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Sommaire

Editorial .......................................................................................iii

Contributions
• Améliorer le contrôle interne
(Anita Campion, MicroFinance Network) ................................................ 5

• Au-delà des performances économiques : microfinance et


généralisation du marché en Afrique de l’Ouest
(Eveline Baumann, IRD-Centre Ile de France) ...................................... 13

• KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit d’équipement


au sein d’une institution de micro finance paysanne
(Marc Mees, SOS Faim) ........................................................................ 31

• Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime fiscal de


promotion des structures de financement de proximité (S.F.P.)
(Mbaye Diouf, CNCA-Sénégal)............................................................. 45

• Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne


(Yves Fournier, IRAM).......................................................................... 55

Livres………………………………………………………… ............ 63

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


page i
IALOGUE
Editorial
Chers lecteurs,
Ce numéro ne traite pas d’une thématique particulière comme nous avons
l’habitude de le faire dans « Dialogue ». Il comporte cinq contributions
spécifiques que ADA souhaite diffuser largement, en Afrique en particulier.
Ces articles portent sur : une technique qui est de plus en plus reconnue
comme un outil indispensable pour le développement des institutions – le
contrôle interne, une recherche en cours analysant l’impact de la
microfinance sur les rapports sociaux, un produit financier spécifique – le
crédit équipement, une réflexion sur le régime fiscal des IMF en Afrique de
l’Ouest et du Centre et un aperçu des premiers développements de
l’industrie dans un pays du Maghreb – l’Algérie.
Le contrôle interne est un aspect crucial dans le développement d’une IMF.
Afin de permettre à un plus grand nombre d’IMF de se renforcer dans ce
domaine, ADA a récemment contribué à la traduction en français du guide
« Améliorer le contrôle interne » édité par Microfinance Network et dont les
conclusions et recommandations sont reprises dans ce numéro du Dialogue.
La recherche en cours sur l’impact de la microfinance sur les rapports
sociaux montre comment de nouvelles normes sociales sont véhiculées par
la microfinance et quel est leur impact social et relationnel sur les
individus. L’auteur s’interroge sur les progrès spectaculaires de la
microfinance en Afrique de l’Ouest mais en allant au-delà des critères
habituels retenus pour mesurer les performances de ces institutions. En
effet, c’est en tant que fait social global que la microfinance doit être
abordée. Il faut donc aller au-delà de l’analyse des performances
économiques et examiner comment « cet excellent outil de lutte contre la
pauvreté » participe également à la généralisation et à l’acceptation du
marché même dans les zones les plus reculées et vis-à-vis de populations
peu habituées à ce nouveau type de rationalité économique venant des pays
du Nord. Dans ce sens, la microfinance ne participe-t-elle pas elle aussi au
mouvement de la mondialisation ?
La question du crédit à moyen et long terme permettant des investissements
demeure dans les faits un besoin encore peu couvert par les IMF étant
donné sa complexité. L’analyse de l’expérience menée au Mali depuis 1992
au sein de Kafo Jiginew grâce à une ligne de crédit spécifique fournie par
SOS Faim nous permet d’en cerner certains éléments, en termes d’impact
socio-économique notamment.

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En quoi la mise en place d’un régime fiscal incitatif pour les IMF se
justifie-t-il, du moins au cours de leur période de démarrage? Cette
réflexion est assortie de nombreux exemples chiffrés qui montrent dans les
faits comment les IMF sont assujetties à l’impôt et pourquoi selon l’auteur
des systèmes de dérogation sont à mettre en place si on veut que ces
institutions se pérennisent rapidement.
Les premiers pas de l’Algérie pour mettre en place une industrie
performante en microfinance illustrent assez bien toutes les difficultés que
doivent surmonter des pays en transition récente vers une économie de
marché, doublé en plus dans le cas de l’Algérie d’un isolement assez net dû
au terrorisme. C’est toute une question de mentalité qu’il faut changer au
niveau de l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus.

Axel de Ville et Luc Vandeweerd


ADA

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Contribution

Améliorer le contrôle interne*

Anita Campion, MicroFinance Network

*Cet article est tiré du document Améliorer le contrôle interne. Guide


pratique à l’usage des institutions de microfinance. Guide technique n°1.
A.Campion. MFN/GTZ. Il reprend en intégralité les conclusions et
recommandations que pose l’auteur sur le contrôle interne.
A l’heure où un nombre croissant d’institutions de microfinance se
développent et se transforment en institutions financières formelles, le
besoin en systèmes de contrôle interne se fait de plus en plus sentir. Si
chaque IMF est dotée d’un profil de risque et d’une structure opérationnelle
qui lui est propre, les conclusions et recommandations générales présentées
dans ce chapitre sont toutefois valables pour le secteur de la microfinance
dans son ensemble.

Conclusions
Les recherches qui ont servi à l’élaboration de ce guide ont fait ressortir
quelques enseignements clés qui s’appliquent à l’ensemble du secteur :

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Contribution

Améliorer le contrôle interne

Les IMF doivent lier le contrôle interne à la gestion des risques. Par le
passé, la plupart des organisations considéraient le contrôle interne comme
une composante annexe, distincte des opérations, et le confondaient souvent
avec l’audit interne. Les dirigeants voyaient dans le contrôle interne un outil
servant à détecter les erreurs et les cas de fraude après leur réalisation,
plutôt qu’un outil permettant d’anticiper les problèmes potentiels et de
prévenir les pertes financières de manière proactive. Le cadre de gestion des
risques présente une nouvelle approche du contrôle interne, supérieure car
intégrée à tous les niveaux de l’institution. Le processus itératif de gestion
des risques implique le conseil d’administration et les dirigeants dans le
processus d’identification et d’évaluation des risques, ainsi que dans
l’élaboration de politiques, procédures et systèmes opérationnels sains.
Ensuite, les mécanismes de contrôle interne testent et évaluent la capacité de
l’IMF à réduire le risque. La mise en œuvre et l’amélioration de ces
politiques, procédures et systèmes impliquent le personnel opérationnel
dans le processus de contrôle interne, ce qui permet à l’institution d’avoir un
retour sur sa capacité de gestion des risques sans nuire au service client ni
causer de difficultés opérationnelles. Le conseil d’administration et la
direction sont informés des résultats de l’évaluation et y répondent comme il
se doit, poursuivant ainsi le processus continu d’évaluation des risques et de
mise en œuvre des contrôles.
Les IMF manquent d’informations sur la fraude. L’approche du contrôle
interne par la gestion des risques est une approche holistique dans la mesure
où elle considère l’ensemble des principaux risques auxquels les IMF sont
confrontées, comme le risque de crédit, d’illiquidité, de taux d’intérêt, de
transaction ou de fraude. Le secteur de la microfinance a déjà produit
beaucoup de guides ou manuels de bonnes pratiques sur la réduction du
risque de crédit et la gestion des IMF. Le Manuel de microfinance : une
perspective institutionnelle et financière, de Joanna Ledgerwood, et
l’ouvrage de Robert Christen intitulé Banking Services for the Poor :
Managing for Financial Success, sont particulièrement connus pour leurs
principes de bonne gestion des IMF. Ces publications, ainsi que d’autres,
donnent de bons conseils sur la manière de gérer le risque de crédit, sur les
principes d’une gestion saine de la trésorerie et sur la fixation des taux
d’intérêt. De nombreuses IMF ont utilisé ces outils pour appuyer leurs
propres expériences et connaissances et ont ainsi développé des stratégies
de microfinance performantes1. Cependant, les guides de bonnes pratiques
existants traitent rarement des moyens de réduire le risque de fraude dans

1
La section Bibliographie et suggestions de lecture figurant à la fin de ce document propose une
liste de documents traitant du contrôle interne.

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Contribution

Améliorer le contrôle interne

les IMF. Les dirigeants d’IMF ayant toujours été réticents à divulguer les
cas de fraude dans leur institution, la question de la prévention de la fraude
a jusqu’à présent été peu traitée.
En général, les contrôles mis en place par les IMF pour se protéger de
la fraude sont limités. Le manque de discussion sur la fraude dans les IMF
a eu pour effet de minimiser l’importance de la fraude et n’a pas encouragé
les IMF à développer des systèmes de contrôle interne efficaces en terme de
contrôle du risque de fraude. En outre, certains pensent que le caractère
altruiste des personnes engagées dans la prestation de services de
microfinance met les IMF à l’abri de la fraude. Malheureusement,
l’expérience montre que ce n’est pas le cas. La fraude pouvant concerner
tous les niveaux d’opération, le risque de fraude augmente lorsque l’IMF se
développe et accroît la décentralisation de ses activités. Les dirigeants et
membres du conseil d’administration doivent accepter la réalité de la fraude
et la traiter de manière proactive au sein de l’institution.
Le secteur doit faire son apprentissage sur les contrôles liés à l’épargne.
Cette publication présente la plupart des contrôles internes couramment
utilisés par les IMF pour réduire le risque. Cependant, la majorité des IMF
sont aujourd’hui des institutions de crédit. Lorsqu’il y aura davantage
d’IMF mobilisant l’épargne, leur expérience permettra de tirer plus
d’enseignements sur les moyens de réduire les risques liés à la mobilisation
et à la gestion de l’épargne des clients. Par ailleurs le secteur de la
microfinance doit s’efforcer de tirer les enseignements des coopératives
d’épargne et de crédit, qui ont une longue expérience de la mobilisation des
petits dépôts d’épargne. Même si les coopératives d’épargne et de crédit
sont uniques dans la mesure où elles reposent sur leurs membres, elles ont
sans aucun doute tiré des leçons en matière de gestion des risques et de
contrôle interne qui pourraient être pertinentes pour d’autres types d’IMF.

Recommandations
Les recommandations qui suivent mettent en évidence le rôle que les IMF,
les agences d’assistance technique, les bailleurs de fonds, les réseaux
d’opérateurs et les instances de réglementation peuvent jouer pour
contribuer à l’amélioration du contrôle interne des IMF à l’avenir. L’ordre
dans lequel ces différents rôles sont abordés reflète le niveau d’implication
des différents acteurs dans le développement de contrôles internes efficaces
et leur capacité à détecter les problèmes de contrôle à temps. Les instances
de réglementation jouent le rôle le plus mineur vis-à-vis du système de
contrôle interne de l’IMF. Etant donné qu’elles n’examinent habituellement

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Contribution

Améliorer le contrôle interne

l’activité des institutions qu’une fois par an, le degré d’évaluation des
opérations est obligatoirement limité. C’est pourquoi les IMF réglementées
doivent considérer les missions de supervision et les rapports des instances
de réglementation comme la dernière source d’identification des risques et
de suggestions d’amélioration des contrôles.
Expériences des IMF. Les IMF doivent se montrer plus volontaires pour
discuter de la fraude, partager leurs expériences et apprendre de
l’expérience des autres. Le secteur de la microfinance dans son ensemble a
tout à gagner de l’amélioration des contrôles internes et du partage
d’expériences d’un nombre accru d’IMF dans ce domaine. L’augmentation
des pratiques de crédit individuel dans les IMF montre par exemple la
capacité du secteur à trouver et à partager des méthodes innovantes de
réduction des risques. En outre, le secteur ne pourra attirer plus
d’investisseurs privés que lorsqu’il aura démontré sa capacité à réduire
efficacement les principales expositions au risque. Les recommandations
qui suivent sont destinées à aider les IMF à améliorer leurs systèmes de
contrôle interne.

Institutionnaliser le processus de gestion des risques. Le mode de gestion


des institutions de microfinance a souvent traité le contrôle interne et les
audits internes de façon distincte des opérations, en ne considérant que leur
capacité à découvrir des erreurs ou mauvaises pratiques passées. L’approche
par la gestion des risques se veut plus intégrée et met en lumière la capacité
du contrôle interne à prévenir les pertes et à favoriser l’efficacité. Pour être
efficaces, les IMF doivent institutionnaliser le concept de gestion du risque
dans leur culture et leur environnement organisationnels. Le conseil
d’administration et la direction ont pour rôle essentiel d’effacer les a priori
négatifs du personnel vis-à-vis du contrôle interne et de l’audit interne en
expliquant à celui-ci tous les bénéfices que l’institution peut retirer de leur
mise en œuvre efficace. En développant des mécanismes de contrôle ayant
un effet incitatif et non dissuasif, la direction peut créer un environnement
de contrôle positif, dans lequel tous les employés ont un intérêt à améliorer
le système de contrôle interne. Un système de primes fondé sur les
performances, une organisation en centres de profit, une culture mettant
l’accent sur la résolution des problèmes et non sur la sanction sont autant de
mesures susceptibles de renforcer un environnement de contrôle positif et
d’aider à surmonter d’anciennes attitudes négatives à l’égard du contrôle
interne.

Garantir l’implication active du conseil d’administration dans le


contrôle interne. Les IMF qui se préoccupent du contrôle interne
délèguent souvent cette responsabilité à la direction. Par exemple, dans de

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Contribution

Améliorer le contrôle interne

nombreuses IMF, le département d’audit interne ne rend compte qu’à la


direction, et non directement au conseil d’administration. Sans un degré
d’indépendance suffisant, les auditeurs internes ne peuvent pas réaliser un
examen objectif de l’ensemble des opérations de l’IMF. Si le département
d’audit interne n’est responsable que devant la direction, le conseil
d’administration de l’IMF peut ne pas recevoir une évaluation approfondie
des contrôles internes au-delà du niveau opérationnel de terrain ou il peut
recevoir des informations dont le degré d’objectivité par rapport à la
direction n’est pas satisfaisant. Néanmoins, tous les départements d’audit
interne n’ont pas l’expertise professionnelle requise pour rendre compte
directement au conseil d’administration et certains peuvent avoir besoin des
cadres dirigeants pour consolider les rapports et présenter les conclusions au
conseil d’administration. Pour que le processus de contrôle interne soit
efficace, les membres du conseil doivent cependant jouer un rôle actif dans
l’examen des rapports de contrôle interne et s’assurer que la direction réagit
rapidement et de la bonne manière aux problèmes de contrôle.

Intégrer les visites aux clients dans le processus d’évaluation. Toutes les
IMF qui souhaitent vérifier l’efficacité de leurs contrôles internes doivent
intégrer des visites aux clients dans leur processus d’évaluation. Si les
audits traditionnels peuvent effectivement permettre de détecter beaucoup
d’erreurs dans le système, ils échouent souvent dans la détection de la
fraude. En rendant personnellement visite à ses clients, l’IMF peut vérifier
que les données portées sur les registres reflètent bien la réalité et réduire les
occurrences et l’impact de la fraude, protégeant ainsi la réputation de
l’institution et sa santé financière. Plus le pourcentage de clients visités est
important, moins le risque de perte financière due à des prêts fantômes, des
pots de vin ou collusions est élevé. Dans l’idéal, les IMF devraient envoyer
une personne autre que l’agent de crédit rendre visite à la majorité de ses
clients au moins une fois par an.
Assistance technique. Les IMF peuvent bénéficier de l’aide de consultants
externes pour mettre en place leurs systèmes de contrôle interne ou y
apporter des améliorations. Il est souvent plus facile pour un tiers impartial
d’identifier des lacunes dans le système de contrôle interne que pour le
personnel opérationnel d’évaluer son efficacité de manière objective. C’est
pour cette raison que la BRI et d’autres IMF ont fait appel à des cabinets
d’audit professionnels pour élaborer leurs normes d’audit internes. Une
évaluation du contrôle interne doit permettre de déterminer les contrôles
appropriés et les vérifications du système qui doivent être réalisées par le
personnel opérationnel ou le personnel d’audit de l’IMF dans le futur.

