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Table of Contents

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14.
Epilogue
 
 
 
Faire l’amour avec vous est quasiment irrésistible parce que j’aime la façon dont vous réagissez.
Vous m’emmenez toujours plus loin que là où j’avais prévu d’aller. Et vous êtes toujours
partante pour de nouvelles expériences…
Lorsque Quinn Scott, metteur en scène et producteur de renom, fait cet aveu à celle qu’il croit
être une actrice française qu’il aimerait engager pour un film, Maggie Miller sait qu’elle a gagné
son pari : mettre dans son lit son séduisant, mais jusqu’à présent inaccessible, patron. Pour cela,
il ne lui a fallu qu’une robe en soie bleue, un masque à plumes, une parure en diamants, un
accent français et une bonne dose de culot !
Son entreprise de séduction réussie, Maggie ne pense qu’à redevenir l’assistante modèle qui
gère l’emploi du temps de Quinn. Mais celui-ci n’est pas d’accord pour laisser partir la femme
qui enchante ses nuits sans rien lui demander en retour. Maggie sera-t-elle assez effrontée pour
mettre bas les masques ?
 
SUSAN KEARNEY
 
 
 
 
Désir masqué
 
 
 
 
 
 
 
 
 
COLLECTION Audace
 
éditions Harlequin
Si vous achetez ce livre privé de tout ou partie de sa couverture, nous vous signalons qu’il est en vente irrégulière. Il
est considéré comme « invendu » et l’éditeur comme l’auteur n’ont reçu aucun paiement pour ce livre « détérioré ».
 
 
 
 
Cet ouvrage a été publié en langue anglaise
sous le titre :
BORDERING ON OBSESSION
 
Traduction française de
CLAIRE NEYMON
 
 
 
 
HARLEQUIN®
est une marque déposée du Groupe Harlequin
et Audace® est une marque déposée d’Harlequin S. A.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par les
articles 425 et suivants du Code pénal.
© 2003, Susan Hope Kearney. © 2004, Traduction française : Harlequin S. A.
83-85. boulevard Vincent-Auriol, 75013 PARIS – Tél. : 01 42 16 63 63
Service Lectrices – Tél. : 01 45 82 47 47
http://www.harlequin.fr/
ISBN 2-280-17438-3 – ISSN 1639-294
1.
 
 
 
 
 
 
— « Je vous obsède. Vous ne pensez qu’à moi jour et nuit », déclama Quinn, levant les yeux
du script qu’il tenait à la main.
Ah ça, il ne croyait pas si bien dire ! Maggie chassa aussitôt cette pensée de son esprit et
donna avec application la réplique à son employeur.
— « Liriez-vous dans mes pensées, par hasard ? »
Elle garda les yeux baissés sur le texte posé sur son bureau afin que Quinn Scott, le célèbre
et très talentueux scénariste-metteur en scène-producteur, ne puisse justement pas lire sur son
visage plus qu’elle ne voulait montrer.
Par exemple qu’elle trouvait sa bouche infiniment sensuelle et attirante et que son cœur
battait à tout rompre en la regardant. Ou encore que, si elle n’avait pas été assise à son bureau,
ses jambes n’auraient pas eu la force de la porter.
Tout à l’enthousiasme de lui lire son dernier scénario, sans doute Quinn avait-il oublié qu’il
revenait de sa séance de gym quotidienne et s’apprêtait à prendre sa douche.
Pas elle.
Torse nu, une serviette blanche glissée autour du cou, il était entré dans son bureau, le script
à la main. Viril, musclé, bronzé, la peau encore moite de l’effort accompli, il était beau comme
un dieu.
Pire : superbe !
Voilà quatre ans qu’elle fantasmait sur son patron. Mais en assistante responsable, elle avait
toujours gardé le contrôle d’elle-même. D’autant que Quinn n’avait pas la moindre idée des
sentiments qu’elle lui portait. Il sortait avec les femmes les plus belles de Hollywood : des
blondes voluptueuses, des reines de beauté, des actrices en vue… Lauréat de cinq oscars et
notamment de celui du meilleur film, Quinn pouvait avoir toutes les femmes qu’il voulait. Elles
se battaient d’ailleurs pour attirer son attention. Régulièrement, sur les courts de tennis ou dans
les repas professionnels, il était accosté par une pléiade de jeunes femmes. La semaine
précédente, Maggie s’était vue contrainte d’expulser manu militari du bureau de Quinn une
beauté, style playmate du mois, vêtue d’un Bikini plus que rikiki.
Mais Maggie savait qu’elle restait transparente aux yeux de Quinn. Il est vrai qu’elle ne
faisait rien pour attirer son regard. Elle n’était pas le genre de femme à débarquer au bureau
cheveux au vent, les seins débordants d’un haut trop petit, moulée dans une jupe sexy et arborant
des chaussures à talons vertigineux. Elle se rendait compte aussi que sa façon de tout prendre en
charge effrayait la plupart des hommes, même si Quinn ne se plaignait pas, bien au contraire, de
son efficacité pendant les heures de bureau.
De toute façon, Maggie ne pouvait pas se permettre de lui faire la moindre avance
susceptible de mettre à mal leurs relations de travail. Car elle avait de l’ambition et elle savait
que son objectif de devenir directrice de casting dépendait en grande partie du bon vouloir de son
sexy patron. Il n’était donc pas question qu’elle compromette son avenir.
Elle poussa un long soupir et pianota du bout des doigts sur son bureau, énervée de son
propre comportement. A son âge, elle se disait qu’elle aurait dû être capable de se contrôler
davantage. Elle avait depuis longtemps passé l’âge de s’amouracher comme une adolescente !
Mais Quinn l’obsédait, il n’y avait pas d’autre terme. Aucun homme ne la fascinait comme lui.
Comme s’il ne suffisait pas qu’elle rêve de lui toutes les nuits et se réveille
systématiquement en pensant à ce qu’elle aimerait faire de son corps, il fallait maintenant qu’elle
lui donne la réplique – dans une scène d’amour en plus ! – et qu’elle lui susurre des mots
tendres… De quoi devenir folle !
Elle se dit alors que le plan qu’elle s’apprêtait à suivre pour séduire Quinn le soir même – un
scénario plus audacieux que ceux de son patron – était tout à fait justifié, malgré la part de risque
qu’il comportait. A trente-deux ans, elle avait envie de laisser de côté sa vie sage et bien réglée.
Assez de partager son lit avec ses chats. Assez de mettre sa vie privée de côté au profit de sa
carrière.
 
 
Le portable de Quinn sonna au moment où il s’apprêtait à lire la réplique suivante. Il vérifia
l’identité de son correspondant et jeta son script sur le bureau de Maggie.
— Nous terminerons la lecture de cette scène plus tard. Je dois prendre un appel.
Il disparut dans son bureau.
Maggie regarda la liste des messages téléphoniques qu’elle avait reçus ce matin. En haut de
la pile, elle relut celui qui allait transformer sa soirée… et, elle l’espérait, celle de Quinn.
L’agent de Laine Lamonde l’avait appelée à la première heure, affolé. Le jet privé de la
comédienne avait eu un problème mécanique. Laine ne pourrait traverser l’Atlantique à temps
pour honorer son rendez-vous avec M. Scott. Et comme l’actrice française n’envisageait pas une
seconde de voyager sur un avion de ligne, le rendez-vous devait être remis. Maggie pouvait-elle
s’occuper d’expliquer la Situation à Quinn ?
Toujours efficace dans son rôle d’assistante compétente, Maggie avait rassuré l’agent de sa
voix la plus lénifiante, lui disant qu’elle s’occupait de tout…
Elle allait faire bien mieux que cela !
Prise d’inspiration, elle avait décidé de ne rien dire à Quinn des problèmes aériens de
Mlle Laine Lamonde. Cette fois-ci, ce ne serait pas une starlette évaporée qu’il escorterait au bal
masqué donné à l’hôtel Vendaz, mais elle-même, déguisée en actrice française. Si son plan
fonctionnait, et elle ferait tout pour que ce soit le cas, Quinn ne saurait jamais que sa secrétaire
avait pris la place de Laine pour cette soirée. Et pour une fois elle ne se contenterait pas
d’organiser la journée de son employeur, elle allait s’occuper également de ses nuits. Enfin, au
moins d’une !
Elle voyait dans cet appel téléphonique un signe du destin. L’occasion de réaliser enfin son
rêve : se retrouver dans le lit de Quinn, découvrir enfin quel goût avaient ses baisers et quels
vertiges lui réservaient ses étreintes.
 
 
— Toc, toc !
Maggie leva la tête et aperçut Kimberly Hayward, son amie et l’assistante de production
préférée de Quinn, qui pointait le nez dans son bureau, une pile de bobines de film sous un bras
et, sur l’autre, la robe qu’elle était allée chercher dans la chambre de Laine. Telle une voleuse,
elle jeta un coup d’œil à droite, à gauche, par-dessus son épaule, s’assurant que la porte de Quinn
était bien fermée avait de brandir la robe devant elle.
— Alors, qu’en penses-tu ? murmura-t-elle.
Maggie n’eut aucune peine à s’imaginer vêtue du somptueux fourreau de soie bleu pâle au
bustier entièrement brodé de perles.
— Elle est parfaite !
La perspective de porter cette robe pour Quinn l’excitait presque autant que celle de l’ôter
pour lui. Le désir qu’elle éprouva était si fort qu’elle sentit la pointe de ses seins durcir et se
dresser au point qu’elle attrapa très vite son pull et le glissa autour de ses épaules, laissant les
manches pendre sur le devant afin de dissimuler à Kimberley le trouble qui l’assaillait.
Kimberly fouilla dans son sac et en sortit un écrin avec un reçu épingle dessus.
— C’est le réceptionniste de l’hôtel qui a signé et les a fait porter dans la chambre de Laine.
Les doigts tremblants, Maggie ouvrit la boîte. Un collier de diamants et de saphirs et de
longues boucles d’oreilles assorties glissèrent dans sa main.
— Ils sont magnifiques !
— Et pour finir, afin de jouer ton rôle à la perfection, voici l’accessoire indispensable.
Du sac en cuir qu’elle portait en bandoulière, son amie sortit un masque assorti à la robe,
prévu pour couvrir le visage du haut du front à la bouche.
Un frisson d’excitation parcourut Maggie. Le masque dissimulant son identité, elle allait
pouvoir révéler sa véritable personnalité. Elle caressa du bout des doigts les plumes bleues qui
bordaient le masque.
— Merci. Sans toi, mon scénario n’aurait pas été possible.
Kimberly avait même apporté la robe chez la couturière afin d’y faire effectuer quelques
retouches. Elle avait réservé une des limousines du studio pour conduire Maggie chez un ami,
expert coiffeur et maquilleur, et la déposer ensuite à l’hôtel où, censée être Laine Lamonde, elle
devait retrouver Quinn.
Kimberly dissimula soigneusement la robe dans une housse qu’elle accrocha au
portemanteau derrière la porte, puis elle se percha sur le coin du bureau de Maggie qui se
mordillait la lèvre inférieure, l’air soucieux.
— Tu n’as pas changé d’avis, au moins ?
— Euh non, mais imagine que Quinn découvre qui je suis… Je pourrais perdre mon poste.
Kimberly sourit.
— Il ne le découvrira pas, ne t’inquiète pas. Tu vas t’amuser comme une folle. Crois-moi, il
ne soupçonnera jamais sa très sérieuse et très compétente secrétaire d’être en train de lui faire
vivre des moments inoubliables…
Maggie sentit soudain le doute l’envahir. Si Quinn la démasquait, il risquait non seulement
de la renvoyer, mais également d’user de son influence pour qu’elle ne puisse jamais ouvrir
l’agence de ses rêves. En un mot, elle pouvait non seulement perdre un salaire substantiel, mais
aussi voir s’envoler ses projets d’avenir.
Comment pouvait-elle songer à se lancer dans une aventure pareille ?
— Quinn n’est pas stupide. Il ne choisit pas au hasard les femmes avec lesquelles il sort !
— Tu ne vas pas faire des complexes et te comparer à toutes ces starlettes, si ? Tu sais bien
que tu peux être aussi glamour qu’elles.
— Peut-être, mais je n’ai pas décidé de me transformer en n’importe quelle pin-up. Il a fallu
que je choisisse Laine Lamonde !
— Tu étudié le français pendant six ans et tu sais très bien prendre l’accent. Quant au
physique, il y a pas mal de points communs entre vous.
— Peut-être. Mais mes cheveux risquent de me trahir. Les siens sont d’un blond plus clair et
surtout plus longs.
— Tu peux te faire poser des extensions et en profiter pour demander au coiffeur de les
éclaircir un peu, cet après-midi.
Kimberly semblait tellement convaincue que Maggie eut soudain follement envie de la
croire.
— Je vais être très différente avec les cheveux longs et cette robe, admit-elle. Mais si
quelqu’un est capable de découvrir une supercherie de ce type, c’est bien Quinn. Il s’y connaît en
matière de jeu de scène !
— Il ne sera plus tellement en mesure de penser lorsque tu auras excité ses hormones,
rétorqua Kimberly.
— Tu en es sûre ?
— Evidemment. C’est lui qui va permettre à toute la passion, la folie qui est en toi de
s’exprimer. Tu as peut-être trouvé l’homme de ta vie !
Maggie regarda son amie en secouant la tête.
— Kimberly, Quinn n’est pas l’homme de ma vie. Il est l’homme qu’il me faut maintenant.
— Comment peux-tu être aussi sûre qu’il ne deviendra pas l’homme de ta vie ? demanda
Kimberly.
— Je veux lui faire l’amour, voilà tout. Il est hors de question que j’implique mon cœur dans
l’histoire.
— Ah bon ?
— Oui, et de toute façon, Quinn n’est pas le genre d’homme à s’engager.
— C’est peut-être là que tu interviens, non ?
— Allons, ne sois pas stupide ! Tu travailles avec lui, tu sais pertinemment qu’il change de
femme comme de chemise. Une pour chaque jour de la semaine. De plus, voilà quatre ans que je
suis sous son nez et il ne m’a jamais prêté spécialement attention. S’il faut, que je me mette nue
pour qu’il le fasse, alors c’est qu’il ne s’agit que de sexe, rien de plus. Ce qui d’ailleurs me suffit
amplement pour une nuit.
— Puisque tu le dis…
Maggie sourit, s’imaginant en train d’exciter Quinn, de le séduire. Alors qu’en temps
normal, elle n’aurait même pas obtenu un regard de son inaccessible patron, elle allait se montrer
quasiment irrésistible dans cette robe haute couture. Car Maggie, outre son intelligence,
possédait un second atout : son corps qu’elle entretenait avec soin, pratiquant assidûment le kick-
boxing et le yoga.
Bref, avec la robe, la limousine et les bijoux, c’était bien le diable s’il ne la prenait pas pour
une star !
Elle en avait assez de nier l’attirance qu’elle éprouvait pour son patron. La semaine
précédente, elle avait fêté ses trente-deux ans, et toutes ces bougies qu’elle avait soufflées
semblaient lui dire que si elle ne procédait pas à un changement majeur dans sa vie, l’année
prochaine elle en fêterait trente-trois, encore avec ses copines, pour se retrouver, une fois la fête
finie, toujours dans un lit vide.
Et comme s’il lui fallait encore un élément supplémentaire pour se décider, elle se remémora
le lendemain de son anniversaire, lorsqu’elle avait fait du rangement dans son armoire à
pharmacie et qu’elle avait trouvé une boite de préservatifs périmés depuis plus d’un an. Il lui
fallait remettre en route sa vie amoureuse avant qu’elle aussi ne se périme ! Et bien qu’elle ait
déjà vécu deux relations assez longues, rien d’intéressant ne s’était produit sur le plan sexuel au
cours des deux années qui venaient de s’écouler.
C’était décidé, elle allait saisir sa chance ! Sinon, elle risquait bien de se reprocher toute sa
vie son manque d’audace.
Rien que d’y penser, elle fut parcourue de frissons de la tête aux pieds…
Elle regarda Kimberly.
— Si Quinn ne s’oppose pas à ce que je porte mon masque au lit, tout ira bien.
— Pourquoi s’y opposerait-il ? demanda Kimberly.
Oui, au fait, pourquoi ? Allait-elle enfin cesser de se trouver des raisons de faire machine
arrière ? Elle avait envie de goûter à ses lèvres, envie de sentir ses bras l’envelopper, ses mains
sur ses seins. C’en était assez des fantasmes ! Il lui fallait passer à l’acte.
Maggie rangea avec précaution la parure dans son écrin avant de répondre à Kimberly :
— Tu as raison, mais mon scénario est quand même dément, non ?
— Ce qui est dément, c’est de continuer à te mettre dans l’état où tu es. Tu veux cet
homme ? Fais ce qu’il faut pour l’avoir. Plusieurs orgasmes à te faire perdre la tête, voilà ce qu’il
te faut pour chasser définitivement Quinn de ton imagination.
Maggie poussa un soupir et Kimberly leva les yeux au ciel.
— Cela dit, je me demande pourquoi tu es à ce point persuadée qu’il n’est pas l’homme qu’il
te faut.
Maggie se leva et se mit à arpenter la pièce.
— C’est un imaginatif, moi je suis pragmatique. C’est un génie, je ne suis que son assistante.
Il passe ses nuits avec des stars de cinéma plus fabuleuses les unes que les autres, moi je pratique
l’abstinence…
— Cela va changer à partir de ce soir !
— C’est un séducteur.
— Tu n’as jamais entendu dire que les contraires s’attiraient ?
— Il a vingt-huit ans, moi trente-deux.
— Tu n’as pas encore l’âge de la maison de retraite, si ? Maggie se mordit la lèvre.
— Je me suis dit au moins cent fois que nous n’étions absolument pas faits l’un pour l’autre.
En vain. Rien n’y fait.
— Tu vois bien ! Le seul moyen d’en finir, c’est de l’avoir nu dans ton lit pendant toute une
nuit.
Kimberly avait probablement raison. Coucher avec Quinn agirait comme une sorte de rite de
passage, lui permettant ensuite d’aller vers la relation mature et stable dont elle avait envie.
C’était d’une logique imparable et totalement irrésistible… Tout comme Quinn.
Maggie s’immobilisa devant la porte du bureau et se tourna vers Kimberly.
— Imagine qu’il ne veuille pas coucher avec moi.
— Quel homme pourrait résister à Laine Lamonde ? De plus, il a tout intérêt à accéder à ses
désirs s’il veut qu’elle signe pour son prochain film. Mais je doute qu’il ait à se forcer.
— Je dis simplement que je prends un risque énorme.
— Laine n’est jamais venue aux Etats-Unis. Les gens ne la connaissent pas ici.
Maggie saisit le masque et le plaça devant son visage. Aussitôt, elle se sentit plus téméraire.
Effrontée, même. Kimberly avait raison. Il y avait suffisamment longtemps qu’elle avait envie de
mettre Quinn dans son lit.
Le moment était venu de passer à l’acte.
2.
 
 
 
 
 
 
L’hôtel Vendaz, perché au sommet d’une falaise, offrait une vue imprenable sur le
Pacifique, et ses jardins luxuriants, le cadre rêvé pour un bal masqué. Le personnel, en nombre
impressionnant, accueillait chaque invité par son nom et les serveurs connaissaient les mets
préférés de chacun des convives, personnalités célèbres et fortunées. Le barman était, bien
entendu, le plus discret de tout Los Angeles.
Le bar, de bois sombre ciré, où les habitués venaient prendre un verre en dégustant les hors
d’œuvre mis à leur disposition, connaissait une animation identique à ce qu’elle était une
vingtaine d’années plus tôt. La première fois que Quinn y était venu avec son père, le célèbre
Jason Scott, sa tête n’atteignait pas le sommet des tabourets de bar. Pourtant, le barman lui avait
souri gentiment et tendu un verre de soda décoré de trois cerises. Et il avait aussitôt trouvé
l’endroit merveilleux, sirotant son verre de limonade, déjà conscient de l’importance des gens
qui l’entouraient et des affaires qu’ils traitaient.
Acteur en vue à Hollywood, son père pouvait se permettre d’exiger des cachets de vingt
millions de dollars par film. Toute cette gloire avait marqué son fils. Depuis son plus jeune âge,
Quinn aimait s’enivrer des parfums luxueux des femmes, regarder les hommes couper avec
distinction l’extrémité de leurs cigares et surprendre les petites histoires de la profession avant
qu’elles ne fassent les délices des journaux du lendemain.
Dès l’âge de dix ans, Quinn avait décidé de marcher sur les traces de Steven Spielberg. Il
voulait tout faire : écrire, mettre en scène et produire des films afin de contrôler les projets de
bout en bout. En écoutant les conversations des associés de son père, le métier était entré en lui,
devenant une seconde nature.
Jason Scott avait depuis longtemps initié son fils au jeu du pouvoir et de l’argent, mais
c’était sa mère, metteur en scène célèbre, qui lui avait tout appris en matière d’angles de vue et
d’objectifs, avant même qu’il ne soit inscrit à la prestigieuse école de cinéma de l’université de
Californie. Toutefois, elle aussi était bien obligée de reconnaître que les affaires se traitaient sur
les terrains de golf, les nappes immaculées des restaurants chic et au bar de l’hôtel Vendaz.
— Tu bois tout seul ?
De sa place préférée, à l’extrémité du bar, Quinn baissa le regard vers Dan O’Donnel, le
sourcil froncé.
Du haut de son mètre cinquante-cinq, ce dernier dut tendre le cou pour croiser son regard. Il
portait un chapeau de cow-boy, un jean, des bottes et une chemise de flanelle à carreaux, son
déguisement pour la soirée.
Quinn le salua d’un petit signe de tête par-dessus son verre de bourbon.
— J’attends quelqu’un.
— N’est-ce pas notre cas à tous ?
Dan se glissa sur le tabouret voisin du sien, les pieds pendant dans le vide. Il accepta la bière
que lui tendait le barman et leva son verre.
Petit de stature mais dur à cuire, il était passé par toutes les étapes : l’écriture, la mise en
scène et maintenant la production, ce que Quinn aurait sincèrement admiré si Dan ne s’était pas
trouvé son principal rival dans la course aux crédits pour financer ses films. Et même s’ils se
fréquentaient, on ne pouvait pas parler d’amitié.
A l’heure actuelle, les deux hommes, employés par les Studios Simitar, se disputaient les
faveurs de Derek Parker, le P.-D.G. Mais Quinn sentait qu’il avait l’avantage. Derek Parker avait
un faible pour Laine Lamonde. S’il parvenait à la faire signer, Quinn était pratiquement assuré
d’obtenir les fonds pour financer son film. Toutefois, il ne fallait pas sous-estimer un rival
comme Dan et mieux valait demeurer sur ses gardes. Le petit homme avait la réputation de ne
pas lâcher prise et de marcher, si besoin était, sur les pieds des autres.
Ceci dit, amis ou pas, ils exerçaient la même profession et étaient, de ce fait, confrontés à
des problèmes similaires.
Et justement, en parlant de problème… Lynn Parker piquait en droite ligne vers le bar.
Actrice de troisième zone, épouse de Derek Parker, elle s’était mis en tête d’obtenir un premier
rôle dans un film, quel qu’en soit le metteur en scène. Plutôt jolie, elle ne possédait cependant
aucun talent face à la caméra. La situation n’était donc pas simple. Un seul faux pas et Quinn
pouvait se voir refuser le financement de tout projet. Car s’il avait réussi, marchant dignement
sur les traces de Spielberg, il lui restait néanmoins à fonder son propre studio. Pas question, dans
ces conditions, d’offenser Lynn.
Elle posa un baiser sur la joue de Quinn.
— Alors, c’est fait ? Vous m’avez trouvé un grand rôle ?
— Non. Aucun susceptible de mettre en lumière tous vos talents.
Dan écarquilla de grands yeux dans le dos de Lynn. Lorsqu’elle se tourna vers lui, il avait
repris un air impassible. Elle se baissa pour l’embrasser à son tour.
— Et vous ? J’ai entendu dire que le rôle de Lady Luck pourrait me convenir.
— Désolé. Vous êtes beaucoup trop jeune.
Lynn avala le mensonge, se rengorgea, et s’éloigna, ravie du compliment.
Acteurs et actrices, débutants ou confirmés, accostaient régulièrement les producteurs pour
obtenir du travail. Il en allait de même des scénaristes, des metteurs en scène et mêmes des
publicitaires. Il était rare que Quinn rencontre quelqu’un qui ne cherchât pas sa compagnie en
vue d’obtenir ses faveurs. Et il avait beau aimer son métier, le prestige et le pouvoir qu’il lui
conférait dans le monde du cinéma, il rêvait parfois de rencontrer une femme qui s’intéresserait à
lui et non à ce qu’il pourrait faire pour sa carrière.
— Je ne sais pas quelle excuse je vais pouvoir trouver la prochaine fois, marmonna Dan
dans sa bière.
— Peut-être n’en auras-tu pas besoin. Il semblerait qu’elle ait jeté son dévolu sur le jeune
type qui s’occupe du billard.
— Quand Derek s’en apercevra, ça ne va pas lui plaire.
Derek Parker se servait de sa jeune et jolie épouse comme couverture. En effet, il entretenait
depuis plusieurs années une relation avec un homme, un secret bien gardé. Les acteurs pouvaient
s’adonner à toutes les fantaisies sexuelles, mais le monde de la finance était nettement plus
conservateur. Il était admis d’avoir une maîtresse du même âge que sa fille, mais une relation
suivie avec un partenaire du même sexe attirait encore la réprobation. Et dans la mesure où il ne
tenait qu’à Derek de donner ou non son feu vert pour un film, ni Quinn ni Dan ne se hasardèrent
à commenter la dernière rumeur selon laquelle son amant et lui étaient en froid. Se risquer à
aborder le sujet dans un bar bondé, où leur conversation aurait pu être entendue, eût été
suicidaire.
Quoi qu’il en soit, les pensées de Quinn ne s’attardèrent ni sur Derek ni sur Dan, mais
vagabondèrent de nouveau vers la séduisante Laine Lamonde. Avec un peu de chance, elle
donnerait, ce soir, son accord pour jouer dans son prochain film et son problème de financement
serait résolu. Il espérait qu’elle parlait suffisamment bien l’anglais pour soutenir une
conversation.
A l’image du rendez-vous de ce soir, la plupart des soirées que Quinn passait avec des
actrices étaient planifiées à des fins publicitaires ou pour conclure une transaction. Contrairement
à ce que l’on pensait dans son entourage, et que Quinn ne prenait pas la peine de démentir, ses
rendez-vous se terminaient habituellement à l’issue de la discussion d’affaires par quelques
photos pour les magazines, de quoi alimenter copieusement le service publicité du studio. Puis
son interlocutrice et lui repartaient chacun de leur côté.
Quinn attendait de cette soirée qu’elle se déroule selon le même schéma.
Dan jeta un coup d’œil à Quinn par-dessus le bord de son verre.
— Où est ton costume ?
Quinn désigna le masque noir dans sa poche, la cape nouée autour de ses épaules et son
épée, posée contre le bar.
— Tu ne reconnais pas Zorro quand tu l’as en face ?
— Je ne reconnais personne avec ces fichus déguisements. Ça va rendre la soirée… difficile.
— Alors, je te suggère de prendre du bon temps, c’est tout. Pour ma part, c’est ce que j’ai
l’intention de faire.
Dan eut un petit sourire ironique.
— J’ai entendu dire que tu avais un rendez-vous galant avec Laine Lamonde. Si tu as
l’intention de lui donner le premier rôle dans ton prochain film, tu ferais bien d’y réfléchir à deux
fois.
— Vraiment ?
Seul un furtif battement de cils trahit la surprise de Quinn et son irritation de voir Dan au
courant de son projet. Une fois de plus, ce satané téléphone hollywoodien avait fonctionné. Il
était décidément plus rapide qu’Internet.
Quinn oublia son agacement. Peu importait que ses concurrents soient au courant. D’ici à la
fin de la soirée, la plupart des convives auraient reconnu Laine et les spéculations iraient bon
train. La star française et le producteur couchaient-ils ensemble ? Allaient-ils se marier ? Avoir
un enfant ? S’ils quittaient la soirée ensemble, les paparazzi ne manqueraient pas de publier leur
photo dans un torchon, sous un gros titre ridicule.
— Laine est une emmerdeuse, déclara Dan, l’air content de lui. Sur son dernier tournage,
elle a exigé des cameramen qu’il soient vêtus de noir : chemise, pantalon, chaussures et même
chaussettes. Elle ne voulait pas risquer d’être distraite par leurs tenues.
Dan fronça les sourcils, englobant d’un regard la chemise et le nœud paillon noirs de Quinn,
assortis à son smoking et à son masque.
— Mais tu le savais déjà, apparemment ?
— Je me souviendrai de ta mise en garde.
Quinn se garda bien de lui dire qu’il avait eu vent de la rumeur, qu’il avait choisi sa tenue
avec les goûts de la dame en tête. Après tout, il avait la ferme intention de donner à Laine ce
qu’elle voulait, dans la mesure, bien entendu, où elle accepterait ses conditions.
Le portable de Quinn se mit soudaine sonner, lui signalant que la limousine du studio
conduisant Laine à la soirée était arrivée. Il termina son bourbon, laissa sur le bar un copieux
pourboire.
— Le devoir m’appelle.
Il ramassa son épée et partit au devant de la dame, le masque se balançant au bout de ses
doigts.
Laine Lamonde était une star en Europe. Elle ne pouvait se déplacer sans que des hordes de
fans se pressent à sa rencontre. Mais surtout, elle était invraisemblablement sexy. Quinn avait le
sentiment que Derek avait vu juste. Avec elle, ils allaient pulvériser le box office.
Il ne la connaissait pas, il ne l’avait jamais rencontrée, mais il avait étudié son visage. Un
visage qui flirtait avec aisance avec l’objectif et crevait l’écran. Sa voix était un peu rauque,
sensuelle, troublante… Il ne l’avait jamais entendue parler anglais.
Il pressa le pas, car il voulait assister à son entrée. Il y avait beaucoup à apprendre de la
façon dont une femme pénétrait dans un lieu. Certaines dansaient presque, d’autres frôlaient à
peine le sol, d’autres encore traînaient les pieds ou titubaient, ayant déjà fait la fête avant de
venir.
En quittant le bar, Quinn traversa le vaste hall de l’hôtel pavé de marbre. Des célébrités
allaient et venaient, entrant ou sortant de la salle de bal, bavardant en groupes, ici ou là, au milieu
des immenses compositions florales. Beaucoup plus de contrats se signaient dans ce type de
réception que dans les bureaux et Quinn, qui en était conscient, y passait la plupart de ses soirées.
— Quinn chéri…
Hanna Owens, l’une des scénaristes de télévision les plus talentueuses du moment saisit son
bras.
— J’ai un scénario…
— Hanna, j’ai toujours beaucoup de plaisir à lire ce que tu écris. Demande à ton agent de me
le faire parvenir.
— Il sera sur ton bureau demain matin.
Quinn était sincère. Il aimait par-dessus tout faire travailler les écrivains qu’il admirait. Trop
souvent, après avoir accepté de lire un manuscrit, il se voyait contraint de le refuser. Voilà
pourquoi il n’avait toujours pas lu le scénario de Kimberly, son assistante de production. C’était
une chose de dire non à une étrangère, c’en était une tout autre d’avoir à refuser le projet de
quelqu’un qui travaillait pour lui, qu’il appréciait et respectait.
Plusieurs actrices tentèrent d’intercepter Quinn. Tout en les saluant d’un signe de tête rapide,
il continua d’avancer.
— Hé, Quinn.
Max Weinberg lui serra la main.
Critique pour le magazine Film Tomorrow, il avait démoli son dernier film, Sugar Honey,
n’y voyant qu’un grossier mélange de savoir-faire complaisant et d’absence de scénario. Mais
Sugar Honey avait remporté un oscar.
— Max, dit Quinn, très froid.
— J’espère que vous n’avez pas pris ma critique trop à cœur.
— Je prends tout ce qui touche mes films très à cœur.
Quinn s’écarta et poursuivit son chemin à travers la foule.
Sa réponse avait été calculée pour attirer l’attention et elle n’avait pas manqué son but.
Derrière lui, il entendait déjà le délicieux murmure des commentaires et des interrogations.
C’était toujours une excellente chose. Laisser penser qu’on menait la danse, il n’y avait rien de
tel.
— Quinn.
Carly Kenner s’avança, lissant un col qui n’avait pas besoin de l’être. En tant qu’amie très
chère de sa mère, elle méritait un peu de son attention.
— Est-ce votre mère qui met en scène votre prochain film ?
Quinn secoua la tête.
— Elle n’aura pas fini à temps son tournage en Afrique.
— Dans ce cas, pensez à Michael. Il a beaucoup de talent.
Michael était le fils de Carly. Il avait beaucoup de qualités, mais ne parvenait jamais à
respecter un budget. Quinn pressa tendrement la main de Carly.
— Les décisions ne dépendent pas toujours de moi. De nos jours, les stars ont leurs metteurs
en scène préférés.
— Je compte sur vous pour faire le maximum.
— C’est entendu.
Deux metteurs en scène et un directeur de publicité tentèrent à leur tour de coincer Quinn. Il
leur adressa quelques mots avant de continuer à se frayer un chemin à travers la foule. Une demi-
douzaine de personnes l’arrêta encore avant qu’il n’atteigne l’entrée.
Enfin, il put mettre son masque.
Comme d’habitude, son timing était impeccable.
Vêtue de la robe bleue de chez Versace prêtée par le studio, Laine Lamonde offrait un
spectacle qu’il n’aurait voulu manquer pour rien au monde. Malgré le masque qui dissimulait son
visage, elle était fascinante et il ne parvenait pas à détacher son regard d’elle. Les autres convives
non plus.
Le bustier de la robe moulait superbement sa poitrine et la taille très ajustée rendait plus
voluptueuses encore les courbes de son corps. Elle portait un collier de saphirs et de diamants
dont la pierre centrale venait se nicher dans le creux troublant de ses seins. Mais ce n’était ni la
robe ni l’éclat des pierres qui attiraient l’attention.
Laine possédait ce je-ne-sais-quoi d’indéfinissable qui proclamait : regardez-moi, je suis là,
rayonnante, sûre de moi, prête à vous étonner, vous surprendre. Je suis une star.
Quinn était impressionné. Si elle avait voulu faire sensation pour sa première apparition aux
Etats-Unis, c’était réussi. Il retint son souffle, observant la foule autour de lui. Quasiment tout le
monde ici était célèbre, aussi faire impression relevait-il du défi. Mais Laine était une femme
hors du commun. Elle possédait un extraordinaire charisme.
Les flashes des photographes crépitèrent, les micros se tendirent vers elle, mais elle
poursuivit son chemin, imperturbable. Elle flottait plus qu’elle ne marchait, s’avançant, élégante,
aérienne, faisant se retourner sur son passage les gens les plus blasés. Elle était tout simplement
magnifique.
Un sourire impertinent aux lèvres, elle se glissa dans les bras de Quinn et posa un baiser sur
sa joue. C’était sans détour. Elle n’avait pas feint de ne pas le reconnaître, ce qui fit monter d’un
cran l’estime qu’il éprouvait déjà pour elle.
— Quinn, dit-elle, prononçant son nom avec une légère pointe d’accent français. Je suis
ravie de faire votre connaissance.
Elle portait un parfum léger, sensuel. Et sa façon de le saluer, toute simple, était
éblouissante. Quinn ne se souvenait pas qu’une femme l’ait jamais intrigué à ce point. Peut-être
était-ce dû au masque qu’elle portait ou à la réputation qui la précédait. Quoi qu’il en soit, elle
était une star et de celles qui accrochent le regard et fascinent.
Et ce n’était pas une question de robe ni de bijoux. C’était toute sa personnalité qui
transparaissait : sexy, impertinente, séductrice.
— J’attendais cette soirée avec impatience, dit Quinn.
Les yeux de Laine paraissaient plus bleus que dans ses films.
Mais c’était probablement dû à l’éclairage ou au masque. Et ses hanches, quoique
voluptueuses, lui semblèrent plus fines que dans son souvenir.
Il n’y avait rien de surprenant à cela. Grâce au sport, aux régimes et à la chirurgie, les
actrices changeaient de silhouette presque aussi souvent que de couleur de cheveux.
— Ce que l’on dit de vous est-il vrai ? chuchota-t-elle, glissant son bras sous le sien.
— Et que dit-on de moi ? rétorqua Quinn, intrigué.
— Que vous êtes un amoureux fantastique.
— Je vous demande pardon ?
Quinn ne parlait pas le français, mais il avait saisi le mot amoureux. Les femmes lui faisaient
souvent des propositions dès la première rencontre, mais c’était essentiellement des starlettes qui
voyaient là un moyen rapide d’obtenir un rôle. L’agent de Laine aurait dû lui dire qu’il était
inutile d’en arriver là, il avait déjà accepté de lui donner le rôle principal.
— J’ai fait le voyage jusqu’ici pour vous.
Sans doute ne se rendait-elle pas compte de ce que signifiaient exactement ses paroles. Son
anglais devait être trop approximatif.
Quinn choisit avec soin ses mots.
— J’aimerais que nous travaillions ensemble.
— Non, non. No !
Elle agita les bras, agacée, et s’ensuivit une longue phrase en français dans laquelle Quinn
ne comprit qu’un mot : l’amour. Elle voulait certainement dire qu’elle aimait son métier. Mais sa
voix était suave, enjôleuse, comme si elle était en train de lui faire des avances.
Son attitude était pour le moins déboussolante et ses réactions ne correspondaient pas à ce
qu’il attendait. Mais peut-être les interprétait-il mal. Ils venaient à peine de faire connaissance,
comment Laine aurait-elle pu éprouver quelque sentiment que ce soit pour lui ?
Elle ne semblait pas comprendre qu’il était prêt à lui offrir le premier rôle. Nul besoin de
coucher avec lui pour cela. D’ailleurs, il ne travaillait jamais ainsi. Il s’était fait la réputation de
choisir les meilleures actrices pour ses rôles en fonction de leurs compétences et non des
relations personnelles qui pouvaient exister avec elles. Et il en était fier.
Laine n’avait donc aucune raison de vouloir entamer une relation avec lui. Il ne voyait pas
ce qu’elle aurait eu à y gagner et cela le déboussolait et l’intriguait à la fois. Que voulait-elle ?
Une réécriture du script et un rôle plus important ? Un rôle pour un amant ? Un cachet plus
conséquent ?
Visiblement, la barrière de la langue allait s’avérer plus problématique que prévu.
— Je suis désolé, je ne suis pas certain de bien comprendre.
— Je ne suis pas venue pour travailler, mais pour m’amuser.
— Vous amuser ?
— Absolument. M’amuser au lit. Avec vous.
3.
 
