Vous êtes sur la page 1sur 32

UNION INTERNATIONALE DES SCIENCES PRÉHISTORIQUES ET PROTOHISTORIQUES

INTERNATIONAL UNION OF PREHISTORIC AND PROTOHISTORIC SCIENCES

PROCEEDINGS OF THE XVI WORLD CONGRESS (FLORIANÓPOLIS, 4-10 SEPTEMBER 2011)


ACTES DU XVI CONGRÈS MONDIAL (FLORIANÓPOLIS, 4-10 SEPTEMBRE 2011)

VOL. 3

Actes des sessions 36 et 37


Proceedings of sessions 36 and 37

Expressions esthétiques et
comportements techniques
au Paléolithique / Aesthetic
Expressions and Technical
Behaviours in the Palaeolithic Age

Edited by

Marc Groenen

BAR International Series 2496


2013
Published by

Archaeopress
Publishers of British Archaeological Reports
Gordon House
276 Banbury Road
Oxford OX2 7ED
England
bar@archaeopress.com
www.archaeopress.com

BAR S2496
Proceedings of the XVI World Congress of the International Union of Prehistoric and Protohistoric Sciences
Actes du XVI Congrès mondial de l’Union Internationale des Sciences Préhistoriques et Protohistoriques

Secretary of the Congress: Rossano Lopes Bastos


President of the Congress National Commission: Erika Robrahn-González
Elected Bureau (2011-2014):
President: Jean Bourgeois
Secretary General: Luiz Oosterbeek
Treasurer: François Djindjian
Series Editors: Luiz Oosterbeek, Erika Robrahn-González
Volume editors: Marc Groenen

Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique / Aesthetic Expressions and Technical


Behaviours in the Palaeolithic Age

© Archaeopress and the individual authors 2013

ISBN 978 1 4073 1112 8

The signed papers are the sole responsibility of their authors.


Les textes signés sont de la seule responsabilité de leurs auteurs.
Contacts:
General Secretariat of the U.I.S.P.P. – International Union of Prehistoric and Protohistoric Sciences
Instituto Politécnico de Tomar, Av. Dr. Cândido Madureira 13, 2300 TOMAR
Email: uispp@ipt.pt

Printed in England by Information Press, Oxford

All BAR titles are available from:

Hadrian Books Ltd


122 Banbury Road
Oxford
OX2 7BP
England
www.hadrianbooks.co.uk

The current BAR catalogue with details of all titles in print, prices and means of payment is available free
from Hadrian Books or may be downloaded from www.archaeopress.com
ROCHEREIL ET L’ART MAGDALENIEN DE LA FIN DU TARDIGLACIAIRE DANS LE NORD DU
PERIGORD (DORDOGNE, FRANCE)

Elena MAN-ESTIER & Patrick PAILLET

Conservatrice du Patrimoine, Ministère de la Culture, Centre National de Préhistoire, UMR 5199-PACEA, man-estier@mnhn.fr
Maître de Conférences, Muséum National d’Histoire naturelle, Département de Préhistoire, UMR 7194, paillet@mnhn.fr

Résumé

Les niveaux du Magdalénien supérieur et final de la grotte de Rochereil (Grand-Brassac, Dordogne) ont livré lors des
différentes fouilles pratiquées sur le site entre 1912 et les années 1940 plus de 250 objets d’art mobilier. Ils constituent
une série de référence pour l’étude des comportements symboliques durant la fin du Tardiglaciaire en Périgord, au
même titre que les ensembles de La Madeleine ou de Laugerie-Basse. Pourtant, l’art mobilier de Rochereil est très peu
connu. Seulement 30% des œuvres sont publiées de manière plutôt confidentielle. Dans ces pages, les auteurs en
proposent une analyse préliminaire effectuée dans le cadre d’un programme de recherche interdisciplinaire
(« prospection thématique » et « projet collectif de recherche »). Ils dégagent les principales caractéristiques des séries
mobilières récoltées notamment par le Docteur Paul-Émile Jude et proposent une série d’analogies thématiques et
formelles avec des séries ou des sites géographiquement, chronologiquement et culturellement proches.

Abstract

The Upper and final Magdalenian levels of the Rochereil cave (Grand-Brassac, Dordogne), have offered more than 250
portable art objects during several excavations campaigns, between 1912 and the 1940’s. They constitute reference
series for the study of symbolical behaviors from the end of the last Ice Age in Périgord, as well as Laugerie-Basse or
La Madeleine series. Nevertheless, the portable art from Rochereil has stayed unknown. Less than 30% of the collection
is published, and in a rather confidential way. In the following pages, we propose a preliminary analysis, realized
through a interdisciplinary investigation program. We present the main characteristics of the portable series gathered
especially by Paul-Emile Jude and propose some thematic and formal analogies with others collections or sites, close
geographically, chronologically and culturally.

Mots clés : Rochereil, Périgord, Magdalénien, Tardiglaciaire, Art mobilier, Art pariétal
Key-words : Rochereil, Périgord, Magdalenian, last Ice Age, portable art, rock art.

1. INTRODUCTION 2. SITUATION,
DESCRIPTION DU SITE ET HISTORIQUE
DES RECHERCHES
À la fin du Magdalénien les systèmes de représentations
symboliques évoluent radicalement par rapport au La grotte de Rochereil (Grand-Brassac, Dordogne) est
Magdalénien moyen avec l’apparition de nouvelles située à une dizaine de km au sud et en aval de Brantôme
représentations géométriques ou abstraites et le (Dordogne) [fig. 1]. Creusée à la base d’une longue
développement de la schématisation de certaines falaise de calcaire du Coniacien, elle s’ouvre au sud-est,
représentations figuratives, animales ou humaines. Ces dominant la rive droite de la Dronne sur la commune de
transformations, incarnées dans les registres artistiques, Grand-Brassac. En rive gauche de la Dronne et plus en
accompagnent ou sont la conséquence des profonds amont se situent le gisement de Pont d’Ambon et en aval
changements climatiques, environnementaux et culturels celui de La Peyzie (Magdalénien final et Azilien) [fig. 2].
qui marquent la fin du Pléistocène et le passage d’un
milieu de type glaciaire à un milieu de type tempéré. La Le gisement de Rochereil se compose d’une modeste
transformation et la différenciation des milieux cavité de 3,50 m de longueur sur 3 m de largeur, haute de
conduisent à une parcellisation culturelle sur des 5,50 m et prolongée par plusieurs courts diverticules
territoires de plus en plus cloisonnés et des milieux de obstrués et une terrasse extérieure carrée de 3,50 m de
plus en plus différenciés, induisant une certaine côté.
régionalisation des dernières populations
magdaléniennes. Leurs comportements techniques et de Le site est découvert et exploré en 1906 et 1907 par
subsistance se transforment au même titre que leurs Raoul de Ricard (Ricard, 1906 ; 1907). En 1912 Maurice
systèmes de représentations symboliques. Ces derniers Féaux et le marquis Gérard de Fayolle et en 1921
constituent une source documentaire précieuse dans ce Maurice Féaux seul entreprennent un sondage en tunnel
territoire du nord du Périgord et notamment dans la grotte dans la partie inférieure de la couche qui obstrue l’entrée
de Rochereil. du gisement. Avant que ce tunnel ne s’effondre, une riche
collection lithique et osseuse est mise au jour. Elle est

