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Cabinet Laboratoire

Le diagnostic occlusal
en prothèse amovible partielle
A. PARA, O. HUE
Chirurgiens-dentistes

Pourquoi un diagnostic occlusal n prothèse adjointe partielle, la

E
en prothèse amovible partielle ? réalisation d’un examen clinique
Comment réaliser les examens complet est le préalable indispen-
exo et endo-buccaux ? sable à l’établissement d’un
Quand et comment utiliser diagnostic et d’un plan de traite-
les maquettes d’occlusion ? ment adapté aux conditions physiques
propres du patient. Cet examen clinique
Quels éléments prendre en compte
comporte de nombreux éléments dont
pour le plan de traitement ? l’occlusion.
Cependant, en raison de différentes mani-
festations algiques ou fonctionnelles, liées
de manière directe ou indirecte à « l’oc-
clusion », l’examen occlusal se déroule en
plusieurs étapes au cours desquelles des
informations seront recueillies lors de l’en-
tretien avec le patient, de l’examen

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Diagnostic occlusal en PAP - A. Para

exobuccal et endobuccal, de l’évaluation l’obtention d’un équilibre prothétique),


des radiographies et de l’analyse de fait le constat d’asymétrie du visage (peut
modèles d’étude montés en articulateur. être le signe d’une anomalie des bases
L’analyse occlusale préprothétique s’im- squelettiques), ou d’une diminution de
pose, afin de guider la réalisation des l’étage inférieur de la face avec affaisse-
futures séquences thérapeutiques et ment des commissures labiales par
d’obtenir, in fine, une prothèse équilibrée exemple (parfois signe d’une diminution
répondant aux principes de rétention, de de la Dimension Verticale d’Occlusion
sustentation et de stabilisation, et préser- DVO).
vant l’intégrité tissulaire.
L’examen clinique endobuccal (fig. 1)
PREMIÈRE ÉTAPE : Il comprend non seulement l’évaluation de
EXAMEN GÉNÉRAL l’hygiène orale, la susceptibilité aux caries,
La première séance diagnostique est le contexte parodontal, mais aussi, dans
essentiellement consacrée à l’anamnèse, l’optique de notre diagnostic occlusal, la
et permet au praticien de faire connaissan- détermination du type d’édentement et
ce avec le patient et d’établir un état des l’analyse des rapports occlusaux :
lieux de sa situation médicale, par un ques- • le type d’édentement (classes de
tionnaire de santé, et de sa situation Kennedy) et d’affrontement des arcades
dentaire, par des examens clinique et radio- partiellement édentées (classes de
graphique. Ces examens sont complétés, Matsumoto) renseignent sur l’existence
en fin de séance, par une prise d’em- d’un calage occlusal par des dents natu-
preintes pour réaliser des modèles d’étude. relles, ainsi que sur la conservation ou la
On devra alors prendre en compte tous perte de la DVO initiale du patient (1),
les éléments intéressants pour notre • les rapports occlusaux donnent la classe
diagnostic occlusal, concernant le plan d’Angle au niveau canin, et les possibili-
d’occlusion, la dimension verticale d’oc- tés de guidage antérieur et de protection
clusion et l’occlusion de relation centrée. canine (pour éviter des efforts déstabili-
sants sur la prothèse amovible partielle),
L’évaluation psychologique • des interférences en propulsion / latéra-
et médicale du patient lité non travaillante, des abrasions
Elle passe par : marquées des cuspides mandibulaires
• un entretien, qui a certes pour but d’éta- renseignent sur le cycle masticatoire du
blir un rapport de confiance avec le patient, patient (mouvements d’excursion laté-
de cerner sa psychologie, ses attentes, raux plus ou moins amples), dont il faudra
mais aussi d’observer ses caractéristiques tenir compte lors du montage des dents
physiques (élocution, problèmes neuro- pour assurer à la prothèse une fonction
musculaires, phonation, bruxisme…) et efficace,
ses motifs de consultation (douleur aux • l’examen des crêtes (hauteur, volumes,
oreilles, problème fonctionnel lors de la forme, contre-dépouilles, texture…)
mastication…), annonçant par exemple un renseigne sur la Hauteur Occlusale
dysfonctionnement des articulations Prothétique Utilisable HOPU (située entre
temporomandibulaires (ATM) qui devra la crête analysée et les dents ou la crête
être résolu avant de valider l’occlusion de antagoniste) et sur les conditions de stabi-
relation centrée, lisation de la prothèse envisagée. Cet
• un bilan de santé qui permet par examen peut éventuellement orienter
ailleurs d’évaluer les effets d’un potentiel vers une chirurgie préprothétique des
problème physique sur le traitement crêtes ou une mise en condition tissulaire.
dentaire (diabète, problème cardiovascu- Lors de l’examen clinique, on observe
laire, prise de médicaments au long également des repères anatomiques
cours…). pour évaluer globalement la situation du
plan d’occlusion existant, par rapport à un
L’examen clinique exobuccal plan d’occlusion physiologique idéal.
Il renseigne sur le type facial squelettique
(orientant sur les difficultés inhérentes à A la mandibule, le plan d’occlusion

