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5O

CLÉS POUR COMPRENDRE L’

ASTRONOMIE
JOANNE
BAKER

Traduit de l’anglais par Julien Bambaggi


table des matières

Introduction 3 27 La théorie des cordes 108


28 Le principe anthropique 112
29 La séquence de Hubble 116
01 Les planètes 4
30 Amas galactiques 120
02 Héliocentrisme 8
31 Structure à grande échelle 124
03 Les lois de Kepler 12
32 Radioastronomie 128
04 La gravitation de Newton 16
33 Quasars 132
05 L’optique de Newton 20
34 Fond cosmique de rayons X 136
06 Lunette et télescope 24
35 Trous noirs supermassifs 140
07 Raies de Fraunhofer 28
36 évolution galactique 144
08 L’effet Doppler 32
37 Lentilles gravitationnelles 148
09 Parallaxe 36
38 Classer les étoiles 152
10 Le Grand Débat 40
39 évolution stellaire 156
11 Le paradoxe d’Olbers 44
40 Naissances d’étoiles 160
12 La loi de Hubble 48
41 Morts d’étoiles 164
13 échelle des distances cosmiques 52
42 Pulsars 168
14 Le Big Bang 56
43 Susauts gamma 172
15 Fond diffus cosmologique 60
44 Variabilité 176
16 Big Bang et nucléosynthèse 64
45 Le Soleil 180
17 Antimatière 68
46 Exoplanètes 184
18 Matière noire 72
47 Formation du système solaire 188
19 L’inflation cosmique 76
48 Lunes 192
20 La constante cosmologique 80
49 Exobiologie 196
21 Le principe de Mach 84
50 Le paradoxe de Fermi 200
22 La Relativité restreinte 88
23 La Relativité générale 92 Glossaire 204
24 Trous noirs 96
25 Astrophysique des particules 100 Index 206
26 La « particule de Dieu » 104
Introduction 3

introduction
L’astronomie est l’une des sciences les plus anciennes et les plus profondes. Depuis la
traque du mouvement du Soleil et des étoiles par nos ancêtres, les connaissances que
nous avons acquises ont radicalement modifié la perception de la place de l’Homme
dans l’Univers. Chaque avancée a eu des répercussions sociales. Au xviie siècle, Galilée
fut arrêté pour avoir affirmé que la Terre tournait autour du Soleil. Les preuves du
fait que notre système solaire est éloigné du centre de la Voie lactée ont provoqué
pareils sursauts d’incrédulité. Et Edwin Hubble, dans les années 1920, a clos le débat
en découvrant que la Voie lactée n’est qu’une des milliards de galaxies dispersées
dans un vaste univers en expansion, vieux de 14 milliards d’années.

Au cours du xxe siècle, les techniques ont accéléré le rythme des découvertes. Le


siècle débuta avec des avancées dans notre connaissance des étoiles et de la fusion
nucléaire dont elles sont le siège, parallèlement à nos découvertes sur l’énergie
nucléaire et le rayonnement et à la construction de la bombe atomique. Pendant
la Deuxième Guerre mondiale et les années qui ont suivi, il y eut le développement
de la radioastronomie, l’identification des pulsars, des quasars et des trous noirs. De
nouvelles fenêtres sur l’Univers s’ouvrirent d’un coup, depuis le rayonnement micro-
onde du fond diffus cosmologique jusqu’aux rayons X et gamma, chaque bande de
fréquences étudiée apportant ses propres découvertes.

Ce livre est un voyage dans le monde de l’astronomie et de l’astrophysique à partir


des perspectives ouvertes par la recherche moderne. Les premières sections décrivent
les grands sauts dans notre connaissance des échelles de l’Univers, cependant qu’ils
introduisent les bases, depuis la gravité jusqu’au fonctionnement des lunettes et
télescopes. Le groupe suivant de sections s’interroge sur ce que nous avons appris en
cosmologie, l’étude de l’Univers comme un tout : ses différentes parties, son histoire
et son évolution. On introduit ensuite les aspects théoriques de notre approche de
l’Univers, entre autres la Relativité, les trous noirs et les multivers. Les dernières
sections regardent en détail ce que nous savons des galaxies, des étoiles et du sys-
tème solaire, depuis les quasars et l’évolution des galaxies jusqu’aux exoplanètes et
à l’astrobiologie. Le rythme des découvertes reste rapide : peut-être les prochaines
décennies nous verront-elles témoins du prochain renversement de paradigme – la
découverte de la vie en dehors de la Terre.
4 50 clés pour comprendre l’astronomie

01 L es planètes
Combien de planètes compte le système solaire ? Il y a quelques années,
chacun pouvait facilement répondre : neuf. Ce n’est plus si simple !
Les astronomes ont tout chamboulé en découvrant dans la froideur
glacée des confins du système solaire des corps rocheux soutenant
la comparaison avec Pluton ainsi que des centaines de planètes tournant
autour d’étoiles lointaines. Contraints d’en redéfinir le concept,
ils préconisent désormais de décompter dans notre système solaire huit
planètes dignes de ce nom et quelques planètes naines comme Pluton.

Les planètes – nous le savons depuis la Préhistoire – sont différentes des étoiles.
Leur nom vient du Grec « errant » : elles se déplacent dans le ciel nocturne
tandis que les étoiles en forment l’immuable toile de fond. Nuit après nuit, les
étoiles constituent les mêmes motifs : leurs constellations tournent ensemble
lentement autour des pôles Nord et Sud, chaque étoile gravant son cercle
dans le firmament. Mais les positions des planètes par rapport aux étoiles se
déplacent légèrement chaque jour, poursuivant à travers ciel une trajectoire
inclinée dans un plan appelé écliptique. Tandis que les planètes tournent
autour du Soleil, leur mouvement se fait dans le même plan dont la projection
dans le ciel forme un trait.

Les principales planètes autres que la Terre sont connues depuis des millé-
naires : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. On peut facilement les voir
à l’œil nu. Elles occultent souvent les étoiles voisines et leurs mouvements
contraires leur confèrent un statut mythique, encore grandi par l’arrivée des
télescopes au xviie  siècle : Saturne est entourée d’élégants anneaux, Jupiter
s’enorgueillit d’une ribambelle de lunes tandis que la surface de Mars est striée
de canaux sombres.