7
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

actuellement conservée au Musée d’Art et d’Archéologie Sur la base de l’hétérogénéité de certains éléments
du Périgord (Périgueux) (Delluc & Delluc, 2005). lithiques et faunistiques, cette couche a été partagée
arbitrairement par P.-E. Jude en deux niveaux (IIa ou
De 1937 à 1939 et ponctuellement entre 1940 et 1947, Le niveau inférieur comprenant les 2/3 de la couche) et IIb
docteur Paul-Émile Jude et Jean Cruveiller conduisent (ou niveau supérieur plus restreint).
des fouilles plus méthodiques dans l’ensemble du site.
Les résultats sont tardivement publiés (Jude & Cruveiller, - La couche III (Azilien), initialement nommée couche
1938 ; Jude, 1960). La majeure partie du matériel A (Jude & Cruveiller, 1938), de 1,80 m d’épaisseur,
provenant de ces dernières fouilles appartient aujourd’hui se superpose directement à la couche II, sans zone
à l’État (Musée d’Archéologie Nationale – n° inventaire stérile intermédiaire. Elle est constituée d’un sédiment
82789). Elle est conservée dans les locaux de l’ancien argilo-calcaire très compact, de couleur jaune ocrée
musée Fernand Desmoulin de l’Abbaye de Brantôme. La dans sa partie moyenne (IIIb) et inférieure (IIIc) où
grotte, quant à elle, a été classée au titre des Monuments l’on constate de fortes imprégnations d’ocre à sa base,
Historiques par arrêté du 1er avril 1952. avec de petits foyers épars, notamment localisées en
avant de la grotte, à l’Est de l’entrée. Dans sa partie
Durant la seconde guerre mondiale et peu après, le site de supérieure (IIIa), cette couche s’achève par 20 cm de
Rochereil fait l’objet de nombreuses fouilles clandestines cendres noires épaisses, mêlées à de nombreuses
et de récoltes sauvages. Les derniers témoins pierres et blocs. La forte densité archéologique et
stratigraphiques conservés dans la grotte sont pillés et l’homogénéité apparente de la couche ont conduit P.-
détruits. E. Jude à la subdiviser en trois niveaux.

Une révision de l’ensemble des collections et une - La couche IV (stérile), de 2 m d’épaisseur, est
évaluation du potentiel archéologique de la grotte ont été constituée de terre végétale.
entreprises depuis 2011 dans le cadre d’une « prospection
thématique » dirigée par P. Paillet et intitulée Les occupations magdaléniennes de la couche II sont
« Peuplements et cultures à la fin du Tardiglaciaire dans associées à une faune de climat froid où dominent
le nord du Périgord, entre Dronne et Tardoire ». Un notamment le renne, le cheval, l’élan, le renard polaire, le
« projet collectif de recherche » (2012-2014) lui fait suite. glouton et le lemming à collier (Astre, 1950). L’industrie
lithique très riche (près de 2.000 outils) et osseuse,
également très dense et bien conservée (environ 800
3. LES CONTEXTES ARCHEO-STRATIGRAPHIQUES pièces), caractérisent un Magdalénien supérieur
(Magdalénien VI), avec ses burins becs-de-perroquet
Les fouilles de P.-E. Jude et J. Cruveiller ont mis au jour (39), ses lamelles à dos (226), ses burins droits (1.035) et
d’importants dépôts du Magdalénien supérieur et final et ses harpons à double rangs de barbelures (une vingtaine).
une séquence azilienne très complète. Le site de Plus de 250 objets décorés (art mobilier) et de nombreux
Rochereil est capital puisqu’il montre les modifications éléments de parures enrichissent également
culturelles qui interviennent à la fin de la dernière l’extraordinaire série magdalénienne de Rochereil. Dans
glaciation. P.-E. Jude publie en 1938 et 1960 deux coupes la partie supérieure des occupations, une évolution vers le
stratigraphiques relevées à l’entrée et à l’intérieur de la Magdalénien final est attestée par la présence de pointes
grotte (Jude & Cruveiller, 1938 ; Jude, 1960 ; Delluc & de Laugerie-Basse et de Teyjat (une trentaine).
Delluc, 2005 ; Paillet & Vialou, 2004) [fig. 3].
Un crâne et une mandibule d’enfant présentant des
La principale coupe, à l’aplomb de l’entrée de la grotte, lésions pathologiques (Rochereil III) ont été découverts
fait apparaître au moins 4 couches superposées de couleur en 1939 en pleine couche magdalénienne. Leur
et de structure différentes. appartenance au Magdalénien reste incertaine. Une
datation récente sur un fragment crânien (11.255 ± 50 BP,
- La couche I (stérile), de 0,80 m d’épaisseur, repose OxA-16932) correspond à la transition
directement sur le sol rocheux. Elle est constituée de Pléistocène/Holocène (Mafart, 2007 ; 2009).
sables fluviatiles jaunes à grains fins, inondés dans le
1/3 inférieur. À l’intérieur de la grotte, ce sable est Les occupations aziliennes de la couche III sont associées
remplacé par un sol moins épais d’argile calcaire à une faune de climat plus tempéré (plus pauvre que celle
rougeâtre, dur et compact. de CII) avec notamment du bœuf, du sanglier, du cerf, du
castor, du chamois et du lapin commun (Astre, 1950).
- La couche II (Magdalénien supérieur et final), L’industrie lithique (plus de 1.500 outils) est bien
initialement nommée couche M, (Jude & Cruveiller, caractérisées par la présence de pointes aziliennes (plus
1938), de 0,40 m d’épaisseur (plus épaisse à de 300), pédonculées et à cran et par les grattoirs courts
l’intérieur de la grotte), est constituée de plusieurs (plus de 500). L’industrie osseuse est pauvre (seulement 4
lentilles de cendres très noires. Elle est subdivisée à harpons en bois de cerf provenant de CIIIc et quelques
l’extérieur (terrasse), dans la partie supérieure de la poinçons et baguettes). L’art mobilier se résume à 5
couche, par trois rubans de castine jaune (coulées de galets peints, un galet gravé (Roussot & Delsol, 1970) et
solifluxion ?). une diaphyse d’os gravée (inédit). Une révision générale

8
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

des séries de Rochereil est en cours dans le cadre du mais nous pouvons déjà en esquisser les principaux traits.
programme de recherche dirigé par P. Paillet. Le présent article constitue une réflexion préliminaire sur
ces séries et sur leur caractère spécifique, parfois original,
Un squelette d’homme adulte remarquablement conservé qui les rattache au fond culturel très diversifié du
a été découvert en 1937 dans le niveau moyen de la magdalénien supérieur et final.
couche azilienne (Ferembach, 1974). En 1939, dans une
petite anfractuosité de la paroi Est et dans le même 4.1. La collection Paul-Émile Jude de Brantôme
niveau, des dents et des os humains carbonisés ont été
identifiés et rapportés à deux adolescents (Vallois, 1971). Nous avons identifié 255 objets ornés, parmi lesquels 177
sont inédits (environ 70%). Le taux d’inédits est
exceptionnel pour une série de cette qualité. Dans la
4. L’ART MOBILIER MAGDALENIEN DE ROCHEREIL monographie du site de Rochereil (Jude, 1960) seulement
78 pièces ornées magdaléniennes sont figurées, dont 5
L’art mobilier provenant des niveaux du Magdalénien harpons, 4 pointes de sagaies, pointes et poinçons, 2
supérieur et final de la grotte de Rochereil, récolté lors bâtons percés, 3 lissoirs, une trentaine d’os gravés, 4 bois
des fouilles de M. Féaux, G. de Fayolle et du docteur P.- de renne et enfin une trentaine d’outils intermédiaires de
E. Jude, constitue une collection majeure et de référence, première ou deuxième intention et de sagaies
au même titre que les séries contemporaines de La « robustes ». Cinq pièces ornées publiées en 1960
Madeleine (Tursac) ou de Laugerie-Basse (Les Eyzies- semblent avoir été perdues. Nous ne les avons pas
de-Tayac). Cette collection est conservé principalement retrouvées dans la série conservée à Brantôme. Il s’agit
dans les locaux de l’Abbaye de Brantôme (ancien Musée de deux outils intermédiaires complets et de trois
Fernand Desmoulins) et au Musée d’Art et d’Archéologie fragments osseux dont une omoplate.
du Périgord. De très rares pièces isolées récoltées en
surface longtemps après les dernières fouilles de P.-E. L’origine archéo-stratigraphique précise des différentes
Jude (1947-1948) sont conservées au Musée d’Aquitaine pièces ornées est quasiment inconnue. Nous savons
(Bordeaux) (galet gravé vraisemblablement azilien) seulement qu’elles proviennent de la couche II
(Roussot & Delsol, 1970) [fig. 4] et au Centre National (Magdalénien supérieur et final) (caractérisée par des …
de Préhistoire (Périgueux) (galet gravé magdalénien). cendres noires, friables, très homogènes dans l’intérieur
Une demi-douzaine de galets peints aziliens font encore de la grotte …) (Jude, 1960, p.11) mais sans plus de
partie des collections conservées par la famille Jude et un précision. P.-E. Jude dit avoir divisé arbitrairement cette
galet peint a été donné anciennement par P.-E. Jude au couche en deux niveaux, … un niveau inférieur
Musée National de Préhistoire (Les Eyzies), accompagné comprenant les deux tiers et un niveau supérieur, plus
de quelques pièces aziliennes. Cette œuvre inédite, ainsi restreint, auquel succédait directement la couche III
qu’un autre fragment diaphysaire gravé découvert (Azilien) (Jude, 1960, p.12). Cependant aucun des objets
récemment dans la faune azilienne de Pont d’Ambon (D. ornés ne peut être rapporté avec certitude à l’un ou l’autre
Rémy), seront prochainement publiés. Une nouvelle de ces niveaux. Par ailleurs, les marquages que portent
lecture et de nouveaux relevés graphiques et certaines pièces ne nous sont d’aucun secours. Plus de
photographiques des figurations animales déjà connues 40% des objets (108) sont dépourvus de marquage ou ne
seront également proposées. Enfin, lors de nos travaux possèdent aucune indication lisible ou précise. Nous
sur les collections appartenant encore à la famille Jude et savons simplement qu’une majorité de pièces (90) a été
au Musée National de Préhistoire, nous avons découvert découverte en 1939 (dernière année de fouilles) dans le
de nouvelles représentations qui rappellent les rares secteur n° 3 de la grotte (partie gauche et profonde), ainsi
œuvres de Pont d’Ambon (Bourdeilles) [fig. 5], de la que définit par P.-E. Jude.
Borie del Rey (Lot-et-Garonne) et de l’abri Morin
(Gironde). 4.1.1. Les différents types de supports

