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1.3.

COMBINATOIRE ET PROBABILITÉS 33

1.3 Combinatoire et probabilités


La combinatoire (ou analyse combinatoire) est l’étude des ensembles finis du point de
vue du nombre de leurs éléments. Elle porte sur le dénombrement de configurations d’objets
satisfaisant des conditions données. La combinatoire sert d’outil dans plusieurs problèmes
élémentaires en théorie des probabilités, domaine des mathématiques qui trouve son origine
dans l’étude des jeux de hasard.
1. Deux principes de comptage.
Les deux principes suivants jouent un rôle fondamental en combinatoire.
Principe d’addition :
Soit deux ensembles A et B contenant respectivement m et n éléments et tels que
A ∩ B = ∅. Alors l’ensemble A ∪ B contient m + n éléments.
Principe de multiplication :
Soit deux ensembles A et B contenant respectivement m et n éléments. Alors l’ensemble
A × B contient m · n éléments.
Il va de soi que chacun de ces principes peut se généraliser à un nombre fini quelconque
d’ensembles. Ainsi, dans le cas du premier, si A1 , A2 , . . . , Ak forment une partition de
l’ensemble E, alors
#E = #A1 + #A2 + · · · + #Ak .
Le premier principe affirme essentiellement que le tout est la somme de ses parties.
Quant au second, il peut être vu comme une conséquence de l’autre. En effet, si A =
{a1 , a2 , . . . , am }, alors A × B peut se partitionner en m ensembles E1 , E2 , . . . , Em , où
Ei = {(ai , b) : b ∈ B}. Chaque Ei comprenant n éléments, on a
#(A × B) = #E1 + #E2 + · · · + #Em ,
= n + n + · · · + n (m fois le terme n),
= m · n.

Le principe additif peut se généraliser de la façon suivante : Si #A = m et #B = n,


alors #(A ∪ B) ≤ m + n (avec égalité lorsque A ∩ B = ∅).
Exemples:
(a) J’ai dans ma bibliothèque 50 livres de mathématiques en français et 40 livres de mathéma-
tiques en anglais (et aucun dans une autre langue). Je peux donc y choisir un livre de
mathématiques de 50 + 40 = 90 façons différentes.
(b) Mon collègue de travail possède 30 livres de mathématiques en français. Si n représente
le nombre de livres mathématiques français qui peuvent être consultés dans nos deux
bureaux, alors 30 ≤ n ≤ 80, puisque un exemplaire du même livre pourrait se retrouver
dans chacune de nos deux bibliothèques.
(c) En lançant une pièce de monnaie et un dé, on peut obtenir 2·6 = 12 résultats différents :
(p, 1), (p, 2), (p, 3), (p, 4), (p, 5), (p, 6),
(f, 1), (f, 2), (f, 3), (f, 4), (f, 5), (f, 6),
où p représente “pile” et f “face”.
34 CHAPITRE 1. UN COFFRE D’OUTILS

Les principes de comptage précédents sont souvent exprimés en termes de choix :


Étant donné deux piles d’objets, si un objet peut être choisi dans la première de m
façons et aussi un objet choisi dans la seconde de n façons, alors le choix d’un objet
de l’une ou l’autre des piles peut se faire de m + n façons.
Étant donné deux piles d’objets, si un objet peut être choisi dans la première de m
façons et aussi un objet choisi dans la seconde de n façons, alors le choix de deux
objets, un dans chacune des piles, peut se faire de m · n façons.
Exemples:
(a) Montrer qu’à partir d’un ensemble comprenant n éléments, on peut former 2n sous-
ensembles.
Soit A = {a1 , a2 , . . . , an }. Déterminer un sous-ensemble X de A revient à se demander,
pour chaque i = 1, 2, . . . , n, si ai ∈ X. Mais pour chaque élément ai de A, on a deux
possibilités : ou bien on met ai dans X, ou bien on ne l’y met pas. Et comme on répète
un tel choix n fois, on a donc

2 × 2 ×· · · × 2 = 2n
n fois

sous-ensembles pouvant être formés.