La planète X Ces certitudes célestes ont été bousculées par la découverte,


en 1781, de la planète Uranus par l’astronome britannique William Herschel.
Plus pâle et se déplaçant plus lentement que les autres planètes connues, on

chronologie
350 av. J.-C. 1543 1610 1781
Aristote établit Copernic publie Galilée observe William Herschel
que la Terre sa théorie à la lunette découvre Uranus
est ronde héliocentrique les satellites
de Jupiter
Les planètes 5

la croyait jusqu’alors étoile soli-


taire. C’est la quête méticuleuse de
Herschel qui a définitivement prouvé La définition
qu’elle tournait autour du Soleil, lui
conférant ainsi son statut de planète.
Herschel se reposa sur la gloire que
d’une planète
Une planète est un corps céleste qui :
cette découverte lui avait apportée, (a) est en orbite autour du Soleil ;
allant jusqu’à rechercher les faveurs (b) a une masse suffisante pour que sa gravité
du roi George III dont le nom servit, l’emporte sur les forces de cohésion du corps
pendant une courte période, à dési- solide et lui donne une forme presque sphé-
gner la nouvelle planète. rique ;
(c) a éliminé tout corps susceptible de se
D’autres découvertes allaient venir. déplacer sur une orbite proche.
De légères perturbations dans l’orbite
d’Uranus laissaient penser qu’elles
étaient dues à la présence, au-delà,
d’un autre corps céleste. Plusieurs astronomes traquèrent l’intrus vagabond
dans la direction attendue : en 1846, Neptune fut découverte par le Français
Urbain Jean Joseph Le Verrier qui coiffait au poteau l’astronome britannique
John Couch Adams.

Puis, en 1930, ce fut l’existence de Pluton qui fut corroborée. Comme pour
Neptune, de petits écarts dans les mouvements attendus des planètes périphé-
riques suggéraient la présence d’un corps situé au-delà – on l’appela la pla-
nète X. Aux États-Unis, Clyde Tombaugh, du Lowell Observatory, le repéra
en comparant des photographies du ciel prises à différents moments : c’est
par son mouvement que la planète s’est révélée. Mais c’est à une écolière qu’il
appartint de lui donner un nom. Venetia Burney, d’Oxford au Royaume-Uni,
remporta le concours lancé à cette fin en proposant un nom d’inspiration clas-

«
sique : Pluton, le dieu des Enfers. La planète Pluton a joué un grand rôle dans
l’imagerie populaire, depuis le chien de
la bande dessinée (Pluton se dit Pluto en Comme les continents,
anglais) jusqu’au récent plutonium. les planètes sont davantage
Pluton déchue Notre système solaire
définies par notre façon
de les voir que par une

»
à neuf planètes a tenu bon 75 ans, jusqu’à
ce que Michael Brown et son équipe du assertion énoncée
Caltech découvrent que Pluton n’était après coup.
pas seule. Aux confins glacés du système
solaire, ils ont trouvé quelques objets Michael Brown, 2006

1843-1846 1930 1962 1992 2005


Adams et Le Verrier Clyde Tombaugh Les premières images Découverte de la Michael Brown découvre
découvrent Neptune, découvre Pluton de Vénus par la sonde première planète Éris
dont l’existence était Mariner 2 montrent extrasolaire
prédite la surface d’une autre
planète
6 50 clés pour comprendre l’astronomie

d’assez belle taille, l’un d’entre eux étant même plus gros que Pluton lui-même.
Ils l’ont appelé Éris. Une question se posait à la communauté scientifique : la
découverte de Brown devait-elle être considérée comme une dixième planète ?

Et que dire des autres corps glacés proches de Pluton et Éris ? Le statut de
planète de Pluton était remis en cause. Les confins du système solaire étaient
jonchés d’objets recouverts de glace, Pluton et Éris n’en étant que les plus gros.
De plus, on connaissait ailleurs des astéroïdes rocheux de taille semblable, dont
Cérès, un astéroïde de 950 kilomètres de diamètre découvert en 1801 entre
Mars et Jupiter pendant la traque de Neptune.

En 2005, une commission de l’Union astronomique internationale, l’organisa-


tion professionnelle des astronomes, se réunit pour décider du sort de Pluton.

William Herschel (1738-1822)


Frederick William Herschel est né en de nébuleuses. Herschel découvrit Uranus
Allemagne, à Hanovre, en 1738. Il émigra en qu’il appela « Georgium Sidum », l’étoile de
Angleterre en 1757 où il gagna sa vie comme George, en l’honneur du roi George III qui
musicien. Il se prit de passion pour l’astro- le fit Astronome de la cour. Parmi les autres
nomie, passion qu’il partageait avec sa sœur découvertes de Herschel : la nature binaire
Caroline qu’il avait fait venir en Angleterre en de nombreuses étoiles doubles, les variations
1772. Les Herschel ont construit un télescope saisonnières des calottes polaires de Mars et
pour contempler le ciel nocturne, identifiant les satellites d’Uranus et Saturne.
des centaines d’étoiles doubles et des milliers
Les planètes 7

Brown et quelques autres voulaient


« Peut-être notre monde

»
conserver son statut à Pluton considérant
qu’il était d’ordre culturel. est-il l’enfer d’une autre
Selon eux, Éris devrait aussi être consi- planète.
dérée comme une planète. Pour les autres Aldous Huxley
participants, tous les corps glacés au-delà
de Neptune n’étaient pas de vraies planètes. Cela fit l’objet d’un vote lors
d’une assemblée générale en 2006. On décida d’une nouvelle définition d’une
planète. Jusque-là, il ne s’agissait pas d’un concept précis. Certains étaient
perplexes, estimant que c’était comme demander, par exemple, la définition
précise d’un continent : si l’Australie en est un, pourquoi pas le Groënland ?
Où l’Europe finit-elle et où l’Asie commence-t-elle ? Mais les astrophysiciens
ont fini par convenir d’un ensemble de règles.

Une planète est définie comme un corps céleste en orbite autour du Soleil,
de masse suffisante pour que sa gravité lui donne une forme sphérique et le
rende capable d’éliminer les corps voisins. D’après ces règles, Pluton n’est pas
une planète parce qu’elle ne remplit pas la dernière condition. Pluton et Éris
furent qualifiées de planètes naines, de même que Cérès. Les corps plus petits,
en dehors des satellites, restèrent non définis.

Au-delà du Soleil Cette définition d’une planète était destinée à notre


propre système solaire. Mais on peut l’appliquer ailleurs. Aujourd’hui, nous
connaissons plusieurs centaines de planètes en orbite autour d’autre étoiles que
le Soleil. Elles ont été repérées essentiellement par l’attraction ténue qu’elles
exercent sur leur étoile hôte. La plupart de ces planètes sont de massives géantes
gazeuses comme Jupiter. Mais de nouveaux engins spatiaux, tel Kepler lancé en
2009, rivalisent pour détecter autour d’autres étoiles des planètes plus petites
qui pourraient ressembler à la Terre.