L’étude exhaustive des deux principales collections de La série de Rochereil concerne essentiellement deux
Brantôme et de Périgueux a été entreprise avant même types de supports organiques : l’os (108 objets dont 76
notre « prospection thématique » de 2011. Plusieurs inédits [environ 70%]) et le bois de renne (146 objets
missions, notamment à Brantôme, ont été nécessaires afin dont 99 inédits [environ 68%]). Nous n’avons identifié
de rassembler et reconditionner préalablement tous les qu’une seule plaquette lithique gravée (schiste – roche
objets, d’en établir un inventaire précis et d’en dresser allochtone) [fig. 6], alors que l’art gravé sur supports
également un constat d’état. Ce récolement de lithiques est fréquent, voire abondant, dans des séries
l’intégralité de la collection P.-E. Jude cédée à l’État contemporaines d’importance équivalente, comme celles
(objets d’art mobilier et de parure, mais également faune de La Madeleine, de Laugerie-Basse, de Limeuil, etc.,
[grande faune, mésofaune et microfaune], industries pour n’évoquer que les sites du Périgord. Nous devrons
lithique et osseuse, etc.), représentant plus de 10 000 nous interroger sur la quasi absence de ces supports,
pièces, a nécessité plusieurs mois de travail eu égard à la même si la modeste série Féaux-Fayolle comprend
dispersion des objets consécutive à la fermeture du musée quelques pièces sur hématite et grès ferrugineux (ou
et la réforme des locaux de l’Abbaye. L’étude de la série dalles silico-ferrugineuses) (Tosello, 2003) [fig. 7]. Il
d’art mobilier de Rochereil n’est pas encore achevée, n’est pas inintéressant de souligner que les rares

9
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

ramassages de surface récents dans les zones d’emprise formes exceptionnelles associant des dessins en « ogive »
des anciens déblais ont précisément livré deux galets [fig. 10b] et en feuille et d’autres qui ressemblent à des
gravés, dont un en calcaire local orné d’un bison, d’un « tubercules » ou des « bulbes » [fig. 10c]. Ces deux
renne et d’un capriné (collection privée – dépôt au CNP). dernières catégories de motifs typologiquement très
Les fouilleurs anciens n’auraient-ils pas prêtés élaborés sont exceptionnelles dans le répertoire de l’art
suffisamment d’attention aux supports lithiques mobilier magdalénien. Elles semblent dériver
autochtones ? L’exploration des déblais anciens menée graphiquement de représentations figuratives (animaux
dans le cadre du « projet collectif de recherche » déposé ou humains vus de face ou vus de dessus et/ou motifs
pour la période 2012-2014 apportera peut-être une végétaux). Lorsque nous aurons achevé leur inventaire, ce
réponse. processus de dérivation schématique qui affecte de
nombreuses œuvres à la frontière du figuratif et du non-
Supports osseux figuratif, sera étudié dans le détail et les œuvres seront
mises en comparaison avec les représentations mobilières
Dans l’état actuel de nos premières déterminations, il des autres sites contemporains de la région nord du
apparaît que les supports plats sont les plus fréquents Périgord (La Mairie et Mège) et des vallées de la Vézère
(plus de 42%) (environ 40 omoplates de rennes et et de la Dordogne. Signes et motifs géométriques sont
bovinés (?) à l’état généralement fragmentaire et 6 disposés plus souvent sur bois de renne (127 dont 99 sur
fragments de mandibules de grands herbivores) [fig. 8]. baguettes) que sur os (66).
Les côtes sont également utilisées et transformées mais
dans une moindre mesure (17 pièces plus ou moins Les représentations figuratives
complètes de renne ou de grands herbivores [bovinés
et/ou équidés]), ainsi que les fragments diaphysaires d’os À l’inverse, les représentations figuratives, isolées ou
longs (13) et les métapodiens (7). Les os d’oiseau associées à des motifs abstraits ou géométriques, se
(strigidés ?) sont plus rares (6). rencontrent plus fréquemment sur os (40) que sur bois de
renne (17). Le thème figuratif dominant est le cheval
Supports sur bois de renne (présent sur 16 objets) [fig. 11a] suivi des animaux
indéterminés ou composites (présents sur 13 objets). Les
Parmi les bois de renne, ce sont essentiellement les figures féminines ne sont pas rares (8), en vue de face ou
supports sur baguettes qui sont ornés (100 pièces, soit de profil [fig. 11b]. On note également quelques
68,5%). Il s’agit d’abord d’outils intermédiaires (ciseaux) bouquetins vus de face (5) [fig. 11c], des oiseaux
(41) [fig. 9a], puis de fragments de baguettes (28) et enfin indéterminés (4) [fig. 11d], des cervidés (rennes
de pointes de sagaies (22 dont 4 remployées en outil probables) (5) [fig. 11e] et des aurochs (3) [fig. 11f]. Un
intermédiaire). On notera également la présence de 5 bison, un canidé, un ours et un poisson complètent ce
biseaux indéterminés et de 4 pointes. bestiaire, extrêmement diversifié dans sa composition.

Nous avons également comptabilisé 22 bois bruts, 17 Un style graphique entre réalisme et schématisme
harpons [fig. 9b], 4 bâtons percés [fig. 9c] et 3 tronçons.
Le style de ces représentations animales oscille entre
Les bois de gros et moyen-gros module semblent avoir réalisme et schématisme.
été préférentiellement utilisés comme support de gravure
(environ 50% des objets). Il s’agit d’une composante stylistique propre au
Magdalénien supérieur/final du Périgord, période durant
4.1.2. Les différents types de représentations laquelle les figurations féminines schématiques, les
chevaux stylisés à tête hypertrophiée (dits parfois
Une première analyse des 255 objets gravés montre que « barygnathes » [à lourdes mâchoires] ou
197 pièces (plus de 77%) sont ornées exclusivement de « macrocéphales » [à grosse tête]), les caprinés vus de
signes ou de motifs géométriques, 25 de représentations face et les représentations composites ou fantastiques de
figuratives et 33 associent figuratif et géométrique. plus en plus fréquents côtoient des représentations
animales d’un réalisme très conventionnel, hérité des
Signes et motifs géométriques modèles graphiques et stylistiques du Magdalénien
moyen.
Cette première catégorie thématique regroupe une grande
majorité de signes linéaires, simples ou angulaires (lignes Cette alternance entre convention et stylisation
ondulées ou brisées, chevrons, segments, etc.), des signes accompagne l’émergence et le développement de motifs
ramiformes, et de nombreux motifs en feuilles (ou géométriques originaux dont l’élaboration graphique très
foliacés) [fig. 10a], composés d’une partie principale en structurée dévoile l’inspiration figurative. La présence de
forme de limbe ovale ou lancéolé, dont la partie interne plusieurs motifs foliacés, ramiformes ou tuberculés et
possède des remplissages de traits qui évoquent des leur traitement graphique particulier nous invite à penser
nervures. Le limbe est divisé dans sa partie médiane par que le monde végétal a également été une source
un tracé linéaire en lieu et place de la nervure principale d’inspiration des artistes de Rochereil.
et du pétiole. Le corpus des motifs élaborés s’enrichit de