L’arbre suivant illustre le processus pour le cas d’un ensemble A = {a, b, c} à trois
éléments. Pour chaque x ∈ A, une flèche vers le haut indique qu’on prend x, et une
flèche vers le bas indique qu’on ne le prend pas.
c

b c

b
c
a
c

a
c

b c

b c

(b) Trouver le nombre d’entiers positifs dont le développement en base b comprend k chiffres.
Comme il y a b − 1 possibilités pour le chiffre de gauche (0 ne peut y figurer) et b pour
chacun des autres chiffres, le nombre total de tels entiers est (b − 1) · bk−1 .
(c) Trouver le nombre de nombres impairs dont le développement décimal comprend quatre
chiffres distincts.
On s’intéresse aux nombres impairs allant de 1000 à 9999 dont les chiffres sont tous
différents. On a donc quatre choix à faire. Il est plus commode de commencer par le
chiffre des unités, pour lequel il y a 5 possibilités : 1, 3, 5, 7 ou 9. Comme le chiffre des
unités de mille ne peut être 0, il reste 8 choix possibles après le choix du chiffre des
1.3. COMBINATOIRE ET PROBABILITÉS 35

unités. Le chiffre des centaines peut alors être choisi de 8 façons, quels que soient les deux
premiers choix, puis celui des dizaines de 7 façons. Il y a donc en tout 5 · 8 · 8 · 7 = 2240
nombres répondant aux conditions du problème.
(d) Trouver le nombre de nombres de 1 à 1000 dont le développement décimal comprend
une seule fois le chiffre 3.
Soit E, l’ensemble de tous les nombres répondant à la question et considérons la partition
E = E1 ∪ E2 ∪ E3 , où, pour j = 1, 2, 3, Ej désigne l’ensemble formé des nombres de
E s’écrivant avec j chiffres (il n’y a pas de nombre à 4 chiffres dans E). Clairement
#E1 = 1. Les nombres dans E2 sont de deux types : (i) ceux dont le chiffre des unités
est 3, sauf 33 (il y en a 8) ; (ii) ceux dont le chiffre des dizaines est 3, sauf 33 (il y en
a 9). On a donc #E2 = 8 + 9 = 17. De même, E3 comprend des nombres ayant un 3
soit dans la position des unités (il y en a 8 · 9), soit dans celle des dizaines (8 · 9), soit
dans celle des centaines (9 · 9), de sorte que #E3 = 72 + 72 + 81 = 225. On a donc
#E = #E1 + #E2 + #E3 = 1 + 17 + 225 = 243.
(e) Trouver le nombre de nombres dont le développement décimal comprend trois fois le
chiffre 7, une fois le chiffre 8 et une fois le chiffre 9.
Comme on s’intéresse à des nombres à 5 chiffres, il y a 5 positions possibles pour le
chiffre 8 et 4 pour le chiffre 9, les 3 autres étant toutes occupées par le chiffre 7. Il y a
donc 5 · 4 = 20 nombres du type demandé.
(f) Trouver le nombre de nombres dont le développement décimal comprend trois fois le
chiffre 7 et deux fois le chiffre 8.
On s’intéresse à nouveau à des nombres à 5 chiffres, mais il y a maintenant deux fois
moins de possibilités que dans l’exemple (e). On trouve ainsi 10 nombres du type de-
mandé.

2. Permutations d’un ensemble.


Soit r un entier positif. Une r-permutation d’un ensemble E à n éléments est un
classement ordonné de r éléments choisis parmi ces n, chaque élément ne pouvant
servir qu’une seule fois. Il s’agit donc d’une liste ordonnée et sans répétitions. On parle
aussi d’arrangement de n objets pris r à la fois. On désigne par P (n, r) le nombre de
r-permutations de n objets.
Exemple:
P (8, 5) = 8 · 7 · 6 · 5 · 4 = 6720. Cela revient à faire une liste ordonnée de 5 objets choisis parmi
8, le premier élément de la liste pouvant être choisi de 8 façons, le second de 7 façons, etc.
Une autre interprétation de P (8, 5) est le rangement de 5 objets distincts dans 8 tiroirs :
il y a 8 tiroirs possibles pour le premier objet, 7 pour le second, etc.
Observons que P (n, r) = 0 lorsque r > n, puisqu’on ne peut former de liste de r
éléments distincts avec seulement n. Par ailleurs P (n, 1) = n pour tout entier positif
n. De façon générale, pour r ≤ n,
n!
P (n, r) = n × (n − 1) × (n − 2) × · · · × (n − r + 1) = .
(n − r)!

