Vous êtes sur la page 1sur 13

DOSSIER

13

L’industrie
de la plasturgie

© Fabrice Dimier pour l’INRS

n DOSSIER RÉALISÉ 14 À chaud ou à froid, 20 La lutte contre les TMS,


par Katia Delaval, un premier bilan un projet à long terme
avec Antoine Bondéelle.
17 Injecter la prévention 22 Attaquer les risques à la racine
en phase de conception 24 Le styrène n’a qu’à bien se tenir

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER
14
15

À chaud ou à froid,
un premier bilan
PRÉSENTS DANS DE NOMBREUX produits industriels, les plastiques recouvrent
une grande diversité de matériaux et leur fabrication une multitude de risques
professionnels. Outre les dangers liés aux produits chimiques, des risques
de nature variée font de la plasturgie un secteur particulièrement sensible.

A
vec 7 % des emplois sion, pour fabriquer un objet. sont parfois possibles. Sinon,
de l’industrie manu- Quant aux thermodurcissables, des mesures de protection col-
facturière en France, ils sont synthétisés par une lective voire individuelle doivent
la plasturgie repré- réaction chimique concomitante être mises en place », précise
sente un secteur à leur mise en forme dans des Cosmin Patrascu, expert en pré-
majeur, malgré une forte com- moules. La transformation de vention des risques associés
pétition internationale. Indus- ces derniers reste peu automa- aux polymères à l’INRS. Cette
tries automobiles, domaine tisée. Le procédé est utilisé dans situation se rencontre particu-
médical, mais aussi fabricants la production de pièces de séries lièrement dans la fabrication
d’équipements électriques et relativement réduites, comme le de thermodurcissables dont
électroniques, de matériaux de polyester insaturé pour la fabri- les procédés de moulages sont
construction, d’emballages… cation de piscines ou le nau- encore très manuels  : l’expo-
Dans l’Hexagone, les utilisateurs tisme. sition des salariés à des subs-
de matières plastiques sont très
variés. Si l’on considère uni- Des risques chimiques
quement les entreprises pour très variés
lesquelles la transformation de Les polymères sont générale-
matières plastiques est l’activité ment considérés inertes à froid La prééminence
principale, plus de 115 000 sala- mais les additifs auxquels ils du risque chimique
riés sont concernés.
Les matières plastiques sont
peuvent être associés (anti UV,
retardateurs de feu, etc.) sont,
ne doit pas masquer
constituées de polymères et pour certains, potentiellement les autres risques.
d’additifs – solvants, stabilisants dangereux. C’est donc dès la
thermiques et UV, pigments, etc. fabrication des matières et le
Elles se répartissent principale- mélange de leurs composants
ment en deux catégories. D’un que l’exposition des salariés à tances dangereuses se retrouve
côté, les thermoplastiques, les des agents chimiques dange- à toutes les étapes, notamment
plus courants, qui sont défor- reux, dont certains sont cancé- en ce qui concerne les solvants.
mables et façonnables sous rogènes, mutagènes ou toxiques Concernant les thermoplas-
l’effet de la chaleur. De l’autre, pour la reproduction (CMR), peut tiques, c’est principalement
les thermodurcissables, synthé- apparaître. « Il est nécessaire de lors de la montée en tempéra-
tisés par une réaction chimique bien faire l’inventaire de tous les ture des produits, nécessaire à
lors de leur mise en forme. Les produits utilisés et des dangers la transformation des matières
thermoplastiques sont moulés, à associés. Des substitutions par plastiques, que les risques se
chaud et en général sous pres- des produits moins dangereux concentrent : des substances

LES QUATRE ENJEUX DE LA CONVENTION NATIONALE D’OBJECTIF POUR LA PLASTURGIE


La CnamTS a signé avec la fédération de la plasturgie et aux manipulations et le renforcement de la sécurité
et des composites une Convention nationale d’objectif (CNO), des voies de circulation et des aires de stockage ;
qui est entrée en vigueur en septembre 2014 pour quatre ans. n la prévention des risques liés aux troubles
Compte tenu des activités spécifiques du secteur, musculosquelettiques (TMS), par la mise en œuvre
elle s’est fixé quatre objectifs principaux : de moyens de manutention et d’aménagement des postes ;
n l’amélioration des atmosphères de travail en lien n la diminution des niveaux de bruit dans les ateliers
avec le risque chimique, dont les risques CMR et incendie/ et aux postes de travail.
explosion ;
n la prévention des risques liés à la manutention

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER

dangereuses peuvent être et de processus industriels de REPÈRES « En savoir plus »). Par ailleurs,
émises sous forme de gaz. Il transformation des plastiques  : lors de travaux de purge ou de
y a parfois des dégagements la nature et la quantité des pro- n 45 : c’est l’indice nettoyage des outils (buses,
d’aldéhydes dont le formal- duits dangereux émis, en géné- de fréquence des AT fourreaux, etc.), l’opérateur peut
déhyde, qui se trouve être un ral gazeux, sont très variables. dans les entreprises être exposé à ces substances
CMR. Ces substances peuvent L’INRS a donc développé un pro- de transformation gazeuses dangereuses.
être en majorité captées au sein tocole permettant de caractéri- des matières La prééminence du risque
des machines. Cependant, des ser les produits de dégradation plastiques. chimique dans la plasturgie ne
émanations résiduelles peuvent thermique pour aider les entre- n LA MOITIÉ des doit pas pour autant masquer
être relâchées dans les espaces prises à réaliser l’évaluation des accidents du travail les autres risques, également
de travail, notamment au niveau risques et à installer des moyens sont liés très présents, comme dans tout
des buses d’injection ou des de prévention efficaces, tels que à la manutention. secteur industriel. La prévention
têtes d’extrusion. « Mais il existe le captage à la source », précise Viennent ensuite du risque chimique ne constitue
une multitude de formulations Cosmin Patrascu (lire l’encadré les accidents d’ailleurs que l’un des quatre
du travail liés objectifs de la Convention natio-
aux machines nale d’objectif établie par la
et outillages à main, CnamTS avec la fédération de la
puis ceux causés plasturgie (lire l’encadré page
par les chutes. précédente « Les quatre enjeux
n 3 730 : c’est de la convention nationale
le nombre d’objectifs pour la plasturgie ») :
d’entreprises les TMS, les risques incendie-
de transformation explosion, le bruit généré par
des matières les machines de transformation
plastiques en France. des matières plastiques ou par
l’usinage, sont également des
Données 2013 et 2014,
CnamTS. risques importants dans ce sec-
teur.