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Contribution

Améliorer le contrôle interne

Rôle des bailleurs de fonds. Les bailleurs de fonds doivent insister auprès
de l’IMF pour qu’elle soit dotée d’un mécanisme de contrôle interne adapté
à son niveau de développement. Les bailleurs de fonds doivent encourager
les IMF à mettre au point un manuel opérationnel et à prévoir des visites
aux clients dans le cadre de leurs opérations courantes. Ils doivent faciliter
le développement de mécanismes de contrôle interne en finançant par
exemple l’évaluation des risques initiale et la mise en œuvre des contrôles
internes, mais doivent éviter de créer une dépendance pour ce qui est du
financement opérationnel courant. Par exemple, les bailleurs peuvent fournir
un appui pour le développement initial des manuels de contrôle
opérationnels à la condition que l’IMF s’engage à enrichir et mettre à jour
les manuels régulièrement. En outre, les bailleurs de fonds peuvent appuyer
les efforts d’innovation des IMF en matière de réduction des risques :
création de nouveaux produits, comme la microassurance, ou d’outils de
contrôle opérationnel, tel qu’un logiciel d’audit interne. En outre, les
bailleurs doivent dissuader les IMF de se reposer sur les audits de bailleurs
pour identifier les problèmes de contrôle étant donné que ceux-ci, comme
les autres audits externes, ne sont pas suffisamment fréquents, ni aussi
approfondis qu’un audit interne.
Réseaux d’opérateurs. Les réseaux d’opérateurs de microfinance peuvent
promouvoir et encourager la discussion sur les moyens d’amélioration des
contrôles internes. Les réseaux peuvent faciliter l’harmonisation des normes
et principes d’efficacité du contrôle interne et encourager leur mise en
œuvre dans les IMF de leur zone d’influence, c'est-à-dire de leur pays ou
région d’activité. Les réseaux peuvent superviser la mise en œuvre de
contrôles internes de qualité et éventuellement développer un processus de
certification permettant aux IMF l’ayant suivi, d’être reconnues pour la
qualité de leur gestion des risques. Ces types de normes, principes ou
certifications sont particulièrement utiles pour améliorer la confiance des
épargnants et investisseurs dans les pays dans lesquels les autorités de
réglementation n’exercent pas une supervision efficace.
Exigences réglementaires. Les instances de réglementation doivent se
familiariser avec la microfinance et dans la mesure du possible ajuster leurs
exigences à la nature spécifique des activités de microfinance. Les autorités
de réglementation peuvent raisonnablement exiger des IMF qu’elles aient au
moins un auditeur interne ou un responsable de la gestion des risques pour
superviser l’efficacité de leur système de contrôle interne. Cependant,
demander chaque année un audit de tous les clients fait peser une charge
bien plus lourde sur une institution de microfinance que sur une institution
financière traditionnelle, car le portefeuille d’une IMF se compose de

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Contribution

Améliorer le contrôle interne

nombreux petits prêts à court terme. Les autorités de réglementation doivent


donner des recommandations claires sur la façon dont une institution de
microfinance récemment agréée doit satisfaire aux exigences de contrôle
interne et laisser un laps de temps raisonnable à l’IMF pour mettre en œuvre
les changements nécessaires. En outre, elles doivent compiler et utiliser les
données historiques et d’autres outils pour évaluer la santé des institutions
de microfinance.
Les ultimes tests de l’efficacité des systèmes de contrôle interne de l’IMF
sont le temps et l’intérêt des investisseurs. Malheureusement, certaines IMF
subiront encore de sérieuses pertes avant de découvrir les faiblesses
inhérentes à leurs systèmes de contrôle interne. Les IMF qui se satisfont
trop facilement de l’existant et partent du principe que ce qui fonctionne
bien aujourd’hui fonctionnera bien demain s’exposent particulièrement à
des pertes financières imprévisibles. Les IMF qui appliquent les principes
de gestion des risques et mettent en œuvre un processus itératif efficace
auront les moyens d’identifier et de traiter les expositions au risque et
passeront le test du temps. Les IMF qui démontrent leur capacité à gérer et à
réduire le risque seront plus à même de dégager des bénéfices conséquents,
ce qui est l’objectif premier des investisseurs privés. En outre, les
institutions qui mettent en œuvre des systèmes de contrôle interne efficaces
contribuant au processus de gestion des risques seront plus efficaces dans
l’accomplissement de leur mission sociale de prestation de services
financiers aux segments à faibles revenus sur le long terme. Par ailleurs, les
IMF qui mobilisent l’épargne des clients peuvent appliquer des stratégies de
gestion des risques garantissant la protection des actifs de leurs clients, ce
qui constitue la première préoccupation des autorités de réglementation
financières. L’absence de contrôles internes efficaces est l’un des derniers
obstacles au développement d’un secteur de la microfinance pérenne ; les
IMF, les prestataires d’assistance technique, les bailleurs de fonds, les
réseaux de praticiens et les autorités de réglementation ont tous un rôle à
jouer pour lever cet obstacle.

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Contribution

Au-delà des performances


économiques : microfinance
et généralisation du marché
en Afrique de l’Ouest
Eveline Baumann - IRD (Institut de recherche
pour le développement), Centre Ile de France

Bailleurs de fonds, décideurs nationaux, populations bénéficiaires de petits


prêts, voire de nombreux observateurs semblent unanimes : les progrès
enregistrés, au cours des quinze dernières années, par la micro-finance en
Afrique subsaharienne, sont spectaculaires. On a pris l’habitude de mesurer
les performances des institutions de la micro-finance (IMF) en termes de
structures agréées, de guichets ouverts, de prêts distribués, de taux de
remboursement et de populations sensibilisées. Ainsi, dans l’UMOA (Union
monétaire ouest-africaine) — huit pays ouest-africains avec une population
totale de 68 millions de personnes — le taux de pénétration des IMF est
désormais de l’ordre de 22 %2. Mais la prolifération des expériences, est-
elle vraiment une preuve de réussite ?

2
Les pays de la zone UMOA sont les suivants : Bénin, Burkina, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau,
Mali, Niger, Sénégal et Togo. Source des données chiffrées : BCEAO, BOAD, UEMOA, 2002.
Voir également PA-SMEC, 2000. Le taux de pénétration définit le rapport entre nombre de
bénéficiaires et population cible exprimée en terme de familles de six membres. Nous ne
disposons pas de données équivalentes pour la Mauritanie dont il sera également question ici et
où la micro-finance est encore une réalité relativement récente.

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Contribution

Au-delà des performances économiques :


microfinance et généralisation du marché en Afrique de l’Ouest

Alors que la micro-finance est présentée comme le moyen privilégié de lutte


contre la pauvreté et comme l’instrument indispensable à l’émergence de
l’entrepreneuriat, la poursuite de ce double objectif se heurte à un certain
nombre d’obstacles et les réalisations restent souvent en deçà des
espérances. En tout cas, elles sont bien en deçà de ce que pourrait laisser
supposer la progression numérique des expériences, et tout porte à croire
que l’on s’achemine vers une bipartition3. D’un côté, il y aurait des
expériences chargées d’une mission sociale, expériences qui sont peu
viables et, de l’autre côté, des institutions quasiment pré-bancaires qui sont
susceptibles d’atteindre l’équilibre financier et de favoriser l’émergence
d’un véritable entrepreneuriat. De ce point de vue, la micro-finance
continuera à correspondre à une formule que l’on peut qualifier de
“ politiquement correcte ” : ceux qui souhaitent œuvrer pour plus de justice
sociale y trouveront autant leur compte que ceux qui appellent de leurs
vœux la “ culture d’entreprise ” supposée indispensable au décollage des
économies peu développées.
Or, si son impact économique est difficilement mesurable, dans le contexte
actuel de globalisation, c’est en tant que fait social total que la micro-
finance fait sens. En effet, le véritable enjeu réside dans sa contribution à la
généralisation et à l’acceptation du marché et des logiques qui le
caractérisent. À ce titre, toutes les expériences contribuent, à des degrés
divers, à la transformation des représentations du matériel et à l’évolution
des rapports sociaux. Par le biais des rationalités qui la sous-tendent, la
micro-finance contribue à l’introduction et à l’enracinement progressif de
normes qui renvoient autant à l’économique qu’au politique et au social,
normes qui sont largement déterminées par les pays du Nord et qui peuvent
effectivement entrer en synergie avec l’habitus local. Incitant la société à
faire “ peau neuve ”, ces répercussions s’inscrivent dans la durée et
s’opposent aux projections quantitatives qui, elles, privilégient
généralement le court terme4.

3
Voir, entre autres, Buckley, 1997 ; Doligez, 2002 ; Gentil, 2002 ; Hollis & Sweetman, 1998 ;
Mosley & Hulme, 1998. Pour la bipartition, voir Murdoch, 2000.
4
Pour une version plus détaillée de ce texte, voir Baumann, 2003b. L’argumentation s’appuie sur
des données collectées dans le cadre de l’équipe AUF “ La micro-finance entre lutte contre la
pauvreté et développement de l’entrepreneuriat ” lors de missions au Sénégal, au Mali, au
Burkina et en Mauritanie. Les connaissances du terrain sénégalais ont été surtout acquises
grâce à un séjour de longue durée (1994-1998) et de missions ponctuelles (IRD, UR “ Travail
et Mondialisation ”). Je remercie mes interlocuteurs de leur disponibilité à mon égard. Mes
remerciements vont tout particulièrement au personnel de la Cellule AT-CPEC et du PA-
SMEC de Dakar.

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Contribution

Au-delà des performances économiques :


microfinance et généralisation du marché en Afrique de l’Ouest

Nous verrons dans un premier temps que l’arrivée des “ vibrations du


marché ” jusque dans des zones reculées, est soumise à certaines conditions
macro-sociales qui renvoient à la séparation des différents champs des
activités humaines et au passage de la communauté à la société au sens de
Max Weber. Par la suite, nous nous interrogerons sur l’émergence d’acteurs
responsables qui composent cette “ société des individus ” en gestation.
Enfin, seront présentées les nouvelles normes ainsi véhiculées. Et nous
conclurons sur les risques de fragilisation de la micro-finance face aux
nombreuses sollicitations qu’elle suscite.

Conditions préalables à l’émergence du


marché
La séparation des champs
Le marché ne peut se développer de manière satisfaisante que s’il y a tout
d’abord séparation des champs propres aux activités humaines5.
Qu’entendons-nous par là ? Il s’agit d’un processus historique qui donne
lieu non seulement à la mise en place de domaines spécifiques et à leur
autonomisation réciproque, domaines tels que le juridique, le politique,
l’économique, le religieux, mais aussi à la division du travail — la
médecine, l’administration, les techniques diverses, etc. — et à la
stabilisation progressive de celle-ci. Chaque champ se dote petit à petit
d’une rationalité propre qui se traduit, entre autres, par un discours
spécifique : le discours du juriste, du médecin, du chef d’entreprise, etc. Il
s’ensuit la différenciation des légitimités, qu’elles concernent les valeurs ou
les finalités. Ainsi, il sera légitime pour un médecin de faire passer la santé
de ses patients avant des considérations économiques, comme il sera
légitime pour un chef d’entreprise de privilégier son unité de production en
dépit de pressions familiales l’invitant avec une insistance plus ou moins
grande à accomplir des gestes de solidarité. Si les différents champs
s’articulent — le chef d’entreprise est aussi père de famille, l’avocat ou
l’homme politique pratique aussi une religion —, il y a toujours une
hiérarchisation des valeurs selon les situations.

5
Les paragraphes qui suivent se réfèrent à un travail collectif mené depuis le début des années
quatre-vingt-dix sur des questions d’individualisation et d’émergence d’une société civile dans
les villes africaines. Cf. Leimdorfer & Marie, 2003 ; Marie et al., 1997. Merci à F. Leimdorfer
(CNRS, Université Versailles - St. Quentin en Yvelines) pour ses commentaires constructifs.

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Contribution

Au-delà des performances économiques :


microfinance et généralisation du marché en Afrique de l’Ouest

Pour ce qui est, en Afrique sub-saharienne, de la différenciation des champs,


elle souffre encore de nombreuses lacunes. En témoigne l'appropriation
privée de richesses nationales par une infime couche de privilégiés proches
du pouvoir, voire directement impliqués dans les affaires de l'État. De plus,
cette appropriation privée ne fait pas nécessairement l'objet de réprobation
et elle n'est que très partiellement sanctionnée, malgré l'existence de corpus
juridiques appropriés6. La séparation du politique et du religieux pose, elle
aussi, régulièrement problème7. Quant à la division du travail, elle se heurte
à la pluriactivité des agents économiques, pluriactivité liée à l’impératif de
répartition des risques. Pour ce qui est de l’élite des pays subsahariens, la
présence d’agences internationales sur le territoire national et la perspective
de faire carrière à l’étranger rend les discours plus complexes : tel haut
fonctionnaire impliqué dans la consultance pour un bailleur de fonds
transnational, parle-t-il en tant qu’expert international ou en tant que
représentant de son administration ?
Cela étant, des résistances se font entendre contre des pratiques jugées
désormais inacceptables par des groupes de plus en plus nombreux et une
certaine conscience citoyenne est en train d’émerger. En nous limitant au
Sénégal, on s’aperçoit que lors des élections présidentielles de mars 2000
qui devaient mettre fin à quarante ans de régime qualifié de socialiste, les
jeunes sont allés jusqu’à huer les chefs religieux s’apprêtant à donner des
consignes de vote (Diop, Diouf, Diaw, 2000 ; Mbodji, 2002). Les émissions
interactives diffusées par les radios libres font recette et la presse privée se
fait le porte-parole des laissés-pour-compte. Les jeunes n’hésitent plus à
mettre publiquement devant ses responsabilités un chef de l’État qui leur
“ doit ” son élection. Alors que le discours emprunté aux institutions
internationales est aux relations de genres et à la promotion de
l’entrepreneuriat féminin, les femmes sont, elles aussi, conscientes de leur
pouvoir et se mettent au devant de la scène publique. Leurs prises de paroles
et revendications s’inscrivent directement dans la bonne gouvernance tant
valorisée par ailleurs, formule qui renvoie justement non seulement à la
séparation des champs du religieux, du politique, de l’économique et du
juridique, mais aussi à la nécessité de sanctions en cas de non-respect de
certaines règles présentées comme universelles.

6
On peut rappeler les lenteurs dans le jugement des anciens potentats du régime Moussa Traoré
au Mali et, au Sénégal, les retards dans la publication des résultats de l’audit relatif à la gestion
des sociétés nationales sous l’ère de l’ancien président Abdou Diouf.
7
Par exemple lorsqu’au Sénégal, le premier acte public posé par le président de la République élu
en 2000 consiste à prêter allégeance au plus haut dignitaire de la confrérie musulmane des
mourides.

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Contribution

Au-delà des performances économiques :


microfinance et généralisation du marché en Afrique de l’Ouest

Ces prises de paroles et les manifestations d’émancipation qui les


accompagnent sont autant de conditions qui doivent être réunies pour que le
marché au sens néo-libéral puisse se développer. La micro-finance, elle, se
nourrit de cette nouvelle constellation.

De la communauté à la société et nouvelles prises de parole


Si l’on entend par marché un type déterminé d’organisation des échanges
entre les agents économiques, organisation qui suppose la propriété privée,
alors la généralisation du marché — tel qu’il est actuellement promu par les
politiques économiques des pays dépendants — appelle la monnaie. Celle-ci
permet d’abandonner progressivement le troc et d’accélérer les transactions
qui revêtent progressivement une forme “ indirecte ” (Weber, 1995) tout en
élargissant leurs dimensions spatiales. Mais la monnaie stimule aussi la
division du travail et contribue par là à la complexification des relations
économiques. Et enfin, elle fabrique la modernité, en ce sens qu’elle
contribue à libérer les acteurs de certaines obligations sociales (Simmel,
1991). Autrement dit, la transition d’une économie domestique basée sur le
troc à une économie largement monétarisée — avec toutes les modalités de
coexistence et d’enchevêtrement des deux systèmes que cela peut
impliquer — s’inscrit dans des évolutions plus globales, celles qui
acheminent la communauté vers une société d’interactions plus anonymes et
soumises à des régulations écrites, de nature administrative et juridique.
La micro-finance, avec les règles écrites qu’elle s’est données8, participe
non seulement à la transition de la communauté (Gemeinschaft) à la société
(Gesellschaft) au sens de Weber, elle favorise aussi les prises de parole
nouvelles telles que nous venons de les évoquer, caractéristiques de la
société civile. Les textes en question définissent les droits et devoirs des
usagers, précisent les responsabilités du législateur ou, dit autrement,
permettent la contractualisation des relations entre les différentes parties
prenantes. Pour exister légalement, l’institution et ses membres doivent se
conformer à ces textes et respecter les règles prudentielles édictées par les
autorités bancaires. À travers la Commission bancaire et les Cellules
d’appui — généralement rattachées au ministère de l’Économie — les
autorités veillent à l’application de la loi et élaborent — en collaboration

8
Tous les pays de l’UMOA ont adopté une loi-cadre spécifique (Lelart, 1996). Dans la suite,
l’argumentation s’appuiera sur la loi votée au Sénégal (Loi n° 95-03 du 5 janvier 1995 portant
réglementation des institutions mutualistes ou coopératives d'épargne et de crédit (Journal
officiel du 21 janvier 1995). Pour la Mauritanie : Loi n° 98-008 du 28 janvier 1998 portant la
réglementation des institutions mutualistes ou coopératives d’épargne-crédit qui s’inspire de la
loi-cadre de l’UMOA.

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avec les organisations des professionnels9, les représentants des IMF et les
bailleurs — les politiques nationales de la micro-finance. Procurant une
légitimité aux activités d’intermédiation financière, le cadre juridique
contribue à la construction et au renforcement de liens de confiance,
indispensables à la pérennité du système. Les acteurs de la micro-finance,
par le biais de leurs représentants, se posent ainsi en interlocuteurs des
décideurs nationaux et transnationaux. Au même titre que les ONG, les
fondations, les ASC (associations sportives et culturelles) et les GIE
(groupements d’intérêt économique) — dont les activités sont également
réglées par des textes spécifiques —, les institutions de la micro-finance
s’inscrivent dans cette évolution qui va vers l’émergence de structures
sociétales, au détriment des structures communautaires. Les autorités savent
qu’ils doivent compter avec ces institutions et leurs porte-parole : la
démocratie du marché est à ce prix-là.
Les évolutions macro-sociales trouvent leur pendant au niveau individuel :
les acteurs se libèrent de leurs appartenances d’origine et construisent des
liens plus fonctionnels favorables aux décisions centrées sur l’individu et
ses projets.

