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HISTOIRE DU DROIT ET DES

INSTITUTIONS MEDITERRANEENNES
ET AFRICAINES
AVERTISSEMENT
Ce support de cours n’est qu’un outil personnel. C’est un outil pédagogique
élaboré dans un souci de concision et de précision. Il aborde les chapitres essentiels et
les notions à connaitre pour appréhender le cours de l’Histoire du Droit et des
Institutions dans le cadre de votre formation universitaire. D’autres ouvrages doivent
être lus pour un approfondissement effectif de vos connaissances, notamment NENE
BI BOTI (Séraphin), Les institutions négro-africaines et méditerranéennes, Abidjan,
Les Editions ABC, 2016.
L’introduction du cours d’Histoire du Droit et des Institutions méditerranéennes et
africaines gravitera autour de trois points essentiels : la définition des concepts
fondamentaux (I), la méthode de l’histoire du droit et des institutions (II) et l’intérêt de
la discipline (III).

I-La définition des concepts fondamentaux

A-L’histoire

L’histoire est la science qui a le passé pour étude. L’histoire peut aussi se définir
comme la science qui parcourt les civilisations ou une civilisation pour y réactiver tout
ce qui a été constitutive de cette civilisation. En réalité, elle apparaît comme un miroir
qui renvoie à l’intellect l’image de l’espace et du temps. Ainsi l’historien est immergé
dans une culture ambiante qui l’a façonné. Autrement dit, l’historien doit se départir
des préjugés en entrant objectivement dans la culture des autres c’est-à-dire en les
acceptant telles quelles sont et non telles qu’il aurait voulu qu’elles fussent. C’est
pourquoi pour tendre vers l’objectivité, l’historien doit cultiver en permanence la quête
de la vérité. Autrement dit, il doit s’interroger sur le pourquoi, le comment, la
causalité, l’architecture globale de la société.

B-Le droit

Le droit apparaît comme une forme de réaction face aux besoins d’une société. Les
fondements et les fonctions du droit s’impliquent dans la culture dans la culture, la
civilisation dont il n’est que l’expression normative à une réponse donnée. Cela
signifie qu’il n’existe pas de droit pur, compréhensible en dehors du contexte social,
du cadre socio-économique, des idées politiques et de la religion.

Du point de vue juridique, le droit peut se définir de deux manières : la définition


objective et la définition subjective. La définition objective du droit tient compte de la
finalité, du but, de l’objet du droit : régir, ordonner, réguler la vie sociale. Ainsi, le
droit est l’ensemble des règles destinées à organiser la vie en société et dont la
violation est sanctionnée par les pouvoirs publics. Quant à la définition subjective, elle
tient compte des destinataires, des sujets de droit. C’est pourquoi, le droit est
l’ensemble des prérogatives reconnues à un individu dont il peut se prévaloir dans ses
rapports avec les autres.

C-Institutions

Le concept d’institution vient du latin « instituere » signifiant « établir quelque chose


qui demeure ». Ainsi nombreuses sont les institutions qui subsistent à travers les
siècles gouvernant des générations successives. Cependant, selon le professeur
LEGRE Okou : « les institutions subsistent partiellement ou globalement les
transformations dans leur fondement et leur finalité. Elles changent en même temps
que les fondements de la société. Elles ne sont donc pas éternelles mais reproduisent
des objectifs poursuivis par la société ». Les institutions, œuvres de l’homme,
expriment cette capacité organisatrice, cette puissance de l’homme sur lui-même.

II-La méthode d’étude de l’histoire du Droit

La méthode implique un processus, une démarche ou un procédé. En clair, c’est un


processus qui conduit à la découverte d’une vérité scientifique. En l’espèce, cette
démarche se veut comparative. L’adjectif « comparative » renvoie à l’idée de rapport
entre les réalités pour en déceler l’ordre de grandeur, l’ordre de qualité ou l’ordre de
quantité. Il suggère l’idée de mesure pour découvrir des similitudes ou les différences
entre les réalités.