Une autre définition, celle d’une étoile, a elle aussi fini par être remise en cause.
Les étoiles sont des boules de gaz, tel le Soleil, suffisamment grosses pour que,
dans leur cœur, se soit enclenchée la fusion nucléaire. C’est là l’énergie qui fait
briller les étoiles. Mais il n’est pas évident de distinguer les boules de gaz de
taille planétaire, comme Jupiter, des étoiles les plus petites et les plus sombres,
les naines brunes. L’espace est peut-être peuplé d’étoiles qui ne se sont pas
allumées, voire de planètes à la dérive.­

l’idée clé
Les planètes sont des objets
hors du commun
8 50 clés pour comprendre l’astronomie

02 Héliocentrisme
Nous savons aujourd’hui que la Terre et les planètes tournent autour du
Soleil mais il fallut que les preuves s’accumulent au xviie siècle pour que
cela finisse par être admis. Notre vision du monde en a été bouleversée :
les êtres humains n’étaient pas au centre de l’Univers, ce qui s’opposait aux
philosophies et religions dominantes de l’époque. Le débat se poursuit sur
la place de l’Homme dans le cosmos avec des arguments semblables, depuis
les dogmes créationnistes jusqu’aux aspects rationnels de la cosmologie.

Les premiers hommes ne pouvaient concevoir qu’un univers gravitant autour


d’eux. Dans l’Antiquité, la Terre était placée au centre des modèles du cosmos
et tout le reste en découlait. On imaginait que les corps célestes étaient plaqués
sur des sphères de cristal tournant autour de la Terre. Ainsi, chaque nuit, les
étoiles fixées sur elles – ou révélées par des trous minuscules – étaient entraînées
dans un mouvement circulaire autour des pôles célestes nord et sud : les êtres
humains étaient bien la clé des mécanismes de l’Univers.

On soupçonnait cependant que ce modèle bien commode était erroné et cela


a interpellé des générations de philosophes. L’idée que les cieux se meuvent
autour du Soleil plutôt que de la Terre – un modèle héliocentrique, du grec
helios, Soleil – a été avancée par les philosophes grecs de l’Antiquité dès 270
av. J.-C. Parmi eux, Aristarque de Samos a développé cette idée dans ses écrits.
Il calcula la taille relative de la Terre et du Soleil et se rendit compte que ce
dernier était bien plus grand. Il paraissait plus logique de penser que c’était le
plus petit des deux astres, la Terre, qui se déplaçait.

Ptolémée, au iie siècle de notre ère, se servit des mathématiques pour prédire le


mouvement des étoiles et des planètes et il obtint des résultats corrects. Mais
ses équations ne rendaient pas compte de configurations évidentes. La manifes-
tation la plus curieuse était que, de temps à autre, le mouvement des planètes
changeait de sens : c’est le mouvement rétrograde. Ptolémée – qui, comme
d’autres avant lui, pensait que les planètes se déplaçaient sur de grandes roues

chronologie
270 av. J.-C. IIe siècle
Les Grecs de l’Antiquité proposent Ptolémée ajoute des épicycles pour expliquer
un modèle héliocentrique le mouvement rétrograde
des planètes
Héliocentrisme 9

circulaires dans le ciel – conçut une explication en ajoutant de nouvelles roues


dentées à leurs orbites. Il avança que les planètes se déplaçaient sur de petits
anneaux tout en poursuivant leur trajectoire principale, une espèce de méca-
nisme d’horlogerie géant. Ce sont ces « épicycles » superposés qui faisaient que
les planètes, de temps à autre, donnaient l’impression de rebrousser chemin.

Cette idée d’épicycles s’installa. Elle fut affinée par la suite. Les philosophes
étaient séduits par l’idée que la nature mettait en œuvre de parfaites figures
géométriques. Mais, à mesure que la précision des mesures astronomiques aug-
mentait, les savantes combinaisons mathématiques parvenaient de moins en
moins à les expliquer : les données s’étoffaient, les contradictions aussi…

Le modèle de Copernic Au fil des


siècles, il fut question, de temps à autre,
d’héliocentrisme, mais cela ne fut pas pris
au sérieux. La conception géocentrique
allait de soi et toute théorie alternative
paraissait une vue de l’esprit. Ce ne fut
donc pas avant le xvie siècle que les consé-
quences de l’héliocentrisme furent entiè-
rement développées. Dans son ouvrage de
1543 De revolutionibus orbium cœlestium,
l’astronome polonais Nicolas Copernic
décrivit en détail un modèle mathéma-
tique héliocentrique, expliquant le mou-
vement rétrograde des planètes comme
une projection vue depuis la Terre de leur
mouvement autour du Soleil, la Terre étant
elle-même animée d’un mouvement sem-
blable.

« Enfin, nous pourrons mettre le Soleil lui même


au centre de l’Univers.
»
Nicolas Copernic

1543 1609-1610 1633


Copernic publie son Kepler représente les orbites Galilée est poursuivi
modèle héliocentrique des planètes par des ellipses ; pour avoir professé
Galilée découvre les satellites l’héliocentrisme
de Jupiter
10 50 clés pour comprendre l’astronomie

Nicolas Copernic (1473-1543)


Né à Thorn, en Pologne, Copernic reçut une tionibus orbium cœlestium (De la révolution des
formation de chanoine, suivant des cours de sphères célestes), publié en mars 1543 – seu-
droit, de médecine, d’astronomie et d’astro- lement deux mois avant sa mort –, a été une
logie. Il était fasciné par les idées de Ptolémée étape cruciale dans l’avènement d’un univers
sur l’ordre de l’Univers tout en les critiquant héliocentrique. Mais cela reste loin des idées
et préféra élaborer son propre système dans de l’astronomie moderne.
lequel la Terre et les planètes tournent autour
du Soleil. L’ouvrage de Copernic, De revolu-

Le modèle de Copernic mettait en cause la prédominance universelle des êtres


humains et cela ne fut pas sans conséquences. L’Église officielle en tenait pour
le système géocentrique de Ptolémée. Prudent, Copernic retarda la publication
de son ouvrage jusqu’à l’année de sa mort. Ses arguments posthumes furent
entendus et tranquillement mis de côté. C’est à un personnage plus enflammé
qu’il revint de prendre le relais.