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s’évalue par rapport à trois repères princi- • analyse du contour des tissus
paux. Il se situe : durs/mous et de l’espace pouvant être
• antérieurement, 1mm sous le bord de occupé par une prothèse amovible
la lèvre inférieure, partielle,
• latéralement, 1mm sous le maximum • évaluation des dents existantes et des
de convexité de la joue et du plan équa- besoins de restauration scellée,
torial de la langue, • besoins d’éventuelles corrections
• distalement, au milieu du trigone rétro- chirurgicales d’exostoses, de freins
molaire. proéminents, besoin d’aménagement
Au maxillaire également, bien que des tissus mous,
moins systématiquement, il est possible • étude au paralléliseur des dents
de noter quelques repères : restantes : détermination des lignes
• dans le plan frontal : bord libre des dents guides des dents support de crochets.
naturelles situé parallèlement au plan bipu-
pillaire, dépassant plus ou moins la lèvre Ces modèles d’étude permettront d’ef-
supérieure en fonction du type morpholo- fectuer le tracé prospectif du châssis
gique, de l’âge et du sexe du patient. métallique de la future prothèse, donc
• dans le plan sagittal : plan d’occlusion d’établir les modifications morpholo-
parallèle au plan de Camper, et de façon giques que cela impose sur les dents
plus anecdotique 5 à 6 mm au dessous restantes (préparations d’appuis occlu-
de l’orifice du canal parotidien (canal de saux, créations de plans guides…) .
Sténon), au niveau de la première prémo- La prise d’empreintes pour les modèles
laire maxillaire. d’étude se fait généralement avec des Fig. 1 Patient présentant
hydrocolloïdes irréversibles (alginate). un édentement maxillaire
L’examen radiographique (fig. 2) L’alginate est un matériau de choix car il de classe I division1 de
Il requiert une radiographie panoramique apporte une grande précision, une facilité Kennedy, édentement
qui permet d’évaluer l’ensemble de l’ar- mandibulaire terminal de
de manipulation et un faible coût (7).
classe I de Kennedy.
cade, de découvrir d’éventuelles racines L’empreinte, prise avec un porte-
sous muqueuses ou intra-osseuses ou Fig. 2 Examen radiogra-
empreinte non perforé en métal (rigide et
phique panoramique : seu-
des lésions telles que des kystes etc. et retenant correctement le matériau à les 13, 23, 24, 25 parais-
des clichés rétroalvéolaires qui permet- empreinte), pourra alors être de deux sent conservables. Les
tent de déterminer de manière précise le types : autres dents n’ont pas un
rapport racine clinique/couronne clinique, • en un temps (empreinte classique) : en bon pronostic (caries, apex
l’épaisseur de l’espace desmodontal, la cas d’édentement de faible étendue, résiduel, et mobilité impor-
présence de défauts osseux. • en deux temps (empreinte à l’alginate tante selon examen cli-
Pour terminer, des empreintes sont nique)
rebasée) (fig. 3) : en cas d’édentement de
prises après ces examens cliniques, afin moyenne ou grande étendue, antérieur Fig. 3 Empreinte de l’arca-
de maxillaire par la
de réaliser des modèles d’études qui ou postérieur. Il s’agit d’un alginate dense technique de l’alginate
seront ensuite montés en articulateur. (au niveau des secteurs édentés posté- rebasé, pour réaliser le
Les objectifs des modèles d’études sont rieurs), rebasé par un alginate plus fluide modèle d’étude.
multiples (2) : (enregistrant aussi le secteur antérieur).

