de ce qui est tiède.

22
PROLOGUE

J’écris ces mots avec l’espoir qu’un jour ils revêtiront de la chair
humaine et libèreront mon peuple. Si mes mots et ceux de
plusieurs autres gens parmi ceux de mon peuple pouvaient
dépasser l’écho de la simple description narrative d’une situation,
nous les peindrions comme des êtres, nous les doterions de
conviction et de puissance, portant des ailes et des flèches pour
atteindre le cœur des hommes épris de justice et surtout le cœur de
ce peuple qui ne sait plus sur quoi reposer son espoir de voir une
nation restaurée ou inventée à l’aube du jour. Le peuple congolais
s’est résigné à force de croire à un mythe qui ne surviendra peut-
être jamais et de combattre chaque jour pour sa pauvre pitance.
La majorité de la population congolaise s’est forgé une piètre
image de la politique bien qu’elle soit politisée à outrance.
Revendiquer ses droits et libertés est le cadet de ses soucis, noyée
dans l’insouciance du respect des règles démocratiques et de droit,
elle se préoccupe de se construire un confort égoïste, bien qu’il ne
soit que temporaire. Mais quel que soit le degré des abus, un petit
nombre se réveille au prix de sa vie. Il faudrait se le dire, même
s’il est difficile d’avancer des chiffres exacts, néanmoins,
plusieurs auteurs et sources s’accordent pour considérer que les
crimes qui ont été commis sur les terres congolaises comme les
plus grands crimes jamais répertoriés dans les annales de
l’Histoire de l’humanité. Ces crimes se perpétuent depuis le règne
du roi Léopold II de Belgique, et ses partisans continuent depuis
lors l’invasion, l’occupation et l’infiltration du Congo par
Kagamé, le président du Rwanda et par ses partisans, jusqu’au
régime anarchique mis en place et conduit par un imposteur, un
petit soldat de l’armée patriotique rwandaise qui se prétend
officier militaire après trois mois de formation en Chine. Tous
estiment que le nombre de victimes congolaises se chiffre en
plusieurs millions d’individus. Serait-il approprié de parler de «
23
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

génocide » ou de massacres à grande échelle, lorsque la volonté


cynique de faire du Congo une mine d’exploitation à ciel ouvert
persiste et que son peuple est en permanence massacré avec une
telle cruauté qui ne trouverait d’égale que les images de l’enfer ?
Que les viols se commettent, sans distinction de sexe, sur toute la
population congolaise mâle et femelle, enfantine et adulte ?
Pourrions-nous affirmer qu’il n’a jamais existé d’intention de
détruire la population congolaise ou un quelconque groupe
national, ethnique, racial au Congo ? Il est indéniable que des
exactions, des crimes immondes et exécrables, et des abus de
toutes sortes, ont été commis du temps de Léopold II comme en
ces temps où quelques extrémistes venus du Rwanda et de
l’Ouganda rêvent d’un empire Hima-Tutsi dans la région des
Grands Lacs comme en son temps Hitler rêvait d’un régime nazi
aux allures de « Deutschland Uber alle ». Génocide ou éradication
de la population à grande échelle au Congo ? Y répondre serait
répondre aussi au génocide hutu et au massacre des Tutsis du
Rwanda !
Dans sa grande majorité, le peuple congolais demeure soumis,
fuyant la violence répressive et barbare, incapable de réagir contre
les ombres inconsistantes, fugaces et funestes qui apparaissent et
disparaissent à volonté. Son élite a démissionné, sa foi n’est plus
entretenue, car ceux qui devaient prendre soin de son âme sont
devenus des marchands d’illusions, encore d’autres fantômes
parmi tous ceux qui déambulent dans ses villes et dans ses cités !
Comment dire à ce peuple que ce qu’il vit n’est qu’un cauchemar
qui se dissiperait lorsque les rayons du soleil du matin se
pointeraient à l’horizon ? Comment lui tendre la main devant
l’obsession des vautours et des hyènes qui rôdent au-dessus de sa
tête, espérant qu’il se vide de son sang et ne soit plus qu’une proie
facile à leur portée ? Qui ferait frémir les ombres de la nuit afin
24
PROLOGUE

qu’elles se déploient dans les forêts, loin des humains, loin de ce


peuple, le temps d’une nuit ? Quelqu’un doit se décider à
rassembler les ossements humains qu’on a oublié d’enterrer ou
qu’on a entassés dans des fosses communes loin de tout le monde,
de tout regard, de toute curiosité pour en faire un feu qui ne
s’éteindrait pas ; peut-être que les oiseaux rapaces fuiront et que
les damnés de la terre seront exorcisés, la malédiction levée !

25
26
CHAPITRE 1
L’immense déception
« Le peuple fut réveillé en sursaut par le bruit de
passions qui n’étaient pas les siennes. »
LOUIS BLANC

En dépit de tous les mécanismes mis en place pour dominer et


asservir le peuple congolais, l’indépendance, bien que nominale, a
été signée le 30 juin 1960 ! Elle n’est certainement pas tombée du
ciel comme un don béni. Elle avait un prix, celui du sang du
peuple congolais. Face au défi national, des hommes et des
femmes ont bravé leurs différences. Devant la réticence coloniale
à leur accorder l’indépendance, la formation d’un front commun
s’avérait impérative. Un groupe hétéroclite de chefs coutumiers et
de cadres de huit partis politiques à majorité issue d’associations
tribales, tel un seul corps, arriva à imposer aux Belges une vraie
Table ronde sur la base d’une réelle négociation pour exiger
l’indépendance totale et immédiate de cette nation qu’ils
chérissaient. Ils y ont cru, car c’était leur droit.
Pendant que la Belgique cédait aux exigences des Congolais, la
France faisait pression pour reprendre le Congo sous sa tutelle
27
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

selon les accords de Berlin. Malgré le remue-ménage des uns et


des autres, les pionniers de la libération du Congo finirent par
obtenir la date officielle de l’indépendance. Vint le temps de la
table ronde économique, la mainmise des multinationales et des
impérialistes belges réussit à s’imposer face à l’incompétence de
la délégation congolaise. Que des entourloupes juridiques et
financières ! Les pionniers de l’indépendance congolaise revinrent
de la Table ronde, exhibant la joie de la liberté qu’ils n’avaient
point connue sous les airs de la musique de Kallé Jeff, et des
paroles de Thomas Kanza « Indépendance tcha tcha Tubakidi »,
comme si tout était réglé. Mais cette joie qui s’était répandue sur
toute l’étendue du pays, pouvait-elle soigner les cœurs de toutes
les différences et animosités passées, perdurer et maintenir la
synergie autour de ce front commun qui était supposé servir de
mur infranchissable contre les assauts de l’ennemi, et dont
dépendait l’avenir du Congo ?
Sauf pour ceux qui ne veulent pas jeter un regard sur l’histoire
du Congo, il se dégage de toutes les épopées de colons que ce qui
importe est de dompter le peuple afin de mieux exploiter ses
richesses. Fabriquer de minuscules guerres afin de détourner
l’attention des regards curieux de la communauté internationale.
Se laver les mains et condamner les Congolais à être les
destructeurs de leur propre nation et de leur propre destin, le
scénario habituel !
Les Occidentaux et en particulier la progéniture spirituelle de
Léopold II ne se sont jamais voués vaincus après la Table ronde
de Bruxelles ; ce qui primait pour eux était d’assurer leur propre
survie économique et contrôler le monde. À la première heure de
l’indépendance, peut-être à cause de leur jeunesse et inexpérience,
les hommes politiques congolais avaient à peine compris les
enjeux internationaux sur le Congo. Si les élections du Premier
28
L'IMMENSE DÉCEPTION

ministre, le chef du gouvernement et du premier président de la


République, se sont déroulées comme dans une cour des grands, la
cacophonie ne tarda pas à s’installer au milieu de cette classe
politique qui devait prendre en mains la destinée de notre pays. Le
discours du Premier ministre, chef du gouvernement congolais au
jour de l’indépendance, hors de tout protocole conventionnel,
bouleversant l’ordre imposé, voulant affirmer la souveraineté et
l’indépendance du Congo, choquant la bienséance diplomatique,
se révéla être la lumière qui mit à nu les rancœurs et les mauvaises
pensées de certains Congolais encore sous la domination et
l’aliénation de la crainte du maitre colonisateur. Pour eux, il ne
fallait pas ce discours dérangeant qui éclairait sur le passé du
Congo. Il fallait se taire. Il fallait être plus diplomate, il fallait user
de la langue de bois. Il ne fallait pas dénoncer les vérités qui
choquent et qui dévoilent la lutte de l’indépendance. Comme si le
grand maitre occidental, dans un élan de grande compassion,
gratifiait les Congolais du droit d’être indépendant. Le même
discours qu’on nous répète lorsque nous réclamons nos droits
aujourd’hui ; oublier nos millions de morts et nous tourner vers
l’avenir. Et pourtant, ils érigent bien des monuments en souvenir
de leurs morts. Chaque année, ils vont s’y prosterner. Ils les
enseignent à leurs enfants afin que les générations futures
n’oubliassent jamais. Ils tiennent encore des procès dont les
crimes sont qualifiés d’imprescriptibles. Il est vrai que la liberté ne
se donne pas, elle s’arrache surement ! Celui qui n’arrachera pas
sa liberté de celui qui l’opprime, qu’importe la liberté qu’il
obtiendra par faveur, ou dialogue, il demeurera à la solde de celui
qui l’a affranchi. Le front commun qui avait résisté à toute percée
des ennemis venait d’être transpercé. Désormais la scission était
visible comme une plaie béante. Le front commun n’existait plus.
L’âme commune venait d’être étouffée dans les passions tribales
29
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

et partisanes qui resurgissaient comme des démons prêts à en finir


avec toute la résistance qui leur était opposée jadis. La nation ne
pouvait voir le jour ni être au rendez-vous de l’Histoire. Elle
n’était pas née cette nation qui se devait d’être l’alliance d’un
peuple. Désormais, le statuquo d’avant l’indépendance venait
d’être imposé subrepticement, le Congo demeurait un état de fait
exposé à toutes sortes de caprices. La voie aux ambitions égoïstes
était largement ouverte ! Les luttes intestines sous les couleurs
politiques et tribales attisées par l’Occident prévalurent pour
anéantir l’unité de toute vision nationale au détriment des
querelles futiles et sans intérêts fondamentaux pour les Congolais.
Ainsi, au lieu de s’engager sur la voie du développement, l’élite
d’alors, oubliant l’unité qui l’avait conduite à arracher
l’indépendance, se laissa manipuler par les Occidentaux et
s’engagea dans les chemins sanglants de la «congolisation », une
faiblesse que les Occidentaux ont avec perfidie exploitée. Ils se
régalèrent, car il était devenu facile pour n’importe quel maitre-
manipulateur de s’imposer et de diriger les pensées de cœurs en
conflits dans une société sans âme. Le colon endossait le costume
de la marionnettiste. Il était désormais totalement confondu à sa
marionnette. L’émotion venait d’atteindre son comble et était si
envahissante que le théâtre, accaparant tous les esprits, les
entrainait à s’illusionner devant le mirage d’un bonheur volé
d’avance. Lâcher la proie avait laissé un gout amer sur leur
langue. Avoir en face un interlocuteur qui pouvait dire non,
désorientait plus profondément tous les calculs prévisibles des
impérialistes occidentaux. Et puisqu’il fallait « clouer le bec » à
l’espèce animale qui se tenait désormais sur ses pattes pour
revendiquer ses droits, Eisenhower décida l’assassinat de
Lumumba avec le concours de nos frères et sœurs congolais
entrainés dans la folie des envahisseurs impitoyables venus de
30
L'IMMENSE DÉCEPTION

l’Occident. Il leur fallait reprendre le contrôle de ce pays à tout


prix. Satan, comme ils l’appelaient, devait disparaitre. Lumumba
symbolisait à lui tout seul l’idéal d’un combat, et la dignité de tout
un peuple. Mobutu dit de lui : « c’était un homme d’exception,
entier, emporté parfois. Profondément marqué par les sévices et
les humiliations de la colonisation, il mettait la dignité nationale
au-dessus des exigences de la diplomatie, mais en même temps, il
a véritablement posé la première pierre d’une indépendance qui ne
fut non pas donnée, mais conquise. » Pour les Occidentaux, il
fallait donc tout naturellement dissoudre et carboniser cet idéal
d’indépendance et d’unité nationale afin qu’il disparaisse à jamais
de l’esprit populaire que l’on se préparait à entrainer vers d’autres
rêveries ; les chants et la danse au lieu du travail et de l’effort
récompensé. Leur objectif était d’endormir ce peuple, le diviser,
attiser ses différences, envenimer ses propos, déshumaniser sa
cause afin de tout imputer à une seule personne. Hélas, Lumumba,
comme toute la classe politique de son époque, n’avait pas
compris que les États-Unis d’Amérique n’étaient qu’un
conglomérat d’envahisseurs occidentaux qui avaient froidement
décimé le peuple amérindien et occupé leurs terres pour imposer
un Nouvel Ordre Mondial. Et que dire de la classe politique
congolaise actuelle ? Qui ignore que les États-Unis d’Amérique
sont un projet des entités occultes occidentales ? Son premier
président fut un franc-maçon, George Washington. Ils sont si fiers
de se proclamer patriotes sur les terres qui ne les appartiennent pas
et en font gober le venin à la terre entière qui ne cesse de courir
après le rêve américain. Qui oserait remettre en question la cruauté
de l’Occident sur les autochtones amérindiens ? L’image projetée
au monde est celle d’une nation démocratique, de l’exemplarité
aux autres nations. Sur toutes leurs études, les États-Unis
d’Amérique sont le pays de la pleine démocratie. Ne
31
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

recommandent-ils pas ou n’imposent-ils pas à tous les pays du


monde le modèle de leur démocratie ? Ils en ont fait des émules
invétérées au Congo de Lumumba (sic !). C’est comme si nous
étions tous des aveugles que Wall et Main Street étaient aux
commandes et non les politiques qui ne sont là que pour distraire
le peuple américain et surtout pour marcher sur un peuple en
particulier, les noirs américains. Hélas, au lieu de tourner son
regard vers le génie de son peuple pour relever le défi de
l’indépendance, Lumumba avait commis l’erreur de courir vers les
Américains, les mains vides, les bras ballants, avec sa seule verve
oratoire croyant pouvoir emballer les vieux routiers de
l’escroquerie politique ou y décrocher le paradis pour les
Congolais. La classe politique actuelle, n’ayant rien appris de cette
fameuse leçon de l’histoire, fléchit encore ses genoux devant
l’oncle Sam, espérant la bonté du maitre, et croyant en sa
suprématie ! Les pionniers des indépendances en Afrique
n’avaient pas muri de visions économiques claires qu’il aurait
fallu mettre en place après la colonisation. Aucune stratégie
conséquente n’avait été pensée sinon cette naïveté de se laisser
entrainer dans la trappe des Occidentaux, de croire aux
investissements étrangers et de se ranger dans le bloc de l’Est et
de l’Ouest. S’il était acquis à la Table ronde de Bruxelles que
l’indépendance totale du Congo était non négociable, pour les
nouvelles générations politiques congolaises, il semble comme si
c’est encore un débat à l’ordre du jour ! L’esprit de dépendance
règne encore après cinquante-cinq ans d’indépendance. Quel
gâchis ! Il existait une dizaine d’universitaires à l’indépendance. Il
y en a à des millions aujourd’hui, mais le Congo n’arrive toujours
pas à se donner une autonomie. Devrions-nous irrémédiablement
dépendre de ceux-là mêmes qui ne veulent pas voir le Congo,
respirer et avancer sur le chemin de l’autodétermination et de
32
L'IMMENSE DÉCEPTION

l’autonomie ? C’est à croire que la question de l’indépendance du


Congo devrait encore être posée sur la table de la communauté
internationale ? Fallait-il réclamer l’indépendance à cette époque
de la vie de notre nation ? S’il faut refaire l’histoire, je serais de
ceux qui feraient la même chose, c’est-à-dire arracher
l’indépendance totale et immédiate de notre pays à cette même
époque ou beaucoup plus tôt, quitte à apprendre de nos blessures
et de nos échecs et à bâtir sur la base de notre propre identité au
lieu de souffrir cette inadaptation et acculturation abusive et
imposée. Mais qui aurait imaginé un Congo miné par une
médiocratie cinquante-cinq ans après son indépendance ? Presque
tout le monde s’accorde à dire que sans investissements étrangers,
l’Afrique, et particulièrement le Congo, ne peut pas se développer.
Quoi donc ? Demeurerions-nous donc à jamais un peuple
dépendant, un sous peuple ? Dépendrions-nous donc à jamais des
devises étrangères pour régler notre économie et renflouer le
panier de la ménagère congolaise ? Je me lève en faux contre cette
mentalité d’esclave et cette aliénation à la suprématie de la race
blanche. Qui a appris à un Africain à gérer sa maison depuis les
temps antiques, est-ce les investisseurs occidentaux ? Si nous
savons gérer nos maisons de nous-mêmes, c’est de la même façon
que nous gèrerions toutes nos maisons, n’est-ce pas le rôle de la
politique de gérer plusieurs maisons qui forment une localité, une
cité, une ville, une province, une nation ? Il est temps de relever le
défi et de rendre la dignité à la race humaine perdue dans
l’acharnement de posséder le pouvoir de l’argent, circonspect dans
la monnaie considérée comme roi, le dollar américain. Si nous
n’offrons pas à notre peuple l’opportunité de faire briller son
génie, de s’épanouir par lui-même, de s’autodéterminer et de bâtir
une nation dont rêve chaque être humain pour son propre pays,
jamais nous ne parlerons d’un peuple libre au cœur de l’Afrique,
33
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

jamais nous ne mentionnerons la victoire de nos pères sur la


colonisation. Je définirais le discours de la dépendance aux
investissements étrangers comme du néocolonialisme occidental
barbare et impérialiste. La corde au cou tendue à tout État qui veut
se suicider. La domination économique et financière impérialiste !
Le gouvernement Lumumba, le premier de la première
République, ne dura que 74 jours, malgré sa diversité et sa
composition. L’espoir de toute une nation venait d’être
hypothéqué. Le mauvais fondement venait d’être installé au
mépris du sang versé de ce peuple qui ne réclamait rien d’autre
que de bâtir son pays avec une nouvelle espérance. Qui pouvait
comprendre alors les conséquences de ce premier coup d’État de
Kasa-Vubu et Mobutu sur lequel on se décidait de bâtir l’avenir
d’un peuple ?
Avançons, progressons, allons-y ! C’est à la confrontation de la
réalité que nous découvrirons ce qui nous a échappé jusqu’ici, ce
qui ne nous a pas révoltés comme nation, ce que nous avons
considéré comme une erreur de jeunesse politique et pour lequel
nous payons rubis sur ongle.

Après moi, le déluge

Il faudrait se rappeler que nous n’allons pas constamment nous


réveiller en sursaut comme si nous n’avions pas une mémoire
collective. C’est pourquoi comme des fils des visionnaires, nous
allons persévérer à entretenir le souvenir du peuple alerte par
devoir de mémoire puisque ce régime politique imposé à notre
peuple et alimenté par la médiocratie politique congolaise
s’efforce de son côté de falsifier notre histoire et de détruire notre
patrimoine national.
34
L'IMMENSE DÉCEPTION

Lorsque l’on relit la constitution de Luluabourg du 1er aout


1964, il saute aux yeux que Joseph Iléo et Marcel Lihau étaient
fortement interpelés par les velléités des réfugiés rwandais et
s’étaient donnés la tâche de définir aussi précisément que possible
la nationalité congolaise. La constitution de Luluabourg énonce :

« Article 6 : Il existe une seule nationalité congolaise. Elle est


attribuée, à la date du 30 juin 1960 à toute personne dont un des
ascendants est ou a été membre d’une tribu ou d’une partie de
tribu, établie sur le territoire du Congo avant le 18 octobre 1908.
Toutefois, celles des personnes visées à l’alinéa 2 du présent
article qui possèdent une nationalité étrangère à la date de l’entrée
en vigueur de la présente constitution n’acquièrent la nationalité
congolaise que si elles le réclament par une déclaration faite dans
la forme déterminée par la loi nationale et que si de fait elles
perdent la nationalité étrangère. Elles devront faire la déclaration
dans le délai de douze mois de la date d’entrée en vigueur de la
présente constitution si elles sont âgées de 21 ans au moins à cette
date ; si elles ne sont pas âgées de 21 ans, elles devront faire la
déclaration dans le délai de douze mois à compter du jour où elles
auront atteint cet âge.
Article 7 : La nationalité congolaise s’acquiert par la filiation,
la naturalisation, l’option, ou par la présomption légale, dans les
conditions fixées par une loi organique nationale. La même loi
détermine les conditions de perte de la nationalité congolaise.
Tout Congolais qui acquiert volontairement la nationalité d’un
autre État perd la nationalité congolaise. Tout Congolais qui a
l’âge de 21 ans possède la nationalité congolaise et celle d’un
autre État, perd la nationalité congolaise, à moins qu’il n’ait

35
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

déclaré, dans les formes prescrites par la loi nationale, vouloir


conserver la nationalité congolaise. »

Déjà en octobre 1965, l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu


vota une résolution d’expulsion de tous les Rwandais de la région
pour « collusion avec les rebelles », mais les choix politiques de
Mobutu et de son ministre de l’Intérieur Tshisekedi vinrent
exacerber les tensions sociales, en les portant à leur paroxysme,
nous disent clairement les historiens et les intellectuels congolais,
témoins de l’histoire. La promotion politique et économique des
barons rwandais et des immigrants illégaux s’accentua et créa la
confusion entre les autochtones et les allochtones, principalement
au Kivu. L’infiltration du Congo atteignit son point culminant
lorsque la fin du quinquennat promis approchait, Mobutu devait
rendre le pouvoir aux politiciens. La CIA le manipula de nouveau,
Mobutu commit la monumentale erreur d’introduire au sein de son
cercle le plus restreint le premier cheval de Troie de l’empire
Hima-Tutsi suivi de la clique de Léon Lobitch Kengo wa Dondo.
Honoré Ngbanda, à son époque, introduisit un autre pion majeur
du fameux empire sans territoires, Yoweri Museveni Kaguta, et
Laurent Désiré Kabila, à son tour, en fera de même avec son soi-
disant fils et toute la clique venue du Rwanda. À l’évidence de la
politique de « divide et impera », Mobutu confia les plus hautes
responsabilités politiques de notre pays à des individus de
nationalité douteuse et nomma Barthélemy Bisengimana Rwema,
un membre de la communauté des immigrants rwandais, citoyen
rwandais au regard de la constitution en vigueur, directeur du
Bureau du Président-Fondateur du MPR, président de la
République. Ce dernier s’attela à enrichir ses frères rwandais,
Cyprien Rwakabuba, Ngirabatware, Gahunga, Miko Rwayitari,
Rwigamba, Oscar Habarugira, Ngezayo, et manipula avec
36
L'IMMENSE DÉCEPTION

dextérité Mobutu et les institutions du pays au point que le


directeur de cabinet qu’il était, décider sans aucun contrôle sur les
fonds de l’Etat à la Banque centrale. Il amorça le décret-loi no
1972-002 du 5 janvier 1972 relatif à la nationalité zaïroise et signé
par Mobutu sans avis de l’Assemblée nationale et qui stipulait en
son article 15 :

« Les personnes originaires du Rwanda-Urundi qui étaient


établies dans la province du Kivu avant 1950 et qui ont continué à
résider depuis lors dans la République du Zaïre jusqu’à l’entrée en
vigueur de la présente loi ont acquis la nationalité zaïroise à la
date du 30 juin 1960. »

Il déjoua ainsi les clauses claires et restrictives de la


constitution de Luluabourg sur la nationalité congolaise.
Conséquence immédiate, Masisi changea de propriétaire puisque
les Rwandais y étaient cantonnés et y habitaient majoritairement.
Conséquence néfaste de ce que nous subissons aujourd’hui. Il aura
fallu neuf ans à l’Assemblée nationale pour abroger la loi de 1972
par celle de 1981 qui serait selon certains à la base des
déchirements à la Conférence nationale souveraine et qui aboutira
à l’invasion de l’AFDL et fut suivie de la guerre de
«banyamulenge» au travers du RCD.
Pourtant lors de la Table ronde de Bruxelles, le front commun
congolais questionna clairement les représentants du Rwanda-
Urundi s’ils voulaient l’indépendance avec le Congo comme une
seule nation, ils refusèrent catégoriquement. Mais voilà
qu’aujourd’hui une autre génération politique, née du conflit
perpétuel des Hutus et des Tutsis, décide de dominer la région des
Grands Lacs sous le modèle du nazisme hitlérien. Ils veulent bâtir
37
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

un empire Hima-Tutsi qu’ils sont allés dénicher dans les tréfonds


de leur âme sans racine, instable et ténébreuse dont ils présentent
comme fonds de commerce en brandissant la crainte du génocide
lorsque le droit parle. Nous ne pouvons plus continuer à nous
voiler les yeux et à écarter d’un revers de main ce problème sans
en débattre sereinement et le clore définitivement. Il nous faut
définir clairement la nation congolaise qui n’est pas fondée sur
une langue commune ni sur une religion commune, mais sur les
concepts de la vie d’une société, l’identité historique, culturelle et
géographique. Ce qui nous permettrait, une fois pour toutes, de
clore le chapitre de la nationalité congolaise autour d’un système
des valeurs d’une communauté convaincue d’une même
appartenance nationale et éteindre toute velléité expansionniste
des extrémistes de l’empire Hima-Tutsi. En gardant en mémoire
ce discours sur la Révolution universelle d’Anacharsis Cloots :
«L’humanité ou le genre humain ne vivra en paix que lorsqu’il ne
formera qu’un seul corps, une Nation. »
Posons-nous au préalable de bonnes questions quant à la
résolution de cette crise permanente, réelle ou fictive, avant de
débattre sérieusement sur la nationalité des uns et des autres.
Qu’est-ce qui lie le Kivu dans ce conflit entre la République
Démocratique du Congo et le Rwanda ? Est-ce que le Rwanda a,
comme l’État congolais, de sérieuses préoccupations sécuritaires
relatives à la présence des Hutus que l’on cantonnerait
péjorativement ou abusivement sous l’appellation de FDLR
(Forces démocratiques pour la Libération du Rwanda) pour
permettre certaines entreprises obscures à l’est de la RDC, ou
alors est-ce que le régime au pouvoir à Kigali se sent-il menacé en
permanence par la présence des Hutus rwandais à sa frontière avec
l’est de la République Démocratique du Congo ou ne sont-ils pas
citoyens du Rwanda pour retourner chez eux et y vivre en paix ?
38
L'IMMENSE DÉCEPTION

Est-ce les rébellions successives dites congolaises qui prennent


naissance au Rwanda ou en Ouganda et se manifestent au Kivu à
l’est de la République Démocratique du Congo, au cours de ces
dernières années, entre autres l’AFDL (Alliance des forces
démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre), le RCD
(Rassemblement congolais pour la démocratie), le CNDP
(Congrès national pour la Défense du Peuple), et le M23, ont, eux,
de sérieuses revendications relatives au droit à la vie et à la
citoyenneté pour les populations d’origine rwandaise au Congo ?
Ou alors ne sont-elles que des prétextes pour justifier la volonté de
balkaniser et d’annexer une partie du Congo au Rwanda et une
soif de prédation qui se traduit en pillage systématique des
ressources naturelles du Congo ou encore le rêve d’Hitler qui
hante les nuits de certains hommes ? Ou alors, faudrait-il pousser
plus loin et prendre en considération l’opinion du professeur Ka
Mana qui dit : « Il faudrait plutôt comprendre que la lutte de ces
hommes et de ces femmes contre l’humiliation et la frustration
n’est pas une lutte alimentée par une étroite mentalité tribaliste,
ethniciste et diaboliquement destructrice, mais une lutte
essentiellement et éminemment politique au cœur du Congo : une
lutte pour la reconnaissance des droits fondamentaux et des
devoirs essentiels sans lesquels il n’est pas d’humanité possible
pour un individu ou pour un peuple. Avant tout, il est bon de
savoir que nous sommes devant une longue histoire de frustrations
et d’humiliations que les Tutsis congolais subissent depuis de
nombreuses décennies. Il me semble urgent de considérer les
problèmes de ce point de vue pour régler un contentieux
historique profond sur lequel il n’est pas bon de faire l’impasse.
L’histoire des migrations en Afrique centrale est d’une telle
complexité qu’il serait irresponsable de ne donner pour horizon
aux Tutsis congolais que le Rwanda, pays qui les considère en
39
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

réalité comme des Congolais dont le destin devra se forger au


Congo. »
Si le Rwanda considère en réalité Laurent Nkundabatware,
Ntanganda, etc., comme des Congolais dont le destin devrait se
forger au Congo, que s’est-il donc produit au cours des mues du
même serpent qui change de nom comme il change de peau ?
Qu’est-il advenu au fameux Laurent Nkundabatware qui avait
pour habitude de : « Comparer la République Démocratique du
Congo qu’il prétendait être son pays, à un vaste hôpital où tous les
habitants seraient victimes de mauvaise gouvernance, mais où les
rwandophones, spécialement les Tutsis, auraient la particularité de
se trouver aux soins intensifs ? »
Comment aborderions-nous donc ce dilemme, lorsque notre
position géostratégique au cœur de l’Afrique nous impose comme
voisins neuf pays qui n’aspirent pas à sortir des crises du pouvoir
éternel ? La réalité se voit devant nos yeux. La politique naïve et
bon enfant du bon voisinage de Mobutu nous a payés en monnaie
de singe. Mais aussi longtemps que nous ne parlerons pas de
respect des mécanismes institutionnels de séparation et de
l’équilibre du pouvoir dans les pays de la sous-région, il serait
difficile de parler paix. De même, il serait tout aussi difficile d’en
parler aussi longtemps que nous ne serons pas nous-mêmes un
modèle dans la sous-région de l’Afrique centrale. Aussi longtemps
que le Congo ne se relèvera pas économiquement et militairement
pour garantir la stabilité dans la région, il y aura encore et toujours
des guerres civiles, des agressions, des sécessions, téléguidées par
les multinationales occidentales qui ne cesseront jamais de
déstabiliser la région et l’Afrique en général pour leur survie. À la
barbarie des multinationales occidentales et à la politique de
l’austérité permanente du FMI et de la Banque Mondiale, le
Congo doit être capable d’opposer sa puissance militaire et son
40
L'IMMENSE DÉCEPTION

pouvoir de décision. Et lorsqu’il sera question de définir


clairement la notion de la nationalité congolaise, nous ne la
définirons pas telle qu’en Afrique du Sud où les blancs qui s’y
trouvaient depuis plus de deux siècles, et ne se connaissaient pas
d’autres patries, mais nous soignerons les cœurs et les esprits,
nous respecterons la charte de l’Union africaine, nous exigerons la
modération des extrémismes malsains, et nous imposerons pour le
bien de tous le respect du droit pour une cohabitation pacifique.
Cela implique un débat franc et libre entre les autochtones et les
allochtones dans un premier temps, et entre les gouvernements
dans un deuxième temps, en tenant compte du respect de
l’expression populaire. Mais tout cela nécessite une démocratie
internationale sereine au sein des institutions internationales pour
écarter à jamais cette manipulation hégémonique et impérialiste.
Une époque noire et ténébreuse avait suivi la mort de
Lumumba dont seul le secret de la forêt katangaise où il fut
assassiné cache la vérité. Mobutu vint et apparut aux yeux du
peuple comme le nationaliste qui allait donner au peuple congolais
une nation avec une âme. N’était-il pas considéré par beaucoup
comme le dauphin de Lumumba, lui son secrétaire particulier à la
Table ronde et à la présidence de la République ? Mobutu,
convaincu par les impérialistes que Lumumba était un extrémiste,
se décida donc à remédier à son arrogance et mettre de l’eau dans
son vin pour pouvoir appliquer l’agenda nationaliste congolais.
Après son premier coup d’État avec Kasa-Vubu, en installant un
gouvernement des commissaires généraux, il reviendra encore
mettre un terme au règne timide de Kasa-Vubu se débarrassant
petit à petit de sa tenue militaire pour revêtir complètement le
costume du politicien épris d’amour des ombres noires de
Machiavel. Mobutu se lança dans de grands travaux
d’indépendance économique et de restauration de notre identité
41
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

culturelle. Il réussit à reprendre l’union minière du Haut-Katanga


à 100 % congolaise, lorsque les Belges refusèrent que la Société
Générale des minerais assure la production et la
commercialisation du cuivre congolais comme prestataire des
services malgré les 40 % du capital qui leur a été accordé, il en fit
la Gécamines. Mais il vida la caisse de l’État pour compenser les
belges. Il construit le barrage d’Inga, le chemin électrique Inga-
Shaba, l’impression de notre propre monnaie sous tirages DTS,
l’installation de la Bourse et du grand marché des échanges
internationaux WTC. Le décor était mis en place pour donner à la
nation, une certaine indépendance économique. Mobutu rêvait de
la conscience de l’identité nationale et de l’indépendance
économique pour laquelle il était prêt à faire alliance avec « le
diable », selon ses propres termes, oubliant de se détacher de la
juxtaposition ou, disons-le le mieux possible, de la substitution de
sa personne à l’État congolais. Il finit par confondre la destinée du
pays à son particularisme qui pouvait servir grandement dans un
ensemble et desservir lorsqu’il se plaçait au-dessus de tout. Une de
ses plus grandes erreurs était de ne pas écouter le conseil de son
oncle Litho Moboti qui lui reprochait d’avoir introduit dans son
premier cercle le « rwandaleux » qui est arrivé sournoisement à le
manipuler et à le contrôler. Docteur Diomi dit, il n’écoutait pas.
Le premier ingénieur civil en électricité de l’université de
Lovanium, le nouveau pion des belges et de la CIA, Bisengimana
Rwema avait conquis Mobutu, contrôlait tout et avait plein
pouvoir sur tout. Pour mieux assoir son pouvoir et contrôler
Mobutu sans ses amis du groupe du Binza, il réussit le coup de
maitre quatre mois après sa nomination en mai 1969. Etienne
Tshisekedi est envoyé ambassadeur à Rabat au Maroc, Victor
Nendaka, ambassadeur à Bonn en Allemagne, Justin Marie
Bomboko, ambassadeur à Washington aux États-Unis
42
L'IMMENSE DÉCEPTION

d’Amérique, Albert Ndele est destitué de la Banque centrale et


prend le chemin de l’exil. Le champ était libre.
Pour tenir 32 ans au pouvoir, il fallait que quelque part, quelque
chose semble aller bon train. La réalité est que Mobutu ne géra pas
tout le Congo. Entre le modernisme et l’archaïque, une très grande
partie de notre peuple vivait encore comme dans les temps anciens
sans se préoccuper de ce qui se passait dans la nation et de ce qui
se décidait au niveau de l’État. Mais les temps ont changé, les
grandes cités se sont formées en cascade, l’exode rural amplifié.
La communication est devenue plus facile et aujourd’hui
l’informatique vient de briser toutes les limites et de dévoiler
l’inconnu. Le monde est devenu un village de ce qui était
inenvisageable. Il est désormais temps de faire des réformes
structurelles profondes pour que l’État congolais redémarre et
marche.
Le nom du pays changeait à celui du Zaïre, l’identité propre à
notre culture allait crescendo s’affirmer comme ils le croyaient
tous. Une nation poussait des profondeurs de la terre pour naitre,
tout le monde s’attendait à voir la conscience nationale se
développer et conquérir tout le peuple, mais son âme était
corrompue dans sa racine, le sang de Lumumba criait vengeance,
le sang des martyrs de la Pentecôte secouait le trône de la
rétribution, la mafia occidentale impérialiste grinçait des dents, la
liberté piétinée, le peuple était délaissé à lui-même. Tout cela ne
présageait rien de bon. Les génies congolais n’avaient pas compris
que les richesses de notre sous-sol faisaient non seulement des
jaloux dans le monde et attisaient les envies criminelles, mais que
les seuls acheteurs potentiels de nos richesses sur lesquelles
Mobutu et ses compagnons voulaient bâtir notre indépendance
économique n’étaient autres que ceux qui ne changeaient pas leur
conception du monde : « les dominateurs dominent les dominés ».
43
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Il ne lui a pas fallu très longtemps pour qu’il s’aperçoive que le


discours de Lumumba avait un caractère indélébile. 1973, de ses
grippes devant les Nations unies, il prononcera le discours
lumumbiste. Mais c’était trop tard, il s’était déjà engagé sur la
mauvaise pente. Entre un égo exacerbé et un rêve dépassé par la
réalité, il perdit l’humilité de son humanité et se laissa emporter au
discours d’« après moi, c’est le déluge » que d’autres dictateurs en
Afrique traduisent par « la sécurité et la paix, c’est moi » !
Qu’importe, les défis restent les mêmes s’ils ne sont pas plus
diversifiés et plus prononcés.
Et voilà que survint au pouvoir le roi Bill Clinton, assis sur le
trône de la plus grande puissance de ce monde, se croyant tout
permis jusqu’à décider du devenir du Congo comme à Berlin. Elle
est têtue cette logique berlinoise ! Certainement, croient-ils tous
que ce monde a été livré à leur bon plaisir ? Comme pour
confirmer au peuple noir qu’il était un peuple esclave, Bill Clinton
s’est permis récemment de rappeler sans honte qu’à une certaine
époque, Barack Obama serait son esclave. Hélas, le devoir de
mémoire est devenu le dernier des soucis des Congolais. Ils ont
complètement perdu de vue que le roi des Belges, Léopold II,
avait laissé derrière lui une lignée spirituelle de successeurs sur
son trône qui n’avaient d’autre but que de nier la capacité du
peuple d’Afrique à s’autodéterminer et à gérer cette parcelle de
terre qui leur revient de plein droit pour l’intérêt du monde entier.
Et pourtant si le Congo brillait, c’est toute l’Afrique qui brillerait !
Si le Congo brillait, c’est le monde entier qui serait illuminé !
Lorsqu’il s’agit de l’Afrique et surtout du Congo, les notions les
plus abstraites flottent dans l’air au point d’empester l’atmosphère
sereine de l’humanité et laisser les ombres macabres sortir des
placards de la bibliothèque occidentale. Le patriotisme, à
l’occurrence, est réservé à ceux qui font partie du plan des
44
L'IMMENSE DÉCEPTION