Des gestes et postures


à problème
Dans les entreprises de transfor-
mation de matières plastiques,
toutes les conditions sont réu-
nies pour présenter un risque
incendie-explosion : présence
de combustibles (notamment les
polymères), de solvants, utili-
sation de températures élevées,
machines avec circuits élec-
triques… De plus, les polymères
peuvent se trouver sous forme
C’est dès
de poudre – ou de granulés qui
la fabrication
© Fabrice Dimier pour l’INRS

des matières émettent des poussières – ce


et le mélange qui peut constituer un risque
de leurs composants Atex, tout comme la présence de
que l’exposition solvants. « Ces risques doivent
des salariés à des
agents chimiques
impérativement être évalués
dangereux peut par l’employeur et faire l’objet
apparaître. de mesures spécifiques de pré-

THERMOPLASTIQUES : UNE MULTITUDE DE MATIÈRES EN SAVOIR PLUS


Parmi les thermoplastiques les plus courants, on peut citer : n Atelier de plasturgie - Guide pratique de ventilation.
le polyéthylène (PE) et le polypropylène (PP) ; le polychlorure de vinyle INRS, ED 6146.
(PVC) ; le polystyrène (PS) ; et le polyéthylène téréphtalate (PET), n Matières plastiques et adjuvants - Hygiène et sécurité.
le polycarbonate (PC), les polymères acryliques, etc. Il existe INRS, ED 638 .
de nombreuses techniques très automatisées pour les façonner, n « Identifier les composés libérés lors de la dégradation
la plus courante en France étant l’injection, procédé par lequel thermique des plastiques », Hygiène & Sécurité du Travail,
la matière plastique est injectée à travers une buse dans un moule n°237, 4e trimestre 2014.
qui lui donne la forme désirée.

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER
16
17
vention et de protection comme Si la transformation de la matière régions dans la transformation
la mise en place de captages, plastique en elle-même est très de plastique en France. La Car-
la suppression ou la maîtrise automatisée pour les thermo- sat Rhône-Alpes a établi un pro-
des sources d’inflammation, ou plastiques, les postes en amont gramme de prévention pour la
encore l’installation d’évents (approvisionnement en matières période 2014-2017 validé par le
d’explosion », rappelle Florian Plus de 90 % premières) nécessitent la manu- Comité technique régional (CTR)
Marc, expert en risques incen- des maladies tention de charges lourdes. De notamment en charge du secteur
die-explosion à l’INRS. professionnelles même, les postes après transfor- de la plasturgie. « Il se concentre
dans les industries
Même si le nombre d’accidents de transformation de mation induisent, compte tenu sur l’activité d’injection-souf-
du travail est en baisse dans matières plastiques de la cadence des machines, flage-extrusion. Notre objectif
les entreprises de transforma- correspondent une répétitivité des gestes pour est de faire en sorte que 80 % de
tion des matières plastiques, ce à des affections les opérations de finition ou de notre cible mènent des actions
périarticulaires
secteur reste très sinistré, avec provoquées par
conditionnement. Des aides de prévention à la fois sur les
un indice de fréquence de 45. Et certains gestes et à la manutention (centrales TMS et sur l’exposition aux CMR.
c’est la manutention manuelle postures de travail. matières, préhenseurs de sacs, Nous avons ciblé 42 entreprises
– dont 20 font d’ailleurs partie
du programme TMS-Pros 2 – qui
représentent 30 % des accidents
du travail dans la plasturgie »,
note Virginie Preti, ingénieur-
conseil à la Carsat Rhône-Alpes
et pilote du projet plasturgie.
Certaines entreprises peuvent
bénéficier d’une aide financière
simplifiée (AFS) pour l’achat de
matériel et d’un accompagne-
ment conseil, dans la prévention
des deux risques principaux.
Concernant les TMS, deux types
d’actions sont proposés  : sup-
pression ou réduction maximale
de la manutention de sacs de
© Fabrice Dimier pour l’INRS

matières et aménagement des


postes en aval des machines
où il y a également beaucoup
de gestes répétitifs et de manu-
tention. « Quant à l’exposition
aux CMR, nous nous sommes
focalisés sur la maîtrise des
émanations liées au polyoxymé-
qui est à l’origine de plus de la etc.) ou des aménagements de thylène (POM) », détaille-t-elle.
moitié des accidents dans les postes contribuent à la préven- Car ce thermoplastique peut
industries de transformation tion des accidents liés au port de dégager du formaldéhyde (CMR)
de matières plastiques. Plus de charges lourdes et des TMS. et d’autres substances dange-
90 % des maladies profession- reuses (méthylal), même en
nelles y correspondent à des Formaldéhyde l’absence d’action thermique. n
affections périarticulaires pro- et olyoxyméthylène 1. Données 2014, CnamTS.
voquées par certains gestes et Avec 18 % des emplois du sec-
2. Voir https://tmspros.fr.
postures de travail (tableau 57 teur, la région Rhône-Alpes
du régime général) 1. se classe au premier rang des K. D.

LES MONTEURS-RÉGLEURS, POPULATION À RISQUE


« Des médecins du travail du Centre de santé au travail (CST) mesures de prévention spécifiques, réunies dans une
d’Oyonnax ont montré que la population de monteurs-régleurs brochure », poursuit Virginie Preti, ingénieur-conseil à la Carsat
en plasturgie concentrait beaucoup de problèmes », explique Rhône-Alpes. Parmi celles-ci, on trouve des techniques limitant
Jean-Michel Odoit, contrôleur de sécurité à la Carsat Rhône- les efforts lors du montage des moules, la mise en place d’une
Alpes. Bien que ne représentant qu’environ 5 % des emplois en organisation pour éviter les chutes de hauteur lors des
plasturgie, les monteurs-régleurs sont en effet souvent interventions sur les presses à injecter (qui font de 1 ,40 m à
victimes d’accidents et se plaignent fréquemment de douleurs 8 m de haut), la limitation de l’exposition aux risques chimiques
au dos, aux épaules… « À l’initiative du CTR en charge de la lors des purges de matières…
plasturgie, une étude menée avec le CST d’Oyonnax, Allizé En savoir plus : « Monteurs-régleurs en injection plastique : quels risques ?
plasturgie et la Carsat Rhône-Alpes a permis de définir des Quelles pistes de prévention ? » Bientôt disponible sur www.carsat-ra.fr.

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER

SITUÉE À MASSY, dans l’Essonne, l’usine de production Massy-Plastique


fabrique des éléments d’équipements industriels. Elle a initié une large
réflexion sur la conception des espaces de travail, avec l’appui de la Cramif,
lors de la réalisation de sa nouvelle installation.

