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Algérie : vers l’adoption de la langue anglaise dans la recherche A l’unité des recherches en chimie environnementale de l’université

scientifique Mentouri, un groupe d’étudiants a observé un mouvement de protestation


Lundi, 08 Juillet 2019 17:15 Algérie Presse Service et empêché la délégation ministérielle d’effectuer une visite d’inspection, a-
t-on constaté.
Le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique,
Tayeb Bouzid a instruit lundi à Constantine à l’effet de consolider l’utilisation Tribune libre. La langue anglaise VS la langue française : Vers une nouvelle
de la langue anglaise dans les recherches scientifiques. politique algérienne

« Le ministère de l’Enseignement Supérieur œuvre à mettre en place les Maghreb intelligence-11:37 - août 6, 2019
mécanismes nécessaires dans le cadre des commissions pédagogiques des
Bouzid Tayeb, le ministre algérien de l’enseignement supérieur et de la
universités pour consolider l’utilisation de l’anglais dans la recherche », a
recherche scientifique, a prononcé lors de son récent discours sur la radio «
indiqué le ministre au cours de la cérémonie d’inauguration du centre de
chaine 1 » que « la langue anglaise doit être intégrée dans l’enseignement
recherche de la mécanique, au campus Chaab El Rassas, de l’université des
supérieur, en particulier, dans les filières scientifiques où les nouvelles
frères Mentouri.
recherches sont en anglais ». Il ajoute également que « tous les chercheurs
Il a, dans ce contexte, ajouté que l’adoption de l’anglais dans la recherche algériens publient en anglais dans des revues internationales, ils participent
permet « une meilleure visibilité des travaux des chercheurs » soutenant que aux différents colloques en utilisant cette langue internationale. Ils peuvent
la démarche appuie l’étape de la validation de la recherche, « un passage sans doute donner des cours en anglais au lieu de la langue française ».
indispensable qui transforme l’expérience accomplie au laboratoire en fait
Le 21 juillet, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
scientifique », a-t-il dit.
scientifique a publié un appel adressé aux universités algériennes pour que
Rappelant que la langue anglaise est la langue des filières internationales et les documents administratifs et officiels soient en anglais et en arabe. Cette
celles des revus scientifiques, le ministre a encouragé l’ouverture d’un décision du jour au lendemain n’a pas encore suscité l’intérêt des
dialogue entre académiciens et étudiants pour œuvrer à adopter l’anglais enseignants universitaires.
dans la recherche scientifique.
En vue de récolter les opinions de la famille éducative (enseignants/
Sur un autre registre, le ministre de l’Enseignement et de la Recherche étudiants, responsables…), le ministère a mis en ligne un questionnaire «
Scientifique, a indiqué que son département accorde « un intérêt particulier National POLL » sur l’usage de la langue anglaise au détriment de la langue
» à la fixation des chercheurs algériens dans leur pays et ce en leur offrant « française dans l’enseignement supérieur du 5 juillet au 5 août 2019.
les outils nécessaires pour développer leurs recherches au service du pays ».
Certes, l’anglais est une langue internationale, elle occupe la deuxième place
Il a ajouté que « la porte demeure ouverte pour tous les cerveaux algériens après le chinois dans l’économie et la première place dans le processus
établis à l’étranger avec qui les contacts n’ont jamais été interrompus ». d’enseignement-apprentissage. En revanche, intégrer cette langue
immédiatement dans le système éducatif implique des études sur le terrain.
M. Bouzid s'est rendu au centre des recherches des sciences
pharmacologiques au pôle universitaire, à l’unité de voisinage 5 de la ville Ali En outre, son inclusion doit être dès l’école primaire. Nous ne pouvons pas
Mendjeli, où il a inspecté plusieurs structures de l’université Salah Boubnider commencer par le secteur supérieur sans passer par le cycle primaire. Les
(Constantine 3). réformes éducatives nécessitent de réviser les programmes de
l’enseignement des langues où l’enfant a toute une souplesse intellectuelle
pour apprendre les langues étrangères. Enseigner l’anglais au lieu de
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français, autrement dit, l’anglais devient une langue étrangère 1 et le Un pays qui vit des moments historiques par cette mobilisation citoyenne
français sera comme une langue étrangère 2. qui, au fil des semaines, est en train de donner un nouveau visage de
l’Algérie et de son peuple ; une Algérie qui se bat pour recouvrer sa liberté et
Le ministère devra ainsi penser à proposer des formations aux enseignants
sa dignité, une Algérie, de la jeunesse, comme celle qui vient de remporter la
universitaires, aux traducteurs et aux interprètes et à organiser des congrès
Coupe d’Afrique des nations et qui nous a tant réjouis et honorés.
et des journées d’étude sur l’impact de l’enseignement de l’anglais en
Algérie. Une Algérie qui veut se débarrasser de cette “meute” de dirigeants indignes,
qui, pour préserver des positions de prestige et de rente, se mettent en
L’anglais pour remplacer le français : lecture et point de vue
génuflexion devant un cadre en le glorifiant et en l’implorant d'être encore
le 07-08-2019 11:00 Liberté leur président pour les sauver.