Occidentaux, les Américains et les Français, de contrôler le


monde, mais aux Congolais, c’est l’étiquette de « xénophobes »
qui nous est facilement collée et ne traine pas à surgir lorsque
nous nous levons pour mettre fin aux relents du totalitarisme, de
l’extrémisme et de l’impérialisme américain. Il nous faudrait aider
l’élite américaine à recouvrer la dignité ou à disparaitre comme a
dit Mandela : « J’ai donné de la dignité à l’homme blanc. Il n’y a
pas de dignité dans l’oppresseur. »
La démesure de Bill Clinton ayant rencontré la folie des
extrémistes prônant l’idéologie totalitaire d’un empire Hima-tutsi,
l’occasion faisant le larron, il ne restait plus qu’à se servir des
mains impitoyables et disponibles pour de nouveau imposer au
Congo une autre misère sans nom. L’Afrique centrale venait
d’entrer dans une période de chaos, jamais vu depuis que la région
des Grands Lacs existe. Personne n’ose déterminer l’effroyable
massacre du clan Kagamé armé par Bill Clinton depuis 1994.
Personne ne peut compter le nombre de vies sacrifiées afin que
Kagamé puisse régner et bâtir sur l’autel du sang toujours frais et
renouvelé. Quel que soit ce massacre silencieux dont CNN et les
autres chaines de télévision feignent d’ignorer l’horreur, il va
falloir y mettre fin. Kagamé et son groupe de terroristes ne
semblent pas s’en inquiéter, car ils ont reçu l’aval de Monsieur et
Madame Clinton, de Tony Blair, de Barack Obama et de tous ceux
qui se sont engagés à préparer le trône de l’Antéchrist en
détruisant la morale, la famille et les valeurs chrétiennes des
paisibles citoyens américains. Le discours totalitaire des
extrémistes tutsis doit prendre fin comme il a commencé et
disparaitre à jamais dans les rayons des bibliothèques des
générations futures.
Le Dieu, en qui les Américains croyaient, semble sortir de
l’ombre à l’insu des citoyens américains aveuglés et endoctrinés.
45
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Ce n’est plus le Dieu de la vertu, de l’amour et de la compassion


de l’autre, mais le Dieu de l’avarice, du libertinage et de l’horreur
qui est exposé chaque jour au su et au vu de tous. Il faudrait mettre
un terme à toute cette nuisance innommable que les extrémistes
américains imposent au Congo. Il faudrait mettre un terme au
dictat de l’empire occidental, occupant sauvage et barbare des
terres des Amérindiens. Le monde n’est pas un endroit où doit
régner la cruauté des uns sur les autres, mais l’endroit propice
pour l’épanouissement de tous les hommes. Qui ignore encore que
les vagues successives des rwandophones n’ont jamais résisté sur
le sol congolais ? Ce n’est donc pas avec la puissance cachée des
États-Unis d’Amérique que les extrémistes tutsis imposeront au
Congo leurs nationaux en mal de richesse congolaise ? Si
aujourd’hui le Rwanda semble « respirer économiquement », c’est
essentiellement à cause de l’économie congolaise, mais,
méchamment et malheureusement par la libation du sang de
millions de paisibles citoyens congolais qui ont toujours exercé
leur hospitalité envers les neuf pays voisins qui les entourent et
dont ils partagent l’âme déchirée par les occidentaux. Si le
génocide du peuple hutu du Rwanda et le massacre des justes
tutsis ont permis d’envahir, d’occuper et d’infiltrer le Congo, je
voudrais attirer l’attention du peuple rwandais sur la destruction
de la ville d’Alep en Syrie à cause de la folie des hommes ; à plus
forte raison, Kigali bâtie sur le sang des Congolais sera-t-elle
détruite ! Si la folie de la bande à Kagamé ne s’arrêtait pas ! La
stratégie génocidaire de Paul Kagamé pour mouvoir ses groupes
de pression aura certainement un effet boomerang. Il est un jour
où il la déclenchera pour sa propre perte et sa fin. Toute la
politique de Paul Kagamé et de Yoweri Museveni se base sur une
idéologie totalitaire d’un empire de la race des élus de Dieu
consanguins au peuple juif et tourne autour de la peur propagée du
46
L'IMMENSE DÉCEPTION

génocide tutsi et du recours aux massacres qu’ils brandissent


comme un fantôme à la faucille sanglante. Kagamé s’est
positionné suite à sa fameuse théorie du génocide tutsi comme le
défenseur des Tutsis. Il use à souhait les moindres troubles
provoqués dans la région des Grands Lacs pour promptement
déclarer par ses médias et ceux de ses puissants groupes de
pression occidentaux comme étant un génocide du peuple tutsi.
Comme des « Interahamwe » rwandais, il déclare quiconque
s’oppose à ses plans, suite à un petit montage, « génocidaire », et
se donne ainsi le prétexte de « lutter contre l’idéologie du
génocide ». Et pour pérenniser son pouvoir sans partage et sans
contestation, il se proclame « libérateur, celui qui arrête le
génocide au Rwanda, au Congo et au Burundi ». Et pourtant, c’est
lui, le véritable initiateur et acteur de cette hécatombe.
Le combat que mène notre peuple depuis la colonisation a pris
une autre forme au jour où Laurent Désiré Kabila s’est laissé
abuser par les Rwandais au point de nommer Kabarebe chef de
nos armées, Bizima, chef de notre diplomatie et surtout de ne nous
avoir pas dit toute la vérité sur alias « Joseph Kabila ». Ce soldat
de l’Armée patriotique rwandaise, reconnu comme commandant
Hypo, le tueur de Tingi-Tingi dans plusieurs rapports
internationaux et qui vient de totaliser 15 années aux commandes
de la destinée de la République Démocratique du Congo sans que
cela froisse son élite, sa classe politique et ne déchaine la colère
populaire. Plusieurs parmi nous connaissent cependant ses
origines. Je citerais Kyungu, Kamhere, Moïse Katumbi, Kudura
Kasonga et tant d’autres. Je ne cite pas ces noms pour polémiquer,
je les cite parce qu’ils connaissent la vérité. Kyungu a répété à
plusieurs reprises qu’ils n’ont jamais appelé Laurent Désiré
Kabila, « Baba wa Mapasa ». Mais dépassons ce point, car ils ont
tous leur conscience en place et devant eux, le peuple congolais
47
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

décidera un jour en âme et conscience. Notre pays est en train de


subir une conspiration monstrueuse et implacable à cause de ses
richesses qui génèrent des appétits voraces et gloutons de tout le
monde, essentiellement de l’organisation impérialiste anglo-
saxonne. Notre pays, la République Démocratique du Congo, subit
une machination diabolique qui voudrait contrôler le mental du
peuple et le dérouter de son vrai combat. Notre pays a subi une
invasion du Rwanda et de l’Ouganda qui s’est transformée en une
infiltration de toutes nos institutions républicaines, en une
subversion, et en une intimidation. Des milices multiples agissent
de jour comme des groupes séparés, mais obéissent de nuit aux
ordres d’un même chef, l’organisation barbare et terroriste dont
Kagamé et Museveni demeurent les chefs et alias « Joseph
Kabila» la pièce maitresse des enjeux. Cette organisation
criminelle et génocidaire se repose essentiellement sur une vaste
mobilisation de nos ressources naturelles pour coordonner sa
sphère d’influence qui combine à la fois des opérations de
renseignement, militaires, politiques, économiques, diplomatiques,
et scientifiques. Son but est de dominer notre pays qui demeure la
réponse au développement substantiel de l’Afrique entière par un
génocide que personne ne voudrait reconnaitre et dont tous les
actes constitutifs qui le qualifient en droit sont évidents et
matériellement présents. Le Congo vit actuellement la plus
ridicule partie de son histoire où un imposteur inculte, un petit
soldat insignifiant de l’armée patriotique du Rwanda de Kagamé,
règne sur son destin. De nos investigations et recoupages
d’informations reçues, il ressort qu’il est né et a vécu à Fizi avec
son père et sa mère parmi les réfugiés rwandais, mais il n’a pas
pour père biologique Laurent Désiré Kabila ni pour mère Sifa
Mahanya. Son nom est Hyppolite Kanambe, fils d’Adrien
Kanambe et de Marceline Mukambuguje, il n’est pas « Joseph
48
L'IMMENSE DÉCEPTION

Kabila ». Oui, qu’il est un jumeau, mais sa sœur n’est pas celle
que l’on présente à la nation. Il est citoyen rwandais né des parents
tutsis rwandais qui sont venus se réfugier au Congo pendant la
vague de 1959. Fuyant le maquis après avoir trompé le peuple de
Fizi, principalement les Babembe de la tribu de Lumumba,
Laurent Désiré Kabila se réfugia en Tanzanie avec dans ses
bagages la famille d’Adrien Kanambe dont il venait de faire
l’épouse l’une de ses multiples concubines à sa mort. Il ne l’a
jamais adopté officiellement devant la loi. Il l’avait surement
adoptée dans son cœur, mais cela ne lui attribue pas la nationalité
congolaise. Il n’a jamais introduit une demande de nationalité
pour jouir du jus solis congolais. Il ne peut pas jouir de la
nationalité congolaise, encore moins de la nationalité congolaise
d’origine, car il est toujours citoyen rwandais comme
Nkundabatware, Ntanganda, et tant d’autres. Pour mieux
appréhender toute cette imposture, il faudrait lire le parcours de
son mentor James Kabarebe. Refugié rwandais en Ouganda, il
devint citoyen ougandais et y assume de hautes responsabilités,
officier des services de renseignements en Ouganda avant 1994.
Dès que l’Armée patriotique rwandaise est constituée, il devint
aide de camp de Kagamé jusqu’à la prise de pouvoir au Rwanda.
Ensuite, il commande l’AFDL et finit par devenir le chef d’état-
major général de la République démocratique du Congo sous
Laurent Désiré Kabila. Il ne s’arrête pas là, il va exercer les
fonctions de chef d’état-major général du Rwanda et aujourd’hui,
il est le ministre de la Défense du Rwanda. Dans ce milieu, on
change de nationalité à volonté selon les besoins de la cause. Pour
eux, l’essentiel est de contribuer à la mise en place de l’empire
Hima-tutsi.

49
50
CHAPITRE 2
Tout est spéculation
« Certes, les mots étaient superbes : la liberté,
l’égalité, la fraternité, la vertu, l’honneur, le patriotisme.
Mais ce n’étaient que des mots, et il faut des actes pour
administrer. Imaginez des hommes les mieux intentionnés
au monde, très dignes et très bons, qui tombent dans un
pays dont ils ignorent tout, dont ils veulent tout ignorer,
et qui ont l’étrange idée d’y appliquer un régime
gouvernemental purement théorique. Il arrivera
forcément que le pays, dérangé dans sa vie quotidienne,
finisse par refuser l’expérience. La dictature est au
bout.»
ÉMILE ZOLA

Ils veulent tous bâtir. Ils en démontrent tous la passion par le


discours, mais c’est sur le néant qu’ils veulent tous bâtir, comme
condamnés éternellement à remplir le tonneau des Danaïdes des
eaux du fleuve Congo. Comment pourrions-nous aborder le
dossier épineux de l’essor économique du Congo avec fiabilité
lorsque toute projection numérique au Congo est purement
théorique et abstraite, arbitraire et invérifiable ? Rien au Congo ne

51
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

se fonde sur des données réelles acquises et portées sur


l’expérience. Tout est estimation, vraie ou fausse. Tout est fruit de
l’imaginaire de celui qui voudrait faire parler les chiffres dans un
sens comme dans un autre. Des chiffres discordants proviennent
de sources intérieures et extérieures ; si la population est estimée à
77 millions pour les uns, elle est estimée à 70 millions pour les
autres. Les chiffres exacts, fiables et probants sur la santé,
l’habitation, l’éducation, le travail et l’économie n’existent pas. Il
n’est pas étonnant que le budget de l’État congolais varie de 3 à 8
milliards USD et ne dépasse ni le budget de l’université de
Harvard aux États-Unis d’Amérique avec ses 26 milliards USD
dépensés pour ses 20 042 Étudiants ni le budget du ministère de la
Santé de l’Afrique du Sud et ses 13 milliards de dollars pour une
population de 52 millions d’habitants. Et pourtant, aucun pays au
monde ne dispose d’autant de potentialités et de ressources
agricoles, minérales et minières comme le Congo. C’est en
milliers de trillions que se quantifient ses réserves minières. Tout
cela démontre que l’État congolais est un État anarchique qui
nécessite une totale remise en cause pour en faire un État stable et
une nation. Les chiffres au Congo se commandent selon les
besoins de la cause.
Grâce à sa position géostratégique au centre de l’Afrique, le
Congo pouvait se prévaloir d’être le fer de lance de l’économie
africaine. Ses terres habitées et en très grande majorité inhabitées
sont d’une importance scientifique, économique, stratégique,
humaine et militaire indiscutable. Sa position géographique à
l’équateur, sa biodiversité, un écosystème varié et riche, sa
diversité climatique, ses fleuves, lacs, cours d’eau sont autant de
potentialités qui devraient faire de ce géant une puissance en
Afrique et dans le monde. Hélas, l’instabilité politique permanente
l’empêche d’être un État fort et solide, un État de droit. Comment
52
TOUT EST SPÉCULATION

assurer la stabilité de ce sous-continent ? Existe-t-il une armée


régulière et républicaine au Congo sur laquelle s’appuyer et
compter ? 55 ans après son indépendance, tout est à refaire, tout
est à réinventer au Congo. L’armée congolaise n’est qu’une armée
embryonnaire et infiltrée, formée autour d’un conglomérat
hétéroclite de milices incontrôlables et très mal entretenues.
Depuis l’indépendance, le pays est ingérable, enfoncé dans les
sables mouvants des crises politiques successives et insolvables
comme s’il n’y avait pas une élite responsable. À force de laisser
la gestion du pays à ceux qui ont complètement échoué, c’est la
nation entière qui se condamne à ce qui est impensable. Il est
impossible d’avancer lucidement, si le peuple congolais ne se
décide pas à faire un arrêt et à changer complètement de direction.
À cette étape où se trouve le pays, il nous faut nous assumer, nous
dire la vérité et l’affronter. À toute épreuve ou à toute crise, il faut
une attitude et une réponse appropriée au risque de servir et de
pérenniser l’épreuve ou la crise. Personne n’ignore toutes les
crises qui se succèdent dans notre pays depuis l’indépendance et
qui se sont amplifiées au départ de Mobutu, à l’arrivée de Laurent
Désiré Kabila et à l’apparition d’un roi venu de l’étranger
descendant d’un supposé père monarque dont il a conquis le trône
par assassinat. Si nous fuyons la réalité, si nous couvrons nos
yeux, nos oreilles pour ne pas accepter la réalité de la crise
qu’endure notre pays, nous continuerons à nous enfoncer dans des
crises interminables qui changeront de formes au gré du vent.
Nous devons faire halte ! Nous arrêter tant il est encore possible
de remédier à cette crise. Reconnaitre que les politiciens congolais
actuels sont non qualifiés et incapables de diriger le pays. Il
faudrait aussi se l’avouer, le Congo n’a pas de véritables
politiques, des hommes d’État faits. On ne trouve rien d’autre
qu’un conglomérat de bricoleurs reconvertis en politiciens pour
53
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

arrondir les fins de mois. Plusieurs d’entre eux ont été mal formés
par des gouvernements successifs qui ont lamentablement échoué,
empêtrés dans la médiocrité. Le pays manque gravement de
culture politique et étatique. Le Congo vit au rythme des caprices
climatiques et du destin, et à la merci des groupes financiers
internationaux : Fonds monétaire international, Banque mondiale,
etc., et, sous le contrôle de tous les organismes des Nations Unies.
À se demander si le Congo a-t-il des moyens ou la volonté
politique de résister aux conditions des bailleurs de fonds ou
pourrait-il par des moyens autonomes financer ses projets ? Un
État ne fait pas de projets pour plaire aux financiers, mais pour
répondre aux besoins de sa population. Par contre, le Fonds
Monétaire International et la Banque Mondiale sont des
institutions financières qui doivent générer de l’intérêt, du profit
au mépris des conditions sociales des populations ; ils ne sont pas
des associations caritatives.
Dans le domaine économique, non seulement le pays ne produit
pas, mais il n’a aucune politique de production. Il est resté figé au
modèle de la colonisation de l’exportation de ses ressources
naturelles, et importe tout. Entretemps, le pays croupit sous des
dettes extérieures qui ne lui servent pas à lancer une politique de
production ni à devenir autonome. Le Congo est à l’image du
mendiant du coin de la rue qui ne craint pas les revers de la
fortune et qui ne pense pas à quitter la rue. Et puisque l’État de
droit reste un vœu pieux, les règles de droit inexistantes, c’est la
beuverie d’une économie illégale, criminelle et informelle qui
règne dans une mare où se mêlent la corruption, la fraude fiscale,
l’impunité, la mauvaise gouvernance et les diverses mafias. Le
long terme est inexistant dans la conception politique du
Congolais. Les dirigeants politiques n’ont aucune vision politique
spécifique pour le pays, ils naviguent tous au gré des mottos
54
TOUT EST SPÉCULATION

balancés par les médias internationaux sans en saisir la portée :


États émergents, politiques de modernité, etc. Au comble de tout,
l’individualisme a entrainé l’aggravation des inégalités, la
précarité, la déloyauté, la dégradation du monde du travail et la
dilapidation du bien et de l’intérêt commun. Réfléchissent-ils
lorsqu’ils engagent la nation pour servir leurs intérêts personnels ?
Ils sacrifient les générations à venir sans s’en rendre compte pour
le besoin de paraitre, par l’attrait du « blingbling ».
L’espérance d’une nation stable s’est envolée, occasionnant la
fuite des cerveaux et de la main-d’œuvre ô combien nécessaires
pour le développement du pays vers d’autres cieux ! Même en
fuyant le chaos de leur pays à la recherche d’autres opportunités,
la très grande majorité des Congolais ne semblent pas progresser
ni s’épanouir partout où ils vont, car moulés dans les réflexes
individualistes, du non-effort et du fatalisme. La mondialisation
n’étant pas l’addition des valeurs universelles, mais l’hégémonie
de l’occidentalisation, ils s’essoufflent encore à s’adapter dans ce
contexte global. Les critères de la modernité échappant à sa
perception, le monde devient un milieu hostile au Congolais qui a
été bercé dans l’illusion d’un pays riche et puissant. L’ensemble
du système éducationnel congolais, ni sur le plan familial ni sur le
plan scolaire, ne favorise le citoyen congolais à appréhender à
juste titre ses droits et ses devoirs. Les gouvernements qui se
succèdent au Congo ne font pas la promotion de l’esprit
d’initiative, de la créativité, et ne responsabilisent pas les citoyens.
Comment donc le peuple prétendrait-il influencer son
environnement ou changer sa condition ? Il ne fait que subir, il
n’agit pas. La main-d’œuvre locale est brouillonne, le Congo
n’attire pas les talents internationaux. Au contraire, l’impunité et
la mauvaise gouvernance séduisent et attirent toutes les mafias et
les gloutons financiers de ce monde.
55
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Au pied du mur, le Congo ne possède aucun atout pour se


détacher de l’implacable situation dans laquelle il s’est enfoncé.
Son avenir est très sombre. Il ne dispose d’aucun moyen pour
croire en lui-même, surtout pas entre les mains de cette classe
politique dont la vénalité et la corruption ont envouté les âmes. Le
Congo a encore cependant une petite marge de manœuvre.
Pourrait-il montrer la volonté et l’audace du président brésilien
Lula ou rebrousserait-il chemin comme le Premier ministre grec
Tsipras devant les institutions de Bretton Wood ? Et si nous nous
entêtons à ne pas comprendre la nécessité d’agir maintenant, la
petite marge de manœuvre à notre portée sera bientôt perdue
comme pour la Grèce. Le discours du type de celui de Varoufakis
combiné avec celui de Tsipras ne servira plus à rien, car les
conditions seront si intenables qu’il serait impossible de ne pas se
soumettre.
Ce qui est survenu au Congo avec l’arrivée de l’AFDL est
exactement ce qui était arrivé le 21 juillet 1966 avec les
mercenaires conduits par Jean Schramme lorsque le Parlement
vota le 28 mai 1966 la loi « Bakajika » qui consacrait tous les
droits fonciers, miniers, forestiers et les produits du sous-sol à
l’État congolais. La crise congolaise, au-delà de l’occupation de
ses institutions et de l’infiltration généralisée de sa machine
économique par le Rwanda et l’Ouganda et de son contrôle par les
multinationales anglo-saxonnes, est d’une autre nature et portée.
Le Congo s’est complètement enfoncé dans une crise absolue,
premièrement humaine et morale, ensuite économique, sociale,
sécuritaire et politique. Penser à en renverser la vapeur semble être
du domaine des murmures, de l’impensable et de l’impitoyable,
aussi longtemps que les Congolais croiront sortir de toutes ces
crises par la logique des partis politiques qui a échoué depuis
l’indépendance. Il est question ici d’arriver à un consensus
56
TOUT EST SPÉCULATION

national et de restructurer en profondeur le pays, de lui donner


toutes les chances d’émerger avant de se laisser aller dans la
démocratie du type occidental, artificielle et conflictuelle qui du
reste est inutile aujourd’hui et demain en République
Démocratique du Congo. Le génie humain n’a pas besoin
d’accrochage intellectuel pour gravir les degrés de la connaissance
et de la créativité. S’il est vrai que « du choc des idées jaillit la
lumière », ce n’est pas nécessairement dans l’apologie du
conflictuel que la démocratie s’exerce. C’est le génie humain dans
ses attributions de dépassement des limites immédiates qui pousse
à l’excellence. Dans un pays qui se respecte et respecte les règles
d’une société harmonieuse et épanouie, la démocratie est
constructive. Le propre d’un révolutionnaire ou d’un politique est
de transformer une société. Mais avec ce discours qui retentit dans
les rues congolaises : « Yo nde oko changer mboka oyo », il
semble qu’il faudrait aller chercher la volonté d’un véritable
changement en passant par une vraie révolution. Donner tout sens
à un engagement citoyen ; changer le Congo, changer la
perception congolaise de son environnement et de sa personnalité,
influer sur sa façon de vivre, de penser et d’agir. Car si tout le
monde se conforme au modèle existant, c’est la déception
généralisée qui sera victorieuse. Il aurait certainement mieux valu
naitre ailleurs ou ne pas s’engager dans ce combat. Pour ne pas
empêcher les talents de s’exprimer, il faudrait sortir de l’esprit
brouillon et se décider pour une révolution au lieu des quelques
effets cosmétiques de changement dans la continuité. Sinon, à
cette allure, il serait pitoyable de condamner un géant de la
dimension du Congo à végéter ou à fléchir sous les coups des
projets concoctés à son insu et loin de ses réalités ou carrément
être dépouillé de ses propres projets : un des multiples exemples
qui démontre l’inaptitude de cette classe politique qui dirige notre
57
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

pays. Les États colonialistes sont en train de refaire main basse au


projet du barrage d’Inga. Même si le Congo n’a pas l’ingénierie
nécessaire pour ce type de grand projet, même si c’est un projet
transnational, que vient y faire la France ? Est-ce 4 milliards des
dollars qui feraient défaut au Congo de conduire ce projet avec le
concours des États directement impliqués à son exploitation ?
Faudrait-il consacrer la dépendance, la soumission et l’esclavage
comme mode de vie nationale au Congo, parce qu’une certaine
classe politique démissionnaire et incompétente s’entête à
demeurer au pouvoir ? À quand donc l’indépendance totale du
Congo et l’autodétermination du peuple congolais ?
La Chine est libre, l’Inde est libre, le Brésil est libre. L’Égypte
et l’Afrique du Sud peuvent se défendre, mais où se situe la
République Démocratique du Congo ?
L’indépendance du Congo sera effective lorsque l’État
congolais sera capable de se défendre seul, militairement,
économiquement, socialement et culturellement. Cela implique la
capacité à produire seul tout ce qu’il faut pour être une puissance
militaire, économique, sociale et culturelle par la fabrication de la
logistique nécessaire, la formation des hommes et des femmes, et
la maitrise de l’usage de toute cette puissance.
Le ventre mou du Congo a toujours été l’est de notre pays, c’est
de là-bas aussi que nous devons conjuguer tous nos efforts pour y
installer une force puissamment redoutable pour en finir avec
toutes les exactions des multinationales et les velléités maladives.
Voilà pourquoi il est impératif que nous quittions le domaine de
la spéculation, de l’imaginaire, de l’arbitraire pour nous doter des
instruments nécessaires pour notre développement et autonomie.

58
CHAPITRE 3
Le contexte international
« La terre n’étant plus partagée entre blocs
antagonistes, les hommes ou, au moins, la majorité
d’entre eux se ralliant à l’économie de marché et à la
démocratie pluraliste, la priorité serait désormais, pour
les États, de s’adapter à la compétition économique ;
celle-ci parait d’autant plus féroce qu’une nouvelle ère
industrielle (suscitée par l’électronique, l’informatique et
la révolution des télécommunications) s’épanouit et que
de nouveaux protagonistes – et rivaux – (dragons ou
tigres asiatiques, anciens États communistes…) entrent
dans le jeu. La mondialisation n’abolit pourtant pas la
géographie. Tout acteur – individu, entreprise, État –
demeure inscrit dans l’espace et dans le temps. »

PHILIPPE MOREAU DEFARGES

De tout temps, les hommes se sont évertués à se dominer les


uns les autres, cherchant ainsi à atteindre la suprématie
technologique de toutes les ères, mais malheureusement le cycle
de la vie sur Terre n’a pas changé. Encore et toujours, la poursuite
du même rêve infini, combien renouvelé et limité ! Les puissances
59
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

politiques, financières, économiques et militaires mondiales


semblent avoir décrété une crise mondiale, malgré toutes les
richesses, qu’elles n’arrivent pas à mettre à la disposition de
l’humanité, détenues et gaspillées par une infime minorité. Ne
jugulant plus rien et n’osant point réformer leurs sociétés,
nonchalamment, elles se tournent vers la politique de la peur et du
chaos. Mais d’ici à ce que les décideurs de ce monde arrivent à
contourner les secousses de cette crise entre les pauvres et les
riches, « s’ils y arrivaient », ne faudrait-il pas se rendre à
l’évidence et voir qu’une révolution effrayante se profile à
l’horizon ? Une révolution qui prendrait tout le monde au
dépourvu et dont seul l’état de cœur des uns et des autres
déterminerait de quel côté de l’histoire nous nous retrouverions !
Le fossé qui existe entre le niveau social et l’économie brise toute
harmonie de nos sociétés et favorise l’éclosion des forces
négatives manipulables à souhait dont personne ne pourrait ni
prévoir ni canaliser les méandres à long ou à court terme. La
colère sociale couve de partout et se manifeste à fleur de peau à la
moindre contrariété. La dépression sociale pousse la jeunesse à
une nouvelle forme de suicide, celle de se venger de la société par
les crimes, par son propre holocauste, ou par la piraterie des temps
modernes communément appelée terrorisme. La fracture sociale a
créé un tel rapport de forces entre l’indifférence et la cupidité des
riches et le stress permanent des pauvres au point d’engendrer le
renforcement de l’expression des idéologies fondamentalistes et
totalitaires des uns et des autres. N’allons-nous pas vers la
dislocation des États faibles et l’apparition des jungles
microscopiques dans les grands États ? Il existe déjà en France et
aux États-Unis d’Amérique de grands espaces où l’État n’a plus
de pouvoir. C’est ici que le sort des grandes puissances semble
être sur la sellette de la roue de la Fortune. Il devient de plus en
60
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

plus clair que les États-Unis d’Amérique, après avoir vendu le


rêve américain au monde entier, n’arrivent plus à contenir la
misère engendrée dans ses murs, et se tournent vers les autres
nations pour couvrir sa crise interne en se faisant passer pour celui
qui détient la destinée du monde en mains. Qui ne se rappelle pas
que les États-Unis d’Amérique sont nés de la politique de
l’invasion ? La logique des pirates prédomine encore et toujours
dans ses réflexes de survie. Qui pourrait prévoir les réactions de la
précipitation irréversible de cet empire qui domine le monde ?
L’échelle de la perversion de ses valeurs morales et humaines
désamorce sa descente vers la pente raide de son déclin. C’est au
même moment que les enfants terribles de Saint-Pétersbourg ont
décidé malgré les sacrifices de certaines libertés au prix d’être
taxés de dictateurs de remettre la Russie au-devant de la scène
politique mondiale et de peser de tout leur poids. Pendant que la
guerre froide semble se raviver sans occasionner une véritable
formation des blocs idéologiques, mais créant des conflits
d’intérêts visibles, pourrions-nous prédire le rééquilibrage des
puissances dominantes ou la confrontation des anciennes
puissances avec les nouvelles émergentes ? Est-ce la troisième
guerre mondiale qui décidera de la nouvelle cartographie du
monde ou le scénario du chaos dont parle Henry Kissinger et que
les adeptes du Nouvel Ordre Mondial voudraient imposer à tous ?
Il est une réalité qui échappe à l’Afrique et particulièrement au
peuple noir. Je ne suis pas un raciste, il est impossible que j’en
sois un, même si cela pouvait en être le cas. Je n’ai pas non plus
l’intention d’engager un débat sur les races. Mais je ne puis
couvrir mes yeux et ne pas me rendre compte que l’Occident n’a
jamais bougé dans sa logique, même lorsqu’il veut faire croire au
monde à l’éclosion du temps des libertés, des démocraties et des
droits de l’homme. Tout le monde semble croire que la fin de
61
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

l’apartheid était la fin de la domination blanche. Les Français, les


Hollandais, et les Anglais possèdent cependant encore des
colonies d’outre-mer qu’ils dénomment méchamment provinces
ou territoires d’outre-mer comme si les autochtones de ces terres
n’étaient pas des hommes capables d’assumer leur destin. Qui
voudrait croire à la fin de la colonisation, lorsque la domination
perdure ? La France vient de commémorer la fin de l’esclavage en
élevant un mémorial en Guadeloupe, pendant qu’elle continue de
coloniser plusieurs peuples et pays. Si Christiane Taubira a choisi
la France comme sa patrie, c’est certainement sa liberté, mais la
Guyane doit être libre. Si quelques Antillais se plaisent en France
métropolitaine, quoi qu’il en soit, la liberté d’un peuple reste non
négociable. La France les nomme départements et régions d’outre-
mer, je les nomme colonies françaises, sans parler de ses 14 autres
colonies françaises d’Afrique dites indépendantes dont elle
continue à contrôler la monnaie, l’économie et la nomination des
chefs d’État. Elle tend ses tentacules impérialistes sur plusieurs
États sous le couvert de la francophonie ; lorsque d’autres pays
sous le complexe de l’Occident manifestent une aliénation
exubérante de dépendance en frappant leur monnaie sous
l’appellation de « franc » comme si l’argent était une invention
française. Franc congolais, franc rwandais, franc burundais, franc
comorien et franc guinéen. Toutes ces colonies d’outre-mer
doivent être libérées, le FCFA liquidé, la francophonie
circonscrite dans le cadre strict d’une association culturelle où les
arts et les lettres peuvent s’acculturer sans nous entrainer dans
l’idéologie impérialiste française consistant à gouverner le monde
économiquement, sans nous dicter la forme de démocratie à la
française et nous imposer des rois et des dynasties présidentielles.
La France est le seul pays présent sur six des sept continents et sur
les trois plus grands océans du monde. Pouvons-nous croire à la
62
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

fin de l’esclavage et de la colonisation aussi longtemps que la


Guyane, la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin et Saint-
Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Polynésie française, la
Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et Clipperton, la Réunion,
Mayotte, les iles Éparses, les iles Crozet et Saint-Paul-et-
Amsterdam, l’archipel des Kerguelen, la Terre d’Adélie
demeurent des territoires français d’outre-mer ? L’Afrique doit se
défaire du dictat occidental ou carrément couper toutes relations
avec ces États voyous colonisateurs s’ils ne respectent pas sa
souveraineté et ses peuples.
L’Association Survie dans ses publications sur la Françafrique
– la famille recomposée – s’est épanchée sur plusieurs sujets qui
nous préoccupent et auxquels elle a essayé d’apporter des
éclairages et analyses. Elle est arrivée à la conclusion que : « Si le
scandale continue, comme l’illustrent en particulier le regain de
l’ingérence militaire française en Afrique (Mali et Sahel, de Serval
à Barkhane, Centrafrique), le retour en grâce de certaines figures
de la Françafrique comme le Tchadien Idriss Déby, le suivisme du
Parlement, et la mise en scène d’évènements diplomatiques
comme le Sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en
Afrique, en décembre 2013, davantage qu’un changement, c’est à
une recomposition de la Françafrique, dans ses dimensions
politiques, diplomatiques, militaires et économiques que nous
assistons. » Ils se posent alors plusieurs questions : « Est-il
toujours vrai que le pouvoir exécutif français a la mainmise sur la
politique étrangère, qu’il entretient des relations particulières avec
certains États et leurs dirigeants, dont il tait les crimes en échange
de « services » ? Est-il toujours vrai que le Parlement dispose de
peu d’instruments de contrôle sur l’exécutif, que l’armée joue un
rôle prépondérant sur certains dossiers concernant l’Afrique ? Le
franc CFA est-il enfin devenu un outil au service des économies
63
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

africaines, géré par une organisation africaine ? Y a-t-il (enfin)


une génération de décideurs prête à affronter le passé de la France,
à remettre en cause des positions économiques, stratégiques,
jugées acquises, à affronter des figures politiques, médiatiques,
militaires qui ne veulent pas du changement ? »
Nous avions cru que l’humanité avait clos l’ère de
l’esclavagisme, mais, hélas, ces impérialistes occidentaux n’ont
jamais assimilé les leçons des droits et des libertés de l’homme.
Que dire alors du discours du terrorisme, des droits de l’homme et
de la démocratie, longtemps propagé tantôt par les Américains,
tantôt par les Occidentaux pour mieux dominer le monde ? Les
faux discours à l’égard des pays africains et arabes s’éclaboussent
à la longue et affichent de plus en plus leur véritable face,
l’Occident est dominateur ! Le plan de domination et
d’interventionnisme impérialiste ne sert qu’à imposer au monde
entier le Nouvel Ordre Mondial entre les mains d’un seul policier
du monde. Qui impose le chaos dans le monde et qui impose les
dictateurs en Afrique ? Qui peut y répondre ouvertement et
dévoiler ce que cache cette machination diabolique ; le pillage des
richesses des terres qui ne leur reviennent pas ?
Boutros Boutros-Ghali s’insurge : « Le grand problème du
monde d’aujourd’hui, ce ne sont pas les démocraties nationales,
c’est la démocratie internationale. Cela ne gêne pas les États-Unis
et l’Occident que les guerres durent. »
Je vais certainement irriter quelques sensibilités, mais cela doit
être dit. Je ne suis pas un révisionniste, mais je ne suis pas non
plus un amnésique. Personne ne veut reconnaitre le génocide
congolais, et, pourtant il semble être le génocide le plus désastreux
de l’Histoire de l’humanité. Comparé aux massacres du Rwanda
planifiés et déclenchés par le criminel Paul Kagamé, au massacre

64
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

des Arméniens, des Juifs, des Tziganes et des Serbes, le Congo vit
le plus grand drame de l’univers. Si personne ne reconnait le
génocide congolais perpétré par les extrémistes du délire de la
création d’un empire Hima-Tutsi, comment reconnaitrions-nous
les autres massacres comme génocide ? Pendant que ma plume
laisse encore couler son encre sur cette page, je viens d’apprendre
que le Québec vient de surprendre, ce 5 juin 2015, il reconnait le
génocide congolais. Qui d’autre voudrait tourner son regard vers
ce peuple ou avoir de la compassion de son état pitoyable ? Après
le génocide rwandais et l’entreprise du génocide congolais, les
grandes puissances tapies dans l’ombre de la cruauté humaine la
plus vile innovent avec la même bestialité. Ils imposent le
terrorisme destructif dans le monde arabe et en Afrique, le ventre
mou de l’humanité, que seules leurs forces militaires peuvent
confronter. C’est une façon dérobée d’imposer un impérialisme de
plus en plus abject à toute l’humanité. L’interventionnisme pour
éviter les génocides a été coulé en forme de loi à l’Organisation
des Nations Unies. Pour quel profit ? Pourrions-nous vivre
ensemble avec « dans nos caves, le cadavre d’un peuple
assassiné» et dans nos bibliothèques, la liste des fosses communes
des peuples exterminés ? Si les États-Unis d’Amérique et l’empire
anglo-saxon se sont cachés derrière le Rwanda et l’Ouganda pour
mieux créer des guerres et exploiter le Congo, la France, quant à
elle, s’est décidée à le faire visiblement et impunément dans ses
anciennes colonies ; Hydre au Mali, Sangaris en République
centrafricaine. Le génocide commis au Rwanda et perpétré en
République Démocratique du Congo s’est transposé en
Centrafrique sous l’instigation de la France sans que les Africains
s’en soucient plus que ce simple constat d’échec. Qui prendra
conscience de ce qui se trame réellement en Afrique ? Déjà, le
Nigéria crie au secours à l’aide américaine pour venir à bout d’un
65
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

groupe créé de toutes pièces et financé par les uns et les autres.
Les Américains et les Français entrainent à la fois, les terroristes
et les armées régulières de la région ; Boko Haram, Nigéria,
Niger, Tchad et Cameroun. Les peuples enivrés s’adonnent le
cœur plein de rage sans comprendre la manipulation dont ils font,
encore et toujours, l’objet. Ils s’évertuent à être, à tour de rôle,
Charlie, Français, Malien, Libanais, Syrien selon la compassion
générée par la puissance de la machine de propagande. La classe
politique inconsciente alimente ce chaos par sa soif macabre du
pouvoir; ôte-toi de là, que je m’y mette ! L’appétit des vautours et
des hyènes s’intensifie sans limites. C’est ainsi qu’en République
centrafricaine, la France pousse sans effort le peuple à s’entretuer
au nom de la religion. Elle y attise astucieusement le feu de la
division exactement comme pour le prétendu génocide ethnique
rwandais qui a délivré à Paul Kagamé la licence de tuer et de
défier quiconque oserait le contredire. Mais qui prend la réelle
mesure de cette obsession des Occidentaux et principalement des
Américains à vouloir dominer le monde et particulièrement
l’Afrique ? Ils n’y vont pas de mainmorte en rançonnant les
richesses africaines afin de leur permettre de juguler les crises
qu’ils fabriquent et propagent chez eux. Lorsqu’il s’agit de
l’Afrique, les notions de droit disparaissent. Devrions-nous être
surpris ou étonnés de leur comportement et attitude ? N’est-ce pas
que l’Afrique n’est qu’une jungle à leurs yeux ? Tout ce qui prime
aux yeux des organisations occultes occidentales est de dominer.
Pour mieux contrôler leur suprématie, ils imposent la succession
des marionnettes à la tête des pays africains sans que personne ne
s’en plaigne, sans que cela ne froisse l’école politique africaine
aliénée et éprise d’un égo surdimensionné de pouvoir.
Le peuple oublie vite et croit facilement aux marchands de rêve
sans chercher à démystifier ou comprendre la comédie
66
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

démocratique ou les dictatures qu’on lui impose. Plus personne ne


se souvient du prix que l’on paie chaque jour pour arriver au
respect des droits et des libertés de l’homme. Combien de morts
faudrait-il pour parvenir à ce rêve d’un monde idéal ? Ou faudrait-
il croire que l’être humain n’est capable que de barbarie et
seulement ambitieux de domination à n’importe quel prix ? Joseph
Kasa-Vubu, Joseph Désiré Mobutu, Laurent Désiré Kabila et le
dernier en date, le pion rwandais sont tous arrivés au pouvoir par
la volonté des Américains. Entretemps, ce sont les pays du tiers
monde qui peinent à émerger au sein de ce déséquilibre entretenu
et voulu par les superpuissances pour leurs seuls bénéfices. Une
nouvelle forme de colonisation s’est développée et a multiplié ses
tentacules selon les pays. Deux idées fixes guident le
comportement des Occidentaux : les anciennes colonies sont
encore inaptes à se diriger elles-mêmes, et surtout ne jamais
prendre le risque de se priver des matières premières nécessaires
pour la survie de l’Europe et de toute sa rentabilité auxquelles ils
ont mis mains basses comme des voyous. Ne faudrait-il pas
introduire au sein de l’Organisation des Nations Unies la notion
d’État voyou pour mieux réguler cette ambition démesurée et
criminelle de certains États avant que la jungle complète ne
s’installe et que le terrorisme d’État ne devienne monnaie
courante? Si la démocratie internationale ne devenait pas une
notion réelle et effective, tout serait imaginable. Il est si
malheureux de constater que tous les Congolais qui prétendent
avoir une culture politique ou qui savent faire la lecture de notre
histoire sont tous comme enveloppés dans la brume de l’illusion
distillée par les puissances qui contrôlent ce monde et ont tous le
regard tourné vers la manne qui viendrait du ciel occidental. Tous
tombent dans les dérives de la géopolitique occidentale dont les
enjeux semblent être liés à la démographie, aux flux migratoires, à
67
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

la prolifération nucléaire, à l’accès à l’eau potable, aux ressources


alimentaires, au réchauffement climatique, aux régionalismes,
mais qui en réalité servent à la justification et à l’expansion des
empires coloniaux dont Ratzel a préfiguré la forme en définissant
un État : « comme un être vivant qui nait, grandit, atteint son plein
développement, puis se dégrade et meurt, et qui pour vivre ou
survivre doit s’étendre et fortifier son territoire, avec la notion de
« Lebensraum », « d’espace vital ». La géopolitique ne sert à rien
d’autre qu’à donner le droit et la légitimité territoriale sur
certaines nations volontairement asphyxiées afin de renforcer leur
puissance. Lorsqu’une notion est assimilée par celui que l’on veut
dompter, il devient facile d’en faire sa proie et de le diriger
comme l’on veut. À la folie de ceux qui pensent comme le régime
nazi de mettre en place une nouvelle cartographie du monde selon
laquelle les « Grands Peuples » se partageraient la planète par des
alliances structurées sur la hiérarchie des peuples fondée sur la
race, nous devons opposer la notion de l’égalité, de la liberté et de
l’autodétermination des peuples et en faire un idéal sacré au
Congo. C’est un combat âpre de dignité humaine. Il doit être
remporté, s’il le faut jusqu’à la croix, sans fléchir ni devant les
Romains, les Allemands, les Occidentaux, les Américains, les
Chinois ou les Russes.
L’autodétermination d’un peuple est un droit inaliénable et non
négociable. Il faut savoir lutter à tous les assauts ou disparaitre.
Plusieurs croient que c’est du passé, ce n’était que de la dérive
hitlérienne. Hélas, non ! Cette logique continue jusqu’à ce jour.
Les alliances se font, une nouvelle cartographie se dessine devant
nous sans que le monde crie gare. Le Moyen-Orient subit un
nouveau découpage, l’Afrique est aussi en plein tumulte. Le
monde dans lequel nous vivons ne peut pas être soumis au dictat
des uns sur les autres. Dany Laferrière, nouvellement élu à
68
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

l’Académie française, de nationalité canadienne et d’origine


haïtienne nous rappelle que : « Le colonialiste est borné, car après
la colonisation, il n’est qu’à la recherche de l’empire ».
N’ayons pas peur de le dire, le besoin de l’empire a engendré
une nouvelle version du néocolonialisme. Ils se préparent à établir
la carte minière complète de l’Afrique entière, à recenser le sous-
sol africain dans les moindres détails. Si l’après-colonisation
consacrait le règne déguisé de l’Afrique par des multinationales,
nous sommes déjà en pleine ère du néocolonialisme. Sous l’ordre
des multinationales, ils s’activent à imposer la globalisation pour
la venue de ce nouvel ordre mondial dont le discours effraie et
captive à la fois. Ils imposent de piètres dirigeants corrompus à la
tête des États africains pour ne pas attirer l’attention des
populations autochtones flouées par leurs propres politiciens
esclaves sur leur mésaventure sanguinaire et dominatrice. Ainsi,
ils déciment des villages entiers pour exploiter les richesses du
sous-sol, ils fabriquent des guerres qui n’ont aucune raison d’être.
Personne ne s’y intéresse, car tout le monde est préoccupé à la
recherche des voies et moyens de survivre dans un monde qui
devient de plus en plus hostile aux bonnes volontés et
prédispositions humanitaires. L’argent a dominé tout idéal
humaniste. Les massacres humains se classent désormais dans les
faits-divers. Tant la réaction populaire est devenue une rengaine
des cris émotionnels étouffés et contenus. Le monde continue de
vivoter devant les psalmodies médiatiques qui tiennent à lasser les
peuples des histoires ressassées à longueur des journées comme
pour banaliser la cruauté humaine.
« Poussées par la concurrence pour les parts de marché, les
télévisions recourent de plus en plus aux vieilles ficelles des
journaux à sensation, donnant la première place, quand ce n’est
pas toute la place aux faits-divers… », Pierre Bourdieu.
69
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Comme résultat, plus personne n’est consterné par ce qui se