Les convictions de Galilée L’astronome italien Galileo Galilei a osten-


siblement défié l’Église catholique romaine en défendant l’héliocentrisme.
Sa témérité s’appuyait sur les observations qu’il avait faites à la lunette, alors
construite depuis peu. Scrutant les cieux avec davantage de précision que ses
prédécesseurs, il obtint la preuve que la Terre n’était pas un centre universel :
des satellites gravitaient autour de Jupiter tandis que Vénus, comme la Lune,
connaissait des phases. Il publia ces découvertes dans son ouvrage de 1610
Siderus nuncius, Le Messager des étoiles.

Fort de sa conviction héliocentrique, Galilée défendit sa thèse dans une lettre


à la Grande Duchesse Christine. Il avait affirmé que c’était la rotation de la
Terre qui donnait l’impression que le Soleil se déplaçait dans le ciel : aussi se
retrouva-t-il convoqué à Rome. Le Vatican voulait bien admettre la validité
des observations, les astronomes jésuites ayant fait les mêmes constatations à
la lunette. Mais l’Église refusa la théorie de Galilée, décrétant qu’il ne s’agissait
que d’une simple hypothèse qu’il ne fallait pas prendre au pied de la lettre en
dépit de sa séduisante simplicité. On interdit à Galilée de professer l’héliocen-
trisme, excluant toute possibilité pour lui de « défendre ou enseigner » cette
idée ­controversée.
Héliocentrisme 11

« Déclarer hérétique le fait de croire


à ce qui est prouvé est sans nul doute
nocif pour les âmes.
Galilée
»
Les raisons de Kepler À la même époque, un astronome allemand tra-
vaillait aussi sur les mathématiques du mouvement des planètes. Johannes
Kepler publia son étude de la trajectoire de Mars dans son ouvrage Astronomia
nova (1609), l’année même où Galilée monta sa lunette. Kepler découvrit que
l’ellipse fournissait de l’orbite de la planète rouge autour du Soleil une meil-
leure description que le cercle. En se libérant des cercles parfaits, il dépassa le
modèle de Copernic et améliora les prévisions du mouvement des planètes. Les
idées de Kepler sont aujourd’hui considérées comme une loi élémentaire de la
physique mais elles étaient très en avance sur leur temps et mirent longtemps
à s’imposer. Pour sa part, Galilée les prit en considération.

Même s’il était désormais sous le coup d’un interdit, Galilée restait convaincu
que son explication héliocentrique était la bonne. Le pape Urbain VIII lui
demanda de rédiger un compte rendu équilibré des deux points de vue : dans
son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Galilée irrita le pontife en
manifestant sa préférence pour son propre point de vue par rapport à celui de
l’Église. Le Vatican le convoqua une nouvelle fois à Rome et le mit en accu-
sation pour avoir bravé l’interdit auquel il était soumis. Galilée fut assigné à
résidence jusqu’à la fin de sa vie, en 1642. Ce n’est que quatre siècles plus tard,
à l’occasion de l’anniversaire de la publication de l’ouvrage contesté, que le
Vatican fit des excuses formelles.

L’idée fait son chemin Les preuves que l’héliocentrisme était la bonne
façon de voir le système solaire se sont peu à peu accumulées au fil des siècles.
On vit que les lois de Kepler sur les orbites tenaient bon et elles influencèrent la
théorie de la gravitation de Newton. Des planètes plus lointaines furent décou-
vertes et le fait qu’elles tournaient autour du Soleil paraissait évident. Mettre
l’Homme au centre de tout n’était plus tenable.

l’idée clé
Au centre, le Soleil
12 50 clés pour comprendre l’astronomie

03 Les lois de Kepler


Johannes Kepler recherchait des motifs en toute chose. Examinant les
tables astronomiques où étaient relevées les boucles décrites par Mars
dans notre ciel, il découvrit trois lois qui régissent la trajectoire des
planètes. Il explicita le caractère elliptique de ces trajectoires, les planètes
qui sont le plus loin du Soleil se déplaçant le plus lentement autour de lui.
Non seulement les lois de Kepler transformèrent l’astronomie mais elles
jetèrent les bases de la loi de la gravitation universelle de Newton.

Dans leur mouvement autour du Soleil, les planètes les plus proches de lui se
déplacent plus rapidement que celles qui en sont plus éloignées. Mercure ne
fait le tour du Soleil qu’en 80 jours terrestres. À la même vitesse, il ne faudrait à
Jupiter que 3,5 années terrestres pour parcourir son orbite, alors qu’il lui en faut
douze en réalité. Dans leur ballet, les planètes passent les unes devant les autres
et, pour un observateur terrestre, certaines semblent parfois rebrousser chemin.
Du temps de Kepler, ces mouvements « rétrogrades » constituaient une grande
énigme. C’est en la résolvant que vinrent à Kepler les idées qui le conduisirent
à établir ses trois lois du mouvement des planètes.

Des motifs polygonaux Kepler était un mathématicien allemand qui


vécut à la fin du xvie siècle et au début du xviie. L’astrologie était alors prise très
au sérieux tandis que l’astronomie, en tant que science, en était à ses balbutie-
ments. Pour révéler les lois de la nature, le religieux et le sacré comptaient tout
autant que l’observation. Lui-même mystique, Kepler était convaincu que la
structure sous-jacente de l’Univers reposait sur des formes géométriques par-
faites et il passa sa vie à tenter de dégager d’imaginaires motifs polygonaux
parfaits cachés dans les œuvres de la nature.

Les travaux de Kepler vinrent presque un siècle après que l’astronome polonais
Nicolas Copernic eut avancé que le Soleil se trouvait au centre de l’Univers

chronologie
Vers 580 av. J.-C. Vers 150 ap. J.-C. 1543
Pythagore énonce Ptolémée invente les épicycles Copernic propose un
que les planètes pour expliquer le mouvement système où les planètes
sont en orbite sur des sphères rétrograde des planètes tournent autour du Soleil
cristallines parfaite
Les lois de Kepler 13

et que la Terre tournait autour de lui


plutôt que l’inverse. Au début, Kepler
adopta le système héliocentrique de
A
Copernic, convaincu que les planètes
se déplaçaient autour du Soleil selon Soleil
des trajectoires circulaires. Il imagina D
un système dans lequel les orbites
des planètes étaient portées par une
série de sphères de cristal emboîtées C
et espacées en respectant les propor- Planète
tions d’une série de polygones, eux-
B
mêmes dotés d’un nombre croissant
de côtés et remplissant les sphères.
L’idée selon laquelle les lois de la
nature suivaient des rapports géométriques fondamentaux était apparue chez
les Grecs de l’Antiquité.

