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La manutention au cœur

de la logistique

par Georges SCHEMM


Conseiller auprès du Syndicat des industries de matériels de manutention (SIMMA)

1. Manutention et production ................................................................... AG 7 000 – 2


1.1 Conception des produits ............................................................................. — 2
1.2 Manutention et fabrication ......................................................................... — 2
1.3 Implantation des machines......................................................................... — 2
1.4 Aménagement des locaux .......................................................................... — 3
1.5 Équipement des postes de travail et analyse des manutentions ............ — 3
2. Manutention et transport ...................................................................... — 3
3. Manutention et stockage....................................................................... — 4
4. Manutention et gestion.......................................................................... — 4
4.1 Ordonnancement......................................................................................... — 4
4.2 Marketing ..................................................................................................... — 4
5. La manutention et les hommes............................................................ — 5
5.1 Manipulations manuelles............................................................................ — 5
5.2 Ergonomie.................................................................................................... — 5
5.3 Formation à la conduite .............................................................................. — 5
6. Classification des matériels de manutention .................................. — 5
6.1 Appareils de levage ..................................................................................... — 5
6.2 Chariots de manutention ............................................................................ — 6
6.3 Matériels de manutention continue ........................................................... — 6
6.4 Matériels de stockage.................................................................................. — 7
6.5 Matériels de manutention automatiques .................................................. — 7
Pour en savoir plus ......................................................................................... Doc. AG 7 000

i pendant longtemps la priorité des entreprises était axée sur les moyens de
S production, elles se concentrent actuellement beaucoup plus sur les fonc-
tions logistiques.
La logistique a pour objectif d’assurer le flux de produits traversant l’entre-
prise. Pour atteindre cet objectif, elle doit disposer de moyens qui, bien sûr, sont
d’abord un budget et des hommes, mais aussi du matériel de manutention, de
transport, de stockage et de conditionnement. On peut donc admettre que la
logistique, c’est prévoir, posséder, gérer et mettre à disposition des moyens
pour amener un produit en un lieu précis, dans les temps prévus, et toutes ces
opérations étant réalisées au coût optimal. Il en résulte que la logistique est la
méthode de synthèse des problèmes générés par le flux de produits.
Les coûts logistiques représentent, estime-t-on, jusqu’à 25 % de la valeur d’un
produit dans l’industrie des métaux, de la chimie, des pétroles et jusqu’à 30 %
dans le secteur agroalimentaire. Ce sont là des moyennes et les 40 % sont sou-
vent atteints. On comprend dès lors clairement que, le processus productif étant
rationalisé et l’appareil commercial réorganisé, c’est sur cette fonction logistique
que pourront être réalisées dorénavant les économies les plus sensibles. Toutes

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les activités de production, de stockage, de transport et de distribution doivent


donc faire appel à des moyens de manutention les plus adaptés.
En manutention, on ne saurait trop insister sur le rôle capital de l’expérience
pratique : expérience des produits et objets manutentionnés, expérience des
hommes intervenant à tous les niveaux, expérience des pratiques usuelles dans
tous les domaines.
Dans l’ensemble de la rubrique Manutention et stockage qui va suivre, les dif-
férents auteurs s’efforceront donc d’être le plus possible : concrets, pratiques,
utiles et efficaces. Ils se placeront toujours du point de vue de l’utilisateur ne dis-
posant pas de connaissance particulière de la question. Ainsi, trouvera-t-on tou-
jours des considérations générales sur les matériels présentés : principes de
fonctionnement, conditions d’emploi, avantages, inconvénients, contraintes
d’utilisation, modalités diverses de réalisation pratique. Il n’existe guère de cas
identiques et les solutions de manutention sont difficilement transposables tel-
les quelles.
L’importance de l’installation, sa localisation géographique, les disponibilités
en matière de transport public, la localisation des sources d’approvisionnement
et de la clientèle, les habitudes et pratiques commerciales, les activités annexes,
les conditions de concurrence et de stockage, tous ces éléments et bien d’autres
peuvent faire changer le choix de la solution pour la manutention d’un même
produit. Présenter un inventaire des solutions envisageables serait donc illusoire
et même dangereux.
Seront traités dans le présent article les problèmes de mouvement liés à la
production, au transport, au stockage et à la distribution, avant d’aborder les
problèmes ergonomiques et conclure sur la classification et le choix des maté-
riels de manutention. Le lecteur se reportera utilement aux autres rubriques
Conception de produits, Méthodes de production et Gestion des flux de ce traité
pour aborder ces notions avec des approches différentes.