passe chez l’autre. L’amour du prochain a disparu. L’Occident
judéo-chrétien s’est servi de l’Évangile de Christ pour d’autres
fins, et non pas pour créer la fraternité internationale. L’Occident
est arrivé à créer l’horreur dans chaque partie du monde pour
entrainer l’homme vers un repli sur soi. Le chaos qu’ils ont voulu
de toute leur force s’installe et s’amplifie, ils auront leur « Novus
Ordo ab Chaos ». Ce qui se passe au Congo a certainement
dépassé les limites de tout bon sens, mais personne ne se décide à
en parler, ni à y mettre un terme. Qui voudrait s’y attarder lorsque
les informations en mode continu ou « breaking news » nous
balancent sans arrêt des crimes horribles commis dans tous les
recoins de la planète Terre ? Tous ces crimes qui se commettent
au Congo doivent nécessairement profiter aux multinationales qui
contrôlent les médias occidentaux. Aucun journaliste ne fait plus
objectivement son métier d’informer et d’établir la corrélation des
faits. Ils se limitent tous à balancer au public des faits-divers ou à
se taire devant la barbarie qui se vit au Congo comme s’il
s’agissait du quotidien d’un pays de sociopathes violents, de
violeurs, de bandits de tous genres. Qui osera affronter nos regards
et en parler avec sincérité ? Quelle valeur ou quel crédit
accordera-t-on à nos déclarations, accusations et dénonciations ?
Qui collectera les informations, vérifiera les rumeurs, recoupera
les évidences, et présentera les faits tels qu’ils sont vécus sans en
sélectionner quelques fragments ni en rompre la relation et la
dépendance ni en corrompre la divulgation ?
Kamoto Copper Company/Katanga Mining Limited, Glencore,
Tenke Fungurume Mining, Randgold, Anglogold, Sicomines, les
néo-colonisateurs qui remplacent valablement les anciens régimes
colonisateurs et spolient impunément les richesses congolaises au
nom de l’empire. Ils ont leurs propres milices pour veiller à la
70
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

bonne marche de l’ouvrage d’exploitation. Et personne n’a le droit


de contester les périmètres qui leur ont été concédés abusivement.
Lorsque les Occidentaux sont venus en Afrique, ils ne sont pas
venus avec la vision d’un partenariat, lorsque la Gécamines a été
saisie par la Banque Mondiale et est devenue Katanga Mining Ltd,
il n’y avait en eux aucune logique de partenariat. Qu’est-ce qui a
changé subitement pour que le marché de la Gécamines soit
devenu plus intéressant qu’à leur refus de la proposition de
l’époque où l’Union Minière du Haut-Katanga allait devenir la
Gécamines ? Voilà l’une des raisons du découpage du Katanga en
4 provinces pour mieux les contrôler et les dominer. Le même
vieux principe de la colonisation se perpétue au vu et au su de tout
le monde sans qu’une seule voix au plan national et international
se lève et confonde cette supercherie colonialiste. Quel
enseignement ou quel message devrions-nous donc en tirer ?
Sommes-nous incapables de nous développer autrement qu’à
travers cette domination ? Que rêvent donc les politiciens
congolais ? Pensent-ils que la communauté internationale qui a
laissé son règne aux multinationales fléchira aux caprices des
beaux yeux des Congolais ? J’appelle cela la naïveté maladive
congolaise. Il faudrait que le peuple congolais prenne conscience
que la libération du Congo doit se faire par les Congolais et pour
les Congolais.
Qui s’étonnerait du fatalisme, de la passivité et de la résignation
de l’Afrique et particulièrement du Congo, ivre de la protubérance
gratuite de la nature et de la naïveté bon enfant de ses peuples qui
se pavanent devant le mirage des richesses enfouies sur ses
territoires ? Ils semblent s’endormir parce qu’ils n’auraient pas
investi directement dans les magouilles spéculatives virtuelles,
mais ils ignorent avoir été utilisés et hypothéqués à leur insu.
L’outrance de la fourberie financière qui conduit ce monde vers
71
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

son déclin inévitable est invisible aux yeux des peuples qui
n’arrivent pas à lire le transfert des bourrasques privées à tout le
système financier mondial. Occasionnant plus de chômage,
d’irritation, d’instabilité, de déficits, de délocalisations, de
fermetures et de banqueroutes, favorisant en réalité la
globalisation entre les mains d’une seule puissance.
Ainsi, pour mieux comprendre où se situe la planète Terre et
cerner le sillage de son long voyage, si nous considérons la
gestion de la cité avec une loupe politicienne, nous devrions aussi
prendre en compte la manipulation religieuse qui oriente le
comportement des hommes et la destinée de l’humanité. Au-delà
des sociétés secrètes qui manipulent et contrôlent réellement le
pouvoir humain sur terre, les deux religions majeures visibles
prennent de plus en plus d’ampleur. Le nouveau christianisme
venu des États-Unis d’Amérique, pays de toutes les folies, s’est
lancé à la conquête et à la promotion de la prospérité financière
disponible seulement aux sons clinquants des sous provenant des
donations de pauvres gens en contrepartie de l’espérance d’un
miracle du ciel. Toute cette rapine est organisée de manière à
renflouer les caisses privées et personnelles de la nouvelle
génération de gourous du christianisme moderne au lieu de
promouvoir la responsabilité et la libération financière de
disciples; les adeptes sont bercés à la doctrine du fatalisme et à
l’attentisme, conditionnés psychologiquement à se soumettre au
nouvel ordre esclavagiste. Le chef de la religion chrétienne,
l’Église catholique, après s’être longtemps enrichie, adopte un
profil bas, plus louable et plus approprié aux circonstances
actuelles. Après tous les soubresauts internes, pour mieux effacer
l’image du christianisme romano-occidental belliqueux et
conquérant et de la pédophilie hideuse longtemps entretenue et
mal cachée, elle se rallie étonnamment aux politiques pour
72
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

défendre les conditions climatiques mondiales qui échapperaient


au plan et au contrôle de Dieu et à la puissance régénératrice de la
nature. Elle peut encore s’affirmer avec le peuple, au lieu de
demeurer au milieu du village. À l’opposé, l’islam se radicalise, se
divise encore plus et, à profusion, célèbre l’esprit révoltant et
fanatique à outrance d’un jihad envahissant qui ne profite qu’à
ceux qui veulent dominer le monde. L’homme a pris la place de
Dieu et s’est emparé de la charge divine de juger et de se venger
de son sort. Les États-Unis d’Amérique et l’Occident sont arrivés
à créer la guerre entre les chiites, les sunnites, les salafistes, les
jihadistes et les wallabistes, et à s’en servir comme des bras longs
et agents téléguidés de déstabilisation et de contrôle. Le pouvoir et
l’argent sont devenus les nouveaux dieux de ce siècle dont la
recherche préoccupe tous les esprits sains occasionnant la
perdition des religions qui devraient réguler la morale des sociétés
après les échecs des politiques. Faudrait-il donc pour retrouver
l’harmonie de vivre ensemble créer un nouveau dieu ou imposer
une nouvelle vision de la liberté aux hommes et femmes nés libres
par essence ? Pris au piège entre l’aspiration universelle de liberté
de tous les êtres humains et la nécessité de vider les religions
existantes de tout fondamentalisme, les uns et les autres ont choisi
après l’échec de la dissuasion militaire, non pas les voies
d’informer et d’éduquer, mais la voie de s’imposer par la barbarie
et la domination. Quoi qu’il en soit, il faudrait aussi tenir compte
du contexte immédiat de la planète pour comprendre vers quelles
réalités nous nous dirigeons ou dans quelle impasse nous nous
enfonçons. Me voici donc en plein géopolitique sous un prisme
différent, pas pour tomber dans le piège de l’Empire occidental,
mais pour nous éclairer.
Entretemps, plusieurs nous rabâchent les oreilles du sujet de
réchauffement de la planète et imposent des taxes non pas pour y
73
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

remédier, mais au contraire pour trouver les fonds afin de mieux


gérer les crises financières qu’ils génèrent au travers de la
monnaie virtuelle créée à tout vent sans que la production et les
richesses réelles puissent suivre. Ce n’est pas celui qui produit la
pollution qui paie la facture, mais celui qui utilise sans connaitre
les produits polluants. Voilà la politique de ceux qui ne travaillent
pas pour les peuples, mais pour leurs ambitions macabres.
L’Afrique regarde comme le dindon de la farce ! Le
réchauffement climatique devient le discours à la mode. Que les
Africains débarquent en masse à Lampedusa, ce n’est pas la
mauvaise gouvernance des marionnettes imposées et l’exploitation
barbare des richesses africaines par l’Occident qui sont mises en
cause, mais c’est encore la raison climatique qui est brandie.
Comme si c’est le dessèchement du lac Tchad qui pousse la
jeunesse tchadienne à fuir son pays. Mais, est-ce vraiment le
réchauffement climatique, la raison de s’inquiéter sur la fin de ce
monde ? Et qui pollue réellement lorsque l’on voudrait partager la
facture avec ceux qui ne polluent pas ? Nul ne nous contredira que
la nature reste un organisme doué de la capacité à se régénérer
sans l’intervention humaine. Mais l’homme, qui pourrait le guérir
lui s’il polluait son intérieur, et perdait ses valeurs et son
humanité? Il ne faudrait surement pas se leurrer, car le véritable
fléau qui pourrait conduire à la destruction de tout ce que l’homme
a construit, sans détruire le monde, n’est que l’homme s’il se
perdait aux tréfonds de ses pires folies. Qui douterait encore que
l’homme se pervertit de plus en plus ? Oublions-nous que seule
l’obscurité du cœur humain pourrait détruire une civilisation pour
la remplacer par une autre plus perverse ou moins apte au
changement ?
De l’environnement qu’il pollue sans s’en soucier, l’homme est
emporté par la vitesse de l’essor technologique, mais qu’arriverait-
74
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

il si l’ensemble de tous les progrès informatiques et


technologiques était mis à sa disposition maintenant ? Les
individus sont désormais gérés par le global qui empiète sur toutes
les libertés. Si la politique de la mondialisation arrivait à vaincre
ce peu d’humanité qui nous reste, qu’adviendrait-il de ce monde ?
Au moment où les libertés brisent toutes les barrières morales,
éthiques, religieuses, culturelles, scientifiques, raisonnables et
irraisonnables, il devient aussi facile de tout contrôler, tout épier
grâce aux prouesses volatiles de la technique. Les nouvelles
technologies intelligentes s’attaquent à des domaines sensibles tels
que celui des libertés individuelles. Bientôt, elles prédiront les
actions des hommes. Plus aucune liberté ne pourrait demeurer
inviolée, seul le bon sens pourrait l’empêcher. Ce même bon sens
risque de franchir les vieilles limites et à son tour être défini par
les nouvelles libertés. À quand la fin des libertés et de la vie
privée ou alors, quelles en seront-elles les limites ? L’homme, en
se dotant de l’intelligence robotique pour se libérer de certaines
contraintes et se donner un peu plus de liberté, ne devient-il pas
lui-même un robot manipulable à souhait ?
Lorsque l’on sort du contexte international général et que l’on
se concentre sur les voisins immédiats du Congo, on est saisi par
la précarité, la promiscuité, la violence, et l’obscurantisme qui
règnent dans le centre de l’Afrique. Cela fait plus de vingt ans que
l’Afrique centrale est plongée dans l’innommable, dans les crimes,
dans les massacres, dans les viols, dans l’apothéose de la barbarie!
Et personne n’ose dire, ca suffit ! Plus jamais cela ! Deux États
semblent faire exception : la Zambie et la Tanzanie. Mais malgré
cette paix apparente, quelles sont les conditions de vie de leurs
peuples ? C’est tout aussi déplorable que le reste de la sous-
région. Les puissants groupes de pression de la communauté
internationale s’efforcent étrangement à enjoliver l’image du
75
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Rwanda comme un modèle économique ou le Singapour


d’Afrique, lorsque tout le monde connait la réalité de cet État qui
ne vit que du pillage des richesses du Congo et des donations
internationales. Qui ignore que l’accès à l’image de la précarité
populaire rwandaise est interdit aux journalistes ? Qui enlèvera les
baillons qui étouffent les citoyens rwandais pour qu’ils parlent et
rapportent ce qu’ils endurent dans le silence des villes et villages
inaccessibles aux caméras ? Pourquoi tient-on, à tout prix, à faire
parler les chiffres en faveur du Rwanda? Que tient-on à couvrir
qui ne serait pas découvert ou qui ne soit déjà connu ? Est-ce le
génocide du peuple hutu que l’on évite à aborder ou est-ce le
pillage des richesses du Congo et le génocide de son peuple pour
lequel on s’évertue à repousser l’image dans les ténèbres
inaccessibles ? Le marché anglo-saxon du coltan a élu domicile au
Rwanda. Ce n’est plus en Afrique du Sud ni au Congo, le pays
producteur, que courent les acheteurs et les vendeurs. Il faudrait
sereinement réfléchir sur les cas du Rwanda et du Burundi qui ne
doivent plus demeurer une épine dans le talon du Congo ni une
charge sur son dos. La politique de la Kalachnikov ne peut plus
perdurer dans ce monde, surtout aux environs immédiats du
Congo. Si un barbare n’a plus de mémoire et s’il ne reconnait plus
l’Histoire, il faudra la lui apprendre même par la force. Si ceux qui
soutiennent Paul Kagamé croient détruire les valeurs humaines de
l’Africain, ils se trompent lourdement. L’Africain saura dépasser
cette crise et se reconstruire. Nombreuses sont les plaies à soigner,
mais elles finiront par guérir et ne plus laisser ni traces ni
cicatrices indélébiles. Le peuple hutu que l’on massacre
impunément a aussi droit à la justice. Pour la paix de la sous-
région, le Congo doit s’arrêter, soigner ses blessures, panser ses
plaies, se revigorer et renouveler ses capacités de leadeur de
l’Afrique centrale face aux États voyous protégés par les
76
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

Occidentaux, le Rwanda, l’Ouganda et l’Angola. Une seule issue


possible pour guérir la Région de l’Afrique Centrale de toutes ces
crises de pouvoir qui y perdurent est de libérer ses peuples des
dictatures sanguinaires. Aucune négociation n’est possible compte
tenu du niveau de l’extrémisme de ces êtres obscurs, le cheval de
Troie Hippolyte Kanambe alias « Joseph Kabila », Paul Kagamé,
Yoweri Museveni et le félin Eduardo Dos Santos. La région des
Grands Lacs vit des moments tellement graves de son histoire et
de sa survie que si l’Empire occidental dont le siège est installé
aux États-Unis d’Amérique ne semble pas comprendre que ce plan
d’horreur qu’ils ont confié à Kagamé et à Museveni est arrivé à sa
fin, l’Histoire les rattrapera ! Boutros Boutros-Ghali nous apprend
de ses expériences que « certains mouvements ne peuvent pas
coexister, il faut les éliminer. » C’est exactement ce qui se passe
avec tous ces mouvements qui ne peuvent coexister face à la
vision de liberté et de souveraineté du peuple congolais. La
dictature des multinationales n’est certainement pas une question
des démocraties nationales. Elle est une question de démocratie
internationale que personne ne voudrait aborder. Voilà pourquoi
nous devons à tout prix combattre tous ces mouvements qui nous
imposent une autre destinée afin de libérer notre pays et affirmer
notre autodétermination et identité, sinon, nous resterons un
peuple assujetti. Le monde dit libre aura plus à gagner à travailler
avec la République Démocratique du Congo forte et en paix, et à
voir toute la sous-région en profiter que de bruler la Maison
Congo.
Les États-Unis d’Amérique et l’Occident doivent légiférer la
folie de leurs multinationales, arrêter avec cette nouvelle forme
d’esclavagisme et cesser de croire à leur invincibilité ! Si donc
l’on croit travailler pour un peuple quelconque en écrasant
d’autres peuples, il est sur que l’on ne travaille pas pour ce peuple
77
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

non plus. Il est une réalité, un peuple meurtri ne craint plus de


mourir ! Le peuple congolais se réveille, nous l’éveillerons
davantage ! Le Monde esclave, en contraste au monde libre,
deviendra certainement plus libre.
Pour stabiliser le Congo sur le plan international, nous sommes
obligés de créer ou d’intégrer des communautés d’intérêts sur le
plan militaire, économique et social. S’il faut créer des alliances
avec les pays du monde dit libre, il serait important de ne jamais
tomber dans le jeu d’opposer la Russie et les États-Unis
d’Amérique, car il est clair que tous ceux qui se sont laissé aller à
cette tentation ont fini par s’en mordre les doigts. La tentative
idéologique a toujours été l’erreur des pays africains lorsque les
relations entre les pays s’articulent principalement autour des
intérêts économiques. Les exemples de ces relations déficitaires
sont nombreux. Le Cuba que la Russie a délaissé entre les mains
d’un Castro surdimensionné vient de finir par retomber dans les
griffes des Américains en ce temps crucial où l’argent vaut plus
que les peuples ; l’Angola qui a pataugé pendant un certain temps
dans la mare communiste, a fini aussi dans l’étau du capitalisme
des intérêts américains ; la Syrie subit le plus grand dégât de son
histoire, l’Ukraine en souffre encore. Le Congo ne peut pas entrer
dans une alliance exclusive avec ces deux pays si ce n’est dans des
domaines spécifiques d’intérêts réciproques sans en dépendre
totalement, mais dans le seul dessein d’atteindre son autonomie
dans des domaines non concurrentiels pour la stabilité
internationale. Sur le plan politique, le Congo doit être capable de
structurer sa politique selon son propre modèle issu de son âme
profonde et ne pas tomber dans le copier-coller en se soumettant
au dictat des modèles qui ne s’adaptent pas à ses valeurs et à ses
réalités. Compte tenu de nos liens historiques, culturellement et
traditionnellement, avec tous les pays limitrophes, il est crucial
78
LE CONTEXTE INTERNATIONAL

que nous arrivions à créer une forte communauté économique,


monétaire et militaire dans la sous-région avec nos neuf voisins
directs ainsi que le Gabon afin de permettre une cohabitation
sereine entre nos peuples et un développement soutenu pour nos
pays. Il faut que nous mettions un terme au cycle de dépendance
économique de l’Occident. Pour ce faire, nous devons arriver à la
création d’une solidarité économique entre nos pays qui aurait
pour objectif la promotion des génies régionaux en privilégiant les
marchés interrégionaux non conflictuels.

79
80
CHAPITRE 4
Le Congo se meurt
« Le système qui est en place n’est pas un système
politique. C’est un système affairiste dans lequel tout le
monde se bat pour manger. Vous imaginez un enseignant
de l’école primaire qui n’avait jamais touché 1 000 $
quand tout d’un coup il se voit capable d’accéder à des
milliers de dollars, vous n’allez pas convaincre
facilement ce monsieur-là que lécher les bottes est une
mauvaise chose. C’est donc un système qui n’est fondé
sur aucune éthique, ça devient compliqué pour notre
pays. Mais c’est un malheur passager parce que
plusieurs d’entre nous ont compris qu’il faut mettre fin à
ce système-là pour pouvoir refonder le pays sur des
bases politiques convenables. »
ABBE JEAN PIERRE MBELU

La Corruption

Si d’après Épictète, « le principal fléau de l’humanité n’est pas


l’ignorance, mais le refus de savoir », le Congo meurt de ne pas
reconnaitre les fléaux qui le tuent. La gangrène est tellement

81
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

profonde que si nous ne nous donnons pas la peine d’ausculter,


d’analyser en profondeur les fléaux et les maux qui tuent le
Congo, il serait impossible d’éviter l’amputation de ses deux
jambes qui semble être inévitable. Si la corruption apparait
comme une pratique illicite qui consiste à l’utilisation abusive
d’un pouvoir reçu par délégation à des fins privées comme
l’enrichissement personnel ou d’un tiers, au Congo, elle n’est plus
un simple fléau ni une simple pratique illicite. Elle s’est enracinée
dans les habitudes et les comportements de la population. Elle fait
désormais partie de sa culture, de ses us et coutumes sans que cela
traumatise la nation entière, déséquilibre la conscience populaire
et agite le spectre de la révolution. Au Congo, la corruption est
devenue comme un mode de vie, où il devient quasi impossible de
s’en passer. L’honnêteté et l’intégrité des citoyens se sont érodées
malheureusement. Qui s’en préoccupe d’ailleurs ! La sollicitude et
l’offre de la corruption ont dépassé toute mesure au point que
l’auteur de l’offre de promesse, de présents, d’avantages et celui
qui, du fait de sa fonction, accepte ou sollicite cette offre se
donnent à cœur joie à ce commerce illicite sans en être offensés,
sans se cacher. La pudeur s’est envolée. Tout s’est normalisé en
règles, et les manières de se comporter comme si agir autrement
était un crime. Le bien commun n’a plus de valeur. J’ai trouvé une
autre définition du bien commun au Congo. Le bien commun
appartenant à tout le monde, il est de la liberté de chaque citoyen
d’être plus astucieux pour s’en servir sans règles, sans loi, sans
déontologie. Une vraie jungle s’est installée au Congo. Tout le
monde le sait, tout le monde s’y complait. Comment donc
demander des comptes aux gouvernants ? « Tika ye azua, eza
chance na ye ! » Vulgairement celui qui est appelé à servir l’État a
reçu une grâce, une faveur, une bénédiction à se servir des biens
de l’État à sa guise sans que cela froisse la population. Tout le
82
LE CONGO SE MEURT

monde s’approprie de tout impunément. Il existe comme une


norme tacite dans la société congolaise de corruption généralisée,
acceptée et tolérée.
Au lieu de briser les chaines de l’oppression, le peuple
congolais dote ses gouvernants du droit de limiter son pouvoir de
revendiquer ses droits, d’agir et de s’organiser.
Qui apprendra donc au peuple à connaitre ses droits, ses devoirs
et ses libertés, lorsqu’il contribue à la déchéance de sa propre vie
sans le réaliser ?
J’entends encore cette dame dire à son ami : « donne-lui
quelque chose, il t’a facilité l’obtention rapide de ton certificat ».
L’ami surpris se retourna pour mieux regarder son amie comme
s’il se retrouvait en enfer. Sans ménagement, la fille le sermonna
véhémentement : « boni motema boye ko ? Pesa ye quelque chose
moto asalisi yo ! » Et le groupe qui se tenait près d’eux ne put
s’empêcher d’acquiescer : « Heinnnnnn, motema mabe boye ! ».
C’est comme si personne n’avait compris la portée de cet acte,
sauf notre ami qui n’en revenait pas, subjugué par cette attitude à
la fois cavalière et naïve des uns et des autres, mais combien
destructive ! Eh oui, si la corruption se matérialise sous plusieurs
formes : « madesu ya bana », « dessous de table », « pot-de-vin »,
« kanyaka », fraude, extorsion, concussion (recevoir ou exiger des
sommes non dues, dans l’exercice d’une fonction publique, en les
présentant comme légalement exigibles), favoritisme (favoriser
des proches), détournement (vol de ressources publiques par des
fonctionnaires), distorsion de la concurrence dans les marchés
publics, le Congo vit la corruption sous des formes inimaginables.
Il y a quelque temps, un député de la République fut envoyé en
prison par un homme d’affaires congolais sans que les juges se
soucient ou se préoccupent de son immunité parlementaire. Un

83
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

autre député, ayant été informé du fait, est allé voir le président de
l’Assemblée nationale pour requérir son intervention. Mais à la
surprise de celui-ci, le président de l’Assemblée nationale exigea
des espèces sonnantes et trébuchantes pour intervenir, et il a
aujourd’hui l’ambition d’être président au Congo. Voilà où se
trouve la République Démocratique du Congo. Et ils prétendent
tous, « majorité et opposition » être des défenseurs du peuple. Qui
défendait qui dans ce cas ? Ce président de l’Assemblée nationale,
ce député, ces juges, cet homme d’affaires ? Au Congo, tout se
monnaie, tout service s’achète, tout le monde est corruptible et
corrompu du sommet à la base de l’échelle. Et c’est devenu
comme un système implanté insidieusement dans la mémoire
collective par ceux-là mêmes qui sont censés donner l’exemple.
Comment le peuple apprendra-t-il que celui qui se tait devant la
corruption y participe et celui qui enseigne à l’accepter est
l’ennemi numéro un de la nation ?

La misère

Si le rôle de la classe politique est premièrement celui de


répondre aux crises qui secouent la société et d’améliorer les
conditions de vie du peuple, au Congo depuis l’indépendance, la
classe politique est préoccupée par son positionnement dans les
affaires de l’État et dans la société, car le paraitre dans la société
congolaise est devenu synonyme de réussite sociale. Ainsi, le
peuple livré à lui-même ne sait plus à quel saint se vouer et il
regarde, impuissant, ses conditions sociales se détériorer. En
relisant les écrits de Victor Hugo qui définissait la misère comme
un état d’extrême privation des ressources nécessaires à la vie, on
se poserait la question de savoir comment associer la misère aux

84
LE CONGO SE MEURT

ressources incommensurables et disponibles au Congo. Ne


faudrait-il pas chercher à comprendre de quelle manière on arrive
à se priver des ressources existant à sa portée ? Est-ce par
ascétisme, par contrainte, par libre volonté, ou par impossibilité ?
Le père Joseph Wresinski nous donne certainement la réponse : «
Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les
droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est
un devoir sacré. »
Il n’y a plus d’autres possibilités que de refuser la misère ; c’est
un droit et un devoir.
Il est aberrant de constater qu’une grande nation comme le
Congo ne produit rien. Tout s’importe. Le Congo n’a aucun outil
de production pour l’épanouissement de sa population. Il serait
donc insensé de notre part de parler indépendance et autonomie du
Congo sans se perdre dans la confusion en présence de tant des
potentialités humaines et naturelles. Le Congo n’a pas évolué
économiquement en 55 ans d’indépendance. Il se retrouve comme
perdu dans le labyrinthe de l’économie coloniale qui consiste à
exporter les matières premières brutes pour le compte de la
puissance dominante, dans le cas de figure pour le compte de ceux
qui imposent leur marionnette au pouvoir au Congo. C’est ainsi
que le Congo s’enferme dans la politique de la dépendance et de la
main tendue. Même s’il y a un grand besoin et une nécessité de
posséder des moyens propres de production autonome, la classe
politique congolaise n’arrive pas à prioriser les besoins de l’État.
Ce qui compte est l’opportunité de s’enrichir au détriment de
l’intérêt général. Et pourtant, le Congo regorge de compétences et
de sommités intellectuelles et scientifiques. À croire que les
diplômes et les cursus académiques ne valent rien devant les défis
congolais. Quel gâchis ! Il n’est donc plus étonnant de constater la
consécration à la servitude des institutions aux bénéfices des
85
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

quelques individus et nations. Pourquoi donc le Congo ne se


détache-t-il pas de cette servitude ? Tout lui est offert par les
exploitants comme don ; même les infrastructures routières et
vitales pour son peuple. Sans la manne étrangère, le Congo court à
la famine, car son riz, son maïs, sa viande, sa tomate… —
résumons : tout ce qu’il lui faut pour la vie de sa population —
proviennent en très grande partie de l’étranger. Comment
s’étonner que la population ait développé des réflexes de survie
grâce à l’économie informelle qui joue le rôle de soupape de
sécurité devant des pratiques de corruption, d’abus de pouvoir, de
détournement généralisé par ceux qui devraient orienter la
politique de la promotion de la population ? Si les uns survivent
par l’informel, que dire alors de ceux qui ont trouvé un travail ?
Les agents de l’État qui devraient être les garants de l’État de droit
sont comme poussés à se désavouer, avec non seulement des
salaires de misère, mais des années d’arriérés. Si un enseignant
gagne l’équivalent de 70$ par mois, le député et le sénateur
congolais gagne 13 000$. Il ne reste plus qu’à se rendre à
l’évidence de la déroute totale de la nation où seule règne la loi de
la débrouillardise et de la jungle. C’est l’État de droit qui en prend
des coups de tous côtés, se fragilise et se disloque. Bien que les
Congolais aient quitté la vie paysanne pour la vie citadine, ils ne
sont outillés matériellement et mentalement que pour vivre la vie
primitive, rudimentaire et traditionnelle. Avec une forte
population si jeune, 60 % ayant moins de 24 ans, les défis
s’accentuent de plus en plus. Plusieurs équations restent à
résoudre. Pour comprendre les enjeux à venir, il faudrait faire une
bonne lecture de cette jeune population. Il saute aux yeux que
cette population est en train de se « tailler un chemin » qui risque
de conduire la nation dans une impasse. La grande majorité de
cette jeunesse n’a aucune formation scolaire. Désarçonnée,
86
LE CONGO SE MEURT

inculte, confrontée aux défis de la mondialisation, elle reste livrée


à elle-même, et elle développe de plus en plus des mécanismes de
défense et de survie ; à la longue, elle deviendra une population
marginalisée et rebelle, une ressource potentielle à tous les
extrémismes, et difficile à intégrer dans la société. Elle n’a pas
peur de la mort et ne respecte plus rien. Cela résulte de la
médiocratie qui règne dans notre pays et qui voudrait, à tout prix,
aller aux élections comme si la solution aux crises sociales
récurrentes s’y trouverait. Nous devrions comprendre que si nous
ne déclenchons pas un changement net et radical, une rupture
totale avec l’ordre politique et social actuel, le Congo restera à la
solde de la colonisation. Guy Pervillé nous rappelle que : « La
colonisation n’est pas un phénomène éphémère. Le colon
s’installe à demeure pour toujours, il ne « décolonise » que
contraint et forcé. La fin de la colonisation n’est pas la «
décolonisation » : la fin de la colonisation est la normalisation, la
maturation d’un pays comme les autres. Au terme de quelques
générations, les colons sont des indigènes, nés dans le pays, dans
leur pays. »
Si les Belges rôdent toujours autour du Congo, si tous les
associés de l’Association Internationale du Congo ne lâchent pas
le Congo, c’est parce que dans leur esprit, il n’existe pas de fin de
la colonisation. Et lorsque nous observons la classe politique
congolaise s’agenouiller devant les Américains, les Belges et les
Français, il devient facile de comprendre où elle veut reconduire
notre pays après son échec. Il est clair que pour les colons, le
Congo ne doit jamais être un pays autonome. Si tout ceci ne nous
interpelle pas, demain il sera trop tard. Il faut se le dire encore et
encore, personne ne le fera pour nous et à notre place.

87
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

L’analphabétisme et l’illettrisme

Si l’analphabétisme qualifie l’état d’une personne qui ne sait ni


lire ni écrire, parce qu’elle ne l’a jamais appris, l’illettrisme est la
situation de ceux à qui l’on a appris à lire et à écrire, mais qui n’en
maitrisent pas l’usage. Faudrait-il parler chiffre pour comprendre
la réalité de la situation sur le plan éducationnel en République
Démocratique du Congo ?
Malheureusement, il n’existe pas de chiffres fiables au Congo.
Le PNUD nous parle de 34 % d’analphabètes sur l’ensemble de la
population congolaise. Si l’on se contentait de ce chiffre, on se
dirait que la courbe pourrait être changée avec un peu plus
d’investissement. Mais le comble ici, c’est l’éducation de la
population qui laisse à désirer. On serait même tenté de parler
d’un fort taux d’illettrisme au Congo avoisinant les 70 % de la
population entière à tel point que même les diplômes
universitaires ne valent rien en réalité. Lorsque l’on s’arrête à ce
seul aspect social, comment comprendre que la population s’est
dotée d’une constitution par référendum populaire ? Faudrait-il
croire que la population avait compris la constitution à laquelle
elle avait adhéré? Je crois comme Emmanuel Todd « que l’on peut
à la rigueur dire que l’alphabétisation est la naissance de la
démocratie en tant qu’égalité des conditions. » Ce qui nous pousse
à dire qu’aussi longtemps que la famille, l’école, la société, les
médias, les partis politiques, les gouvernements ne comprennent
pas leur rôle d’éduquer cette population et de lui transmettre la
connaissance et les valeurs morales, physiques, intellectuelles,
scientifiques, nous ne pourrions pas parler de démocratie
congolaise. Voilà pourquoi si nous saisissons la défaillance de
notre système éducationnel qui s’est vertigineusement dégradé

88
LE CONGO SE MEURT

depuis l’indépendance, la nécessité d’une révolution s’imposera à


nous comme la seule solution pour réinventer notre pays et
repartir sur de nouvelles bases plus sures et certaines. Nous ne
pouvons jamais parler de démocratie et d’État de droit à un peuple
qui n’est pas capable de comprendre par lui-même ses droits, ses
libertés et ses devoirs. Tout est à revoir. Éduquer les masses
populaires pour encadrer sensiblement le support familial, mettre
en place un nouveau programme d’instruction, de formation et
d’éducation. La création d’une école nationale des cadres de
l’État, la prise en charge effective des agents de l’Éducation
nationale. La valorisation du métier de l’enseignement.
Voici quelques réformes indispensables pour implanter la
culture de l’excellence dans notre système d’éducation :

Enseignement primaire, secondaire et professionnel:

 augmenter sensiblement le taux de scolarisation ;


 approvisionner adéquatement en livres et matériels
pédagogiques (Imprimerie Nationale et Bibliothèques) ;
 assurer la prise en charge appropriée des enseignants par le
gouvernement ;
 renforcer la formation professionnelle au niveau adéquat et
adapté aux besoins de la société et des pôles économiques
régionales ;
 enseigner la constitution.

Enseignement supérieur et universitaire :

 relever sensiblement le niveau de formation ;


89
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

 promouvoir l’éthique scolaire et académique pour


éradiquer le monnayage des cotes ;
 établir une politique d’adéquation entre la formation et le
marché de l’emploi.

Recherche scientifique :

 constituer un corps de chercheurs qualifiés ;


 établir un cadre institutionnel avec des suffisances
organisationnelles ;
 doter conséquemment la recherche scientifique en
ressources financières.

La kleptocratie

S’il est possible d’énumérer autant de fléaux et de maux qui


tuent la République Démocratique du Congo, tout cela n’est
possible qu’à cause d’un fléau qui est à la base de tout ce qui
arrive à notre pays par l’entremise de la médiocratie de la classe
politique. Avant d’aller plus loin dans mon analyse, je tiens à ce
que tous ceux qui me lisent et s’intéressent à l’avenir de la
République Démocratique du Congo puissent bien me saisir, car le
fléau que j’aborde ici est la plaque tournante de toutes les crises
congolaises. Lorsque plusieurs croient aux seuls débats d’idées, il
ne faudrait jamais perdre de vue la place de l’homme dans la
conception et l’exécution d’une idée. Tout tourne autour de
l’homme. La crise congolaise est premièrement une crise
d’homme. À considérer la décadence de l’État congolais, il est
impossible d’arriver à un autre constat qu’à celui de l’échec de sa
90
LE CONGO SE MEURT

classe politique pour plusieurs raisons évidentes. S’il n’était


question que des abus occasionnels des régimes successifs de
notre pays, nous aurions compris que la perfection n’étant pas le
propre de l’homme, notre classe politique ne serait surement pas
une exception.
Pour le cas que nous analysons, celui de la République
Démocratique du Congo, il ne s’agit pas des quelques abus isolés,
il est ici question des gouvernements des voleurs qui se succèdent
dans les affaires de l’État depuis l’indépendance et ont installé un
système politique de corruption à grande échelle et de mauvaise
gouvernance. Et ce système politique des voleurs a pris une autre
dimension au point qu’il ne se limite pas seulement aux
gouvernants, mais s’étend à l’ensemble de la classe politique dite
« majorité et opposition », et à l’administration publique qui se
vautrent dans la kleptocratie au détriment du peuple. Cela ne saute
pas aux yeux du premier coup ! Mais il suffit de bien observer
pour constater que cette classe politique n’attire pas les meilleurs
d’entre nous ni ne les place à sa tête, car elle est accablée de
combines pestilentielles qui ne tromperaient pas le premier venu
qui a encore toute sa conscience en place. Il est certain que
personne de cette classe politique ne va admettre appartenir à un
système politique des voleurs pour le simple fait qu’ils agissent
tous avec plus de subtilité en vase clos. Tout au plus, si on les
confrontait les uns aux autres, ils se lanceraient des quolibets sans
lendemains, comme ils en ont l’habitude dans leur parlement, pour
mieux tromper les simples de communs des mortels. En excellant
dans l’art de l’intérêt personnel et des privilèges, cette classe
politique entretient pour sa survie, l’incompétence administrative,
les réseaux de corruption et de détournement de l’argent public, le
maintien de la masse populaire dans un analphabétisme insensé
pour mieux contrôler et limiter son désir de liberté et son droit à la
91
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

révolte. Si pour arriver à l’indépendance nos ainés sont allés à la


Table ronde de Bruxelles avec le résultat que nous connaissons,
que fait cette classe politique censée répondre aux besoins du
peuple, jour et nuit, dans les couloirs et corridors des bureaux des
politiciens aux États-Unis d’Amérique, en Belgique et en France ?
Cela me conduit à poser une question à ceux qui croient aux
élections et à la possibilité de changement avec cette même classe
politique. Si le pouvoir au Congo provenait des maitres de
l’Occident dont notre classe politique ne cesse d’arpenter les salles
d’attente, pourquoi donc faire essouffler inutilement le peuple à
participer aux élections dont les résultats sont connus d’avance ?
Pourquoi ne pas se soumettre à la décision des Américains comme
le fait cette classe politique, mentalement et intellectuellement
aliénée ? Peut-on croire cette classe politique qui tient un langage
devant la communauté internationale et un autre devant son
peuple? Comment le peuple peut-il continuer à laisser sa vie, son
destin et l’avenir de ses enfants à cette classe politique instable et
qui se vend pour rien à des colons qui ne veulent pas lâcher les
richesses du Congo ? Si en politique, la finalité de l’action de
l’État est de faire rencontrer l’intérêt privé à l’intérêt général, qui
d’entre nous oserait associer les actions de cette classe politique à
l’intérêt général ? C’est ici que le peuple doit réaliser comment ses
intérêts sont piétinés, et prendre conscience de la situation dans
laquelle il se trouve. C’est là qu’il doit se réveiller, s’assumer, et
se rendre à l’évidence de la nécessité d’une révolution, seul gage
pour la renaissance de notre pays. Lorsque toute cette classe
politique se prépare à participer aux élections dont ils ne
maitrisent pas le processus complet comme en 2006 avec Jean-
Pierre Bemba et en 2011 avec Étienne Tshisekedi, qui se pose la
question de connaitre la raison majeure de leur obsession d’aller
aux élections sous un climat obscur et incertain ? Peut-on, de
92
LE CONGO SE MEURT

bonne foi, espérer clore cette épineuse crise de légitimité qui se


perpétue au Congo dans les conditions de déroulement de ces
possibles élections ? Mais puisque ce qui importe est de parader
aux élections pour justifier son gagne-pain, qui s’intéresse à
connaitre l’origine des fonds qui vont être engagés et déboursés
dans toutes ces campagnes électorales ? Peut-on remonter dans le
temps et questionner tous ceux qui ont pris part aux élections de
2006 et de 2011 ? Peut-on questionner Jean-Pierre Bemba,
Étienne Tshisekedi et ce régime en place sur l’origine des millions
de dollars dilapidés durant ces élections passées ? Faudrait-il
croire que ceux qui veulent se faire passer pour des champions de
la démocratie et de l’État de droit vont nous apporter le vrai
changement et mettre un terme à l’impunité et à la mauvaise
gouvernance au Congo après s’être aliénés auprès des fonds
vautours, des groupes de pression étrangers et auprès de ceux qui
nous imposent cette souffrance et nous considèrent comme des
bouches de trop à la charge de l’humanité ? Cela fait 55 ans que la
même classe politique enfonce notre pays dans une misère
innommable, consacre l’irresponsabilité citoyenne, répète
inlassablement les mêmes erreurs à tue-tête, élève la culture de
médiocrité, réduit notre peuple à la mentalité des hommes et des
femmes de caverne et instaure l’inertie politique comme mode de
gestion de l’État. Allons-nous continuer à nous croiser les bras et
leur accorder la licence de détruire la cité ? Devant cet échec
profond de la nation, pourrions-nous continuer à croire en cette
classe politique qui a démontré, à suffisance, ses limites, sa faillite
et pis, n’a pu qu’engendrer des élèves politiques qui reflètent
étrangement sa médiocrité ? Faire la politique, c’est avoir une
vision pour sa nation. Faire la politique, c’est manifester une prise
de conscience nationale. Elle nécessite de la vertu, elle appelle au
sens élevé de l’honneur. Est-ce réellement ce qui s’affiche devant
93
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

nous ? Peut-on encore croire à la noblesse de la politique qui


consiste à disparaitre de la scène lorsqu’on a échoué ou doit-on se
résoudre à croire que la politique est un monde des brutes et des
salauds ?