10
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

L’art mobilier de Rochereil est d’abord caractérisé par relevées avec l’art pariétal de la même région et de la
des styles et de grandes orientations thématiques propres même époque comme Fronsac (Vieux-Mareuil)
aux phases finales du Magdalénien, notamment dans le (Carcauzon, 1984 ; Delluc et Delluc, 1996 ; Paillet,
grand Sud-ouest de la France. Parallèlement, il est 1999), la Font-Bargeix (Champeaux et La Chapelle-
empreint d’une forte originalité par rapport à d’autres Pommier) (Barrière, 1989 ; 1990 ; Carcauzon, 1985) et
sites contemporains comme La Madeleine ou Laugerie- La Mairie (Barrière, 1968, 1972 ; Capitan et al., 1912).
Basse. Ce sont ces analogies thématiques et formelles que nous
nous proposons maintenant de mettre en évidence.
4.2. La collection Maurice Féaux et Marquis Gérard
de Fayolle du Musée d’Art et d’Archéologie du Les manifestations symboliques de la fin du Magdalénien
Périgord. se caractérisent fréquemment par l’extrême diversité de
leur répertoire formel qui montre que la diffusion des
La série récoltée par Maurice Féaux et le Marquis Gérard traits culturels s’est effectuée selon des mécanismes
de Fayolle en 1912 et par Maurice Féaux en 1921, variés et complexes. Ainsi dans les séries magdaléniennes
comprend 244 objets (industries lithique et osseuse, qui nous occupent les règles iconographiques et
faune, parure, art mobilier). syntaxiques sont originales et contrastées. Au sein des
séries mobilières de Rochereil, La Peyzie, La Mairie,
L’art mobilier est représenté par 31 pièces dont 16 sur Mège, au sein même des dispositifs pariétaux de Fronsac,
bois de renne (6 harpons, 3 outils intermédiaires, 2 la Font-Bargeix et La Mairie se conjuguent ou alternent
baguettes, 2 pointes de sagaies, 2 fragments de bois et un des représentations réalistes, héritées du Magdalénien
bâton percé), 11 sur os (dont 2 côtes et une omoplate) et 4 moyen, d’autres (chevaux, bouquetins, figurations
sur supports lithiques (plaquettes de grès ferrugineux). La féminines) marquées par une schématisation parfaitement
plupart des objets est décoré de motifs géométriques codifiée, des représentations composites ou fantastiques,
simples comme des séquences de traits alignés et/ou ni humaines ni animales, et de très nombreux motifs
parallèles et des séries de chevrons. Nous n’avons typologiquement élaborés à la frontière du figuré et de
identifié que deux motifs structurés en « tubercules » ou l’abstrait. On ajoutera en termes d’analogies pour l’art
« bulbes » gravés sur bois de renne [fig. 12a]. mobilier l’usage récurrent de supports osseux plats
comme les omoplates notamment, couvertes de gravures
Trois objets portent des décors figuratifs. Il s’agit d’une superposées en palimpsestes difficilement lisibles et
omoplate de grand herbivore gravée de deux rennes et interprétables, mais d’où émergent souvent des
d’un quadrupède indéterminé, d’une base de harpon représentations animales réalistes (chevaux et cervidés
décorée d’un animal indéterminé vu de face [fig. 12b] et notamment) [fig. 8 et 13].
d’une plaquette de grès ferrugineux ornée de plusieurs
chevaux, d’un cervidé et d’un vraisemblable canidé [fig. 5.1. Le réalisme des images magdaléniennes
7 et 12c].
Le corpus mobilier de Rochereil compte une soixantaine
La modeste série Féaux-Fayolle récoltée au sein des de représentations figuratives dominées par le cheval et
couches magdaléniennes sans aucune précaution les animaux indéterminés. Les cervidés et les bovinés
stratigraphique est en parfaite adéquation avec la (aurochs et bisons) ne sont pas rares. Ils rencontrent un
collection P.-E. Jude. écho à la grotte des Oiseaux aux Rebières (bison gravé
sur un fragment diaphysaire) (Paillet, 1993) [fig. 14] et
dans les grottes ornées de Fronsac et de La Mairie. À
5. UN ART MOBILIER AUX CARACTERES CONTRASTES Rochereil [fig. 15a], toutes proportions gardées, le
traitement stylistique des aurochs rappelle celui des
Comme nous venons de le voir, l’art mobilier de figures gravées sur l’un des panneaux de la cascade
Rochereil, riche et complexe, offre donc des caractères stalagmitique de La Mairie [fig. 15b]. Le soin apporté au
thématiques, techniques et stylistiques contrastés qui lui traitement des détails anatomiques, notamment du pelage
confèrent un cachet original au sein du Magdalénien ou de certains segments corporels (œil, oreille, naseau,
supérieur et final (Célérier, 1992 ; Duchadeau-Kervazo, encornures, etc.), est particulièrement remarquable sur
1982 ; 1986). Pour autant, il partage de nombreux points quelques figures animales comme les aurochs, les bisons,
communs avec d’autres sites contemporains de la région les cervidés (renne) ou ce cheval de Rochereil [fig. 16]
septentrionale du Périgord, en Nontronnais notamment, qui sont de véritables miniatures. Les phoques de l’abri
entre les vallées de la Dronne au sud et celle de la Mège relèvent du même répertoire stylistique qui est
Tardoire au nord, aux confins de la Charente. Les séries celui que l’on connaît bien dans le Magdalénien moyen
mobilières de Rochereil peuvent être ainsi comparées à (Capitan et al., 1906) [fig. 17]. L’adéquation au modèle
celles moins importantes quantitativement de La Peyzie vivant y est aussi marquée que sur les animaux finement
(Lisle) (Anonyme, 1934 ; Cestac, 2004), de la grotte des gravés sur les cascades stalagmitiques de La Mairie. On
Oiseaux aux Rebières (Brantôme) (Pittard & Boissier, observe également des convergences graphiques et
1928-1929) et de la grotte de La Mairie et de l’abri Mège stylistiques dans le rendu de certains détails anatomiques
(Teyjat) (Capitan et al., 1906 ; 1908). Des communautés comme la barbe en « besace » des bisons des Rebières
thématiques et stylistiques peuvent également être (Paillet, 1993) [fig. 18a], de Rochereil [fig. 18b] et de