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4a b

DEUXIÈME ÉTAPE : MONTAGE DES • le plan d’occlusion (dont le transfert


Fig. 4
MODÈLES EN ARTICULATEUR permet le montage en articulateur du
a Aspect général de la
maquette d’occlusion man- La deuxième étape de l’examen occlusal modèle maxillaire dans un premier
dibulaire. a pour objectif le montage des modèles temps),
b Celle-ci recouvre les d’étude en articulateur. • l’occlusion de relation centrée (ORC),
bords libres des dents Ce montage a pour but de matérialiser et • la dimension verticale d’occlusion
antérieures. d’analyser les relations : (DVO) (l’enregistrement de ces deux
• intra-arcades : évaluations de la forme, paramètres permet le montage en articu-
de l’importance des malpositions lateur du modèle mandibulaire dans un
dentaires, des structures ostéo- deuxième temps).
muqueuses, volume des tubérosités, des
lignes mylohyoïdiennes, présence de La phase préalable : les maquettes
contre-dépouilles, d’occlusion
• inter arcades : analyse détaillée des Le point commun aux enregistrements de
rapports occlusaux du patient et de l’es- ces trois éléments est la nécessité d’utili-
pace prothétique disponible par un accès ser de maquettes d’occlusion (3).
visuel dans les trois plans de l’espace En effet, pour enregistrer la relation
(surtout perspectives faciale et linguale), occlusale entre l’arcade maxillaire et l’ar-
impossible à objectiver sur le patient cade mandibulaire, on recherche un large
avec ses joues, ses lèvres et sa langue. polygone de sustentation, pour transfé-
De plus, rer, de manière sûre, cette relation sur
• il permet de réaliser d’éventuels articulateur.
montages directeurs pour visualiser les Il s’agit de trouver trois ou quatre points
futures restaurations, de l’arcade suffisamment éloignés les
• il constitue un point de repère en cours uns des autres (soit un point ou deux
de traitement pour situer les étapes points controlatéraux antérieurs (incisives
restantes. ou canines) et deux points controlatéraux
De ce fait, il facilite l’explication au patient postérieurs (à partir de la deuxième
du plan de traitement et laisse une trace prémolaire), afin d’éviter les mouve-
de l’état du patient avant traitement. ments de bascule des modèles en
Le diagnostic occlusal que l’on réalisera occlusion ou du modèle maxillaire (posé
ensuite porte sur trois éléments indis- face dentée sur une surface plane) autour
pensables qui, après une phase préalable d’un centre de rotation constitué par la
de réalisation de maquettes d’occlusion, dent bordant l’édentement.
seront transférés sur articulateur en deux En absence de quadrilatère ou de triangle
temps : de sustentation denté (cas fréquent lors