1. Manutention et production — la fragilité du produit, car il arrive souvent que cette fragilité
résulte simplement du fait qu’elle soit passée inaperçue au stade de
la conception.
On ne peut rien produire sans déplacer, stocker, transporter,
mélanger, homogénéiser, séparer, trier... Toutes ces opérations, qui
sont des opérations de manutention, ne peuvent pas être supprimées, 1.2 Manutention et fabrication
il y a donc lieu de les réduire au maximum et de les effectuer le plus
rationnellement possible.
La manutention doit coller à la fabrication. Pour bien remplir sa
tâche, elle doit en effet bien connaître, dans le détail, ce que fait la
fabrication.
1.1 Conception des produits Il faut se souvenir que des modifications apparemment mineures
des conditions de fabrication peuvent avoir des répercussions très
importantes sur les manutentions. Faut-il constituer un stock en pré-
Le coût de la manutention d’un produit commence à se détermi- vision de l’arrêt d’une machine ? La production a-t-elle sorti un lot
ner dès la planche à dessin au bureau d’études. C’est là, en effet, non conforme ? Il faut l’évacuer et le stocker temporairement en
que se fixent les caractéristiques qui auront une grande influence attendant une évacuation définitive ou une mise en conformité.
sur le coût des opérations de manutention et de transport :
De même, la manutention devra s’adapter chaque fois que l’on
— le poids, mais la recherche de la réduction du prix de revient modifiera l’horaire de travail d’une machine, ses cadences de pro-
conduit déjà à le minimiser ; duction, son implantation, son équipement, ses conditions de des-
— les dimensions (forme et volume) : dans ce domaine, les pos- serte. Dans chaque cas, pour éviter tout incident, il faudra que la
sibilités d’action sont énormes car il peut être intéressant d’aug- manutention soit prévenue le plus tôt possible. Pour y arriver, il faut
menter très légèrement le coût de fabrication d’un objet pour qu’il existe entre manutention et fabrication un véritable dialogue
réduire ses dimensions ; par exemple, en rendant démontable une permanent, complet et sincère.
partie protubérante. De même, l’utilisation de formes géométriques
simples, telles que le parallélépipède rectangle, simplifie la constitu-
tion de charges unitaires et réduit le coût des manutentions. Il en est
de même des formes à dépouiller permettant l’emboîtement, à 1.3 Implantation des machines
condition qu’un appendice quelconque ne vienne pas s’y opposer.
Dans d’autres cas, on devra vérifier la compatibilité des dimensions
de l’objet avec celles des véhicules de transport. On a vu ainsi des L’étude de l’implantation des machines doit permettre de fixer
installations réalisées en modules assemblables correspondant cha- non seulement le plan masse mais encore les caractéristiques de
cun exactement au volume d’un conteneur ; détail des bâtiments. Ici encore, des détails apparemment minimes,