L’impasse

Au-delà des fléaux qui rongent la société congolaise comme sur


les points développés ci-dessus, il faudrait aborder avec plus
d’acuité les maux qui empêchent le Congo de naitre, qui
l’étouffent et le gardent à l’état d’une société embryonnaire au
point que quelques voix osent s’élever pour le catégoriser comme
un non-État ou un État nain. Mais à quoi tout cela est-il dû ?
Depuis l’indépendance, les politiques congolais ont toujours
emprunté des voies sans issue comme dans la précipitation pour
arriver instantanément au but, pour voir le Congo devenir un pays
puissant au milieu de l’Afrique. Ils oublient tous que tout État se
bâtit sur des principes, sur des valeurs, et sur des préalables que
personne ne peut éviter au risque de fausser complètement
l’objectif poursuivi. La politique des raccourcis, de couper à
travers les champs et d’utiliser des moyens rapides pour obtenir ce
que l’on recherche n’a jamais aidé à bâtir une nation, à construire
un État de droit et à faire assoir une démocratie. Ce n’est pas une
simple aventure que l’on ferait n’importe comment, et il ne faut
alors pas croire que l’on arrivera au résultat espéré.
Malheureusement, tout raccourci pris dans ce cadre ne conduit
nulle part que dans une situation contraire. Lorsqu’une nation
n’est pas née parmi un peuple, il est impossible de parler de
souveraineté et d’État. La politique de « tout chemin mène à
Rome » ne conduit pas nécessairement au paradis. Elle peut
94
LE CONGO SE MEURT

garantir l’enfer dès qu’elle est amorcée. Une société sans


structures est vouée à l’échec et à disparaitre, quelle qu’en soit le
colmatage.
Depuis la colonisation, en passant par la période de
l’indépendance jusqu’à ce jour, aucune transition pour implanter
un nouveau système politique à la conduite de la destinée du
Congo n’a jamais été respectée. Toutes les démarches entreprises
se sont résumées à la guerre et aux conflits de positionnement
pour remplacer soit le colon blanc ou soit celui que l’on venait de
détrôner sans avoir préalablement réfléchi sur le type de société
qu’il fallait mettre en place. Comment réconcilier le peuple avec
son identité déchirée ? Comment concevoir une nouvelle vie des
droits et des libertés dans une nouvelle entité ? Comment relever
ensemble le défi de trouver des réponses appropriées et inédites
pour transformer notre société ? Comment mettre toutes les
connaissances acquises au service de la nation, non pas pour la
condamner à s’adapter à ce qui lui est étranger, mais pour affirmer
son identité ? Personne n’a jamais pris le temps d’aborder
froidement ces questions et d’y répondre. Le peuple abandonné à
traverser les âges et les générations avec le boulet de la
colonisation aliénante et dominatrice attaché au pied. Personne n’a
pensé à l’homme, personne n’a pensé à la nation, à l’État. Il
faudrait croire que le but n’était pas de libérer le peuple, mais de
se doter du pouvoir de dominer sur les autres. Le politique
congolais a assumé l’existence d’une nouvelle société sans avoir
pensé comment elle allait se mettre en place ; d’où le choc
psychologique dramatique ne s’est pas fait attendre par une série
des situations chaotiques se succédant à un rythme d’enfer. Si la
fin de la colonisation devait logiquement conduire le Congo dans
un régime des droits et des libertés, elle engendra plutôt le chaos
total. Cette fameuse étape de la « congolisation » qui a abouti
95
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

logiquement à la dictature. À son tour, la dictature conduisit la


nation à une invasion, l’invasion à l’infiltration, et l’infiltration
couronnée par l’imposture. Aucune transition sereine depuis la fin
de la colonisation, de même à l’arrivée de Mobutu, de Laurent
Désiré Kabila et ainsi de suite jusqu’à cette imposture et déception
que nous vivons actuellement. Une succession des raccourcis qui
n’a jamais tenu compte de l’état psychologique du peuple et du
terrain émotionnel et rationnel sur lequel devrait évoluer le peuple
congolais pour pouvoir construire une nation et se doter d’une
forme appropriée de l’État qui doit répondre aux aspirations de
son âme profonde. La naissance d’une nation, d’un État, ne se
limite pas à l’écriture d’une loi fondamentale et au partage des
pouvoirs, elle est plus profonde et implique une vaste synergie
sociale et populaire pour en poser la véritable fondation en lieu et
place d’un simple jeu de positionnement politique issu de la
géopolitique irréaliste et non maitrisée. Elle implique la stabilité et
la permanence. Voilà pourquoi un temps d’arrêt s’impose pour
que le peuple congolais se retrouve et se lie avec lui-même. Il ne
s’agit pas ici d’une simple conférence ou des ébats des amoureux
et des ennemis politiques. Il s’agit d’engager tout le peuple à une
véritable prise de conscience nationale.

L’hallucination collective

Tant que ce régime de terrorisme d’État, tyrannique, et barbare


recevra l’appui du peuple, il persistera. Il faudrait que le peuple
sache qu’un régime tyrannique s’établit au pouvoir par ruse et par
force pour un mandat à vie. Et ce sont les politiques qui imposent
ce système barbare au peuple et l’alimentent jusqu’au jour où il
sera renversé, le jour de sa fin. Aussi longtemps que les masques

96
LE CONGO SE MEURT

ne tomberont pas, ce système perdurera naïvement avec l’aide du


peuple endoctriné. Plusieurs s’étonneront, s’offusqueront et me
demanderont comment le peuple appuie-t-il ou aide-t-il ce
système à perdurer, lui qui l’a vomi et l’a démontré récemment
par les manifestations des 19, 20, 21 et 22 janvier 2015 ? J’en
étonnerai certainement plus d’un en soulignant que le peuple n’a
pas rejeté ce système : il a été le soutenir et l’appuyer les 19, 20,
21 et 22 janvier 2015 en ne réclamant que l’ajustement d’un
instrument de distraction. Faire tomber les masques de ce régime,
c’est rejeter tout son discours de démocratie qui cache sa réalité
d’un État terroriste. Le Congo est tombé les yeux fermés dans le
piège d’un régime d’imposture, d’occupation et d’infiltration avec
l’appui de l’ensemble de sa classe politique.
Deux sortes de Congolais s’affrontent sur une réalité pourtant
facile à appréhender, mais il est évident que tout dépend de l’angle
où l’on se place. « Ceux qui sont dans une démarche dite positive
et ont le souci de comprendre les choses telles qu’elles sont et se
passent. Et ceux qui sont comme arcboutés dans leur position, sûrs
de leur certitude. » Deux logiques s’affrontent sauvagement au
Congo et empêchent d’éclairer la voie de la libération. La logique
des « partis politiques » qui s’appuient sur un état de fait et sur
une certaine « dynamique politique » biaisée qui consiste à faire
croire au peuple que le Congo est un État en processus
démocratique opposé à la logique de la résistance qui définit le
Congo comme un État envahi, infiltré et occupé par un système
mafieux dont la gestion a été confiée aux extrémistes tutsis
rwandais pour piller le Congo afin de réaliser la vision macabre de
bâtir un empire « Hima-Tutsi » dans la région des Grands Lacs
issue du récit d’une histoire inventée de toutes pièces. Au regard
de ces deux logiques, il n’y a que deux attitudes et comportements
à afficher, soit on se soumet à cet ordre criminel et l’on se
97
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

confectionne des excuses de tous genres pour couvrir la voix de sa


conscience et l’on justifie sa couardise par une démarche qui serait
prétendument positive, mais qui cache profondément le fatalisme
imbécile, la trahison et la soumission esclave. Si chacun est libre
de choisir son camp selon sa conscience, il faudrait néanmoins par
décence ne pas entrainer le pays entier à en subir les
conséquences. Ils ont eu l’audace de mettre en place une
constitution et des lois électorales que la communauté
internationale soutienne, en toute connaissance de cause, et en
maitrisant à merveille la teneur et la valeur, juste pour flouer un
peuple dépravé et conditionné à outrance, pour faire vivre un
système méprisable. Ce système perdure parce que personne n’ose
le qualifier pour ce qu’il est, mais tous se plaisent à croire à
l’illusion qu’il distille d’une démocratie. C’est le masque que
revêt ce système pour tromper le peuple congolais. Et tout cela
grâce à la médiocrité de sa classe politique : « majorité » et «
opposition ». Un vocable qui contient en lui-seul la puissance
d’aveugler toute une nation. Si le peuple arrive à comprendre la
manipulation dont il fait l’objet, sort de cette hallucination
entretenue par sa classe politique, s’il rejette tout discours faisant
croire à l’existence de la démocratie au Congo, ce régime
sanguinaire, tyrannique, dictatorial, d’imposture et d’occupation
issu du rêve macabre de ceux qui croient à l’empire Hima-Tutsi
comme les nazis avec Hitler rêvaient d’un empire allemand en
Europe et dans le monde ce régime-là sera mis à nu et dévoilera sa
vraie face. Lorsque ce régime sera totalement mis à nu, il tombera
de lui-même, mais attendre jusqu’à ce que ce système tombe de
lui-même, c’est lui permettre de renaitre sous d’autres formes.

98
CHAPITRE 5
L’occasion manquée
« Depuis sa rentrée, il est chef de parti et il n’en fait
pas mine. Son nom est un drapeau de menace. Son palais
un point de ralliement. Il ne remue pas et cependant je
m’aperçois qu’il chemine. Cette activité sans mouvement
m’inquiète. Comment s’y prendre pour empêcher de
marcher un homme qui ne fait aucun pas ? C’est un
problème qui me reste à résoudre. »
Louis XVIII

Le coup d’État permanent

32 ans de pouvoir de Mobutu avaient généré toutes sortes de


rancœurs et d’aigreurs, conduisant à la frustration générale du
peuple congolais. Si le besoin de changement devenait de plus en
plus aigu, la gabegie financière, l’impunité et l’État de non-droit
ne pouvaient que conduire à l’éclatement de la colère populaire
trop longtemps retenue. Mais faisant face à la violence aveugle et
répressive, il était impossible au peuple de vaincre, car abandonné

99
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

à lui-même devant une classe politique corrompue et adonnée à


l’amour du positionnement politique et de la gloriole.
Un homme se leva du milieu de ce désordre et se décida à
incarner la frustration populaire. Était-ce par abnégation de soi,
était-ce pour l’amour du Congo, était-ce pour une revanche
politique ? Seul, il le sait! Mais nous allons essayer de comprendre
son rôle dans toutes les crises qui ont endeuillé le Congo dès la
première heure de son indépendance jusqu’à ce jour où toute la
classe politique congolaise semble se buter sur elle-même et sur ce
qu’elle a construit depuis des années à tel point qu’elle ne sait plus
comment sortir de ce mauvais pas sans en subir les conséquences.
Dans les suites des grandes transformations de la politique
internationale à la fin des années 1980 et à l’effondrement du bloc
de l’Est, le pouvoir de Mobutu Sese Seko devenait vacillant, il
était devenu un allié incommode face à l’opinion internationale.
Le 14 janvier 1990, Mobutu lança le projet d’un grand débat
national, la Conférence nationale prit vite le dessus, il fut contraint
de la convoquer. L’occasion était trop belle pour la louper. Le
peuple allait se retrouver face à sa destinée afin qu’il se lie avec
lui-même, prenne conscience de son état, analyse la situation dans
laquelle il se trouvait, et apporte des solutions aux maux qui
rongeaient son pays. Hélas, les caciques du mobutisme, ceux qui
ont marché avec Mobutu pendant des décennies et ont aidé à faire
assoir ce système politique que tout le monde décriait, voulaient
tous se blanchir, se refaire une virginité politique et tout mettre sur
le dos de Mobutu seul, comme si un homme seul pouvait entrainer
le pays entier dans une telle dictature ou barbarie. Mobutu était
devenu le seul homme à abattre. Personne ne prêtait plus attention
au système qu’ils avaient tous ensemble entretenu et alimenté sans
égard aux souffrances du peuple. Ils devenaient juges et parties, à
la fois, enquêteurs, procureurs et juges. Ils décidèrent en dépit de
100
L’OCCASION MANQUÉE

toutes les notions de droit que les résolutions et les acquis de la


Conférence nationale étaient souverains. La Conférence nationale
devenait donc la Conférence nationale « souveraine » sans que le
peuple lui confère sa souveraineté. Les juristes congolais, comme
toujours si savants, avaient trouvé les voies et moyens d’usurper la
souveraineté intransmissible du peuple souverain sans son accord,
sans son aval. La science s’était exprimée et renvoyait le peuple à
son illettrisme. La Conférence nationale « souveraine » s’est étirée
sur une année et demie, du deuxième semestre de 1990 à 1992,
pleine des remous, balancée à gauche et à droite pour couvrir un
homme et en condamner un autre. Tshisekedi voulait devenir le
nouveau président de la République exigeant le départ de son ami
de tous les jours. Il finit par accepter, malgré lui, le poste de
Premier ministre avec la rage au cœur de ne pas avoir chassé
Mobutu du pouvoir, surtout après s’être acquis le soutien de la
population et de plusieurs mécontents, aigris et bannis du pouvoir.
Le scénario Kasa-Vubu et Lumumba était implanté dans un autre
décor.
Tshisekedi venait de confirmer sa stature de l’homme de coup
d’État permanent. L’homme qui a déjoué sciemment toutes les
étapes de libération du peuple congolais et qui a toujours
contribué profondément à les pourrir. Il venait finalement de
prendre en otage la vie politique congolaise, faisant tout tourner
autour de sa personne. Le peuple l’admirait. Ils ont fini par en
faire une icône, oubliant tout son passé. Comme l’histoire peut
nous paraitre si étrange lorsqu’on la lit loin des passions du
moment et surtout lorsque l’on regarde les évènements à reculons
pour comprendre comment un peuple peut effacer ses souvenirs et
reformater sa mémoire. C’est lorsque l’on revient aux premières
heures de l’indépendance qu’une autre réalité s’impose et finit par
obscurcir tout cet espoir que le peuple avait porté sur cet homme.
101
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Lorsqu’il fallait affermir l’indépendance nationale, le docteur en


droit Tshisekedi faisait partie du premier coup d’État du groupe de
Binza du 14 septembre 1960 contre la nation congolaise, contre le
gouvernement Lumumba. Commissaire général, vice-ministre de
la Justice, il est le premier qui exige des mesures fermes contre
Lumumba et qui conduiront à son assassinat dans la forêt du
Katanga. Il déporte les lumumbistes (Pierre Léopold Elengesa,
Jacques Fataki, Jean-Pierre Finant, Emmanuel Nzuzi, Jacques
Lumbala, Christophe Muzungu, Joseph Mbuyi, Barthélémy
Mujanayi, Camile Yangara) vers le Sud-Kasaï sécessionniste, «
aux fins de leur faire subir un châtiment exemplaire », selon ses
propres écrits. Lorsqu’il fallait rédiger le pacte national devant
exprimer l’âme et les valeurs congolaises, il nage dans la
confusion. En l’espace de trois ans, il tripatouille des textes et une
idéologie incohérente. Du système politique qui définissait un État
fédéral au régime parlementaire, le multipartisme et un Parlement
à deux chambres en 1964, il va opposer, en 1967, un système
politique avec un État unitaire au régime présidentiel, prévoyant
au maximum deux partis politiques et un parlement monocaméral,
pour finalement, en 1990, revenir au radicalisme malsain d’un
multipartisme intégral en inadéquation complète avec la réalité
congolaise où foisonnent, en ce temps-ci comme à l’époque de
l’indépendance, plus de 400 partis politiques clientélistes,
alimentaires, tribalistes, régionalistes, des caisses de résonance des
ambitions des gourous et l’expression de la frustration populaire
sans idéal ni idéologie. Comme celui qui a énoncé l’idée des partis
politiques, Tshisekedi ne cherchait au fait que comment
contourner et cacher sa dictature aux yeux des peuples et il est
arrivé à élever le fanatisme idiot qui empêche les Congolais à
atteindre l’excellence du génie sommeillant en eux. Il est connu de
tous que pour paralyser le Congo et réveiller tous ses démons, il
102
L’OCCASION MANQUÉE

suffit de décréter le fédéralisme et le multipartisme à l’Occidental


afin d’y arriver. Il s’en servira et en fera ses deux chevaux de
bataille.
Mais, au fait, qui est-il, Tshisekedi ? Parler de Tshisekedi, ce
serait surement sillonner une mythologie. Tshisekedi, qui est-il ?
Une icône, un sphinx, un opposant éternel, un roi sans couronnes,
ne serait-il pas un dictateur sans royaume ? S’il n’est pas un
dictateur, car c’est le qualificatif qui lui sied le mieux, il est un
homme qui détient seul tout le pouvoir de son parti et qui croit être
le seul à voir plus loin que toute la nation, mais sa défaillance est
si pertinente et évidente que le clan de ses amis emporté par le
fanatisme lui trouve encore du génie après 54 ans de carrière
politique remplie rien que d’échecs. Faudrait-il parler d’un père de
la démocratie au Congo comme certains essaient de nous le
présenter ? Lorsque nous savons que la République Démocratique
du Congo n’a jamais connu la démocratie autant qu’elle n’a
jamais été un État de droit, comment nous laisserions-nous égarer
par ce fanatisme de mauvais gout ? Après plusieurs années de
loyauté et de fidélité à sa personne et à son combat, il vient de
remercier comme des chiens impurs, Valentin Mubake, Dr Willy
Vangu, etc. comme dans ses habitudes depuis que l’UDPS existe,
simplement pour voir enfin son fils lui succéder et les membres de
sa tribu et de sa famille contrôler ce que plusieurs ont cru être un
parti politique qui se voulait incarner l’idéal de la démocratie et de
l’État de droit. Il n’en était rien. Si le MPR était un parti-État,
l’UDPS est une dynastie familiale entretenue pour les ambitions
du chef. Au bal des chauves auquel il avait invité toute la
population, il s’avère être celui qui a toujours été non pas du côté
du peuple, mais celui qui a sacrifié les vies humaines pour être une
simple icône dans l’imaginaire d’un peuple en mal d’un héros
national. Il est établi qu’il est un agent de la CIA protégé par la
103
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

CIA, mais relégué au rôle de perturbateur. À force de croire à son


aura, il ne sait plus différencier la réalité et le théâtre. C’est ainsi
qu’il va malheureusement jouer à une pièce théâtrale aux yeux de
tout le peuple le jour où il est allé prêter serment dans sa maison,
la main sur la Bible comme président élu de la République
Démocratique du Congo. Il en a tellement rêvé toute sa vie que le
ridicule ne pouvait plus lui nuire.
Pourrions-nous oser qualifier l’UDPS, son parti, comme le
premier parti politique créé et organisé par le pouvoir colonial, le
PNP, « Parti des Nègres Payés » ou « Pene pene na mundele » ?
Ce serait surement insulter la mémoire de ceux qui ont cru en ce
parti et qui ont payé de leur vie que Tshisekedi a consciemment
sacrifiée. Il suffit de considérer la hargne et l’hypocrisie avec
lesquelles il a combattu son ami et frère Mobutu en comparaison
de la mollesse et du dialogue recherché avec un petit soldat de
l’Armée patriotique du Rwanda. Les écailles des yeux doivent
tomber même pour les plus fanatiques de tous. C’est ici qu’il faut
reconnaitre son talent de fanatiser un peuple comme il l’avait fait
en posant le fondement de l’œuvre de couronnement de son ami
Mobutu, Mulopwe Wa Zaïre, que Bisengimana avait achevée avec
brio. Mais que retiendrons-nous de l’histoire politique de
Tshisekedi ? Lorsqu’il fallait rétablir l’autorité de l’État après le
second coup d’État auquel il faisait encore partie, en ministre de
l’Intérieur et des Affaires coutumières, il avalisera, aux cours de
deux conseils des ministres qui ont lieu ce jour, la pendaison
publique des quatre vaillants citoyens congolais. Aux journalistes
qui l’interviewaient sur l’évènement qui avait secoué l’opinion
publique nationale et internationale, il dira le Premier ministre «
Kimba et ses compagnons ne pouvaient bénéficier de la grâce
présidentielle à cause de la gravité des faits ». En 1966, il réprime
sauvagement le mouvement des enseignants de Kinshasa. Était-ce
104
L’OCCASION MANQUÉE

sous les ordres de Mobutu ou sur sa propre initiative ? En 1968,


Pierre Mulele est cruellement démembré jusqu’à la mort en
présence de tous les hauts dignitaires du régime Mobutu, Étienne
Tshisekedi était du nombre. Le 4 juin 1969, les étudiants de
l’Université de Lovanium réclamant pacifiquement dans les rues
de Kinshasa leurs droits sociaux et des institutions démocratiques,
125 morts et une centaine de disparus, Tshisekedi est ministre du
gouvernement Mobutu. Lorsqu’il fallait gérer l’appareil de l’État
congolais et préparer l’élite de demain, il a assumé de très hautes
fonctions du régime Mobutu ; commissaire général de la
République, plusieurs fois ministre, P.-D.G., ambassadeur, vice-
président de l’Assemblée nationale, recteur de l’ENDA, mais
aucune trace pour laquelle on pourrait se souvenir de sa personne.
Trois fois Premier ministre, avec le plus court mandat de l’histoire
politique congolaise, 7 jours. Tout ce que l’on retient de lui : il a
trituré un texte légal et démonétisé un billet de banque. Et il va
recevoir de ce régime d’imposture 1 500 000 $ des frais de sortie
comme Premier ministre qui n’a exercé aucune fonction pour
l’intérêt de la nation. Voilà un homme que l’on voudrait établir
comme modèle de démocratie et chantre de l’État de droit au
Congo. S’il était un homme de droit, il n’allait pas accepter cet
argent de l’État pour des services non rendus. Mais serait-il un fait
si étonnant de sa part ? Nenni ! Car, lorsqu’il fallait s’opposer aux
contrevaleurs qui ruinent notre pays pour faire respecter les
valeurs d’un État de droit, il a fait pire que Mobutu. Pour couvrir
sa propre prédisposition à la corruption, il va enseigner à la nation
entière d’accepter la corruption, car en son entendement, le peuple
a droit à tout ce qui provient de la caisse de l’État. Peu importe de
quelle manière il en bénéficie ! Il a enseigné au peuple qu’il fallait
accepter la corruption et ne pas faire ce qui lui sera demandé en
contrepartie, ne réalisant certainement pas l’implication
105
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

désastreuse de son discours dans la mémoire collective. Croyez-


vous qu’un tel homme puisse défendre le droit et ses valeurs,
combattre la mauvaise gouvernance, et la corruption ? Non, il est
l’icône de la corruption. Et voilà qu’en 1980, Mobutu nomme
Nzondomio Adokpelingbo, président de l’Assemblée nationale, à
l’époque du Conseil législatif, en lieu et place du remplaçant légal
de l’ancien président Ileo qui n’était autre que le vice-président
Tshisekedi, il devient aigri et se coalise avec d’autres
parlementaires. Ils rédigent une lettre ouverte à Mobutu, la Lettre
des 13 parlementaires. Seuls lui et Mobutu peuvent nous certifier
de l’existence d’un contrat tacite entre eux sur la succession de
l’un après l’autre sur le trône du Congo. Lorsqu’il fallait réformer
l’État, il s’allie à une bande des transfuges politiques en mal de
virginité politique pour faire son coup d’État, mais il manque
d’adresse et échoue lamentablement à la CNS.
Lorsqu’il faut défendre la nation contre une invasion étrangère,
Tshisekedi défend Paul Kagamé et trouve une justification à sa
folie. Lorsqu’il faut dire non à la prédation des extrémistes de
l’empire Hima-Tutsi, à Kisangani, il prend la tête de l’Alliance
pour la sauvegarde du dialogue. Il a assisté à la parade militaire
comme président de cette alliance militaire avec un groupe rebelle
étranger, le RCD de Ruberwa, quelques jours après un effroyable
massacre de notre peuple par ses troupes. Comme en 1960, il a
défendu l’idée de dissocier les évènements, justifiant l’effroyable
massacre de notre peuple comme la répression d’une mutinerie,
une conséquence de guerre. À l’occasion, au micro de Colette
Braeckman, il a déclaré comme Laurent Désiré Kabila à son
entrée avec l’AFDL, que les gens du RCD étaient nos frères
congolais d’expression rwandophone lorsque tout le monde les
considère comme des citoyens rwandais. Qui s’étonnerait de ses
accointances avec le M23 ? Il a confirmé ainsi son rôle de
106
L’OCCASION MANQUÉE

l’ennemi du peuple et de la nation, de l’allié des ennemis de notre


nation qui cherchaient comment pénétrer notre pouvoir et se
l’approprier comme ils l’avaient fait au Rwanda chez les Hutus à
leur arrivée de l’Éthiopie.
Si le clan de ses amis s’efforce de le présenter comme celui qui
a ouvert la voie à la libre expression et à la revendication de nos
droits, ils oublient tous qu’il était parmi ceux qui ont détruit la
liberté d’expression que nous avons apprise de l’école de
Lumumba. Lorsqu’il faut défendre la nation, Tshisekedi Wa
Mulumba est l’antithèse de Lumumba. Lorsqu’il s’agit de
s’adresser aux maitres blancs, il dénonce le langage lapidaire, peu
protocolaire et sans courtoisie diplomatique de Lumumba, mais
quand vient le temps de s’adresser à ses concitoyens, ce sont des
noms d’animaux qui fusent de toute sa salive ; le sang bête, le
léopard en carton. Mais à Bruxelles, le 15 septembre 1987, devant
les représentants de la classe économique et politique belge,
Tshisekedi devient mou et affable, il perd toutes ses dents :
« Le français que nous parlons, c’est vous qui nous l’avez
appris, et avec vous, nous avons appris les valeurs universelles
que cette langue véhicule depuis des siècles. Vous nous avez
amené la religion chrétienne ; vous nous avez appris à lire et à
écrire ; vous nous avez apporté vos avions, vos automobiles, vos
montres ; vous nous avez enseigné à manger avec la fourchette ;
vous nous avez prêté des milliards de vos francs pour nous aider à
survivre. »
Contrairement au discours hypocrite de Tshisekedi, Patrice
Émery Lumumba, égal à lui-même, digne fils de la nation, au jour
de l’indépendance, a énoncé des vérités qui ne doivent jamais être
tues, mais qui doivent être enseignées à nos enfants et aux futures
générations ;

107
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

« Car cette Indépendance du Congo, si elle est proclamée


aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui
nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne
pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été
conquise (applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte
ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé
ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.
Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes
fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte
noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant
esclavage qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort
en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraiches
et trop douloureuses encore pour que nous puissions le chasser de
notre mémoire. Nous avons connu le travail harassant exigé en
échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre
faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos
enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les
insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir,
parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un Noir on
disait « tu », non certes comme à un ami, mais parce que le «
vous» honorable était réservé aux seuls Blancs ? Nous avons
connu un temps où nos terres furent spoliées au nom de textes
prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaitre le droit du
plus fort. Nous avons connu un temps où la loi ne fut jamais la
même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir :
accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.
Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour
opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur
propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même.
Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons
magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes pour les
108
L’OCCASION MANQUÉE

Noirs ; qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les
restaurants, ni dans les magasins dits européens ; qu’un Noir
voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans
sa cabine de luxe. Qui oubliera enfin les fusillades dont périrent
tant de nos frères, les cachots auxquels furent brutalement jetés
ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice
d’oppression et d’exploitation ? Tout cela, mes frères, nous en
avons profondément souffert. »
Tshisekdi a confisqué le combat du peuple avec des slogans
soporifiques lorsque le peuple congolais dans sa grande majorité
voulait voir en lui, un nouveau Lumumba. Comment serait-il
l’égal de Lumumba qu’il avait, de commun accord avec ses Amis,
jeté en pâture aux criminels sans pitié et sans remords ? Comment
pourrait-il être un nouveau Mandela, un Gandhi ou un Martin
Luther King que le peuple espérait avoir même l’espace d’une
saison ? Hélas, si tout le peuple reconnait en lui l’homme des
occasions manquées, la communauté internationale le considère
comme un homme imprévisible dont on ne peut faire confiance,
changeant et facilement démontable, n’ayant aucune carrure
d’homme d’État. On peut-être un véritable harangueur des masses
et être incompétent à diriger une nation. Seul devant sa
conscience, il répondra soit de son incompétence et de ses lacunes
de leadeurship, soit de son affairisme politique.
Rien d’autre n’a prévalu dans toute sa carrière que son égo
enflammé par le crédit que le peuple lui a accordé. Il n’a fait que
s’opposer, même contre ses amis avec lesquels il a commencé son
combat, n’étant pas capable de balayer les idées de gauche et de
droite au profit de l’intérêt suprême du pays. Il s’est laissé
emporter, déchiré par des querelles et des conflits idéologiques
mineurs, de la jalousie personnelle et tribale, rien que des intrigues
habilement téléguidées de l’extérieur. Il a fini par ruiner toute une
109
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

vie par des jeux politiciens et des querelles stériles. Le grand


perdant, dans tout cela, ce n’est surement pas lui, puisque pour
certains qu’importe l’évidence des faits, il restera une icône, ternie
ou pas ternie. Le plus grand perdant est le Congo qu’il a entrainé
dans l’échec de sa carrière politique. L’échec du Congo se
caractérise aujourd’hui à l’errance politique de Tshisekedi qui a
déstabilisé la vie politique de toute la nation et la formation de
notre élite politique. Il aurait dû rester recteur de l’ENDA, même
là, qu’aurait-il enseigné à notre élite, le sang bête ?
Qui aurait mieux que le professeur Ka Mana rédigé l’épitaphe
d’une carrière politique qui finit tristement ;
« Parce qu’il n’est pas un parti organisé et formé à la discipline
de la créativité dans la réflexion et dans l’action, l’UDPS a
manqué l’occasion historique de devenir une opposition novatrice,
une force innovante, dont la réussite spectaculaire en matière de
politique citoyenne locale aurait montré à tous et toutes comment
on peut vivre et s’imposer sans être des caniches de la politique
politicienne et de ses agitateurs de foire. J’en veux à Tshisekedi et
à son parti de ne pas avoir fait ce qu’il fallait faire. Déjà au temps
de Mobutu, quand le pouvoir était à sa portée face à la
déliquescence du système du MPR, Tshisekedi a montré le même
aveuglement face aux enjeux des actions à entreprendre : il a
manqué d’imagination et d’organisation, il a manqué de créativité
et d’engagement ; il s’est réfugié dans un admirable courage et n’a
voulu rien de plus que la primature. Nous savons tous que le
courage ne suffit pas pour produire un projet politique national.
Nous savons aussi qu’on ne peut pas changer un pays à la dérive
en travaillant sous les ordres de celui qui orchestre cette dérive. Le
leadeur de l’UDPS, lui, ne le savait pas. Aujourd’hui, il est temps
d’imaginer ce que Tshisekedi n’a pas pu imaginer, il faut

110
L’OCCASION MANQUÉE

organiser ce qu’il n’a pas pu organiser, il faut faire ce qu’il n’a pas
pu faire. »

« Mieux vaut jouer un petit rôle dans une entreprise destinée à


devenir un modèle à suivre que jouer le premier rôle dans un
échec retentissant. »

111
112
CHAPITRE 6
La responsabilité citoyenne
« En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois
qu’un évènement survient, on peut être certain qu’il avait
été prévu pour se dérouler ainsi. »
FRANKLIN ROOSEVELT

Noam Chomsky nous avertit que : « C’est la responsabilité des


intellectuels de dire la vérité et de dévoiler les mensonges. »
Personne ne peut prétendre à plus de liberté, s’il ne prétend à
plus de responsabilité. Il devient donc impératif que chacun de
nous assume la responsabilité de ses choix et de ses erreurs, de ses
paroles et de ses actes. La responsabilité de chaque citoyen
congolais est engagée en ce moment crucial de la survie de nos
libertés et droits. Si nous avons le droit et la liberté d’agir, nous
devons aussi savoir que nous avons l’obligation morale de
répondre de nos actes et le devoir de réparer tous préjudices
causés par notre irresponsabilité. Et lorsque nous disons réparer, il
y a des choses que l’on ne pourrait jamais réparer. Si la fin de
toute vie est la mort, cependant, il serait irresponsable de conduire
un peuple à un holocauste sans vaincre. Sacrifierons-nous nos vies
113
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

pour des broutilles politiciennes ? L’honneur d’un peuple consiste


au contraire à mourir pour ses droits et ses libertés et à se libérer
de tous jougs.

Nous sommes au point de non retour

Le sang du peuple congolais a coulé au Bas-Congo, le sang du


peuple congolais a coulé à l’Équateur, le même sang a coulé à
Kisangani, au Bandundu, à Mbuji Mayi, à Kananga, au Katanga, à
Kinshasa, le même sang coule aujourd’hui à Beni comme il a
coulé à Makobola. C’est le même sang, d’un même peuple, de la
même patrie, sur le même sol. Lorsque l’on décapite nos enfants à
Beni, lorsque l’on viole nos filles, nos femmes, nos parents à
Bukavu, lorsque l’on détruit nos villages au Kivu, lorsque l’on
enflamme le village des Enyele, c’est le peuple congolais que l’on
massacre. Ce ne sont pas les partisans d’un politicien ou d’un
autre, au contraire, ils s’associent tous pour nous entrainer dans la
misère, pour nous écraser et à leur guise nous dominer. S’il
n’existe pas de hasard dans la vie, mais des opportunités, des
rencontres et des concours de circonstances, le peuple congolais
doit arriver à appréhender et anticiper les évènements s’il veut se
libérer de ce qui l’étouffe et le surprend très souvent. Les régimes
autocratiques, dictatoriaux et d’occupation ne s’enorgueillissent
jamais de leurs forfaits et de leurs crimes. Aucun régime si
cynique soit-il n’irait crier sur tous les toits ses massacres et ses
injustices, mais il les maquillerait. Et dans sa perversion, il se
fabriquerait et s’inventerait des boucs émissaires afin de se donner
un visage d’ange, une justification morale, et un masque
philosophique ou intellectuel présentable. Pour comprendre toutes
ces intrigues, il faut prendre le temps de réfléchir, de s’interroger,

114
LA RESPONSABILITÉ CITOYENNE

de dépasser les limites immédiates et subliminales des


évènements, de scruter silencieusement les mouvements des uns et
des autres afin d’en saisir le sens réel et les mécanismes déployés.
Voilà d’où découlent les deux logiques qui continuent de
s’entrechoquer dans le combat du peuple congolais. Ne pas le
comprendre pousse les uns et les autres à ne pas saisir ma
démarche politique et mon combat, celui aussi de plusieurs autres
parmi nous.
« Il faut s’attendre à tout en politique, où tout est permis sauf se
laisser surprendre », Charles Maurais.
Nous savons tous que Laurent Désiré Kabila, non seulement a
introduit des Rwandais dans notre pays et dans les institutions de
notre pays, mais il a surtout permis l’invasion rwandaise dont il
n’avait pas mesuré l’ampleur et les conséquences. Il avait cru
avoir chassé les plus caciques des Rwandais. Il avait au contraire
oublié de nous signaler qu’alias « Joseph Kabila » était un soldat
de l’Armée patriotique rwandaise, le pion majeur des Rwandais,
simplement parce qu’il était aveuglé par ses faiblesses adultères.
Ce que Laurent Désiré Kabila avait complètement perdu de vue
est qu’il n’était pas le seul à la recherche du pouvoir. De la même
façon qu’il était recruté, de la même façon que plusieurs
mobutistes mécontents d’être chassés du pouvoir étaient aussi
recrutés. C’est ainsi que Jean-Pierre Bemba était recruté pour
former le MLC, plusieurs autres mobutistes ainsi que les
Rwandais chassés par Laurent Désiré Kabila formèrent le RCD. À
partir de ce jour-là, l’invasion rwandaise se mut en divers
tentacules et se déploya plus largement et devint une infiltration
organisée et tenue des mains de maitre par Paul Kagamé et
Yoweri Museveni. Il ne restait plus qu’à éliminer Laurent Désiré
Kabila pour faire assoir sur le trône, le tueur de Tingi-Tingi,

115
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

commandant Hypo, connu comme alias « Joseph Kabila ». Le


temps était venu de faire assoir ce pouvoir d’usurpation et
d’occupation que le peuple avait timidement rejeté. L’élite
congolaise et toute sa classe politique ne se sont pas fait trop prier
pour plaire aux caprices des impérialistes occidentaux et anglo-
saxons, ils ont été dialogués à Sun-city. Mais dialoguer sur quoi
avec qui ?
« Qui connait son ennemi comme il se connait en cent combats
ne sera point défait. Qui se connait, mais ne connait pas l’ennemi
sera victorieux une fois sur deux. Qui ne connait ni son ennemi ni
lui-même est toujours en danger », nous apprend Sun Tzu.
Il est un fait indéniable, une grande partie de notre peuple est
enchainée dans un fatalisme maladif et exaspérant. Elle ne bouge
plus. Entre le bâton et la carotte, comment arrivera-t-elle à
discerner la fourberie de sa classe politique qui lui répète
inlassablement les mêmes chansons ? Voilà comment tout le
monde tombe dans le même piège maintes fois tendu au même
endroit. Ils reviennent encore avec ce discours de « dialogue »
comme si ce mot contenait les recettes magiques pour sauver la
République Démocratique du Congo. Mais, lorsque nous
regardons la situation du Congo de plus près, il en ressort que tous
les dialogues entre cette classe politique et ceux qu’ils veulent
nous présenter comme interlocuteurs n’ont accouché que de souris
qui ont pris la liberté de creuser des trous partout dans nos
maisons et de ronger tout ce qui nous appartient sans nous laisser
l’espoir de conserver notre héritage et notre patrimoine national.
Est-il si difficile pour le peuple congolais de comprendre où ils
projettent de conduire le pays chaque fois que ce thème mythique
de dialogue sort comme de nulle part ? Parlons-en ! Qu’est-ce
donc un dialogue avant de s’engager à la poursuite d’un mirage ?

116
LA RESPONSABILITÉ CITOYENNE

Un dialogue n’est premièrement pas une discussion ni un débat.