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d’un édentement partiel de moyenne ou douloureuses. Cette adaptation participe


grande étendue), il faudra alors combler au confort et à la tranquillité du patient et
les espaces édentés par un bourrelet en du praticien lors des différentes manipu-
cire soutenu par une base rigide (bourre- lations des maquettes d’occlusion en
let et base constituent la maquette bouche.
d’occlusion).
Les objectifs des maquettes d’occlusion La phase clinique : montage des
sont : modèles
• d’enregistrer les relations inter arcades Le transfert du plan d’occlusion
en relation centrée, Il permet de reproduire son orientation
• d’éviter les contacts dentodentaires et/ou sa hauteur, par l’intermédiaire d’un
antagonistes, arc facial ou d’une table de montage,
• d’être stables dans la cavité buccale, avec ou sans maquette d’occlusion.
• de compenser les altérations du plan Le transfert par arc facial est la méthode
occlusal, de choix : l’orientation et la hauteur du
• de protéger les dents mobiles et /ou plan d’occlusion par rapport à la base du
douloureuses, crâne sont fidèles aux relations trouvées
• de prévenir les fractures des dents du en bouche. Mais cette solution n’est pas
modèle, toujours indispensable (si le patient est
• d’assurer la stabilité des modèles anta- porteur d’une prothèse amovible complè-
gonistes. te, une table de montage suffit) ou
Cependant, ces maquettes d’occlusion possible à mettre en œuvre (patient très
ne sont pas toujours indispensables. âgé ayant des difficultés de compréhen-
Dans le cas d’édentement de faible éten- sion, appareils auditifs que l’on ne peut
due (une à trois dents), avec des dents pas enlever…). Dans ce cas, on utilisera
restantes qui ne perturbent pas le plan une table de montage. De façon schéma-
d’occlusion, il est possible d’obtenir tique, on peut orienter notre démarche
quatre points assurant la stabilité des selon l’arbre décisionnel ci-contre.
modèles. Seule une cire d’occlusion • Avec un arc facial
(feuille de cire Moyco®) interposée entre On repositionne le modèle maxillaire en
les dents antagonistes est nécessaire tenant compte de la position de l’arcade
pour enregistrer et transférer la relation
centrée sur articulateur.
Par contre, en présence d’un édente-
ment de moyenne ou grande étendue Arbre décisionnel
(classe I, II, III ou IV), on réalisera une
maquette d’occlusion rigide, afin de
transférer de façon fiable, sans déforma-
tion, les données voulues sur articulateur.
Dans le but d’assurer cette rigidité, il est
conseillé de réaliser une base d’occlusion
en résine. Cependant, face aux risques
de fractures des dents du modèle, nous
préférons les bases d’occlusion présen-
tant une cire rose coulée sur la surface
d’appui (Anutex®) renforcée par de la cire
dure de type Moyco®.
Enfin, un point particulier de ces
maquettes est que le bourrelet d’occlu-
sion en cire doit recouvrir les dents
restantes (fig. 4), de manière à assurer la
stabilité de la base d’occlusion sans
crochet, de prévenir tout contact dento-
dentaire direct, de protéger les dents
présentant une mobilité excessive et