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au stade de la planche à dessin, peuvent se révéler, en exploitation, 1.5 Équipement des postes de travail
fort contraignants et coûteux. Ce sont les sections des poteaux qui
auront été sous-estimées au niveau de l’avant-projet. Ce sont les et analyse des manutentions
nombreux obstacles qui n’apparaissent que sur les plans du projet
de bâtiment, telles les diverses canalisations qui peuvent réduire les ■ Les postes de travail doivent être équipés de matériels permet-
espaces libres prévus. Ce sont également les dispositifs de sécurité : tant à l’opérateur de lever des produits à la hauteur des machines et
extincteurs, murs coupe-feu, brancards, têtes d’arrosage, sorties de de les déposer à terre pour être repris par des chariots de manuten-
secours, etc. tion. Ces équipements peuvent être soit des tables élévatrices de
Descendant au niveau des implantations, la collaboration devra mise à niveau, soit des potences fixes ou pivotantes équipées de
donc se poursuivre avec les services de méthodes pour aller palans à bras ou électriques.
jusqu’au niveau des postes de travail et des machines.
■ La manutention est l’ensemble des activités matérielles et des
mouvements qui tout en ne modifiant ni la valeur, ni la nature des
produits contribue à leur fabrication dans les meilleures conditions
1.4 Aménagement des locaux de qualité, rapidité, sécurité et efficacité. Une manutention
comprend :
— une manipulation pour prendre l’objet ;
Un vieil adage stipule qu’en manutention, la surface est d’argent — un déplacement de l’objet d’un poste à un autre ;
et le volume est d’or ! — une manipulation pour déplacer l’objet au poste de travail.
Ces manutentions peuvent s’effectuer entre postes de travail,
entre ateliers, entre usines, entre distributeurs. Cette énumération
1.4.1 Manutention au sol de principes généraux démontre bien l’étendue des analyses qu’il y
a lieu de réaliser pour obtenir un résultat optimal. Sans qu’il s’agisse
L’utilisation de la surface dépend des moyens de manutention uti- d’une liste exhaustive, le tableau 1 énumère quelques facteurs
lisés et leur exigence en largeur d’allées de circulation pour permet- d’analyses. (0)
tre l’alimentation des machines de production en matières
premières, puis assurer l’évacuation des pièces usinées. Les trans-
ferts de poste à poste s’effectueront à l’aide de chariots de manuten- Tableau 1 – Facteurs à prendre en compte
tion, le plus souvent automoteurs. pour l’analyse des manutentions
La largeur des allées sera calculée ainsi : Facteurs Caractéristiques
— pour les piétons : il faut adopter une largeur de 0,80 m sans
Produit et• Nature.
charge ; matières • Forme.
— pour les transpalettes manuels : la largeur minimale sera de • Volume, dimensions.
1,50 m et même de 2 m pour les transpalettes électriques ; • Poids.
— pour les chariots automoteurs à conducteur porté : dans les • Constituants.
allées à sens unique, la largeur correspondra à la largeur du charge- • Fragilité.
ment augmentée de 1 m et pour les allées à double circulation celle- • Fréquence des mouvements.
ci correspondra à 2 fois la largeur de la charge augmentée de Lieux • Type de bâtiment :
1,40 m. — à un seul niveau : de plain-pied, surélevé
On peut se rendre compte, par ces exemples, de l’importance avec quai ;
qu’il y a lieu de respecter ces règles lorsque l’on procède à l’implan- — à étages (moyens de liaison entre étages).
tation d’un lieu de production. À noter par ailleurs qu’il faudra tenir • Dimensions des locaux (surface, hauteur).
• Nature, position, dimensions des ouvertures,
compte de la qualité et de la résistance des sols (notamment dans la des passages, des escaliers, des monte-charge,
circulation dans des étages) adaptée aux charges maximales à etc.
transporter, sans compter le dimensionnement des portes, la pro- • Position des poteaux, piliers, caniveaux, mar-
tection des poteaux, des installations électriques, etc. ches, pentes, etc., (tout ce qui peut gêner une
implantation ou la circulation au sol).
• État de résistance des sols.
• Résistance des charpentes.
1.4.2 Manutentions aériennes Servitudes • Voies d’accès et d’évacuation.
• Moyens de transport.
Si elles diminuent évidemment la surface occupée au sol, elles • Arrivées d’énergie.
sont la cause d’autres obligations. • Arrivées des fluides.
• Canalisations.
■ Ponts roulants, monorails, palans • Caniveaux et égouts.
La circulation aérienne se fait à l’aide de ponts roulants, mono- Moyens mis en • Exécutants : nombre et qualité professionnelle
rails aériens ou de portiques roulant au sol qui ont de nombreuses œuvre pour chacun.
répercussions sur la construction du bâtiment puisque les supports • Matériels : nature et type de matériel, conditions
d’utilisation (vitesse, charge...).
de la charpente doivent absorber les efforts occasionnés par ces
matériels.
■ Convoyeurs aériens
Ils nécessitent le respect de hauteurs minimales fixées à : 2,200 m
2. Manutention et transport
au-dessus d’un poste de travail, et 2,500 m pour le passage des per-
sonnes et des chariots. Il y a lieu de noter qu’il ne peut y avoir de transport sans opération
Il y a lieu de rappeler que les matériels de manutention aérienne de manutention, soit au moment du chargement, soit à celui du
doivent être contrôlés et entretenus et qu’il est nécessaire de prévoir déchargement, les différents moyens de transport entraînant tous
des moyens d’accès (escaliers, échelles, passerelles), qui sont des problèmes spécifiques de manutention. Par ailleurs, il y a lieu de
d’ailleurs étroitement réglementés par la législation du travail. distinguer les produits en vrac et les produits en charge unitaire.