 
 
 
 
 
Oh, que la situation était amusante ! Ravie de voir à quel point son plan fonctionnait,
Maggie, nettement plus détendue qu’elle ne l’avait pensé, se sentit soudain toutes les audaces.
Refermant les bras autour de son cou, elle posa un baiser sur sa joue.
Ses parents, bien que de milieu très modeste, l’avaient toujours encouragée à se montrer
ambitieuse, à persévérer dans ses choix, à aller au bout de ce que qu’elle voulait.
Aujourd’hui, elle voulait Quinn.
Il baissa les yeux vers elle, une lueur amusée dans le regard.
— Me prendriez-vous pour un jouet ?
Elle tendit la main, tira sur son nœud papillon.
— Vous êtes emballé dans un très joli paquet-cadeau.
S’amuser à provoquer un homme aussi désirable, aussi sexy dans son habit noir, était plus
facile qu’elle ne l’aurait cru. Cela dit, le déguisement n’était qu’un artifice, même s’il ajoutait à
son charme et à son mystère. C’étaient ces yeux verts au regard perçant derrière le masque de
Zorro et cette bouche sensuelle qui la troublaient. Et elle éprouvait toutes les peines du monde à
résister à l’envie de l’entraîner sur-le-champ dans sa chambre.
— Je suis ravi que ma tenue vous plaise autant que la vôtre me plaît, murmura-t-il, laissant
son regard glisser le long de son corps.
Maggie sentit un frisson la parcourir. Heureusement, la robe bleue était là pour lui donner du
courage. La soie fluide moulait somptueusement les courbes de sa silhouette. Le précieux collier
plongeait de manière très suggestive entre ses seins, le métal froid lui rappelant que si elle jouait
correctement son rôle, très bientôt les doigts de Quinn effleureraient sa peau avide de caresses.
Elle laissa ses doigts glisser le long du collier, jusqu’au cabochon niché au creux de ses
seins.
— Je vous en prie, remerciez le studio pour moi.
Comme elle l’avait prévu, le regard de Quinn suivit le trajet de ses doigts avant de remonter
lentement et de croiser le sien. Il savait pertinemment ce qu’elle était en train de faire mais ne
semblait pas s’en offusquer. Bien au contraire. Il paraissait ravi.
— Ce bijou ne pouvait trouver plus bel écrin, déclara-t-il galamment, une petite pointe de
provocation dans la voix.
Le masque, précieux allié, permit à Maggie de ne rien laisser paraître de son trouble. Bien au
contraire, elle s’enhardit, franchit le pas qui séparait la petite secrétaire amoureuse de la star de
cinéma, mettant dans sa voix une touche irrésistible d’accent français tandis qu’elle accentuait
juste ce qu’il fallait sa démarche, le balancement provocant de ses hanches. Un jeu d’enfant.
L’appréhension qu’elle avait ressentie à l’idée d’affronter Quinn se dissipait. Elle
connaissait le milieu, le travail, les intérêts en jeu et tous les commérages. En cet instant, plus
rien ne lui faisait peur. Maggie la discrète cédait le pas à Maggie la flamboyante…
Toutefois, il fallait rendre justice à Quinn. Lorsqu’elle lui avait annoncé qu’elle voulait faire
l’amour avec lui, il avait habilement changé de sujet. Comme si elle venait de faire un faux pas.
Mais elle avait vu son regard changer. Elle avait réussi à le surprendre, à l’intriguer. Il acceptait
de flirter avec elle. Mais Maggie n’avait pas le temps de s’abandonner à ce badinage. Elle ne
disposait que d’une nuit.
— Monsieur, dit-elle. Je veux que nous fassions l’amour.
Quinn leva un sourcil étonné et un sourire amusé effleura ses lèvres sensuelles.
— Vous avez traversé l’Atlantique dans le seul but de coucher avec moi ?
— Oui.
Quinn se comportait en parfait gentleman. Et malgré le ton rauque et séducteur de sa voix, il
ne paraissait absolument pas prêt à profiter d’elle. Peut-être pensait-il qu’elle ne se rendait pas
tout à fait compte de ce qu’elle disait en anglais.
Il insista.
— Vous êtes consciente que coucher avec moi n’est absolument pas nécessaire pour obtenir
le premier rôle dans mon prochain film ?
Adorable. Mais beaucoup trop professionnel. Maggie connaissait suffisamment Quinn pour
savoir qu’il avait envie d’elle, mais ne permettrait jamais à ses désirs de prendre le pas et de
risquer de faire échouer une transaction.
Or, ce contrat avec Laine Lamonde signifiait beaucoup pour lui.
— Votre agent vous a sans doute expliqué…, reprit-il.
— Je ne suis pas venue pour parler affaires, coupa-t-elle. Voyez mon agent pour cela.
Elle prit sa main, la plaça à sa taille tandis qu’elle l’entraînait vers la salle de bal.
La musique aussitôt lui donna envie d’être dans ses bras. Son cœur battait à tout rompre.
— Faites-moi danser, Quinn. Montrez-moi comment on séduit une femme en Amérique.
Quinn s’exécuta. Il l’enlaça, l’entraîna au milieu de la foule des célébrités. Agents, écrivains,
metteurs en scène, Maggie connaissait presque tout le monde, mais peu lui importait. Comme
elle venait de le dire à Quinn, ce soir il n’était pas question de travail.
Dépassant d’une bonne tête la plupart des hommes présents, Quinn possédait le charme viril
d’un Pierce Brosnan, le sourire éclatant d’un mannequin et l’aura de puissance de l’homme
d’affaires qu’il était.
Envoûtée par la musique, la chaleur de son corps pressé contre le sien, Maggie plongea son
regard dans ses yeux verts, curieuse de connaître ses pensées.
Il se méfiait, c’était clair. Peut-être avait-il senti quelque chose dans son accent français.
Peut-être était-elle un brin trop petite ou trop grande. Peut-être ne se comportait-elle pas comme
il pensait que Laine se comporterait. Bref, quelle que soit la raison, il fallait qu’elle le distraie et
vite. Avant qu’il ne découvre la supercherie.
Maggie ne voulait surtout pas qu’il réfléchisse. Elle voulait qu’il se contente de ressentir et
de réagir. D’un geste téméraire, elle glissa la main vers sa nuque, noua les doigts dans ses
cheveux sombres et attira son visage vers le sien.
Il n’hésita pas. Pas même une seconde. Pour Maggie, ce fut soudain comme si la foule et la
musique s’étaient dissipées. Il ne restait que Quinn et elle, corps contre corps. C’était elle qui
avait pris l’initiative de ce baiser. Ce fut Quinn qui en prit le contrôle. Il n’y eut pas de phase
d’approche. Ses lèvres pressèrent les siennes, sa langue pénétra sa bouche, trouva la sienne, s’y
mêla en un baiser viril, exigeant, prenant d’elle tout ce qu’elle avait à donner.
Et Maggie donna tout ce qu’elle possédait, compensant le manque de pratique par la fougue,
la passion. Car la réalité de Quinn dépassait les fantasmes les plus débridés de ses nuits solitaires.
Elle s’abandonna à son étreinte, s’enivrant de son parfum, de la senteur de sa peau mêlée à celle
de son eau de toilette. Une odeur virile, troublante…
Il faisait frais dans la salle de bal, mais elle sentait son corps en feu, tout entière emportée
par ce baiser exigeant et tendre à la fois. Et pendant un moment, elle eut l’impression qu’il la
désirait autant qu’elle le désirait tant l’air autour d’eux était chargé d’électricité, vibrant de la
magie de leur rencontre.
Et lorsqu’il interrompit finalement leur baiser et l’entraîna de nouveau avec maestria dans la
foule des danseurs, pas un Instant il ne quitta son regard, comme s’il cherchait à lire en elle, à
discerner au-delà du masque ce qu’elle désirait vraiment. Comme s’il ne pouvait croire qu’elle
avait envie de faire l’amour avec lui pour la seule et unique raison qu’elle le trouvait
incroyablement désirable.
Lorsque la musique s’arrêta, le cœur de Maggie battait à tout rompre. Le souffle court, elle
leva les yeux vers Quinn. L’intensité de son regard la bouleversa.
— Combien de temps devons-nous rester ? demanda-t-elle.
— Aussi longtemps qu’il vous plaira.
Dans l’éclairage tamisé de la piste de danse, elle ne put déchiffrer l’expression de son
visage. Mais à sa voix, elle le sentit de nouveau sur ses gardes.
Elle devait absolument l’empêcher de réfléchir et le séduire. Mais la piste de danse n’était
pas le lieu adéquat pour ce faire.
— Allons dans un endroit plus intime, voulez-vous ?
Il eut un imperceptible mouvement de sourcils, comme s’il soupçonnait un piège mais était
trop poli pour en parler.
— Nous venons d’arriver.
— N’avez-vous donc pas envie d’être seul avec moi ?
Du bout des doigts, Maggie effleura sa chemise de soie, satisfaite de sentir son cœur battre
plus vite dessous. Elle glissa alors un doigt entre deux boutons et caressa sa peau nue. Elle avait
tant rêvé de ce moment, tant rêvé de pouvoir faire enfin tout ce qu’elle voudrait. Mais la réalité
dépassait ses rêves les plus fous. La peau de Quinn était délicieusement chaude, son torse musclé
et couvert d’une toison douce. Mais les vêtements qu’elle avait trouvés si séduisants, un moment
plus tôt, devenaient soudain une barrière infranchissable.
— Nous pourrions nous retirer au bar, suggéra-t-il. Pour discuter.
Maggie pencha la tête avec une petite moue.
— Ce n’est pas ce que j’avais à l’esprit.
— Ah oui ?
— Je n’ai aucune envie de différer mon plaisir. Ni le vôtre.
Elle mêla ses doigts aux siens, savourant la chaleur de sa main ferme et douce. Il porta la
sienne à ses lèvres, embrassa ses doigts.
— Comment savez-vous que nous aurons du plaisir ?
— Une femme sait ces choses-là.
— Et que savez-vous d’autre ? demanda-t-il, la voix polie mais rauque de désir.
Tandis qu’ils quittaient la salle de bal, de nombreuses têtes se tournèrent sur leur passage.
Maggie se moquait éperdument des commérages. Elle pressa doucement la main de Quinn.
— J’ai eu raison de venir. Je sens que nous allons très bien nous entendre.
Quinn pencha la tête, de nouveau absorbé dans ses réflexions.
— C’est étrange, nous nous connaissons à peine et, pourtant, j’ai l’impression de vous
connaître depuis…
— Après cette nuit, nous nous connaîtrons beaucoup mieux.
Elle ne pouvait pas le laisser s’aventurer sur un terrain aussi miné, le laisser envisager un
instant qu’il la connaissait mieux que l’étrangère qu’elle était censée être.
Elle eut un geste ample de la main tandis qu’elle l’entraînait vers l’ascenseur.
— Pourquoi compliquer les choses ? J’ai envie de vous, vous avez envie de moi. Il n’y a rien
de plus simple.
Tandis que l’ascenseur les conduisait vers la suite que le studio avait réservée pour Laine,
Maggie noua les bras autour du cou de Quinn et se lova contre lui, ses lèvres à quelques
centimètres à peine des siennes. Jusque-là son plan fonctionnait à merveille et l’excitation lui fit
oublier son accent.
— Je suis si heureuse que vous m’ayez invitée ici, ce soir.
Il effleura ses lèvres du bout des doigts.
— Une si jolie bouche qui parle si bien l’anglais. Si j’avais su, je vous aurais invitée plus tôt
pour faire un film.
D’un geste brusque, elle s’arracha à son étreinte et lança d’un ton irrité :
— Si vous parlez encore travail, monsieur Scott, je rentre à Paris.
Sa réaction le prit au dépourvu, mais il se ressaisit aussitôt.
— Je suis désolé. L’habitude.
Il paraissait sincère. Elle s’approcha de lui, de nouveau, caressa d’un doigt sa joue rasée de
près.
— Une habitude à laquelle vous renoncerez pour moi ?
— Oui.
Le ton ferme et décidé aurait dû convaincre Maggie qu’il ne nourrissait pas le moindre
soupçon à son égard. Mais elle connaissait trop bien Quinn et surprit la petite lueur de réserve
dans son regard.
L’ascenseur s’immobilisa à son étage. Elle prit Quinn par la main et ils franchirent la double
porte aux vitres gravées, traversèrent le hall de marbre et gagnèrent la luxueuse suite que
Kimberly avait préparée, un moment plus tôt, selon ses instructions.
Elle était tout entière éclairée de bougies et ils traversèrent le salon en direction de la vaste
chambre élégante, raffinée, décorée dans un subtil dégradé de tons chauds. D’autres bougies
étaient disposées de part et d’autre de l’immense lit. Sur la commode, on avait disposé deux
flûtes de cristal et une bouteille de Champagne dans un seau à glace en argent.
Le lit était ouvert et les draps soyeux, comme une invite aux ébats…
Kimberly avait ouvert toutes grandes les portes de la terrasse qui surplombait l’océan pour
laisser la brise parfumée baigner la chambre. Un air de jazz langoureux égrenait ses notes dont
les accents rauques se mêlaient au son cristallin d’une fontaine, dans le jardin en contrebas.
Quinn ne prêta pas la moindre attention au décor. Il ne s’intéressait qu’à elle. Il ôta son
masque, posa son épée et la prit dans ses bras.
— Je ne sais pas si je dois être flatté que vous vous soyez donné tout ce mal pour moi ou
vexé que vous ayez pensé que je serais aussi prévisible.
Maggie sentit arriver les complications et décida de couper court-Aussi, pivotant sur ses
talons, présenta-t-elle son dos à Quinn.
— Aidez-moi à dégrafer ma robe, dit-elle, soulevant ses longs cheveux blonds.
S’il s’était montré réticent jusque-là, elle venait visiblement de le faire changer d’avis. Elle
sentit ses lèvres effleurer son cou.
— Je suis habitué à mener le jeu.
— Et moi, je sais ce que je veux.
— C’est une qualité que j’aime chez une femme.
Il lui mordilla doucement le lobe de l’oreille.
— Vous avez une très belle nuque. Cela aussi, j’aime beaucoup.
Maggie n’aurait jamais imaginé éprouver autant de plaisir à jouer à ce petit jeu. Grâce au
masque et au fait que Quinn ne se doutait pas de sa véritable identité, elle se sentait libre de dire
et faire tout ce qui lui passait par la tête, même les choses les plus osées. D’ailleurs, il était temps
de frapper un grand coup.
— Baissez la fermeture de ma robe, susurra-t-elle d’une voix enjôleuse, et vous découvrirez
sans doute d’autres choses que vous aimez en moi.
Les doigts de Quinn frôlèrent sa nuque, faisant courir un long frisson dans son dos. Son
souffle chaud balaya son cou et elle crut que ses jambes allaient se dérober sous elle.
— Vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que je prenne mon temps, j’espère, murmura-t-il à
son oreille.
Elle se sentit soudain la bouche sèche. Elle avait envie d’être nue, de sentir ses mains sur
elle tout de suite, mais aussi follement envie qu’il prenne son temps afin de savourer chaque
seconde de ce moment délicieux.
Comme il le lui avait si bien rappelé, il était homme à mener le jeu. Aussi, ne répondit-elle
pas et il eut un petit rire qui laissait clairement entendre qu’elle pouvait lui faire confiance pour
l’emmener très loin, là où elle n’était peut-être encore jamais allée.
Il descendit la fermeture Eclair de quelques centimètres. Le corsage de sa robe s’ouvrit dans
son dos, s’écarta de sa poitrine et elle sentit un souffle d’air frais balayer ses seins.
— Il se peut que je mette un certain temps à vous explorer tout entière. Je suis très
minutieux, dit-il d’une voix pleine de promesses, pareille à une caresse.
Du bout des doigts, il caressa son cou, ses épaules, décrivant de petits cercles sur sa peau
nue tandis qu’il écartait doucement les pans de son corsage. Elle n’avait pas bougé, tenant
toujours ses cheveux relevés pour lui, dans une position cambrée qui projetait en avant ses seins
avides de la caresse de ses mains expertes.
Il allait trop lentement. Maintenant qu’il avait commencé à faire glisser la fermeture, elle
pouvait terminer seule. Elle tendit la main dans son dos et tira. La robe glissa le long de son
corps, tomba à ses pieds dans un froissement de soie, et elle fut là, exposée devant lui, nue à
l’exception de son petit slip de dentelle, de ses escarpins et du masque.
— Vous avez un dos superbe, dit Quinn sans se troubler.
— Et que dites-vous du côté face ? demanda-t-elle en se tournant vers lui.
Ravie, elle constata qu’elle lui faisait beaucoup d’effet.
— Vous êtes une œuvre d’art…
— Qui a envie d’être caressée, compléta-t-elle, laissant langoureusement glisser ses mains
sur ses hanches.
Sans crier gare, il tendit soudain la main vers son masque. Le mouvement la prit au
dépourvu et elle étouffa un cri. Elle pensait qu’il allait caresser ses seins. Mais non, c’était Quinn
qu’elle avait en face d’elle, imprévisible comme toujours, elle aurait dû le savoir. Cela dit, elle
s’était préparée à cette éventualité. S’il refusait de lui laisser porter son masque, elle fuirait la
chambre. Mais après tout le mal qu’elle s’était donné pour mettre au point son projet, elle n’avait
aucune envie de s’enfuir à présent, alors que la passion qu’elle nourrissait était si proche de
trouver satisfaction.
Elle s’écarta, faillit trébucher dans sa hâte.
— C’est à votre tour d’ôter quelque chose, lança-t-elle, mettant une pointe de provocation
dans son accent français.
Il ôta sa cravate, la jeta sur une chaise.
— Un peu plus.
Il se débarrassa de sa veste et s’avança vers elle. Elle secoua la tête.
— Je suis quasiment nue… Et vous avez encore beaucoup trop de vêtements sur vous.
Un petit sourire aux lèvres, il saisit sa ceinture pour la dégrafer. Elle secoua la tête. Quinn
dirigeait peut-être les opérations au bureau, mais ici, c’est elle qui allait mener la danse.
— La chemise, d’abord, s’il vous plaît, susurra-t-elle.
C’était terriblement excitant de lui donner des ordres. Et tandis qu’il obéissait, déboutonnait
sa chemise et l’enlevait avec des gestes rapides et précis, elle sentit se dresser la pointe de ses
seins et monter en elle un désir si violent qu’elle faillit se jeter à son cou.
Maggie avait déjà aperçu Quinn torse nu, mais c’était toujours avec une serviette glissée
autour du cou. Aujourd’hui, il en allait tout autrement. Il était vraiment nu. Ses épaules musclées,
son ventre plat témoignaient de son goût pour la musculation. Mais il n’avait pas la carrure de
ces hommes qui en font à outrance. Il possédait le corps mince et élancé d’un nageur.
Maggie laissa un regard admiratif glisser sur lui. La lumière dorée des bougies jouait sur sa
peau nue, sur la toison douce qui couvrait son torse et descendait en triangle vers son ventre, lui
donnant envie d’en voir davantage. Elle passa sa langue sur ses lèvres sèches.
— La ceinture, à présent.
Un éclair traversa le regard vert de Quinn.
— Vous n’avez plus rien ôté depuis un bon moment.
— J’ai pris beaucoup d’avance sur vous, monsieur Scott.
Il ôta sa ceinture.
— C’est une façon intéressante de me dire de me déshabiller.
— Vos chaussures, maintenant.
Son rôle devenait de plus en plus difficile à chaque vêtement qu’il ôtait. L’avoir ainsi, pour
elle toute seule et exécutant ses ordres, mettait Maggie dans un état d’excitation intense.
Comme s’il avait compris combien elle prenait plaisir à lui donner des ordres, il se releva
sans ôter ses chaussettes. Son regard se posa sur sa poitrine et elle sentit une onde de chaleur
parcourir ses seins, sa gorge, remonter le long de son cou tandis qu’un désir presque douloureux
assaillait ses reins.
Mon Dieu, ses forces l’abandonnaient. Mais il fallait poursuivre. Il le fallait absolument.
— Vos chaussettes, dit-elle, le souffle court.
Il se pencha pour les ôter, lui offrant la vue de son dos puissant, musclé. Le cœur de Maggie
battait à tout rompre. Il fallait qu’elle fasse quelque chose. Qu’elle regarde ailleurs. Ses pieds,
par exemple.
Bon sang ! Même ses pieds étaient beaux. Une cambrure élégante, des doigts longs, des
ongles parfaitement coupés.
Quinn se releva en un mouvement souple. Il portait un boxer short qui ne laissait rien
ignorer de son érection. Il plut à Maggie d’avoir ainsi, sous les yeux, la preuve manifeste de son
désir, de se dire que son petit jeu l’avait excité, qu’elle était capable de le troubler à ce point.
Et c’était loin d’être terminé.
— Que diriez-vous de m’ôter mon slip, proposa-t-elle d’une voix suave.
— Très volontiers.
Il franchit si vite la distance qui les séparait qu’elle se troubla. Il ne l’avait pas encore
touchée, mais elle sentait la chaleur irradier de son corps. Très vite, elle lança un nouvel ordre.
— Avec vos dents, s’il vous plaît.
Touché ! Elle vit le désir brûler dans son regard. Mais, déjà, il reprenait le contrôle.
— Pas avant un autre baiser.
Il n’attendit pas qu’elle acquiesce. Ses lèvres se posèrent sur les siennes. A peine les eut-elle
entrouvertes qu’il prit possession de sa bouche. Comme on dégusterait une friandise.
Il prit son temps, l’explorant tout à loisir en un baiser inventif, troublant, fait pour séduire et
exciter. Et pourtant, pas une fois leurs corps ne se touchèrent. Maggie n’y tenait plus, ne désirant
plus qu’une chose : qui l’emmène au lit.
Après avoir attendu des années, elle était sur le point d’obtenir ce qu’elle voulait et voilà
qu’il retardait le moment ultime, lui qui était encore plus extraordinaire que dans ses rêves. Le
seul fait de sentir ses lèvres sur les siennes, sa langue explorer sa bouche, la faisait littéralement
fondre.
Quinn, de son côté, faisait montre d’une patience remarquable. Elle brûlait d’envie de le
renverser sur le lit, mais elle sentait qu’il n’était pas aussi prêt qu’elle, même si son érection
montrait sans aucun doute son désir. Il fallait avouer qu’elle possédait une sacrée longueur
d’avance sur lui. Des nuits entières passées à rêver de lui, à fantasmer sur son corps, l’avaient
largement préparée.
Elle interrompit leur baiser.
— Vous deviez m’ôter mon slip, je crois, lui rappel a-t-elle.
Il referma les mains sur ses seins, les caressa doucement de ses paumes.
— Je veux d’abord explorer les trésors que vous avez déjà dévoilés.
Il fallait qu’elle s’écarte, qu’elle reprenne le contrôle du jeu. Mais c’était si bon de sentir ses
mains sur ses seins qu’elle n’en eut pas la volonté. Et il s’y attendait. Il savait qu’elle ne pourrait
pas. Il l’avait lu dans son regard, senti dans la façon dont elle cédait à la tentation, s’abandonnait
à ses mains expertes. Ses paumes effleuraient sa chair, ses doigts la frôlaient à peine. La
sensation était telle qu’elle dut se mordre la lèvres pour ne pas gémir.
Combien de temps encore allait-elle pouvoir tenir ? C’est alors qu’il fit intervenir un nouvel
élément de séduction : sa voix. Une voix sensuelle, enivrante.
— Vous avez des seins parfaits. Si fermes, si doux, si sensibles. Lorsque une femme se
montre aussi réceptive, elle donne à son compagnon le sentiment d’être le meilleur amant au
monde. Mais vous le savez, n’est-ce pas ?
Maggie le savait à présent.
— Oui, dit-elle.
Le ton de sa voix lui parut soudain très impudique. Elle n’était pas certaine de se souvenir de
ses mots de français ni de l’accent exact, pas certaine de ne pas se trahir. Mais comment aurait-
elle pu se concentrer alors qu’elle ne songeait qu’aux mains de Quinn sur ses seins, à leurs
paumes caressant sa chair ?
Elle referma les doigts sur ses épaules. Sa peau était chaude et douce, ses muscles fermes.
Du velours su-de l’acier.
Elle, en revanche, se sentait liquéfiée. Elle n’allait pas pouvoir patienter encore longtemps.
— Mon slip…
Il s’agenouilla devant elle, mais ses mains ne quittèrent pas ses seins. Pas un instant il ne
cessa de les caresser. Soudain, elle sentit son souffle chaud sur sa hanche. Ses lèvres effleurèrent
sa peau et elle sut alors qu’elle avait commis une énorme erreur. Elle avait peut-être pris la
direction des opérations, mais c’était Quinn qui contrôlait l’allure. Jamais elle n’aurait dû lui
demander d’ôter son slip avec ses dents. La délicieuse torture durait beaucoup trop longtemps.
— Dépêchez-vous…
— Seriez-vous en train de me supplier ?
C’était le cas, en effet. Et non seulement il le savait, mais il se permettait en plus de le lui
faire remarquer.
— C’est vous, je crois, qui êtes à genoux, contre-attaqua-t-elle aussitôt.
— En effet.
Il rit et son souffle caressa sa peau, la titilla à travers la dentelle du petit slip.
— Et je suis exactement où j’ai envie d’être, ajouta-t-il.
Chaque caresse de ses mains sur ses seins, chaque pression de ses doigts faisait croître le
désir niché au creux de son ventre.
— Je vous ai demandé de vous dépêcher.
Il pressa doucement la pointe de ses seins. Elle ne put réprimer un petit cri de surprise et de
plaisir.
— Patience, murmura-t-il.
Enfin, il fit glisser son slip, mais de quelques centimètres à peine et d’un seul côté. Elle
ferma les yeux, frustrée, impatiente. Et comme s’il avait senti qu’elle refusait de perdre pied, de
s’abandonner aux sensations qui déferlaient en elle, il pressa de nouveau la pointe de ses seins.
— Quinn. C’est si bon, ne peut-elle s’empêcher de murmurer d’une voix rauque.
— Non…
Il enfouit son visage dans le nid de dentelle de son petit slip.
— Non. C’est cela qui l’est.
Il se trouvait juste au creux de ses cuisses. Et il n’avait baissé son slip que d’un centimètre
ou deux. Il allait la rendre folle. La caresse se fit plus insistante sur ses seins et elle se cambra
soudain, ivre de désir.
Jamais elle ne s’était sentie à ce point prête pour un homme, excitée, humide. Elle l’était
déjà au moment où elle avait ôté sa robe. Et il la faisait attendre alors que tout ce qu’elle voulait,
c’était le sentir en elle. Elle s’efforça de se maintenir sur ses jambes, ne serait ce qu’un peu
encore. Ce n’était pas le moment de flancher.
A cet instant, elle sentit sa langue la lécher à travers la dentelle du slip et ce fut comme si
une décharge électrique parcourait sa chair. Elle poussa un gémissement.
Ce fut tout. Une seule caresse. Une seule fois. Elle avait envie d’écarter les jambes, mais il
faisait de nouveau glisser son slip, d’un demi centimètre peut-être… Si elle écartait un tant soit
peu les jambes, il ne parviendrait jamais à le lui ôter.
— J’attends, dit-il soudain.
— Quoi ?
Elle n’avait aucune envie de parler. Tout ce qu’elle voulait, c’était ses mains sur ses seins, la
caresse ce sa bouche sur son sexe. Jamais, même dans ses fantasmes les plus fous, elle n’avait
laissé son imagination l’entraîner aussi loin. D’ailleurs, jamais elle n’aurait cru éprouver autant
déplaisir au stade des caresses.
— J’attends une explication.
Sa voix était si calme qu’elle eut envie d’hurler.
— Une explication ?
Avait-il découvert la vérité ? Savait-il qu’elle n’était pas Laine ?
Elle ne pouvait pas le laisser s’arrêter à présent. L’idée même était insupportable. Elle dirait,
ferait n’importe quoi pour que ses mains, sa bouche poursuivent leur délicieuse torture…
Elle sentit le bout de sa langue la lécher de nouveau.
— Dites-moi quelle est la raison exacte pour laquelle je me trouve ici, avec vous.
4.
 
 
 
 
 
 
La panique s’empara de Maggie. Quinn avait-il des soupçons ? Savait-il qui elle était ? Il
fallait qu’elle réfléchisse et vite. Mais comment aurait-elle pu alors qu’il entrecoupait ses
questions de caresses, que sa langue allumait un véritable incendie dans son corps et que ses
mains continuaient d’infliger à ses seins une torture presque insoutenable. Elle ne savait plus où
elle en était et retenait avec peine les gémissements de plaisir qui montaient dans sa gorge.
Lorsqu’il la lécha de nouveau, elle crut défaillir. Sa langue chaude pressait sa chair à travers
la dentelle un peu rugueuse du slip, faisant courir des frissons dans ses reins, son ventre, et la
rendant incapable de la moindre pensée cohérente.
Aussi lorsqu’elle entendit soudain le tonnerre, Maggie crut-elle un instant que le bruit était
dans sa tête, qu’il venait du sang qui battait follement dans ses tempes. Mais elle tourna la tête et
comprit, se saisissant de l’opportunité pour reprendre un peu pied.
— L’orage menace.
Quinn ne porta aucune attention à sa remarque, trop occupé qu’il était à la caresser. Elle
avait envie de lui crier d’achever de la déshabiller, d’ôter son boxer short, et de la prendre. Tout
de suite.
Mais Quinn avait décidé d’imposer son rythme, de l’exciter, de la pousser à bout, puis de
faire machine arrière au moment où il la sentirait prête à chavirer.
Un éclair déchira le ciel au loin. De gros nuages s’amoncelaient au-dessus de l’océan et le
vent se leva soudain, soufflant quelques bougies.
— Quinn, il… il faut que… que je ferme.
Oh, Seigneur, les choses qu’il savait faire avec sa langue !
Le vent apporta les premières gouttes, minuscules, comme une brume, mais aussi le signe
annonciateur de la tempête à venir. La fraîcheur soudaine donna à Maggie l’énergie de rompre le
charme, de s’écarter, d’échapper aux mains et à la langue de Quinn.
— Quinn, il va pleuvoir.
Il tendit les mains vers elle, tenta de la saisir.
— Oui. Et alors ?
Elle lui échappa de nouveau.
— Alors ? Nous devrions fermer la porte-fenêtre.
Il se leva et la regarda, le sourcil froncé, dubitatif.
— Vous craignez pour la moquette ?
Flûte !
Laine ne devait pas être le genre à se préoccuper de la moquette ou des rideaux. Mais
Maggie, elle, vivait dans un monde où les gens s’inquiétaient des conséquences de leurs actes. Et
l’habitude combinée au délicieux supplice que lui infligeait Quinn lui avait fait oublier son rôle.
Il fallait qu’elle le distraie au plus vite.
Elle glissa les pouces sous l’élastique de son petit slip, avança une hanche. Puis, avec un
petit sourire impertinent, elle pivota, lui tourna le dos. Alors, lentement, très lentement, elle fit
glisser le petit slip sur ses fesses, ses jolies fesses musclées grâce aux nombreuses heures passées
en salle de sport.
Lorsqu’elle jeta un coup d’œil à Quinn par-dessus son épaule, elle fut largement
récompensée de ses efforts de séduction et de gymnastique,. Une lueur sauvage brûlait dans ses
yeux et il était clair qu’il faisait un effort surhumain pour garder le contrôle.
— Vous êtes magnifique, dit-il, la voix rauque.
— Oui, acquiesça-t-elle, ravie du compliment.
Ravie, également, d’être parvenue à le distraire, se donnant par la même occasion un peu de
temps pour récupérer.
Le voir sur le point de perdre le contrôle l’excitait encore davantage qu’elle ne l’aurait
soupçonné. Aussi se pencha-t-elle un peu plus en avant, faisant glisser le sous-vêtement de
dentelle le long de ses cuisses. Quinn retint son souffle et elle l’entendit soudain expirer avec un
petit sifflement rauque qui lui mit le corps en feu. Elle se pencha davantage encore, continuant de
faire glisser le petit slip jusqu’à ce qu’il franchisse ses chevilles.
Curieuse, n’entendant plus Quinn, elle jeta un coup d’œil entre ses jambes. Il la fixait,
fasciné, le regard brûlant de désir, une expression si intense sur le visage qu’elle se sentit rougir,
tout entière envahie par une onde de chaleur.
Heureusement, le masque dissimulait son visage. Elle avait déjà fait l’amour, séduit un
homme, mais jamais ainsi. Jamais elle n’était allée aussi loin. Jamais elle ne s’état montrée aussi
audacieuse. Et jamais non plus elle ne s’était sentie aussi libre ni aussi excitée.
Lorsqu’elle repoussa son petit slip tombé à terre du bout du pied, elle en profita pour écarter
un peu plus les jambes. Quinn bondit alors, tel un animal sauvage, et tandis qu’elle se redressait,
il la souleva dans ses bras.
Le geste était on ne peut plus romantique et il fit battre plus fort le cœur de Maggie. Mais il
n’y avait rien de romantique dans le désir sauvage qui tendait les traits de Quinn.
Maggie pensait qu’il allait la porter sur le lit, mais il ne s’y arrêta pas. Il traversa la chambre
et sortit sur la terrasse où de luxuriantes plantes en pot protégeaient leur intimité des regards
indiscrets.
— La porte, ordonna-t-il.
Maggie détacha les bras de son cou et referma la porte coulissante derrière eux. Le gros de
l’orage était en mer, au loin. Mais le vent, qui soufflait par rafales, rabattait la pluie sur eux avec
une violence égale à celle qui brûlait dans le regard de Quinn.
Il ne ressemblait plus, désormais, à l’employeur qu’elle connaissait si bien. De son corps
irradiait une tension extrême et ses bras musclés la serraient à lui faire presque mal. Maggie se
sentit chavirer. Tout en lui évoquait ces ténébreux pirates ravissant les femmes à l’abordage.
Elle fondait littéralement. Elle avait su éveiller sa passion, libérer la fougue qui était en lui et
elle avait hâte de se voir récompensée de ses efforts.
Lorsque Quinn l’eut posée sur la terrasse, il saisit la rambarde, emprisonnant Maggie entre
ses bras. Elle était piégée. Même si elle avait voulu changer d’avis en cet instant, il n’y avait
aucune retraite possible. Son petit numéro de strip-tease avait définitivement chassé l’homme
réservé et distant et libéré l’être fougueux, viril et impétueux qui lui faisait battre le cœur et
perdre la tête.
Elle tendit la main, saisit l’élastique de son boxer short et le tira vers le bas.
— Vous voilà de nouveau en retard sur moi, Quinn.
Il brandit un petit sachet argenté entre deux doigts, comme s’il s’agissait d’un prix à gagner.
— J’avais d’autres choses en tête.
Elle ignora le préservatif. Comme attirés par un aimant, ses doigts se refermèrent sur son
sexe. Il était long et dur, mais doux comme du velours au toucher. Il sursauta lorsqu’elle allongea
les doigts, les referma sur ses testicules qu’elle pressa doucement. »
— J’aime vous tenir dans la paume de ma main, dit-elle, le souffle court.
— J’en ai bien l’impression.
Le ton de sa voix lui fit comprendre qu’elle jouait avec le feu et que seul le contrôle qu’il
était capable d’exercer sur lui-même lui permettait de rester immobile en cet instant.
— J’espère seulement que vous êtes prête à en assumer les conséquences.
Sous le masque, Maggie humecta ses lèvres sèches, le corps parcouru de frissons en
l’entendant parler ainsi, la respiration saccadée.
— Grâce à vos caresses, je suis plus que prête, répondit-elle. Toutefois, il me semble assez
normal de vous octroyer la même faveur.
A la perspective de ce qu’évoquait Maggie, son pénis palpita et il crispa les doigts sur la
rambarde. Du pouce, elle effleura doucement son gland gonflé et fut heureuse de l’entendre
grogner de plaisir.
— Je vais explorer toutes les zones sensibles de votre corps avec mes doigts, puis ce sera au
tour de ma langue, murmura-t-elle, se réjouissant des efforts qu’elle lui voyait accomplir pour
demeurer immobile sous ses caresses. Je vais vous conduire au bord de l’orgasme.
— Ce ne sont que des promesses, répondit-il, provocateur.
Maggie parlait d’une voix douce, sensuelle, avec cette pointe d’accent français si séduisante,
mais également avec la force d’une femme déterminée à éveiller la passion la plus débridée.
Celle de son partenaire et la sienne.
— Et au moment où vous penserez la jouissance à portée de main, je vous la refuserai. Etes-
vous d’accord, Quinn ? lança-t-elle d’un ton de défi.
— Vous n’avez qu’à essayer.
Le désir assombrissait son regard et sur son visage se lisait la tension mêlée de plaisir que
suscitait l’attente de sa prochaine caresse dont il ne savait ni où ni comment elle interviendrait.
Et Maggie prit tout son temps, s’attardant tandis qu’il frissonnait sous ses doigts, s’émerveillant
du contrôle qu’il était capable d’exercer sur lui-même pour la laisser faire.
Jamais encore elle n’avait éprouvé un tel sentiment de puissance. Son cœur battait à tout
rompre tandis qu’elle explorait son corps, le sentait se tendre sous ses doigts, découvrait la
texture de sa peau, son odeur, convaincue à présent qu’elle n’était pas en train de provoquer le
destin mais bel et bien d’accomplir sa destinée.
Ce soir, au plus fort de l’orage, avec les éclairs illuminant le ciel au loin et la pluie qui
ruisselait, elle savait que Quinn et elle étaient faits pour être là. Ensemble.
Comme hypnotisée par la fureur des vagues qui se brisaient sur les rochers de la côte, en
contrebas, elle s’agenouilla et prit le sexe de Quinn dans sa bouche. Il avait le goût du vent et de
la pluie, le goût viril d’un homme. Et comme elle le lui avait promis, elle l’amena au bord de
l’orgasme.
Puis elle s’écarta, plongeant son regard dans le sien pour voir s’y consumer le désir. L’eau
ruisselait sur ses cils, le long de ses joues, accentuant la violence des émotions qu’il éprouvait et
qui la bouleversaient.
Il lâcha la rambarde et saisit ses épaules.
— Dites-moi ce que vous voulez.
— Vous.
Il déchira avec les dents l’emballage du préservatif.
— Vous allez m’avoir.
Elle le lui arracha et l’embrassa tandis qu’elle déroulait le préservatif sur son sexe tendu.
Elle en profita pour le titiller encore, l’exciter un peu plus. Mais cette fois, il n’entendait pas
rester sans rien faire. Déjà, ses mains prenaient possession d’elle, caressaient son corps,
l’exploraient tandis que leurs bouches avides se soudaient l’une à l’autre.
Il la surprit soudain en interrompant leur baiser et en la faisant se tourner face à la mer. Puis
il prit ses mains, les posa sur la rambarde et elle sentit son souffle dans son cou lorsqu’il
ordonna :
— Gardez les yeux ouverts.
— Pourquoi ?
Il lui écarta les jambes, l’obligea à se reculer, la laissant ouverte, prête pour lui,
pratiquement dans la même position qu’un moment plus tôt, lorsqu’elle l’avait excité en ôtant
son slip. La pluie ruisselait sur son dos, coulait entre ses jambes.
— Je veux que vous regardiez l’orage pendant que je vous prends, dit-il.
Elle frissonna, attendant qu’il la pénètre. Mais elle aurait dû savoir qu’une fois de plus, il ne
choisirait pas de la satisfaire aussi facilement et rechercherait un raffinement plus subtil du
plaisir.
Il glissa les mains entre ses jambes. Perchée sur ses talons hauts, elle se trouvait cambrée, les
fesses en arrière, dans la position idéale pour qu’il glisse un doigt en elle. Un doigt qu’il plongea
dans sa chair, la caressant avec volupté jusqu’à ce qu’un nouveau besoin se fasse sentir.
Elle voulait qu’il touche son clitoris. Une seule caresse et elle était certaine de grimper au
ciel.
Mais, bien sûr, il la fit attendre, la mit au supplice. Et elle regarda la mer escalader les
rochers et se retirer, les seins tendus de désir, les lèvres avides de baisers, réduite à prendre ce
que lui donnait Quinn tandis qu’elle priait le ciel de ne pas se retrouver réduite à le supplier.
— Quinn ?
— Oui.
— Je veux que vous veniez en moi.
— Je le sais.
Et il continua de la caresser, ignorant sa demande, jusqu’au moment où, à bout de souffle,
elle lança :
— Vous ne savez pas ce que vous me faites.
— Oh que si, répondit-il, accentuant sa caresse. Je fais ce que vous avez dit, vous vous
souvenez ?
— Je retire ce que j’ai dit.
Il eut un petit rire.
— Trop tard. Je vais vous conduire au bord de l’orgasme. Et au moment où vous penserez la
jouissance à portée de main, je vous la refuserai, dit-il, reprenant mot pour mot ses propres
termes.
Maggie tremblait, le corps en feu, embrasé par l’incendie qu’il avait si consciencieusement
allumé en elle. Elle se moquait bien de ce qu’il pouvait dire, encore une caresse et elle
chavirerait.
Mais il s’arrêta.
Il se redressa, plaqua son corps contre le sien. Son sexe dur plongea entre ses cuisses tandis
que son souffle chaud balayait son cou. Elle se cambra pour le prendre en elle, mais il s’écarta,
referma les mains sur ses seins et en pressa la pointe durcie. Ce fut comme si une décharge
électrique traversait le corps de Maggie. Elle se cambra de nouveau, pressant ses fesses contre
lui.
Il lui mordit l’oreille.
— Doucement. Doucement…
— Mais…
— Regardez l’orage.
Elle était tellement absorbée par la tempête qui grondait en elle qu’elle en avait oublié
l’orage et les nuages sombres qui s’amoncelaient au-dessus d’eux. Tendant son visage sous la
pluie, elle regarda les éclairs qui zébraient le ciel, au loin. Et Quinn, le visage niché au creux de
son cou, lui mordilla la nuque, caressa ses seins, en pressa de nouveau la pointe dressée entre le
pouce et l’index jusqu’à ce qu’elle se torde littéralement de désir contre lui.
Et étouffe un cri.
Lorsque enfin, il plongea en elle, elle était si brûlante, si excitée qu’elle jouit aussitôt dans
une explosion de tous les sens. Elle se serait écroulée si les bras puissants de Quinn ne l’avaient
retenue.
Peu à peu les battements de son cœur se calmèrent et elle se rendit compte qu’il était
toujours en elle et toujours en érection. Il glissa une main entre ses cuisses et, ouvrant
délicatement sa chair, il se mit à caresser son clitoris.
Elle avait pensé ne plus rien avoir à donner, avoir épuisé toute la passion qui était en elle.
Elle se trompait.
Sur les braises du feu qu’il avait allumé en elle, il raviva la flamme. Avec ses lèvres enfouies
au creux de son cou, ses mains sur ses seins, son sexe planté profondément dans sa chair, elle le
sentait partout, autour d’elle et en elle. Elle se sentait enveloppée par lui, faisant partie de lui. Et
rien ne lui parut aussi bon.
Cette fois, lorsqu’elle atteignit l’orgasme il lui sembla que son corps tout entier se dissolvait.
Et elle cria son nom, l’emmenant avec elle vers de nouveaux sommets.
Elle avait risqué le tout pour le tout afin de se retrouver ici, avec lui, et elle avait réussi au-
delà de toutes ses espérances. Elle venait de vivre des moments qui réchaufferaient à jamais sa
solitude. Et qu’importe ce qu’il adviendrait ensuite, elle n’oublierait jamais ces instants
magiques. Quinn lui avait offert la nuit la plus merveilleuse et la plus passionnée qu’elle ait
connue.
Un moment plus tard, tandis qu’elle reprenait ses esprits, elle constata que l’orage s’était
calmé et la pluie transformée en une fine bruine. Quinn avait repris son souffle et il la tenait
serrée contre lui. Elle n’avait aucune envie de bouger. Comblée, elle ne rêvait que de rester là,
blottie dans ses bras.
Mais, bien sûr, aussi forte que soit son envie, il était hors de question de passer la nuit
entière avec lui. Le risque était trop grand qu’il découvre sa véritable identité.
 
