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212

STELLA
MCCARTNEY
Pionnière de la
mode éthique

SHAY
Princesse du rap

MODE
Écoresponsable

OULAYA
AMAMRA
Actrice divine
’:HIKOLF=XUY^U[:?a@c@l@c@k";
M 04153 - 212 - F: 4,90 E - RD

Nature
Février
Avril 2017
2020
louisvuitton.com
Sommaire

Photo de couverture : Sofia Sanchez


e t M au r o M o n gi e ll o. R é a li s a ti o n :
Kai Margrander. Mannequin : Ajok
Madel chez The Industry Model. Ajok
por te une veste croisée et un shor t
rebrodés de sequins, un débardeur en
jersey, une broche et une ceinture,
S A I N T L AU R E N T PA R A N T H O N Y
VAC CA R E LLO. Coif fure : Lesly
McMenamin chez Lowe & Co.
Maquillage : Lottie chez Lowe & Co.
Numérique : Leon Singleton.
Production : Peter McClafferty assisté
par Nick Mavar.

212
34 Guest list. Ils collaborent à Numéro
37 Édito

WHAT’S UP ?
38 La sélection mode du mois. Par Léa Zetlaoui
40 Les nouveaux lieux. Par Léa Zetlaoui
42 After hours. Par Léa Zetlaoui et Chloé Sarraméa
44 Les expositions à ne pas rater. Par Matthieu
Urivaldo Lopes – Guillaume Malheiro

Jacquet
46 Joaillerie-Horlogerie. Sélection Rebecca
Bleynie, texte Ophélie Meunier

SACRÉ NUMÉRO
48 La rappeuse Shay. Par Chloé Sarraméa,
portraits Urivaldo Lopes

PROFIL
54 Oulaya Amamra. Par Olivier Joyard
Sommaire

212

Cour tesy of Stella McCar tney – Cour tesy of Redemption – Aver y Singer. Cour tesy of the ar tist, Hauser & Wir th and Kraupa-Tuskany Zeidler, Berlin. Photo : L ance Brewer – François Ber thoud
STYLE
58 Stella McCartney, pionnière de la mode
éthique. Par Alison Dechandon

62 Le développement durable chez Kering.


Propos recueillis par Delphine Roche

64 Redemption, label libre et engagé. Par Delphine


Roche

ACCESSOIRES
66 Objets de désir. Photographie Leandro Farina,
réalisation Fernando Damasceno

ART
72 Art diary : chronique d’un reporter infiltré.
Par Nicolas Trembley, photo Jessica Craig-Martin
74 L’artiste du mois : Avery Singer. Propos
recueillis par Nicolas Trembley

DESIGN
78 La galerie Dimore au salon PAD Paris.
Par Thibaut Wychowanok

BEAUTÉ
80 Bouquets. Photographie Simone Cavadini,
réalisation Laurence Hovart
88 Le rouge à lèvres signé Hermès. Par Delphine
Roche, illustration François Berthoud
Sommaire

212

MODE
92 Nirvana. Photographie Txema Yeste,
réalisation Bernat Buscato
110 Forêt vierge. Photographie Sebastian Kim,
réalisation Charles Varenne
122 Oiseau de paradis. Photographie Rory Payne,
réalisation Irina Marie
136 Effet de serre. Photographie Katja Mayer,
réalisation Samuel François
150 Chlorophylle. Photographie Daisy Walker,
réalisation Rebecca Bleynie

redemption.com
Txema Yeste – Sebastian Kim – Daisy Walker – Katja Mayer

JOAILLERIE
166 Voyage cosmique. Photographie Guido
Mocafico, réalisation Spela Lenarcic

POINT DE VUE
174 Ewa Juszkiewicz. Par Éric Troncy

ARCHITECTURE
180 La Casa de Vidro de Lina Bo Bardi à Sao Paulo.
Texte et photos Thibaut Wychowanok

184 ENGLISH TEXT

192 L’INSIDER
Par Stéphane Feugère

194 ADRESSES
Numéro n° 212 avril 2020

Paul-Emmanuel REIFFERS MODE PUBLICITÉ/COMMUNICATION


Rebecca BLEYNIE, Irina MARIE, 5, rue du Cirque, Paris VIIIe.
directeur de la publication
Vanessa METZ, Camille-Joséphine
Amélie CAMES directrice exécutive,
Babeth DJIAN TEISSEIRE, Charles VARENNE tél. 01 56 88 98 07,
directrice de la rédaction a.cames@numero.com
MAGAZINE
assistée de Leslie KALFA Thibaut WYCHOWANOK rédacteur en Emmanuelle HERMANT directrice de la publicité,
chef adjoint tél. 01 56 88 98 35,
Samuel FRANÇOIS e.hermant@numero.com
Philip UTZ rédacteur at large Julie GOYHENECHE directrice de clientèle,
rédacteur en chef mode Alexandra DEJEAN secrétaire générale tél. 01 56 88 98 36,
de la rédaction j.goyheneche@numero.com
Delphine ROCHE Claudine FOUCAULT coordinatrice de la publicité,
Franck MONTEL rédacteur-réviseur
rédactrice en chef magazine tél. 01 56 88 98 37,
Léa ZETLAOUI rédactrice c.foucault@numero.com
Léa MATTOUT stagiaire,
BEAUTÉ tél. 01 56 88 98 13,
Laurence HOVART l.mattout@numero.com

212
rédactrice en chef beauté CORRESPONDANT ITALIEN :
JB MEDIA (Milan), Jeffrey BYRNES,
assistée d’Aude BOISSOU
tél. +39 02 29 01 34 27, jeffrey@jbmedia.com

JOAILLERIE, HORLOGERIE
Relation abonnés/Vente anciens numéros
Rebecca BLEYNIE responsable joaillerie
Par téléphone : 03 88 66 86 40
et horlogerie Par courrier : AboPress, 19, rue de l’Industrie,
Spela LENARCIC rédactrice BP 90053, 67402 Illkirch Cedex
Tarif France métropolitaine : 49 e
DIGITAL (1 an pour 10 numéros)
Abonnez-vous en ligne ou commandez d’anciens
Thibaut WYCHOWANOK numéros sur www.numero.com
rédacteur en chef Web Distribution France Presstalis
Alexis THIBAULT rédacteur Web Ventes (dépositaires et diffuseurs exclusivement),
Matthieu JACQUET rédacteur Web tél. 01 56 88 98 05
Chloé SARRAMÉA rédactrice Web Distribution à l’étranger : Export Press
Margaux CORATTE stagiaire Web Réglages réseau : Mercuri Presse
Emma NAROUMBO ARMAING stagiaire Imprimerie :
Aubin Imprimeur
Web
Chemin des Deux-Croix – CS 70005
Ksenia DROBYSHEVSKAYA community 86240 Ligugé
manager Numéro est édité par Numéro Presse SAS
(40 109,34 e)
SERVICE ARTISTIQUE Siège : 5, rue du Cirque, Paris VIIIe.
Blandine CHABANI directrice artistique RCS Paris B 418 680 054.
Durée de la société : 99 ans.
Charlotte CORNELOUP assistante DA Tous droits de reproduction réservés.
Numéro CPPAP : 0720K 78678.
Paul GRUBER ISSN 1292-6213. Dépôt légal à parution.
directeur de création digitale
ÉDITIONS INTERNATIONALES :
PRODUCTION PHOTO Numéro Berlin
Nadia LESSARD Off One’s Rocker Publishing Ltd., directeur de la
publication : Götz Offergeld.
directrice de la production photo
Numéro China
Paul LOUISOR directeur de casting Modern Media Co., Ltd., directeurs de la
Lucie ETCHEBES chargée de production publication : Thomas Shao et Alain Deroche.
Numéro Pays-Bas
PBQ Media B.V., directeur de la publication :
PROMOTION/DIFFUSION
Floris Müller.
Vincent HAM Numéro Russia
Artcom Media Group,
ADMINISTRATION directrice de la publication : Gala Gladkikh.
ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO : Alla NEGER comptable Numéro Thailand
Jean-Marc AGOSTINI, Andrew AYERS, Fond Publishing International Co., Ltd., directrice
François BERTHOUD, Céline de la publication : Amornsiri Boonyasit.
BOURREAU, Bernat BUSCATO, Simone DIRECTION GÉNÉRALE Numéro Tokyo
CAVADINI, Jessica CRAIG-MARTIN, Paul-Emmanuel REIFFERS président Fusosha Publishing Inc.,
Fernando DAMASCENO, Alison directeur de la publication : Keiichi Murakami.
DECHANDON, Leandro FARINA, Rédaction : 5, rue du Cirque, Paris VIII e.
Stéphane FEUGÈRE, Olivier JOYARD,
Sebastian KIM, Urivaldo LOPES, Lolita Standard-accueil, tél. 01 56 88 98 00,
MANG, Kai MARGRANDER, Katja fax. 01 56 88 98 38
MAYER, Ophélie MEUNIER, Guido
MOCAFICO, Mauro MONGIELLO, Pour envoyer un e-mail à votre
Camille MOULIN,Rory PAYNE, Sofia
correspondant, tapez l’initiale de son
SANCHEZ, Anita SZYMCZAK, Nicolas
TREMBLEY, Éric TRONCY, Daisy prénom suivie d’un point, de son nom
WALKER, Txema YESTE et de @numero.com Printed in U.E.
Guest list

35
SOFIA SANCHEZ ET K ATJA MAYER
MAURO MONGIELLO photographe
photographes C’est en arrivant à Londres à
Après leur rencontre à l’âge de 17 ans pour suivre
Buenos Aires, les photo- des études de photographie
g r a p h e s S of i a S a n c h ez e t que la jeune Katja Mayer, née
Mauro Mongiello ne se sont à Munich, confirme sa voca-
plus quittés. L’étudiante en tion naissante. Elle se tourne
cinéma et le musicien de rapidement vers la mode et
rock décident alors de partir peaufine son goût pour les
s’ins t a lle r à Pa r is pour s e images extrêmement travail-
lancer dans une carrière lées cultivant une ambiance
commune de photographes. et une narration puissante.
Ensemble, ils développent un Un style qui a convaincu de
univers inventif et poétique grandes maisons de mode
qui anime régulièrement les comme Louis Vuitton,
pages de Numéro. Ce mois- Hermès ou Alexander Wang,
ci, ils signent la couver ture et qui s’illustre dans la série
de cette édition consacrée à “Effet de serre” (p. 136) de ce
l a n a t u r e. “Ph oto g r a p h i e r Numéro. “Dans mes prises
Ajok dans la végétation exo- de vue, j’essaie toujours de
tique de Palm Springs sous trouver des éléments
un soleil éclatant était d’étrangeté qui heur tent ce
magique. Dans sa robe que nous avons l’habitude de
incroyable, au milieu des pal- voir, ou qui, au se in d’une
miers, elle ressemblait à une m ê m e p h oto, n e vo n t p a s
véritable apparition. Il nous ostensiblement les uns avec
a s u f f i d ’a p p u y e r s u r l e les autres. Ainsi, dans cette
déclencheur pour saisir cet série, nous avons placé un
instant de grâce.” champ de tulipes dans une
pièce fermée et sombre,
URIVALDO LOPES pour que le naturel et l’artifi-
photographe ciel s’opposent avec acuité.”

Né à Mindelo au Cap -Ver t,


Urivaldo Lopes arrive en RORY PAYNE
France à l’âge de 15 ans. Très photographe
vite, il s’intéresse au design Après des études de design
de mode et fait ses classes à et un diplôme de photogra-
l’École de la chambre syndi- phie, l’A nglais Ror y Payne
cale de la couture parisienne, assiste divers photographes
puis par t pour l’Italie où il de mode tel Josh Olins avant
travaille pour le label de lancer son propre studio.
Blumarine pendant cinq ans. Dans ses photos marquées
Influencé à la fois par l’archi- par une sensibilité poétique,
t e c t u r e , l ’a r t m o d e r n e , l a il capture la force et la vulné-
culture hip-hop et le rap, il rabilité de ses sujets dans
aime mettre en scène dans des moments souvent
ses images des femmes sen- intimes. Il a déjà prêté son
suelles qu’il sublime à tra- concours à de célèbres
vers des couleurs volontiers labels comme Calvin Klein,
saturées. Dans ce Numéro, il Mugler ou Versace. Il a aussi
signe deux por tr a its de la collaboré avec de nombreux
jeune rappeuse belge Shay magazines. Dans cette édi-
(p. 48) : “Shay soigne énor- tion, il signe la série “Oiseau
méme nt son a ppa r e nce et de paradis” (p. 122). “Nous
c’est une personnalité extrê- avons eu une approche un
mement inspirante pour un peu abstraite de la nature en
photographe. Elle se montre nous focalisant sur les splen-
très proche de ses équipes dides imperfections du
et j’ai été enchanté, pour ma monde naturel, sur ses
première collaboration avec formes uniques et alambi-
Numéro, de réaliser ses por- quées, son esprit, son éner-
traits et une vidéo avec elle.” gie, les couleurs et la lumière
de son opulente beauté.”
ÉDITO
“Si nous prenons la nature pour guide, nous ne nous
égarerons jamais”, a écrit l’écrivain latin Cicéron. Il est plus
qu’évident que le sujet de l’environnement est aujourd’hui
crucial. Alors que le développement durable devient pour
les millennials une priorité absolue, les grands noms de la
mode cherchent activement des réponses innovantes et
éthiques aux enjeux majeurs de demain. À l’instar de la
Britannique Stella McCartney, créatrice sans concession qui
a fait de la protection de l’environnement son cheval de
bataille et prône, depuis ses débuts, la défense de la nature
et des animaux. La photographe de mode Daisy Walker crée
quant à elle, pour cet te édition, l’image d’une nature
s’infiltrant par tout pour prendre d’assaut l’espace des
hommes. Pour pointer nos regards avec espoir vers des
lendemains plus harmonieux, deux jeunes femmes
audacieuses, la nouvelle princesse du rap Shay et la divine
actrice Oulaya Amamra, éclairent ce Numéro de tout leur
talent. En prenant pour guide cette nouvelle génération
consciente, engagée et ultra sensible à la cause
environnementale, nous cherchons, dans leur sillage, à
dessiner les contours d’un monde meilleur.
BABETH
What’s up ? Par Léa Zetlaoui

38
1
1 JIMMY CHOO x K AIA
GERBER
Égérie de Jimmy Choo
depuis trois saisons, Kaia
Gerber a imaginé une col-
lection de chaussures pour
le label anglais, en collabo-
r a t i o n ave c l a d i r e c t r i c e
artistique Sandra Choi. Ce
sont quatre modèles
emblématiques de la mai-
son que la jeune top model
revisite en leur insuf flant
une touche nineties : une
paire de boots de combat,
des bottines western, des
mules à bouts carrés et des
escarpins à brides arrière.
2
Déclinés dans des teintes
classiques (beige, marron,
noir) et dans des matières
comme le cuir imprimé
fa ç o n py tho n ou le ve au
velour s, ces pièces s’in -
tègrent facilement dans le
ve s t i a i r e c o n t e m p o r a i n .
Par ailleurs, Kaia Gerber et
Jimmy Choo reversent
de Versace ornementé d’un
15 % d e s b é n é f i c e s d e
V majuscule – bling à sou-
cette collection au St. Jude
hait. Les pièces de prêt-à-
Children’s Research
por ter présentées lors du
Hospital, afin de financer la
défilé sont également
recherche contre le cancer
disponibles.
pédiatrique.
www.versace.com
La collection Jimmy Choo x
Kaia Gerber est disponible
au Bon Marché et sur 3
www.jimmychoo.com LA PREMIÈRE
COLLECTION
2 ÉCORESPONSABLE
LES ACCESSOIRES D’INTIMISSIMI
VERSACE INSPIRÉS DE Avec sa collection Green,
L’ICONIQUE ROBE Intimissimi présente sa
DE JENNIFER LOPEZ première ligne écorespon-
En septembre, à Milan, sable qui vient célébrer les
Donatella Versace invitait 10 ans de son programme
Jennifer Lopez à clôturer Recycle, destiné à récupé-
son défilé pr intemps- été rer et à donner une seconde
2020. La chanteuse arbo- vie aux textiles. La lingerie
rait alors une robe désor- et les pièces de prêt-à-por-
mais célèbre : portée pour ter sont ainsi conçues avec
la première fois à la céré- des matériaux à faible
monie des Grammy Awards impact environnemental :
3 dentelle en fil recyclé, soie
en 2000, cette création
avait engendré un nombre issue d’une production rai-
de recherches si important sonnée, modal et bambou
sur Google que les fonda- durable… Les ensembles
teurs du moteur de The Garden Fair y et Rare
recherche lancèrent Beauty – incarnés par
Google Images. Pour célé- l’égérie de la maison Irina
brer les 20 ans du fameux Shayk –, conjuguent désor-
Jungle, l’imprimé mythique, mais sensualité et engage-
la maison italienne décline ment. Un programme que
les exubérants motifs vient compléter l’engage-
végétaux sur une série ment d’Intimissimi auprès
d’a c c e s s o i r e s : l e g g i n g , de l’association Treedom,
ba skets Squalo, boucles afin de planter 20 000
d’oreilles, por tefeuille et, arbres dans dif férentes
bien sûr, sur le Virtus, l’un parties du monde.
des sacs emblématiques www.intimissimi.com