Un dialogue est une communication, une conversation entre
différents acteurs dans le dessein de produire un diagnostic qui
intègre les arguments de tous et conduit à une conclusion où tout
le monde se retrouve. Il exige des arguments convergents et
convaincants. Le dialogue n’est possible qu’entre les parties qui
ont un objectif commun pour accorder leurs différends dans la
manière d’y arriver.
Arrêtons-nous ici, un moment, pour comprendre ce qui est
arrivé à notre pays en Afrique du Sud. Car c’est par le dialogue de
Sun-City qu’une certaine légitimité et un contour juridique
présentable et acceptable ont été accordés à l’imposture et à
l’occupation de notre pays, et ont précipité notre peuple dans
l’enfer où il se trouve aujourd’hui. Cet enfer qui se traduit par le
génocide systématique de nos concitoyens, de nos compatriotes, et
de nos frères et sœurs de l’est de notre pays, les multiples
massacres sauvages, la dépopulation de plusieurs villages,
l’élimination systématique de nos enfants, les viols répétés de nos
sœurs, de nos filles et de nos parents, l’empoisonnement intensifié
de notre élite, la clochardisation de nos concitoyens, la misère
effroyable de notre peuple. L’est de notre pays, principalement le
Nord-Kivu et le Sud-Kivu, vit sous la terreur de 70 groupes armés
composés des bandes de rebelles rwandais, burundais, ougandais
et congolais financés et entretenus par l’État congolais, rwandais,
ougandais et les multinationales qui y exploitent les matières
premières, telles que l’or, le coltan, etc.. À ce jour, on dénombre
au moins 1 600 000 Congolais déplacés.
Hélas, le fanatisme a brandi son drapeau et a imposé une
logique démentielle au peuple. Croire sans s’interroger sur la plus
belle robe de mariée que revêt la République Démocratique du
Congo encore couverte de la souillure des viols multiples dont le
117
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

sang dégouline encore sur ses jambes. Qui va la laver de cet


affront et du cauchemar qu’elle revit chaque nuit ? Est-ce les
mêmes criminels qui l’encerclaient de toutes parts ? Faudrait-il les
croire parce qu’ils auraient tronqué le treillis militaire en costumes
et en cravates de démocrates ? C’est ici que je dois encore
m’arrêter pour vous faire comprendre les deux logiques qui
s’opposent diamétralement et violemment avant de vous montrer
l’hameçon tendu pour en finir avec le peuple congolais et sceller
l’occupation et ce qu’ils appellent sournoisement la nouvelle
citoyenneté. Personne n’en parle, personne ne voudrait en parler
ouvertement. Il existe depuis Sun-city une nouvelle citoyenneté au
Congo, sans que le souverain primaire l’ait approuvé. C’est
exactement comme à l’époque où les Amérindiens perdaient leur
citoyenneté pour constater qu’ils devenaient minoritaires sur le sol
de leurs ancêtres et portaient désormais la nouvelle citoyenneté
américaine imposée par les Occidentaux, principalement par les
Anglo-saxons qui se disent aujourd’hui, les maitres et décideurs
du monde.
S’il fallait dialoguer avec Hitler, le monde serait aujourd’hui un
empire sous la manipulation nazie, car dans tout dialogue, il faut
nécessairement accommoder toutes les parties. C’est exactement
la même chose imposée aux Congolais depuis ce premier dialogue
de Sun-City. Personne n’a le droit de contester la nationalité de
ceux qui sont arrivés au Congo après l’invasion de notre pays en
1997 par plusieurs armées étrangères. Personne ne peut pointer du
doigt ceux qui étaient parmi nous comme des citoyens étrangers,
sans que l’on soit taxé de xénophobe. Dans leur machin
parlementaire, une motion sur la double nationalité a été renvoyée
à un débat ultérieur dans les six mois qui suivaient sans n’avoir
jamais été traitée depuis bientôt 10 ans. Personne n’a le droit de
contester la nationalité du président de ce parlement qui a osé dire
118
LA RESPONSABILITÉ CITOYENNE

que « nous sommes tous fils du Rwanda ». Seraient-ils tous fils du


Rwanda ? Qui en douterait encore ? Une nouvelle citoyenneté a
été érigée au-dessus de nos valeurs, notre histoire falsifiée, sans
que cette classe politique puisse dire au peuple qu’elle a touché à
l’âme de la nation en son insu. Personne ne peut plus révéler la
véritable identité de l’imposteur qu’ils ont accepté à la tête de
notre pays sans être accusé de crime de lèse-majesté et finir en
prison. Toute la nation a été liée à la tromperie de ce dialogue
obligeant le port du masque présentable de la démocratie aux
citoyens congolais. Pendant ce temps-là, le Congo perd sa
souveraineté, son autodétermination, ses terres et le comble vit un
génocide dont personne n’a le droit de le qualifier comme tel
parce que les accords convergents de Sun-city s’imposent. Et voilà
qu’un chiffon sans valeur juridique, ne contenant point le souffle
de notre âme commune, ne garantissant pas nos droits et libertés,
effaçable à volonté, plusieurs fois réécrit, nous est imposé comme
constitution et tout le monde dit : « Amen ». Le grand problème
qui se pose au sein de notre communauté est la division du peuple
en différents groupes fragmentaires, non pas idéologiques, mais
fanatiques. C’est ici que tout se complique. Marguerite Yourcenar
écrit : « Dans tout combat entre le fanatisme et le sens commun,
ce dernier a rarement le dessus. »
Si le fanatisme l’emportait sur le bon sens, alors nous sommes
perdus et notre cause devient évidemment perdue d’avance et pour
toujours, car comme le dit Paul Carvel : « le fanatisme nait là où
un génie s’entoure de beaucoup d’idiots. » Si nous n’avons que
des groupuscules d’idiots, il devient évident que notre pays
continuera sa « descente aux enfers » sans que personne ne puisse
l’arrêter. Cependant, il nous reste une possibilité. Cette possibilité
a le pouvoir de nous éviter la misère et l’humiliation que nous
subissons aujourd’hui comme peuple. Est-il envisageable
119
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

d’éveiller la conscience de la masse populaire avec une plume,


avec des mots ? Si l’élite ne peut pas prendre conscience de sa
misère, qu’en sera-t-il d’un peuple assis dans la pauvreté ?
Comment serait-il touché par des mots aussi puissants et
fracassants soient-ils, s’ils ne sifflaient qu’à ses oreilles comme
une belle musique au lieu de transpercer sa raison et son âme ?
Mais s’il en saisissait la portée, ne deviendrait-il pas un autre
discoureur ou un fanatique ? Ce n’est pas ce que nous attendons
de notre peuple.
J’entends Honoré de Balzac s’écrier à l’autre bout de la salle : «
J’avais entrepris une lutte insensée ! Je combattais la misère avec
ma plume. »
Napoléon Bonaparte n’a pas pu s’empêcher de répliquer : « La
pauvreté, les privations et la misère sont l’école du bon soldat. »
Amadou Koné est entré sur scène pour trancher : « Celui qui
n’a pas conscience de sa misère croit à l’illusion du bonheur. »
Le petit peuple a grincé les dents, mais personne ne lui a prêté
attention. Il en est mort enragé, incapable d’avoir laissé libre cours
à son imagination. Il a cru que son sang ne devait pas couler pour
la liberté, mais il est mort ensanglanté par la folie d’un sanguinaire
qui lui reprochait d’être vivant, par la canaillerie d’un chauffard
du dimanche. Il aurait dû se révolter pour ne plus vivre comme un
esclave dans la misère, mais il n’a pas osé essayer. Il n’y croyait
plus, car on lui avait servi la « manne du ciel » comme pain
quotidien ; les possibilités et les opportunités passaient devant lui
sans qu’il pût en prendre conscience. Il s’en souviendra, un jour,
dans la tombe. Il se dira probablement : « j’aurais dû essayer ! »
Serait-il trop tard ? Il en rêverait encore dans l’au-delà. Il
retournerait peut-être hanter la ville et les nuits de ceux qui se
croient être éternels sur terre. Loin de moi l’idée de m’afficher

120
LA RESPONSABILITÉ CITOYENNE

pour le plaisir, par haine ou par jalousie. Loin de moi la pensée de


détenir le monopole de la vérité et de la révolution. Loin de moi
de m’imposer en donneur de leçons à la nation qui regorge en son
sein d’éminents philosophes, de sociologues, de docteurs, de
professeurs, de prestidigitateurs, et de barbes blanches. Si je fais
mal, supportez-moi ! Si je blesse, je ne cherche en rien à rétablir
une quelconque justice de revanche. Si je suis méprisable, si je
rabaisse, si je noircis le tableau, c’est pour que chacun de nous soit
capable d’entendre et de dire la vérité. Notre nation ne nous
appartient plus, elle n’est plus sous notre contrôle. Les uns se
consolent de leur sort, les autres se prostituent pour survivre. La
confusion se généralise, l’hallucination devient totale. Loin de
moi, l’idée de prétendre que vous ne seriez pas capable de relever
le défi. Loin de moi d’imaginer vous entrainer sur des sentiers
instables. Plusieurs ne le comprendront peut-être pas aujourd’hui,
mais demain tout le monde saura ! Mais lorsque je lève mes yeux
vers cette nation disloquée, je ne peux que m’interroger. Que veut
donc le peuple congolais ? En regardant ceux qui se disent en train
de combattre pour libérer le peuple congolais et lui donner un État
de droit et une démocratie, je m’interroge encore ! Libère-t-on un
peuple en l’aliénant davantage dans le séparatisme, le tribalisme et
le fanatisme ? Lorsque Tshisekedi, Ngbanda, Ne Muanda Nsemi,
et j’en passe, réveillent et attisent les démons qui, aux premières
heures de l’indépendance, ont endeuillé notre nation, je
m’interroge de plus belle, vers quel idéal entrainent-ils ce pays et
ce peuple ? Peut-on prétendre réveiller un peuple, se battre pour sa
libération et placer le fanatisme dans son lit ? Je m’interroge
davantage ! Au nom de quelle démocratie peut-on se battre
lorsqu’un peuple n’a pas encore atteint l’âge de reconnaitre le bien
et le mal, lorsqu’il confond le mal au bien et le bien au mal ? Au
nom de quelle liberté peut-on prétendre se battre lorsqu’un peuple
121
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

ignorant ses droits et libertés se soumet à d’autres dieux auxquels


il se voue corps et âme ? Pour quel idéal Patrice Émery Lumumba
a-t-il sacrifié sa vie ? Quel est le résultat de son acte si noble de
donner sa vie pour les siens ? En valait-il la peine ? Que dire
lorsque ceux qui prétendent parler au nom du peuple se divisent et
se haïssent, non pas au nom de quelque idéal, mais au nom de
chimères ambitions ? Ils ne peuvent pas se regarder dans les yeux
ni se serrer les mains simplement parce que les uns ont décidé que
c’est par la non-violence que le peuple doit être libéré et les autres
parce qu’ils ont trouvé une manière plus favorable d’en découdre.
Est-ce pour tout cela que nous nous battons ? Est-ce pour ces
chimères que nous sommes prêts à sacrifier nos vies ? Est-ce pour
ce peuple que nous sommes prêts à mourir ? Quel est donc le but
de ce combat ? Que cherchons-nous donc si ce n’est la libération
de ce pays et de ce peuple ? Qu’importe les voies choisies, n’est-
ce pas que tout le monde court les mêmes risques, d’être liquidés
par ce régime terroriste ? Peut-on encore se battre pour un idéal ?
Peut-on encore se battre pour une cause juste dans ce monde où
l’argent et les intérêts sont devenus le souci quotidien des
peuples? Qu’arriverait-il si, au prix d’immenses efforts et
sacrifices, nous arrivions à offrir au peuple congolais sa libération
de ce qui semble être aujourd’hui à nos yeux des chaines qui le
lient et l’empêchent de jouir de ses droits et libertés inaliénables ?
Et que feront-ils de la liberté acquise au prix de nos sacrifices et
de nos morts ? Ne se transformeraient-ils pas en ce lion affamé
que l’on libère et qui se lance aussitôt à la poursuite de son
libérateur et le tue ? Est-ce le peuple congolais mature pour être
libéré non seulement de ceux qui l’asservissent, mais aussi, et
surtout de ses leadeurs qui marchent sur sa tête et l’entrainent à
haïr son prochain et à ne pas reconnaitre son vrai combat de
liberté et de justice ?
122
LA RESPONSABILITÉ CITOYENNE

Je m’interroge !

Même si je le voulais, comment fuir loin de ce peuple auquel je


suis attaché par le sang et par le sol ? Faudrait-il réinventer le
monde et laisser la liberté à chaque homme de choisir son pays ?
Ne serait-il pas une fuite en avant, car la pelouse verte du voisin
n’a pas toujours été verte ? Ses ancêtres et ses parents ont payé le
prix pour cela, et il continue lui-même d’en payer le prix pour la
maintenir toujours verte. Ou alors, faudrait-il fuir, continuer de
fuir jusqu’au jour où l’on trouverait un paradis sur terre ? Au
comble du désespoir, Jonas s’est levé pour prêcher au peuple de
Ninive. De même contre tout espoir, nous nous battrons jusqu’à ce
que l’idéal sacré de la liberté soit élevé au Congo. Et le peuple
congolais en fera surement tout ce qu’il voudra! Qu’importe si ses
hommes, ses femmes ou ses enfants, comme des pourceaux, ne le
fouleraient aux pieds, ne se retourneraient contre nous et ne nous
déchireraient ! Nous aurons accompli notre devoir envers eux,
notre serment envers nos ainés et nous quitterons tous, un jour,
cette terre des vivants. Nous ne recherchons certainement pas la
reconnaissance des hommes, nous voulons si Dieu le permet, voir
le même sourire de cet enfant si heureux resplendir sur tous les
visages du peuple congolais et nous nous en irons vers le chemin
de tous les hommes en paix ! Mais à force de m’interroger, je me
demande encore. Peut-on associer la masse populaire à une
révolution, si l’élite ne reconnait pas son devoir sacré de s’unir
pour faire respecter les droits de l’homme sans ambitions, sans en
tirer parti et bénéfice ? Quel est cet égo insurmontable ? Qui
avouerait donc sa misère, l’élite ou le peuple ? Lorsqu’une élite, sa
classe politique et une très grande partie de son peuple manifestent
un déficit de sursaut national et des lacunes flagrantes de maturité,

123
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

peuvent-ils encore être associés à la libération et à la conduite


d’une nation ? Il devient évident et impératif que les visionnaires
et les penseurs de la nation assument leurs responsabilités devant
l’Histoire et entrainent la nation vers sa destinée. C’est ici le
moment où l’épopée des braves doit nous acheminer vers la Terre
promise dont nous rêvons tous ! C’est ici que je viens clairement
interpeler la classe politique congolaise. Je ne me perdrais pas
dans la politesse et ne m’attendez pas dans la rhétorique des
hypocrites. Jusqu’à ce jour, personne au sein de cette classe
politique n’a été capable de mettre un terme à la fourberie
rwandaise, à l’hégémonie belge et américaine, à l’imposture
d’alias « Joseph Kabila », et cela malgré les recettes de toutes les
sauces impossibles, classiques ou élaborées, confectionnées et
vendues au peuple, aucun résultat satisfaisant. Ce n’est pas parce
qu’il serait un peuple très politisé, le peuple congolais veut être
maitre de sa souveraineté et de sa liberté, voir son pays se
développer et sa vie s’épanouir. Le combat de la nation vient
d’atteindre son paroxysme. Seul un nouveau Lumumba avec plus
de tact peut rendre à la nation ses titres de noblesse.
Je m’appelle Jean Claude Manzueto. Je suis certainement le
plus vil et le moindre des citoyens congolais. Ce n’est pas
l’ambition ou la poursuite du fauteuil présidentiel de la
République Démocratique du Congo qui m’anime. Je voudrais
seulement voir notre pays et notre peuple se tenir encore debout,
dignement et fièrement faire prévaloir sa souveraineté, son
autodétermination, son génie et mériter le respect des autres. La
différence entre eux et moi réside dans le fait que j’abhorre la
langue de bois, je dis tout haut ce que tout le monde pense tout
bas. Ils ont peur, ils doivent entretenir une image dont je n’ai pas
besoin, car je suis un révolutionnaire de principe et de liberté et

124
LA RESPONSABILITÉ CITOYENNE

non un politicien à la recherche de positionnement ou de vote ou


encore en mal de protéger une posture.

Dans les bras de la révolution

Qui portera le peuple congolais dans les bras de sa révolution ?


Le peuple congolais est certainement une force invincible
éparpillée à l’intérieur et à l’extérieur du pays telle une araignée
qui peut asphyxier toute dictature, toute occupation, lorsqu’elle est
bien informée. Il est certain, comme l’a écrit Émile Zola dans «
Son Excellence Eugène Rougon » en 1876, que « Refusez la
liberté au peuple, un jour le peuple la reprendra. » Mais comment
ce peuple reprendra-t-il sa liberté, s’il n’en prend pas conscience ?
Le constat de Che Guevara sur notre nation demeure toujours
d’actualité. Il avait écrit ceci sur le Congo dans les années
soixante : « Il y a le manque général de cadres d’un niveau
culturel approprié et d’une fidélité absolue à la cause de la
Révolution. Il y a une prolifération de chefs locaux ayant chacun
leur autorité. Il n’y a pas de discipline dans les unités, elles sont
contaminées par l’esprit de clocher. Indiscipline, désordre,
ignorance des règles du combat les plus élémentaires, carence de
combattivité et d’autorité des dirigeants. » Les mêmes tares
persistent cinquante ans plus tard comme si nous n’avions pas eu
la chance de conduire nous-mêmes la destinée de notre pays. Une
plaie béante suinte devant nous tous, une fracture sociale
hallucinante remplie de chefs et de généraux mexicains nous
divise. À l’évidence, face à la grande misère populaire, même
emportés par la soif de la liberté, nous devons savoir associer
l’idéal et la discipline pour que notre révolution soit celle des
géants. Mais qui enseigneraient les 70 000 000 des Congolais, si
125
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

ceux qui doivent éclairer cette génération préfèrent se taire,


disparaitre, se soumettre, s’isoler sous de multiples bannières ou
carrément mourir avec la science et l’expérience acquises ? À qui
vont-ils transmettre cette connaissance nécessaire pour sauver une
nation des griffes des monstres de ce monde, si la jeunesse préfère
fuir son pays et s’abriter comme esclaves dans les bras des mêmes
criminels décideurs de leur misère ? Qui saura «distinguer le
mouvement qui vient des convoitises du mouvement qui vient des
principes, combattre l’un et seconder l’autre» comme le dit Victor
Hugo, car «c’est là le génie et la vertu des grands
révolutionnaires» ? Si personne ne veut apprendre ce qui a animé
Simon Kimbangu, Patrice Émery Lumumba, Pierre Mulele, Mao
Tse-toung, Che Guevara, Lénine, Léon Trotsky, Thomas Sankara,
Nelson Mandela, Amilcar Cabral, Martin Luther King, Malcolm
X… ces étoiles qui brillent au firmament de la liberté, où
acquerront-ils l’amour de la liberté, le droit de se lever pour leur
vie ? Il existe deux sortes de révolutionnaires ; les uns désirent la
Révolution avec la Liberté : c’est le très petit nombre ; les autres
veulent la Révolution avec le Pouvoir : c’est l’immense majorité,
dit François René, vicomte de Chateaubriand. Qui vous apprendra,
au comble de tout quitter, de tout abandonner, qu’être
révolutionnaire signifie aussi ne pas avoir que des amis, y compris
dans son propre camp ?
Il est comme une tare qui s’appesantit sur le peuple congolais et
l’empêche de réfléchir sur son sort, de bâtir sa destinée et de se
focaliser sur son avenir. Le Congolais, en général, est dominé par
une naïveté bon enfant qui le restreint à l’état infantile, le paralyse
et le freine à devenir un adulte et à prendre en mains sa destinée.
Cette naïveté le pousse à un laisser-aller qui l’enchaine
complètement et l’enferme dans la léthargie de l’inaction. Le
Congolais se complait à toute situation ; pauvreté, maladie,
126
LA RESPONSABILITÉ CITOYENNE

misère, famine, esclavage, occupation, humiliation… Qu’il soit


floué, abusé, trompé, il garde le sourire et trouve l’occasion d’en
rire. Pire, non seulement, il s’enfonce dans des compromissions
dégradantes, mais il en trouve toutes les justifications
inimaginables pour s’en accommoder. Parcourez les rues de nos
villes et villages, et vous serez non pas surpris, mais révoltés ! À
se demander, s’il reste dans la mémoire collective congolaise un
sens d’honneur, de dignité, de droit, de justice et de liberté. Il
s’agit d’un triste comportement qui entraine irrémédiablement à
un triste sort. Ce qui arrive au Congo, s’il n’est pas voulu par les
Congolais, est du moins entretenu par les Congolais. Est-ce dans
l’intérêt de la sécurité nationale que nous allons encore nous
mélanger avec ceux qui étaient hier dans le camp de ceux qui
tuent notre peuple ? Est-ce dans l’intérêt de la sécurité nationale
que nous devons nous entêter à suivre la logique des partis
politiques qui a démontré ses limites et qui n’augure rien de bon ;
dans le meilleur des schémas : rien que le changement dans la
continuité ?
Ils ont fait d’une imposture, une légitimité, d’une occupation,
une démocratie. Que ne feront-ils pas demain si nous ne les
empêchons pas de continuer dans cette moquerie sardonique et
satanique sous la salve des massacres dont on n’ose pas attribuer à
un groupe bien distinct de peur que le génocide soit reconnu au
Congo et que l’ennemi soit identifié devant le tribunal
international, le Rwanda ?

Est-ce dans l’intérêt suprême de la Nation ?

Que personne ne vous aveugle. Tous ces cris de certains


politiciens à renier aujourd’hui la majorité factice dont ils faisaient
127
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

partie et dont ils continuent de faire partie n’ont qu’un seul but ;
torpiller toute vraie opposition et prendre le contrôle total du
pouvoir et de l’opposition. Kamhere ayant échoué seul à la tâche,
plusieurs autres chevaux de Troie ou taupes doivent être ajoutés
pour mieux contrôler cet appareil qui pourrait déstabiliser cette
conspiration anglo-saxonne entre les mains de Kagamé et
Museveni. Le vieux Tshisekedi physiquement éreinté et comme
dans nos mauvaises habitudes africaines ou congolaises n’a pu
préparer la relève. Il n’a pas mis en exergue un dauphin capable de
reprendre en mains le parti si cher à beaucoup d’entre nous. Qui
peut certifier et déterminer sa véritable position de patriote ? Le
MLC est déjà un parti politique à mettre de côté par le simple fait
que ses membres et cadres laissent le contrôle du parti entre les
mains d’un prisonnier. Ils ne me contrediront jamais qu’il a été
fabriqué par Museveni, l’un des deux maitres à bord de cette
organisation criminelle et terroriste qui a pris naissance à
Kampala, qui a ensuite envahi le Rwanda, pénétré notre pays et
contrôle aujourd’hui la région des Grands Lacs. Vital Kamhere
tient à trôner au-dessus de l’opposition et à en faire le propulseur
des ambitions cyniques de l’organisation barbare et terroriste
ougando-rwandaise. Une taupe ne change pas. Celui qui change
véritablement de camp se résigne lui-même au silence et ne
présente nullement des ambitions dominatrices. C’est ce qui se
passe partout dans le monde. Mais lorsque quelqu’un qui quitte un
camp vomi par le peuple et manifeste des ambitions légales ou
légitimes de dominer le camp qu’il vient de rejoindre, sachez que
cette personne est une taupe qui ne changera jamais ses couleurs,
qu’importe qu’il soit le plus rusé des caméléons. Voilà exactement
ce qui se passe actuellement dans notre pays.
La conscientisation est un processus continu de libération qui
se réalise dans le temps par des actions et des luttes concrètes où
128
LA RESPONSABILITÉ CITOYENNE

l’on apprend et où l’on avance ensemble pour se libérer et


construire la société que l’on souhaite à long terme. Il est donc
déterminant de dénoncer les mascarades et les mystifications du
pouvoir, d’identifier clairement les structures d’oppression dont se
servent les gouvernants et qui leur donnent les capacités de limiter
le pouvoir d’agir et de s’organiser du peuple. Ces structures qui
dominent l’organisation de notre vie tant personnelle que
collective, favorisent le contrôle des richesses par quelques-uns, et
imposent des idées qui les justifient. Nous devons organiser nos
populations autour des initiatives locales de transformation sociale
guidées par l’idée de la politique constructive, citoyenne et
participative, parce que ce sont les seules qui sont
quotidiennement confrontées à la réalité. Nous fiant en leurs
capacités créatrices, en leur sens de responsabilité et de dignité,
nous génèrerons une conscience nationale dépouillée de l’inutile
théâtre de la politique politicienne orientée par le positionnement
et les richesses.

129
130
CHAPITRE 7
Nécessité d’une révolution
« Plus un peuple est éclairé, plus ses suffrages sont
difficiles à surprendre… même sous la constitution la
plus libre, un peuple ignorant est esclave. »
CONDORCET

Il est grand temps que nous nous mettions d’accord sur la


manière de répondre aux problèmes qu’endure notre peuple avec
sérénité, car l’heure est très grave. Lorsqu’un peuple est appelé
aux bouleversements et aux grandes réformes pour sa survie, seuls
le bon sens, l’intérêt national, le droit et la démocratie doivent
primer afin qu’il soit capable de relever les défis auxquels il fait
face. Lorsque nous parlons de démocratie, nous devons savoir tout
d’abord que la nécessité de convaincre l’autre devient une priorité
pour nous engager sur la bonne voie, car nous pourrions tous avoir
totalement raison ou totalement tort, mais il faudrait d’abord en
débattre froidement et avec hauteur, et non s’imposer
sauvagement par la voie des Kalachnikovs parce que l’on serait
persuadé d’avoir raison, ce qui peut aussi être retourné contre soi-
même. Il se pourrait aussi que nous allions complètement à
131
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

l’encontre de la volonté populaire et du bien-être national pour de


multiples raisons qui peuvent soit disqualifier nos arguments, soit
confondre la volonté populaire ou piétiner l’intérêt national, si
nous ne nous fondons que sur des préjugés, des clichés, et des
stéréotypes qui ne respectent aucun principe scientifique ni aucune
norme élémentaire de droit.
Devant les incertitudes des uns et des autres, j’anticipe. Non
seulement parce que je perçois un grand changement à l’horizon,
mais j’en ai la conviction. Si comme le dit Alexandre
Soljenitsyne ; « le monde est emporté par la conviction cynique
que la force peut tout, la justice rien », ma conviction est au-delà
de la conscience et de la certitude de l’esprit, fondée sur les faits et
les informations, les cris de révolte et les effets « boule de neige »
qui se propagent dans notre société. Je prends le devant de la
scène parce que ce changement est inévitable. Il est imparable et il
s’imposera à tous d’une manière ou d’une autre. Il dépendra de
notre attitude et de notre capacité de l’accepter et de l’intérioriser
pour la renaissance de notre nation. Il est la seule voie qui
résoudra toutes les crises de notre pays depuis l’indépendance.
Mais il nécessite un préalable.
Si la première République nous a conduits dans la
congolisation, la deuxième République a carrément dévié du
principe de la communauté de dessein dont les membres sont
convaincus d’être égaux et de relever d'une même appartenance
nationale pour diviniser une dictature sublimée par une oligarchie
affairiste et jouisseuse. Tandis que la troisième République, cet
État d’imposition, ne demeure qu’une imposture qui ne peut être
célébrée par notre peuple, car elle n’est que l’expression
méprisable de l’apothéose du mal, du néocolonialisme, de la
barbarie, de l’État de non-droit, du mensonge et de la couardise.

132
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

Il s’agit d’une page noire de l’histoire de notre pays qui doit


absolument être tournée, de gré ou de force, avec fracas s’il le
faut, afin que le soleil pur de la liberté et de l’autodétermination
brille sur notre nation et notre peuple. C’est ici que l’élite
congolaise et la classe politique congolaise qui ne prennent pas
part à ce régime, et l’ensemble du peuple congolais doivent se
mobiliser et suspendre toute activité des partis politiques jusqu’au
démantèlement total de ce système qui change des formes comme
un serpent change de peau à chaque mue et ruine notre pays. Ce
n’est pas un système qui sort du néant. Il a été mis en place et
entretenu par des hommes. Parlons-en honnêtement : cela ne se
fera que si nous sommes capables de nous élever et d’y porter un
jugement sans complaisance, sans fanatisme, sans animosité, sans
faiblesse. Il nous faut de la rigueur, si nous avons encore le souci
de sortir notre pays de cet état de déception, d’humiliation, de
corruption généralisée, de mauvaises gouvernances sous l’emprise
de ce qui ne peut être autrement qualifié que de médiocratie.
Si à la kleptocratie s’est ajouté un autre système d’imposture et
d’occupation, c’est tout simplement parce que les politiques
congolais n’ont jamais pris conscience de leur rôle dans la nation
congolaise naissante. Ils ont floué le peuple. À coups d’intrigues,
d’effusion de sang, d’humiliation, de rapines et de viols, ils ont
vendu une prétendue démocratie, une vraie démocrature à la
nation entière pour couvrir un régime barbare, sanguinaire et
d’invasion. Car comme le dit Grandizo Munis : « Tout régime
politique si réactionnaire et cynique soit-il a besoin de se donner
une justification morale, un masque philosophique présentable au
vulgaire. »
Il est certain que les mensonges peuvent résister à l’épreuve du
temps, mais la vérité finit par tous les ébranler, et la ténacité d’un
peuple finit par vaincre toute imposture.
133
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Notre combat porte contre un système

Parlons-en sans nous voiler les yeux si nous sommes capables


d’accepter le changement et la rupture avec un passé sombre et
macabre. Nous n’allons plus retourner à l’époque de
l’indépendance de notre pays, car nous savons tous qu’elle a été
très mal amorcée. Revenons à l’étape de la fameuse Conférence
nationale souveraine concoctée par ceux qui entretiennent encore
et toujours ce système et qui sont toujours aux affaires jusqu’à
cette heure. Qui sont-ils ? Le discours rabâcheur des politiciens
congolais pour couvrir leurs méfaits vante le débat des idées au
mépris du débat des hommes comme si les idées se sont inventées
elles-mêmes sans les cerveaux humains des pelles pour engloutir
notre pays dans ce trou. Je vous le dis, ce ne sont pas des idées, ce
sont nos sœurs et frères congolais, nos amis, nos parents, ce sont
des hommes avec des idées perverses qui ont entrainé notre pays
dans ce profond trou, car, quelles que soient les bonnes idées qui
se retrouvent sur la place publique, il faut des hommes pour les
porter et les matérialiser. Pour ne point tomber dans ce déni de
responsabilité des irresponsables qui voudraient se cacher derrière
des idées qu’ils n’incarneraient jamais, j’ai fait mienne cette
pensée de Victor Hugo : « Quant à moi, ce n’est pas mon rôle de
révéler des noms qui se cachent. Les idées se montrent, je combats
les idées ; quand les hommes se montreront, je combattrai les
hommes. Je ne veux pas, moi, de paroles secrètes quand il s’agit
de l’avenir du peuple et des lois de mon pays. Les paroles
secrètes, je les dévoile ; les influences cachées, je les démasque :
c’est mon devoir. »
Depuis l'indépendance, les politiques congolais censés régir la
société et la vie nationale ont remplacé les colonisateurs pour

134
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

dominer le peuple au lieu de réguler la vie de la société pour son


bien-être. Ils ont oublié leur rôle et mission qu’ils n’ont jamais
assimilés. Devant leur échec et incompétence, ils ont trouvé l'alibi
de l'autre pour garder leurs privilèges. Ainsi, l'irresponsabilité
politique est consacrée comme culture politique. Aucun politicien
congolais n'a jamais reconnu son échec, assumer ses
responsabilités et quitter dignement la vie politique. C'est toujours
« l'autre » qui justifie l'irresponsabilité politique congolaise. Si ce
n'est pas l'Occident la cause du malheur congolais, c'est la
communauté internationale. Accuser l'autre et pointer le doigt sur
les autres est devenu le sport favori des politiciens congolais. Et,
pourtant, le peuple avait vomi le régime Mobutu, sans que ses
collaborateurs et ceux qui ont bâti avec lui ce régime
reconnaissent leur part de responsabilité et quittent la scène
politique congolaise. Le peuple a encore vomi ce régime qui
voudrait s'éterniser au pouvoir à cause de son imposture et de son
incompétence, mais comme d'habitude aucun politicien n'assume
sa responsabilité et ne disparaisse de la scène politique. Le peuple
floué n'y comprend rien et acclame ses bourreaux comme s'ils
étaient des dieux innocents de sa misère.
Rappelez-vous, ils étaient tous des caciques du mobutisme qui
soudainement avaient décidé de se blanchir, de se doter d’une
virginité politique et de faire croire à toute la nation que Mobutu
était la seule peste à éliminer et non le système qu’ils avaient mis
en place et entretenu pendant de longues années. Pourrions-nous
tomber si bas et dire, comme il a été présenté, au peuple que
Mobutu seul a englouti ce pays dans ce trou-là ? Tout seul, sans
eux ? Dites-nous si Tshisekedi, Kengo wa Dondo, Mokolo wa
Pombo, Honoré Ngbanda, Gérard Kamanda wa Kamanda, Victor
Nendaka, Justin Marie Bomboko et le reste ne sont pas
coresponsables de ce système de corruption et de mauvaise
135
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

gouvernance ? Pouvons-nous les dissocier de ce système mis en


place par le régime qu’ils ont entretenu et alimenté avec Mobutu
parce que quelques années plus tard ils décidèrent de le renier ?
Lorsqu’ils sont arrivés à aveugler l’ensemble du peuple congolais
que le problème était Mobutu et non le système qu’ils ont tous mis
en place et entretenu, n’avions-nous pas tous accepté de faire
partir Mobutu ? Posons-nous donc la question ; qu’y a-t-il donc de
changer dans notre pays depuis le départ de Mobutu ? Pourrions-
nous encore dire que le mal congolais était Mobutu seul et non ce
système qui perdure jusqu’à ce jour ? Albert Ndele refuse
d’accuser qui que ce soit et assume : « C’est nous tous,
gestionnaires des deux premières républiques, mais à des degrés
divers. Je ne partage pas l’avis selon lequel Mobutu serait le seul
responsable de la destruction du pays. Chacun de nous a sa part de
responsabilité dans la déliquescence de l’État congolais. »
Laurent Désiré Kabila est apparu devant la nation comme un
exalté innocent croyant à l’aide de voisins de nous soutenir à faire
partir Mobutu, mais s’il était naïf, ceux du système l’étaient-ils
aussi ? Tshisekedi n’avait-il pas reçu des ambassadeurs de ce
conglomérat d’aventuriers pour leur accorder le soutien du peuple
qui l’avait élevé, bonassement résigné, au titre d’icône ? Kengo
wa Dondo et Vital Kamhere ne faisaient-ils pas partie de ce
groupe de pression rwandais au Congo qui a facilité l’entrée de
l’AFDL ? Dites-nous s’ils ignoraient que Laurent Désiré Kabila
n’était qu’un pion entre les mains des Rwandais et des
Américains. N’est-ce pas ainsi que l’infiltration de notre pays
s’organisa aisément, l’occupation sournoise rendue possible? Mais
par qui ? Qui a permis à ce petit soldat du Rwanda de s’assoir à la
tête de notre pays et de se moquer de cette élite corrompue ?
N’est-ce pas cette même classe politique qui ne voudrait pas
quitter les affaires et dont plusieurs d’entre-nous ont honte et ne
136
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

voudraient en aucun cas faire partie ? D’où nous viennent le RCD


et le MLC, ne s’agit-il pas de deux mouvements jumeaux
introduits par les Rwandais et les Ougandais pour se venger de
Laurent Désiré Kabila qui venait de gratifier le conglomérat des
aventuriers d’un retour intempestif au bercail ? Et qui nous a
réintroduit les Ruberwa, Bizima, cette mafia rwandaise que
Laurent Désiré Kabila voulait se défaire, sans y arriver, parce qu'il
ne voulait pas se débarrasser de son péché mignon ? N’est-ce pas
Jean-Pierre Bemba et compagnie ? Pourquoi semble-t-il difficile
de comprendre que Jean-Pierre Bemba et compagnie ne sont pas
venus installer une démocratie au Congo, mais remettre en place
le dictat de l’alliance de la conférence de Berlin qui ne peut
survivre que par la mise en place de ce système de corruption,
d’élimination, de mal gouvernance, de prédation, dictée et
organisée par la mafia internationale principalement par l’empire
anglo-saxon et leurs bras armés rwando-ougandais ? C’est lorsque
l’on porte son regard sur la politique congolaise que ressortent
clairement les deux systèmes qui se sont mariés pour ne plus faire
qu’un corps contre les aspirations, les droits et les libertés du
peuple congolais. Ce sont les mêmes caciques du mobutisme, les
mêmes acteurs de la fameuse conférence nationale souveraine
mélangés aux différents conglomérats des aventuriers politiques
issus de l’AFDL, du MLC et du RCD qui prennent en otage le
pays et se plaisent à rouler le peuple dans la farine de la prétendue
démocratie au rabais. De nouveau, cette médiocre classe politique
qui n’ose assumer ses responsabilités devant l’Histoire voudrait se
doter de la même virginité politique comme à l’époque de la CNS.
N’avez-vous pas entendu certains d’entre eux nous parler d’un
dialogue que devrait convoquer le kapita de la Munosco ? Encore
et encore, ils veulent nous entrainer dans leur médiocrité et nous
faire fléchir devant les mêmes maitres que nous avions rejetés en
137
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

arrachant notre indépendance. Et pourtant, ils revendiquent être


leadeurs du peuple. Cela ne passera pas ! Pas cette fois-ci. On peut
se faire avoir une fois par naïveté, mais celui qui se fait avoir une
deuxième fois y prend plaisir ! « De sorte que, en vérité, comme
nous sommes vivants, j’ai voulu montrer par l’absurde,
l’importance chez nous de la liberté, c’est à dire l’importance de
changer les actes par d’autres actes. Quel que soit le cercle d’enfer
dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le
briser. Et si les gens ne le brisent pas, c’est encore librement qu’ils
y restent. De sorte qu’ils se mettent librement en enfer. » Jean-
Paul Sartre. Ce système doit être démantelé et éliminé de notre
pays, car il chosifie et abrutit toute la nation. Notre combat n’est
pas de haïr ou d’exterminer les Rwandais, ni de rejeter ou
d’anéantir nos politiciens. Notre combat est une question de
respect, de souveraineté et de dignité, de liberté et de justice.
Depuis l’imposition de cette imposture à la tête de notre pays,
plusieurs voix se sont élevées pour la dénoncer et divers
mouvements ont été mis en place pour la contrer. Mais notre
malheur vient essentiellement du fait que nous ne sommes pas
constants dans nos convictions, nous sommes malléables et
changeons facilement nos positions pour des prunes, autrement dit
pour rien. Est-ce un excès d’angélisme, de naïveté ou
d’ignorance?
Toute cette humiliation a commencé par la compromission de
notre élite et de sa classe politique par les accords infamants de
Sun-City en Afrique du Sud. Aucun des participants à cette
ignominie ne pourrait affirmer aujourd’hui qu’ils n’étaient pas
informés de cette imposture et qu’ils ignoraient les ramifications
de cette entourloupette qu’ils entérinaient aveuglément. C’est
pourquoi, lorsque nous regardons à la manière de délivrer notre
pays, il est impossible de s’attendre à ce que ceux qui
138
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

reconnaissent cette marionnette rwandaise comme président de la


République puissent apporter un concours déterminant à son
départ. Cela voudrait sous-entendre que tout Congolais qui
soutient la logique dite démocratique dans un pays infiltré ne
pourra en aucun cas combattre ce système, il va au contraire le
renforcer ou se vendre au plus offrant. Certains se demanderont,
certainement par manque de lucidité politique, comment ceux qui
se proclament « Opposition » vont-ils renforcer ce système. Ils ont
contribué à faire assoir légalement une imposture dans notre pays
et à faire croire au peuple que le Congo devenait un État
démocratique au travers d’une simple organisation des élections.
De la même façon, ils vont renforcer ce système en s’y opposant
dans les limites organisationnelles des États démocratiques et
flouer toute la nation. Il n’est plus surprenant de lire et d’entendre
que des Congolais qui ont été floués à plusieurs reprises puissent
croire projeter un tremblement de terre en 2016. Il suffit de bien
ouvrir ses yeux pour voir combien parmi eux négocient déjà un
nouveau positionnement à la vie politique au Congo occupé. Ceux
qui remettent à 2016 le départ de cet imposteur ne sont que ceux
qui veulent tromper encore et toujours le peuple congolais, se
repaissent dans ce système et veulent le voir perdurer. Leur
objectif est d’étouffer la colère populaire en lui faisant miroiter
une certaine et possible victoire et alternance, lorsque l’imposture
et l’occupation de notre pays se réarment pour mieux contenir la
tempête. Comprenez que toute conviction se repose sur une base
irréversible. Aussi longtemps que le fondement d’une conviction
n’est pas ébranlé, rien ne bougera de sa logique. Peu importe,
retenez que quiconque reconnait ce soldat de l’armée patriotique
rwandaise comme président de la République au Congo ne peut se
rebeller contre la logique de son raisonnement, ébranler facilement
sa conviction et adopter les mécanismes de la révolution. La
139
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

révolution, qu’elle soit populaire ou militaire, n’entre en jeu que


lorsqu’un État n’est pas reconnu démocratique et qu’il piétine les
droits et les libertés d’un peuple.
Si je croisais mes bras, j’aurais parié avec vous que tous ceux
qui crient au changement ou au Burkina Faso en 2016 au Congo
ne feront absolument rien. Ils crieront comme d’habitude comme
ils le font aujourd’hui lorsque tout démontre que la situation
cauchemardesque qui règne dans notre pays est l’œuvre de ce
régime impitoyable. Ils revendent aux aveugles qui voudraient
s’accommoder à un semblant de changement, une grosse
distraction ; une façon de se consoler de l’incapacité d’agir et de
verser dans l’illusion pour ne pas tomber dans la folie.
Malheureusement pour eux, je ne croiserais pas mes bras ni ne
fermerais ma bouche, je dois remplir mon contrat citoyen vis-à-vis
de vous tous et vous rappeler, chers compatriotes, de ne pas ouvrir
vos oreilles à ces obscénités des politiques mythomanes. Aussi
longtemps que l'on continuera à tromper le peuple sur le problème
congolais, en le focalisant sur un problème de constitution, soit on
n'aura pas compris les enjeux réels, soit, à dessein on voudra
distraire le peuple pour assurer sa survie politique. Le problème
congolais est actuellement un problème de prise de conscience
nationale qui doit nous conduire à des changements de mœurs, de
modes de vie, de mentalités, de comportements individuels et
collectifs. Mais ces grands changements doivent être précédés,
ratifiés et garantis par une révolution-rupture assise sur un grand
bouleversement politique, des grandes réformes structurelles,
juridiques et institutionnelles capables de répondre à la vision d'un
état de droit, à la stabilité démocratique, à la justice sociale, à
l'amélioration du savoir, du bien-être, du niveau de vie individuel
et collectif.

140
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

Nous devons remporter ce combat !