La méthode comparative des institutions permet de découvrir à travers les aires


culturelles, des pratiques auxquelles ont recours des peuples de cultures différentes. Ce
qu’elles ont de commun traduit leur « universalité » quand ce qu’elles ont de différents
traduit leur « particularité ».

III-L’intérêt de l’histoire du Droit et des Institutions

L’étude des institutions politiques et sociales des vieilles civilisations n’a pas pour
objet principal de satisfaire une curiosité d’érudit.

Elle présente pour le juriste moderne un double intérêt.


D’une part, l’histoire du Droit et des Institutions montre comment sont apparus peu à
peu les notions et les cadres institutionnels qui dominent encore le monde
contemporain.

Chacune des sociétés anciennes eurent à faire régner l’ordre, à assurer la justice, à
déterminer la forme des actes juridiques privés. Une étude historique qui porte sur
plusieurs sociétés permet des comparaisons révélant les liens qui existent entre une
société et son droit, invite à réfléchir sur les conditions dans lesquelles naissent les
institutions et les règles, les raisons de leur succès et de leur déclin. Notre étude
procédera d’études à thématiques recouvrant les sociétés les plus significatives de
notre humanité. Ce sont :

Sujet1 : Les chefferies

Sujet 2 : Les cité-Etats

Sujet 3 : Le roi africain

Sujet 4 : La transmission

Sujet 5 : L’étendue du pouvoir royal

Sujet 6 : La pensée juridique africaine

Sujet 7 : Les sources matérielles et les caractères du droit

Sujet 8 : Pharaon

Sujet 9 : Le système juridique et judiciaire de l’Egypte ancienne

Sujet 10 : La société égyptienne

Sujet 11 : Le droit hébraïque

Sujet 12 : La société hébraïque

Sujet 13 : L’économie hébraïque

Sujet 14 : Les institutions de la démocratie athénienne

Sujet 15 : le fonctionnement de la démocratie athénienne

Sujet 16 : Les différents moments de la démocratie


Sujet 17 : Le droit grec

Sujet 18 : La royauté

Sujet 19 : La société romaine


Sujet 1 : La chefferie

Définition : « Unité territoriale généralement réduite et peu structurée qui fonctionne


sous l’autorité d’un chef ».

Critères :

 Démographique :

Populations réduites, rassemble quelques lignages dans un seul village ou regroupe


quelques villages dans le cadre d’une unité territoriale…

 Centralisation autour d’une famille prédominante :

La chefferie met en avant une famille prédominante. Elle ne met pas l’accent sur
l’existence de lignages différents en privilégiant un : celui du chef. Tout s’efface pour
la dynastie régnante de sorte à rattacher le chef à l’ancêtre fondateur.

 Fonctionnement :

--Le chef n’a pas encore à sa disposition les puissants moyens de coercition qui
caractérisent les royaumes à savoir une organisation administrative structurée.

--La chefferie ne dépasse pas le territoire qu’un chef peut administrer personnellement
avec l’aide de ses proches.
Sujet 2 : Les cités-Etats

Difficile de distinguer la chefferie de la cité-Etat.

Définition : « Des sociétés politiques qui s’organisent autour d’une ville, d’une
capitale, tout en s’étendant à la campagne environnante et qui sont indépendantes des
cités voisines sauf à se soumettre à l’hégémonie de l’une d’entre elles ».

-Caractéristique :

La Cité –Etat regroupe des éléments ethniques divers et crée des liens qui suppléent à
ceux d’une parenté réelle (au-delà des liens familiaux).

Le chef mettra l’accent non sur les attaches biologiques mais sur l’institution dont il a
la charge ; il se prévaudra moins de l’ancienneté de la dynastie que de l’ancienneté de
l’institution elle-même.

--Rupture avec la parenté

La rupture avec la parenté transparaît avec le rituel d’intronisation.

Cette rupture apparaît aussi à travers la règle de succession : ce ne sont pas les épouses
qui donnent les héritiers au trône mais des concubines pour la plupart esclaves qui ont
rompu toute attache familiale.