La société et l’individu
Prises de distance et liens fonctionnels
L’avènement du marché en tant qu’institution sociale suppose que les
acteurs mettent à distance leurs appartenances communautaires et le statut
conféré par la naissance ; il suppose aussi que ces mêmes acteurs raisonnent
en tant qu’individus et en leur nom propre. Ce n’est donc plus leur
appartenance à tel lignage, à telle ethnie, à telle religion qui est censée les
animer en priorité, ce n’est pas non plus leur statut d’homme ou de femme,
d’aîné ou de cadet, d’homme libre ou casté, d’autochtone ou d’allochtone
qui détermine leurs actes. Ce qui prime, ce sont leurs qualités en tant
qu’êtres humains, leurs compétences acquises grâce à l’éducation et la
formation professionnelle, des éléments qui renvoient autant au capital
humain que social. La micro-finance favorise cette évolution.

9
Alors que le Mali, le Burkina et le Niger se sont dotés d’une association de professionnels de la
micro-finance, leurs collègues sénégalais semblent bien moins dynamiques, malgré un paysage
d’IMF particulièrement riche. En Mauritanie, où le phénomène de la micro-finance est encore
relativement jeune, l’APROMI a pu participer activement à l’élaboration de la législation
relative à la micro-finance.

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Les mutuelles d'épargne et de crédit se constituent sur la base de liens


communs entre les membres bénéficiaires, ces liens étant conférés par
“ l'identité de profession, d'employeur, du lieu de résidence, d'association ou
d'objectif ” (art. 20). Si l'expression “ identité d'objectif ” peut donner lieu à
des interprétations diverses tout en présentant un gage de souplesse, les
relations qu'entretiennent les membres sont en premier lieu de nature
fonctionnelle. Autrement dit, même si des éléments renvoyant à l’affectivité
et à la “ tradition ” (affektuell, traditional selon Weber) — caractéristiques
clés de la communauté — peuvent intervenir, les liens qui unissent les
membres d’une institution de la micro-finance répondent avant tout à une
rationalité des valeurs et des finalités (wertrational, zweckrational),
rationalité qui est le propre des sociétés modernes. Cela signifie que les
appartenances communautaires sont amenées à s’effacer devant des
appartenances liées à un métier déterminé, à une catégorie socio-
professionnelle, à un milieu social, à la fréquentation de tel établissement
scolaire ou de tel lieu de convivialité.
Bien entendu, la distanciation par rapport aux appartenances ethniques peut
connaître des résistances et se réaliser à des degrés variables. Ainsi, en zone
rurale, il arrive que la quasi-totalité des habitants d’un village et appartenant
à une même ethnie fassent partie d’une mutuelle d’épargne et de crédit.
Bien que, par ce biais, il y ait introduction de règles s’inspirant de principes
égalitaires, le mode de fonctionnement de l’institution peut rester largement
déterminé par les hiérarchies préexistantes. De même, l’affectivité continue
à jouer un rôle fondamental lorsque des femmes d’un même quartier se
regroupent pour mettre en commun leur épargne. Enfin, quant à certaines
sociétés fortement structurées par classes, on observe que la micro-finance
ne contribue que très modestement à l’ouverture des métiers
traditionnellement réservés à des personnes castées, comme ceci est le cas
de la pêche en Mauritanie. Ici, la distanciation peut se heurter à des freins
que seules pourront affaiblir, à moyen terme, des circonstances socio-
économiques particulières telles que des mouvements migratoires
importants ou la raréfaction drastique d’autres opportunités de création de
revenus.
Dans les villes par contre, caractérisées par le brassage des populations et
une plus grande division professionnelle du travail, cette même distanciation
est patente et le statut conféré par la naissance y perd de son poids. On peut
évoquer l’exemple des grandes villes de Mauritanie, pays où, en dépit des
discours officiels, persistent des déséquilibres en termes d’équité entre
hommes et femmes d’une part, entre personnes de statuts prétendument
supérieur et inférieur d’autre part. Il est vrai que les négro-africains
majoritaires et les Maures minoritaires évoluent dans des sphères

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relativement séparées. Or, d’après nos interlocuteurs, les associations de


micro-crédit rendraient plus perméables les frontières entre les deux
groupes, ceux-ci arrivant petit à petit, à “ travailler ensemble ”. On
remarquera également que, dans un pays comme le Sénégal où la confrérie
islamique des mourides joue un rôle primordial dans le commerce, aucune
IMF reconnue ne fait, ne serait-ce qu’implicitement, référence à l’islam. Par
contre, ce sont des critères professionnels qui sont mis en avant, comme
l’appartenance à un syndicat de commerçants (“ Mutuelle d’épargne et de
crédit de l’UNACOIS ”), syndicat majoritairement constitué de fidèles du
mouridisme. Le regroupement en fonction de critères professionnels est
l’apanage des grandes agglomérations, et c’est en milieu urbain que l’on
trouve des institutions telles que la “ Caisse d’épargne et de crédit des
travailleurs de l’Université Cheikh Anta Diop ” (Sénégal) ou la “ Caisse
d’épargne et de crédit des artisans de Saint-Louis ” (Sénégal).

L’individualisation des décisions


On notera également que l’adhésion aux IMF est “ libre et volontaire ”
(art. 11) et représente de ce fait a priori un acte posé en dehors de toute
contrainte, acte qui équivaut reconnaissance des principes mutualistes et qui
s’accompagne du paiement de droits d’adhésion. Alors que des groupes
peuvent demander leur adhésion en tant que tels, dans la majorité des cas,
cet acte est le fait d’un individu. Celui-ci engage sa responsabilité, ce qui
représente un pas décisif vers la réalisation d’un projet personnel et suppose
la séparation des sphères communautaire et domestique d’une part,
économique et professionnelle d’autre part. On y reviendra.
Si certains prêts sont octroyés à tout un groupe supposé exercer une activité
économique collective, d’autres sont destinés, à tour de rôle, aux membres
d’un petit groupe qui se porte solidairement garant du remboursement. Ces
formules simplifient l’instruction du dossier et permettent la réduction des
coûts de transaction, mais elles peuvent aussi correspondre, de la part des
initiateurs d’un projet de micro-finance, à une surévaluation quelque peu
naïve des pratiques communautaires des sociétés subsahariennes. En effet,
sur le terrain, les opérateurs sont souvent pris de court par la forte demande
de prêts individuels. De nombreux acteurs aspirent à davantage d’autonomie
par rapport aux autres membres composant le groupe de solidarité et dont
l’insolvabilité risque de retarder la réalisation de leur projet personnel. Ils
souhaitent que leur dossier soit traité exclusivement en fonction de leurs
besoins propres et demandent à présenter des garanties correspondantes.
Cela étant, là aussi, il convient de nuancer et de tenir compte des délais
nécessaires pour faire accepter les nouveaux rapports sociaux. Alors que les

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micro-crédits sont présentés comme des outils permettant aux femmes de


prendre leur autonomie par rapport au milieu familial et leur conjoint, leur
liberté d’action est souvent toute relative : il arrive fréquemment que les
femmes sollicitent un prêt à la suite de fortes pressions de leur famille
proche ou de leur mari, et que ce soit ce dernier qui utilise les fonds pour ses
propres besoins, laissant à son (ses) épouse(s) le soin de respecter les délais
de remboursement10. Il s’agit là d’un conflit de rationalités et de légitimités,
“ classique ” dans une société en mutation. Pour que l’activité économique
et l’accès au crédit des femmes soient considérés comme légitimes, il est
indispensable que les normes sous-tendant cette légitimité soient acceptées
par un grand nombre des intéressé(e)s. Cette évolution ne peut se faire que
progressivement.
Dans les sociétés subsahariennes, le processus d’individualisation est ralenti
par des facteurs à la fois culturels et matériels. En effet, ces sociétés se
reproduisent en tenant compte des rapports de force qui leur sont propres et
toute atteinte à ces rapports de force risque d’être vécue comme une
agression par ceux qui détiennent le pouvoir. Les obligations réciproques,
les dons, contre-dons et autres manifestations de la solidarité font partie
intégrante du système social. La solidarité — envers la parentèle tout
d’abord, mais aussi envers les membres de l'ethnie, voire du village — est
pensée comme l'une des valeurs fondamentales. Toute déviation par rapport
à cet idéal est fortement dénigrée et peut être sanctionnée, au besoin par le
recours à la sorcellerie. C’est particulièrement en temps de crise, que la
solidarité familiale représente une nécessité matérielle et qu’elle est, en
quelque sorte, la “ sécurité sociale ” des laissés-pour-compte qui permet
d'amortir ne serait-ce qu'une partie des tensions sociales. De ce fait, elle
peut être présentée comme un handicap à la réalisation d’un projet
personnel. Mais la solidarité peut aussi bien être un impératif économique et
faire partie intégrante de la stratégie entrepreneuriale de tel ou tel groupe
qui s’appuie sur des proximités dues à l’appartenance à une religion, à une
ethnie ou à une caste. Ceci est le cas de groupes amenés à se déplacer ainsi
que de métiers spécifiques tels que ceux liés aux certains éléments comme
l’eau, le feu, le bois. On pense, entre autres, aux forgerons et bijoutiers, aux
pêcheurs bozo ou somono du Mali, aux commerçants mourides originaires
du Sénégal11. Or, les liens de solidarité se reconfigurent dans certains cas,
tout comme ils s’effritent dans d’autres et se heurtent à des stratégies
10
Voilà ce qui incite à relativiser le succès des IMF du type Grameen Bank où la micro-finance
peut aller jusqu’à provoquer le durcissement des relations de genre. Cf. Kabeer, 2001 et
Guérin, 2000.
11
Tout comme on pourrait penser aux Auvergnats de Paris, à la diaspora chinoise, à la
communauté juive.

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d’évitement et de contournement (Baumann, 2003b). La micro-finance, elle,


contribue à l’évolution des solidarités, en donnant la priorité à la finalité
économique des investissements, finalité dont bénéficie de plus en plus la
famille restreinte, voire l’entreprise individuelle.
L’essor des échanges marchands impulsés par la micro-finance est porteur
d’évolutions lourdes de conséquences non seulement pour les individus et
les relations qu’ils entretiennent entre eux, mais aussi pour leur inscription
dans le monde de l’économie. Ces évolutions renvoient à l’articulation entre
l’économique et le social, entre sphères publique et privée, au rapport au
temps et à la gestion du risque.

Nouvelles normes, nouvelles pratiques


Rapports de force et prééminence de l’économique
Les micro-crédits permettent aux individus de se libérer des relations
clientélistes et des liens de dépendance qui les unissent à leurs bailleurs
habituels, qu’il s’agisse de connaissances ou de membres de la famille, de
garde-monnaie ou d’usuriers. Ces relations se caractérisent par une étroite
imbrication entre l’économique et le social. La micro-finance, elle, crée des
liens d’une nature différente, fonctionnels et déterminés essentiellement par
des motifs économiques. Autrement dit, la forte imbrication entre
considérations économiques et sociales — le “ embeddedness ” de Karl
Polanyi — fait place à l’autonomisation de l’économie par rapport à
l’environnement social.
Cette tendance se manifeste dans les rapports entre les institutions de la
micro-finance et leurs clients. En effet, les rapports entre les agents et les
bénéficiaires d’un prêt se distinguent par une certaine fonctionnalité où des
considérations d’ordre familial ou ethnique n’ont, a priori, plus de place.
Alors que les preneurs de crédit sont jugés essentiellement sur leurs
capacités d’honorer leurs engagements, les agents des IMF, eux, bénéficient
d’un intéressement au résultat de l’institution. Lors du recouvrement des
créances, ils sont censés faire fi de toute considération personnelle et
peuvent aller jusqu’à confisquer les biens mis en gage, au cas où le simple
recours à la menace ne produirait pas l’effet escompté.
La priorité accordée à des impératifs économiques caractérise aussi
l’utilisation même des fonds distribués et, partant, la gestion des micro-
entreprises appuyées. Une gestion orthodoxe des affaires bannit, en
principe, les dépenses de prestige ou celles s’inscrivant dans le domaine du

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religieux tels que, dans les sociétés musulmanes, les baptêmes ou les
cérémonies liées au pèlerinage à La Mecque. Cette caractéristique oppose
les IMF aux associations dites traditionnelles du type tontine. Les finalités
de ces regroupements et celles des institutions de la micro-finance ne sont
pas tout à fait les mêmes. Les premiers répondent autant à des
considérations sociales qu’économiques et la convivialité joue un rôle
central ; la fréquente tenue des réunions au domicile d’un des membres en
est l’expression. La forte présence d’éléments renvoyant à la sphère du privé
peut, bien entendu, présenter un handicap de taille lorsqu’il s’agit de régler
des conflits. Il en est autrement des IMF qui — sans renoncer entièrement à
l’aspect convivial, élément indispensable à la construction de liens de
confiance — répondent, elles, quasi exclusivement à des besoins
économiques.
Le “ désenchâssement ” de l’économique par rapport au social, lié au type
de relations qui s’installent entre les institutions et leurs clients, va de pair
avec la séparation entre sphères privée et publique au niveau comptable, ces
deux sphères étant entendues ici comme les domaines relevant de la vie
familiale du preneur de prêt d’une part, de son activité professionnelle
d’autre part. On sait que généralement, les micro-entrepreneurs ne font pas
de distinction entre la trésorerie de leur unité et le budget domestique. Dès
le stade du montage d’un dossier, les “ micro-financiers ” partent de cette
réalité pour amener leurs clients à séparer la trésorerie de leur micro-
entreprise et le budget domestique. Il s’ensuit une plus grande fiabilité du
diagnostic par rapport à la santé de l’entreprise et une meilleure maîtrise des
risques encourus par l’institution.
Mais l’impact de la micro-finance sur les rapports sociaux va encore plus
loin. Si elle permet aux acteurs de se libérer de liens dits traditionnels, elle
favorise aussi la redéfinition des rôles qui leur sont attribués. Cela est
particulièrement frappant pour les femmes. On sait qu’en Afrique sub-
saharienne, l’usage de la monnaie peut être largement déterminé par le
genre de celui/celle qui la détient et qu’il y a souvent cloisonnement sexué
des dépenses domestiques, c’est-à-dire répartition des charges de la
maisonnée entre les conjoints selon un schéma relativement précis. Cet
usage sexué de la monnaie s’accompagne d’une division du travail
conséquente12. Un projet de micro-finance qui s’adresse en priorité aux
femmes contribue ainsi à l’évolution des pratiques monétaires et donne lieu

12
Ainsi, le mari est censé pourvoir à l’acquisition des denrées alimentaires. Mais les femmes se
plaignent que les hommes sont de moins en moins en mesure de remplir cette obligation, ce qui
amène les premières à pratiquer une activité économique, notamment commerciale. Pour une
étude approfondie de cette question, voir Guérin, 2000.

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à la ré-allocation du pouvoir économique au sein des familles. C’est avant


tout dans les zones rurales, d’habitude moins exposées aux influences
exogènes que les grandes agglomérations, que les répercussions des IMF sur
les rapports sociaux sont particulièrement manifestes et que grâce à ces
institutions, la modernité peut se frayer un chemin, en remodelant, entre
autres, la division du travail en fonction du genre. Les propos de tel
responsable d’une ONG confirment ce constat :
“…l'impact socio–économique, […] ça permet à certaines femmes dans
des villages, où, j'étais témoin qui n'ont jamais, jamais, jamais, la
majorité d'elles n'ont jamais eu à recevoir d'un seul coup, un billet de
5 000 francs ou 10 000 francs13.[…] Les rares fois qu’elles ont vu ça,
c’est avec leurs maris, mais elles n’ont jamais reçu un montant aussi
élevé d’un seul coup. ” (SLC, Dakar, 7.5.2002).
La manipulation du numéraire par les femmes doit donc être appréhendée
par rapport à l’utilisation qu’en font habituellement les hommes. Grâce à la
monnaie, les femmes — individuellement ou en regroupant leurs ressources
monétaires — peuvent accéder à des biens qui, avant, leur étaient
inaccessibles, car réservés aux hommes. À titre d’exemple, les femmes
bénéficiaires de la Nissa-Banque en Mauritanie se réunissent pour acquérir
des animaux qui seront ensuite abattus et dont la viande sera vendue au
détail. Traditionnellement, cette activité relevait du domaine des hommes.