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7a b

par rapport à la base du crâne. La four- rialise le milieu incisif (fig. 5 et 6). Le mo-
Fig. 5 Réglage de la
chette de l’arc est stabilisée sur les dents dèle maxillaire, grâce aux dents restantes
maquette maxillaire : un
plan de Fox double permet restantes (polygone de sustentation) ou non mobiles ou grâce à la maquette d’oc-
de contrôler le parallélisme, sur l’arcade reconstituée par la maquette clusion plane à recouvrement, est placé
entre la surface occlusale d’occlusion (avec des encoches de réten- sur la table de montage en fonction des
de la maquette et le plan tion). Puis les branches extérieures de repères habituels, et fixé par quelques
bipupillaire, et entre le plan l’arc sont parallélisées au plan de points de cire collante ; enfin, il est soli-
occlusal et le plan de Francfort et l’appui nasal est placé. L’arc darisé à son galet par du plâtre type
Camper.
facial est ensuite fixé à un articulateur Snow White®.
Fig. 6 Matérialisation du (non adaptable ou semi-adaptable selon Lorsque qu’une maquette d’occlusion
milieu interincisif pour bien
positionner le modèle sur la complexité du cas) et le modèle maxil- recouvrant les bords libres est utilisée, le
le plateau lors du montage laire solidarisé à son galet par du plâtre à réglage de la tige incisive doit tenir comp-
en articulateur. prise rapide, du type Snow White®. te de cette épaisseur (fig. 7).
Fig. 7a Montage en articu- • Avec une table de montage L’utilisation de la table de montage est
lateur du modèle maxillaire Si on utilise une maquette d’occlusion plus simple que celle de l’arc facial, mais
par l’intermédiaire de la recouvrant les dents, on doit commencer elle ne retranscrit pas l’orientation ni la
maquette d’occlusion. par paralléliser la surface du bourrelet en situation exacte du plan d’occlusion par
b La tige incisive est réglée cire (représentant le plan occlusal) avec le rapport à la base de crâne du patient.
à L + 1mm (L = épaisseur plan de Camper et à la ligne bipupillaire, L’enregistrement de la relation intermaxillaire
du bourrelet de cire). grâce à une règle de Fox , puis on maté- Il se fera en Occlusion de Relation

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8a b

9a b

Centrée (ORC), quelle que soit la classe rale de la mandibule, utilisation d’une
d’édentement du patient. Fig. 8 Enregistrement de
gouttière occlusale (fig. 8a et b)
la dimension verticale d’oc-
C’est une relation fondamentale pour • enregistrée par différents moyens (9) : clusion et de la relation
l’évaluation diagnostique de l’occlusion avec une feuille de cire non percée entre centrée.
du patient car c’est une position de les arcades (si on n’utilise pas de maquet- a La maquette mandibulai-
détente musculaire, répétitive (13). te d‘occlusion) ou avec la maquette re est mise en place et le
De plus, au stade de l’analyse préprothé- d’occlusion sur l’une des arcades partiel- patient guidé en RC.
tique, le montage en ORC permet lement édentée. Le patient est alors b L’enregistrement est
finalisé par de l’Aluwax®.
d’objectiver les interférences entre OIM guidé en relation centrée, puis on
et ORC (source d’obstacle à la stabilité rapproche les arcades pour marquer la Fig. 9a, b Vérification de la
relation enregistrée et de
prothétique), souvent présentes chez les cire par les cuspides dentaires sans aller la stabilité de l’enregistre-
patients édentés partiellement. jusqu’au contact dentodentaire. ment, par interposition de
Mais un problème se pose pour la Les contacts ainsi obtenus peuvent être la maquette mandibulaire
construction prothétique : nécessité ou renforcés ou précisés à l’aide de maté- entre les modèles en
obligation de la relation centrée ? riaux offrant une meilleure stabilité plâtre.
La relation centrée peut être : dimensionnelle, une meilleure précision
• obtenue par différentes méthodes : de surface, une prise rapide tels que la
pouce sur la face labiale de l’incisive infé- cire Aluwax®, l’hydroxyde de calcium
rieure, sur la symphyse, alternance de type Dycal®, l’oxyde de zinc-Eugénol.
protrusion/rétrusion, manipulation bilaté- Une fois l’enregistrement réalisé, on véri-