11
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Fronsac (Delluc & Delluc, 1996) [fig. 18c] ou la forte des comparaisons avec des représentations plus réalistes
dilatation de leur avant-train. D’autres détails comme la suggèrent des pistes interprétatives.
projection frontale des cornes d’aurochs se rencontrent à
l’identique à Rochereil et à La Mairie. La disposition en Le motif de la figuration féminine stylisée ou schématisée
file de certains bovinés, de rennes et de chevaux trouvent (parfois désigné sous l’abréviation FFS ou sous
également un écho dans le rendu particulier de la l’appellation de « silhouette gynoïde »), de profil ou de
perspective ou du mouvement par effet de dédoublement, face, et les représentations vulvaires isolées sont
voire de multiplication des contours de l’animal également fréquentes dans le corpus du Magdalénien
(Rochereil, La Mairie) [fig. 19a et 19b]. Enfin, d’autres supérieur de la région (Rochereil, La Peyzie, La Mairie
analogies peuvent être soulignées comme la figuration et pour l’art mobilier et Fronsac et la Font-Bargeix pour
l’utilisation de ligne de sol (Les Rebières, La Mairie) [fig. l’art pariétal) (Delluc & Delluc, 1991 ; 1994).
18a].
À Rochereil nous avons dénombré huit figurations
5.2. Des schématisations codifiées féminines vraisemblables de facture schématique. Elles
sont toutes gravées sur os (Paillet, 2011). Le premier
Dans ce domaine, ce sont de nouveaux motifs qui objet est un tube d’os d’oiseau orné d’une représentation
apparaissent et se distinguent. Ils sont pour la plupart très proche de celle du Rond-du-Barry (Haute-Loire) [fig.
typiques du Magdalénien supérieur et final. Au premier 23a]. La tête et le cou, peut-être confondus, sont très
rang des motifs et traitements stylistiques les plus allongés et projetés sur le côté gauche. Le bassin est large
fréquemment représentés en Périgord on citera les et la fesse semble proéminente. Le corps s’achève en
chevaux stylisés à tête hypertrophiée ou macrocéphales. pointe simulant de courtes jambes. La représentation, très
À Rochereil, ces chevaux ornent les flancs de deux outils schématique, est atypique dans sa forme (vue de trois-
intermédiaires et d’une pièce biseautée [fig. 20a]. Ils sont quarts probable). Le deuxième objet est une lame d’os sur
exécutés en gravure profonde ou en bas-relief. À La laquelle on peut lire au moins deux profils féminins
Peyzie ce sont deux chevaux finement gravés qui sont schématiques acéphales de type Lalinde-Gönnersdorf
disposés sur le manche d’un bâton doublement percé [fig. 23b]. Le troisième objet est une petite lame d’os à
(inédit) [fig. 20b]. Enfin, à La Mairie, deux chevaux soie. Sur la face principale est logée une représentation
stylisés sont fermement gravés sur un bois de renne [fig. féminine vue de face [fig. 23c]. Le torse étroit, dépourvu
20c] et trois autres chevaux sont finement incisés sur un de sein et le ventre proéminent couvert de petites
radius d’aigle (objet disparu provenant de la collection incisions (pilosité ?) surmontent un grand triangle pubien
Perrier du Carne). Malgré de menues variations dans leur avec indication de la fente vulvaire. La forme générale
traitement graphique, ces chevaux sont pareillement losangique rappelle schématiquement nombre de
stylisés et rappellent ceux de la Madeleine, de Laugerie- figurations féminines vues de face, gravettiennes ou
Basse, de la grotte Richard, de Limeuil, du Soucy, de magdaléniennes. Le quatrième objet est un autre fragment
l’abri Morin, etc. d’os d’oiseau également gravé d’une figure féminine vue
de face et acéphale (fracture du support ?) [fig. 23d]. Le
Bien qu’exceptionnels en Périgord, par rapport aux tronc est allongé et partiellement couvert d’incisions
Pyrénées et aux Cantabres, les bouquetins et les cervidés figurant la pilosité. Il est encadré par deux tracés courbes
représentés en vue dorsale ou frontale se rencontrent à qui évoquent des bras schématiques tendus vers le bas, le
Rochereil [fig. 21a], à La Mairie [fig. 21b] et l’abri Mège long du corps. Le bassin est large et se prolonge par deux
[fig. 21c]. Il s’agit d’un mode d’expression partagé qui se cuisses interrompues par la fracture du support. Un tracé
présente tantôt sous une forme schématique (Rochereil), vertical représente la fente vulvaire. Cette figuration est
tantôt plus réaliste (Teyjat). À Rochereil, nous avons remarquable par sa disposition, ses caractères
dénombré 10 harpons dont le fût ou la base sont ornés de anatomiques plutôt originaux et son insertion sur le
ce type de motif (Julien, 1982) [fig. 22]. Un autre support cylindrique. Sur le cinquième objet (fragment
bouquetin schématique est gravé sur une lame d’os diaphysaire) est gravée une autre représentation féminine
découpée et polie. À La Mairie, une baguette demi-ronde vue de face [fig. 23e]. Elle est associée à un motif foliacé
porte deux têtes de caprinés ou de cervidés avec un à remplissage linéaire. Malgré son caractère cursif, la
remplissage de courtes incisions en forme de pelage. À figure féminine est assez complète (tête allongée). Le
l’abri Mège, quatre têtes de cervidés sont gravées sur une corps losangique est encadré par deux bras raides tendus
sagaie. On peut également s’interroger sur le sens de ces sur les côtés. Le corps est également marqué par des
nombreux motifs en forme de « bulbes » ou de hanches proéminentes et un ventre qui semble arrondi. Le
« tubercules » dont l’origine figurative semble probable nombril et le triangle pubien sont apparemment indiqués.
et que H. Breuil considérait comme des Les deux cuisses sont clairement séparées par une large
« dégénérescences » de figures animales en vue frontale incision. Le sixième objet est un fragment de diaphyse de
(Breuil, 1905). À leur sujet, il parlait de dessins grand mammifère dont la face supérieure présente de
globuleux et usait parfois paradoxalement d’un nombreuses gravures et notamment une nouvelle figure
vocabulaire emprunté au monde végétal (figure simplifiée féminine vue de face, associée à un motif foliacé, à
d’une rave … sorte de navet). Les différentes étapes des l’instar de l’objet précédent [fig. 23f]. Par son style, son
processus de schématisation nous sont inconnues, mais originalité et sa liberté expressive, cette représentation
humaine est totalement atypique dans l’iconographie