Projection dans le temps et gestion des risques


La représentation du temps est, elle aussi, au cœur des évolutions
accélérées, voire engendrées par la micro-finance. Grâce aux micro-crédits,
le rapport au temps se modifie. Il gagne en complexité et devient plus
structuré, amenant les bénéficiaires à devoir et pouvoir se projeter dans
l’avenir.
L’introduction d’un taux d’intérêt joue, à ce titre, un rôle central. Pour les
dépôts simples, assimilables aux comptes courants, il n’y a généralement
pas de rémunération : alors que le client d’une IMF sait son épargne en
sécurité, il accepte, en guise de contrepartie, que l’institution travaille avec
les fonds déposés, pratique qui rappelle celle des garde-monnaie qui,
traditionnellement, utilisent les dépôts de leurs clients comme fonds de
roulement pour leur commerce. Les taux d’intérêt débiteurs, par contre,
varient en fonction des produits proposés, et la limite supérieure correspond
généralement au double du taux d’usure. Le coût d’un crédit étant fonction

13
Soit 7,26 ou 15,24 €.

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du temps, celui-ci acquiert de la valeur. Cette articulation entre coût du


crédit et délais de remboursement représente une nouveauté par rapport à la
rémunération des prêts telle qu’elle est connue en milieu africain : la
rémunération de l’argent prêté est pensée en termes de marge bénéficiaire,
par nature indépendante de la durée (Baumann, 1998). Par les taux débiteurs
pratiqués par les IMF, “ le temps, c’est de l’argent ” ; ce temps devient
précieux et ne doit pas être gaspillé. La valorisation du temps consacré au
métier en est la conséquence logique, et avec elle la valorisation de l’activité
économique elle-même. Inévitablement, un regard différent se portera
progressivement aussi sur le non-travail.
Le rapport au temps devient aussi plus complexe, et cette évolution est
avant tout imputable à la pluralité des produits financiers, chacun répondant
à des objectifs économiques précis et énoncés par contrat, chacun aussi
imposant aux contractants des règles qui lui sont propres et dont le non-
respect est censé être sanctionné. Ces règles varient selon le type de dépôt,
elles diffèrent selon qu’il s’agit d’un dépôt visant la sécurisation des
économies, de l’épargne accumulée pour la création d’entreprise, des
économies destinées à un stage de perfectionnement ou à la scolarité des
descendants. Autant de formules qui peuvent comporter des droits à un
emprunt susceptible de financer un fonds de roulement, un investissement
immobilier, l’acquisition d’outils de production ou un investissement en
formation.
Les différents produits d’épargne et de crédit impliquent le respect
d’échéances qui, à moins de concerner explicitement le secteur agricole ou
halieutique, sont de moins en moins rythmées par les saisons ou les cycles
de la vie, mais s’appuient davantage sur le calendrier civil. La régularité est
aussi au cœur des pratiques lorsqu’une personne s’adonnant à une activité
foraine décide de prendre un crédit pour installer son commerce dans une
boutique, installation qui permet au nouveau boutiquier d’établir les
échanges dans la durée et de devenir par là un agent plus actif de l’économie
de marché.
De ce fait, la micro-finance contribue à la maîtrise des aléas liés au temps.
Elle permet de se prémunir contre les fluctuations des prix du marché,
d’égaliser par là les rythmes de la production et de la consommation, les
rendre plus réguliers. Autrement dit, le temps abstrait des sociétés
industrialisées, avec sa nature linéaire, jouera petit à petit un rôle plus
important, au détriment du temps concret caractérisé par une nature cyclique
(Kimmerle, 1998).

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Conclusion
À un moment où les sociétés de l’Afrique subsaharienne sont exposées à des
transformations profondes, la micro-finance arrive à point nommé. Les
systèmes de redistribution “ traditionnels ” qui assignaient un rôle central à
l’appareil de l’État sont en crise. Cette crise n’est pas seulement vécue telle
de manière subjective, elle correspond aussi à une réalité objective. En effet,
les programmes d’ajustement structurel ont amené les États au sud du
Sahara à promouvoir une gestion plus rationnelle et transparente de leurs
affaires et à supprimer des structures distributrices de prébendes ayant
permis pendant de longues années l’entretien d’une clientèle nombreuse.
Depuis les années quatre-vingt-dix, l’État de nombreux pays n’est plus le
premier employeur, tout comme il ne dispose plus des ressources matérielles
et symboliques d’autrefois. Cette situation porte atteinte à sa crédibilité,
l’amène à redéfinir ses prérogatives et à repérer de nouvelles niches
rentières susceptibles d’entretenir sa clientèle et de reproduire les élites du
pays. Mais cette remise en question de l’État représente aussi une chance
pour l’émergence d’une société civile, et les IFM en sont les manifestations
concrètes. Ces institutions véhiculent de nouvelles normes qui consistent à
favoriser la séparation des champs privé et public, à promouvoir des
rapports individualisés avec l’État, à faire émerger des acteurs responsables
ayant un rapport au temps compatible avec l’économie néo-libérale, des
acteurs prêts à prendre des risques. Pour que ces acteurs puissent mieux
assumer ces risques qui renvoient autant à la sphère domestique qu’au
monde de la micro-entreprise, les IMF proposent de plus en plus des
produits de l’assurance, produits qui représentent le prolongement
quasiment naturel de l’intermédiation financière14.
Si les bailleurs de fonds ont incité les pays subsahariens à assainir leur
gestion économique, c’est pour que ceux-ci deviennent davantage attractifs
aux yeux des investisseurs étrangers et pour qu’ils jouent un rôle plus actif
dans une économie globalisée. Or, on sait que la globalisation va de pair
avec des phénomènes d’exclusion qui, dans un contexte de crise des
systèmes de redistribution traditionnels, amènent les populations à se
prendre en charge. Tout comme d’autres institutions — telles que les ONG,
les GIE (Groupements d’intérêt économique), les ASC (Associations
sportives et culturelles) —, les institutions de la micro-finance s’inscrivent
dans ce processus de globalisation et les normes véhiculées par elles y
contribuent. Déchargeant l’État de certaines attributions, elles sont censées

14
Cf. www.ilo.org/public/english/employment/finance/, www.ilo.org/public/english/socsec/pol et
www.microfinancegateway.org/microinsurance.

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apporter une réponse active aux phénomènes d’exclusion. Pour cela, elles
s’adressent directement aux bailleurs étrangers. Ceux-ci repèrent de
nouveaux interlocuteurs dans le milieu associatif, entourent de beaucoup
d’attention les intellectuels, promeuvent des formations supérieures
élaborées dans les pays du Nord. Dans ce dispositif, les bureaux d’études et
consultants internationaux jouent un rôle central. Désormais, c’est par le
biais des dispositifs financés par l’aide décentralisée que passe la
redistribution, tout en entretenant l’illusion que les problèmes de pauvreté
peuvent être résolus par des techniques financières (Servet, 2002).
Les bénéficiaires des projets de la micro-finance, eux, sont preneurs des
évolutions liées à la globalisation, à condition qu’elles soient compatibles
avec leurs aspirations. Par contre, dans les cas où elles paraîtraient
humainement difficiles à accepter, ils leur opposent des résistances. Ils se
défendent contre le gommage des particularités, contournent les normes
présentées comme universelles, composent avec elles si le besoin s’en fait
sentir. En dehors de tous les résultats chiffrables et chiffrés, c’est sans doute
par sa capacité de répondre à certains desiderata des intéressés en tant
qu’individus que la micro-finance contribue le plus au mieux-aller des
populations.
Cela étant, les IMF ne resteront opérationnelles et crédibles qu’à condition
de sauvegarder le capital de confiance dont elles bénéficient et d’être en
mesure de trouver un dénominateur commun entre des stratégies divergentes
qui animent les différents acteurs que sont les bailleurs, les autorités
nationales, les opérateurs de terrain, les responsables d’ONG, les
facilitateurs, les élus des instances représentatives et enfin les usagers des
IMF. Les institutions de la micro-finance représentent des enjeux politiques
de taille, elles donnent lieu à des pratiques néo-patrimoniales et à la création
de situations rentières qui risquent d’être tout aussi préjudiciables que celles
qu’ont connues les systèmes étatiques à la veille des plans d’ajustement
structurel. Les facteurs de fragilisation potentielle sont donc nombreux.

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BIBILIOGRAPHIE

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Au-delà des performances économiques :


microfinance et généralisation du marché en Afrique de l’Ouest

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Contribution

Au-delà des performances économiques :


microfinance et généralisation du marché en Afrique de l’Ouest

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ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


page 30
Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une


expérience de crédit d’équipement
au sein d’une institution de micro
finance paysanne

Marc Mees, SOS Faim

Cet article est tiré de l’étude suivante :Impact socio-économique des prêts
d’équipement. L’expérience du réseau Kafo Jiginew au Mali. Etude
réalisée à la demande de SOS Faim.
Denis Pommier, IRAM (Institut de recherches et d’applications des
méthodes de développement), novembre 2002.

La question du crédit à moyen terme


Quand on interroge les organisations représentatives des producteurs et
paysans sur les contraintes qu’elles rencontrent au niveau du financement
des exploitations familiales, la problématique du crédit à moyen et long
terme permettant les investissements revient régulièrement en bonne place.
Confirmation en a encore été donnée dans le cadre de l’atelier organisé à
Ouagadougou en janvier 2003 à l’initiative de SOS Faim. Pendant une
semaine, des organisations paysannes, des institutions de micro finance et
des banques agricoles ont dialogué, échangé sur leurs difficultés et sur les
pistes de collaborations, sur leurs complémentarités et les synergies à mettre
en œuvre.

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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

La nécessité de mettre des ressources longues à la disposition des


institutions financières pour permettre des investissements dans les
exploitations familiales a été mise en avant dans la déclaration finale15 de
l’atelier qui a réuni des représentants de quatre pays sahéliens (Burkina
Faso, Mali, Niger et Sénégal).

Le crédit par et pour les paysans


L’une des plus importantes entités mutualistes de crédit d’Afrique de
l’Ouest, KAFO JIGINEW, a participé à cet atelier. KAFO JIGINEW
présente la particularité d’être une banque créée à l’initiative des paysans et
qui leur appartient.
Dans le cas de KAFO JIGINEW, parler de dialogue difficile entre
organisations paysannes et institutions de micro finance relève donc du
paradoxe. Peut-être est-ce pour cette raison qu’un produit tel que le crédit
d’équipement y a été mis en place depuis plus de 10 ans.
Une étude d’impact récente menée par l’IRAM16 à la demande de SOS Faim
a porté sur cette expérience.
L’objectif premier de ce travail était de déboucher sur des propositions
viables d’amélioration du crédit à moyen terme au sein du réseau.
En fonction du temps et des ressources disponibles, la méthode de travail a
comporté trois étapes essentielles :
- Une analyse documentaire ;
- Une analyse plus détaillée de 8 caisses octroyant du crédit à moyen
terme. Ces 8 caisses représentent un tiers du volume des crédits
moyen terme. A cette occasion, des entretiens ont également été
menés avec le personnel du réseau, avec les élus et avec des
sociétaires ;
- Un entretien plus fouillé avec 36 sociétaires représentant la diversité
de ceux qui accèdent au crédit à moyen terme.

Les principaux enseignements de ce travail sont présentés ci-dessous.

15
Ce document est disponible sur le site de SOS Faim Luxembourg : www.sosfaim.org
16
IRAM : Institut de recherches et d’applications des méthodes de développement. Ce travail a
été confié à Denis Pommier et a très largement inspiré ce document.

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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

La progression globale du réseau KAFO


JIGINEW
Le réseau de caisses d’épargne et de crédit KAFO JIGINEW au Sud Mali a
fait l’objet d’une présentation dans le numéro 4 de « ZOOM Micro
finance »17.
Depuis, et jusqu’à la réalisation de l’étude sur le crédit à moyen terme, le
réseau a progressé de la manière suivante :

31/12/2000 31/10/2002 Evolution


Nombre de caisses 113 126 +11,5%
Nombre de points de services 8 12 + 50,0%
Nombre de sociétaires 96.740 140.705 +45,4%
Pourcentage de femmes 23% 27% +17,4%
Montant des parts sociales (€) 670.000 1.040.000 +55,2%
Part sociale par sociétaire (€) 6,92 7,39 +6,8%
Montant des dépôts (€) 5.950.000 10.360.000 +74,1%
Dépôt moyen par sociétaire (€) 61,5 73,6 +19,7%
Encours net de crédits (€) 5.950.000 13.990.000 +135,1%
Nombre de crédits octroyés sur 36.301 73.414 +102,2%
l’année
Montant moyen des crédits (€) 163,9 190,6 +16,3%
Encours moyen par sociétaire (€) 61,5 99,4 +61,6%
Nombre de prêts/nombre de 37,5% 52,2% +39,2%
sociétaires
Taux de remboursement 92,0% 97,6%

Pour KAFO JIGINEW, le crédit d’équipement lancé en 1992 représente un


volume cumulé d’octrois de 2,23 millions d’€ répartis entre 6.600
opérations. Le montant moyen des crédits octroyés est donc de 338,2 €. Ce
chiffre est du même ordre de grandeur que le produit interne brut annuel
moyen par habitant du Mali. Dans le cas du crédit d’équipement, le comité
de crédit prend des décisions sur base de critères assez sévères, étant donné
que la demande est largement supérieure aux ressources disponibles. Les
principaux critères employés sont : l’existence d’un réel besoin couvert par

17
Disponible auprès de SOS Faim ou sur le site www.sosfaim.be

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

le crédit ; l’honnêteté et le dynamisme du sociétaire; ses revenus; ses


antécédents en terme de remboursement de crédit.
Malgré des ressources toujours limitées, la tendance générale depuis 10
années est néanmoins à la croissance du crédit à moyen terme. A la fin de
l’année 2001, il représentait 15% du volume des crédits et les prévisions
pour les cinq années futures laissaient présager une augmentation jusqu’à un
niveau de 20 à 25% de l’encours des crédits.
Cette importance croissante dans le portefeuille de KAFO JIGINEW n’est
possible que grâce à l’existence de ressources longues, parmi lesquelles le
capital social du réseau. Il est cependant intéressant de noter que l’encours
de crédit moyen terme représentait 140% du capital social à la fin de l’année
2001. Ce rapport met en évidence la nécessité de trouver par ailleurs
d’autres types de ressources longues pour faire de l’investissement.
Une évolution importante du volume et du nombre de crédits d’équipement
a ainsi été rendue possible à partir de 1998 grâce au concours apporté par
SOS Faim avec la coopération belge (apport d’une ligne de financement de
413 millions CFA18 en 5 ans). Les deux graphiques ci-dessous témoignent
de la tendance générale à la hausse du nombre et du montant des crédits à
moyen terme depuis 1996.

Nombre de crédits d'équipement

2 000
1 600
1 200
800
400
0
1996 1997 1998 1999 2000 2001

18
Environ 630.000 EURO

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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

Volume des octrois (en €)

1 200 000

800 000

400 000

0
1996 1997 1998 1999 2000 2001
Années

Le taux de remboursement du crédit


d’équipement
Malgré des conditions avantageuses (1,5% par mois sur le capital restant dû
réparti sur 36 mois), le crédit d’équipement se comporte relativement moins
bien que le crédit de campagne. En 2000, le niveau des remboursements a
même atteint le plancher de 84% en raison de la crise du coton19. En 2002,
la situation a pu être redressée grâce à la bonne campagne 2001 (forte
production et prix offert plus élevé) : le pourcentage est remonté au-dessus
de 90%. Ces difficultés de remboursement traduisent généralement une
situation de surendettement des agriculteurs. Et ceux-ci privilégient l’accès
au crédit de campagne qu’ils remboursent en premier.
Le taux de perte plus élevé observé sur ce type de crédit a évidemment une
implication sur sa rentabilité : son rendement net annuel peut être estimé à
4% seulement, ce qui est sensiblement plus bas que le crédit de campagne.

A qui va le crédit d’équipement ?


L’étude a reconstitué ces informations sur base d’un échantillon de 824
crédits en cours en novembre 2002. Trois tendances très lourdes se dégagent
de ces données :
98,5% des prêts sont allés à des hommes chefs d’exploitation;

19
En raison du prix d’achat du coton peu élevé offert par la Compagnie Malienne des Textiles, de
nombreux agriculteurs ont fait la « grève » des semis.

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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

86% des crédits concernent des agriculteurs et éleveurs;


Le montant moyen présente une grande disparité entre l’agriculteur (350 €)
et d’autres catégories socio – professionnelles comme les artisans et les
commerçants (de 1.750 € à 3.140 €).
Par conséquent, si 95% des prêts sont allés aux caisses rurales du réseau, ils
ne représentent que 76% des montants octroyés tandis que les crédits
urbains représentent 24% du volume pour seulement 5% des opérations.
Les enquêtes menées en zone rurale ont mis en évidence 4 grands types de
situations :
Les agriculteurs remplacent des bœufs ou des équipements suite à une
décapitalisation (mort, vol, mauvais état de l’outil, revente) ;
Des agriculteurs bien équipés augmentent leur capacité de travail (passage
de 1 à 2 voire 3 attelages) ;
D’autres s’équipent pour la première fois ou complètent un attelage. Il
s’agit souvent de nouveaux responsables d’exploitations qui résultent de
l’éclatement des exploitations traditionnelles ;
Finalement, quelques agriculteurs investissent en dehors de la sphère
agricole, par exemple dans le logement ou le commerce.
L’essentiel de la demande agricole se concentre sur les bœufs de labour
(94%), puis les équipements de travail au sol (charrues, semoirs) avec 4% et
enfin les charrettes avec 1,6%. Seuls deux agriculteurs sur 700 ont utilisé
leur crédit pour mettre un système d’irrigation en place.
En zone urbaine, les catégories les plus importantes sont le logement au
sens large (terrain, construction, amélioration et équipement d’habitat) et
certains équipements collectifs à vocation sociale ou productive
(dispensaire, magasin de stockage).
Enfin, les activités de commerce et de services se développent également
sous l’impulsion de commerçants, artisans et de salariés qui diversifient leur
source de revenus (restaurants, cabines de téléphone, …) ou augmentent
leur capacité d’intervention sur le marché (cas du commerce du riz ou de la
vente de vaisselle en plastique) par une augmentation de leur fond de
roulement. Ce secteur peu important numériquement concentre néanmoins
9% du portefeuille.
Socio - économiquement, le groupe des fonctionnaires et salariés est un
groupe relativement homogène avec des revenus intermédiaires par rapport
à ceux plus élevés des commerçants et artisans et ceux plus bas des

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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

agriculteurs. La catégorie des agriculteurs est sans aucun doute la moins


homogène : certains peuvent se permettre de s’endetter de 3 à 5 millions de
CFA20 pour l’achat d’un tracteur d’occasion mais la plupart ne dépassent
pas 200.000 CFA.
Le profil type du client du crédit d’équipement est donc celui d’un homme
de 30 à 50 ans, agriculteur vivrier et producteur de coton, qui travaille dur
dans son champ et a de bons antécédents avec KAFO JIGINEW.