Injecter la prévention
en phase de conception

L
orsqu’une usine démé- les matières premières dans les autres : la nécessité de mettre
nage après des dizaines presses à injecter, pilotées par aux normes et de conserver
d’années d’activité, elle des programmes et contrôlées l’ensemble des énergies (eau,
peut s’appuyer sur un par des salariés. Les produits électricité) et des systèmes
large retour d’expériences finis, sous forme de polymères d’aération, de récupération ou
pour optimiser sa nouvelle (polycarbonates, polyamides…), d’évacuation dont nous dispo-
implantation. Objectif  : capita-
liser sur l’ensemble des ques-
tions ou remarques posées par
le fonctionnement de l’ancien De très nombreux points
établissement, corriger d’éven-
tuelles erreurs ou difficultés pas-
concernant la protection
sées et, bien sûr, mieux évaluer de la santé et de la sécurité
et prévenir les risques. « Notre des salariés ont été étudiés
ancienne installation, qui datait
de 1948, présentait de nombreux lors de la conception.
points de progrès en matière
de prévention des risques »,
explique Philippe Billet, direc-
teur de l’usine Massy-Plastique. pouvant contenir jusqu’à trois sons pour notre fonctionnement ;
Cette structure fabrique des types de plastiques différents mais aussi, une réflexion sur les
pièces plastiques par injection, (« tri-matières ») sont transportés moyens d’accès et de circula-
qui viennent ensuite équiper un en sortie des presses sur des tapis tion, le traitement des bruits, les
grand nombre de réalisations roulants. Les points de pollution risques liés aux manutentions
industrielles : compteurs d’eau ou les plus importants sont situés en manuelles ou aux chutes de hau-
d’énergie, systèmes de distribu- sortie des presses ou au niveau teur, les ambiances thermiques
tion ou de transmission, etc. (lire des buses d’injection, notamment et en particulier la chaleur
l’encadré « Faits & chiffres »). à l’occasion des phases de purge, dans l’atelier, à proximité des
La matière plastique que pro- puisque la matière sort à haute machines… » Dans l’ancien site,
duit Massy-Plastique est réali- température et à l’air libre. la Cramif avait effectué, avec le
sée à partir de monomères ou « Nous avions repéré des points concours de son laboratoire de
substrats souvent présents sous particulièrement contrain- toxicologie et de son centre de
forme de billes. Une centrale de gnants de l’activité, sur l’ancien mesures physiques, des mesures
distribution permet d’envoyer site, poursuit le directeur. Entre sur les polluants et le bruit.

FAITS & CHIFFRES : MASSY-PLASTIQUES (GROUPE ITRON)


n Activité : transformation et fabrication d’équipements n Chiffre d’affaires annuel : 17 millions d’euros.
en matières plastiques par injection. 2 000 tonnes de matières n Clientèle : surtout Europe de l’Ouest, Amérique du Sud, Asie.
transformées, pour 150 millions de pièces livrées par an. n Équipement : 42 presses à injecter (de 35 à 300 t de force
n Fabrication de pièces techniques : essentiellement de pression).
des composants de pièces industrielles, pour le compte n Production : en 3 x 8, et 2 x 12 le week-end pour une partie
du groupe Itron : éléments de compteurs, transmission de l’atelier.
et distribution d’énergie (eau, électricité…).
n Bâtiment récent (2013) : production : 3 600 m2, bureaux :
n Effectif : 60 salariés (plus un volant d’intérimaires suivant 840 m2, stocks : 1 440 m2.
les pics d’activité).

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER
18
19
presses : «  Ce système est très
intéressant pour les salariés,
car il limite considérablement
les manutentions manuelles »,
remarque Karine Marle, respon-
sable HSE de l’usine. À la suite
d’un accident qui aurait pu être
grave (chute d’une partie de la
structure sur la jambe d’un sala-
rié, à la suite d’un défaut du rail
sur l’engin de levage des sacs),
l’établissement a fait procéder
à une sécurisation de l’équipe-
ment en question. « Pour plus

© Philippe Castano pour l’INRS


tard, nous pensons aussi mettre
en place des “big-bags” directe-
ment à la source de la centrale
de distribution, afin de limiter
davantage les manutentions et
les risques associés », explique
Karine Marle.
À l’autre bout de la chaîne logis-
tique interne, une réflexion sur
«  À l’issue de deux campagnes phase de conception poussée, au Moyens d’accès et de les tailles et les poids des colis
de mesures, réalisées en 2005 cours de laquelle ont été abordés circulation, traitement des produits finis, emballés après
des bruits, risques
et 2009, nous avons relevé des de très nombreux points concer- la sortie des presses, a également
liés aux manutentions
niveaux de bruits élevés voire nant la protection de la santé manuelles ou permis de limiter les risques
excessifs (80 à 85 dB(A) dans et de la sécurité des salariés. aux chutes de physiques liés aux manuten-
certains endroits de l’atelier), se «  Pour ce qui est de la circula- hauteur, ambiances tions : «  Nous sommes également
souvient Michal Martial, contrô- tion aux abords de l’usine, nous thermiques et en en cours de discussions avec nos
particulier chaleur
leur de sécurité à la Cramif. Nous avons souhaité une séparation dans l’atelier, clients, afin de limiter les tailles
avions aussi détecté des quanti- des flux entre véhicules légers à proximité et poids des colis, confie encore
tés non négligeables – quoique et poids lourds, afin de limiter des machines… la responsable HSE. En collabo-
inférieures aux valeurs limites – les coactivités dangereuses, De nombreux points ration avec ceux d’entre eux qui
d’amélioration
de formaldéhyde et d’acryloni- reprend le directeur. Nous avons sont les plus avancés dans la
identifiés dans
trile, issus de la dégradation ther- travaillé avec des urbanistes, la précédente usine réflexion sur leur propre respon-
mique des plastiques en sortie qui n’étaient pas habitués à la ont nourri sabilité sociétale 1
, nous adop-
de presses, mais aussi lors de la réflexion sur des sites indus- les réflexions pour tons pour certains produits des
purge de ces dernières au niveau triels. Après quelques modifica- la conception emballages à couvercle plein,
du nouveau site.
des buses d’injection (NDLR : tions, la séparation des flux est sans adhésif. Cela permet, d’une
lire l’encadré ci-dessous). » L’en- devenue effective. » part de limiter l’usage d’adhésifs
semble de ces constats a consti- Concernant les stocks et la peu respectueux de l’environne-
tué une forte motivation pour la logistique, un système de « flat- ment et, d’autre part, de limiter
conception du nouveau site. storage » limite l’intervention les risques liés à l’utilisation de
des chariots automoteurs de couteaux, cutters, “scotcheuses”,
Limiter les manutentions manutention. Une centrale de etc. pour l’ouverture et la ferme-
Située à Massy, dans l’Essonne, distribution des monomères, ture des colis. » Autant de chan-
comme la précédente, mais dans située dans la zone de stockage, gements qui ont des effets sur
une zone d’activité récente, la permet d’amener les substrats la production  : une personne
nouvelle usine a bénéficié d’une sous forme de granulés dans les étant en général en charge de