Le ministre, illégitime, de l’Enseignement supérieur du gouvernement, Ce ministre-là en fait partie !


illégitime, dans sa sortie privée, le 8 juillet à l’université de Constantine, car il
Certes il n’agit pas seul, il est conforté par tout un personnel qui a longtemps
ne pouvait faire autrement, sinon il aurait été, comme tous les autres
sévi dans le milieu éducatif.
ministres, poursuivi et chassé par la population, déclare en s’adressant aux
étudiants que “le français ne vous mène nulle part !”. Et le voilà qu’il récidive Mais d’où vient donc ce “lobby”, qui ignore le parler et l’écrit de ces deux
dans son œuvre “imbécile” à exiger des recteurs d’université des entêtes en langues, opte pour l’anglais et se pose du même coup comme son défenseur
arabe et en... anglais. Si nous devons nous conformer aux lois du pays et à la acharné ? Du fait sans doute que ce lobby qui est composé plus
loi fondamentale, c’est tamazight qui aurait été exigée et non l’anglais. Mais d’arabophones que d’arabisants ressent un certain malaise lié au complexe
là n’est pas notre propos, nous y reviendrons ultérieurement. d’infériorité vis-à-vis des francisants, complexe que l’on tente de lever ou
d’effacer par la valorisation de l’anglais qui se révèle être moins entaché de
Depuis quelques semaines, des ministres du gouvernement se relayent pour
péché colonial que ne l’est la langue française, laquelle est toujours perçue
appeler à une réforme “linguistique” de l’enseignement supérieur, dont
sous le seul angle “colonial” ou “colonialiste”.
l’objectif est de remplacer le français par l’anglais ! Belle manière de vouloir
détourner l’attention des véritables problèmes qui minent et ruinent notre Les motivations implicites ou déclarées de ce choix en faveur de l’anglais se
enseignement supérieur et notre école d’une manière générale. ramènent en somme aux arguments suivants : puisque l’anglais est une
langue d’usage universel, celle de la technique et du commerce, donc plus
Une polémique, stérile, inutile, voire dangereuse ; mais ont-ils au moins le
parlée dans le monde que le français, il n’y aura dès lors aucune raison de ne
souci et la responsabilité de leurs actes irréfléchis et irresponsables ?
pas opter pour l’anglais, ce qui suppose l’effacement progressif du français
Nous avons déjà, dès 2015, le professeur Rouadjia et moi-même, évoqué ce du paysage social de l’Algérie.
sujet et attiré l’attention sur les manœuvres de certains cercles tapis dans le
Ce discours s’entend en effet souvent parmi les milieux arabophones dont
milieu éducationnel et qui sont responsables de tous les maux de
l’ignorance du français n’a d’égale que leur ignorance de la langue de
l’éducation, allant de la maternelle à l’université, et qui sont toujours à
Shakespeare, ignorance flagrante qui les incite pourtant à en exalter les
l’œuvre.
vertus.
Je reproduis ici, en partie, l’article, avec des modifications en rapport avec la
Sous prétexte que le français est la langue du colonialisme, ces arabophones
conjoncture qui prévaut dans notre pays.
prétendent devoir lui substituer l’anglais, comme si la langue anglaise n’avait
pas partie liée, elle aussi, avec l’expansion coloniale européenne au cours du
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XIXe siècle, comme si elle était en outre une simple langue de “technique et D’après le média arabophone El-Bilad, le Conseil national des programmes
de commerce” pure, innocente et, donc, indemne de tout péché “originel”. scolaires, qui comprend des enseignants, des inspecteurs, des directeurs, des
pédagogues et des psychologues, aurait été chargé d’élaborer un
Remplacement du français par l’anglais : le pouvoir veut-il imposer ce
programme scolaire pour l’enseignement de l’anglais. Une nouvelle matière
genre de débats pour diviser le mouvement populaire ?
que le ministre envisagerait d’introduire en cycle primaire, et cela dès la
mercredi 3 juillet 2019 à 18:26 Source de l'article : Algerie360.com troisième année.