Analyse de l’impact économique, social et


institutionnel
Au niveau économique, deux approches complémentaires (méso
économique et microéconomique) sont possibles pour considérer l’impact
sur les activités, sur le niveau de vie, sur l’épargne et sur l’adoption de
nouvelles techniques agricoles.
La faible couverture des besoins en équipement (moins de 7.000 opérations
en 10 ans) fait que l’impact méso économique (au niveau de l’ensemble de
la région du Mali Sud) est bien moindre que celle du crédit de campagne
Les effets de ces opérations sont d’autant plus difficiles à mesurer que
d’autres variables, comme la pluviométrie et le prix mondial du coton
déterminent brutalement et de façon très significative les revenus et la
capacité d’épargne des ruraux, à la hausse ou à la baisse dans une fourchette
de l’ordre de 40% ces dernières années.
Cependant, dans le cas de deux caisses rurales de BELECO et SEYLA,
l’impact a été localement très significatif et positif, en appuyant dans le
premier cas la relance de la production après une année difficile et dans
l’autre cas, une recomposition sociale autour de la caisse après une crise de
confiance. Dans ces deux situations, le moyen terme avec son différé de
remboursement est donc apparu comme un mécanisme bien adapté pour
absorber les crises.

Les effets au niveau microéconomique peuvent quant à eux être très


différents d’une exploitation à une autre en fonction de l’utilisation du prêt,
de l’évolution familiale et de celle du contexte de l’activité.
L’enquête révèle cependant que :
20
Un € vaut 655,957 CFA

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KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

- 80% des sociétaires ont créé des capacités de production nouvelles


grâce au crédit moyen terme (bœufs, charrettes, poste à souder,
outils) ;
- tous les agriculteurs ont investi pour produire dans leurs champs.

En particulier, la demande pour les bœufs de labour est liée à la fois à


l’existence d’épidémies ou de vols et à l’éclatement de nombreuses
exploitations traditionnelles qui pousse chacun à se doter de son propre
attelage pour ne pas dépendre d’autres personnes pour labourer son champ.
Cette demande est d’autant plus forte que la saison des pluies est brève
(comme en 2002).
Les effets et les limites des investissements réalisés par les paysans :

Avec l’achat d’un ou de deux bœufs, la surface labourée est


augmentée ; le labour est réalisé en temps opportun ; les rendements
tendent à augmenter ; les obligations vis-à-vis des voisins ou parents
diminuent. Par contre, la pression foncière peut être accrûe et le
résultat reste dépendant de différents facteurs comme la
pluviométrie, la mise en place opportune des intrants, le niveau de
prix du coton.

L’achat d’une charrette libère partiellement la femme du travail de


portage de l’eau et du bois, mais un ou deux animaux sont
nécessaires à son utilisation.

Selon l’enquête, deux tiers des agriculteurs affirment avoir des revenus en
progression grâce à l’équipement acquis. L’autre tiers se trouve dans la
situation inverse, pour des raisons assez diverses : décès ou maladies,
pluviométrie déficiente, accès trop tardif au crédit, chute du prix du coton,
inondations en 1999, …
Près de 70% des agriculteurs interrogés en étaient à leur premier prêt, alors
que la moitié des commerçants, salariés ou fonctionnaires rencontrés avaient
déjà eu accès à 3, 4 voire 5 crédits d’équipement, ce qui montre bien la
volonté des caisses urbaines d’accompagner la croissance de ces
entreprises21 et de diminuer ainsi leurs coûts de sélection et les risques
inhérents aux nouveaux clients mal connus.

21
Le potentiel de croissance de ces entreprises est sans doute plus important que celui des
exploitations familiales rurales.

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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

De manière générale, le crédit moyen terme apparaît peu utilisé pour


développer de nouvelles techniques. Il sert plutôt à renforcer des
dynamiques existantes alors que l’offre de technologies adaptées au milieu
semble largement insuffisante.
L’impact social
Malgré la difficulté de mesurer cet impact sur base d’une enquête limitée,
différents éléments émergent à ce niveau :
- dans un cas sur huit environ, le crédit d’équipement permet de
diminuer le temps et la pénibilité du travail des femmes, notamment
pour le transport du bois de feu ou de l’eau. Dans de rares cas, le
crédit permet d’augmenter l’autonomie économique des femmes
(petits élevages par exemple). En contrepoint, on peut s’interroger
sur les effets de l’augmentation des surfaces labourées et par
conséquent la lourdeur des travaux champêtres sur la vie des
femmes rurales ;
- les agriculteurs qui n’ont pas connu de problèmes de
remboursement mettent tous en avant une certaine amélioration de
leurs conditions de vie, notablement au niveau de leur logement et
de l’éducation des enfants. La faible pénétration des crédits
d’équipement limite cependant les impacts de cette stratégie dans la
région où l’exode rural continue à se poursuivre ;
- on note également un impact psychologique. Le crédit moyen terme
est relativement rare tout en étant avantageux financièrement. La
sélection est donc assez stricte. Le prestige social des sociétaires
sélectionnés en est accrû. A l’inverse, les impayés sont vécus
généralement comme des échecs dans un contexte où la pression
sociale reste forte. Le risque de perdre l’accès au crédit de
campagne est également un incitant à bien rembourser.
L’impact institutionnel
Le crédit d’équipement a aussi des effets sur KAFO JIGINEW au niveau
local et au niveau de la fédération.
Comme le disait un sociétaire, « l’accès au crédit moyen terme, c’est
sérieux ! ». Cela veut dire que KAFO est en bonne santé, solide et confiant
dans l’avenir. Pour la caisse qui offre ce service, cela signifie une nouvelle
étape de croissance mais aussi une augmentation des risques, en particulier
dans les caisses urbaines.

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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

L’ouverture du crédit d’équipement ne commence pas avant trois ou quatre


ans d’existence de la caisse, quand elle est autonome financièrement ou
presque. Le montant de l’enveloppe mise à disposition dépend des
ressources stables collectées. Comme le produit est attractif (coût et durée),
il favorise objectivement la collecte de ressources longues, plus difficiles à
réunir en milieu rural.
La mise en place de crédits d’équipement qui réussissent a dès lors trois
effets sur les caisses qui le pratiquent :
- leurs performances économiques et financières s’améliorent ;
- le nombre de sociétaires augmente ;
- le prestige de la caisse est rehaussé.

Mais avec la durée des prêts, les risques également augmentent dans un
contexte d’insécurité et de menaces telles que le démantèlement ou la
privatisation de la Compagnie Malienne des Textiles (CMDT), le
comportement incontrôlé du coton sur le marché mondial et la dégradation
de l’environnement.

Les principaux enseignements d’une


expérience de 10 années au sein de Kafo
Jiginew
L’étude conclut au fait que l’expérience de KAFO JIGINEW après 10 ans
de crédit d’équipement est pertinente pour toutes les institutions financières
travaillant dans le monde rural. La capacité du réseau à s’adapter à une
demande diversifiée est à mettre en évidence.

Cependant, l’environnement économique et social dans lequel évolue le


réseau reste précaire et il s’est détérioré en 2002 à cause notamment de la
baisse de 10% du prix du coton mais aussi des mauvaises récoltes dans les
zones les plus sèches. La guerre en Côte d’Ivoire, la situation complexe de
la Compagnie Malienne des Textiles en voie de privatisation et les
difficultés du Syndicat des Cotonniers et Vivriers (SYCOV) dans le service
des intrants agricoles n’ont pas arrangé les choses.
Le réseau a également des faiblesses internes : une très grande dépendance
vis-à-vis du coton, une difficulté d’apprécier les risques globaux des clients

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

débiteurs liée à l’absence d’une centrale de risques, l’insuffisance


numérique du personnel de contrôle interne.
L’impact économique et social du crédit d’équipement est positif dans une
grande majorité des cas, au niveau local et des familles ayant eu accès au
crédit.
Il est par contre diffus au niveau méso économique en raison de sa faible
ampleur par rapport à l’économie de la région. Le public touché est
essentiellement composé de paysans, producteurs de coton dont la demande
s’est concentrée sur l’acquisition des bœufs de labour indispensables à la
pratique de la culture attelée recommandée par la Compagnie Malienne des
Textiles.
Cette demande a été en grande partie motivée par la décapitalisation des
exploitations qui avaient perdu ou revendu leurs animaux de trait en 2000
(suite à la grève des semis des surfaces de coton liée à un conflit sur le prix
offert à la récolte) dans la région de Fana. Dans ce cas, le crédit
d’équipement correspondait clairement à un besoin et a permis de relancer
la production, assurant par la même occasion la viabilité des
remboursements.
Il convient néanmoins de s’interroger sur la pertinence économique de
financer de plus en plus de commerces, de services urbains et de logements
avec l’outil à moyen terme. En effet, ces opérations ont différents effets : la
concentration des risques sur quelques caisses urbaines, mais aussi un
impact économique probablement moindre que les investissements directs
dans le monde rural. A ce sujet, il est certainement important que KAFO
JIGINEW approfondisse l’identification de crédits alliant les innovations
techniques et sociales et la génération de valeur ajoutée : on peut penser
notamment au financement des cultures vivrières essentielles, du coton
biologique, du karité organique ou encore de systèmes d’irrigation locaux
(en liaison avec la problématique de la maîtrise de l’eau au niveau régional).
Une autre piste à creuser est certainement l’adaptation des produits
financiers aux besoins des femmes. Celles-ci bénéficient d’une ligne de
crédit spécifique (Programme Crédit Individuel aux Femmes) pour l’achat
d’équipements mais cela ne représente qu’environ 1000 prêts en 2002 pour
un montant de 96.000 €, soit des prêts de 96 € en moyenne. Dans certaines
caisses, ces lignes spécifiques destinées aux femmes sociétaires les excluent
de facto des autres lignes de financement à moyen terme. Or le sociétariat
féminin a progressé de manière significative suite à différentes initiatives
telles que le crédit épargne – éducation qui a touché près de 30.000 femmes.

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Contribution

KAFO JIGINEW : analyse d’une expérience de crédit


d’équipement au sein d’une institution de micro finance paysanne

Cette approche est stratégique pour KAFO dans la mesure où cela


positionne l’institution non seulement comme une « banque qui fait des
affaires » mais aussi et surtout comme une institution qui contribue dans le
bon sens à la transformation économique et sociale de sa région d’origine.
La question du poids des crédits urbains au niveau des opérations à moyen
terme pose également – indirectement – la question du centre de gravité du
réseau. KAFO JIGINEW réalise en effet de plus en plus d’efforts orientés
vers les caisses urbaines et la transformation planifiée de la caisse centrale
en institution bancaire risque de renforcer cette tendance tout en modifiant
profondément les rapports de force en défaveur des élus du réseau qui
viennent des villages.
Une autre difficulté rencontrée est certes celle de la déperdition de
l’information au sein du réseau : les données existant au niveau des caisses
locales et permettant de déterminer le profil des clients du crédit
d’équipement ne sont pas analysées et synthétisées de manière à définir une
politique d’investissements garantissant un impact économique croissant. La
mise en place d’un dispositif de suivi – évaluation avec une participation
des sociétaires et des élus est recommandée, de façon à prendre de bonnes
décisions, basées sur un consensus large.

Et quelques conclusions plus générales


Sur base de cette expérience significative menée au sein de KAFO
JIGINEW, trois éléments de débats nous apparaissent intéressants à relever :
La question du risque : la durée plus importante des crédits d’équipement
implique-t-elle bien un facteur de risque plus important pour l’institution de
microfinance, dans la mesure où la menace de changement défavorable du
contexte est plus forte ?
Une politique massive de crédit à moyen terme est plus difficile à mettre en
œuvre en raison de la rareté des ressources, des montants moyens plus
importants et de la plus faible rotation de ceux-ci. Un impact moins visible
au niveau méso économique constitue-t-il un frein à la diffusion de cet
outil ?
Quelle stratégie mettre en œuvre au niveau des institutions de micro finance
pour permettre qu’un produit tel que le crédit d’équipement aille de pair
avec une dynamique de changement économique et social et d’innovations
technologiques ?

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion
pour l’avènement d’un régime
fiscal de promotion des
structures de financement de
proximité (S.F.P.)
Mbaye Diouf, CNCA-Sénégal

L’importance grandissante de la micro-


finance
Le secteur d’intervention des S.F.P. (la collecte de la petite épargne et la
distribution de micro crédits ou opération de micro finance) revêt un
caractère prioritaire dans la promotion du développement économique et
social de nos pays respectifs. En effet, bien que difficile à évaluer avec
exactitude, il est d’une évidence notoire que la demande de financement est
relativement importante en Afrique de l’Ouest et du Centre et alors que,
l’offre de services financiers n’y est pas aussi importante.
La faiblesse de cette offre par rapport aux besoins procède d’un certain
nombre de facteurs dont :
Les difficultés pour les populations à remplir les conditions administratives
et financières (forme juridique, fournitures d’états financiers définitifs et
prévisionnels fiables, apport personnel en numéraires, chiffre d’affaires à

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime


fiscal de promotion des structures de financement de proximité (S.F.P)

considérer, etc..) constitutives de la politique de crédit des banques ;


La lourdeur des garanties habituellement exigées à l’appui des dossiers de
financement bancaire ;
La solvabilité fortement limitée par une imparfaite prise en compte de la
question relative à la commercialisation ( marchés étroits, compétitivité pas
toujours avérée par rapport aux produits importés, exportations difficiles du
fait des fortes barrières à l’entrée dans d’autres marchés, etc.…) ;
La distribution géographique des principaux offreurs de financements ne
favorise pas l’accessibilité physique de leurs services. En effet, alors que la
population totale dans la zone UEMOA est estimée à 68,4 millions, seuls
595 guichets permanents et 08 guichets périodiques (ces guichets
permanents comme périodiques sont installés pour l’essentiel dans les
grands centres urbains) y ont été recensés par les autorités de la BCEAO22.
Par ailleurs, malgré la prédominance des populations considérées comme
économiquement faibles notamment celles rurales23, leur accès aux services
financiers surtout en ce qui concerne le financement de leurs activités, est
encore très limité en ce sens que les activités traditionnellement
développées en milieu rural (agriculture, sylviculture et pêche) n’ont reçu
que 4,7% des financements distribués en fin 200024.
L’apport des opérateurs de la micro finance communément appelés
« systèmes financiers décentralisés », même s’il est supérieur à celui des
établissements financiers25 , est encore très timide et correspond à moins de
4% du total des financements consentis. Ces établissements ont fait l’objet
en Afrique de l’Ouest d’une réglementation spécifique dite ‘’PARMEC’’
que ses concepteurs ont voulu souple et habilitante. Cette réglementation
spécifique a été adoptée dans les différents Etats membres de l’UMOA sous
forme de lois nationales entre 1994 (Mali) et 1997 (Bénin et Guinée
Bissau).
Heureusement, ce taux, à l’image du nombre de SFD et de leur taux de
pénétration, suit un trend haussier qu’il convient de consolider aux fins
d’une meilleure couverture des besoins financiers.

22
Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
23
Le rapport de la Banque Mondiale sur le développement dans le monde 2000/2001 et le
Rapport mondial du PNUD sur le développement humain 2000 révèlent que les populations
rurales correspondent à environ 67,25 % de la population totale des pays membres de
l’UMOA.
24
Source = Notes d’Information Statistiques (NIS) de la BCEAO.
25
Environ 103 milliards contre 85,7 milliards pour les établissements financiers.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime


fiscal de promotion des structures de financement de proximité (S.F.P)

Pourtant, le caractère prioritaire de la promotion du développement est sans


cesse réaffirmé dans toutes les déclarations de politique économique et
sociale des différents pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. D’ailleurs,
l’un des ‘’considérants‘’ de la version du 21 novembre 2001 du projet de
Règlement CEMAC26 relatif aux Etablissements de Micro - Finance (EMF)
stipule «que l’évolution et la croissance des structures de microfinance dans
la sous-région de l’Afrique Centrale, rendues possibles grâce à l’existence
des besoins spécifiques en matière bancaire et financière non-satisfaits,
militent en faveur de la mise en place d’un cadre régissant les activités des
structures de microfinance pour sécuriser l’épargne et favoriser le
financement des initiatives économiques de base ».