 
Quinn fut réveillé par la sonnerie de son portable. Il ne lui fallut pas plus d’une seconde pour
reprendre ses esprits et constater qu’il se trouvait toujours à l’hôtel. Qu’il était seul. Et que, vu
l’heure qu’affichait son téléphone, il n’avait pas entendu sonner son réveil. L’écran indiquait que
son père se trouvait au bout du fil. Il porta l’appareil à son oreille.
— Salut, papa.
— Tu es en retard. Elle était jolie ?
Nombre de pères, et à fortiori de stars, auraient été contrariés que leur fils ne se soit pas
réveillé, oubliant le rendez-vous fixé pour le petit déjeuner. Pas Jason Scott. Pas l’acteur, grand
séducteur devant l’Eternel.
— Très jolie, répondit Quinn.
— C’est quelqu’un que je connais ?
Quinn fit la grimace. Il ne voulait pas songer à la possibilité que son père puisse connaître
Laine au sens biblique du terme. C’était la première fois que l’actrice venait aux Etats-Unis, mais
les tournages de Jason Scott l’avaient souvent conduit en Europe. Laine et lui connaissaient les
mêmes gens et fréquentaient les mêmes soirées.
Quinn poussa un soupir et jeta un coup d’œil autour de lui, à la recherche d’un mot. Pas le
moindre petit bout de papier. Toujours très méfiant au sujet de la motivation de Laine pour avoir
fait l’amour avec lui, il se rendit compte avec surprise qu’elle était partie sans lui demander quoi
que ce soit.
Il passa une main dans ses cheveux, réprimant un soupir de frustration.
— En matière de femmes, personne ne peut rivaliser avec toi, papa.
— Tu me parles sur le même ton de reproche que ta mère.
— Désolé.
Son père demeura silencieux à l’autre bout du fil, attendant des explications.
— Elle était vraiment extraordinaire. Et j’espère que tu ne la connais pas.
Jason gloussa.
— Comment s’appelle-t-elle ?
— Laine Lamonde.
— Tu es à Paris ? demanda aussitôt Jason Scott. Quinn se frotta le front.
— Non. Je suis au Vendaz.
— Avec Laine Lamonde ?
Il n’était pas dans les habitudes de son père de poser autant de questions. Quinn gagna la
salle de bains, espérant trouver un message sur le miroir. Quelques mots pour lui dire qu’ils
allaient se revoir et qu’elle lui avouerait enfin ce qu’elle attendait de lui. Mais il n’y avait rien.
— Elle ne se trouve pas ici pour l’instant. Pourquoi ?
— Ce matin, j’ai lu dans le journal que son jet privé avait eu des problèmes mécaniques,
mais qu’il s’était posé sans encombre à Londres, hier soir.
— Papa, tu connais aussi bien que moi ce genre de ragots qu’affectionnent les magasines
people. On ne peut pas croire un mot de ce qu’ils racontent.
— Admettons. Ecoute, mon agent vient juste d’arriver. On se rappelle plus tard.
 
 
Quinn n’avait pas l’habitude de passer la nuit avec une femme et de se réveiller seul, sans
explication. Etrange.
La nuit dernière avait été la nuit la plus érotique qu’il ait connue, mais elle n’avait pas suffi à
dissiper ses soupçons. Laine s’était montrée sexy en diable. Elle était star jusqu’au bout des
ongles et, pourtant, elle n’avait pas voulu parler de son rôle, de son partenaire masculin, ni du
script comme il s’y attendait. Si elle ne l’avait pas complètement envoûté avec son numéro de
charme, il se serait montré plus circonspect, il aurait posé davantage de questions. Mais dès
l’instant où elle s’était mise à le séduire, il avait su ce qu’il voulait : elle.
En cet instant, tous ses sens étaient en alerte. Il sentait encore son parfum dans la chambre.
Mais tandis qu’il rassemblait ses vêtements, il remarqua que les siens n’étaient plus là. Il jeta un
coup d’œil dans la salle de bains. Pas le moindre objet personnel. Pas de brosse à dents. Pas de
produit de maquillage. Pas même une brosse à cheveux.
Il regagna la chambre, ouvrit la penderie. Vide.
Il ouvrit les tiroirs de la commode. Vides aussi.
Pas un mot. Pas le moindre bas, ni la moindre épingle à cheveux. Et Laine avait disparu sans
lui demander quoi que ce soit.
Quelque chose ne collait pas.
Quinn enfila ses vêtements, un sourire aux lèvres. Si Laine entendait jouer les amantes
mystérieuses pour capter son attention, c’était réussi. Elle l’avait intrigué dès leur rencontre et
n’avait cessé de le surprendre toute la nuit. Et ce matin encore, en disparaissant comme elle
l’avait fait. Décidément, elle avait le sens de la mise en scène. Toutefois, son attitude ne faisait
qu’éveiller davantage ses soupçons. Que manigançait la petite friponne ?
Il ne tarderait certainement pas à le savoir.
Il rentra chez lui. Il se doucha, se changea avant de prendre le chemin du bureau, le corps
détendu, comblé-par cette merveilleuse nuit d’amour. Et pendant tout ce temps, il ne cessa de
penser à Laine.
Des images traversaient son esprit. Il la revoyait, ne portant que ses escarpins, son petit slip
de dentelle et son masque et lui ordonnant de se déshabiller ! Il la revoyait, penchée en avant et
faisant glisser son slip, ou encore debout, jambes écartées, sous la pluie, attendant qu’il la
pénètre.
Si elle parvenait à fixer sur la pellicule ne serait-ce que la moitié de l’intensité érotique
qu’elle avait créée cette nuit, dans la chambre, leur film allait faire un malheur et la dame risquait
bien de décrocher un Oscar. Elle s’était révélée une amante fantastique. Séductrice, mystérieuse,
envoûtante.
Il avait une envie folle de la revoir. Pour l’essentiel, il l’avait laissée diriger les opérations et
s’était plu à la voir se servir de ses atouts féminins pour faire monter la tension. Elle était très
forte à ce petit jeu. L’actrice ne l’avait pas déçu non plus. Bien au contraire. Elle l’avait
convaincu que son anglais était suffisamment bon et son accent français suffisamment léger pour
séduire le public américain.
Plus important encore, mêler travail et plaisir n’avait pas été une erreur. De toute évidence,
cette nuit lui avait plu autant qu’à lui.
Tandis qu’il songeait à leur prochaine remontre, Quinn ne pouvait s’empêcher d’éprouver
des soupçons. Pourquoi avait-elle voulu coucher avec lui ? De nombreuses femmes se jetaient à
son cou, mais elles attendaient généralement quelque chose en retour. Et il éprouvait toujours de
l’amertume à ne pas être désiré pour lui-même, mais pour ce qu’il représentait dans le monde du
cinéma.
Le refus de Laine de parler travail l’avait intrigué dès le départ. Et après qu’ils eurent fait
l’amour, voyant qu’elle ne lui demandait toujours rien, il en avait conclu qu’elle le ferait au
matin. Mais elle s’était levée et avait disparu avant qu’il ne se réveille. Elle ne pouvait pas mieux
s’y prendre pour se rendre inoubliable.
Il n’aurait su dire ce qui chez elle l’intriguait, au juste, mais elle l’avait fasciné dès le
premier instant…
Avant tout, il allait téléphoner à son agent, discuter du contrat et peut-être l’emmènerait-il
dîner, ce soir, pour fêter l’événement.
Il gara sa voiture et pénétra dans son bureau, content de lui et de ses projets. Il n’était pas
fréquent qu’il soit aussi impatient de travailler avec une star. Et il était encore plus rare que la
rencontre d’une nouvelle femme l’excite à ce point.
Maggie lui tendit une pleine poignée de messages et une tasse de café.
— Bonjour.
Elle ne fit aucun commentaire sur son retard et il lui en fut reconnaissant.
— Bonjour. Des messages importants ?
— Ils le sont tous.
Il but une gorgée de café et attendit que la caféine fasse son effet tout en regardant Maggie.
Comme d’habitude, elle portait ses cheveux relevés et de petites mèches flottaient tout autour de
son visage. Elle était flanquée d’une pile de contrats à sa gauche, de factures à sa droite, et face à
elle se trouvait un écran d’ordinateur offrant la liste de tous les messages téléphoniques reçus.
— Allons-y.
— Votre père d’abord.
— Nous nous sommes déjà parlé.
— Trois agents. Un metteur en scène. Peter Rege…
— Qui ?
— Le scénariste du film en tournage à Malibu, répondit Maggie. Il appelle tous les quarts
d’heure depuis plus d’une heure. Il dit que c’est extrêmement urgent.
Au ton sec de sa voix, Quinn comprit qu’elle ne considérait pas la chose comme une
urgence. Il pouvait compter sur Maggie pour filtrer ses appels et lui rappeler ses rendez-vous,
mais il faisait également confiance à son jugement.
— Que se passe-t-il ?
— Le metteur en scène ne veut pas de Poopsy sur le tournage et Rege ne peut pas corriger le
moindre dialogue sans elle.
Quinn leva un sourcil étonné.
— Poopsy ?
— C’est le caniche nain de Rege.
— Ah.
— Apparemment, Poopsy ne cesse d’aboyer après le premier rôle, raison pour laquelle elle a
été bannie du plateau. Et Rege a décrété qu’il ne pouvait plus écrire un mot de dialogue.
— Réglez le problème, je vous prie.
Maggie rédigea une petite note.
— Lorsque Rege rappellera, je lui dirai que vous songez sérieusement à engager un autre
scénariste.
Maggie était la meilleure assistante que Quinn ait jamais eue. Parfois, il avait le sentiment
qu’elle aurait parfaitement pu prendre sa place.
— Quoi d’autre ?
— Avez-vous lu le script de Kimberly ?
Maggie pouvait aussi se montrer insistante. Elle savait, aussi bien que lui, qu’il n’avait pas
lu le script. Et il n’avait pas échappé à Quinn que Kimberly et elle étaient devenues de très
bonnes amies. Raison pour laquelle il n’avait aucune envie de le lire. Il y avait de grandes
chances pour qu’il soit bon mais pas fantastique. Or, Quinn ne travaillait que sur les meilleurs
projets. Chaque idée devait avoir été méticuleusement fouillée, approfondie, testée. Et il n’avait
aucune envie de devoir dire à Maggie ou à Kimberly que son travail ne correspondait pas à son
seuil d’exigence. Il préférait donc ne pas le lire.
Toutefois, il n’allait pas pouvoir retarder indéfiniment l’échéance. Maggie était trop loyale
envers Kimberly pour laisser tomber l’affaire et Kimberly trop déterminée à réussir pour ne pas
lui rappeler, elle aussi, ce qu’il avait à faire. Décidément, il était entouré de femmes tyranniques !
Quinn secoua la tête et Maggie pointa son stylo en direction de la pile de messages.
— Vous devriez répondre à ceux-là.
— D’accord.
— Un message de Laine ?
— Il devrait y en avoir un ?
Brusquement troublée, Maggie jeta un coup d’œil à l’écran de son ordinateur pour vérifier la
liste des messages.
— Non. Rien. Son agent a appelé, hier. Le message est dans le paquet.
Quinn hocha la tête et pénétra dans son bureau. Aussitôt la porte fermée, il passa en revue
les petites fiches jaunes annotées de l’écriture soignée de Maggie. Voilà. Il lut tout haut :
— « L’avion de Laine est retardé à Paris ».
Son estomac se crispa. Elle avait dû prendre un avion de ligne. Il s’installa dans son fauteuil
et pressa le bouton de l’Interphone.
— Maggie, appelez l’agent de Laine.
Quelques minutes plus tard, Maggie lui répondait sur l’Interphone.
— Vous avez Tyrol sur la trois.
— Merci.
Quinn pressa le bouton.
— Tyrol, désolé de ne pas vous avoir rappelé hier.
— Pas de problème. Les ennuis mécaniques du jet de Laine sont réparés. Elle m’a dit hier
soir, qu’elle devrait arriver à New York aujourd’hui. Elle souhaite faire quelques emplettes, puis
gagner la côte en début de semaine prochaine. Nous pouvons déjeuner ensemble.
— La semaine prochaine ?
Quinn faillit lâcher le combiné. Les pensées se précipitaient dans son esprit. Si Laine était à
Paris la veille au soir, elle ne pouvait pas se trouver avec lui.
Il en fallait beaucoup pour déstabiliser Quinn, mais là, il sentit ses tempes devenir moites, et
ses cheveux se hérisser sur sa nuque.
— Très bien, réussit-il à répondre. Maggie se charge d’organiser le déjeuner.
Il raccrocha, les sourcils froncés.
Ce n’était pas avec Laine Lamonde qu’il avait fait l’amour.
Voilà pourquoi la jeune femme avait refusé d’ôter son masque. Il avait pensé qu’elle s’en
servait uniquement pour accroître le mystère de leur aventure. Il n’était pas étonnant qu’elle n’ait
pas parlé travail. Pas étonnant non plus qu’elle ne lui ait rien demandé.
Nom de nom ! On s’était joué de lui. Mais pourquoi ? La mystérieuse inconnue était-elle une
actrice décidée à obtenir le rôle de Laine ? Pensait-elle qu’en couchant avec lui, il lui donnerait le
premier rôle dans son prochain film ?
Bon sang ! Il ne mangeait pas de ce pain-là. Il choisissait toujours l’actrice qui convenait le
mieux pour le rôle. Et il s’efforçait au maximum de séparer vie professionnelle et vie privée.
Quinn était dans le métier depuis trop longtemps pour se faire des illusions et penser qu’une
femme pouvait n’avoir envie de lui que pour lui-même. Avec l’exemple de ses parents sous les
yeux, il ne risquait pas de devenir naïf à ce point.
Avec qui avait-il fait l’amour, la nuit dernière ? Et pour quelle raison ?
Malgré sa colère, il ne pouvait empêcher la curiosité de le ronger. Aussi fou que cela puisse
paraître, il avait envie de revoir l’inconnue. Ils avaient partagé un moment intense ensemble,
qu’il aurait aimé renouveler.
Mais comment pouvait-il espérer la retrouver ? Il ne connaissait même pas son nom.
5.
 
 
 
 
 
 
Kimberly entra d’un pas alerte dans le bureau de Maggie, et lui adressa un large sourire.
— Alors, comment s’est passé le grand rendez-vous ?
— Chut, répondit Maggie, jetant un coup d’œil à la porte fermée de Quinn.
— Tu as réussi ? Il ne sait rien ?
— Quinn vient de parler à l’agent de Laine, répondit Maggie. Il a dû apprendre que la
femme avec laquelle il avait fait l’amour, la nuit dernière, n’était pas l’actrice française.
— Rien qu’à voir ton sourire, j’imagine qu’il ne sait toujours pas que tu avais pris la place
de Laine.
— Il n’en a pas la moindre idée.
Bien que Maggie n’ait pas fermé l’œil de la nuit, elle était toujours aussi surexcitée. Elle
avait fait l’amour avec Quinn tout en parvenant à garder son identité secrète. Il n’y avait vu que
du feu. Elle avait passé une nuit de rêve sans mettre en péril son travail. Tout avait donc marché
comme sur des roulettes. Elle était sur un petit nuage.
Ce matin, elle s’était éclipsée de l’hôtel avant le lever du soleil et avait regagné son
appartement. Grâce à la teinture fournie par le coiffeur, elle avait repris sa couleur naturelle.
Quant aux extensions, ce n’était pas un problème. En portant ses cheveux relevés, personne ne
s’apercevait de leur longueur.
— En tout cas, tu as l’air comblée.
— Hmm.
— Alors, dis-moi, sur une échelle de un à dix, tu le situes où ?
— Au-delà.
Kimberly se servit une tasse de café.
— Tu me donnes des détails ou il faut que je te les arrache ?
Maggie sourit.
— Du calme ou j’arrête de le tanner pour qu’il lise ton script !
— Oh, sois sympa… Entre copines, tout de même.
— Tu n’as qu’à faire travailler ton imagination, plaisanta Maggie.
— Très bien. Garde tes secrets. Puisque tu ne veux rien me dire, je vais aller demander à
Quinn de me raconter sa soirée.
Maggie savait Kimberly incapable d’une chose pareille. Quinn l’impressionnait beaucoup
trop. Mais, plus que tout, Maggie savait que son amie ne la trahirait pas. Elle était d’une loyauté
à toute épreuve.
Toutefois, feignant de la prendre au mot, Maggie la poussa vers la porte de Quinn.
— Vas-y. Si ça se trouve, il va croire que c’est toi la mystérieuse inconnue.
Kimberly baissa les yeux vers sa poitrine.
— Je n’ai pas franchement les mensurations requises.
Quinn choisit cet instant précis pour débouler hors de son bureau. Kimberly fit un bond et
renversa le contenu de sa tasse sur son chemisier. Elle sortit immédiatement un mouchoir pour
éponger le café, saisissant l’occasion pour s’éclipser, laissant Maggie seule avec leur employeur.
Oh, Seigneur ! songea Maggie en le regardant. Elle avait fait l’amour avec Quinn et il n’en
savait rien. Si jamais il l’apprenait, elle en mourrait de honte. Bien que la nuit ait été fantastique
et l’expérience nettement au-delà de ses espérances, l’aventure était terminée.
Quinn ne pouvait lui donner davantage que ce qu’ils avaient déjà partagé. Les relations sur
le long terme n’étaient pas son fort. Avec personne, d’ailleurs. L’exemple de ses parents l’avait
sans doute rendu allergique à toute forme d’engagement. Alors, pourquoi ne parvenait-elle pas à
se calmer ?
Maggie jeta un coup d’œil aux lèvres pincées de Quinn. Il n’était plus l’homme charmant,
détendu, qu’elle avait connu la veille. Il était nerveux, à cran. Bien fait pour lui ! Il avait eu la
part trop belle jusqu’ici, avec toutes ces femmes qui lui couraient après. Maggie était ravie d’être
parvenue à le déstabiliser.
Elle feignit l’inquiétude.
— Quelque chose ne va pas ?
— Exactement.
Il fronça les sourcils.
— Je veux que l’on m’installe une deuxième ligne privée dans mon bureau, avant demain.
Vous mettrez le numéro sur liste rouge. Non. Achetez une pleine page de publicité dans le
journal pour le diffuser.
Maggie retint avec peine un sourire.
— Et assurez-vous que c’est moi qui paie, pas le studio.
— Une pleine page ?
Elle avait sous-estimé son trouble et une intense satisfaction l’envahit. Il était sans doute un
peu mesquin de sa part de se réjouir ainsi. Mais après des années passées à fantasmer sur Quinn
alors qu’il ne lui prêtait pas la moindre attention, elle avait bien droit à sa petite revanche.
— Et voyez si vous pouvez réserver quelques panneaux publicitaires, ajouta Quinn.
Des panneaux publicitaires ! Maggie le reconnaissait bien là. Toujours dans la démesure.
Elle prit son air le plus innocent.
— Toujours à vos frais ?
Quinn poussa un soupir.
— Inutile de me harceler avec des détails.
— Loin de moi l’idée de vous harceler.
— Tant mieux. J’ai déjà suffisamment de problèmes avec la gent féminine.
Cette fois, Maggie ne put résister.
— Des problèmes avec la gent féminine ? Vous ? L’un des dix célibataires les plus
convoités selon les magazines people ?
Quinn perdait rarement son calme, il se contrôlait trop bien pour cela. Mais en le voyant
faire les cent pas devant son bureau, les épaules tendues et le regard sombre, Maggie comprit
qu’il était vraiment dans tous ses états.
— Je suis très sérieux.
— Très bien. Vous voulez que la pleine page et les panneaux mentionnent votre nouveau
numéro de téléphone et votre nom ? Quinn Scott, producteur, je présume ? lança Maggie en
saisissant son bloc. J’espère que vous n’avez rien de mieux à faire que de répondre au téléphone
parce qu’il va sonner sans discontinuer. Tout le monde veut devenir star de cinéma, vous ne
l’avez pas oublié ?
— D’accord. Je vais devoir me montrer plus discret.
Maggie observa Quinn du coin de l’œil. Il était tellement préoccupé qu’il n’avait même pas
remarqué à quel point son comportement l’amusait.
— Acheter une pleine page dans le journal et placarder des annonces dans tout Los Angeles
n’est pas ce que j’appellerais discret.
Maggie était aux anges. Jamais elle n’aurait cru réussir un coup pareil. Quinn s’immobilisa.
— Que suggérez-vous ?
— Moi ? Je ne sais même pas de quoi vous parlez.
Elle ne le savait que trop bien. Il voulait retrouver la femme avec laquelle il avait fait
l’amour la nuit précédente. Il voulait la retrouver elle. Elle faillit glousser, mais se retint et eut un
petit bruit de gorge étouffé.
— Ça va ? demanda Quinn, de nouveau en train d’arpenter la pièce.
Elle l’avait sous-estimé. Malgré ses enjambées furieuses et son humeur de chien, il avait
quand même remarqué qu’elle se retenait de rire.
Pour faire diversion, elle passa aussitôt à l’attaque :
— Allez-vous enfin m’expliquer ce qui se passe ?
— Non.
Elle jeta son stylo et son carnet sur le bureau et se cala dans son siège.
— Très bien.
— Si. Je vais vous le dire.
Maggie se contenta de le fixer. Jamais elle ne l’avait vu aussi versatile, changeant aussi vite
d’avis.
— Bon.
Elle le regarda arpenter la pièce. Il avait une énergie folle et une résistance incroyable. La
nuit dernière, il lui avait fait l’amour pendant des heures. Aujourd’hui, il était tout entier mobilisé
sur son histoire. Il avait une idée en tête et ne la lâchait pas. Mais peut-être allait-il changer
encore d’idée cent fois avant de décider d’une stratégie.
— Finalement, je ne sais pas, dit-il soudain.
Et voilà ! Exactement ce qu’elle avait prévu.
— Quinn, commença Maggie d’un ton qu’elle s’efforça de garder neutre. Visiblement, vous
n’avez pas encore pris de décision au sujet de ce qui vous préoccupe ? Et je ne suis pas devin.
J’ignore ce que vous avez en tête. Par conséquent, si vous voulez que je passe une annonce pour
vous, j’ai besoin d’en connaître le contenu.
Quinn la fixa, hocha la tête et changea de direction, fonçant droit vers son bureau.
— Je ne veux pas être dérangé.
Il referma la porte sans bruit, mais Maggie savait que seul son orgueil l’avait retenu de la
claquer.
Quelques instants plus tard, Kimberly réapparaissait, son chemisier mouillé sur le devant.
Elle jeta un regard méfiant à la porte fermée de Quinn.
— Que s’est-il passé ?
— Il essaie de me retrouver.
La voix de Maggie sonna étrangement, même à ses propres oreilles.
— Tu veux dire la Maggie de cette nuit ?
— Oui.
— J’ai dû le dissuader d’acheter une pleine page dans le journal et de réserver des panneaux
publicitaires dans tout Los Angeles.
— Non !
Kimberly se laissa tomber sur la chaise, en face de Maggie.
— Que vas-tu faire ?
Maggie gloussa, c’était plus fort qu’elle.
— Je ferai ce qu’il me dira de faire. C’est pour cela que je suis payée, et bien payée, non ?
— Maggie !
— Oui ?
— Ne me dis pas que tu ne te sens pas un peu coupable ? Il a vraiment l’air très perturbé.
Maggie haussa les épaules.
— Il s’en remettra. Et puis, ce n’est pas comme si je l’avais contraint à faire quelque chose
qu’il ne voulait pas faire.
— C’est vrai.
— Et tu ne veux pas d’une seconde nuit avec lui ?
— Je n’ai jamais dit cela.
A la seule perspective de se retrouver de nouveau dans les bras de Quinn, Maggie sentit un
délicieux frisson la parcourir et tout en elle crier : « Oui, oui, oui ! » Mais elle savait
pertinemment que passer plus de temps avec Quinn, c’était courir le risque d’être démasquée. Ce
qu’elle avait sous-estimé, en revanche, c’était le plaisir qu’elle prendrait à vivre une aventure
aussi passionnée. Et pour une fois, elle n’avait aucune envie de songer aux conséquences de ses
actes. Elle voulait profiter de ce qu’elle avait.
Kimberly s’empara de la tasse de Maggie. Elle but une gorgée de café et fit la grimace.
— Il est froid, se plaignit-elle avant d’avaler le reste d’une traite. Alors, que vas-tu faire, à
présent ?
Magie haussa les épaules et ne répondit pas.
 
 
Que faire ? songea Quinn. Grâce au bon sens de Maggie, il avait évité de se ridiculiser avec
ses panneaux publicitaires. Il ne savait pas ce qu’il ferait sans elle, surtout aujourd’hui, dans
l’état où il se trouvait. Il pouvait compter sur elle pour s’occuper du chien de Rege ainsi que des
milliers d’autres détails qu’il n’avait pas le temps de régler. Elle avait incontestablement un
brillant avenir de directeur de casting devant elle et si elle ne lui avait pas été aussi indispensable,
il lui aurait donné depuis longtemps un coup de pouce.
Maggie était une employée modèle. Elle ne lui demandait pas de rôles dans ses films pour
des proches et si elle le harcelait pour qu’il lise le script de Kimberly, c’était parce qu’il était tout
de même un peu anormal qu’il ne lise pas le travail de sa propre assistante de production. En
outre, Maggie avait l’art de lui simplifier la vie sans rien demander en retour. Il était d’ailleurs
vraisemblable qu’elle ne lui reprocherait même pas d’être en train d’arpenter son bureau plutôt
que de répondre aux nombreux appels qu’il avait reçus.
Pourquoi n’engagerait-il pas un détective privé ? songea soudain Quinn. Peut-être pourrait-il
relever les empreintes de l’inconnue sur la terrasse de la chambre d’hôtel. Ça ne devrait pas être
bien difficile, elle s’était cramponnée à la rambarde… Mais il s’agissait d’une chambre d’hôtel et
d’autres clients avaient dû y poser leurs mains, très certainement pour des raisons très
différentes !
Nom de nom ! Pour qui se prenait cette femme pour agir ainsi avec lui ? Il ne décolérait pas.
Mais en même temps, aucune femme ne l’avait jamais intrigué à ce point.
Elle mériterait qu’il oublie jusqu’à son existence, qu’il la raye de sa vie, purement et
simplement. Mais elle était parvenue à piquer sa curiosité et son orgueil et il ne rêvait plus que
de la battre à son propre jeu. Pour ce faire, il devait découvrir son identité, de préférence sans se
ridiculiser face à Maggie et au tout-Hollywood.
Heureusement que sa loyale secrétaire n’avait pas la moindre idée de ce qui se tramait. Il
imaginait déjà son sourire ironique si elle apprenait qu’une femme avait mis son patron dans une
situation aussi insensée. Il n’était d’ailleurs pas question qu’il lui révèle le moindre détail de cette
rencontre intime. Non seulement l’inconnue ne lui avait rien demandé, mais elle était partie sans
un mot, sans même lui dire son nom, après lui avoir fait vivre la nuit la plus extraordinaire qu’il
ait connue. Comme si ce qu’ils avaient vécu n’était pas appelé à se répéter.
Bon sang de bon sang !
Quinn se laissa tomber dans son fauteuil et pivota face à la baie vitrée. Dans les rues de Los
Angeles, des centaines de personnes vaquaient à leurs affaires et il aurait mieux fait d’en faire
autant. Au lieu de cela, il ne songeait qu’à son inconnue de la veille.
Il passa en revue les éléments susceptibles de l’aider à découvrir son identité. Elle était
arrivée dans la limousine du studio et avait séjourné dans la chambre réservée aussi par le studio.
Il décrocha son téléphone et composa le numéro du chauffeur.
— Charles, avez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel lorsque vous êtes allé chercher
Laine Lamonde ?
— Non, monsieur. Sauf, peut-être…
— Sauf quoi ?
— J’ai trouvé étrange qu’elle porte déjà son masque.
— Merci, Charles.
Encore une impasse.
Il n’y avait aucune empreinte de carte de crédit pour le renseigner. Pas de coup de fil. Pas
même quelques mots tracés de sa main. L’observation des photos des paparazzi ne le mena à rien
non plus. Personne n’avait vu le visage ce l’inconnue. Ni le chauffeur, ni les photographes, ni les
autres invités. Et lui, pas davantage.
Il pouvait très bien la croiser en allant déjeuner, en faisant son jogging ou dans l’ascenseur,
il ne la reconnaîtrait pas. Et, même si elle lui avait livré son corps, elle ne lui avait rien livré
d’elle, pas le moindre renseignement personnel.
La sonnerie de l’Interphone retentit soudait.
— Oui ?
Maggie semblait de nouveau en train de se retenir de rire.
— Poopsy vient de manger la perruque du metteur en scène.
— Et alors ? lui demanda-t-il, agacé.
Il n’avait vraiment pas besoin qu’on vienne le déranger maintenant. Il le lui avait pourtant
bien spécifié.
— Poopsy ne se sent pas bien. Rege veut l’emmener chez le vétérinaire, ce qui signifie
l’arrêt du tournage pour aujourd’hui au moins.
Le moindre arrêt se chiffrait en centaines de milliers de dollars compte tenu du personnel
mobilisé et des acteurs. Quinn se refusait à envisager cette situation, tout ça parce qu’un infâme
cabot avait la nausée.
— Ils ne peuvent pas appeler le vétérinaire ?
— Apparemment, il refuse de faire le moindre diagnostic par téléphone.
— Maggie, comment s’appelle ce sirop vomitif que l’on donne aux enfants ?
— Ipecac.
— Bien. Dites-leur d’en donner au chien.
— Supposons que cela lui soit fatal ?
— Voyez avec le vétérinaire. Qu’il vienne. Vous réglerez ses frais de déplacement et de
consultation, mais ne les laissez pas interrompre le tournage.
— Très bien. Ah, au fait, si vous voulez une annonce pleine page dans le journal de demain,
j’ai besoin du texte avant une heure.
Quinn relâcha le bouton de l’Interphone. Il devait exister une formulation meilleure que :
« Producteur recherche mystérieuse inconnue portant masque pour seconde nuit torride ».
Il poussa un grognement, furieux que son cerveau ne veuille pas fonctionner de manière plus
sensée. Il avait commencé sa carrière en écrivant des scénarios, il devait pouvoir trouver une
annonce plus subtilement formulée. Ceci dit, s’il restait trop vague, l’inconnue ne saisirait peut-
être pas le message. Et s’il se montrait trop précis, trop de gens devineraient ce qui lui était
arrivé. Quant à faire appel à une tierce personne, c’était hors de question. Il n’avait pas envie de
voir sa vie amoureuse étalée dans le journal du lendemain.
Jusqu’à présent, seule l’inconnue savait ce qui s’était passé et c’était très bien ainsi. Mais
Quinn songeait tout de même à en dire un mot à Maggie.
Quinn pianota du bout des doigts sur son bureau. Parler à Maggie pourrait bien être sa
meilleure chance. En tant que femme, elle saurait l’éclairer. De plus, il venait d’avoir une idée.
Il se leva d’un bond, sortit de son bureau et s’avança vers Maggie. Il attendit patiemment
qu’elle ait terminé ce qui ressemblait fort à une conférence avec le vétérinaire et le scénariste.
Elle parlait calmement, comme si elle avait affaire tous les jours à des urgences vétérinaires et
des scénaristes caractériels.
— Vous avez entendu, Rege ? Donnez à votre chien sa nourriture habituelle et du pain. Ce
qu’il a avalé devrait passer sans problème.
Au moment où Maggie raccrocha, Quinn bondit quasiment sur elle :
— Qui a signé le reçu pour les bijoux que Laine était censée porter ?
— Le réceptionniste de l’hôtel.
— Et où se trouvent-ils, à présent ?
Maggie ouvrit un tiroir et lui tendit un reçu faxé par le bijoutier qui avait prêté le collier et
les boucles d’oreilles.
— Les bijoux ont été retournés par coursier. Pourquoi ?
— Parce que la femme qui s’est fait passer pour Laine portait ces bijoux, la nuit dernière.
— Quelqu’un s’est fait passer pour Laine ?
Maggie ouvrit de grands yeux, songeant que si elle réussissait cette imitation de la surprise,
elle méritait carrément un Oscar !
— Et elle portait le collier et les boucles d’oreilles livrées pour Laine à l’hôtel ? Vous en
êtes sûr ?
Quinn lui jeta un regard noir.
— Elle est restée avec moi pendant des heures et elle ne portait rien d’autre que ces bijoux.
Alors, je le sais !
Maggie avala sa salive, la gorge soudain sèche.
— Vous prétendez qu’elle s’est glissée dans la chambre d’hôtel de Laine, qu’elle a emprunté
les bijoux, les a portés pendant qu’elle était avec vous et les a rendus ensuite au bijoutier ?
Vraiment, Quinn, je ne vois pas pourquoi elle ne les aurait pas gardés. Ils valent plusieurs
millions de dollars.
— Je devrais peut-être demander à la sécurité de l’hôtel de me montrer les vidéos.
Quinn ne semblait plus tout à fait aussi sûr de lui. De toute évidence, il ne voulait pas
ébruiter l’affaire et Maggie le comprenait parfaitement. De toute façon, ce que les caméras de la
sécurité montreraient, c’était Kimberly montant dans la chambre de Laine. Mais elle y avait été
envoyée par Quinn en personne pour livrer la robe. Personne ne saurait qu’elle était repartie avec
ladite robe dissimulée dans un sac.
Maggie songea qu’il était temps de calmer Quinn.
— Vous savez pertinemment que les bijoutiers ont affaire à des faussaires. Je suis certaine
que la femme qui vous a joué ce tour portait des copies.
Quinn la regarda bizarrement.
— Comment aurait-elle su ce que Laine allait porter ?
Mince ! Jamais Maggie ne se serait attendue à une telle réaction de la part de Quinn. Au lieu
de traiter cette aventure avec la désinvolture qu’elle lui connaissait, voilà qu’il l’interrogeait
comme s’il soupçonnait quelqu’un de son bureau d’être la mystérieuse inconnue.
Heureusement, beaucoup trop de personnes travaillaient pour les studios Simitar pour qu’il
puisse envisager la moindre piste. Néanmoins, Maggie sentit son estomac se crisper. Il fallait
qu’elle l’aiguille au plus vite dans une autre direction.
— Vous savez, dit-elle, le souffle un peu court, quelqu’un chez le couturier a pu parler des
bijoux au coiffeur qui, lui-même, en a parlé à une amie… C’est ainsi que les choses se passent la
plupart du temps. Ou bien le bijoutier a envoyé les bijoux en avance pour faire des photos de
mode avec Laine. Vous voulez que je me renseigne ?
— Non.
— Cette femme est vraiment parvenue à vous faire croire qu’elle était Laine ?
Quinn ne répondit pas. Il jeta le fax accusant réception des bijoux sur le bureau de Maggie.
— Il faut que je la retrouve, déclara-t-il.
— Pourquoi ? demanda Maggie, rangeant soigneusement le fax. Vous voulez l’engager pour
votre prochain film ?
Une lueur enflamma le regard de Quinn.
— C’est personnel.
— Oh !
Maggie ne pouvait plus rien dire, mais elle espérait qu’il allait poursuivre. Elle brûlait de
savoir ce qu’il éprouvait pour l’inconnue.
— Si vous voulez tout savoir, elle est sublime au lit, lança-t-il soudain.
— Vraiment ? Qu’a-t-elle fait pour vous impressionner à ce point ?
Quinn passa une main dans ses cheveux et le cœur de Maggie fit un bond. Seigneur, qu’il
était séduisant !
— C’est bien là le problème, dit-il. J’ignore pourquoi je ne parviens pas à me la sortir de la
tête.
— Bientôt, vous allez me dire que vous êtes amoureux, s’efforça de plaisanter Maggie, très
troublée.
— Je ne crois pas à l’amour, rétorqua Quinn.
— Vous n’avez jamais aimé personne ? Et vos parents ?
— C’est différent. Dans ce cas, il n’est pas question de sexe.
— Donc, si vous faites l’amour avec une femme, vous ne pouvez pas l’aimer. Drôle de
théorie !
Quinn fronça brusquement les sourcils.
— Je ne vois pas pourquoi nous sommes en train de discuter de tout cela.
— Parce que vous êtes dans tous vos états, lança Maggie d’un ton léger.
Si elle exprimait ne serait-ce qu’une once de pitié, elle allait déclencher sa colère.
— Et que vous avez peut-être besoin de tout mon bon sens pour vous remettre sur les rails.
Elle retint son souffle, attendant sa réaction. Allait-il de nouveau se réfugier dans son
bureau ?
Non. Il se laissa tomber sur la chaise en face d’elle.
— Je présume que vous croyez au coup de foudre ?
— Oui. Mon père affirme être tombé amoureux de ma mère au premier coup d’œil.
Quarante ans plus tard, ils sont toujours aussi amoureux.
— C’est curieux.
Maggie était consciente que dans le milieu du cinéma, à Hollywood, une relation durable de
ce type avait de quoi étonner.
— Et faire l’amour avec une femme dont vous ne connaissez même pas le nom, ce n’est pas
curieux ? rétorqua-t-elle.
Quinn rougit.
— Je croyais qu’il s’agissait de Laine Lamonde.
— Et vous n’avez jamais pensé que vous pourriez être amoureux d’elle ?
— Bien sûr que non.
— Dans ce cas, pourquoi ne laissez-vous pas tomber ? Visiblement, cette dame ne tient pas à
ce qu’on la retrouve.
— Et moi, j’ai peut-être mon mot à dire, non ? Elle débarque dans ma vie, puis elle disparaît.
Quelle femme faut-il être pour agir ainsi ?
— C’est vous qui dites cela ? Combien de fois êtes-vous sorti avec des femmes que vous
n’avez plus jamais revues ?
— C’est différent.
— Pourquoi ?
— Ce sont des rendez-vous de travail, vous le savez. Les femmes que je vois n’attendent
rien de moi si ce n’est un peu de publicité et, peut-être, un rôle dans un de mes films. D’ailleurs,
la plupart du temps, nous n’échangeons même pas un baiser.
Maggie le regarda, surprise de l’information que Quinn venait de lui donner. Jusqu’à
maintenant, elle était persuadée qu’elles finissaient toutes dans son lit. Combien de fois,
lorsqu’elle réservait la limousine ou le restaurait, n’avait-elle pas rêvé de prendre la place de la
femme que Quinn allait retrouver ?
— Et les réservations d’hôtel que vous me demandez de faire ?
— Encore de la publicité, rien de plus.
Maggie n’en revenait pas. Quinn n’était donc pas le séducteur qu’elle imaginait.
Elle réfléchit un instant. Finalement, cela correspondait assez bien au personnage. En
affaires, il était fidèle à ses partenaires. Depuis plus de dix ans, il travaillait avec les mêmes
comptables et les mêmes avocats. Certains metteurs en scène étaient même devenus des amis. Et
malgré une enfance difficile, il avait gardé le contact avec ses deux parents.
En le voyant sortir sans arrêt avec des femmes différentes, Maggie avait naturellement
conclu qu’il était un play-boy.
— Vous ne m’avez toujours pas dit en quoi la nuit dernière était si extraordinaire.
— Je ne sais pas.
— Je crois que si.
— Je vous ai dit que je ne sais pas.
— J’ai entendu.
Le silence retomba entre eux. Quinn était plongé dans ses réflexions. Maggie ne pouvait
s’empêcher de se demander s’il se souvenait de la nuit qu’ils avaient passée ensemble avec
autant d’émotion qu’elle.
— Elle ne m’a rien demandé et elle a même rendu les bijoux.
Quinn n’avait pas donné la réponse que Maggie attendait. Elle avait cru que s’il parlait, il
évoquerait la passion qu’ils avaient vécu dans les bras l’un de l’autre.
— Excusez-moi, dit-elle. Cette femme voulait faire l’amour avec vous, c’est cela ?
— Elle ne m’a rien demandé. Pas de rôle, pas la moindre photo, pas la moindre
recommandation auprès de qui que ce soit.
— C’était vous qu’elle voulait. Et vous seul.
— C’est incroyablement flatteur.
— C’est pour cela qu’il vous est aussi difficile de l’avoir perdue.
— Je la retrouverai, déclara Quinn d’un ton ferme.
Maggie sentit son cœur s’emballer. Elle avait pensé que pour lui, cette nuit ne serait pas
différente d’une autre et qu’elle ne compterait pas davantage à ses yeux que toutes les autres
femmes.
Avant de prendre la place de Laine, elle s’était demandé si elle ne se trompait pas, si faire
l’amour avec Quinn une seule fois suffirait à la guérir de lui. Et elle n’en savait toujours rien. Ce
qu’elle éprouvait était si confus. Elle avait besoin de temps pour y voir clair. Quelle ironie que
Quinn soit justement venu la voir pour lui parler et avoir son avis ! Pour la première fois, elle se
demanda si elle n’avait pas tout compliqué.
Elle plongea son regard dans celui brûlant de détermination de Quinn.
— Si vous la trouviez, si elle était là, en cet instant, à ma place, que lui diriez-vous ?
— Cela n’a aucune importance.
— Bien sûr que si.
— Pas tant que je ne l’aurai pas trouvée.
— Et comment allez-vous vous y prendre ?
— Je l’ignore, mais elle travaille certainement dans la profession. Elle savait que Laine
venait aux Etats-Unis et qu’elle avait reporté son rendez-vous avec moi. Elle savait quelle robe et
quels bijoux elle porterait. Ces informations ne pouvaient venir que d’une source interne. De
toute évidence, elle s’est donnée beaucoup de mal. Mais pourquoi ?
— Peut-être la trouverez-vous et pourrez-vous le lui demander, dit Maggie.
La sonnerie du téléphone retentit soudain, interrompant leur conversation. C’était Mia, une
actrice et ancienne amie de Quinn qui s’était mariée et était partie s’installer à Vancouver.
Maggie la mit en attente, curieuse de voir ce que Quinn allait faire.
— C’est Mia.
Il poussa un soupir.
— Dites-lui que je la rappellerai.
Elle s’exécuta, se demandant s’il ne voulait pas lui parler ou s’il préférait attendre un
moment plus intime. Elle n’aurait su le dire, son visage n’exprimait rien. C’était frustrant qu’il
puisse aussi facilement lui cacher ses pensées après ce qu’ils avaient partagé.
Qu’allait-elle faire ? Elle avait envie d’un autre interlude avec Quinn sans lui révéler son
identité, mais était-ce seulement possible ? Tout ce qu’elle savait, c’était que ce qu’ils avaient
vécu était merveilleux. Et bien trop court. Si tout espoir d’une relation à long terme était exclu,
elle n’avait cependant rien contre un deuxième petit tour dans ses bras. Et lui non plus,
visiblement. En fait, il semblait encore plus impatient qu’elle n’aurait pu l’espérer !
Quinn fronça les sourcils, frustré. Maggie, quant à elle, avait besoin d’être seule pour
réfléchir après tout ce qu’il venait de lui dire.
Toutefois, il était dans sa nature d’essayer d’arranger les choses et elle ne put s’empêcher
d’offrir à Quinn un peu d’espoir.
— Quinn, peut-être aura-t-elle gardé de votre nuit un souvenir si troublant que c’est elle qui
viendra vous chercher.
6.
 