FORMALDÉHYDE, ACRYLONITRILE : ATTENTION, PRODUITS DANGEREUX


Le formaldéhyde
a été classé cancérogène avéré L’acrylonitrile est classé cancérogène avéré (catégorie 1B)
(catégorie 1B) par
l’Union européenne en 2015. D’un point par
l’Union européenne. Le Centre international de recherche
de vue réglementaire, les activités exposant au sur le cancer (Circ) l’a classé dans le groupe 2B (pouvant être
formaldéhyde
sont considérées en France comme cancérogène pour l’homme). Des valeurs limites indicatives
cancérogènes. Le ministère du Travail a fixé des valeurs dans l’air des locaux de travail ont été établies pour
limites d’exposition professionnelle (VLEP) indicatives, l’acrylonitrile en France : « VLEP 8 heures » (8 heures
qui définissent les concentrations à ne pas dépasser dans par jour ; 40 h/semaine) = 2 ppm (4,5 mg/m3) et « VLEP court
l’air des lieux de travail : « VLEP 8 heures » (8 heures par jour ; terme (VLCT) »
(15 minutes maximum) = 15 ppm (2,5 mg/m3).
40 h/semaine) = 0,5 ppm (0,61 mg/m3) et « VLEP court terme
(VLCT) » (15 minutes maximum) = 1 ppm (1,23 mg/m3).

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER

cinq presses en moyenne, des les parties courbes) des pro- débits d’air entrant et sortant, qui
retardateurs d’interventions sont duits de la centrale de distribu- varient en fonction de la tempé-
en cours d’installation sur les tion aux presses… En tout, nous rature extérieure. » L’usine a fait
presses et les tapis pour créer des avons gagné entre 5 et 10 déci- appel à un laboratoire accrédité
stocks tampons. L’objectif étant bels sur l’ensemble de l’atelier », pour venir effectuer des mesures,
de limiter le chargement des indique le directeur. Les niveaux à la fin de l’année 2015, afin de
colis à une heure de production de bruits mesurés sur la nou- vérifier que les niveaux de pol-
de produits finis au maximum… velle installation atteignent en luants sont maîtrisés à proximité
Les chariots de manutention effet les 75 à 80 dB(A). « Pour les des postes de travail. « Il reste
manuels, fabriqués sur place, personnes qui restent exposées des émissions de polluants direc-
sont systématiquement tes- à des niveaux élevés (près de tement par les produits finis, qui
tés par les opérateurs avant 80 dB(A)), nous proposons des Si dans les nouveaux se situent au niveau des tapis de
leur mise en circulation géné- protecteurs individuels contre le locaux, les niveaux de sortie des presses. Nous envisa-
rale dans l’usine. « Le système bruit », ajoute Philippe Billet. bruit ont amplement geons aussi l’installation de dis-
de montage des chariots, très Lors de la phase de conception, baissé par rapport positifs d’aspiration localisée sur
à la précédente
simple 2, permet d’effectuer des l’usine s’est intéressée de près, installation, certaines ces points », note la responsable
évolutions souples, en lien direct avec l’aide de la Cramif, à la ven- personnes restent HSE.
avec les conditions de travail tilation des locaux et au captage exposées à des Il reste à trouver une solution pour
réelles », détaille Karine Marle. des fumées à la source : « Nous niveaux élevés les interventions en hauteur  :
(près de 80 dB(A))
Des « points propreté », compre- avons opté pour un dispositif de malgré les différents
«  Là, nous avons un problème,
nant les contenants, poubelles captage, au plus près des points équipements constate Karine Marle. Les fabri-
et produits d’entretien courants, d’émission des polluants que sont mis en place. cants de presses ne semblent pas
jalonnent l’usine. « Ils sont placés intégrer, dans leur conception
de manière à être visibles depuis des machines la question des
tous les postes de travail envi- interventions de maintenance,
ronnants, signale Philippe Billet. notamment celles en hauteur.
Ainsi, les postes et leur environ- Nous avons mis au point, avec
nement restent propres et acces- un fournisseur, une nacelle d’ac-
sibles à tous. Il s’agissait de l’un © Philippe Castano pour l’INRS cès avec garde-corps pour les
des points noirs de l’ancienne interventions (plusieurs fois par
usine que nous nous sommes jour) sur la base des machines,
efforcés d’éliminer. » à un mètre de hauteur environ.
En revanche, pour les interven-
Interventions tions (nettoyage, changement de
en hauteur pièces, etc.) plus rares, à trois ou
La limitation du bruit a fait aussi quatre mètres, nous travaillons
l’objet d’une revue de détail  : avec une nacelle électrique. Vu
«  Pour éviter de retrouver des que cette solution n’est guère
niveaux de bruit similaires à le formaldéhyde et l’acrylonitrile, pratique, nous sommes d’ailleurs
ceux de l’ancienne installation, c’est-à-dire au niveau des buses preneurs de toute idée intéres-
nous avons travaillé avec nos d’injection et de purge. Il est en sante… ». n
fournisseurs, lors de la prépa- cours de déploiement sur nos 1. À propos de la RSE, voir :
ration du chantier, sur plusieurs machines de plus gros tonnages, « Responsabilité sociétale – Entre bonnes
aspects : mise en place de revê- et sera installé sur l’ensemble pratiques et utopie réaliste ». Travail
tements absorbants (sols, murs) des presses à terme », souligne & Sécurité n° 738, avril 2013.
dans l’atelier, capotage de cer- le directeur de l’usine. « Pour la 2. « En pole position, même sur les
taines machines telles que les ventilation générale, nous dis- conditions de travail », Travail & Sécurité
n° 762, juin 2015. À consulter sur :
broyeurs ou les presses, utilisa- posons d’un système presque www.travail-et-securite.fr.
tion de pièces non métalliques convenable. Presque, car nous
pour la distribution (notamment devons parfaire la maîtrise des A. B.

HISTORIQUE FORMATION ET ACCUEIL DES NOUVEAUX


n 1948 : création de l’usine Mécanoplastique à Massy Tout nouvel arrivant, quel que soit son contrat, suit
(première installation). un module de formation à la sécurité dès son arrivée
n 1969 : fabrication de pièces « bi-matières ». dans l’usine : « Nous lui remettons systématiquement
n 1998 : fabrication de cartes à puces en grandes séries un livret d’accueil et il doit compléter une fiche
par injection plastique. d’intégration qui lui permet, ainsi qu’aux responsables
n 2002 : substitution du laiton par du thermoplastique sur les éléments d’équipes, de vérifier qu’il a acquis tous les prérequis
de compteurs. en termes de sécurité. Les livrets sont également
n 2006 : intégration de presses électriques pour la fabrication (injection). disponibles auprès des postes de travail,
n 2007 : rachat par le groupe Itron. pour rappeler les consignes », précise Karine Marle,
n 2013 : nouvelle installation à Massy, dans une nouvelle zone d’activités. la responsable HSE.

