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Dictionnaire des

Drogues,
des toxicomanies
e t des dépendances
Denis Richard
Jean-Louis Senon

Dictionnaire des
Drogues,
des toxicomanies
e t des dépendances
Préface de
Bernard KOUCHNER

LES RÉFÉRENTS

LAROUSSE
21, rue du Montparnasse 75006 Paris
Responsable éditorial
Jean-Christophe Tamisier

Lecture-correction
Édith Zha

Fabrication
Nicolas Perrier

@ Larousse-Bordas 1999

Toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, de la nomenclature et ou


du texte contenus dans le présent ouvrage et qui sont la propriété de l 'éditur
est strictement interdite.

Distributeur exciusit au Canada : <Messagerie ADP, l~5i Richaruson. Mor.trea. /-uenu,


ISBN : 2-03-720324-1
Préface

Un débat nécessaire

Drogues, toxicomanies, dépendances : ces mots-là sèment l'effroi par leur


banalité même et entraînent, en France, une sorte de glissement intellectuel qui
gêne trop souvent le raisonnement. Je m'en aperçois quand je tente d'en débattre
avec mes concitoyens. Leur première réaction reste souvent un refus du dialogue.
Puis surgissent des idées reçues, sous forme d'images. La première qui vient à
l'esprit de beaucoup de mes interlocuteurs, c'est le symbole de la seringue : tableau
tragique de l'héroïnomane se dissimulant pour se piquer les veines. Ils y voient
l'incarnation angoissante du mal et de la déchéance. Puis les clichés et les produits
se mélangent : amalgame dommageable, avalanche fatale. Enfin surgit l'image du
trafic international.
La réalité de la consommation des toxiques s'avère aujourd'hui bien diffé-
rente, moins spectaculaire et plus inquiétante. Elle reste en partie méconnue. Dans
les rencontres, celles des Etats généraux de la santé par exemple, j'expose, nous
tentons d'exposer des exemples et des chiffres concernant la diversité des produits
et des effets. Je sens alors l'incrédulité chez mes interlocuteurs. Je m'efforce de les
convaincre. Notre intoxiqué, peut être un de nos enfants, fume du tabac, il boit
(un peu), il ne peut plus se passer de sa pilule pour dormir. Dépendant, lui ? Dro-
gué ? Jamais, répond la majorité ! Et, pourtant, j'en suis convaincu, il ne suffit pas
de diaboliser le mot cannabis pour en être quitte avec les angoisses de nos sociétés
et les habitudes de notre jeunesse.
Pour diminuer la prise de drogues, les licites, les illicites, les « douces », les
« dures " les « habituelles », il conviendrait de diminuer les angoisses de notre so-
ciété, de modifier son regard sur elle-même, de raisonner sur la nécessité ou la
suppression des interdits, de lui procurer — oui — du risque et de l'exaltation. Cela
passe par des actions de prévention, en premier lieu par l'information et la forma-
tion des citoyens. Par un choix de vie, lorsque cela est possible. Dès lors rien de tel
qu'un dictionnaire, de consultation simple, pour redonner, à travers des définitions
courtes et précises, tout leur sens aux termes employés et toute leur force aux
situations vécues. Clarté, force, véracité : les deux auteurs et leurs nombreux colla-
borateurs qui ont permis la réalisation de cet ouvrage n'ont pas ménagé leur peine.
Je ne doute pas de voir les esprits évoluer. Au cours des dernières années, le
débat sur les drogues s'est nourri, en France et hors de nos frontières, d'expériences
de prise en charge réussies ou non, de données scientifiques nouvelles, d'échanges
entre intervenants de terrain confrontés à la réalité de la lutte contre la toxicomanie
et de l'aide à ceux qui en sont victimes. Les rapports officiels et les publications
scientifiques n ont pas manqué. Je le dis avec satisfaction : la politique de réduc-
tions des risques sanitaires liés à l'usage des drogues, initiée il y a cinq ans, par
nos soins dans des difficultés culturelles et pratiques intenses, a été heureusement
poursuivie.
Un premier résultat : la prise en charge des toxicomanes s'améliore. Les dra-
mes liés à l'épidémie de sida ont contribué à une prise de conscience plus marquée.
Il a fallu réagir, soigner. Vite. Et comprendre surtout, accompagner. Cette politique
de réduction des risques, centrée sur l'usager, non sur les drogues, reçoit un très
large assentiment, comme j'ai pu le constater lors des « Rencontres nationales sur
l'abus de drogues et la toxicomanie », où plus de 300 participants ont débattu et
émis des propositions.
Pour lutter contre les abus et les dépendances, il fallait développer la connais-
sance sur les toxiques et leurs conséquences sur la santé. Tant d'opinions personnel-
les et d'idées fausses circulent à ce sujet, tant de vieilles peurs continuent de hanter
notre inconscient collectif. J'ai donc confié à Bernard Roques, professeur à l'univer-
sité Paris-V, neuropharmacologue de renom, membre de l'Académie des sciences,
la mission de conduire, avec des consultants français et internationaux, une étude
comparée de la dangerosité de l'ensemble des drogues disponibles sur le marché.
En particulier de leur neurotoxicité.
L'analyse dépassionnée, sèche, rigoureuse, de plus de 450 travaux scientifi-
ques internationaux majeurs effectuée par cette équipe indique que, le cannabis
par exemple, sur lequel se cristallise un débat passionné, entraîne une neurotoxicité
moindre que l'alcool, la cocaïne ou les psychostimulants. Il apparaît qu'en termes
de dangers potentiels trois groupes ressortent : le premier comprend l'héroïne, la
cocaïne et l'alcool, le deuxième, les psychostimulants, les hallucinogènes et le tabac.
les benzodiazépines (médicaments anxiolytiques et hypnotiques) et le cannabis
venant nettement plus en retrait. En fait, toutes ces substances sont hédoniques.
Elles entraînent du plaisir, ce mot tabou. Toutes activent le système dopaminergi-
que et provoquent des effets de dépendance psychique. Bref, toutes présentent un
danger, mais à des degrés divers qu'il est à présent possible de quantifier et de
classifier. Sur ce point, les conclusions des experts sont précises : la consommation
régulière d'alcool met gravement en péril le système nerveux, bien plus qu'on ne
le croit. Je perçois combien cette affirmation va à l'encontre des préjugés et des
habitudes alimentaires de notre pays, des préjugés aussi, combien elle déroute dans
un pays tellement attaché à ses vignobles. Et que dire de la difficulté à débattre
des méfaits du tabagisme passif dans un pays qui ne respecte pas la loi dont il s'est
doté ?
Bernard Roques souligne aussi la place des facteurs individuels dans le proces-
sus qui mène à la dépendance : « Les individus ne sont pas égaux devant le risque
toxicomane. Les états dépressifs, les troubles obsessionnels compulsifs, l'anxiété,
les personnalités antisociales, sont retrouvés avec une très forte incidence chez les
sujets dépendants à l'héroïne, l'alcool et la cocaïne. » Le recours permanent à la
drogue reflète une peine, voire une impossibilité, à mettre en œuvre une conduite
ajustée aux situations quotidiennes, conflictuelles ou non. Ce qui fragilise un être.
dans sa vie familiale ou professionnelle. le rend perméable aux toxiques pour peu
que l'occasion de s'en procurer se présente. C'est dire l'importance que doit revêtir.
dans notre société hésitante, le soutien ajusté aux personnes en difficultés psycho-
logiques et matérielles.
Responsable de la santé publique, je déplore les échanges trop passionnes.
l'absence de débat serein autour de la « loi de 1970 » qui considère toutes les dro-
gues petites et dures comme équivalentes, et régit la relation des toxicomanes avec
les institutions judiciaires. Au moins nous faut-il ajouter à la liste les toxiques lé-
gaux et dévastateurs que sont le tabac, l'alcool et de nombreux médicaments. Il y
a là une contradiction qui a souvent rendu la loi inapplicable, d'une part en restrei-
gnant l'information sur l'usage des drogues, assimilée parfois à du prosélytisme et
à ce titre condamnable, d'autre part parce que les intéressés pouvaient préférer se
cacher au lieu d'accéder aux structures de soins quand il craignait le risque de
l'emprisonnement. À tort ou à raison.
Deux camps s'affrontent avec une égale vigueur, celui qui prône la modifica-
tion immédiate de la législation et celui qui s'y accroche désespérément. Aux pre-
miers, je dirai que libéraliser, dépénaliser, comme on le demande trop souvent,
l'usage des drogues ne peut être une fin en soi. Même si le simple usage personnel
ne devrait pas conduire devant le juge pour autre chose que l'informer sur la
toxicité. Cette libéralisation serait même une régression par rapport aux efforts de
prévention déployés ces dernières années, y compris ceux accomplis dans la lutte
contre l'alcoolisme, le tabagisme ou la consommation immodérée de médicaments.
Mais si l'interdit doit demeurer, il conviendrait de l'aménager, de l'encadrer, de
l'évaluer en permanence. Aux seconds, je rappellerai que cette loi n'a pas fait dimi-
nuer, loin de là, la consommation de drogues. Elle a surtout donné bonne cons-
cience.
Je ne peux, personnellement, comme responsable de la santé publique, me
résoudre ni à faciliter la consommation de drogues ni à envoyer en prison le simple
usager, surtout s'il manifeste le désir de s'en sortir, car la détention présente plus
de risques qu'elle n'en évite. La situation actuelle, avec ses zones de droit floues,
paraît préjudiciables aux plus vulnérables et aux moins fortunés. C'est pourquoi un
débat documenté devrait s'engager en tenant compte des réalités, en laissant de
côté sinon les passions, du moins les positions idéologiques préformées.
Enfin, puisque ce dictionnaire traite des drogues et des toxicomanies, je vou-
drais insister sur leur diversité, leur dangerosité aussi, liée souvent à leur utilisation
concomitante, pour mettre l'accent sur ces fléaux modernes que sont l'alcoolisme,
le tabagisme et l'usage abusif de médicaments.
L'alcool tue. Il est associé à plus de 30 % des accidents mortels de la circula-
tion (je ne compte pas ici les blessés dont certains resteront handicapés à vie), à
20 % des accidents domestiques, à 15 % des accidents du travail, à 5 % des acci-
dents du sport et à 80 % des rixes, des bagarres et des violences familiales. Dans
la majorité des cas, leurs auteurs ne sont pas des alcooliques chroniques. Ils ont
simplement bu un verre de trop. Autant dire que le bilan est effrayant. Il s'alourdit
même quand les consommateurs de drogues, je pense aux jeunes en particulier,
associent l'alcool et le crack, l'alcool et les benzodiazépines, l'alcool et le cannabis
aussi. De toute évidence, les Français n'en ont pas encore pris pleinement la me-
sure. Cette tolérance à l'alcool, à l'origine de la majorité des toxicomanies, culturel-
lement admise et dont les conséquences sont dramatiques, contraste avec la sévé-
rité déployée pour réprimer l'usage du cannabis. Je l'affirme ici avec énergie
l'alcoolisme doit être combattu sans faiblesse. Des vies sont en danger. Pour le faire
admettre, il convient d'informer sans cesse sur les trois étapes qui, en matière
d usage de tous les toxiques et stimulants, risquent de frapper nos familles : l'usage,
l'abus, la dépendance. La première est une affaire personnelle, la dernière concerne
la société tout entière.
Le tabac tue aussi. L'an passé, plus de 60 000 décès par cancer, notamment
du poumon, et par maladies cardio-vasculaires étaient imputables au tabagisme,
actif et passif. Respirer un air enfumé fragilise les non-fumeurs. Le risque sanitaire
s'accroît pour le fœtus et le nouveau-né dont la mère fume régulièrement. Le taba-
gisme passif est maintenant scientifiquement admis comme facteur cancérigène.
Notre armoire à pharmacie devient un refuge. Combien de nos concitoyens
utilisent déjà de multiples petites pilules pour dormir, se réveiller, lutter contre la
déprime et maintenant obtenir une virilité sur ordonnance. On attend pour bientôt
le médicament contre l'obésité, contre les pertes de mémoires, et celui contre la
chute de cheveux. C'est le meilleur des mondes. Ou le pire. Les pharmacologues
s'en préoccupent. Notre société s'oriente vers une « médicalisation de l'existence »,
comme le souligne avec inquiétude le professeur Édouard Zarifian. Société à deux
vitesses puisque seuls les plus riches pourront bénéficier de certaines nouvelles
molécules qui améliorent la qualité de la vie, mais ne sont pas, actuellement, rem-
boursées.
L'exemple le plus frappant de l'excès concerne les tranquillisants. Alors que
leur consommation, au cours de ces dix dernières années, a diminué de 30 % aux
Pays-Bas, de 47 % en Allemagne et de 57 % en Grande-Bretagne, elle ne cesse
d'augmenter chez nous. Sommes-nous si malheureux, si angoissés que cela ? Al-
lons-nous demain systématiquement traiter par des antidépresseurs les deuils, les
chagrins d'amour, le chômage que nous n'aurons plus la force de surmonter par
nous-mêmes ? Administrés sur une longue période, ces produits ne peuvent que
modifier notre vie affective et nos rapports sociaux. Dans le même temps, malgré
ces consommations record d'antidépresseurs, les taux de suicide atteignent dans
notre pays des chiffres effrayants.
Comment aller expliquer aux plus jeunes les dangers des drogues, de toutes
les drogues, les légales et les illégales, s'ils voient leurs parents et leurs professeurs
en consommer massivement et impunément ? Comment les acteurs de santé publi-
que peuvent-ils être crédibles dans leurs recommandations ? Chacun d'entre nous,
en premier lieu les adultes, doit être le porteur de la parole mais aussi, et surtout,
de l'exemple. Il vaut mieux que mille discours. Ce dictionnaire contribue nécessai-
rement à une meilleure compréhension des risques et par là même à une prévention
adaptée.
Il explore et définit des drogues, des produits chimiques, des substances qui
peuvent créer la dépendance et les trafics, ce dictionnaire, mais, derrière les molécu-
les, il nous permet d'apercevoir les hommes et les femmes, de les écouter, de les
comprendre, de leur proposer un projet, de les accompagner. Les personnes sont
plus intéressantes que les corps chimiques qui entraînent, comme l'écrivait Baude-
laire dans les Paradis artificiels, « l'épouvantable mariage de l'homme avec lui-
même ».
Bernard KOUCHNER
secrétaire d'État à la Santé et à l'Action sociale
Avant-propos

« Chaque homme porte en lui sa dose d'opium naturel inces-


samment sécrétée et renouvelée. »

Charles Baudelaire,
L'invitation au voyage (Le Spleen de Paris).

Même si un dictionnaire se présente avant tout comme un outil de travail, en


permettant d'accéder à une définition ou de préciser le sens d'un mot, il doit égale-
ment constituer un outil de réflexion, par ses développements encyclopédiques. Le
travail présenté ici s'inscrit dans cette perspective en s'adressant à un lectorat sou-
cieux de mieux connaître ce que sont les dépendances et d'en cerner les enjeux :
parents et adolescents, enseignants, professionnels de la santé et de la justice, inter-
venants sociaux, et les personnes elles-mêmes dépendantes.
Sans prétendre à l'exhaustivité, le Dictionnaire des drogues, des toxicomanies et
des dépendances souhaite simplement proposer des éléments de réflexion critique
sur les dépendances, leurs manifestations, et les réactions qu'elles peuvent susciter.
C'est la raison pour laquelle le lecteur y trouvera des entrées à caractère pharmaco-
logique, clinique, thérapeutique et législatif aussi bien qu'historique, sociologique
ou culturel. Les développements encyclopédiques aident à percevoir les lignes di-
rectrices du débat sur les dépendances et, plus spécifiquement, sur les toxicomanies
par usage de produits illicites (autosupport, boutique, salle d'injection, bus-métha-
done, substitution, méthadone, buprénorphine, citoyenneté, Europe, Internet, blan-
chiment, écologie, cannabis, drogue douce, drogue dure, etc.). Ils envisagent égale-
ment, et c'est là l'un des apports novateurs du dictionnaire, toutes les autres formes
de dépendance : dépendance toxicomaniaque aux drogues légalisées (alcool, tabac,
substances dopantes, médicaments divers) et dépendance dite « sans drogue » à des
pratiques ou à des comportements désormais bien repérés (jeu pathologique, trou-
bles des conduites alimentaires, etc.). Ces développements montrent aussi la pré-
gnance culturelle des conduites de dépendance (presse, créativité, science-fiction,
cinéma, théâtre, etc.).
Le choix de ces occurrences traduit la volonté de l'équipe de rédaction de
proposer une information en prise sur les interrogations de l'époque quant aux
pratiques addictives : mise en œuvre de stratégies de réduction des risques, modali-
tés et impact des traitements de substitution, gestion sociale et politique de l'accès
aux substances psychoactives, liens entre dépendance et plaisir, évolution d'une
réflexion citoyenne sur les toxicomanies. Surtout, il vise à dédramatiser un débat
qui doit être conduit dans la sérénité et le respect que doit imposer ce qui s'inscrit
dans l'humain.
Plus de cent spécialistes ont collaboré à ce dictionnaire pour proposer au lec-
teur des éléments d'information, de réflexion ou d'interrogation aussi actualisés
que possible. Chaque contribution est signée de son ou de ses auteur(s) et en reflète
la pensée. Ceux-ci ont par ailleurs publié pour la plupart des ouvrages de référence
dont le lecteur trouvera mention dans la bibliographie. Nous formons le vœu que
cette synthèse puisse contribuer à dégager une réflexion consensuelle sur les dépen-
dances.

Nous remercions pour leur collaboration et leurs appréciations critiques tous les collè-
gues et amis qui ont bien voulu participer à la rédaction de ce dictionnaire. Nous remercions
également les centres de documentation sans lesquels nous n'aurions pu travailler avec effica-
cité et, tout spécifiquement, l'équipe de Toxibase et madame Clotilde Carrandié (hôpital
Marmottan, Paris). Nous remercions enfin l'administration du Centre hospitalier Henri-La-
borit (Poitiers) pour le soutien technique et informatique sans lequel cet ouvrage n'aurait pu
être réalisé.

Nota bene : la première occurrence au sein des divers articles des termes faisant en eux-
mêmes l'objet d'une entrée est signalée par un astérisque (sauf en ce qui concerne les notions
auxquelles il est constamment fait référence. comme, par exemple, alcool, cocaïne, drogue,
etc., dont la présence dans la nomenclature du présent dictionnaire est évidente).
Les auteurs du dictionnaire

