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Eric CIOTTI

Député
Questeur de l’Assemblée nationale
Président de la commission des finances du Département des Alpes-Maritimes

Monsieur Emmanuel Macron


Président de la République
Palais de l’Élysée
55 rue du Faubourg-Saint-Honoré
75008 PARIS

Paris, le 8 août 2020

Monsieur le Président de la République,

La menace terroriste a profondément évolué au cours de ces dernières années et l’un des
principaux enjeux auxquels notre pays sera confronté au cours des prochaines années est lié à
la libération des individus radicalisés. En tant que co-rapporteur d’application de la loi
renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, j’ai pu mesurer la gravité de la
situation, notamment en auditionnant, avec Raphael Gauvain et Yael Braun-Pivet, Jean-
François Ricard, procureur national antiterroriste, qui a qualifié la menace que représentent les
sorties de prison des personnes condamnées pour terrorisme islamiste de terrifiante

Or, dans sa décision du 7 août dernier, le Conseil constitutionnel a décidé de censurer l’essentiel
des dispositions de la loi « instaurant des mesures de sureté à l’encontre des auteurs
d’infractions terroristes à l’issue de leur peine », votée le 27 juillet par l’Assemblée nationale.

Cette loi prévoyait d’imposer des mesures restrictives de liberté à des sortants de prison
condamnés dans des affaires liées au terrorisme islamiste qui continuaient à présenter une
particulière dangerosité. Bien que perfectible, notamment en prévoyant la rétention de sûreté
pour ces individus, cette loi était indispensable.

534 personnes sont détenues en France pour des actes de terrorisme ; 853 détenus sont identifiés
comme radicalisés, dont 327 sortiront de prison dans les trois prochaines années ; entre 2020 et
2022, 153 condamnés pour crimes ou délits terroristes recouvriront leur liberté, nombre d’entre
eux n’ayant pas abandonnés leurs idées mortifères. Face à cette accélération des sorties de
prison, l’arsenal juridique actuel est insuffisant et inadapté. Il était urgent de combler ce vide
juridique.

En censurant les dispositions clés de la loi, le Conseil constitutionnel prétend défendre les
libertés individuelles. En réalité cette décision affaiblit la sécurité de chacun des Français,
première des libertés, en empêchant le suivi efficace d’individus constituant de véritables
bombes à retardement et en limitant la neutralisation préventive des actes terroristes. Nous ne
pouvons attendre qu’un attentat soit commis pour les neutraliser à nouveau. Sans la sécurité, la
liberté ne sera jamais garantie.

Cette décision s’inscrit dans une jurisprudence préoccupante du juge constitutionnel en matière
de lutte contre le terrorisme. En 2017 celui-ci a annulé la disposition sanctionnant la
consultation régulière des sites djihadistes ainsi que l’article 8-1 de la loi relative à l’état
d’urgence, qui autorisait le préfet à ordonner des contrôles d’identité ou des fouilles de
véhicules. En juin dernier il également supprimer le délit réprimant la détention de sites
djihadistes. Ces mesures étaient pourtant indispensables pour disposer d’outils juridiques
efficaces dans notre lutte contre le terrorisme islamiste.

Aussi, je vous demande solennellement d’engager le processus d’une modification de la


Constitution, afin de renforcer l’État régalien et de permettre au législateur d’adapter
efficacement l’arsenal juridique à la menace terroriste. Cette modification devrait permettre
notamment la mise en œuvre d’une véritable rétention de sûreté avec un caractère rétroactif.

Le cadre constitutionnel ne permet plus de répondre à la réalité de la menace. Nous ne pouvons


pas nous résoudre à cette forme d’impuissance de l’État, à ce désarmement juridique alors que
le terrorisme représente une menace pour notre sécurité, les valeurs de nos sociétés
démocratiques et les droits et libertés dont jouit chaque citoyen.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma


haute considération

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Président de la République, ma très haute considération.

Eric CIOTTI