Plusieurs schémas s’entrecroisent et s’entrechoquent au-dessus


de la destinée de notre pays pour apporter un changement:
élections, dialogue, soulèvement populaire, rébellion, coup d’État,
révolution. Tout cela démontre que notre pays vit une crise très
profonde. Il serait donc impossible d’être à la fois partisan de tous
ces schémas et s’attendre à un résultat. Être pour toutes ces
démarches à la fois et croire qu’elles ont un même but, c’est être
soit naïf, soit mal informé. Il faut choisir une démarche, et une
seule, comprendre ses contours et ses détails, sa raison d’être, ses
atouts et ses faiblesses, son idéal et ses conséquences, et s’y
engager corps et âme. Comme écrivait le Père « Duchêne » au
frontispice de son journal: « la République ou la Mort ! » Et
après, il faut savoir y apporter ses capacités, ses compétences, ses
talents et son génie, et critiquer dans le sens de construire pour
arriver au résultat final souhaité par tous.
Au regard de tous ces schémas, les ayant jugés séparément, je
suis arrivé à la conclusion qu’ils sont tous lacunaires lorsqu’on les
prend séparément et qu’ils ne peuvent pas répondre aux
aspirations profondes du peuple congolais, car ils ne portent en
eux aucune promesse à long terme et sont d’une incohérence qui
frise le mépris du peuple congolais. Ils manquent tous la lucidité
politique nécessaire pour conduire à la libération et à
l’indépendance totale de notre pays. C’est ainsi que j’ai pris le
temps d’analyser la situation exacte de notre pays et d’écouter
notre peuple. Il s’est dégagé une évidence que seuls les égos et les
calculs politiciens vont rejeter, éviter et, au pire, balayer d’un
revers de la main. Mais pour répondre véritablement aux
aspirations profondes du peuple congolais, il nous faut mettre en

141
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

place des innovations de rupture, stabilisées et sécurisées, face à


ce passé des balbutiements politiques qui persistent à vouloir
déstabiliser notre futur. Aucune politique de promotion du droit,
de la justice, de l’économie autonome, de la responsabilisation et
de l’autodétermination au service du citoyen n’a jamais été mise
en place au Congo, rien n’a jamais été essayé dans ce sens.
Dans le silence, la fin du cauchemar congolais se précise de
plus en plus. Il est ici question de ne pas rater le tournant ! Tant
qu’il n’y avait pas des récidives et des rechutes, les symptômes du
mal congolais ne pouvaient pas être décelés. Car le temps efface le
souvenir des douleurs. Le mal qui brise et qui tue la communauté
congolaise est une de ces maladies qui n’est parfois découverte
qu’à un stade avancé, car c’est alors que les signes deviennent
repérables. Mais souvent le risque est qu’il soit trop tard pour la
soigner. Tous les analystes de la crise congolaise, les historiens,
les sociologues, les philosophes, les politiques, les libres-
penseurs… tous les analystes économiques et politiques, tous,
sans exception, sont arrivés à la même conclusion, le mal
congolais est dû à la violence et au mensonge qui se sont érigés en
système depuis l’État indépendant du Congo jusqu’à ce jour. Rien
n’a changé. Rien n’est cependant perdu non plus, tant que la mort
physique et clinique de la République Démocratique du Congo
n’est ni constatée ni déclarée. Si les analystes s’accordent sur les
symptômes, au chevet du malade, les docteurs tergiversent sur les
remèdes à administrer à ce malade d’exception. Puisque les
vieilles démocraties sont devenues des références plus ou moins
stables, une bonne partie de la population croit à la magie des
urnes pour arriver au changement. Faudrait-il croire que la
légitimité des urnes serait la réponse adéquate au mal politique
congolais ? Ou alors, faudrait-il à l’extrême croire que les urnes
contiennent les remèdes nécessaires pour endiguer le mal
142
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

congolais ? Cela est peu probable lorsque l’on s’attarde sur les
évènements passés où le régime au pouvoir est passé maitre à
semer le doute dans l’esprit du peuple et où l’opposition s’est
résignée à se mentir à elle-même. Des «élections pipées d’avance»
aux « élections piégées », l’élite et la classe politique ne pensent
nullement libérer le pays des maux qui l’étranglent, mais plutôt
s’assoupissent à se demander comment assouvir les penchants
naturels égoïstes. De l’autre côté, les bruits des armes font peur,
car très souvent la violence ne se contient pas aisément et elle
n’engendre rien d’autre que la désolation entre les mains des
passionnés charlatans. En général et à cause de l’impréparation et
de l’inexpérience, ceux qui y excellent deviennent souvent
d’indécrottables dieux.
Mutatis mutandis, il devient de plus en plus évident et récurrent
qu’au-delà de l’opposition, de la résistance et du combat, le peuple
congolais doive, soit se battre, soit disparaitre ; qu’après avoir agi
de façon défensive, il est certain que le combat du peuple
congolais doit maintenant revêtir un nouveau caractère et que
seuls le développement et la généralisation de l’offensive contre
l’impuissance, la violence gratuite, les mensonges, la corruption
lui permettront de se transcender, de subsister et de vaincre ! Et
pourtant, « il ne peut y avoir de révolution que là où il y a
conscience », comme l’affirme Jean Jaurès. Se laisser aveugler par
cette même élite et cette crasse politique qui se réjouit depuis
l’indépendance de la boulimie politicienne et de la vénalité
mélancolique et répugnante ou qui se laisse gagner par la hantise
de voir l’imposture disparaitre comme si ce serait la fin du chaos
instauré depuis que certains malfrats congolais, africains et
occidentaux ont décidé d’être les maitres du Congo, ne serait-il
pas se voiler la face ? Après avoir imposé au peuple l’imposture
humiliante, la résignation devant les crimes les plus atroces et le
143
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

collaborationnisme abject, ils voudraient maintenant passer au


sacre de la servitude en décrétant l’immunité à la barbarie, à la
gabegie financière monstrueuse, aux détournements massifs des
fonds de l’État congolais, à l’occupation vile de notre pays
espérant que l’État de droit souhaité par tous n’en prendra pas un
coup. Aux antipodes de discours de ceux qui ruminaient la
disparition de Patrice Lumumba, qu’avons-nous gagné avec 32
ans de mobutisme ? Et ceux qui tramaient le départ de Mobutu,
quel souvenir ont-ils gardé du regard perdu de Laurent Désiré
Kabila sur l’Outeniqua sud-africain ? Et enfin : ceux qui se sont
juré d’avoir la peau de Laurent Désiré Kabila, puisqu’ils l’ont
finalement eu, que peuvent-ils aujourd’hui opposer au
couronnement de la corruption et de la violence gratuite érigé en
système de gouvernance représenté par un imposteur qui cache
jalousement son secret de polichinelle et à la consécration de la
jungle ?
Il va falloir s’organiser autrement, il va falloir réfléchir
autrement comme nous nous approchons de la fin imminente de la
vieille école politique qui nous a conduits là où nous sommes
arrivés sans savoir comment rebrousser son chemin. Surtout, il va
falloir révolutionner le Congo dès maintenant ! Nous avons assez
attendu !
Qu’adviendra-t-il en 2016 qu’ils n’auront pu bouleverser en 15
ans ? Rien ne viendra perturber la quiétude malfaisante de la mafia
congolaise, rwandaise et internationale, si nous ne nous
organisons pas, si nous ne prenons pas le taureau par les cornes, si
nous ne domptons pas les hyènes enragées.
Oui, l’humiliation va prendre fin ! Mais finirons-nous ce
combat avec le relent macabre de l’après-indépendance, ou de
l’après-révolution populaire du mobutisme, ou encore de l’après-

144
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

libération du conglomérat des aventuriers sortis des bars de


Bruxelles, des bidonvilles de Paris et des environs de la Tanzanie?
Aux panafricains, je dirais que si le Congo n’est pas respecté
dans les limites du sort qu’il assume, il n’y aura d’Afrique qu’une
notion vague d’un continent sans passé, donc sans avenir. Aux
mondialistes, il serait inconcevable d’oublier que l’Afrique a été
envahie. L’Afrique s’est laissé naïvement violer, mais elle panse
ses plaies. Elle efface la mélancolie des vieux souvenirs. Ce n’est
pas en la violant de nouveau et à répétition que le nouvel ordre
mondial y sera imposé. L’humanité doit être la considération du
développement intégré et harmonieux des peuples et non le
génocide sur lequel bâtir des puissances même glorieuses. Aux
Congolais, je voudrais dire que si nous n’harmonisons pas nos
diversités et nos valeurs ethniques, culturelles et linguistiques, si
nous n’élevons pas l’éthique et la justice, si nous n’arrivons pas au
mariage des grands esprits, alors nous ne pourrons jamais
prétendre à la destinée congolaise ni à la communauté de dessein
au Congo.
Le Congo n’est pas une finalité en soi ni l’achèvement d’un
sort, son destin est d’être le rayonnement de l’Afrique entière. Il
doit être rêvé, vécu et bâti ensemble. Si nous avons été unis par le
sort, il est temps d’être unis dans l’effort pour relever les défis de
faire du Congo, une puissance au cœur de l’Afrique qui permettra
le nouvel élan de libérer l’Afrique entière, de faire respecter la
race noire dans le monde et de donner au peuple congolais
l’opportunité de vivre leur rêve : « Kolia, Kolata, Kolala malamu
na nzela ya mosala ». Voilà, le défi que nous devrions relever tous
ensemble ! Voilà pourquoi le choix de l’innovation et du vrai
changement reste le seul gage de notre futur.

145
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Je préconise donc la révolution-rupture qui contient en elle, la


réponse à la situation présente d’humiliation, d’imposture, de
médiocratie, de tutelle des multinationales et de la Monusco, et
qui jette des ponts vers un avenir radieux. C’est pourquoi pour
repartir et bâtir sur des bases sures et solides, je prône la
révolution-rupture, une voie de sortie parmi toutes celles qui sont
proposées, et qui a l’avantage de les englober toutes et de les
définir dans le temps et l’espace non pour le malheur du peuple
congolais longtemps humilié et chosifié, mais pour assurer son
avenir immédiat et lointain. Lorsque je recommande la révolution-
rupture à la nation, plusieurs esprits s’alarment. Ne croyez surtout
pas un seul instant que je voudrais entrainer notre pays dans la
logique de ces rébellions qui nous ont couté si cher, ni dans un
soulèvement populaire où notre peuple ne servirait que de chairs à
canon ni dans la négation de l’expression populaire par des
élections pipées.
Pourquoi la nécessité d’une révolution-rupture au-dessus de
toutes les autres démarches ?
Définissons ensemble la révolution-rupture afin que nous
puissions intérioriser ce que nous voulons faire ensemble et savoir
où nous allons. Cette redondance littéraire surprend en effet à la
première lecture, mais lorsqu’elle est comprise, elle devient claire,
limpide et sublime. Elle répond à une situation jugée par les uns et
les autres de calamité, de défi, de maladie. Elle apparait comme la
réponse à un système politique rejeté et comme la promesse d’un
Nouvel Ordre Politique qui met l’homme au centre d’un nouveau
système politique et qui le place devant ses responsabilités, sa
créativité et sa dignité de prendre son destin en mains par une
rupture brusque et à long terme.

146
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

Antoine Broussy nous brosse ici un tableau clair de ce que


j’appelle révolution-rupture, il dit :
« Associer les notions de rupture et de révolution peut passer
pour un lieu commun tant il est d’usage de considérer de nos jours
que l’essence même de tout phénomène révolutionnaire est
d’abord de rompre avec le passé. N’est-ce pas ainsi, en effet,
qu’est employé toujours plus fréquemment le mot « révolution »,
récupéré aujourd’hui à l’envi par les spécialistes du marketing et
de la communication politique ? Chargé de positivité, le mot
contient la promesse d’un changement radical, celle d’un passage
vers une nouvelle modernité, c’est-à-dire d’une rupture avec un
système présenté comme suranné. En somme, il permet aux
individus de se projeter dans un avenir que l’on espère et que l’on
présente comme meilleur. Du moins est-ce là l’interprétation de
ceux qui mènent la révolution ou aspirent à la déclencher.
Envisagée sous cet angle, la notion de « révolution » semble alors
posséder les capacités à susciter un puissant engouement.
L’expérience montre néanmoins, comme chacun sait, que la
répulsion qu’elle peut provoquer est tout aussi forte. A ce titre, les
antagonismes qui surgissent en révolution ne coagulent-ils pas sur
la notion de rupture dont l’interprétation détermine la valeur du
phénomène ? La rupture peut ainsi receler un contenu positif dès
lors que l’on considère qu’elle prépare l’avènement d’une ère
nouvelle de libération de l’homme. Elle peut être, à l’inverse,
interprétée de manière négative en étant avant tout perçue comme
une période de déstabilisation politique, sociale et religieuse
profonde et violente. Autant d’exégèses susceptibles, par ailleurs,
de varier selon les enjeux idéologiques et politiques qui animent
les acteurs... Mais, quel que soit le côté vers lequel penche ce
balancier interprétatif, la rupture suscite une interrogation
unanime, celle, en tout premier lieu, de son surgissement. La
147
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

réflexion sur la rupture révolutionnaire finit dès lors souvent par


se confondre avec celle des origines : s’interroger sur les facteurs
d’une rupture révolutionnaire revient en effet presque
immanquablement à s’interroger sur les causes de la révolution.
Tandis que la notion de rupture renvoie d’abord naturellement au
temps court, à l’instant où tout bascule et où la durée tranquille du
temps se rompt, le pari était ici d’envisager la rupture dans le
temps long. En effet, celle-ci peut être saisie dans une perspective
de continuité dès lors que, dans la plupart des cas, des acteurs
prennent prétexte de la rupture pour tenter d’en gommer la
radicalité et proposer une réintégration du phénomène
révolutionnaire dans la longue durée d’une histoire nationale. Plus
globalement, il s’agit de réfléchir à la manière dont la notion de
rupture est l’objet d’un usage politique, à travers des pratiques et
des discours, visant à légitimer ou délégitimer le sens de chaque
révolution. Gérer la rupture, c’est en quelque sorte trouver les
moyens de rendre la révolution acceptable. C’est aussi trouver les
ressorts qui permettront qu’elle serve tel ou tel projet politique ou
idéologique. À ce jeu, la rupture a souvent servi de focale, soit
qu’on en bannisse les excès, soit qu’on veuille en préserver les
acquis. C’est ce dualisme irréductible, qui découvre des stratégies
qu’il est possible de suivre dans la longue durée, voire même de
comparer, que s’efforcent d’interroger les communications
présentes. Ainsi, le succès d’une révolution tient-il peut-être
moins dans sa capacité à rompre avec son passé que dans la
réussite de ses acteurs à l’intégrer dans une histoire longue –
souvent nationale. La Révolution française, devenue référence
commune seulement sous la IIIe République, en est un bon
exemple. Mais la factualité historique des révolutions demeurant,
c’est bien à propos de la valeur à donner à la rupture que
s’affrontent les partis et que s’opposent les mémoires. De ce point
148
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

de vue, s’il est possible d’identifier des mécanismes communs à


plusieurs événements révolutionnaires, il apparaît que les choix
des acteurs, inscrits toujours dans un contexte précis, donnent une
identité très spécifique à chaque révolution. À ce titre, il semble
douteux qu’il soit possible d’établir une sorte de typologie des
révolutions à partir de critères structurels communs. À l’heure où
se déroulent des transformations politiques majeures sur la rive
sud de la Méditerranée, ne peut-on espérer qu’une plus grande
attention portée à la manière dont les acteurs gèrent la rupture
révolutionnaire ne contribuerait pas à mieux apprécier les rapports
de force à l’œuvre en évitant ainsi les analyses parfois hâtives?
Cette perspective ne doit toutefois pas faire oublier que les
aspirations les plus généreuses visant à bâtir une société meilleure,
plus juste, viennent se frotter aux aspérités du réel. Etudiant la
fuite à Varennes de Louis XVI, Aurore Chéry rappelle qu’elle
constitue, de l’avis général des historiens, une rupture majeure, à
savoir celle du divorce définitif entre le peuple et le roi, ouvrant
ainsi la voie à l’établissement d’une république. Dans ce cas très
précis, on observe que le surgissement de l’événement oriente
totalement le déroulement de la Révolution. Rappelons en effet
que la solution républicaine n’était pas envisagée au début de la
Révolution, quand bien même le modèle américain pouvait
inspirer les révolutionnaires français. La monarchie était
profondément ancrée dans les cœurs et personne n’envisageait
réellement la rupture du principe de légitimité. Mais Aurore Chéry
ajoute que la fuite à Varennes est aussi le moment d’une autre
rupture, celle de la crainte de l’étranger. Ainsi, même dans un
contexte où l’avenir est totalement ouvert, les choix des acteurs
répondent à des événements inattendus, à des réactions parfois
irrationnelles. Tandis qu’on tente d’inventer le futur sur les bases
d’idées nouvelles, on réagit encore bien souvent selon les
149
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

habitudes ancrées et les modes de pensée anciens. Les révolutions


des XIXe et XXe siècles offrent un autre poste d’observation de ce
mouvement de bascule entre rupture et continuité. Mais puisqu’il
existe déjà d’autres modèles de révolution, c’est dans la continuité
des ruptures précédentes que l’on cherche à situer le moment
révolutionnaire en cours. C’est en conséquence le visage des
révolutions passées qui se trouve être également modifié dès
l’instant que l’on cherche à en faire des références pour la rupture
présente. C’est pour tenter, peut-être, d’éviter cet écueil qu’il
paraît utile d’être attentif aux mécanismes qui s’agencent autour
de la notion de rupture. La facilité apparente avec laquelle elle se
laisse identifier les dissimule. Une révolution ne rompt jamais
totalement avec le passé et ne se répète jamais. Elle ne devient que
parce que les hommes qui la font parviennent à établir leurs
propres ponts avec un passé qu’ils subsument dans une continuité
plus vaste, orientée vers l’avenir. C’est ce dont Mirabeau avait eu
conscience, dès 1789, lorsqu’il s’adressait aux membres de
l’Assemblée nationale, qui attendaient que le roi sanctionnât les
décrets du 4 aout : « Nous ne sommes point des sauvages arrivant
nus des bords de l’Orénoque pour former une société. Nous
sommes une nation vieille, et sans doute trop vieille pour notre
époque. Nous avons un gouvernement préexistant, un roi
préexistant, des préjugés préexistants. Il faut, autant qu’il est
possible, assortir toutes ces choses à la révolution, et sauver la
soudaineté du passage. Il le faut, jusqu’à ce qu’il résulte de cette
tolérance une violation pratique des principes de la liberté
nationale, une dissonance absolue dans l’ordre social. Mais si
l’ancien ordre de choses et le nouveau laissent une lacune, il faut
franchir le pas, lever le voile, et marcher ».
Il faut certainement franchir le pas, lever le voile, et marcher
vers la révolution-rupture. Le Roi doit tomber, la royauté doit
150
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

prendre fin. La médiocratie politique congolaise est cette royauté


qui doit laisser la place à la République et à l’État de droit. Le pari
ici est d’envisager la rupture entre la médiocratie et l’excellence à
long terme.
Depuis l’indépendance, la classe politique congolaise est
perdue dans la recherche du positionnement au lieu de construire
une nation, et de se préoccuper des valeurs et conditions sociales
de la population qui se détériorent profondément.
L’autodétermination a été reléguée aux oubliettes pour pérenniser
l’importation d’un système politique qui ne traduit en rien nos
aspirations comme peuple. Nous nous engouffrons dans ce qui ne
découle pas de notre identité, de nos cultures, ni de notre
perception du monde. Au lieu de dessiner un plan de la Maison
Congo, de sa perception, de ses moyens et de son but et de nous
mettre à bâtir ensemble. Non ! Nous sommes allés copier le
système politique occidental de confrontation : majorité, et
opposition. Pour quels buts ? Sommes-nous une nation qui doit se
payer le luxe de s’opposer au lieu de bâtir ensemble sur un plan
arrêté d’avance et de commun accord ? Existe-t-il dans notre
culture ce combat d’opposition et de confrontation politicienne
pour le pouvoir lorsque nous bâtissons ? Il faudrait noter que ce
jeu de s’opposer pour s’opposer ne sert que des gens qui ne savent
pas où ils vont ou qui ne pensent à rien d’autre qu’à leur profit
personnel ou au profit d’un groupe d’individus. Et voilà que nous
tombons dans le piège occidental, lorsque la fondation de la
Maison n’est pas encore terminée que nous nous engageons à bâtir
un plafond sur des colonnes de circonstance. La Maison reste
inachevée, car construite sans plan architectural. C’est ainsi qu’à
son insu la nation entière s’empoisonne et meurt d’une gangrène
tellement profonde qui se traduit par des fléaux et des maux que
l’on pouvait éviter si nous avions tous l’amour de bâtir et non de
151
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

nous positionner pour des intérêts égoïstes. Comment donc éviter


l’amputation des deux jambes du Congo qui semble être
inévitable?
Je voudrais m’adresser à nos intelligences sur la nécessité de la
révolution-rupture, contrairement à la révolution pardon,
révolution tranquille, changement dans la continuité, alternance
politique ou simple alternative, élections, etc. des simples effets
d’annonce qui n’apporteront aucun changement, si ce n’est la
désillusion. Si nous continuons à laisser notre pays entre les mains
de toute cette kleptocratie « majorité et opposition », nous
condamnons notre pays à la bêtise et à la misère. Et pour ne pas y
succomber, le peuple congolais doit intérioriser l’importance d’un
changement radical soudain et à long terme, obligatoirement
rejeter toutes les spéculations électorales offertes sous ce régime
d’imposture, d’infiltration, terroriste et kleptocrate, et choisir la
révolution-rupture.
Abordons donc tous les schémas proposés qui risquent de
déterminer la destinée de la nation congolaise si l’un d’entre eux
arrivait à être mis en pratique.

Parlons élections

Lorsque ceux qui, hier, combattaient la démocratie et


s'affairaient aux fraudes se déclarent subitement défenseurs de la
démocratie et voudraient de nulle part la construire, il faudrait
s'arrêter et se poser des questions. Il est évident qu'il y a anguille
sous roche!
Développer un raisonnement nécessite une argumentation
logique. Il trouve sa cohérence lorsque le cheminement de la
réflexion est développé à partir d’une idée logique. En d’autres
152
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

termes une argumentation est valide si, et seulement si, la vérité de


ses prémisses entraine celle de sa conclusion. Il serait
contradictoire d’affirmer les prémisses et de nier la conclusion. Il
faudrait retenir qu’il est impossible de dissocier l’objet et la
conscience. Dans ce domaine de raisonnement, certaines erreurs
sont faciles à reconnaitre, tandis que d’autres sont plus difficiles à
dénicher. Nous devons donc faire très attention de ne pas tomber
dans les filets des erreurs de raisonnement et d’illusions logiques.
Le domaine dans lequel excelle la médiocratie politique
congolaise avec des discours pompeux aux apparences brillantes,
mais dans le fond, idiots.
C’est ainsi que lorsque l’on réfléchit sur la situation politique
congolaise, il ressort clairement que tout raisonnement fondé sur
des prémisses fausses et des prémisses dérobées ne peut que
conduire sur la logique des dialogues et sur la négation du droit du
peuple congolais d’user de son droit suprême et inaliénable de
recourir à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. Si comme
les uns prétendent que « la volonté du peuple exprimée au travers
des élections constitue le fondement de l’autorité et est l’essence
même de la démocratie », il ne faudrait certainement pas se laisser
abuser et croire que la démocratie n’a aucune autre base que
l’expression de la volonté populaire qu’elle soit manipulée, biaisée
ou contrainte. Si les élections sont une mode d’expression de la
volonté populaire, la démocratie ne se résume pas aux élections.
Elle se construit sur un ensemble des fondements qui fait d’elle,
un principe de droit et de politique. Si son essence n’était que de
nature purement électorale, si le fondement de son autorité ne se
reposait que sur des élections, la démocrature serait égale à la
démocratie. Lorsque l’on voudrait défendre l’imposition des
élections au Congo par les accords de Sun-City ou l’imposer au
peuple congolais parce que des acteurs politiques internationaux,
153
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

et non des moindres, tels que John Kerry ou François Hollande,


peu importe, soutiennent cette dictocratie et que l’on pousse la
fourberie jusqu’à comparer la situation du Nigéria, du Sénégal et
de la Zambie à celle de la République Démocratique du Congo, je
me pose la question de savoir si l’on a en face de nous des experts
analystes ou si nous avons en face des défenseurs aveugles des
élections pour les élections. La démocratie et la démocrature ont
les mêmes apparences ; une constitution en place, des élections
régulières, la liberté d’expression garantie dans les textes, mais
elles se différencient lorsque l’on ôte le masque de la démocratie
que revêt la démocrature. C’est alors que l’on y découvre le visage
hideux d’une dictature nauséabonde et criminelle. Dans le cas de
la République Démocratique du Congo, il faut encore ouvrir
grandement ses yeux, porter des loupes s’il le faut, garder sa
mémoire vive pour découvrir que le masque de la démocratie que
revêt ce régime cynique cache en réalité une imposture barbare et
terroriste que les principes de droit devraient qualifier d’invasion,
d’infiltration et d’occupation si la notion de démocratie
internationale était respectée et si l’élite congolaise et la
communauté internationale étaient capables de sortir les cadavres
du placard et les étaler sur la place publique. En d’autres termes,
le régime qui règne au Congo n’est pas une démocratie pour parler
des élections ni une démocrature pour parler des dialogues. La
République Démocratique du Congo est prise en tenaille par des
forces hostiles au bonheur du peuple congolais. Comment donc
discourir sur les élections dans cette dégradation généralisée de la
nation ?
Nul n’ignore que les élections ne sont pas la finalité de la
démocratie et que la démocratie n’est possible que dans un État de
droit où les libertés et les droits de citoyens sont protégés et
garantis. Il ne faudrait donc pas que le fatalisme ou le besoin
154
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

ardent de la paix nous entrainent à accepter une illusion


démocratique et des élections irréalistes qui ne risquent que de
perpétuer la crise qui sévit au Congo depuis que ce régime a été
imposé par la force des armes. Que personne ne trompe le peuple
et lui fasse croire d’être à l’école de la démocratie où les points se
gagnent par les manifestations contre le sang jusqu’au jour de sa
graduation ou de sa maturité politique.
Nous devons prendre nos responsabilités et nous engager à
répondre adéquatement, une fois pour toutes, à cette crise d’une
manière définitive. Car il est impossible de bâtir un pays si l’on
doit toujours revenir à trouver la solution aux mêmes crises sans
jamais pouvoir l’appliquer. Il faudrait surement se demander vers
quels résultats nous conduiraient des élections qui ne permettent
pas aux politiciens d’élaborer des projets fiables, ni au peuple
d’exercer librement ses droits et libertés ! Sur quelle base écrira-t-
on un programme de gouvernement lorsqu’il est admis que toutes
les données nationales sont imaginaires ; le nombre même de la
population est inconnu ? Comment écrire un programme de
gouvernement sans recensement, lorsque les budgets superflus des
gouvernements successifs ne représentent nullement la nation
congolaise dans sa réalité économique, sociale et politique ? Qui
pourrait garantir le respect des droits, des libertés et de
l’expression libre du peuple, cette fois-ci, si ce même régime ne
l’a jamais respecté pas plus tard qu’hier ? Par quelle magie,
changer les intentions de ce régime sans passer par une
confrontation comme celle du 19, 20, 21 et 22 janvier 2015 ? Les
élections passées ont démontré que ce régime en place est un
régime répressif et sanguinaire qui ne respecte pas la démocratie
et l’État de droit, mais qui s’impose par les mensonges, la
corruption, les fraudes, les assassinats et les crimes, en un mot par
le terrorisme d’État. Il est évident qu’aller aux élections dans cet
155
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

état de notre nation, c’est bercer le peuple entier d’illusions qui ne


nous conduiront qu’à une autre transition non planifiée ou à une
gestion chaotique de la nation en nous faisant perdre du temps, des
fonds et des vies humaines dont notre pays a besoin pour décoller.
Ces élections que les uns et les autres voudraient imposer au
peuple congolais n’occasionneront encore et encore que des morts
comme en 2006 et en 2011, et comme il en est le cas aujourd’hui
avec des fosses communes parsemées sur le territoire national.
Qui ne voit pas que tous les feux rouges s’allument pour prévenir
la nation que ce régime d’imposture n’a pas l’intention de quitter
le pouvoir ? Si un régime voulait partir et si un imposteur se
décidait vraiment à quitter le pouvoir, croyez-vous qu’ils
s’érigeraient encore en bourreaux du peuple comme ils le font ?
Ne feront-ils pas tout ce qui est en leur pouvoir pour redorer leur
image, se prononcer clairement sur les enjeux futurs, et
abandonner toute forme de dictature et de cruauté afin qu’il leur
soit si possible d’éviter les tribunaux ou le lynchage populaire ?
Par les évènements du 19, 20, 21 et 22 janvier 2015, et plus
récemment encore par ce qui vient de se passer à Tshikapa, par les
arrestations multiples de nos compatriotes pour leurs opinions
politiques, par les multiples enlèvements et assassinats, ce régime
confirme son refus de changement et son intention de continuer
avec la même méthode, celle de s’imposer par la force. Il faudrait
que tout le monde comprenne que ce régime et celui qui est à sa
tête alias « Joseph Kabila » sont venus au pouvoir et s’y
maintiennent par la force, ce n’est donc pas par les urnes qu’ils
quitteront le pouvoir. Il est un fait que plusieurs d’entre nous ne
voient pas, ou ne veulent pas voir, et s’en détournent pour apaiser
leur conscience. Si nous allons encore aux élections avec ce
régime terroriste, vu la colère montante du peuple, nous risquons
de réduire notre pays à une confrontation sanglante peuple/régime
156
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

qui risque de nous couter plus que ce que nous gagnerons par la
révolution-rupture qui n’est pas une rébellion ou une épopée
sanglante. Aller aux élections dans ces conditions, ce n’est pas la
voie de la paix, c’est bruler le pays ! Est-ce vraiment ce que nous
souhaitons à notre nation et à notre peuple au nom d’une
démocratie inexistante et d’illusion ?
Les élections, certainement oui ! Mais pas des élections dans
cette étape du désordre imposé à dessein. On ne peut pas bruler
toutes les étapes démocratiques nécessaires pour le plaisir d’avoir
des élections et de flouer le peuple ou le contenter pour une
période. Le Congo nécessite de se bâtir une nouvelle espérance sur
des bases solides et non sur des bases perméables, incertaines et
hâtives simplement parce qu’on n’a pas voulu par la bravoure
prendre à bras-le-corps sa destinée en mains. La révolution-
rupture prévoit des élections non pas immédiatement, mais à la fin
d’une transition appropriée, car il y a des préalables : Nation –
État – Droit – Justice – Sécurité. La révolution-rupture replace les
élections dans son contexte et dans le cours normal de la vie d’une
nation. La révolution-rupture est le seul moyen de nous sortir des
républiques mal amorcées à cause des transitions mal conçues,
mal conduites et inachevées et de ce système méchant qui nous
déshonore ! Nous savons tous, sans être péjoratif, que cette
constitution sur laquelle les uns et les autres se fondent pour
tromper le peuple n’a aucune valeur juridique, car charcutée à tort
et à travers et, par-dessus le marché, promulguée par un imposteur
soldat de l’armée patriotique du Rwanda. Une constitution est
supposée être le principe suprême du système juridique d’une
nation, mais celle du Congo n’assure plus la garantie des droits et
des libertés du peuple. Elle ne détermine pas la séparation des
pouvoirs pour répondre aux aspirations du peuple et réguler l’âme
de la nation. Et que seraient donc les élections organisées sous cet
157
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

auspice, ne seraient-elles pas une aggravation de la crise


congolaise ? Pour nous donner une chance de survie et de sortie à
cette crise, ne devrions-nous pas accepter de passer
obligatoirement par une remise en question totale pour rebâtir
notre nation sur une nouvelle base dans un nouvel élan ?
Comment donc réussir un changement radical si le peuple n’y
adhère pas ? C’est ici l’heure de choisir consciemment l’avenir
que nous voulons. La continuité sans changement pour perdre le
peu qui nous reste et continuer de nous laisser tromper avec un
budget d’université pour un pays immensément riche et aux
opportunités incommensurables ? Le changement complet de
direction et d’engagement pour une alternative en adhérant à la
révolution-rupture qui fera surement table rase du statuquo pour
une nouvelle politique, un nouveau leadeurship ? Quoique l’on en
dise, quoique l’on en pense, rien de bon ne sortira de ce régime
qui continue à démontrer par ses violations et crimes qu’il
n’apportera aucun changement au peuple congolais et qu’on ne
peut lui accorder le moindre bénéfice de doute. Il a démontré en
quinze ans sa nature terroriste, ses visées prédatrices et de
domination, ses penchants antipatriotiques, ses manœuvres
malhonnêtes et ses origines, dont il ne fait plus doute, étrangères
au service d’une mafia régionale et internationale. Que reste-t-il
donc au peuple devant cette soumission de sa classe politique à un
ordre barbare par peur, couardise, égoïsme et vénalité ? Se prendre
en charge ? Comment va-t-il donc se prendre en charge devant la
démission de son leadeurship qui se plait à être ridiculisé et tourné
en bourrique au nom de la non-violence, de la démocratie-illusion
ou au nom de « gouverner autrement » d’un nouveau
prestidigitateur présidentiable, ancien ministre des Finances de ce
régime en déchéance, qui court, sans honte, présenter son
programme de relance économique du Congo à ses patrons de la
158
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

Banque Mondiale et au Trésor Américain au lieu de le présenter


en primeur au peuple congolais ? Il a acquis de l’expérience à la
BM et au FMI qui allouaient au Cameroun, 4 % de son budget au
social, et 36 % au remboursement de la dette, au Kenya 11 % au
social, et 40 % au remboursement de dette, en Zambie 12 % au
social, et 40 % à la dette. Un autre Ouattara du Fonds Monétaire
International devenu président en Côte d’Ivoire sous des
conditions que tout le monde connait et qui est arrivé par magie à
obtenir de la France la suppression de 99,5 % de sa dette. Il
faudrait surement se faire avoir pour croire à ses inepties
d’aveugler le peuple africain et de les maintenir sous le
colonialisme du FCFA. Aucune politique du FMI et de la BM n’a
jamais sorti aucun pays de ses crises, eux qui privilégient le
remboursement en or. Les élections organisées sous un régime
d’imposture qui s’est spécialisé en terrorisme d’État, à la
corruption et à la mauvaise gouvernance non seulement
n’apporteront aucun changement, mais pire ne serviront qu’à plus
lier le peuple dans la servilité et l’ignorance et abrutir ses
dernières forces de sursaut.

Abordons donc le soulèvement populaire

Il semble être un autre schéma plausible à certains égards. Mais


laissez-moi vous poser cette question. Faudrait-il dès lors sacrifier
le peuple, parce que les méchants tyrans de ce monde voudraient
nous faire croire que la liberté se gagne au prix du sang ? Si la
liberté devait se gagner au prix du sang, ne se gagnerait-elle que
par des soulèvements populaires ? La liberté ne se décrète pas,
même après un soulèvement populaire. Elle se gagne par
l’exercice de ses droits et devoirs, par le travail, par l’élévation

159
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

d’un peuple à accéder à son autonomie et autodétermination. Les


exemples des soulèvements populaires sont multiples dans le
monde et ont démontré leur faiblesse partout en Afrique où ils ont
été appliqués comme lors de la série des conférences nationales.
Car il est facile de les manipuler et de s’en servir pour l’avantage
de ceux qui sont au pouvoir ou de ceux qui imposent et
soutiennent les dominations et dictatures dans le monde. Le
soulèvement populaire par sa nature ne peut pas être la réponse à
la crise congolaise. Le Congo souffre à cause d’un système à
éradiquer, d’une infiltration sournoise de ses institutions, et
surtout à cause de la négation de l’État de droit, le soulèvement
populaire ne résoudra donc jamais ces équations. Mais pour
arriver au vrai changement qu’espère le peuple congolais et qui le
pousse dans les rues pour revendiquer ses droits au prix de son
sang, seule une révolution-rupture est la réponse adéquate à toutes
les crises congolaises passées et actuelles. Car le propre de la
révolution par rapport à un soulèvement populaire, une révolte et
une insurrection est l’instauration planifiée de manière irréversible
d’un Nouvel Ordre, la suppression de manière soudaine de l’ordre
établi et du régime politique en place ainsi que son remplacement
par une autre forme de gouvernement. Même si la révolution-
rupture présente un aspect brutal, la violence n’est pas nécessaire
pour la caractériser. Ce qui importe est avant tout l’ampleur et la
rapidité des changements, ce qui implique une forte adhésion
populaire au changement pour son succès à long terme. Or, la
République Démocratique du Congo nécessite à cette étape de son
existence, un changement radical tous azimuts, un bouleversement
total et une révolution générale, sociale, politique, militaire,
économique, culturelle, morale, scientifique, technique pour une
entrée paisible en IVe République. Le Congo est à l’heure de
s’imposer comme une nation souveraine dans le monde,
160
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

d’affirmer son autodétermination, et d’instaurer les mécanismes


irréversibles de justice, de droit, et de démocratie à la dimension
de son identité et de son âme, de maitriser ses compétences et
habilités sociales et civiques : conditions sine qua non pour son
essor et pour répondre aux aspirations de son peuple. La
révolution-rupture n’envoie pas son peuple dans les rues se faire
massacrer, contrairement au soulèvement populaire, elle prend en
charge sa protection et libère le peuple d’une longue attente
longtemps opprimée et réprimée. Les recettes qui ont permis de
mettre dehors Blaise Compaoré au Burkina Fasso, ou d’affaiblir
Abdoulaye Wade au Sénégal ne peuvent pas être appliquées au
Congo, car notre pays est sous occupation. La révolution-rupture
que je préconise ne peut en aucun cas envoyer dans les rues ses
enfants sans au préalable s’être assurée de les protéger. N’oubliez
jamais que l’Art de la guerre ne consiste pas à massacrer des
peuples, mais il consiste à gagner une guerre sans bain de sang,
sans tirer un coup de feu. Et nous avons des génies militaires
formés dans cet art dans de grandes académies militaires. C’est ici
le défi qui se présente devant nous et que nous devons relever en
âme et conscience comme une nation. Ce n’est pas que la
révolution-rupture écarterait le peuple et voudrait libérer le peuple
à sa place, nullement ! Car la révolution-rupture n’ira pas louer
des mercenaires à la place du peuple congolais. Le peuple
congolais se prendra en charge non pas dans un soulèvement
populaire incontrôlé qui risque à la fois d’attiser le feu des
vengeances que personne ne pourrait plus contrôler une fois
déclenché ou d’être détourné au profit du même système qui ruine
notre pays. La révolution-rupture replace le soulèvement populaire
dans son rôle et lui donne ses habits de noblesse et d’héroïsme, en
lui retirant ses faiblesses d’être manipulé et de barbarie. La
révolution-rupture est avant tout un combat de dignité, de respect
161
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

et d’honneur. Plusieurs d’entre nous ignorent un fait majeur. La


communauté internationale ou les faiseurs des rois ont imposé
Paul Kagamé en Afrique centrale, et ils n’ont aucune intention de
le faire partir de sitôt, aussi longtemps que leurs intérêts ne sont
pas menacés. Tant que Kagamé sera au pouvoir, le Congo restera
à ses bottes. Kagamé a remplacé Mobutu dans la sous-région. Il
fait la pluie et le beau temps. Ceux qui veulent l’ignorer ne
maitrisent surement pas la politique internationale ni les enjeux
internationaux sur le Congo. La révolution-rupture est un combat
contre des puissances qui doivent se rendre compte que le peuple
congolais n’abdiquera jamais pour sa libération, son indépendance
totale. Quelle qu’elle soit petite ou insignifiante, la victoire
remportée par les pionniers de l’indépendance a auguré du
triomphe final de notre combat. Le Congo ne demeurera pas cette
prison à ciel ouvert ni cette fosse commune où tuer et enterrer à
l’insu de tous n’est que le plaisir de ceux qui se croient tout
permis. Je sais que nous avons vécu et enduré les pires des
abominations, mais je voudrais vous rappeler que la révolution-
rupture n’est pas une vengeance, ni l’expression de quelques
sauvageries, mais plutôt la rupture avec le terrorisme d’État, la
barbarie et la haine pour n’élever que la justice, rien que la justice!
Contrairement à la nature du soulèvement populaire d’être un
mouvement de masse imprévisible.
Nous savons combien cette situation est très pénible, mais
personne ne peut être aveugle face à la colère qui monte, à la
haine qui a germé dans certains cœurs parmi nous et qui
n’attendent que la vengeance pour s’éteindre. Qui voudrait vivre
la bestialité que peut générer le peuple congolais si cette folie qui
souffle actuellement partout dans le monde arrivait à vaincre le
peu d’humanité qui lui reste ? Qui pourrait contenir le peuple
congolais au jour de la vengeance ? Si Mandela a contenu la
162
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

colère de son peuple au jour de la vengeance, qui pourrait freiner


et arrêter le courroux du peuple en ce jour-là ? Voilà pourquoi en
lieu et place d’un soulèvement populaire, je prône la révolution-
rupture qui élève la fermeté de la justice, mais pas la haine et les
liberticides sanguinaires de nos bourreaux. Nous devons
apprendre à canaliser notre colère et à ne pas nous laisser emporter
par la tentation qui nous guette d’anéantir ces inconscients qui
nous ont massacrés et de nous venger aveuglément. Il est évident
que nous les saisirons avec nos mains, mais nous ne les
exterminerons pas, ils doivent être jugés pour consacrer l’État de
droit et élever la justice dans l’esprit du peuple congolais. Soyons
fermes dans notre démarche d’en finir avec cette médiocratie et
cruauté inégalée, mais ne perdons pas notre humanité comme cela
se passe partout dans le monde. Je ne serai jamais le leadeur de la
vengeance aveugle, je suis le leadeur de la révolution-rupture.
Voilà pourquoi après les échecs indiscutables de la Ire et de la
IIe République, et de la délirante descente aux enfers de la IIIe
République, le peuple congolais doit se ressaisir et comprendre la
nécessité d’une révolution-rupture. Il est certain que l’état actuel
de la nation ne permet pas à la majorité de notre peuple de
comprendre le bienfondé de cette rupture, compte tenu de la
cacophonie entretenue par la classe politique préoccupée par la
guerre de positionnement que par le souci de l’intérêt général. Il
est impératif que nous abordions froidement cette étape cruciale
de la vie de notre patrie. Car devant les choix nous proposés par
les différentes forces vives, aucun ne répond au changement voulu
et à espérer. Pour quelle finalité donc attiser un soulèvement
populaire sans avoir pensé à l’après-soulèvement populaire ? La
révolution-rupture se justifie et s’impose, car elle est réfléchie et
coordonnée.