L’institution royale est hors de la parenté et n’a pas à défendre les intérêts de telle ou
telle famille.

La cité a un culte collectif et une administration relativement élaborée.

Exemples : Cités Yorouba, cités-Etats Ashanti…


LES ROYAUMES

Aux royaumes, on attribue les caractères suivants :

 Une envergure plus large : regroupe plusieurs tribus ou plusieurs ethnies


(dépassant le cadre de la famille large ou une association entre lignages).
 Une administration couvrant l’ensemble du territoire et assurant la gestion de
l’Etat. Le roi est tenu de déléguer ses prérogatives à des agents agissant en son
nom et pour son compte.
 Une autorité centrale très forte et de moyens de coercition à la solde du roi.
Relation d’obéissance entre les populations et le roi. Une distinction très claire
est perceptible entre gouvernants et gouvernés.

NB : Le roi apparaît comme le pivot essentiel des institutions de la société qu’il
symbolise. Le roi est la symbolique du Royaume. Là où il est là, là est son royaume.

Sujet 3 : Le roi africain

Personnage sacré. Il est dieu lui-même ou d’origine divine ou tout au moins un


personnage sacré ou maître d’une religion.

Fondements du pouvoir royal : l’idéologie de la conquête + le caractère sacré du roi.

Les titres en disent long : « père de vie », « père de lumière », « porte de l’univers »,
« seigneur du monde », « maitre du monde ».

Culture des rituels d’intronisation témoignant du sacré environnant la royauté.

I- Le roi, être exceptionnel

Dans les sociétés où domine le culte des ancêtres, le roi est l’intermédiaire entre les
morts et les vivants.

Dans les sociétés où le lien familial s’attenue, le caractère sacré du roi s’accentue qui
passe pour un dieu ou un descendant des dieux.
1-La royauté magique

Deux indices le démontrent :

*Une rupture avec l’ordre normal de la société

Une rupture avec l’ordre familial puisque le roi est moins chef de clan que clé de voûte
d’un architecture nouvelle. Cette rupture avec la tradition familiale se concrétisait dans
un acte monstrueux, contraire à la famille qui accompagnait l’investiture royale : un
inceste. Le roi épouse soit sa sœur ou ses filles.

L’idée est d’affirmer un ordre nouveau en niant symboliquement l’ordre familial


ancien comme pour dire que la structure étatique constituait un dépassement des
structures de parenté.

*Une conquête de pouvoir

Chargée de prouver la force magique du roi. Le roi doit accomplir un exploit, faire
démonstration de sa force vitale. C’est généralement un jeune. Le roi est lui-même
titulaire d’une force émane de lui qui lui permet de faire face aux difficultés, au défi
des dieux.

2-La royauté divine

La royauté divine permettant au roi de maitriser les forces serait voulu par les dieux
soit parce que le roi a leur accord soit parce que qu’il est le dieu lui-même ou en est le
descendant.

Première hypothèse : Accord des dieux

Mise à mort ou destitution du roi sur ordre des dieux dont il n’ plus la faveur.
Succession au pouvoir héréditaire. Le pouvoir n’est pas à conquérir, il faut plutôt
s’identifier au roi précédent.

Deuxième hypothèse : Dieu lui-même ou descendant des dieux


Il est dieu à figure humaine ou fils de dieu. Il en a l’immobilité, il est en a le pouvoir
cosmique. La femme a accès au pouvoir en jouissant du statut masculin et a des
épouses.

II- Le roi, maître des forces surnaturelles

Forces difficilement contrôlables, elles peuvent être bénéfiques ou maléfiques pour la


société selon la personnalité du roi. Il est le siège de ces forces.

1-Le roi, un être intouchable

Il faut que sa personne soit à l’abri de toute atteinte d’où dans la plupart des royaumes,
tout un ensemble d’interdits visant à éviter que le roi ne perde son charisme. Plus roi
est puissant, plus les interdits sont nombreux.