Lorsque r = n, une r-permutation s’appelle simplement une permutation de n éléments.


Une permutation d’un ensemble E est donc une liste des éléments de E donnée dans
36 CHAPITRE 1. UN COFFRE D’OUTILS

un certain ordre. On a

P (n, n) = n × (n − 1) × · · · × 3 × 2 × 1 = n!.

Exemples:
(a) De combien de façons peut-on asseoir 10 personnes (i) à une table d’honneur sur une
estrade ; (ii) autour d’une table circulaire ?
(i) Il y a 10! = 3 628 800 façons. (ii) Faisant asseoir l’une des personnes, il y a donc 9
façons d’occuper le siège à sa gauche, 8 pour le siège suivant, etc. Il y a donc en tout
9! = 362 880 dispositions possibles.
(b) De combien de façons peut-on asseoir 10 personnes autour d’une table circulaire, s’il y
a deux personnes parmi celles-ci qui ne peuvent être assises côte à côte ?
Soit A et B, les deux personnes ne pouvant se trouver l’une à côté de l’autre. Faisant
asseoir A, il y a donc 8 façons d’occuper le siège à sa gauche (car B ne peut s’y trouver),
et 7 façons pour le siège à sa droite. Les autres sièges peuvent être occupés de 7! façons,
ce qui donne en tout 8 · 7 · 7! = 7 · 8! = 282 240 dispositions possibles.

3. Combinaisons d’un ensemble.


Soit r un entier naturel. Une r-combinaison d’un ensemble E à n éléments est un clas-
sement de r éléments choisis parmi ces n, sans qu’on se préoccupe de l’ordre et chaque
élément ne pouvant servir qu’une seule fois. En d’autres mots, une r-combinaison de
E est un sous-ensemble de E contenant r éléments.  Le nombre de r-combinaisons de
n objets se désigne par la notation C(n, r) ou nr . (Ce dernier symbole s’appelle un
coefficient binomial , car il intervient dans le développement du binôme (x + y)n — voir
plus bas.)
Exemple:
4
3 = 4, car l’ensemble {a, b, c, d} a 4 sous-ensembles à 3 éléments : {a, b, c}, {a, b, d}, {a, c, d}
et {b, c, d}.
   
n 0
Il découle directement de la définition que = 0 si r > n et que = 0 si r > 0.
   r   r
n n n
On a aussi, pour tout naturel n, = 1,
0
et
1
=n = 1. n
La propriété de base des coefficients

binomiaux est la suivante :


n
Si 0 ≤ r ≤ n, alors P (n, r) = r! .
r
Démonstration:
Soit E un ensemble à n éléments. Toute r-permutation de E est obtenue en effectuant succes-
sivement les deux tâches suivantes : (i) choisir r éléments dans E ; (ii) arranger ces éléments
 
selon un certain ordre. Or la première de ces tâches peut s’accomplir de nr façons, et la
seconde de P (r, r) = r! façons.
Le résultat précédent peut se réécrire comme suit, ce qui constitue la relation fonda-
mentale pour la manipulation des coefficients binomiaux :

n n!
= .
r r!(n − r)!
1.3. COMBINATOIRE ET PROBABILITÉS 37

Exemples:
(a) On donne dans le plan 25 points tels qu’il n’y en a pas trois d’entre eux qui soient
colinéaires. Combien de droites ces points déterminent-ils ? Combien de triangles ?
Comme il n’y a pas trois points d’alignés, chaque paire de points détermine une droite.
Le nombre de droites ainsi déterminées est donc

25 25!
= = 300.
2 2!23!

De même, le nombre de triangles est


25 25!
= = 2300.
3 3!22!