 
 
 
 
 
Quinn resta dans le bureau de Maggie lorsque le téléphone se mit à sonner. Il savait qu’il
aurait dû retourner travailler, mais il n’avait pas envie d’interrompre la conversation avec elle. Il
cherchait des réponses et jusque-là, Maggie ne s’était pas montrée d’un grand secours,
contrairement à son habitude.
Elle décrocha.
— Studio Simitar. Bureau de Quinn Scott.
Elle écouta attentivement, puis raccrocha.
— Nous avons un problème.
— Lequel ?
— Laine Lamonde a fait venir son boston terrier, Molly, il y a deux mois. Le chien aurait dû
sortir de quarantaine aujourd’hui. Mais personne n’est là pour le récupérer.
— Et en quoi cela me concerne-t-il ?
— L’agent de Laine apprécierait beaucoup que vous vous en occupiez…
— Envoyez Kimberly.
— Impossible, répondit Maggie avec un grand sourire. Je crains que cela ne requière votre
intervention.
— Mais pourquoi Kimberly ne…
— Parce que seul le propriétaire ou le représentant du propriétaire peut récupérer le chien.
Le fax se mit soudain en route.
— Voilà l’autorisation qui arrive. Elle est à votre nom.
Quinn ravala une bordée de jurons. Pourquoi devait-il se soucier d’un animal ? Et Laine
Lamonde n’avait qu’à se trouver là pour récupérer sa bestiole.
— Depuis combien de temps le chien est-il en quarantaine ? demanda-t-il.
— Deux mois. Pourquoi ?
— Ce serait vraiment cruel de le laisser un jour de plus ?
— Je pense que Molly s’en accommoderait, mais tenez-vous vraiment à décevoir Laine ?
Quinn poussa un soupir.
— Vous avez gagné. Mais je veux que vous m’accompagniez.
— Moi ?
— Vous ne voulez tout de même pas que je tienne à la fois le volant et le chien, si ?
— Je peux vous réserver une limousine avec chauffeur.
— Non. J’ai besoin de conduire. Je réfléchis mieux au volant.
Quinn attendit que Maggie ait annulé ses rendez-vous et transféré ses appels sur un autre
poste. Puis ils sortirent dans la lumière éclatante du soleil. Quinn prit plaisir à traverser la ville.
En milieu de journée, la circulation était fluide et la conduite très agréable. Une découverte pour
lui.
Maggie ne se sentait pas tenue de faire la conversation et il appréciait cela. Elle comprenait
qu’il soit préoccupé. Il avait de la chance d’avoir une secrétaire comme elle. Il était temps que le
studio l’augmente.
Ils arrivèrent bientôt au bâtiment des quarantaines et montrèrent le formulaire d’autorisation
à l’employée.
Elle pointa l’index dessus.
— C’est un fax.
— Oui, et alors ? répondit Quinn, lui adressant son plus beau sourire.
L’employée ne changea rien à son air renfrogné.
— Un fax n’est pas une preuve légale.
— Qui a dit ça ? rétorqua Quinn.
— Mon patron. Si vous voulez vous défouler sur lui, prenez le couloir à gauche. C’est la
deuxième porte à droite.
Le patron en question, un petit homme chauve et chétif, affublé de grosses lunettes, jeta un
coup d’œil au fax et secoua la tête.
— Non. Ce n’est pas possible. Vous me faites perdre mon temps et vous perdez le vôtre.
Quinn allait bondit en avant, prêt à balancer un coup de poing sur le bureau, lorsqu’il vit
Maggie lui faire discrètement signe de la laisser prendre la situation en main.
— Excusez-moi, monsieur, commença-t-elle. Savez-vous que ce boston terrier appartient à
Laine Lamonde ?
— Jamais entendu parler d’elle.
— Et monsieur qui m’accompagne est le producteur Quinn Scott.
— Jamais entendu parler non plus.
— Mais vous avez certainement entendu parler de Jason Scott, insista Maggie, la patience
faite femme.
Quinn commençait à bouillir. Si l’homme n’avait pas entendu parler de son père, il ne
répondait plus de rien.
— Bien sûr que j’ai entendu parler de lui. C’est un fameux acteur.
— Eh bien, ce monsieur avec moi est son fils. Et la dame dont il veut récupérer le chien tient
le rôle principal dans son prochain film. Nous devrions être en mesure de vous inviter à la
première, votre épouse et vous, si vous nous aidez.
L’homme jeta un coup d’œil à Quinn.
— En effet, je vois une ressemblance.
Quinn se retint de lui lancer une réflexion cinglante. Il ne voulait pas anéantir les efforts de
Maggie.
— Et cette dame qu’il essaie d’aider se trouve en France. Elle a eu des problèmes d’avion et
s’inquiète énormément pour son chien.
Maggie en faisait-elle trop ? Non. Le minable petit bureaucrate lui mangeait pratiquement
dans la main. A la stupéfaction de Quinn, il lui adressa un clin d’œil.
— Vous savez ce qu’on dit ?
— Non ?
— Que les règles sont faites pour être transgressées.
Sur ce, l’homme sortit un imprimé, y inscrivit le nom du chien, celui de Laine et le numéro
de permis de conduire de Quinn. Puis il y apposa un tampon.
— Voilà. Apportez-le à Mandy. Le problème est réglé.
— Merci pour votre aide, dit Maggie.
Elle se pencha, prit une carte professionnelle sur le bureau.
— Nous n’oublierons pas notre engagement.
Mais le chien n’était pas encore récupéré. Mandy saisit le formulaire et le donna à une autre
fille qui promit d’amener tout de suite l’animal.
Trente minute plus tard, Maggie et Quinn attendaient toujours. Quinn commençait à
s’impatienter.
Maggie s’approcha de Mandy.
— Excusez-moi. Je me demandais si vous pourriez vérifier…
— Vous êtes encore là ? s’exclama l’employée, toujours aussi agréable.
Quinn réprima avec peine un soupir. Si elle avait, ne serait-ce qu’une fois, levé les yeux de
son écran d’ordinateur, elle se serait rendu compte qu’ils se trouvaient devant son nez !
Maggie éleva la voix.
— Je suis si inquiète au sujet de ce chien. Vous ne l’avez pas perdu, au moins ?
Dans la salle, les autres personnes qui attendaient pour reprendre leur animal froncèrent les
sourcils, inquiets. Derrière le comptoir, on entendait des chiens aboyer, des oiseaux pépier. Les
odeurs n’étaient pas faites pour rendre à Quinn sa bonne humeur.
— Peut-être devrions-nous retourner voir votre patron ? suggéra Maggie d’un ton
doucereux.
Quinn hocha la tête. La voir jouer sur la peur de l’employée était jouissif. Il savait que
Maggie avait le don de manipuler les gens, ce qui faisait d’elle une très bonne assistante. Il se
demanda soudain avec un soupçon d’inquiétude si elle l’avait déjà manipulé.
La fille censée ramener le chien fit soudain irruption et murmura à Mandy :
— Nous ne le trouvons pas.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Maggie, ne prenant même pas la peine de
dissimuler le fait qu’elle avait tendu l’oreille.
— Nous ne savons pas où se trouve le chien.
Maggie monta encore la voix d’un cran.
— Cela signifie-t-il que l’animal n’est jamais arrivé dans vos locaux ? Que vous l’avez
perdu ici ? Ou que vous vous êtes trompées et l’avez donné à quelqu’un d’autre ?
— Nous ne commettons pas ce genre d’erreur, rétorqua Mandy d’un ton vexé.
Mais Quinn surprit la peur dans son regard.
— Très bien. Dans ce cas, rendez-nous immédiatement l’animal.
Une heure plus tard, la seule explication que le centre put leur donner était que le chien avait
dû être joint par erreur à un lot envoyé à un éleveur à Ojai, une petite ville touristique située à
une heure environ, au nord de Los Angeles.
La journée étant de toute façon fichue, Quinn décida de s’y rendre. Ils disposaient
maintenant d’une photo de l’animal, presque attendrissant tant il était laid. Ses grands yeux
marron, son nez écrasé et ses taches noires et blanches devraient permettre de l’identifier assez
facilement. Quinn comptait, en outre, sur l’aide de l’éleveur.
Sur place, ce dernier s’excusa :
— Il est difficile de reconnaître un boston terrier d’un autre. A moins que ce ne soit votre
propre chien.
Génial ! se dit Quinn.
Maggie caressa un chiot qui lui lécha le menton.
— Avez-vous reçu le nombre prévu de chiens dans votre dernier lot ?
— Oui. Désolé. Et je les ai déjà tous vendus.
Maggie et Quinn se regardèrent, choqués. La tâche devenait de plus en plus ardue et pleine
de complications.
— Mais je peux vous donner les noms et les adresses des propriétaires, continua l’éleveur,
imperturbable.
— Vous n’auriez pas de photos, par hasard ?
— Malheureusement non.
De retour dans la voiture, Quinn coupa la radio.
— Nous ne pouvons tout de même pas contacter tous ces gens et leur demander de nous
envoyer par e-mail une photo de leur chien… Bon. Que faisons-nous, alors ?
— Pourrions-nous nous arrêter pour manger un petit quelque chose ? Je suis morte de faim.
— Désolé. Vous auriez dû le dire plus tôt, répondit-il d’un ton un peu sec.
Maggie se fit la réflexion que son employeur pouvait se montrer insensible, parfois. En
particulier lorsqu’il était absorbé dans son travail. Ou dans la résolution d’un mystère. Il ne
voulait pas courir toute la Californie à la recherche du chien de Laine. Il voulait retrouver la
femme avec laquelle il avait fait l’amour. Mais il possédait encore moins d’indices à son sujet
qu’il n’en avait sur le chien. Lui au moins avait un nom… Pas la mystérieuse inconnue.
 
 
De retour chez lui, Quinn broyait carrément du noir. Il avait perdu sa journée à chercher le
chien de Laine et avait dû annuler un rendez-vous pour la première à laquelle il avait prévu
d’assister ce soir-là. Se pouvait-il que Laine Lamonde ait monté ce coup ? Il ne pouvait écarter
aucune possibilité, aussi improbable soit-elle. Mais pour quel motif l’actrice aurait-elle agi
ainsi ?
Il décida de prendre sa voiture pour aller faire un tour. Et essayer de mettre un peu d’ordre
dans ses idées.
Il envisagea la possibilité qu’un ami ou un rival lui ait envoyé une prostituée. Mais dans quel
but ? Quinn n’avait jamais eu recours à une prostituée, mais il était persuadé que la femme qu’il
avait tenue dans ses bras à l’hôtel Vendaz n’en était pas une. Son implication, le trouble qu’il
avait senti en elle n’étaient pas ceux d’une professionnelle. El la passion qui les avait unis n’était
pas non plus le fruit de son imagination. De plus, il n’était pas dans les habitudes de ses amis de
se livrer à ce genre de petit jeu. Et si tel était la cas, le plaisantin se serait certainement déjà fait
connaître.
Tout cela n’avait aucun sens.
Lorsque son portable sonna, Quinn vérifia l’identité de son interlocuteur. C’était Maggie.
— Que se passe-t-il ?
— J’ai retrouvé Molly !
— Bravo ! Où ?
— Ces idiots l’avaient envoyée à l’adresse de Laine au studio. Elle se trouvait parmi les
animaux du film que nous tournons sur Halloween. L’agent de Laine apprécierait que nous
l’envoyions à…
— Faites-le. Et merci, Maggie.
Au moment où Quinn raccrocha, son téléphone se mit à sonner de nouveau. Cette fois,
l’identité de l’interlocuteur était bloquée.
— Quinn à l’appareil.
— Bonjour.
C’était elle. La femme dont il ne connaissait pas le nom. La joie se mêla soudain à
l’excitation et Quinn se rangea sur le bas-côté.
Des milliers de questions se bousculèrent soudain dans son esprit. Quel était son nom,
comment s’était-elle procuré son numéro privé, avait-elle réellement un accent français ou se
servait-elle de ce subterfuge pour dissimuler sa véritable identité ? Mais il ne voulait pas
l’effrayer.
— Je suis heureux que vous ayez appelé, dit-il d’une voix qu’il s’efforça de conserver aussi
neutre que possible.
— Vraiment ?
Il sentit qu’elle hésitait, comme si elle était prête à raccrocher à la première erreur qu’il
commettrait. Il fallait qu’il la fasse parler et il espérait que ses talents de négociateur allaient lui
venir en aide.
— J’ai pris beaucoup de… plaisir en votre compagnie.
— Ce fut très agréable.
Ce fut  ? Il n’aimait pas l’entendre parler au passé. Comme s’ils n’avaient aucun avenir
ensemble, comme si la possibilité d’un autre rendez-vous n’existait pas. Quinn serra son
téléphone portable dans sa main, décidé à la faire changer d’avis, à ne pas perdre ce qui lui était
arrivé de mieux depuis si longtemps. En cet instant précis, il se sentait si bien, si vivant.
Le souffle suspendu, il attendit qu’elle prenne l’initiative. Elle n’en fit rien. Pourquoi avait-
elle appelé ? Il se garda bien de lui poser la question. Se demandait-elle s’il était raisonnable de
le voir en personne ? Accepterait-elle qu’il l’invite à dîner ?
Il en doutait. La nuit dernière, elle était venue à lui masquée. Aujourd’hui, elle ne se
montrait pas et avait bloqué son numéro afin qu’il ne puisse pas la rappeler. Il était clair qu’elle
souhaitait garder son identité secrète.
— Que portez-vous ? demanda-t-il.
Elle hésita. Sa question l’avait-elle pris au dépourvu ? Etait-elle habillée pour sortir dîner ?
Pour aller danser ? Passer la nuit en ville ?
— Je suis habillée de bulles.
— De bulles ?
— Je suis en train de prendre un bain. Et la douceur des bulles sur ma peau me fait penser à
vous.
Quinn eut soudain la bouche sèche en songeant à son corps nu caressé par la mousse
odorante du bain.
— Vous avez appelé l’homme de la situation.
— Vraiment ?
Quinn se sentait dans son élément, à présent. Il aimait le jeu.
— Vous vous souvenez de la façon dont mes nains jouaient avec vos seins, la nuit dernière ?
— Oui.
— Je veux que vous jouiez avec eux de la même façon.
Cette fois, elle n’hésita pas.
— Un instant, je vous mets sur haut-parleur afin de libérer mes mains.
Il entendit l’eau faire un bruit de vague et l’imagina glissant sur son corps, la pointe de ses
seins émergeant, rose et dure, de la mousse. Aussitôt, il fut en érection. Toutefois, aussi agréable
que soit la situation, il ne pouvait s’empêcher d’être surpris par la facilité avec laquelle
l’inconnue avait accepté sa suggestion. C’était elle qui l’avait appelé. Etait-elle en train de le
piéger pour le tourner en ridicule ?
— Vous m’entendez ? demanda-t-elle.
— Très bien.
Il réfléchit à ce qu’il allait dire et décida finalement qu’il était prêt à assumer les
conséquences si cette conversation devenait publique, d’une manière ou d’une autre.
— Vos mains sont sur vos seins ?
— Hmm. Et elles sont plus douces que les vôtres.
— Pressez leur pointe, ordonna-t-il.
— Mmm.
— Caressez-vous, à présent.
Quinn n’éprouva pas le moindre problème à donner des ordres. Bien qu’il n’ait jamais rien
vécu de tel dans sa vie, il savait exactement ce qu’il voulait qu’elle fasse. Et maintenant qu’elle
commençait à être excitée, il changea de sujet.
— Etes-vous en train d’enregistrer cette conversation ?
Elle eut un petit rire cristallin.
— Non. Je vous assure que si cette conversation devenait publique, j’aurais beaucoup plus à
perdre que vous.
— Et pourquoi ?
— Parce que vous êtes un homme puissant.
Quinn entendit un bruit d’eau en fond, mais rien qui permette de localiser l’inconnue. Pas de
bruit de circulation ou d’avion. Pas même un aboiement de chien.
— Un scandale ne ferait qu’accroître votre réputation. Moi, je pourrais perdre mon travail.
Quinn dut prendre sur lui pour résister à la tentation de lui demander où elle travaillait.
C’était probablement pour lui, dans la mesure où elle connaissait son emploi du temps et son
numéro de téléphone.
— Où sont vos mains ?
— Sur mes seins, exactement comme vous l’avez suggéré.
Il faillit laisser échapper un grognement à cette idée. Mais il devait se calmer, s’en tenir à ce
qu’il avait décidé.
— J’aimerais que nous concluions un marché.
Elle ne répondit pas. En fine négociatrice, elle s’efforça de le distraire.
— Les pointes de mes seins sont dures et sensibles. Et j’ai des frissons qui parcourent mon
corps… Peut-être devrais-je raccrocher.
Pourquoi fallait-il que Dieu ait doté l’homme d’un cerveau et d’un pénis, mais pas de
suffisamment de sang pour alimenter les deux à la fois ? Tout le sang de Quinn semblait avoir
migré vers le sud et il éprouvait plus de difficulté que d’ordinaire à garder l’esprit clair.
Toutefois, il décida de pousser un peu plus loin l’avantage.
— Je vais vous faire passer une heure très agréable au téléphone et vous me donnerez
quelque chose en retour.
— Vous croyez ?
— Demain, venez me voir à mon bureau, suggéra-t-il, espérant qu’elle ne raccrocherait pas.
Un long silence s’ensuivit, à l’autre bout ai fil. Finalement, elle parla :
— Dites-moi pourquoi vous souhaitez que nous nous revoyions.
Quinn sentit les battements de son cœur s’accélérer. Il savait qu’il devait être prudent et que
ce qu’il allait dire à présent serait peut-être la dernière chose qu’il lui dirait. Il écarta tour à tour
plusieurs possibilités et décida finalement de dire la vérité.
— J’ai adoré faire l’amour avec vous, mais je veux davantage.
— Davantage ?
— Vous m’intriguez beaucoup, admit-il. Je ne cesse de penser à vous.
Etait-il allé trop loin ? Pas assez ?
— J’aime l’idée que vous pensiez à moi. J’accepte donc les termes du marché…
Quinn serra le poing dans un geste de triomphe.
— … mais je mets une condition.
— Laquelle ?
Elle rit. Un rire un peu rauque, troublant, qui le fit frissonner.
— Quelle impatience ! Demain, je vous ferai parvenir un cadeau. Vous serez libre
d’accepter ou non de vous en servir comme je le demande.
Que de mystère… Que manigançait-elle ? Il ne voulait pas courir le risque de la braquer.
Aussi décida-t-il de prendre ce qu’elle lui offrait.
Il chassa l’air de ses poumons.
— Très bien. Marché conclu, lança-t-il.
 
 
Maggie n’avait jamais fait l’amour au téléphone. Et elle ne s’était jamais non plus regardée
dans un miroir tandis qu’elle se faisait jouir toute seule. Mais le seul fait d’entendre la voix
troublante de Quinn murmurer à son oreille avait eu d’étranges répercussions sur elle.
Brusquement, la secrétaire avait laissé la place à une femme audacieuse et entreprenante qui
savait ce qu’elle voulait et comment l’obtenir.
Maggie avait raccroché le téléphone, très satisfaite. D’abord, elle s’amusait beaucoup.
Ensuite, elle avait passé un moment divin. Et pour finir, elle découvrait que ses talents
d’organisatrice lui permettaient d’envisager bien d’autres plaisirs…
Elle entendait tenir parole, et rendre visite à Quinn, le lendemain, dans son bureau. Et peu
importait qu’il lui prenne l’idée de la faire surveiller. Elle n’aurait même pas à se cacher des
caméras de la sécurité pour mettre en place le plan qui avait mûri dans son esprit tandis qu’elle
l’écoutait parler. Aussi longtemps qu’elle parviendrait à garder son identité secrète, elle ne
risquerait pas de perdre son poste. Et maintenant que Quinn avait admis penser beaucoup à elle,
elle se sentait plus sûre d’elle et du rôle qu’elle jouait avec lui.
Sa propre audace, toutefois, l’effrayait un peu. Mais le goût de l’aventure et la curiosité
étaient les plus forts.
Faire l’amour avec Quinn avait été merveilleux, mais lorsqu’il lui avait dit qu’il voulait
davantage, son cœur s’était mis à battre comme un fou et elle s’était brusquement prise à espérer
que l’aventure dure. Elle n’envisageait pas pour autant une relation sur le long terme. C’était une
chose à oublier avec Quinn. Il était pure passion, pur plaisir éphémère… ce qui ajoutait encore à
l’ivresse.
Après avoir pris son bain, Maggie prévoyait d’aller directement se coucher. Elle n’avait pas
dormi la nuit précédente et la perspective de se glisser sous la couette, le corps pleinement
satisfait, était irrésistible. Mais au moment où elle sortait de la salle de bains, elle entendit sonner
à la porte.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Quinn ne pouvait pas l’avoir trouvée. Elle avait
bloqué son numéro avant de l’appeler. Et elle avait continué à prendre un accent français.
Elle regarda dans le judas.
Kimberly.
Que faisait-elle ici, un mardi soir ?
Un mardi soir ! Nom de nom. Elles étaient censées se retrouver en bas il y avait déjà un
quart d’heure. Elles devaient aller au théâtre ensemble.
Maggie ouvrit la porte.
— Je suis désolée. Ça m’est totalement sorti de la tête que nous sortions ensemble ce soir !
Kimberly jeta un coup d’œil à sa montre.
— Si tu te dépêches de t’habiller, nous pouvons encore être à l’heure.
Maggie ne voulait pas avoir l’air d’une lâcheuse. Elle n’appréciait guère les filles qui
laissent tomber les copines dès qu’elles ont un homme dans leur vie. Mais elle n’avait pas
l’énergie de s’habiller et encore moins de rester éveillée encore quatre heures.
— Ça te dérangerait que je n’y aille pas ? Je suis tellement fatiguée que j’arrive à peine à
garder les yeux ouverts.
Kimberly fronça les sourcils.
— Tu n’aurais pas un homme caché dans ta chambre, par hasard ?
— J’aimerais beaucoup, mais non.
— Pourtant, tu rayonnes…
— Est-ce que le sexe par téléphone peut se prendre en compte ?
Kimberly ouvrit des grands yeux et fila directement dans la cuisine de Maggie. Elle prit une
bière dans le réfrigérateur. Elle la décapsula, en avala une gorgée et s’installa à califourchon sur
une chaise.
— Ta vie me paraît nettement plus intéressante que la pièce que nous devions voir ! Dis-moi
que tu as appelé Quinn.
— J’ai appelé Quinn.
— Et ?
Si Maggie n’avait pas été aussi tourneboulée, jamais elle n’aurait avoué ce qu’elle avait fait.
Mais elle avait besoin de quelqu’un à qui parler et Kimberly pouvait l’aider pour son nouveau
plan.
Maggie se servit un verre d’eau et s’installa en face de son amie.
— Quinn sait que je ne suis pas Laine, mais il ne sait pas que je suis Maggie.
Kimberly leva les sourcils, d’un air interrogatif.
— Et alors ?
— J’ai accepté de le rencontrer demain. En personne.
— Tu plaisantes ?
— J’ai un plan.
Kimberly secoua la tête et avala une gorgée de bière.
— Tu joues avec le feu, tu vas te brûler.
— Eh, tu as été la première à me pousser pour le bal costumé, lui rappela Maggie. J’espérais
que tu pourrais m’aider, demain, en prenant ma place pour répondre aux appels téléphoniques. Je
vais lui dire que je suis malade.
— Je ne saurais même pas quels appels je dois lui passer ou non.
— Je te ferai une liste.
— Je ne risque pas mon job, au moins ?
— Bien sûr que non.
— Si Quinn découvre qui tu es et que je t’ai aidée, il nous mettra toutes les deux à la porte.
— Moi, peut-être, mais pas toi. Je lui dirai que tu n’avais pas la moindre idée de ce qui se
passait.
Ce que Maggie ne dit pas à son amie c’est qu’elle ne faisait pas cela uniquement pour elle.
Elle voulait offrir à Quinn ce qu’il n’avait encore jamais eu : une femme qui s’intéressait à lui
pour ce qu’il était et non pour ce qu’il pouvait lui donner. Et même si elle prenait un énorme
risque, elle ne pouvait résister à l’envie de lui faire ce plaisir.
— Quinn se mettra peut-être en colère, mais c’est un homme juste. Tu ne risques rien.
— Je ne sais pas.
— Si tu veux qu’il produise ton film, tu as besoin de contacts. Et il n’y a pas de meilleure
façon d’en avoir qu’en répondant au téléphone pour lui.
— Quinn m’impressionne tant qu’il me rend nerveuse. Ou je renverse mon café ou je fais
des choses stupides lorsqu’il est dans les parages. C’est déjà suffisant qu’il me prenne pour une
crétine sans…
— Arrête de chercher des prétextes. Ce n’est pas le moment de me lâcher. J’ai promis d’aller
le voir à son bureau demain et je ne pourrai pas, si tu ne me remplaces pas à mon poste.
— Qui te dit qu’il ne te reconnaîtra pas, cette fois ?
— Il sera en train de visionner son nouveau film dans son bureau.
— Oui. Et alors ?
— Il sera seul.
— Et alors ?
— Il n’y aura pas de lumière.
— Mais encore ?
Maggie n’avait pas l’intention de dévoiler tout son plan. Kimberly n’avait pas besoin de
connaître les détails intimes.
— Si les lumières sont éteintes, il ne pourra pas voir mon visage.
— Tu n’as quand même pas l’intention de le séduire dans son bureau ?
— Si, et c’est pour cela que j’ai besoin de toi. Pas de coups de fil. Personne pour nous
interrompre.
Kimberly poussa un soupir.
— Tu vas te faire prendre.
— Je serai prudente.
— Cesse de raisonner avec tes hormones et sers-toi un peu de ta tête. Imagine qu’il vérifie
auprès de la sécurité ?
— Il apprendra seulement que sa mystérieuse inconnue travaille dans l’immeuble ou bien
qu’elle se trouvait en possession d’un badge d’invité.
Kimberly termina sa bière.
— Suppose qu’il allume la lumière ?
— Il ne tient pas vraiment à savoir qui je suis.
Kimberly ouvrit de grands yeux.
— Comment le sais-tu ?
— Parce qu’il aime ce jeu. Et il ne veut pas davantage que moi que nos rencontres prennent
fin. Il ne m’aurait pas proposé de nous voir demain sinon.
Maggie ouvrit le placard et en sortit une boîte de chocolats qu’elle posa devant Kimberly.
— Alors, tu acceptes de m’aider ?
7.
 
 
 
 
 
 
Le lendemain, Quinn n’était vraiment pas dans son assiette lorsqu’il arriva au bureau. Après
sa conversation téléphonique avec la mystérieuse inconnue, il avait été incapable de trouver le
sommeil. Nerveux, il avait passé l’essentiel de la nuit à se tourner et se retourner dans son lit.
Jamais il n’avait été à ce point bouleversé par une femme. Finalement, aux premières lueurs de
l’aube, il s’était endormi d’un sommeil lourd.
Au réveil, déjà en retard, Quinn s’était douché à la hâte, se demandant si l’inconnue tiendrait
sa promesse de venir le voir. En règle générale, il pouvait compter sur la sécurité pour bloquer
les intrus à l’entrée, mais il avait toutes les raisons de penser qu’elle travaillait pour la Simitar.
Quinn se demanda si elle ne se jouait pas de lui. Ne serait-elle pas en train de le prendre dans
les filets de la séduction avec pour seul but de lui demander quelque chose plus tard ? Mais il
aurait toujours la liberté de dire non. Et en attendant, il entendait bien en profiter !
Malgré le manque de sommeil, Quinn était impatient de découvrir ce que lui réservait
l’inconnue. Aussi ne fut-il pas aussi perturbé qu’il l’aurait normalement été en voyant Kimberly
assise au bureau de Maggie.
— Bonjour, monsieur Scott, dit cette dernière.
Il eut un hochement de tête.
— Où est Maggie ?
— Elle est malade. Je la remplace.
Ce n’était pas bon, ça.
Quinn sirota un triple expresso, conscient qu’il allait avoir besoin d’une dose supplémentaire
de caféine pour faire face. Pourquoi fallait-il que Maggie s’absente justement aujourd’hui ? Si
l’inconnue se présentait, il aurait préféré qu’elle soit là pour gérer la situation.
— Des messages ?
Kimberly tendit brusquement la main vers la pile et tous les petits papiers s’envolèrent
comme feuilles d’automne.
— Oh, désolée…
Elle se jeta par terre pour les ramasser. Quinn recula prudemment.
— Je serai dans mon bureau.
Il emporta son café avant qu’elle ne le lui renverse et qu’il cède à la tentation de faire une
remarque sur sa maladresse. D’habitude, il aurait trouvé amusant que chaque fois qu’il rencontre
son assistante de production, pourtant si dégourdie dans son travail, une catastrophe se produise.
Mais aujourd’hui, il aurait préféré quelqu’un d’efficace et de compétent pour répondre au
téléphone.
Il avait du travail. Au lieu de demander à Kimberly de lui passer John Davis, il composa lui-
même le numéro.
Le talentueux metteur en scène décrocha aussitôt.
— Quinn, je peux te rappeler ? Je suis en retard de deux semaines sur le planning et j’ai
dépassé le budget de cinq millions.
— Et Gracie ? Elle est bien ?
Quinn connaissait l’actrice qui tenait le rôle principal.
— Bontiki et elle vont mettre le feu à l’écran, je t’assure. Dans la mesure où John travaillait
sur un de ses projets, Quinn n’aurait pu entendre meilleure nouvelle Il avait prévu que John
dépasserait le budget et aurait besoin de jours de tournage supplémentaires.
— Que penses-tu de Laine Lamonde ?
— Je ne la connais pas, mais j’ai entendu dire qu’elle se comporte en véritable diva…
— Il faut que nous parlions de ton prochain film.
— Laine a signé ?
— Son jet a eu des problèmes mécaniques. Elle devrait arriver bientôt.
— Et le rôle masculin ?
— C’est de cela que je veux te parler, justement.
— D’accord. On arrête le tournage vers 21 heures. Retrouvons-nous à 22 heures pour
prendre un verre, d’accord ?
— 22 heures. C’est parfait.
A peine eut-il raccroché que Kimberly l’appelait sur l’Interphone.
— Voulez-vous que je vous apporte vos messages ?
— S’il vous plaît.
Kimberly ouvrit la porte et entra sans se prendre les pieds dans le tapis. Puis elle traversa la
pièce et déposa les messages sur le bureau.
— Merci.
Un fracas métallique résonna soudain tandis que les pellicules de films lui échappaient et
roulaient sur le bureau, renversant le café de Quinn sur la pile de messages.
— Je suis désolée. Vraiment.
Quinn avait bondi avant que le café ne se répande sur son costume. Il jeta une poignée de
serviettes en papier sur son bureau pour éponger le liquide.
— Pourriez-vous vous détendre un peu ?
— Comment le pourrais-je alors que vous êtes la personne la plus importante de ma vie ?
— Je vous demande pardon ?
Quinn leva la tête et la regarda avec attention. L’espace d’un instant, il se demanda si elle ne
serait pas la mystérieuse inconnue. Mais non. Elle avait les cheveux bruns et longs jusqu’à la
taille. Elle était mince et très sage d’allure. Son inconnue était tout en courbes, plus grande et,
surtout, d’une audace que Kimberly n’aurait jamais, du moins pas avant longtemps.
— Je veux faire des films, monsieur Scott.
— Appelez-moi Quinn. Tout le monde m’appelle Quinn.
Il abandonna un instant le café pour la regarder. Elle avait le visage en feu et dans son regard
brûlait une détermination féroce.
— Croyez-vous que cela m’intéresse d’être assistante de production ? Je n’ai pas fait l’école
de cinéma pour me retrouver à aller chercher vos bobines de films, tous les jours, à l’aéroport. Je
veux écrire, mettre en scène, produire. Je fais tout ce que je peux pour cela, mais vous n’êtes
guère coopératif.
Quinn croisa les bras sur sa poitrine, dissimulant son amusement. Cette passion pour le
métier lui plaisait et voir Kimberly s’affirmer en l’affrontant, aussi.
— Vous me trouvez donc peu coopératif ?
— Avez-vous lu mon script ?
— J’ai été très occupé.
— Si je dois attendre que vous ne le soyez plus, nous serons tous les deux morts avant.
— Il est probablement dans un tiroir, dans le bureau de Maggie. Si vous alliez le chercher ?
— Pourquoi ?
— Il n’est sans doute pas très adapté pour éponger le café, je vais donc le lire, répondit
Quinn avec un petit sourire.
Kimberly serra les poings et leva le menton d’un air de défi.
— Si vous ne le lisez pas ce mois-ci, je l’enverrai à un ami chez ADM.
— Vous venez de commettre votre première erreur, dit Quinn d’un ton aimable. Jusque-là,
c’était très bien.
Kimberly se troubla.
— Leçon numéro un : j’ai dit que je le lirai, vous aviez donc obtenu ce que vous vouliez.
C’était le moment de vous taire. Votre menace allait trop loin et aurait pu me braquer. Ce qui
n’est pas le cas. Alors, du calme, O.K. ?
— Désolée. Tout cela est nouveau pour moi.
— Si vous mettez la même passion à écrire qu’à renverser mon café, votre script doit être
très bien.
Quinn baissa le regard vers les messages désormais illisibles.
— Vous souvenez-vous si quelqu’un d’important a appelé ?
— L’agent de Laine Lamonde. George Lucas. Et votre père.
— Quelqu’un a-t-il appelé sans laisser de nom ? Kimberly le regarda et ouvrit de grands
yeux.
— J’ai reçu un appel étrange d’une femme avec un accent français. Elle n’a pas voulu laisser
son nom…
— A-t-elle laissé un message ?
— Oui. Elle m’a dit de m’assurer que vous regarderiez bien votre film à 13 heures précises.
Vous avez une idée de qui il s’agit ?
— Pas la moindre.
Ce qui était la vérité. Et Quinn n’aurait pas pu en être plus heureux.
— Si une femme se présente et dit avoir rendez-vous avec moi pendant que je visionne le
film, faites-la entrer. Ne la regardez pas trop attentivement et ne lui posez pas de questions, vous
risqueriez de la faire fuir.
Kimberly tourna autour du bureau pour éponger le café.
— J’ai compris.
 
 
Maggie dormit tard et se réveilla merveilleusement reposée. Après s’être fait un masque de
beauté, elle partit faire des emplettes au centre commercial proche de chez elle. Elle s’arrêta
devant une boutique de lingerie qui faisait des soldes et composa le numéro de son bureau sur
son portable.
Kimberly répondit à la première sonnerie.
— Bureau de M. Scott. Kimberly à l’appareil.
— Alors, comment ça se passe ?
— Maggie ! Où es-tu ?
— Je m’achète de la lingerie. Sais-tu pourquoi les strings sont-ils si chers alors qu’il n’y a
pratiquement pas de tissu ?
Kimberly ignora cette question purement rhétorique.
— Il va lire mon script, Maggie.
— Wouaouh ! Comment t’y es-tu prise ? Tu lui a flanqué un coup sur la tête avec ?
Kimberly se mit à rire.
— En fait, j’ai renversé du café partout sur ses messages et je l’ai agressé.
— C’est une technique qui en vaut d’autres…
— Je crois surtout qu’il est d’excellente humeur parce qu’il attend la visite d’une certaine
inconnue pendant qu’il visionnera son film dans le noir.
— Très bien. Mais j’ai l’intention de le faire attendre.
— Pourquoi ?
— Je veux qu’il soit particulièrement impatient de me voir.
— Je peux t’assurer qu’il l’est déjà.
— Et je veux que la sécurité me voie entrer dans le bâtiment. Si tu peux, avant de partir, dis
à Quinn que je suis passée prendre le double de mes clés. Demain, je lui dirai que j’avais
enfermé les miennes dans ma voiture en allant chez le médecin.
— Je vois. Si Quinn interroge la sécurité, ils confirmeront t’avoir vue.
— Exact.
— Mais si tu arrives alors que la pièce n’est plus plongée dans le noir, il va voir ton visage.
— Ne t’inquiète pas, j’ai tout prévu. Un paquet va arriver pour lui à 16 heures. Assure-toi
qu’il l’ouvre bien.
— D’accord.
— Merci, Kimberly.
— Ce serait plutôt à moi de te remercier. Si tu ne m’avais pas demandé de te remplacer, je
n’aurais jamais eu le cran d’affronter Quinn.
— Il va adorer ton script, j’en suis convaincue.
Maggie raccrocha, régla ses achats avec sa carte bancaire sans regarder le montant, puis elle
quitta le magasin, se demandant ce que Quinn ferait lorsque son paquet arriverait.
Elle l’imagina ouvrant la boîte qu’elle lui avait envoyée. Il y trouverait le cadeau promis. Et
ses instructions.
Elle était si impatiente, si tendue qu’elle parvint à peine à avaler sa salade. Quinn porterait-il
son cadeau ?
 
 
Quinn visionna le film, espérant à chaque seconde voir arriver la mystérieuse inconnue. Il
avait décidé d’interrompre le film dès qu’elle serait là afin que la pièce demeure plongée dans le
noir, protégeant ainsi son anonymat. Lorsqu’il vit qu’elle n’arrivait pas, sa déception fut grande.
Peut-être n’était-elle pas parvenue à franchir le barrage de la sécurité. Il ne voulait pas envisager
qu’elle ait pu changer d’avis.
Son excitation ne faisait que croître. Il passa l’après-midi en coups de fil professionnels, ce
qui n’améliora guère son humeur. Où était-elle ? Pourquoi ne venait-elle pas ou ne téléphonait-
elle pas pour le prévenir ?
La sonnerie de l’Interphone retentit soudain.
— Quinn, un paquet vient d’arriver pour vous, dit Kimberly. Il n’y a pas de nom
d’expéditeur.
Pas de nom ? Ce devait être elle.
— Apportez-le moi.
— Voici d’autres messages, également, dit Kimberly, posant le tout sur le bureau.
— Merci.
Miraculeusement, elle était entrée sans problème et sortit sans trébucher.
Quinn attendit qu’elle ait fermé la porte. Mais au moment où il s’apprêtait à ouvrir la boîte,
la sonnerie de son portable retentit. Peu de gens possédaient son numéro. Il vérifia l’identité.
C’était Derek Parker.
— Oui, Derek. Que puis-je faire pour vous ?
— Des rumeurs courent qui ne me plaisent pas beaucoup, déclara Derek sans préambule.
— Ah ?
— Oui. Laine est à Vancouver.
Elle s’y trouvait déjà ? Son agent avait dit à Maggie qu’elle projetait de s’y rendre bientôt.
Quinn savait que Derek n’était pas du genre à s’emballer pour rien et qu’il devait y avoir
problème. Heureusement que l’apparition de la fausse Laine à l’hôtel Vendaz n’avait pas fait la
une des journaux.
— Je vois l’agent de Laine la semaine prochaine, répondit Quinn.
— Dan O’Donnel se trouve également à Vancouver.
C’était donc cela !
— Celui qui la fera signer le premier aura mon appui financier, poursuivit Derek. Votre film
est meilleur, mais nous savons bien que c’est elle qui fera la différence au box office.
Quinn appréciait l’honnêteté de Derek. Son film se ferait, avec ou sans Laine, mais il avait
besoin d’un gros budget pour les costumes d’époque et la reconstitution des décors qu’il avait en
tête.
Il fallait absolument qu’il trouve Laine et la fasse signer avant O’Donnel. Il espérait
seulement qu’il n’était pas déjà trop tard.
— Merci pour l’information. Je crois qu’un petit voyage à Vancouver ce week-end
s’impose.
— Prenez le jet de la société.
Quinn jeta un coup d’œil à son agenda et nota dans un coin de sa tête de penser à dire à
Maggie d’annuler ses rendez-vous.
— Si nous faisions un golf, un de ces jours ? proposa-t-il.
— Lundi matin ?
— C’est parfait.
— Quinn, encore une chose.
— Oui ?
— J’ai entendu dire que Laine Lamonde était une dévoreuse d’hommes. Faites attention à
vous.
Le pouls de Quinn s’accéléra. Rien ne lui plaisait autant qu’un défi. Il se demandait soudain
si cette histoire d’avion et de retard n’avait pas été montée de toutes pièces par Laine, si elle ne
cherchait pas à faire monter les enchères. Intéressant, mais un peu mélodramatique. Il était vrai
que les actrices aimaient le mélodrame.
Il s’occuperait de Laine plus tard.
Il n’avait qu’une envie : ouvrir au plus vite le paquet anonyme. Dans la boîte, il trouva un
bandeau de soie noire et une petite carte. Son cœur se mit à battre plus fort lorsqu’il décacheta
l’enveloppe parfumée au jasmin. Les mots avaient été découpés dans un magazine et collés.
«  Cher Quinn,
Je ne tarderai pas à vous rejoindre dans votre bureau. Préparez mon arrivée en portant ce
bandeau. Et uniquement ce bandeau. Si votre porte est fermée, j’en déduirai que vous
m’attendez à l’intérieur. Nu. »
Quinn sourit devant tant d’audace. L’idée lui plaisait beaucoup et le mit dans un tel état
d’excitation que sa décision fut vite prise.
Il pressa le bouton de l’Interphone.
— Kimberly ?
— Oui ?
— La femme dont je vous ai parlé va me rendre visite.
— Celle qui n’a pas de nom ?
— Oui.
— Pourriez-vous attendre son arrivée et fermer la porte à clé en partant ?
— Certainement.
— Personne d’autre qu’elle ne doit entrer dans mon bureau.
— Monsieur ?
— Oui ?
— Comment saurai-je que c’est elle ?
Oui, comment Kimberly le saurait-elle ? Quinn réfléchit très vite.
— Je n’attends personne d’autre.
— Très bien. Maggie a enfermé ses clés dans sa voiture. Elle vient juste de passer prendre
son double. Elle m’a dit de vous avertir qu’elle serait là demain.
— Merci.
Quinn ferma les stores et tira les rideaux, enveloppant la pièce dans l’obscurité. Puis il
éteignit la lumière et se déshabilla totalement. Un rai de lumière filtrait sous la porte, suffisant
pour lui permettre de trouver le bandeau et de l’attacher sur ses yeux.
A présent, il ne voyait plus rien. Le cuir du fauteuil lui parut froid contre sa peau nue. Il
tendit la main à la recherche de l’enveloppe parfumée et respira l’odeur de jasmin. Elle le
rassura. Une femme bien réelle allait arriver.
Il sourit. Que penserait-on si on le découvrait ainsi, dans son bureau, nu ? Mais c’était
impossible. Kimberly était là et personne d’ailleurs ne se risquerait à entrer, surtout sans frapper.
Si Maggie avait été là, peut-être. Elle frappait et entrait parfois sans attendre. Mais elle était
absente. Donc, il ne risquait pas grand-chose. Et puis, il s’était toujours sorti de toutes les
situations…
Alors, pourquoi attendait-il, l’oreille tendue, attentif au moindre craquement, au moindre
souffle ? Tous ses sens en alerte.
Il était seul. Il l’attendait. Et chaque minute qui passait lui semblait une heure.
8.
 