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER
20
21

 a lutte contre les TMS,


L
un projet à long terme
LES TROUBLES MUSCULOSQUELETTIQUES (TMS) sont un risque important dans les entreprises
de plasturgie. Sur l’un de ses sites dédié à l’injection, l’entreprise Grosfillex s’est lancée
dans une démarche structurée pour s’attaquer aux TMS.

D
epuis 1927, l’entre- aux États-Unis. Celui d’Arbent constate Mikaël Deschamps,
prise familiale Grosfil- dans l’Ain, ouvert depuis une directeur du site. Avant de débu-
lex est implantée dans quarantaine d’années, est dédié ter dans cette action structurée
la région d’Oyonnax, à l’injection de polypropylène, de prévention, l’entreprise avait
dans l’Ain. À l’origine, avec 5  000 tonnes transfor- déjà mis en place des outils pour
elle fabriquait des coquetiers, mées chaque année. Il compte lutter contre les TMS.
ronds de serviettes et autres aujourd’hui 200 salariés. Par exemple, pour l’approvi-
manches à outils en bois. Mais en À la suite de son entrée dans la sionnement des machines en
1954, elle se lance dans la plas- démarche TMS-Pros, l’entreprise matière première, une aide à la
turgie afin de produire essentiel- a initié en 2014 un projet de manutention des sacs de gra-
lement du mobilier d’intérieur et longue haleine pour lutter contre nulés de 25 kg existe depuis
d’extérieur. La société utilise un les troubles musculo­squelettiques une vingtaine d’années. Il s’agit
large éventail de techniques de (TMS), avec l’aide de la Carsat d’un préhenseur de sacs, per-
moulage et de matières plas- Rhône-Alpes. « Il y a eu certes mettant de soulever ceux-ci par
tiques (polypropylène, PVC, poly- une automatisation progressive aspiration avant leur ouverture
carbonate, etc.). Elle possède de notre activité ces derniers par l’opérateur au-dessus de la
cinq sites de production – trois temps, mais la manutention a trémie d’alimentation. De même,
dans l’Ain, un au Brésil et un toujours une place importante », des clés dynamométriques (clés
à serrage de couple) sont utili-
La préhension sées depuis deux ans pour fixer
des sacs de granulés les moules sur les presses : elles
au moyen permettent d’effectuer un serrage
d’une ventouse
existe dans à un niveau nécessaire et suffi-
l’entreprise depuis sant, et de limiter l’effort à la fois
une vingtaine lors de cette opération et du des-
d’années. serrage. « Si ces initiatives ont été
prises avant l’accompagnement
de la Carsat, elles font partie des
© Guillaume J.Plisson pour l’INRS

actions que nous préconisons


pour lutter contre les TMS en
plasturgie », précise Jean-Michel
Odoit, technicien-conseil à la
Carsat Rhône-Alpes 1.
Olivier Roussero, technicien
qualité et secrétaire du CHSCT,
et Joseph Santoro, coordina-

ATTENTION AUX CHUTES DE HAUTEUR


La prévention des chutes de hauteur est depuis longtemps des machines de 7 à 8 mètres de haut qui sont fournies
intégrée dans la démarche de prévention de Grosfillex. « Nous avec une passerelle uniquement au niveau de l’ouverture
n’avons pas eu d’accidents de ce type, mais vu la hauteur du moule. Mais de nombreuses interventions nécessitent
de certaines de nos installations, ils pourraient être fatals », d’accéder en hauteur, au niveau supérieur des moules
remarque Mikaël Deschamps, directeur du site. En effet, et des robots de préhension des pièces. Des passerelles fixes
la matière première est d’abord déversée dans une trémie avec rambardes ont été installées depuis plusieurs années
située à près de quatre mètres du sol. On y accède par sur les presses, du côté de la machinerie. Une nacelle
une passerelle équipée de rambarde de protection. à demeure depuis six ans permet de réaliser la maintenance
Puis, elle est acheminée, par un système de tuyauterie sur les parties des machines qui ne sont pas accessibles
en hauteur, vers l’une des quatorze presses à injecter, depuis les plates-formes.

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER

teur technique et membre du plateaux d’étagères à monter ainsi les opérateurs à la recherche de
CHSCT et du CE depuis 2010, que leurs accessoires, à les éti- solutions. C’est un point que nous
ont suivi une formation « per- queter et à les entourer d’un film devons améliorer dans nos pro-
sonne ressource en prévention d’emballage. Une cartographie du chains groupes projets », recon-
des TMS » auprès de la Carsat en poste a été réalisée avec l’aide naît Olivier Roussero. « Dans les
2015. L’objectif était de devenir d’un ergonome du service de démarches de prévention, les
les référents méthodologiques santé au travail en 2014. Chaque erreurs doivent être utilisées pour
du projet de prévention mis en geste a été détaillé, minuté afin affiner la méthodologie », estime
œuvre l’année précédente dans de déterminer les plus problé- Jean-Michel Odoit.
l’entreprise. « Ensemble, nous matiques en termes de TMS. Les L’entreprise prévoit de décliner
avons monté un groupe projet conclusions ont montré que les prochainement la méthode amé-
TMS composé de trois autres per-
sonnes dont un responsable des
ressources humaines, l’infirmière
du site et un ingénieur du groupe
méthode », détaille Joseph San-
toro. « En tant que membres du
CHSCT, nous nous rendons régu-
lièrement auprès des opérateurs
de tous les secteurs pour trans-
mettre à la direction les questions
© Guillaume J.Plisson pour l’INRS

de sécurité et de santé rencon-


trées sur le terrain. Les salariés
sont aussi régulièrement infor-
© Guillaume J.Plisson pour l’INRS

més des avancées sur ces pro-


L’étude des maladies
blématiques. Le CHSCT a toujours professionnelless,
été un relais incontournable des sur les dix dernières
démarches de prévention, mais années a permis
c’est la première fois que nous de déterminer
que le poste le plus
nous lançons dans un projet touché par les TMS
structuré et sur le long terme », se situait dans
complète Olivier Roussero. l’atelier d’assemblage.