Recherche de l’efficacité
L’exécution correcte des opérations usuelles des S.F.P. requiert des biens et
services importants dont la plupart ne sont pas généralement produits ou
fabriqués sur place. Ils font plutôt l’objet d’importation et même les services
offerts localement nécessitent des formalités à la fois complexes et
coûteuses. Ces biens que sont : les véhicules, les engins à deux roues, les
ordinateurs et périphériques, les coffres, etc.. acquièrent, de plus en plus la
qualité de « biens nécessaires » à une bonne mise en œuvre de l’objet social
des S.F.P.. Ce caractère nécessaire tient à certains facteurs dont :

a) l’impératif de suivi rapproché des emprunteurs et de leurs


exploitations ;
b) la quête de l’épargne au niveau de ceux qui la détiennent et qui se
déplaceraient difficilement vers les sièges de S.F.P. pour une
domiciliation ;
c) l’impératif de sécuriser les dépôts par la mise en place d’outils et
moyens contre les sinistres divers (incendies ou autres calamités,
vols et agressions) ;
d) le besoin de sécuriser des opérations comptables et bancaires par
le biais d’un système informatique fiable.
En ce qui concerne les formalités, on peut noter celles relatives à
l’enregistrement des actes de constitution ou modification, considéré
comme obligatoire par des textes d’ordre législatif ou réglementaire en
vigueur dans certains pays. C’est le cas du Code Général des Impôts de la
République du Sénégal.

26
Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime


fiscal de promotion des structures de financement de proximité (S.F.P)

Le souci de l’équilibre financier


S’agissant de finances en général, et plus particulièrement de la micro
finance, l’équilibre des comptes est un gage de viabilité. C’est certainement
l’une des raisons pour lesquelles l’article 51 de la loi ‘’PARMEC’’ le rend
obligatoire en édictant des normes précises y relatives, tandis qu’en zone
CEMAC, l’avant projet de texte précité répertorie au niveau de son article
14 ‘’la préservation de l’équilibre financier’’ parmi les prérogatives
obligatoirement assumées.
Or, le régime fiscal de droit commun en vigueur dans la plupart des pays de
l’Afrique de l’Ouest et du Centre permet difficilement la réalisation de cet
équilibre au niveau des S.F.P. en création et/ou en croissance. Il est
compréhensible qu’avec l’instauration progressive des marchés uniques de
l’UEMOA ou de la CEMAC, certaines compétences fiscales ont été
transférées par les Etats au profit des Conseils de Ministres. Cependant, il
reste que de notre point de vue, les dispositions fiscales relèveront en
premier lieu de la souveraineté desdits Etats.
Pourtant, les banques ‘’anciennement appelées ‘’de développement’’27 dont
les S.F.P. viennent, à maints égards, compléter les actions, ont eu, grâce à
des lois nationales spécifiques (c’est le cas de la loi sénégalaise n° 74-32 du
18 juillet 1974 publiée dans le J.O.R.S. du 26 août 1974), à bénéficier de
régime fiscal particulier. En application des dispositions de cette loi, une
institution financière de développement avait la possibilité de signer une
convention d’établissement avec l’Etat. Cette convention portait d’une part,
exemption de droits et taxes et, d’autre part, stabilisation pendant la durée
nécessaire au bon démarrage et au développement, des obligations fiscales
et douanières auxquelles l’institution partie prenante à la convention était
assujettie.
Nous convenons dores et déjà que le contexte est différent en ce sens qu’au
travers des politiques de libéralisation économique adoptées depuis les
années 1990, les Etats s’interdisent toutes pratiques anticoncurrentielles.
Cependant, comme toutes les règles de droit, celles qui organisent cette
libéralisation économique admettent des exceptions qui procèdent
généralement de dispositions législatives et réglementaires spécifiques.
Le texte des articles 30 et 31 du chapitre III intitulé « Incitations
fiscales » de la réglementation PARMEC précitée, repris par la loi

27
Avant l’avènement de la loi bancaire de 1975 qui a consacré l’universalité de la banque en
zone UMOA.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime


fiscal de promotion des structures de financement de proximité (S.F.P)

sénégalaise n° 95-03 du 05 janvier 1995, nous semble à la fois incomplet et


susceptible d’être interprété de façon « trop » restrictive (nous ne perdons
pas de vue qu’en matière fiscale la règle consiste en une interprétation
restrictive) de la part de nos administrations fiscales. En effet, contrairement
aux dispositions de la loi sénégalaise n° 74-32 précitée, le texte des articles
30 et 31 ne donne aucune indication sur les conditions et modalités du
régime d’exemption.
Par ailleurs, en réponse à une demande d’exonération de droits et taxes
d’entrée sur un lot de motos, véhicules automobiles et de pièces détachées
pour ordinateur destiné à une SFP, le Ministère Sénégalais chargé des
impôts et taxes avait affirmé son impossibilité d’accéder à la demande de la
structure mutualiste.

Fondements des assouplissements


L’examen des différents documents élaborés en 1991 et portant « étude de
faisabilité d’un bureau de mutualisation des activités de crédit et
d’épargne », a révélé ce qui suit :

Buts poursuivis dans l’étude


recherche de conditions de respect des normes de sécurité en matière
financière ;
dotation en équipement et matériel devant assurer une bonne exécution des
opérations en garantissant la fiabilité du système d’information mais aussi,
une performance du système comptable ;
fonctionnalité des locaux.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime


fiscal de promotion des structures de financement de proximité (S.F.P)

Budget minimum (en CFA) hors impôts des trois (3)


premières années
Rubriques Année 1 Année 2 Année 3
Investissements : 5.900.000F Néant Néant
Aménag/Installation 2.000.000 F Néant Néant
Moto/Informatique 3.000.000 F Néant Néant
Coffre fort 500.000 F Néant Néant
Mobilier 400.000 F Néant Néant
Fonctionnement : 1.679.000 F 1.679.000 F 1.679.000 F
Salaires/gérant 600.000 F 600.000 F 600.000 F
28
Administration 1.079.000 F 1.079.000 F 1.079.000 F
Charges Financières : 378.500 F 717.750 F 1.571.250 F
Intérêts dus29** 350.000 F 675.000 F 1.500.000 F
Agios et autres 28.500 F 42.750 F 71.250 F
Produits financiers : 1.049.988 F 2.024.902 F 4.499.736 F
Intérêts s attendus 874.990 F 1.687.418 F 3.749.780 F
Frais de dossier 174.998 F 337.484 F 749.956 F

Du tableau ci-avant, on retient que sur les trois ans, le total des
investissements s’établissait à 13.604.500.
Avec la dévaluation intervenue en janvier 1994, ce total passe à 19.046.300
F en raison du renchérissement des coûts estimés par certains analystes à 40
% au moins.
A l’inverse, le cumul des produits financiers à comptabiliser peut être moins
important que initialement prévu, du fait de la baisse continuelle des taux
d’intérêts (T.I. et, surtout ceux débiteurs) en zone U.E.M.O.A. depuis juin-
juillet 1994. En effet :
d’une part, le Taux Moyen Mensuel du Marché Monétaire ou T4M (qui
justifie en grande partie le niveau du Taux dit « de Base Bancaire » est

28
Il s’agit de tous frais de fonctionnement quotidien (eau, électricité, téléphone, entretiens divers,
loyers...).
29
Concerne la rémunération prévue sur les placements financiers dont la SFP est débitrice.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime


fiscal de promotion des structures de financement de proximité (S.F.P)

passé depuis cette période de => 9 % à <= à 5 %).


d’autre part, le Taux dit « de l’Usure » qui est fixé par les autorités
monétaires est passé de => 25 % (1993) pour s’établir à 12 % (entre 1995 et
1997) avant de repasser à 27% (pour les institutions financières non
bancaires) et à 18%30 pour les banques. Pour rester compétitifs par rapport
aux banques, les SFP sont « presque obligées » d’appliquer des taux
débiteurs qui avoisinent 15% l’an.
Eu égard à tout ce qui précède, les préoccupations, fondées principalement
sur le souci d’aménager au profit des S.F.P. un régime fiscal de
démarrage/croissance aux fins de parvenir à leur pleine et entière
participation à l’œuvre de développement économique et social, portent sur
les points ci-après :

Impôts Directs
L’impôt sur les revenus de sociétés et autres personnes morales
En vertu de l’article 5-8 de la section II du Titre I du Livre I du C.G.I.-
Sénégal, et eu égard à leur nature d’organismes sans but lucratif, la
plupart des S.F.P. sont normalement affranchies au Sénégal.

L’impôt minimum forfaitaire sur les personnes morales


Il n’est dû que si les résultats de l’exercice ne permettent pas une perception
de l’Impôt sur les Sociétés (IS) supra c’est à dire s’il y a perte. A ce titre, il
obéit au même régime d’exemption au profit des S.F.P.

La Contribution forfaitaire à la charge des employeurs (C.F.E.)

Assiette de la M.S.A.M.G. et Sup. Taux de la Charge fiscale


C.F.E. C.F.E. effective

Tous traitements (50.000 F x 2) x 12


et salaires versés
par le = 1.200.000 F 3% 36.000 F
contribuable.

Lire : Masse Salariale Annuelle Minimale du Gérant et de son Suppléant.

30
Décision prise par le Conseil des Ministres de l’Union Monétaire de l’Ouest Africain en sa
séance du 27 mars 1997.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime


fiscal de promotion des structures de financement de proximité (S.F.P)

Une exemption totale ou même partielle pour les trois premières années
seulement permettrait à la S.F.P. de conforter ses ressources financières
d’au moins 108.000 F si le contribuable (à savoir la S.F.P. bénéficiaire de
l’exonération) n’a que le strict minimum de personnel salarié.

Impôts Indirects
La taxe sur la valeur ajoutée
Elle est due au Sénégal sur les livraisons matérielles et juridiques de biens
meubles corporels ou travaux immobiliers mais aussi, sur les prestations de
services telle que la maintenance du matériel informatique, les prestations
payantes en matière d’animation, de sensibilisation et de formation.
Ainsi, pour les travaux d’aménagement de siège de S.F.P. (y compris
l’installation ou la construction de coffre) et les frais d’administration (voir
définition supra), la taxe relative est égale à 20 % du prix dit « Hors Taxes
(H.T.) ».
Les véhicules et motocyclettes nécessaires à une bonne exécution des
opérations de collecte de l’épargne et de sensibilisation/information/suivi
des sociétaires et/ou usagers ainsi que de leurs exploitations, objets de
crédits consentis par les S.F.P., sont soumis pour leur acquisition, au taux
dit « majoré » fixé à 30 % du prix « H.T. ».
Le matériel informatique (ordinateurs, imprimantes, onduleurs, etc..) dont la
présence contribue à l’avènement d’un système de gestion plus fiable est
également assujetti à ce taux de 30 %.

Tableau portant quelques indications sur la charge de cet impôt

Rubriques Montant dép. Taux Montant de la


en H.T. applicable T.V.A.
Aménagement/Installation 2.000.000 F 20 % 400.000 F
Mobilier/coffre 900.000 F 20 % 180.000 F
Motocyclette/Informatique 3.000.000 F 30 % 900.000 F
Administration 3.237.000 F 20 % 647.400 F
Formation 700.000 F 20 % 140.000 F
TOTAUX 9.837.000 F --- 2.267.400 F

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime


fiscal de promotion des structures de financement de proximité (S.F.P)

De ce tableau, on retient au moins l’importance de la charge fiscale par


rapport au prix H.T. (plus de 23,04 % de taxes)31.
Une situation d’exemption temporaire (par exemple sur 3 ans ) permettrait
de renforcer les capacités d’intervention de la structure bénéficiaire pour au
moins 2.267.400 F (deux millions deux cent soixante sept mille quatre
cent francs CFA).

La Taxe sur les Opérations Bancaires : (T.O.B.)


Applicable aux intérêts, agios, commissions et à toutes autres rémunérations
perçues par les banques, elle correspond à 17 % du montant perçu par le
prestataire, en l’occurrence, la banque.
Dans une note précédemment publiée32, nous avions relevé le caractère
répétitif et élevé des montants versés par les S.F.P. aux banques au titre de
ces intérêts, agios, commissions, etc… ; ces montants étant dus à l’occasion
des refinancements, avances de trésorerie mais aussi par suite de
l’application de la règle dite « des dates de valeur ».
L’article 351 bis § 1 prévoit une exonération de la taxe si les opérations ci-
dessus sont effectuées entre banques ou entre banques et établissements
financiers.
Dans la mesure où, les activités et le statut des S.F.P. sont très proches voire
identiques à ceux des institutions bénéficiaires de cette exemption,
l’extension aux relations banques/S.F.P., du champ d’application de cet
article 351 bis § 1 précité est à rechercher.

Autres Impôts
Enregistrement
Normalement, en vertu des dispositions de l’article 749 C.G.I., le caractère
mutualiste emporte exemption des droits dus sur l’enregistrement des actes,
sauf les actes qui portent transmission de propriété, d’usufruit ou de
jouissance de biens meubles ou immeubles. Les baux d’immeubles et de
biens matériels sont partie intégrante de cette catégorie d’actes exclus du
champ d’application de l’article précité.

31
Avec la mise en application depuis 2002 du TEC en zone UEMOA, cette charge est légèrement
moins importante.
32
‘’ Coopération entre banques et SFP : une nécessité’’ In Bulletin trimestriel ADA n° 8 (4/96)-
novembre 1996 pages 29 à 35.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Contribution à la réflexion pour l’avènement d’un régime


fiscal de promotion des structures de financement de proximité (S.F.P)

Cependant, nombre de S.F.P. sont locataires d’immeubles pour y abriter leur


siège. A ce titre, elles sont astreintes à l’obligation de payer en sus du loyer
convenu, des droits d’enregistrement de 5 % au moins.
Aussi, assurer une promotion du mouvement des S.F.P. peut passer à notre
avis, par l’introduction d’une exemption comparable à celle prévue à
l’article 724 et qui concerne « la formalité de l’enregistrement de tous actes
ou transmissions passés pour les besoins… ».

Timbres des quittances


Le rôle primordial des S.F.P. est la collecte de la petite épargne et l’octroi
de crédits souvent de faibles montants au profit des sociétaires.
Les reçus constatant des dépôts d’argent en espèces sont frappés d’un droit
de timbre des quittances. Compte tenu de la faiblesse relative du montant de
chaque opération de versement au niveau d’une S.F.P., (admission en
principe de versement même égal à 1.000 F), une exemption du paiement du
droit de timbre de 200 F (cf article 777 § 2 du livre III du C.G.I.) favorisera
une meilleure collecte de cette petite épargne. Etant entendu que, celle-ci
joue un rôle prépondérant dans l’économie de la zone concernée.

Taxes sur les véhicules


a) la Taxe Annuelle sur les véhicules à moteur communément
appelée « VIGNETTE » dont le montant moyen en fonction de la
puissance fiscale est de 36.000 F (pour les voitures) et 9.000 F pour
les motocyclettes.

b) la Taxe Spéciale sur les voitures particulières des personnes morales


dont le montant également moyen est de 100.000 F/an.

Il est établi que même si certaines des taxes ci-dessus ne s’appliquent pas
aux S.F.P., un régime d’exonération sur cinq (05) ans participerait, à notre
avis de la recherche de conditions de « viabilisation » de ces institutions.
Les bases d’une viabilité financière de ces institutions étant ainsi jetées, il
pourra être escompté pour nos Etats respectifs, des possibilités de collecter
plus d’impôts à la fin du régime de promotion. Cela nous semble d’autant
plus envisageable que les spécialistes de la fiscalité conseillent la
modération dans la fixation des impôts pour en assurer la pérennité de la
perception. Trop d’impôts disent-ils ?...

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du
Microcrédit à la microfinance
pérenne*

Yves Fournier, IRAM**

* Cet article est inspiré d’une étude réalisée pour le compte de la Communauté
Européenne (CE) en 2002 et intitulée « Appui au Développement Socio-
économique Local du Nord Est de l’ Algérie ».
** IRAM : Institut de Recherches et d’Applications de Méthodes de
développement – 49, rue de la Glacière – 75013 Paris - France.

Le contexte algérien
Le contexte algérien de ces dix dernières années a été marqué par un
ensemble de facteurs contraignants qui produisent des changements et qui
ont un impact important dans les domaines social et économique.

Le terrorisme en recul partout permet à l’Algérie de s’ouvrir.


Le terrorisme qui a fortement marqué la période 1990 – 2000 se traduisant
notamment par un isolement de l’Algérie, est en net recul partout dans le
pays depuis plusieurs années. La principale conséquence est le retour de
l’Algérie sur la scène internationale. L’activité économique repart, les

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


page 53
Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

investisseurs économiques reviennent en Algérie. Le désir d’ouverture des


populations à l’extérieur est grand, notamment chez les jeunes.