La sélection du mois
Jason Lloyd-Evans

Événements, collections capsules, collaborations exclusives…


What’s up ? Par Léa Zetlaoui

40
1
1 NATAN
Fondée il y a presque un
siècle, la maison de cou-
ture Natan a construit sa
réputation grâce à ses
coupes intemporelles et à
ses silhouettes élégantes
qui ont notamment séduit
les familles royales de
Belgique, de Suède et des
P ay s - B a s . D e p u i s 19 8 3 ,
son dir e c teur a r tis tique,
Édouard Vermeulen, asso-
cie des matières nobles à
des volumes épurés, et met
l’accent sur une approche
éthique de la fabrication.
En 2020, après la Belgique
2
et les Pays-Bas, la maison
N a t a n s ’ i n s t a l l e à Pa r i s
dans le quar tier de Saint-
Germain-des-Prés, entre la
rue de Grenelle et le boule-
v a r d S a i n t- G e r m a i n . U n
écrin à l’élégance discrète
qui accueille les créations
aux lignes très étudiées et
à la sophistication raffinée,
accessoires conçus par le
dont la décoration évoluera
duo Meier qui perpétue
au fil des collections.
ave c f ines se l’hér it age
71, rue des Saints-Pères, légué par l’Allemande Jil
Paris VI e. Sander.
Tél. 01 88 47 77 60.
56, avenue Montaigne,
Paris VIII e.
2 Tél. 01 44 95 06 70.
JIL SANDER
Lucie et Luke Meier, direc-
teurs artistiques de 3
J i l S a n d e r d e p u i s 2 0 17, ARMANI/CASA
viennent de dévoiler le nou- Dans son fief parisien
vel aménagement du flag- d e S a i n t- G e r m a i n - d e s -
s h ip d e l a m a i s o n , s i tu é Prés, adresse historique de
dans un immeuble classé la maison italienne à Paris,
d e l ’a v e n u e M o n t a i g n e . Armani a totalement
Dans cet écrin repensé qui repensé sa boutique
vient de rouvrir ses portes, Armani/Casa , dédiée à
on retrouve les codes mini- l ’u n i v e r s d e l a m a i s o n .
malistes qui ont forgé Trois cents mètres carrés
l’i d e n t i té d u l a b e l fo n d é au design réactualisé
dans les années 70. Conçu do miné s pa r de s te inte s
par l’architecte britannique beiges et poudrées, avec
J o h n P a w s o n , l ’e s p a c e du chêne clair sur les murs,
– épuré et lumineux – tire de l’onyx pour le sol et de la
3 fine maille métallique pour
par ti d’une double source
d ’i n s p i r a t i o n . S a p u r e t é compar timenter l’espace.
rappelle l’esprit des gale- M ag nif ié e s pa r l a dou c e
ries d’ar t, tandis que son lumière naturelle qui
mobilier et l’agencement baigne l’intérieur de la bou-
du lieu font penser aux tique, les pièces de mobi-
podiums des défilés, le tout lier – lampes, canapés,
mis en valeur par de subtils tables et lits – auxquelles
jeux de lumière et de s’ajoutent les tapisseries
miroirs. L’association des murales, les textiles et les
bois précieux et du marbre tapis, incarnent l’élégance
sublime comme il se doit la nuancée de délicatesse si
précision des coupes des chère au fondateur de la
collections. Dans cette maison, Giorgio Armani.
boutique, on retrouve les 195, boulevard
créations masculines et Saint-Germain, Paris VII e.
féminines ainsi que les Tél. 01 53 63 39 50.
Thibaud Robic – Beppe Raso

Les nouveaux lieux


Boutiques, concept stores… les adresses incontournables
What’s up ? Par Léa Zetlaoui et Chloé Sarraméa

42
1
1 2 FERONA
Dès que l’on pousse la porte
de Ferona, le dépaysement
est total. Une décoration
chaleureuse signée par le
duo Friedmann & Versace,
une douce lumière, des
couturier et son ami Pierre
tables en marbre rose, de
Bergé) où 30 grammes de
larges miroirs trumeaux
caviar trônent sur un œuf
d’inspiration Belle
mollet enrobé d’une gelée
Époque… On se retrouve
de jus de volaille, ou
tr a nspor té da ns un inté -
encore le tar tare de bœuf
rieur aux allures d’estancia
a g r é m e n t é d ’o r n o i r, l a
argentine. Au fond du res-
maison Prunier associe
taurant, derrière une arche,
c e m e t s d ’e x c e p t i o n à
le bar entièrement tapissé
d’autres ingré dients iné -
de céramiques ver tes
dits, of frant sa lecture du
évoque la pampa. La cheffe
c a v i a r v e r s i o n “ s t r e e t ”,
Flavia Isla, argentine, est
d o n c d é r o u t a n te, i c o n o -
passée par le restaur ant
claste et surtout
solidaire de Massimo
savoureuse.
Bottura, Le Refettorio.
Spécialisée dans la cuis- 16, avenue Victor-Hugo,
son de la viande, elle pro- Paris XVI e.
pose des recettes typiques Tél. 01 44 17 35 85.
de son pays natal, d’Amé- 15, place de la Madeleine,
rique latine et d’origine his- Paris VIII e.
panique : jambon de bœuf Tél. 01 47 42 98 91.
ibérique, empanadas, gua-
camole, ris de veau grillé 3
ou ceviche en entrées. En LA PARADE
plats, t a r t a re de bœuf, Tout près de la place de la
hamburger (à la sauce République, le restaurant
chimichurri), chorizo La Parade met à l’honneur
argentin. Pour finir, on se l’artisanat et les petits pro-
3 laisse séduire par un maté ducteurs à travers des
délicieusement amer. plats sophistiqués, travail-
7, rue du Chevalier-de- lés avec des légumes de
Saint-George, Paris VIII e. saison et une sélection de
Tél. 01 42 61 16 80. viandes et de poissons
triés sur le volet. Avec une
2 carte qui se réinvente tous
CAFÉ PRUNIER les jours, garantissant fraî-
Depuis plus d’un siècle, la cheur et surprises dans
maison Prunier s’attache à l ’a s s i e t t e , L a P a r a d e
s u b l i m e r l e c a v i a r “à l a célèbre la créativité culi-
française”, produit près de naire dans un lieu convivial.
Bordeaux. Cette année, à Le restaurant propose une
travers une nouvelle carte carte où tout est alléchant,
et une nouvelle décoration et qui va jusqu’à sublimer
dans son restaurant pari- une simple raclette. Le chef
s ie n du X V I e a r r o n dis s e - Aldwin Beets, passé par les
ment, l’institution cuisines de Guy Savoy et
mo de r nis e et dé my thif ie d’Alain Passard, revisite les
l’image du caviar en mêlant classiques comme le poi-
les petits œufs noir s aux reau vinaigrette transformé
entrées, aux plats et même en “poireau mayo -neige”
aux desserts (tartelette au ( r e c o u v e r t d ’u n e c r è m e
citron et caviar). Des tapas m o n té e t r è s a é r i e n n e e t
aux sandwichs en passant d’un char bon végétal). À
par la relecture du croque- L a Pa r a d e , l e s p â te s s e
monsieur version œufs réinventent en tagliatelles
d ’e s t u r g e o n , l e C a f é au bouillon de crabe ver t,
Prunier instaure sa propre lait de coco, citronnelle,
vision de la gastronomie : pignons, brocolis snackés
elle est fraîche, étonnante et brocciu (fromage corse
LE STUDIO DES ACACIAS EST UN LIEU MY THIQUE OÙ SE SONT
Her vé Goluza – Café Prunier – Sébastien Dray

e t s u bve r s i ve . Ave c d e s crémeux).


plats signature comme le 2, rue des Goncourt,
SUCCÉDÉ DES PHOTOGRAPHES DE LÉGENDE COMME IRVING PENN,
très attirant œuf Christian Paris XI e. RICHARD AVEDON OU GUY BOURDIN.
Dior (imaginé par le Tél. 06 82 46 20 69.

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IL ACCUEILLE LES PLUS GRANDS ARTISTES CONTEMPORAINS ET LES PLUS ART EXHIBITION & STUDIO PHOTO
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ET EXPOSITIONS UNIQUES. W W W. S T U D I O D E S AC AC I A S . C O M
Restaurants, bars… notre sélection des nouvelles adresses
What’s up ? Par Matthieu Jacquet

45
1 5

Martin Argyroglo. 7. Yohji Yamamoto II (1996) de Sarah Moon. © Sarah Moon. 8. Acrobat (2003-2009) de Jeff Koons. Aluminium polychrome, acier galvanisé, bois et paille, 228,9 x 148 x 64,8 cm. © Jeff Koons/Collection Carmignac. 9. Je n’ai pas de main qui me
1. Bethan Laura Wood with her collaboration with Valex tra. Photo : Anthony Lycett. 2. Bett y Catroux et Anthony Vaccarello. Photo : David Sims. 3. Ultima Ballerina de Christian Louboutin. © Jean-Vincent Simonet. 4. Lee Miller, le visage peint (1930)
1 L’ÉVOLUTION DU SAC CINDY SHERMAN À 5

5. Untitled #582 [détail] (2016) de Cindy Sherman. Courtesy of the artist and Metro Pictures, New York © 2019 Cindy Sherman. 6. We (New Street/No Name) 1 (2015) de David Douard. Vue de l’exposition Strange Days, FRAC Île-de-France, Le Plateau. Photo :
AU VICTORIA AND LA FONDATION LOUIS
ALBERT MUSEUM VUITTON

caresse le visage (1961-1963) de Mario Giacomelli. Tirage argentique signé et tampon de l’artiste, 29 x 39 cm. Bibliothèque nationale de France © BnF/Département des estampes et de la photographie. © Archivio Mario Giacomelli/Simone Giacomelli
À main, à dos, à anses ou à Du clown à la fillet te, de
ba ndoulièr e, ma llet te ou l ’a c t r i c e d ’ u n f i l m d e s
Minaudière, le sac a années 50 à la mannequin
adopté, selon les cultures vedette d’un magazine de présente ici une sélection de
et les modes, de nombreux mode, les personnages ses photographies, de ses
changements de forme. incarnés par Cindy films, mais également des
E s s e ntie l p our la g a r de - Sherman depuis les livres et des documents qui
robe féminine comme mas- années 70 sont multiples. À témoignent de ses nom -
culine, cet accessoire a su travers cet habile jeu breuses références.
s e r e n o u ve l e r a u f i l d e s d’identités, cette artiste et
Du 24 avril au 16 août,
siècles grâce à des propo- photographe américaine a
Paris XVI e.
sitions techniques et gagné une célébrité inter-
esthétiques audacieuses. À nationale tout en chan-
travers près de 300 pièces Louboutin. Ce vir tuose de geant sans arrêt de visage. 8
tirées de sa riche collec- l a c h a u s s u r e, s i g n a n t l a Réalisée en collaboration LA MER IMAGINAIRE À
2 LA FONDATION 6
tion, le Victoria and Albert plupart de ses créations de ave c l’a r t i s te, l a g r a n d e
Museum balaye l’évolution sa reconnaissable semelle rétrospective de la CARMIGNAC
du sac du xvi e siècle jusqu’à rouge, s’est établi en moins Fo n d a t i o n L o u i s Vu i t to n Comme un hommage à la
au jo u r d’hu i, e t m o n t r e à de trois décennies comme retrace et présente près de Méditerranée qui encercle
quel point l’histoire de cet une figure parmi les plus cinq décennies de carrière, l ’ î l e d e Po r q u e r o l l e s , l a
accessoire est émaillée de influentes de la mode de a insi qu’une séle c tion nouvelle exposition de la
créations surprenantes. notre époque. À travers de d’œuvres d’autres artistes Villa Carmignac explore la
nombreux modèles, mais contemporains qui font relation de l’humain avec la
Bags: Inside Out, mer à travers le prisme de
aussi des photographies et écho à son travail.
du 25 avril 2020 au l’art. Réalisée sous le com-
des illustrations du créa- Du 2 avril au 31 août,
31 janvier 2021, Londres. missariat de l’écrivain et
teur, cet te r étr os pe c tive

de Man Ray. 30,9 x 22,1 cm. Fonda zione Marconi (Milan). © Collection par ticulière, cour tesy of Fonda zione Marconi. © Man Ray 2015 Trust /ADAGP, Paris 2020
Paris XVI e.
majeure revient en dix cha- curateur américain Chris
2 pitres sur son histoire, ses Sharp, elle invite le visiteur
BETTY CATROUX créations et ses inspir a- 6 au sein d’un monde suba-
AU MUSÉE tions – en résonance avec DAVID DOUARD AU FRAC quatique où cohabitent des
YVES SAINT LAURENT l’architecture et les orne- ÎLE-DE-FRANCE œuvres de Miquel Barceló,
G r ande amie et muse du mentations du palais de la Créatures fusionnant l’hu- Bruce Nauman, Jeff Koons,
couturier Yves Saint Porte-Dorée. m a in, l’obje t e t l’a nim a l, Kate Newby ou encore Lin
3 4 7 8
Laurent de la fin des grilles de fer en paravent, May Saeed.
Jusqu’au 26 juillet,
années 60 jusqu’à sa mort, lustres-paniers et collages Du 25 avril au 4 octobre,
Paris XII e.
Betty Catroux l’a toujours de tex te s… E ntr e s culp - île de Porquerolles.
considéré comme un grand tures et installations, les
4
frère, jusqu’à se désigner œuvres de David Douard
MAN RAY ET LA MODE 9
comme son “double fémi- mettent à l’honneur l’hybri-
AU MUSÉE NOIR & BLANC : UNE
nin”. Il y a quelques années, dation dans des environne-
DU LUXEMBOURG ESTHÉTIQUE DE LA
la mannequin faisait don de ments postmodernes et
Si Man Ray est par ticuliè- PHOTOGRAPHIE AU
sa collection personnelle post-humains mêlant l’or-
r ement célèbr e pour ses GRAND PALAIS
de pièces du créateur à la ganique au technologique.
photographies dadaïstes et Diane Arbus, Daido
Fo n d a t i o n Pi e r r e B e r g é. Pendant deux mois et
surréalistes, son expé- Moriyama, Mar y Ellen
Piochant parmi cette dona- demi, le plasticien français
rience et son impact majeur M a r k , J o s e f Ko u d e l k a …
tion, Anthony Vaccarello, investit la totalité de l’es-
sur l’iconographie de mode malgré les différentes
l’actuel directeur artistique pace du FR AC Île-de-
sont pour t a nt loin d’être époques où ils ont vécu et
de la maison, présente au France, à côté du parc des
aussi connus. Dans les leurs styles divergents, ces
musée Yves Saint Laurent Buttes-Chaumont.
a n n é e s 2 0 , l ’A m é r i c a i n p h o to g r a p h e s d e r e n o m
des créations haute cou- Du 30 avril au 19 juillet,
commence à publier ses ont un point commun : l’uti-
ture qui reflètent le style et Paris XIXe. 9
p o r t r a i t s p o u r Vo g u e e t lisation du noir et blanc.
l’influence de cette égérie,
Va n i t y Fa i r, puis e nt a me Celui-ci est le sujet de la
aujourd’hui âgée de 75 ans.
une collaboration fruc- 7 nouvelle exposition du
Jusqu’au 11 octobre, tueuse avec le maga zine SARAH MOON AU MUSÉE Grand Palais, qui explore
Paris XVI e. H a r p e r ’s B a z a a r, q u i l u i D’ART MODERNE DE LA l’histoire, les transforma-
vaudra sa notoriété dans ce VILLE DE PARIS tions et le devenir d’une
3 domaine. C’est sur ce volet G r a n d e p h o to g r a p h e d e technique remontant aux
CHRISTIAN LOUBOUTIN aussi riche que peu exploré mode depuis la fin des origines du médium photo.
AU PALAIS de son œuvre que le musée années 60, Sarah Moon s’est Pour ce faire, le musée pré-
DE LA PORTE-DORÉE du Luxembourg choisit de distinguée par ses images sente les travaux de plus
Suite à l’exposition que le se concentrer, revenant à sombres et féminines, mys- de 200 photographes
Design Museum de travers son regard singulier térieuses et légèrement oni- – dont les quatre préci-
Londres lui consacrait en sur une période qui marqua riques, que le flou artistique tés –, tous issus de la col-
2012, il était temps que la les prémices de la photo- si caractéristique de son lection de la Bibliothèque
ville de Paris rende hom- graphie de mode. travail dote d’une apparence nationale de France.
mage à l’un de ses illustres du 9 avril au 26 juillet, presque picturale. Cette ex- Du 8 avril au 6 juillet,
habitants : Christian Paris VI e. mannequin française Paris VIII e.

Les expositions
à ne pas rater
Les expositions à ne pas rater
Joaillerie – Horlogerie Sélection Rebecca Bleynie, texte Ophélie Meunier

Faune sauvage
Des oiseaux de paradis aux grands fauves en passant par les papillons ou les
47
serpents, les joailliers célèbrent la faune avec magnificence.
1 4 8
1 2 3
GRÂCE FÉLINE CORPS-À-CORPS JOLI COLIBRI
L a panthère, animal ico - C e s d e u x p a t te s f é l i n e s Fabriqués artisanalement à
nique du joaillier Car tier, entrecroisées, imaginées Istanbul, les bijoux Kismet
est appar ue pour la pre - par le joaillier français Fred by Milka ont été sélection-
m i è r e f o i s e n 1914 d a n s dans les années 60, sont nés par Mad Lords pour
l’histoire de la maison. Au rééditées et s’imposent sur leur caractère. Délicat
fil du temps, l’élégant félin ce bracelet en or jaune et bijou d’oreille en or rose et
se voit consacrer plusieurs diamants comme un intem- diamants, cet oiseau vole
pièces d’exception à son porel de la joaillerie. d’u n s t y l e à l’a u t r e, d e s
effigie. En 2020, il se réin- Fred, tenues les plus classiques
vente à nouveau dans une 14, rue de la Paix, Paris II e. aux plus rock.
version naturaliste et gra- Tél. 01 42 86 60 60. Mad Lords,
phique, sous les lignes de 316, rue Saint-Honoré,
cet te bague Panthère de Paris I er.
Cartier en or jaune ponctué 5 Tél. 01 45 25 08 31.
d’onyx et de laque noire, où LE ROI DES PENDENTIFS
d e u x g r e n a t s t s avo r i t e s Lion Head, la nouvelle ligne
représentent les yeux. de joaillerie en or de Gucci, 9 4 5
Cartier, est dédiée à l’un des sym- TENTATION
13, rue de la Paix, Paris II e. boles de prédilection de la La collection Éden du joail-
Tél. 01 58 18 23 00. m a r qu e : l a tête de lio n, lier italien Damiani invite à
associée à diverses satisfaire son péché de
gemmes. Ce collier en or se c o nvo i t i s e. S e s c o u r b e s
2 termine par un pendentif évoquent l’ondoyante sil-
L’HEURE FAUVE qui figure un magnifique roi houette du serpent, comme
Édition limitée à 55 exem- de la jungle aux yeux en ces boucles d’oreilles en or
plaires, cette montre à diamants. L’animal maintient rose et céramique noire.
secret Mademoiselle Privé entre ses crocs un diopside Damiani,
Bouton Lion rend hommage de couleur verte, une pierre 19, place Vendôme,
à l’ensemble des métier s q u i a u r a i t p o u r ve r t u d e Paris Ier.
d’ar t de Chanel. Inspirée guérir les cœurs meurtris. Tél. 01 42 96 95 51.
Car tier – Chanel Horlogerie – Boucheron – Fred – Gucci – Bvlgari – Jacob & Co. – Mad Lords – Damiani – Akillis – Djula

des boutons dorés ornant


Gucci
les célèbres tailleurs de la
16, place Vendôme, 10
rue Cambon, elle associe le
Paris I er.
Lion, signe zodiacal de ASPIC RADIEUX
Tél. 01 70 79 15 24.
Gabrielle Chanel, au tweed Pour sa nouvelle collection, 6 7 8 9
emblématique de la mai- Akillis s’empare du mythe
son. Ce bijou doublé de 6 de Cléopâtre et des légen-
cuir noir est frappé d’une ENSORCELANT SECRET daires py thons enlacés
tête de lion en or bordée Ce fascinant serpent aux a u to u r d e s e s p o i g n e t s .
d’un cercle extérieur ser ti yeu x d’a méthys te e s t e n Revisitant de manière sty-
de 52 diamants. Elle dissi- fait une montre à secret lisée le symbole du reptile,
mule un cadran en or blanc Ser penti Mister iosi de la cette bague en or jaune et
serti de 142 diamants. m a is on Bvlg a r i. L’a nima l diamants blancs repré-
fétiche du joaillier dissimule sente autant le sulfureux
Chanel Horlogerie,
dans sa tête un cadran pouvoir que l’insondable
18, place Vendôme,
hor a ir e et , gr âce au gla- mystère du serpent.
Paris I er.
mour de ses écailles noires
Tél. 01 40 98 55 55. Akillis,
laquées, habille le poignet. 354, rue Saint-Honoré,
Bvlgari, Paris I er.
3 25, place Vendôme, Tél. 01 40 13 64 04.
CAGE DORÉE Paris Ier.
Puisant ses inspirations au Tél. 01 55 35 00 50.
cœur de la nature, la mai- 11 10 11
son Boucheron réinvente JARDIN D’ÉDEN
son bestiaire et l’enrichit 7 L a c o l l e c t i o n U n i q u e by
d’animaux d’une incroyable CHRYSALIDE Djula évoque le jardin
séduction, entre haute Dans ces boucles d’oreilles d’Éden. Elle met en scène
joaillerie et œuvres d’ar t. Papillon de Jacob & Co., les un univer s mystique et
En témoigne cet te bague a i l e s e n to p a ze s ve r te s , bohème. Sur ce collier, un
mésange au plumage piqué citrines mandarine et dia- serpent en or pavé de dia-
d’or sculpté de diamants. mants blancs semblent ani- mants ondule sur une
Le gracieux oiseau est mées grâce à la magie des imposante malachite taille
posé sur une branche faite pierres et au savoir-faire de cabochon, t a lisma n pré -
d’u n a n n e a u e n t r o u ve r t , la maison. cieux qui déjouera le mau-
tout prêt à s’envoler. Jacob & Co., vais sort.
Boucheron, (Hôtel Four Seasons) Djula
26, place Vendôme, 33, quai des Bergues, 269, rue Saint-Honoré,
Paris I er. Genève. Paris I er.
Tél. 01 42 61 58 16. Tél. (+41) 223 160 096. Tél. 01 44 86 08 56.
Sacré numéro Corset en cuir, mesh et dentelle,
et casquette, BURBERRY.