Denis Richard, pharmacien des hôpitaux, en- Bertrand Becq-Giraudon, professeur des uni-
seignant universitaire, chef de service, pharma- versités, praticien hospitalier, chef du service
cie centrale, Centre hospitalier Henri-Laborit, d'infectiologie, C.H.U. de Poitiers.
Poitiers. Michel Bénézech, praticien hospitalier, chef
de service. S.M.P.R., Bordeaux.
Jean-Louis Senon, professeur des universités, Philippe Binder, médecin généraliste, prési-
praticien hospitalier, chef de service, service de dent du réseau « G & T », Lussant.
psychiatrie et psychologie médicale, Centre Antoine Bordas, pharmacien, Poitiers.
hospitalier Henri-Laborit et Centre hospitalier Jacques Bouchez, psychiatre des hôpitaux,
universitaire, Poitiers. département toxicomanies et dépendances,
Centre hospitalier Paul-Guiraud, Villejuif.
ainsi que : Didier Bourgeois, psychiatre des hôpitaux,
Montfavet.
Jean Adès, professeur des universités, prati- Amid Boukhari, assistant, service de psychia-
cien hospitalier, chef de service, hôpital Louis- trie, Centre hospitalier universitaire, Tunis.
Mourier, Colombes. Fabien Bureau, pharmacien, Poitiers.
Patrick Aeberhard, membre du comité de di- Philippe Cadilhac, praticien hospitalier, Ser-
rection de l'Association internationale de ré- vice de psychiatrie et de psychologie médicale,
duction des risques (IHRA). C.H.U., Toulouse.
Dominique Airault, peintre, sculpteur, Paris. Alessandra Callabria, médecin attaché, psy-
Katia Albernhe, psychiatre des hôpitaux, chiatre, hôpital Marmottan, Paris.
Montfavet. Clotilde Carrandié, documentaliste « Toxiba-
Thierry Albernhe, psychiatre des hôpitaux, se ", hôpital Marmottan, Paris.
Montfavet. Françoise Casadebaig, épidémiologiste, di-
Chantal Amoureux, formatrice hospitalière, recteur de recherche, INSERM U302, Le Vé-
Paris. sinet.
Pierre Angel, professeur de psychopatholo- Jean-Jacques Chavagnat, praticien hospita-
gie, université Paris-VIII, Centre de thérapie fa- lier, service hospitalo-universitaire de psychia-
miliale Monceau, Pans. trie et de psychologie médicale, Centre hospi-
Florence Arnold-Richez, journaliste médi- talier Henri-Laborit, Poitiers.
cale, association FIRST, Paris. Micheline Claudon, psychologue, sociolo-
Marie-Danièle Barré, démographe, Centre gue, Service de psychiatrie d'urgence, hôpital
de recherches sociologiques sur le droit et les Bichat, Paris.
institutions pénales, Guyancourt. Anne Coppel, sociologue, directrice du Cen-
Franck Baylé, ancien chef de clinique assis- tre Émergence Tolbiac, Paris.
tant, psychiatre, service du Pr. H. Loô. hôpital Eric Corbobesse, interne des hôpitaux, psy-
Sainte-Anne, Pans. chiatre, hôpital Sainte-Anne, Paris.
Philippe Beau, praticien hospitalier, Service Jean-Michel Costes, directeur, Observatoire
hospitalo-uruversitaire d'hépato-gastro-entéro- français des drogues et des toxicomanies
logie. C.H.U.. Poitiers. (O.F.D.T.), Pans.
François-Régis Cousin, psychiatre des hôpi- Eric Jérôme, médecin attaché, psychiatre, hô-
taux, hôpital Sainte-Anne, Paris. pital Marmottan, Paris.
Gérard Danou, praticien hospitalier, Centre Alain Labrousse, directeur, Observatoire géo-
hospitalier de Gonesse, docteur ès lettres, en- politique des drogues, Paris.
seignant, universités de Paris-VIII et Paris-XIII. Nicolas Lafay, chef de clinique assistant, psy-
Mehdi Djilani, pharmacien, Poitiers. chiatre, Centre hospitalier Henri-Laborit, Poi-
Bakari Diallo, praticien hospitalier, Unité de tiers.
traitement de la douleur, C.H.U., Poitiers. Pascale Lagouje, journaliste, Lyon.
Philippe Duverger, praticien hospitalier, Ser- Gilbert Lagrue, professeur émérite, tabacolo-
vice de psychiatrie et de psychologie médicale, gue, hôpital Henri-Mondor, Créteil.
C.H.U., Angers. Jean Lamarche, pharmacien d'officine,
Michel Embareck, journaliste, écrivain, Sevran.
Athée-sur-Cher Patrick Laure, praticien hospitalier, ensei-
Françoise Facy, épidémiologiste, directeur de gnant universitaire, C.H.U., Nancy.
recherche, INSERM U302, Le Vésinet. Jean-Pierre Lauzel, psychiatre des hôpitaux,
Florent Farges, assistant des hôpitaux, hôpi- hôpital Sainte-Anne, Paris.
tal Sainte-Anne, chargé d'enseignement, uni- Stéphane Lavignotte, journaliste, responsa-
versité Paris-VIII. ble du groupe de travail « Drogues ", Les Verts,
Michel Faruch, psychiatre, Toulouse. Paris.
Catherine Faruch-Amoyal, praticien hospi- Bertrand Lebeau, médecin, directeur du pro-
talier, psychiatre, chef de service, C.H.U., Tou- gramme « Méthadone ", Médecins du monde.
louse. Paris.
Hassan Fahs, praticien hospitalier, psychiatre, Annick Le Guérer, anthropologue, philoso-
Centre hospitalier Henri-Laborit, Poitiers. phe, société des études euro-asiatiques, musée
Lydia Femandez, maître de conférences en de l'Homme, Paris.
psychologie clinique et en psychopathologie, Michel Lejoyeux, praticien hospitalier, psy-
université Toulouse-Le Mirail. chiatre, service du professeur Adès, hôpital Bi-
Jean-Bernard Garré, professeur des universi- chat, Paris.
tés, praticien hospitalier, Service de psychiatrie Patrick Lemoine, praticien hospitalier, assis-
et de psychologie médicale, C.H.U., Angers. tant-chercheur associé, université de Montréal
Lionel Gibier, praticien hospitalier, psychia- (Ouébec).
tre, chef de service, C.H.U., Tours. Aymeric Longi, chercheur, Observatoire géo-
Roger Gil, professeur des universités, prati- politique des drogues, Paris.
cien hospitalier, chef de service, Service de Henri Lôo, professeur des universités, prati-
neurologie, C.H.U., Poitiers. cien hospitalier, chef de service, hôpital Sainte-
Philip Gorwood, chef de clinique assistant, Anne, Paris.
service universitaire de psychiatrie, hôpital Nicole Maestracci, présidente de la Mission
Louis-Mourier, Colombes. interministérielle de lutte contre la drogue et
Serge Guibert, praticien hospitalier, psychia- les toxicomanies, Paris.
tre, chef de service, Centre hospitalier Henri- Nadia Mammar, praticien hospitalier, Service
Laborit, Poitiers. hospitalo-universitaire de psychiatrie et de
Charles Gury, praticien hospitalier, pharma- psychologie médicale, C.H.U., Nantes.
cien, médecin, hôpital Sainte-Anne, Pans. Daniel Marcelli, professeur des universités,
Emmanuel Haffen, assistant chef de clinique, praticien hospitalier, Service hospitalo-univer-
service de psychiatrie et de psychologie médi- sitaire de pédopsychiatrie, Centre hospitalier
cale, C.H.U., Besançon. Henri-Laborit, Poitiers.
Michel Hautefeuille, praticien hospitalier, Stéphanie Masure, juriste international, Ob-
psychiatre, hôpital Marmottan, Paris, Centre servatoire géopolitique des drogues, Paris.
Imagine, Soisy-sous-Montmorency. Philippe Maugendre, pharmacien, Agence du
Rodolphe Ingold, directeur de l'Institut de re- médicament, Saint-Denis.
cherche en épidémiologie des pharmacodépen- Pascal Mélihan-Cheinin, Alliance pour la
dances (IREP), Paris. Santé, Pans.
Bernard Méry, psychiatre, praticien hospita- Thomas Rouault, directeur de « Toxibase »,
lier, chef de service, S.M.P.R., Poitiers. Lyon.
Mario Christian Meyer, professeur des uni- Isabelle Roy, interne, Service hospitalo-uni-
versités, spécialiste en neuropsychologie du versitaire de psychiatrie et de psychologie mé-
développement, membre de la Société de mé- dicale, Centre Hospitalier Henri Laborit, Poi-
decine de Paris, directeur du Amerindian Com- tiers.
munication and Sustainable Development Program Georges Ruetsch, praticien hospitalier, psy-
for a Culture of Peace in Amazonia, Universidade chiatre, chef de service, Centre hospitalier
Tuiuti do Parana (Brésil). Henri-Laborit, Poitiers.
Michka, écrivain, Paris. Jean-Louis Schlegel, directeur littéraire aux
Michel Morichau-Beauchant, professeur des éditions du Seuil.
universités, praticien hospitalier, chef de ser- Daniel Sechter, professeur des universités,
vice, Service d'hépato-gastro-entérologie, praticien hospitalier, Service hospitalo-univer-
C.H.U., Poitiers. sitaire de psychiatrie et de psychologie médi-
Patrick Mura, praticien hospitalier, toxicolo- cale, C.H.U., Besançon.
gue, Service de biochimie et toxicologie, Laurent Schmitt, professeur des universités,
C.H.U., Poitiers. praticien hospitalier, chef de service, Service
Véronique Nahoum-Grappe, sociologue, hospitalo-universitaire de psychiatrie et de
École des hautes études en sciences sociales, psychologie médicale, C.H.U., Toulouse.
CETSAH, Paris. Christine Silvain, professeur des universités,
Albert Ogien, chargé de recherche, sociolo- praticien hospitalier, Service d'hépato-gastro-
gue, C.N.R.S., Paris. entérologie, C.H.U., Poitiers.
Linda Pagani, professeur des universités, psy- Thierry Soucard, journaliste, écrivain, Nîmes.
chologue, université de Montréal (Québec). Henri Sztulman, professeur des universités,
Janine Pages-Berthier, psychologue, Centre directeur du Centre d'études et de recherche
Jean-Dollfus, Paris. en psychopathologie, université Toulouse-Le
Emmanuel Palomino, praticien hospitalier, Mirail.
psychiatre, alcoologue, Centre hospitalier, Jean-Pol Tassin, neuropharmacologue, direc-
Jonzac. teur INSERM U114, Collège de France, Paris.
Antoine Perpère, peintre, intervenant en Jean-Claude Thévenet, infirmier, musicothé-
toxicomanie, Paris. rapeute, Centre hospitalier Henri-Laborit, Poi-
Georges-Franck Pinard, psychiatre, hôpital tiers.
Louis H.-Lafontaine, Montréal (Québec). Abdalla Toufik, sociologue, Observatoire
Sylvain Pirot, pharmacologue, Association français des drogues et des toxicomanies, Paris.
pour la neuro-psychopharmacologie, Paris. Mohammed Toussirt, sociologue, enseignant
Pierre Poloméni, praticien hospitalier, Centre à l'université de Paris-VIII, chercheur à l'IREP.
hospitalier intercommunal d'Eaubonne et de Didier Touzeau, psychiatre des hôpitaux,
Montmorency, attaché consultant de l'Inter- Département toxicomanies et dépendances,
secteur toxicomanie du Val-d'Oise. Centre hospitalier Paul-Guiraud, Villejuif.
Vincent Puente, écrivain, libraire, Paris. Marc Valleur, praticien hospitalier, psychia-
Michel Reynaud, professeur des universités, tre, hôpital Marmottan, Paris.
praticien hospitalier, chef de service, Service de Dan Véléa, médecin généraliste, Centre Ima-
psychiatrie, C.H.U., Clermont-Ferrand. gine, Soisy-sous-Montmorency.
Jean-François Rioufol, Secrétariat d'État à la Jean-Luc Venisse, professeur des universités,
santé, Paris. praticien hospitalier, psychiatre, C.H.U.,
Ouriel Rosenblum, psychiatre d'enfants, en- Nantes.
seignant-chercheur, Centre Pierre-Nicole et As- Domic Zorka, psychiatre, hôpital Marmottan,
sociation Claude-Bernard, Paris, université Paris.
Lille-III. Chaque entrée de l'ouvrage est signée du nom de
Marie-Pierre Rosier, ancien chef de clinique son ou de ses auteurs. Les initiales D.R. correspon-
assistant, Service de neurologie, C.H.U., Poi- dent à Denis Richard et les initiales J. -L. S. à Jean-
tiers. Louis Senon.
a