163
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Sois mon allié, ne sois pas mon ennemi

La révolution-rupture que je prêche n’est pas la recherche d’un


électorat, car son but n’est pas de placer quelques individus dans
la gestion de la société, mais de créer une nation et un État de droit
au milieu de notre peuple où la puissance publique est soumise au
droit et non à la corruption. Elle ne se recherche pas une
popularité : ceux qui la recherchent sont là, dehors, dans les rues,
pour s’attirer les honneurs. Sa grande crainte est de voir les
égoïsmes vider les places publiques de ses badauds et
saltimbanques, et remplir l’appareil de l’État, au lieu d’affirmer
l’homogénéité de l’excellence dans la diversité d’une société
épanouissante. Elle ne vise pas par populisme à plaire, car elle ne
recherche pas la réconciliation émotionnelle humaine, mais elle se
détermine par la réconciliation de l’homme au droit et à la justice.
Au-devant de nous, la mondialisation se consolide de plus en
plus, l’hégémonie économique des multinationales remet en
question l’avenir de la souveraineté des États. Comment
concevons-nous donc notre pays dans cet environnement si déjà
les pays de réputation démocratiques ont du mal à concilier la
volonté populaire à la position des technocrates ? Voilà pourquoi
la République Démocratique du Congo doit être repensée et
nécessairement passer par une révolution-rupture pour sa
renaissance. Mais des questions se posent ; est-ce la population
congolaise prête à vivre dans un État de droit, capable de
s’assumer sous la contrainte de la loi et soumis au droit ? Est-ce la
population congolaise prête aux sacrifices pour un État autonome?
Il est certain que nous n’aurons en fin de compte que la
République dont nous sommes capables d’assumer les réformes et
les contraintes ! Si la dictature est contraignante, l’État de droit

164
NÉCESSITÉ D’UNE RÉVOLUTION

l’est aussi. Leurs pouvoirs s’imposent et se maintiennent par la


force, ils s’opposent seulement par le fait que le pouvoir de l’État
de droit est consensuel, partagé, contrôlé, et qu’il garantit les
libertés individuelles. Je crois en la IVe République forte et juste,
mais il faudrait que nous appelions de tous nos vœux et par nos
actes la révolution-rupture pour entrer dans notre possession.

165
166
CHAPITRE 8
Un nouvel ordre politique
« Au régime vieillot qui s’applique à perpétuer une
société agonisante, ils peuvent opposer la promesse
féconde d’un monde nouveau où la loi, sage et hardie,
fera du peuple son propre maitre. Ils ont de leur côté la
liberté et la justice. S’ils l’osent, ils auront l’espérance. »
FRANÇOIS MITTERRAND

Avant d’aborder l’avenir, pourrions-nous un instant considérer


l’état actuel de notre pays pour mieux répondre aux aspirations du
peuple ? Peut-on parler des pères de l’indépendance au Congo
lorsque nous savons tous que la République Démocratique du
Congo n’a jamais été un pays indépendant ni politiquement ni
économiquement ? Ne faudrait-il pas au contraire parler des
pionniers de l’indépendance, une action amorcée et qui doit être
achevée ? Il est certain que sans indépendance totale du Congo,
tout ce que le peuple congolais essaiera de faire pour
s’autodéterminer comme peuple sera ruiné par ceux qui ne veulent
pas voir le Congo debout, son génie briller au cœur de l’Afrique.
Voilà pourquoi nous sommes appelés à faire assoir une démocratie

167
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

et un État de droit au Congo. Mais quelle démocratie pour le


Congo ? Avons-nous besoin d’une démocratie des apparatchiks
politiciens champions de la politique politicienne ou d’une
démocratie des technocrates ou encore d’une démocratie
participative citoyenne ou plus simplement de recourir à nos
valeurs et au système adaptable à notre âme profonde ? S’il fallait
nécessairement définir le système le mieux adapté à notre identité,
il ne faudrait pas oublier qu’au-delà de bâtir une vraie nation, il
nous faut des acteurs dignes de confiance pour cette renaissance
de notre pays. Que devrions-nous donc faire de tous ces politiciens
qui n’ont jamais servi la cause nationale ? Ces politiciens qui ont
fait de la politique leur terrain d’enrichissement et qui ont perverti
le rôle de la politique dans la société pour en faire un instrument
de domination et de jouissance égoïste ? Que devrions-nous faire
de ces politiciens qui ont été acteurs depuis Joseph Kasa-Vubu,
Joseph Désiré Mobutu, Laurent Désiré Kabila et sous l’ignoble
occupation et imposture ? Si les idées ou les pensées naissent des
hommes, devrions-nous nous arrêter de débattre des hommes pour
ne débattre que des pensées ? Si dans un État de droit le fait de
juger un vol, un assassinat, ne se limite pas à en définir les
contours, mais à juger celui qui a commis l’acte répréhensible, le
voleur ou l’assassin, nous devons comprendre que les pensées ne
proviennent que des hommes et ne tombent pas du ciel comme la
pluie tombe sur la terre. Tout comme il est impossible aux
pensées, si excellentes soient-elles, de se mettre en action sans les
hommes. Le problème du Congo n’est pas celui des idées ou des
pensées, c’est celui des hommes. C’est celui des hommes qui
émettent ces pensées, des hommes qui portent ces pensées, des
hommes qui doivent réaliser ces pensées. Les pensées ou les idées
sont comme l’air, immatérielles, et incapables de mouvoir toutes
seules. Aucune pensée si géniale soit-elle n’a pu élever un seul
168
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

tour au monde. Les tours mêmes les plus fortes ne s’érigent pas
toutes seules. Tout tourne autour de l’homme. Il faut des hommes
pour concevoir une pensée, il faut des hommes pour mettre en
pratique une pensée et il faut des hommes pour ériger de hautes
tours. Le débat congolais est premièrement, et sans nul doute,
celui de l’homme congolais qui tue le Congo avec ses pensées
perverses, son inconscience et sa médiocrité, et celui aussi qui
peut corriger tous les abus, erreurs, perversions, déviations, fautes
et relever le défi de l’excellence. Un pont construit au Royaume-
Uni au XVIe siècle sert toujours pour les traversées des
populations, mais un pont bâti sur le boulevard Lumumba au
XXIe siècle s’est effondré sans que personne ne puisse en
comprendre la raison. Et personne ne s’en offusque, pourtant c’est
un signe fatal de déchéance d’une société.
Un État de droit et une démocratie ne sont possibles que si les
mécanismes institutionnels de séparation et d’équilibre de pouvoir
à tous ses niveaux sont bien implémentés, l’application
rigoureusement respectée et le contrôle permanent. Une question
reste cependant pendante : sommes-nous, en tant que peuple, prêts
et disposés pour plus de justice et de rigueur ou sommes-nous
encore et toujours enclin au laisser-aller et à pardonner tout au
nom des sentiments fraternels et cupides ? Sommes-nous prêts à
quitter la culture de corruption, à accepter la bonne gouvernance et
la fin de l’impunité ?

Au conflictuel, j’oppose le constructif

Depuis son indépendance, la République Démocratique du


Congo voudrait s’imposer comme un État à la recherche de la
démocratie à travers le principe du multipluralisme politique.
169
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Mais, pourrions-nous associer le peuple à cette démarche et croire


à l’existence d’une véritable assise populaire fondée sur les
idéologies des partis politiques au Congo ? Parler « assise
populaire », c’est premièrement maitriser ses critères et le
contexte dans lequel cette notion peut être exploitée et pour quel
but. J’aborde ici ce thème dans le contexte d’un système
démocratique où le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple
afin de comprendre si le pouvoir exercé au Congo à travers la
représentativité des partis politiques est réellement démocratique
et se fonde sur une assise populaire réelle ou fictive. Par
définition, un parti politique est une organisation de personnes qui
partagent une philosophie ou idéologie commune. Il s’agit donc
d’une association au service d’une idée. Mais quelle est la réalité
de partis politiques au Congo ? S’ils portent tous des étiquettes
idéologiques d’importation occidentale, en réalité, les partis
politiques congolais n’ont pas pour base une idée, une idéologie
ou une philosophie politique ni par le ralliement, l’adhésion et
l’engagement de leurs membres. Il serait aléatoire d’énumérer les
éléments qui pourraient certifier l’existence d’une idéologie
politique, ni même mettre en doute le respect des principes
démocratiques dans l’exercice des partis politiques au Congo, car
les acteurs, eux-mêmes, reconnaissent et confirment que les partis
politiques au Congo ne sont pas des groupes idéologiques
politiques. Partant de ce constat, une question se pose si nous
pouvions croire que « l’assise populaire » des partis politiques
congolais, s’il faut les considérer comme tels, a quitté, depuis
l’indépendance jusqu’à ce jour, la base tribaliste, clientéliste ou
régionaliste pour se fonder sur une idéologie ou une philosophie
politique spécifique. L’affirmer serait certainement confondre la
notion de parti politique pour croire à cette supputation
invraisemblable. En tout état de cause, il faudrait se rendre à
170
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

l’évidence que les partis politiques au Congo sont plus des


groupes de personnes qui partagent les mêmes intérêts et abusent
de la naïveté des autres que de personnes qui se rassemblent sur la
base de mêmes opinions et mêmes idées. Quelle conclusion donc
en tirer ? Si les principes et les fondements de la démocratie
tournent autour de la liberté des individus, la règle de la majorité,
la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire), la
consultation régulière du peuple, l’indépendance de la justice,
l’existence des partis politiques congolais doit être remise en
cause, car ils sont les exemples les plus déficitaires de la
démocratie. On se posera donc la question à savoir, comment la
démocratie pourrait-elle s’imposer comme système politique au
Congo en demeurant dans le carcan de ses partis politiques ? En
regardant au fonctionnement de partis politiques au Congo, il n’en
ressort que le foisonnement d’une pluralité des entités politiques
s’opposant à la démocratie où abondent les partis politiques
monarchiques dont les pouvoirs sont concentrés aux mains d’un
seul homme, les partis aristocratiques où le pouvoir est aux mains
d’une classe dominante, les partis oligarchiques où le pouvoir est
entre les mains d’un petit nombre de personnes ou de familles. Les
intérêts ou les discours du plus fort ou de ceux qui ont les moyens
financiers s’imposent à tous. Cela doit nous interpeler pour ne plus
croire que les choses changeront au Congo à ce rythme-là, sinon
nous demeurerons acculés à l’échec de pionniers de
l’indépendance qui n’ont pu faire une bonne lecture de la réalité
congolaise et sont tombés facilement dans le traquenard de
l’aliénation en important la démocratie occidentale dans nos
mœurs et coutumes, sans même l’acculturer à notre identité. Or la
démocratie ne s’importe pas et ne s’exporte pas. La démocratie ne
se fonde que sur des racines profondes d’un peuple. L’échec de
notre élite dans tous les domaines de la vie de la nation congolaise
171
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

provient de l’imitation et de l’application des notions gobées et


singées brutalement de l’étranger sans au préalable les avoir
adapté au contexte et à la réalité d’une autre perception et manière
d’appréhender la vie.
L’assise populaire au Congo sur le plan politique est tribale,
amicale et clientéliste. C’était même l’expression des premiers
partis politiques du Congo. Il est vrai que dans ce tableau de la
diversité politique basée principalement sur les tribus, Lumumba a
voulu se démarquer pour privilégier l’unité de la nation et
l’idéologie politique, mais sa lecture a été limitée par la peur du
tribalisme qui contient des relents xénophobes et divisionnistes.
Mais la réalité profonde est autre, car les Congolais savent vivre
dans leur diversité, même si les populistes en mal de pouvoir
savent attiser les démons de la division. Nous avons pris un
mauvais départ, nous sommes obligés de faire une rupture avec ce
passé politique qui nous a entrainés dans cette fausse démocratie
d’importation, car si nous nous entêtons à continuer sur cette
lancée, il nous faudrait plusieurs générations pour que les
Congolais s’adaptent à la démocratie d’importation occidentale
alors que nous pourrions faire mieux avec notre identité, notre
culture et notre âme propre.
Le système des partis politiques à l’Occidentale est une illusion
au Congo, car dans tous les essais réalisés, cela nous a entrainés à
la dérive dictatoriale, au marchandage politique, à la corruption
maladive, à la mangeoire nationale, à l’impunité et à la mauvaise
gouvernance. Notre culture politique n’a pas encore atteint l’idéal
politique d’une vraie démocratie fondée dans les idées et les
projets sociaux. Notre système politique est le foisonnement des
partis politiques alimentaires, de tendances tribalistes et
régionalistes. C’était l’arme du pouvoir colonial pour paralyser le
Congo en réveillant tous ses démons, décréter le fédéralisme et le
172
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

multipartisme à l’Occidental ! C’est ici qu’il faudrait faire une


analyse froide de notre histoire politique. À l’indépendance, la loi
fondamentale que nous ont léguée les Belges a donné naissance à
quatre cent partis politiques, des associations tribales dont la
vocation première était culturelle. On voit un exemple avec
l’Abako qui ne considérait que la défense des intérêts des
Bakongo et qui bien qu’étant un Parti indépendantiste, il était
profondément séparatiste. Et ce discours n’est pas encore éteint
dans le Bas-Congo, il a trouvé de nouveaux adeptes comme Ne
Muanda Nsemi avec le Bundu dia Kongo séparatiste. Le
MNC/Kalonji encore un autre parti politique séparatiste qui voulut
faire du Sud-Kasaï un empire, après avoir tout fait pour attiser le
feu de la haine tribale. Lorsqu’il était question de tenter
l’expérience de partis politiques à caractère national, le MNC de
Lumumba devint la cible commune de toutes les formations
tribales. Le Radeco de Cyrille Adoula, un échec, le Conaco de
Moïse Tschombé devint une base de soutien à un homme. Que
cela soit du courant multipartiste ou monopartiste, l’expérience
des partis politiques a démontré qu’ils contiennent tous les mêmes
tares qui tournent autour d’un point central le clientélisme et le
culte de la personnalité. Monopartisme avec le MPR, tout tournait
autour du chef, Mobutu, le guide éclairé. Multipartisme avec
l’UDPS tout tourne autour de Tshisekedi, l’icône à qui l’on voue
un culte de fanatisme propre à un gourou religieux, le MLC,
pareillement où tout existe par Jean-Pierre Bemba qui illumine sur
son Parti même à partir de la cellule d’une prison. Que cela soit au
Congo ou ailleurs dans le monde, les partis politiques finissent
toujours par se dissocier et s’éloigner du peuple et se transforment
facilement après élections à des oligarchies dictatoriales. Certains
les sont à leur création, s’ils arrivent à capitaliser un engouement
de la frustration populaire permanente. Voilà pourquoi nous
173
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

croyons que pour une transition politique complète et efficace au


Congo, il faudrait nécessairement limiter, le temps de la transition,
les pouvoirs de partis politiques en simples associations politiques
afin qu’ils se dotent d’une doctrine idéologique claire, éduquent,
forment et conscientisent leurs adhérents à la doctrine qu’ils
véhiculent, à la vie démocratique d’une nation, à l’exercice de
leurs droits et devoirs des citoyens. Et s’ils ne remplissent pas les
critères stables d’éducation de la masse, d’adhésion populaire et
de doctrine idéologique spécifique d’être un parti politique, ils
demeureront de simples associations politiques, cadre de réflexion
et de formation, et ne pourront participer au suffrage universel.
J’opte pour la démocratie constructive citoyenne et
participative sans partis politiques, dans un régime régulier où le
monopartisme ou le multipartisme n’ont pas voix au chapitre,
mais où les individus se rencontrent pour répondre aux défis qui se
tiennent devant eux et bâtissent ensemble, le temps de la
transition. Lorsqu’une ville a besoin des routes pour se connecter à
d’autres villes, personne n’a besoin d’être de gauche ou de droite,
lorsqu’il faut générer des ressources propres pour une ville, un
village, une cité, une région, c’est tout le monde qui est concerné
et non la droite, la gauche et le centre. Lorsqu’il faut bâtir des
écoles selon les besoins des quartiers, des villes et des régions, ce
n’est pas le socialisme libéral ou la démocratie libérale ou le
conservatisme occidental qui jugera du besoin de former ses
enfants. C’est le bon sens qui veille à la transmission des valeurs
d’une génération à une autre. Lorsqu’il fallait gérer la crise
militaire en Irak, Barack Obama n’a pas nommé un démocrate, il a
nommé un républicain à la défense, lorsqu’il avait besoin d’une
large coalition pour remporter les élections, Sarkozy a été déniché
Kouchner chez les socialistes. Dites-nous si la république était
morte, la démocratie jetée dans les poubelles. La différence que
174
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

j’apporte à notre communauté est le dialogue permanent avec la


base pour répondre aux besoins de l’épanouissement du peuple.
Je propose à la nation une révolution-rupture en apportant au
Congo, ce qui nous a toujours fait défaut le vrai changement afin
que nous puissions entrer dans notre héritage, j’apporte à la Nation
des innovations de rupture stabilisées et sécurisées. La révolution-
rupture est un ensemble des mécanismes d’innovation véritable de
rupture. Lorsque nous disons que le peuple doit se prendre en
charge, cela ne peut pas être un vain slogan. Lorsque nous disons
que c’est pour le peuple avant tout et rien que pour le peuple, cela
ne saurait être un discours creux et d’endormissement, mais une
interaction réelle avec le peuple, car c’est de son avenir qu’il
s’agit. C’est le peuple qui connait ses besoins et non pas des
technocrates spéculant sur les conditions et les réalités populaires.
Nous prônons la communication permanente, et un échange réel
entre les acteurs politiques et le peuple en permanence. Non pas
une communication du maitre aux élèves, non pas des discours
circonstanciels électoraux et de positionnement, mais un échange
entre adultes qui veulent véritablement transformer leur société
ensemble. Un dialogue permanent à la base qui seule identifie ses
besoins, ses défis, ses nécessités, son combat. Voilà où la
révolution-rupture prône la fin d’un système politique sorti de
l’aliénation occidentale pour s’appuyer sur une assise populaire
certaine issue de la représentativité des collectivités. La base
repose sur le fait que le Congo est formé d’une multitude de
minorités, et non de tribus plus grandes que les autres. Le Congo
n’est pas formé non plus de courants idéologiques ou de groupes
tribalistes et régionalistes. Le Congo ne deviendra une nation que
si elle est fondée sur l’âme de sa diversité culturelle et tribale.
J’oppose ici deux systèmes. Le système des partis politiques
d’importation occidentale qui contient dans son essence
175
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

l’opposition et le conflictuel permanent qu’aucun discours


stigmatisé « d’opposition constructive » ne pourrait le dévier de
son but, celui de prendre le pouvoir pour le pouvoir. Il faudrait
donc être naïf pour croire que les partis politiques évolueront sans
« guéguerres » et combines politiciennes. « Peau de banane »
entre eux, et pire, se servir de la caisse de l’État comme une
mangeoire nationale pour une caste élitiste contre l’intérêt du
peuple et de la nation. À ce système, j’oppose la représentativité
des collectivités pour rêver et bâtir ensemble, car construire le
Congo implique la contribution de tous et non la division et les
conflits idéologiques inutiles lorsque ce qui importe est d’offrir à
la citoyenne et au citoyen congolais l’opportunité de s’épanouir.

L’âme d’une Nation

C’est l’existence d’une âme commune qui engendre une nation.


Elle se fonde sur la possession commune d’un riche legs de
souvenirs (historiques et culturels), le consentement de vivre
ensemble et la volonté de continuer à faire valoir l’héritage
commun. Si plusieurs pays africains sont ingouvernables et
deviennent facilement des États nains où la jungle et la dictature
dominent, c’est essentiellement par manque d’âme commune qui
désoriente la possibilité de manifester un pouvoir représentatif
capable de les administrer. Ce qui cause une crise structurelle
profonde. Pour qu’un pays comme la République Démocratique
du Congo, créée à cause des ambitions économiques de la
conférence de Berlin, soit administré par un pouvoir représentatif,
il s’avère impératif qu’il retrouve premièrement son âme par la
recherche des informations absolues et authentiques. Ce n’est
qu’après avoir mis en place des stratégies appropriées, qu’une
176
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

organisation structurelle administrative, politique et juridique


saine pourrait la gouverner afin d’en assurer le développement
viable dans la pérennité. On pourrait écrire et adopter de multiples
constitutions, si l’âme de la nation ne s’y retrouve pas et ne s’y
exprime pas, il ne serait qu’une suite maladive, décadente de
constitutions irréalistes et incapables de répondre aux aspirations
d’un peuple, à sa volonté de vivre ensemble et de faire-valoir son
héritage commun. Aussi pour éviter, l’illégitimité successive de
l’autorité et du pouvoir, il est important de savoir concilier le
pacte national à l’héritage culturel afin de faire taire les
dissensions énormes entre les bagages culturels et les règles
constitutionnelles. Comment donc arriver à dépasser ou à
fusionner le discours culturel de la diversité de tribus congolaises
pour un pacte citoyen capable de ressortir cette âme commune et
de promouvoir l’unité nationale et le désir ardent de vivre
ensemble et de protéger ce qui est commun ? Est-ce le discours de
« Tata bo moko, Mama bo moko, ekolo bo moko » et de
l’authenticité suffisant pour cimenter l’âme d’une nation ? Que
faire alors pour taire les velléités tribalistes qui resurgissent à
chaque secousse et crise nationale ? Si nous arrivons par esprit de
dénégation et de sacrifices à achever la tâche ardente de mettre en
place une constitution en accord avec l’âme de la nation, comment
alors en assurerons-nous sa viabilité pour les générations futures
sans retomber dans les faiblesses africaines et de promouvoir
l’unité et la nation ?
« L’inconvénient avec le mot union, c’est que quand vous le
mettez au pluriel, cela fait des unions », dit Vincent ROCA.
Or, la multiplicité des unions nous ramène encore à la division,
et c’est exactement ce qui se produit dans la communauté
congolaise. Nous ne pouvons pas diviser notre peuple. Nous ne
pouvons pas nous laisser entrainer à la stratégie de ceux qui
177
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

veulent nous dominer. Nous ne pouvons pas avoir deux patries,


celle des politiques « pouvoir et opposition », et celle du peuple et
de la résistance. Lorsque les politiques essaient de nous diviser en
deux patries, celles des dominés et des dominateurs, nous devons
ensemble leur montrer que le peuple se rencontre là où ils veulent
le diviser. Nous l’avons démontré à la face du monde, le Congo
est indivisible et restera uni, par la foi de vivre ensemble et le
désir de partager une communauté de dessein fondée sur des
valeurs fortes de notre patrimoine culturel et spirituel. Celui qui a
dit : « diviser pour mieux régner », a dit aussi, « car, quelque
puissance qu’un prince ait par ses armées, il a toujours besoin,
pour entrer dans un pays, d’être aidé par la faveur des habitants. »
Machiavel. Cela revient à dire que sans l’adhésion du peuple,
aucun règne n’est possible, si barbare ou cynique soit-il ! Dans un
monde où les relations entre les hommes, les nations et les États
ne sont plus basées que sur les épreuves de force et de puissance et
non sur le respect des différences et du droit de
l’autodétermination de chaque peuple, il est important de se
définir clairement face à une humanité perverse et perdue qui ne
croit plus qu’à la conquête et à la domination des uns sur les
autres. C’est pourquoi tout pays qui voudrait survivre dans ce
siècle de plus en plus barbare doit se déterminer justement et créer
les conditions d’épanouissement de son peuple afin « d’être, de
vivre, d’agir, de bâtir et de rêver ensemble » en assurant
l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole
au peuple. Le développement et la stabilité économique de la
République Démocratique du Congo dépendent de la protection
du Congolais qui ne peut être assuré que par quatre socles
indispensables ; Nation – État – Droit – Sécurité.

178
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

Nation

Les jours, les mois, les années qui précédèrent et suivirent


l’indépendance ne permirent point de bâtir une nation de l’âme de
ces peuples qui semblent encore se chercher une conscience
d’unité identitaire, historique, culturelle, linguistique, religieuse et
un système de valeurs qui doit se reposer sur un contrat social, une
constitution implicite entre ses membres. Pourrions-nous admettre
que les citoyens congolais sont convaincus de relever d’une même
appartenance nationale ? Une grande crise idéologique et politique
couvre le pays. La guerre entre les fédéralistes et les unitaristes
qui se traduit souvent en tribalisme et régionalisme expose
clairement la brèche qui existe au sein de la communauté
congolaise. Lorsque l’État du Congo-belge permit aux
autochtones congolais de créer des partis politiques, ce fut le
foisonnement des associations tribales revendiquant à tour de rôle
leur autonomie propre, une seule exception le MNC de Patrice
Émery Lumumba, Joseph Iléo, etc. qui s’est créé sur une base
idéologique et prônait la création d’un territoire national unique. À
l’assassinat de Lumumba, le socle de la nation congolaise
naissante, les partis politiques proliférèrent sans idéologie et
vision politique. À l’époque de Mobutu, cent partis politiques
étaient recensés sur le territoire national, rien que des associations
tribales et régionales. Si la constitution de Luluabourg du 1er aout
1964 définissait un État fédéral au régime parlementaire, le
multipartisme et un Parlement à deux chambres, la constitution du
24 juin 1967 rédigée par les mêmes : Marcel Lihau, Étienne
Tshisekedi, définissait à l’opposé de la constitution de
Luluabourg, un État unitaire au régime présidentiel, prévoyant au
maximum deux partis politiques et un parlement monocaméral,

179
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

pour éviter le foisonnement des groupements politiques fondés


exclusivement sur des sentiments tribalistes et régionalistes
comme il est mentionné dans le mémoire explicatif du projet de la
constitution. Dans les faits, il fut impossible de mettre en place
deux partis politiques à cause des dissensions tribales et
idéologiques graves. Le même problème ressurgit aujourd’hui
lorsque le régime en place institue la notion de porte parole de
l’opposition. C’est le cafouillage total ! À l’époque de Mobutu,
l’option fut celle d’un parti national au modèle chinois et russe.
Mais contrairement à l’idée du mouvement national congolais
conçue par Patrice Émery Lumumba pour conduire le pays vers la
cohésion nationale, et à la naissance d’une âme nationale devant
être la parade aux divisions tribales et régionales attisées par les
impérialistes, les politiques congolais de l’époque ont choisi de
faire tourner tous les pouvoirs et les richesses autour d’un chef
d’État censé assurer la sécurité et le bien-être à tous. Il devint
évident que tous ceux qui voulaient réussir, s’affirmer dans la vie
ou se faire un nom dans la société s’agglutinaient et s’affairaient
autour du chef qu’ils finirent par vénérer. Le pays entier sombra
facilement sous le dictat d’un individu qui n’avait pas toutes les
compétences de conduire un pays comme le Congo. Mobutu et
ceux qui l’avaient aidé à faire assoir son pouvoir avaient oublié
que l’âme d’une nation ne pouvait pas se reposer sur une seule
personne, si brillante et géniale soit-elle ! La corruption et la
mauvaise gouvernance s’installèrent donc en mode de
gouvernement. Tout le monde en parlait ! Mais comment pouvait-
on lutter contre ces fléaux lorsque les acteurs étaient juges et
parties ? Ils ont tous accédé au pouvoir sans avoir diagnostiqué
l’état du pays, son fonctionnement et ses rouages. C’est une
gangrène qui s’est érigée en système de gestion d’État et qui se
perpétue jusqu’à ce jour. À tel enseigne que l’inexistence de
180
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

l’autorité de l’État a fait que tout se monnaie au Congo. La


corruption est devenue une culture, ne pas la pratiquer devient un
acte contre nature. En 1990, Tshisekedi passe du discours de
multipartisme à deux partis politiques au multipartisme intégral
oubliant son joker, l’article 4 de la constitution du 24 juin 1967
comme si le problème politique congolais ne se limitait qu’au type
de régime à mettre en place.
Qu’importe cette nouvelle option, l’État congolais revint aux
erreurs de l’après-indépendance, les partis politiques naissent et
disparaissent chaque jour. Même si les sentiments tribalistes et
régionalistes persistent, ils ne sont plus les motifs prépondérants
de création des partis politiques. Désormais, c’est le
positionnement politique et l’appât du gain facile qui prédominent.
Quoi de plus normal lorsqu’au fil du temps les Congolais,
confrontés à d’autres réalités, choisissent tous la voie de la facilité.
Les « antivaleurs » n’étant plus considérées comme la négation de
la morale dans une société qui a perdu tous ses repères ; les
valeurs de l’effort et du génie individuel ne priment plus dans la
société congolaise, c’est la politique qui enrichit. Ce ne sont pas
les salaires et les richesses accumulées et amassées qui assurent
les fortunes et la sécurité civile, c’est la vénalité politique qui
génère des richesses spontanées et garantit la protection. Que
peut-on dès lors attendre de cet environnement politique si
malsain ? C’est ainsi que l’inattendu arriva, le Congo fut envahi
par le Rwanda, un petit soldat de l’Armée patriotique du Rwanda,
sans aucune formation, sans connaissance de la politique, est
imposé au Congo. Les Kinois résument la situation en ces mots : «
chance eloko pamba », la vie n’est rien d’autre que de l’aubaine,
c’est à la roue de la Fortune que le sort de toute une nation se
décide. Le pouvoir et l’autorité de l’État sont devenus des vains
mots à cause de l’aigreur et de la médiocratie de la classe politique
181
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

congolaise ignorant complètement l’intérêt suprême de la patrie.


Tout est au bout du fusil et du terrorisme d’État.
Il faudrait éclaircir ici les choses une fois pour toutes pour ne
point se faire adosser l’étiquette d’un extrémiste. Nous ne sommes
pas dans cette lutte pour faire l’apologie de quelques idéologies
fondamentalistes ni du nationalisme péjoratif, négatif, destructeur,
agressif, remettant en cause l’unité de l’État, s’alliant à la négation
de l’humanité ; la xénophobie, le fascisme et l’extrémisme. Ce qui
nous anime, si cela peut être exprimé comme un sentiment
patriotique et national, cela doit être jugé à la fois comme un
sentiment respectable et nécessaire au regard des notions de
souveraineté et d’autodétermination de tout peuple. Il est ici
question de dissocier le patriotisme au nationalisme qui s’isole des
autres nations, s’oppose à l’existence d’autres pays ou à
l’émergence d’une fédération des pays ou du panafricanisme
prôné par les pionniers des indépendances africaines. Il est beau
de tenir le discours du patriotisme, mais il serait vain de se
proclamer patriote si la patrie dont on voudrait défendre les
valeurs et l’identité n’est que la poursuite d’un rêve qui ne verrait
pas une nation naitre ni son âme s’exprimer clairement. Nous
savons que l’existence de la République Démocratique du Congo
n’est qu’un rêve colonialiste d’exploitation commerciale et non
une nation. C’est pourquoi avant toute démarche de bâtir notre
pays, cet espace géographique, il nous faudrait premièrement
ressortir son âme et en faire une nation. Le Congo n’est pas un
ensemble idéologique, ni un conglomérat de partis politiques à
l’Occidentale, ni même un mythe de civilisation du modèle judéo-
chrétien occidental sur lequel on se fonderait pour en faire une
nation. Le Congo est un ensemble de tribus et de royaumes
disséqués, coupés de leur identité et de leur culture profonde, et
qui ont vécu ensemble toutes sortes de crises de l’esclavage, de la
182
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

colonisation et du néocolonialisme. Dans sa diversité culturelle, le


Congo s’est construit une âme qui se voile et qui doit être le socle
de son existence comme nation. Voilà pourquoi la révolution-
rupture intervient pour remettre la destinée de ce pays à sa genèse;
la restauration de sa fondation afin de libérer sa capacité de
vouloir rêver, vivre et bâtir ensemble. Mais le Congo ne peut
devenir une nation que s’il est construit selon son âme et non
selon les modèles qui peuvent être bons selon certaines réalités et
mauvais à la confrontation des réalités congolaises. L’existence
d’une nation requiert nécessairement l’adhésion et la
reconnaissance d’appartenir à un peuple ; l’exercice de la liberté
d’un peuple d’appartenir à une nation. C’est ici qu’intervient la
notion d’assise populaire pour bâtir une démocratie inclusive. Il
est indéniable que pour parler démocratie dans un pays où le
peuple n’en intériorise pas les notions, les principes et les
mécanismes, il faudrait commencer par se trouver une assise
populaire assez forte afin de pouvoir construire ensemble et créer
la cohésion nécessaire de bonne cohabitation. C’est dans l’âme de
ce peuple qu’il faut se plonger et puiser une unité populaire pour
en faire le ciment de la nation. Car sans assise populaire, il serait
impossible de parler unité populaire, de penser nation.
Il faudrait établir un véritable consensus national sur la
citoyenneté commune sans discrimination et respecter
l’application des points suivants ;

 rendre inclusives la politique nationale et l’État de


citoyenneté de tous ceux qui vivent sur le territoire
national ;
 éduquer la population à reconnaitre et respecter les
différences culturelles de toutes les tribus ;
183
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

 protéger sensiblement les tribus et les groupes sociaux


vulnérables ;
 définir et faire respecter par voie de consensus les
frontières de l’État, renforcer les dispositions
constitutionnelles afférentes et renforcer ce consensus
par des textes au travers des entités régionales,
africaines et internationales ;
 mettre en évidence les dispositions constitutionnelles et
politiques qui doivent permettre les majeures divisions
de la société à être modérées ou réconciliées ;
 rendre impartiales et inclusives toutes les procédures
possibles de modification de la constitution ;
 clarifier le respect du gouvernement de ses obligations
internationales dans le traitement des réfugiés et des
demandeurs d’asile, et rendre sa politique d’immigration
libre de toute discrimination arbitraire.

État

Abraham Lincoln définit la démocratie comme « le


gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », et Jean-
Jacques Rousseau renchérit que la démocratie ne peut être que
directe, car : « la souveraineté ne peut être représentée, par la
même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste
essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne
se représente point. »
La tempête soufflera pour anéantir les complots des uns et des
autres de subtiliser le droit du peuple congolais et d’hypothéquer
son bien-être et sa destinée. Il est temps que chacun de nous se

184
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

réveille, car la IVe République consacrera l’État de droit et la


démocratie envers et contre tous ; donc opposable à tous. Si la
signification concrète de la souveraineté populaire et son
application pratique doivent refléter l’âme profonde d’une nation,
pendant que debout, nous luttons pour délivrer notre pays de
toutes les pesanteurs, des forces nuisibles, des puissances
hégémoniques, et de l’occupation barbare, nos esprits doivent
visualiser la démocratie qui nous gouvernera dans cette Nation qui
somnole en chacun de nous, que nous souhaitons tous, et que nous
appelons de tous nos vœux. Informons le peuple pour qu’il
choisisse le type de démocratie qui répondra le mieux à ses
aspirations profondes ; démocratie libérale, démocratie populaire,
démocratie directe, démocratie populaire et participative, dictature
démocratique populaire ou la démocratie qui sommeille dans la
mémoire collective, dans la conscience nationale congolaise qu’il
faudrait nécessairement révéler.
En définissant la nation congolaise, nous devons en même
temps définir quel type de Congo économique sur lequel assoir
son avenir. Est-ce l’éternel pays dépendant de l’exportation de ses
matières premières brutes, cette limitation et circonscription
colonialiste d’un état d’exploitation tel que tracé à la conférence
de Berlin, ou sur quel autre type d’économie voudrions-nous faire
assoir l’espérance et l’épanouissement de notre peuple ? Il n’est
pas ici question d’abandonner l’avenir de la nation aux vagues
d’essai et de tentatives politiciennes, il ne s’agit pas ici non plus
de majorité et d’opposition, il est ici question d’un peuple qui
réfléchit ensemble pour son avenir et pour l’avenir des générations
qui le succèderont. Tout État se solidifie et se repose sur son
économie. Comme l’économie congolaise est dépendante en
grande partie de l’agriculture, le Congo ne pourrait se développer
qu’autour de ses trois grandes ressources et potentialités :
185
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

l’homme, la terre et l’eau. C’est ici que le Congo doit focaliser


toutes ses énergies sur son agriculture et en faire une puissance
industrielle. Le Congo par ses immenses terres et climats est
capable de nourrir sa population entière, la sous-région de
l’Afrique centrale et d’atteindre l’Afrique entière et le monde
entier. Le Congo est capable de faire de ce seul secteur la plus
grande source de création d’emplois, et d’atteindre tous les
métiers et domaines du travail par le génie de son peuple. Il nous
faut mobiliser toutes les ressources pour le développement de
notre pays. Il faudrait donc mettre en place une politique fiscale à
la dimension de notre pays afin de nous permettre de disposer de
revenus nécessaires au financement de notre autonomie agricole et
de production. Une politique en direction des petites exploitations,
de petits producteurs avec des moyens nationaux autonomes.
L’agriculture, l’industrie et les finances du Congo doivent
s’enchevêtrer adéquatement pour répondre et s’adapter au
comportement de l’homme congolais face à son développement et
à son épanouissement. C’est ici que l’économiste qui a appris les
théories occidentales de l’économie doit non pas les imposer
comme modèles au Congolais, mais les intégrer à la culture
congolaise. Si les pays africains échouent, ce n’est pas parce qu’ils
manquent de bons économistes ou parce que le capital est détenu
par l’Occident, c’est simplement parce qu’ils ne pensent pas
Africain avec toutes les théories apprises à l’école occidentale
inadaptable de manière brute à la société africaine. Maximiser et
faire prospérer les foyers et les individus tels doit être le but de
l’économie congolaise. Les investissements étrangers, les « aides
et les dons » de la communauté internationale ne doivent pas nous
réduire à l’assistanat. Non ! Si nous ne pouvons pas mettre un
terme à la corruption, à la mauvaise gouvernance, à l’impunité, les
investissements étrangers doivent être bannis. Les « aides et les
186
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

dons » internationaux doivent être bannis et réduits seulement aux


cas de catastrophes et de calamités naturelles incontrôlables. Nous
savons tous que la corruption est un mal qui existe depuis la nuit
des temps et qui ne disparaitra pas « du jour au lendemain », mais
il faudrait la réduire en sa simple expression. Les investissements
étrangers et la mainmise de la BM et du FMI doivent être régulés,
transparents et destinés à des domaines précis de notre vie
nationale, car ils sont un des facteurs des maux que j’ai énumérés
et qui nuisent à l’essor de notre économie et à l’épanouissement
des conditions sociales de notre peuple. À la lecture du livre de
Michel Rocard « Suicide de l’Occident, suicide de l’humanité ? »,
il y a une similitude dans la conclusion. Personne ne niera que
nous avons surement besoin des fonds, d’une économie saine, et
d’une finance maitrisée. Personne non plus n’est contre
l’exploitation de nos matières premières, personne ne hait le
domaine de la finance, ce qui doit être rejeté est le côté malsain de
toute exploitation et de la finance. Michel Rocard, l’ancien
Premier ministre de la France constate que : « les pays
développés, les banques et les marchés financent de moins en
moins l’investissement et l’économie réelle en général ».
C’est exactement ce que font le Fonds Monétaire International
et la Banque Mondiale avec notre économie, ils spéculent au nom
de la croissance et de l’économie maitrisée. Et pourtant ! Michel
Rocard précise encore que : « La Banque des règlements
internationaux (BRI) estime que le montant total des liquidités
circulant dans le monde atteint près de 700 trillions de dollars en
juin 2011. Ces liquidités représentent près de trois fois le produit
brut mondial ». Il note en outre que : « La part de ces liquidités
dont le volume et les emplois sont liés à l’économie réelle est très
faible. La somme de celles fondées sur des matières premières ou

187
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

même des actifs boursiers est négligeable […] près des trois quarts
sont des paris mutuels entre opérateurs ».
Et tout cela se répercute sur nos économies, des pays non
équipés. Si la concentration des richesses dans le monde se
retrouve aux mains d’une minorité toujours plus petite, 1 % de la
population mondiale est la plus riche, que dirons-nous des
richesses congolaises ?
L’ancien Premier ministre socialiste français alerte en outre sur
la hausse des inégalités : « les inégalités à l’intérieur des sociétés
n’ont jamais été aussi fortes en plus d’un siècle ». Quelle est donc
l’ampleur des inégalités dans la société congolaise ? Il conseille
un changement économique, une diminution de l’incitation au
profit personnel. Mais chez nous, ce changement économique
passe premièrement par un changement du comportement de la
classe politique et de l’élite congolaise afin que l’incitation soit
dans le sens de promouvoir le respect du bien commun contre la
promotion de l’égoïsme malsain. Car au Congo même le profit
personnel n’est que l’expression de la dilapidation des richesses
nationales. Tous les gouvernements qui se succèdent au Congo se
caractérisent par une même maladie, après le pouvoir, ils font les
rues comme le commun de mortels. Le profit personnel n’aurait
servi à rien, ni même à ceux qui l’ont pratiqué le temps d’une
illusion dissipée. On pille la caisse de l’État pour paraitre et non
pas pour investir ou se bâtir des fortunes.