Kepler s’essaya à modeler des orbites de planètes étayant ses idées géométriques
et, pour cela, il utilisa les données les plus précises disponibles : les tables com-
plexes des mouvements planétaires dans notre ciel méticuleusement établies
par Tycho Brahé. C’est dans ces colonnes de nombres que Kepler discerna des
motifs qui lui firent réviser son jugement et lui suggérèrent ses trois lois.

En élucidant le mouvement rétrograde de Mars, Kepler réalisa une avancée


décisive. De temps à autre, la planète rouge rebrousse chemin dans notre ciel
et effectue une petite boucle. Copernic avait modélisé les boucles en ajoutant
à l’orbite principale des petits cercles supplémentaires, des « épicycles ». Mais
Kepler remarqua que cela n’était pas en accord avec la précision des mesures

«
récentes.

Quelque chose me frappa soudain :


ce joli petit pois bleu était la Terre. Je levai mon pouce
et fermai un œil : mon pouce masqua la Terre.
Loin d’avoir l’impression d’être un géant,
je me sentis petit, tout petit.
Neil Armstrong
»
1576 1609 1687 2009
Tycho Brahé effectue un relevé Kepler publie sa théorie Newton explique les lois de La NASA lance le satellite
de la position des planètes des orbites elliptiques Kepler par la gravité Kepler afin de repérer des
planètes en orbite autour
d’autres étoiles
14 50 clés pour comprendre l’astronomie

Il chercha une autre explication et


eut un éclair de génie : les boucles

Lois de Kepler rétrogrades s’expliqueraient si les


orbites planétaires étaient elliptiques
et non circulaires comme on le pen-
Première loi Les planètes décrivent une ellipse
sait. Comble d’ironie, cela signifiait
dont le Soleil occupe l’un des foyers.
que la nature n’était pas bâtie sur des
Deuxième loi Quand une planète parcourt son
formes géométriques parfaites ainsi
orbite, le rayon Soleil-planète balaie des aires
que Kepler le croyait. Mais il eut le
égales en des intervalles de temps égaux.
courage de se rendre à l’évidence et
Troisième loi Les périodes orbitales sont liées à
de changer d’avis.
la taille des ellipses, le carré de la période étant
proportionnel au cube du grand axe de l’orbite. Orbites La première loi de Kepler
dit que les planètes suivent des orbites
elliptiques dont le Soleil occupe l’un
des deux foyers. La deuxième loi
décrit la vitesse avec laquelle une planète se déplace sur son orbite : en par-
courant sa trajectoire, une planète balaie des aires égales en des intervalles de
temps égaux. Ces aires sont celles des portions angulaires formées par le Soleil
et les deux positions de la planète (AB ou CD), comme une part de tarte. Les
orbites étant elliptiques, pour balayer une aire donnée, il faut qu’elle parcoure
une distance plus grande quand elle est proche du Soleil que lorsqu’elle en est
loin. Une planète se déplace donc plus vite lorsqu’elle est proche du Soleil. La
loi de Kepler lie vitesse et distance au Soleil : bien que Kepler ne s’en soit pas
rendu compte, cela est dû à la gravitation qui accélère la planète d’autant plus
qu’elle est proche de la masse du Soleil.

La troisième loi va encore plus loin en expliquant comment les périodes orbi-
tales varient selon la taille des ellipses en suivant toute l’échelle des distances
des planètes au Soleil. Elle énonce que le carré de la période orbitale est propor-
tionnel au cube de la longueur du grand axe de l’ellipse de l’orbite. Plus grande
est l’ellipse, plus longue est la période, c’est-à-dire plus il faut de temps pour
parcourir l’orbite. Les planètes les plus éloignées se déplacent plus lentement
que les plus proches. Il faut près de 2 années terrestres à Mars pour opérer une
révolution, 29 à Saturne et 165 à Neptune.

«
Nous ne sommes qu’une race avancée
de singes sur une planète mineure tournant autour
d’une étoile très moyenne. Mais nous sommes capables
de comprendre l’Univers, ce qui fait de nous
quelque chose de tout à fait à part.
Stephen Hawking
»
Les lois de Kepler 15

« Je mesurais les cieux, je mesure à présent


les ombres de la Terre. L’esprit était céleste,
ci-gît l’ombre du corps.
Épitaphe de Johannes Kepler
»
Avec ses trois lois, Kepler parvint à décrire les orbites de toutes les planètes de
notre système solaire. Ses lois s’appliquent également à tout corps en orbite
autour d’un autre, qu’il s’agisse de comètes, d’astéroïdes ou de satellites dans
notre système solaire, de planètes autour d’autres étoiles ou même des satellites
artificiels filant autour de la Terre. Quatre siècles après qu’il les eut formulées,
ses lois demeurent un pilier de la physique. Mais il y a plus : Kepler a été nova-
teur en étant l’un des premiers à utiliser les méthodes scientifiques en usage de
nos jours : observer et analyser afin de tester les théories.

Kepler parvint à unifier les principes en des lois géométriques dont il ignorait
la cause. Il pensait qu’elles provenaient de configurations géométriques sous-
jacentes de la nature. Il revint à Newton de les fondre dans une théorie de la
gravitation universelle.

Johannes Kepler (1571-1630)


Johannes Kepler s’intéressa à l’astronomie de Tycho Brahé et publia ses théories relatives
dès l’enfance, allant jusqu’à noter dans son aux orbites non circulaires ainsi que ses pre-
journal, alors qu’il n’avait pas dix ans, le pas- mière et deuxième lois dans Astronomia nova
sage d’une comète ainsi qu’une éclipse de (La Nouvelle Astronomie). En 1620, la mère de
Lune. Durant les années où il enseigna à Graz, Kepler, guérisseuse utilisant les vertus médici-
il publia une théorie cosmologique dans un nales des plantes, fut accusée de sorcellerie et
ouvrage intitulé Mysterium cosmographicum emprisonnée. Kepler dut mener une grande
(Les Mystères du Cosmos). Il devint ensuite bataille judiciaire pour la faire libérer. Il par-
l’assistant de Tycho Brahé dans son observa- vint néanmoins à poursuivre ses travaux et
toire situé près de Prague ; il lui succéda en sa troisième loi fut publiée dans son célèbre
tant que Mathématicien impérial en 1601, Harmonices mundi (L’Harmonie des mondes).
chargé de préparer l’horoscope de l’Empe-
reur. Kepler analysa les tables astronomiques

l’idée clé
La loi des mondes
16 50 clés pour comprendre l’astronomie

04 L a gravitation
de Newton
Newton fit un pas de géant en rapprochant les trajectoires des boulets
de canon de celles de planètes, reliant ainsi la Terre et les cieux. Ses lois
de la gravitation demeurent parmi les concepts les plus féconds de
la physique, fournissant la clé des mouvements aussi bien sur Terre
qu’ailleurs dans l’Univers. Newton avança que tous les corps s’attirent
entre eux grâce à la force gravitationnelle, dont l’intensité décroît en
raison du carré de la distance.