Réalisation : Edem Dossou. Coif fure : Yann Turchi avec Redken chez Br yant Ar tists. Maquillage : Aurore Gibrien avec Dior chez Br yant Ar tists. Manucure : Cam Tran. Assistant réalisation : Kevin L anoy. Numérique : Thomas Clodine -Florent. Retouche :
SHAY,
LA NOUVELLE
PRINCESSE
DU RAP
À seulement 27 ans, la chanteuse belge Shay a déjà tout d’une
reine dans l’univers du rap. Après un premier album sorti en 2016,
Jolie Garce, unanimement salué par la critique et désormais
disque d’or, elle est revenue sur le devant de la scène, en mai
dernier, avec un deuxième opus, Antidote. For te de ces deux
albums très remarqués, elle poursuit son ascension magistrale et
fait son entrée en beauté dans le monde de la mode sous l’égide
de Riccardo Tisci, directeur artistique de Burberry, qui l’a choisie
comme égérie de sa campagne de fin d’année 2019 What is love ?.
Rencontre.
Portraits Urivaldo Lopes

Mario Ernun. Merci à l’atelier de Daniel Adric

48
Haut à volants en dentelle brodée,
robe-corset en mesh et dentelle,
et sandales, BURBERRY.
Sacré numéro – Shay Trench en gabardine de coton,

52
jupe avec trench en gabardine de
coton amovible, corset en cuir,
mesh et dentelle, casquet te,
bague monogrammée en or et
cristal, et sandales, BURBERRY.

Par Chloé Sarraméa

La rappeuse Shay ne s’engage jamais musique était un hobby pour moi. J’étais Youssoupha. En écoutant ses rimes
à moitié dans un projet. Elle n’est pas jeune, j’écrivais un peu, j’enregistrais comme “La jolie garce va tous
du genre à reculer, par exemple, devant des chansons sur un magnétophone. Un les catch up [les attraper]” (Catch Up
des conditions dif ficiles lorsqu’elle jour, mon frère a eu l’idée de me filmer sur l’album Jolie Garce), ou des
doit enregistrer des clips ou shooter ses [son frère est compositeur. Lui-même déclarations comme “J’aimerais qu’il y
pochettes d’album. Pour celle de son produit des titres de rap sous la signature ait plus de rappeuses, mais aucune n’est
deuxième opus, Antidote, dévoilé en mai de Le Motif ] et m’a écrit un morceau à la hauteur. Les seules qui essaient,
dernier, elle n’a donc pas hésité un pour l’occasion. Ce dernier n’est jamais je n’aime pas”, beaucoup imaginent que
seul instant à “rester plongée dans de sor ti of ficiellement, mais il a quand la Bruxelloise aux cils télescopiques
l’eau glacée pendant des heures”. même un peu circulé en privé, et Booba est présomptueuse. Elle assure pourtant
Camille, sa manucure, l’aide à peaufiner l’a écouté. J’étais lamentable, je que c’est tout l’inverse : “Je suis très
son personnage de poupée trash por tais un haut hyper moulant et une réser vée dans la vie, je n’arrive pas
jusqu’au moindre détail. Celle qui, avec montre G-Shock par-dessus mon à m’ouvrir. Dans Antidote, j’ai essayé de
une infinie patience, pose sur ses doigts tee-shirt… Bref, Booba a vu cette vidéo traduire par la musique les émotions
des grif fes ver t fluo, des faux ongles et il m’a appelée direct. J’en ai alors que j’ai tant de mal à exprimer. Je me suis
zébrés, ou colle des strass argentés profité pour lui faire écouter Cruella, un libérée, j’étais contente. Et cela m’a
sur l’intégralité de ses mains. autre morceau que j’avais écrit. Il a inspiré le nom de l’album.”
Vernis ultra colorés, crème sur le accepté de venir poser sa voix dessus À 8 ans, Shay organisait des petits
corps, maquillage, perruque… la à Bruxelles, et c’est devenu un titre de concer ts devant son grand-père,
préparation de Shay exige des heures. sa mixtape Autopsie 4. Voilà comment le chanteur de rumba congolais Tabu
Toute son équipe est aux petits soins. tout est par ti”, confie-t-elle. Ley Rochereau, “pour l’impressionner”.
Certains lui présentent des fruits épluchés, Extrêmement fidèle, le public de Désormais armée d’un peu plus
tandis que d’autres lui appor tent une Booba attend beaucoup de ses concerts. d’assurance, elle n’hésite pas à approcher
orange pressée, lui tendent une cigarette Alors, quand le pape du rap invite des compositeurs renommés qui
préalablement allumée ou ajustent une jeune fille de 19 ans à monter sur par tagent sa vision de la musique, à
avec précision la ceinture sur sa robe scène avec lui, comment encaisse-t-elle l’instar du rappeur belge Damso,
Burberr y en dentelle blanche. Voilà la pression qui pèse sur ses épaules ? parolier acclamé, qui lui a même écrit la
donc à quoi ressemble la vie d’une “À l’époque où cela m’est arrivé, je chanson Pleurer. “Je le connais depuis
chanteuse aux milliers d’albums vendus… n’avais pas du tout conscience de ce que huit ans. Quand on s’est rencontrés, je
à celle d’une véritable princesse. Booba représentait. Mais je me suis rappais déjà, et lui, pas encore. Il a
Tout son entourage a appris à composer vite rendu compte de l’ampleur du truc… toujours voulu écrire pour moi… Un jour,
avec la passion de ses fans : “C’est Du coup, j’ai fait n’impor te quoi ! on était en studio, on discutait, et il m’a
des malades, mais je les aime, confie Je n’étais jamais montée sur scène, j’étais interrompue : ‘Mais pourquoi tu ne
af fectueusement la rappeuse belge. une petite folle, je refusais de répéter, racontes pas tout ça dans un morceau ?’
En France, tous les artistes ont des fans je n’arrivais pas à me réveiller à l’heure…” Comme les mots ne me venaient pas,
hyper polis, et moi, ils m’agressent ! Heureusement pour la jeune insouciante, il a accepté de le faire pour moi, un vrai
Quand je mentionne Edem [son styliste] Booba, référence absolue de la musique cadeau.” En résulte un titre déjà
ou Camille sur mon compte Instagram, urbaine en France, a pour habitude de plébiscité, où Shay se confie : “Vingt-sept
ils les harcèlent de messages : ‘Shay chapeauter les ar tistes en devenir qu’il balais, questions-doutes/ J’m’oublie pour
bosse sur quoi en ce moment ? Envoie repère, et de lancer la carrière de des gens qui n’pensent qu’à eux/ J’pourris
des projets !’ ‘La prochaine fois que tu ceux qu’il estime prometteurs (comme doucement en manque d’aveux.”
la vois, dis-lui que je l’aime, donne-lui les rappeurs Maes, Niska ou un Entre les shootings, la Fashion Week
mon numéro, s’il te plaît.’ C’est particulier, autre Belge, Damso) avant de les laisser de Londres (où on pouvait l’apercevoir
c’est sûr… je crois que c’est ce qu’on prendre leur envol. en front row), les campagnes Burberr y
appelle l’amour passionnel.” C’est donc en toute logique sur (dont elle par tage l’af fiche avec Carla
À leurs débuts, peu d’ar tistes 92i, le label de Booba, que Shay sor t Bruni, notamment) et les dîners avec son
connaissent la chance insolente d’une son premier album Jolie Garce en ami et styliste favori Riccardo Tisci,
Shay. Alors qu’elle n’avait même pas 2016. Elle met trois ans à mûrir le suivant, Shay ne perd pas une seconde. Elle
choisi de faire de la musique, à 19 ans Antidote, qui sor t en mai 2019 chez compose tous les jours : “Je ne me laisse
elle se retrouve d’emblée propulsée Capitol : “J’étais signée chez 92i, et j’ai aucun temps mor t. Je travaille déjà
dans l’arène de Bercy, debout devant finalement décidé de par tir. Je me sur mon prochain projet, chez moi, à
17 000 personnes, donnant la réplique suis séparée de Booba parce qu’on avait Bruxelles. Dans mon studio, j’ai mis
au célébrissime Duc de Boulogne, des visions dif férentes au niveau des lampes rouges. Dès que j’y entre,
alias Booba, le parrain du rap français. artistique”, déclare celle qui est aussi la je m’immerge tout entière dans mon
Shay se souvient de cette incroyable petite cousine d’un autre artiste de la univers. Plus qu’un endroit où je me sens
trajectoire : “À cette époque, la scène urbaine, le rappeur à tex te bien, c’est vital pour moi.”

Antidote de Shay (Capitol).


Profil

DIVINE
OULAYA
AMAMRA
Révélée à 19 ans dans Divines et couronnée d’un César, Oulaya
Amamra a su résister aux promesses d’une ascension fulgurante et
éphémère. Après quelques années au Conservatoire d’art dramatique
de Paris, la jeune femme revient en majesté avec un rôle dans le
dernier film de Philippe Garrel, et une série Netflix… Un grand écart
créatif qui donne la preuve de sa maturité artistique précoce.

Photo : Guillaume Malheiro. Réalisation : Fent y

54
Profil – Oulaya Amamra

Par Olivier Joyard “Picasso disait que sa politique,


Un jour de février 2017, sa silhouette bouleversée
a grimpé les marches menant à la scène des César.
début de carrière, saute aux yeux quand on
discute avec la native de Viry-Châtillon, qui pèse
c’était son pinceau. Moi, ce sont mes
Le meilleur espoir féminin, c’était elle, pour son
surgissement coriace et lumineux dans Divines,
ses mots et s’enflamme dès qu’il s’agit
d’évoquer le cœur de son travail. De ce point films. Par ses choix et ses refus,
on s’exprime. J’ai envie de tracer
le premier long-métrage de sa sœur Houda de vue, sa rencontre avec Philippe Garrel a
Benyamina. Un film de filles et de banlieue rarissime transformé sa vision. “Je l’ai connu quand j’étais
dans le contexte français, déjà récompensé étudiante en première année. Il était prof de
par la Caméra d’or au Festival de Cannes en 2016.
Même celles et ceux qui n’avaient pas encore
cinéma et nous faisait travailler des textes comme
La Maman et la Putain de Jean Eustache. Alors
ma route de cette manière, en
vu sa prestation ne pouvaient que reconnaître ce
soir-là l’évidence d’un caractère, d’un visage
qu’il avait déjà écrit le scénario de son nouveau
film, il a commencé à nous faire passer des
choisissant les metteurs en scène
à la détermination puissante, d’une émotion à fleur
de peau. Oulaya Amamra a marqué les esprits
auditions en cherchant l’alchimie, le bon binôme…
Cela va très vite. C’est oui ou non. Aujourd’hui,
et en gardant ma curiosité.”
et c’est une personne à la fois fidèle à cette image dans le cinéma, on prend souvent deux acteurs
et entièrement nouvelle que nous rencontrons parce qu’ils sont bons. Mais je trouve primordial
dans un café parisien. Trois ans ont passé depuis de tester une chimie entre deux personnes, qui
sa révélation et la jeune femme de 24 ans a se verra à l’écran.” Être choisie pour tenir
préféré avancer piano depuis son prix. Elle a joué l’un des rôles principaux dans Le Sel des larmes
dans Le monde est à toi de Romain Gavras a secoué la jeune comédienne dans ce qu’elle ces expériences retenues grâce aux metteurs je regardais Buf f y contre les vampires, qui m’a Le Sel des larmes de Philippe
Garrel. Sor tie le 8 avril.
puis dans L’Adieu à la nuit d’André Téchiné, avant croyait attendre du cinéma. “Quand je regardais en scène. J’aurais trop aimé savoir ce qu’Antoine bercée. De Philippe Garrel à Vampires, c’est vrai
de retrouver ce printemps un peu plus de les films de Philippe, je me disais toujours qu’il Vitez ou Claude Régy disaient aux acteurs. qu’il y a un monde. Sur la série, on recevait
lumière : héroïne de la série Vampires pour Netflix, faisait un art d’un autre temps, assez conservateur, Celles et ceux que j’ai croisés, j’inclus la réalisatrice par fois les textes seulement la veille… J’ai fait
elle intègre pour la première fois l’univers avec cette voix off… Comme s’il y avait moi d’un Marie Monge qui a travaillé sur la série Vampires, un saut dans le vide.”
de Philippe Garrel, héraut du cinéma d’auteur côté et lui de l’autre. Mais quand on se retrouve racontent au fond la même chose avec des images La suite devrait sourire à Oulaya Amamra,
français venu de l’underground des années à l’intérieur, c’est à l’échelle humaine. Philippe dif férentes.” Quand on lui demande de citer même si elle sait, peut-être plus que d’autres, que
60-70. Le film, entièrement tourné en noir et blanc, traque les sentiments les plus simples et profonds. un exemple, elle choisit une phrase prononcée ses choix demandent une attention radicale.
s’appelle Le Sel des larmes. Un trio amoureux L’écar t apparent avec notre quotidien est en par Garrel à propos du jeu et de l’écoute : L’éventail des rôles pour une jeune femme venue
sombre et vénéneux. fait une force. Je pense que dans vingt ans, ses “Quand l’autre parle, au lieu de te dire : ‘C’est à de banlieue n’a pas toujours l’ampleur
La drôle de rencontre entre le réalisateur films résonneront encore.” moi de parler’, tu dois te dire : ‘C’est à moi souhaitable. Elle raconte comment un metteur
septuagénaire et l’actrice en devenir a eu lieu La petite troupe s’est retrouvée à travailler de comprendre.’” Elle explique ce qui l’a touchée. en scène de théâtre réputé lui a proposé une
sur les bancs d’une des écoles françaises tous les samedis pendant plus d’un an, jouant “J’ai appris qu’il faut se penser comme une audition pour l’adaptation contemporaine d’une
les plus renommées : le Conser vatoire national le film en entier comme une pièce de théâtre, lumière pour l’autre acteur. Écouter, c’est aussi pièce majeure du réper toire français. Il avait
supérieur d’ar t dramatique de Paris. Garrel y pour intégrer de manière intime les mots et les une présence.” décidé que le frère de ce personnage my thique
enseigne. “J’ai commencé ces études juste après sentiments. Alors que la plupar t des cinéastes La présence (à l’écran, au monde) est aurait aujourd’hui par ticipé aux attentats du
Divines, parce que c’est une formation complète, réduisent le temps de préparation pour peut-être un mystère, mais un mystère travaillé, Bataclan. “Pour moi, c’était non. Pourquoi jouer
des alexandrins au clown. On a toujours besoin se consacrer d’abord au tournage, Garrel fait le façonné chaque jour. Oulaya Amamra n’arrêtera ça ? C’est frustrant. Ce n’est qu’un exemple
d’apprendre… J’estime qu’on peut comparer contraire. Le tournage est l’aboutissement jamais d’être étudiante, au sens profond du terme. parmi tant d’autres des rôles qu’on m’a proposés,
les acteurs et les actrices à des sportifs de haut d’un long processus où les scènes se tournent Être actrice l’a traversée depuis une représentation où tu te dis : ‘Non !’ Dans les choix et les refus,
niveau. On doit travailler sans arrêt nos en une seule prise et dans l’ordre chronologique du Malade imaginaire de Molière à la Comédie- on s’exprime. Il me semble qu’on peut voir autre
instruments, le corps et la voix. On ne va pas dire du scénario. Chaque soir, l’équipe visionne les Française, où Catherine Hiegel jouait Toinette. chose de moi que la sur face. J’ai envie de
à un athlète qui va tenter les JO d’arrêter de rushs montrés sans aucun son – le film est C’est dans l’association Mille soleils, créée tracer ma route de cette manière, en choisissant
progresser après une belle per formance. Avec tourné sur pellicule – et l’histoire reprend sur le par sa sœur Houda, qu’elle a fait ses premiers pas, les metteurs en scène et en gardant ma
les acteurs et les actrices, c’est pareil. C’est le plateau le lendemain matin… “Philippe Garrel avant ses 10 ans. Elle y donne aujourd’hui curiosité. Picasso disait que sa politique, c’était
travail d’une vie.” Plutôt que de profiter de l’aura est connu pour ne faire qu’une prise, mais des cours. Elle habite donc plusieurs mondes à la son pinceau. Moi, ce sont mes films.”
que lui avait conférée le buzz Cannes-César, pourquoi ? Parce qu’il se dit – et c’est vrai – que fois. Des mondes qui souvent ne se rencontrent Interrogée sur les pas timides mais réels
Oulaya Amamra s’est donc plongée dans son art. la première prise donne du présent et de pas, sur tout dans le milieu encore sclérosé du effectués par le cinéma français en direction d’une
“Cela m’a aidée à digérer Divines qui avait l’instantané. Quand on coupe et qu’on se remet cinéma français. Sa présence dans la série plus grande diversité de points de vue, l’actrice
été un moment for t, avec beaucoup de chahut en place, une énergie se perd. Après, j’ai aussi Netflix Vampires est une étape supplémentaire exprime son espoir. “Ce n’était pas du tout le cas
intérieur. J’avais 19 ans, mais j’étais, Dieu travaillé avec Houda Benyamina, ma sœur, qui, dans son ar t du grand écar t. Avec le très il y a dix ans. Ladj Ly avec Les Misérables,
merci, super bien entourée par ma sœur, mon dans Divines, multipliait les prises jusqu’à prometteur Dylan Rober t ou encore Suzanne ma sœur Houda Benyamina, c’est fou ce qui leur
agent… Le Conser vatoire, que je termine en tourner soixante-dix. Je comprends aussi qu’on Clément et Aliocha Schneider, elle y joue est arrivé. Et en même temps, des gens comme
cette année, a été comme une bulle de protection veuille épuiser quelque chose pour arriver à une adolescente de Belleville découvrant les émois Philippe Garrel s’ouvrent aussi, la preuve, j’y
qui m’a permis de choisir les projets sans un lâcher-prise. Ce sont deux écoles différentes, de la chair en même temps que son goût suis ! On peut rêver au Conser vatoire, à la
forcément sur fer sur la vague. L’année suivant qui me parlent toutes les deux.” Oulaya Amamra possible pour le sang… “J’ai d’abord eu peur, Comédie-Française, il y a toute une génération