absinthe. Liqueur très fortement alcoolisée, connotation populaire, voire interlope) à la fin
dont la consommation répétée entraîne des du siècle et de prendre les proportions d'un
manifestations toxiques (psychiques et neuro- fléau. L'absinthisme demeure lié à l'image du
logiques) majeures. créateur tourmenté et souffrant : Baudelaire*,
J L'absinthe, longtemps préconisée comme Verlaine, Rimbaud, Maupassant, Poe, Wilde,
tonique et fébrifuge, doit son nom à sa for- Toulouse-Lautrec et bien d'autres s'adon-
mule, qui associe à des plantes médicinales de nèrent, à des degrés divers, à la < - fée verte >,
senteur puissante et très amères de la famille ou, plus simplement, à la « verte ». dont la
des composées (Artemisia absinthilll11 L.. Artemi- consommation supposait le respect d'un véri-
sia yontica L.), couramment réunies sous l'ap- table cérémonial, presque d'une liturgie. La li-
pellation d'« absinthe », des extraits d'autres queur était peu à peu diluée à l'aide d'un filet
plantes (armoise, anis, badiane, fenouil, hy- d'eau froide, versé sur un sucre, lui-même
sope, coriandre, mélisse, menthe, tanaisie, posé sur une cuillère placée à cheval sur le
voire angélique et citronnelle). La liqueur a été bord d'un verre.
développée à la fin du xvm' siècle dans le jura Dès le début du XXe siècle, les ligues antialcoo-
(Neuchâtel, Pontarlier). liques attirèrent l'attention des autorités sur
L'absinthe contient de l'absinthine, de nature les dangers liés à l'usage de cette liqueur, sur-
tonique et amère. Elle recèle aussi de 0,2 à nommée aussi l'eau de mort ou la mère des apa-
0,5 % d'une huile aromatique riche en thuyol ches, et sur ceux que faisaient courir sa pré-
et en son dérivé oxydé, la thuyone, qui a paration avec des alcools mal rectifiés (la
d'importantes propriétés psychoactives. C'est taxation fiscale importante qui pesait sur l'ab-
dans l'association de la toxicité de la thuyone sinthe augmenta les fraudes). L'absinthe fut
et de celle de l'alcool (le titre allait jadis jus- progressivement interdite dans la plupart des
qu'à 70°) que résident le secret de la fée verte pays européens : en 1906 en Belgique, en
et le ressort de ses maléfices. 1910 en Suisse et le 17 mars 1915 en France.
L'ingestion répétée d'absinthe induit des trou- Les apéritifs anisés firent leur apparition pour
bles de la sensibilité (avec exagération dou- suppléer à cette interdiction. De nos jours, la
loureuse des sensations tactiles et douleurs liqueur d'absinthe, à peu près partout inter-
spontanées) évoluant vers une insensibilité dite, reste cependant commercialisée ici et là,
absolue. Elle induit également chez les bu- notamment en Europe centrale. Il ne faut pas
veurs chroniques (les « absintheurs ») des confondre cette absinthe véritable avec un er-
troubles de la motricité avec tremblements et satz que l'on peut également trouver, baptisé
parfois rhabdomyolyse, et des troubles men- « absinthe » mais préparé avec de l'armoise
taux avec perte de la mémoire, difficultés (génépi), voire avec de l'essence d'anis, et dé-
d'élocution et, même, hallucinations. (D.R.) pourvu de thuyone.
Quelques cas d'intoxication liés à l'utilisa-
absinthisme. Intoxication chronique par la tion d'huile essentielle d'absinthe destinée à
liqueur d'absinthe. la fabrication domestique de la liqueur ont
J C'est à partir des années 1870 que l'absm- été rapportés chez des sujets se l'étant procu-
thisme se répandit dans les milieux artistiques rée par l'intermédiaire du réseau Internet*.
et littéraires, avant de se généraliser (avec une (D.R.)
abstinence. Abstention volontaire et dura- moral, est fait, Le corps du sujet qui a " trop
ble de la consommation d'un produit suscep- abusé » est abîmé, sa santé est minée, et les
tible de donner lieu à dépendance (alcool, ta- liens familiaux, sociaux qui l'enserraient ap-
bac ou drogue). paraissent « pourris détruits ; l'abus est
J Anciennement, on entendait d'abord par toxique pour le corps du sujet comme pour
« abstinence » l'abstention volontaire des plai- son entourage.
sirs sexuels - la continence, la chasteté -, en Par-delà, le verbe <abuser « (abuser quel-
fonction de motivations essentiellement reli- qu'un, abuser de quelqu'un) renvoie à l'idée
gieuses, morales ou culturelles. De semblables de tromperie et de viol. Il exprime la part
motivations, généralement en accord avec un transgressive impliquée aussi dans la notion
contexte social précis, mais aussi des préconi- d'abus - que l'on trouve aussi dans le syn-
sations médicales ou thérapeutiques peuvent tagme « abus de langage », qui revient à carac-
aider un sujet à rompre avec le tabac, l'alcool tériser, plus qu'un faux sens, une tromperie.
ou les drogues. Le second horizon du mauvais gouvernement
L'abstinence durable permet seule de venir à de soi est politique : lorsqu'il y a « abus de
bout de la dépendance. Son instauration pouvoir ", c'est tout le corps social qui se dé-
constitue l'objet des cures* de désintoxica- tériore. Les figures, si présentes dans la littéra-
tion, confortées par des postcures* ayant pour ture du temps, de l'ogre et du tyran, portent à
objectif le réapprentissage (ou l'apprentissage) son comble la performance négative de l'idée
d'une vie affective, sociale et culturelle libre d'abus : l'abus de pouvoir est, d'un même
de dépendance aux psychotropes. (J.-L. S.) élan, dévoration du corps de l'autre et trahi-
son du lien social.
abus (latin abusus, usage mauvais et exagéré ; Ainsi, pour la culture classique, le « trop » de
sens avéré à la fin du XV)" siècle : dérèglement, l'abus est-il une transgression (de la mesure
tromperie). Le simple énoncé de ce mot impli- raisonnable) qui touche à la trahison (de l'or-
que un jugement négatif : qui dit « abus » dre des choses, des êtres). L'usage « mau-
porte condamnation de l'usage ainsi caracté- vais », excessif et déréglé, des désirs et des
risé, en stigmatise les effets toxiques sur le plaisirs charnels produit une défiguration, un
corps individuel et social. Rien, ici, ne va de enlaidissement esthétique et moral, physique
soi, ne s'explique par de simples références et spirituel, personnel et social. C'est une
« objectives » : toute une histoire culturelle est dysharmonie, et c'est aussi une faute, dont le
impliquée, qui influe toujours sur les modali- mode de croissance exponentiel est la « mau-
tés de compréhension des phénomènes ad- vaise habitude H. c'est-à-dire l'infernale répéti-
dictifs. tion du « trop » inscrite dans le quotidien. Est
J La notion de dérèglement - mise en avant fauteur d'abus celui qui exagère la dose (c'est
dans la définition fournie dans son diction- la notion d'excès*) et celui qui boucle la du-
naire (1690) par Furetière, qui commente : rée, qui emprisonne l'avenir dans la répé-
« ce qui est fait contre la raison et le bon or- tition.
dre » - cerne d'emblée les deux principaux L'attention exacerbée accordée à l'amour-pro-
champs sémantiques de la notion d'abus, ce- pre par La Rochefoucauld (1664) montre à
lui qui concerne la gestion individuelle des plai- quel point l'idée d'une démesure potentielle-
sirs corporels, et celui qui concerne la gestion ment violente, quasi inconsciente, constitu-
politique du corps social. tive du moi, était inscrite comme une menace
L'abus désigne d'abord, à l'âge classique, le dans la culture morale du Grand Siècle. La ca-
mauvais gouvernement de soi dans l'usage tégorie morale et politique, héritée de la pen-
des aliments, des psychotropes (alcool. tabac sée grecque, de l'ubns - matrice de démesure
et autres produits de recours à l'époque). et inscrite au cœur du sujet humain, source de
dans les pratiques sexuelles. Les figures du malheur et de violence individuelle et collec-
« glouton » et du « luxurieux •> précèdent his- tive - permettait d'articuler, par effet de re-
toriquement celles de l'alcoolique et du poussoir, la morale et la politique. l individu
toxicomane, mais font référence à un mésu- et le groupe. le corps et la conscience.
sage identique du corps et de ses fonctions : En particulier, l'esthétique de l'" honnêteté -
lorsque l'abus des « plaisirs », celui des nourri- et l'éthique de la ■mesure ■prennent tout
tures, des boissons alcoolisées, du tabac et des leur sens si on les oppose à la hantise du désir
autres substances psychoactives dépasse le glouton. La condamnation ancienne de la
seuil du « trop %, le « mal >■. physique comme gourmandise, caractéristique de la distance
vis-à-vis des plaisirs charnels, inscrite dans ger : ce serait donc, selon J.-L. Maxence, des
la culture religieuse européenne, constitue la « antifamilles », comme il existe des « antipsy-
toile de fond des positions théoriques sur les chiatres ».
« abus » avant le XIXe siècle. On peut noter également que ce système a
Les changements de paradigmes, liés aux pro- bénéficié des acquis obtenus au cours des an-
grès scientifiques (dans tous les domaines : nées 1950 et 1960 dans le domaine de la psy-
chimie, biologie, neurologie, psychiatrie, chiatrie biologique, les traitements médica-
etc.), qui se sont produits depuis deux siècles, menteux permettant désormais de franchir
ont bouleversé la vision morale de la trans- plus facilement le cap difficile des situations
gression. Peu à peu s'est construite la défini- de crise.
tion médicale et psychiatrique des conduites Le toxicomane, quelle que soit la durée de son
de dépendance. La référence à la science séjour, est supposé vivre au sein de la famille
comme horizon principal de définition et de comme tout autre membre de celle-ci, en par-
conviction a enlevé à la seule morale reli- tageant les avantages (harmonie, etc.) comme
gieuse son monopole historique de condam- les inconvénients de ce mode d'existence. Son
nation. Mais la notion d'abus, avec sa dérive séjour lui offre le temps de réfléchir sur son
sémantique qui relie les excès individuels propre dysfonctionnement et, surtout, de s'in-
d'ingestion de substances à une transgression vestir dans de nouveaux objets* représentatifs
/trahison du social continue de nourrir l'ima- de modèles parentaux. En retrouvant des réfé-
ginaire contemporain de la toxicomanie. (Vé- rences stables, il reprend confiance, apprend
ronique Nahoum-Grappe) le dialogue et le respect des autres comme de
lui-même.
a c c o u t u m a n c e . Terme général englobant Le système des familles d'accueil donne ce-
les phénomènes de tolérance et de dépen- pendant lieu à controverse. Certains spécialis-
dance psychique et physique. (Sylvain Pirot) tes jugent le projet irréaliste, utopique et, sur-
tout, risqué pour l'équilibre de la famille elle-
accueil (famille d'). Famille proposant d'ac- même comme des sujets accueillis si l'indica-
cueillir un toxicomane, pour un temps donné tion du type de prise en charge est mal posée,
et avec l'objectif de favoriser sa réinsertion so- si la famille est insuffisamment préparée, si
ciale mais aussi affective. les rôles ne sont pas bien définis au préalable,
□ Le système des familles d'accueil s'est mis et si le toxicomane refuse de développer une
en place en France au début des années 1970, dynamique psychique lui permettant de trou-
période favorable à l'essai d'expériences alter- ver de nouvelles identifications parentales.
natives dans le domaine des toxicomanies. Il n'existe aujourd'hui aucune étude évaluant
Plus précisément, alors qu'un toxicomane avec une rigueur scientifique l'intérêt de cet
évoquait en 1974 son désespoir sur les ondes, accueil familial des toxicomanes, malgré toute
de nombreuses familles contactèrent une as- la valeur théorique de la pratique, que rap-
sociation parisienne d'aide aux toxicomanes, pelle une circulaire du ministère de la Santé
le Centre Didro*, pour proposer d'héberger en date du 11 janvier 1995 (cette circulaire vi-
des jeunes en rupture : c'est dans ce contexte sant à relancer l'intérêt pour les familles d'ac-
que s'est constitué le premier réseau de famil- cueil à un moment où nombre d'intervenants
les d'accueil. soulignent la nécessité de ménager une place
Rompant radicalement avec le système tradi- plus large à cette modalité thérapeutique).
tionnel des centres de cure* et de postcure*, Ce projet thérapeutique, propre à la France,
cette modalité de prise en charge revendique est légiféré par des textes spécifiques (arrêté
souvent une référence à l'antipsychiatrie*. du 20 décembre 1977, circulaire du 4 décem-
Ainsi, pour le psychanalyste Jean-Luc bre 1987, arrêté du 18 août 1993). Il est ainsi
Maxence, les familles désireuses d'accueillir clairement distingué des autres modes de pla-
des toxicomanes ne seraient pas des familles cements familiaux thérapeutiques (concer-
classiques, refermées sur elles-mêmes (ten- nant les handicapés, les patients âgés, etc.).
dance que dénonçaient d'ailleurs certains Selon les termes de l'arrêté de 1993, il a pour
théoriciens de l'antipsychiatrie. au regard des- but de « permettre la prise en charge de per-
quels la famille constituait avant tout un lieu sonnes toxicomanes dans un milieu qui leur
d'aliénation et d'endoctrinement). Il s'agirait donne la possibilité d'accéder à leur autono-
plutôt de familles cherchant à s'ouvrir à l'ex- mie Les familles retenues satisfont à des cri-
térieur et ne craignant pas d'intégrer un étran- tères étroits : résider à moins de 100 kilomè-
tres du centre coordonnateur, ne pas héberger de drogues : la vocation du service est d'assu-
à la fois plus de deux toxicomanes, et, sur- rer une écoute attentive et vigilante qui per-
tout, exercer leur mission dans un cadre béné- mette aux appelants d'exprimer une de-
vole (n'excluant pas une simple indemnité mande, et aussi une détresse, mais sans
journalière d'environ 130 francs). Le coût so- apporter de solutions toutes faites ni assurer
cial d'une place en famille d'accueil est d'envi- de suivi. Il s'agit simplement de laisser dans
ron 50 000 francs par an. Il existe aujourd'hui l'esprit des appelants la trace d'une parole.
33 réseaux spécialisés qui fédèrent plus de Cela suffit à faire du service un rouage essen-
200 familles, vivant essentiellement en milieu tiel de la politique de prévention ;
rural ; il s'agit de couples avec ou sans en- - une mission d'information sur les produits,
fants, parfois de personnes seules. Le type de leurs effets, les risques liés à leur utilisation,
séjour en famille d'accueil varie selon les insti- la loi et les textes réglementaires, le dispositif
tutions coordonnant l'hébergement. On dis- de soin ;
tingue ainsi au Centre Didro : - une mission d'orientation des appelants
- des familles « relais », accueillant le toxico- vers les organismes compétents dans les do-
mane pour deux à douze semaines juste après maines de la prévention, des soins, de l'inser-
le sevrage ; tion et de la réduction de risques* ;
- des familles « thérapeutiques », accueillant - enfin, le service est chargé de l'édition du
pour une durée de quatre à six mois, sous répertoire national des structures spécialisées
couvert d'un engagement psychothérapeuti- en toxicomanies : plus d'un millier d'entre
que important ; elles sont répertoriées ; ce document est aussi
- des familles « tremplins », accueillant le accessible sur Internet* (www.ofdt.fr/bulie-
toxicomane pour une durée de un à six mois tin/dis/).
en vue de l'aider, de manière transitoire, à Selon l'esprit de la loi* de 1970, le service
s'autonomiser au plan financier et profes- d'accueil téléphonique est anonyme pour les
sionnel ; usagers comme pour les familles. Les appels
- des familles « contacts » offrant simplement reçus proviennent pour 41 % de l'entourage
un accueil pour un soir à des toxicomanes des usagers (la mère dans 40 % des cas, un[e]
ponctuellement confrontés à une situation cri- ami[e] dans 20 %), pour 31 % des usagers
tique ; eux-mêmes, pour 22 % du grand public et
- des familles pour accueil de week-end. (Flo- pour 6 % de professionnels spécialisés ou non
relit Farges) dans l'intervention en toxicomanies (statisti-
ques de 1997). Drogues Info Service constitue
accueil (téléphonique). L'importance de un outil d'observation de l'évolution des mo-
l'accueil téléphonique comme élément d'amé- des de consommation et des représentations
lioration de l'information sur les toxicoma-
liées aux substances psychoactives.
nies et les risques associés et comme facteur
Les motivations d'appel évoluent avec les in-
de prévention est de plus en plus reconnue
par les autorités : un service national d'accueil quiétudes du public. 40 °o des appels concer-
nent l'usage du cannabis. L'alcool et les
téléphonique en matière de drogues et de médicaments constituent aussi un motif d'ap-
toxicomanies a été créé en France en 1990
J Ce service, Drogues Info Service, a le sta- pel important, tout comme les questions sur
tut juridique de Groupement d'intérêt pu- l'ecstasy. qui se multiplient.
blic. Accessible par un numéro « vert > ■ Depuis 1996, le développement des services
(08.00.23.13.13), il fonctionne en permanen- d'accueil téléphonique fait partie intégrante
ce ; 90 chargés d'accueil salariés travaillent au du programme d'action communautaire de la
sein des pôles ouverts dans six villes (Lille. prévention des toxicomanies élabore par la
Lyon, Marseille, Paris, Strasbourg, Toulouse) Commission des communautés européennes
et financés par la MILDT*. En 1997, le nom- et il s'intègre dans une structure internatio-
bre d'appels reçus a été de 470 000 (50 000 en nale. la Fondation européenne des services
1991). d'aide téléphonique en matière de drogues et
Le service assure quatre missions complé- de toxicomanies (FESAT), qui fédérait en
mentaires : 1997 onze pays.
- une mission d'écoute, de soutien et de À la suite des nouvelles orientations données
conseil aux usagers et à leurs proches, ainsi a la MILDT en 1996, le champ couvert par
qu'aux personnes souhaitant prévenir l usage Drogues Info Service devrait, a court terme.
s'élargir au tabac, à l'alcool ainsi qu'aux médi- par l'usage de plantes de la famille des solana-
caments. cées, riches en atropine*. Les mécanismes
Une ligne téléphonique d'aide à l'arrêt du ta- neurobiologiques responsables de ces halluci-
bac a été ouverte en France de septembre à nations ne sont à l'heure actuelle pas claire-
novembre 1998. Depuis novembre 1998, un ment établis. (Sylvain Pirot)
serveur Minitel (3615 Tabac-Info) a pris le re-
lais. Il s'agit là d'expérimentations qui préfi- a c h a t s addictifs. Ils relèvent d'une addiction
gurent l'extension de compétences de Dro- sans drogue, caractérisée par un besoin cycli-
gues Info Service, qui devra répondre d'une que d'acheter de manière compulsive des ob-
façon homogène aux questions portant sur jets variés sans en avoir l'utilité ni, souvent,
toutes les substances psychoactives, qu'elles les moyens financiers.
soient ou non légales. (D.R.) J Les objets achetés sont variables selon les
personnes : vêtements, chaussures, produits
acétylcholine. Neuromédiateur dont l'ac- de beauté chez la femme ; vêtements, acces-
tion peut être perturbée par divers psycho- soires automobiles, matériel informatique et
tropes. vidéo chez l'homme. Ces objets ne sont que
J Premier neuromédiateur historiquement rarement utilisés et restent, le plus souvent,
mis en évidence (dans les années 1920), l'acé- entassés et négligés sitôt l'achat effectué. L'in-
tylcholine, présente dans 10 à 15 % des neu- vestissement du sujet porte sur le comporte-
rones du système nerveux humain, est impli- ment d'achat lui-même, non sur la possession
quée dans le fonctionnement de tous les qui en découle.
neurones qui innervent les muscles striés Les achats pathologiques présentent de nom-
squelettiques - tels que ceux des membres -, breux points communs avec les autres états
qui sont les effecteurs de la motricité, ainsi de dépendance. Ils se traduisent par un besoin
que dans celui de certains neurones du sys- irrépressible (craving) d'acheter et par un état
tème végétatif qui innervent les muscles lisses de tension qui subsiste tant que l'acte d'ache-
- par exemple ceux du tube digestif -, le mus-
ter n'est pas accompli. L'achat permet de ré-
cle strié cardiaque ainsi que les glandes.
soudre la tension, mais l'envie resurgit quel-
Au niveau du cerveau*, l'acétylcholine est im-
ques heures, quelques jours ou quelques
pliquée dans les phénomènes relatifs au cycle
veille/sommeil, au contrôle de certaines acti- semaines plus tard selon un véritable cycle.
vités motrices, à l'apprentissage et à la mé- L'achat est le temps de la réalisation d'une im-
moire. pression de toute-puissance artificielle et
Le système neuronal à acétylcholine inter- complaisante, à laquelle succèdent rapide-
vient dans les effets de la nicotine* du tabac, ment culpabilité et regret. Cette réapparition
puisque celle-ci se fixe avec une forte affinité de l'envie d'acheter est donc comparable au
sur des récepteurs particuliers de l'acétylcho- besoin de drogue qui accompagne le manque
line, dénommés pour cette raison récepteurs chez un toxicomane. Les « acheteurs patholo-
nicotiniques. La nicotine exerce sur ces récep- giques » ont souvent initié leur pratique par le
teurs une activité agoniste*. Dominants dans vécu de sensations agréables, tranquillisantes
les synapses ganglionnaires du système ner- lors des premiers temps de leur addiction*.
veux périphérique, les récepteurs nicotiniques Cette conduite peut aussi se rapprocher de la
sont répartis, d'une façon relativement dense, boulimie* : ne parle-t-on pas d'une « fringale »
au niveau du cerveau. d'achats ? La frénésie des achats est d'ailleurs
Au niveau de ce dernier dominent, en effet, suivie d'un plaisir, ou d'un soulagement, sans
des récepteurs pour l'acétylcholine d'un autre euphorie, évocateur de la crise boulimique.
type, les récepteurs muscanmques. Ces der- Il n'existe pas d'études épidémiologiques éva-
niers sont notamment impliqués dans la luant de façon systématique les pathologies
survenue de certains types d'hallucinations. associées aux achats addictifs : on retrouve
Leurs antagonistes*, tels divers médicaments cependant avec une fréquence élevée des
indiqués dans le traitement de la maladie troubles anxieux (50 % des cas), des troubles
de Parkinson ou pour prévenir les effets indé- dépressifs (55 %), une toxicomanie ou un al-
sirables moteurs des neuroleptiques* (tri- coolisme (45 "o), et des troubles du compor-
hexyphénidyle* et autres molécules atropi- tement alimentaire (20 %). Certains auteurs
niques), peuvent induire des phénomènes voient surtout dans ces pathologies les consé-
hallucinatoires analogues à ceux provoqués quences de ces achats incontrôlés qui ont un
lourd retentissement financier, familial et so- de la contrainte par corps venant combler une
cial sur l'acheteur. dette insolvable apparaît éclairante, à plus d'un
Il ne faut pas négliger les facteurs sociologi- titre, quant aux enjeux relationnels des diver-
ques dans la dimension de l'achat : notre so- ses conduites relevant de ce type de comporte-
ciété de consommation fait de la pratique de ment, autant le caractère plus exploratoire que
l'achat un moyen de revendiquer, d'affirmer véritablement établi du concept fait qu'on ne
son identité, d'affirmer que l'on existe. saurait donner de définition univoque de l'ad-
Les conduites d'achat corrélées à une dépres- diction - ne serait-ce que parce que le territoire
sion* peuvent être stoppées par un traitement clinique de celle-ci, au sens de la pratique psy-
antidépresseur*. Les achats associés à des ac- chiatrique, ne fait pas l'unanimité.
cès maniaques cèdent, eux, à l'administration
de neuroleptiques* ou de thymorégulateurs. Le « spectre addictif »
Mais, surtout, les patients doivent pouvoir
bénéficier d'une thérapie* de groupe, calquée Si les « toxicomanies » classiques et les
sur le modèle de ce qui se pratique au sein conduites pathologiques de consommation
des groupes d'anciens buveurs. Il existe ainsi d'alcool semblent faire partie d'un noyau as-
sez indiscutable de conduites addictives - ce
une association des « débiteurs anonymes »,
qui permet aux acheteurs d'apprendre à qui a déjà le mérite de relativiser la distinction
contrôler leurs achats. Les thérapies* cogni- habituelle entre produits licites et illicites -,
tivo-comportementales sont également utiles les dépendances au tabac, pourtant tout aussi
en ce qu'elles permettent de mieux contrôler dangereuses à bien des titres, sont souvent
l'impulsivité. (Jean Adès) oubliées, du fait sans doute de leur valorisa-
tion, des décennies, voire des siècles durant,
addiction. Relation de dépendance plus ou dans l'imaginaire social.
moins aliénante pour l'individu, et plus ou Les dépendances alimentaires, dans leurs for-
moins acceptée voire parfois totalement reje- mes extrêmes opposées que sont la boulimie*
tée par l'environnement social de ce dernier, et l'anorexie*, bénéficient d'un statut à part
à l'égard d'un produit (drogue, tabac, alcool, (peut-être parce que le « produit » concerné
médicaments), d'une pratique (jeu, sport), ou - la nourriture - est d'un usage incontour-
d'une situation (relation amoureuse). Le nable...).
terme est employé surtout par les théori- Les conduites de jeu* et d'achat* pathologi-
ciens ; le public et les cliniciens emploient ques, dans lesquelles la métaphore de la dette
plus couramment dépendance et toxicomanie. puise un sens concret, puisqu'il s'agit en appa-
3 « Addiction » est un emprunt à la langue rence d'affaires d'argent, entrent, pour la plu-
anglaise, où ce mot désigne un attachement part des auteurs, dans le cadre addictif, de
exclusif à quelque chose, partant, une toxico- même que certaines formes de sexualité ré-
manie. Il est intéressant de noter que le mot gies par la même exigence répétitive, en de-
hors de toute relation affective.
anglais dérive lui-même d'un terme de l'an-
cien français qui désignait la situation d'asser- On inclut également volontiers dans le « spec-
vissement dans laquelle tombait un vassal in- tre addictif » certains passages à l'acte avec
capable de régler ses dettes à son suzerain inscription corporelle, le plus souvent accom-
(situation à laquelle renvoie de même l'ex- plis par des jeunes, Il s'agit, en premier lieu.
pression prise de corps). des tentatives de suicide* (il a été montré que
Tout l'intérêt, mais aussi toute la difficulté, l'augmentation considérable de la prévalence
du concept tel qu'il s'est développé tiennent du suicide dans la tranche d'âge des
à ce qu'il cherche à jeter des ponts entre les 15/24 ans, au cours des vingt dernières an-
différentes conduites pathologiques de dé- nées, était due d'abord à l'augmentation des
pendance, qu'il invite à dégager les bases récidives, et non des premières tentatives) ;
d'une compréhension commune de ce qui mais il s'agit également de conduites d'auto-
peut conduire un individu à s'adonner à des mutilation ou de diverses conduites de
pratiques qui le mènent à aliéner sa liberté risques*.
d'être et de vivre. Il s'agit d'embrasser les fon- Au-delà de cette énumération. le terrain de-
dements de la dépendance à un comportement vient encore plus mouvant : l'on a mentionné
répétitif, que celui-ci suppose ou non le mésu- la possibilité d'addictions à tout ou presque :
sage d'un produit réputé toxique. au travail (workaholisme*). au sport (jog-
Autant la métaphore, portée par l'étymologie, ging*), etc.
Il faut enfin souligner un fait désormais bien de l'adolescence*, tendent à voir dans les
établi d'un point de vue épidémiologique : la conduites addictives un mode d'achoppement
plupart de ces conduites se présentent en as- du travail d'adolescence et, en particulier, du
sociation les unes avec les autres. Ce phéno- processus de séparation-individuation. La dé-
mène de « comorbidité » aura été, indiscuta- pendance à un comportement répétitif serait
blement, l'un des facteurs constitutifs de le témoin d'un lien de dépendance à l'entou-
l'émergence du concept d'addiction en cli- rage le plus proche (la famille) qui ne trouve
nique. pas à s'élaborer par des moyens psychiques
Au total, on mesure bien vite le risque d'une propres à l'individu. On mesure quotidienne-
dilution extrême de ce concept d'addiction. ment en clinique que cette problématique de
Parallèlement, on peut craindre qu'il n'amène dépendance - qui, avant d'être dépendance à
à amalgamer, de manière fort problématique, un produit ou à un comportement, serait
des conduites dont les enjeux personnels et donc une dépendance relationnelle impos-
sociaux sont sans commune mesure. Entre le sible à élaborer - connaît des déterminants
jugement moral et la médicalisation sans li- transgénérationnels.
mite, qui n'en est parfois qu'une forme déri- Les approches neurobiologiques abordent la
vée, quels points de repère avancer, suscepti- question de l'éventuel déterminisme généti-
bles de légitimer une approche médicale ou que* de certaines conduites addictives. Mais
médico-sociale de ces comportements ? surtout, elles visent à déterminer le rôle joué
par les différents neuromédiateurs (catéchola-
Une pluralité d'approches mines, dont la dopamine*, opiacés endogènes
notamment) comme intermédiaires de ces
Les approches comportementales ont permis
comportements, dans le cadre des systèmes
l'élaboration de critères diagnostiques, dont
de récompense ou de réponse à la douleur par
les plus largement utilisés sont actuellement
exemple. Les effets des produits pourvus de
ceux proposés par Goodman en 1990. Ces cri-
propriétés pharmacologiques spécifiques sont
tères définissent, de manière opératoire, l'ad-
bien entendu la cible privilégiée de l'approche
diction comme un processus par lequel un
neurobiologique ; les nombreuses « toxicoma-
comportement, susceptible de permettre à la
nies sans drogue » (jeu pathologique, achats
fois la production d'un plaisir* et le soulage-
compulsifs, etc.) n'en sont pas moins prises en
ment d'une sensation de malaise, s'organise
selon des modalités qui incluent à la fois une compte, puisqu'elles impliquent, comme tous
les comportements humains d'ailleurs, les
perte de contrôle et la poursuite de ce
systèmes neurobiologiques.
comportement, malgré la connaissance de ses
conséquences négatives. Une place de choix
est ménagée à la notion de handicap (en ter- Implications thérapeutiques
mes de répercussions familiales et sociopro- À travers cette pluralité d'approches se trou-
fessionnelles notamment) : il est ainsi témoi- vent définis différents niveaux de vulnéra-
gné de l'envahissement de l'ensemble de la bilité individuelle à l'addiction. Ce jeu
vie du sujet dépendant par la pratique addic- complexe de déterminations relativise singu-
tive. De même sont intégrées les notions de lièrement la « responsabilité » directe de l'ob-
tolérance et de manifestations de sevrage : cette jet même de la conduite addictive dans l'ap-
dernière a été longtemps réservée aux cas parition et le développement de celle-ci. À
d'utilisation pathologique des psychotropes, travers le choix qu'il fait, à un moment donné,
mais on a pu trouver des équivalents, concer- de tel ou tel objet, l'individu rend d'abord té-
nant par exemple le jeu ou l'addiction moignage d'une certaine spécificité person-
sexuelle. nelle, indissociable au demeurant de facteurs
Les approches psychodynamiques, et notamment socioculturels.
le modèle psychanalytique, cherchent à proposer L'intérêt thérapeutique certain du concept
des hypothèses compréhensives quant à la d'addiction est qu'il permet de concevoir les
fonction des conduites addictives pour un soins à proposer aux patients enfermés dans
individu donné, en référence à l'économie ces pratiques destructrices d'une façon qui,
du fonctionnement psychique et aux exigen- débordant délibérément la simple disparition
ces du développement psychoaffectif. Les de la conduite problématique, vise à leur per-
conceptions actuelles, qui s'appuient sur une mettre de se construire l'espace personnel de
meilleure compréhension de la problématique sécurité qui leur a toujours fait défaut. Un tel
projet thérapeutique, conçu comme une sorte comme des objets dont on se sert » - laisse
de relance et d'accompagnement d'un proces- perplexe.
sus de séparation-individuation resté en Pour les médias américains, que le sujet pas-
panne, s'avère, en pratique, plus adapté aux sionne d'autant plus que des politiques ou des
plus jeunes des patients concernés (adoles- vedettes défraient à ce titre la chronique, tous
cents, postadolescents). Il s'agit d'un travail les actes sexuels semblent finalement partici-
relationnel de longue durée, se déroulant par per de l'addiction sexuelle : de l'onanisme au-
étapes, sur plusieurs années en général (c'est- toérotique jusqu'aux pires des déviances per-
à-dire échappant à la loi du « tout ou rien » et verses. Les relations extraconjugales figurent
du « tout de suite » qui caractérise le fonction- même en bonne place dans cette longue série
nement addictif). d'actes réels ou fantasmés, accomplis avec ou
En ce qui concerne la prévention, et plus pré- sans partenaire(s), de même sexe ou de sexe
cisément la prévention primaire de ces opposé. Cette approche globale et « naive »
conduites de dépendance, le concept incite conjugue de manière surprenante pragma-
avant tout à porter une attention plus grande tisme (du moment que l'on a constaté un
à la santé des adolescents. (Jean-Luc Venisse, comportement, tout est dit, il ne reste plus
Nadia Mammar) qu'à gloser) et puritanisme.
La prise en charge de cette addiction - dont il
addiction sexuelle. Comportement sexuel est si aisé d'être convaincu - est calquée sur
compulsif, contre lequel le sujet essaie de lut- celle des toxicomanes ou des alcooliques par
ter : une intense douleur morale répond à la les groupes d'autosupport* : des réunions de
quasi-impossibilité d'assouvir le désir. Sex Addicts Anonymous sont organisées dans
D Dans le classement américain des troubles presque toutes les villes américaines d'une
psychiatriques (DSM IV), l'addition sexuelle certaine importance. Il existe une échelle
d'autoévaluation dont les deux premières
est répertoriée sous la rubrique « trouble
questions (il y en a douze en tout) sont bien
sexuel non spécifié ». Il ne s'agit ni d'une pa-
significatives d'un certain état d'esprit : « Gar-
raphilie, ni d'une dysfonction sexuelle, ni dez-vous secrètes vos activités amoureuses
d'un trouble sexuel spécifique. À en juger par
ou sexuelles pour les personnes qui comptent
l'existence, depuis la fin des années 1980, de
dans votre entourage ? Menez-vous une dou-
nombreux sites Internet* consacrés au sujet et ble vie ? » et « Est-ce que vos besoins sexuels
où le cybernaute se voit proposer définitions vous amènent à connaître des endroits, des
et techniques de prise en charge, on serait situations ou des personnes que normalement
tenté de la considérer comme un nouveau
vous ne fréquenteriez pas ? »
trouble psychologique de la vie moderne. Un institut de « guérison sexuelle » a même
Et pourtant, sans remonter au dieu Priape de élaboré un test (vingt-cinq questions différen-
la mythologie latine et à ses fêtes licencieuses, tes pour les hommes et les femmes). Si trois
on n'a guère de mal à trouver des illustrations réponses à ces diverses questions sont positi-
anciennes d'addiction sexuelle. Il suffit de ves. il est recommandé de consulter un pro-
penser à Casanova ou à Catherine de Russie, fessionnel. À partir de six réponses positives,
ou de se rapporter à des personnages fictifs le sujet est considéré comme potentiellement
comme Don Juan. La psychiatrie, au cours de dangereux. Pourtant, à la lecture de cet inven-
son développement, a mis en avant les cas taire. certaines réponses affirmatives sem-
d'hypersexualité (syndromes frontaux) et les blent presque normales. En effet, si tous les
excès génésiques de l'accès maniaque. Elle a antécédents de la vie sexuelle sont passés au
décrit les figures du masturbateur frénétique - crible (abus sexuels dans l'enfance, achats de
auquel s'est intéressé Ernst Kretschmer (1888- magazines ou de vidéos pornographiques,
1964) - ou du pervers - dont les divers types conversations érotiques sur Internet, etc.;.
peuplent la Ps\'clzù¡;I7I/lIû sexlIillis (1886) de Ri- certaines des questions (et plus de six d entre
chard von Krafft-Ebing (1840-1902). Eu égard elles) paraissent peu spécifiques de troubles
à l'importance et à la précision de ces acquis des conduites sexuelles : ■Est- ce que vos pa-
scientifiques, la définition de l'addiction rents ont eu des difficultés sexuelles ou amou-
sexuelle proposée par le DSM IV - " désarroi reuses ? Etes-vous souvent préoccupé par des
découlant d'un mode de relations sexuelles pensées sexuelles ; Gardez-vous secretes
répétitives impliquant une succession de par- l'ampleur et la nature de vos relations sexuel-
tenaires sexuels que l'individu ne perçoit que les ; Avez-vous hâte que se terminent les re-
lations familiales ou entre amis pour pouvoir comme eux, la dimension de la fête, les habi-
sortir et avoir des relations sexuelles ? Est-ce tudes familiales, la sensation d'être mieux
que la sexualité est un moyen d'échapper à après avoir consommé, l'atteinte de la majo-
vos préoccupations ? Vous sentez-vous dé- rité ou de l'âge légal. Ces enquêtes ignorent,
primé après l'amour ? » de par leur construction même, les mobiles
Les techniques de rééducation sexuelle vont plus inconscients ou témoignant de la vulné-
des traitements hormonaux réducteurs de la rabilité des sujets. Toutefois, on peut noter
libido aux thérapies* cognitivo-comporte- qu'un nombre non négligeable d'adolescents
mentales, en passant par de véritables cures reconnaissent consommer pour se sentir
de dégoût et de réapprentissage des valeurs mieux. Cette motivation inscrit souvent le
éthiques sociales et de la morale conjugale et jeune, très rapidement, dans une consomma-
familiale. (Régis Cousin) tion d'allure addictive.