On dit que c’est la chute d’une pomme depuis un arbre qui donna à Newton
l’idée de gravité. Quoi qu’il en soit, il fallut à Newton un gros effort d’imagina-
tion pour mettre au point des lois valides pour les mouvements tant terrestres
que célestes. Il comprit que les objets étaient attirés au sol par quelque force qui
les accélérait. Les pommes tombent des arbres mais que se passerait-il si ces der-
niers étaient encore plus hauts ? S’ils atteignaient la Lune ? Pourquoi celle-ci ne
tombe-t-elle pas sur la Terre comme le fait une pomme ? Autant de questions…

Tout tombe La réponse de Newton se trouve dans ses lois du mouvement


reliant forces, masse et accélération. Un boulet tiré par un canon franchit une
certaine distance avant de retomber au sol. Qu’en serait-il si le tir lui avait com-
muniqué une vitesse plus élevée ? La distance franchie aurait été plus grande.
Et s’il s’était déplacé en ligne droite à une vitesse telle que, sous lui, la Terre
commencerait à s’incurver : où tomberait-il ? Newton se rendit compte qu’il
aurait été attiré vers la Terre mais aurait alors suivi une orbite circulaire, tout
comme un satellite est attiré en permanence vers le sol mais ne l’atteint jamais.

chronologie
350 av. J.-C. 1609
Aristote traite de la chute Kepler énonce les lois qui
des corps régissent les orbites des
planètes
La gravitation de Newton 17

Isaac Newton (1643-1727)


Isaac Newton a été le premier scientifique à était constituée des couleurs de l’arc-en-ciel :
être anobli en Grande-Bretagne. Considéré ses controverses sur le sujet avec Robert
à l’école comme un élève paresseux et inat- Hooke et Christian Huygens sont célèbres.
tentif, puis comme un étudiant tout à fait Newton écrivit deux œuvres majeures :
quelconque, il s’épanouit soudain quand Philosophiae naturalis principia mathema-
la peste contraignit l’université à fermer tica, ou Principia, et Opticks, L’Optique. Sur
à l’été 1665. De retour chez lui, dans le le tard, il s’engagea politiquement, défen-
Lincolnshire, il se consacra aux mathéma- dant les libertés universitaires alors que le
tiques, à la physique et à l’astronomie et jeta roi Jacques II tentait de s’immiscer dans les
même les bases du calcul différentiel. C’est questions de nominations universitaires.
là qu’il formula les premières versions de Il entra au Parlement en 1689. Plein de
ses trois lois du mouvement et en déduisit contradictions, il souhaitait d’un côté être
la loi de la gravité en carré inverse. Après en pleine lumière et, de l’autre, rester dans
un tel déchaînement d’idées remarquables, l’ombre, essayant de se mettre à l’abri des
Newton fut élu à la Chaire lucasienne de critiques. Newton usa de sa position domi-
mathématiques en 1669 – il n’avait pas nante pour combattre férocement ses adver-
27 ans. Il se tourna vers l’optique et découvrit, saires scientifiques et resta querelleur jusqu’à
à l’aide d’un prisme, que la lumière blanche sa mort.

En athlétisme, les lanceurs de marteau tournoient sur eux-mêmes et c’est la ten-


sion du fil sur le marteau qui permet à ce dernier de conserver un mouvement
circulaire. Sans cette tension, le marteau s’échapperait en ligne droite, exacte-
ment comme il le fait quand il est libéré. Il en est de même du boulet de canon
de Newton : sans la force centripète reliant le projectile à la Terre, il s’éloigne-
rait dans l’espace. Allant plus loin, Newton se dit que la Lune elle-même reste
suspendue dans le ciel car elle y est maintenue par les liens invisibles de la
gravitation. Sans cette dernière, même elle s’échapperait dans l’espace.

Loi en carré inverse Newton


tenta ensuite de quantifier ses pré-
« La gravité est une

»
dictions. Après des échanges épis-
tolaires avec son contemporain habitude dont il est difficile
Robert Hooke, il montra que la gra- de se débarrasser.
vité suit une loi en carré inverse :
Terry Pratchett

1687 1905 1915


Publication des Principia Publication de l’article Publication de l’article d’Einstein sur la
de Newton d’Einstein sur la Relativité Relativité générale
restreinte
18 50 clés pour comprendre l’astronomie

son intensité décroît en raison du carré de la


distance à un corps. Ainsi, si vous doublez
votre distance par rapport à un certain corps,
la force de gravité qu’il exerce est quatre fois
plus petite. L’attraction exercée par le Soleil
sur une planète qui serait deux fois plus éloi-
gnée de lui que la Terre serait quatre fois plus
petite, et neuf fois plus petite si la distance
était trois fois plus grande.

La loi de la gravité de Newton en carré inverse


explique en une seule équation les orbites de
toutes les planètes telles que les décrivent les
trois lois de Kepler (voir page  14). La loi de
Newton prédit que les planètes se déplacent
sur leur trajectoire elliptique plus rapidement
lorsqu’elles sont proches du Soleil : l’intensité de la force d’attraction exercée
par ce dernier est alors plus grande et c’est cela qui les accélère. Cette augmen-
tation de leur vitesse les éloigne du Soleil, ce qui les ralentit peu à peu. C’est
ainsi que Newton fusionna tous les travaux de ses prédécesseurs en une seule
et profonde théorie.

Loi universelle Dans une généralisation audacieuse, Newton affirma que


sa théorie de la gravitation s’appliquait à tout dans l’Univers. Tout corps exerce
une force de gravité proportionnelle à sa masse et inversement proportionnelle
au carré de la distance. C’est ainsi que deux corps quelconques s’attirent mais,
les forces gravitationnelles étant faibles, nous ne le remarquons vraiment que
pour des corps très massifs tels le Soleil, la Terre et les autres planètes.