(b) Déterminer le nombre de mots de n lettres comprenant exactement r fois la lettre a que
l’on peut écrire avec les deux seules lettres a et b.
Cela revient
 
à choisir r positions, parmi les n, où on inscrira un a ; cela peut donc se
faire de nr façons. (Les n − r autres positions sont forcément occupées par un b.)
(c) Déterminer le nombre de mots de 8 lettres comprenant 3 voyelles pouvant être formés
avec l’alphabet usuel.
 
Les trois positions occupées par les voyelles peuvent être choisies de 83 manières. Mais
alors les positions des voyelles peuvent être remplies de 63 façons, et celles des consonnes
de 205 façons. Il y a donc en tout

8 3 5
6 20 = 38 707 200 000
3

mots possibles.
(d) Montrer que le produit de r entiers positifs consécutifs est toujours divisible par le
produit des r premiers entiers positifs.
Appelant N le plus grand des r entiers en cause, leur produit
N  N 
est N × (N − 1) × · · · ×
(N − r + 1) = P (N, r). Or P (N, r) = r! r . Et puisque r est un entier, il suit que
r! | N × (N − 1) × · · · × (N − r + 1).
p 
(e) Montrer que si p est un premier, alors p | r pour r = 1, 2, . . . , p − 1.
p  p!
Comme r = est un entier, il faut donc que le numérateur p! soit un multiple
r!(p−r)!
du dénominateur. Mais p et le dénominateur étant relativement premiers, cela signifie
(p−1)!
que r!(p−r)! est un entier.

Voici quelques propriétés des coefficients binomiaux. Chacune


  peut se démontrer soit
par un argument combinatoire basé sur l’interprétation de nr , soit par un argument
algébrique en termes de la factorielle.

n n
(i) = ;
r n−r

n n n−1
(ii) = · pour 1 ≤ r ≤ n ;
r r r−1
38 CHAPITRE 1. UN COFFRE D’OUTILS


n n−1 n−1
(iii) = + pour 1 ≤ r ≤ n ;
r r r−1



n k n n−r
(iv) = ;
k r r k−r




r r+1 r+2 n n+1


(v) + + + ··· + = .
r r r r r+1

Démonstration:

n n! n (n − 1)! n n−1
(ii) = = · = · .
r r!(n − r)! r (r − 1)!(n − r)! r r−1
 
(iii) Soit un ensemble à n éléments E dont on fixe un élément x. On partage ses nr sous-
ensembles à r éléments en deux catégories,
n−1
selon que le sous-ensemble en cause contienne ou
non x. Lorsque x est exclus, il y a r façons de former un sous-ensemble à r éléments à
partir des éléments restant. Et si x est présent,
 
il ne reste qu’à choisir r − 1 éléments parmi
les n − 1 autres, ce qui peut se faire de n−1r−1 façons.
(iv) Choisir k personnes parmi n, puis r chefs parmi ces k personnes, équivaut à d’abord
choisir r chefs parmi les n personnes, puis k − r autres personnes parmi les n − r restantes.
L’identité (iii) permet de calculer les coefficients binomiaux “de proche en proche”. On
peut à cette fin les disposer selon un arrangement géométrique célèbre, le triangle de
Pascal . (Ce tableau de nombres porte le nom du mathématicien français Blaise Pascal
(1623–1662), mais il était déjà connu des mathématiciens
  chinois du 13e siècle.) On y
retrouve sur une ligne donnée tous les coefficients nr pour 0 ≤ r ≤ n.

n\r 0 1 2 3 4 5 6 7 8 ···
0 1
1 1 1
2 1 2 1
3 1 3 3 1
4 1 4 6 4 1
5 1 5 10 10 5 1
6 1 6 15 20 15 6 1
7 1 7 21 35 35 21 7 1
8 1 8 28 56 70 56 28 8 1
.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .
. . . . . . . . . . .

On observera la symétrie de chaque ligne


 par
 rapport à son “centre”, conséquence de la
propriété (i). Les nombres de la forme n2 (colonne 2) sont les nombres triangulaires.
     