 
 
 
 
 
Maggie pénétra dans le hall d’entrée et salua d’un signe de tête l’agent de la sécurité. Elle
tenait un mouchoir en papier sous son nez, mais elle était loin de se sentir malade. Chaque pas
qu’elle faisait dans son nouveau string lui rappelait où elle se rendait et pourquoi.
Son estomac se noua à la pensée de Quinn. Avait-il suivi ses instructions ?
A l’heure qu’il était, Kimberly avait dû dire à Quinn que Maggie était passée et repartie. Si
elle entrait dans son bureau et le trouvait habillé, elle redeviendrait sa secrétaire, venue récupérer
un dossier. S’il était nu et portait le bandeau, alors elle resterait pour jouer la mystérieuse
inconnue.
Elle prit l’ascenseur, les paumes moites, le cœur battant à tout rompre. Pour accompagner
son string, elle s’était offert un soutien-gorge très pigeonnant, dont le voile léger couvrait à peine
ses seins. Et la caresse de son corsage sur leur pointe dressée ajoutait encore à son excitation.
Le couloir était rempli d’employés quittant leur travail et se dirigeant vers la sortie. Elle
salua plusieurs connaissances avant de prendre un second passage pour atteindre son bureau.
Kimberly était assise, absorbée dans le tri des messages, mais elle leva les yeux dès que Maggie
entra.
Cette dernière posa un doigt sur ses lèvres, lui faisant signe de se taire. Elle ne voulait pas
que Quinn sache qu’elle était arrivée.
Kimberly lui fit comprendre que tout allait pour le mieux. Elle s’empara de son sac et quitta
le bureau, fermant soigneusement la porte à clé derrière elle. Un frisson parcourut le dos de
Maggie. Depuis trois ans qu’elle travaillait pour Quinn, jamais elle ne s’était retrouvée enfermée
seule avec lui.
Elle prit une grande inspiration pour se calmer.
A présent, tout ce qu’il lui restait à faire, c’était de découvrir le rôle qu’elle allait jouer :
Maggie la secrétaire ou Maggie l’inconnue ? A cette perspective, un désir violent assaillit ses
reins. Au creux de ses cuisses, la dentelle du petit string était déjà moite. Des réactions dont
Quinn ne saurait rien… à moins qu’il n’ait suivi ses instructions.
Maggie posa la main sur la poignée de la porte, les nerfs à fleur de peau. Tout allait bien, son
plan fonctionnait. Mais que se passerait-il si Quinn attendait qu’elle soit dans une position
compromettante et ôtait alors le bandeau ?
Elle avait beau avoir fait son possible pour ne rien oublier, le moindre petit détail pouvait la
trahir. Elle avait changé de dentifrice, de déodorant. Et elle ne portait pas son parfum habituel.
Mais pouvait-elle faire confiance à Quinn pour respecter les règles qu’elle avait édictées ?
Ses doigts serrèrent la poignée. Les pensées se bousculaient dans son esprit, de plus en plus
confuses. Bon, c’en était assez ! Peu importaient les risques. Elle avait décidé d’aller jusqu’au
bout de ce jeu et elle irait, quelles qu’en soient les conséquences. Elle s’aimait trop en femme
fatale téméraire et audacieuse pour s’arrêter en si bon chemin.
Elle passa sa langue sur ses lèvres sèches, imaginant Quinn de l’autre côté de la porte.
Pensait-il à elle ?
Se demandait-il si elle viendrait ?
Bandait-il déjà, très excité ?
Si elle partait à présent, elle ne saurait jamais ce qu’elle avait manqué.
« Ouvre la porte. »
Maggie ordonna à ses doigts de tourner la poignée.
La pièce était plongée dans l’obscurité. Elle pressa l’interrupteur et régla aussitôt la lumière
au plus bas.
Quinn était assis à son bureau. Torse nu, le bandeau sur les yeux. Il avait dû l’entendre
allumer la lumière, mais il ne dit rien. Il attendit qu’elle parle, comme s’il savait qu’elle allait
exiger quelque chose.
Prenant l’accent français, elle dit, d’une voix légèrement rauque :
— Si vous voulez que je reste, vous devez me promettre de ne pas enlever le bandeau tant
que je serai là.
— C’est d’accord.
Quinn ne voyait aucun inconvénient à faire ce qu’elle demandait. En fait, il commençait à
trouver que ne rien savoir de cette femme ajoutait encore à l’excitation de leurs rencontres. La
situation lui offrait tout ce dont un homme pouvait rêver : une femme incroyablement sexy, pas
d’engagement, pas la moindre responsabilité. Rien.
Il était prêt à renoncer à toute curiosité pour vivre des moments comme celui-ci. Le cliquetis
de ses talons sur le sol de marbre tandis qu’elle approchait fit courir un délicieux frisson le long
de son corps. Il se demanda ce qu’elle allait faire en premier. L’embrasser ? Le caresser ?
Elle passa derrière lui et son parfum titilla ses narines, l’enveloppa. Un parfum intense,
capiteux. Il eut envie de tendre les bras et de l’attirer vers lui. D’enfouir son visage dans ses
cheveux pour respirer ce parfum troublant. Mais il sentait qu’elle avait envie qu’il lui obéisse et
il demeura immobile.
Pour le moment.
Elle tira le fauteuil en arrière.
— Ah, vous avez un corps magnifique… qui n’attend que mes caresses.
— Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez que je fasse ? demanda Quinn d’un ton qu’il
voulait détaché.
Mais il était loin de l’être. Se trouver ainsi, nu, les yeux bandés, en train de discuter avec
l’inconnue en se demandant ce qu’elle allait faire, le mettait sur des charbons ardents. Il avait
envie d’agir. Et toute cette énergie qu’il devait contenir se traduisit par une formidable érection.
— J’aime beaucoup ce que je vois, dit-elle.
— Pourquoi ne vous mettez-vous pas à l’aise ? Vous pourriez peut-être ôter votre chemisier.
— Comme il vous plaira.
Le léger bruissement de la soie lorsqu’elle bougea lui donna une envie folle de la toucher.
Mais imaginer ce qu’elle était en train de faire l’excitait encore davantage. Déboutonnerait-elle
effrontément son chemisier ou prendrait-elle tout son temps, laissant ses doigts s’attarder ?
— Dites-moi ce que vous faites, demanda-t-il.
— Je déboutonne mon chemisier. Le bouton a résisté et mes doigts ont éraflé ma gorge. Ici.
Elle posa le bout de son doigt sur sa gorge pour lui montrer l’endroit et il sursauta, surpris.
Elle avait laissé un sillage de parfum derrière elle. Du jasmin, oui c’était cela. Le même
parfum que sur l’enveloppe du petit mot qui accompagnait le bandeau. S’il tendait la main, il
pourrait effleurer sa peau si douce. Cette seule perspective lui donnait le vertige.
— Avez-vous commencé à ôter le second bouton ? demanda-t-il.
— Oui. Il se trouve juste au creux de mes seins. A peu près là.
Cette fois, il était préparé à ce qu’elle le touche. Il sentit d’abord une mèche de cheveux
effleurer son épaule, ce qui aurait dû l’alerter. Mais lorsqu’elle le mordit puis lécha du bout de la
langue la petite meurtrissure, il dut se cramponner aux bras du fauteuil pour ne pas la saisir, la
plaquer contre lui et prendre sa bouche.
— Mon Dieu, que vous êtes tendu, dit-elle.
Il inspira profondément pour se calmer. Il la sentait ravie de sa réaction.
Elle effleura l’intérieur de sa cuisse.
— Ah, vous êtes exactement comme j’aime les hommes. Tendu et dur.
Oui, elle était définitivement ravie de voir son sexe dressé pour elle. Aucune autre femme
encore n’avait pris le temps de jouer à ce genre de petit jeu avec lui. Il trouva cette marque
d’attention extrêmement flatteuse et très excitante. Il se sentait devenir un adepte…
— Il est temps, je crois, de consacrer un peu d’attention au troisième bouton, non ? dit-il
d’une voix rauque.
— En effet. Ce matin, je suis allée faire des achats et je porte un soutien-gorge émeraude
avec un ravissant petit slip assorti. Quel dommage que vous ne puissiez me voir !
— Faites-moi une description.
— Le soutien-gorge moule mes seins et les fait pigeonner, exactement comme lorsque je les
remontais avec mes mains lors de notre conversation téléphonique. Je suis certaine que vous
aimeriez faire la même chose…
Il serra les dents pour résister à la tentation et ne pas faire, justement, ce qu’elle lui disait. Sa
voix chaude, sensuelle, ses paroles provocantes l’enflammaient au point qu’il aurait pu balayer
d’un revers de main tout ce qui se trouvait sur le bureau et la prendre là, tout de suite.
— Votre silence signifierait-il que j’ai toute votre attention ?
Elle l’avait. Et même au-delà. Il n’avait pas perdu un mot de ce qu’elle disait.
— Parce qu’il y a un détail dans ma nouvelle lingerie qui pourrait vous intéresser encore
davantage…
L’enjôleuse… Elle savait s’y prendre. Il crispa les doigts sur l’accoudoir du fauteuil. Pas
question de craquer.
— De quoi s’agit-il ? demanda-t-il, la voix rauque de désir.
Elle rit doucement, parfaitement consciente du feu qu’elle allumait en lui sans même l’avoir
touché. Il fallait qu’il se calme, mais comment ? Les paroles qu’elle susurrait ne faisaient
qu’attiser le brasier en lui.
— La dentelle de mon soutien-gorge est si fine qu’elle enveloppe mes seins sans les couvrir.
Je les vois au travers…
L’image qu’elle dépeignait réveilla son désir de la voir. Mais il dut se contenter du souvenir
de leur nuit ensemble. Elle avait de jolis seins fermes et ronds et il lui semblait sentir encore sous
ses doigts leur pointe dressée de désir. Une fois encore, il dut se cramponner aux accoudoirs pour
résister à l’envie de la toucher.
— Vos seins sont-ils tendus ? ne put-il s’empêcher de demander.
— A votre avis ?
Elle se pencha et effleura ses lèvres de la pointe d’un sein. Mais avant qu’il ait pu la saisir, la
prendre dans sa bouche, elle s’était écartée.
Une onde de chaleur l’envahit et il sentit ses tempes, sa nuque devenir moites.
— Vous me provoquez.
— Et vous adorez cela. Je me trompe ?
— Ce sera encore mieux lorsque nous pourrons nous toucher.
Sans prévenir, elle captura son sexe dans sa bouche, laissa doucement sa langue en caresser
le gland. Il tressaillit, le souffle court, soudain, tandis qu’une onde de chaleur balayait de
nouveau son corps. Mais, aussi soudainement qu’elle l’avait enveloppé de sa chaleur, elle
s’écarta et il sentit l’air frais balayer sa peau humide.
— Je vous toucherai où, quand et comment il me plaira, dit-elle. Mais, pour l’instant, ce
chemisier m’encombre. Je suis en train d’ôter les deux derniers boutons et ensuite, je
l’enlèverai…
Il l’imagina, ne portant que son soutien-gorge si sexy. Il imagina ses seins fermes et doux, la
pointe dure pressant la dentelle émeraude, comme un présent de Noël attendant qu’on lui ôte son
joli papier-cadeau. Il n’aurait jamais cru possible que son sexe durcisse encore. Il se tendit vers
elle, impatient. Mais au lieu de trouver sa chaleur, il ne rencontra que le vide.
Il entendit le bruissement du chemisier lorsqu’elle l’ôta et le cliquetis de ses talons
lorsqu’elle se tourna vers lui.
— Allez-vous pouvoir rester tranquillement assis pendant que j’ôte ma jupe ?
Quelle question ! Il avala sa salive, tendu. Il ne voulait rien lui refuser. Cependant, il n’était
pas certain de pouvoir faire ce qu’elle lui demandait. Et il ne voulait pas non plus lui mentir. Il
hésita.
— Alors ? insista-t-elle.
— Mon esprit dit oui, mais mon corps semble avoir d’autres intentions.
— Je m’y attendais.
— Vraiment ?
Cette inconnue le fascinait à bien des égards, décidément. Il ne connaissait pas beaucoup de
femmes capables de mettre sur pied un tel scénario et encore moins d’admettre avoir préparé
ainsi une rencontre. C’était prendre un risque, mais visiblement, elle considérait qu’il en valait la
peine.
Elle avait le don de lire en lui, d’aller chercher ce qui pouvait lui plaire et de le lui donner.
Elle semblait le connaître encore mieux qu’il ne se connaissait lui-même.
— Que penseriez-vous si je vous attachais au fauteuil ?
— Vous me voulez à votre merci ?
— Vous l’êtes déjà. Refuseriez-vous d’admettre l’évidence ?
Il voulut la mettre à l’épreuve.
— Supposons que je refuse ?
— Supposons que je parte ?
— Attachez-moi.
Il avait répondu à la provocation sans réfléchir, laissant parler son instinct. Mais il venait
peut-être de commettre la plus grosse erreur de sa vie.
— Ne bougez pas, dit-elle alors.
Il la sentit nouer un ruban autour de l’un de ses poignets, puis elle passa à l’autre. Un ruban
très fin, facile à rompre s’il le souhaitait. Un ruban purement symbolique, il le comprit soudain.
Elle savait que rien ne l’enchaînait mieux que son désir d’elle.
Lorsqu’elle eut terminé, elle posa un baiser sur ses lèvres, puis elle effleura sa mâchoire, sa
joue. Et tandis que sa bouche le caressait en douceur, d’un geste effronté elle referma une main
sur ses testicules, les pressa doucement, faisant se dresser son sexe. Puis, comme précédemment,
elle s’écarta. Ce mélange de douceur et d’audace la rendait totalement imprévisible et
incroyablement érotique.
Il entendit glisser la fermeture de sa jupe et demanda :
— Décrivez-moi vos sous-vêtements.
— Mon slip est émeraude et petit, très petit. En fait, il s’agit d’un string.
Son pouls s’accéléra soudain. Il avait besoin de la voir, de la toucher, et il eut toutes les
peines du monde à demeurer immobile sur son siège. Toutefois, il ne put résister à la tentation
d’en savoir davantage.
— Et quel effet vous fait-il ?
— Il épouse mes formes et se montre très indiscret. A présent, je me penche pour ôter ma
jupe.
— Approchez-vous que je puisse vous toucher.
Le cliquetis de ses talons lui Indiqua qu’elle accédait à sa requête. Le ruban était noué très
lâche et ne l’empêchait pas de bouger les mains. Elle se pencha vers lui et il sentit ses lèvres
effleurer les siennes.
Elle était tout près. Il tendit la main. Ses doigts rencontrèrent la dentelle du petit slip,
glissèrent sur sa peau douce comme de la soie.
Une caresse si troublante qu’elle sursauta. Sa tête heurta la sienne et le bandeau remonta très
légèrement sur son front. Et l’espace d’une seconde, avant qu’il ne glisse de nouveau sur ses
yeux, il aperçut le visage de la mystérieuse inconnue.
Maggie.
 
 
Si Maggie n’avait pas, à cet instant, glissé si langue dans sa bouche, il aurait sans doute
prononcé son rom.
Maggie était l’amante inconnue ! C’était elle qui avait pris la place de Laine, elle encore
avec qui il avait fait l’amour par téléphone. Elle qui était en train de le séduire et qui l’avait
voulu, nu, les yeux bandés, et attaché à son fauteuil dans son propre bureau.
Et elle n’avait pas vu le bandeau glisser. Les pensées tourbillonnaient dans sa tête. Il n’était
pas étonnant qu’elle le connaisse si bien et soit parfaitement au courant de son emploi du temps.
Mais alors comment était-il possible qu’il n’ait jamais su qu’elle embrassait avec une telle
volupté ? Comment se faisait-il qu’il n’ait jamais soupçonné que sous ses tailleurs stricts, se
cachait un corps aux courbes voluptueuses de déesse ?
Il était sous le choc et il lui fallut quelques instants avant de se rendre compte qu’elle avait
arrêté de l’embrasser. Cette découverte ne diminua en rien le désir qu’il avait d’elle.
La délicieuse, audacieuse et très sexy Maggie ! Il la désirait autant en cet instant que
lorsqu’elle était une mystérieuse inconnue. Maggie qui ne lui avait jamais rien demandé. Maggie
qui rendait vivable sa vie chaotique. Maggie qui était l’amante la plus extraordinaire qu’il ait
jamais connue.
— Je fais glisser mon string, l’entendit-il susurrer.
Il aurait pu prononcer son nom et mettre fin au jeu, mais pourquoi se serait-il arrêté alors
qu’il ne rêvait que de plonger en elle, dans sa chaleur, que chaque parcelle de son corps brûlait
de sentir la caresse de ses mains et que tout en lui réclamait davantage ?
Il ne parvenait toujours pas à croire que c’étaient les doigts de sa secrétaire qui déroulaient
ce préservatif sur son sexe. Et lorsque, finalement, elle s’assit sur lui, le prit en elle et se mit à le
chevaucher avec fougue, il oublia tout pour ne penser qu’au plaisir.
Le plaisir que lui donnait Maggie.
C’étaient ses seins fermes et durs qui frôlaient son torse, ses lèvres sur les siennes. C’était
elle qui l’enveloppait dans sa chaleur, qui l’exhortait à la suivre avec ces petits gémissements
rauques qui montaient de sa gorge. Déjà il s’abandonnait. Mais à l’instant où il sentit venir un
orgasme, ce fut encore elle qui s’écarta, le laissant au bord du vertige. Maggie qui pressa ses
doigts à la base de son sexe pour l’empêcher de jouir.
— Pas encore, lui dit-elle.
Son parfum le rendait fou. Et fou aussi sa façon de lui mordiller doucement l’oreille tandis
qu’elle tenait effrontément son sexe dans sa main.
— Je vais vous rafraîchir, puis je reprendrai tout depuis le début jusqu’à ce que vous soyez
en feu.
Elle s’éloigna, l’abandonnant, le souffle court, le corps moite de leurs ébats. Il l’entendit
ouvrir la porte de son réfrigérateur, puis la refermer. Quelques instants plus tard, elle était de
retour. Il sentit soudain qu’elle promenait un glaçon sur son torse, puis des gouttes d’eau glacée
couler partout sur son corps, enfin sa langue, experte, les recueillir sur sa peau.
Un bref instant, il eut une impression de fraîcheur, mais aussitôt le feu rejaillit, plus ardent
encore, et il se cramponna aux accoudoirs du fauteuil. Elle était partout mordillant son cou, ses
épaules, son torse. Et bientôt, elle fut sur lui et le prit de nouveau profondément en elle.
Il voulut se retenir, ralentir le rythme, attendre. Mais, déjà, il se tendait, prêt à jouir.
Lorsqu’elle s’écarta, cette fois, empêchant de nouveau l’orgasme de se produire, il retint avec
peine un cri.
— Vous pouvez attendre encore un peu, non ?
— Bien sûr.
Mais il n’aurait pas pu, sans cette pression qu’elle exerçait à la base de son sexe. Elle avait
pris le contrôle total de leurs ébats, y compris le moment de sa jouissance Jamais encore il
n’avait eu à ce point envie d’une femme.
— Je vais vous rafraîchir avec un autre cube de glace. Vous pensez pouvoir le supporter ?
Elle n’attendit pas sa réponse. Le glaçon qu’elle fit glisser le long de sa cuisse, puis sur ses
testicules laissa comme une traînée de feu. Il ne comprenait pas comment le froid pouvait créer
une telle sensation de chaleur, ni pourquoi il était en train de faire l’amour avec sa secrétaire.
Tout ce qu’il savait, c’était que s’il ne jouissait pas bientôt, sa tête allait exploser.
Ce satané cube de glace fondait beaucoup trop lentement ! Il serra les dents, déterminé à ne
pas dire un mot.
Et alors, elle le prit de nouveau en elle. Elle le chevaucha et, cette fois, ce fut lui qui
l’exhorta au plaisir avec ses baisers, les mots pressants qu’il lui murmurait à l’oreille.
Et elle jouit, en longs spasmes qu’il sentit se répercuter en lui. Il était comme fou. Ses seins
pressaient son torse, ses lèvres les siennes, tandis que sa langue prenait possession de sa bouche
en un baiser intense, brûlant. Il perdit le contrôle. Et soudain, il chavira, explosa, sa semence
chaude se répandant en elle.
Lorsqu’il fut de nouveau en état de penser, il se rendit compte qu’il avait brisé les liens qui
l’attachaient au fauteuil et qu’il la tenait serrée contre sa poitrine. Il la tint longtemps contre lui,
tendrement, tandis qu’ils reprenaient leur souffle et que leurs corps s’apaisaient.
Et il ne voulait pas penser que c’était Maggie qu’il tenait dans ses bras. En cet instant, après
avoir fait l’amour comme jamais il ne l’avait fait, il ne voulait penser qu’au bien-être qu’il
éprouvait, à l’incroyable sentiment de bonheur qu’il ressentait. Il serait bien temps plus tard de
décider de ce qu’il fallait faire.
 
 
Quinn laissa Maggie se rhabiller et s’en aller sans rien lui révéler de ce qu’il avait découvert.
Jamais il n’avait été bouleversé à ce point par une femme et il avait besoin de temps pour
reprendre ses esprits.
Il avait environ quatre heures devant lui avant de rejoindre Dan pour prendre un verre.
C’était suffisant pour faire un saut à Malibu et avoir une conversation d’homme à homme avec
son père. A sa place, beaucoup auraient considéré qu’aller chercher des conseils auprès de son
bon vieux papa était un aveu de faiblesse. Mais ils n’avaient pas Jason Scott pour père. En
matière de femmes, c’était un expert qui connaissait et comprenait les femmes mieux que
personne.
Le Pacifique était calme et la plage déserte. La maison de Jason était perchée sur la falaise ;
Bien que possédant un manoir à Beverley Hills, un immense appartement à New York et une
maison à Londres, c’était ici que Jason se plaisait le mieux.
Quinn fut accueilli par le majordome et, un instant plus tard, il rejoignait son père sur la
terrasse. Ce dernier abandonna la revue d’art qu’il était en train de lire et le serra dans ses bras.
— Qu’est-ce qui t’amène ?
— Une femme.
Jason leva un sourcil étonné.
— Qui ?
— Ma secrétaire.
— Elle est enceinte ?
— Non.
— Elle te trompe ?
— Non.
— Elle vend des informations aux paparazzi ?
— Non.
Du moins l’espérait-il.
— Alors, où est le problème ?
Jason s’installa dans une chaise longue, les bras croisés sous la tête, image même de la
décontraction. Et il avait tout, en effet, pour être à l’aise et heureux dans la vie. Son physique
avait fait de lui un acteur riche et populaire dont la carrière s’étendait sur plusieurs dizaines
d’années, et son charme attirait des myriades de femmes.
Si Quinn ne l’avait pas aussi bien connu, il aurait pu penser qu’il se moquait éperdument de
son problème. Mais ce n’était pas le cas. En dépit de l’image qu’il voulait donner, Jason Scott
était un homme cultivé et très intelligent. Mais l’intelligence effrayait les metteurs en scène et les
producteurs, et pouvait gêner une carrière. Le public, lui, aimait les acteurs abordables,
sympathiques. Les intellectuels le rebutaient, ce que Jason avait parfaitement intégré. Il maîtrisait
à la perfection son rôle de star.
— J’ignore ce que veut Maggie, avoua Quinn. Elle a pris la place de Laine Lamonde au bal
masqué, a feint un accent français et gardé son masque pendant que nous faisions l’amour.
— Et maintenant, elle te fait chanter avec ça ?
C’était étrange comme son père suspectait toujours le pire, songea Quinn. Comme lui,
d’ailleurs. Sans doute n’était-ce pas un hasard. Ils avaient ce cynisme en commun, mais peut-être
était-ce aussi une attitude propre à Hollywood.
— Non, elle ne me demande rien.
— Quel est le problème, alors ?
— Je ne comprends pas ce qu’elle manigance.
— Peut-être rien.
Quinn prit une chaise près de son père.
— Tu crois ça ?
— Non. Mais ça peut arriver. Ta mère est tombée amoureuse de moi avant que je sois
célèbre.
Le ton était un peu triste, mais philosophe.
La raison du divorce de ses parents demeurait un mystère pour Quinn. Ils ne voulaient pas
en parler. Il était clair qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre une grande affection et Quinn leur était
reconnaissant de ne jamais l’avoir poussé à prendre parti pour l’un ou pour l’autre.
Le silence était retombé. Ce fut Jason qui le rompit le premier.
— Je ne peux te donner aucun conseil sans un minimum d’information. Que me caches-tu ?
— Je ne suis pas censé savoir que c’est Maggie avec qui j’ai fait l’amour.
— Dans ce cas, pourquoi ne fais-tu pas tout simplement comme si rien ne s’était passé ?
— Je suppose que je pourrais…
Quinn savait qu’il ne pouvait suivre l’avis de son père et faire comme si rien ne s’était passé.
Mais il ignorait pourquoi. De toute évidence, Maggie avait touché une corde sensible chez lui.
Ces derniers jours, il avait eu l’impression de flotter. Il n’avait pas beaucoup dormi et pourtant, il
s’était senti deux fois plus d’énergie que d’habitude. Il le devait à Maggie et il n’avait aucune
envie de renoncer à elle, ni en tant que secrétaire ni en tant que merveilleuse partenaire…
Lui qui faisait toujours passer son travail avant tout, voilà qu’elle avait inversé ses priorités.
Mais au lieu de lui en vouloir, il avait envie de l’embrasser.
Jason sentit la réticence de son fils à lui en dire davantage.
— Elle est à ce point inoubliable ? demanda-t-il.
Quinn acquiesça d’un grognement, inquiet à la perspective que leur relation de travail puisse
changer. Elle avait un instinct extraordinaire et il ne voulait pas davantage se passer d’elle en tant
qu’assistante que cesser de lui faire l’amour.
— Tu pourrais tout simplement lui dire que tu sais que c’est elle qui a pris la place de Laine.
Quinn claqua des doigts et sourit pour la première fois depuis qu’il avait découvert que ses
sentiments pour Maggie étaient plus forts qu’il ne le soupçonnait.
— Je crois que je peux faire mieux que ça.
— Intéressant. Tu peux préciser ?
Quinn secoua la tête. Il pressa l’épaule de son père avec affection.
— Merci, papa. Tu m’as été d’une grande aide.
 
 
Maggie se rendit à son travail d’un pas léger le lendemain, ravie du tour qu’avait pris la
situation. Son aventure avec Quinn ne s’était pas limitée à une nuit.
Elle n’aurait su définir ce qui existait entre eux. Quinn n’était pas capable d’amour ni de
stabilité. Et même s’il n’était pas le play-boy qu’elle avait imaginé, il n’en était pas moins
perpétuellement sollicité par de nombreuses femmes et elle n’avait pas envie d’en souffrir.
Toutefois, elle ne voyait aucun inconvénient à poursuivre leurs petits jeux érotiques, d’autant que
son employeur n’avait pas le plus petit indice quant à sa véritable identité.
Lorsqu’il l’appela dans son bureau pour lui dicter un fax, elle ne put s’empêcher de songer
qu’hier il était assis là, à son bureau, nu, les yeux bandés et attaché à son fauteuil. A ce souvenir,
une onde de chaleur délicieuse traversa son corps. Mais elle ne montra rien de son trouble,
gardant prudemment les yeux baissés.
— A qui dois-je adresser le fax ? demanda-t-elle.
— Une amie. A Vancouver.
— Et cette amie a un nom ?
— C’est personnel. Sans doute devrais-je rédiger le message moi-même, mais j’ai pensé que
vous sauriez y apporter une petite touche sensible.
Maggie songea aussitôt à Mia. Elle avait appris que cette dernière était divorcée et qu’elle
cherchait de nouveau du travail dans le cinéma. Peut-être Quinn songeait-il à l’engager, mais il
avait dit que c’était personnel. De quoi pouvait-il s’agir ?
— Où dois-je l’adresser ?
— Je m’en occuperai. Vérifiez simplement le numéro au Canada avant d’envoyer le fax,
d’accord ?
— Certainement.
Maggie attendit, son stylo en suspens au-dessus de son bloc, que Quinn commence.
— « Ces derniers jours ont été les plus fantastiques de ma vie », commença-t-il.
Maggie se sentit fondre de bonheur. Peut-être Quinn avait-il été en contact avec une ex-
petite amie et cette lettre était un dernier adieu puisqu’il passait désormais du si bon temps avec
son inconnue.
— « La première nuit fut… »
— Oui ? dit Maggie, l’encourageant à poursuivre.
— « La première nuit fut de braise, à faire fondre les draps ».
Les draps ? Sans doute s’agissait-il d’une façon métaphorique pour parler de l’intensité de
leur nuit ensemble.
— « Et je n’avais jamais imaginé, après t’avoir parlé au téléphone, que je pourrais faire des
rêves aussi érotiques ».
Bon sang. Pourquoi ne pouvait-il être plus précis ? Quinn marqua une pause. Il se pencha
vers elle, jeta un coup d’œil à ses notes.
— Vous avez tout compris ?
Non, elle ne comprenait rien.
— Oui, répondit-elle.
Quinn n’était pas toujours très logique, sautant facilement d’un sujet à l’autre. D’ordinaire,
elle n’éprouvait cependant aucune difficulté à le suivre. Mais aujourd’hui, il se montrait très
déboussolant. S’il avait voulu le faire exprès, il ne s’y serait pas mieux pris.
— « J’ai particulièrement apprécié notre petit tête-à-tête dans mon bureau. Le bandeau m’a
excité au plus haut point ».
Oh, mon Dieu. Il parlait de ce qu’ils avaient fait ensemble. Sauf qu’il pensait que l’inconnue
était son ex… Pas elle.
Maggie sentit soudain son visage s’empourprer. Cherchant un prétexte pour disparaître, elle
laissa tomber son stylo et s’accroupit aussitôt pour le ramasser, ravie de voir qu’il avait roulé
sous le bureau. Lorsqu’elle se relèverait, Quinn attribuerait le rouge aux joues à sa recherche
frénétique.
Il fit le tour du bureau et l’aida à se relever, une lueur amusée dans le regard. Sortant un
stylo de sa poche, il le lui tendit, très galamment.
— Merci, dit-elle, prenant bien soin que leurs mains ne se touchent pas.
Il était si proche qu’elle pouvait sentir le parfum troublant de sa peau mêlé à celui de son eau
de toilette et les souvenirs encore si vifs de leur corps à corps l’assaillirent. Son cœur se mit à
battre comme un fou tandis que ses seins se tendaient et qu’une étrange langueur s’emparait de
son ventre et de ses reins.
Et il pensait que tout cela s’était passé avec Mia !
Elle avait pris tant de précautions pour dissimuler son identité et voilà comment elle était
payée de retour ! Elle avait envie de disparaître dans le sol.
Mais au lieu de cela, elle remit ses cheveux en place, lissa sa jupe et se rassit.
— Désolée.
— Relisez-moi la dernière phrase, demanda Quinn.
— « Le bandeau m’a excité au plus haut point », lut-elle.
Peut-être Quinn penserait-il que c’était l’audace du propos qui la faisait rougir.
— Ainsi, vous avez finalement découvert qui était la mystérieuse inconnue ?
— Oui, je crois.
— Et qui est-ce ? demanda Maggie d’une voix tremblante, le soupçonnant, en cet instant, de
jouer avec elle, de savoir que ce n’était pas avec Mia qu’il avait fait l’amour, mais avec elle,
Maggie.
— Je préfère ne pas le dire avant de m’en être assuré auprès d’elle.
Oh, Seigneur ! Tout allait bien. Il ne pensait pas que c’était elle.
Brusquement, Quinn plongea son regard dans le sien. Un regard intense.
— Avez-vous déjà fait l’amour les yeux bandés ?
Le pouls de Maggie s’accéléra. Quinn ne lui posait jamais de questions personnelles. Elle
crut d’abord qu’il la taquinait, mais peut-être la provoquait-il pour voir si elle avouerait.
Lorsqu’elle secoua la tête, il se contenta de sourire.
— Vous devriez essayer, un de ces jours.
Il avait parlé d’une voix neutre, comme s’il lui recommandait un bon restaurant. Sans doute
s’était-il rendu compte qu’il avait choqué sa très conservatrice secrétaire et voulait-il la mettre à
l’aise. Mais ce qu’il ne savait pas, c’était que cette seule perspective avait créé en elle un trouble
si violent qu’elle serra les jambes, sentant la moiteur qui caressait l’intérieur de ses cuisses.
Elle se reprit très vite. Et puisque Quinn semblait disposé à parler de sa vie amoureuse avec
elle, autan en profiter.
— Si je comprends bien, vous avez laissé une femme vous bander les yeux ?
— Plus exactement, elle m’a demandé de porter un bandeau.
— Ah.
— Et maintenant, je veux lui rendre la pareille.
— Hum.
— Il faut donc que j’aille à Vancouver. J’imagine que vous comprenez ?
Evidemment qu’elle comprenait. C’était simple. Il voulait faire l’amour avec la femme qui
l’avait séduit. Sauf qu’il pensait que cette femme habitait Vancouver.
Beau résultat, Maggie !
C’était probablement le moment de tout avouer, avant que Quinn ne bande les yeux d’une
pauvre femme qui n’aurait pas la moindre idée du type de jeu auquel il voulait se livrer. Mais nul
doute qu’il saurait la persuader et qu’il passerait un très bon moment avec Mia. Maggie en était
malade d’avance.
— Pouvez-vous faire vos bagages et être prête à 17 heures ?
— Vous voulez que je vous accompagne ? Je ne comprends pas.
L’espace d’un instant, Maggie pensa qu’il savait, mais il la détrompa aussitôt.
— Je prends le jet de la société. Nous pourrons travailler pendant le trajet aller et retour.
La situation ne pouvait pas être pire. Il voulait qu’elle vienne. Ainsi, il pouvait prendre le jet
de la société et combiner travail et plaisir. Les patrons étaient bien tous les mêmes !
— Quinn, je récupère tout juste de mon rhume. Je ne pense pas que l’avion soit bon pour
mes oreilles. Pourquoi n’emmenez-vous pas Kimberly ?
— Elle est trop maladroite. Emportez un spray décongestionnant et tout ira bien. Je vous
promets que vous pourrez dormir tard, le matin. Je veux du temps seul avec ma belle.
— Mais…
— Allons, Maggie, ne discutez pas.
Quinn sortit le bandeau de soie de sa poche et le fit glisser lentement entre ses doigts.
— Je suis impatient de le nouer sur ses yeux. Vous ne voudriez pas me faire rater cela, si ?
9.
 
 
 
 
 
 
Maggie rentra chez elle branchée sur pilotage automatique, bien contente de ne pas avoir
attrapé une contravention ni coupé un piéton en deux. Comment pouvait-il lui arriver une chose
pareille ? Comment un plan aussi bien ficelé avait-il pu tourner ainsi ? Quinn pensait qu’une
autre femme présidait à leurs rencontres intimes. Jamais elle n’aurait imaginé que les événements
prendraient cette tournure et elle en était bouleversée.
Elle pouvait révéler à Quinn toute la vérité ou garder le silence et le voir renouer avec
d’anciennes connaissances et passer d’une femme à l’autre en quête de la mystérieuse inconnue.
Lorsqu’il apprendrait que Mia n’avait pas pris la place de Laine, que ferait-il ? Se lancerait-il
néanmoins à l’assaut ? Cette perspective la hérissait. Pourquoi une autre femme tirerait-elle
bénéfice du plan qu’elle avait mis sur pied ?
Maggie gara sa voiture et grimpa quatre à quatre les marches jusqu’à son appartement. Elle
ne disposait que d’une heure pour faire ses bagages.
Elle s’accroupit pour tirer sa valise de sous le lit.
Mon Dieu, elle se sentait si mal tout à coup. Elle aurait eu besoin de se confier à quelqu’un,
une amie ou sa sœur dans le Michigan. Mais elle n’avait pas le temps. Elle empoigna la valise et
la posa sur le lit. Voilà à quoi elle en était réduite : faire ses bagages pour passer un week-end à
Vancouver pendant que Quinn renouerait avec son ex !
Ce n’était pas juste.
Maggie lança quelques sous-vêtements dans la valise. Non, ce n’était pas juste. Mais la vie
n’était pas juste.
Elle arracha quelques vêtements à leurs cintres et ils rejoignirent la valise, pêle-mêle avec
chaussures et chemisiers. Que lui importait comment elle serait habillée. Quinn ne s’intéressait
pas à ce qu’elle porterait.
Pourquoi n’avait-elle pas envisagé cette possibilité ? Quinn était imprévisible, certes, mais
elle était tellement occupée à vouloir dissimuler son identité qu’elle n’avait pas songé qu’il
pourrait penser à une autre femme. Et certainement pas à Mia.
Maggie passa en trombe dans la salle de bains. Dentifrice, déodorant, brosse, trousse de
maquillage.
Bon. Deux options se présentaient. Première possibilité : tout dire à Quinn et risquer de
perdre son poste. Ceci dit, il ne la renverrait pas forcément, mais elle ne se sentait pas prête à
affronter sa réaction. Deuxième possibilité : garder le silence et risquer de le perdre.
Le perdre ? Mais où avait-elle la tête ? Il ne lui appartenait pas. Il n’avait jamais voulu de sa
secrétaire pour partenaire, il ne voulait que la très sexy et très érotique inconnue.
Maggie tira sur la fermeture Eclair de la valise. Dans son désarroi, elle l’avait beaucoup trop
remplie. Elle s’agenouilla dessus, de tout son poids et tenta de la fermer. C’est à cet instant
qu’elle entendit la toile se déchirer.
Maggie se leva et, de rage, balança un coup de pied dans la valise. Que faire à présent ? Elle
n’en possédait pas d’autre.
La sonnerie de la porte d’entrée retentit soudain. Nom de nom, c’était Quinn qui s’arrêtait
pour la prendre en route pour l’aéroport. La sonnerie retentit de nouveau.
Soudain, il frappa à la porte.
— Allons, Maggie, dépêchez-vous. Il est temps d’y aller. Elle poussa un soupir et traversa la
salle de séjour pour aller ouvrir.
— Que se passe-t-il ? demanda Quinn lorsqu’il l’aperçut, les joues en feu et les cheveux en
bataille.
— La fermeture de ma valise a craqué.
Quinn jeta un regard circulaire à la pièce.
— Je présume que vous n’en avez pas d’autre ?
— Vous n’avez qu’à partir sans moi.
— Ne soyez pas ridicule. J’ai besoin de vous. Vous achèterez ce qu’il vous faut dans les
boutiques de l’hôtel.
— Ma carte bancaire est bloquée, rétorqua-t-elle, mentant effrontément.
— Nous mettrons vos frais sur le compte de la société.
— Mais…
— Allons !
Quinn la saisit par le bras.
— Soyez spontanée une fois dans votre vie !
Le ton était moqueur. Etait-ce ce qu’il pensait d’elle ? Qu’elle était une rabat-joie coincée,
incapable de la moindre excentricité ?
— Fermez la porte et allons-y.
Le chauffeur ne dit rien en la voyant arriver avec son vanity pour seul bagage. Il toucha sa
casquette d’un doigt pour la saluer et lui ouvrit la portière. Maggie se glissa sur la banquette en
cuir. Incapable de regarder Quinn, elle fixa le paysage au-dehors, le moral à zéro.
Il ne parut pas s’en offusquer et en profita pour passer quelques coups de fil. Elle l’entendit
cajoler un agent, flatter une actrice et exiger d’un auteur la remise d’un script dans les délais.
Elle avait l’estomac noué par l’anxiété. La limousine les déposa à l’aéroport privé et ils
montèrent dans le jet. Et, comme si Quinn avait été impatient de travailler pour garder le
maximum de temps libre sur place, il lui dicta des courriers pendant tout le vol jusqu’à
Vancouver. Epuisée, grognon et frustrée, Maggie ne rêvait plus que d’une douche, de se restaurer
un peu et de dormir. Mais bien sûr, il en fut tout autrement.
Quinn voulut pour qu’elle fasse les boutiques de l’hôtel dès leur arrivée et achète tout ce qui
lui était nécessaire. Il insista pour rester avec elle et, lorsqu’elle hésita entre deux robes, il prit les
deux de manière autoritaire. Puis il demanda à la vendeuse d’ajouter les accessoires et les
chaussures assorties.
— Nous ne pouvons pas mettre tout cela sur le compte de la Simitar, protesta Maggie.
— Allez-vous cesser de vous inquiéter ? Auriez-vous oublié que mon budget est quasiment
illimité ?
A son expression, il vit qu’elle allait discuter.
— Ecoutez, vous êtes fatiguée. Pourquoi ne montez-vous pas vous reposer dans votre
chambre perdant que je règle ces achats ?
— Très bien.
Maggie pressa le bouton de l’ascenseur. Elle ne reverrait sans doute plus Quinn avant
dimanche, lorsqu’ils rentreraient. En ne lui ayant pas dit la vérité, elle avait laissé passer sa
chance.
Il était temps d’affronter la réalité. Elle ne voulait pas renoncer à Quinn, le laisser à une
autre. Pourquoi ne pouvaient-ils tout simplement poursuivre l’aventure ? Etat-ce vraiment trop
demander ? Elle n’avait pas prévu toutes ces complications et, maintenant, elle se retrouvait
coincée.
Elle ne pouvait même pas en vouloir à Quinn, il ignorait avec qui il avait fait l’amour.
Quinn et Mia avaient-ils partagé semblable passion au lit ? Maggie poussa un soupir. Elle ne
voulait pas penser à cela. Et pourtant, elle ne cessait d’y penser.
Elle entra dans sa chambre et décida qu’elle n’allait pas passer le week-end à se lamenter.
Vancouver avait la réputation d’être une belle ville et elle n’y était encore jamais venue. Elle irait
faire du tourisme, prendre ses repas dans de petits restaurants bon marché où elle serait certaine
de ne pas rencontrer Quinn et Mia. Elle s’occuperait et n’aurait pas le temps de s’appesantir sur
son sort.
Maggie ôta ses vêtements et fila directement sous la douche. Elle prit son temps, se
chouchouta, profitant des produits offerts par l’hôtel. Et lorsqu’elle sortit, elle s’enroula dans
l’épais peignoir en éponge qui l’attendait. Elle espérait que ses nouveaux vêtements arriveraient
bientôt. En attendant, elle commanda de quoi se restaurer.
Elle alluma la télévision, mais rien ne retint son attention et ses pensées dérivèrent de
nouveau vers Quinn. Que faisait-il en ce moment ? Ou avait-il prévu de passer la soirée ? Et avec
qui ?
Elle éteignit la télévision avec un soupir.
Peut-être aurait-elle dû lui dire la vérité ? S’il la renvoyait, elle trouverait un autre poste
ailleurs. Elle n’aurait jamais dû laisser ce petit jeu aller aussi loin…
Lorsque Maggie entendit le petit coup discret frappé à la porte, elle alla ouvrir. On lui livrait
ses nouveaux vêtements dans tout une collection de sacs. Elle ne se souvenait pas d’avoir acheté
autant de choses, mais il était vrai qu’elle n’y avait guère prêté attention tant elle était obsédée
par son dilemme.
— Merci, dit-elle, donnant un pourboire au garçon d’étage.
— Oh, j’ai failli oublier. Vous devez ouvrir cette boîte en premier.
Maggie prit la boîte qu’il lui tendait. Avant même qu’elle ait eu le temps de poser la moindre
question, le garçon avait disparu.
Elle s’assit sur le lit et saisit l’enveloppe qui l’accompagnait.
Quinn lui envoyait sans doute du travail à terminer. Elle sortit la petite carte et lut :
« Je passerai vous prendre dans trente minutes. J’aimerais que vous portiez ceci. »
Intriguée, Maggie ouvrit le carton. Il contenait le bandeau de soie.
Oh, mon Dieu !
// savait.
Et pendant tout le trajet jusqu’ici, il lui avait laissé croire qu’il venait retrouver une autre
femme. Maggie avait envie de hurler. De rire et de danser.
Elle avait envie de l’embrasser et de l’étrangler en même temps.
Quinn savait que c’était elle l’inconnue et il avait encore envie d’elle. S’il lui demandait de
porter le bandeau, c’était qu’il n’avait pas l’intention de la renvoyer. Et il avait envie de
poursuivre le jeu, sinon il ne lui aurait pas demandé de l’accompagner.
Des larmes de soulagement et de bonheur emplirent ses yeux. Quinn savait et peu lui
importait que l’inconnue soit sa secrétaire. Cela non plus, elle ne l’avait pas envisagé. Jamais elle
n’aurait osé l’espérer. Soudain, toute sa fatigue s’envola. Elle se sentit légère comme une plume.
Elle se demanda quand il avait découvert son secret et comment. Mais, finalement, cela
n’avait aucune importance.
Il ne lui restait que vingt minutes. Vingt minutes pour être prête. Seigneur, qu’elle était
heureuse ! Non seulement Quinn ne lui en voulait pas de lui avoir joué ce tour, mais il avait
planifié un week-end entier à Vancouver avec elle.
Où Quinn allait-il l’emmener, les yeux bandés ? Maggie s’habilla à la hâte. Elle se rendit
compte alors qu’elle n’avait pas acheté de sous-vêtements. Ceux qu’elle portait durant le voyage
ne lui plaisaient guère et elle décida tout simplement de s’en passer. L’air frais qui se glissait
sous sa jupe, le long de ses jambes, la fit se sentir terriblement érotique. Et lorsqu’elle noua le
bandeau sur ses yeux, ses mains tremblaient d’émotion.
 