adolescence. La période de l'existence qui Modes de consommation


s'étend des premiers signes de la puberté à et facteurs de risque
l'âge adulte est souvent marquée par des diffi- Nombre d'adolescents se mettent à consom-
cultés psychologiques importantes qui contri- mer vers 16-17 ans. Pour autant, tous ne de-
buent, dans un environnement défavorable viendront pas des consommateurs réguliers ni
ou ressenti comme tel, à l'usage plus ou des consommateurs excessifs, ni, LI fortiori, des
moins régulier de psychotropes (médica- consommateurs addictifs ou toxicomania-
ments, alcool, tabac, drogues illicites). ques. Beaucoup d'entre eux garderont sim-
j Il est incontestable que tous les toxicoma- plement des habitudes de consommation
nes - sauf exception - commencent leur intermittente, dans le cadre d'un contexte
consommation de toxiques à l'adolescence. d'échanges sociaux ou de plaisirs partagés.
Pour autant, est-il possible de dire que tous Certains arrêteront spontanément leur
les adolescents consommateurs de drogues consommation quel qu'en soit le motif :
deviendront un jour des toxicomanes ? parmi eux, 50 % le feront dans les deux an-
Diverses enquêtes ont montré qu'un nombre nées suivant la première expérience du pro-
non négligeable d'adolescents abandonnaient duit. Devant un jeune qui consomme, il s'agit
ultérieurement leurs habitudes de consomma- avant tout de ne pas créer un climat d'an-
tion. En France, l'équipe de Marie Choquet a goisse ou de suspicion, ce qui aurait des effets
ainsi montré en 1992 que près de la moitié contraires à ce qui est recherché. Il faut sur-
des usagers de haschisch mettaient un terme tout essayer de repérer parmi ces jeunes
à leur consommation dans les deux années
consommateurs ceux qui risquent de s'enga-
suivant leur découverte du produit. Qu'en ger dans l'addiction.
est-il des autres ? La consommation addictive survient souvent
Si le rôle de la société est de s'interroger sur lors du passage du collège au lycée : une
le sens de la consommation de produits, quel consommation jusque-là plutôt « festive »
que soit l'âge, celui des médecins est de cer- prend alors rapidement des caractéristiques
ner les facteurs susceptibles de prédisposer pathologiques. C'est toutefois dès le début de
l'individu à un engagement dans une consom- l'adolescence que les facteurs de risque sont
mation durable, croissante et « toxicomania- présents. Aussi, l'analyse de la consommation
que », afin de pouvoir mettre en place une de produit doit prendre en considération de
stratégie de prévention et de soins efficaces, nombreux facteurs, personnels, familiaux et
plutôt que de stigmatiser de façon indifféren- environnementaux, mais elle doit aussi s'atta-
ciée tous les adolescents consommateurs. cher à distinguer le mode de consommation.
Motivations CONSOMMATION FESTIVE. L'effet euphorisant
du produit est recherché avant tout. Cette
Les enquêtes de motivation, nombreuses au- consommation se pratique en petits groupes
jourd'hui, recherchent quels sont les motifs de copains, souvent en fin de semaine, pen-
de consommation chez les adolescents. La dant les vacances ou les fêtes. Ce type de ren-
première motivation est avant tout l'envie de contre est à rapprocher de ce qui se passe à
goûter ou de faire une expérience. Viennent l'occasion des raves*, caractérisées par le re-
ensuite, selon les enquêtes, les effets du pro- cours à des drogues* de synthèse du type ecs-
duit. le désir d'être avec ses pairs et de faire tasy ; ces fêtes collectives concernent toute-
Caractéristiques essentielles des types de consommation de psychotropes à l'adolescence.