En additionnant les nombres de la forme n−1
0
, n−2
1
, n−3
2
, . . .(ils sont situés sur une
“diagonale”    nord-est), on obtient le nombre de Fibonacci fn . Par exemple,
    sud-ouest
7
0
6 5
+ 1 + 2 + 43 = 1 + 6 + 10 + 4 = 21 = f8 .
4. La formule du binôme.
1.3. COMBINATOIRE ET PROBABILITÉS 39
 
L’appellation “coefficient binomial” pour désigner le nombre nk provient du lien que
l’on peut établir avec le développement du binôme (x+y)n (développement aussi connu
sous le nom de binôme deNewton,
 en l’honneur d’Isaac Newton (1642–1727)). On a en
n
effet le résultat suivant : k est le coefficient du terme xk y n−k dans le développement
de (x + y)n .
En d’autres termes, étant donné deux variables quelconques x et y (qui peuvent être
des nombres réels), on a alors, pour chaque entier positif n,
n

n
n k n−k
(x + y) = x y .
k=0 k

Démonstration:
Le développement de (x + y)n s’obtient en effectuant le produit (x + y)(x + y) · · · (x + y) de n
facteurs égaux et en regroupant les termes semblables. Lors de cette multiplication, on choisit
soit x soit y de chacun des facteurs (x + y), de sorte qu’on obtient en tout 2n termes, chacun
étant de la forme xk y n−k pour un certain k = 0, 1, . . . , n. Comme le terme xk y n−k s’obtient
en choisissant x dans k des n facteurs (et y par défaut dans les n − k autres), le nombre
 
de fois que ce terme apparaı̂t dans le développement est donc donné par nk , le nombre de
k-combinaisons de l’ensemble des n facteurs.
On peut établir de nombreuses identités à partir de la formule du binôme. En voici
quelques-unes.



n n n n
(i) + + + ··· + = 2n ;
0 1 2 n



n n n n
(ii) − + − · · · + (−1)n = 0;
0 1 2 n

n n
(iii) = = 2n−1 .
k pair k k impair k

Démonstration:
Pour les identités (i) et (ii), on pose respectivement x = y = 1 et x = −y = 1 dans le
développement de (x + y)n .
Voici un argument combinatoire pour (i) : un ensemble à n éléments a exactement 2n sous-
ensembles ; or un sous-ensemble donné peut avoir soit 0, soit 1, soit 2,. . ., soit n éléments.

Exemple:
La formule du binôme permet parfois de raccourcir certains calculs. En voici un exemple.

99963 = (10 000 − 4)3


= 10 0003 − 3 · 10 0002 · 4 + 3 · 10 000 · 42 − 43
= 1 000 000 000 000 − 1 200 000 000 + 480 000 − 64
= 998 800 479 936.
40 CHAPITRE 1. UN COFFRE D’OUTILS

5. Le principe d’inclusion-exclusion.
On a vu précédemment que #(A ∪ B) ≤ #A + #B pour des ensembles A et B
quelconques. Le principe d’inclusion-exclusion vient préciser la situation en faisant
intervenir le nombre d’éléments que peuvent avoir en commun les ensembles en cause.
Dans le cas de deux ensembles A et B, on a

#(A ∪ B) = #A + #B − #(A ∩ B) .

Autrement dit, pour compter le nombre total d’éléments de deux ensembles A et B,


on compte le nombre d’éléments de A, on lui ajoute le nombre d’éléments de B et on
soustrait le nombre d’éléments que l’on a compté deux fois, à savoir ceux de A ∩ B.
On a de même, avec trois ensembles A, B et C,

#(A ∪ B ∪ C) = #A + #B + #C − #(A ∩ B) − #(A ∩ C) − #(B ∩ C) + #(A ∩ B ∩ C) .

A B

La règle se généralise bien sûr au cas de k ensembles A1 , A2 , . . . , Ak : partant de la


somme #A1 + #A2 + · · · + #Ak , on soustrait et on ajoute successivement le cardinal
des intersections de ces ensembles, changeant de signe à chaque fois qu’on opère sur
un plus grand nombre d’ensembles à la fois. En symboles,

#(A1 ∪ A2 ∪ · · · ∪ An ) = #(Ai ) − #(Ai ∩ Aj )
1≤i≤n 1≤i<j≤n

+ #(Ai ∩ Aj ∩ Ak )
1≤i<j<k≤n

− · · · + (−1)n+1 #(A1 ∩ A2 ∩ . . . ∩ An ) .