 
Quinn ouvrit la porte de la chambre de Maggie à 19 heures précises. Elle était assise, fin
prête. Elle ne portait pas le bandeau, mais le faisait glisser nerveusement entre ses doigts.
Déterminé, Quinn entra et referma doucement la porte derrière lui.
— Maggie, ça va ?
— Quand avez-vous compris…
— Que vous étiez la mystérieuse inconnue ?
— Oui.
Elle était plus nerveuse qu’il ne l’aurait cru. Mais avant la fin de la soirée, il espérait bien
qu’elle serait confortablement blottie dans ses bras. Toutefois, elle avait visiblement besoin de
mettre les choses au point, auparavant, et il pensait le moment venu d’avoir une petite
conversation.
— Le bandeau a glissé un instant, dit-il d’un ton léger.
Elle croisa les mains sur ses genoux. Elles tremblaient, mais pas sa voix lorsqu’elle
demanda :
— Et qu’avez-vous pensé en découvrant que c’était moi ?
— Que j’avais beaucoup de chance.
Il s’approcha d’elle, se baissa pour poser un baiser sur ses lèvres. Tendrement, il caressa son
poignet où son pouls battait à cent à l’heure.
— Ce fax que vous m’avez dicté était un piège. Il avait pour but de me faire croire que vous
veniez retrouver une autre femme.
— J’espérais qu’il vous ferait prendre conscience que vous pouviez venir me voir et tout me
dire. Quand alliez-vous m’avouer la vérité ?
— Vous avouer la vérité ? Alors que vous veniez retrouver une autre femme ? rétorqua
Maggie.
Elle marquait un point.
— En fait, je suis effectivement venu pour voir une autre femme.
— Je vous demande pardon ?
Quinn aurait préféré consacrer tout son week-end à Maggie, mais les affaires n’attendaient
pas.
— Laine se trouve à Vancouver et O’Donnel est en train d’essayer de la faire signer pour le
premier rôle dans un de ses films. Je dois absolument la voir…
— Parfait.
Le ton sec de Maggie le surprit. Lorsqu’elle voulut ôter sa main de la sienne, il la retint.
— Laine déjeune avec nous demain. Nous avons toute la soirée et la nuit à nous. Dites-moi
ce qui ne va pas.
Maggie secoua la tête.
— Pour quelle raison, au juste, m’aves-vous emmenée à Vancouver ?
— Pour que nous soyons ensemble.
Il aurait pu en dire davantage, mais il ne voulait pas aller trop vite.
— Il y a quatre ans que je travaille pour vous. Vous n’avez jamais eu envie de partir avec
moi.
— Nous n’avions encore jamais fait l’amour.
Maggie fronça les sourcils.
— Vous n’avez jamais fantasmé sur moi.
Quinn était assis à côté d’elle, sur le lit. Malgré le ton glacial de sa voix, il ne lui lâcha pas la
main.
— J’ai pour principe de ne pas sortir avec mes employées.
— Fausse excuse. Vous n’étiez pas intéressé.
— Je le suis, à présent, répondit-il simplement.
— Le sexe vous a plu, c’est tout, rétorqua Maggie, le regard enflammé.
Il acquiesça d’un hochement de tête.
— Et vous aussi.
— Vous ne saviez même pas qu’il s’agissait de moi avant que le bandeau glisse.
Il aurait fallu que Quinn soit vraiment idiot pour ne pas voir qu’elle souffrait, mais il ne
comprenait pas pourquoi. Toutefois, il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle ne se
contrariait pas facilement. Aussi s’exhorta-t-il à la patience.
— J’ignorais votre nom, c’est vrai. Mais j’ai tout de suite vu que vous étiez d’une nature
généreuse, pleine de flamme et de vie.
— Il ne s’agit là que de passion physique.
Allait-elle exiger de lui quelque chose pour poursuivre leur relation ? Quinn prit les devants.
— Ce que nous partageons est davantage qu’une simple passion physique. Dites-moi,
Maggie, pourquoi avez-vous pris la place de Laine ?
— Je croyais m’être bêtement amourachée de vous et je pensais que lorsque nous aurions
fait l’amour, je serais guérie.
Eh bien, voilà qui était honnête, au moins. Il était flatté que Maggie ait été à l’initiative de
leur relation. Mais il voulait davantage.
— Mais après avoir fait l’amour à l’hôtel, vous m’avez rappelé. Pourquoi ?
— Parce que vous êtes entré dans mon bureau, le lendemain matin, tout émoustillé par la
nuit que vous aviez passée avec moi. Alors, je me suis dit : pourquoi ne pas continuer ? Dans
mon esprit, il n’était pas question que vous sachiez qui j’étais.
— Pourquoi ?
Maggie eut un temps d’hésitation.
— Je craignais que vous ne me renvoyiez.
— Vous renvoyer ?
— Oui. Pour vous avoir menti. Mais, en même temps, je me disais que nous avions été si
bien ensemble… Je me suis rendu compte, alors, que vous ne me renverriez probablement pas.
— Non. J’eus été très ingrat compte tenu du plaisir que vous m’aviez donné, dit Quinn,
taquin.
Maggie poussa un soupir et ôta sa main de la sienne. Elle se leva, se mit à arpenter la
chambre.
— Vous dites m’avoir emmenée parce que vous vouliez passer du temps avec moi.
— Oui.
Les meilleurs moments que Quinn avait passés, cette année, c’était avec Maggie. Non. Les
meilleurs moments qu’il ait jamais passés dans sa vie, c’était avec Maggie. Il aimait travailler
avec elle. Mais plus important encore, elle lui donnait envie de sauter hors du lit, le matin, pour
découvrir ce qu’elle lui réservait. Maggie, si efficace, si compétente, était la femme la plus
excitante qu’il ait jamais rencontrée. Elle s’immobilisa devant lui.
— Et maintenant, que va-t-il se passer ?
Quinn ne savait pas comment interpréter cette question.
— J’ai pensé que nous travaillerions ensemble, que vous m’aideriez à convaincre Laine de
jouer dans mon prochain film et qu’ensuite nous passerions la soirée ensemble.
— Ça m’étonnerait.
Le ton sec, arrogant, le surprit. Apparemment, elle avait l’intention de mettre un terme à leur
histoire.
— Vous me signifiez que tout est fini entre nous ?
— Oui.
Elle avait l’air très sûre d’elle, et aussi très malheureuse. Et il n’avait pas la moindre idée de
la raison pour laquelle elle avait pris cette décision. Mais il n’avait pas l’intention de la laisser
partir.
Il tenait trop à elle, qui lui donnait tout d’elle sans rien demander en retour. Il l’aimait, mais
il sentait qu’elle n’était pas prête à entendre une déclaration. Il le comprenait très bien. Lui-
même avait peine à croire aux sentiments qu’il éprouvait. Pourtant, ils étaient bien réels. Et il
était heureux d’être capable de reconnaître une émotion qu’il n’avait encore jamais éprouvée,
jamais voulu éprouver.
Il n’était pas du genre à abandonner le combat et Maggie n’avait pas idée de l’entêtement
qu’il allait mettre à la garder. Il était passé maître dans l’art d’obtenir ce qu’il voulait. Et il
voulait Maggie dans sa vie. Jour et nuit. Pour toujours.
Convaincu qu’il parviendrait à la faire changer d’avis s’ils discutaient, il fit une ouverture,
espérant lui donner l’occasion de s’expliquer.
— Je ne comprends pas.
Elle lui jeta pratiquement les mots à la figure :
— J’avais prévu que nous ayons une aventure et nous l’avons eue. Maintenant, c’est
terminé.
— Parce que j’ai découvert que vous étiez l’inconnue ?
— Je ne vous dois aucune explication.
Les larmes jaillirent brusquement de ses yeux et elle se détourna.
Quinn se leva, la prit dans ses bras. Elle était douce, tremblante contre lui. Elle ne tenta pas
de lui échapper, mais ne s’abandonna pas non plus.
— Maggie, pourquoi mettez-vous un terme à ce que nous vivons ?
— Parce que vous n’êtes pas l’homme que je veux. Ne comprenez-vous pas que nous ne
sommes pas faits l’un pour l’autre ? Je ne veux pas passer davantage de temps avec un homme
avec lequel je n’ai aucun avenir.
Quinn accusa le coup. Ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre ? Il n’était pas l’homme qu’elle
voulait ? Comment pouvait-elle dire une chose pareille ? Pourquoi ne serait-il pas l’homme qu’il
lui fallait ? Il faisait confiance à son instinct et la femme qu’il tenait dans ses bras était tout à fait
celle qui lui convenait.
— Qui dit que nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre ?
— Moi.
— Et pourquoi ?
— Je suis une organisatrice à l’esprit pratique.
— Moi aussi, sinon je n’aurais pas réussi dans mon métier.
— Vous êtes une star, pas moi. Et je ne veux pas passer ma vie à essayer d’être ce que je ne
suis pas.
— Ne vous est-il jamais venu à l’idée que je vous aimais telle que vous êtes ?
— Vraiment ? Depuis quatre ans que nous nous connaissons, vous n’avez pas songé une
seule fois à m’inviter. Et vous voudriez me faire croire que vous m’aimez telle que je suis ? Ne
m’insultez pas, je vous en prie.
Quinn se retint de sourire. Même en colère, Maggie demeurait extrêmement polie.
— Ecoutez, il est vrai que je n’ai pas été à l’initiative de cette rencontre entre nous…
— Vous n’y avez même pas songé une seconde.
— Mais maintenant que notre relation existe…
— Maintenant que nous avons fait l’amour parce que je vous ai piégé, vous voulez dire.
— Je suis heureux que vous l’ayez fait.
Et, soudain, il comprit pourquoi il se levait chaque matin plein d’entrain. C’était grâce à
Maggie. Et pourquoi faire l’amour était devenu aussi extraordinaire. C’était encore grâce à elle.
Les mots qui lui échappèrent alors sonnaient profondément juste :
— Je vous aime, Maggie.
— Non, c’est faux.
Il sentit le corps de Maggie se tendre tandis qu’elle durcissait le ton :
— Vous avez envie de moi, ce n’est pas du tout la même chose.
— Je sais faire la différence.
— Oh, vraiment ?
Une lueur de colère traversa le regard de Maggie. Une colère mêlée de vulnérabilité.
— Vous avez peur et vous me fuyez. Mais je vous aime, répéta Quinn. Et nous sommes faits
l’un pour l’autre.
— Non, pas du tout. Nous travaillons très bien ensemble et nous faisons très bien l’amour.
Mais je refuse de croire que vous savez ce qu’aimer signifie. Si ça se trouve, demain vous aurez
déjà changé d’avis nous concernant. C’est un engouement purement physique que vous
éprouvez, pas de l’amour.
Elle venait de nouveau de lui dire non. C’était inouï. Il lui avait dit qu’il l’aimait. Peut-être
n’avait-elle pas entendu ?
Il fit une seconde tentative.
— Pourquoi refusez-vous de croire que je vous aime ?
Maggie se libéra de son étreinte. Il la laissa s’éloigner d’elle.
Il voulait voir ses yeux, mais elle évita son regard.
— Quinn, vous feriez mieux de partir.
— Non. C’est hors de question.
Il parlait calmement, malgré la colère qui bouillonnait en lui. Ses talents de négociateur
semblaient inefficaces. Si elle refusait d’entendre raison ou ne cédait pas à la douceur de ses
étreintes, il pouvait fort bien, étant son patron, l’obliger à rester en sa compagnie le temps de
décider d’une stratégie adéquate.
— N’essayez pas de jouer au chef avec moi, dit-elle, comme si elle avait lu dans ses
pensées.
— Ecoutez, il faut que nous dînions, de toute façon. Et j’aimerais beaucoup discuter avec
vous de la meilleure façon d’aborder Laine. Mais au préalable, je veux que vous répondiez à ma
question.
— Laquelle ?
— Pourquoi refusez-vous de croire que je vous aime ?
Elle écarta ses cheveux de son visage et leva fièrement le menton. Ses yeux bleus brillaient
de colère et de larmes contenues.
— Très bien. Puisque vous m’aimez, prouvez-le.
Ah, enfin une ouverture ! Même si Quinn n’avait pas la moindre idée du type de preuve qu’il
devait lui apporter pour qu’elle le croie.
Il resta silencieux et il vit la tristesse je peindre sur les traits de Maggie. Il n’eut plus qu’une
idée : chasser son chagrin. Couvrir son corps de baisers, du bout de ses petits orteils jusqu’à ses
lèvres si douces, lui vint aussitôt à l’esprit. Mais elle s’empresserait de dire qu’il s’agissait de
désir, pas d’amour.
— Que diriez-vous d’assurer le casting de mon prochain film ? proposa-t-il.
L’espace d’une seconde, le regard de Maggie pétilla d’enthousiasme. Mais très vite, il fit
place au dédain.
— Cette proposition prouve que vous avez confiance en mon jugement, pas que vous
m’aimez.
— Vous refusez ?
— A votre avis ?
— Vous devriez vous donner le temps de la réflexion. Quinn avait peut-être perdu du
terrain, mais ce refus de la part de Maggie le confortait dans ce qu’il n’osait croire : elle le
voulait pour ce qu’il était, pas pour ce qu’il pouvait lui apporter professionnellement.
En revanche, pourquoi avait-elle à ce point peur de ce qu’elle ressentait ? Parce qu’elle
éprouvait des sentiments pour lui, il en était certain. Sinon, elle n’aurait pas élaboré ce plan pour
le séduire.
Quoi qu’il en soit, il refusait de la perdre.
Malgré le recul de Maggie et la frustration qu’il éprouvait, Quinn savait qu’il parviendrait à
la faire changer d’avis. Dès qu’il aurait trouvé le moyen de lui prouver qu’il l’aimait. Ce
sentiment était tout nouveau pour lui, mais il la convaincrait qu’il s’agissait d’amour. Il y
mettrait l’énergie et le temps qu’il faudrait. Il avait toujours aimé les défis.
10.
 
 
 
 
 
 
Il l’aimait ?
Ces mots étaient bien les derniers qu’elle avait envie d’entendre de la part de Quinn. Fallait-
il qu’il ait été troublé par leurs ébats !
Finalement, elle avait accepté de dîner avec lui. Il l’avait emmenée dans un restaurant très
chic, avec vue sur le port, et s’était conduit en parfait gentleman, lui parlant essentiellement de
travail. Mais elle était trop bouleversée pour apprécier véritablement le repas. Et se retrouver en
face de Quinn, plus séduisant que jamais dans son costume sombre, n’avait pas arrangé les
choses. Epuisée nerveusement, elle lui avait demandé de rentrer à l’hôtel et s’était retirée dans sa
chambre.
Elle devait réfléchir, en particulier à la proposition qu’il lui avait faite concernant le casting
de son film. Quinn lui apportait son rêve sur un plateau d’argent. Une telle opportunité pouvait
ne jamais se représenter. Mais elle se sentait incapable de prendre la moindre décision
concernant sa carrière tant qu’un tel tumulte régnerait dans ses émotions.
Il lui avait dit qu’il l’aimait, mais il se trompait, bien entendu. C’était impossible. Comment
aurait-il pu la côtoyer durant quatre ans en ne voyant en elle qu’une assistante et tomber
subitement amoureux en moins d’une semaine ? C’était absurde. Même pour un homme sujet
aux extrêmes comme Quinn. Il avait pourtant l’air sincère en le lui disant, mais elle n’était pas
tombée de la dernière pluie.
Aussi, au lieu de la transporter de bonheur, la déclaration de Quinn avait-elle fait naître une
douleur qui ne voulait pas s’effacer.
Il avait raison sur un point : elle avait peur. Oui. Peur de le croire. Elle ne voulait pas aimer
un homme incapable de s’engager. De plus, même s’il était sincère, comment croire qu’il puisse
être si sûr de ses sentiments pour elle ? Et si vite ? C’était impensable.
Si elle n’avait pas mis le bandeau comme il le lui avait demandé, c’était parce qu’aussi forte
que soit son envie de poursuivre l’aventure, elle préférait y mettre un terme avant de souffrir.
Elle voulait choisir l’homme qu’elle aimerait, et ce ne serait pas Quinn. Il était trop beau, trop
séduisant. Trop riche et trop puissant. Elle ne voulait pas d’un homme qui escortait les stars de
cinéma aux premières et elle n’avait aucune envie de se trouver en compétition avec la première
petite starlette venue. Elle voulait un homme issu d’un milieu stable comme le sien. Tomber
amoureuse de Quinn pour voir les autres femmes passer leur temps à lui faire du charme ?
Impossible.
Alors, autant se mettre à l’abri et garder le souvenir des moments fantastiques qu’ils avaient
partagés. Restait maintenant à décider si elle souhaitait demeurer son assistante. Cela ne
paraissait guère judicieux. En effet, elle ne pourrait pas faire comme si rien ne s’était produit.
Aussi le moment était-il peut-être venu pour elle de poursuivre sa route. Peut-être devrait-elle
accepter l’offre de Quinn et s’en servir comme de tremplin pour se lancer dans une nouvelle
carrière. Au début, elle pourrait prendre un associé pour partager les frais. Elle avait tous les
contacts nécessaires.
Toutefois, accepter la proposition de Quinn signifierait rester en relation avec lui et Maggie
n’était pas certaine d’en être capable. Il l’avait accusée d’avoir peur des sentiments qu’elle
éprouvait, mais il se trompait. Elle avait tout simplement les pieds sur terre. Et si elle les avait
vraiment, elle devait accepter son offre. C’était une opportunité à ne pas laisser passer.
Maggie se mit à faire les cent pas. Elle ne pouvait pas continuer ainsi avec Quinn. Elle
n’aurait jamais dû le provoquer. Il était capable de la poursuivre de ses assiduités dans le seul but
de se prouver qu’aucune femme ne pouvait lui résister.
Elle enfouit son visage entre ses mains. Pour être tout à fait honnête, désirait-elle vraiment
qu’il la laisse tranquille ?
Elle se glissa sous la couette, nerveuse, l’esprit agité. Il y avait peu de chances qu’elle trouve
le sommeil. Surtout en imaginant Quinn dans sa chambre. Lui n’était certainement pas en train
de ressasser chaque mot qu’ils s’étaient dit, ni d’hésiter sur ce qu’il allait faire.
Elle se sentait si seule soudain, perdue. Elle avait créé cet imbroglio et ne savait plus
comment en sortir. Pourquoi sa vie était-elle devenue si compliquée ?
Elle se tourna et se retourna dans son lit, redoutant le lendemain matin, lorsqu’il lui faudrait
donner sa réponse à Quinn au sujet du casting. Si elle acceptait, elle devrait quitter son poste
d’assistante. La distance que cela mettrait entre eux serait salutaire. Elle ne s’imaginait pas
travailler pour lui et être le témoin de la vie qu’il mènerait sais elle.
L’espace d’un instant, elle se surprit à penser qu’il était peut-être sincère, que ses sentiments
pour elle étaient réels et qu’ils pourraient passer leur vie ensemble. Mais elle se ressaisit aussitôt.
Quelle idiote !
Peut-être devrait-elle refuser son offre et quitter tout de même son poste d’assistante. Avec
son expérience, elle pourrait trouver un autre travail, repartir à zéro, rencontrer d’autre gens.
Mais partir signifiait quitter un travail qui lui plaisait, qui comportait de nombreuses
responsabilités. Le pouvoir dont elle disposait lui manquerait et les amis qu’elle s’était faits
également. A commencer par Kimberly qu’elle souhaitait aider dans le métier. Mon Dieu,
qu’allait-elle faire ?
 
 
Maggie fut réveillée par des coups frappés à la porte. D’habitude sur le pied de guerre dès
qu’elle ouvrait un œil, elle mit un certain temps à retrouver ses esprits. Il est vrai qu’elle ne
s’était endormie qu’aux premières lueurs de l’aube.
Elle se redressa dans son lit et, soudain, tout lui revint en bloc : les problèmes, la situation
confuse.
Les coups frappés à la porte redoublèrent.
— Revenez plus tard ! s’exclama-t-elle, pensant avoir affaire à la femme de chambre.
Brusquement, la porte s’ouvrit et Quinn entra, poussant un chariot. Comment s’était-il
procuré la clé ?
— Allez-vous en ! eut-elle la force d’articuler.
Quinn poussa le chariot jusqu’au lit.
— Petit déjeuner, Maggie chérie.
— Ne m’appelez pas comme ça ! Je ne suis pas votre Maggie chérie, lança-t-elle en se
détournant.
— C’est à voir. Je préfère penser positivement.
Voyant qu’elle ne bougeait plus et ne lui répondait pas, Quinn décida de la tenter.
— Vous ne voulez pas voir ce que j’ai apporté ? Maggie avait décidé que non, mais l’arôme
délicieux du café titillait déjà ses narines. Et ce n’était pas tout. Une odeur de bacon grillé la fit
soudain saliver. Son estomac gargouilla, lui rappelant qu’elle avait très peu mangé la veille.
Elle s’assit, tirant le drap sur elle, et lança un regard noir à Quinn. Mais il était difficile de
demeurer en colère face au festin qui se présentait à ses yeux : jus de fruits, fruits frais, céréales,
petits pains et croissants chauds, œufs brouillés, pochés, bacon, thé, café.
— Vous avez apporté de quoi nourrir un régiment !
— J’ignorais ce que vous aimiez, j’ai donc pris de tout.
C’était typique de Quinn. Excessif et grandiose. Il aurait été dommage de gâcher tout cela.
D’autant que la lueur malicieuse dans le regard de Quinn montrait clairement qu’il mijotait
quelque chose. Mieux valait donc qu’elle sache sans tarder de quoi il retournait.
Il déplia une serviette et la-lui tendit. Voyant qu’elle hésitait, il l’installa sur ses genoux. Au
passage, elle respira l’odeur délicieuse de son eau de toilette. Il s’était douché, rasé de près et il
portait un pantalon de toile et une chemise émeraude qui faisait ressortir le vert de ses yeux.
En comparaison, Maggie se sentit soudain très négligée, les cheveux ébouriffés. Mais il était
hors de question qu’elle sorte du lit vêtue de la petite nuisette en dentelle achetée la veille.
— Un café ? proposa Quinn.
— Volontiers.
Il lui tendit une tasse et s’en servit me à son tour. Puis, saisissant une assiette, il demanda :
— Alors, que désirez-vous ?
— Savoir ce que vous faites ici.
— Le petit déjeuner, d’abord. Hier, vous avez mangé comme un oiseau, ajouta-t-il, taquin.
Comment pouvait-il être aussi calme, aussi détendu, prêt à accéder au moindre de ses
désirs ?
— Les œufs brouillées ont l’air délicieux.
Maggie capitula.
— Très bien. Des œufs brouillées avec un peu de bacon, s’il vous plaît.
Quinn la servit, remplit de nouveau sa tasse de café avant de s’installer à son tour. Elle
savoura une bouchée d’œufs et de bacon.
— Maintenant, dites-moi ce que vous venez faire ici.
— Vous m’avez demandé de vous prouver que je vous aimais.
Maggie poussa un soupir.
— Si vous croyez faire la preuve de vos sentiments en me servant un petit déjeuner
pantagruélique, vous avez beaucoup à apprendre sur l’amour.
— Pour pouvoir faire la preuve de mes sentiments, il faut que nous passions du temps
ensemble.
— Quoi ?
Maggie faillit renverser son café.
— Si j’en crois les plus belles histoires d’amour du cinéma, les sentiments ne se prouvent
pas à distance. Il faut que nous passions davantage de temps ensemble.
Maggie posa sa tasse sur la table de chevet. Voilà donc à quoi avait réfléchi Quinn ! A
passer davantage de temps avec elle alors que de son côté, elle songeait exactement au
contraire…
Quelle ironie. Mais cela ne l’amusa pas. Quinn faisait partie de ces hommes qui aiment
écrire une histoire, la raconter différemment, avec des angles de vue originaux et des idées de
marketing innovantes. Puis passer à un autre projet. Exactement comme il le ferait lorsqu’il serait
lassé d’elle et passerait à une autre femme. Telle était sa nature. Et elle ne voulait pas prendre ce
genre de risque.
— Je vous trouve très silencieuse, dit-il, lui tendant la corbeille de croissants.
Maggie en prit un. Elle n’avait pas l’intention de discuter avec Quinn tant qu’elle n’aurait
pas découvert exactement ce qu’il voulait. Mais il jouait rarement cartes sur table. Il avait
toujours un plan de rechange. En tout cas, il n’était pas habitué à ce qu’on lui dise non. Son
orgueil de mâle et son goût de la conquête étaient piqués au vif.
— Et combien de temps devrions-nous passer ensemble ? lança-t-elle, ironique.
Il but une gorgée de café.
— Il n’est guère possible de mettre de limite à l’amour, vous ne croyez pas ?
— Je vous trouve très évasif.
— J’imagine que vous n’êtes pas prête à venir vous installer chez moi ?
Maggie faillit s’étouffer avec son croissant.
— Aussi, je pensais à cinq nuits par semaine.
— Cinq nuits ?
— Plus les deux jours du week-end, bien entendu.
— Vous avez perdu l’esprit ?
— Je suis amoureux.
— Vous êtes fou.
— Cinq nuits, tout le samedi, plus le dimanche matin, trancha-t-il.
— Deux nuits et le samedi après-midi serait plus raisonnable.
Oh, mon Dieu ! Avait-elle perdu la tête, elle aussi ? Comment avait-il pu l’entraîner à
marchander alors qu’elle ne voulait même pas entendre parler de quoi que ce soit au départ ?
Il hocha la tête, le visage impassible. Mais une lueur satisfaite brillait dans ses yeux.
— Je souhaite davantage, mais je peux m’accommoder de deux nuits et du samedi après-
midi. Et par nuit, j’entends la nuit entière, bien sûr.
Un autre que lui aurait tenté de prouver que son amour n’était pas uniquement physique en
espaçant au moins leurs rencontres. Pas Quinn. Non. Il voulait continuer de forcer ses défenses
en lui faisant l’amour, en venant à elle avec tout ce qu’il était, tout ce qu’il avait à lui donner.
Et ça, ça n’était pas bon du tout pour elle.
Il dut lire l’inquiétude sur son visage.
— Maggie, dit-il d’un ton très doux. Je n’ai pas l’intention de vous forcer à faire quoi que ce
soit que vous ne désireriez pas.
Et il lui sourit. Un sourire renversant qui fit courir une onde de chaleur dans tout son corps.
— Si vous ne voulez pas porter ce bandeau, je comprendrai.
Maggie ne savait plus que faire, que dire, prisonnière d’un piège auquel elle n’était pas
certaine d’avoir envie d’échapper. Fidèle à lui-même, Quinn ne lui laissa pas le temps de
réfléchir. Il la débarrassa de son assiette, s’empara d’un dossier rempli de photos d’acteurs qu’il
lui jeta sur les genoux.
— Si nous devons trouver un partenaire pour Laine avant notre déjeuner avec elle, autant
nous y mettre tout de suite.
Maggie lui renvoya le dossier.
— D’abord, je vais prendre une douche.
— Je peux venir ?
— Non. Vous m’attendez dans le salon de l’hôtel.
Il se pencha, effleura ses lèvres d’un baiser.
— Il n’est pas indispensable d’être en guerre permanente contre moi, Maggie chérie.
— Je vous ai déjà dit de ne pas m’appeler comme ça !
— Je vous laisse prendre votre douche.
Maggie ne se détendit que lorsqu’il eut refermé la porte. Elle gagna alors la salle de bains,
déterminée à ne sortir de sa chambre que lorsqu’elle aurait décidé de la stratégie à adopter face à
Quinn.
 
 
L’heure du déjeuner arrivée, Maggie n’avait pas avancé d’un pas concernant sa décision. Et
tandis qu’elle attendait Laine au restaurant, elle se réjouissait à l’idée que la star les rejoigne. Elle
n’avait pas envie de se retrouver seule avec-Quinn tant qu’elle n’aurait pas remis de l’ordre dans
ses pensées.
Elle avait consacré la matinée à dresser des listes d’acteurs en fonction des rôles, à former
des couples qui permettraient d’avoir une place intéressante au box office. Elle avait également
réfléchi à la façon de tirer le meilleur parti possible du budget alloué par Quinn.
Elle préférait de loin réfléchir au casting plutôt qu’à ses problèmes personnels, même si elle
n’avait pas encore accepté la proposition de Quinn de devenir directrice de casting.
Au bout d’une demi-heure d’attente, Maggie était sur les nerfs face à Quinn, parfaitement
détendu. Finalement, la star et son agent, Tyrol, firent leur entrée.
Tous les regards, dans la salle, se tournèrent vers Laine. Et à juste raison. Elle était tout
simplement divine Rayonnante, la démarche aérienne, nimbée dans cette longue chevelure
blonde qui la caractérisait et dont les boucles si naturelles exigeaient probablement des heures de
travail pour son coiffeur.
Quinn se leva, poli, mais loin d’être subjugué. Maggie n’en fut pas tellement surprise.
Côtoyer de très belle femmes faisait partie de son métier. Ce qu’il admirait avait tout, c’était le
talent d’actrice.
Laine prit tout son temps pour traverser a salle, donnant à Quinn le loisir d’apprécier son
corps superbe, sa démarche ondoyante et son sourire éblouissant. Lorsqu’elle parvint à leur table,
elle le salua très chaleureusement et décocha à Maggie un regard qui lui donna l’impression
d’être transparente.
Ça partait mal ! Quinn avait tenu à ce qu’elle soit présente. Et si elle acceptait le poste de
directrice de casting, il lui faudrait sonder Laine et découvrir ses préférences en matière de
partenaire à l’écran.
— Je suis ravie que nous nous rencontrions enfin, dit Laine.
Elle parlait sans le moindre accent français. Maggie se sentit ridicule en songeant à tout le
mal qu’elle s’était donné pour imiter un accent qui n’existait même pas.
Quinn fit les présentations, annonçant que Maggie était sa directrice de casting, comme si
elle avait déjà accepté le poste. Maggie se garda bien de dire quoi que ce soit. Ce n’était ni le lieu
ni le moment. D’ailleurs, il était bien possible qu’elle accepte.
L’agent de Laine était petit, râblé et chauve. Ses oreilles lui donnaient l’air d’un hibou et il
regardait tout le monde d’un air grave et soupçonneux.
— D’abord, je tiens à vous remercier d’avoir sauvé Molly, dit Laine.
— C’est Maggie qui l’a retrouvée, précisa Quinn.
— Vous aviez donné l’adresse du studio au service des douanes et elle s’est trouvée mêlée
par accident à un lot de chiens dont nous avions besoin pour un tournage, expliqua Maggie.
— Mon pauvre bébé…
Il n’échappa pas à Maggie que Laine ne l’avait pas remerciée, mais elle passa sur ce détail.
— J’ai été ravie de me rendre utile et elle a été très bien traitée.
L’arrivée d’une serveuse leur apportant des verres d’eau fraîche interrompit la conversation.
Dès qu’elle fut partie, Quinn changea de sujet.
— Que pensez-vous du rôle de Kiki ? demanda-t-il, faisant référence au premier rôle
féminin du film.
Le scénario racontait l’histoire d’une femme. On suivait son trajet, de l’adolescente
séductrice à la femme d’affaires prospère. Elle se mariait, divorçait, et vivait une profonde
dépression qui l’obligeait à être hospitalisée. Mais elle se battait avec courage et volonté et
finissait par s’en sortir. Ce rôle exigeait d’une actrice la capacité à incarner aussi bien une très
jeune femme qu’une femme d’une soixantaine d’années avec la même véracité-et une grande
profondeur de sentiments.
Laine mordit dans un gressin au sésame.
— Je ne suis pas certaine.
— De quoi ? demanda Quinn.
— D’avoir envie de me montrer aussi vieille, laide et à moitié folle. Peut-être pourriez-vous
atténuer cette partie du scénario ?
Quinn n’eut même pas un battement de cils face à cette proposition qui consistait ni plus ni
moins à changer le cœur de son scénario.
— Que suggérez-vous ?
Laine leva une main aux ongles parfaitement manucures qu’elle plaça, dans un geste très
intime, sur l’épaule de Quinn.
— C’est vous le scénariste. Vous devez sans doute pouvoir trouver le moyen pour moi de…
— Demeurer éternellement jeune et belle ? demanda Quinn d’un ton très calme.
Mais Maggie sentit le sarcasme derrière les mots aimables. Pas Laine.
— Exactement !
— Pour vous, je réécrirais bien le script, mais ce serait diminuer considérablement vos
chances d’obtenir un oscar.
On pouvait faire confiance à Quinn pour flatter l’ego d’une femme. Il était parfait à ce petit
jeu.
— Vraiment ?
Laine se tourna vers son agent.
Apparemment, Tyrol ne prenait la parole que lorsqu’il y était invité. Il termina son verre de
vin et le reposa avec précaution.
— Les actrices se voient généralement décerner des oscars pour des rôles très forts et très
dramatiques.
— Mais ne puis-je rester belle tout en montrant des sentiments profonds ?
Maggie se retint de lever les yeux au ciel. Laine était superbe et très certainement une
grande actrice, mais elle n’avait visiblement aucune idée de ce qui faisait venir le public au
cinéma.
— J’y réfléchirai, lui dit Quinn.
Maggie et Tyrol savaient pertinemment qu’il ne changerait pas une ligne du scénario.
— A présent, Laine, dites-moi qui vous souhaitez comme partenaire, poursuivit-il. Vous en
aurez trois. Un jeune homme, puis un mari et, enfin, un homme d’âge mûr à la fin du film.
— Que diriez-vous de Ben Affleck, de vous comme mari et de votre père ?
— Je ne suis pas acteur.
— En ce moment, vous jouez avec moi, en tout cas ! Me prenez-vous pour une idiote ?
Une lueur de colère enflamma le regard de Laine tandis qu’elle haussait le ton, faisant se
retourner toutes les têtes vers elle.
— Croyez-vous que j’ignore que vous ne changerez pas le scénario ? Je ne veux pas être
laide et vieille.
— Superbe ! s’exclama Quinn. Et vous arrivez à jouer ce type de colère quand bon vous
semble ?
Laine eut un petit rire satisfait.
— Bien entendu.
Elle referma la main sur le bras de Quinn et laissa un doigt glisser jusqu’à son poignet.
— Etes-vous certain de ne pas vouloir me donner la réplique ?
— Je ne serais pas à la hauteur.
Maggie réprima à grand-peine un sourire. Quinn était très fort.
— Et mon père a déjà signé pour un autre film.
— Rachetez son contrat.
— Ce serait possible, intervint Maggie. Mais cela signifierait désinvestir les fonds que nous
avons alloués aux décors et aux costumes indispensables pour reconstituer l’époque.
Elle observa attentivement Laine.
— Que diriez-vous de Todd Landon pour partenaire ?
— Qui ? demanda Laine, s’adressant à Quinn.
Maggie tendit à l’actrice une photo d’un homme superbe et dont le talent n’était plus à
démontrer. Laine la lui rendit aussitôt d’un geste négligent.
— Il a le teint clair.
— Et ?
Tyrol poussa un soupir.
— Laine ne tourne avec aucun homme au teint plus clair qu’elle. Et aucun blond.
— Elle ne veut aucun premier rôle blond ? demanda Maggie pour clarifier les choses.
— Aucun blond dans le film, hommes ou femmes. Ni caractères secondaires, ni même
figurants.
Maggie jeta un coup d’œil à Quinn, ne sachant que répondre. Il prit le relais, très calme.
— Je suis certain que nous pouvons arranger cela.
Ça n’allait pas être facile ! Maggie raya mentalement plusieurs actrices de sa liste.
— Si vous me voulez dans votre film, il faudra vous conformer à toutes mes exigences, dit
Laine, glissant une main sur la cuisse de Quinn.
Le geste ne se voulait pas discret.
Quinn saisit la main de Laine et la reposa sur la table.
— Aussi désirable que je vous trouve, je ne mêle jamais travail et plaisir, dit-il d’un ton
aussi ferme que le sien.
Maggie se crispa en entendant la première partie de la réponse, mais elle savait que Quinn
devait y aller doucement avec Laine. Cette dernière était d’ailleurs tellement habituée à avoir
tous les hommes à ses pieds que l’espace d’un instant, elle demeura interdite.
Maggie songea que la position de Quinn ne devait pas être très confortable, assis à côté
d’elle, en train de repousser les avances de Laine. Mais il avait l’air aussi détendu et à l’aise que
d’habitude. Son regard brillait comme si parler avec l’actrice lui procurait un intense plaisir,
toutefois il y avait dans son comportement une fermeté qui montrait exactement à Laine quelle
barrière ne pas franchir.
Elle fit la moue.
— Vous ne voulez pas me donner la réplique et vous ne voulez pas vous amuser avec moi.
Ce n’est pas ce que j’appellerais un accueil très chaleureux.
Quinn se pencha vers elle et baissa la voix.
— Savez-vous que l’agent d’une actrice américaine très célèbre m’a appelé, la semaine
dernière, pour me demander si le rôle de Kiki était attribué ?
Quinn reprit sa place.
— Je lui ai répondu qu’il avait déjà été proposé.
— Evidemment, dit Laine. Je suis faite pour le rôle.
— Vous serez extraordinaire, dit Quinn.
— Mon cher, je suis toujours extraordinaire.
Laine jeta un bref regard à Tyrol, lui signifiant qu’elle souhaitait qu’il intervienne.
— Pour tout vous dire, on nous a fait une autre proposition très intéressante.
— Dan O’Donnel ? dit Quinn sans rien perdre de son flegme. Son film n’arrive pas à la
cheville du mien. Quant à l’opportunité d’interpréter un personnage comme celui de Kiki, elle ne
se présente qu’une fois dans une vie d’actrice. Sans parler du metteur en scène que j’ai choisi.
L’un des meilleurs.
— Eh, attendez une minute, coupa Laine, haussant de nouveau le ton. Il m’avait semblé
comprendre que c’était vous qui deviez assurer la mise en scène.
— John Davis aime beaucoup ce que vous faites, commença Quinn.
Et Maggie se rendit compte alors quel fin négociateur il était. Il avait prévu depuis le début
d’assurer la mise en scène avec John Davis. Nul doute qu’il accéderait à la demande de Laine,
mais cela apparaîtrait alors comme une concession majeure.
Et tandis que la négociation se poursuivait, Maggie songea qu’il lui serait bien difficile
d’argumenter avec Quinn et de lui résister.
En avait-elle seulement envie ?
11.
 