57
Divines, j’aurais pu jouer dans quatre films, sort alors un carnet qui ne la quitte presque jamais, parce que Netflix représente l’industrie… de jeunes talents avec Dylan Rober t, Kenza
mais je n’en avais pas vraiment envie. Je savais où elle note des idées, des phrases prononcées Mais je me suis dit que je ne pouvais pas refuser For tas… Ça va être de plus en plus beau et de
qu’il ne s’agissait pas d’un aboutissement.” par ceux avec qui elle travaille, pour que les d’avoir des pouvoirs, de me transformer plus en plus grand. Les por tes s’ouvrent,
La maturité qui s’exprime, pas si fréquente inspirations ne s’évaporent pas… “Un jour, j’aimerais physiquement… Pour une actrice, c’est jouissif on est dans la meilleure époque pour ça. Notre
chez les comédiennes ou les comédiens en bien transmettre et écrire un livre avec toutes de sor tir du réel. Quand j’étais petite, place, on l’a.”
Style

LA PIONNIÈRE
DE LA MODE ÉTHIQUE
STELLA MCCARTNEY
Créatrice sans concession, pionnière de la
mode écoresponsable, Stella McCartney
s’est engagée avec ferveur, dès le lancement
de sa maison en 2001, en faveur de la
protection de l’environnement et des
animaux. Aujourd’hui partenaire du groupe
LVMH, elle est plus que jamais l’emblème
du développement durable plébiscité par
les millennials. Un engagement qu’elle
rappelait avec force, en mars, lors de la
Fashion Week de Paris.

Cour tesy of Stella McCar tney

58
Style – Stella McCartney

Par Alison Dechandon

Sur le podium du défilé automne-hiver directrice ar tistique de la maison Chloé, w w w.stellamccar tney.com
2020-2021 de Stella McCar tney, des effigies décrochant l’autorisation de ne pas utiliser de
de vaches, de crocodiles ou encore de matières animales dans ses collections.
lapins se mêlaient aux mannequins pour rappeler En 2008, la créatrice lançait une collection de
au public, en un clin d’œil malicieux, que les lingerie en matières 100 % bio, et, en 2010,
animaux doivent une fière chandelle à la créatrice… son sac best-seller Falabella prouvait que le cuir
Depuis le lancement de sa maison en 2001, la végétal pouvait par faitement concurrencer
pionnière de la mode consciente et responsable le cuir animal. Pour sa collection printemps-été
n’a jamais cessé de bousculer les codes de 2020, elle est par ailleurs devenue la première
l’industrie au nom de ses valeurs éthiques, prônant créatrice à utiliser la fausse fourrure écologique
la défense de la nature et le bien-être animal. et recyclable dénommée Koba, entièrement
Végétarienne depuis toujours, elle a inspiré une constituée de fibres végétales.
vision alternative du luxe, respectant la planète Toujours plus engagée, Stella McCar tney
et ses espèces vivantes. n’a pas hésité à mettre en vedette dans l’une de
La veille de son dernier défilé au palais ses campagnes publicitaires des activistes
Garnier, la créatrice organisait un débat intimiste d’Extinction Rebellion, mouvement connu pour
sur le développement durable : “Je travaille ses actions coup de poing, aux côtés de la
dans une des industries qui sont à l’origine du top model américaine engagée Amber Valletta.
problème environnemental. Cela me préoccupe. Elle est aujourd’hui signataire du Fashion Pact
Au sein de l’entreprise, nous nous ef forçons de visant à limiter l’impact de la filière mode
trouver des solutions et d’informer les gens.” sur la biodiversité, le climat et les océans, présenté
Accompagnée de Christiana Figueres, qui fut aux dirigeants du G7 à Biarritz le 26 août
secrétaire exécutive de la Convention-cadre 2019. Stella McCar tney joue également un rôle
des Nations unies sur les changements climatiques par ticulier en matière de développement
de 2010 à 2016, Stella McCar tney évalue alors durable au sein du groupe LVMH, dont son label
le chemin parcouru : “Je vois beaucoup de est devenu par tenaire en juillet 2019.
gens dans cette salle avec qui je n’aurais pas pu For te de son exper tise, elle exerce en ef fet le
avoir ce type de conversation durant la Fashion rôle de conseillère spéciale auprès du
Week il y a encore quelque temps sans me sentir président-directeur général Bernard Arnault et
un peu ridicule. Maintenant, cette discussion est des membres du comité exécutif du groupe.
Cour tesy of Stella McCar tney

possible et peut se faire d’une façon constructive, “Le but est d’appor ter des informations et un
même en cas de désaccord.” savoir-faire pour une mode durable.
La semaine précédant le défilé, la maison Par exemple, en introduisant des technologies

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Stella McCartney publie sur son compte Instagram innovantes afin de montrer qu’il est possible
des slogans tels que “Stella saved our skin” ou de ne pas sacrifier quoi que ce soit durant le
“No leather, feather or fur since 2001”, rappelant processus de fabrication”, souligne-t-elle.
à tous la sincérité de son engagement, qu’elle Avant d’ajouter : “En espérant que ce soit cela,
mettait déjà en avant au temps où elle était le futur de la mode.”
Style
DÉVELOPPEMENT DURABLE
Plus qu’une question d’éthique, produire de
manière écoresponsable est considéré, au
sein du groupe Kering, comme un enjeu
majeur pour l’avenir de la mode. Numéro
s’e s t e ntr ete nu ave c la dir e c tr ice du
développement durable et des relations
institutionnelles internationales du groupe.
Propos recueillis par Delphine Roche

Numéro : Lors de votre arrivée chez Kering, quels sont Aussi, les start-up qui connaissent notre implication dans ce
les principaux axes que vous avez voulu développer ? domaine viennent souvent nous proposer leurs propres matériaux.
MARIE-CLAIRE DAVEU : Je suis ingénieure de formation, et,
originellement, je ne me destinais pas à travailler dans le secteur Le calendrier de la mode ne cesse de s’accélérer, avec
du luxe. J’ai pris cette fonction chez Kering en 2012 en raison pour conséquence des volumes de production accrus. Est-ce
de l’implication de François-Henri Pinault dans le développement un problème fondamental ?
durable. Je dis souvent que la sustainability n’est pas une Oui, c’en est un, mais dans le luxe, les volumes sont négligeables
option, c’est une nécessité. Et il a vraiment cette vision-là, pas au regard de ceux du mass market. Et j’espère bien qu’une
seulement pour une question d’éthique, mais aussi pour femme qui achète un sac Bottega Veneta ne le jettera pas si
préserver son business. Nous avons d’abord mis au point un un jour elle n’en veut plus : elle pourra toujours le revendre, ou
outil, l’EP&L (environmental profit and loss) qui permet le donner, ou le garder pour son fils ou sa fille. Enfin, les
de mesurer l’influence de nos activités. Nous nous sommes nouveaux outils liés à l’intelligence ar tificielle vont permettre
ainsi rendu compte que nos principaux impacts ne d’optimiser l’adaptation de la production à la demande.
dépendaient pas de notre périmètre propre, mais de notre Nous développons aussi tout ce qui a trait à l’économie circulaire,
chaîne d’approvisionnement. Nous avons donc bâti des à l’upcycling, et même au recyclage des fibres. Nous avons
programmes par filières : cachemire, laine, soie, etc. Nous investi dans une star t-up qui s’appelle Worn Again, capable
avons défini nos standards vis-à-vis de nos fournisseurs, avec de séparer les fibres de cellulose des fibres de polyester,
une liste de critères à respecter par rapport à l’environnement, et de les régénérer. Cette innovation en est encore au stade
mais aussi en fonction du bien-être animal. Nous travaillons du laboratoire, mais j’espère qu’un jour nous pourrons
donc étroitement avec eux afin de faire en sorte qu’ils changent l’adapter sur une très grande échelle.
leurs pratiques… Ne raisonner qu’à l’aune de sa propre
structure ne suf fit pas : cela ne représente que 7 % de nos La sensibilité au développement durable s’est-elle
impacts (dans ce domaine, par exemple, nous avons équipé réellement renforcée dans le secteur de la mode aujourd’hui ?
tous nos bâtiments de LED et de panneaux solaires). L’essentiel Les clients du luxe y sont de plus en plus sensibles, surtout
de ces impacts, 93 % pour être précis, se trouve en dehors les millennials. Nous accompagnons aussi un grand nombre
de nos frontières légales. de jeunes designers dans le monde, car les questions
environnementales impliquent des connaissances techniques
Quel est le rôle exact de votre Materials Innovation Lab (MIL) ? qui ne sont pas intuitives. Nous organisons donc une journée
Nous avons créé cette structure en 2013 pour promouvoir de master class dans notre QG parisien pour les finalistes du
la recherche sur des textiles innovants, et pour le secteur de Festival d’Hyères, et nous avons des par tenariats avec des
la joaillerie et de l’horlogerie, sur le même modèle, nous écoles telles que Parsons, le London College of Fashion, l’Institut
avons ouvert le Sustainable Innovation Lab. Le MIL peut faire français de la mode. Lorsqu’on explique, par exemple,
des propositions de matières aux maisons du groupe. aux étudiants ou aux jeunes créateurs qu’il faut privilégier des

63
Par exemple, un tissu fait à partir de filets de pêche récupérés. tannages sans métaux lourds, ce n’est pas une évidence,
Et, à l’inverse, les maisons peuvent signaler au MIL qu’elles cela demande un réel accompagnement. Nous essayons ainsi
travaillent beaucoup avec une certaine matière, et demander d’assister ces jeunes en leur proposant une formation accélérée.
au Lab de sensibliser nos fournisseurs de cette matière Nous avons élaboré un MOOC (massive open online course)
pour qu’ils améliorent leurs performances environnementales. en anglais et en mandarin. Cette formation via Internet
Aujourd’hui, parmi les matières que nous utilisons, 3 800 comprend des vidéos et des documents écrits, il faut s’inscrire
Kering

respectent nos critères de développement durable. en ligne, et, à la fin, on obtient un diplôme reconnu.
Dans le cadre du South Gobi Cashmere Project, Kering travaille avec des éleveurs de Mongolie pour établir une production de cachemire durable et responsable.
Style
PLAIDOYER POUR UN MONDE
MEILLEUR
Philanthrope profondément attaché aux
valeurs humaines, Gabriele Moratti, le
t a l e n t u e u x d i r e c te u r d e c r é a t i o n d e
Redemption, a insufflé à la mode sa vision
généreuse pour dessiner à travers son label
glam-rock les contours d’un monde meilleur.
Par Delphine Roche

Si Redemption reverse 50 % de ses bénéfices dans le développement durable, qui conseille w w w.redemption.com
à des œuvres caritatives, avec sa fabrication 100 % désormais la marque dans une stratégie holistique
italienne, le label qui prône une féminité à la recherche de solutions qui peuvent changer
rock’n’roll et glamour s’assure aussi de ne pas le futur de la mode.
travailler avec des usines peu regardantes sur le Parallèlement, Gabriele Moratti lançait
bien-être des salariés. Et Gabriele Moratti, au fil une ligne de sportswear, Redemption Athletix,
des collections, s’engage toujours plus dans une dont l’esthétique, mêlant le noir, le gris,
priorité : le développement durable. “Le secteur le fuchsia et les motifs romantiques de roses,
de l’habillement est extrêmement polluant dans le fait écho à ses collections de prêt-à-por ter.
monde, explique-t-il. Nous devons revoir peu Le sport a en effet accompagné la vie du fondateur
à peu tous nos processus de fabrication et nous de Redemption depuis son plus jeune âge.
pencher sur chaque maillon de la chaîne “Le spor t m’a sauvé la vie plusieurs fois, même
d’approvisionnement. Aujourd’hui, la mode propose s’il m’a aussi occasionné quelques blessures,
des tendances jetables et produit des dit-il en riant. En tout cas, je crois vraiment dans
vêtements dotés d’un cycle de vie cour t. Il faut sa capacité à inspirer les gens, car lorsque
raisonner dif féremment, et nous focaliser sur j’étais adolescent, c’est le sport qui m’a permis
le style, qui lui est pérenne, plutôt que sur les de ne pas faire les mêmes bêtises que
ef fets de mode. Les vêtements, sur tout ceux d’autres jeunes de mon âge, de ne jamais prendre
produits par le secteur du luxe, devraient avoir de drogues par exemple.” Lorsque le directeur
une durée de vie de dix à vingt ans.” artistique décide de créer une ligne adaptée à sa
Fidèle à cette conscience écologique, passion de l’exercice physique, il pèse
le label a vite décidé de n’utiliser que du coton soigneusement tous les paramètres et établit son
biologique et du denim recyclé. Restait une propre cahier des charges. La ligne Athletix
question délicate, pour une marque si intimement se doit de conjuguer fonctionnalité, technicité,
liée à l’esthétique du rock : celle du cuir, l’une esthétique et, bien sûr, durabilité. Ses leggings,
des matières préférées de tous les rebelles qui combinaisons, débardeurs et bodys, unis ou
ont peuplé la terre depuis les années 50. imprimés, sont donc tous réalisés dans des matières
Prenant ce challenge à bras-le-corps, Redemption d’origine responsable, recyclées. Les emballages
a rapidement décidé de n’utiliser que des eux-mêmes proviennent de matériaux réutilisés
cuirs vegan. “Mais si l’on veut vraiment protéger et certifiés FSC (Conseil de défense de la forêt,
la planète, cela ne suf fit pas, poursuit le qui promeut une gestion responsable des espaces
directeur artistique. Car la plupart des cuirs vegan arborés). Destinée, pour ses débuts, à la
ne sont rien d’autre que de la toile enduite pratique d’un entraînement doux tel que le Pilates
d’une couche de plastique. Nous avons donc ou le yoga, et accompagnée d’une of fre de
Cour tesy of Redemption

cherché une alternative et, en 2019, nous maillots de bain, la ligne Athletix complète

64
avons trouvé une société qui propose des cuirs naturellement le mode de vie rock et glamour de
végétaux constitués à 100 % de plantes, donc Redemption, une allure libre, sophistiquée et
entièrement biodégradables.” Et pour aller toujours un brin rebelle dont la pierre angulaire n’est autre
plus loin, l’équipe de Redemption fait appel à qu’une conscience responsable du monde et
Eco-Age, un cabinet de consulting spécialisé une réelle bienveillance envers autrui.
Accessoires

Objets de
désir

Photographie Leandro Farina


Réalisation Fernando Damasceno Bottine western en cuir et sac “Maillon Triomphe” medium en osier et cuir, CELINE PAR HEDI SLIMANE.
De haut en bas et de gauche à d roite : sac “Saddle” en denim brodé “Dior Oblique”, DIOR. Sac “Pegaso” en cuir clouté, De haut en bas et de gauche à droite : sac seau en raphia et cuir, MIU MIU. Sac “1955” en python, GUCCI. Sac “Pliage”
ETRO. Sac en cuir et métal, CHANEL. Petit sac “Peekaboo Click” en daim vert, FENDI. Sac “Love Bag” en cuir rose, mini en cuir caramel, LONGCHAMP. Escarpin en cuir, PACIOTTI. Sandale “Cordorella” en cuir, corde et clous, CHRISTIAN
PINKO. Lunettes en métal et verre, EYEWEAR BY DAVID BECKHAM. Bottine “Seyla” en cuir imprimé python, GEOX. LOUBOUTIN. Lunettes “Panthère” en métal et laque, CARTIER.
De haut en bas et de gauche à droite : sac besace “Le Carré” en python, SAINT LAURENT PAR ANTHONY VACCARELLO. De haut en bas et de gauche à droite : lunettes oversize “30Montaigne” en acétate et métal doré, DIOR. Sac “LV Pont 9”
Sac “Trifolio” en veau tressé noir, SALVATORE FERRAGAMO. Sac “Constance III 24” en velours côtelé tabac et veau swift en cuir noir, LOUIS VUITTON. Bottine “Raphina” en cuir brodé de perles, MANOLO BLAHNIK. Sac en cuir Saffiano blanc,
ébène, HERMÈS. Bottine en cuir tressé noir, GIORGIO ARMANI. Sac “Supervee” en python, VALENTINO GARAVANI. PRADA. Sac en cuir imprimé python, GUESS. Sac “Barbara” medium en cuir façon crocodile, THE KOOPLES. Set design :
Lunettes “Tallulah” en acétate, TOM FORD EYEWEAR. Kei Yoshino chez Bryant Artists. Production : artProduction.
Art diary
CHRONIQUE
D’UN REPORTER INFILTRÉ