Exemples:
(a) Dans un groupe de 67 étudiants, 47 sont inscrits à un cours d’allemand, 35 à un cours
d’espagnol et 23 aux deux cours. Combien ne sont inscrits à aucun de ces cours ?
Désignant par A et E les ensembles d’étudiants inscrits respectivement en allemand et
en espagnol, on a #(A ∪ B) = #A + #B − #(A ∩ B) = 47 + 35 − 23 = 59. Il y a donc
8 étudiants inscrits à aucun des deux cours.
1.3. COMBINATOIRE ET PROBABILITÉS 41

(b) Donner le nombre d’entiers positifs k, avec 1 ≤ k ≤ 1988, qui sont relativement premiers
avec 1988.
Comme 1988 = 22 ·7·71, on introduit les trois ensembles A, B et C formés respectivement
des entiers positifs divisibles par 2, par 7 et par 71. On a donc #A = 1988 2 = 994,
#B = 1988 7 = 284 et #C = 1988
71 = 28. Les éléments de A ∩ B sont les entiers divisibles
par 2 · 7 = 14 ; on a donc #(A ∩ B) = 1988 1988
14 = 142. De même, #(A ∩ C) = 142 = 14 et
#(B ∩ C) = 1988 1988
497 = 4. Enfin,#(A ∩ B ∩ C) = 994 = 2. On obtient donc

#(A ∪ B ∪ C) = #A + #B + #C − #(A ∩ B) − #(A ∩ C)


− #(B ∩ C) + #(A ∩ B ∩ C)
= 994 + 284 + 28 − 142 − 14 − 4 + 2
= 1148,

de sorte qu’il y a 1988 − 1148 = 840 entiers répondant à la question.

6. Les probabilités.
La théorie des probabilités cherche à quantifier certaines situation reliées à la notion
de hasard ou d’incertitude. À cette fin, on a souvent recours à la combinatoire afin de
dénombrer les cas pouvant survenir.
Considérons une certaine expérience pouvant se réaliser d’un nombre fini de façons ;
l’ensemble de tous les résultats possibles constitue l’espace échantillonnal Ω. Nous
supposons que les résultats possibles sont équiprobables, c’est-à-dire que la fréquence
de réalisation de n’importe quel élément de Ω est la même. Un exemple typique est le
lancement d’un dé honnête.
Un événement est un sous-ensemble E ⊆ Ω. Un événement E ayant été fixé, un résultat
(ou cas) favorable est un élément de E. Sous l’hypothèse d’équiprobabilité, on définit la
probabilité P (E) de l’événement E comme étant le quotient de #E par #Ω, c’est-à-dire
le nombre de cas favorables divisé par le nombre de cas possibles.
Exemples:
1
(a) En lançant un dé honnête, la probabilité d’obtenir la face 3 est 6 ; la probabilité d’obtenir
une face paire est 36 = 21 .
(b) On lance deux fois une pièce de 10/c. On a alors Ω = {pp, pf, f p, f f } où p représente
le côté pile et f le côté face. La probabilité d’obtenir au moins une face est 43 , et celle
d’avoir exactement une face est 42 = 12 .
À noter que les résultats seraient les mêmes si on lançait simultanément une pièce de
10/c et une de 25/c, ou encore deux pièces de 10/c.
(c) On tire 5 cartes d’un jeu de 52 cartes. Déterminer la probabilité qu’elles soient toutes
de la même couleur (pique, coeur, carreau ou trèfle).
 
Une main de 5 cartes étant un sous-ensemble à 5 éléments, il y a donc 525 = 2 598 960
mains
13
de 5 cartes possibles. Une main de 5 cartes d’une couleur donnée peut être formée
de 5 = 1287 façons, de sorte qu’il y a en tout 4 · 1287 = 5148 mains de 5 cartes de la
même couleur. On a donc
5148 33
P (5 cartes de la même couleur) = = ,
2 598 960 16 660
42 CHAPITRE 1. UN COFFRE D’OUTILS

ce qui est de l’ordre de 0,2 %.