Limiter la hauteur opérateurs levaient fréquemment liorée sur d’autres postes. « Nous
d’empilement les bras au-dessus de leur tête nous pencherons en priorité sur
« Pour déterminer par quel poste car les piles d’étagères et d’acces- les postes identifiés les plus à
commencer, nous sommes partis soires n’étaient pas limitées en risque par l’ergonome, tout en
de l’historique des maladies pro- hauteur. tentant compte des remontées du
fessionnelles, sur les dix dernières Les améliorations ergonomiques CHSCT et des entretiens annuels
années. Nous avons observé sur- apportées sur ce poste ont donc des opérateurs. Et bien sûr, nous
tout des lombalgies, des maux consisté principalement à limiter allons aussi mettre en place cette
de dos et des contusions de cette hauteur d’empilement, en méthode sur les autres sites fran-
l’avant-bras », détaille Jean-Paul fonction de la taille de l’opérateur. çais du groupe », précise Mikaël
Bouchardy, responsable des res- « Les aspects biomécaniques de ce Deschamps. n
sources humaines. L’enquête a poste ont bien été pris en compte. 1. Pour en savoir plus, consulter
révélé que c’était très en aval de Mais les opérateurs ne sont le programme de prévention pour
la production que se situait le pas totalement satisfaits car ils la période 2014-2017 et l’aide financière
poste le plus touché, dans l’atelier doivent réalimenter le poste plus simplifiée disponibles sur le site de la
Carsat Rhône-Alpes : www.carsat-ra.fr
d’assemblage. La tâche consiste fréquemment. Notre erreur a été
à réunir dans un même colis des de ne pas associer suffisamment K. D.

22 000 salariés sont


employés dans les 709 établissements
5,6 millions d’euros,
ce sont les dépenses
47 c’est l’indice de fréquence
des accidents du travail du secteur
de plasturgie de la région Rhône-Alpes. du secteur liées aux AT-MP (en Rhône-Alpes). Il est supérieur
La région se classe au premier rang en en Rhône-Alpes. à l’indice de fréquence moyen
France et représente 18 % des emplois dans les entreprises privées,
du secteur. tous secteurs confondus.
Source : Carsat Rhône-Alpes. Chiffres 2012

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER
22
23
IMPLANTÉE DANS LE PAS-DE-CALAIS, à Sainte-Austreberthe, Sotra-Seperef fabrique
des tubes en polychlorure de vinyle (PVC) pour les marchés de l’eau. L’entreprise
s’est lancée il y a trois ans dans une démarche proactive en santé et sécurité
avec ses salariés.

Attaquer les risques


à la racine

Q
ue ce soit sous Dans l’atelier axes, complémentaires dans le règles de sécurité strictes ont été
forme de tubes, d’usinage, un pont développement d’une culture de mises progressivement en place
roulant facilite la
de raccords, etc., manutention des
sécurité partagée. Afin de sensi- par secteur d’activité et affichées.
40 000 tonnes de tubes, pouvant peser biliser l’ensemble des acteurs de La démarche s’appuie à la fois sur
PVC sortent chaque jusqu’à 125 kg. l’entreprise à la prévention, des les opérateurs et sur les mana-
année des lignes de l’entre-
prise Sotra-Seperef. L’entreprise,
implantée à Sainte-Austreberthe,
dans le Pas-de-Calais, fabrique
et commercialise des produits
en polychlorure de vinyle (PVC).
Essentiellement destinée au
transport d’eau potable, irriga-
tion, eaux usées…, la production
de Sotra-Seperef est réalisée
exclusivement par extrusion. Avec
195 salariés, la société, créée en
1961, s’est récemment lancée
dans un vaste projet de préven-
tion des risques professionnels
impliquant l’ensemble de son
personnel. « Cette démarche
s’inscrit dans une politique forte
de prévention du groupe belge
Tessenderlo auquel appartient
l’entreprise », précise Michel
Bigliardi, directeur industriel de
Sotra-Seperef.
© Gaël Kerbaol/INRS

Mise en place en novembre


2012 et baptisée « Sécurité en
comportement, organisation et
technique » (Scot), la démarche
s’articule autour de ces trois

DES TUBES FABRIQUÉS PAR EXTRUSION PVC ET RISQUE CHIMIQUE


Stocké en silo à l’extérieur du bâtiment, le PVC est acheminé « Nous utilisons des mélanges de PVC dont
vers un des ateliers pour préparer les mélanges spécifiques les formulations disposent d’une attestation
à chaque type de tube. Un réseau mécanique automatique de conformité sanitaire, indispensable car nos
transporte ces mélanges jusqu’aux trémies qui alimentent produits entrent en contact avec de l’eau destinée
les extrudeuses. Ces dernières malaxent la matière qui devient à une consommation humaine », souligne Sandrine
pâteuse avant de traverser, à 180 °C, une ligne d’extrusion Descamps, responsable QSE. Les poussières
qui donne la forme attendue du tube. Le tube est ensuite de PVC, sont, elles aussi, à surveiller. « Des dispositifs
refroidi, coupé à la longueur voulue, et conditionné. L’ensemble de captage à la source ont été mis en place
des lignes de l’usine portent la capacité annuelle pour toutes les opérations d’usinage des pièces
de production du site à 40 000 tonnes. afin de limiter les poussières », précise-t-elle.

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER

gers. Ces derniers ont été formés munication mensuelle par les chute », constate Sandrine Des-
au management de la sécurité managers permet de présenter camps. De même, dans l’atelier
sur le terrain, par un organisme l’avancement des actions cor- d’usinage, l’installation d’un
extérieur. « La sécurité est même respondantes. « Le système de pont roulant a permis de faciliter
devenue un critère d’évalua- reporting est une bonne chose. la manutention des tubes, pou-
tion des encadrants. Elle est Il contribue à l’implication des vant peser jusqu’à 125 kg.
désormais considérée comme salariés dans les différents pro- En décembre 2013, l’entreprise
un facteur de performance de jets structurés d’amélioration a créé un journal interne, où
l’entreprise », souligne Michel globale de la prévention des les démarches de prévention
Bigliardi. Chacun est concerné risques et de la préservation de sont régulièrement abordées.
par cette démarche, y compris la santé au travail dans l’entre- Chaque mois, un flash sécurité
les intérimaires qui constituent prise », estime Bruno Hermetz, est diffusé par l’intermédiaire
une population particulièrement ingénieur-conseil à la Carsat des managers à l’ensemble
vulnérable aux accidents. Tout Nord-Picardie. des équipes. Enfin, au sein des
nouvel arrivant, intérimaire ou zones d’affichage d’informa-
contractuel, passe par le dépar- Développement de la tions récemment aménagées,
tement Qualité, sécurité et envi- communication interne de grands écrans viennent
ronnement (QSE) pour une for- À ce jour, 31 groupes de travail d’être installés afin d’y diffuser
mation aux règles de sécurité ont été animés depuis 2012 et de l’information animée. « Nous
qui se conclut par un test. « Nous ont abouti à des propositions souhaitons y intégrer une com-
avons créé nous-mêmes un sys- très diverses selon les problé- posante sécurité importante »,
tème d’e-training adapté à notre matiques. Parfois, il suffit de précise Sandrine Descamps.
activité. Chaque réponse, bonne «  Au départ, nous étions scep-
ou mauvaise, est commentée tiques sur la démarche, mais ce
à l’issue du test. Par ailleurs, qui importe c’est le résultat. C’est
tout nouvel arrivant travaille en un vrai changement de menta-
binôme à son poste afin d’inté- lité par rapport à ce qui nous
grer progressivement les bonnes a été enseigné à l’école, où la
pratiques », précise Sandrine productivité passait avant tout.
Descamps, responsable QSE. Changer sa façon de travailler
Toute situation à risque mise pour faire passer la sécurité
en évidence, que ce soit par en premier, ça prend du temps,
© Gaël Kerbaol/INRS

le CHSCT, les opérateurs, les mais on y arrive petit à petit.