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occlusale (qui indiquera ensuite, si néces-


saire, une diminution ou une aug-
mentation de cette DVO).
• Si aucune dent ne propose de contact
par sa partie coronaire avec l’arcade anta-
goniste (classe II de Matsumoto), la DVO
n’est pas maintenue par les dents natu-
relles, il faut la rétablir sur le bourrelet
d’occlusion.
• Si une des arcades est édentée totale-
ment (classe III de Matsumoto) et l’autre
édentée partiellement, deux situations
sont envisageables : si l’édentement
total est restauré par une prothèse
amovible complète, on enregistre la DVO
existante (avec ou sans maquette d’oc-
clusion sur l’arcade antagoniste, selon
l’étendue de l’édentement) ; si le patient
10 ne possède pas de prothèse complète,
on s’aide de la maquette d’occlusion de
l’arcade édentée totalement pour rétablir
une DVO correcte.
Le transfert de la DVO se fait alors par les
mêmes techniques que la relation
centrée car c’est le même enregistre-
ment qui transfert DVO et ORC.
Une fois toutes ces étapes réalisées, on
peut passer au diagnostic occlusal
proprement dit.

LE DIAGNOSTIC OCCLUSAL
Le diagnostic occlusal consiste en l’ana-
lyse occlusale préprothétique, synthèse
des observations préalables, qui permet-
tra de guider les différentes séquences
de réalisation de la future prothèse.
Ce diagnostic occlusal n’est pas inutile, car
comme l’écrivaient Evelyne Batarec et
11 Danielle Buch dans leur abrégé de prothèse
adjointe partielle : “Tout acte thérapeutique
comporte un risque (1). Modifier profondé-
ment et sans nécessité une occlusion bien
fie l’adaptation parfaite des modèles sur tolérée est un sur-traitement parfois lui-
Fig. 10 Montage en articu- la cire (fig. 9), puis les modèles sont même pathogène. En revanche, se
lateur du modèle man- montés en articulateur (fig. 10). contenter de combler des brèches éden-
dibulaire : tige incisive
réglée selon l’épaisseur L’enregistrement de la Dimension tées sans se préoccuper d’une relation
des matériaux (cire + Verticale d’Occlusion maxillo-mandibulaire perturbée n’est pas
Aluwax) interposés entre Il est concomitant à celui de la relation faire œuvre de thérapeute”.
les arcades. intermaxillaire. L’analyse de la DVO exis-
Fig. 11 Analyse occlusale tante fait appel aux classes d’éden- Nous allons donc analyser les différents
du modèle maxillaire : tement de Matsumoto : paramètres enregistrés précédemment
visualisation des dents • Si la DVO du patient est maintenue le plan d’occlusion, la relation centrée et
égressées (15-16 principa- par ses contacts dentaires naturels (clas- la dimension verticale d’occlusion autour
lement et 24-25).
se I de Matsumoto), on l’enregistre pour de la triade proposée par Orthlieb
intégrer cette DVO initiale à l’analyse « centrage, calage, guidage » (10).

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L’analyse du plan d’occlusion nouvelle valeur de dimension verticale