12
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

paléolithique. Toutes proportions gardées, on pourrait la Les motifs végétaux ou supposés tels, également signalés
rapprocher des femmes nues sculptées sur les parois de la dans la série contemporaine de l’abri Morin (Deffarge et
Magdeleine-des-Albis (Tarn). Le trait de gravure est al., 1975), sont représentés en nombre à Rochereil et sur
rapide et nerveux. Il rend encore plus saisissant le un bâton percé de La Peyzie. Il s’agit notamment des
réalisme anatomique de ce corps de jeune femme bien motifs en forme de « feuilles » (une vingtaine de
proportionné dont la gestuelle affichée nous fait penser à représentation sur os et bois de renne) et de certains
une gravure de mode ou un dessin de nu moderne. Cette motifs en forme de « bulbes » ou de « tubercules »,
figure est presque complète. Le buste est un peu plus décrits plus haut. De rares figures clairement organisées
confus que le bas du corps. La tête semble baissée, en corolle (fleurs à 4 ou 6 pétales) complètent l’inventaire
projetée vers l’avant sous la pression des mains et des des représentations « phytomorphes », ainsi que décrites
avant-bras. En effet, les deux bras sont relevés et pliés par H. Breuil (Breuil, 1906) [fig. 27a et 27b].
derrière la tête. Une telle position et un tel mouvement
sont exceptionnels dans l’art paléolithique. Le torse est 5.3. Des représentations composites ou fantastiques
plus approximatif. Un tracé triangulaire à pointe dirigée
vers le bas évoque un sein isolé. Mais il manque là trop Afin de terminer cette revue des analogies symboliques,
de détails pour pousser plus loin l’interprétation. En thématiques et formelles dans l’art pariétal et mobilier du
revanche, le ventre, les hanches, les plis inguinaux et les Magdalénien supérieur et final dans le nord du Périgord,
cuisses sont exécutés avec une parfaite maîtrise doublée il nous faut évoquer le cas des rares représentations
d’une grande économie gestuelle (Paillet, 2011). Le composites ou fantastiques qui se rencontrent notamment
septième et dernier objet est une petite lame d’os à double à Rochereil sur un fragment de probable lissoir [fig. 28a]
soie dont l’une des faces est ornée du bouquetin et à l’abri Mège sur une baguette en bois de renne et un
schématique évoqué plus haut [fig. 23g]. La face opposée bâton percé [fig. 28b]. Le célèbre bâton percé en bois de
porte un étrange motif indéterminé dont l’inspiration est cerf de l’abri Mège (Capitan et al., 1909) associe
probablement figurative. La forme générale évoque un notamment deux chevaux, trois cygnes, une biche et trois
corps féminin vu de face. La partie inférieure du motif, de êtres composites, surnommés « diablotins », élaborés à
forme losangique, semble esquisser les contours partir d’une tête de chamois, d’un corps d’animal
schématiques d’un ventre marqué par trois traits courbes indéterminé et de jambes humaines. Le caractère
horizontaux, de hanches saillantes et de deux jambes esthétique et symbolique exceptionnel de ce dispositif
terminées en pointe. Il pourrait aussi s’agir d’une iconographique est en résonance avec celui gravé sur le
représentation plus segmentaire du corps féminin réduit à lissoir de Rochereil où surgissent deux figures
un triangle pubien et à la fente vulvaire. Ce losange est fantastiques, parfaitement originales, uniques dans l’art
emboîté dans un motif ovale scindé en deux parties par mobilier paléolithique.
un double tracé courbe vertical qui sépare deux
alignements de courts traits parallèles. Les deux parties
sont liées par deux doubles traits courbes achevés en 6. CONCLUSIONS
pointe, comme deux bras écartés entre corps et tête.
L’extrême stylisation et la géométrisation du motif, ainsi Au Magdalénien supérieur et final, entre Dronne et
que sa facture et sa forme générale atypiques nous Tardoire, plusieurs sites d’habitats et plusieurs grottes
imposent une lecture et une interprétation prudentes. ornées montrent un développement de motifs et de modes
d’expression originaux partagés. Ils accompagnent les
Un bois de renne de La Mairie relevé par H. Breuil changements paléoenvironnementaux, climatiques et
montre également une possible représentation féminine démographiques contemporains de la fin du
segmentaire vue de face [fig. 24]. C’est ainsi que nous Tardiglaciaire. Ces liens, identifiés par les analogies
interprétons ce motif dans lequel Breuil voyait « deux symboliques, thématiques et formelles que nous venons
têtes cornues simplifiées » (Capitan et al., 1908). Deux de décrire, paraissent fermement maintenus dans le cadre
motifs en triangle avec incision médiane fortement gravée de réseaux d’échanges et de circulation bien implantés,
sont disposés sur les deux faces et autour de la établis à courte et moyenne distances entre les sites du
perforation d’un des deux bâtons percés de La Peyzie nord du Périgord eux-mêmes et avec les sites plus
[fig. 25a]. Il s’agit très vraisemblablement de deux éloignés des vallées de la Dordogne et de la Vézère. Des
représentations vulvaires qui font écho à celles disposées relations avec la Charente, vers le nord-ouest, sont aussi
en file sur les parois de la Font-Bargeix [fig. 25b] et de envisageables (Montgaudier et Chaire-à-Calvin par
Fronsac [fig. 25c]. Dans cette dernière cavité, près de exemple).
vingt profils féminins schématiques (type Gönnersdorf-
Lalinde) sont gravés (parfois même exécutés en léger Les différentes grottes et les abris présentés dans ces
bas-relief) sur les parois de deux galeries de la grotte. Le pages constituent des sites de référence (industries
panneau principal est centré par une file de quatre figures lithique et osseuse, art mobilier et pariétal, faune, etc.)
alignées l’une devant l’autre, entourée par une dizaine dont nous avons entrepris la relecture et le réexamen dans
d’autres de dimensions et de forme variable (avec parfois le cadre d’une recherche interdisciplinaire (« prospection
la vulve dessinée, mais toujours sans tête, ni bras, ni sein) thématique » et « projet collectif de recherche »). Afin de
[fig. 26]. mesurer la dimension territoriale de ces occupations de la
fin du Tardiglaciaire, d’apprécier leurs mobilités et la

13
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

nature des échanges potentiellement établis vers le Sud BIBLIOGRAPHIE


du Périgord autant que vers le Nord et l’Ouest charentais
par les axes naturels que sont la Dordogne et la Charente, Anonyme, 1934. Peyzie (la), Congrès préhistorique de
nous avons mis en place un protocole d’étude de leurs France, Périgueux, p. 73-75.
comportements techniques et de subsistance et de leurs ASTRE G., 1950. Faune magdalénienne et azilienne de
systèmes de représentations symboliques. Dans un Rochereil (Dordogne), Bulletin de la Société d’Histoire
territoire où la conjonction art mobilier et art pariétal est naturelle de Toulouse, 85, p. 51-171.
exceptionnelle, l’étude des comportements symboliques
BARRIERE C,. 1968. Les Gravures de la grotte de la
et leur comparaison avec ceux du Magdalénien moyen
Mairie à Teyjat, Travaux de l’Institut d’Art préhistorique,
notamment devrait constituer une source documentaire
X, Toulouse.
précieuse. À court terme, nous densifierons la recherche
des analogies à moyenne et longue distance afin de savoir BARRIERE C., 1972. Grotte de la Mairie à Teyjat, une
notamment s’il y a continuité ou rupture technique et nouvelle petite gravure, Travaux de l’Institut d’Art
thématique au sein des systèmes de représentations préhistorique, XIV, Toulouse, p. 204-205.
mobilières et pariétales du Magdalénien supérieur-final BARRIERE C., 1989. La Font-Bargeix, Champeaux-et-la-
(et de l’Azilien également) d’abord et avec les périodes Chapelle-Pommier, Dordogne : Outillage, matériaux,
antérieures (Magdalénien moyen) ensuite. En corrélant faune, Travaux de l’Institut d’Art Préhistorique, 31,
les circulations d’objets, de matières premières et de Toulouse, p. 39-143.
symboles mobiliers et pariétaux, dans une vision BARRIERE C. et coll., 1990. La grotte ornée de la Font-
dynamique des sociétés préhistoriques, nous dresserons le Bargeix (Champeaux-et-la-Chapelle-Pommier,
cadre d’une géographie humaine et culturelle de la Dordogne), Travaux de l’Institut d’Art Préhistorique, 32,
transition Magdalénien – Azilien dans le Paléolithique Toulouse, p. 9-47.
final du haut Périgord.
BREUIL H., 1905. La dégénérescence des figures
d’animaux en motifs ornementaux à l’époque du renne,
Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles
REMERCIEMENTS
Lettres, 1905, p. 105-120.
Le programme interdisciplinaire de « prospection BREUIL H., 1906. Exemples de figures dégénérées et
thématique » autorisé en 2011 et le « Projet collectif de stylisées à l’époque du renne, Compte rendus du 13e
recherche » déposé pour 2012-2014 rassemble des amis Congrès d’Anthropologie et d’Archéologie
et collègues que nous ne saurions assez remercier pour préhistoriques, Monaco, 1906, p. 394-403.
leur investissement scientifique sans faille et de qualité CAPITAN L. et coll., 1906. L’abri Mège, une station
exceptionnelle. Un grand merci donc à Myriam Boudadi- magdalénienne à Teyjat (Dordogne), Revue de l’École
Maligne, Peggy Bonnet-Jacquement, Brigitte Delluc, d’Anthropologie de Paris, 16e année, 6, p. 196-212.
Véronique Laroulandie, Delphine Rémy, Carole CAPITAN L. et coll., 1908. La grotte de La Mairie à Teyjat
Vercoutère, Gilles Delluc, Mathieu Langlais, Jean- (Dordogne). Fouilles d’un gisement magdalénien, Revue
Baptiste Mallye et Jean-Christophe Portais qui de l’École d’Anthropologie de Paris, 18e année, V, p.
constituent le noyau dur de notre équipe et nos 153-173 et p. 198-218.
remerciements anticipés à ceux qui nous ont rejoins
récemment comme Solange Rigaud, Jean-Christophe CAPITAN L. et coll., 1909. Observations sur un bâton de
Domenech, Stéphane Konik, Olivier Le Gall et Éric commandement orné de figures animales et de
Robert. personnages semi-humains, Revue de l’École
d’Anthropologie de Paris, 19e année, 2, p. 62-77.
L’étude des séries mobilières de Rochereil conservées à CAPITAN L. et coll., 1913. Les gravures sur cascade
Brantôme et Périgueux a été rendue possible grâce aux stalagmitique de la grotte de la Mairie à Teyjat, Congrès
autorisations de la Mairie de Brantôme (Monique international d’Anthropologie et d’Archéologie
Ratinaud) et de la conservation du MAAP (Véronique préhistoriques, Compte rendu de la 14e session, I,
Merlin-Anglade et Francis Couturas). Des collègues du Genève, 18 p.
CNP (Jean-Michel Geneste et Bertrand Kervazo) nous CARCAUZON C., 1984. Une nouvelle découverte en
ont aussi apportés leur aide. Qu’ils soient tous ici Dordogne : la grotte préhistorique de Fronsac, Revue
chaleureusement remerciés. archéologique Sites, 22, p. 7-15.
CARCAUZON C., 1985. La grotte de Font-Bargeix, Revue
Enfin les descendants du Docteur Paul-Émile Jude, archéologique Sites, 30, p. 3-20.
notamment sa fille, Simone Jude, et sa petite-fille, Aline
Jude, nous ont accueillis et confiés les collections et la CELERIER G., 1992. A propos de trois habitats
documentation qu’ils conservent. Notre recherche magdaléniens de la vallée de la Dronne et la notion de
collective leur doit beaucoup. Qu’ils trouvent ici site de rassemblement, PALEO, 4, p. 155-159.
l’expression de notre gratitude. CELERIER G., 1998. L’abri sous roche de Pont d’Ambon à
Bourdeilles (Dordogne, France). Perspectives
synthétiques, PALEO, 10, p. 233-264.