fois une population plus âgée. Le cursus rité et des circuits de socialisation (apprentis-
scolaire est maintenu, l'adolescent conservant sage) est constante, avec des comportements
non seulement ses activités mais aussi ses au- fréquents de rupture (changement inces-
tres investissements sportifs, culturels, so- sant d'établissement scolaire, changements
ciaux. Un fléchissement scolaire est malgré d'orientation, échecs répétés, exclusion).
tout habituel en ce cas. Dans ce type de Sur le plan social, l'adolescent n'a plus alors
consommation, on ne retrouve pas nécessai- de relations qu'avec d'autres jeunes en situa-
rement de facteurs de risque familiaux et les tion de marginalisation et/ou de rupture. Il est
facteurs de risque individuels sont générale- fréquent et même habituel de retrouver des
ment absents. facteurs de risque familiaux (mésentente pa-
rentale chronique ou, au contraire, atmo-
CONSOMMATION AUTOTHÉRAPHJTIQUE, Ici,
sphère étouffante et hyperrigide, alliance pa-
c'est l'effet anxiolytique du produit qui est re-
cherché. La consommation est souvent soli- thologique entre personnes de générations
différentes - un parent ligué avec l'adolescent
taire, plus régulière, en particulier le soir, dans contre l'autre parent -, difficultés socio-éco-
sa chambre, mais elle peut alterner avec des nomiques majeures, laxisme et indifférence
moments de consommation en groupe. Au
des parents).
plan de la scolarité, on constate en général On retrouve également des facteurs de risque
que de premiers signes de décrochage (redou- individuels, mais ceux-ci sont masqués par
blements successifs, etc.) et/ou d'échec sco-
l'importance de la consommation toxicoma-
laire se manifestent. De même, l'adolescent
niaque (il est, par exemple, difficile de retrou-
s'éloigne souvent de ses activités habituelles, ver les troubles du sommeil dans la mesure
ou ne les pratique plus que de façon irrégu- où le rythme social habituel est totalement
lière. Sa vie sociale s'appauvrit. perturbé).
Les facteurs de risque familiaux ne sont pas
nécessairement présents. On retrouve en Facteurs de risque
revanche souvent des facteurs de risque indi-
viduels actuels ou anciens : troubles du som- Ces facteurs doivent faire redouter le passage
meil (difficultés à l'endormissement, cauche- d'un consommation festive à une consomma-
mars, etc.), troubles divers observés dès la tion toxicomaniaque. On les retrouve réguliè-
petite enfance, avec manifestations anxieuses rement, comme éléments rétrospectifs, chez
et/ou dépressives fréquentes. des toxicomanes avérés.
CONSOMMATION TOXICOMANIAQUE. C'est ici FACTEURS INDIVIDUELS. SOUS l'apparente diver-
l'effet anesthésique qui est recherché, avec son sité des situations individuelles, on retrouve
corollaire, la défonce*. La consommation est à souvent dans les antécédents infantiles deux
la fois solitaire et en groupe, régulière, quo- types de profil. Certains sujets présentent des
tidienne ou presque. L'exclusion de la scola- antécédents témoignant d'une souffrance so-
matique ou psychique non négligeable : on vorisant et incitatif sur la consommation ad-
note, en particulier dans la petite enfance, des dictive de produits. Le plus important, et de
troubles graves et persistants du sommeil, des loin, est l'exclusion et/ou la rupture de la sco-
situations répétées de ruptures relationnelles, larité : exclure un adolescent de l'école, c'est
des carences* affectives évidentes. D'autres le mettre en situation « expérimentale » de dé-
sujets semblent avoir bénéficié, au contraire, sœuvrement, de rupture et d'engagement
d'une enfance comblée. Le psychiatre français dans un risque de consommation toxicoma-
Aimé Charles-Nicolas oppose ainsi « ceux qui niaque.
ont manqué de tout » et « ceux qui n'ont man- On observe souvent un cumul des divers fac-
qué de rien », posant au travers de cette oppo- teurs de risque, cumul constituant lui-même
sition les questions du rapport au manque lors un risque supplémentaire.
de l'adolescence et de la dépendance. Au mo- Prendre en compte de façon pertinente le ris-
ment de l'adolescence, la présence d'autres que addictif revient ainsi à évaluer l'adoles-
difficultés (nervosité importante, malaise, dé- cent de façon très extensive. Par exemple, une
pression*, troubles du comportement tels que enquête française conduite par l'équipe de
fugues, vols ou bagarres impulsives, troubles Marie Choquet, en 1992, a montré qu'un ta-
du sommeil) sont à prendre en compte. bagisme important constaté à l'âge de 12-
FACTEURS FAMILIAUX. Aucun facteur familial 13 ans (à savoir l'usage quotidien de plus de
pris isolément ne peut être considéré comme dix cigarettes), le fait d'arriver régulièrement
un élément de causalité linéaire. Cependant, en retard à l'école, des vols dans des lieux pu-
blics constituaient des facteurs dont le cumul
on retrouve souvent (par ordre de gravité
croissante) : une dissociation familiale, des est très prédictif de l'acceptation d'une offre
habitudes de consommation abusive ou ex- ultérieure de drogue illicite et d'une persis-
tance dans la consommation.
cessive chez les parents (médicaments psy-
chotropes chez la mère, alcool chez le père),
des transplantations culturelles multiples avec L'adolescent d é p e n d a n t
une perte relative des valeurs ou un conflit AFFIRMATION DE SON INDÉPENDANCE. L'exi-
de valeurs entre culture d'origine et culture gence de liberté est issue du travail d'élabora-
d'accueil, une insatisfaction relationnelle en- tion psychique de l'adolescence. L'adolescent
tre le jeune et ses parents (tension, sentiment doit s'approprier un corps qui change et qui
d'être incompris, indifférence d'un parent, lui permet d'accéder à la sexualité ; il doit
surtout du père, etc.), cécité des membres de s'éloigner de la zone d'influence parentale
la famille envers des comportements qui de- afin d'accomplir ses propres conquêtes ; il a
vraient susciter l'inquiétude ou, à l'inverse, besoin enfin de s'inscrire dans la société pour
sollicitation anxieuse exacerbée chez l'un des
y trouver ses identifications et son statut.
parents (mère pour le garçon, père pour la Chacune de ces lignes de tension offre à l'ado-
fille) aboutissant à un rapprochement excitant lescent un gain potentiel mais constitue aussi
d'allure quasi incestueuse, antécédents de une menace possible : s'approprier un corps
deuils familiaux non résolus (l'adolescent pubère, c'est découvrir la relation amoureuse
étant assigné à la place du disparu). Ces deux mais courir le risque de perdre son sentiment
derniers éléments sont assez souvent décrits
de continuité et d'autonomie ; s'éloigner de
par les thérapeutes prenant en charge des fa- ses parents, c'est se découvrir (dans tous les
milles de toxicomanes.
sens du mot) et c'est courir la menace de se
FACTEURS ENVIRONNEMENTAUX, On peut évo- sentir perdu ou abandonné ; s'inscrire parmi
quer ici tous les facteurs allant dans le sens les autres, c'est participer à l'élan d'une géné-
d'une désorganisation ou d'une perte des re- ration, mais c'est aussi prendre le risque d'al-
pères sociaux habituels. Outre la migration, il légeances menaçant l'identité.
faut citer le chômage et la misère sociale ou Aussi l'adolescent oscille-t-il toujours entre ce
économique, la présence envahissante des que l'on appelle une appétence objectale et un
dealers* dans le quartier (s'il n'y a pas d'offre désir de préservation narcissique. Par « appé-
sur place, il faut une volonté rare et pathologi- tence objectale », on veut signifier que l'ado-
que pour aller chercher de la drogue ailleurs lescent est littéralement avide de nouvelles
lorsque l'on est adolescent). Cependant, tous expériences, de nouvelles connaissances, de
les processus conduisant à l'exclusion du nouvelles limites, de nouveaux objets* qu'il
jeune et à sa marginalisation ont un effet fa- cherche à s'approprier. Par « désir de préser-
vation narcissique ", on signifie qu'il est en- l'adulte ne sont pas encore présents. Si l'ado-
vahi par le fantasme ou le désir d'être auto- lescent ne supporte pas l'attente d'une rela-
nome, indépendant, de n'avoir besoin de rien, tion à autrui encore à venir et incertaine, il
car il vit toute perception d'un désir ou d'un risque de la transformer en une consomma-
besoin comme une menace pour son intégrité tion immédiate de produit.
et pour son narcissisme* (il est, précisément, RELATION AUX PAIRS. Le second facteur d'inci-
à un âge où l'image de soi est changeante et
tation aux dépendances puise son origine à
incertaine). Plus le « doute narcissique » est
la relation aux pairs. Où va l'adolescent qui
important, plus le besoin d'affirmer son indé-
s'éloigne de sa famille ? D'abord et avant tout
pendance est fort. Le conflit narcissico-objec-
parmi ses pairs, les autres adolescents. Lieu
tal est au centre de l'adolescence. Il explique
de différenciation entre les générations, la re-
en partie les moments de souffrance, de ma-
lation aux pairs contient aussi une exigence
laise, les signes habituels de conflictualité identificatoire très forte à l'adolescence. Ce
psychique. Un exemple typique de celle-ci ré- lien implique que l'on fasse comme les autres
side dans les relations aux parents. L'adoles- (ceux de la même bande) tout en affirmant
cent y est pris dans un paradoxe : comment son originalité. Ce mimétisme est important
s'éloigner de ceux auxquels on désire s'identi- pour l'intégration sociale ultérieure. Il témoi-
fier ? Comment gérer son désir de s'appro- gne de la vulnérabilité sociale de l'adolescent
prier quelque chose de la personnalité des et de sa sensibilité au prosélytisme des co-
parents et en même temps son besoin d'affir- pains. En effet, le groupe des pairs exerce une
mation de soi ? La tension entre une envie dé-
pression constante sur l'individu pour l'ame-
vorante d'objet et un besoin à visée protec- ner à faire comme eux. Le prosélytisme fonc-
trice d'affirmer sa totale autonomie explique tionne dans les deux sens : plus l'individu
l'importance de la question de la dépendance doute de son identité, plus il a besoin de
à l'adolescence.
l'image de marque affirmée par le groupe.
BESOIN DE L'AUTRE ET PRÉSERVATION DE SOI. Plus le groupe se sent faible, plus il a besoin
L'adolescent, dans les relations qu'il établit d'individus qui affirment de façon marquée
avec son entourage, est tenté d'opérer un dé- des traits de comportement aisément identi-
placement de la personne à la chose. En effet, fiables. Ainsi, les adolescents ont besoin de
les relations aux personnes impliquent que les faire comme les autres et, de ce point de vue,
uns et les autres, en terme de reconnaissance la consommation de produit est étroitement
d'autrui et de soi-même soient dans des dis- liée à l'intensité des relations aux pairs. Nom-
positions identiques pour « être ensemble » breuses sont les enquêtes qui mettent en évi-
dence ce dernier facteur dans l'initiation à la
avec plaisir. En un mot, elles impliquent la dé-
pendance au désir de l'autre et pas seulement drogue. À ce prosélytisme, il est possible
à son propre désir. La relation aux choses dé- d'avancer une explication simple d'apparence
pend de son seul désir quand la chose est là... et que vérifie l'expérience clinique : plus un
C'est pourquoi l'adolescent crie fort son désir adolescent ressent son besoin d'un produit ou
d'indépendance tout en allumant frénétique- d'une conduite quelconque (tabac, alcool tel
ment une cigarette pour calmer sa tension. Il que la bière, drogue, prise de risques*, etc.)
comme le témoin d'un malaise ou d'un mal-
existe bien sûr des adultes qui font de même :
ceux-là ont toujours commencé à l'adoles- être, plus il a besoin de banaliser ce besoin
cence... pour cacher sa propre fragilité, et plus il cher-
che à étendre aux autres ses consommations
Cette régression de la personne à la chose
ou conduites de façon à en estomper les as-
s'observe en clinique individuelle. Quand il
est seul et s'ennuie, l'adolescent recourt vo- pects singuliers dans la masse.
lontiers au tabac ou à l'alcool. Or, s'ennuyer NARCISSISME INFANTILE. L'enfance, et plus en-
est un état affectif assez caractéristique de core la petite enfance, colore de façon impor-
l'adolescence qui témoigne d'une tentative tante l'adolescence : on pourrait comparer
de désengagement des investissements et des cette période de la vie au tirage en laboratoire
plaisirs de l'enfance (si l'on demande à un d'un négatif pris dans l'enfance, mais il est
enfant « Que fais-tu ? » il répondra qu'il aussi bien difficile de tirer une bonne photo à
s'amuse, mais l'adolescent répondrait qu'il partir d'un négatif défectueux.
s'ennuie), alors que les intérêts. les investisse- La problématique de la dépendance propre a
ments et la relation amoureuse proposés à l'adolescence réactualise la qualité des rela-
tions précoces du petit enfant avec son envi- utilisant les deux (ainsi, les tentatives de sui-
ronnement, lesquelles conditionnent la qua- cide sont particulièrement fréquentes dans le
lité de ce qu'on peut appeler son assise cas de conduites toxicomaniaques).
narcissique, le socle de sa personnalité. En effet, si beaucoup d'adolescents adoptent
Quand les identifications primaires et préco- transitoirement des conduites de consomma-
ces issues de la petite enfance ont donné au tion, de prise de risque, un nombre important
narcissisme une assise suffisante, la sécurité d'entre eux cessera dans les mois suivants ou
primaire ainsi acquise permet à l'adolescent quelques années plus tard. De nombreuses
de s'éloigner des objets œdipiens, c'est-à-dire conduites addictives apparaissent à l'adoles-
de ses parents, sans se sentir menacé ni ap- cence, mais, comme le constate le psychiatre
pauvri. Celui-ci peut aussi s'approcher des au- Aimé Charles-Nicolas, « si cela suffit pour
tres objets, en attendre jouissance et émotion s'intoxiquer, cela ne suffit pas pour devenir
sans que cette attente ne soit vécue comme toxicomane ». Il faut pour cela quelque chose
une excitation intolérable et une attirance me- de plus - que le même auteur situe du côté
naçante pour l'assise narcissique. des pathologies narcissiques : « La pathologie
En revanche, quand cette assise a été fragili- addictive est d'autant plus grave qu'elle se si-
sée, on comprend qu'il soit encore plus diffi- tue exclusivement dans le registre narcissique.
cile à l'adolescent de ressentir ce besoin objec- Plus le sujet est "toxicomane" , plus sa problé-
tai. Cette fragilité narcissique peut provenir matique narcissique est dominante ».
de défaillances précoces dans les premières
relations, défaillances caractérisées soit par RECHERCHE DE SENSATIONS. Des défaillances,
des discontinuités (hospitalisation à répéti- des ruptures répétées dans les relations préco-
tion, placements, changements fréquents et ces de maternage, quelle qu'en soit la cause,
chaotiques), soit par des liens qu'on appelle produisent un tissu émotionnel défaillant
« symbiotiques », c'est-à-dire marqués par dont les trous, les manques ne sauraient être
leur exclusivité et leur aspect souvent teinté comblés que par des sensations : un passé
d'anxiété. Il peut être difficile de réaliser que vide d'émotions doit être comblé par un pré-
les deux extrêmes (liens d'excessive proximité sent plein de sensations. La sensation, pour le
et intensité, liens d'excessive distanciation et dictionnaire, est « l'opération des objets sur
indifférence) conduisent au même type de pa- les sens >. La pathologie de l'addiction est
thologie. En revanche, on le comprendra aisé- d'abord une pathologie des sensations. Cel-
ment, la qualité de la séparation que les exi- les-ci appellent la présence de l'objet et re-
gences pulsionnelles intérieures à l'individu quièrent la mise en acte.
vont rendre nécessaire à l'adolescence, dépen- Les défaillances du narcissisme se caractéri-
dra de la qualité des séparations qu'il a vécues sent par le maintien dans le registre de la sen-
dans l'enfance. De ce point de vue, ni les sé- sation, maintien lui-même expliqué par les
parations trop nombreuses, trop longues, trop défectuosités dans les relations d'objet préco-
diverses, ni une totale absence de séparation ces, qui empêchent de tolérer ce temps d'at-
ne peuvent préparer l'individu à cette inéluc- tente qui transforme le besoin en désir. Les
table expérience de vie que l'homme doit tou- émotions restent alors précisément tributaires
jours faire un jour. Ainsi, lorsque la petite en- de sensations. Or la sensation ne laisse pas
fance a été dominée par une succession de de trace psychique précisément parce qu'elle
ruptures ou par un lien symbiotique, l'assise appartient au registre de l'activation senso-
narcissique risque d'en être fragilisée. À l'ado- rielle : elle est dans l'ordre du besoin et de sa
lescence, cette fragilité sera ressentie comme répétition. Elle dépend de l'acte et en résulte,
une souffrance (ou anxiété) insupportable, contrairement à l'émotion, qui s'inscrit dans
créée par la perception d'une dépendance aux le registre symbolique de la parole. Cette der-
personnes et par la nécessité de la rompre. nière suscite des émotions, l'acte produit des
Dans la forme la plus extrême, la dépendance sensations, mais, inversement, le besoin de
aux nouveaux besoins du corps, en particulier sensation déclenche l'agir et la recherche de
à ceux qui sont liés à la sexualité, peut être l'objet concret, source de sensations. Il existe
ressentie comme intolérable. L'adolescent ris- une continuité entre défaillance dans les inter-
que alors d'attaquer ce corps (tentative de sui- actions précoces : défaut du narcissisme -
cide*) ou de dénier cette dépendance intoléra- maintien des sensations - dépendance à l'ob-
ble au corps en recourant à la dépendance aux jet concret - et appétence à l'agir.
produits ou à une conduite, parfois même en Si l'adolescence est par elle-même une pé-
riode de vulnérabilité pour l'apparition et l'ex- suscitent la survenue des dépendances les
périmentation des conduites de dépendance, plus fortes et les plus rapides ne sont pas tou-
les défaillances dans les relations précoces de jours celles que l'on imagine et ne sont pas
la petite enfance apparaissent comme un fac- nécessairement illicites. Il convient de distin-
teur essentiel dans le maintien de ces condui- guer entre les divers effets des drogues, y
tes, leur pérennisation et le processus d'esca- compris en terme d'incidence sociale, tant du
lade dans la conduite, faisant passer d'un fait du processus de marginalisation qu'elles
usage récréatif à une toxicomanie. induisent que du fait des actes de délin-
Le psychiatre français Philippe Jeammet in- quance* nécessaires pour se les procurer.
siste, à juste titre, sur le danger des conduites L'héroïne demeure bien l'une des substances
d'addiction à l'adolescence, car elles représen- les plus dangereuses en raison de la dépen-
tent des conduites d'autosabotage, douées dance physique et psychique qu'elle induit ra-
d'un puissant pouvoir d'autorenforcement. pidement - en général -, en raison de sa
Outre le pouvoir psychopharmacologique toxicité générale (produit/adultérants*/infec-
propre à chaque drogue, y compris l'alcool et tions*) et en raison des incidences sociales de
les médicaments, on peut comprendre ce pou- son usage toxicomaniaque. Mais l'alcool
voir d'autorenforcement et d'autosabotage comme le tabac entraînent aussi de fortes
comme la caractéristique même du domaine dépendances et ont une toxicité sociale non
des sensations. Les individus qui deviendront négligeable. Or, et toutes les enquêtes le
toxicomanes ne peuvent éprouver que des prouvent, ce sont précisément les premiers
moments intermittents de sensation et non produits auxquels l'adolescent pourra accéder
pas vivre des émotions. et qu'il va consommer. L'héroïne n'est utilisée
DÉPENDANCE ET CONDITION HUMAINE. que par une minorité infime (moins de 1 %)
L'homme est dépendant de l'oxygène, de des consommateurs de drogues. Le cannabis
l'eau, des objets qui balisent ses souvenirs, quant à lui est loin d'être le produit le plus
des êtres chers avec lesquels il partage des dangereux, même s'il demeure classé comme
sentiments. Mais, en dehors des besoins phy- stupéfiant. Le recul manque encore pour éva-
siologiques du corps, la prise de conscience luer avec précision la toxicité de l'utilisation
des dépendances actualise des émotions qui des drogues* de synthèse, comme l'ecstasy,
appartiennent en propre à chaque individu et dont on suspecte cependant qu'elle soit loin
ne dépendent en rien d'autre chose que de d'être négligeable.
sa pensée. Sûrement est-ce cela que d'aucuns
appellent la « nostalgie ». En revanche, quand Dépendance et autres troubles
de l'adolescence
la prise de conscience de ces dépendances ac-
tualise une sensation ou un manque de sensa- La consommation de produits d'allure addic-
tion, c'est-à-dire un trou, un vide, une béance, tive est, à l'adolescence, rarement isolée. De
alors cette prise de conscience est intolérable. ce point de vue, il importe de distinguer la
Elle doit être vite comblée, masquée par la consommation festive des autres modes de
répétition d'une sensation, la recherche de consommation. Une caractéristique de la
l'objet concret qui la provoque et l'affirmation consommation festive est précisément qu'elle
qu'on n'a besoin de personne pour se la pro- reste relativement isolée, sans retentissement
curer. C'est le paradoxe qu'éprouvent tous les majeur sur la vie familiale, sociale et scolaire
adolescents et qui risque de rendre malades du sujet (exception faite d'un fléchissement
ceux d'entre eux qui ont par le passé été transitoire fréquent des résultats). L'appari-
confrontés à une douloureuse dépendance tion d'autres manifestations cliniques traduit
- ils sont alors tentés de refuser la ,( dépen- souvent le passage à un mode de consomma-
dance relationnelle ", celle que tout être hu- tion autothérapeutique ou toxicomaniaque.
main doit accepter pour s'inscrire dans la dé- On observe alors la présence de : troubles an-
pendance consommatrice. xieux et/ou du sommeil, de symptômes de
dépression ou de dépressivité avec tentatives
Rôle des psychotropes de suicide possibles, de troubles du comporte-
Le rapport remis par le pharmacologue Ber- ment alimentaire, de troubles impulsifs et an-
nard Roques au gouvernement de Lionel Jos- tisociaux (bagarres, vols, fugues, etc.) pouvant
pin en 1998 confirme les résultats des obser- au maximum réaliser un tableau de psychopa-
vations des cliniciens : les « drogues <> qui thie\ de difficultés scolaires, de prise de ris-
que avec accidents à répétition, de vécu d'une celles qui demeurent moins clairement expri-
sexualité à risque, avec aventures multiples mées ou moins avouables (à l'adolescence, se
sans préservatif, relations homosexuelles éga- reconnaître anxieux ou angoissé est vécu
lement non protégées (associées de façon comme un aveu de faiblesse ou comme un
constante à une consommation addictive), risque de soumission au médecin, souvent
etc., difficultés relationnelles (soit isolement, considéré comme un représentant parental). Il
soit engagement dans des relations margina- faut donc qu'une relation de confiance puisse
les où la recherche d'excès, de défonce semble s'établir. Seule une prise en charge globale de
devenir l'unique objectif)... l'ensemble des difficultés de l'adolescent - si
La consommation addictive témoigne dans ce celui-ci accepte toutefois d'en parler - sera
cas d'une souffrance psychique diffuse et susceptible d'aboutir à une modification des
d'une tentative de trouver une solution per- modes de consommation.
sonnelle à cet état, ce qui traduit également Toute attitude autoritaire est inefficace et
une attitude de relative rupture relationnelle : vouée à l'échec car elle risque de disqualifier
l'adolescent ne trouve pas dans son entou- définitivement la relation de soin ultérieure.
rage, en particulier parmi les adultes, des per- Les informations données sur la dangerosité
sonnes auprès desquelles il pourrait bénéficier du produit ont rarement les effets escomptés
du soutien nécessaire. et peuvent plutôt avoir un effet incitatif para-
Quoi qu'il en soit, avant d'en arriver à une doxal, pour peu que la conduite de l'adoles-
consommation de type toxicomaniaque, un cent s'inscrive dans un comportement auto-
long chemin est parcouru pendant lequel il est destructeur ou suicidaire. Cela ne signifie pas
possible d'observer la persistance, la répéti- pour autant qu'une information exacte, pon-
tion et le cumul de ces diverses manifesta- dérée, sereine et rigoureuse ne soit pas néces-
tions pathologiques. saire, mais elle doit être délivrée dans un
Au plan psychopathologique, le médecin sera contexte approprié, l'adolescent devant se
confronté plus souvent à des troubles de l'or- sentir le partenaire de l'information partagée
ganisation de la personnalité* (borderline ou et non pas la victime potentielle d'une infor-
limite psychopathique, abandonnique, plus mation imposée. Enfin, la rencontre avec l'en-
rarement psychotique) qu'à des entités noso- tourage, les parents au premier chef, mais par-
graphiques rigoureusement définies. fois aussi les autres membres du réseau de
soin, est indispensable.
Réponses aux conduites d'allure CONSOMMATION FESTIVE OU DÉBUTANTE. Il
toxicomaniaque de l'adolescent
s'agit d'informer l'adolescent sur le produit (il
L'abord thérapeutique d'un adolescent est souvent très ignorant malgré son appa-
consommateur de psychotropes est particu- rente assurance sur le sujet), et d'évaluer le
lièrement difficile et complexe. Il importe de retentissement familial, scolaire et social de
prendre en compte un nombre important de sa conduite. Le travail de prévention est ici
paramètres et de ne jamais se focaliser sur le primordial. L'absence de retentissement so-
produit et ses possibles effets somatiques. Il cial et scolaire est assez rassurante. Le reten-
faut avant tout évaluer sereinement l'état tissement familial est important : s'il est
physique de l'adolescent, son équilibre psy- normal que les parents se soucient de la
chique, la dynamique familiale, le(s) pro- consommation de leur enfant, il n'est pas nor-
duit(s) consommé(s) - nature, quantités, mo- mal que, dès ce stade, ils soient paniqués, an-
des d'usage, effets décrits, tolérance -, le goissés, qu'ils parlent déjà de « toxicomanie »
cadre social et l'environnement du sujet, les ou qu'ils aient cette crainte de façon omnipré-
modifications individuelles et familiales appa- sente en tête, et soient prêts alors à entrer
rues depuis le début de la consommation, les dans une interaction de sollicitude anxieuse
symptômes qui, éventuellement, précèdent le avec leur enfant. Il n'est pas normal non plus
début de celle-ci. qu'ils demeurent totalement indifférents,
Tout cela prend du temps mais doit permettre voire qu'ils cautionnent ou justifient cette
un engagement relationnel sincère entre consommation.
l'adolescent et le médecin. Il faut dépasser le Ainsi, dans certains cas. le médecin peut se
cadre de la drogue > ■pour prendre en compte montrer rassurant, évitant de majorer l'an-
la personne et ses motivations à consommer, goisse des parents, mais cherchant aussi les
celles qui sont verbalisées bien sûr mais aussi éventuelles racines familiales de cette an-
goisse (ascendant ou collatéral toxicomane, ne doit pas être réalisée dans un climat d'ur-
alcoolique, suicidaire, etc.). Quand les parents gence, quelle qu'en soit sa cause. Elle doit re-
peuvent parler de cette angoisse en présence poser sur les bases d'un contrat, se dérouler
de leur enfant, quand ils peuvent expliquer ce dans un endroit éloigné des circuits habituels
qui la motive, l'expérience montre que, sou- du jeune toxicomane et de ses sources d'ap-
vent, il y a alors un soulagement et une atté- provisionnement, en milieu institutionnel au-
nuation de cette interaction anxieuse. tant que possible ; le sevrage ne doit jamais
À l'opposé, si les parents sont indifférents ou être dégressif mais être d'emblée total. L'ins-
complices, le médecin se doit d'attirer leur at- tauration d'un traitement de substitution est
tention sur les risques potentiels et de les in- de plus en plus recommandée même chez les
former - de même que l'adolescent - de ce mineurs, mais son indication reste discutée
que lui-même en tant que médecin considère dans ce cas. Cette prise en charge globale doit
comme une conduite à risque. Il doit alors être fondée sur une intention de continuité
suivre avec beaucoup d'attention ce jeune, en thérapeutique avec une équipe de spécialistes
d'horizons différents travaillant en réseau* :
particulier en cas d'éventuels comportements
d'escalade ou de malaise. institutions d'accueil, de cure, de postcure, fa-
milles d'accueil*, communautés* thérapeuti-
CONSOMMATION ADDIOTVE DÉBUTANTE. L'exis- ques et/ou individus isolés. Tout cela permet
tence de signes de souffrances psychiques, re- de proposer constamment à l'adolescent en
lationnelles ou scolaires, doit être considérée difficulté un (des) lieu(x) et des personnes
comme un facteur de risque majeur. Il avec lesquels un lien d'attache peut se créer.
convient d'aborder ces difficultés en amont, Toute cette structure doit être cohérente afin
dans la mesure où cela est possible, ce qui que le toxicomane ne se sente pas assailli par
revient à dire que le consultant doit établir un sentiment de morcellement* ni manipulé
avec l'adolescent une relation de confiance. par les soignants.
Un traitement actif de ces symptômes, par Les acteurs du réseau doivent oeuvrer à ce que
médicaments (antidépresseurs ou autres) ou l'acte du toxicomane devienne discours et se
par psychothérapie, doit être envisagé. Une fasse donc accessible aux autres. Ils doivent
guidance ou une thérapie familiale peut s'avé- constater, de plus, que la résistance de la
rer utile. Des aménagements de vie (mise en conduite toxicomaniaque à l'abord thérapeu-
internat, éloignement temporaire de l'adoles- tique doit être mise en balance avec le fait que
de telles conduites ont souvent une fonction
cent de ses sources d'incitation ou d'approvi-
sionnement) peuvent être proposés, surtout si autothérapeutique à l'égard d'une psychose*
le jeune les accepte dans un climat de protec- ou d'une dépression. Le but du thérapeute
tion et non pas de punition. À ce stade, en doit être modeste, le plus important étant que
revanche, la banalisation n'est pas de mise, l'adolescent désire une prise en charge ou
même si, pour autant, il convient de ne pas qu'il reconnaisse se sentir en sécurité auprès
stigmatiser le jeune en parlant déjà de de l'équipe. Un contact initial chaleureux peut
« toxicomanie ». induire un attachement véritable, à condition
de savoir et de pouvoir peu à peu ménager la
CONSOMMATION ToxicoMANiAQUE. Ce type de frustration indispensable pour que les tendan-
consommation ne concerne qu'une nombre ces au mono-investissement du toxicomane
très réduit de jeunes consommateurs de sub- évoluent favorablement. L'effort du théra-
stances psychoactives. Toutefois, il peut arri- peute doit ensuite porter sur l'accroissement
ver qu'un adolescent soit engagé dans une de la tolérance du toxicomane à l'egard de ses
toxicomanie avérée. Dans ce cas, l'abord thé- affects. Les moyens mis en œuvre peuvent
rapeutique est tout autre. Il est comparable en constituer une étape préparant le toxicomane
beaucoup de points à celui des tentatives de à une psychothérapie de type analytique au
suicide : il importe de distinguer entre les me- cours de laquelle les racines de son comporte-
sures à court terme et les mesures à échéance ment addictif pourront éventuellement être
élaborées.
plus éloignée.
Les mesures immédiates visent à préserver Perturbations
l'avenir somatique et/ou psychique de l'ado-
lescent. On traite de façon symptomatique du comportement alimentaire
à l'adolescence
l'overdose, le manque, d'éventuelles réactions