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■ Transports de masse La constitution des stocks suppose de nombreuses contraintes


On nomme transport de masse tout transport de produits entre tant sur le plan de la gestion, de la construction des bâtiments que
deux points précis à l’aide d’engins dépendant du lieu émetteur du sur les moyens de manutention nécessaires au chargement et
chargement et d’autres engins relevant du lieu récepteur (par exem- déchargement des matériels stockés ainsi que la préparation des
ple, port maritime). Ainsi, les transports de produits en vrac se font commandes.
dans des véhicules spécialement adaptés (camions-citernes, navires Les bases du stockage sont constituées par :
pétroliers, conteneurs...). — des casiers et rayonnages sur lesquels sont stockées les
■ Transports de livraison marchandises ;
— des matériels servant à la constitution de charges unitaires
Les transports de livraison concernent le transport de produits facilement manutentionnables telles que palettes, caisses, conte-
entre plusieurs points par un même véhicule, sur des distances neurs, bacs ;
assez courtes. Les véhicules doivent en principe posséder des — des appareils de manutention spécifiques tels que les trans-
moyens de manutention pour décharger leurs marchandises dans stockeurs ou des matériels plus standards mais adaptés au stoc-
des points ne disposant pas de matériels adaptés. kage, chariots élévateurs à prise latérale par exemple.
■ Transports routiers Mais ainsi qu’on l’a vu précédemment, les aires de stockage
Les marchandises doivent être des sous-multiples du gabarit des doivent être réduites au maximum et par conséquent il faut utiliser
camions fixé par le Code de la route à 2,5 m de large et 11 m de long les volumes et non les surfaces. Les casiers de stockage peuvent
et respecter le poids maximum autorisé sur chaque essieu. d’ailleurs parfois servir d’ossature pour la toiture du bâtiment.
Les véhicules routiers sont le plus souvent équipés d’un hayon
élévateur situé à l’arrière (ou parfois sur le côté) dont la plate-forme
relie le sol au plancher du véhicule. Ce hayon permet l’accès dans le
véhicule de chariots automoteurs ou encore plus souvent de trans- 4. Manutention et gestion
palettes (car il faut toujours tenir compte de la résistance du plan-
cher du camion). Ils peuvent également être équipés de grue
hydraulique articulée avec un rayon de travail de l’ordre de 10 m et Ainsi que nous l’avons démontré, les manutentions interviennent
permettant au conducteur du camion de charger et décharger son dans toutes les phases de la production, de la distribution et de la
véhicule. Ce système permet parfois de déposer une charge sur un consommation d’un produit. Il y a donc lieu d’en tenir compte dans
bas côté de la rue en faisant passer la charge au-dessus d’une file de tous les éléments immatériels de la gestion.
voitures en stationnement.
■ Transports ferroviaires
Si les wagons de marchandises sont maintenant tous adaptés aux 4.1 Ordonnancement
transports de charges palettisées, il n’en a pas toujours été ainsi et
vers les années 1950, il fallut les adapter pour que la dimension de
leur porte et leur largeur soit compatible avec ces charges et surtout L’ordonnancement des fabrications, qui a pour mission d’établir