En y regardant de plus près, il est cependant possible d’observer de minuscules


variations de l’intensité de la pesanteur à la surface de la Terre. De grandes
montagnes, une variation de la densité des couches rocheuses peuvent aug-
menter ou réduire localement l’intensité de la pesanteur : on peut ainsi, à
l’aide d’un gravimètre, dresser une carte et
approfondir nos connaissances sur la struc-
ture de la croûte terrestre. Les archéologues

Accélération aussi utilisent les minuscules variations de


la gravité pour repérer des vestiges enfouis.
Récemment, des scientifiques ont utilisé des
À la surface de la Terre, l’accéléra-
satellites capables de mesurer la gravité pour
tion due à la pesanteur d’un corps en
relever l’épaisseur – en baisse – de la calotte
chute libre, g, est de 9,81 mètres par
glaciaire aux pôles ainsi que pour détecter les
seconde par seconde.
modifications de la croûte terrestre consécu-
tives à de violents tremblements de terre.
La gravitation de Newton 19

« Dans l’univers, deux corps quelconques s’attirent


suivant la droite passant par leurs centres,
avec une force proportionnelle à la masse et
inversement proportionnelle au carré de la distance.
Isaac Newton
»
Mais revenons au xviie siècle. Newton regroupa toutes ses idées sur la gravita-
tion en un seul livre, Philosophiae naturalis principia mathematica, les Principia.
Publié en 1687, il apparaît toujours comme une étape majeure de l’histoire des
sciences. La gravitation universelle de Newton expliquait non seulement les
mouvements des planètes et de leurs lunes mais aussi ceux des projectiles, des
pendules… et des pommes. Elle expliquait les orbites des comètes, l’origine des
marées aussi bien que les oscillations de l’axe terrestre. Cette œuvre a installé
Newton au Panthéon des plus grands scientifiques de tous les temps.

Relativité La loi de la gravitation universelle de Newton a résisté pendant


plusieurs centaines d’années et fournit encore, de nos jours, une description
élémentaire du mouvement des corps. Mais la science ne stagne pas et les scien-
tifiques du xxe siècle ont bâti sur ces fondations – particulièrement Einstein
avec sa théorie de la Relativité générale. La théorie newtonienne de la gravita-
tion fonctionne bien pour la plupart des objets de notre quotidien ; il en est
de même pour le comportement des planètes, des comètes et des astéroïdes
du système solaire qui sont dispersés à de grandes distances du Soleil, là où
son attraction gravitationnelle est relativement faible. La loi de la gravitation
de Newton était même suffisamment puissante pour permettre de prédire la
position de Neptune, découverte en 1846 à l’endroit attendu au-delà de l’orbite
d’Uranus. Mais c’est l’orbite d’une autre planète, Mercure, qui nécessita une
physique plus élaborée que celle de Newton. La Relativité générale est néces-
saire pour rendre compte de situations où la gravité est intense, comme c’est le
cas près du Soleil, des étoiles et des trous noirs.

l’idée clé
Les masses s’attirent
20 50 clés pour comprendre l’astronomie

05 L’optique
de Newton
Les propriétés physiques de la lumière permettent aux astronomes de
révéler bien des secrets de l’Univers. Isaac Newton fut l’un des premiers
à tenter d’en percer la nature. En faisant passer de la lumière blanche
à travers un prisme, il découvrit qu’elle se décomposait dans toutes les
nuances de l’arc-en-ciel et montra que ces couleurs étaient contenues
dans la lumière blanche et non produites par le prisme. Nous savons
aujourd’hui que la lumière visible n’est qu’une partie du spectre des ondes
électromagnétiques, qui s’étend des ondes radio aux rayons gamma.

Braquez un faisceau de lumière blanche à travers un prisme : les rayons émer-


gents s’éparpillent en toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ce dernier se forme de
la même manière : la lumière du Soleil est scindée pour former toute la palette
du spectre familier : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet.

Dans les années 1660, Newton se livra chez lui à des expériences et démontra,
à l’aide de faisceaux lumineux et de prismes, que les nombreuses couleurs de la
lumière pouvaient être combinées pour restituer de la lumière blanche. Les cou-
leurs n’étaient pas le résultat de mélanges, pas plus qu’elles n’étaient produites
par le prisme lui-même comme on le croyait, mais constituaient les éléments
de base. Newton isola des faisceaux de lumière rouge et bleue et montra que
le passage à travers d’autres prismes ne pouvait plus les décomposer, prouvant
ainsi leur caractère élémentaire.

Ondes de lumière Poursuivant ses expériences, il parvint à la conclu-


sion que la lumière se comporte par beaucoup d’aspects comme les vagues. La
lumière est déviée par des obstacles tout comme les vagues autour de la digue
d’un port. On peut aussi combiner les faisceaux pour renforcer ou, au contraire,
annuler leur luminosité comme s’annulent les vagues qui se chevauchent.

chronologie
1672 1678
Newton explique les Publication d’une théorie
arcs-en-ciel ondulatoire de la lumière par
Christiaan Huygens
L’optique de Newton 21

« La lumière nous
Les vagues sont des mouvements à grande échelle

»
d’invisibles molécules d’eau. Aussi Newton pen-
donne des nouvelles sait-il que les ondes lumineuses étaient, en fin de
de l’Univers. compte, les rides formées par de minuscules par-
ticules de lumière, les « corpuscules », qui étaient
Sir William Bragg même plus petits que les atomes.

Ce que Newton ne savait pas et qui ne fut découvert que des siècles plus tard,
c’est que les ondes lumineuses sont des ondes électromagnétiques – les ondes
de champs électriques et magnétiques couplés – et non la vibration de parti-
cules solides. Lorsqu’on découvrit le caractère ondulatoire de la lumière, les
idées corpusculaires de Newton furent abandonnées. Mais elles ressurgirent
sous une nouvelle forme quand Albert Einstein montra que la lumière pouvait
parfois se comporter comme un faisceau de particules transportant de l’énergie
mais n’ayant pas de masse.
infrarouge visible
À travers le spectre ultraviolet
micro-ondes
Les différentes couleurs de rayons X
la lumière sont la manifes- radio
tation du fait que ces ondes
rayons γ
électromagnétiques ont des
longueurs d’ondes diffé-
rentes. La longueur d’onde longueur d’onde
fréquence
est la distance entre deux
crêtes consécutives d’une
onde. Lorsqu’elle traverse un prisme, la lumière blanche se scinde en de nom-
breuses couleurs, chacune déviée par le verre selon un angle différent en fonc-
tion de sa longueur d’onde, la lumière rouge l’étant le moins et la bleue le plus.
Le spectre de la lumière visible apparaît alors dans l’ordre des longueurs d’onde,
depuis celle du rouge, la plus grande, jusqu’à celle du bleu, la plus petite, en
passant par toutes les autres couleurs de l’arc-en-ciel.

