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À CHAUD

Liban : «Aucun
gouvernement au monde
n’aurait pu résister à
une telle pression
populaire»
Par Clotilde Bigot, Correspondante à Beyrouth (Liban)
(https://www.liberation.fr/auteur/20377-clotilde-bigot) — 10 août 2020 à
19:25
Le Premier ministre Hassan Diab, le 7 mars. Photo Reuters

Six jours après l'explosion colossale sur le port de


Beyrouth qui a cristallisé la colère du peuple, le
Premier ministre Hassan Diab, nommé en février,
annonce la chute de son gouvernement.

Six mois et vingt jours, voilà le temps qu’aura tenu Hassan Diab au poste de
Premier ministre du Liban : son gouvernement a officiellement démissionné
ce lundi soir. Les responsables des Finances, de la Justice, de la Défense de
l’environnement et de l’Information avaient déjà présenté leur démission
après la double explosion survenue mardi soir à Beyrouth, et d’autres
démissions étaient à prévoir.

À LIRE AUSSI :
Beyrouth dans la rue(https://www.liberation.fr/planete/2020/08/09/beyrouth-dans-la-
rue_1796434)
Tout est allé très vite ce lundi. Après la réunion d’urgence qui a suivi les
premiers départs, deux ministres ont déclaré qu’aucune démission collective
n’était à l’ordre du jour. «Le gouvernement tient bon», déclarait le ministre
de l’Industrie. Pour Karim Bitar, professeur de relations internationales à
l’Université Saint-Joseph et à l’Institut de relations internationales et
stratégiques (Iris), «ces départs sont la conséquence inéluctable de
l’explosion du 4 août. Aucun gouvernement au monde n’aurait pu résister à
une telle pression populaire et à une telle colère. Certains ministres ne
voulaient pas démissionner et ont été contraints de le faire sous la pression
de leurs proches».

A LIRE AUSSI :
Liban, les racines de la colère(https://www.liberation.fr/debats/2020/08/09/liban-une-
fureur-sans-retour_1796305)

Aucune promesse tenue


Ce gouvernement, formé de technocrates supposément indépendants, était
décrié par les manifestants et vu comme une nouvelle mascarade politique.
Quatre des ministres étaient affiliés aux principaux partis chiites, Amal et
Hezbollah, et six étaient affiliés au parti du président Aoun, alliés du
Hezbollah, formant la plus grande alliance au sein du gouvernement. Seule
la ministre de l’Information, Manal Abdel Samad Najd, était considérée
comme indépendante. Elle a été la première à démissionner au lendemain
des explosions qui ont ravagé le port en s’adressant aux Libanais : «Je
présente mes excuses auprès des Libanais, nous n’avons pas pu répondre à
leurs attentes.»

Lors de l’investiture du nouveau gouvernement, le 11 février, 29 promesses


au peuple libanais avaient été faites par Diab, notamment sur le combat
contre la corruption et pour une plus grande liberté de la presse. Ces
promesses devaient être concrétisées dans les cent jours après
l’intronisation du gouvernement, mais aucune n’a été tenue, relançant la
frustration de la rue.

À LIRE AUSSI :
Les dirigeants du monde au chevet du
Liban(https://www.liberation.fr/planete/2020/08/09/les-dirigeants-du-monde-au-chevet-
du-liban_1796436)
Du côté de la place des Martyrs, l’heure n’est pas au repos, ni à la
célébration, mais à la méfiance. Marc, 30 ans, est un manifestant de la
première heure. «Le problème c’est que maintenant, nous nous dirigeons
vers l’inconnu. Nous sommes en pleine crise économique et financière, on
ramasse les débris de notre ville, et nous n’avons plus de gouvernement.
Nous ne sommes pas sûrs de la direction vers laquelle on va.»

Cette inquiétude se voit chez tous les manifestants. La démission du


gouvernement est une étape, mais pas une fin en soi. Leur volonté, traduit
dans le fameux slogan «killon yaané killon» («tous, mais vraiment tous»),
c’est de voir tomber toute cette classe politique qu’ils considèrent comme
corrompue et responsable, par leur incapacité à gérer le pays, de la double
explosion qui a fait 158 morts et plus de 6 000 blessés.

Plusieurs dizaines de personnes se sont réunies dans le centre-ville ce lundi


soir pour maintenir la pression sur la classe politique et le Parlement, qui
devrait dans les jours qui viennent nommer un nouveau Premier ministre.

Clotilde Bigot Correspondante à Beyrouth (Liban)(https://www.liberation.fr/auteur/20377-

clotilde-bigot)