DE PARIS À NEW YORK 73


Par Nicolas Trembley, photo Jessica Craig-Martin

À voir les réactions outrées des vieux dinosaures du cinéma


français qu’a suscitées le dépar t flamboyant d’Adèle Haenel lors
de la soirée des César, on peut fièrement dire que le milieu
de l’ar t contemporain a su, lui, se régénérer et inclure les nouveaux
paramètres d’une culture sociétale qui a su relire son passé pour
en combler les manques.
Si l’ouver ture de l’extension du MoMA a éveillé tant d’intérêt,
c’est aussi pour ses propositions d’accrochage qui contrebalancent
une vieille histoire de l’ar t désormais jugée lacunaire. Dorénavant,
les artistes qui n’étaient pas pris en compte parce qu’ils ne représentaient
pas le pouvoir de ceux qui les exposaient ou les achetaient ont
trouvé leur place au musée. Il est bien plus per tinent de se dire
qu’au moment même où la modernité se développait, il y avait des
productions qui prenaient forme ailleurs que dans le monde
occidental, et que des artistes femmes, par exemple, dont les œuvres
ne correspondaient pas aux critères du moment, n’en étaient
pas moins captivantes. La juxtaposition de ces diverses créations
rend désormais bien plus dynamique et complexe le contexte de
l’ar t, et les changements se font sentir dans toutes les institutions
et dans le marché.
À Paris, on pourra voir Wols ou Alice Neel au Centre
Pompidou, qui auront dû attendre d’être passés à trépas depuis
longtemps pour obtenir une consécration parisienne. Plus de
soixante ans après sa mor t pour le premier, et trente-cinq ans pour
la seconde. Mais on est ravi de découvrir que l’exposition Chine
Afrique – Crossing the world color line, qui, comme le dit Alicia Knock,
conservatrice au musée national d’Art moderne, “libère des systèmes
de représentation af franchis du cadre colonial comme de celui de
l’Occident et af firme la nécessité d’un commun décentrement ”.
Mais le marché n’est pas toujours au diapason. Ainsi, la collection
de Donald Marron, qui fait l’actualité en ce monent, est principalement
constituée d’artistes blancs et masculins. Ancien propriétaire de Paine
Webber, l’une des sociétés d’investissement les plus lucratives
des États-Unis avant d’être vendue à la banque UBS, l’Américain Donald
Marron était sur tout, depuis les années 80, un très grand
collectionneur, mais aussi un formidable mécène et donateur. Il s’est
éteint en décembre 2019, laissant une collection estimée à
plusieurs centaines de millions de dollars et qui devait être dispersée
par les plus importantes maisons de ventes aux enchères. Coup de
théâtre, quelques semaines plus tard, la famille décide de disperser
le trésor via trois titans, Pace, Gagosian et Acquavella, pour une
fois unis pour le meilleur. Les héritiers auraient-ils eu peur que plus
personne ne se rende aux ventes aux enchères ?
Les premiers chiffres des ventes privées commencent à tomber,
via Bloomberg, fin février. 70 millions de dollars pour un Rothko,
100 pour deux Picasso vendus à Steve Wynn, le magnat des casinos
de Las Vegas, etc. Verra-t-on ces chefs-d’œuvre sur les stands
des foires ? En tout cas, Pace et Gagosian vont en montrer une partie
lors des prochaines ventes de mai à New York, et un catalogue sera
publié par Phaidon… si le coronavirus est contenu.
Art

L’ARTISTE DU MOIS
AVERY SINGER
À 33 ans, cette jeune
artiste new-yorkaise
est le plus jeune talent
représenté par la
galerie Hauser & Wirth.
Dans ses œuvres, elle
mêle références à la
tradition picturale et
outils de modélisation
3D, nous interrogeant
ainsi sur la place
croissante prise par

Aver y Singer. Cour tesy of the ar tist, Hauser & Wir th and Kraupa-Tuskany Zeidler, Berlin. Photo : L ance Brewer
la technologie dans
nos existences.

Jordan (2019) d’Aver y Singer. Acr ylique sur toile. 254,6 x 305,4 x 5,7 cm.
75
L’artiste du mois – Avery Singer

Propos recueillis par Nicolas Trembley

Avery Singer peint avec de nouveaux outils technologiques m’avait of fer te pour mes 15 ans. C’est à cet âge-là Vos œuvres font souvent intervenir des sortes de “robots” une très belle opportunité de produire une œuvre panoramique
qui ont été développés à l’intention de l’architecture ou l’animation que je suis vraiment tombée amoureuse de l’art. J’aime bien ou des personnages de manga futuristes. Comment sont à grande échelle, destinée à être vue de loin. J’ai combiné
de jeux vidéo. Il est vrai que visuellement, dans ces dire que depuis cette époque, l’ar t et moi vivons une apparues ces incarnations ? entre elles plusieurs modélisations SketchUp, que j’avais déjà
portraits de personnages robotiques créés grâce à un logiciel éternelle lune de miel. Avant de me rendre compte que je Au dépar t, il s’agissait d’une figure toute simple, construite utilisées, et je les ai intégrées dans une sor te de quadrillage
de modélisation 3D ou à l’aérographe, quelque chose voulais devenir artiste, j’espérais être soit mathématicienne, en utilisant la géométrie binaire que je pouvais maîtriser bleu, qui est en fait un filtre à peinture proposé par le
rappelle le film Tron et la science-fiction. Mais s’arrêter à ces soit informaticienne. avec ma connaissance très limitée du logiciel. Les cheveux logiciel. Les silhouettes et les visages se fondent dans cet
questions techniques serait réducteur pour définir cette œuvre sont le résultat d’une tentative de reproduire les papillotes arrière-plan, avec une sor te d’ef fet camouflage.
en constante évolution, qui se nourrit de son environnement À quel type d’ar t vous intéressiez-vous à l’époque, et que portent les juifs de la communauté hassidique, pour une
mais aussi de l’histoire de l’ar t, que l’ar tiste connaît bien que regardez-vous aujourd’hui ? toile qui s’intitulait Jewish Ar tist and Patron. Un autre de Comment vous viennent les titres de vos œuvres ?
grâce à ses parents issus eux-mêmes du milieu culturel. Alors Je regarde absolument tout, j’aime l’art de façon mes personnages, qui figure un buste humain, s’inspire des Soit j’ai une illumination et ils s’imposent comme des évidences,
qu’elle vient de réaliser une gigantesque fresque pour le musée inconditionnelle, et j’aime les ar tistes. Ce sont des gens sculptures de Naum Gabo et Antoine Pevsner. soit l’œuvre reste sans titre.
Ludwig de Cologne et d’entrer chez Hauser & Wirth, devenant qui mettent toute leur âme, tout leur être, toute leur
ainsi la plus jeune ar tiste représentée par cette galerie, vie dans leur pratique artistique et dans la création. En dehors Tous dégagent une impression de solitude. Y a-t-il un lien, Y a-t-il quelque chose dont vous aimeriez faire prendre
Aver y Singer nous a accordé cette inter view. de l’art, je me passionne pour les technologies de fabrication selon vous, entre solitude et technologie ? conscience à travers votre pratique ar tistique ?
des images, ainsi que pour les avancées technologiques qui Dans mon travail, je ne m’attache pas vraiment à dépeindre Je n’en suis pas certaine. Je ne sais pas exactement ce que
NUMÉRO : Quel a été votre parcours ? Comment le contexte modifient notre expérience et notre vision du monde. la solitude. C’est probablement une dimension qui est les gens perçoivent dans mon travail. J’aimerais qu’ils y voient
dans lequel vous avez grandi vous a-t-il influencée ? La culture liée aux médias populaires est aussi un sujet que présente dans mes toiles, mais ce n’est pas un enjeu que ou qu’ils ressentent une forme de réflexion sur la société ou
AVERY SINGER : J’appar tiens, dans l’histoire de ma famille, je regarde de près et, de façon générale, je m’intéresse à je mettrais au premier plan. la culture contemporaine. J’aimerais aussi qu’ils se trouvent
à la troisième génération de New-Yorkais “pur jus”. J’ai tout ce qui est nouveau et novateur. confrontés à une nouvelle approche de la peinture.
grandi à Manhattan, à deux rues au nord du World Trade Center, Vous réalisez aussi des autoportraits. Quel cheminement
et j’ai fait ma scolarité dans les écoles publiques de la Vous considérez-vous comme une peintre, et, à vos yeux, suivez-vous pour faire figurer votre propre image dans une Vous est-il arrivé de vous sentir proche d’un mouvement
ville de New York. J’ai grandi dans un environnement très cette catégorie est-elle encore per tinente en 2020 ? toile ? ou d’un groupe d’ar tistes ?
bohème. Mes deux parents étaient peintres et gagnaient En dehors du mot “peintre”, je ne vois pas bien ce qui pourrait Récemment, j’ai en effet peint un autoportrait. La personne Pas vraiment, non. Par nature, je suis plutôt solitaire. Et je
leur vie en tant que projectionnistes de cinéma. Mon père me qualifier. “Être humain”, éventuellement ? En tout cas, cette qui travaille avec moi m’a prise en photo dans mon studio, et ne pense pas que cela change de sitôt.
travaillait au MoMA. Plus tard, ma mère a également été catégorie existe puisque nous devons nous poser la question j’ai ensuite intégré cette image, par collage, dans la
secrétaire pour une entreprise du World Trade Center, puis de savoir si elle est pertinente ou non. Et si elle n’existait pas, restitution d’un modèle 3D, développé par un ami artiste pour
graphiste chez un éditeur de livres pour enfants. J’ai la question ne se poserait pas ! Cela dit, à mon avis, plus la un projet que nous avions mené ensemble. Cette modélisation
ainsi été très tôt au contact de l’art, ce qui a eu une influence catégorie est vaste et librement définie, mieux c’est. était prévue pour fonctionner comme une satire des luxueux
déterminante sur le sentiment de proximité que j’ai développé programmes d’urbanisme new-yorkais, et proposait, en guise
vis-à-vis de l’ar t moderne et contemporain. J’ai eu la chance D’où viennent vos images ? de parc public, un vaste “pavillon” de toilettes en plein air.
de pouvoir très régulièrement admirer des chefs-d’œuvre D’une infinité de sources et de provenances dif férentes.
dans des musées, et je suis absolument convaincue que l’art Elles peuvent venir d’expériences que j’ai vécues. Elles me sont Pouvez-vous nous en dire plus sur la façon dont vous
ne doit pas être conser vé loin des regards dans des aussi inspirées par la façon personnelle dont je perçois installez vos œuvres ? Dans vos expositions, l’accrochage
collections privées. Il doit être accessible à tous les publics, les choses par rappor t à la manière dont elles apparaissent est-il un vecteur impor tant du message ?
parce que l’ar t – moderne et contemporain, en par ticulier – aux yeux du monde. Mes croquis sont issus de programmes Dans les écoles d’ar t, on nous enseigne “les dimensions
est vraiment fait pour être vu dans un contexte muséal. Pendant de modélisation 3D, que j’utilise pour construire visuellement politiques de l’accrochage”, ou, plus précisément, du display.
ma scolarité dans le public, je me suis forgé une cer taine des figures et des espaces. La façon dont vous allez présenter vos œuvres exprime une
éthique du travail. Le lycée que j’ai fréquenté – la Stuyvesant prise de position, aussi bien par rapport à l’institution qui les
High School – est à la fois le plus per formant et l’un des Quand avez-vous commencé à intégrer les nouvelles accueille que par rappor t à son architecture. Selon moi,
plus pauvres des États-Unis. J’étais l’une des seules élèves technologies à votre travail ? les architectes vivent beaucoup dans l’utopie : ils conçoivent
à ne pas être issue de l’immigration. Mes valeurs par Pendant mes études d’ar t, probablement. Même si je des espaces qui nous promettent de remplir cer taines
rapport au travail me viennent de mes parents, mais aussi de travaillais principalement sur les techniques traditionnelles fonctions. Le rôle d’un ar tiste travaillant dans ce cadre, fixé
mes camarades de Stuy vesant. Après ça, j’ai pu étudier de menuiserie et de travail du bois – avec et sans outils par l’architecte, peut s’exprimer de multiples façons.
à la Cooper Union grâce à une bourse qui couvrait la totalité électriques –, je m’intéressais aussi à l’ar t vidéo et à la Vous pouvez dire des choses assez différentes, par exemple,
de mes frais de scolarité. Déjà très solide à l’époque, mon modélisation par ordinateur. L’élément technique et technologique si vous exposez dans une institution très connotée sur le
éthique du travail s’est encore renforcée à ce moment-là. de mon travail évolue, de la même façon que mes objectifs plan politique ou économique.
évoluent au gré des changements qui interviennent dans ma
Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec l’art ? pratique picturale. Qu’en est-il du Schultze Projects, au Ludwig Museum de
Comment avez-vous su que vous vouliez devenir artiste ? Cologne ? Pouvez-vous nous parler de ce travail ?
Je n’ai pas un souvenir précis parce que j’ai vraiment grandi Vous avez commencé avec du noir et blanc (ou des gris) mais, Bien sûr. Le Schultze Projects rend hommage à l’ar tiste
dans l’atelier de mes parents. Je n’avais pas de chambre à de plus en plus, il semble que vous ajoutiez de la couleur… allemand Bernard Schultze, et il est financé par ses ayants
moi, juste un lit installé sur la mezzanine qui donnait sur l’atelier Je me suis contentée d’arrêter de penser à la couleur et, droit, qui ont légué au musée un cer tain nombre de toiles
de ma mère. Pendant longtemps, nous n’avons pas eu de paradoxalement, c’est là que je me suis mise à l’utiliser ! J’y ai et une dotation financière. Tous les deux ans, un ar tiste est

77
climatisation, et je me souviens que pendant les nuits étouffantes pris goût, mais j’ai mis un moment à m’en rendre compte. invité à réaliser une œuvre in situ, et il reçoit pour cela une
de l’été, les ventilateurs fixés au plafond tournaient en J’aime l’idée qu’il s’agissait d’une décision inconsciente de ma bourse accordée par la succession Schultze. Pour la première
permanence pour nous rafraîchir et faire sécher les toiles. J’ai part. Au lieu de tout calculer à l’avance pour ensuite mettre édition, Wade Guyton avait réalisé un polyptyque autour de
pris conscience que je voulais être ar tiste quand j’ai tourné en œuvre une idée, comme un artiste conceptuel, vous laissez scènes du World Trade Center et du quartier de Lower Manhattan.
mon premier film avec la caméra super-8 que mon père simplement la toile imposer sa propre direction. Pour ma propre car te blanche, je me suis dit que c’était
Design

Par Thibaut Wychowanok


REGARD D’ESTHÈTE Des intérieurs aux couleurs puissantes, un délicat télescopage de
références historiques et ar tistiques savamment réadaptées à l’époque

Pour la toute première fois, actuelle… Cette recette fructueuse, le duo Emiliano Salci et Britt Moran
la pratique d’abord pour lui-même. En 2003, l’Italien et l’Américain fondent

le PAD Paris accueille la


le studio Dimore et s’af firment en créateurs d’un design contemporain
ouvertement inspiré par l’histoire – de l’art comme du design. Passionnés
et esthètes, ils envisagent, à l’orée des années 2010, de présenter leur

célèbre galerie milanaise collection personnelle de design. Refusant le modèle classique de la galerie,
ils investissent un appar tement au deuxième étage d’un immeuble

Dimore, dont les pièces


milanais, proposant une expérience totale. “Nous voulions que nos visiteurs
aient la sensation d’entrer chez quelqu’un”, résume Britt Moran. Un univers
raffiné où se côtoient des créations des années 30 jusqu’à nos jours, avec

historiques, actuelles ou une passion assumée pour les années 40 et 50 : une table ronde en
bambou (1974) de Gabriella Crespi, un sublime tapis marocain ar tisanal…
et quelques pièces du duo et de jeunes designers. “Les créateurs que nous

iconoclastes ont déjà soutenons à travers la galerie par tagent notre approche, continue Britt
Moran. Les pièces sont telles les réminiscences d’un passé que le travail

79
À gauche : lampe murale
(1968) [détail] d’Achille

séduit les collectionneurs


et Pier Giacomo Castiglioni. de la couleur, de la proportion ou le choix de la matière rendent complètement
Ci-dessus : meuble-bar (vers contemporain.” Pour sa première présence au PAD, le duo a fait le choix de
1930) de Gio Ponti.
mettre en avant un rare meuble-bar des années 30 du maître italien Gio Ponti,

les plus avertis.


Salon PAD Paris, du 12 au
17 mai, jardin des Tuileries,
en noyer et structure en métal chromé, ou encore un ensemble de cinq lampes
234, rue de Rivoli, Paris I er. murales d’Achille et Pier Giacomo Castiglioni réalisées en 1968.
Beauté – Parfums

Bouquets

À gauche : Tout en ombre et lumière, ce voyage olfactif enveloppant et sensuel est étonnant.
Plus intense que son original, ce chypre boisé adjoint à son fond de santal une note fruitée chaude de
mirabelle que booste la fleur indienne liquoreuse de davana. “Nomade”, absolu de parfum, CHLOÉ.
À droite : Évoquant une promenade dans un champ de roses centifolia, cette eau vive fusante et pétillante
Photographie Simone Cavadini traduit les facettes de la reine des fleurs de la parfumerie. Piquée de notes épicées, musquées et

Réalisation Laurence Hovart hespéridées, elle dépeint une rose fraîche et puissante sertie de bergamote, de mandarine et de géranium.
“Miss Dior Rose N’Roses”, eau de toilette, DIOR.
Interprétation maximaliste de la fragrance éponyme d’origine, cette création olfactive pousse Jacques Cavallier Belletrud, maître parfumeur de la maison, imagine un grand parfum floral en
encore plus loin le curseur de la sensualité. Si les premiers effluves évoquent la fraîcheur piquante de hommage à celui créé en 1927 et dont il ne reste aucune trace olfactive. Tout à la fois figurative et abstraite,
la framboise, des baies roses et de la bergamote, le cœur floral de jasmin et de fleur d’oranger, cette composition tourbillonnante et ravissante révèle le jasmin sambac, la rose de mai et
magnifié par un duo d’iris et de vanille enrobant, fait monter la tension. “La Vie est belle intensément”, le mimosa, fleurs liées entre elles par le baume du Pérou, le santal et le musc. “Heures d’Absence”,
eau de parfum intense, LANCÔME. eau de parfum, LOUIS VUITTON.
Cette composition unit avec vivacité la rose de mai turque et bulgare au poivre de Sichuan et à un
duo gingembre-curcuma. Les arômes magnétiques des roses se mêlent au souffle boisé et chaud de
la fève tonka grillée ainsi qu’aux notes addictives de caramel et de vanille. En toile de fond, Cette nouvelle création framboisée joue la carte de l’extrême sensualité. Ses armes de séduction :
le baume de tolu et le musc nimbent l’épiderme d’un sillage singulier. “Rose Prick”, eau de parfum, une association lumineuse, opulente et subtilement gourmande de fleur d’oranger, de tubéreuse et de
collection Private Blend, TOM FORD. jasmin sambac. “So Scandal!”, eau de parfum, JEAN PAUL GAULTIER. À découvrir dès le 20 avril.
S’inspirant d’un road trip euphorique dans le Grand Ouest américain, cette création boisée révèle,
Dans cette eau de toilette au long sillage, le maître parfumeur crée avec modernité un bouquet après un départ d’orange et de poire, un cœur de fleur de cactus et de gardénia.
de roses humé au crépuscule et traversé d’effluves subtilement fruités. Construite autour de deux roses Le fond musqué de l’Ambroxan et de l’arbre de Josué, agave du désert californien aux effluves sensuels,
extraordinaires de la parfumerie que sont Rosa damascena de Bulgarie, épicée et fruitée, et Rosa centifolia, parachève un sillage joyeux et lumineux. “Coach Dreams”, eau de parfum, COACH.
rosée et miellée, la fragrance est piquetée de notes acidulées et vertes de litchi et de pivoine, et
traversée par un subtil nuage de muscs. “L’eau À la rose”, eau de toilette, MAISON FRANCIS KURKDJIAN. Dentelles de Calais-Caudry, SOPHIE HALLETTE.
Beauté
JEUX DE CONSTRUCTION
Chantre de l’artisanat et de l’intemporalité,
la maison Hermès fait une entrée
fracassante dans l’univers de la beauté
avec une gamme de rouges à lèvres aussi
graphique qu’élégante.