permettre l’accès à l’intérieur des wagons des chariots élévateurs. les plannings des opérations de production et d’en suivre la réalisa-
Les limites actuellement à respecter (valables pour toute tion, doit travailler en étroite liaison avec la manutention qui a pour
l’Europe par exemple) sont les suivantes : tâche de réaliser les transferts entre ces différentes opérations. Une
— hauteur 2,5 m maximum ; telle coopération permet, d’une part, de prévoir les moyens de
— largeur 2,5 m maximum ; manutention nécessaires aussi bien que ceux de production et,
— charge maximale 55 t par wagon. d’autre part, une information en retour de l’ordonnancement sur le
déroulement effectif des opérations sur le terrain. La meilleure solu-
■ Transports maritimes et fluviaux tion pour arriver à ce résultat est de rassembler sous une même
Leurs limites des chargements dépendent surtout des moyens de autorité ordonnancement et manutention, ce qui se fait dans la
chargement et déchargement. Les grues de ports, les mâts de majorité des entreprises.
levage embarqués sur les navires et les portiques à conteneurs sont
maintenant d’usage courant et permettent la manutention de toutes
les charges utilisées dans ces transports. À noter également les
matériels de manutention pneumatique pour la manutention des 4.2 Marketing
produits en vrac.
■ Transports aériens Autre collaboration, celle de la manutention et du marketing au
Ce mode de transport s’est considérablement développé au cours niveau de la définition des produits qui peut amener soit une amé-
des dernières années à la suite de la création d’avions cargos pouvant lioration du coût de distribution, soit une amélioration du service
être chargés sans grand problème par des moyens traditionnels de rendu, donc pouvant avoir d’importantes répercussions sur les
manutention, chariots élévateurs à fourche notamment. Signalons résultats commerciaux. À l’inverse, une absence de concertation
encore le problème des transports des bagages qui nécessitent des peut conduire à une sous-estimation des coûts ou à des difficultés
tracteurs et remorques de manutention spécifiques ainsi que des de distribution, pouvant remettre en jeu les objectifs établis.
plates-formes élévatrices hydrauliques automotrices ou tractées. L’amélioration de la productivité dans les manutentions a entraîné
une augmentation de la spécificité des méthodes et matériels, lais-
sant peu de place à l’improvisation et au dépannage. Dans certains
3. Manutention et stockage cas, comme celui des entrepôts pratiquant la vente à emporter, en
particulier le cash and carry, la manutention peut devenir un élé-
ment promotionnel important.
Depuis longtemps, l’homme a ressenti le besoin de faire des Parfois, ce peut être le conditionnement en charges palettisées,
réserves. L’industrie doit donc s’assurer d’un volant de matières pre- voire en conteneurs de vente, qui sera offert au client pour l’aider à
mières, produits semi-finis et produits finis. Elle doit donc constituer améliorer ses manutentions. Il peut arriver aussi qu’on livre les
des stocks car sans cela elle risque de subir des retards de fabri- semi-produits dans un emballage permettant de réexpédier le pro-
cation ou des méventes. duit fini.

