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Haïti : entre humanitaire, image et

développement

Inutile de le rappeler, Haïti souffre et ceci depuis des années d’une image d’un pays de
misère, de violence, de famine, de corruption, et même pour certains de terrorisme, bref tout
ce qui peut renvoyer au coté obscur d’un pays. De la théorie des 4 H pour justifier le virus du
sida (hémophiles, Haïtiens, homosexuels et héroïnomanes), au fameux pacte passé avec le
diable pour se libérer du joug français, à l’immigration clandestine, cette image s’est
construite de générations en générations. Ceci étant, tous les étrangers ayant visité ce pays, et
les haïtiens eux-mêmes affirment haut et fort que l’image projetée à l’étranger ne correspond
en aucun cas à la réalité du pays.

Aujourd’hui, cette dégradation de l’image de la dite « perle des Antilles » ne fait que
continuer. La « République des ONG » c’est ce qui est attribué à cette ile, une République qui
entend se développer de par les organisations présentes sur son territoire, avec un chemin que
j’appellerai « l’illusion du développement » et qui risque de condamner les haïtiens dans la
spirale du sous-développement et de garder cette étiquette de « République des ONG », un
pays où l’on fait non pas du business mais de l’humanitaire, « on vient aider Haïti», « on vient
sauver Haïti », on ne vient pas travailler comme dans tout pays.
C’est exactement ce qui justifie l’expression « d’illusion de développement », aider Haïti
revient à nourrir les défavorisés, à leur apporter des soins médicaux et autres types d’aides,
mais développer un pays consiste à donner aux populations les moyens de faire face aux aléas
de la vie, de manière à ce qu’ils construisent leur avenir avec dignité et qu’ils se projettent
dans l’avenir avec confiance et optimisme. Le développement consiste aussi à donner aux
populations les moyens de choisir leur mode de développement, en gros, leur apprendre à
marcher plutôt que de les rendre dépendant à quoi que ce soit.

Comment les ONG, supposé nous développer, contribuent à notre dite condamnation ?

Le mode de financement des ONG explique tout, la plus grande partie des fonds
récoltés pour assurer le bon fonctionnement d’une ONG provient des cotisations
individuelles. Hors, ces cotisations sont une sorte de réponse à une émotion voir d’une pitié
manifestée à l’égard des haïtiens. Pour mieux comprendre ce phénomène il suffit de
comprendre que, dès que les médias d’un pays s’intéressent à faire un reportage sur jadis, la
terre de Toussaint Louverture, ils contactent des ONG, qui pour la plupart du temps sont
originaire du même pays que la chaine de télévision (ex : une chaine de télévision française
qui s’adresse à la Croix-Rouge française en Haïti pour faire un reportage). Chaque chaine de
télévision va sur le champ de travail de ces dites organisations, et à l’évidence dans des
quartiers sensibles ou des milieux défavorisés, et ce n’est que ces images qui seront
véhiculées à travers le monde. Etrangement, Cité-soleil semble, du moins aux yeux des
étrangers, représenter Haïti, avec ces images de violence, d’extrême pauvreté et de famine. Ce
qu’il faut retenir est que cette « cité » représente 5% de la population haïtienne et ne peut par
conséquent représenter tout un pays.
Ce qui fait que, notre pays renvoie une image de misère, de violence, et de tout ce qui peut
réveiller chez certains de la sympathie et de la pitié, d’où le pays de l’humanitaire.

Ce qu’on pense alors nous développer, nous condamne à une image dégradée de nous-
mêmes, une fausse image de notre patrie, et pour sortir de la « République des ONG » il nous
faudra du leadership, une vision, un projet national et de long terme afin que ces organisations
nous aident à construire notre Etat, afin qu’il puisse satisfaire les besoins de nos compatriotes
et de sortir de cette logique d’humanitaire sans fin.

Quelques pistes pour réorienter notre développement :

Mettre en place un service civique pour la jeunesse qui leur permettrait de consacrer du
temps à des missions utiles pour la société telles que la promotion de l’éducation pour tous,
les principes civiques, le reboisement, certains plans de reconstruction et autres.
Ce service civique devrait à terme recréer l’identité haïtienne, et apaiser les tensions sociales
qui déchirent notre nation et qui ralentit notre processus de développement.

En ce qui concerne l’Etat, l’aide internationale ne devrait aucunement être perçue


comme une ressource, mais comme un appui à la reconstruction, à la création d’un Etat
capable de satisfaire les besoins de tous les haïtiens, et de reconquérir leur souveraineté.

Pour cela, l’Etat devrait mettre l’accent sur des projets en collaboration avec le FMI et la
Banque Mondiale, pour formaliser le marché noir, l’économie informelle, qui échappe à
présent à l’Etat. En ce sens, les autorités publiques augmenteraient leurs recettes en percevant
des impôts de ces nouveaux marchés, de manière à diminuer l’aide internationale et se rendre
moins dépendant vis-à-vis de l’étranger.

En ce qui concerne les organisations non-gouvernementales présentes sur le territoire, le


gouvernement devrait identifier celles qui œuvrent dans les domaines de l’éducation, de la
santé, et du développement et les inciter à travailler en étroite collaboration avec les autres
organisations du domaine, et suivre le programme du gouvernement. Cela consisterait à
identifier les besoins de ces différents domaines et d’œuvrer là où il le faut, construire des
écoles, des hôpitaux, des universités avec les fonds du gouvernement et de tous ces
partenaires, et d’étudier ensemble la gestion de ces nouvelles ressources.

Certains considèrent que le développement est inévitable, mais pour cela il faut
apprendre de nos erreurs et choisir la bonne voie, celle qui nous amènera vers le
développement, le relèvement de la nation haïtienne.
Gilles Sallé