 
 
 
 
 
Maggie regagna sa chambre d’hôtel et s’octroya le luxe rare de faire une sieste. Ce fut un
coup frappé à la porte qui la réveilla, deux bonnes heures plus tard. Reposée, elle bondit hors du
lit et alla jeter un coup d’œil par le judas. Un livreur attendait, tenant une énorme corbeille de
fleurs dans les bras.
Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle découvrit un superbe bouquet de lis, une bouteille de
Champagne et des chocolats. C’était magnifique et elle ne put s’empêcher d’être émue par ce
geste si romantique de la part de Quinn.
Elle donna un pourboire au livreur, referma la porte et saisit la petite carte dont elle lut le
message à voix haute :
« Cette soirée nous appartient. Portez le bandeau pour moi, Maggie. Je passerai vous prendre
à 19 h. Quinn. »
Elle aima sa persévérance. Elle signifiait qu’il prenait très au sérieux les sentiments qu’il
éprouvait pour elle. Mais, en même temps, toutes les attentions qu’il lui prodiguait la
déstabilisaient. Elles ne lui laissaient pas le temps de souffler et rendaient plus difficile encore la
possibilité de lui résister.
Maggie songea à s’enivrer avec le Champagne. Ainsi elle n’aurait pas à réfléchir ni à
prendre de décision. Elle porterait le bandeau, s’accorderait une merveilleuse nuit d’amour avec
Quinn et l’alcool seul serait à blâmer… Malheureusement, il n’était pas dans ses habitudes de
fuir les responsabilités.
Non pas que faire l’amour avec Quinn, une nuit de plus, l’engageât sur un chemin difficile.
Elle pouvait très bien n’y voir qu’une simple suite à leur aventure. Mais elle craignait que plus ils
deviendraient intimes, moins il lui soit possible de laisser son cœur en dehors de toute cette
histoire.
Elle se pencha au-dessus des lis, huma leur parfum. Elle aimait les fleurs fraîches, le
Champagne et les chocolats.
Mais qui ne les aimait pas ? Cela ne signifiait pas qu’elle était prête à succomber à la requête
de Quinn. Et toutes ces attentions, y compris sa proposition pour le poste de directrice de casting,
ne prouvaient pas qu’il l’aime réellement. Ni qu’elle pouvait avoir confiance en lui, car c’était
bien là le problème.
Elle ne savait pas ce que Quinn pensait vraiment. Elle l’admirait. Elle aimait travailler avec
lui, faire l’amour avec lui. Mais cela ne suffisait pas. Pour s’engager plus avant, elle avait besoin
de savoir qu’il l’aimait. Mais comment pouvait-il le lui prouver ? Lui avait-elle, à dessein,
assigné une tâche impossible ? Avait-elle aussi peur qu’il le pensait ?
Maggie se sentait incapable de répondre à ces questions.
Elle prit le bandeau posé sur la table de nuit et le fit glisser entre ses doigts. Devait-elle lui
donner une chance ? Elle n’aurait su le dire. En fait, depuis qu’elle s’était lancée dans cette
entreprise de séduction, elle ne savait plus très bien où elle en était.
Toutefois, alors que 19 heures approchait, elle se doucha, s’habilla. Et quand, à 18 h 55, elle
noua le bandeau sur ses yeux, ce fut avec le sentiment qu’elle commettait peut-être la plus grosse
erreur de sa vie. Pourtant, cela fait, elle sut qu’elle n’aurait pas la force de combattre le désir
qu’elle éprouvait. Ni celui de Quinn.
Les cinq minutes passèrent trop vite et lorsqu’on frappa à la porte, elle se sentit soudain la
gorge sèche.
— Entrez.
Elle l’entendit entrer, refermer la porte et elle sentit qu’il la regardait. Elle perçut son odeur
fraîche, virile, et eut envie de se retrouver aussitôt dans ses bras.
— Merci pour les fleurs.
— Je vous en prie. Vous n’imaginez pas à quel point j’ai aimé l’idée de vous savoir ici, à
m’attendre, les yeux bandés.
Sa voix profonde, sensuelle, fit courir un frisson le long de son dos et naître aussitôt le désir
au creux de ses reins, de son ventre. Déjà, ses seins se dressaient, pressant la soie de son
chemisier, comme si son corps tout entier acceptait ce que son esprit refusait encore.
Très vite, elle comprit qu’elle avait pris la bonne décision. Elle n’avait d’autre envie que
d’être avec Quinn, de découvrir ce qu’il avait prévu pour cette soirée. Et qu’importe ce qu’il
adviendrait ensuite, elle était prête à se laisser enlever pour vivre une nouvelle nuit de fantasmes.
— Alors, on y va ? demanda-t-il, comme si elle ne portait pas de bandeau et pouvait se
diriger seule.
Elle aurait tant voulu voir son visage, l’expression sur ses traits. Au son de sa voix, il
semblait tout proche. Parler sans savoir où il se trouvait exactement était étrange et excitant.
— Nous sortons ?
— Oui.
— Mais je porte un bandeau !
— Si on nous demande quelque chose, je dirai que c’est votre anniversaire et que je vous ai
préparé une surprise, répondit Quinn d’une voix troublante, rauque de désir.
Elle sourit, consciente qu’il avait envie d’elle autant qu’elle de lui. Après tout, peut-être
pourraient-ils rester dans la chambre…
— Je vous préviens, si vous me prenez en charge, il y a une chose qu’il faut que vous
sachiez.
— De quoi s’agit-il ?
— Je n’ai pas acheté de lingerie. Par conséquent, je ne porte rien sous ma jupe.
Elle sentit son pouls s’accélérer en prononçant ces mots. Le fait de la savoir nue sous sa
jupe, si accessible, le faisait-il déjà bander ? Elle ne verrait aucun inconvénient à lui faire
modifier ses plans et à se donner à lui ici, maintenant.
— J’aimerais beaucoup voir, dit-il d’une voix qui fit courir une onde de chaleur dans tout
son corps.
Mon Dieu, qu’avait-elle dit ? Elle se rendit compte brusquement que lorsque Quinn l’avait
vue nue, il ne savait pas que c’était elle. La panique la saisit.
— Je croyais que nous devions sortir.
— Nous sortirons. Mais d’abord, je veux voir ce qu’il y a sous cette jupe.
— Faites travailler votre imagination.
— Qu’est-il advenu de mon audacieuse inconnue ? dit Quinn, provocateur.
Mais il comprenait la réticence de Maggie. C’était la première fois qu’elle se trouvait face à
lui, sans son accent français derrière lequel se retrancher ni un personnage pour lui servir de
couverture.
— C’est beaucoup moins facile lorsqu’on porte soi-même le bandeau, n’est-ce pas ?
Maggie se trouva soudain ridicule. Un instant plus tôt, elle aurait arraché ses vêtements pour
se jeter dans ses bras et faire l’amour avec lui. Et voilà que maintenant, elle n’osait pas remonter
sa jupe, avec lui habillé, qui la regardait. Mais elle avait envie de lui, envie qu’il la voie, qu’il la
touche.
Les doigts tremblants, elle saisit l’ourlet et fit remonter lentement le tissu le long de sa
cuisse. Jamais elle ne s’était sentie aussi indécente et elle adorait cela…
Son souffle chaud balaya soudain sa cuisse et elle se rendit compte qu’il devait être
agenouillé devant elle.
— Savez-vous à quoi je pense, Maggie ? A la façon dont vous m’avez excité lorsque c’était
moi qui portais le bandeau, dans mon bureau.
Maggie sentit le souffle lui manquer, tremblante, dans l’attente de sa première caresse, son
premier baiser.
— Vous vous étiez déshabillée pour moi, Maggie, mais je ne pouvais pas vous voir.
Maintenant, je le peux. Et je peux vous caresser, écarter doucement votre sexe avec ma langue,
pénétrer en vous. Avez-vous envie que je le fasse ?
Le cœur de Maggie battait à tout rompre et un désir presque douloureux assaillit ses reins.
— Oui.
Elle écarta légèrement les cuisses. Elle se sentait déjà humide, prête pour lui. S’il ne la
touchait pas très vite, elle allait s’évanouir.
Heureusement, Quinn ne put résister longtemps. Déjà ses doigts écartaient doucement les
lèvres chaudes et humides de son sexe, effleuraient son clitoris. Elle retint un gémissement. Il
s’arrêta soudain. Pourquoi ? Elle voulait qu’il continue.
— Que se passe-t-il, demanda-t-elle, haletante.
— Je brûle peut-être les étapes. J’avais décidé de vous embrasser d’abord, de caresser vos
seins. Je vais peut-être un peu trop vite.
— Non.
— Non ? Puisque c’est ce que vous désirez…
Maggie entendit un petit bruit, comme un flacon dont on ôte le bouchon.
— J’ai apporté quelque chose de très spécial, dit-il d’un ton plein de mystère. Une lotion…
Elle l’imagina, versant un peu de liquide au creux de sa main et…
Lorsque ses doigts la touchèrent soudain, elle sursauta.
— C’est froid.
Mais elle n’eut pas le temps d’y réfléchir. Déjà, ses doigts la caressaient, appliquaient la
lotion doucement sur son sexe.
— Alors, comment est-ce ?
— Comment est-ce censé être ? répondit Maggie, impatiente.
— Vous verrez. Il est écrit qu’on peut en appliquer à la demande.
— Ça picote légèrement.
— Toutes les heures, apparemment. Ça va beaucoup me plaire, je le sens, ajouta Quinn,
taquin.
Maggie se sentait les joues en feu et elle le soupçonnait de s’en amuser. Tirant sur son
ourlet, elle voulut descendre sa jupe. Mais il saisit aussitôt son poignet.
— Pas si vite…
— Qu’avez-vous appliqué sur moi ?
— Un aphrodisiaque.
— Ça n’existe pas.
— Si vous le dites. Toutefois, vous ne devriez pas tarder à ressentir une sensation de
chaleur.
Il laissa un doigt glisser vers l’intérieur de se cuisse, caressant doucement sa peau, puis il
effleura son clitoris.
Maggie frissonna, le corps parcouru de sensations délicieuses. Mais ce n’était rien encore.
Lentement, tout doucement, il frotta son doigt contre son clitoris, le pressait à peine, en une
caresse qui la rendit aussitôt ivre de désir.
— Quinn, je…, dit-elle soudain.
Mais elle fut incapable de poursuivre. Il lui semblait que ses jambes allaient se dérober sous
elle. Et soudain, elle eut envie de bouger, d’accélérer ce rythme si lent.
— Ne bougez pas, dit Quinn. Vous allez tacher votre jupe avec la lotion.
Et il bougea son doigt à peine plus vite. Maggie se mordit la lèvre, mais ne put retenir un
gémissement. Dire qu’elle aurait pu se priver de cette nuit. Elle s’attendait à ce que Quinn
interrompe sa caresse, la fasse attendre. Mais il la prolongea, encore et encore, jusqu’à ce que la
jouissance la submerge soudain. Ce ne fut pas un orgasme violent, mais il dura longtemps. Quinn
n’ôta pas son doigt, il continua de la caresser jusqu’à ce qu’elle chancelle soudain.
Il la rattrapa dans ses bras.
— Songez, Maggie…
Elle ne voulait songer à rien.
— Nous pouvons recommencer autant de fois qu’il vous plaira. La notice dit qu’on peut
appliquer le produit toutes les heures.
Toutes les heures. Il entendait l’amener à l’orgasme toutes les heures ?
— Vous n’êtes pas sérieux, dit-elle, le souffle court.
— Oh que si !
— Mais…
— J’ai bien l’intention de vérifier combien de fois je peux vous faire jouir en une soirée.
Il remit soudain sa jupe en place.
— Il est temps d’y aller, à présent.
— Pardon ?
— Je vous ai dit que nous sortions.
— Je pensais…
— Vous pensiez que j’avais changé d’avis ? Vous vous êtes trompée.
— Nous n’allons pas faire l’amour ? demanda-t-elle, incapable de dissimuler sa déception.
— D’abord, nous allons nous promener, puis nous dînerons.
— Et nous ferons l’amour ?
Il ne répondit pas. Délibérément. Il s’amusait de ce désir pressant et ne voulait rien lui
révéler de ses projets. C’était certainement fait pour la provoquer, ajouter du piment à la soirée,
mais Maggie était au supplice.
Elle aurait dû se contenter de l’orgasme qu’elle venait d’avoir, mais elle voulait davantage.
Son corps tout entier réclamait. Elle n’aurait su dire ce qui chez Quinn la poussait à un tel
paroxysme d’excitation. Pourtant, elle avait déjà vécu d’autres expériences. Elle avait eu des
amants, même si sa dernière relation suivie datait de plus de deux ans, juste avant ses trente ans.
Avec son dernier petit ami, les relations étaient très satisfaisantes, mais jamais il n’avait
déclenché chez elle un désir aussi violent que Quinn.
Quinn la conduisit jusqu’à l’ascenseur. Elle fut surprise lorsqu’ils descendirent. Elle
s’attendait à ce qu’il la conduise dans sa suite pour dîner, mais ils traversèrent le grand hall
d’entrée et sortirent dans l’air frais.
— Vous allez devoir faire un grand pas pour monter. Je vais vous aider, dit Quinn.
Maggie fit ce qu’il lui disait et elle sentit qu’il l’aidait à poser son pied sur un marchepied.
Elle respira également une odeur agréable, animale. Une odeur de cheval. Et elle comprit, ravie,
qu’il avait loué un buggy avec chauffeur pour faire le tour de la ville. C’était son premier séjour
à Vancouver et elle aurait aimé voir où ils allaient, mais die ne voulut pas interférer dans les
plans de Quinn en demandant à ôter son bandeau.
Il la rejoignit, s’assit auprès d’elle et installa une couverture sur leurs genoux. Aussitôt, le
buggy se mit en route. Maggie aimait entendre le martèlement des sabots sur les pavés et elle
nicha sa tête au creux de l’épaule de Quinn.
— J’ignorais que vous étiez aussi romantique.
Il glissa un bras autour de ses épaules et se pencha à son oreille.
— J’ai une autre motivation.
— Vraiment ? Peut-on savoir laquelle ?
— Vous séduire.
Maggie sentit qu’il glissait une main sous la couverture. Il saisit le bas de sa jupe et la
remonta haut sur ses cuisses.
— Vous auriez tout aussi bien pu me séduire à l’hôtel.
— Je suis certain que ce sera beaucoup plus intéressant ici, murmura-t-il, la voix pleine de
promesses tout en caressant son genou.
Des voitures passaient, klaxonnaient, les gens se parlaient, s’interpellaient sur les trottoirs.
Mais Maggie ne songeait qu’à la douceur de la brise sur son visage, à celle des doigts de Quinn
sur sa peau.
Elle s’efforça de poursuivre la conversation.
— Et pourquoi serait-ce plus intéressant ici ?
— Parce que quel que soit le degré d’excitation que je vous ferai atteindre, nous ne pourrons
pas faire l’amour.
Quinn glissa une main entre ses cuisses. Maggie tressaillit.
— Oh !
— Exactement.
Déjà, elle sentait ses seins se tendre. Comment était-il possible qu’elle réagisse ainsi à la
moindre de ses caresses ? Peut-être était-ce l’effet de la lotion ou le bandeau qui, l’empêchant de
voir, aiguisait ses autres sens. L’odeur virile et troublante de Quinn, sa voix envoûtante, la magie
créée par ses doigts, déjà elle perdait pied…
— Quinn, combien de temps va durer cette promenade ?
— Suffisamment longtemps pour que nous ayons le loisir de discuter.
Il introduisit doucement un doigt en elle.
— Tout est allé si vite. Nous n’avons pas pris le temps de nous parler beaucoup, dit-il,
commençant à bouger, à aller et venir tout doucement en elle, pressant sa chair si sensible.
Maggie retint un gémissement, le corps parcouru de frissons.
— J’aimerais que vous répondiez à une question, poursuivit-il, ralentissant le mouvement de
son doigt au point de ne presque plus bouger.
— Laquelle ? demanda Maggie, le souffle court.
— Pourquoi pensez-vous que nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre ?
Elle se cambra sous son doigt, espérant qu’il allait lui donner davantage. Mais il n’en fit
rien, attendait une réponse qu’elle ne voulait pas lui donner.
— Bon, nous sommes faits l’un pour l’autre.
Il introduisit deux doigts dans son sexe, pressa son clitoris et ce fut comme une décharge
électrique dans ses reins, son ventre. L’orgasme qu’il lui avait donné, dans la chambre, l’avait
rendue plus sensible encore, plus réceptive. Et très vite, il l’amena au bord d’un second. Elle
laissa échapper un soupir de pur plaisir, oubliant tout sauf la caresse envoûtante de ses doigts.
— Je veux dire, pourquoi ne croyez-vous pas que nous puissions vivre une relation durable ?
précisa Quinn, ralentissant de nouveau sa caresse, véritable tortue.
— Je ne crois pas que ce soit dans vos gênes.
— A cause du mariage raté de mes parents, vous pensez que j’en suis incapable ?
La caresse reprit, plus rapide, plus intense.
Maggie comprit qu’il cherchait à lui arracher la vérité. Mais elle sentait le sang battre dans
ses tempes et elle avait du mal à respirer. Comment réfléchir sereinement dans ces conditions ?
— Il n’y a pas que cela, finit-elle par avouer.
— Qu’y a-t-il d’autre ?
— Votre travail.
La caresse de Quinn se fit plus pressante, plus rapide, mais cela n’empêcha pas Maggie de se
rendre compte qu’elle venait de commettre une erreur. Une erreur que le négociateur-né qu’était
Quinn s’empressa d’exploiter.
— Vous n’approuvez pas le métier que je fais ?
Elle bougea, se tendit vers lui tandis que ses doigts experts poursuivaient leur délicieuse
torture.
— Je n’approuve pas la façon dont les femmes se jettent à votre cou. Des femmes jeunes et
belles. Je n’ai pas envie d’entrer en compétition avec elles.
— Rien ne vous y oblige.
Le buggy prit un virage et pencha légèrement sur le côté. Quinn saisit l’occasion pour
plonger plus profondément ses doigts en elle. La caresse de son pouce sur son clitoris, cette
pression répétée, insistante, presque hypnotique la rendait folle. Elle respirait par petites goulées,
incapable de reprendre son souffle.
— Quinn, aucun homme n’est à l’abri. Si nous restons longtemps ensemble, nous nous
disputerons, c’est fatal. Et songer qu’il y aura peut-être une starlette en embuscade, ne
demandant qu’à vous consoler, est…
— Totalement ridicule. Me croyez-vous donc si frivole ?
Maggie ne parvenait pas à réfléchir et elle n’en avait aucune envie. Pourquoi ne la laissait-il
pas profiter tout simplement de ce qu’il était en train de lui faire ? L’esprit totalement embrumé,
elle était incapable de soutenir une conversation.
— Quinn, ne pouvons-nous pas parler plus tard ?
— Non, répondit-il très calmement tandis que ses doigts, eux, la conduisaient tout droit vers
un nouvel orgasme.
— Je… je ne voulais que… qu’une aventure. •
— Et vous voudriez me faire croire cela ?
— C’est la vérité.
— Quand avez-vous eu une aventure pour la dernière fois ?
— Je n’ai jamais… pas comme ça. Oh, je… je sens que je vais…
Tout doucement, Quinn ôta sa main d’entre ses cuisses.
— Non, Maggie. Je vous ai promis un orgasme toutes les heures. Ce n’est pas encore le
moment.
Elle poussa un gémissement de frustration.
— Je veux que vous ressentiez exactement ce que j’ai ressenti après que nous ayons fait
l’amour au téléphone. Je vous veux folle de désir.
— Je le suis déjà.
— Je veux que vous vous demandiez quand vous obtiendrez satisfaction. Et si même vous
l’obtiendrez.
— Mais…
— Cette fois, il va vous falloir attendre.
Maggie allait protester, mais le buggy s’était immobilisé. Etaient-ils de retour à l’hôtel ?
Quinn allait-il la soulever dans ses bras, l’emmener dans sa chambre et lui faire l’amour ? Elle se
sentait les jambes si faibles qu’elle n’était pas certaine de pouvoir marcher.
— Merci, dit Quinn à quelqu’un sur le trottoir.
Le conducteur ? Elle n’aurait su le dire. Elle s’efforça de reprendre sa respiration tandis que
les pensées tourbillonnaient dans son esprit. Que pensait Quinn ? Etait-il agacé, déçu qu’elle le
croie incapable d’une relation durable ?
Une délicieuse odeur de cuisine assaillit brusquement ses narines. Se trouvaient-ils devant
un restaurant ?
Un instant plus tard, elle sentit qu’on posait un plateau sur ses genoux et le cheval se remit à
trotter.
— Je vous demande une seconde, dit Quinn. Le temps de me nettoyer les mains. L’hôtel
nous a fourni des serviettes chaudes. Vous en voulez une ?
— Volontiers.
Elle s’attendait à ce qu’il la lui tende. Mais au lieu de cela, c’est lui qui passa la serviette sur
ses doigts, ses paumes, ses poignets. Puis il termina l’opération en les séchant avec une autre.
Maggie se sentit soudain toute fraîche, pimpante.
— Avez-vous faim ? demanda Quinn.
— Oui.
— Ouvrez la bouche, ordonna-t-il.
Elle s’exécuta et sentit soudain quelque chose de chaud et de doux sur sa langue. Lorsqu’elle
mordit dans la petite bouchée, un mélange de pomme de terre et de fromage emplit sa bouche.
— Mmm, c’est délicieux.
— Que diriez-vous d’un peu de vin ?
Quinn approcha un verre de ses lèvres et elle but une gorgée de vin frais à l’arôme léger. Ils
partagèrent d’autres petits fours et burent du vin. Puis il l’embrassa, lui faisant tout oublier sauf
ses lèvres. Et toutes les sensations qui s’étaient apaisées dans son corps revinrent avec une force
décuplée.
De nouveau hors d’haleine lorsque Quinn libéra ses lèvres, Maggie se lova contre lui et
laissa glisser doucement sa main vers son sexe.
Il l’ôta doucement.
— Vous avez joué avec moi au téléphone et lorsque j’avais les yeux bandés. Ce soir, c’est
mon tour. Et le jeu ne fait que commencer.
12.
 
 
 
 
 
 
Les yeux toujours bandés, Maggie jugea du temps qui s’était écoulé au nombre d’orgasmes
que Quinn lui avait donnés. Trois. Trois orgasmes chacun plus explosif que le précédent.
Pour quiconque la regardait, Maggie était tout à fait décente, vêtue d’une jupe, d’un
chemisier et dissimulée sous une couverture. Mais Quinn avait un accès totalement libre à son
corps.
Il glissa une main sous son chemisier, caressa ses seins, en agaça doucement la pointe.
— Nous allons bientôt nous rendre dans un endroit que vous n’oublierez pas.
— Je peux vous assurer que je ne suis pas près d’oublier cette promenade.
— Elle vous plaît ?
— Avez-vous vraiment besoin de me le demander ?
— Je veux simplement vous l’entendre dire.
Il avait glissé ses deux mains sous son chemisier et il caressait ses seins, les enveloppant de
ses paumes, pressant leur chair délicate. Maggie n’était plus que sensations, le corps parcouru de
frissons.
— Elle me plaît beaucoup, confirma-t-elle, le souffle court.
— Seriez-vous là avec moi dans ce buggy, les yeux bandés, si vous n’aviez pas confiance en
moi ?
— Il existe différentes sortes de confiance.
Il pressa les pointes de ses seins jusqu’à ce qu’elles ne soient plus que deux petits boutons
très durs.
— Et vous me faites confiance pour vous donner du plaisir ?
— Oh… oui.
— Pour me confier votre corps ?
— Oui.
— Aimeriez-vous que je vous attache ?
Elle eut un gémissement. Les caresses de Quinn rendaient toute immobilité impossible.
— Pourquoi feriez-vous cela ?
— C’est vous-même qui avez laissé entendre qu’il existait plusieurs sortes de confiance, dit-
il, la voix soudain plus rauque. Je me demandais jusqu’où vous iriez.
Maggie n’en avait aucune idée. Jamais elle ne s’était conduite de manière aussi osée.
— Si je vous autorisais à m’attacher, que feriez-vous ?
— Tout ce qui me plairait.
Tout ce qui lui plairait ? Ne le lui avait-elle pas déjà accordé ? Mais être attachée impliquait
d’autres choses et Maggie sentit un désir violent l’assaillir. Et soudain, la curiosité fut la plus
forte.
— D’accord.
— Vous êtes consciente que vous serez totalement vulnérable et à ma merci ? dit Quinn.
Un frisson la parcourut à cette idée, mais elle confirma son choix.
— Oui.
— Pourriez-vous me dire oui si vous ne m’aimiez pas ?
Maggie ne voulait pas s’aventurer sur ce terrain. Elle ne voulait pas réfléchir.
Il lécha son oreille, la mordilla doucement tandis que ses mains pressaient la chair ferme et
douce de ses seins tendus de désir.
— Quinn, je ne peux pas réfléchir quand… quand vous faites ça.
— Il est temps de changer de véhicule à présent.
Maggie sentit que le buggy s’arrêtait. Quinn remit son chemisier, sa jupe en place, saisissant
l’opportunité pour laisser ses mains s’attarder sur ses seins, ses hanches. Puis il l’aida à
descendre et la fit monter dans… une voiture ?
La banquette de cuir était large. Les bruits de la rue s’estompèrent soudain tandis que Quinn
la rejoignait et fermait la portière.
Aussitôt, le véhicule démarra. Quinn commença à déboutonner son chemisier.
— Le chauffeur ? s’inquiéta Maggie.
— Il ne peut ni nous entendre ni nous voir grâce à la séparation et les vitres sont teintées.
Maggie se sentit rassurée. Elle le laissa lui ôter son chemisier et sa jupe et elle se débarrassa
de ses chaussures. Elle était entièrement nue à côté de Quinn qui, elle le sentit en effleurant sa
cuisse, était resté habillé, lui.
Il la souleva, l’attira sur ses genoux. Elle retrouva aussitôt l’odeur délicieuse de sa peau et
inspira profondément. Soudain, avant qu’elle se soit rendu compte de quoi que ce soit, il écarta
ses jambes et l’installa à califourchon sur lui.
Il glissa quelque chose de doux et de soyeux autour de ses poignets et l’attacha. Elle testa ses
liens. Elle pouvait bouger de quelques centimètres. Ce qu’elle fit, et dans la position où elle se
trouvait, le désir crut soudain dans ses reins, irrépressible.
Quinn rit. Un rire chaud, profond.
— Allons, patience.
Maggie voulait ses mains sur elle, sur ses seins, au creux de ses cuisses. Il devait bien s’être
écoulé une heure depuis son dernier orgasme. Cela lui semblait une éternité. Mais, visiblement,
Quinn avait décidé de prendre son temps, titillant son oreille, embrassant doucement son cou.
Pourtant, elle sentait son érection palpiter à l’extérieur de son sexe et elle songea soudain
que s’il lui avait donné beaucoup de plaisir, lui n’avait pas joui une seule fois. Aussi se mit-elle à
bouger les hanches, les fesses, provocante, espérant lui faire perdre le contrôle.
— Maggie, si vous continuez à vous trémousser, je vous donne la fessée.
— Vous n’oseriez pas.
— Rappelez-vous que vous êtes attachée, la taquina-t-il.
Certes. Elle s’immobilisa.
Ce fut alors qu’il glissa une main entre ses jambes et pressa effrontément son clitoris entre
deux doigts.
— On ne bouge pas, Maggie, dit-il lorsqu’elle se cambra avec un gémissement.
— Vous ne pouvez pas décemment espérer que… que je me tienne tranquille pendant que…
oh… que vous… faites ça !
— Rappelez-vous de ce que je vous ai dit.
— Monstre !
— Vous voulez que je m’arrête ?
— Non, surtout pas.
— C’est bien ce que je pensais.
Maggie ne s’était pas rendu compte combien il serait difficile de rester immobile. Surtout
quand au moindre effleurement des doigts de Quinn, elle sentait ses reins, son ventre comme
irradiés de mille courants électriques. Mais le pire était de ne pas savoir s’il avait l’intention de
prolonger sa caresse jusqu’au bout ou si, cette fois, il l’amènerait jusqu’au seuil du plaisir et le
lui refuserait au dernier moment.
Elle s’efforça de ne pas bouger. Y parvint. Mais elle allait certainement crier, s’il…
— Quinn, je vous en prie.
— Oui ?
— Laissez-moi jouir.
— Chère Maggie…
— S’il vous plaît…, implora-t-elle.
Elle saisit les liens qui maintenaient ses poignets et tira. Mais ils résistèrent. Elle voulut
serrer les jambes, presser son sexe contre ses doigts. Mais il la maintint ouverte.
Elle allait devoir attendre et se mordit la lèvre, frustrée.
— Aimeriez-vous que je vienne en vous ? demanda-t-il, lui redonnant espoir.
— Oui.
— Alors, vous allez devoir vous soulever, vous pencher en avant.
Il saisit ses fesses à pleines mains pour l’aider. A demi accroupie, écartelée, elle attendit
qu’il dégrafe son pantalon. Puis elle l’entendit ouvrir l’emballage d’un préservatif. Un instant
plus tard, il la guidait de nouveau vers lui, une main entre ses jambes. Et soudain, elle sentit son
sexe la pénétrer d’un seul trait, l’emplir totalement. Alors, éperdue, elle se mit à bouger, se
frottant contre lui, se soulevant pour mieux le reprendre en elle l’instant d’après, ivre de désir.
Et dans la frénésie qui s’était emparée d’elle, elle ne put l’attendre. Déjà l’extase l’emportait
dans une tension de tout son corps. Et lorsque, éblouie, étourdie de plaisir, elle s’effondra contre
la poitrine de Quinn, elle perçut qu’il était encore dur en elle.
Son souffle rauque balayait sa joue. Et lorsqu’il bougea imperceptiblement, elle sentit de
nouveau son corps s’enflammer. Mais, déjà, il la soulevait, se retirait d’elle.
Elle l’entendit saisir un flacon et le décapsuler. Etait-ce encore de la lotion ?
Et se mains furent sur elle, la caressant, étalant le liquide sur ses seins, consciencieusement,
partout.
— C’est une huile qui possède des propriétés particulières.
Soudain, elle entendit glisser comme un toit ouvrant au-dessus d’elle et sentit l’air frais
envahir la voiture. Mais ses seins étaient en feu, tendus de désir. Et elle n’avait plus qu’une
envie : qu’il les prenne dans ses mains, presse leur chair délicate jusqu’à lui faire mal. Elle était
tellement excitée.
— Vous avez chaud, Maggie ? demanda soudain Quinn.
— Oui.
— Alors, c’est que mon huile fait effet. Je vais en mettre sur vos fesses, entre vos jambes…
Il la souleva de nouveau. Elle n’eut d’autre choix que de se pencher en avant et de le laisser
faire.
Il prit tout son temps, étalant langoureusement l’huile sur sa peau frémissante, glissant le
long de ses reins, sur ses hanches, ses fesses qu’il massa doucement, puis entre ses jambes.
Longuement. Partout. Il s’aventura alors vers son sexe, écarta doucement sa chair et introduisit
ses doigts glissants d’huile en elle. Et lorsqu’il l’attira de nouveau sur lui la pénétrant, elle crut
défaillir tant le plaisir fut intense.
La brise fraîche ébouriffait ses cheveux, jouait sur sa peau en feu. Elle voulut bouger, mais
Quinn l’en empêcha, la maintint immobile sur lui tandis qu’il glissait un doigt entre eux et serrait
son clitoris. Elle tremblait, parcourue de frissons lorsqu’il s’immobilisa soudain. S’il bougeait
me seule fois son doigt, elle sut qu’elle allait jouir.
Il la souleva de nouveau, prit tour à tour ses seins dans sa bouche et en agaça la pointe du
bout de la langue. Il les embrassa longuement, les aspirant dans sa bouche. Elle suffoquait, le
corps en feu, ivre de désir.
Soudain, elle n’y tint plus et descendit sur lui, le prit en elle d’un seul mouvement. Alors,
éperdue, elle s’abandonna au rythme fou qui s’était emparé d’elle, les mains solides de Quinn
cramponnées à ses hanches.
Et bientôt, ils jouirent ensemble, corps moites soudés, emportés par la violence des spasmes
de plaisir qui se répercutaient en eux.
Lorsqu’elle s’effondra contre lui, elle était incapable de penser, incapable de bouger. Le
plaisir avait été si intense qu’elle se sentait flotter hors de la réalité.
Et lorsqu’elle le sentit glisser soudain une main paresseuse entre ses cuisses, elle ne réagit
pas, certaine d’avoir tout donné. Rien ne pouvait surpasser ce qu’elle venait de vivre, d’éprouver.
Pourtant, lorsqu’il se mit à la caresser de nouveau, elle gémit, certaine que son cœur ne résisterait
pas. Tant pis, si elle jouissait et mourait ensuite, au moins partirait-elle en femme satisfaite…
 
 
Quinn se disait qu’il aurait pu s’abstenir de toute relation sexuelle avec Maggie pour lui
prouver que ce qu’il ressentait pour elle n’était pas purement physique. Mais il ne voyait aucune
raison de se priver des moments merveilleux que leur procurait la relation la plus intime qui soit
entre deux êtres.
De plus, il n’avait rien à se prouver à lui-même. Il savait parfaitement où il en était et ce
qu’il ressentait. S’il n’avait jamais éprouvé pour aucune femme les sentiments qu’il éprouvait
pour Maggie, il était néanmoins tout à fait capable de les reconnaître. Il l’aimait d’un amour vrai
et sincère qui durerait toute la vie, il le savait. Un amour qui, aussi sérieux soit-il, ne rimait pas
avec gravité. L’amour pouvait aussi être léger, inclure rires et fantaisie aussi bien que le partage
des rêves et des espoirs. Et il ne voyait aucun mal à mêler plaisir, volupté et fantasmes aux
conversations et aux sujets les plus sérieux.
Lorsque le chauffeur de la limousine s’arrêta, coupa le contact et quitta la voiture, Quinn
libéra Maggie de ses liens, l’enroula dans une ouverture et l’emmena dans ses bras le long de la
plage balayée par la brise.
Elle huma l’air frais et léger.
— Est-ce l’océan ? J’entends les vagues lécher le rivage, dit-elle.
Elle ne protesta pas, ne lui demanda pas de la poser. Bien au contraire, elle se nicha encore
mieux contre sa poitrine.
Maggie l’aimait, sinon elle n’aurait pas pris la place de Laine. Maggie l’aimait, sinon elle ne
serait pas là, avec lui, ce soir, et elle n’aurait jamais été aussi loin avec lui.
Maggie l’aimait, mais elle ne s’en rendait pas encore compte.
Et s’il avait la réputation de tout faire pour obtenir ce qu’il voulait, il savait également se
montrer patient. Si elle avait besoin de temps pour y voir clair dans les sentiments, il attendrait.
En attendant, ils travailleraient ; ensemble, passeraient leurs nuits ensemble et regarderaient
ensemble le soleil se lever.
— Vous pouvez enlever le bandeau.
Les doigts de Maggie s’activèrent, fébriles comme ceux d’une enfant impatiente de
découvrir un cadeau. Peu lui importait où Quinn l’avait amenée, elle voilait voir son visage,
l’expression sur ses traits. Quinn, lui, espérait que dans la lueur du feu allumé sur la plage, son
regard refléterait l’amour qu’il éprouvait pour elle.
Elle tendit la main, la posa sur sa joue.
— Merci.
— De quoi ?
Elle sourit.
— Pour tout le plaisir que vous m’avez donné et cette nuit merveilleuse que vous avez
organisée pour moi.
— J’ai l’intention de vous donner tant de choses que vous ne rêverez plus que de vieillir à
mes côtés, promit Quinn.
Maggie s’immobilisa, le regard brusquement soucieux.
Quinn jura intérieurement. Il était allé trop loin, trop vite. Elle n’était pas prête à entendre
parler de toute une vie ensemble. Il aurait dû le savoir, bon sang !
Pour faire diversion, il la souleva dans ses bras et la fit tourner comme un fou.
Instinctivement, elle se cramponna à son cou et lorsqu’ils s’écroulèrent sur la couverture, elle
riait, hors d’haleine, ses doutes envolés. Pour l’instant…
Elle tendit le cou, aperçut le feu et le van garé un peu plus haut. Elle leva un sourcil étonné.
— Nous campons ?
— Dans le luxe. Cette plage appartient à un de mes amis et nous y serons seuls. Quant au
van, il comporte une chambre avec un grand lit et un repas fin nous y attend.
Maggie se redressa.
— Nous passons la nuit ici ?
— Oui.
Quinn saisit un sac et l’ouvrit. Il en sortit une bouteille Thermos et deux tasses. Maggie
s’allongea sur la couverture. La lueur du feu jouait dans ses cheveux blonds, les illuminant de
reflets dorés.
Quinn lui tendit une tasse de café chaud.
— Comment avez-vous organisé tout cela ? demanda-t-elle.
— Avec ma baguette magique de metteur en scène.
C’était là l’un de avantages d’être un producteur de génie. Il pouvait se permettre ce genre
de folies.
— Pour la femme de ma vie.
Maggie repoussa la couverture et glissa les bras sous sa tête, s’installant confortablement en
s’étirant, consciente de l’effet qu’elle produisait sur Quinn, ses seins pleins et ronds exposés dans
la lumière dansante du feu. Occupé à la regarder, il ne la vit pas tendre la main et effleurer son
sexe à travers l’étoffe de son pantalon.
— Est-ce vraiment ce que je suis ? La femme de votre vie ?
— J’aimerais que vous le soyez, répondit-il, prudent, ne voulant pas l’effrayer de nouveau.
Il but une gorgée de café, s’efforçant de ne pas penser aux sensations que faisait naître sa
caresse. Il était trop tôt pour qu’il soit de nouveau en pleine érection, mais c’était incroyable à
quel point cette femme le troublait.
— Me réserveriez-vous l’exclusivité ?
Nom de nom, pour qui le prenait-elle ? Pour un homme capable de lui dire qu’il l’aimait puis
de passer à une autre femme ?
— Oui, répondit-il, les sourcils froncés. Et j’ose espérer que ce sera réciproque. Je hais le
mensonge, les tromperies. J’en ai suffisamment fait l’expérience avec mon père. Je l’aime et ma
mère l’aimait aussi, mais il était toujours en train de chercher ailleurs quelqu’un qui l’aimerait
davantage ou peut-être différemment. Mais il ne trouvera jamais personne pour l’aimer autant
qu’il s’aime.
— Et votre mère ? demanda Maggie.
— Elle est tellement occupée par son travail qu’elle n’a souvent pas grand-chose à donner à
la fin des journée. Mon père lui a brisé le cœur, mais je crois que malgré ses efforts, elle l’aime
encore.
— Ce fut un drôle d’exemple pour vous.
— J’ai appris très tôt ce que je ne voulais pas. Je compte sur vous pour m’apprendre la durée
en amour.
Le regard de Maggie pétilla, amusé.
— Et vous m’apprendrez le plaisir.
A ces mots, Quinn sentit son sexe se tendre. En matière de plaisir, Maggie n’avait pas
beaucoup à apprendre.
Elle fit descendre doucement la fermeture Eclair de son pantalon et caressa son gland du
bout du doigt.
— Qu’attendez-vous exactement de notre relation ? demanda-t-elle.
— Beaucoup de sexe. Fidélité et complicité. Un même élan pour des projets qui n’entrent
pas en compétition, mais se nourrissent les uns des autres. Et de l’aide dans les moments
difficiles.
— Quelle liste ! s’exclama Maggie.
— Je n’ai pas terminé, dit Quinn.
— Je veux une femme qui soit attentive à elle et aux autres. Une femme qui attende de moi
que je m’intéresse à elle. En d’autres termes, c’est vous que je veux.
— C’est le sexe que vous avez mentionné en premier.
— Il fait partie de mes priorités, surtout avec vous.
Quinn fixa un instant les flammes dansantes du feu.
— Vous savez, lorsque vous m’avez demandé de vous prouver que je vous aimais, j’ai pensé
à toutes sortes de choses farfelues. Comme d’essayer de rester chaste en attendant que nous nous
connaissions mieux.
— Vraiment ?
— Je n’ai pas eu envie de suivre cette voie.
— Vous n’avez pas eu envie de vous priver, non ?
— C’est vrai aussi.
Quinn se leva et la laissa le débarrasser de ses vêtements, lui donnant ainsi toute liberté de le
caresser où elle voulait.
— Mais faire l’amour avec vous est quasiment irrésistible parce que j’aime la façon dont
vous réagissez. Vous m’emmenez toujours plus loin que là où gavais prévu d’aller. Et vous êtes
toujours partante pour de nouvelles expériences.
— Et vous allez me dire que tout cela n’est pas purement physique…
Il espérait ne pas dépasser les bornes, ne pas l’effrayer de nouveau en lui révélant la vérité.
— Parce que je me soucie davantage de votre plaisir que du mien.
13.
 