Après le ministre de l’Enseignement supérieur, Tayeb Bouzid, qui avait Cependant, avant d’entreprendre la moindre décision, le ministre de
annoncé, dernièrement, le lancement d’un sondage relatif au « l’Éducation doit soumettre son projet au gouvernement afin qu’il soit discuté
renforcement de l’utilisation de l’anglais dans l’enseignement supérieur », le lors d’un conseil des ministres.
voilà le ministre du Travail, Tidjani Haddam Hassen, qui évoque le même
L’anglais fera son entrée au primaire
sujet se disant espérer que l’anglais remplace le français.
Le média algérien a également évoqué plusieurs mesures qui faciliteront
Maintenant la question qui se pose pourquoi le gouvernement de Bedoui a
l’apprentissage de cette nouvelle langue dès le jeune âge. La commission
décidé d’évoquer cette question de langues maintenant, en plein « Hirak ».
chargée d’élaborer ce programme devra choisir les bons textes et exercices,
Ce n’est pas simple de basculer d’une langue d’enseignement et de travail à mais surtout les bonnes illustrations et couleurs afin de faire aimer cette
une autre. Il faudrait une stratégie, sur le long terme, mise sur pied non pas langue aux élèves et garantir un bon équilibre pédagogique.
par des politiques, mais par des académiciens et spécialistes, qui prendraient
Par ailleurs, le ministre de l’Éducation a dernièrement fait savoir que son
en considération plusieurs aspects.C’est un travail qui s’étalera sur plusieurs
secteur prévoyait l’utilisation de l’anglais dans les examens et les concours.
années.
Ainsi, cette initiative n’est qu’une suite logique à la volonté du ministre de
En somme, la légèreté avec laquelle l’«idée» a été lancée par les ministres l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, ayant été le
laisse supposer qu’il ne pourrait s’agir que d’une énième «manœuvre», une premier à prôner le remplacement du français par l’anglais, et l’instauration
tentative de dévoyer les débats essentiels de l’heure, s’articulant autour du de la langue anglaise comme étant la première langue étrangère enseignée
«départ du système», et par conséquent de la démocratie et des libertés, dans le système éducatif algérien.
vers des questions clivantes. Ce fut la même chose avec l’affaire de du
Des centaines d’erreurs dans les manuels scolaires de la deuxième
drapeau amazigh, des supposés dangers du vide constitutionnel et de la
génération
transition, et
La commission d’évaluation et de validation des manuels scolaires de la
Algérie : Vers l’enseignement de l’anglais dès la troisième année primaire
deuxième génération a révélé que plusieurs erreurs ont été enregistrées. En
Par Shérazade 18 août 2019 à 15:25 https://www.observalgerie.comc.
tout, 284 erreurs ont été signalées par cette commission. Ainsi, certains
Algérie – L’anglais sera enseigné dès la troisième année scolaire. En effet, un directeurs et syndicalistes se demandent s’il n’est pas plus urgent de corriger
haut responsable au sein du ministère de l’Éducation nationale a révélé à El- les erreurs faites dans les manuels scolaires.
Bilad que le ministre Abdelhakim Belabed aurait chargé une commission
Plus encore, certains spécialistes et pédagogues de l’éducation appellent à
nationale de préparer des manuels scolaires pour entamer l’enseignement
revoir tout le système éducatif algérien afin de pouvoir y intégrer une
de la langue anglaise dès le cycle primaire.
nouvelle matière. Selon ces spécialistes, le ministère ne peut pas juste «
ajouter » une nouvelle langue sans prendre en considération tout le
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programme, les matières, les horaires, et surtout la continuité et la l’heure du changement l’Algérie entend rompre avec cet ancien héritage
cohérence des cours. colonial.