Plan passant par le bord des incisives et est obtenue, la DVOIM.
les pointes cuspidiennes et qui permet Une fois cette valeur déterminée, les
d’objectiver ses altérations. boîtiers condyliens sont de nouveau
Pour ce faire, différentes solutions sont bloqués en relation centrée, afin de repé-
possibles, en plus de l’examen clinique rer ce qui se passe au niveau du contact
établi précédemment (où les repères de la pointe de la tige incisive avec le
anatomiques maxillaire et mandibulaire plateau :
ont été observés). - si la pointe touche le plateau, il y a
Le plus simple est de tracer une ligne absence de prématurité dans le passage
virtuelle sur le modèle mandibulaire, de OIM à ORC,
partant de la face distale de la canine et - si la pointe ne touche pas : il existe des
se terminant au milieu du trigone rétro- points de sur-occlusion en ORC.
molaire : on note alors les dents qui Il faudra alors envisager une équilibration
paraissent en sur-occlusion ou sous- occlusale pour supprimer ces prématuri-
occlusion par rapport à cette ligne (5). tés, pouvant nuire à l’équilibre de la
On peut également se servir de tech- prothèse.
niques géométriques plus anecdotiques,
issues de la théorie de la sphère de L’analyse du « calage » concerne la
Monson (calotte manuelle, calotte dimension verticale d’occlusion
montée sur articulateur, drapeau de Entre les deux arcades :
Wadsworth). Enfin, en cas de grands Existe-t-il une perte de DVO ?
désordres occlusaux, l’analyse d’une • Des signes cliniques de diminution de la
téléradiographie de profil peut être utile DVO (affaissement des commissures
(6-10). labiales par exemple) associés à la présen-
Les malpositions objectivées (égressions ce d’abrasions occlusales marquées sans
et versions) (fig. 11), les abrasions égression de compensation orientent par
dentaires, les rapports dents/crêtes anta- exemple vers une perte de la dimension
gonistes défavorables… rendent le plan verticale d’occlusion. Il faudra alors
d’occlusion anarchique : courbe de Spee augmenter cette DVO pour regagner de la
trop accentuée ou trop plate, courbe de hauteur prothétique utilisable, retrouver
Wilson trop marquée, courbe antérieure une fonction et une esthétique correctes.
inesthétique ou afonctionnelle (8, 11, 12). Dans ce cas, la prothèse doit être construi-
Il va donc falloir retrouver une harmonie te en relation centrée, car aucun contact
du plan d’occlusion par différentes tech- dentodentaire existant ne sera valable.
niques : • Si la DVO est maintenue par le calage
- relatives aux secteurs dentés: soustrac- de dents antagonistes naturelles en bon
tion (extractions, coronoplasties), état, il sera possible de la conserver
addition (amalgames, composites, inlay comme base de construction prothétique
onlay..), déplacement (orthodontie ou (fig. 12).
chirurgie orthognatique en cas de grands • Dans le cas particulier où la DVO est
désordres occlusaux), maintenue par un calage entre une dent
- relatives aux secteurs édentés : plastie et la muqueuse antagoniste (par égres-
muqueuse et/ou osseuse. sion de la dent ou hypertrophie de la
L’analyse du « centrage », ou de crête antagoniste), on pourra éventuelle-
l’occlusion de relation centrée ment conserver cette DVO, à condition
Elle porte sur l’objectivation des préma- de ménager une hauteur prothétique utili-
turités entre OIM et ORC (4) : sable suffisante (régularisation de crête,
En relation centrée, les modèles sont prothèse fixée ou extraction).
montés à une dimension verticale L’analyse des classes de Kennedy et de
donnée, la DVORC. La libération des Matsumoto
boîtiers condyliens et de la tige incisive Elle permettra d’affiner le choix de la
permet l’obtention sur articulateur de la position de construction prothétique :
relation d’intercuspidie maximale du ORC ou OIM ?
patient. En rebloquant la tige incisive, une • Les classes I et II de Kennedy (édente-

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tercuspidie maximale à condition qu’il y


ait un bon calage postérieur.