psychotiques secondaires, un état confusion- Il existe à l'adolescence de fréquentes pertur-
nel ou un coma. La cure de sevrage elle-même bations du comportement alimentaire qui
n'entrent pas forcément dans un cadre noso- nicisation et ses complications physiologi-
graphique précis, mais qui sont souvent ratta- ques et sociales.
chées au cadre de la pathologie dite addictive. Anorexie et boulimie ont en commun, de fa-
Elles précèdent souvent une anorexie mentale çon sous-jacente aux perturbations alimentai-
ou une boulimie nerveuse. res, un trouble important de la perception de
Aux États-Unis, selon une étude épidémiolo- l'image du corps, soit sous forme d'une dis-
gique publiée en 1993, de 40 à 60 % des jeu- torsion négative de l'image de soi incluant
nes filles de 17-18 ans suivent un régime pour l'image du corps (boulimie) soit sous forme
perdre du poids ; 13 % d'entre elles se font d'un déni* de l'amaigrissement allant parfois
vomir, prennent des laxatifs, des diurétiques jusqu'à la conviction délirante d'être encore
ou des agents anorexigènes (« coupe-faim »). trop gros(se) (anorexie). Cette conviction qui
Les données sont identiques en France, où a trait à la représentation de soi, au-delà de
l'étude de Marie Choquet publiée en 1991 l'image du corps proprement dite, traduit les
montre que 37 % des filles se trouvent trop achoppements ou les blocages du travail psy-
grosses, que 57 % d'entre elles souhaitent chique de l'adolescence et signe l'origine psy-
maigrir, que 14 % suivent un régime régulier, chique des troubles.
que 2,3 % prennent un médicament ano- Pourquoi ces perturbations surviennent-elles
rexigène et 3,1 % des laxatifs. Les conduites de façon élective à cet âge, quelles hypothèses
de restriction alimentaire ont fait l'objet de peut-on émettre sur cette apparente conjonc-
nombreuses études épidémiologiques, mais tion entre puberté, adolescence et compor-
d'autres troubles s'observent aussi à cet âge : tement alimentaire perturbé 7 Les facteurs
crises de fringale qui, sans avoir l'intensité concourant à l'installation de troubles des
d'une crise de boulimie, les précèdent sou- conduites alimentaires sont multiples et d'ori-
vent ; comportement hyperphagique retentis- gine variable : physiologiques, psychologi-
sant sur le poids ; dégoût électif ou régime ques, sociaux ou culturels.
particulier avec exclusion de certains ali- - Les besoins physiologiques de la puberté
ments, etc. Les histoires cliniques des patients provoquent une modification de la satiété. Ils
montrent régulièrement que ces diverses per- peuvent aboutir à une dysrégulation de la sen-
turbations alimentaires ont en général pré- sation de faim avec le sentiment de ne plus
cédé de quelques mois la constitution pro- pouvoir contrôler la prise d'aliments : l'ado-
gressive d'une anorexie ou d'une boulimie lescent peut se ressentir comme la victime de
nerveuse. Parmi les facteurs devant faire sa sensation de faim.
craindre cette évolution, il faut souligner : le - Le travail psychique de la puberté passe par
fait d'être du sexe féminin, la répétition des une phase de sexualisation générale des
crises, des préoccupations excessives quant conduites : dans ce contexte, faim, gourman-
au poids (pesées fréquentes, voire obsession- dise, oralité prennent une tonalité excitante
nelles), des manoeuvres de contrôle du poids. mais inquiétante. Tout plaisir pris par et dans
Le diagnostic reste trop souvent posé tardive- le corps risque d'être sexualisé et de susciter
ment ou, lorsqu'il est fait, de nombreux mois une culpabilité afférente, ce qui renforce le
sont perdus en examens complémentaires, sentiment d'aliénation à l'égard du besoin
administration de traitements substitutifs va- physiologique.
riés (vitamines, hormones visant à restaurer - L'adolescent - comme on l'a déjà évoqué -
les règles), alors même que les rares tableaux est avide d'identifications, d'intériorisations,
d'amaigrissement ou de cachexie d'origine d'expériences et de rencontres. Il cherche à se
organique ne s'accompagnent jamais du différencier de ses parents. Cette avidité peut
contexte psychologique et relationnel si ca- être éprouvée cependant comme une menace
ractéristique des adolescents atteints de trou- de la part de ces choses inconnues qui le ten-
bles des conduites alimentaires. Cela retarde tent et comme une aliénation. Face à ce
en fait la consultation psychiatrique. La prise conflit, l'adolescent réagit par deux mécanis-
en charge psychique du patient et de ses pa- mes : la régression ou la maîtrise. La régres-
rents doit intervenir précocement. Les ater- sion consiste à retrouver les pensées, les stra-
moiements du médecin généraliste risquent tégies, les plaisirs, les satisfactions, les buts
de transformer une pathologie encore bénigne pulsionnels du passé et de l'enfance : l'oralité.
et simplement inscrite dans une problémati- Les plaisirs que celle-ci a apportés représen-
que développementale et transitoire en une tent un registre pulsionnel familier à l'adoles-
maladie redoutable par son potentiel de chro- cent et auquel il retourne volontiers. À l'op-
posé, la maîtrise a pour objectif de rassurer le vient à tenter d'évaluer l'importance respec-
sujet par le sentiment d'activité et de contrôle tive des facteurs génétiques et des facteurs
qu'il y déploie. Les fréquentes alternances en- éducatifs familiaux (avec cette nuance que
tre crises de boulimie/fringale et phases de l'adoption a rarement lieu immédiatement
restriction alimentaire illustrent ces oscilla- après la naissance, et que les toutes premières
tions entre régression et maîtrise. interactions - mère/enfant - se font essentiel-
- L'adolescent veut s'approprier son corps et lement avec les parents biologiques).
le maîtriser. Il le fait de façon souvent exces- Les études d'adoption réalisées font apparaî-
sive par opposition aux parents : il refuse de tre une participation génétique supérieure à la
prendre le petit déjeuner préparé par sa mère, participation familiale. Une étude portant sur
refuse le vêtement qu'elle lui tend, etc. Ce be- 862 cas d'adoptés témoignant d'alcoolisme ne
soin psychologique s'oppose souvent aux be- révèle aucune prévalence notable de l'alcoo-
soins physiologiques. lisme chez les parents adoptifs, alors que les
- La symbolique du repas familial reste forte parents biologiques de ces mêmes enfants
et l'adolescent cherche à y échapper. Il arrive sont plus fréquemment atteints. Lorsque l'on
en retard, par exemple, ou quitte la table pré- considère les hommes exclusivement, et ce
cipitamment, ce qui engendre un climat de particulièrement pour les cas d'alcoolisme sé-
tension. Il conteste ce moment ou tente de vère, les études pointent une atteinte encore
l'éviter : il mange seul, à d'autres moments, plus marquée chez les parents biologiques,
grignote, etc. Le plaisir que les parents sem- comparés aux parents adoptifs. De fait, un
blent prendre à manger est vécu comme in- des spécialistes de la génétique de l'alcoo-
supportable par beaucoup d'adolescents, sur- lisme (Cloninger) souligne que le sujet n'hé-
tout par les filles, qui le sentent trop chargés rite pas seulement de l'alcoolisme, mais aussi
de connotations sexuelles. La technologie as- et avant tout d'un type de consommation (dé-
sociant congélateur et four à micro-ondes per- but précoce et abus sévère), ainsi que des fac-
met de stocker et de préparer de façon pres- teurs associés (sexe masculin et conduite anti-
que instantanée des plats : tout est réuni pour sociale). Cloninger distingue ainsi deux sous-
satisfaire la crise boulimique. types différents d'alcoolisme, selon l'impor-
- Le discours ambiant vantant la réalisation tance du déterminisme génétique tel qu'il
de soi, la satisfaction sans entrave des désirs, ressort de l'étude d'adoption. Le type I, ou
la présence sur le marché de produits at- abus « milieu-dépendant », se manifeste chez
trayants à consommation immédiate fait un l'homme et chez la femme, et se caractérise
contraste assez déroutant avec la tyrannie des par un abus peu sévère, un début à l'âge
modèles d'esthétique et de beauté où la min- adulte, sans histoire de criminalité chez les
ceur se confond avec la maigreur. Ces modè- parents biologiques. Le type II, ou abus
les sont à la fois des défis aux corps, à ses « sexe-dépendant ><, se manifeste chez les
besoins physiologiques et à la santé en géné- hommes et se définit par un début dans l'en-
ral. Sensibles aux modèles sociaux proposés, fance, un abus sévère, un fort taux de crimina-
les adolescents sont les premières victimes de lité chez les pères biologiques et une forte
ces multiples paradoxes. (Daniel Alarcellt) composante génétique, les facteurs postna-
taux ne jouant qu'un rôle minime. L'auteur
a d o p t i o n ( é t u d e d'). Étude consistant à op- estime que ces sous-groupes sont associés
poser, à travers l'appréciation des influences chacun à des mécanismes neuroadaptatifs
qui s'exercent sur des sujets adoptés, l'envi- particuliers et hérités, qui se reflètent dans les
ronnement familial éducatif (apporté par les comportements de ces malades. Ainsi, au
parents adoptifs) aux facteurs génétiques héri- type II correspondrait une forte recherche de
tés (des parents biologiques). Un des buts nouveauté, peu d'évitement de la douleur et
poursuivis est aussi d'apprécier le rôle du bref une faible dépendance à la récompense. Un
apport éducatif apporté par les parents biolo- autre spécialiste (Cadoret) a donné des argu-
giques. ments en faveur d'une susceptibilité genéti-
i Les études d'adoption apportent des infor- que croisée des différentes dépendances, en
mations complémentaires aux études d'agré- évaluant la probabilité de retrouver une dé-
gation* familiale. Se demander si les parents pendance (aux drogues ou à l'alcool) chez les
biologiques d'enfants adoptés atteints de ma- parents, biologiques, d'une part, et adoptifs,
ladies sont plus souvent eux-mêmes atteints d'autre part. d'enfants adoptes devenus
de ces maladies que les parents adoptifs re- toxicomanes et/ou alcooliques. Il apparaît que
les parents biologiques sont plus fréquem- importante des décès par intoxication aiguë
ment atteints que les parents adoptifs, et ce chez les toxicomanes résulte de l'adjonction
quel que soit le toxique considéré. (Philip de ces substances : un contrôle exercé sur la
Gorwood) qualité des produits permettrait, selon les te-
nants d'une légalisation* contrôlée des dro-
adultérant. Substance utilisée pour couper gues, de limiter ce risque. (D.R.)
les drogues, les diluer ou les falsifier. -----1 poussières, risque, testing
J Les drogues (au sens général de médica-
ments), produits souvent rares et chers, ont agoniste. Molécule qui mime l'action du
été l'objet de falsifications diverses dès l'Anti- neurotransmetteur sur son site récepteur et
quité. Souvent, les détaillants en gonflaient le entraîne par conséquent des effets identiques.
volume par adjonction de substances plus ou Cette propriété provient des analogies struc-
moins anodines, mais toujours peu onéreuses, turales existant entre l'agoniste et le neuro-
afin d'augmenter leur bénéfice à la vente. De transmetteur.
même, au fil des époques, mêla-t-on au poi- J Il existe pour chacun des neurotransmet-
vre des graines de moutarde, au chocolat de teurs des agonistes plus ou moins spécifiques
l'ocre rouge de brique pilée, de la fécule de d'un sous-type de ses récepteurs. De nom-
pomme de terre, diverses farines ou du ta- breux agonistes ne sont par ailleurs pas spéci-
pioca, et au thé des feuilles de ronce, de su- fiques d'un neurotransmetteur donne (et de
reau, de frêne ou de hêtre, etc. ; le thé a par- ses types de récepteurs). Un agoniste se carac-
fois même été coloré par de l'indigo. térise donc par une spécificité (ou une sélecti-
Le coupage des drogues s'inscrit dans une vité) plus ou moins marquée pour un récep-
perspective identique. Il permet d'augmenter teur. Il se caractérise également par son
artificiellement leur valeur et conditionne no- affinité, autrement dit par la « puissance »
tamment le bénéfice des revendeurs au détail. avec laquelle il se lie à l'un de ses récepteurs
Il concerne surtout les produits à haute valeur (et par la facilité avec laquelle il s'en dissocie).
ajoutée, comme l'héroïne ou la cocaïne, et ne L'action de la majorité des psychotropes re-
doit pas être confondu avec une association pose sur le fait qu'il s'agit d'agonistes mimant
de plusieurs drogues entre elles. La substance l'action de molécules physiologiques forte-
ajoutée n'a généralement pas d'action psy- ment impliquées dans les processus psychi-
chotrope ; elle sert essentiellement à faire ques et cognitifs. Par exemple, la morphine
masse, à tromper l'acheteur sur la qualité du ou l'héroïne sont des agonistes ayant une
produit ou, parfois, à altérer le flair des forte affinité pour l'un des sous-types de ré-
chiens. Par ailleurs, elle peut contribuer à limi- cepteurs des endorphines*, qui sont les neuro-
ter les risques d'intoxication aiguë en facili- médiateurs opiacés présents dans le cerveau.
tant la manipulation de produits toxiques à Cet effet n'est toutefois pas exclusif, en raison
très petites doses. de l'affinité, il est vrai beaucoup plus faible,
Si certaines substances de coupe ne sont pas, de ces molécules pour les autres sous-types
ou peu, dangereuses (sucres divers : lactose, de récepteurs aux opiacés. La nicotine*, quant
glucose, mannitol, ou encore : paracétamol), à elle, se lie spécifiquement et avec une forte
d'autres exposent à des risques importants affinité aux récepteurs nicotiniques de l'acé-
lors d une injection, de par leur nature physi- tylcholine*. Le tétrahydrocannabinol* est un
que (talc, ciment, plâtre fréquemment à l'ori- agoniste des récepteurs aux cannabinoïdes*.
gine d'embolies) ou leur action pharmacologi- où il exerce une action mimétique de celle de
que propre (quinine, toxique pour les reins, l'anandamide'. (Sylvain Pirot)
strychnine, très neurotoxique : l'amertume de antagoniste
ces alcaloïdes peut donner l'illusion que
l'échantillon contient une forte proportion de agrégation familiale ( é t u d e d'). Analyse
drogue, et la strychnine exerce de plus une vivant à observer et à mettre en relief l'impor-
action psychostimulante susceptible de po- tance, eu égard à la manifestation de certaines
tentialiser l'action propre de drogues comme pathologies, des facteurs génétiques et des
la cocaïne ou l'ecstasy ; sels de thallium). La facteurs familiaux/éducatifs, conjointement
teneur moyenne en drogue psychoactive des opposés aux facteurs environnementaux per-
produits achetés sur le marché de détail est sonnels. Les études d'agrégation familiale
très faible : de l'ordre de 2 a 8 nn pour l'hé- montrent que la proportion de sujets atteints
roine, et de 10 a 25 "o pour l'ecstasy. Une part de diverses pathologies est plus grande parmi
les personnes apparentées à des sujets mala- air sec. Gaz liquéfié, éthéré et légèrement
des (porteurs du phénotype* analysé) que incolore, contenant notamment 2 à 10 % de
parmi les personnes apparentées à des sujets diméthyléther et du tétrafluoréthane. Un
sains ou parmi la population générale. Ces mode d'utilisation « récréatif » de ce produit,
constatations valent pour certains types de contenu dans des bombes commercialisées
comportements addictifs, comme l'alcoo- pour nettoyer le matériel informatique ou
lisme. photographique, s'est récemment développé.
U La littérature médicale offre plus de cent J L'inhalation de ce gaz entraîne une pertur-
études familiales concernant l'alcoolisme. bation au niveau du fonctionnement des cor-
Celles-ci témoignent clairement de l'existence des vocales et une euphorie ébrieuse, sembla-
d'une agrégation familiale de cette toxicoma- ble à celle induite par l'inhalation d'hélium.
nie. Ainsi, la fréquence de la dépendance à Cette utilisation n'est pas anodine : troubles
l'alcool chez les sujets ayant un frère ou une de la vision, voire atteintes du système ner-
sœur alcoolo-dépendants varie, selon les étu- veux central ont été rapportés. Il semble, de
des, entre 10 et 50 %, alors qu'elle ne dépasse plus, qu'elle soit associée à l'usage d'ecstasy
pas les 2 à 5 % dans la population générale. dans certaines discothèques. (D.R.)
Le risque d'alcoolisme que peut présenter un
sujet est d'autant plus fort que le parent at- alcool (arabe al-kohol, antimoine pulvérisé,
teint de cette maladie est plus proche. Ainsi, d'où, par métonymie, toute substance raffi-
pour une population d'alcooliques donnée, on née ou distillée). Désignation populaire de
retrouve la maladie chez environ 25 % des l'éthanol, principe déterminant l'effet psycho-
parents au premier degré (parents, enfants, trope des boissons dites alcoolisées. Les effets
frères et sœurs), et environ 17 % des parents aigus induits par la prise d'alcool - d'abord
au deuxième degré (grands-parents, oncles et excitation et désinhibition, puis sédation -
tantes, cousins, petits-enfants). ont été décrits de longue date (avec une foca-
Les études dites de demi-germains (demi-frè- lisation sur l'ivresse*), mais ce n'est qu'au
res et demi-sœurs) dérivent de la même ap- xixe siècle que le besoin compulsif de boire de
proche (analyse de la fréquence du trait selon l'alcool ainsi que sa conséquence, l'alcoo-
la proximité génétique des sujets étudiés), lisme, ont été analysés avec précision.
mais ajoutent une variable intéressante : le U L'alcool est obtenu par fermentation de vé-
milieu éducatif. Une étude réalisée par Schu- gétaux riches en sucre (raisin, pomme, poire,
kit, qui fait référence en la matière, a ainsi betteraves, canne à sucre, céréales comme
comparé la fréquence de l'alcoolisme chez l'orge ou le riz, pomme de terre, bois) ou par
124 frères et sœurs et 164 demi-frères et distillation. Il peut servir secondairement à la
demi-sœurs de 70 malades alcooliques. L'au- fabrication de boissons du type apéritif ou li-
teur a montré que les demi-germains ayant queur.
un parent biologique alcoolique et un parent- Boissons obtenues par fermentation. Le vin reste
éducateur alcoolique sont aussi fréquemment la boisson alcoolisée obtenue par fermenta-
atteints (46 %) que les demi-germains ayant tion la plus populaire en France, même si, de-
un parent biologique alcoolique mais un pa- puis les années 1960, sa consommation a
rent-éducateur non alcoolique (50 %). Il baissé. En 1995, 40 % des hommes étaient
n'existe pas non plus de différence siginifica- des buveurs réguliers, 30 % des buveurs occa-
tive entre la fréquence d'atteinte des demi- sionnels et plus de 20 % des non-buveurs.
germains sans parent biologique atteint, mais Seul un homme sur dix serait véritablement
élevés par un parent-éducateur alcoolique abstinent. Ces proportions étaient respective-
(14 %), et les demi-germains sans parent bio- ment de 20, 30 et plus de 40 % pour les
logique atteint, et élevés par un parent-éduca- femmes.
teur non alcoolique (8 %). Shukit en conclut La tendance actuelle semble favoriser la
que les facteurs génétiques l'emportent sur les consommation occasionnelle de vin : on peut
facteurs éducationnels. De façon générale, probablement y voir l'effet de l'engagement
les études d'agrégation familiale font apparaî- de certains médecins, selon lesquels l'ab-
tre le rôle décisif de l'ensemble constitué par sorption journalière d'une petite quantité de
les facteurs génétiques et les facteurs éduca- vin aurait des effets bénéfiques contre les ma-
tifs familiaux, facteurs dont l'interaction est ladies cardio-vasculaires, mais y trouver aussi
essentielle. (Philip Gorvcood) la marque d'un regain d'intérêt culturel pour
—> adoption (étude d') les produits d'appellation et de terroir dont
le vin constitue le modèle et le symbole. La cet alcool est transformé en acétaldéhyde, lui-
consommation de vin est, en France, essen- même transformé en acétate sous l'action de
tiellement d'agrément. Certains producteurs systèmes enzymatiques spécifiques (l'inhibi-
développent toutefois des vins « de soif », ti- tion de leur fonctionnement est à l'origine
trant moins de 10° ; certains négociants alle- d'une accumulation d'acétaldéhyde à l'origine
mands proposent, eux, des vins pétillants ti- de l'effet antabuse*, qui est mis à profit dans
trant moins de 4° (vins « light »). De même, les traitements aversifs* de l'alcoolisme).
des vins « biologiques » apparaissent sur le
marché : ils représentent déjà 0,5 % de la Pharmacologie
consommation en France et 3 "0 en Allema-
Les effets pharmacologiques de l'alcool sont
gne. Le vin est fortement concurrencé chez
multiples et restent assez mal connus. On a
les jeunes par la bière.
ainsi répertorié chez l'animal - en règle géné-
Cette dernière est obtenue par fermentation
rale le rongeur, et souvent iii vitro - une série
alcoolique d'un moût produit à partir du hou-
d'effets de l'éthanol sur le cerveau' sans que
blon et du malt d'orge. Son titre en alcool est
la signification physiologique et la pertinence
variable, entre 2° et 9° généralement.
de ces effets chez l'homme apparaissent tou-
Cidres, poirés et hydromel sont également
jours nettement.
des boissons alcoolisées obtenues par fermen-
tation. L dlcù'/ exerce des effets stimulants - comparables
à leI/X de nombreux dl/tres produits dddldl(s - sur
Boissons obtenues par distillation. Au-delà de
tdd/\,itt; des voies neuronales contenant ta d,ll'd-
16°. la fermentation alcoolique est inhibée par
l'action même de l'alcool sur les levures. L'ob- iiiiiic' (celle-ci est un neuromédiateur impli-
qué, entre autres, dans le contrôle des condui-
tention de boissons plus fortes implique donc
le recours à la distillation. On obtient ainsi tes affectives et la régulation des états
émotifs, en particulier le plaisir*, les neurones
des eaux-de-vie (cognac, armagnac, calvados, concernés formant avec l'ensemble des struc-
kirsch, eaux-de-vie de grains diverses produi-
tures qu'ils innervent un système de récom-
tes par distillation d'un moût fermenté telles
pense cérébral). L'alcool, parce qu'il stimule
que le whisky, le gin, la vodka, le genièvre ou
ce système de récompense, serait donc
encore le rhum, obtenu par distillation d'une
mélasse), dont le titre varie entre 40° et 50°. consommé, à l'instar des autres drogues, pour
ses effets de renforcement* positif (hédonis-
Spiritueux obtenus par adjonction d'alcool à des
tes, stimulants, euphorisants). et ce d'autant
boissons ferinentées. Il s'agit d'apéritifs du type
vin de Porto ou de Madère (titre variant entre plus que la fonction des neurones à dopamine
serait déficitaire ou le deviendrait à la faveur
17° et 20°), anis ou pastis (45° à 50°, ces pro-
duits s'étant substitués à l'absinthe*), ou d'une consommation prolongée. Ce déficit en
bitters. dopamine, caractéristique des intoxications
chroniques, pourrait en outre expliquer les
Liqueurs. Ces boissons sucrées, réputées avoir
états dysphoriques (instabilité de l'humeur)
des propriétés digestives. titrent entre 15° et
qui accompagnent le sevrage.
55°. Elles sont obtenues par adjonction d'eau-
de-vie à des boissons à base de fruits ou de Cependant, de nombreuses études réalisées
dans les modèles animaux de toxicomanie
plantes médicinales.
(autoadministration d'éthanol et « préférence
Métabolisme de l'alcool de place conditionnée " par l'éthanol) n'ont
pas mis en évidence de tels effets de renforce-
L'alcool ingéré passe dans le sang au niveau ment positif. Cela peut s'expliquer par des
du duodénum et du jéjunum. Il gagne alors le problèmes méthodologiques (conditions ex-
foie par la veine porte. Il se diffuse rapide- périmentales, niveau des doses d'éthanol ad-
ment dans tout l'organisme, y compris dans ministrées), mais il se pourrait aussi que les
l'air des alvéoles pulmonaires, ce qui explique effets de renforcement de l'éthanol soient fai-
qu une partie en soit éliminée lors de expi- bles ou rares, et limités aux seuls individus
ration. présentant un dysfonctionnement du système
Les 90 "n de la quantité d'alcool ingéré sont neuronal a dopamine.
métabolisés dans le foie par des systèmes en- L'alcool exerce 1111 effet fiîci'lititeiir sur l'activité des
zymatiques divers, dont certains ne sont mis voies neuronales contenant le CABA*. neuromé-
en jeu que lors d'une intoxication massive ou diateur qui a un rôle inhibiteur sur l'activité
chez i 'éthylique chronique. Dans tous les cas, des neurones. Autrement dit, l'alcool poten-
tialise l'inhibition qu'exerce le GABA sur l'ac- les sujets à risque présentent des réponses ac-
tivité neuronale, notamment en interagissant crues aux effets stimulants de l'éthanol sur les
avec les récepteurs du neuromédiateur, et en- systèmes à endorphine.
traîne ainsi un effet anxiolytique sédatif à rap- Ces observations et ce qu'on sait des effets
procher de celui des benzodiazépines*. Cet des opiacés sur le système à dopamine
effet facilitateur sur la transmission GABA conduisent à penser que les « effets récom-
n'est cependant observé que pour de fortes pense » et les « effets de renforcement » de
concentrations d'alcool ; en outre, il s'épuise l'éthanol dépendent pour partie des systèmes
progressivement lors d'une consommation opiacés endogènes. Parallèlement, plusieurs
prolongée. études cliniques ont mis en évidence l'effica-
Les modifications affectant les neurones à cité probable des antagonistes opiacés (nal-
GABA au cours de l'alcoolisme sont en fait trexone*) dans la réduction du besoin compul-
controversées, mais, quel qu'en soit le méca- sif de consommer de l'alcool et dans le
nisme, la défaillance de la transmission GABA maintien de l'abstinence chez les malades al-
induite par une consommation prolongée coolodépendants. (Denis Richard, Sylvain Pirot)
d'alcool peut être impliquée dans ses compli-
cations neurologiques (troubles moteurs, épi- alcoolémie. Taux d'alcool dans le sang.
lepsie*) et psychiatriques (troubles anxieux, J L'alcoolémie est proportionnelle à la quan-
troubles psychotiques, troubles du comporte- tité d'alcool ingérée. Elle peut être corrélée à
ment avec agressivité et irritabilité) ainsi que des troubles psychiques aigus (ivresse*) et à
dans certains symptômes du sevrage (trem- une importante diminution de la vigilance et
blement, agitation...). L'alcool serait alors des réflexes.
consommé pour faire céder ces symptômes La législation européenne demeure peu
(renforcement négatif). consensuelle quant à l'alcoolémie tolérée chez
Les effets de l'alcool sur l'activité des voies neuro- un conducteur de véhicule, même si, réguliè-
nales contenant la norûdrénaline* et la sérotonine*, rement (en 1989 et en 1997 notamment), la
neuromédiateurs impliqués dans de nombreuses Commission européenne a proposé d'harmo-
fonctions cérébrales parmi lesquelles la régulation niser le taux toléré. Huit pays sont au-delà du
des états émotifs et de l'humeur, sont controversés. seuil des 0,5 g/1 (Grande-Bretagne, Allema-
En effet, certaines études indiquent qu'un gne, Danemark, Irlande, Autriche, Luxem-
hypofonctionnement de ces systèmes neuro- bourg), cinq sont à 0,5 g/1 (France, Belgique,
naux, inné ou acquis, prédispose à la consom- Grèce, Pays-Bas, Finlande) et deux sont en
mation d'alcool, mais d'autres études ne re- deçà (0,4 g/1 pour le Portugal, 0,2 g/1 pour la
trouvent pas ces résultats ; les effets qu'exerce Suède). L'alcool est directement à l'origine de
l'alcool sur les différents récepteurs de ces la moitié des décès dus aux accidents de la
neuromédiateurs sont également contro- route en Europe (45 000 morts. auxquels
versés. s'ajoutent 2 millions de blessés) ; il est avéré
Des études menées pendant la dernière décennie que le risque d'accident double pour 0,5 g/1 et
ont montré que l'éthanol se comporte eii antago- est décuplé avec un taux de 0.8 g/1. Cepen-
niste* de certains récepteurs du glutamate, neuro- dant, l'alcoolémie n'est pas le seul facteur de
médiateur Ûll rôle excitateur. L'acétylhomotauri- danger à prendre en compte : ainsi le Portugal
nate de calcium, antagoniste possible de ces est l'un des pays où le nombre d'accidents
mêmes récepteurs, réduit la consommation mortels est le plus élevé. (D.R.)
d'alcool du rat rendu alcoolodépendant.
De nombreuses études ont démontré l'existence alcoolisme. Intoxication par usage répété de
d'interactions entre l'alcool et les endorphines*, les boissons alcoolisées ; maladie chronique in-
neuromédiateurs opiacés endogènes. L'activité duite par la consommation répétée d'alcool,
des systèmes à endorphines est en effet anor- occasionnant des lésions irréversibles du sys-
male chez les animaux et les individus appé- tème nerveux central, du foie, du pancréas.
tents pour l'alcool : les rongeurs génétique- SYN. : éthvhsme.
ment appétents pour l'éthanol ont une
activité basale de leurs neurones à endorphi- J De l'intempérance à l'alcoolisme
nes anormalement élevée ; au contraire. l 'acti-
vité basale semble anormalement faible chez Ivrognerie, intempérance, tels furent les pre-
l'homme prédisposé à l'alcoolisme. En revan- miers mots utilisés pour qualifier, dans une
che. les animaux génétiquement appétents et société culturellement vouée à 1ivresse" al-
coolique, le rapport particulier à l'alcool de duit. C'est lui qui donna la définition la plus
l'individu devenu dépendant du produit. His- habituelle de la dépendance à l'alcool : la
toriquement, les travaux sur l'alcoolodépen- perte de la liberté de boire.
dance furent initiés dans les pays anglo- C'est un psychiatre américain, E. M. Jellineck
saxons, d'une part par un médecin anglais, (1890-1963), qui, le premier, proposa dans sa
Thomas Trotter (1761-1832), qui vit dans l'in- classification* de l'alcoolisme (1960) le terme
tempérance une cause probable de folie, et, de « maladie alcoolique ". Il faisait alors le lien
d'autre part, par un médecin militaire améri- entre la dépendance et les attitudes sociales
cain, Benjamin Rush (1745-1813) qui, en permissives vis-à-vis de la consommation
1784, décrivit la perte de contrôle du malade d'alcool. Cette conception, qui se retrouve
dépendant vis-à-vis du produit et évoqua les dans l'idéologie de certains groupes* d'an-
dangers physiques et mentaux liés à une ciens buveurs, définit la maladie alcoolique
consommation excessive et chronicisée d'al- par la dépendance, dont les témoins sont le
cool - jusqu'alors, on n'avait prêté attention craving* (perte du contrôle des quantités de
qu'aux problèmes liés à l'éthylisme aigu. boissons alcoolisées consommées), et la sévé-
Rush souligna l'importance de l'abstinence* rité des manifestations de sevrage.
complète et durable comme seul traitement G. Edwards et M.M. Gross établirent en 1976
de l'alcoolisme chronique. la clinique du « syndrome de dépendance à
Toutefois, au milieu du x;x' siècle, les l'alcool ", qui fit l'objet des travaux d'un
connaissances relatives à l'action de l'alcool groupe d'experts de l'O.M.S. qu'ils dirigèrent,
sur l'organisme demeuraient encore bien lacu- travaux qui furent déterminants dans les
naires. On doit à un clinicien suédois, Magnus classifications de l'alcoolisme (CIM 10 et
Huss (1807-1890), le soin de les avoir regrou- DSM IV). Edwards et Gross caractérisèrent ce
pées et d'avoir, le premier, décrit une dépen- syndrome par la ritualisation des modes de
dance à l'alcool qu'il appela « alcoolisme chro- consommation de boissons alcoolisées, la
nique » (1849), dans un pays où sévissait alors primauté des comportements de recherche
une alcoolisation considérable (chaque habi- d'alcool, l'augmentation de la tolérance, la
tant consommait six à sept fois plus d'alcool compulsion à boire pour prévenir les troubles
qu'aujourd'hui). du sevrage et, malgré tout, la récurrence des
Aux yeux de Huss, l'usage régulier d'alcool symptômes de sevrage : nausées, tremble-
induisait une véritable intoxication, avec mo- ments, sueurs et troubles de l'humeur. Ils
difications psychiques et altérations du sys- proposerent de substituer au mot « alcoolis-