État unitaire ou fédéral, centralisé ou décentralisé

De tous ces termes pour exprimer l’exercice du pouvoir, mais


qui peuvent cacher d’autres réalités, j’opte pour un État unitaire

188
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

décentralisé afin de donner toutes les chances à la nation


congolaise de s’affirmer et de décoller.
Pendant très longtemps, la nation entière a rêvé de la
décentralisation comme si elle était une clé magique, mais elle n’a
été qu’un effet d’annonce, des réformes promises et jamais
accomplies. Les enjeux majeurs de toute décentralisation ont été
ignorés jusqu’à se donner aux découpages et compétences
territoriales sur papier, mais irréalisables dans la réalité.
Qu’importe le régime politique en place, monopartisme,
pluralisme politique, absence des partis politiques, un régime
politique ne peut pas être la cause de l’échec de la décentralisation
de la gestion d’un pays. C’est la volonté politique seule qui peut
nuire ou promouvoir la décentralisation dans un État.
L’augmentation du nombre de provinces ne permettra pas une
meilleure clarification des compétences et n’insufflera pas la
volonté politique de transfert de pouvoirs ou d’attributions de
l’État à des collectivités. La vraie autonomie nécessaire au
développement et à l’essor de la République Démocratique du
Congo passe obligatoirement par la diminution du nombre des
grandes entités territoriales, la bonne gestion des collectivités, la
définition stricte et la mise en pratique des compétences locales. Il
est clair qu’aucune décentralisation territoriale non accompagnée
de la décentralisation technique ou fonctionnelle ne saurait être
menée à bien. L’autonomie des collectivités doit être à la fois
matérielle, organique et fonctionnelle et surtout allégée pour plus
de souplesse dans la gestion et dans l’efficacité. Le nombre réduit
des entités territoriales annihilerait la jungle décisionnelle, mettrait
fin à l’empilement et à l’enchevêtrement des compétences,
permettrait la transparence, transfèrerait plus de pouvoirs aux
acteurs locaux de développement et supprimerait une
administration lourde, encombrante et improductive. La
189
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

décentralisation ne sera effective qu’au respect des attributions et


compétences de chaque entité de l’État. C’est pourquoi la
séparation de la prise des décisions effectives et les plus
appropriées doit être respectée et bien échelonnée.

 Responsabiliser les pouvoirs municipaux dans


l’exécution des décisions gouvernementales et définir
clairement les compétences et les ressources nécessaires
pour mener à bien leurs responsabilités ;
 Renforcer la liberté d’action, les critères de
responsabilité et de réactivité du fonctionnement des
agents municipaux et provinciaux ;
 Étendre et stabiliser la coopération du gouvernement au
niveau local avec les partenaires, les associations et les
communautés concernées dans la formation et la mise
en œuvre de la politique gouvernementale et la
prestation de service ;
 Et laisser les décisions les plus appropriées en faveur
des personnes touchées au niveau du gouvernement.

Peut-on parler de décentralisation sans parler de principes


moteurs de sa mise en application ? Toute politique de gestion
nécessite une identification claire des ressources financières pour
être exécutée et réalisée. Or parler de la décentralisation des
collectivités, c’est directement mettre en relief les ressources
financières et l’autonomie financière de celles-ci. Il est pertinent
que l’impôt soit un attribut essentiel du pouvoir, un enjeu
primordial pour son indépendance. Il faudrait donc agencer ou
rendre compatible la notion de l’autonomie financière locale au
principe de légalité fiscale et en déterminer l’adéquation avec la
190
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

libre administration des collectivités territoriales. Et tout cela n’est


réalisable que par une décision politique assumée au plus haut
niveau de l’État, l’engagement nécessaire de sa responsabilité
devant le peuple et devant l’histoire pour entrainer un pacte de
responsabilité et d’engagement collectif citoyen, sine qua non
pour le nouvel élan d’autodétermination et d’autonomie.

Droit et sécurité

L’État de droit et la sécurité du peuple congolais ne seront


assurés qu’avec l’adhésion populaire, le désir ardent de changer
les choses et la discipline de les accomplir. Cela suppose la
création d’une armée professionnelle conséquente et le service
militaire obligatoire de toute la population. La dignité de l’être
humain, homme et femme, la dignité de celui qui est bien portant
et de celui qui vit avec un handicap est d’être, sans distinction,
utile à sa nation, là où il peut servir et donner le meilleur de lui-
même. Mais seule la justice faite et rendue indistinctement et en
toute liberté peut garantir la motivation populaire et le respect du
bien commun. Ce sont les réformes d’une transition réussie vers la
IVe République qui en détermineront l’élan et l’efficacité.

Nous voulons faire une transition avec le peuple

Afin que la IVe République ne soit pas la répétition des


républiques successives qui nous ont entrainé dans l’illusion du
succès et dans la rêverie d’être un pays riche, une transition
politique sereine, responsable, achevée et réussie revêt une
importance capitale. Voilà pourquoi j’introduis la transition vers la
IVe République par de grands mouvements qui doivent conduire
191
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

le peuple à se lier avec lui-même. Karl Marx disait dans La Misère


de la philosophie : « M. Proudhon, à cela près que M. Bray, loin
de vouloir posséder le dernier mot de l’humanité, propose
seulement les mesures qu’il croit bonnes pour une époque de
transition. »
Le gouvernement de transition issu de la révolution-rupture
sera dirigé par un chef de l’État, Président de la transition-
République assisté par un Vice-président. Tous les membres de ce
gouvernement de transition et d’union nationale ne participeront
pas aux échéances politiques après les cinq ans de transition.
Aussitôt formé, le gouvernement de transition adopte en Conseil
des ministres un programme de gouvernement détaillé qu’il
présente à la nation par voie de presse et médias:

 publication d’un programme minuté et détaillé de 100


premiers jours et des grandes lignes annuelles du
programme général après prestation de serment auprès
de la Cour suprême de justice ;
 sécurisation du pays ;
 mise en place des mécanismes irréversibles et adéquats
pour assoir un État de droit et entrainer la nation entière
vers la démocratie constructive citoyenne, participative
et républicaine répondant aux aspirations du peuple et
rencontrant les valeurs de sa culture, de son identité et
de son âme fondées sur le principe de « l’unité par le
sort » et des valeurs éthiques et d’humanité ;
 relance de l’économie du pays, création des pôles
économiques régionaux et des opportunités des chances
égales pour le peuple dans un « État congolais au service
des citoyens congolais » ;
192
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

 prise en compte en tout domaine, du changement de


mentalité et d’attitude préalable à toute implémentation
des projets et des stratégies requises pour le changement
de gestion et des transferts de compétences.

Les réformes indispensables

Créer les conditions d’épanouissement du peuple afin « d’être,


de vivre, d’agir, de bâtir, et de rêver ensemble » en assurant
l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole
au peuple congolais par :

 le rétablissement de la souveraineté du peuple;


 la pleine liberté de pensée, de conscience et
d’expression;
 la liberté de la presse, son honneur et son indépendance
à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des
influences étrangères ;
 la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
 l’inviolabilité du domicile et le secret de la
correspondance ;
 le respect de la personne humaine ;
 l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi.

Ces réformes indispensables doivent être des réformes


structurelles en profondeur dans la vie de toute la nation.

Sur le plan politique:


193
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

1. Convention nationale

La tenue d’une Convention nationale dont les résolutions et les


acquis seront soumis au référendum populaire. Sa raison d’être
sera une rencontre populaire qui recueillera son assise populaire
par la participation de :

 chefs coutumiers ;
 deux représentants de chaque ville, district et territoire
proposés et désignés par la base pour intégrité,
compétence et expérience professionnelle. Ils doivent
maitriser les us et coutumes de la collectivité de
provenance ;
 représentants des grandes églises ;
 représentants de la société civile par domaine;
 35 Congolais non originaires au nombre de 5 par
province.

Son but sera de mettre ensemble les Congolais de différents


horizons afin de discuter et analyser la situation du pays, de
proposer des solutions inédites aux maux qui rongent le pays.
Lamennais nous avertit que : « Les époques de transition furent
toujours des époques d’orages : mais l’orage n’a qu’un temps. »
Nous ne voulons certainement pas courir au plus pressé et au plus
facile, voilà pourquoi pendant la période de transition vers la IVe
République que nous souhaitons tous, apaisée et réussie, les partis
politiques seront tous réduits au statut des associations politiques
non pas dans le dessein de les écarter, mais de les aider à se
réorganiser afin de consolider la démocratie naissante et permettre

194
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

à l’État congolais d’assurer justement la liberté d’association, de


réunion et de manifestation en leur offrant l’opportunité de :

 se responsabiliser et affirmer leur rôle éducationnel à


former la population et leurs adhérents à la culture
politique de l’État de droit et de la démocratie ;
 réajuster leur rôle des associations politiques à se
transformer en partis politiques murs capables de la
conquête du pouvoir sur base des critères d’éligibilité
d’excellence :
1. Détenir l’exclusivité idéologique, c’est-à-dire qu’il
ne peut pas exister simultanément au Congo deux
partis politiques ayant la même idéologie politique
(deux partis politiques étant de la même obédience
ou courant politique seront invités à fusionner ou à
disparaitre);
2. Atteindre un minimum de 10 % de l’électorat
comme membres adhérents dans chaque province;
3. Totaliser un budget minimal de 3 000 000 $ traçable
et généré par la cotisation et les dons des membres
ne pouvant excéder le montant de 500 $ par
personne versé sur un compte bancaire de
l’association politique;
4. Posséder au minimum une école de formation
politique agréée par province sur l’ensemble du
territoire national, ayant exercé au moins pendant
une année.

2. Commission Réconciliation et Vérité

195
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Il nous sera impossible de démarrer avec un nouvel élan si nous


ne nous réconcilions pas après cette époque ténébreuse de notre
pays. Mais cette réconciliation ne se fera que si elle provient de
nos cœurs avec l’idéal de vivre, rêver et bâtir ensemble. La vérité
sera certainement dure à entendre, mais elle servira à panser
beaucoup de plaies, à réconcilier et à guérir les cœurs et les
consciences flétries. La justice couronnera de succès cette vaste
entreprise de rebâtir une Nation violée dans son âme et disloquée.

Sur le plan économique:

1. Recensement national

Procéder à la collecte des données statistiques nationales pour


constituer des données nationales aussi complètes que possibles
sur le plan démographique, de l’éducation, de la santé, du travail
et de l’emploi, des bâtiments, des logements, des conditions
d’habitation et de la mobilité et du transport et des infrastructures
publiques et privées. Réaliser la carte complète de richesses
touristiques, forestières, minières, minérales, et animales.

2. Restructuration de l’économie

Une restructuration profonde de l’économie congolaise est


nécessaire. Cela doit être fait par une série des réformes visant à
assainir les recettes et les dépenses de l’État :

 l’instauration d’une véritable démocratie économique et


sociale, impliquant l’anéantissement des grandes mafias

196
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

économiques et financières de la direction de


l’économie;
 l’organisation rationnelle de l’économie assurant la
subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général
et affranchis de la dictature professionnelle ;
 l’intensification de la production nationale selon les
lignes d’un plan arrêté par l’État après consultation des
représentants de toute la chaine de la production ;
 le retour à la nation citoyenne et non à la nation-État des
grands moyens de production monopolisés, fruits du
travail commun, des sources d’énergie, des richesses du
sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes
banques;
 la libéralisation maitrisée du secteur minier avec la
participation effective et encadrée à l’actionnariat des
citoyens congolais ;
 le développement et le soutien des coopératives de
production, d’achats et de ventes, agricoles et
artisanales;
 le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux
fonctions de direction et d’administration, pour les
ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la
participation des travailleurs à la direction de
l’économie;
 la nouvelle stratégie économique dans l’exploitation de
nos potentialités et de nos réserves minérales immenses
que la communauté internationale et les puissances
financières tiennent à contrôler ;

197
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

 le développement simultané des voies de


communication;
 la promotion de la liberté d’association commerciale par
des mécanismes allégés et sans contraintes.

Sur le plan social:

1. Consultation populaire

Cette consultation populaire consistera au :

 lancement du Programme de démocratisation sur la base


de l’évaluation de la qualité de démocratie espérée par
une consultation populaire afin de définir l’approche, la
participation, la représentation, la responsabilité, la
transparence et la solidarité démocratiques ;
 l’évaluation des droits civils, politiques, économiques et
sociaux pour mieux définir la citoyenneté, la loi, les
droits, le gouvernement représentatif et responsable, la
société civile et la participation populaire, la démocratie
au-delà de l’État, la démocratie internationale ;
 la collecte de données, l’analyse, l’organisation et le
débat de l’avenir de la démocratie ;
 le recensement et l’identification physique, matérielle,
scientifique et informatique de la population.

2. Restructuration du droit social

La restructuration du droit social passe obligatoirement par :


198
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

 le droit au travail et le droit au repos, notamment par le


rétablissement et l’amélioration du régime contractuel
du travail ;
 le rajustement important des salaires et la garantie d’un
niveau de salaire et de traitement qui assurent à chaque
travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la
possibilité d’une vie pleinement humaine ;
 la garantie du pouvoir d’achat national par une politique
de stabilité de la monnaie ;
 la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un
syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans
l’organisation de la vie économique et sociale;
 le plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à
tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les
cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail,
gestion mutuelle État et privés ;
 la sécurité de l’emploi, la règlementation des conditions
d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des
délégués d’atelier, le respect rigoureux des règlements ;
 l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs
de la terre par une politique de prix agricoles
rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience
par une législation sociale accordant aux salariés
agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie,
par un système d’assurance contre les calamités
agricoles, par l’établissement d’un juste statut du
fermage et du métayage, par des facilités d’accession à
la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la
réalisation d’un plan d’équipement rural ;

199
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

 la retraite permettant aux travailleurs âgés de finir


dignement leurs jours ;
 le dédommagement des sinistrés, l’octroi des allocations
et des pensions pour les victimes de la terreur
dictatoriale;
 le suivi et traitement des familles et des femmes
maltraitées, violées et martyrisées ;
 la politique d’encadrement des femmes congolaises pour
le bien-être de la société congolaise ;
 la favorisation d’une extension des droits politiques,
sociaux et économiques des populations indigènes ;
 la possibilité à tous les enfants congolais d’accéder
gratuitement à l’instruction et à l’éducation performante.

Sur le plan sécuritaire:

1. Restructuration de l’Armée nationale

La refonte de l’armée se consolidera par la mise en place des


réformes précises suivantes :

 la création d’une armée professionnelle et citoyenne ;


 la restructuration de l’armée professionnelle et
établissement du service militaire pour tous les citoyens,
homme et femme, bien portant ou vivant avec handicap ;
 la création d’une armée républicaine : professionnelle,
puissante, et patriotique ;

200
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

 la coordination de la formation militaire de tous les


citoyens pour la prévention de la sécurité de la nation,
par un service militaire obligatoire ;
 la création des zones de sécurité imparables à nos
frontières et à l’intérieur des territoires de nos neuf
voisins et préparer la région à un nouvel ordre politique
et économique par la promotion d’une nouvelle vision ;
 l’instauration d’un système de collecte d’informations
sensibles à partir de la base (population) ;
 la promotion de l’industrie de logistique militaire;
 la lutte contre l’incivisme et le terrorisme, cette
gangrène qui ruine l’humanité.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le


régime de basse réaction instauré par l’occupation et qui donnera
aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité qu’elles
n’ont jamais connue, anéantie par les entreprises de corruption et
de trahison qui ont précédé l’indépendance, amplifiée par les
régimes successifs après l’indépendance et accentuée par
l’occupation sournoise de notre pays.

Sur le plan administratif:

Une refonte structurelle est impérative pour que le peuple


bénéficie directement des retombées de la politique
gouvernementale.
Réduire le nombre des provinces pendant la transition à sept,
coordonnés par des Secrétaires d’État chargés de Province
siégeant au Conseil des ministres :
201
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

1. Province ville de Kinshasa ;


2. Province du Kongo-Central ;
3. Province de l’Équateur ;
4. Province du Haut-Congo ;
5. Province du Grand-Kasaï ;
6. Province du Kivu ;
7. Province du Katanga.

Les provinces seront divisées en mairies et les mairies en


quartiers administratifs, les quartiers administratifs en localités, les
localités en rues et en avenues pour une politique de proximité
efficace. Les mairies seront autonomes pour de nombreuses
actions :

1. Elles contrôlent et planifient leur urbanisme à l’aide du


PLU (Plan local d’urbanisme) et délivrent les permis
relatifs aux actes d’urbanisme;
2. Elles mettent en œuvre des services publics qui concernent
la vie quotidienne;
3. Elles interviennent pour des actions d’aide sociale (Caisse
d’aide sociale, crèche, cantine, etc.), d’économie locale ou
d’animation de la vie sociale, sportive et culturelle;
4. Outre la gestion de leur domaine propre, elles servent
d’intermédiaire entre l’État et les citoyens. Elles se
chargent des responsabilités locales;
5. Les maires réunissent sous leur présidence les échevins et
chefs de quartiers administratifs en collège municipal.

202
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

Le quartier administratif se charge de la représentation de l’État


et de la gestion journalière d’un quartier. Chaque quartier
administratif devra regrouper au maximum 100 000 personnes et
doit se définir à la densité et à la superficie de son territoire pour
permettre l’intégration de la population et l’accès aisé aux services
de l’État. Il effectue un certain nombre de formalités
administratives pour le compte de l’État. Parmi ces tâches, on
distingue :

1. la délivrance des actes d’État civil ;


2. la police de proximité ;
3. le recensement de la population ;
4. l’instauration du système de collecte d’informations
sensibles à partir de la base (population) ;
5. les élections ;
6. les Cours et tribunaux civils et de paix ;
7. la gestion du centre administratif et social ;
8. la gestion du centre technique.

Un exemple : la Province de Kinshasa sera désormais divisée


en 4 mairies:
1. Lukunga
2. Funa
3. Mont Amba
4. Tshangu

La mairie de Lukunga sera composée de 25 quartiers


administratifs:
1. Ngaliema
203
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

2. Mpumbu
3. Ozone
4. Binza Pigeon
5. Ma Campagne
6. Binza
7. Mont Fleury
8. Malueka
9. Kinsuka
10. Mbudi
11. Lukunga
12. Lutendele
13. Camp Luka
14. Kintambo I
15. Kintambo II
16. Kintambo III
17. Gombe Rive gauche
18. Gombe Rive droite
19. Gombe Socimat
20. Lingwala
21. Kinshasa I
22. Kinshasa II
23. Bon Marché
24. Ndolo
25. Barumbu.

Ainsi sera rendue possible une démocratie constructive,


participative, et citoyenne, rendant possible le contrôle effectif de
l’action gouvernementale par les élus du peuple et le peuple. Mais
204
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

il faudrait renforcer la démocratie pour que la réussite soit au


rendez-vous.
Politique de renforcement de La démocratie :

1. le contrôle civil de la police et de l’armée:

 Établir un réel contrôle civil des forces militaires et de la


police ;
 Renforcer le contrôle civil sur les forces armées, et
rendre plus libre et efficace le pouvoir politique sur les
interventions militaires ;
 Légiférer efficacement les activités des services de
police et de sécurité vis-à-vis de la population ;
 Refléter la composition sociale de la société en général
sur la composition de l’armée, de la police et de services
de la sécurité ;
 Libérer le pays de toutes les unités paramilitaires,
armées privées, des seigneurs de guerre et des mafias
criminelles.

2. L’intégrité dans la vie publique

 Assurer l’intégrité de conduite dans la vie publique par


un code d’éthique et d’intégrité de la fonction publique ;
 Renforcer et protéger la fonction publique de tout intérêt
personnel, d’affaire et de famille des fonctionnaires
titulaires en charge ;

205
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

 Renforcer les dispositions efficaces pour protéger les


titulaires de la fonction publique en charge de
l’implication dans la corruption ;
 Implémenter les règles et procédures pour le
financement des élections, des candidats et des
représentants élus afin d’empêcher leur subordination à
des intérêts catégoriels ;
 Contrôler en permanence et réaliser une mise en
application stricte et rigoureuse des mécanismes de
prévention et de contrôle de l’influence des sociétés, des
institutions puissantes, et la vérification des intérêts des
entreprises sur la politique publique, pour éviter leur
implication dans la corruption, y compris à l’étranger ;
 Accentuer le contrôle et la prévention sur la corruption
des fonctionnaires et des services publics.

3. Les influences extérieures sur la démocratie

 Coordonner l’impact des influences extérieures en


faveur de la démocratie dans le pays ;
 Identifier et contrôler les influences extérieures nuisibles
ou compromettantes sur le processus démocratique ou
sur les intérêts nationaux ;
 Canaliser et prévoir le degré d’influence que peuvent
exercer les accords bilatéraux, régionaux et les décisions
des organisations internationales ;
 Définir clairement les champs des limites de
négociations et des engagements du gouvernement au
sein des organisations régionales et internationales et les
206
UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE

champs assujettis à la surveillance législative et au débat


public ;
 La rigueur de la justice, mère protectrice de la Nation et
de l’État.

La IVe République ne doit pas être un éternel recommencement


des élections présidentielles et législatives illégitimes et non
acceptées, un éternel échec des tentatives de gouverner et
d’administrer le Congo, mais elle doit être l’entrée effective à l’ère
de l’expression libre du droit et de la démocratie, à la souveraineté
nationale, à l’autodétermination et à l’autonomie. Un peuple, enfin
libre et indépendant.

207
208
CHAPITRE 9
L’entrée en IVe république
« Pour réussir cette ambition, le pays ne peut se
permettre, dans sa gouvernance, dans sa vision de la
politique et dans sa conception de l’État, une existence
de négligence, de laxisme, d’amateurisme, de médiocrité
ou de violence destructrice. En revanche, il a plutôt
besoin d’être une communauté des intelligences, une
communauté des valeurs et une communauté de vision et
d’esprit pour accomplir son développement au sens plein
du terme».
ONESPHORE SEMATUMBA

J’ai pris le temps d’exposer tout le long de cet essai les réalités
congolaises, les défis de la nation, les voies et moyens de tirer
l’épingle du jeu. J’espère au moins avoir convaincu la minorité
agissante et que la réponse de la grande majorité passive ne sera
pas celle de « yo nde oko changer mboka oyo » ou de « quitter le
pays », mais de s’engager pour la « révolution-rupture ». Elle se
justifie, elle est impérative. Elle est la seule possibilité qui s’offre
à la fuite en avant et au suicide collectif. Le bonheur de la femme
et de l’homme congolais n’est pas sous d’autres cieux, il ne
209
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

viendra pas de l’étranger, mais il découlera de notre engagement


et action quotidienne de rêver et de bâtir ensemble une nation
nouvelle guidée par la conscience nationale de l’excellence.
La révolution-rupture se fera par un signal clair et
assourdissant. Nous libèrerons une onde de choc que personne ne
dira n’avoir pas entendu l’écho. Ce régime terroriste, sorti du
projet macabre et totalitaire de bâtir un empire Hima-Tutsi dans la
région des Grands Lacs et avec des visées de l’étendre sur toute
l’Afrique comme Hitler avec son régime nazi en Europe, va
tomber comme un arbre, déraciné de la terre pour qu’il ne
repousse plus et ne laisse pas de rejetons rêver de survivre dans
quelques cœurs. C’est en ce moment précis que la prise de
conscience de chacun de nous devrait l’emporter sur la liesse
générale. Nous n’allons pas refaire l’erreur de l’indépendance de
nous réjouir lorsque les défis et les urgences de notre nation nous
attendent à la porte.
C’est ici que la Nation aura besoin d’un leadeur à la trempe de
Mandela et qui sera écouté, car au jour de la folie, la vengeance
doit être bannie, la justice élevée. Si Mandela n’avait pas mis tout
son poids politique sur la balance au jour du courroux du peuple à
prendre les armes, l’Afrique du Sud serait une hécatombe, rien
n’aurait survécu de toutes les souffrances endurées. J’espère qu’en
ce jour inévitable, vous saurez m’écouter et me faire confiance
que la vengeance ne résoudra rien, que seule la justice élèvera
notre nation.
Oui, si nous avons compris la nécessite d’une révolution-
rupture en face des toutes les solutions à l’emporte-pièce, sans
aucun doute nous avons fait le choix de nous assumer. Si j’ai
personnellement fait le choix de la révolution-rupture, c’est
surement pour ne pas m’assoir sur les gradins et m’y agripper

210
L’ENTRÉE EN IVe RÉPUBLIQUE

comme un spectateur emporté, mais pour porter haut dans les faits
le discours de la dignité et du respect du peuple congolais. J’avais
choisi depuis quelques années l’interaction sur les réseaux sociaux
qui font de ce monde actuel, un petit village virtuel, pour
répercuter ce sentiment noble et patriotique de réveiller la
conscience nationale et de mobiliser les Congolais afin de
constituer l’alternative à la grande crise qui secoue notre pays
depuis bientôt cinquante-cinq ans. Et c’est de tréfonds de leurs
cœurs que nos frères et sœurs ont fait retentir leur amour pour le
Congo et la hargne de mettre un terme à cette humiliation. Je
tressaillais au-dedans de moi à chaque mot de révolte, de colère et
de soutien à ce qui est devenu au fil du temps notre combat.
À tous ceux qui m’ont soutenu dans la faiblesse des mots, dans
l’impuissance de l’action,
À vous tous qui croyez à notre combat pour un nouveau
leadeurship au Congo, je vous suis redevable.
Oui, je vous suis redevable à vous tous qui ne vous êtes pas
manifestés publiquement, mais qui n’avez pas manqué l’occasion
de me soutenir d’une manière comme d’une autre. Je vous suis
redevable à vous aussi qui ne vous prononcez pas, mais des
milliers que vous êtes à me suivre dans le silence de la
technologie. Je vous suis redevable à vous mes parents, ma
famille, mes ancêtres, ma tribu, mon clan, mon quartier, ma
commune, ma ville, ma province, mon pays, mon peuple. Je vous
suis redevable à vous mes amis, les héros dans l’ombre pour qui je
suis prêt, s’il le faut, à sacrifier ma vie. Au jour de la révolution-
rupture, je serai là pour porter vos espérances et vous représenter
fidèlement. Oui, je serai au rendez-vous de notre histoire non pas
seulement avec des discours, mais avec ce que vous m’avez donné
et ce que vous avez fait de moi. Est-ce pour un idéal ou est-ce

211
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

pour quelques vies humaines même inutiles aux yeux de ce monde


que nous devrions sacrifier nos vies ? Quel est donc cet idéal pour
lequel nous sommes prêts jusqu’à la mort ? Quelle est cette vie
humaine qui peut nous secouer au point de mettre nos vies sur la
balance de la vie et de la mort ? Il n’y a certainement pas de plus
grands sacrifices que de donner sa vie pour les siens.
Congolais, je n’ai pas choisi de l’être, c’est le destin qui en a
décidé ainsi, par le sang et par le sol. Mais par contre, j’ai fait le
choix personnel de devenir chrétien, non pas à cause des multiples
lavages de cerveau ou prédications, exhibitions, danses, prophéties
et miracles, mais simplement parce qu’un homme allant subir la
mort atroce sur la croix a dit quelque part ; je donne ma vie pour
vous, vous aussi donnez vos vies pour les autres. Voilà pourquoi
j’ai décidé en âme et conscience de voir ce peuple auquel
j’appartiens être respecté et honoré. Je me suis engagé à la
révolution-rupture parce que je crois que seuls les Congolais
sauveront le Congo, seuls les Congolais bâtiront le Congo, seuls
les Congolais relèveront le défi humiliant qui se tient devant eux.
Certains diront : quelle arrogance, croit-il être meilleur que
toute la classe politique congolaise ? Si l’arrogance est ici
l’expression d’une insolence méprisante de la bassesse, de la
couardise, de l’avilissement, de la médiocrité, de la
compromission, de la lâcheté et de l’inhumanité, je choisis d’être
arrogant ! Mais il est impossible que je méprise la race humaine, il
est impossible que je méprise celui que je suis, je méprise le vil !
Dites-moi si c’est de l’arrogance de rechercher le bonheur et le
bien-être de son peuple sans compromettre sa souveraineté.
Nous n’irons certainement pas à la révolution-rupture dans un
front commun de façade comme à la Table ronde de Bruxelles rien
qu’avec l’objectif de renverser ce régime politique né de la folie

212
L’ENTRÉE EN IVe RÉPUBLIQUE

de bâtir un empire Hima-Tutsi dans la région des Grands Lacs et


de la médiocratie politique des nôtres, mais nous y allons dans
l’union de cœurs avec un agenda clair de reprendre notre
impérium usurpé, d’établir un nouvel ordre politique d’excellence
dans notre pays et dans la sous-région, d’instaurer les mécanismes
d’un État de droit juste, de restaurer notre âme commune, de
mettre un terme à la tutelle des multinationales esclavagistes,
d’affirmer notre souveraineté, et enfin de remettre le pouvoir au
peuple souverain.
C’est par la bravoure seule que nous allons vaincre, avec
sacrifices, cette humiliation, cette souffrance de notre peuple
endeuillé, éparpillé comme un peuple sans terres. C’est en luttant
de l’intérieur tout comme à l’extérieur que nous allons mettre un
terme à cette barbarie pour arriver à l’opportunité de vivre la paix
et le bonheur que nous recherchons. Ne l’oublions jamais que
nous en payons le prix le plus élevé. Les meurtrissures sont encore
douloureuses dans nos âmes, dans la chair de nos filles, de nos
sœurs, de nos épouses : des femmes et des mères violées et
violentées. Nos morts ne se comptent plus. Personne ne peut nous
en donner le chiffre exact. Plusieurs millions certainement, mais
combien des fosses communes depuis les massacres de Léopold II
jusqu’aux massacres de Tingi-Tingi, combien des fosses
communes de Makobola à Maluku ? Nous devons soigner notre
âme commune, guérir nos enfants et nos femmes, nos jeunes gens
et nos vieillards. Nos morts ont besoin de repos. Mais pour que
leurs âmes se reposent et rejoignent nos ancêtres en paix, nous
devons arriver à traduire notre révolution à un État de droit où
personne ne pourrait être au-dessus de la loi, où personne ni même
un clan d’amis ne pourrait se faire passer pour des dieux, des
guides éclairés, des sphinx, ou des leadeurs intouchables ou
irremplaçables.
213
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

C’est ici l’opportunité, un moment significatif de notre histoire


pour chacun de nous, peuple congolais, de prendre conscience que
nous avons une destinée à bâtir ensemble. Elle ne tombera pas du
ciel, elle doit être imaginée, rêvée, forgée, construite pour
répondre à nos besoins et aux intérêts suprêmes de la Nation, aux
aspirations et espérances du peuple congolais. Nous devons
ensemble saisir cette opportunité dans l’unité et dans la diversité
afin d’achever l’œuvre que nos ainés ont commencée dans le sang.
Le combat qu’ont mené nos ainés ne doit pas nous diviser ou nous
conduire à bannir leur mémoire, mais il doit plutôt nous interpeler,
car ils n’étaient que des hommes comme nous, aussi faibles que
puissent être les plus faibles parmi nous. Nous devons comprendre
les pas qu’ils ont marqués. Ils sont une école pour nous, une
expérience, une vision, une pratique. Au-delà des extrémités et des
échecs, ils ont tracé difficilement le chemin que ne peuvent tracer
les hommes.

Je suis le produit du peuple congolais

Je suis le produit de l’école de Joseph Kasa-Vubu, Patrice


Émery Lumumba, Joseph Désiré Mobutu Sese Seko Kuku
Ngbendu Waza Banga, Laurent Désiré Kabila, Étienne Tshisekedi
wa Mulumba. C’est de cette école que chacun de nous est formé.
Qu’on les balaie d’un revers de main ou qu’on les élève sur des
piédestaux, c’est notre histoire, c’est notre mémoire collective. Un
peuple qui ne sait pas d’où il vient ne pourrait savoir où il va.
Ensemble, froidement et dignement, faisons face aux erreurs, aux
monstruosités qu’ils ont pu commettre et qui doivent aujourd’hui
nous apprendre à ne plus y conduire notre peuple et notre nation.
Mais nous bâtirons certainement notre nation dans la justice et
214
L’ENTRÉE EN IVe RÉPUBLIQUE

dans le respect de la loi, seuls garants de notre liberté, de notre


souveraineté et de notre devenir.
Plusieurs questions seront certainement soulevées, mais aucune
ne pourra se dérober pour nous plonger dans les mensonges et la
violence qui ont caractérisé notre pays depuis la création de l’État
indépendant du Congo, en passant par la République du Zaïre
ensuite par la République Démocratique du Congo. Nous allons
assurer une transition politique de cinq années pour apporter le
changement que notre peuple a attendu depuis si longtemps. Cela
signifie : sécuriser notre pays, rebâtir notre âme commune, mettre
des mécanismes adéquats et impératifs de séparation et d’équilibre
de pouvoir, d’un État de droit et de démocratie à la dimension de
notre destinée, relancer notre économie, répondre aux besoins
immédiats de notre peuple et replacer notre pays dans le cadre
correspondant à son envergure d’État, à sa position de l’ainé de
l’Afrique centrale et à sa stature internationale.
Il faut prendre le courage d’accepter une mission impossible.
Nous n’avons pas des richesses à distribuer, des perdiems à jeter à
gauche et à droite pour aveugler la conscience nationale, nous
devons plutôt travailler durement pour construire une nation forte.
Pour ce faire, il nous faut d’abord faire assoir un État de droit fort,
une démocratie à la dimension de notre identité, une armée
invincible. Nous ne pouvons plus nous offrir le luxe de croiser nos
bras et dépendre de la manne étrangère qui donne d’une main et
retire de l’autre ou simplement des richesses enfouies dans nos
terres que nous dilapidons sans les fructifier, sans les valoriser.
Il est certain que nous allons vivre, rêver et bâtir ensemble dans
un esprit de recherche continuelle de consensus, toutefois
sacrifiant graduellement certaines de nos libertés que nous
retrouverons avec joie au bout de ces cinq années, fiers du travail

215
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

abattu et du produit de notre labeur. C’est ici que Joseph Kasa-


Vubu et Patrice Émery Lumumba avec plusieurs autres encore qui
ont commencé cette œuvre nous attendent. Nous devons tous
ensemble la parachever, car ils nous ont légué un héritage que
nous devons renforcer et redorer.

Que l’Étoile du Congo brille !

C’est aussi ici que Dieu nous redonne l’opportunité d’exorciser


notre nation, d’établir le cadre de révolutionner notre société et sa
gouvernance afin de créer des possibilités d’offrir la chance égale
d’enrichir les vies et les conditions de bonheur de notre peuple.
Nous ne sommes pas ici pour nous dissocier du peuple, car
nous sommes nous-mêmes le produit des masses rurales et
laborieuses. Nous sommes ici pour changer la nature des relations
entre le peuple et ceux qui prennent la charge de conduire la
nation. Il doit être clairement entendu que l’exemple doit venir
d’en haut avant d’exiger au peuple de se surpasser. C’est pourquoi
ceux qui seront appelés à conduire la transition de notre pays
feront preuve d’abnégation de soi et rendront compte à la fin de
leur mandat auprès d’une commission d’audit composée de la
Cour des comptes et de la Cour suprême de justice pour honneur
et mérite ou pour condamnation et peine. Aucun d’eux ne pourra
concourir au suffrage populaire de l’après-transition.
Pour ma part, après avoir doté notre pays des instruments
capables de sauvegarder la naissance de la Nouvelle Conscience
nationale et de l’État de droit et de démocratie, qu’importe la
sanction populaire ou le gout improbable d’inachevé, je
redeviendrai un citoyen ordinaire de notre pays.

216
L’ENTRÉE EN IVe RÉPUBLIQUE

Notre vision est de construire un État de droit fondé sur la


justice et la démocratie constructive citoyenne et participative ; un
Congo puissant et indépendant. Nous le bâtirons dans l’effort,
dans la dignité, dans la paix, tous ensemble.
Le prix a été payé, l’alliance spirituelle, politique et militaire
scellée, les étoiles de la vertu, de la dignité, de la liberté et de
l’honneur illuminent désormais le ciel congolais. Au jour de la
seconde indépendance et de l’indépendance totale de notre pays,
les portes du panthéon congolais s’ouvriront pour accueillir nos
héros : Simon Kimbangu, Patrice Émery Lumumba et le colonel
Mamadou Ndala. Ils demeureront dans nos cœurs et serviront à
jamais des références à notre serment de liberté, des modèles de
vertu et de sacrifice pour nos enfants et les générations à venir.
Parmi nous plusieurs héros anonymes travaillent dans l’ombre
pour que le jour de la renaissance de la République Démocratique
du Congo arrive. Je les salue en passant. Mais une étape doit être
franchie, le devoir nous appelle ! Je crois à la victoire politique,
militaire, juridique, diplomatique et médiatique de notre combat !
Nous n’avons pas besoin d’invoquer la compassion ou la pitié
pour obtenir le respect, c’est notre droit, que l’on nous aime ou
que l’on nous haïsse, nous n’exigeons de tous que le respect.

Pour un Congo fort, pour une Afrique forte, j’assume!

Que Dieu bénisse la République Démocratique du Congo et


que vive la République Démocratique du Congo !

Je vous remercie !

217
218
À propos de l’auteur
Jean Claude Manzueto Ngenge est né le 4 mars 1959 à
Kinshasa en République Démocratique du Congo, à l’hôpital de
Kintambo. Il fréquente l’école primaire Saint Georges
actuellement Bondeko à Kintambo, une école des frères chrétiens
catholiques. Il poursuivit son cycle d’orientation en 1971, à
l’École de la Montagne, actuellement Institut Kilimani dans la
commune de Ngaliema, avant d’être admis à l’Athénée de la
Gombe pour les humanités en section littéraire, option latin-philo.
Il termine son diplôme d’État des humanités au Collège Nsona
Nkulu dans le Bas-Congo à Mbanza-Ngungu, avant d’être admis
en droit à l’Université de Kinshasa. Son amour du verbe oratoire
de Cicéron et de son œuvre Pro Archia ayant été éteint pour une
vision plus grande de la société, il change son choix d’être un
avocat pour les sciences économiques, sociales et politiques. Il est
admis aux facultés universitaires Saint Louis de Bruxelles en
Belgique. Mais la politique et la gestion décadente de son pays ne
l’inspirèrent plus pour poursuivre une carrière politique d’où il se
lança dans les affaires, entre autres, la vente des voitures entre
l’Europe et son pays.
En 1994, sa vie connaitra un bouleversement profond, touché
par l’Esprit de Dieu, il se convertit au christianisme et s’investit
totalement au ministère de la table pour venir au secours de ceux
qui étaient dans le besoin. Après plusieurs années passées entre le
219
L'ÂME PERDUE D'UNE NATION

Congo et l’Europe, il décide finalement de s’installer


définitivement au Congo.
Ainsi, en 1998, il initia une œuvre de bienfaisance « Maison du
Trésor, ASBL » et, à l’image de l’appel des apôtres de Jésus-
Christ, il quitte tout, vend tout ce qu’il possède pour aider les
autres. Des circonstances particulières l’aidèrent à s’imprégner de
l’amour de la vérité et de l’Esprit de la Bible et à expérimenter la
souffrance et la pauvreté, la joie et l’abondance, la solitude et la
compagnie. De toutes ces expériences accumulées au cours des
années, il acquiert une conscience humanitaire prononcée et une
sensibilité aigue à l’égard de la misère qui se pointe chaque jour
autour de lui. Mais pour mieux aider ceux qui viennent vers lui, il
crée une société financière et de sous-traitance dans le secteur des
mines.
Mais en lui a toujours résidé l’amour de la Parole de Dieu et de
la vie politique de son pays. Ayant constaté, la ruine et l’État de
non-droit qui gangrène de plus en plus son pays, il décide de se
lancer dans le combat contre la déception qui règne en maitre dans
son pays.
Dans le souci d’opérer un réajustement de la révolution
insurrectionnelle en révolution-rupture, il se range du côté de
l’aile de la résistance pour créer la symbiose et l’union de l’élite
congolaise capables de représenter l’idéal de la nation entière et de
briser les chaines du néocolonialisme qui fait de son peuple, un
objet de mépris et d’humiliation en ce XXIe siècle.
Il est un homme d’affaires, un écrivain et un révolutionnaire
politique.

220
Remerciements
Mes remerciements s’adressent tout particulièrement au peuple
congolais qui endure le martyre que personne ne voudrait
reconnaître, qui a encouragé, et qui a soutenu ce projet en mettant
à disposition son concours de plusieurs manières jusqu'à la
publication de ce livre.
Je rends hommage à ceux qui nous ont précédés dans ce combat
de liberté, de justice, de vérité, et d'humanité, Patrice Émery
Lumumba, Martin Luther-King, Nelson Mandela. Ces étoiles et
ces lampes qui éclairent tant si peu les sentiers ténébreux où
chacun de nous progresse à la mesure de sa foi, avec l'espérance
de voir la lumière, luire dans chaque cœur et conscience de
l'humanité.
Ce livre n’aurait pu être rédigé sans les fructueux efforts de
ceux qui ont pris le temps de m'éduquer, de m'enseigner, de
m'encourager, de me soutenir, mes parents, mes amis, mes
enseignants, mes professeurs, et mes maitres, en un mot la nation
congolaise.
Je remercie enfin une dame particulière qui dans l'anonymat a
accepté d’être présente par ses précieux avis et conseils tout le
long de cette écriture et ainsi que ceux qui ont contribué à la
publication de ce livre par leur aide.
La gloire et l’honneur au Maitre des temps et des circonstances!

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Table des matières

Prologue......................................................................................... 9
Chapitre 1. L’immense déception ............................................... 27
Chapitre 2. Tout est spéculation................................................... 51
Chapitre 3. Le contexte international .......................................... 59
Chapitre 4. Le Congo se meurt.................................................... 81
Chapitre 5. L’occasion manquée................................................. 99
Chapitre 6. La responsabilité citoyenne .................................... 113
Chapitre 7. Nécessité d’une révolution...................................... 131
Chapitre 8. Un nouvel ordre politique....................................... 167
Chapitre 9. L’entrée en IVe république..................................... 209
À propos de l’auteur .................................................................. 219
Remerciements .......................................................................... 221
Table des matières...................................................................... 223

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ISBN : 978-2-9555245–0-3
Photo de couverture : © Claudy Khan
Dépôt légal : Février 2016
Relecture par Le Corrigeur : http://corrigeur.fr

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