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5. La manutention 5.3 Formation à la conduite


et les hommes Une formation aux connaissances et savoir-faire nécessaires à la
conduite en sécurité est obligatoire pour tous les équipements de
travail mobiles automoteurs et ceux servant au levage. Cette forma-
Il faut noter tout d’abord que la manutention joue un rôle social tion doit être adaptée à l’appareil concerné et à son utilisation et
très important en améliorant la qualité de la vie de chaque individu peut être dispensée par des formateurs compétents appartenant à
(ascenseurs, escaliers mécaniques, chariots de supermarché, etc.). l’établissement ou non, ou par un organisme de formation spécia-
lisé.
Mais toute manutention, si automatisée soit-elle, nécessite des
interventions humaines à différents niveaux : manutention Cette formation est étendue à une autorisation de conduite pour
manuelle, conduite d’engins, contrôle et commande d’installations, les équipements suivants :
opérations administratives connexes. Il est donc évident que l’orga- — grues à tour, grues mobiles, engins télécommandés ou à
nisation des manutentions a des répercussions sur l’activité des tra- conducteur porté : obligation au 5 décembre 1999 ;
vailleurs et qu’inversement leur bon déroulement dépend dans une — plates-formes élévatrices mobiles de personnes : obligation au
large mesure des hommes, souvent nombreux, qui y participent. 5 décembre 2000 ;
Il est donc indispensable de tenir compte de ces derniers dans — grues auxiliaires de chargement de véhicules : obligation au
l’organisation du travail sous peine d’en voir l’efficacité gravement 5 décembre 2001 ;
compromise. L’étude doit viser à limiter la fatigue, à assurer la — chariots automoteurs de manutention à conducteur porté :
sécurité matérielle du personnel et à réaliser des conditions psychi- obligation du 5 décembre 1998.
ques de travail aussi satisfaisantes que possible. L’autorisation de conduite est délivrée après :
— un examen médical d’aptitude réalisé par le médecin du
travail ;
— un contrôle des connaissances et du savoir-faire pour la
5.1 Manipulations manuelles conduite en sécurité; ce dernier peut être effectué soit sous la
responsabilité du chef d’établissement, par un formateur compétent
de l’entreprise, soit par un formateur extérieur ou un organisme de
Les accidents occasionnés par la manipulation manuelle des pro- formation spécialisé ;
duits constituent la masse la plus importante des accidents du — une vérification de la connaissance des lieux et instructions à
travail : ils représentent 34,8 % de la totalité des accidents alors que respecter sur le site d’utilisation.
ceux occasionnés par des appareils de levage et de manutention ne
correspondent qu’à 3,6 %. Quand on pense qu’un chariot élévateur Elle est valable uniquement pour le travail dans l’établissement
à fourche peut effectuer, avec un seul conducteur, le travail réalisé qui l’a délivrée, en cas de changement d’entreprise, le titulaire devra
autrefois par six hommes travaillant sans moyen de manutention, faire l’objet d’un nouvel examen.
on se rend compte de l’importance sociale et économique jouée par
les matériels de manutention.
Mais pour diminuer ces accidents de manipulation manuelle,
l’État a limité dans le Code du travail la valeur des charges pouvant 6. Classification des
être portées à la main. Les valeurs maximales des charges que peu-
vent porter, traîner ou pousser les femmes ou les jeunes travailleurs matériels de manutention
sont données au paragraphe 4.3 de l’article [AG 7 120] Chariots de
manutention manuels.
Sont considérés comme matériels de manutention uniquement
Malheureusement, la législation s’est basée sur la masse des les appareils utilisés pour le déplacement horizontal ou vertical des
charges à manipuler et non sur les efforts nécessaires pour les matières premières, semi-produits ou produits finis, à l’exclusion de
déplacer. Ainsi, une femme ne peut utiliser un transpalette portant ceux qui sont destinés au déplacement du public tels que ascen-
ou tirant même 100 kg alors que l’effort nécessaire ne serait que de seurs, escaliers mécaniques, trottoirs roulants, téléphériques,
quelques décanewtons (daN), mais en vertu des textes, elle peut remonte-pente, etc.
porter à la main une charge de 25 kg !
On considère cinq grandes familles de matériels, qui seront
détaillées dans les articles de la présente rubrique :
— appareils de levage ;
5.2 Ergonomie — chariots de manutention ;
— matériels de stockage ;
— matériels de manutention continue ;
Ce n’est pas en limitant la valeur des charges manipulables à la — matériels de manutention spécifiques.
main que l’on peut réduire les accidents du travail ! Aussi, de nom-
breux organismes [la Caisse nationale d’assurance maladie
(CNAM), l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) ou
l’organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux 6.1 Appareils de levage
publics (OPPBTP), etc.] ont étudié les règles à respecter pour réduire
les efforts et mettre au point des accessoires (poignées, leviers, cro-
chets, pinces...) la manipulation (cf. [Doc. AG 7 000]). C’est la catégorie la plus étendue de matériels.
Par ailleurs, les postes de conduite des engins de manutention
ont fait l’objet de nombreuses études permettant de les diriger avec 6.1.1 Appareils légers
le minimum de pénibilité et le maximum de sécurité, qu’il s’agisse
des sièges de chariots automoteurs, des cabines de ponts roulants
ou de grues, mais également de la hauteur des barres de poussée Ce sont des matériels fabriqués en série levant des charges allant
des chariots manuels fixée entre 850 et 950 mm (hauteur qui limite jusqu’à 5 t.
au minimum les effets de fatigue). On classe dans cette catégorie les appareils suivants.