managers, est enregistrée, ana- Et la direction nous en donne
lysée, évaluée. Les situations les moyens », témoigne Jean
les plus critiques sont travail- Codron, actuellement agent
lées en groupes de cinq à six technique et membre du CHSCT,
personnes composés d’enca- en poste depuis une vingtaine
drants et d’opérateurs qui se Afin de sensibiliser changer un mode opératoire, d’années chez Sotra-Seperef.
réunissent. Leur objectif : trou- l’ensemble des et aucun investissement finan- En effet, depuis trois ans, 15 %
ver une solution pour supprimer acteurs de l’entreprise cier n’est nécessaire. D’autres des investissements sont consa-
à la prévention, des
ou limiter le risque. Un poste de règles de sécurité changements sont plus consé- crés à la sécurité. « La fréquence
technicien au sein du bureau strictes ont été mises quents, comme l’installation et la gravité des accidents ont
d’études de l’entreprise a été progressivement de nouvelles trémies sur les baissé. Pour les neuf premiers
créé afin de suivre ces projets en place par secteur lignes d’extrusion afin d’y mois de 2015, nous en sommes
d’activité.
et aider à leur mise en place. Il fluidifier l’écoulement de la à 16 jours d’arrêt de travail.
travaille en étroite collaboration matière. « Sinon, les conducteurs C’est signe que nous devons
avec les futurs utilisateurs et le étaient tentés de monter sur poursuivre dans la même voie »,
service QSE, et leur présente les l’extrudeuse pour décolmater la conclut Michel Bigliardi. n
solutions possibles. Une com- matière et il y avait un risque de K. D.

CRÉATION DE RÈGLES DE SÉCURITÉ STRICTES


Initié par un Comité de pilotage regroupant les responsables sur l’extrudeuse vous met dans une situation dangereuse ».
de chaque secteur opérationnel et le directeur du site, Les posters mettent en scène la mascotte de l’entreprise,
des groupes d’une douzaine de personnes se sont réunis créée à l’origine par des opérateurs avec des tubes
pour définir quatre à cinq règles de sécurité strictes. Celles- et des raccords en PVC, puis habillée avec les EPI de l’entreprise
ci ont été validées par les opérateurs quant à leur mise en (gilet orange, chaussures de sécurité, lunettes et gants).
application. Un concours pour retranscrire ces règles « Nous avons été agréablement surpris de l’engouement
en affiches ludiques a été organisé. « Nous souhaitions et de la forte participation à l’élection des meilleures affiches.
que les opérateurs expriment la sécurité avec leurs propres Et de nombreux participants ont souhaité récupérer leur
mots », souligne Sandrine Descamps, responsable QSE. création à l’issue du concours », poursuit la responsable QSE.
Par exemple, dans l’atelier d’extrusion, on peut lire « Montez

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER
24
25

Le styrène n’a qu’à bien se tenir


POLYECIM COMPOSITES est spécialisé dans la fabrication de pièces en polyester stratifié. Cette
entreprise nazairienne a profité d’un récent déménagement pour concevoir des locaux où
organisation du flux de travail et ventilation générale et à des postes de travail spécifiques
permettent de réduire les risques liés au styrène, dont la substitution est très compliquée.

F
abrication de sanitaires, permis d’organiser les nouveaux résine polyester et de styrène, qui
matériaux pour salles de locaux en fonction des flux de correspond à la partie extérieure
bain, mais aussi pour le travail, d’améliorer la luminosité lisse et protectrice du produit fini.
nautisme ou le mobilier Pour la fabrication de de l’atelier et d’isoler les activi- Cette opération est réalisée par
urbain… les activités produits en composite, tés bruyantes dans une cabine projection au pistolet. Un tissu
la technique du
de Polyecim Composites, instal- « moulage au contact »
de détourage. Et évidemment de renfort est ensuite disposé
lée dans la zone industrielle de est la plus usitée chez d’apporter un renouvellement manuellement sur cette couche
Saint-Nazaire, sont variées et Polyecim : des couches d’air adapté à l’activité, grâce à extérieure et une nouvelle couche
pour la plupart réalisées à base de résine polyester la mise en place de cabines ven- contenant la résine est appliquée
de polyester stratifié. Un matériau et de styrène sont tilées pour les process les plus au pinceau. Le processus est
appliquées en
composite formé d’une résine alternance avec polluants pour les 29 salariés de répété afin d’obtenir le nombre
polyester et de renfort en fibres. À des couches de tissu l’entreprise. » de strates désiré.
l’occasion de son déménagement de renfort. Toutes Chez Polyecim, la technique la Pour des raisons esthétiques et
en 2012, l’entreprise a pu inté- ces opérations plus fréquemment utilisée est de résistance du matériau, les
sont réalisées
grer les principes de prévention dans des cabines
celle du « moulage au contact ». Le bulles doivent être évacuées par
des risques professionnels dès ouvertes moule est d’abord recouvert d’un pression manuelle au rouleau
la conception de ses nouveaux à flux laminaire. gelcoat, composé notamment de (ébullage), entre chaque couche
locaux. de tissus et lors du moulage de la
La maîtrise de l’exposition au structure de la pièce. « Cette tech-
styrène, contenu dans la résine nique manuelle de moulage au
polyester, grâce à un système de contact est utilisée pour les proto-
ventilation adapté faisait partie typages et les petites séries. Pour
des mesures phares. Le styrène les moyennes séries et les pièces
est un produit nocif et volatil. Il de grande taille, nous utilisons la
est difficile à substituer car indis- projection simultanée de fibres et
pensable au processus de réticu- de résine », explique Franck Pau-
lation – autrement dit le durcisse- trot, gérant de Polyecim. Toutes
ment de la matière – et est utilisé ces opérations sont réalisées
comme solvant (lire l’encadré dans des cabines ouvertes à flux
ci-dessous). « Le projet a été suivi laminaire.
© Fabrice Dimier pour l’INRS

dès sa conception par la Car- Après application du gelcoat et à


sat, qui a pu apporter des aides la fin de la stratification, les pièces
financières aux aménagements séchent dans l’étuve de désolva-
d’extractions et au traitement tation, à 35  °C. Celles-ci accé-
acoustique, explique Reynald lèrent le processus de séchage et
Brossard, contrôleur de sécurité à évitent les émanations de styrène
la Carsat Pays-de-la-Loire. Cela a au sein de l’atelier. Cette pièce de