tème nerveux. Huss souligna les problèmes me " celui de « syndrome de dépendance al-
sociaux entraînés par l'alcoolisme et vit dans coolique » et séparèrent le syndrome de dé-
ce dernier une cause de dégénérescence du pendance, au sens strict, des complications
patrimoine héréditaire de l'espèce. Son tra- physiques, sociales et mentales de la consom-
vail, qui constitua la première réflexion scien- mation d'alcool.
tifique sur la dépendance à l'alcool, détermina Le groupe d'experts décrivit la dépendance à
la médicalisation de ce comportement (une l'alcool comme l'association d'une altération
médicalisation d'autres types de comporte- de l'état psycho biologique, d'une altération
ments addictifs devait suivre, calquée sur ce du comportement vis-à-vis de l'alcool et
modèle (—> toxicomanie). [leau-Louis Setwn] d'une altération de l'état subjectif. L'altération
de l'état psychobiologique est marquée par
Buveur à risque, buveur excessif, les symptômes de sevrage (psychique, plus
buveur dépendant rarement physique) apparaissant dès la pre-
mière journée d'abstinence, l'ingestion d'al-
Ce n'est donc que depuis a peine plus d'un cool venant alors réduire le malaise provoqué
siècle que l'étude de l'alcoolisme et de ses par le sevrage. L'accoutumance en est le co-
aspects psychopathologiques est réellement rollaire, avec augmentation progressive de la
entrée dans le champ de la recherche médi- tolérance de l'alcool ingéré. L'altération du
cale. En France. G. Deshaies s'est intéressé comportement vis-à-vis de l'alcool a comme
à l'" alcoolomanie >
■ (toxicomanie à l'alcool) témoin la moindre possibilité pour le sujet de
et H. Duchéne à 1'- irréductibilité > de la moduler sa consommation. L'altération de
consommation. Pierre Fouquet fut le premier, l'état subjectif est marquée par l'incapacité de
toujours en France, a aborder la dépendance maîtriser la consommation d'alcool.
pathologique qui lie l'alcoolique à son pro- En France, les travaux de Jean Adès et Michel
Lejoyeux montrent l'intérêt du concept de dé- polytoxicomanie, dépression*), ou être pri-
pendance en clinique alcoologique : c'est un maire.
concept dont la neutralité morale atténue le - environ 1,5 à 2 % de la population est, en
jugement porté sur le patient alcoolique, au- plus, dépendante physiquement de l'alcool :
quel il peut prêter aide en donnant sens à son la suppression de la boisson se traduit, en plus
comportement. Ce concept peut aussi contri- des signes psychiques, par des signes physi-
buer à informer le patient de la sévérité du ques, notamment neurologiques.
pronostic et permet l'orientation vers une L'ensemble de ces comportements constitue
prise en charge durable qui, dans la majorité les « conduites d'alcoolisation ». Celles-ci en-
des cas, incite à proposer à l'alcoolique dépen- globent donc non seulement les situations de
dant une abstinence totale et durable. dépendance à l'alcool (que certains auteurs
Comme pour toute drogue addictive, il im- qualifient spécifiquement d'« alcoolomanie »),
porte de distinguer trois groupes de consom- mais aussi toutes les situations où un sujet a
mateurs : ceux qui usent (usage), ceux qui perdu les moyens de contrôler sa consomma-
abusent (usage excessif ou usage à risque) et tion d'alcool (par exemple, il ne pourra cesser
ceux qui sont devenus dépendants de l'alcool. de boire avant de devenir ivre). Il est plus cou-
a) Les consommateurs d'alcool « à risque » rant de désigner ces conduites comme « al-
consomment plus de trois verres de vin par coolisme » - encore que l'appartenance de
jour (un verre = 10 g d'alcool) pour les hom- l'alcoolisme au groupe des toxicomanies soit
mes et deux pour les femmes (consommation discutée -, le patient sujet à l'alcoolisme étant
quotidienne limite selon l'O.M.S.), sans que dit « alcoolique » ou « éthylique ». L'individu
cela se traduise forcément par des signes so- malade, au plan physique et ou psychique, en
matiques ou psychiques. Ce seuil est flou, car raison de sa conduite d'alcoolisation, est dit
il n'intègre pas les facteurs individuels de tolé- « alcoolopathe ». (Jean-Louis Senon).
rance et de susceptibilité somatique : il n'a
guère d'intérêt en clinique, mais présente un Épidémiologie
intérêt en épidémiologie et en santé publique.
b) Les consommateurs d'alcool font de ce der- La consommation d'alcool en France (enten-
nier un usage « excessif » ou « nocif », quel due comme la consommation moyenne par
que soit le volume ingéré, dès que cet usage personne et par an, enfants et abstinents
donne lieu à des dommages somatiques ou compris) a chuté pendant la dernière guerre,
sociaux : c'est donc là une notion intimement passant de 22 litres en 1940 à 12 litres entre
liée à la susceptibilité personnelle de l'usager 1941 et 1944. Elle a réaugmenté dès 1945
à l'égard de l'alcool (10 à 15 % de la popula- (15 litres) pour culminer au milieu des années
tion française serait concerné). 1950 (19 litres en 1956). La décroissance de la
La population des consommateurs dits « à consommation a ensuite été régulière (envi-
problème » est constituée par les deux popu- ron 13 litres au début des années 1990). Mal-
lations précédentes : population de consom- gré donc une chute de la consommation de
mateurs « à risques » (chez lesquels les dom- l'ordre de 60 % en 50 ans, la France demeure
mages somatiques ou sociaux ne sont pas l'un des plus importants consommateurs d'al-
cool au monde. La diminution a essentielle-
apparents) + population des consommateurs
« excessifs » (victimes de dommages somati- ment concerné la consommation de vin et la
tranche des consommateurs de 5 à 8 verres
ques ou sociaux en dépit d'une consomma-
tion parfois très réduite). par jour, alors que la consommation modérée
c) Les consommateurs dépendants de l'alcool (un à deux verres par jour) a augmenté. Le
sont bien moins nombreux. il faut ici distin- recul de la consommation de vin est plus im-
guer deux gradations dans la dépendance : portant parmi les jeunes, mais, chez les moins
- environ 3,5 à 5 % de la population fran- de 25 ans, la consommation quotidienne d'al-
çaise est psychiquement dépendante de l'al- cools forts a augmenté dans les deux sexes au
cool : il s'agit des personnes qui, bien qu'elles cours des vingt dernières années. La consom-
relèvent de la population « à problème » et en mation de bière a également progressé à tous
conviennent, ne parviennent pas pour autant les âges, pour les sujets de sexe masculin.
à cesser ou à contrôler leur consommation La prévalence globale de l'alcoolisme en Eu-
d'alcool. Cette alcoolodépendance peut être rope est estimée aujourd'hui à 7 % chez les
secondaire à une pathologie psychiatrique hommes. 65 % des hommes adultes et 35 %
(psychose*, névrose*, personnalité antisociale, des femmes consomment plus ou moins de
l'alcool en France. Ces chiffres globaux mas- belle aux facteurs génétiques, sans aucune-
quent d'évidentes disparités régionales et so- ment prendre en compte les facteurs environ-
cioculturelles. Inversement, 10 % des hom- nementaux. Par ailleurs, la sensibilité aux ef-
mes et 30 % des femmes sont abstinents fets de l'alcool n'est pas obligatoirement liée
d'alcool (non compris ceux qui sont devenus de façon directe à l'appétence, au « besoin »
abstinents pour des raisons médicales). de consommer proprement dits. L'envie de
La consommation d'alcool reste surtout mas- boire de l'alcool est rarement présentée
culine : 40 % des hommes boivent du vin au comme une motivation spontanée par les ma-
repas, contre 14 % des femmes. 5 % des lades alcoolodépendants pour justifier leur
hommes boivent tous les jours un apéritif conduite d'alcoolisation excessive : nombre
contre 1 % des femmes. La consommation d'entre eux décrivent même un véritable « dé-
d'apéritifs et d'alcools forts est plus fréquente goût » pour l'alcool. Le désir de boire est radi-
dans les couches aisées de la population, mais calement différent du plaisir* de boire. La no-
c'est chez les ouvriers, les agriculteurs et les tion de craving rend bien compte des
employés que l'on trouve le plus fort pour- caractéristiques de l'alcoolisation pathologi-
centage de consommateurs de plus d'un litre que. L'appétence se situe au carrefour du dé-
de vin par jour. Parmi les femmes, ce sont les sir, de l'envie, du besoin, du craving. Elle sem-
étudiantes qui boivent le plus. ble déterminée au plan de la génétique et
Cause fréquente de décès prématurés, tout conduirait à un usage prépondérant, puis abu-
comme le tabac auquel il est souvent associé, sif, d'alcool.
l'alcool coûte à la nation française plus de À cet égard, il est plus pertinent d'utiliser les
80 milliards de francs par an (coûts directs rongeurs de lignées standards, qui se singu-
- maladies avec hospitalisations, prise en larisent par une consommation importante
charge de l'alcoolisme - et coûts indirects : d'alcool aboutissant à une tolérance et une
accidents, décès, absentéisme, répercussions dépendance physique (rongeurs « spontané-
sociales diverses, etc.) mais rapporte, il est ment » appétents), mais cela augmente à la
vrai, de nombreuses taxes, à l'image du tabac. fois le temps et le coût des études.
Toutefois, les aspects économiques ne peu- Les effets de l'intoxication chronique et du se-
vent suffire à mettre en place une prévention vrage sont souvent étudiés chez des animaux
efficace au sein d'une population culturelle- non appétents soumis à une alcoolisation for-
ment habituée à consommer de l'alcool. Bien cée (par sonde gastrique ou cathéter intravei-
plus, une réduction des possibilités de recours neux) ; certes, les paramètres quantitatifs de
à l'alcool pourrait s'accompagner de modifica- l'alcoolisation sont alors bien maîtrisés, mais
tions comportementales péjoratives (recours à interviennent aussi d'autres paramètres, dont
d'autres types de psychotropes), sans même le stress*, qu'il est difficile de prendre en
présager des conséquences de la mise en place compte.
d'une économie parallèle. (Françoise Casade- Enfin, il est possible d'induire une appétence
baig. Denis Richard) pour l'alcool chez le rongeur en lui donnant
uniquement une boisson alcoolisée dont on
Modèles animaux augmente progressivement la concentration
en alcool : cela réalise un modèle d'alcoolisme
La difficulté à modéliser les différents aspects
de la maladie alcoolique chez l'animal s'ac- secondaire ou équivalent à l'alcoolisme « so-
croît encore du fait qu'habituellement les ron- cial » dans l'espèce humaine. (Sylvain Pirot)
geurs ne consomment spontanément que de
Alcoolodépendance
très faibles quantités d'alcool et ne dévelop-
pent ni tolérance ni dépendance physique. Les diverses théories neurochimiques plus
La prédisposition à l'abus d'alcool a été en rè- spécifiques ayant visé à expliquer au plan mo-
gle étudiée sur des lignées de rongeurs sélec- léculaire la dépendance à l'alcool sont aujour-
tionnées et développées en raison de leur d'hui tombées en désuétude : modifications
forte appétence pour l'alcool, qu'ils consom- durables de la fluidité de la membrane des
ment de préférence à toute autre boisson neurones, formation dans l'organisme de déri-
(rongeurs « génétiquement » appétents) ou en vés de l'acétaldéhyde ayant une forte affinité
raison de leur sensibilité particulière aux ef- pour les récepteurs aux opiacés (tétrahydro-
fets d'une prise d'alcool ou aux effets du se- isoquinolines, tétrahydrocarbolines), etc.
vrage. Ces modèles font à l'évidence la part La dépendance à l'alcool est d'origine pluri-
factorielle. Elle repose surtout sur des sché- cations organiques aiguës (pneumopathie,
mas comportementaux conununs à toutes les hépatite, pancréatite, etc.). Les effets sont va-
substances addictives et sur des mécanismes riables selon les individus ; les perturbations
physiologiques également propres aux diver- importantes surviennent en général au-delà
ses drogues, faisant intervenir en particulier le d'une alcoolémie de 0,8 gramme par litre.
« système de récompense » du cerveau*. (Syl- Les complications morbides survenant au dé-
vain Pirot) cours d'une consommation chronique d'al-
cool sont nombreuses, et certaines, une fois
Trajectoire de l'alcoolique initiées, continuent à évoluer indépendam-
ment de la conduite alcoolique. Leur évoluti-
Les travaux de Morton Jellinek ont permis de
distinguer, tout comme pour le toxicomane vité grève souvent lourdement le pronostic de
(—> trajectoire), trois phases successives l'alcoolodépendance et rend la prise en charge
dans la carrière de l'alcoolique devenu dé- plus difficile. L'alcool, en particulier, est un
pendant : cofacteur du développement de nombreux
cancers*.
a) une phase asymptomatique, durant plu-
sieurs années, marquée par un début insi- MALADIES ALCOOLIQUES DU FOIE. Une cirrhose
dieux de dépendance. Certains sujets entrent est décrite chez 13 à 22 % des alcooliques :
dans l'alcoolisme par des expériences récur- elle a une origine plurifactorielle et, probable-
rentes d'ivresse alors que d'autres augmen- ment, résulte d'une susceptibilité d'origine gé-
tent progressivement leur consommation nétique. Les stéatoses hépatiques, résultant
d'alcool dans un contexte où l'ivresse de- d'un régime trop riche en lipides, sont aussi
meure rare ou absente. Les activités profes- fréquentes : 30 à 75 % de la population alcoo-
sionnelles, sociales et familiales sont conser- lique sont concernés. Ces atteintes hépatiques
vées et les troubles du caractère sont ont de nombreuses conséquences physiologi-
généralement absents ; ques (ostéoporose, ostéomalacie, anomalies
b) une phase relativement brève où se déve- sanguines, porphyrie).
loppe la perte du contrôle de l'ingestion d'al- PANcRÉATITES CHRONIQUES. L'alcool est à l'ori-
cool. Le sujet abuse régulièrement de l'alcool gine de 85 % des pancréatites chroniques et
mais n'en est pas encore dépendant. de 50 % des formes aiguës. On ignore encore
c) la phase d'alcoolisme au sens strict, où ap- le mécanisme exact de la constitution des
paraissent les signes habituels de l'alcoolisa- pancréatites, mais elles surviennent au dé-
tion chronique (tremblement digito-lingual, cours d'une consommation d'alcool très pro-
crampes, pituite, anorexie*, etc.) ainsi que les
longée. Passé un certain stade, la maladie peut
troubles du comportement et du caractère néanmoins évoluer même si le sujet reste abs-
(agressivité, jalousie, troubles sexuels, etc.). tinent.
Les troubles intellectuels s'aggravent avec
pour conséquence une marginalisation pro- SYSTÈME CARDIOVASCULAIRE. Un usage chroni-
fessionnelle et affective. Les troubles psy- que d'alcool est responsable de myocardiopa-
chiques deviennent manifestes : anxiété thies, d'hypertension artérielle et de troubles
matinale, apaisée par la première ingestion du rythme cardiaque. L'action de l'alcool sur
d'alcool, pour réapparaître le soir, dépres- le cœur et les vaisseaux explique pour partie
sion*, troubles du caractère et du comporte- la surmortalité observée chez les hommes des
ment. (Jean-Louis Senon) pays occidentalisés ayant entre 40 et 60 ans.
TROUBLES NEUROLOGIQUES. L'alcool, en aigu
Complications de l'alcoolisme comme en chronique, a des effets nombreux
L'usage d'alcool peut induire des réactions ai- sur le système nerveux.
guës dont l'expression habituelle est l'ivresse. L'intoxication aiguë réalise le tableau d'une
On distingue l'ivresse ordinaire avec excita- ivresse (ordinaire, pathologique lorsqu'elle se
tion psychomotrice et ébriété, puis dépres- prolonge avec troubles de la mémoire) pou-
sion, l'ivresse pathologique, avec hallucina- vant aller jusqu'au coma éthylique.
tions, délire, convulsions, puis souvent coma L'intoxication chronique, d'une façon plus ou
(fréquemment suivi d'une amnésie) et, enfin, moins directe, se révèle très neurotoxique.
le coma éthylique avec hypotonie musculaire, - L'atteinte cérébrale est la lésion nerveuse la
dépression respiratoire, hypotension, hypo- plus courante chez l'alcoolique, quels que
thermie, polyurie, parfois suivi de compli- soient le type de boisson utilisé et le mode
d'alcoolisation. On l'observe cependant de fa- TRAUMATOLOGIE. L'alcool est une cause bien
çon physiologique lors du vieillissement ou connue de traumatismes, par accidents de la
lors d'une cirrhose, même d'origine non éthy- circulation, accidents du travail, rixes. Entre
lique. Elle s'accompagne d'une diminution du 25 et 35 % des personnes accueillies dans les
nombre et de la qualité des fibres nerveuses services d'urgences pour accidents sont des
du cortex et est souvent associée à d'autres consommateurs d'alcool à haut risque (plus
lésions (atrophie cérébelleuse, lésions du de 80 grammes par jour pour les hommes).
tronc cérébral caractérisant l'encéphalopa- TROUBLES MÉTABOLIQUES. Les modifications
thie* de Gayet-Wernicke ou le syndrome de
métaboliques décrites chez l'alcoolique impli-
Korsakoff et peut être liée à un déficit en vita-
mine Bl). L'atteinte cérébrale reste réversible quent tous les métabolismes. Elles peuvent
être directes (action de l'alcool sur le foie
en cas d'abstinence, sans pour autant régres-
ser totalement. - acidose lactique, hypoglycémie - ; les mus-
- Une carence en vitamine Bl et la toxicité cles ou les glandes endocrines) ou induites in-
directe de l'alcool sont à l'origine de neuro- directement par des maladies somatiques (hé-
pathies périphériques, qui concernent envi- patite, pancréatite, etc.).
ron 10 % des alcooliques, mais 80 % de TROUBLES PSYCHIQUES. Conduite alcoolique et
ceux souffrant d'une encéphalopathie (de troubles psychiatriques coexistent fréquem-
nombreux médicaments ainsi que diverses ment (anxiété, névrose, dépression). Dans la
maladies peuvent induire également des poly- majorité des cas, ces troubles résultent de la
névrites). La polynévrite reste souvent infra- dépendance à l'alcool ou sont directement in-
clinique. Dans le cas contraire, elle se traduit duits par l'abus d'alcool. Leur pronostic dé-
par des crampes, des sensations douloureu- pend de l'issue du traitement de la conduite
ses, une paralysie, une atrophie musculaire. alcoolique : celui-ci doit donc être entrepris
Des lésions du nerf optique ne sont pas ex- avant tout autre type de traitement.
ceptionnelles. Il est plus rare que des troubles psychiatriques
- La survenue d'encéphalopathies (pseudo- préexistants favorisent l'apparition de la
pellagreuses par carence en vitamine PP, hé- conduite alcoolique (c'est une alcoolodépen-
patiques, d'origine métabolique, de Gayet- dance dite alors « secondaire » dont le pronos-
Wernicke d'origine plurifactorielle) est fré- tic est bien plus sombre). Dans ce cas, l'alcoo-
quente. lisation évolue au rythme de la maladie
- Une corrélation a été établie depuis les an- psychiatrique primaire (dépression, psychose
nées 1980 entre une alcoolisation chronique maniaco-dépressive, névrose). Le traitement
et la survenue d'accidents vasculaires céré-
de la pathologie psychiatrique ne doit pas em-
braux, notamment d'hémorragies sous-arach- pêcher le traitement de la conduite alcooli-
noïdiennes, potentialisés par l'âge, un diabète, que : l'obtention d'une abstinence est en effet
le tabagisme et l'hypertension artérielle. Ces indispensable à la résolution totale ou même
accidents ont été aussi décrits au décours im-
partielle des troubles psychiatriques.
médiat d'une alcoolisation aiguë. Dans les deux cas de figure, les troubles psy-
- Des crises convulsives surviennent chez
chiques aggravent la conduite alcoolique en
des sujets connus comme épileptiques, mais précipitant la désocialisation, en augmentant
aussi lors d'un sevrage (20 à 40 % des convul- la consommation d'alcool, qui joue alors un
sions observées chez les alcooliques) ou lors rôle d'automédication, et en obérant l'effica-
d'une ivresse aiguë. L'existence de crises cité des démarches thérapeutiques. (Jean-Louis
convulsives répétées chez certains alcooliques Se/IOn)
fait porter le diagnostic de comitialité exo-
toxique.
Visages de l'alcoolisme
- Le vin, probablement par ses anthocyani-
nes (ses pigments colorés), peut être à l'ori- CHEZ LA FEMME. Les c o n d u i t e s a l c o o l i q u e s s o n t
gine de migraines. e n a u g m e n t a t i o n c h e z les f e m m e s , se s i t u a n t
- Il ne faut pas oublier non plus les patholo- n o t a m m e n t d a n s la t r a n c h e d ' â g e 2 0 - 3 5 a n s ,
gies délirantes à l'origine de troubles du carac- s o c i a l e m e n t désinsérées, au c h ô m a g e et sans
tère et du comportement rapportés aussi bien f a m i l l e . P l u s t a r d d a n s l ' e x i s t e n c e , les f e m m e s
lors d'une alcoolisation aiguë que lors d'une q u i s ' a l c o o l i s e n t le p l u s v i v e n t s e u l e s o u s o n t
alcoolisation chronique ou encore au moment divorcées et sans e n f a n t à élever. L'alcoolisa-
du sevrage. tion est f r é q u e m m e n t associée au s y n d r o m e
prémenstruel et a des conséquences somati- nutrition et désintérêt p o u r soi-même, syn-
ques plus sensibles que chez l'homme. L'asso- d r o m e s délirants, a n x i e u x ou dépressifs. Les
ciation à une dépression ou à des troubles des d é m e n c e s a l c o o l i q u e s c o n s t i t u e n t la t r o i s i è m e
conduites* alimentaires est également fré- c a u s e de d é m e n c e d u sujet âgé, derrière la
quente. La dépendance s'installe précoce- m a l a d i e d ' A l z h e i m e r e t les d é m e n c e s d ' o r i -
ment. La grossesse* constitue une étape privi- gine vasculaire. Les manifestations c o m p o r t e -
légiée pour repérer les femmes ayant un mentales, d'apparition précoce, permettent
problème lié à l'alcool. d ' o r i e n t e r le d i a g n o s t i c . E l l e s s o n t p o t e n t i a l i -
D'une façon générale, l'alcoolisation de la sées par l'usage concomitant de n o m b r e u x
femme est plus culpabilisée et donne donc médicaments.
lieu à un fréquent déni* (la relation des fem- L ' a l c o o l o d é p e n d a n c e d u troisième âge résulte
mes alcooliques avec le personnel soignant d e l ' a g g r a v a t i o n d ' u n c o m p o r t e m e n t alcooli-
est plus difficile que celle des hommes en rai- que antérieur, sous l'action de circonstances
son, précisément, de contre-attitudes négati- favorisantes : isolement, veuvage, maladies
ves qui pourraient expliquer une plus grande s o m a t i q u e s graves, invalidité, m a u v a i s e inté-
culpabilité). Elle est vécue de façon solitaire, g r a t i o n à la c o m m u n a u t é d a n s u n e m a i s o n d e
au domicile, dans une perspective anxiolyti- retraite.
que et aboutit souvent à l'ivresse, voire à une Les complications s o m a t i q u e s s o n t i m p o r -
perte de conscience. L'usage de médicaments t a n t e s . Elles a s s o c i e n t à u n e d é n u t r i t i o n d e s
tranquillisants est souvent associé. Ce troubles hépatiques et gastro-entérologiques
comportement est fortement stigmatisé au d ' é v o l u t i o n parfois r a p i d e ainsi que des trou-
plan social. bles cardio-vasculaires Les complications psy-
CHEZ L'ADOLESCENT*. L'alcoolisation a, chez chiatriques s o n t a v a n t t o u t des troubles d u
sommeil, de l'anxiété, u n s y n d r o m e dépressif
l'adolescent, des significations variables,
avec u n risque suicidaire important.
d'adaptation, d'automédication ou d'intégra-
tion bien souvent. Comme pour d'autres CHEZ LE POLYTOXICOMANE. L ' a l c o o l n e r e p r é -
conduites potentiellement addictives (usage sente plus a u j o u r d ' h u i u n p r o d u i t de substitu-
de cannabis, par exemple), il faut remarquer t i o n p o u r les t o x i c o m a n e s , m a i s le v i n f u t
son éventuelle fonction révélatrice de difficul- p r o p o s é c o m m e s u b s t i t u t d e la m o r p h i n e a u
tés psychologiques impliquant une prise en XIXe s i è c l e . P o u r a u t a n t , l ' a l c o o l ( v i n , b i è r e )
charge précoce sans pour autant signer une vient aujourd'hui souvent remplacer l'héroïne
véritable conduite toxicomaniaque. Cet usage c h e z u n t o x i c o m a n e s e v r é , c a r il c o n s t i t u e u n
de l'alcool rompt souvent radicalement avec s u b s t i t u t s o c i a l e m e n t a c c e p t é , légal, p e u o n é -
celui qu'en font les sujets plus âgés. Il s'inscrit r e u x , m ê m e s'il e s t aussi a d d i c t i f q u e les o p i a -
dans une conduite plus radicalement dé- cés. Il p e u t a u s s i s ' a d j o i n d r e à d ' a u t r e s d r o -
viante, fréquemment impulsive. g u e s d a n s u n c a d r e d e p o l y t o x i c o m a n i e (plus
Ce comportement augmente avec l'âge (4 % d e 30 % des h é r o ï n o m a n e s en c o n s o m m e n t
des garçons de 11 à 13 ans consomment de d e f a ç o n a b u s i v e , ce q u i a c c r o î t l a g r a v i t é d e s
l'alcool au moins deux fois par semaine, hépatites dans cette p o p u l a t i o n h a u t e m e n t
contre 22 % des garçons de 18 ans et plus) c o n t a m i n é e p a r des virus hépatotropes).
et concerne essentiellement les garçons. Il est [Jean-Louis Senon, Nicolas LafayJ
associé à des ivresses répétées et repose sur la
consommation de bière ou d'alcools distillés.
alcoolisme (classifications de I'). Les
Cet alcoolisme s'associe à la consommation
conduites alcooliques c o n s t i t u e n t u n vaste en-
d'autres psychotropes ainsi qu'à des troubles s e m b l e d o n t le s e u l d é t e r m i n a n t c o m m u n e s t
du comportement (violence, absentéisme sco- q u ' e l l e s se s o l d e n t p a r l ' i n g e s t i o n d e q u a n t i t é s
laire, fugues). d ' a l c o o l n o c i v e s p o u r la s a n t é p s y c h i q u e o u
CHEZ LE SUJET ÂGÉ. La prévalence de l'alcoo- p h y s i q u e de l'usager, o u susceptibles de per-
lisme est importante chez le sujet âgé et varie t u r b e r sa v i e sociale ; ces c o n d u i t e s s ' a s s o c i e n t
de 12 à 20 % chez les hommes, selon le type parfois à u n e d é p e n d a n c e psychologique et
de population étudiée. Un alcoolisme d'instal- physiologique. Les alcoologues o n t d o n c été
lation récente est retrouvé dans environ 30 % a m e n é s à p r o p o s e r d e s s c h é m a s d e classifica-
des cas chez les vieillards. Il est émaillé de tion, de typologie des conduites alcooliques,
complications psychiatriques rapides qui le d e s t i n é s à r e g r o u p e r les sujets a b u s a n t d e
font évoquer : troubles du comportement, dé- l ' a l c o o l o u d é p e n d a n t s d e ce d e r n i e r e n e n -
sembles aussi h o m o g è n e s que possible. Cette rémission totale, partielle, précoce ou pro-
a p p r o c h e p r é s e n t e des intérêts clinique (préci- longée).
sion d u diagnostic et efficacité des solutions Pour autant, cette classification dichotomique
thérapeutiques), scientifique, pédagogique et ne prend pas en compte les combinaisons en-
médico-administratif. tre abus et dépendance, ni les conduites inter-
J Le s y s t è m e d e c l a s s i f i c a t i o n a c t u e l r e p o s e médiaires correspondant aux stades infraclini-
s u r d e u x g r a n d s t y p e s d ' a p p r o c h e . La pre- ques de la dépendance.
m i è r e a p p r o c h e c o r r e s p o n d à u n m o d è l e bidi-
mensionnel qui distingue d e u x ensembles : Les approches typologiques
l'usage abusif d'alcool et l'usage toxicomania-
Ces approches sont fonction des éléments
q u e d'alcool. C e m o d è l e clinique et c o m p o r -
c h o i s i s p o u r la d i s t i n c t i o n d e s g r o u p e s , e t
t e m e n t a l s u s c i t é p a r les t r a v a u x d e G . E d -
p e u v e n t être divisées e n typologies p s y c h o -
w a r d s (1978) et de l'O.M.S., est a u j o u r d ' h u i
comportementales, en typologies multidi-
a d o p t é p a r les c l a s s i f i c a t i o n s i n t e r n a t i o n a l e s mensionnelles et en typologies épidémiolo-
d e s t r o u b l e s m e n t a u x ( D S M - I V , C I M - 1 0 ) . La
gico-cliniques.
s e c o n d e a p p r o c h e m e t en oeuvre de n o m -
TYPOLOGIES PSYCHOCOMPORTEMENTALES. Elles
breux modèles typologiques, élaborés en vue
d ' a f f i n e r a u m a x i m u m le r e g a r d c l i n i q u e , b i o - reposent sur des critères cliniques et de
logique, psychologique et c o m p o r t e m e n t a - comportement. Certaines distinctions main-
l i s t e j e t é s u r les c o n d u i t e s a l c o o l i q u e s . t e n a n t a n c i e n n e s , t e l l e s c e l l e s é t a b l i e s p a r R.P.
K n i g h t e n 1937 entre a l c o o l i s m e essentiel et
Le modèle bidimensionnel a l c o o l i s m e r é a c t i f , o u p a r D e s h a i e s e n t r e al-
coolisme primaire et alcoolisme secondaire,
La première dimension prise en compte est sans p o u v o i r être c o m p l è t e m e n t reprises,
celle de 1'« abus d'alcool » (DSM-IV) ou de c o n n a i s s e n t s o u s u n e f o r m e d i f f é r e n t e u n re-
l'« utilisation d'alcool nocive pour la santé » gain de faveur. D'autres méritent d'être
(CIM-10). Les critères de l'abus sont ceux, citées.
classiques, décrits pour tout abus de sub- C ' e s t le cas, t o u t d ' a b o r d , d e la c l a s s i f i c a t i o n
stance psychoactive. Le mode d'utilisation de E.M. Jellinek (1960). A u t e r m e d ' u n e é t u d e
inadéquat de la substance entraîne des signes conduite dans les a n n é e s 1950 sur plus de
fonctionnels physiques ou psychiques (dé- 2 000 alcooliques, celui-ci a identifié cinq
pression* secondaire), familiaux, sociaux, pro- types d e c o n d u i t e s a l c o o l i q u e s : a) l ' a l c o o l
fessionnels. Le sujet consomme de l'alcool en s o u l a g e u n m a l a i s e p h y s i q u e o u é m o t i f (dé-
dépit du risque encouru (lié à la conduite d'un p e n d a n c e p s y c h o l o g i q u e ) ; b) c o n d u i t e s al-
véhicule, au travail sur machine ou aux c o o l i q u e s a v e c s y m p t ô m e s s o m a t i q u e s (cirr-
commandes d'un engin) ou en dépit des pro- hose, gastrite) sans s y n d r o m e de d é p e n d a n c e
blèmes judiciaires induits par la consomma- ( r ô l e i m p o r t a n t d e s h a b i t u d e s s o c i a l e s ) ; c) la
tion de l'alcool. Pour autant, le sujet n'est pas c o n d u i t e a l c o o l i q u e i m p l i q u e la p e r t e d e
dépendant du produit. c o n t r ô l e d u sujet, a v e c craving e t d é p e n d a n c e
Les critères de dépendance sont également p h y s i q u e ; d) le s u j e t e s t d a n s l ' i m p o s s i b i l i t é
ceux décrits pour toute substance psycho- de s ' a b s t e n i r de boire, sans p o u r a u t a n t perdre
active - d'autant plus que c'est précisément le le c o n t r ô l e d e s e s c o n d u i t e s ; e) a l c o o l i s m e p é -
syndrome d'alcoolo-dépendance qui consti- riodique (dipsomanie*).
tue le modèle clinique de l'addiction. Le Les f o r m e s o., (3 e t e e n g l o b e n t les c o n d u i t e s
DSM-IV et la CIM-10 ont chacun des critères d ' a b u s d ' a l c o o l , e t les f o r m e s y e t 8, c e l l e s d e
propres mais proches, par exemple : besoin dépendance.
compulsif de boire (craving), altération de la L a c l a s s i f i c a t i o n d e P. F o u q u e t ( 1 9 5 1 ) d i s t i n -
capacité de contrôler la consommation, syn- g u e les a l c o o l i t e s * ( q u i , p a r a n a l o g i e , r é p o n -
drome physiologique de sevrage et usage du d e n t a u x f o r m e s a , � e t 8 d e la c l a s s i f i c a t i o n
produit pour les supprimer, tolérance au pro- p r é c é d e n t e ) , les a l c o o l o s e s * ( q u i r é p o n d e n t à
duit, désinvestissement des champs d'intérêt la f o r m e y) e t les s o m a l c o o l o s e s * ( q u i r é p o n -
autres que la boisson, etc. Le DSM-IV permet d e n t à la f o r m e e).
d'affiner le regard porté sur la dépendance : La c l a s s i f i c a t i o n d e R.E. T a r t e r ( 1 9 7 7 ) , q u i dif-
existence d'une dépendance physiologique. f é r e n c i e a l c o o l i s m e p r i m a i r e e t a l c o o l i s m e se-
appréciation de son évolutivite (notion de condaire, rappelle la classification de R.P.
En pratique...