Autre solution : Choisissons les 5 cartes l’une après l’autre ; cela peut donc se faire de
52 · 51 · 50 · 49 · 48 = 311 875 200 façons. Le choix de 5 cartes d’une couleur donnée peut
se faire de 13 · 12 · 11 · 10 · 9 = 154 440 façons, ce qui donne 4 · 154 440 = 617 760 cas
possibles pour les 4 couleurs. On a donc

617 760 120 · 5148 33


P (5 cartes de la même couleur) = = = .
311 875 200 120 · 2 598 960 16 660

On observera la présence du facteur 120 = 5!.

Le principe d’inclusion-exclusion se transpose au contexte des probabilités : si E et


F sont deux événements quelconques, alors P (E ∪ F ) = P (E) + P (F ) − P (E ∩ F ).
Lorsque les deux événements E et F sont disjoints, on dit qu’ils sont mutuellement
exclusifs et on a P (E ∪ F ) = P (E) + P (F ).
Exemples:
(a) La probabilité de tirer un as (A) ou une carte rouge (B) d’un jeu de 52 cartes est
4 26 2 7
P (A ∪ B) = P (A) + P (B) − P (A ∩ B) = 52 + 52 − 52 = 13 .
(b) Déterminer la probabilité, lors du lancer de deux dés, que la somme obtenue soit au
moins 4.
Considérons l’événement complémentaire “obtenir moins de 4”. On s’intéresse donc
au fait d’obtenir une somme de 2 ou de 3. Comme l’espace échantillonnal comprend
1
36 éléments (les couples (i, j) avec 1 ≤ i, j ≤ 6), on a donc P (somme de 2) = 36
2 1 2 1
et P (somme de 3) = 36 . Il suit que P (moins de 4) = 36 + 36 = 12 , de sorte que la
1 11
probabilité demandée est 1 − 12 = 12 .

Des événements indépendants sont tels que la réalisation ou non de l’un n’affecte pas
la probabilité de réalisation de l’autre ; on a alors P (A ∩ B) = P (A) · P (B).
Exemple:
On pige deux cartes d’un peu de 52 cartes et on cherche la probabilité d’obtenir deux as. Si
on procède en remettant dans le jeu la carte pigée en premier, il s’agit alors de deux tirages
indépendants et on a
4 4 1 1 1
P (2 as) = · = · = .
52 52 13 13 169
Mais si le tirage se fait sans remise, la probabilité est

4 3 1 1 1
P (2 as) = · = · = .
52 51 13 17 221

L’espérance mathématique d’une variable x déterminée par une certaine expérience


est définie comme la valeur moyenne qui serait obtenue en répétant l’expérience si les
valeurs possibles de x survenaient exactement comme l’indiquent les probabilités.
Exemple:
Déterminer l’espérance de la somme obtenue lors du lancer de deux dés.
1.3. COMBINATOIRE ET PROBABILITÉS 43

Désignant par x la somme, on a donc x ∈ {2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12}. On a alors

E(x) = 2 · P (x = 2) + 3 · P (x = 3) + · · · + 12 · P (x = 12)
1 2 3 4 5 6 5
= 2· +3· +4· +5· +6· +7· +8·
36 36 36 36 36 36 36
4 3 2 1
+9· + 10 · + 11 · + 12 ·
36 36 36 36
252
= = 7.
36

On a traité jusqu’ici le cas d’expériences pouvant se réaliser d’un nombre fini de façons.
Lorsqu’il s’agit d’expériences correspondant à une infinité de résultats (par exemple,
le lancer d’une fléchette sur une cible), il est impossible de compter le nombre de cas
favorables. On utilisera alors souvent la notion d’aire (donc d’intégrale) pour établir
le rapport entre un événement donné et l’espace échantillonnal. Ainsi la probabilité
pour qu’une fléchette frappe une partie donnée d’une cible, si chaque résultat est
équiprobable, est égale à l’aire de cette partie divisée par l’aire de la cible. (Attention !
Il est possible de construire de beaux paradoxes dans les cas infinis, et un traitement
plus rigoureux est nécessaire en général.)

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