L’ACTION STYRÈNE, UNE PRIORITÉ NATIONALE


Le styrène peut pénétrer dans l’organisme par voie respiratoire les plus susceptibles d’être exposés à cet hydrocarbure
ou cutanée. Le Centre international pour la recherche contre aromatique. Il est également utilisé dans la fabrication
le cancer le classe comme cancérogène possible. du polystyrène. Pour la plupart des applications, il n’existe pas
Les affections engendrées par son exposition font l’objet de substituant moins toxique. Le dégagement de styrène
d’un tableau des maladies professionnelles n° 84. De plus, n’est pas propre à la plasturgie, il peut concerner également
le styrène a un effet ototoxique, entraînant un risque de surdité. les secteurs de la carrosserie, la métallurgie, l’ameublement.
La réduction, voire la suppression de l’exposition au styrène,
fait partie des priorités nationales de la Convention d’objectif
et de gestion 2014-2017. Dans la plasturgie, ce sont surtout
les travailleurs de l’industrie du polyester stratifié qui sont

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016


DOSSIER

Dans l’atelier de Enfin, le nettoyage des outils


finition, les ponceuses se fait à l’acétone, au poste de
manuelles sont
branchées sur un travail. « En revanche, nous ne
réseau d’extraction nettoyons pas les moules avec
haute dépression ce solvant car il pourrait nuire à
qui permet d’extraire la matière qui les recouvre pour
les poussières
faciliter le démoulage. Leur net-
qu’elles libèrent.
toyage se fait à sec », précise
Franck Pautrot. Pour éviter l’éva-
poration de ce solvant, volatil
et inflammable, les contenants
d’acétone sont refermés entre

© Fabrice Dimier pour l’INRS


chaque utilisation.
«  Le contrôle de l’ensemble des
extractions de l’entreprise a été
réalisé par le Cimpo. À charge
pour l’entreprise de veiller à le
faire effectuer tous les ans », rap-
pelle Reynald Brossard.
L’activité actuelle de Polyecim
comporte également 20 à 30 %
100 m2 a été en partie financée vigueur en 2017. Le poste de de fabrication en moule fermé.
par la Carsat. « Les salariés n’y projection simultanée et d’ébul- L’entreprise utilise deux tech-
entrent que le temps d’y dépo- lage reste au-dessus de la VLEP. REPÈRES niques, en fonction des caracté-
ser les pièces. Cette étape n’étant Cependant, l’exposition réelle à ristiques mécaniques et d’aspect
plus réalisée dans l’atelier, nous ce poste est limitée par le port n POUR le styrène, du produit à fabriquer : l’injection
limitons leur exposition au sty- effectif des EPI adaptés. On peut la valeur limite sous vide et l’infusion. Avec la
rène », note Franck Pautrot. difficilement faire mieux en uti- d’exposition technique d’injection sous vide
lisant les moules ouverts », com- professionnelle (ou RTM pour Resin transfert
Après le démoulage, mente Reynald Brossard. C’est (VLEP) sur 8 heures moulding), la résine est injectée
bruit et poussières en effet par cette technique que est actuellement d’un côté et aspirée à l’opposé
Début 2015, le Centre interré- l’entreprise réalise la plupart de fixée à 215 mg/m3. afin qu’elle se répartisse dans
gional de mesures physiques de ses pièces. Un abaissement toute la pièce qui se forme entre
l’Ouest (Cimpo) et le laboratoire Une fois la pièce démoulée, le à 100 mg/m3 est le moule et le contre-moule de
interrégional de chimie de l’Ouest travail de finition commence prévu au la même forme. L’infusion ne
(Lico) ont réalisé, à différents par l’ébavurage, le détourage et 1er janvier 2017, nécessite pas de contre-moule, le
postes de l’entreprise (fabrica- le ponçage. Autant d’activités en accord avec les vide est créé grâce à une bâche
tion et finition), des mesures des bruyantes qui s’effectuent dans recommandations étanche.
expositions potentielles des sala- une cabine insonorisée. Elles sont de l’Agence Les procédés en moules fermés
riés aux composés organiques aussi génératrices de poussières, nationale de sécurité permettent de réduire l’exposi-
volatils (COV), et notamment au nécessitant une ventilation adap- sanitaire tion au styrène des salariés. Glo-
styrène et à l’acétone. « Pour le tée (lire l’encadré ci-dessous). de l’alimentation, balement, la technique permet
styrène, les postes de gelcoa- Dans l’atelier de finition, les pon- de l’environnement d’atteindre des concentrations
tage et de moulage au contact ne ceuses manuelles sont branchées et du travail (Anses). en styrène de 10 mg/m3. Il n’y
dépassent pas les 70 mg/m3, c’est- sur un réseau d’extraction haute n POUR l’acétone, a pas besoin d’ébullage car la
à-dire en dessous de la VLEP dépression qui permet d’extraire la VLEP sur réaction se fait sous vide. Seule
(NDLR : valeur limite d’exposition les poussières émises par ces 8 heures est fixée l’application du gelcoat se fait
professionnelle, lire à ce sujet dernières. Là encore, les mesures à 1 210 mg/m3 manuellement avant fermeture
l’encadré « Repères ») actuelle du Cimpo viennent valider le pro- et la VLEP-15 minutes du moule. n
et de celle qui devrait entrer en cédé. à 2 420 mg/m3. K. D.

UNE CABINE DE DÉTOURAGE EN SAVOIR PLUS


À VENTILATION SPÉCIFIQUE n Mise en œuvre manuelle des polyesters
Dans la cabine de détourage insonorisée, l’air est filtré puis stratifiés. Guide pratique de ventilation.
recyclé. Une sonde permet un contrôle de l’empoussièrement ED 665. INRS.
global de l’air réintroduit dans la cabine, les poussières du polymère n Les appareils de protection respiratoire.
étant considérées sans effets spécifiques. « Même si les cabines Fiche pratique de sécurité. ED 98. INRS.
sont conformes aux préconisations de la Carsat, le port d’un masque À consulter sur www.inrs.fr.
à adduction d’air reste obligatoire. Les nombreuses formes convexes
des objets moulés rendent difficile un captage à la source efficace »,
constate Reynald Brossard.

travail & sécurité – n° 768 – janvier 2016