 
 
 
 
 
Quinn se souciait davantage de son plaisir à elle que du sien.
A ces mots, Maggie ne put empêcher son cœur de battre plus vite même si une petite
sonnette d’alarme résonna dans sa tête. Quinn avait commencé sa carrière en écrivant des
dialogues et, grâce à sa mémoire prodigieuse, il pouvait, quand bon lui semblait, retrouver parmi
au moins cent scénarios la réplique adaptée à la situation.
Ces mots reflétaient-ils ses sentiments ? Et s’il se souciait de son plaisir à elle avant de se
soucier du sien, cela signifiait-il pour autant qu’il l’aimait ?
— Maggie ?
— Oui ?
— Vous ne me croyez pas. Et faire l’amour avec moi ne vous a pas convaincue.
Se pouvait-il qu’il lise dans ses pensées ?
— Savez-vous ce qu’il vous faut ?
Elle n’en avait aucune idée.
— Du temps.
— Du temps ?
— Oui.
— Vous ne savez pas ce qui existe réellement entre nous parce que nous n’avons pas été
ensemble, comme nous le sommes là, suffisamment longtemps.
Maggie fronça les sourcils.
— Vous ne semblez pas éprouver les mêmes doutes que moi.
— Je n’en éprouve aucun. Je suis absolument certain de ce que je ressens pour vous.
— Comment est-ce possible ?
— Parce que j’ai foi dans ma capacité à reconnaître que nous sommes faits l’un pour l’autre.
Entièrement. Corps, esprits, caractères.
— Seriez-vous en train de me dire que l’amour est une question de foi ?
— Tomber amoureux, c’est courir un risque.
Il lui adressa son sourire le plus désarmant.
— L’amour est sans doute le risque le plus grand qui soit. Et je trouve ce défi très excitant.
Elle aimait son sourire, mais refusait de se laisser charmer, de prendre ses paroles pour
argent comptant.
— Et lorsque le défi s’émoussera ?
— Je ne crois pas que cela arrivera. Pas si nous sommes vigilants. Les défis peuvent changer
de manière que nous ne pouvons prévoir, mais c’est ce qui rend la vie fascinante, vous ne
trouvez pas ?
— Je ne sais pas.
Mais soudain, peu lui importait. Elle n’avait plus envie de parler.
— Embrasse-moi, Quinn.
Il se pencha vers elle et prit sa bouche. Ensuite, tout s’enchaîna naturellement. Maggie
n’avait jamais fait l’amour à la belle étoile et tandis qu’elle caressait le sexe de Quinn, le prenait
dans sa bouche, il lui semblait suivre le rythme envoûtant des vagues léchant la grève puis se
retirant…
Et, au fil de la nuit, elle perdit le compte du nombre de fois où ils firent l’amour, où ils se
donnèrent du plaisir. Mais tandis qu’ils regardaient le soleil se lever sur le Pacifique, striant le
ciel de longs rubans de lumière orange et pourpre, Maggie se demanda si elle s’était jamais
sentie aussi heureuse. Et si un tel sentiment pouvait durer.
Se trouver avec Quinn était exceptionnel à bien des égards. En cet instant, ils étaient assis,
main dans la main, silencieux, enveloppés dans une même couverture. Maggie avait découvert
qu’elle aimait ces moments de complicité silencieuse tout autant qu’elle appréciait leurs
conversations.
Faire l’amour avec Quinn avait été merveilleux. Un plaisir de tous les sens. Elle adorait le
caresser et qu’il la caresse. Et son corps, son odeur lui donnaient instantanément envie de lui. Sa
voix aussi, qui savait la provoquer, l’exciter, l’emmener au-delà de ce qu’elle aurait cru possible.
Mais, surtout, elle avait découvert que derrière l’individu arrogant, excentrique et parfois
égoïste, il y avait un homme prévenant et généreux.
— Quinn ?
— Oui ?
— Comment se fait-il que tu n’aies pas pensé que j’avais pris la place de Laine pour obtenir
quelque chose de toi ?
— Je l’ai pensé, au début.
Il pressa tendrement sa main.
— Mais tu ne m’as rien demandé.
Maggie détourna son regard de l’océan et le plongea dans le sien. Elle savait combien il lui
était difficile d’avoir confiance alors que tant de gens avaient tenté de se servir de lui pour
parvenir à leurs fins.
— Tu m’as beaucoup appris.
— Moi ?
— Oui. Le fait que l’on tente parfois d’obtenir de moi des faveurs fait partie du jeu parce
que j’ai réussi et que je possède un certain pouvoir. Ainsi va la vie. Cela m’avait rendu cynique,
mais aujourd’hui, je vois les choses différemment. Grâce à toi.
— Donc, tu ne vois pas d’inconvénient à ce que j’insiste, une fois de plus, pour que tu lises
le scénario de Kimberly ? demanda Maggie, taquine.
Il se pencha vers elle, l’embrassa dans le cou. Son souffle chaud fit courir de petits frissons
sur sa peau.
— Je n’ai pas dit cela.
Elle tenta de le repousser, mais il refusa de bouger.
— N’essaie pas de me détourner de mon objectif ! lança-t-elle.
— D’accord. Je le lirai. Mais s’il n’est pas bon, je ne le retiendrai pas, même pour te faire
plaisir.
 
 
— Quinn ? Maggie ? Vous êtes visibles ?
Kimberly surgit de derrière le van.
— Un instant, ordonna Quinn, sans se laisser troubler par l’arrivée de son assistante de
production.
Il se leva, quittant la couverture, et Maggie sentit l’air frais s’engouffrer à la place de son
corps qui lui tenait délicieusement chaud. Il enfila son pantalon, jeta sa chemise sur ses épaules,
puis il se tourna vers Kimberly.
Maggie, beaucoup moins à l’aise que Quinn, tira la couverture sous son menton. Elle savait
par avance que Kimberly ne serait pas venue les chercher jusqu’ici s’il n’y avait pas eu urgence.
— Que se passe-t-il, Kimberly ? demanda-t-elle.
Kimberly s’avança vers eux aussi vite que le lui permettaient ses talons hauts s’enfonçant
dans le sable. Gênée, elle vit le feu de camp, les couvertures en désordre par terre et choisit de
garder les yeux baissés, maudissant le sable et les dégâts sur ses chaussures.
Quinn fronça les sourcils.
— J’espère que la raison qui vous amène ici est d’importance, sinon…
— Laine Lamonde et Dan O’Donnel se sont enfuis. Ensemble.
— Hum.
Maggie ne dit rien, mais ne put s’empêcher de se demander pourquoi Laine semblait à ce
point affectionner les hommes petits, chauves et avec du ventre, comme son agent ou O’Donnel.
Kimberly tendit une feuille de papier à Quinn.
— Derek Parker m’a faxé ceci, tard, hier soir.
— Et il t’a envoyée à notre recherche ? demanda Maggie, se doutant que Laine avait épousé
O’Donnel.
— Pourquoi ? demanda Quinn.
Il était calme, mais Maggie ne l’avait jamais vu aussi figé. S’il ne s’était pas trouvé ici, avec
elle, peut-être aurait-il pu… Pu quoi ? Si Laine avait épousé O’Donnel, il n’aurait rien pu faire,
même s’il avait passé tout son temps à tenter de la convaincre de signer avec lui. Mais Derek
Parker ne voyait peut-être pas les choses ainsi.
Kimberly tendit son portable à Quinn.
— M. Parker veut vous parler.
Quinn lui jeta un regard noir.
— Je possède un téléphone portable et je l’ai éteint. Savez-vous pourquoi ?
— De toute évidence, vous ne souhaitiez pas être dérangé, répondit Kimberly, les yeux
baissés.
Maggie eut mal pour elle. Il était clair qu’elle n’avait pas choisi d’être là, mais qu’elle
n’avait pas pu ignorer une demande qui risquait de lui coûter son travail.
— Un peu d’indulgence pour le messager, dit Maggie à l’adresse de Quinn, tout en se
demandant comment elle pourrait l’aider.
Il poussa un grognement et saisit le portable que lui tendait Kimberly. Puis il s’éloigna pour
prendre la communication, laissant les deux amies seules.
Maggie poussa un soupir.
— C’est peut-être ma faute.
— Si Laine a épousé O’Donnel ?
Kimberly se débarrassa de ses chaussures et s’installa sur un coin de la couverture.
— Mais non. Je veux dire si Quinn a coupé son portable. En tout cas, il a accepté de lire ton
scénario.
— C’est bien.
— Cette fois, il va vraiment le faire.
— Oh, Maggie !
Kimberly lui sauta au cou.
— Tu n’aurais pas dû insister. Pas alors que maintenant que tous les deux, vous êtes…
— Ensemble ? dit Maggie, achevant la phrase de son amie, de plus en plus embarrassée. Il
m’a également demandé d’assurer le casting de son prochain film.
— C’est formidable ! s’exclama Kimberly, vraiment ravie pour elle.
Maggie aurait voulu pouvoir partager son enthousiasme. Mais elle s’inquiétait pour Quinn.
Dans les studios comme la Simitar, on était censé vivre avec son portable Parker n’allait sans
doute pas apprécier que Quinn ait choisi de couper le sien, surtout pendant une crise de cette
amplitude.
Elle s’efforça d’expliquer à Kimberly les raisons de son humeur sombre. Cette dernière
n’avait aucune idée des pirouettes que les studios exigeaient de Quinn pour assurer le
financement de ses films.
— Je ne me vois pas très bien acceptant son offre alors qu’il risque de perdre les fonds pour
son film.
— Pourquoi les perdrait-il ? demanda Kimberly.
Maggie avait oublié combien son amie avait encore à apprendre sur le métier.
— Parce que Parker a décidé de financer celui qui engagerait Laine. Il est certain que pour
ses débuts aux Etats-Unis, elle va faire un malheur et assurer le succès du film. Sans elle, Quinn
n’obtiendra pas l’argent pour les costumes et les décors qui sont absolument nécessaires pour…
— J’ai compris ! s’exclama Kimberly. Et Quinn t’a vraiment proposé le casting ?
— Oui. Mais il n’y a peut-être plus de film à l’heure qu’il est.
Chagrinée, Maggie jeta un coup d’œil en direction de Quinn. Il revenait à grandes
enjambées. Il avait l’air plein d’énergie, prêt à avaler le monde. Elle aurait dû savoir qu’il ne se
laissait pas démonter facilement et trouverait le moyen de sauver son film.
— Tu as joué le rôle de Laine une fois, tu pourrais peut-être recommencer, suggéra
Kimberly.
Maggie leva les yeux au ciel.
— Laine est une star, pas moi. Moi, je suis directrice de casting.
Quinn avait dû surprendre ces derniers mots en arrivant. Il se pencha vers Maggie, la prit par
le menton et posa un baiser sur ses lèvres.
— Tu vas faire ce que tu fais le mieux, Maggie.
Surprise que Quinn l’ait embrassée devant Kimberly, Maggie avait du mal à se concentrer.
A quoi faisait-il allusion à propos de ce qu’elle faisait le mieux ? Brusquement, elle sentit ses
joues s’empourprer.
— Tu vas me chercher un nouveau premier rôle.
Le regard de Quinn pétillait.
— Quelqu’un de si fantastique que Parker voudra que je l’engage sur-le-champ.
— Mais il veut Laine, dit Maggie, ses pensées encore troublées par le manque de sommeil,
les heures passées à faire l’amour et le baiser de Quinn.
Apparemment, il n’avait pas l’intention de cacher les sentiments qu’il éprouvait à son égard.
Pourquoi avait-elle pensé qu’il pourrait le faire ? Jusque-là, elle n’avait même pas envisagé ce
qui se passerait face à leurs amis et associés respectifs. Mais elle était heureuse que Quinn l’ait
embrassée avec autant de naturel.
Il eut un sourire triomphant.
— Parker n’est plus fixé sur Laine Lamonde.
— Comment es-tu parvenu à le faire changer d’avis ? s’enquit Maggie.
Elle ne savait pas où Quinn puisait toute cette énergie. Elle irradiait de lui avec une force
inouïe.
— Laine est peu connue aux Etats-Unis, nais elle est une star en Europe. Je l’ai convaincu
que la tendance actuelle était de prendre des inconnues et d’en faire des superstars.
Maggie espérait qu’il avait raison, mais elle doutait encore.
— Je ne sais pas, Quinn. Si les stars touchent des cachets aussi importants c’est parce les
gens viennent les voir même lorsqu’ils ignorent tout du film dans lequel elles jouent.
Kimberly sourit.
— Une inconnue peut faire un malheur. Tout le monde veut la connaître, savoir d’où elle
vient, quels amants elle a eus. Les Américains adorent les histoires de réussite, la fille qui part de
rien et devient une vedette.
— Exact, renchérit Quinn. Et c’est comme cela que j’ai vendu à Parker la nouvelle
découverte de Maggie.
— Maggie a découvert une future star ? demanda Kimberly, le regard brillant de curiosité.
Maggie les regarda tour à tour.
— Qui ?
Quinn se mit à rire.
— Je n’en ai pas la moindre idée, mais tu as vingt-quatre heures pour la trouver. Parker veut
voir un bout d’essai lundi matin.
 
 
Pour Maggie, le voyage de retour à Los Angeles se fit dans la panique la plus totale. Qu’est-
ce qui lui avait fait croire qu’un jour elle pourrait assurer le casting d’un film ? Surtout en si peu
de temps ?
D’habitude, les premiers rôles arrivaient avec le projet tout ficelé et l’agence de casting
n’avait que la responsabilité de trouver les seconds rôles et les figurants. Là, Maggie partait de
rien. Ceci dit, elle avait lu le scénario, ce qui était déjà un bon point. Mais dès que l’avion se
poserait à Los Angeles, il lui faudrait mettre la machine en route.
Lorsqu’ils atterrirent à l’aéroport, elle était épuisée et un peu démoralisée. Elle avait déjà
appelé les agents de ses trois premiers choix à leur domicile, un dimanche, ce qui n’avait pas
contribué à la rendre très populaire. Deux des actrices étaient déjà sous contrat pour d’autres
projets et la troisième était enceinte de cinq mois et donc indisponible pour les mois à venir.
Fort heureusement, Quinn s’était chargé de l’intendance. Bureau, équipement et personnel
temporaire, il avait tout prévu afin qu’elle puisse installer son agence de casting au sein des
studios Simitar.
En dépit de sa fatigue et de ses soucis, Maggie ne put que s’extasier. Tout était prêt, avec
deux personnes à son service. Il avait même prévu des sandwichs, des fruits et du café. Elle
disposait en outre d’une salle de projection afin de pouvoir visionner les cassettes des actrices
potentielles. Et surtout, elle disposait du carnet d’adresses de Quinn à Hollywood.
Qu’il ait pu accomplir une telle prouesse n’aurait pas dû l’étonner. Elle l’avait déjà vu
accomplir ce genre de miracle. Mais cette fois, c’était pour elle et elle aurait voulu pouvoir se
jeter à son cou et l’embrasser pour le remercier.
Mais il s’était éclipsé, la laissant à sa recherche. Et la meilleure façon de le remercier, c’était
de trouver la perle rare.
Kimberly se laissa tomber sur la chaise face à Maggie. Elle semblait tout aussi stupéfaite
qu’elle par ce si brusque changement de responsabilités dans sa vie.
— Que puis-je faire pour t’aider ? demanda-t-elle, poussant vers elle le café qu’elle venait
de lui servir.
Maggie en but une gorgée. Il était délicieux.
— Nous devons trouver une actrice inconnue du public.
— Nous n’avons pas le temps de faire le tour de tous les agents de la ville.
Maggie apprécia le « nous ». Kimberly était prête à rester avec elle et à travailler toute le
nuit s’il le fallait. Et elle ne lui avait pas posé une seule question concernant sa relation avec
Quinn. Et pourtant, telle qu’elle la connaissait, elle devait être dévorée de curiosité.
Dès leur première rencontre, Maggie avait apprécié son intelligence, son humour et sa
loyauté. Toutes deux passionnées par l’industrie cinématographique, elles étaient vite devenues
amies et avaient passées de nombreuses soirées à aller voir des films, des pièces de théâtre et…
Une pièce de théâtre. La pièce que Kimberly et elle avaient manqué, la semaine précédente,
lui donna soudain une idée.
Elle sourit.
— Kimberly, que penses-tu de Serena Kendall ?
— L’actrice de l’université de Los Angeles ? Elle serait parfaite, mais elle n’a aucune
expérience de la caméra. C’est une actrice de théâtre.
— Alors, il faut que nous lui trouvions un bon coach.
— De nombreux acteurs passent de la scène à l’écran, mais ça peut prendre des années.
— Nous ne disposons pas de ce temps. Demain matin, elle doit faire un bout d’essai. Je me
demande si elle a un agent. Bon, peu importe, nous lui en trouverons un au cas où.
Maggie attrapa son sac.
— Viens, on va à l’université.
Kimberly la suivit.
— Que va penser Quinn de ton choix ?
— Il a dit qu’il faisait entièrement confiance à mon jugement, répondit Maggie.
Mais elle savait que Quinn comptait sur elle pour trouver une actrice expérimentée. De toute
façon, ses autres choix étaient indisponibles. Et puis, elle avait toujours apprécié Serena. Elle
l’avait déjà vue jouer deux fois. Une fois dans un rôle d’ingénue et une autre, dans un rôle de
femme forte, audacieuse et effrontée.
Trouver Serena s’avéra extrêmement facile. Elle se trouvait dans l’annuaire du campus et sa
compagne de chambre leur indiqua qu’elle travaillait comme serveuse dans une pizzeria toute
proche.
A leur entrée dans le petit restaurant, elles furent accueillies par une délicieuse odeur de pâte
cuite au four et de sauce tomate à l’ail et au basilic. Mais elles n’avaient pas le temps de manger.
Magie jeta un coup d’œil autour d’elle et repéra tout de suite celle sur qui reposait tous ses
espoirs.
Sans maquillage, son visage était superbe. Un teint de pêche, un petit nez droit, des dents
étincelantes, parfaites. Elle avançait d’une démarche souple entre les tables, un pichet de bière
dans une main et, dans l’autre, un plateau chargé de chopes.
Maggie s’avança vers elle et se présenta :
— Serena Kendall, je suis Maggie Miller et je souhaiterais m’entretenir un moment avec
vous.
Avant qu’elle ait eu le temps de répondre, Kimberly lui prit le pichet des mains et le posa
elle-même sur la table ainsi que le plateau. Maggie prit alors Serena par le bras et l’entraîna vers
un box.
— Je vous ai vue sur scène et j’aime beaucoup ce que vous faites.
Serena sourit. Un sourire qui éclaira son visage.
— Merci. Mais…
Elle jeta un coup d’œil à la salle qui se remplissait.
— Je vais devoir retourner travailler.
— J’assure le casting d’un film, à l’heure actuelle, expliqua Maggie. Je pense que vous
seriez parfaite pour le rôle principal.
— Si c’est un film porno, je ne…
— Avez-vous déjà entendu parler de Quinn Scott ?
— Quinn Scott ?
Les sourcils élégants de Serena se levèrent, reflétant à la fois la surprise et l’incrédulité.
— Vous en avez entendu parler ? répéta Maggie.
Pourvu que oui, songea-t-elle. Pourvu que Serena ne soit pas une tête-en-l’air. Elle n’avait
pas le temps de la cajoler. Il fallait qu’elle agisse en professionnelle.
— Tout le monde a entendu parler de Quinn Scott, dit Serena, le souffle soudain court.
Elle se pinça le bras.
— Dites-moi que je ne rêve pas.
— Ecoutez, je ne vous promets rien. Mais il faut que nous vous préparions pour un bout
d’essai demain matin.
— Vous avez une carte professionnelle ? demanda Serena qui n’en revenait toujours pas.
Visiblement sceptique, elle avait les pieds sur terre, ce qui était un très bon point dans le
métier. Maggie remercia Quinn pour sa capacité à anticiper ses besoins et sortit une carte de son
sac.
Elle la tendit à Serena.
— Avez-vous déjà joué devant une caméra ?
— J’ai tourné des publicités, quand j’étais adolescente.
— Très bien.
Serena serait parfaite. La confiance de Maggie grimpa d’un cran. Elle sortit cinq pages de
dialogue de son dossier et les lui tendit.
— Pouvez-vous apprendre cela assez vite ?
— J’ai une mémoire quasi photographique, ce sera facile.
Maggie était aux anges. Si Serena disait la vérité, non seulement elle possédait l’intelligence
et le talent pour le rôle, mais elle saurait son texte.
Elle observa attentivement la jeune femme. Elle paraissait moins sceptique, mais avait
toujours l’air profondément déroutée. Maggie ne pouvait pas lui en vouloir. Ce n’était pas tous
les jours qu’une directrice de casting venait voir une serveuse pour lui dire qu’elle allait
probablement devenir une star.
— Pourquoi tant de précipitation ? demanda soudain Serena.
— Laine Lamonde devait interpréter le premier rôle, mais elle s’est enfuie. Pour assurer le
financement du film, nous devons la remplacer immé…
— Vous avez dit le premier rôle ?
Le teint de pêche de Serena vira au vert. Et c’est alors que la candidate parfaite de Maggie
s’évanouit.
14.
 
 
 
 
 
 
— Kimberly !
Maggie récupéra Serena, mais le poids de l’actrice évanouie la fit chanceler.
— Vite, aide-moi.
Kimberly se précipita, aussitôt rejointe par trois étudiants qui l’aidèrent à allonger Serena sur
une banquette. Maggie mouilla une serviette dans un verre d’eau glacée et tamponna les tempes
de la jeune femme.
— Que s’est-il passé, Maggie ? commença Kimberly. Je te jure, il suffit que je te laisse seule
un instant pour que…
— Chut.
Serena battait des cils.
— Elle se réveille, ce n’est pas le moment de lui faire peur…
— Il me semble que tu t’en es déjà chargée !
Kimberly se pencha dans le box pour aider Maggie à asseoir Serena.
Serena fixa Maggie, les yeux écarquillés.
— Vous êtes bien réelle ?
Maggie se mit à rire, à la fois nerveusement et parce qu’elle prenait soudain conscience du
pouvoir dont elle était maintenant investie. Des gens du métier qui jusqu’à présent la regardaient
de haut allaient probablement solliciter ses faveurs, désormais. Sans doute les autres assistantes
de la société apprendraient-elles que Quinn et elle sortaient ensemble. Elles en déduiraient que
c’était à cela qu’elle devait sa promotion et la mépriseraient. Le succès avait toujours un prix,
Maggie le savait. Et si ce prix incluait de devoir s’occuper de jeunes femmes évanouies, elle
apprendrait à faire face. Peut-être aurait-elle dû se montrer plus subtile. Mais il était trop tard, le
mal était fait.
— Je n’aurais dû vous parler de l’importance du rôle qu’après votre bout d’essai. Ceci dit, si
vous n’êtes pas de taille à supporter la pression, il vaut mieux que nous le sachions tout de suite.
Serena but un peu d’eau dans le verre que Kimberly lui tendit. Puis elle leva le menton et
redressa les épaules.
— Ça ira, je ne vous décevrai pas…
Elle jeta un rapide coup d’œil à la carte professionnelle qu’elle tenait serrée dans sa main.
— … madame Miller.
— Appelez-moi Maggie. Je ne veux pas vous intimider et vous voir vous évanouir de
nouveau. La prochaine fois, je risque de ne pas pouvoir vous retenir et je n’ai pas envie que vous
tourniez votre bout d’essai avec un œil au beurre noir ou le nez écorché.
— Ne vous inquiétez pas, je serai à la hauteur.
Serena plongea le doigts dans le verre d’eau fraîche et s’aspergea le visage. Kimberly fronça
les sourcils.
— Vous n’êtes pas enceinte, par hasard ?
Maggie n’avait même pas pensé à le lui demander. Elle retint son souffle.
— Non. Aucun risque. Il semblerait que les hommes préfèrent m’admirer de loin.
Serena expliqua la situation au patron du restaurant qui lui proposa d’assurer le service à sa
place et lui souhaita bonne chance. Puis Maggie et Kimberly emmenèrent leur protégée.
Durant le trajet de retour au studio, Serena lut son texte tandis que Maggie sortait de leurs
lits un maquilleur, un styliste, un décorateur de plateau, un costumier, un coach, un cameraman
et un photographe et leur donnait rendez-vous au studio. Elle était déterminée à ne rien laisser au
hasard et à soigner ce bout d’essai dans les moindres détails afin d’offrir à sa nouvelle recrue les
conditions optimales de succès.
— Qui va me donner la réplique ? demanda Serena. Cela m’aiderait de pouvoir répéter avec
cette personne, quelle qu’elle soit.
Maggie n’avait pas anticipé jusque-là. Elle avait été trop occupée à remplacer Laine pour se
préoccuper de trouver un partenaire. Elle regarda Kimberly qui répondit par un haussement
d’épaules.
— Nous trouverons quelqu’un, assura Maggie.
Elle repensa à ce que Quinn avait dit à Laine. Et brusquement, elle songea au rôle de
l’homme mûr. Un rôle parfait pour son père.
— Que diriez-vous de Jason Scott ?
— Dieu du ciel ! Vous voulez que je fasse mon bout d’essai avec Jason Scott ?
— Vous n’allez pas vous évanouir une nouvelle fois, j’espère ! lança Maggie.
— Un homme comme lui a l’art de mettre en valeur sa partenaire, dit Kimberly.
— Il sait également rafler la vedette, rétorqua Serena.
— Contentez-vous de lire votre script, dit Maggie.
Elle appela aussitôt Quinn sur son portable.
— Que dirais-tu de proposer à ton père de donner la réplique à notre nouvelle recrue ?
— Votre nouvelle quoi ? s’exclama Serena, soudain toute pâle.
Maggie poussa un soupir et Kimberly leva les yeux au ciel. Kimberly parvint à distraire
Serena et Maggie put terminer sa conversation avec Quinn.
— Maggie, je ne suis pas certain d’avoir envie que tu rencontres mon père, dit Quinn d’un
ton léger.
Maggie sentit sa gorge se serrer. Avait-il honte d’elle ou des doutes au sujet de ses
sentiments ?
Elle s’efforça de rejeter ces pensées négatives. Aie confiance, Maggie, se dit-elle.
— Pourquoi ne veux-tu pas que je rencontre ton père ?
— Parce qu’il a peur que vous tombiez amoureuse de moi.
Maggie faillit laisser échapper son téléphone en entendant la voix de Jason Scott. Quinn
avait dû le brancher sur leur conversation. Elle aurait reconnu sa voix entre mille.
— Reprends-toi, papa, dit Quinn. Tu n’es pas à ce point irrésistible.
— Je ne suis pas de cet avis, dit Maggie d’un ton mutin.
La réflexion ravit Jason Scott qui se mit à rire, satisfait.
— Voilà pourquoi je ne voulais pas que vous fassiez connaissance, dit Quinn. Je savais que
vous vous ligueriez aussitôt contre moi. Alors, papa, es-tu disposé à aider une charmante jeune
femme à passer son premier bout d’essai ?
— Hum. C’est celle qui t’a fait manquer notre petit déjeuner hebdomadaire ? demanda
Jason.
A l’intonation de sa voix, Maggie sut qu’il s’amusait et connaissait déjà la réponse. De toute
évidence il était au courant de leur relation et elle ne put s’empêcher de se demander ce que
Quinn lui avait raconté à son sujet.
Comme si elle n’avait pas déjà suffisamment de soucis, voilà qu’elle s’inquiétait à présent
de l’impression qu’elle allait faire sur Jason Scott !
— Papa, tu peux flirter autant qu’il te plaira avec l’actrice, même si elle a l’âge d’être ta
fille. Mais pas question d’approcher de la directrice du casting, sinon je dis à tout le monde que
tu prends du Viagra…
— Mais je n’en prends pas ! lança Jason Scott, outré.
Maggie s’interposa.
— Monsieur, ce serait vraiment un grand honneur que vous nous feriez d’aider Serena. Elle
est très nerveuse et bénéficier de votre expérience lui serait plus que profitable.
Y était-elle allée trop fort ? Quinn se mit à rire et Jason aussi.
— Ah, ta Maggie sait vraiment s’y prendre avec les hommes. J’aurais dû me douter que tu
avais choisi le bon numéro.
— Dois-je comprendre que c’est oui ? demanda Maggie.
— Très chère Maggie…
— Attention, papa. Tu sais ce que je t’ai dit. On ne flirte pas avec ma femme, s’exclama
Quinn, très ferme.
Mais Maggie sentit la pointe de plaisanterie dans sa voix. En tout cas, une chose ne lui avait
pas échappé : il venait de déclarer, devant son père, qu’elle était sa femme. Un délicieux frisson
la parcourut.
Quinn n’était pas timide pour déclarer ses sentiments à son entourage, c’était le moins que
l’on puisse dire !
— Chatouilleux, hein ? lança Jason. Très chère Maggie, ajouta-t-il, ignorant totalement
l’avertissement de son fils, je brûle de faire votre connaissance.
 
 
Le lundi matin, la tension était à son comble. Maggie avait l’impression que sa vie dépendait
de ce bout d’essai. A 7 heures, Serena était fin prête, habillée et maquillée. Elle savait son texte
sur le bout des doigts et, à présent, son coach lui donnait des indications de dernière minute.
Jason était arrivé de bonne heure et avait répété avec Serena, charmant toutes les femmes sur le
plateau et s’amusant beaucoup.
Maggie, cependant, ne l’avait pas encore rencontré. Elle avait été très occupée à régler les
derniers détails. Bien que directrice de casting, elle assurait néanmoins son travail d’assistante de
Quinn. Et le café et les biscuits préférés de Derek Parker étaient prêts. Elle avait également prévu
à son intention un dossier comprenant des photos de Serena ainsi qu’un compte rendu de sa
carrière d’actrice.
D’habitude, un homme de sa stature ne se dérangeait pas. Il attendait dans son bureau qu’on
lui fasse parvenir le bout d’essai. Mais compte tenu de la somme qui devait être engagée, il avait
fait savoir qu’il serait présent.
Quinn entra dans le bureau de Maggie et lui tendit une rose rouge. Puis il effleura sa joue
d’un baiser. Et l’aidant à se lever, il la serra dans ses bras.
— As-tu dormi un peu ?
Elle secoua la tête.
— J’ai essayé.
— Tu dois être épuisée.
— Je tiens sur les nerfs.
Quinn la prit par le menton, caressa sa joie du pouce.
— Maggie, Maggie, Maggie. Ce n’est qu’un film.
— Faire des films est ton métier. Tu réussis parfaitement. Je ne veux pas te décevoir.
— Ce ne sera pas le cas. Néanmoins, il faut que tu saches que Derek Parker aura sa propre
opinion sur le talent de ton actrice. Quoi qu’il en soit, je t’aimerai toujours.
— Quinn, arrête de me bercer avec toues ces paroles délicieuses.
— Pourquoi ?
— Parce que je vais m’habituer et vouloir les entendre toujours.
— Ma chérie, je ne vois pas où est le problème. Crois-tu que je vais me retrouver à court de
texte ?
De manière totalement irrationnelle, Maggie craignait qu’à partir du moment où elle lui
aurait dit qu’elle l’aimait, les choses ne changent. L’idée que Quinn puisse s’engager dans la vie
lui paraissait déjà incroyable. Alors, que ce soit avec elle semblait trop beau pour être vrai.
Mais elle l’aimait. Elle ne pouvait plus le nier. Elle ne savait pas avec certitude à quel
moment elle était tombée amoureuse de lui, sans doute bien avant de décider de prendre la place
de Laine. Depuis, ce qui n’avait été probablement qu’un coup de cœur s’était transformé en un
sentiment profond, une passion qui lui faisait peur.
Et ce qui lui faisait encore plus peur, c’était le goût de Quinn pour les défis. Si elle lui disait
ce qu’il avait envie d’entendre, qu’en serait-il de l’intérêt qu’il lui portait ? Ses sentiments pour
elle ne s’émousseraient-ils pas ?
Il n’existait qu’un moyen de le savoir, mais les mots ne parvenaient pas à franchir ses lèvres.
— Que se passe-t-il ? demanda Quinn.
Maggie essuya rapidement une larme.
— J’ai quelque chose dans l’œil.
— Maggie, Serena va être superbe et Derek tellement impressionné qu’il nous suppliera de
le laisser financer le film.
Mon Dieu, songea Maggie, comment aurait-elle pu ne pas aimer cet homme ? Il n’avait pas
encore vu Serena, mais il avait confiance en son choix, en son jugement. Tout en lui respirait
cette confiance. Elle animait tout ce qu’il faisait, y compris la façon dont il l’aimait. Pleinement.
Sereinement.
Elle emprisonna ses mains entre les siennes.
— Je t’aime, Quinn.
— Ah, enfin ! Il était grand temps que tu t’en rendes compte.
Le regard de Quinn brillait de plaisir. Il se pencha vers elle et prit sa bouche.
C’est ainsi que Derek Parker et Jason Scott les trouvèrent, enlacés, s’embrassant. Maggie se
serait tout de suite écartée, mais Quinn la garda serrée contre lui et poursuivit leur baiser.
Lorsqu’il considéra avoir terminé, il libéra sa bouche et glissa un bras protecteur autour de ses
épaules.
Maggie était rouge de confusion.
— Maggie, tu connais déjà Derek Parker, dit-il.
Elle tendit la main et serra la sienne.
— Et voici mon père, Jason Scott.
Jason troqua la poignée de main contre une accolade, prenant soin de ne pas toucher à son
maquillage ni à ses cheveux impeccablement coiffés tandis que Quinn affectait d’être jaloux.
Mais Maggie vit aux regards qu’ils échangeaient que les deux hommes étaient complices.
Avant que quiconque ait eu le temps d’ajouter un mot, la voix de Kimberly résonnait dans
l’Interphone.
— Tout le monde est prêt sur le plateau.
— Nous arrivons, répondit Quinn.
La salle était plongée dans l’ombre et la scène éclairée lorsqu’ils prirent place. Jason avait
rejoint Serena et Maggie se retrouva assise entre Quinn et Derek Parker. Quinn pressa
tendrement sa main tandis que son père et Serena entraient sur scène et se plaçaient.
Quinn se pencha vers Maggie.
— Serena possède un teint et des pommettes qui accrochent la lumière. Le résultat va être
très bien sur la pellicule. Pour peu qu’elle sache jouer…
— Elle sait, affirma Maggie.
— Voit-elle un inconvénient à se déshabiller ? demanda Quinn.
Maggie lui donna un coup de coude.
— Je te dis que je t’aime et, dans l’heure qui suit, tu me demandes déjà si une autre femme
va accepter d’ôter ses vêtements pour toi ?
— Elle devra tourner des scènes d’amour nue dans le film de Kimberly.
— Le film de Kimberly ? Maggie le regarda, interdite.
— Tu as lu son scénario ?
— Il est très bon. Avec quelques scènes érotiques en plus, il sera parfait. Bien sûr, si
Kimberly est d’accord. Tu crois que Serena acceptera ?
— Je l’ignore.
Les pensées se précipitaient dans la tête de Maggie. Quinn avait lu le scénario et il le
trouvait suffisamment bon pour songer déjà au rôle principal. Elle brûlait d’impatience
d’annoncer la nouvelle à Kimberly et elle espérait qu’elle serait d’accord pour les changements.
Mais, plus que tout, elle avait envie d’embrasser Quinn tellement elle le trouvait merveilleux.
Puis la lumière décrut et Jason et Serena prirent possession de leurs personnages. Assister à
leur transformation avait quelque chose de magique. Jason endossa la personnalité de son rôle
comme on enfile un manteau. Un instant plus tôt, il était le père de Quinn et maintenant, sous ses
yeux, il avait pris l’allure de l’homme qu’il jouait. Ses épaules s’étaient un peu affaissées et il se
mouvait avec la démarche hésitante d’un individu peu sûr de lui.
Serena s’était redressée. D’instant en instant, elle prenait de l’assurance, faisant montre d’un
talent que Maggie se souvenait lui avoir vu au théâtre. Mais cette fois, son jeu était plus subtil,
plus atténué. Elle l’avait adapté à la caméra, sachant que les gros plans révéleraient jusqu’à la
plus infime expression.
Maggie retint son souffle. Pas une fois, elle ne regarda Quinn ni Derek pour savoir ce qu’ils
pensaient. La scène qui se jouait prit soudain toute sa dimension et la magie opéra entre les deux
acteurs, produisant une remarquable intensité.
Maggie n’eut pas besoin de ses deux voisins pour lui dire que la scène était réussie.
D’emblée, son cœur allait vers cet homme qui souffrait tandis que sa compagne le rejetait.
Serena était belle, enflammée, pleine de sincérité et de vie.
Ils firent une seule prise de la scène. Lorsque le metteur en scène dit « Coupez » et que les
lumières se rallumèrent, Maggie eut envie de bondir et de se mettre à danser tant elle était
heureuse. Mais elle se contint et se contenta de regarder Quinn. Il leva le pouce en signe de
félicitation.
Derek serra la main de Quinn.
— Si elle est aussi bien sur la pellicule que sur scène, c’est parti.
Maggie avait les mains moites et son cœur battait à tout rompre. Comment Quinn faisait-il
pour demeurer aussi calme ?
Il raccompagna Derek à la porte, puis il revint vers elle.
— Serena va devenir une grande star, Maggie. Elle te devra beaucoup.
— Merci. Mais cela n’aurait pas été possible si tu ne m’avais pas donné ma chance.
Maggie souleva l’accoudoir entre les deux fauteuils et se blottit contre Quinn. Elle était
heureuse d’être avec lui, heureuse qu’il lui ait fait confiance. Heureuse tout court.
— Il n’y a qu’une petite chose qui me chagrine, dit Quinn, caressant paresseusement son
bras.
Qu’est-ce qui pouvait le chagriner ? Comment était-ce possible alors qu’elle exultait ?
— Quelque chose te chagrine ?
— Oui. Notre week-end à Vancouver a été considérablement raccourci. Aussi, je me disais
que nous devrions faire nos bagages pour Tahiti.
— Tahiti ?
— Même Kimberly ne pourra pas venir nous chercher jusque-là.
— De quoi parles-tu ?
— J’ai toujours pensé qu’une de ces petites huttes qui surplombent la mer, à Mooréa, serait
le lieu idéal pour une lune de miel.
— Une lune de miel ? Mais pour cela, il faut être mariés ! s’exclama Maggie.
— Je suis d’accord.
— Comment cela ?
— Ne viens-tu pas de me demander de t’épouser ? rétorqua Quinn, un large sourire aux
lèvres.
— Mais pas du tout !
— Mais tu en as envie parce que tu m’aimes, je me trompe ?
— Je n’ai même pas songé à…
— Ne t’inquiète pas. Je m’occupe de tout : billets, réservations, et même les valises !
Epilogue
 
 
 
 
 
 
Comme on pouvait s’y attendre avec Quinn, le mariage fut somptueux. Une fête grandiose et
élégante.
Maggie, totalement absorbée par son casting, n’eut qu’à choisir sa robe et à être présente à la
cérémonie. Quinn s’occupa de tout, régla la cérémonie dans les moindres détails grâce à l’aide
d’un spécialiste engagé pour l’occasion. Aussi, Maggie ayant vécu loin de tous ces préparatifs
pendant les semaines qui précédèrent, ne fut pas préparée à ce qui l’attendait : plus d’un millier
d’invités, un repas fastueux dans un cadre de rêve, et la présence de la presse sommée de se tenir
comme il faut sous peine d’éviction.
Au cours de la cérémonie, elle plongea son regard dans celui plein d’amour de Quinn et se
demanda comment il était possible d’avoir autant de chance. Et lorsque le moment de prononcer
les vœux fut venu, elle éprouva quelque difficulté tant elle était émue. Quinn, en smoking noir et
chemise blanche était aussi désirable que nu. Elle brûlait de se retrouver dans ses bras, seule avec
lui, et son désir dut se lire dans ses yeux car, la cérémonie terminée, Quinn se pencha vers elle et
murmura :
— Encore un peu de patience, ma chérie, et je serai tout à toi.
La famille et les amis se pressèrent alors autour de l’heureux couple. Kimberly s’approcha et
serra Maggie dans ses bras. Elle était magnifique dans le fourreau émeraude et le collier assorti
que Quinn avait choisis pour la demoiselle d’honneur.
Kimberly s’écarta, regarda Magie.
— Tu es resplendissante.
— C’est grâce à Quinn.
— Tu as pris tous les risques pour obtenir ce que tu voulais et aujourd’hui, tu en es
récompensée. Je te souhaite un très bon voyage à Tahiti.
— Et toi en Europe.
Quinn envoyait Kimberly en Grande-Bretagne pour vérifier tous les éléments de son
scénario. Si tout marchait bien, dès son retour, il produirait et mettrait en scène son film.
— Ça va être super, répondit Kimberly.
 
 
Plusieurs heures plus tard, après avoir dansé et posé pour d’innombrables photos, Maggie et
Quinn montèrent dans la limousine qui devait les conduire jusqu’au jet privé qui les emmènerait
dans le Pacifique sud.
L’avion comportait une suite avec un immense lit et Maggie n’aurait donc pas à attendre
d’avoir atteint les eaux turquoise et les plages de sable blanc de Tahiti pour séduire son mari.
Quinn glissa un bras autour de ses épaules.
— A quoi pense la plus belle mariée du monde ?
— Devine...
— Ma chérie, je crois que l’intérêt que tu me portes tourne à l’obsession.
— C’est pour cela que je t’aime, Quinn.
— Que veux-tu dire ?
— Je t’aime, entre autres, pour ta modestie !
— J’en ai suffisamment pour te dire que, toi aussi, tu m’obsèdes. Je pense sans arrêt à toi.
— Dans ce cas, que dirais-tu de m’embrasser ? Pour commencer…