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■ Appareils à bras 6.2.1 Chariots manuels


Ce sont les palans à engrenages, les poulies, les moufles, les
palans ou treuils à levier, les treuils de montage, les crics, les vérins, Ils constituent la catégorie la plus importante en nombre d’engins
les chèvres... D’un poids léger, ils peuvent être déplacé facilement utilisés de tous les moyens de manutention. Le parc, difficile à esti-
par les ouvriers ; ils sont tout particulièrement utilisés pour le mon- mer de façon précise, s’estime à plusieurs dizaines de millions
tage des infrastructures de base (tant qu’une électrification du lieu d’exemplaires. Ils sont utilisés dans tous les secteurs économiques,
de travail n’est pas encore assurée) et surtout des travaux de mon- industriels, et même ménagers car qui pourrait imaginer un super-
tage et de réparation. marché sans Caddie ou un aéroport sans chariots à bagages ! Dans
cette catégorie, il faut également classer les roues et roulettes de
■ Appareils mécanisés manutention qui sont la base et le complément vital des chariots.
Une roue sans support de charge n’a pas plus d’utilité qu’un support
Ce sont les palans ou cabestans électriques, les treuils ou palans de charge sans roues !
hydrauliques à poste fixe ou circulant sur monorails, des matériels On classe dans la catégorie des chariots manuels : les chariots
utilisés essentiellement dans les ateliers. porteurs proprement dits (à dosseret, à glissière, à étagères, tracta-
bles, emboîtables), y compris de supermarché et à bagages, les dia-
6.1.2 Appareils lourds ou mi-lourds bles et les brouettes, les chariots avec un dispositif élévateur de la
charge tels que les transpalettes et les gerbeurs manuels.

Les charges levées par ces appareils peuvent évoluer de quelques


tonnes à plusieurs dizaines de tonnes. Deux catégories sont à 6.2.2 Chariots automoteurs
considérer selon leur mode d’installation.
■ La première classification des chariots automoteurs concerne leur
■ Appareils fixes mode de traction par moteur thermique [essence, Diesel ou GPL (gaz
de pétrole liquéfié)] ou électrique alimenté par accumulateur.
Ce sont les appareils qui ne se déplacent que dans le cadre d’un
espace limité par leur voie de roulement fixée au sol ou accrochée à ● Chariots électriques
la charpente de l’atelier, par exemple les ponts roulants (à crochet Ils sont destinés à travailler à l’intérieur des enceintes fermées
ou à benne), les portiques roulant sur des rails au sol, les grues fixes pour des travaux de magasinage. Il en existe de nombreux modèles
utilisées dans les ports. Ils nécessitent des raccordements élec- faisant intervenir le sens de direction (frontal, latéral), les hauteurs
triques fixes et leur conduite est assurée par un personnel particu- d’élévation, la mise en place des charges (latérale ou frontale), les
lier. postes de commande fixes ou élevables (pour la préparation des
commandes), enfin une multitude d’équipements annexes pouvant
■ Appareils mobiles remplacer les fourches en peu de temps tels que pince, éperon,
potence, benne, tête rotative...
C’est la grande famille des grues mobiles automotrices sur pneu-
matiques ou sur chenilles. Rentrent également dans cette catégorie ● Chariots thermiques
les portiques porte-conteneurs et les grues de bâtiment qui sont Ce sont les appareils que l’on dénomme le plus souvent tous ter-
conçues pour être démontées, transportées et remontées d’un rains car ils sont équipés de grandes roues leur permettant de cir-
chantier à un autre. culer sur des sols non aménagés. Ils peuvent être équipés, le cas
échéant, de benne pour effectuer des travaux de terrassement.
6.1.3 Appareils de levage spécifiques ■ Par ailleurs, il faut distinguer les chariots selon leur mode de travail.
● Chariots élévateurs
Ce sont des appareils de mise à niveau destinés à lever des Bien que les derniers apparus sur le marché, ils n’en constituent
ouvriers spécialisés pour effectuer des opérations de montage ou pas moins la catégorie la plus répandue dans le monde entier. Ils
de contrôle, ou bien des plates-formes élévatrices hydrauliques, soit travaillent généralement en porte-à-faux, donc équipés d’un contre-
motorisées, soit adaptées à un camion. On peut également classer poids à l’arrière proportionnel aux charges à transporter à l’avant
dans cette catégorie des engins utilisés pour le chargement et le sur des fourches ou un autre équipement.
déchargement des véhicules tels que les grues auxiliaires ou ● Chariots tracteurs
hayons élévateurs, mais aussi des matériels lourds destinés à des
usages très particuliers tels que grues flottantes, grues de bord, Ils sont amenés à tirer des trains de cinq à six remorques ; ils sont
grues sur voies ferrées, etc. utilisés notamment dans les aéroports et les enceintes ferroviaires.