14
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

CESTAC A.-M., 2004. Autour des fouilles de la vallée de MAFART B., GUIPERT G., ALLIEZ-PHILIP C. & BRAU J.-J.,
la Dronne dans la première moitié du XXe siècle. La 2007. Virtual reconstitution and new palaeopathological
Peyzie, Rochereil, La Chèvre, Bulletin de la Société study of the Magdalenian child’s skull of Rochereil,
historique et archéologique du Périgord, CXXXI, p. 157- Paleovol, 6, p. 569-579.
173. MAFART B., 2009. Une reconstitution surprenante d’un
DEFFARGE R. et coll., 1975. Art mobilier du Magdalénien fossile humain : la mandibule magdalénienne du crâne
supérieur de l’abri Morin à Pessac-sur-Dordogne d’enfant Rochereil III, Paleovol, 8, p. 403-412.
(Gironde), Gallia-Préhistoire, 18, 1, p. 1-64. PAILLET P., 1993. Un objet inédit provenant de la « grotte
DELLUC B. & G., 1991. Les représentations humaines des Oiseaux » dans le vallon des Rebières (Commune de
préhistoriques du haut Périgord : Villars, le Fourneau du Brantôme, Dordogne), Antiquités Nationales, 25, p.7-15.
Diable et Rochereil, Bulletin de la Société historique et PAILLET P., 1999. Le bison dans les arts magdaléniens en
archéologique du Périgord, CXVIII, p. 165-183. Périgord, Paris, Éditions du CNRS, 480 p. (30e
DELLUC B. & G., 1994. Inventaire iconographique des supplément à Gallia-Préhistoire).
figures féminines schématiques du Périgord. Bulletin de PAILLET P. & VIALOU D., 2004. La grotte de Rochereil,
la Société historique et archéologique du Périgord, dans : D. Vialou (dir.), La Préhistoire. Histoire et
CXXI, p. 131-137. Dictionnaire Paris, Robert Laffont, p.1164-1165.
DELLUC B. & G. et coll., 1996. La grotte ornée de PAILLET P., 2011. Les figurations féminines de la grotte
Fronsac (Vieux-Mareuil, Dordogne) : inventaire des de Rochereil, dans : Catalogue de l’exposition « Mille et
œuvres, dans : J.P. Mohen, La vie préhistorique, Dijon, une femmes de la fin des temps glaciaires », Réunion des
Faton, p. 416-421. Musées Nationaux – Grand Palais, Musée national de
DELLUC B. & G., 2005. L’étonnante grotte de Rochereil Préhistoire, Les Eyzies, p.118-119.
(Grand-Brassac), Bulletin de la Société historique et PITTARD E. & BOISSIER G., 1928-1929. Une nouvelle
archéologique du Périgord, CXXXII, p. 121-146. station magdalénienne : la grotte des Oiseaux. Vallon des
DUCHADEAU-KERVAZO C., 1982. Recherches sur Rebières (Dordogne), Archives suisses d’Anthropologie
l’occupation paléolithique du bassin de la Dronne. Thèse générale, V, 2, Genève, 1930, p.216-221.
de 3e cycle, Bordeaux, Université de Bordeaux I, 2 tomes, RICARD (DE) R., 1906. Instrument de silex magdalénien
885 p. de Rocheroeil (Dordogne), Bulletin de la Société
DUCHADEAU-KERVAZO C., 1986. Les sites paléolithiques préhistorique française, 3, p. 256-257.
du bassin de la Dronne (nord de l’Aquitaine). RICARD (DE) R., 1907. La présence de castor dans un
Observations sur les modes et emplacements, Bulletin de gisement magdalénien de la vallée de la Dronne, à
la Société préhistorique française, 83, 2, p. 56-64. Rocheroeil (Dordogne), Congrès Préhistorique de
FEREMBACH D., 1974. Le squelette humain azilien de France, 2e session, Vannes, p. 229.
Rochereil (Dordogne), Bulletins et Mémoires de la ROUSSOT A. & DELSOL J., 1970. Un galet gravé de
Société d’Anthropologie de Paris, 2, série XIII, p. 271- Rochereil. Commune de Grand-Brassac (Dordogne),
291. Bulletin de la Société historique et archéologique du
JUDE P.-É. & CRUVEILLER J., 1938. La grotte et l’homme Périgord, XCVII, p. 174-184.
de Rochereil, Bulletin de la Société historique et TOSELLO G. 2003. Pierres gravées du Périgord
archéologique du Périgord, LXV, p. 190-197. magdalénien. Art, symboles, territoires, Paris, Éditions
JUDE P.-É., 1960. La Grotte de Rochereil. Station du CNRS, 584 p. (36e supplément à Gallia-Préhistoire).
magdalénienne et azilienne, Paris, Archives de l’Institut VALLOIS H.-V., 1971. Le crâne trépané magdalénien de
de Paléontologie humaine (Mémoire 30). Rochereil, Bulletin de la Société préhistorique française,
JULIEN M., 1982. Les harpons magdaléniens, Paris, 68, p. 485-495 (Études et Travaux, fasc.2).
Éditions du CNRS, 306 p. (17e supplément à Gallia-
Préhistoire).

15
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 1. Grotte de Rochereil. Situation géographique. DAO P. Paillet.


Rochereil Cave. Geographical situation.

16
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 2. Situation des sites de Rochereil, Pont d’Ambon, La Peyzie et le Fourneau du Diable. Carte IGN 1/25000.
Situation of the sites of Rochereil, Pont d’Ambon, La Peyzie and le Fourneau du Diable. IGN 1/25000 map.

Figure 3. Rochereil. Coupe stratigraphique sud-est/nord-ouest. Relevé P.E. Jude (Jude & Cruveiller, 1938, 1960).
Rochereil. Stratigraphic section South-East/North-West.

17
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 4. Rochereil. Motifs géométriques entrecroisés gravés sur galet. Relevé A. Roussot (Roussot et Delsol, 1970).
Rochereil. Intersected geometric motifs engraved on pebble.

Figure 5. Pont d’Ambon. Cheval gravé sur diaphyse d’os long. Relevé J.-M. Geneste (Célérier, 1998).
Pont d’Ambon. Horse engraved on a long bone diaphysis.

Figure 6. Rochereil. Tête de cheval gravée sur plaquette de schiste. Photo P. Paillet.
Rochereil. Horse head engraved on a schist plaquette.

18
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 7. Rochereil. Cheval, canidé et biche gravés sur plaquette silico-ferrugineuse (laminite litée).
Relevé G. Tosello (Tosello, 2003).
Rochereil. Horse, canid and hind engraved on a silico-ferruginous plaquette (stratified laminite).

Figure 8. Rochereil. Omoplate gravée. Photo P. Paillet.


Rochereil. Engraved scapula.

19
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 9. Rochereil. 9a - Outil intermédiaire, 9b – Harpon, 9c – Bâton percé. Photo P. Paillet.


Rochereil. 9a – Intermediary tool, 9b – Harpoon, 9c – Pierced staff.