L’Algérie commence doucement à abandonner la langue française Décision de « Renforcer » la place de l’anglais : Un groupe de réflexion sera
Publié le 22/08/2019 à 10:00 | 1.66K vues | 0 commentaire www.alnas.fr installé en septembre
IDDIR NADIR 22 AOÛT 2019 À 9 H 30 MIN 1638 elwatan.com

Le ministre de l’Enseignement supérieur, Tayeb Bouzid, compte concrétiser


Les deux ministres Algériens Tayeb Bouzid et Belkheir Dada Moussa, son projet de « renforcement de l’anglais » à l’université. Mardi, dans un
respectivement ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche post publié sur sa page Facebook, le ministre a annoncé l’installation, fin
scientifique et ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels septembre, d’un « groupe de réflexion sectoriel » afin de présenter des
ont successivement décidé du renforcement de l’anglais dans les universités propositions sur ce sujet.
algériennes :
Afin «d’améliorer la visibilité de l’activité de recherche des établissements
L’intégration des langues étrangères, l’anglais en particulier, dans le d’enseignement supérieur et pour s’ouvrir à l’environnement international,
programme de la formation permet de se mettre au diapason des avancées et en application de la Conférence nationale tenue le 1er août (sur le
technologiques que connaît la scène nationale et internationale également renforcement de l’anglais), je vous informe qu’il a été décidé l’installation
[…] Le secteur de la formation et de l’enseignement professionnels participe d’un groupe de réflexion sectoriel composé de spécialistes dans le domaine
activement à l’essor économique du pays en offrant des formations qui et de responsables de l’administration centrale afin de présenter des
s’adaptent aux besoins du monde du travail propositions concrètes», précise le ministre dans sa correspondance
a expliqué Belkheir Dada Moussa, relevant ainsi le fait que l’anglais était la adressée, dimanche 18 août, aux présidents des conférences régionales des
langue des spécialités du futur. Tayeb Bouzid quant à lui a mis l’accent sur le universités. Tayeb Bouzid demande aux responsables régionaux de proposer
fait que « l’adoption de l’anglais dans la recherche permet une meilleure six experts parmi les professeurs et les chercheurs spécialisés et qualifiés,
visibilité des travaux des chercheurs ». particulièrement en linguistique et langue anglaises, en envoyant leurs
coordonnées dans les plus brefs délais (nom et prénom, grade, institution,
Enfin, le ministre a justifié cette décision en arguant le fait c’était une téléphone et courriel). Le ministre précise que le groupe devra être installé
réponse à la demande des étudiants algériens « qui veulent que leurs dès septembre prochain. « Je vous informerai ultérieurement de la date
diplômes soient reconnus à l’étranger, au Japon à titre d’exemple » et d’installation du groupe de réflexion sectoriel, devant être effective dès la
pourrait permettre également aux étudiants étrangers anglophones de troisième semaine du mois de septembre », poursuit-il.
poursuivre leur cursus universitaire en Algérie.
De plus, le ministre annonce l’installation d’un autre groupe de réflexion
Cette décision de renforcer l’anglais dans les universités aura à terme pour sectoriel plus large, composé de plusieurs secteurs, « en vue de proposer un
objectif d’éclipser le français, devenu une langue « qui ne mène nulle part » plan de travail complet ». L’ancien recteur de l’université de Batna 2 (2015-
selon M. Bouzid, ce qui a suscité une vive polémique en France notamment 2019) tient toujours à son projet qui a suscité des réactions pas toujours
dans la presse qui s’est dite indignée par cette décision. enthousiastes : remplacer progressivement le français par l’anglais. Tayeb
Bouzid avait déclaré le 8 juillet à l’université Mentouri de Constantine : « Le
Depuis l’indépendance de l’Algérie, le français s’est enraciné comme une
français ne vous mène nulle part !» Il précise que sa décision a été prise suite
langue d’enseignement dans les écoles et les universités. Aujourd’hui à
« à la demande des étudiants qui veulent que leurs diplômes soient reconnus
à l’étranger, au Japon à titre d’exemple ». Sur sa page Facebook, le ministre a
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lancé un sondage pour le « renforcement » de la place de l’anglais aux Utiliser plus d'anglais dans l'administratif
dépens de l’autre langue étrangère, le français. Il a annoncé périodiquement
Selon El Watan, « le ministre du Travail, Tidjani Haddam Hassen, lui
les résultats chiffrés de son sondage national. Sans détailler les contours de «
emboîtant le pas [à son collègue de l'Enseignement supérieur, NDLR] se
son » projet, le ministre a rendu publics, début août, sur sa page Facebook,
disant espérer que l'anglais remplace le français, annonce que ses services
les résultats définitifs de ce sondage : 94,3% sont pour le renforcement de
vont se mettre à la traduction des documents en langue anglaise et que
cette langue étrangère et 5,7% contre. Le nombre de votants était de 94 741,
l'école de la sécurité sociale va l'adopter dès la prochaine rentrée ». Le
lit-on sur la page du ministre. Dans son post, Tayeb Bouzid précise avoir
même journal s'interroge : « L'Algérie a-t-elle les moyens, sur le court et
instruit les directeurs des établissements du secteur pour « ouvrir un débat
moyen terme, de basculer vers l'anglais  ? A-t-elle suffisamment de
objectif et construire ce qui devra permettre de mettre en place un plan de
formateurs par exemple  ? L'expertise nécessaire  ? Existe-t-il une
travail complet ».
documentation conséquente en anglais  ? Les réponses à ces questions sont
Algérie - Anglais contre français : la guerre des langues bientôt ravivée ? évidentes. Il ne suffit pas de changer une enseigne d'une faculté du français
vers l'anglais pour basculer d'une langue d'enseignement et de travail à une
L'anglais va-t-il passer devant le français comme première langue étrangère
autre. »
dans l'enseignement  ? Les signaux envoyés par les autorités le donnent à
penser. Par Adlène Meddi, à Alger Attirer plus d'étudiants étrangers  ?