L’ajustement structurel et la transition vers une économie de


marché.
Cet ajustement structurel et la transition d’une économie socialiste vers une
économie de marché ouverte a entraîné des conséquences sociales difficiles
pour la population (suppression des subventions, détérioration du niveau de
vie, croissance importante du chômage et accroissement de la pauvreté). Le
taux de chômage est important, il serait supérieur à 30 % (moyenne
nationale), avec de forte variations régionales33. Le taux le plus élevé
semble concerner les jeunes diplômés sortant de l’Université avec 70 % de
chômeurs.

Une conséquence directe : le traitement social de la pauvreté.


En conséquence, des actions de traitement social de la pauvreté ont été
développées dans le cadre d’un programme dénommé « filet social »
(allocation forfaitaire de solidarité, indemnité pour activités d’intérêt
général, emploi salarié d’initiative locale, cellules de proximité, Tup-
himo34, diverses autres indemnités). Sans remettre en cause l’intérêt de ces
actions, il faut cependant constater qu’elles maintiennent les bénéficiaires
dans une situation de dépendance et de pauvreté.

Le microcrédit est devenu un outil privilégié de traitement de


la pauvreté.
Dans ce contexte, le microcrédit occupe une place de choix et diversifie les
moyens de lutte contre la pauvreté. L’ADS gère plusieurs projets de
microcrédit dans le cadre du “ filet social ”35 (sur ressources de l’Etat)36.

33
A titre indicatif, dans les 3 communes du nord-est de l’Algérie visitées au cours de la
mission, les données recueillies indiquaient des taux de chômage allant de 48 %
(Chéchar) à 70 % (Ouled Driss) et 75 % (Ouled Yahia).
34
Tup-Himo : Travaux d’Utilité Publique à Haute Intensité de Main d’œuvre.

35
L’ADS (Agence de Développement Social) a traité 80.000 dossiers de demande de
microcrédit via les Délégués à l’Emploi des Wilayas (DEW) et 20.000 dossiers ont été
l’objet de décisions de conformité notifiées en vue d’un financement par la BNA
(Banque Nationale de l’Algérie). Sur ces 20.000 dossiers présentés, 9.000 dossiers ont
été acceptés par les agences bancaires (11,25 %), et 2.450 dossiers ont abouti aux
prêts, ce qui représente 27,22 % des dossiers déposés auprès de la BNA, soit 3,6 %
de la demande globale formulée auprès des DEW (source : ADS - avant-projet de

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

Ce microcrédit s’adresse aux personnes sans emploi et vise le


développement du travail indépendant, du travail à domicile, les métiers de
l’artisanat et des autres services37.

L’expérience du microcrédit fait apparaître


des obstacles à son développement
L’introduction du microcrédit en Algérie est récente.
Les obstacles qui sont présentés pour la réalisation du microcrédit sont en
lien direct avec son introduction récente depuis 4 ans (1999). Il s’agit donc
d’une étape dans une évolution qui reste à faire pour consolider l’outil du
microcrédit comme moyen de développement économique des populations
non bancarisées et pauvres.

Les dispositifs de microcrédit existants sont peu accessibles et


obéissent à une logique de distribution, sans
accompagnement.
Les dispositifs existants (ADS, ANSEJ38, FNRDA39 etc) apparaissent, selon
l’expérience acquise, peu accessibles en raison souvent d’importants délais
de traitement des dossiers (procédures lourdes, longues, privilèges accordés
à quelques-uns) et d’un manque d’intérêt du banquier (cas de la BNA) qui
octroie sous convention avec l’ADS le microcrédit.
De plus, ces dispositifs ne sont pas adaptés et ne pas donnent de place à une
préparation des populations bénéficiaires à gérer leur microcrédit (faible
niveau d’information initiale, pas d’accompagnement après l’obtention).

décret exécutif portant création et fixant les statuts du Fonds National de Microcrédit,
2002).
36
Le microcrédit a été engagé par l’ADS dans le cadre du « filet social », par une
collaboration avec la BNA qui octroie les prêts, mais s’est refusée à faire des prêts à
l’agriculture qui représentent les demandes les plus nombreuses. L’ADS a passé
ensuite une convention avec El Khalifa Bank pour la réalisation de microcrédit au
secteur agro-pastoral.
37
Les montants du microcrédit sont compris entre 50.000 & 350.000 DA pour une durée
de 12 à 60 mois. A l’époque de l’étude le taux de change était de 70 DA pour 1 Euro.

38
ANSEJ : Agence Nationale de Soutien à l’Emploi des Jeunes.
39
FNRDA : Fonds National de Régulation et de Développement Agricole.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

Cela ne fait que renforcer une perception des bénéficiaires par rapport à un
argent de l’Etat qui leur est dû sans obligation de remboursement40.

LES MODALITES DE L’ACCES AU MICROCREDIT

1° DEMANDE.
Le promoteur (demandeur) d’un projet de micro-activité dépose sa demande auprès du
Directeur de l’Emploi de la Wilaya (DEW) ou auprès des services locaux de la CNAC
(Caisse Nationale d’Assurance Chômage). Ces services aident les postulants à
confectionner leur dossier, un questionnaire d’étude technico-économique synthétique
de leur projet doit être rempli.
2° ETABLISSEMENT DE L’ATTESTATION DE CONFORMITE (ou décision
d’éligibilité).
L’examen des dossiers de demande donne lieu à la délivrance des attestations de
conformité. Ces deux opérations (examen, attestation) sont du ressort des Directeurs de
DEW, sur la base d’un cahier des charges entre l’ADS et les DEW.
3° TRAITEMENT DES DEMANDES PAR LES BANQUES.
Les candidats déposent leur demande auprès de l’une des banques (BNA, KHALIFA
BANK). Celle-ci doit être accompagnée de/du :
- Dossier administratif minimum (notamment questionnaire technico-
économique).
- La (les) facture(s) proforma de l’équipement.
- L’attestation de conformité délivrée par le DEW.
- Reçu de souscription auprès du fonds de garantie (voir ci-après).
4° SOUSCRIPTION AU FONDS DE GARANTIE.
Les candidats sont tenus de verser 1% du coût de leur projet comme souscription au
fonds de garantie ou droit d’adhésion, puis ensuite 1 % de prime annuelle de risque. Il
est délivré un reçu de souscription exigé par la banque

40
Des taux de remboursement de l’ordre de 20 ou 50 % sont souvent cités. L’association
TOUIZA qui obtiendrait le meilleur résultat dans la gestion du microcrédit atteint un
taux de remboursement de 85 %. En mai 2002, l’ADS annonçait un taux d’impayés sur
l’ensemble du portefeuille de microcrédit BNA de 47 % (depuis 1999).

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


page 56
Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

5° BONIFICATION DU TAUX D’INTERET.


Le taux d’intérêt est bonifié par l’Etat. Le promoteur ne paie que le taux de 2 % l’an.
L’ADS vise les états de décaissement des microcrédits par les banques et les transmet
au Trésor Public pour paiement.
6° CONVENTIONS.
Les deux banques (BNA, KHALIFA BANK) sont liées à l’ADS et au Fonds de
Garantie par des conventions. Le Fonds de Garantie des Risques découlant des
Microcrédits (FGRMC) est domicilié auprès de la CNAC. Ce fonds est constitué de
ressources provenant, dans une large mesure, de l'apport du Trésor Public, de l'apport en
capital de la CNAC, des cotisations des banques, des cotisations des adhérents.
7° BENEFICIAIRES (ou emprunteurs)
Le microcrédit est ouvert à toutes les formes, à tous les types d’activités et à toutes les
catégories de populations pauvres, dans la limite des seuils de financement fixés. Le
seuil minimal est de 50.000 DA (640 dollars US) et le seuil maximal est de 350.000 DA
(4.400 dollars US).

Le microcrédit est orienté vers :


- Les populations défavorisées.
- Le secteur informel qui souhaite être structuré.
- Le travail à domicile, pour les femmes notamment, et le travail indépendant.
- Les petits métiers, l’artisanat des biens et les services.
- Les activités productives et commerciales.

Les bénéficiaires, ou emprunteurs sont :


- Les populations démunies.
- Les chômeurs (femmes, jeunes, paysans).
- Les artisans.
- Les travailleurs (euses) à domicile.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


page 57
Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

Le microcrédit s’inscrit dans une logique de service public.


La stratégie du microcrédit s’inscrit dans une logique de service public et
seules les administrations (ADS, ANSEJ, FNRDA, etc.) le réalisent avec le
concours des banques. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les
bénéficiaires ne remboursent pas, car leur perception repose sur le sentiment
que cet argent de l’Etat leur est dû. S’ajoute à cela le fait que les logiques
administratives et centralisatrices sont contraires à des approches adaptées
d’institutions de microcrédit proches socialement et géographiquement des
bénéficiaires. Ces approches sont pourtant nécessaires à la participation des
populations, à la prise en compte de leurs besoins et contraintes ainsi que
pour rompre avec la logique d’assistance des politiques publiques actuelles.
La présence dans les mentalités des bénéficiaires d’une logique d’assistance
est en grande partie liée aux politiques antérieures et à la politique actuelle
de traitement social de la pauvreté.
La compréhension du microcrédit est celle d’une aide avec la perception
d’un argent de l’Etat que l’on peut ne pas rembourser. Les réflexes des
populations sont encore très liés à la période de l’économie socialiste
planifiée. La transition vers l’économie de marché a ensuite généré un
chômage important et l’attente par les populations de solutions venant de
l’Etat. Cela induit une mentalité d’assistance qui bien entendu ne favorise
pas le développement de l’entreprenariat et la prise d’initiatives.

Le poids important de la subvention dans le microcrédit.


Dans le filet social, les taux d’intérêt du microcrédit ADS sont bonifiés pour
un coût final au bénéficiaire à 2 % l’an. Le FNRDA mélange quant à lui
subvention et crédit dans le financement de projets agropastoraux, lesquels
sont soutenus pour une part comprise entre 50 et 75 % du montant par la
subvention et le solde par le microcrédit ; ce dernier étant toujours au taux
bonifié de 3 % l’an.

Obligation de passer par les banques en raison de la loi sur la


monnaie et le crédit.
La loi sur la monnaie et le crédit ne permet pas à d’autres opérateurs que les
banques et établissements financiers de consentir des crédits. La capacité
des banques à réaliser une grande masse de microcrédit relève de
l’impossibilité et le système actuel montrera très vite ses limites en raison de
la faible capacité de traitement des dossiers de microcrédit et de la lenteur
des procédures.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

Faible intérêt des banques envers le microcrédit et refus de


financer le secteur de la production agricole pour le cas d’une
banque.
Les banques ne sont pas organisées pour faire face à la gestion d’une grande
masse de microcrédit. Les conventions entre l’ADS et les banques prévoient
une rémunération prenant en compte les 2 % payés par le bénéficiaire ainsi
qu’une bonification à la charge du trésor public représentant la différence
entre ce taux et le taux du marché bancaire41. Le taux global du microcrédit
pris en référence qui a été de 10 % l’an, est sans doute bien inférieur au coût
réel de gestion. Cela ne fait pas du microcrédit un marché attractif pour les
banques. Enfin, le refus de la BNA de financer le secteur agro-pastoral a
laissé une demande importante non satisfaite42.

Les bénéficiaires ont des difficultés à remplir les conditions


d’accès au microcrédit.
Le bénéficiaire d’un microcrédit doit constituer 10 % d’apport personnel,
1% de droit d’adhésion et 1% de prime annuelle de risque au fonds de
garantie. Les catégories de populations pauvres ne disposent généralement
pas d’une épargne pour libérer les 10 % d’apport personnel et sont obligées
de recourir à des parents et amis, ce qui génère ainsi un endettement
informel. Cela entraîne sans doute l’exclusion des plus pauvres.

L’absence de garanties de la part des catégories sociales


pauvres de la population.
Cette absence de garanties est palliée actuellement par un fonds de garantie
national43 qui assure la couverture de 80 % du risque correspondant au
principal du prêt, avec une contribution des bénéficiaires des prêts de 1 %
du montant du prêt en droit d’adhésion et d’une prime annuelle de risque de
1% au fonds de garantie. Il n’y a pas eu de recherche de formes non

41
Soit sur 10 %, 2 % sont payés par l’emprunteur et le solde (8 %) représente la
bonification à la charge de l’Etat. Le taux du crédit sur la marché bancaire ayant
diminué, il est actuellement de l’ordre de 8 %, la part de la bonification se réduit donc
également.

42
Cela pourrait être aussi le cas pour d’autres banques.

43
Ce fonds de garantie a été institué par le décret exécutif n° 99-44 du 13.02.1999. Il est
domicilié auprès de la Caisse Nationale d’Assurance Chômage (CNAC).

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

conventionnelles de garanties pouvant être fournies par les bénéficiaires et


impliquant leur prise de responsabilité dans le microcrédit.

Un fond de garantie national aux procédures inadaptées.


De l’avis des banques, le fonds de garantie est considéré comme trop rigide
dans ses procédures. Il comporte une modalité inadaptée, celle du paiement
par les bénéficiaires d’une prime de risque annuelle de 1 % qui n’est pas
réalisée par ces bénéficiaires après l’obtention du microcrédit, ce qui devrait
entraîner la perte de la garantie du fonds pour les banques44.

La lenteur dans la mise en œuvre des procédures du


microcrédit par les banques.
L’expérience avec la BNA montre des délais importants entre le dépôt
d’une demande et la décision allant de 3 mois à plus d’un an. Les dossiers
de demande de microcrédit instruits par les agences de la BNA sont
transmis à la succursale de la BNA souvent éloignée, avant de redescendre à
l’agence pour notification de la décision. La BNA vient de geler tout octroi
de nouveaux microcrédits après avoir constaté que le taux de non
remboursement atteignait 47 % au 31.12.200145.

Les procédures longues, coûteuses et aux résultats incertains


s’il faut recouvrir le crédit en impayés par la voie judiciaire.
Les banques rencontrent des difficultés qui affectent leur taux de
recouvrement des crédits, les procédures judiciaires sont longues, coûteuses
et incertaines quand au résultat. Cela exclut donc la possibilité de
recouvrement du microcrédit impayé par cette voie ; celle-ci devenant
dissuasive, compte tenu des faibles montants du microcrédit et des faibles
revenus générés par les bas taux d’intérêts qui ne permettraient pas de
couvrir les frais de procédures judiciaires.

L’absence d’institutions de microfinance pour l’instant, suite


à l’inexistence d’une législation spécifique.
La loi sur la monnaie et le crédit ne permet pas d’établir des Institutions de
Microfinance spécialisées dans la gestion du microcrédit et, de manière plus

44
Cependant, il semble que les Banques et le Fonds de Garantie ont convenu de
maintenir la garantie malgré le non paiement de la prime de risque.
45
Selon l’ADS.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

générale, des services financiers aux populations non bancarisées. Des


projets de création d’institutions de ce type existent46, et une demande
officielle a été déposée47, mais elle est pour l’instant restée sans suite de la
part des autorités.
L’ADS a été sollicitée pour faire des propositions concernant la création
d’une institution publique de microfinance et a déposé un avant-projet48. Le
constat montre que l’on ne peut aujourd’hui donner une perspective à
l’évolution du microcrédit dans la durée qui puisse répondre à l’ampleur de
la demande.

Il n’y a pas de vision d’une gestion privée du microcrédit.


En dehors des banques, dont on voit bien les limites de l’intervention telles
que notamment leur incapacité à gérer une grande masse de microcrédit non
rentable pour elles, il n’y a pas d’expérience d’approche privée du
microcrédit. L’Algérie paraît isolée dans la sous-région par rapport aux
évolutions du microcrédit et de la microfinance dans les pays voisins.
L’acquisition d’une connaissance des expériences des pays voisins en
matière de microfinance est un obstacle à lever.

Les actions à la base sont centralisées et la société civile peu


structurée.
De manière générale, on note une forte centralisation des lieux de décision
au niveau public national et aux niveaux des instances publiques des
Wilayas. Les actions menées à la base ont relativement peu d’autonomie.
De ce fait, la société civile, et en particulier au niveau rural, est peu

46
Les associations TOUIZA (Alger) & AFAD (Annaba) sont porteuses de tels projets.
47
Par l’association TOUIZA.
48
ADS - Avant-projet de décret exécutif portant création et fixant les statuts du Fonds
National de Microcrédit. Cet avant-projet proposant un FNMC (Fonds National de Micro
Crédit) résout seulement une partie de la question avec la création d’un fond
susceptible de faire du refinancement d’institutions de microcrédit (fournisseur de
ressources), mais pas la question d’un cadre réglementaire spécifique permettant de
créer les institutions de microfinance. De plus, il paraît souhaitable d’éviter des
institutions de microfinance publiques mais plutôt de viser des institutions privées,
proches des populations, capables d’être à leur écoute et d’adapter socialement et
financièrement une offre de services répondant à leurs besoins (microcrédit et
épargne).

