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  Substrat vs superstrat vs adstrat

Durant les cinq siècles pendant lesquels le latin et le celtique


ont été en contact en Gallo-Romania, le celtique, bien que langue
dominée, a influencé la nouvelle langue dominante, le latin
(vulgaire). On utilise le terme de substrat dans ce cas.
Définition : Substrat
Un substrat est une langue qui en influence une autre tout en
étant supplantée par cette dernière
 On parle de substrat celtique dans nos régions, le celtique ayant
influencé le latin tout en étant supplanté par ce latin.
Ensuite, durant les quatre siècles pendant lesquels le latin et le
francique furent en contact, le francique influença de même le
latin. Mais on utilise dans ce cas le terme de superstrat.
Définition : Superstrat
Un superstrat est une langue qui en influence une autre avant de
s’éteindre sans avoir pu la supplanter.
Dans nos régions, le francique a influencé le latin avant de
s’éteindre, le latin restant dominant.
De la même manière qu’il faut éviter tout amalgame entre
prestige d’un groupe et prestige d’une langue, de même il faut
faire attention à ne pas confondre dominance de la langue et
dominance d’un groupe :

 dans le cas du substrat, la langue dominante est la langue du


groupe dominant ; la langue du groupe dominé s’éteint ;
 dans le cas du superstrat, la langue dominante est la langue
du groupe dominé ; la langue du groupe dominant s’éteint.

Il n’y a donc pas de relation à établir entre le caractère


dominant d’un groupe et le caractère dominant de sa langue.
Les apports du celtique, substrat, et du francique, superstrat,
sont une des caractéristiques qui démarquent nettement le français
de toutes les autres langues romanes, c’est-à-dire des autres
langues-filles du latin. Ces apports sont donc non négligeables en
termes d’histoire de la langue comme en termes d’identification
d’une nouvelle langue, en l’occurrence la langue française.
Il est intéressant de noter que le celtique et le francique, tout
en ayant, l’un et l’autre, laissé leur empreinte sur la langue
française, notamment dans le lexique, ne l’ont pas fait dans les
mêmes secteurs de ce lexique.
En Gallo-Romania, le latin a emprunté au celtique des termes
touchant aux domaines dans lesquels la civilisation gauloise était
perçue comme supérieure à la civilisation romaine (l’agriculture, la
nature, les techniques de fabrication de la bière, l’habillement – la
chemise, par exemple est un mot et un vêtement gaulois).
De la même manière, en Gallo-Romania, le latin a emprunté au
francique des termes touchant aux domaines dans lesquels la
civilisation franque était perçue comme supérieure à la civilisation
romaine (la guerre, l’organisation sociale, la perception des
couleurs).
Ces zones différentes d’influence du celtique et du francique sur
le latin sont des indices de ce que la variation diastratique, c’est-à-
dire l’identification d’habitudes linguistiques propres à certains
groupes sociaux ou à certaines activités, n’a pas attendu l’essor de
la linguistique variationnelle ni le xxe siècle pour se mettre en
œuvre et jouer un rôle prépondérant dans l’histoire de la langue
française.
Dans les deux derniers cas de langues en contact qui viennent
d’être évoqués (celtique + latin, latin + francique), il y a entre les
langues en contact un rapport de langue dominante contre langue
dominée qui conduit dans les deux cas à l’effacement d’une des
deux langues (le celtique dans le premier cas, le francique dans le
second).
Mais qui dit langues en contact ne dit pas nécessairement
extinction ou effacement d’une langue. Deux langues en contact
peuvent s’influencer mutuellement sans qu’aucune des deux ne
s’éteigne. On parle dans ce cas d’adstrat.
Définition : Adstrat
L’adstrat est un ensemble des faits de langues dans une situation
où une langue en influence une autre sans qu’aucune des deux ne
disparaisse
Il faut noter que dans le cas de l’adstrat, même s’il n’y a pas
d’effacement complet d’une des langues en contact, un rapport de
force entre les deux langues en contact se maintient généralement
(rappelons l’importance accordée au concept de conflit par certains
sociolinguistes qui étudient les situations de diglossie), et
l’interférence linguistique se produit préférentiellement de la
langue la plus prestigieuse vers la langue la moins prestigieuse.