L’interdit extrême est la claustration presque totale. Il sort peu, rarement, est isolé de
la vie sociale et parle peu.

2-Le roi, garant de la prospérité

Le roi doit œuvrer pour le bien commun. La prospérité (bien-être) est liée à sa
présence qui fortifie la société toute entière : il est le « roborateur » de son peuple.
Pour cela, on écartera du pouvoir tous les candidats ayant de tares physiques car c’est
signe que le prince n’a pas la faveur des dieux.

Il ne doit pas y avoir sous un règne trop de catastrophes ou alors c’est que le roi a
perdu ses pouvoirs. La santé, la force du roi sont le symbole de la force de la société
elle-même et dans les deux cas, il faut le chasser ou le mettre à mort.

3-Le roi, symbole de l’ordre cosmique

Le roi est responsable de l’ordre général, métaphysique et seulement politique. Rôle


accentué dans les monarchies divines. La dimension cosmique du roi fait de lui le
centre de l’univers physique et mental, l’axe du monde, l’animateur du cosmos et une
source de prospérité.
Sujet 4 : La transmission du pouvoir royal

La mort du souverain est l’occasion de mettre en valeur deux principes qui expliquent
la royauté. Ils concernent d’une part la nécessité d’un successeur, donc d’un roi, et
d’autre part le choix dans une famille ou dans certaines familles.

I-La nécessité d’un roi

Le roi est indispensable. Bénéfique et maléfique, il est un bien et un mal nécessaire au


point que certaines sociétés traduisent cette idée dans les faits et y consacrent des rites
précis.

La mort du roi laisse apparaître l’idée de nécessité du pouvoir royal : le pouvoir royal
est immortel et la mort du roi ouvre une cerise pour la société.

A-Le roi ne meurt pas

Le principe dont le roi est porteur est immortel et ne disparaît pas avec lui. Elu des
dieux ou dieu lieu-même, il est censé immortel. Les sociétés politiques africaines
expriment cela en disant que le roi ne meurt jamais. Plusieurs formules traduisent cette
réalité : « le roi est parti », « il fait nuit », « la maison est flétrie », « le père est parti »,
« le lait est renversé ».

B-La mort du roi, crise pour la société

Titulaire de l’ordre, le roi qui disparaît ouvre pour la société politique dont il avait la
direction une période de crise, le temps qu’un successeur soit désigné. L’inter-règne
est encore une fois l’occasion d’exprimer le besoin d’ordre et de montrer que c’est
bien la personne royale qui en est le garant. C’est le cas chez les Kotoko, les Mossi, les
Agni, etc…

L’idée est de démontrer la nécessité de l’ordre en autorisant un désordre provisoire, en


même temps qu’il permet à certaines parties de la population un défoulement, une
rébellion. Poussant l’idée jusqu’à son terme, certaines sociétés vont jusqu’à organiser
un faux pouvoir et jusqu’à inverser l’organisation en place. C’est le cas des Agni de
l’Indénié, en Côte d’Ivoire.

II-Le choix du successeur du Roi dans une famille

La succession du Roi dans tous les royaumes n’obéit pas aux mêmes schémas.
Toutefois, le principe royal tel qu’il est ressenti par les populations, milite en faveur de
son maintien dans un lignage déterminé, éventuellement au sein de plusieurs lignages
à tour de rôle. Malgré tout, les tendances héréditaires furent les plus fortes sans que
pour autant se soit dégagé un principe ferme de dévolution.

A-La dévolution atomique

La transmission du pouvoir de père à fils aîné est très rare en Afrique et lorsqu’elle
apparaît, elle ne peut en rien être assimilée à une règle générale. Ce n’est que dans
certains royaumes que l’on voit apparaître cette tendance.

Le type prédominant reste la succession de frère à frère dans l’ordre des naissances.
Cela avait l’avantage d’écarter les hypothèses de minorité du roi, sauf exception.
Lorsque la lignée est épuisée, on revient au fils ainé du premier frère ou alors au fils du
dernier roi. Il y a donc alternance entre succession horizontale et succession verticale.

