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Le Covid-19 ne tue presque plus en Europe

Malgré des foyers inquiétants ici ou là, les grands pays européens,
massivement frappés au printemps, n'enregistrent plus que des
flux résiduels de cas ou de décès. Avec un léger regain de cas
détectés en France et surtout en Belgique et Espagne. Le Covid-19
tue dix fois moins qu'en avril.

Les touristes sont revenus, mais mettent le masque, en Italie où l'épidémie n'est désormais plus qu'un «bruit de fond» sur le plan
sanitaire. (Miguel Medina/AFP)

Par Yves Bourdillon


Publié le 9 août 2020 à 11h54 Mis à jour le 10 août 2020 à 9h08

L'Italie au bout du tunnel


Première à avoir subi la vague épidémique de plein fouet en février, l'Italie est aussi
la première à en être sortie . Celle qui fut le pays le plus endeuillé au monde
n'enregistre plus que 250 cas (un millième du total) et sept décès par jour. Et ne
compte plus que 38 patients en soins intensifs, chiffre en déclin régulier, cent fois
moins élevé qu'au pic de début avril. A l'époque, les Italiens enduraient le plus strict
confinement au monde, avec interdiction de quitter leur domicile, sauf
approvisionnement ou activité professionnelle autorisée. Les Italiens ont fait preuve
d'une discipline à rebours des clichés : 85 % d'entre eux ne sortent pas sans leur
masque encore aujourd'hui et la prophylaxie préconisée par le gouvernement fait
l'objet d'un large consensus. Il est vrai que le discours, jamais paternaliste, de
l'exécutif sur la nécessité de tester et se masquer largement n'a jamais varié.

L'Allemagne tout en contrôle


Sérieuse. La gestion du Covid outre Rhin continue, imperturbablement : les
Allemands se font tester en masse et les cas positifs sont mis à l'isolement, mais le
confinement y a toujours été peu strict et non imposé. Un froncement de sourcil en
public suffit. On est prié de maintenir une distanciation sociale de 1,5 m ou de porter
un masque, toutefois obligatoire dans les magasins. Le Covid ne tue presque plus,
une dizaine de décès par jour, contre 280 au pic d'avril, et le nombre de cas décelés,
environ 800 par jour, demeure stable depuis deux mois, mais il suffit qu'il monte à
mille sur une journée pour susciter des communiqués alarmés des autorités. Le
patron du syndicat des médecins allant jusqu'à affirmer que la deuxième vague a
déjà commencé. Deux régions ont été mises en quarantaine quelques jours mi-
juillet. Une discipline qui, au vu de la faible létalité désormais, commence à être
contestée. Entre 10 et 20.000 manifestants ont, à l'appel d'organisations libertaires
et d'extrême droite, défilé à Berlin près de l'emblématique place de Brandebourg,
dimanche, sans masques, pour protester contre des « atteintes au droit » et « le port
de la muselière ».
Espagne deuxième vague ou pas ?

L'Espagne dément faire face à une deuxième vague de cas, malgré la nette hausse
des flux de cas quotidiens. Ces derniers sont repartis à la hausse le 18 juillet, pour
tripler en trois semaines et atteindre 3.000 par jour, un niveau sans équivalent en
Europe. Les autorités sanitaires mettent cette hausse sur le compte de la
généralisation des tests, soulignant que si le virus s'était diffusé plus largement
depuis trois semaines cela se manifesterait déjà par des résultats dramatiques. Le
pays continue de n'enregistrer que 7 morts par jour et le nombre de personnes en
réanimation en Catalogne, qui concentre la moitié des cas graves, n'a augmenté que
de cinq unités en deux semaines, à 105 au total. Faisant dire aux autorités de
Barcelone, qui craignent pour le tourisme , que tout est sous contrôle. La flambée en
Catalogne a incité Londres, Bruxelles, et Berlin jeudi, à instaurer des quatorzaines
aux voyageurs en provenance de cette région.

Rebond en Belgique
Panique à bord. La Belgique multiplie les mesures autoritaires, entre quatorzaine
imposées à certains voyageurs e uropéens (Mayenne, Catalogne, Genève, etc) et
définition d'une « bulle » de seulement 5 personnes avec qui chacun est autorisé à
avoir des contacts rapprochés. Source de ce subit durcissement, un quadruplement
en un mois des flux de nouveaux cas, à environ 600 personnes par jour. La
prévalence du Covid au sein de la population flambe aussi : 3 % des Belges testés
aujourd'hui, surtout des jeunes, sont séropositifs, contre 1 % il y a un mois. Un
regain qui ne s'est pas encore traduit dans la mortalité, stable depuis un mois à 2,5
morts par jour. Le Belgique ne compte plus que 265 patients hospitalisés,
exactement comme fin juin, dont 63 en soins intensifs.

Le Royaume Uni souffre toujours


Un frémissement. On décèle 700 cas par jour au Royaume-Uni, en légère remontée
par rapport au creux de mi-juillet, pour revenir aux niveaux de fin juin. Pas de
deuxième vague donc, mais plutôt un frémissement indiquant que l e Covid-19
demeure plus actif qu'ailleurs en Europe. Une dynamique qui s'explique par le fait
que Londres a tardé à admettre que sa stratégie de recherche d'immunité collective,
en mars, allait déborder ses services d'urgence. Du coup, le gouvernement a
réinstauré lundi un confinement «light» à Manchester et prépare des plans
drastiques pour Londres. Le nombre de patients hospitalisés continue son déclin
régulier, à 1.150 personnes aujourd'hui, deux fois moins qu'il y a un mois. Et vingt
fois plus bas qu'au pic de mi-avril. Et si le Covid-19 tue toujours cinq fois plus que
dans le reste de l'Europe, en proportion de la population, sa létalité affiche toutefois
un déclin régulier, deux fois plus basse que fin juin.

Yves Bourdillon