20
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 10. Rochereil. 10a - Motif en feuille gravé sur fragment diaphysaire, 10b – Motifs en « ogive » gravés sur
outil intermédiaire, 10c – Motif en « tubercule » ou « bulbe » gravé sur omoplate. Relevé P. Paillet.
Rochereil. 10a – Leaf motif engraved on diaphysis fragment, 10b – « Rib » motifs engraved on intermediary tool, 10c –
« Tuber » or « bulb » motif engraved on scapula.

21
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 11. Rochereil. 11a – Tête de cheval gravé sur os d’oiseau, 11b – Figure féminine vue de face gravée sur
fragment diaphysaire, 11c – Cervidé ou capriné vu de face gravé sur harpon, 11d – Oiseau gravé sur outil
intermédiaire, 11e – Tête de renne et motif gravés sur fragment d’os, 11f – Aurochs gravé sur lissoir.
Photos et relevé P. Paillet.
Rochereil. 11a – Horse head engraved on bird bone, 11b – Female figure in front view engraved on diaphysis fragment,
11c – Cervid or caprine in front fiew engraved on harpoon, 11d – Bird engraved on intermediary tool, 11e – Reindeer
head and motif engraved on bone fragment, 11f – Aurochs engraved on smoother.

22
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 12. Rochereil. 12a – Motif en « tubercule » ou « bulbe » gravé sur bois de renne, 12b – Animal vu de face
gravé sur base de harpon, 12c - Cheval, canidé et biche gravés sur plaquette silico-ferrugineuse. Photos P. Paillet.
Rochereil. 12a – « Tuber » or « bulb » motif engraved on reindeer antler, 12b – Animal in front view engraved on
harpoon base, 12c – Horse, canid and hind engraved on silico-ferruginous plaquette.

Figure 13. Rochereil. Tête de cheval gravée sur omoplate. Relevé P. Paillet.
Rochereil. Horse head engraved on scapula.

23
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 14. Rebières, Grotte des Oiseaux. Bison gravé sur fragment diaphysaire. Photo P. Paillet (Paillet, 1999).
Rebières, Grotte des Oiseaux. Bison engraved on diaphysis fragment.

24
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 15. 15a – Rochereil. Aurochs gravés sur bâton percé ; 15b – La Mairie. Aurochs gravés sur cascade
stalagmitique. Photos P. Paillet.
15a – Rochereil. Aurochs engraved on pierced staff ; 15b – La Mairie. Aurochs engraved on stalagmite cascade.

25
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 16. Rochereil. Tête de cheval gravée sur os d’oiseau (déroulé). Relevé P. Paillet.
Rochereil. Horse head engraved on bird bone (stretch).

26
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 17. Mège. Phoque et motifs gravés sur baguette demi-ronde. Relevé H. Breuil (Capitan et al.., 1906).
Mège. Seal and motifs engraved on semi-circular rod.

27
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 18. 18a - Rebières, Grotte des Oiseaux. Bison gravé sur fragment diaphysaire ; 18b – Rochereil. Bison, renne
et capriné gravés sur galet ; 18c – Fronsac. Bison gravé sur paroi.
Relevés (18a et 18b) P. Paillet (Paillet, 1999), relevé (18c) C. Carcauzon (Carcauzon, 1984).
18a - Rebières, Grotte des Oiseaux. Bison engraved on diaphysis fragment; 18b – Rochereil. Bison, reindeer and
caprine engraved on pebble; 18c – Fronsac. Bison engraved on wall.

28
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 19. 19a – Rochereil. Bisons gravés sur omoplate ; 19b – La Mairie. Rennes gravés sur os d’oiseau.
Relevé (19a) P. Paillet, relevé (19b) H. Breuil (Capitan et al.., 1908).
Rochereil. Bisons engraved on scapula; 19b – La Mairie. Reindeers engraved on bird bone.

29
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 20. 20a – Rochereil. Chevaux macrocéphales gravés en bas-relief sur biseau indéterminé ; 20b – La Peyzie.
Chevaux macrocéphales gravés sur bâton percé ; 20c – La Mairie. Chevaux stylisés gravés sur bois de renne.
Photos P. Paillet, relevé (20c) H. Breuil (Capitan et al.., 1908).
20a – Rochereil. Macrocephalic horses engraved in low relief on undefined bevel; 20b – La Peyzie. Macrocephalic
horses engraved on pierced staff; 20c – La Mairie. Stylised horses engraved on reindeer antler.

30
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 21. 21a – Rochereil. Bouquetin vu de face et motifs gravés sur fragment d’os ; 21b – La Mairie. Cervidés vus
de face et motifs gravés sur baguette demi-ronde ; 21c – Mège. Cervidés vus de face gravés sur baguette.
Relevé (21a) P. Paillet, relevés (21b et 21c) H. Breuil (Capitan et al.., 1906, 1908).
21a – Rochereil. Ibex in front view and motifs engraved on bone fragment; 21b – La Mairie. Cervids in front view and
motifs engraved on semi-circular rod; 21c – Mège. Cervids in front view engraved on rod.

31
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 22. Rochereil. Bouquetin vu de face gravé sur base de harpon. Photo P. Paillet.
Rochereil. Ibex in front view engraved on harpoon base.

Figure 23. Rochereil. 23a – Figure féminine schématique gravée sur os d’oiseau, 23b – Deux figures féminines
schématiques et motifs gravés sur fragment d’os, 23c – Figure féminine vue de face et motif gravés sur os, 23d –
Figure féminine vue de face gravée sur os d’oiseau, 23e – Figure féminine vue de face et motif en feuille gravés sur
fragment diaphysaire, 23f – Figure féminine vue de face, motif en feuille et représentations animales gravés sur
fragment diaphysaire, 23g – Corps féminin vu de face (?) ou représentation fantastique gravé sur os. Photos et
relevés P. Paillet
Rochereil. 23a – Schematic female figure engraved on bird bone, 23b – Two schematic female figures and motifs
engraved on bone fragment, 23c – Female figure in front view and motifs engraved on bone, 23d – Female figure in
front view engraved on bird bone, 23e – Female figure in front view and leaf motif engraved on diaphysis fragment, 23f
– Female figure in front view, leaf motif and animal representations engraved on diaphysis fragment, 23g – Female
body in front view ( ?) or fantastic representation engraved on bone.

32
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 24. La Mairie. Représentation féminine vue de face (?) et motifs gravés sur bois de renne.
Relevé H. Breuil (Capitan et al.., 1908).
La Mairie. Female representation in front view (?) and motifs engraved on reindeer antler.

33
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 25. 25a – La Peyzie. Triangle pubien et vulve gravés autour de la perforation d’un bâton percé, 25b – Font-
Bargeix. Vulves gravées en file sur paroi, 25c – Fronsac. Vulve gravée sur paroi.
Photos P. Paillet (25a et 25c), relevé B. et G. Delluc (25b) (Delluc et al.., 1996).
25a – La Peyzie. Pubic triangle and vulva engraved around pierced staff perforation, 25b – Font-Bargeix. Vulvae
engraved in a row on wall, 25c – Fronsac. Vulva engraved on wall.
.

Figure 26. Fronsac. Figures féminines schématiques gravées sur paroi. Photo P. Paillet.
Fronsac. Schematic female figures engraved on wall.

34
Elena Man-Estier & Patrick Paillet, Rochereil et l’art magdalénien de la fin du Tardiglaciaire dans le nord du Périgord
(Dordogne, France)

Figure 27. 27a – Rochereil. Motif en corolle (fleur ?) gravé sur os, 27b – La Peyzie. Motifs en corolle (fleurs ?)
gravés sur manche de bâton percé. Photos P. Paillet.
27a – Rochereil. Corolla motif (flower ?) engraved on bone, 27b – La Peyzie. Corolla motifs (flowers ?) engraved on
pierced staff handle.

35
Expressions esthétiques et comportements techniques au Paléolithique

Figure 28. 28a – Rochereil. Représentations composites ou fantastiques gravées sur lissoir, 28b – Mège. Êtres
composites (diablotins) gravés sur bâton percé. Relevé (28a) P. Paillet et relevé 28b H. Breuil (Capitan et al.., 1909).
28a – Rochereil. Composite or fantastic representations engraved on smoother, 28b – Mège. Composite beings (little
devils) engraved on pierced staff.

36

Vous aimerez peut-être aussi