Dans les sociétés matrilinéaires, le pouvoir se transmet non aux frères ou aux fils du
roi mais au fils de la sœur du roi.

En somme, retenons l’instabilité des règles de dévolution au sein des royaumes. L’idée
selon laquelle la qualité royale doit être le monopole d’un individu déterminée à
l’avance n’est pas rare. Dans sa manifestation, lorsqu’elle est érigée en système, elle
subit des remises en cause selon les époques.

B-La dévolution compétitive

Les membres du lignage royal ou des lignages royaux ont tous un droit à succéder. Il
faut donc opérer un partage entre eux. En général, les systèmes mis en place font
l’effort de concilier la volonté du roi défunt, l’opinion des grands dignitaires et
l’intérêt de la société. Certains mettent l’accent sur l’intervention d’un conseil
électoral ; d’autres sur la compétition entre les différents prétendants avec recours aux
armes ; d’autres enfin combinent conseil électoral et sélection « naturelle ».

1-Le conseil électoral

Les sociétés Yorouba, Edo, Mossi en ont fait ou en font encore l’expérience.

2-La lutte armée

C’est une véritable lutte armée entre les candidats. C’est le cas dans le royaume
d’Ankolé (sur le territoire de l’actuel Ouganda). A la mort du roi, et devant les frères
royaux, a lieu un combat simulé entre de simples bergers. Le vainqueur est choisi
comme pseudo-roi chargé d’assurer un semblant d’ordre provisoire. Les frères partent
alors avec leurs partisans et se combattent par tous les moyens. Lorsque place est faite,
le vainqueur s’empare du tambour royal tue le faux roi et règne.

Avantage politique de la lutte armée

**Le vainqueur est généralement l’enfant préféré du monarque qui a le plus grand
nombre de partisans. A la vérité, le roi disposait des moyens de pouvoir amener ceux
qui sont censé « faire » de l’héritier un roi à désigner celui de son choix. Parfois,
l’enfant désigné se cachait et passait sa jeunesse à l’abri des coups de sa famille, frères
et cousins. Il ne sortait qu’une fois les combats accomplis, pour tuer le dernier
prétendant.

**L’élimination systématique des ambitieux est ainsi réalisée garantissant ainsi la


stabilité du règne : préoccupation fréquente dans d’autres royaumes.
Sujet 5 : L’Etat théocratique islamique du Soudan Occidental

L’Etat islamique a vu le jour au Soudan occidental grâce à l’association intelligente


entre l’aristocratie militaire et les intellectuels musulmans.

I –Les institutions politiques et administratives

L’aristocratie militaire va associer les musulmans au pouvoir. Etroitement associés au


pouvoir, les intellectuels musulmans furent de hauts dignitaires de l’Etat soudanais
dont l’influence fut, aussi importante sur le plan religieux.

A-Les intellectuels musulmans

La religion musulmane fut donc la religion d’élite. Elle se pratiquait essentiellement


dans les villes. Associés au pouvoir, devenus nombreux et conscients de leur force, les
intellectuels musulmans vont renverser l’aristocratie militaire traditionnelle.

1-La noblesse musulmane

Les intellectuels musulmans et les marabouts acquirent un statut spécial au Soudan, en


raison de leurs fonctions de technocrates et de mystiques. Ils recevaient ainsi des
terres, des esclaves et d’autres privilèges de la part des souverains. Ayant assez
d’influence, intellectuels et marabouts prétendaient prendre le pouvoir à l’aristocratie
militaire traditionnelle.

2-Le renversement du pouvoir traditionnel

La force politique croissante des musulmans au Soudan se traduisit par un mouvement


de contestation de l’autorité traditionnelle. Conduit par les réformateurs islamiques, ce
mouvement remettait en cause la légitimité du pouvoir de l’aristocratie militaire. Car,
selon elle, la souveraineté appartient à Allah et elle doit être exercé légitimement par
son représentant : le commandeur des croyants et successeur du prophète. D’autre part,
ce mouvement estimait que l’aristocratie militaire traditionnelle exploitait et
asservissait le peuple. Il fallait donc le délivrer sinon l’affranchir. Cela apparaissait à
leurs yeux comme une mission divine.