Par Delphine Roche, illustration François Berthoud

Le 4 mars, la maison Hermès créait l’événement Plutôt que de se positionner par rapport à w w w.hermes.com

en présentant ses tout premiers produits de ses concurrents, le directeur artistique a donc
maquillage. Ce métier entièrement nouveau est cherché à élaborer un vocabulaire propre
le seizième qu’elle accueille dans son giron. à la maison, et qui répondrait tout d’abord à une
Un lancement inattendu tant la culture de cette exigence de fonctionnalisme. Point de fioritures
institution française semble entrer en contradiction frivoles, mais plutôt un retour à l’essentiel :
avec les canons habituels du secteur de qu’est-ce qu’un tube de rouge à lèvres sinon un
la beauté. En ef fet, comment faire résonner des cylindre, un volume géométrique simple, sor te
valeurs telles que le culte de l’ar tisanat et de toile vierge permettant d’établir, mieux que des
des matières d’exception, l’inscription dans la durée, codes, une trame esthétique suppor tant des
sur un marché encourageant l’achat pulsionnel jeux r y thmiques, presque à la façon d’un André
de produits éphémères et accessibles ? Cadere ? “Quand ces objets ne sont pas utilisés,
Pour résoudre cette délicate équation, la ils composent une sorte de paysage miniature, une
maison s’en est remise à un triumvirat d’experts. nature mor te, poursuit Pierre Hardy. Il fallait
Le directeur de création de la beauté Hermès, que le regard puisse jouer avec eux.” Se partageant
Jérôme Touron, a dialogué avec la directrice la hauteur du cylindre, trois sections formées
artistique de l’univers féminin, Bali Barret, et avec par la laque noire, la laque blanche et le métal
Pierre Hardy, directeur de création de la chaussure, permabrass alternent pour rehausser, par
bijouterie et joaillerie. C’est ainsi qu’est né Rouge exemple, les trois teintes stars de maquillage des
Hermès, la gamme de rouges à lèvres déclinée lèvres for tement ancrées dans le patrimoine
en 24 teintes, accompagnée d’un baume, d’un de l’illustre maison : le Rouge Casaque, le Rouge H
crayon et d’un pinceau, et vendue dans les et l’Orange Boîte. Chaque saison, trois teintes
boutiques de la maison. Le tout constituant une sont proposées en édition limitée dans des tubes
idée de la beauté comme une expérience sensorielle parés de laques vives et contrastées
qui lierait, dans un seul geste simple et universel, – une invitation à collectionner ces objets durables
le savoir-faire d’Hermès dans les domaines de la confectionnés tout en matériaux nobles, et
couleur, des matières et de la création d’objets. rechargeables à l’infini, pour créer de nouvelles
Sur ce dernier point, Pierre Hardy a pu jouir du harmonies chromatiques entre les raisins
privilège – rare pour un designer exerçant dans [les bâtons] ultra pigmentés de Rouge Hermès
le secteur du luxe – de partir d’une page vierge. et les cylindres qui les contiennent. Dans
“Il s’agissait vraiment d’un démarrage ex nihilo, ces objets épurés et presque abstraits, on peut
or j’ai rarement eu l’occasion de travailler dans lire, en filigrane, l’idée que la définition du
ces conditions, explique-t-il. Le champ de création féminin ne doit pas nécessairement faire l’objet
était à la fois très ouvert et très informé par ce d’une stricte codification ou d’une mise

88
que je connais d’Hermès via notre collaboration en spectacle. “Chez Hermès, le discours sur
sur les bijoux et les chaussures. En vis-à-vis le féminin ne s’aventure pas sur le terrain
de cette liber té se profilait le marché de la de l’archétype ou du fantasme… Cela rend sa
beauté, saturé, hyper codifié et très historique. transposition dans le domaine de la beauté
J’ai essayé d’en faire abstraction.” beaucoup plus riche et excitante.”
MODE
Nirvana

Manteau imprimé léopard


rebrodé de sequins et legging,
BALENCIAG A . Bottes, RICK
OWENS. Bagues, DIOR et
Photographie Txema Yeste
PAULA MENDOZA. Casquette,
ERIC JAVITS.
Réalisation Bernat Buscato
Longue robe en soie et cuir,
et gilet en cuir, SPORTMAX. Bagues (à droite), DIOR et (à
Bagues, DIOR et PAUL A gauche), PAULA MENDOZA.
ME ND OZ A . Casquet te, G a n t s , K E L LY W O N G .
ERIC JAVITS. Casquette, ERIC JAVITS.
Robe en mousseline de soie
imprimée, L ANVIN. Gants,
KELLY WONG. Cuissardes Blouse et jupe en crépon de
e n v e l o u r s , A L B E R TA soie, MSGM. Cuissardes,
FERRE T TI. Foulard et A L B E R TA F E R R E T T I .
ceinture drapée vintage. Gants, KELLY WONG.
Longue robe imprimée à
manches ballon en Néoprène,
M OSC HIN O. Casquet te et
bracelets, ERIC JAVITS.
Longue robe en mousseline
rebrodée de sequins et coiffe,
ANDREAS KRONTHALER
FOR VIVIENNE WESTWOOD.
C u i s s a r d e s , A L B E R TA Débardeur et pantalon rebrodés
FERRETTI. de sequins, ASHISH.
Longue veste à franges en soie
tressée rebrodée de cristaux
et body imprimé, G IORG IO
ARMANI. Cuissardes,
ALBERTA FERRETTI.
Dans le miroir : blouse en
mousseline brodée et turban Che mise et pa ntalon e n
lamé, SAINT LAURENT PAR c oton à r ay ure s, E R I K A
ANTHONY VACCARELLO. CAVALLINI. Bagues, DIOR.
Débardeur en maille rebrodée
de sequins, LOUIS VUIT TON.
Bagues, DIOR. Bandeau, AREA.
L o n g u e ro b e im p r im é e à c o l
lavallière en crêpe de Chine,
GIVENCHY. Mannequin : Charlee
Fraser chez IMG Models.
Coiffure : Jordi Fontanals pour
Aveda chez RMG _Victor Cruz.
Maquillage : Victor Alvarez pour
Dior chez Kasteel Ar tist
M a n a g e m e n t . R e to u c h e : L a
Cáp sula . Pro du c tion : Ma noj
Adhikari et Sonam Bisht
(manojadhikariproduction.com).
M e r c i à S a n j a y C h a t u r ve d i ,
Anirudh Pratap Singh, Monti Dolo
et à l’hôtel Bundelkhand Riverside.
Forêt vierge

Photographie Sebastian Kim


Robe à volants en mousseline
de soie plissée, VALENTINO.
Réalisation Charles Varenne
Robe asymétrique en soie
imprimée, SAINT LAURENT PAR
Haut à volants en mousseline de soie, CHANEL. ANTHONY VACCARELLO.
Robe en soie rebrodée
de paillettes, FENDI.
Robe en lin rebrodé de
perles, PRADA. Robe en dentelle et ceinture en soie imprimée, LOUIS VUITTON.
Robe en mousseline
de soie, PINKO.
L o n g u e r o b e vo l a n té e e n
dentelle et soie, BURBERRY.
Mannequin : Valery Kaufman
chez Elite Paris. Coif fure :
Joey George chez M+A
Group. Maquillage : Mariel
Barrera chez The Wall Group.
Numérique : Natalia Read-
Harber. Retouche : 101 Digital.
Production : Michele Stanger
c h e z M+A G r o u p. S h a w n
Soutien-gorge et culotte en résille, DIOR. Spillett pour Fx Group.
Oiseau
de paradis

Photographie Rory Payne


Réalisation Irina Marie
Robe en tulle, VALENTINO.
Longue robe en organza froncé, FENDI. Jupe (portée en robe) en viscose imprimée, DRIES VAN NOTEN. Chapeau, UMA WANG.
Veste et pantalon en soie, et haut en maille, GIORGIO ARMANI. Longue robe à épaule asymétrique drapée en soie, REDEMPTION.
Chapeau, UMA WANG.
Robe en organza de soie brodé de nœuds en gros-grain, CHANEL. Robe en mousseline de soie plissée, GUCCI.
Combinaison en Nylon, DSQUARED2. Haut et pantalon en soie, AVANT TOI. Jupe plissée en soie et coton, SACAI. Sandales, ISSEY MIYAKE.
Robe sans manches en tulle, DIOR. Sandales, ISSEY MIYAKE. Mannequin : Fatou Jobe chez Oui Management. Coiffure : Nao Kawakami
chez The Wall Group. Maquillage : William Bartel chez Artlist Paris. Assistants réalisation : Fernando Damasceno et Céline Bourreau.
Robe à volants en soie, ELISABETTA FRANCHI. Set design : Yara Jerónimo. Production : Stuart Phillips chez Fuse Productions.
Effet de serre

Photographie Katja Mayer


Réalisation Samuel François Robe en soie gansée de cuir, GUCCI.
À gauche : robe en tulle rebrodé de raphia et bottines, DIOR. Jupon de lin, MARNI. À droite : débardeur en maille jacquard, PRADA.
Bottes, MIU MIU. À droite : robe asymétrique en soie rebrodée de perles, SAINT LAURENT PAR ANTHONY VACCARELLO.
Débardeur en lin et jupe en voile imprimé, FENDI. À droite : robe en tissu technique imprimé et chaussures, LOUIS VUITTON.
Débardeur et jupe en empiècements de cuir, HERMÈS.
Robe drapée en satin de coton, MARNI. À droite : tailleur en tweed rebrodé de paillettes, CHANEL. Chaussures, LOUIS VUITTON.
À gauche : gilet en peau lainée et jupe en soie, MIU MIU. Polo en baby cachemire, PRADA. À droite :
polo en coton, PRADA. Mannequin : Sara Eirud chez Next Models. Coiffure : Jose Quijano chez
The Wall Group. Maquillage : Nicola Brittin chez Saint Luke. Assistante réalisation : Anita Szymczak.
Set design : Thomas Bird chez Bryant Artists. Numérique : Kadaré Aliu. Production : Quadriga.
Chlorophylle

Photographie Daisy Walker


Longue robe en voilette brodée,
soutien-gorge et culotte, DIOR.
Réalisation Rebecca Bleynie
Haut et jupe en mesh, IS SE Y
MIYAKE. Collier, DIOR. À droite :
robe en velours, PRADA.
À gauche : haut en cuir et pantalon
en coton, DROME. Manteau en laine
à plastron en raphia, JIL SANDER.
À droite : étole à volants en tulle,
GIORGIO ARMANI.
À gauche : veste imprimée en
soie et coton rebrodés de
sequins, haut et pantalon en
soie, LOUIS VUITTON. À droite :
robe asymétrique en mousseline
crêpe de soie brodée et bottes,
SA INT L AUR ENT PA R
ANTHONY VACCARELLO.
Robe en tweed, CHANEL .
À droite : robe brodée de
sequins et ceinture, CELINE
PAR HEDI SLIMANE.
Manteau à franges en tweed,
MSGM. Longue robe en soie
et Lurex, FORTE _ FORTE .
À droite : polo e n c oton
technique tressé, FENDI.
Manteau en cuir, MAX & MOI.
Débardeur et short en maille,
Robe à dos nu en coton L O N G C H A M P. B o u c l e s
et mousseline imprimés, d ’o r e i l l e s , A L E X A N D E R
GUESS. MCQUEEN.
Collier, DIOR. À droite : cardigan en
mohair et jupe cirée à fleurs peintes,
MIU MIU. Soutien-gorge,
INTIMISSIMI. Mannequin : A mar
Akway chez Ford Models. Maquillage :
Lucy Joan Pearson. Design floral : Amy
Humphreys chez Margot de
Roquefeuil. Set design : A rnaud
Laurence. Assistante réalisation :
Céline Bourreau. Retouche : L AH
Retouch. Production : Nolwen
Montenot chez Artsphere. Merci aux
Ateliers Land Of Dreams.
Joaillerie

Voyage cosmique
Photographie Guido Mocafico
Réalisation Spela Lenarcic

Collier “Dior et Moi Opale Blanche Diamant” en or jaune et blanc, diamants, perles de culture, opale blanche, saphirs roses, bleus, jaunes
et violets, grenats tsavorites, grenats mandarins, péridots, émeraudes et laque, DIOR JOAILLERIE. Collier haute joaillerie en platine, diamants, diamants jaunes et perles fines, CARTIER.
Collier “Zip Antique Pastilles” en or blanc, turquoises et diamants, VAN CLEEF & ARPELS. Collier ras du cou en or rose et diamants, collection Iconica, POMELLATO.
Collier “Offrandes d’été” en or blanc et diamants, CHAUMET. Collier en platine, diamants et saphirs, collection New York, HARRY WINSTON.
Collier “Emeralds Forever” en or blanc, émeraudes antiques taille coussin, émeraudes taille suiffée, diamants taille poire, diamants Collier “Tweed d’été” en or blanc et jaune, diamants blancs et jaunes, et diamant jaune taille coussin, collection Tweed de Chanel,
step‑cut, diamants ronds taille brillant et diamants, collection Les Créations Magnifiques, BVLGARI. CHANEL JOAILLERIE.
Point de vue

DÉTOURNEMENTS
Peintre virtuose à seulement 35 ans, Ewa
Juszkiewicz puise dans l’histoire de l’art et
s’approprie des toiles de maître pour les
réinterpréter sous la forme d’inquiétants
portraits contre nature.

Par Éric Troncy

À 35 ans à peine, Ewa Juszkiewicz peint Ce processus devient plus complexe Ci-contre : Untitled (Af ter
Alexander Roslin) [2018]. Huile
quasi exclusivement des femmes, qui ont déjà lorsque l’ar tiste s’attaque à des œuvres moins sur toile, 80 x 60 cm.
été peintes par d’autres, dans les siècles classiques. Ainsi sa “reprise” du célèbre
Double page suivante, à
passés. La technique qu’elle a acquise durant ses tableau de René Magritte, L’Invention collective gauche : Untitled (Af ter Charles
dix ans d’études (2004-2013) à l’Académie (1935), semble-t-elle en tout point pareille à Howard Hodges) [2019]. Huile
sur toile, 115 x 90 cm.
des beaux-arts de Dantzig, puis de Cracovie, lui l’original : nul besoin, en effet, pour s’inscrire dans À droite : Sisters (Af ter Anton
Graf f ) [2014]. Huile sur toile,
permet de copier à la per fection n’impor te le projet de Juszkiewicz, de changer quoi que 142 x 116 cm.
quel maître. Une disposition qui sert un projet ce soit à cette femme allongée sur le sable et qui
Double page suivante, à
plus vaste, à la croisée sans doute du souvenir est déjà af fublée d’une tête de poisson. gauche : Por trait of a Lady (Af ter
des artistes “appropriationnistes” américains de Les choses se compliquent lorsqu’elle “reprend” Louis Léopold Boilly) [2019].
Huile sur toile, 20 0 x 160 cm.
la fin des années 70 et de compor tements très (car à l’inverse de Stur tevant qui af firmait À droite : A Rest (Af ter Anton
contemporains induits par l’accès instantané à que ses versions identiques à celles des grands Einsle) [2014]. Huile sur toile,
180 x 125 cm.
toutes les images d’œuvres via Internet et ar tistes dont elle reproduisait les œuvres
une évidente désacralisation de l’histoire qui étaient des “originaux”, les siennes sont vraiment
touche à peu près tout. des “reprises”, comme dans l’industrie de la
Les personnages des tableaux dont Ewa musique) des œuvres plus abstraites de Paul Klee,
Juszkiewicz livre sa version corrigée ont eu une de Vassily Kandinsk y ou de Jean Metzinger.
vie propre. Les vêtements et la coif fure De même lorsqu’elle travaille à partir de documents
peuvent être des indicateurs de position sociale, relatifs à des tableaux ayant été détruits ou
de même que la posture ou les bijoux. Après le perdus. Ou lorsqu’elle donne une version peinte
traitement qu’elle leur inflige, tout cela ne disparaît d’une sculpture, telle cette Grande Tête (1912)
pas vraiment, mais est réorganisé d’une d’Otto Freundlich, sculpture en plâtre classée “art
manière inquiétante. Entraîner l’histoire de la dégénéré” par les nazis.
peinture classique et moderne vers un Cette peinture essentiellement figurative,
surréalisme version x xi e siècle, tel pourrait être si simple à regarder, possède assurément une
le cœur du projet ar tistique d’Ewa Juszkiewicz. dimension conceptuelle qu’on ne trouve
Lorsque Louis Léopold Boilly fit, en 1807, qu’occasionnellement dans la production picturale
le portrait de Mme Saint-Ange Chevrier, haut de actuelle. Car si les altérations sont le quotidien
80 cm, il prit soin de la représenter les yeux des images numériques, elles ne sont pas,
tournés vers le ciel, son visage poupin inspirant en général, infligées à la peinture avec les moyens
la confiance. La version d’Ewa Juszkiewicz, propres à ce médium. “Mes peintures sont
Ewa Juszkiewicz /Almine Rech Galler y

elle, fait plus de deux mètres de haut, et surtout, constituées de plusieurs couches et d’un grand
le visage poupin et le regard angélique ont nombre de glacis. L’ensemble du processus
disparu, recouverts d’un entrelacs de tissu pareil est très laborieux. Je consacre beaucoup
à celui de la robe, d’où sor tent diverses plantes d’attention aux détails, je peux passer plusieurs
ver tes et une mèche de cheveux. Quant à la jours à les affiner”, explique Ewa Juszkiewicz.
“reprise” du por trait d’Elisabeth Brockenhuus Et c’est bien parce qu’autant de soin a été
(exécuté en 1817 par Christof fer Wilhelm appor té à la fabrication de ces curieuses versions
Eckersberg), la chevelure de Mme Brockenhuus a de peintures anciennes que son œuvre sait,
été tressée tout autour de son visage, le recouvrant à la dif férence de toutes celles qui ont renoncé
tout à fait, comme une camisole. à le faire, nous “inquiéter”.
174
Ewa Juszkiewicz /Almine Rech Galler y

Ewa Juszkiewicz /Almine Rech Galler y


Ewa Juszkiewicz /Almine Rech Galler y

Ewa Juszkiewicz /Almine Rech Galler y


Architecture

AU CŒUR
DE LA NATURE
Imaginée à Sao
Paulo en 1951 par
l’architecte Lina
Bo Bardi, la Casa
de Vidro prend
place au cœur de la
forêt, semblant
faire littéralement
corps avec celle-ci.
Lieu d’exposition
qui accueille des
artistes, elle présente
en ce moment
les sculptures en
métal de Leonor
Antunes.