Modifié le 24/07/2019 à 14:27 - Publié le 24/07/2019 à 12:17 | Le Point.fr © Pour nombre d'observateurs, qui se réjouissent de l'ouverture sur une autre
FAROUK BATICHE / AFP langue étrangère, le vrai problème n'est ni le choix de l'anglais ni du français,
mais plutôt le contexte : « nous y voyons plus une main tendue de la part du
Le 21 juillet dernier, le ministre de l'Enseignement supérieur, Bouzid Tayeb, a
régime en fin de règne vers les milieux conservateurs et islamistes, sur fond
demandé aux recteurs de toutes les facultés algériennes d'utiliser
de french-bashing, assimilant toute une sphère de l'intelligentsia algérienne
uniquement l'arabe et l'anglais dans les en-têtes des correspondances et
et de l'administration à un cercle de comploteurs anti-algériens », dénonce
documents officiels, et ce, selon le ministre, pour « une meilleure visibilité
un universitaire algérois.
des activités académiques et scientifiques » des universités algériennes.
Des médias conservateurs – très laudateurs vis-à-vis du régime – ont
La langue française pas utile  ?
applaudi sans réserve cette démarche, allant même jusqu'à titrer en une,
Le 8 juillet dernier, le même ministre a déclaré œuvrer pour « mettre en pour certains, que le remplacement de l'anglais par le français est un projet
place les mécanismes nécessaires dans le cadre des commissions qui n'aurait pas existé sans le hirak du peuple algérien !
pédagogiques des universités et consolider l'utilisation de l'anglais dans la
« Encore une diversion : C'est une idéologisation inutile de la part de ceux
recherche », arguant que « la langue anglaise est la langue des filières
qui ne maîtrisent aucune langue sauf celle de la force et de l'excès de zèle.
internationales et celles des revues scientifiques ». Le ministre a ajouté : « Le
Ayez un peu de décence », commente pour sa part le professeur en science
français ne vous mène nulle part ! »
de la communication Redouane Boudjemaa sur sa page Facebook. L'écrivain
Pour rappel, à la rentrée 2010, l'ex-ministre de l'Enseignement supérieur, Kamel Daoud, lui, est effaré par cette démarche : « On ne joue pas avec
Rachid Harraoubia, avait révélé que son département « travaillait l'avenir de nos enfants avec tant d'inconscience et d'amateurisme. On tue ce
sérieusement sur la possibilité d'introduire la langue anglaise au lieu du pays. Ce ministre est un criminel si cette information s'avère vraie. C'est un
français dans les universités, en particulier dans les branches scientifiques et massacre qui s'annonce sur la base d'un sondage Facebook et d'un caprice
technologiques ». populiste. Peut-on être aussi médiocre et haineux  ? » poste-t-il sur les