B-L’organisation du pouvoir islamique au Soudan

Dans l’Etat islamique, le pouvoir est exercé au nom et pour le compte de Dieu. Il est la
source de la souveraineté et justifie le califat.
1-Le calife

Le Calife est un souverain élu. Le calife cumule les fonctions politiques,


administratives et judiciaires.

2-Le Grand Conseil

Il est composé de marabouts réputés et rompus à la connaissance du Coran. Le Grand


Conseil est l’organe de contrôle du pouvoir califal. Il exercice aussi des fonctions de
conseil et de législateur. Il constitue, en outre, la haute cour de justice.

C-L’administration de l’Etat islamique

L’Etat islamique a une administration centrale (dirigée par le Calife et le Grand


Conseil secondés par de hauts dignitaires musulmans) et une administration locale de
plusieurs échelons (provinces, cantons et villages).

II-Les institutions religieuses

L’espérance de la félicité post-mortem fit convertir plusieurs rois avec leur entourage.
De nombreux commerçants auxquels la pratique de la religion islamique offrait des
facilités furent convertis. Il en fut de même pour les intellectuels.

A-La Umma

Il se développa très rapidement parmi l’élite musulmane, homme de cour,


universitaires, juristes, marabouts, commerçants un sentiment de solidarité fondé sur
l’appartenance à la même communauté.

Au plan idéologique, cette communauté affirme son caractère universel.

Cependant, la particularité de l’islam au Soudan est qu’il réalisa un syncrétisme entre


les religions païennes traditionnelles et musulmanes, du fait des marabouts.

B-Les marabouts

Le maraboutage est l’aspect de l’Islam qui intéresse les Soudanais. En effet, chaque
roi, chaque dignitaire, chaque prétendant au trône, même les riches commerçants
s’attachaient le service d’un marabout.

Les marabouts se substituaient ainsi aux devins et autres voyants traditionnels. Ils
opéraient parfaitement comme les fétichistes.
Sujet 6 : Pharaon

I-La double nature du Pharaon

Le mot « pharaon » vient de la Bible. Pour les égyptiens, le pharaon a une nature à la
fois divine et humaine. Il est directement responsable de tout ce qui se passe sur terre
et se doit d’assurer la survie et le bien-être de la population. Le roi est dieu triomphant
des embûches ; il exerce sa puissance sur tout l’univers ; il est le juste qui installe maât
(ordre, vie, prospérité) à la place d’Isfet (chaos, désordre, injustice).

Par sa divinité, pharaon devient le seul interlocuteur possible entre l’univers des dieux
et celui des hommes : deux mondes étroitement liés. Fils de dieux, « dieu vivant »,
c’est le premier prêtre du pays. Tout est fait pour donner de lui une image à la fois
magnifique et redoutable : on s’approche de lui avec crainte, prosterné.

II-Les fonctions de pharaon

Il repousse la friche, les ennemis ; il amène la victoire et la prospérité. Monarque


absolu, divin, il est à la fois organisateur et guerrier. Le roi amène « maât » (le principe
de l’ordre et de vie) en repoussant préalablement isfet (le chaos, personnifié par les
adversaires).

A-Fonction religieuse

Pour les égyptiens, le monde est composé d’un ensemble d’entités personnalisées, de
forces supranaturelles agissant sur toutes les composantes de la nature et qui
s’incarnent dans la personne du pharaon. Divinisé, garant du déroulement régulier de
l’ordre cosmique par l’acte cultuel qu’il accomplit, le rôle que joue le roi dans le
domaine religieux est primordial : il est l’officiant suprême. Les prêtres, repartis dans
tous les temples du pays, n’agissent qu’en son nom, par délégation.

B-Fonction politique
Il est le seul véritable propriétaire du pays, des biens, des hommes voire de l’univers
tout entier. Il se doit de maintenir l’unification politique qui remonte aux origines de la
royauté.