La Casa de Vidro de Lina Bo Bardi,


édifiée en 1951 à Sao Paulo.

180
Architecture – La Casa de Vidro

Texte et photos par Thibaut Wychowanok

“La maison représente une tentative de


communion avec la nature. Je cherche à respecter
cet ordre naturel avec clar té. Je n’ai jamais
aimé les maisons fermées qui se détournent de
l’orage et de la pluie.” C’est par ces mots
que l’architecte d’origine italienne Lina Bo Bardi
décrivait sa célébrissime Casa de Vidro, maison
de verre moderniste érigée en 1951 dans un
nouveau quar tier de Sao Paulo encore encerclé
par la forêt tropicale. La bâtisse horizontale
flotte toujours aujourd’hui au-dessus d’une nature
flamboyante, hissée sur de fins pilotis d’un
doux bleu qui continuent leur course à travers
la spacieuse salle principale. Infuencée par
Mies van der Rohe et les lignes épurées d’une
architecture moderniste ouver te, Lina Bo Bardi
a imaginé l’espace central de la maison telle
une boîte de verre : les vastes baies vitrées plongent
ses habitants (l’architecte et son mari y ont
vécu quarante ans) dans les hauteurs des arbres
et leur feuillage luxuriant.
Le vaste lieu, d’un seul tenant, fait office
à la fois de bibliothèque et de bureau, de salle
à manger et de salon. Depuis sa réouverture au
public en 2013, la Casa de Vidro invite régulièrement
un ar tiste à prendre possession de cet espace.
La Por tugaise Leonor Antunes, dont le pavillon
à la Biennale de Venise en 2019 avait marqué
les esprits, y déploie un ensemble de sculptures
en métal. Ces tiges autour desquelles des
spirales s’enroulent comme un lierre du sol au
plafond rendent hommage autant à la forme
originale des bibliothèques imaginées par Lina
Bo Bardi pour la maison qu’à la nature
environnante. L’ar tiste a aussi choisi quelques
pièces dans la collection de l’architecte, telle
cette statue religieuse baroque surgissant dès
l’entrée. Car Lina Bo Bardi, bien que moderniste,
ne rejetait pas la tradition, l’ar t naïf et le kitsch
revalorisé du Brésil qu’elle avait adopté.
Le kitsch, écrivait l’architecte italien Alessandro
Mendini, est “un mot très répandu dans le sud
de l’Allemagne, et qui a le sens de ‘rassembler’,
de ‘réunir au hasard’, et, dans un usage plus
spécifique, de ‘faire à par tir de vieux meubles
de nouveaux meubles’.” C’est un peu ce que
fait l’architecte en employant la pierre bleu pâle,
très répandue dans le Brésil des années 50,
pour la réinventer totalement en la plaçant au sol.
Sa modernité si spécifique, en lien avec la
tradition, tient tout entière dans ces petits détails.
Au cœur de la maison, un petit jardin intérieur
permet à un arbre majestueux de s’élever, à l’instar
des pilotis, du sol jusqu’au ciel, comme s’il la
traversait. Dès cette première réalisation brésilienne,
la palette de Lina Bo Bardi éclate au grand
jour : l’air, la lumière, la nature et l’ar t.

182
English text English text

English
What a number!
SHAY, THE NEW RAP PRINCESS
At just 27, Belgian singer Shay is already a queen in the world of rap.

text
After her critically acclaimed 2016 best-selling début Jolie Garce, she
followed up last May with a second album, Antidote, consolidating her
reign over France and Belgium. And if that weren’t enough, she just
made her fashion début under Riccardo Tisci, artistic director at
Burberry, who chose her for What Is Love?, his winter 2019 campaign.
Numéro asked Shay about the secrets of her success, from her
flamboyant look to her breakthrough appearance at 19 with Booba.
caters to her every need. Some hand under the alias Le Motif] decided to
her ready-peeled fruit or a pre-lit cig- film me, and wrote a song specially
arette, others squeeze her an orange for it. The result was never officially
or carefully adjust the belt on her released, but it did the rounds in pri-
white-lace Burberry dress. Such is vate, and Booba saw it. To be honest
the princess-like lifestyle of a rap I was ridiculous – I was wearing a
star who has conquered both her super-tight top and a G-Shock watch
native land and neighbouring France. over my T-shirt… Anyway, Booba
Ever yone involved with Shay saw the video and called me in per-
has had to learn to deal with the son. I took the opportunity to play
hardcore enthusiasm of her fans. him Cruella, another piece I’d writ-
“They’re crazy, but I adore them,” ten. He agreed to add his voice to it
she says affectionately. “In France, in Brussels, and it became one of the
all the other artists have super-polite tracks on his mixtape Autopsie 4.
fans, but half of mine harass me! That’s how it all started.”
When I mention Edem [her stylist] or Booba’s legendarily loyal fans
Camille on Instagram, they bombard expect a lot from his concerts, so
them with messages: ‘What’s Shay w h e n t h e k i n g of r a p i nv i te d a
working on at the moment? Give us 19-year-old girl to join him on stage,
a look!’ ‘Next time you see her, tell how did she deal with the pressure?
her I love her, give her my number “At the time I really wasn’t terribly
please.’ It’s weird, for sure… I think aware of what Booba represented.
that’s what you call passionate love!” But the scales soon fell from my
Few music stars start out with eyes, and my reaction was, looking
the insolent luck that set Shay on back, totally crazy! Even though I’d
her path. At just 19, before she’d never been on stage, I refused to re-
even decided to go into music, she hearse, I never managed to wake up

What a number!
185 SHAY, THE NEW RAP PRINCESS
“They’re crazy, but I adore them,” says
By Chloé Sarraméa, portrait by Urivaldo Lopes Shay affectionately of her fans. “In
Art diary France, all the other artists have
186 CHRONICLES OF AN UNDERCOVER REPORTER
By Nicolas Trembley, photo by Jessica Craig-Martin
super-polite fans, but half of mine
harass me! ... I think that’s what
Artist of the month
187 AVERY SINGER By Chloé Sarraméa, portrait by Urivaldo Lopes you call passionate love!”
Interview by Nicolas Trembley Belgian Rap star Shay never does Shay’s closest confidante is found herself performing in front of on time…” Luckily for the young in-
anything by halves. She’s not the Camille, her makeup ar tist, who 17,000 people at Paris’s Bercy Arena génue, Booba is used to grooming
Style sort who would balk, for example, at helps her perfect her trash-doll im- w i t h t h e m e g a -f a m o u s D u c d e the talent he spots and to launching
189 SUSTAINABLE DEVELOPMENT the prospect of a dif ficult video age in all its myriad details, from Boulogne, alias Booba, the godfa- the careers of those he finds prom-
Interview with Marie-Claire Daveu of the Kering Group by shoot or album-cover session. When body cream, face paint and wigs ther of French rap. “At that point in ising – such as rappers Maes, Niska
Delphine Roche it came to the artwork for her second right down to the neon-green claws, time, music was a hobby for me,” and Damso, the lat ter also from
album, Antidote, which came out last zebra-stripe nails and thousands of recalls Shay. “I was young, I wrote a Belgium – before falling out with
Viewpoint May, she didn’t hesitate for a second silver sequins that are glued onto her little bit, I recorded songs on a tape them! So it was that Shay brought
190 EWA JUSZKIEWICZ’S ANTI-NATURAL PORTRAITS whe n she was asked to “spe nd hands. Getting Shay ready takes player. One day my brother [a com- out her first album Jolie Garce on
By Éric Troncy hours in freezing-cold water.” hours, mobilizing a whole team that poser who produces rap tracks Booba’s label 92i in 2016, following it

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English text English text
up three years later with 2019’s Art diary Artist of the month
A nti d ote, th i s ti m e re l e a s e d by
Capitol. “I was signed by 92i, but in CHRONICLES OF AN UNDERCOVER REPORTER AVERY SINGER
the end I decided to leave. Booba
and I had different artistic visions,” FROM PARIS TO NEW YORK At just 33, the New York-based painter is the youngest artist to be
she says prudently.
Hearing lines like “The pretty lit- represented by the gallery Hauser & Wirth. In her oeuvre, she mixes
tle vixen will catch them all up”
(from the track Catch Up on Jolie
references to an older pictorial tradition with cutting-edge 3D digital-
Garce) or declarations such as “I’d modelling tools, thereby questioning the constantly growing presence
like there to be more female rap
stars, but none of them are any good. of technology in our everyday existence.
I don’t like any of those who’ve tried,”
you’d be forgiven for finding the girl
with telescopic eyelashes rather pre-
sumptuous. But actually it’s quite the
reverse, says Shay. “I’m extremely
reserved in real life – I find it hard to
open up. On Antidote, I tried to trans-
late into music the emotions I find so
difficult to express. I found freedom,
I was happy, and that’s what inspired
the album’s title.”
When she was eight, Shay would
put on little concerts for her grand-
father, the Congolese rumba singer
Tabu Ley Rochereau, “in order to
impress him” (she’s also the cousin
of the politically engaged rapper
Youssoupha). Armed with the same
confidence today, she doesn’t hesi-
tate to contact renowned composers
who share her artistic vision, such as
the Belgian rapper Damso, an ac-
claimed wordsmith, who wrote the By Nicolas Trembley, photo by Jessica Craig-Martin
song Pleurer for her. “I’ve known him

Avery Singer, Jordan (2019). Courtesy of the artist, Hauser & Wirth and Kraupa-Tuskany Zeidler, Berlin. Photo by Lance Brewer
for eight years. When we met, I was In the wake of the outraged reac- complex, and is a change that can December 2019, leaving behind him
already rapping, but he wasn’t yet. tions of French cinema’s dinosaurs be felt not only in museums and gal- a collection valued at several-hun-
He’s always wanted to write for me… t o A d è l e H a e n e l ’s f l a m b o y a n t leries but also in the art market. dred-million dollars, which was ini-
One day, we were talking in the stu- Césars exit, it can proudly be said In Paris, you can see Wols and tially to have been sold by the most
dio, when all of a suddden he inter- that the world of contemporary art Alice Neel at the Centre Pompidou, important auction houses. Except
rupted me: ‘Why don’t you put all of has been much better at adapting both of whom have had to wait sev- that, a few weeks later, there was a
that in a track?’ Since the words to the new societal parameters en- eral decades after their deaths to be coup de théâtre when the family an-
wouldn’t come, he agreed to do it for gendered by a rereading of the re- honoured with official Parisian rec- nounced its decision to sell through
me. It was a very generous gift.” A cent past. Indeed if the opening of ognition — Wols for over 60 years, three of the biggest galleries, Pace,
huge success, the song includes the new MoMA extension has been Neel for 35. And then there’s the Gagosian and Acquavella, for once
l i n e s l i ke: “27 ye a r s o l d, q u e s- followe d with such inte re st, it’s P o m p i d o u ’s C h i n e A f r i q u e – united for the common good. Were
tions-doubts/ I forget myself for peo- partly because of the hang, which C ro ss i ng th e Wo r l d C o l o r L i n e, the heirs frightened that no one
ple who think only of themselves/ goes some way to counterbalancing which, as Alicia Knock, a curator at would dare show up to an auction
I slowly rot for lack of avowals.” an older version of art history that the Musée national d’Art moderne, house given the current sanitar y
Between photo shoots, attend- told only part of the story. Now, art- points out, “liberates systems of circumstances?
ing the front rows at London Fashion ists who were overlooked because representation that are freed from The first sales figures for pri-
We e k, c a m p a i g n s fo r B u r b e r r y they didn’t represent the power of both the colonial and the Western vate sales began to come through,
(which also feature Carla Bruni, those doing the buying or exhibiting framework, affirming the need for a via Bloomberg, at the end of
among others) and dinners with her have found a place in the museum. common decentring.” February: $70 million for a Rothko,
friend and favourite stylist Riccardo And it certainly seems far more per- The market isn’t always quite in $100 million for two Picassos ac-
Tisci, Shay has no time to waste, tinent to demonstrate that, when tune, though, as demonstrated by q u i re d by S teve W y n n, th e L a s
composing every day. “I don’t allow modernity began to develop, there the Donald Marron collection, which Vegas casino magnate, etc. Will we
myself any down time. I’m already were reactions to it which occurred is in the news at the moment and s e e th e s e m a s te r p i e c e s o n th e
Interview by Nicolas Trembley
working on my next project, at home in places outside the West, and that principally comprises white male stands at some of the fairs? At any
in Brussels. In my studio, I’ve in- female artists, for example, whose artists. The former owner of Paine rate Pace and Gagosian are plan- American artist Avery Singer paints since it is constantly evolving in re- f r e s c o f o r C o l o g n e ’s L u d w i g AVERY SINGER: My background is
stalled red lamps. The minute I go in work didn’t necessarily tally with the Webber, one of the most lucrative ning to show some of them during with the digital tools that have been sponse to both the contemporary Museum, as well as signing with that I’m a third generation native
there, I’m completely immersed in my dominant criteria of the times, were investment companies in the U.S. the upcoming May auctions in New developed for architecture and video context and the history of art, which Swiss gallery Hauser & Wirth. New Yorker. I grew up downtown,
own world. It’s more than just a place no less interesting nonetheless. before it was sold to UBS, Marron York, and there’ll be a catalogue by games. While her portraits of robot she’s well versed in thanks to her two blocks north of the World Trade
where I feel good, it’s vital for me.” Jux taposing all these dif ferent was a major collector from the 80s Phaidon – if, of course, the novel- figures might recall the science fic- parents, who are both painters. N U M É R O : W h a t ’s y o u r b a c k- Center. Educationally speaking, I’m
strands makes the context of the onwards, as well as a tremendous coronavirus pandemic doesn’t bring tion of Tron, it would be reductive to Numéro spoke to the 33-year-old, ground? How much did your a product of the New York City pub-
Shay, Antidote (Capitol), out now. works far more dynamic and p a t r o n a n d d o n o r. H e d i e d i n everything grinding to a halt. judge her work only by technique, who has just completed a giant upbringing influence you? lic-school system. Culturally, I grew

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English text English text
that overlooked my mom’s painting af ter a while became aware of it. Cologne’s Ludwig Museum? How Style ask it to raise awareness among our
studio. We didn’t have air condition- I like that it was an unconscious de- did that come about? suppliers so that they improve their
ing for a long time, so I remember cision on my part. You let the paint- S u re. T h i s p a r ti c u l a r p ro j e c t i s SUSTAINABLE DEVELOPMENT environmental performance. Among
hot summer nights with all the ceiling ing itself dictate its own direction, funded by the estate of a local artist, the materials we use today, 3,800
“I would hope my fans turned on both to cool us off instead of pre-planning and execut- Bernard Schultze. The estate be- A pioneer of sustainable development, the Kering respect our sustainable-develop-
work makes it into a n d to d r y th e pa i nt. I re a l ize d ing an idea like a conceptual artist. queathed paintings and a financial
donation to the museum. Every two Group has been developing myriad policies with a
ment criteria. Now, start-ups that are
I wanted to be an artist when I made aware of our environmental policies
the big history of my first super-8 film with a camera You often use “robot” or futurist years, a painter is invited to produce
view to lessening its environmental impact. Marie- have begun to spontaneously pro-

painting, as well as my dad gave me as a gift for my 15th


birthday. I fell in love with art at that
manga characters in your work.
How did these personae appear?
a site-specific work with supplemen-
tal installation funding provided by Claire Daveu, the group’s director of sustainable
pose their own materials.