La liste des adresses utiles présentée ci-dessous est évidemment non limitative ;
pour des raisons de place, les auteurs du présent dictionnaire n'ont pu citer l'ensem-
ble des institutions intervenant dans les domaines concernés. On voudra bien ne
pas leur en tenir rigueur.

C o m i t é français d ' é d u c a t i o n p o u r la s a n t é F o r m a t i o n i n t e r v e n t i o n r e c h e r c h e sida


(CFES), 2, rue Auguste-Comte, 92170 Vanves. t o x i c o m a n i e (FIRST), 26 av. Saint-Mandé,
Tél. 01 41 33 33 33 — Fax 01 41 33 33 90. Mini- 75012 Paris. Tél. 1 40 04 94 46 — Fax 01 44 75
tel : 3615 CFES 06 90.
3 6 1 7 BDSP (Base de données Santé Publique) F r a n c e f o r m a t i o n t o x i c o m a n i e s , 30 bd de
Strasbourg, 21000 Dijon. Tél. 04 80 68 27 28 —
Fax 04 80 68 27 29.
Toxicomanies aux drogues illi- G & T (Généralistes et toxicomanies), BP 9
cites 17430, Lussant. Tél. 05 46 84 47 78.
I n s t i t u t de r e c h e r c h e e n é p i d é m i o l o g i e des
A s s o c i a t i o n G r a n d e Écoute, 17, allée Louise- p h a r m a c o d é p e n d a n c e s (IREP), 32-36 rue Jean-
Labé, 75019 Paris. Tél. 01 42 06 46 47 — fax Cottin, 75018 Paris. Tél 0146 07 10 20 — Fax
0142 01 14 18. 0146 07 11 29.
Association nationale des intervenants en M é d e c i n s d u m o n d e , 62 bis, av. Parmentier,
t o x i c o m a n i e s , 8 rue de l'Haye 69230 Saint-Ge- 75011 Paris. Tél. 01 43 14 81 50.
nis-Laval. Tél. 04 78 5646 00 — Fax 04 72 39 97 M i s s i o n i n t e r m i n i s t é r i e l l e de lutte c o n t r e la
58.
d r o g u e e t la toxicomanie, 8 avenue de Ségur,
A u t o - s u p p o r t des u s a g e r s de d r o g u e s 75007 Paris.
(ASUD), 23 rue Château-Landon, 75010 Paris.
O b s e r v a t o i r e français d e s d r o g u e s et des
Tél. 01 53 2626 53 — Fax 0153 26 26 56.
t o x i c o m a n i e s (O.F.D.T.), 105, rue Lafayette,
C e n t r e D i d r o , 149, rue Raymond-Losserand, 75009 Paris. Tél. 0153 20 16 16. Site intemet :
75014 Paris. Tél. 01 45 42 75 00 — Fax 01 45 43
73 91. http ://www.ofdt.fr.
Observatoire géopolitique des drogues
C e n t r e m é d i c a l M a r m o t t a n , 19 rue d'Armaillé,
75017 Paris. Tél. 1 45 74 00 04 — Fax 01 45 74 (O.G.D.), 14 Passage Dubail, 75010 Paris. Tél.
01 40 36 63 81 — Fax 01 40 36 46 61. Site inter-
40 56.
net : http ://www.ogd.org.
C e n t r e s R é g i o n a u x d ' i n f o r m a t i o n e t de
T o x i b a s e , Réseau national de documentation
prévention du SIDA. Site intemet
http ://www/crips. asso. fr. 80 sur les pharmacodépendances, 14 avenue Berthe-
C r o i x - V e r t e e t R u b a n - R o u g e , Association des lot, 69007 Lyon. Tél. 04 78 72 47 45 — Fax 04 72
72 93 44. Minitel : 3617 TOXIBASE. Site intemet
Pharmaciens pour la Prévention des toxicoma-
nies et du sida, BP 3, 60570 Andeville. Tél. 03 44 gratuit mais nécessitant la signature d'un contrat
22 59 02. préalable.
D r o g u e Info Service 0 800 23 13 13 (écoute Autres bases de données sur les pharmacodépen-
anonyme et gratuite 24 h/24). dances :
Site internet http://www.fwidal. jussieu.fr/- Société française d'alcoologie, 101, avenue
toxico/. Henri-Barbusse, 92141 Clamart cedex. Tél. 01 41
Site internet : http://www.arf.org/ 46 69 51.
M o u v e m e n t vie libre, 8, impasse Dumur,
92110 Clichy. Tél. 01 47 39 4080 — Fax 0147
Alcoolisme 30 45 37.
3615 A L C O et site internet : http ://www.alco-
Alcooliques a n o n y m e s , 21 rue Trousseau, web.com
75009 Pans. Tél. 01 48 06 43 68 — Fax 01 40 21 3 6 1 5 SOIF DE VIVRE
05 35. Des contacts départementaux peuvent être obte-
Association d ' i n t e r v e n a n t s en alcoologie nus auprès des DDASS ou des préfectures.
(ADRIA). 58 rue Arnozan. 33600 Pessac.
Association n a t i o n a l e de p r é v e n t i o n de
l'lcoolisme (ANPA). 20 rue Saint-Fiacre, 75002 Tabagisme
Paris. Tél. 01 42 33 51 04 — Fax 01 45 08 17 02.
La Croix-Bleue, 47 rue de Clichy, 75009 Paris. Comité national contre le tabagisme
Tél. 01 42 85 30 74 — Fax 01 45 26 11 13. (C.N.C.T.), 31, av. du général Michel-Bizot,
La Croix d'Or. 10 rue des Messageries, 75010 75012 Pans. Tél. 01 55 78 85 10 — Fax
Pans. 01 55 78 85 Il — Minitel : 3615 TABATEL

Achevé d'imprimer par MAME Imprimeurs à Tours


en février 1999. flashage numérique CTP. n°98122222.
Dépôt légal 100 720 324 01 - Février 1999.