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réseaux sociaux. « Le remplacement du français par l'anglais est une pour faire « fructifier ces liens » entre les deux pays, notamment à travers «
aventure politicarde orchestrée par les islamo-baâthistes », écrit dans sa les Instituts français, les échanges entre universités, l'enseignement du
chronique l'auteur Amin Zaoui, connu pour ses romans à succès en arabe et français (…) nous œuvrons tous ici à développer cet héritage qui nous a été
en français. « La langue française en Algérie est une réalité historique, sur le légué. C'est une opportunité pour l'Algérie, c'est une chance pour la France.
plan culturel comme sur le plan démographique. Il y a dix millions de » « C'est quelque chose qui résiste au temps », ajoute l'ambassadeur.
citoyens algériens qui utilisent cette langue dans leurs transactions
économiques, culturelles, artistiques, touristiques et autres. Certes, les
Algériens ont algérianisé le français  ! »

Les réactions mitigées

Sur Twitter, de nombreux universitaires algériens tentent de recentrer le


débat sur les vrais problèmes de l'université : « T'es chirurgien algérien. T'as
fait les 5 ans de ta spécialité en Russie. Tu rentres au pays travailler, on te dit
de refaire 3 années de résidanat, car ton diplôme n'est pas reconnu. La
solution  ? Des en-têtes en anglais au lieu du français », tweete l'un d'eux.

Pour Yasmina, docteur en géologie dans la plus grande université algérienne,


l'USTHB, le remplacement du français par l'anglais « ne changera rien à
l'université, ni à sa gestion de masse, ni à ses défaillances, ni aux
interventions [passe-droits], les administrateurs véreux, les enseignants
abonnés aux heures supplémentaires sans faire le minimum... et surtout ça
ne changera en rien l'imprimerie de diplômes qui a abandonné l'élitisme au
profit de la paix sociale... Bref, le français est notre langue d'enseignement
des sciences naturelles et l'anglais est celui de la recherche depuis un
moment déjà ».

Le journaliste et universitaire Yassine Temlali, interviewé par Radio M, tient


lui aussi a nuancer certaines réalités. Par exemple, ce chercheur en
linguistiques et spécialiste des politiques linguistiques en Algérie explique
que la tentative d'introduire l'anglais dans le cycle primaire au milieu des
années 1990 avait échoué. « Nous devons d'abord développer nos propres
langues nationales [l'arabe et le tamazight] », plaide Yassine Temlali. Il
affirme surtout qu'il s'agit là d'un des épisodes « de la guerre symbolique
autour des langues en Algérie qui servent surtout à certaines élites à occuper
des positions au sein du pouvoir ». Dans son discours du 14 Juillet,
l'ambassadeur de France en Algérie Xavier Drieuncourt a déclaré : « Nous
sommes unis dans nos différences (…) unis par nos populations, nos cultures,
nos économies, la langue aussi que nous avons en partage. » Et de plaider
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