Analyse du « guidage » et des


rapports occlusaux
Existe-t-il un guide antérieur fonctionnel
en OIM? Une protection canine est-elle
possible à reconstruire ?
• Si le guide antérieur est fonctionnel,
c’est-à-dire s’il permet une désocclusion
des secteurs postérieurs grâce aux
contacts sur les dents antérieures en
propulsion et en latéralité, il faut conser-
ver l’OIM existante.
• Si la canine ne peut pas être utilisée
seule comme guidage en latéralité (canine
absente ou facteur dento-ostéo-parodontal
défavorable), il faudra envisager un autre
12 schéma occlusal que la protection canine
en latéralité, afin d’éviter une déstabilisa-
tion de la prothèse amovible partielle.
Ainsi, le diagnostic occlusal contribue à
l’établissement du plan de traitement
(extraction, chirurgie mucogingivale
préprothétique…) et à la recherche d’une
stabilité statique (en ORC) et dynamique
(en protrusion et latéralité) de la prothèse à
élaborer (fig. 13).
• En occlusion statique : s’il y a un calage
postérieur, un guide antérieur fonction-
nel, pas de perturbation majeure du plan
d’occlusion, et pas de perte de dimen-
sion verticale : on peut envisager une
reconstruction prothétique en OIM.
Sinon, il faut se baser sur la relation
centrée.
• En occlusion dynamique : le schéma
13 occlusal doit favoriser la prothèse la plus
instable. Deux concepts occlusaux sont
possibles :
Fig. 12 Analyse de la DVO ment postérieur bi- ou unilatéral) impo- - un concept d’occlusion unilatéralement
sur articulateur : elle est sent l’option de relation centrée, sauf s’il ou bilatéralement équilibrée (contacts
calée par le contact occlu- n’y a pas de perte de dimension verticale simultanés non travaillants et travaillants) :
sal 23-33 (il s’agit là d’une et si le guide antérieur est correct. sur les dents antérieures/postérieures en
classe I de Matsumoto). • La classe III (édentement encastré propulsion, et/ou sur les dents posté-
Cette DVO pourra être postérieur uni- ou bilatéral) pourra être
conservée lors de la rieures sur une ou deux latéralités,
traitée en occlusion de convenance si elle - un concept de protection mutuelle : en
construction prothétique.
ne représente qu’un petit segment (de propulsion, il s’agit du guidage antérieur,
Fig. 13 En occlusion, on
une à trois dents) ; la relation centrée et en latéralité, il s’agit de la protection
note une supraclusie (inci-
sives mandibulaires égres- sera obligatoire pour des segments plus canine ou de la fonction groupe antérieu-
sées et morsure palatine). importants ou dans les cas de classe II de re (canine + incisive latérale) ou groupe
Il faudra réaliser un monta- Matsumoto (c’est-à-dire lorsque aucune postérieure (canine + 1e prémolaire ± 2è
ge directeur esthétique dent ne se rencontre). prémolaire ± 1è molaire).
pour positionner les • La classe IV (édentement encastré Le choix du schéma occlusal dynamique
éléments de rétention du antérieur) sera traitée en occlusion d’in-
châssis métallique. peut être mixte (c’est-à-dire pas iden-

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tique des deux côtés en latéralité), en AUTO-ÉVALUATION


fonction du cas clinique.
Le schéma occlusal devra enfin être 1. L’abrasion ou l’usure de faces occlusales entraine-t-elle toujours une perte de
adapté à la classe d’occlusion d’Angle la dimension verticale d’occlusion ? Vrai Faux
diagnostiquée et aux particularités anato- 2. L’espace prothétique est-il une donnée essentielle de l’examen occlusal ?
miques remarquées. En effet, guidage Vrai Faux
antérieur et protection canine sont 3. Le plan occlusal peut-il être analysé ou déterminé par rapport à des repères
impossibles à obtenir en classe III ; situés à l’arcade mandibulaire. Vrai Faux
d’autre part, il faudra diminuer la profon- 4. Lors de la phase « diagnostic occlusal » l’enregistrement de la relation inter-
deur des pentes cuspidiennes, la pente maxillaire recherche toujours la relation centrée. Vrai Faux
canine ou incliner les dents prothétiques
5. Lors de l’enregistrement de la relation centrée, si des contacts s’établissent
si une occlusion équilibrée est nécessaire entre les dents antagonistes l’enregistrement est faux. Vrai Faux
en classe II d’Angle (dans laquelle le
guidage antérieur est, par définition, très
accentué).

CONCLUSION
Ainsi, du diagnostic occlusal découlent le
traitement prothétique et l’établissement
de relations intermaxillaires stables. Ce
choix devra être immuable, car il guidera
la réalisation des temps techniques. Il
devra donc être respecté, pour aboutir à
un résultat cohérent et satisfaisant.

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Adresse des auteurs :


Amandine PARA et Olivier HUE Faculté de Chirurgie Dentaire Paris 7, 5, rue Garancière 75006 Paris

Stratégie prothétique avril 2007 • vol 7, n° 2


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