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

organisée : les groupements et associations, sont peu nombreux et ne


semblent pas faire partie des habitudes des ruraux49.
Tout au plus note-t-on l’existence de groupes d’entraide ponctuels pour la
réalisation de certains travaux (récolte). L’individualisme semble prévaloir
et il est parfois constaté l’existence d’un réflexe spontané de réticence
assimilant les propositions de création d’associations aux villages socialistes
et coopératives étatiques qui ont disparu.

Les filières de production apparaissent peu structurées.


En conséquence, les producteurs sont rarement organisés autour de filières
très structurées. Certains bénéficient parfois, comme à Souk Ahras, de
coopératives agricoles qui agissent très localement, pour les producteurs les
plus dynamiques.
Mais les services autour d’une même activité sont rarement intégrés. Les
fonctions “ amont ” comme l’approvisionnement en matières premières ou
en intrants agricoles, restent peu nombreuses : les producteurs n’ont pas les
moyens, ni souvent l’information, pour y accéder dès que l’on quitte les
lieux d’approvisionnement de la daïra (sous-préfecture) ou de la wilaya
(préfecture). Il en est de même pour les fonctions “ aval ” liées à la
transformation, à l’emballage, à la connaissance des marchés, aux
transports, aux conditions de vente etc…

En guise de conclusion sur ce diagnostic.


Ces constats révèlent une série de contraintes et difficultés qui sont riches
d’enseignements pour réfléchir aux évolutions nécessaires.

La tenue d’un séminaire national sur le


microcrédit a permis d’ouvrir une réflexion
sur l’avenir.
Ce séminaire organisé par l’ADS en décembre 2002 avait pour intitulé
« Micro crédit : l’expérience algérienne et perspectives ». Il a rassemblé des
institutions publiques et privées d’Algérie, des experts, des représentants

49
S’il existe parfois des associations dans les communes, ce sont des associations qui
ont généralement pour orientation la culture, la religion ou l’action à caractère politique
au moment des élections.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

d’Institutions de microfinance venus des pays voisins (Egypte, Maroc,


Tunisie) et d’Europe, des bailleurs de fonds, etc.
Une évaluation du microcrédit50 avait été faite par l’ADS pour en mettre les
résultats à disposition des participants à ce séminaire51. Il se dégage de cette
évaluation les enseignements suivants :
1. Les bénéficiaires du microcrédit sont d’abord des sans emplois (36
%), des salariés (21 %), des petits entrepreneurs « à leur compte »
(17 %) et une catégorie « autres » (26 %).
2. Les bénéficiaires résident en milieu rural (51 %) et en milieu urbain
(49 %).
3. Les activités créées concernent le secteur agropastoral (56 %), les
petits métiers (26 %), et enfin les biens et services (18 %).
4. La création d’emploi soutenue par le microcrédit est comprise entre
1 et 2 emplois (85%) et entre 3 et 5 emplois (15 %).
5. L’apport personnel (10 % du montant du microcrédit) est jugé
largement inaccessible (77 %) et est rarement estimé comme
accessible (23 %).
L’ADS conclut cette évaluation en constatant que l’accompagnement des
bénéficiaires de microcrédit est insuffisamment assuré, mais aussi que des
solutions sont en cours d’identification. Le suivi des projets est également
analysé comme étant mal assuré par les banques et l’administration. Enfin,
il est relevé que le problème principal est celui « de l’interprétation et de la
perception par les bénéficiaires du microcrédit…; pour la quasi majorité il
s’agit de dons que l’Etat leur fait, et ils ne sont pas tenus de rembourser » !...
Les conclusions de ce séminaire international qui a permis de mesurer les
contraintes et difficultés du microcrédit, des échanges d’expériences avec
les IMF des pays voisins, devraient déboucher sur de nouvelles actions en
direction notamment de l’établissement d’Institutions de Microfinance.

50
ADS – Evaluation de l’expérience Algérienne. 2002, nd, np.
51
L’évaluation à porté sur 1.017 bénéficiaires de microcrédit, 69 agences de la BNA, 33
agences de la KHALIFA BANK, 47 Délégués à l’Emploi des Wilayas, 45 délégués
FGRMC.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

Un enjeu important : Comment passer du


microcrédit à la microfinance pérenne
L’évaluation du microcrédit par l’ADS révèle l’intérêt de
créer une IMF.
L’évaluation du microcrédit réalisée par l’ADS a également révélé la
nécessité de la création d’une IMF. Les deux Banques sous convention dans
l’octroi du microcrédit, la BNA et KHALIFA BANK, montrent que la
création d’une IMF est fondée sur les raisons suivantes :

Désignation KHALIFA BANK BNA


Nombre % Nombre %
Financement 3 9% 11 16 %
Information-formation- 5 15 % 11 16 %
communication
Suivi des dossiers de 9 27 % 19 28 %
microcrédit
Accompagnement 2 6% 13 19 %
Garanties 0 0% 1 1%
Pas de réponse 14 42 % 14 20 %
Total 33 100 % 69 100 %

Avec 28 % des réponses pour la BNA et 27 % pour Khalifa Bank, la


première justification de la création d’une IMF est le suivi des dossiers de
microcrédit, viennent ensuite l’information – formation – communication
avec respectivement 16 % (BNA) et 15 % (Khalifa Bank), puis
l’accompagnement des bénéficiaires avec 19 % (BNA) et 6 % (Khalifa
bank) 52.

52
Si les résultats sur certains critères sont différents entre les deux banques, il est
possible que cela soit influencé par le fait que l’expérience de la KHALIFA BANK est
récente ; son activité de microcrédit a démarré au début de l’année 2002.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

Les écueils à éviter pour passer du microcrédit à la


microfinance.
Le microcrédit est aujourd’hui l’affaire des institutions publiques, les
initiatives privées n’existent pas. Il faut donc repenser la stratégie pour
passer du microcrédit à la microfinance en considérant que :
1. La centralisation des interventions de microcrédit est contraire à
l’objectif de création d’Institutions de Microfinance pérennes. Ces
institutions doivent naître à la base pour être à l’écoute des
populations non bancarisées et donc proches d’elles, afin d’identifier
les besoins de services financiers adaptés aux différentes catégories
sociales.
2. La redéfinition du rôle de l’Etat et des institutions publiques qui
réalisent le microcrédit doit être menée pour rompre avec une
perception négative du rôle de ces institutions par les bénéficiaires.
3. La recherche de l’innovation doit servir à identifier les modalités de
gestion adaptées du microcrédit (accompagnement et formation des
emprunteurs, garanties, prise de responsabilité des emprunteurs, etc),
répondant aux besoins des populations concernées
4. L’expérimentation par des opérations tests d’institutions de
microfinance permettra ensuite d’évoluer vers un modèle algérien.
5. L’exclusion de la bonification des taux d’intérêt ne permet pas de
s’engager dans la création d’IMF pérennes.

Les axes de travail pour évoluer du microcrédit vers la


création d’IMF.
Si l’Algérie doit s’orienter vers la création d’institutions de microfinance
(IMF), cela implique une série de choix stratégiques qui partent de
l’observation des contraintes révélées par l’expérience du microcrédit pour
évoluer.
1. La création d’IMF doit être une activité du secteur privé.
Pour rompre avec les perceptions perverses du microcrédit lié à l’Etat et aux
institutions publiques qui réalisent le microcrédit, il faut faire le choix
délibéré de remettre l’action de microcrédit et de la création des IMF au
secteur privé (associations, ONG, bureaux d’études etc, qui veulent se
spécialiser dans cette activité).

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

2. Le rôle de l’Etat doit changer de nature et se situer au niveau de la


politique, de la réglementation et du contrôle de l’activité de
microfinance.
Toutes les expériences de microcrédit et de microfinance conduites par les
Etats et administrations ont été des échecs. Il faut donc en tirer les
conséquences et redéfinir le rôle de l’Etat.
L’Etat a un rôle de facilitateur (accès aux ressources financières) et de
régulateur (politique, réglementation, contrôle de l’activité).
3. L’acquisition des expériences d’IMF des pays voisins est une
nécessité pour soutenir une stratégie de création en Algérie.
Il faut toujours commencer par s’imprégner des expériences d’IMF réalisées
dans les autres pays (le Maroc, la Tunisie etc…) pour observer et
comprendre, analyser et capitaliser les enseignements en matière de
développement des IMF. La connaissance acquise auprès des autres peut
ensuite être valorisée par les acteurs du secteur privé algérien en soutenant
leur réflexion puis la définition d’une stratégie de l’action.
4. La formation de ressources humaines algériennes est une
condition préalable à la création d’IMF.
La formation de ressources humaines est une condition de la création d’IMF
en Algérie. Tout comme pour une banque, la microfinance est une affaire de
professionnels qui en font leur métier.
5. La banque centrale doit permettre la conduite d’opérations tests de
création d’institutions de microfinance par le secteur privé.
Des associations du secteur privé sont aujourd’hui porteuses en Algérie de
projets de création d’IMF. Il faut maintenant leur donner les moyens et les
autorisations nécessaires pour exercer une telle activité par des opérations
tests. Cela peut se faire par l’octroi du bénéfice d’un dispositif dérogatoire
par rapport à la loi sur la monnaie et le crédit, accompagné de l’obligation
de rendre compte de leur activité en respectant quelques directives de bonne
gestion qui sont à établir (liberté des taux d’intérêt, plan comptable
simplifié, respect de quelques ratios prudentiels, production d’états
financiers, etc).
6. La définition d’une réglementation spécifique au secteur des IMF
en Algérie interviendra après qu’une expérience pertinente ait été
accumulée.
La définition d’une réglementation du secteur de la microfinance en Algérie
ne peut précéder l’action de création d’IMF, au risque de fermer les

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


page 66
Contribution

Algérie : passer du Microcrédit à la microfinance pérenne

possibilités de l’innovation dans ce nouveau secteur d’activité. La


réglementation accompagne plutôt le développement des institutions
nouvelles et procède de l’observation des résultats obtenus pour en définir le
contenu réglementaire.

En conclusion
L’Algérie a connu ces dernières années le développement d’actions de
microcrédit qui ont permis d’acquérir une expérience, d’en tirer les
enseignements pour ensuite progresser. Il faut maintenant envisager la
création d’institutions spécialisées de microfinance (IMF) de manière à
rendre permanente l’offre de services financiers adaptés aux populations
non bancarisées, démunies ou pauvres.

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


page 67
Livres

Making insurance au crédit sur une base l’octroi de produits plus


work for Micro- volontaire ou obligatoire; complexes se fasse en
finance Institutions. c) l’externalisation de partenariat avec un
A technical guide for certaines responsabilités assureur spécialisé.
Microfinance Insti- vers une compagnie
tutions. d’assurance ou vers des Beyond micro-credit.
consultants spécialisés;
C.F.Churchill/D.Liber/ Putting development
d) la gestion financière back into micro-
M.J.McCord/J.Roth.
et l’intégration opéra- finance.
ILO. 2003. 246 p.
tionnelle d’activités
Ce manuel guide les d’assurance dans une T.Fischer/M.S.Spiram.
gestionnaires d’IMF à IMF. 2002.390 p.
travers le processus Cet ouvrage donne une
Alors que les ménages à
d’octroi de produits analyse détaillée du
faibles revenus ont de
d’assurance de base, en secteur de la
nombreux besoins et sont
interne ou en partenariat microfinance en Inde et
vulnérables, ce manuel se
avec une compagnie explore comment la
limite aux produits
d’assurance spécialisée. notion de développement
d’assurance-vie et –in-
L’assurance est un peut être ramenée vers la
validité parce qu’ils
moyen parmi d’autres microfinance. Par des
répondent à un besoin
qui permet aux ménages exemples, il illustre
important tout en étant
à faibles revenus et aux comment des services de
moins difficile à offrir
IMF de gérer leurs microfinance peuvent
pour une IMF. L’octroi
risques. Ce manuel aide à contribuer à divers
de produits d’assurance
déterminer s’il est objectifs de
est en effet un processus
approprié pour une IMF développement, tels que
complexe qui comprend
d’offrir des produits l’offre d’une sécurité
des risques.
d’assurance, le type de économique et sociale,
produits d’assurance à Ce manuel est aussi pour
l’amélioration des
octroyer, et à travers les organisations qui
conditions de vie, la mise
quelle structure institu- souhaitent offrir d’autres
en place de services
tionnelle. types d’assurance, tels
d’intermédiation finan-
que par exemple la santé
Une grande partie de ce cière de base et le
ou la propriété. En effet,
manuel se penche sur changement en général au
il donne des conseils
quatre aspects : niveau de la société.
utiles sur la conception,
a) les principes de base la négociation et la Cette analyse couvre la
de l’activité de micro- gestion d’une relation grande diversité des
assurance, comprenant la avec une compagnie pratiques de microfinance
conception de produits d’assurance. Alors qu’il en Inde, ses innovations
rentables, les conditions est possible pour une et ses caractéristiques
de l’assurance, le prix et IMF d’offrir seule ou organisationnelles. Ainsi,
le contrôle; avec l’appui technique il examine le mouvement
b) la conception de cinq d’experts, des produits des groupes d’entre-aide
polices d’assurance de d’assurance de base, il (SHG) en Inde, et
base à court terme liées est recommandé que compare ceux-ci aux

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


page 69
Livres

groupes issus de la renommée à leurs clients c’est dans l’intérêt du


Grameen Bank au poussent certains secteur.
Bangladesh. gouvernements à
réglementer davantage le
En même temps, cet
secteur afin de protéger The paradox of
ouvrage jette un regard
les clients. Ainsi, certains savings mobilization
critique sur la perfor-
gouvernements ont in microfinance : Why
mance financière et or-
introduit des plafonds en
ganisationnelle de la microfinance institu-
matière de taux d’intérêts
microfinance, ainsi que tions in Bolivia have
et des limites de taille de
sur les résultats en virtually ignored
prêt. Mais ces mesures
matière de dévelop- savings.
protectrices aboutissent à
pement.
rendre les crédits plus H.Miller. SEFIR. 2003.
chers et de restreindre le 37p.
secteur.
Trust through trans- La mobilisation de
parency. Applicability Cette note technique l’épargne a de nombreux
of consumer protec- examine comment l’auto- avantages pour une IMF.
tion self-regulation to régulation non-pruden- Ainsi, l’épargne est une
tielle a permis à d’autres source de financement
microfinance.
secteurs, et plus parti- durable, lorsque les fonds
P.McAllister. The culièrement le secteur des donateurs diminuent
SEEP Network. 2003. financier des Etats-Unis, et que les prêts
24p. de gagner la confiance concessionnels sont plus
des clients, tout en évitant difficiles à trouver. En
Beaucoup a été écrit sur
une réglementation trop outre, la mobilisation de
le tort que la
lourde et coûteuse. l’épargne permet
microfinance peut causer
De manière générale, un d’augmenter la
aux clients de la
consommateur préférera fidélisation des clients en
microfinance. Un moyen
utiliser les services d’une créant une relation de
pour les institutions de
IMF dans laquelle il a confiance réciproque. Le
microfinance de se
confiance. En parallèle, niveau de risque étant
protéger contre ses
les gouvernements élevé, elle implique
critiques est la mise en
acceptent plus facilement également une plus
place d’un processus
l’auto-régulation d’un grande discipline de la
d’auto-régulation qui
secteur auquel ils font part de l’institution.
garantisse une publicité
plus transparente des confiance. Malgré ces retombées
pratiques. L’auto-régula- En conclusion, ce positives, les IMF
tion est un élément de la document encourage les réglementées en Bolivie
protection des clients sur IMF à s’engager dans le se lancent que très
lequel les IMF ont le plus processus de l’auto- lentement dans la
de contrôle. régulation pour protéger mobilisation de l’épargne.
les droits de leurs clients. Elles demeurent donc
Au cours de son histoire,
Cette approche se justifie large-ment dépendantes
la microfinance n’a pas
en effet d’un point de vue des fonds des donateurs
ou peu été réglementée.
moral, et d’autre part qui leur octroient des
Les torts causés par
certaines IMF de

ADA Dialogue, numéro 32, juin 2003


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ressources à des taux


concessionnels.
Ce document pose la
question suivante : pour-
quoi les IMF en Bolivie
ne mobilisent-elles pas
plus l’épargne ?
L’auteur identifie trois
principales raisons. Tout
d’abord, l’abondance de
fonds ‘simples’ des
bailleurs de fonds ont un
effet dissuasif dans la
mesure où l’épargne est
une source de
financement plus
coûteuse et risquée.
D’autre part, les IMF
n’ont pas cultivé une
image de solvabilité et de
confiance. Finalement,
l’environnement régle-
mentaire en Bolivie freine
la mobilisation de
l’épargne auprès des
pauvres et dans les zones
rurales.
Ce document explique les
obstacles qui freinent la
mobilisation de l’épargne
des quatre principales
IMF réglementées en
Bolivie – BancoSol, Caja
Los Andes, FIE et
Prodem. Alors que ce
document se concentre
sur le secteur de la
microfinance en Bolivie,
les leçons à tirer sont
applicables à la plupart
des IMF qui mobilisent
l’épargne.

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