C-Fonction militaire

Pour maintenir Maât et repousser les forces du mal, le pharaon se doit de protéger son
pays contre les invasions étrangères, manifestation du chaos. Il est chef de l’armée et
de la diplomatie et conduit personnellement l’armée.

D-Fonction juridique

En tant que garant de l’harmonie universelle, il est tout naturel que l fonction judiciaire
incombe également au pharaon. C’est à lui d’arbitrer les conflits, de faire respecter les
lois, les nouveaux décrets quand le besoin s’en fait sentir et de diriger l’appareil
répressif.

La structure juridique repose sur le vizir portant le titre « de prêtre de Maat » et qui
dirige une multitude de fonctionnaires. Ces derniers ouvrent dans des juridictions
couvrant l’ensemble du pays. De ce fait, il n’existait pas de justice privée en Egypte.
Seul le pharaon avait le droit de vie et de mort sur ses sujets. Cependant, il ne pouvait
en user de manière arbitraire. Il devait se conformer aux lois. Quant aux gens du
peuple, même de rang social peu élevé, ils pouvaient espérer faire valoir leurs droits.

E-Fonction économique

Le roi par l’intermédiaire de ses fonctionnaires contrôle les richesses produites, la


gestion et la répartition de la terre et de l’eau, l’entretien des canaux d’irrigation, la
collecte et la redistribution des divers produits et revenus du pays.

L’une des plus hautes institutions de l’administration, le trésor, est chargé de


l’exploitation des mines et des carrières et de l’organisation de l’expédition à
l’étranger. Mais son rôle principal consiste à prélever, sous formes d’impôts et de
taxes, la production des paysans, de la stocker et de la redistribuer de manière inégale
il est vrai aux différents serviteurs de l’Etat.
Sujet 7 : Le droit hébraïque

I-Les sources et caractères

Le pentateuque est la Loi. Mais au sein du pentateuque, le décalogue occupe une place de
choix. En effet, le décalogue s’inscrit dans une relation de liberté et place Dieu au centre du
système juridique et politique.

Le droit hébraïque est un don de Yaweh à son peuple. Le droit est donc la loi du Seigneur et
cette loi est parfaite (Psaume 19,8 ; Proverbe 28,9).

La loi concerne essentiellement la vie collective mais des dispositions visent également des
personnes privées.

La loi hébraïque semble également engager la responsabilité collective. Prophète Ezéchiel


18 et 33.

Enfin, c’est un droit empirique. En effet, le droit hébraïque n’est pas une science autonome.
Il ne formule pas de règles abstraites. La Bible n’a d’ailleurs pas de conception juridique.
Son langage est toujours concret. En somme, le droit ne s’est jamais isolé de l’acte qu’il
désigne et du sujet de cet acte.

II-Les grands axes du droit hébraïque

1-Le crime et sa sanction

Le principe du talion hébraïque dispose : « œil pour œil, dent pour dent ». Il signifie que la
réparation du dommage causé à un œil doit s’évaluer suivant un principe équivalent à la
valeur de cet œil dans un effet de replacement par remplacement. L’œil crevé
accidentellement doit être réparé par une juste indemnisation, non en crevant l’œil de
l’auteur du dommage. La loi s’offre ainsi à la défense. Œil pour œil correspond à
l’expression de la loi que le juge doit appliquer en équité.

2-Le droit de la femme

Bien qu’étant une société patriarcale, la société hébraïque reconnait à la femme une capacité
juridique qui lui permet d’être associée aux décisions et actes de la vie. Elle dispose ainsi
d’un patrimoine qui lui est propre, de servante et de serviteur (Genèse 29,24 /30,4 et 9).

3-Le droit judiciaire

La justice inspirée de Dieu accompagne le droit. La procédure hébraïque se fonde non sur
l’aveu mais sur des témoignages à collecter, vérifier et confronter. La procédure es
contradictoire (Proverbe 18,17).
Sujet 8 : La société hébraïque