the contemporary age. I like to say that art and I have It started as a simple figure I con- the Schultze estate. In its first itera- The fashion calendar is constantly
been happily married ever since. structed using the pared-down ge- ti o n, Wa d e G u y to n p ro d u c e d a development and international institutional relations, accelerating, resulting in ever-
art of our time. Prior to realizing I wanted to be an ometry I was capable of producing m u l ti - panel work that por trayed
told Numéro about some of them. increasing production volumes. Is
Painting and art will artist, I dreamed of being a mathe- in my limited knowledge of the pro- scenes of the World Trade Center this a major problem?
matician or a computer scientist. gramme. The hair pattern actually and Lower Manhattan. For my com- Yes, it is, but in the luxury sector the
continue to march came out of my attempt at depicting mission, I thought it would be a won- volumes are nothing in comparison

forward – and I’m What were you looking at then,


and what do you look at today?
the peiyes [sidelocks] on a Hassidic
cha racte r f rom a painting title d
derful opportunity to make a large-
scale panoramic work meant to be
to the mass market. And I hope that
anyone who buys a Bottega Veneta
excited to be part of I look at everything: I absolutely love Jewish Artist and Patron. I also have viewed from afar. I combined a se- bag won’t throw it in the trash the day
ries of previously used SketchUp
that trajectory.” art and artists, who devote their en-
tire spirit, being and life to the prac-
a figure that is based on Naum Gabo
and Antoine Pevsner sculptures rep- models and rendered them in a blue-
they decide they don’t want it any-
more: they can sell it on, give it away
tice of artmaking. Outside of the art resenting a human bust. tiled grid, which is a paint filter in the or keep it for their children. Moreover,
realm, I’m interested in image-mak- programme. The figures and faces new tools being developed thanks to
ing technologies, along with innova- Your characters seem lonely... Is camouflage with the background. artificial intelligence will allow pro-
tions in tech that change the way we there a link bet ween loneliness duction to be optimized with respect
see and have experiences, popular and technology in your work? How do you find the titles for your to demand. We’re also doing all we
media culture, and so forth. I don’t think so much about portray- pieces? can with respect to the circular econ-
up in a very bohemian environment: ing loneliness in my work. It’s prob- They have to strike me, otherwise omy, upcycling and even recycling of
my parents are both painters who Do you consider yourself a ably an issue that’s at play in the the work remains untitled. fibres. We’ve invested in a start-up
worked as film projectionists. My painter? Is this category still rel- paintings, but it’s not necessarily at called Worn Again, which is develop-
mom later worked as a secretary for evant in 2020? the forefront for me. You work with today’s tools, but ing a way of separating cellulose and
a company in the World Trade Center I don’t know what else I would be, the results look somehow futur- polyester fibres so as to regenerate
and then as a graphic designer for a other than a painter – a human being You also produce self-por traits. i s ti c. H ow d o yo u a n a l ys e thi s them. Right now it’s still in the R&D
children’s book-publishing company. perhaps? The category of painter How did you integrate your image shift? Is the future now? stage, but I hope we’ll be able to roll
My exposure to art downtown as the clearly still exists, but the looser and into the paintings? The future is the future, now is now! it out at a very large scale.
daughter of artists and projectionists broader the category is, so much the I made a self-portrait recently. My How would you define futuristic? For
(my father projected at MoMA) was better in my opinion. assistant took a photograph of me in me there’s a lot of plurality in that Do you think that sustainable devel-
incredibly influential on developing a my studio, and we collaged it into a term. I feel like my work addresses opment has really taken root in the
feeling of closeness to Modern and What are the sources you use to rendering of a 3D model an artist the times we’re living in. fashion industry?
contemporary art. As I was able to make your images? friend of mine developed for a pro- Clients in the luxury sector are more

Kering’s South Gobi Cashmere Project works with local livestock farmers in Mongolia. Photo courtesy of Kering
see Modern masterpieces in the mu- They come from a myriad of places: ject we did together. This model was Would you say your work fits into and more demanding in this respect,
seum environment regularly, I feel lived experience and noticing how meant to function as satire of luxury the “big” history of paintings? particularly millennials. We also ac-
strongly that art shouldn’t be stored I look at things and how they appear urban development in a New York City, I would hope my work makes it into company a large number of young
away privately. Art should be publicly to the world. My sketches come out by proposing an expansive open-air the big history of painting, as well as designers across the globe, because
available to all viewers, because of 3D-modelling programmes that toilet pavilion as a public park. the contemporary art of our time. environmental questions require
Modern and contemporary art exists I use to visually construct the differ- Painting and ar t will continue to technical knowledge that isn’t nec-
for the museum context. My pub- ent figures and spaces in my work. Can you talk about the way you march forward – and I’m excited to essarily intuitive. We organize a day
lic-school education taught me my in s t a ll yo u r wo r ks? H ow i s th e be part of that trajectory. of master classes at our Paris HQ for
Interview by Delphine Roche
work ethic. My high school, When did you start incorporating way you display them in your the Festival d’Hyères finalists, and
Stuyvesant, is the most high-per- new technology in your work? exhibitions important as a vehicle Is there any thing that you’d like NUMÉRO: What were the main result, we were able to see that the taken action, for example by equip- we’ve also set up partnerships with
forming and impoverished public Probably as an art student. Though for your message? to make people conscious of directions you decided to take main impact isn’t due to our own im- ping all our buildings with LEDs and schools such as Parsons, the
school in the U.S. I was one of very I was focused on traditional carpen- We learn about the politics of display through your art? when you started at Kering? mediate sphere but rather to our solar panels. London College of Fashion and the
few non-immigrant students there. try skills, with and without the use of as art students. The way you hang I’m not sure about that. I don’t ex- M A R I E - C L A I R E DAV EU: I w a s supply chain. We then built pro- Institut français de la mode. When,
I learned my work ethic from my par- power tools, I was interested in video your work conveys your attitude to- actly know what their experience of trained as an engineer, and didn’t grammes by sector: cashmere, wool, What role doe s your Mate rials for example, we explain to students
ents and my fellow Stuyvesant stu- art and computer modelling as well. wards both the venue in which it’s my work is. I would like them to see initially intend to work in the luxury silk, etc. We defined standards for Innovation Lab play? or young designers that they need to
dents. I then went to Cooper Union The tech element you see in my work hosted as well as the architecture. or experience something that re- sector. I started at Kering in 2012 be- our suppliers with a list of criteria to We founded the lab in 2013 to pro- favour tanning processes that avoid
on a full-tuition scholarship, and my changes as my goals in my painting Architects are very utopian, in my flects on contemporary society or cause of François-Henri Pinault’s be followed not only with respect to mote research into innovative tex- heav y metals, it’s not something
already solid work ethic was practice change. opinion, and they design spaces that culture. And I would also like it if they stance towards sustainable develop- the environment but also to animal tiles, and on the same model we also that’s immediately obvious, they
strengthened even more. give promise to certain functions. felt they were being faced by a new ment. I often say that sustainability wellbeing. We work closely with each opened the Sustainable Innovation need to be guided through the pro-
You star te d out using grisaille, Your role as an artist working within approach to painting. isn’t an option but a necessity, and of them so that they change their way Lab for jewellery and watchmaking. cess. So we try to help them by of-
Do you remember your first but more and more you’ve been their framework has manifold ex- that’s exactly his opinion too, not just of doing things. Thinking within the The Material Innovations Lab can fering accelerated training. We’ve put
encounter with ar t? What made adding colour. Does this change pression. Your work hanging in a Did you ever feel associated with from an ethical point of view but also sphere of your own company isn’t make proposals to the various group together a MOOC [massive open
you want to be an artist? h ave a ny t h i n g to d o w i t h yo u r politically or economically fraught a particular community or move- to keep his business going. The first enough – for the Kering Group that companies, for example for a fabric online course] in English and
I don’t remember what that would evolving technique? institution may speak of another. ment? Do you today? thing we did was to develop a tool, accounts for just 7% of our impact. made from recycled fishing nets. It Mandarin that includes videos and
have been, since I grew up in my I simply stopped thinking about col- Not really, since I’m ver y much a EP&L (environmental profit and loss), The vast majority – 93% to be exact also goes the other way: companies documents: you sign up online, and
parents’ art studios. I didn’t have my our, which strangely resulted in my Can you talk about the Schultze loner by nature. And I don’t see that which measures the effect on the – is outside our legal frontiers. As for can indicate to the lab that they often at the end of the course you get a
own room, instead I had a loft bed beginning to use it. I got into it and Project you’ve just completed at changing anytime soon. environment of what we do. As a our immediate 7%, we have of course work with a particular material, and recognized diploma.

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English text English text
Viewpoint is still recognizable, but this unex- E c k e r s b e r g ’s 1817 p o r t r a i t o f
pected facial hair pushes the por- Elisabeth Brockenhuus, which was
EWA JUSZKIEWICZ’S trait into another, perhaps temporal, itself taken from a painting by Emil

ANTI-NATURAL PORTRAITS dimension. Juszkiewicz doesn’t use


readymade reproductions but paints
Hannover, Juszkiewicz has given us
an almost Cronenbergian version,
pictures that are largely identical to Mme Brockenhuus’s hair having
The young Polish virtuoso reappropriates old-master the originals, with a preference for been plaited all over her face, cov-

canvases in a highly disturbing manner. portraits of the 15th to 19th centu-


ries, although not exclusively. While
ering it up like a sinister mask.
This simple and remarkably ef-
studying art in general and painting fective process becomes more
in par ticular at both the fine ar ts complex when Juszkiewicz tries her
school in Dantzig (2004–09) and the hand at works that are not so well
ac ade my of f ine ar ts in K rakow known, taking her project of “re-
(2010 –13), she acquired sufficient prises” in less literal directions that
technique to copy to perfection not give it all its particularity. On the one
just the great but also the lesser and h a n d t h e r e ’s h e r “ r e p r i s e ” o f
mediocre masters – in other words M agr it te’s fa mous 1935 picture
to reproduce faithfully any picture L’Invention collective, which is iden-
she wishes. Which of course on its tical to the original – given the pa-
own would not make her an artist, rameters of her project, there was
simply a copyist. But her exceptional no need for Juszkiewicz to change
technique is merely an instrument anything at all about this woman re-
serving a bigger project, a hybridi- clining on the sand with a fish for a
zation no doubt of an “appropria- head. Things become more compli-
tionist” approach (as practised by cated when she “covers” (for unlike
certain American artists in the late Stur tevant, who claimed that her
1970s) and highly contemporary at- versions of paintings produced by
titudes that derive from both instant great artists were in fact “originals,”
access to all the images on the Juszkiewicz’s are really covers in the
Internet and an evident desacraliza- s e n s e o f r e w o r ke d v e r s i o n s o f
tion of history, which touches just songs) more abstract works by Paul
about everything today. Klee, Wassily Kandinsk y or Jean
For, let’s face it, the modifica- Metzinger, or when she works with
tion of historic images has now documents relating to paintings that
become commonplace. Take the have been damaged, destroyed or
poster for the 2017 Cannes Film that have disappeared, or produces
Festival: essentially a 1959 shot a painted version of a sculpture,
showing Claudia Cardinale dancing suc h a s O t to Fre u ndlic h’s 1912
among the rooftops of Rome, her Large Head (The New Man), a plas-
skirt lifted by the wind to expose a ter work that was labelled “degener-
glimpse of her legs, it was retouched ate” by the Nazis.
to give Cardinale a thinner waist, a Juszkiewicz’s essentially figu-
bigger bust and more slender arms. rative painting, so simple to look at,
Or the 2009 poster for a show about nonetheless possesses a concep-

Ewa Juszkiewicz, Sisters (After Anton Graff), 2014. © Ewa Juszkiewicz and Almine Rech Gallery
Ewa Juszkiewicz, A Rest (After Anton Einsle), 2014. © Ewa Juszkiewicz and Almine Rech Gallery
f ilm dire ctor Jacque s Tati, f rom tual dimension that is only occasion-
which M. Hulot’s famous pipe was ally found in current pictorial pro-
airbrushed out in favour of a child’s usually try to capture at least with (sometimes to the point of parody) of treatments such as transforming duction. For while retouching and
toy windmill. A photo of Jean-Paul respect to context – clothing, hair- in art history, it’s far more unusual the face into another form, integrat- alterations are commonplace in
Sartre, which was used on the cover styles, jewellery and poses are care- for artists to be inspired by the world ing it into the environment or com- digital images, they’re not generally
o f a B i b l i ot h è q u e n a t i o n a l e d e fully chosen to indicate social rank. of fashion. But Juszkiewicz says it pletely erasing it.” applied to painting with the tech-
France catalogue in 2005, suffered Af ter processing by Juszkiewicz, has greatly influenced her. “I discov- When, in 1807, Louis Léopold niques of painting. “I work every day,
the same fate, the writer’s legendary none of that actually disappears, but ered the work of Rei Kawakubo, Iris Boilly painted the portrait of Mme s e v e r a l h o u r s a d a y,” e x p l a i n s
cigarette being edited out. Such re- is reorganized in a rather disturbing van Herpen and Alexander Saint-Ange Chevrier (now at the Juszkiewicz. “The nature and tech-
touches and modifications are com- fashion: when a subject’s head is M c Q u e e n ,” s h e e x p l a i n e d t o Nationalmuseum, Stockholm), he nique of my paintings require long
mon currency in fashion photogra- replaced by thick vegetation, the Numéro. “At the same time I’d al- depicted her with her eyes raised to and continuous work, which, for a
p hy, b u t th ey m a ke fo r a m o re shadow of Surrealism and the ways been fascinated by the past, heaven, her doll-like face exuding single canvas, usually takes several
curious effect with respect to im- Comte de Lautréamont’s “fortuitous the history of the portrait, of beauty trustworthiness. Juszkiewicz’s ver- weeks. I use traditional techniques,
ages that already had a life before encounter on a dissecting table be- and of fashion. I started to ask my- sion is, to star t with, more than the old-fashioned way. My paintings
By Éric Troncy
being retouched, and are subse- tween a sewing machine and an self what the limits of por traiture twice as large, measuring 2 m in are made up of several layers and a
At just 35, she has already pro- Greta Thunberg, for tunately), but world by introducing a few minor but quently altered in response to the u m b re l l a” i m m e d i ate l y c o m e to were. How can you represent and height where the original is under large number of glazes. The whole
duced a solid pictorial oeuvre that b e c a u s e t h e y ’v e a l r e a d y b e e n spectacular modifications. mores of our times. mind. Indeed this might be the es- apprehend a human body without a 80 cm and, above all, the doll-like process is very laborious. I pay a lot
is almost exclusively female. painted by others, in previous cen- There’s often “something not In the same way, Juszkiewicz’s sence of Juszkiewicz’s artistic pro- face? I was interested in the possi- face with its angelic expression is of attention to details, which I spend
Women, mothers, wives, daughters turies. The enlightened viewer is quite right” in Juszkiewicz’s paint- corrected pictures have had a life ject: leading the history of classic bility of replacing the face by objects gone, covered with a mass of fabric hours refining.” And it’s precisely
who often remind us of something, thus “reunited” with them in Ewa ings. A bit like the moustache that before her interventions, and the fe- a nd mode r n painting towards a and phenomena that don’t occur in that matches the sitter’s dress. From because so much care has been put
not because we know them or be- Juszkiewicz’s work, but, in the inti- Marcel Duchamp added to a repro- male figures represented in them 21st-century version of the Surreal. nature. As a result, I started submit- this strange sort of collapsed tur- into these curiously reworked por-
cause they are our contemporaries macy of her Warsaw studio, she has duction of the Mona Lisa in 1919 have also had a life before being While it’s become common for fash- ting traditional portraiture to various ban, various plants and a lock of hair traits that Juszkiewicz’s oeuvre still
(no Miley Cyrus, unfortunately, nor tele-transpor ted them to today’s (L.H.O.O.Q.): obviously La Giocanda portrayed, one which their portraits ion designers to look for inspiration experiments, observing the effects protrude. As for Christoffer Wilhelm has the power to “disturb” us.

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L’insider
LES DÉFILÉS AUTOMNE-HIVER 2020-2021 Par Stéphane Feugère
À NEW YORK, LONDRES ET MILAN

Adwoa Aboah Riccardo Tisci et Cate Blanchett Karlie Kloss Carolyn Murphy Amber Valletta et Cara Delevingne Liya Kebede

Michael B. Jordan Emily Ratajkowski Tyga Sébastien Jondeau Chiara Ferragni, Halima Aden, Elsa Hosk et Romee Strijd

Cindy Bruna Toni Garrn et Alex Pettyfer Will Smith Coco Rocha Imaan Hammam et Drake Kendall Jenner

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Adresses LE CRÉDIT MUTUEL DONNE LE A G R E E N E R F E ST I VA L AWA R D S

LANA DEL REY | BAD BUNNY LORENZO | POMME


RICARDO VILLALOBOS
YOUNG THUG | LOMEPAL &FRIENDS NILS FRAHM | ASGEIR | KOFFEE
DISCLOSURE LIVE | NINHO MODESELEKTOR LIVE SET | MR EAZI

LONDON GRAMMAR | WIZKID C E R R O N E | D E N I S S U LTA


LOUS AND THE YAKUZA
CARIBOU | BICEPLIVE | FOUR TET LA MARCHE BLEUE | 070 SHAKE
RONE LIVE | KING GIZZARD AND LIZARD
THE WIZARD MERYL | LAYLOW | CRYSTAL MURRAY
CAT H E R I N E R I N G E R THE MURDER CAPITAL | GIRL IN RED
WEYES BLOOD | PACHANGA BOYS
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ASHISH. www.ashish.co.uk JIL SANDER. 56, avenue Montaigne, Paris VIII e .
AVANT TOI. L’Éclaireur, 26, avenue des Champs- KOCHÉ. Le Bon Marché, 24, rue de Sèvres, Paris VII e .
Élysées, Paris VIII e . LANVIN. 22, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIII e .
BALENCIAGA. 336, rue Saint-Honoré, Paris I er. LONGCHAMP. 77, avenue des Champs-Élysées,
BURBERRY. 56, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIII e .
Paris VIII e . LOUIS VUITTON. 2, place Vendôme, Paris I er.
BVLGARI. 25, place Vendôme, Paris I er. MANOLO BLAHNIK. Palais-Royal, 11-12, galerie de
CARTIER. 23, place Vendôme, Paris I er. Montpensier, Paris I er.

Illustration : Clément Vuillier / Graphisme : Lysiane Bollenbach


CELINE. 4, rue Duphot, Paris I er. MARCIANO. www.guess.eu/fr
CHANEL. 31, rue Cambon, Paris I er. MARNI. 57, avenue Montaigne, Paris VIII e .
CHANEL JOAILLERIE. 18, place Vendôme, Paris I er. MA X & MOI. 10, rue Cambon, Paris I er.
CHAUMET. 12, place Vendôme, Paris I er. MIU MIU. 1, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIII e.
CHRISTIAN LOUBOUTIN. 68, rue du Faubourg-Saint- MOSCHINO. 54, rue du Fg-Saint-Honoré, Paris VIII e .
Honoré, Paris VIII e . MSGM. Le Bon Marché, 24, rue de Sèvres, Paris VII e .
DIOR. 127, avenue des Champs-Élysées, Paris VIII e . PACIOTTI. 12, avenue Montaigne, Paris VIII e .
DIOR JOAILLERIE. 8, place Vendôme, Paris I er. PINKO. 4, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIII e .
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DROME. www.drome.it PRADA. 12, avenue Montaigne, Paris VIII e .
DSQUARED2. Galeries Lafayette, 38-40, boulevard REDEMPTION. www.redemption.com
Haussmann, Paris IX e . RICK OWENS. 130-133, galerie de Valois, Paris I er.
EMPORIO ARMANI. 149, boulevard Saint-Germain, SACAI. Le Bon Marché, 24, rue de Sèvres, Paris VII e .
Paris VI e . SAINT LAURENT. 53, avenue Montaigne, Paris VIII e .
ELISABETTA FRANCHI. 12, rue de Castiglione, Paris I er. SALVATORE FERRAGAMO. 45, avenue Montaigne,
ERIC JAVITS. www.ericjavits.com Paris VIII e .
ERIK A CAVALLINI. Le 66 Champs-Élysées, 66, avenue SPORTMA X. 72, rue des Saints-Pères, Paris VI e .
des Champs-Élysées, Paris VIII e . THE KOOPLES. 191, rue Saint-Honoré, Paris I er.
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