6.1.4 Accessoires et équipements de levage 6.3 Matériels de manutention continue

Bien que ce ne soient pas réellement des appareils de levage, les La manutention est continue seulement si, après un premier mou-
accessoires de prises de charges sont des auxiliaires indispensables vement de production, il n’est pas nécessaire, pour en effectuer un
car, sans eux, il n’y aurait pratiquement pas de possibilités de second, d’attendre le retour de l’appareil. On distingue les matériels
manutention de charges. Ce sont soit des équipements manuels selon la nature des types de charges transportées, soit des produits
(élingues, pinces, fourches, palonniers, cés de levage) ou électro- en vrac, soit des charges isolées.
magnétiques ou pneumatiques (électroaimants, ventouses, etc.). ■ Matériels pour produits en vrac
Ce sont :
— les appareils de reprise au stock (skips, basculeurs de wagons,
6.2 Chariots de manutention pelles semi-automatiques, chargeurs par projection, pelleteuses à
godets, roues-pelles, etc.) ;
— les transporteurs élévateurs, convoyeurs, donc les transpor-
On distingue deux catégories bien spécifiques de chariots : les teurs à bande souple ou à bande d’acier, les transporteurs à
chariots manuels (chariots, diables, brouettes, transpalettes) et les raclettes, les transporteurs à vis, les transporteurs à godets, enfin
chariots automoteurs (électriques ou thermiques). les transporteurs par voie hydraulique ou pneumatique.

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____________________________________________________________________________________________ LA MANUTENTION AU CŒUR DE LA LOGISTIQUE

■ Matériels pour charges isolées ■ Appareils de stockage


En tout premier lieu, ce sont les transporteurs à courroie, à bande Adaptés aux casiers de stockage, ce sont notamment les trans-
caoutchoutée ou métallique, les transporteurs à palettes et les trans- stockeurs.
porteurs par gravité à rouleaux, puis les convoyeurs aériens ou au
sol ainsi que les matériels de tri. Notons également la grande famille
de transporteurs ou convoyeurs pour la manutention des documents
et les objets légers. 6.5 Matériels de manutention
automatiques

6.4 Matériels de stockage Citons dans cette catégorie les robots manipulateurs de charge et
les chariots sans conducteur dont le déplacement est dirigé par un
système de filoguidage ou d’optoguidage.
Les matériels de stockage ne sont pas des matériels assurant la
manutention directe des charges mais ils y sont associés bien
qu’étant statiques. On considère trois catégories : les supports de Tous les matériels de manutention cités font l’objet d’articles
charges, les dispositifs de stockage et les appareils de stockage. détaillés auxquels le lecteur devra se reporter pour faire le
choix d’un système de manutention approprié. Mais rappelons
■ Supports de charges qu’il n’existe aucune méthode universelle et que chaque cas
Ce sont essentiellement les palettes, les caisses, les rehausses, les demande une étude particulière tenant compte d’une grande
conteneurs, etc., qui rassemblent des charges diverses en une unité variété de paramètres tant techniques qu’économiques, et de
de chargement manutentionnée ensuite par un engin de manuten- nombreux autres critères tels que : possibilités d’extension
tion. ultérieure, adaptabilité aux changements de conditions
d’exploitation, qualité du service à la clientèle, conditions phy-
■ Dispositifs de stockage siques de travail, à savoir sécurité, pénibilité, conditions psy-
Ce sont les casiers ou rayonnages fixes ou mobiles qui per- chologiques de travail (élargissement et enrichissement des
mettent le stockage des charges en attendant leur transfert en un tâches, isolement des postes de travail), respect de l’environne-
autre lieu. ment, pollution, impact publicitaire, etc.

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