Qu’y a-t-il aux extrémités de l’arc-en-ciel ? La lumière visible n’est qu’une partie
du spectre électromagnétique. Elle a pour nous une grande importance du fait
que nos yeux se sont développés pour être sensibles à cette partie du spectre.
Les longueurs d’onde de la lumière visible sont, en gros, à la même échelle
qu’atomes et molécules – quelques centaines de millionièmes de millimètres.
Aussi les interactions entre lumière visible et atomes sont-elles importantes. Nos
yeux ont évolué pour s’adapter à la lumière visible parce qu’elle est très sensible

1839 1873 1895 1905


Découverte de l’effet Les équations de James Wilhelm Roentgen Einstein montre que la
photoélectrique par Clerk Maxwell montrent découvre les rayons X lumière peut, dans certaines
Alexandre Becquerel que la lumière est une onde circonstances, présenter un
électromagnétique comportement de particules
22 50 clés pour comprendre l’astronomie

à la structure atomique. Le fonctionnement de notre vue fascinait Newton. Il


est allé jusqu’à s’enfoncer une aiguille émoussée entre l’œil et la paroi de l’orbite
pour observer la façon dont la pression affectait sa perception des couleurs.

En deçà de la lumière rouge, il y a l’infrarouge, dont la longueur d’onde est


de quelques millionièmes de mètres. Les rayons infrarouges transportent la
lumière du Soleil et sont aussi captés par les lunettes à vision nocturne pour
« voir » la chaleur des corps. Plus grandes encore – de quelques millimètres à
quelques centimètres –, il y a les longueurs d’onde des micro-ondes puis celles
des ondes radio – quelques mètres ou plus. Les fours à micro-ondes utilisent
des rayons électromagnétiques pour agiter les molécules d’eau contenues dans
les aliments, ce qui les réchauffe. À l’autre extrémité du spectre, au-delà du
bleu, on trouve les rayons ultraviolets. Ils sont produits par le Soleil et peuvent
endommager notre peau mais la plupart sont arrêtés par la couche d’ozone.
Plus courtes sont les longueurs d’onde des rayons X, utilisés dans les hôpitaux
parce qu’ils traversent les tissus humains, les plus petites longueurs d’ondes
étant celles des rayons gamma. Les astronomes observent l’Univers à toutes
ces longueurs d’onde.

Photons Mais la lumière ne se comporte pas toujours comme une onde :


Newton avait en partie raison. Les rayons lumineux transportent de l’énergie
qu’ils délivrent en minuscules paquets, appelés photons, qui n’ont pas de
masse et se déplacent à la vitesse de la lumière. C’est Einstein qui le découvrit
en observant qu’un rayon ultraviolet braqué sur un métal y faisait naître un
courant électrique : c’est l’effet photoélectrique. De tels courants apparaissent
avec des rayons de lumière bleue ou ultraviolette mais pas avec de la lumière
rouge. Même un faisceau brillant de lumière rouge est incapable de provoquer

Ondes de matière
En 1924, Louis-Victor de Broglie a suggéré tons et même, il y a peu, des molécules, y
l’idée inverse que les particules de matière compris ces microscopiques molécules de
puissent aussi se comporter comme des carbone en forme de ballons de football
ondes. Il avança que tout corps possédait de carbone nommées « footballènes ». Les
une longueur d’onde associée, et donc que la objets plus gros ont de minuscules longueurs
dualité onde-particule était universelle. Trois d’onde, trop petites pour être vues, ce qui
ans plus tard, le concept d’onde de matière fait que nous ne pouvons pas remarquer
fut confirmé lorsqu’on observa des électrons leur comportement ondulatoire. Une balle
diffracter et interférer exactement comme la de tennis traversant un court a une lon-
lumière. Aujourd’hui, les physiciens ont aussi gueur d’onde de 10-34 mètre, ce qui est bien
vu des particules plus grosses se comportant plus petit que le diamètre d’un proton
comme des ondes – des neutrons, des pro- (10-15 mètre).
L’optique de Newton 23

« La nature et ses lois se cachaient dans la nuit.


Dieu dit : “Que Newton soit !” Et tout fut lumière.
»
Alexander Pope (épitaphe en hommage à Newton)
l’apparition d’un courant électrique. Une charge se met en mouvement seule-
ment lorsque la fréquence de la lumière franchit un certain seuil qui dépend
du métal. Ce seuil traduit le fait qu’une certaine quantité d’énergie doit être
accumulée pour pouvoir déplacer une charge.

En 1905, Einstein présenta une explication géniale. C’est davantage cela que
la Relativité qui lui valut le prix Nobel en 1921. Plutôt que décrire un métal
plongé dans un bain d’ondes lumineuses continues, il avança que l’effet pho-
toélectrique était produit par des billes individuelles de lumière qui percutaient
les électrons et les mettaient en mouvement. Chaque photon transportant une
certaine énergie, en rapport avec sa propre fréquence, celle de l’électron percuté
est aussi en rapport avec la fréquence de la lumière.

Un photon de lumière rouge (avec une basse fréquence) ne transporte pas suffi-
samment d’énergie pour déloger un électron mais un photon de lumière bleue
(une lumière de plus haute fréquence) en possède davantage et peut le mettre
en mouvement. Un photon ultraviolet possède davantage d’énergie et peut
culbuter un électron et lui conférer une vitesse plus grande encore. Augmenter
l’intensité de la lumière ne change rien : à quoi sert d’avoir davantage de pho-
tons rouges si aucun d’entre eux n’est capable de déplacer un électron ? C’est
un peu comme bombarder un lourd 4 × 4 avec des balles de ping-pong. Cette
idée d’Einstein de quanta de lumière a tout d’abord été impopulaire mais les
choses changèrent quand des expériences montrèrent que sa théorie farfelue
était vraie. Elles confirmèrent que l’énergie des électrons libérés augmentait
proportionnellement à la fréquence de la lumière.

Dualité onde-particule La proposition d’Einstein faisait naître cette idée


dérangeante que la lumière était à la fois onde et particule, ce qu’on appelle
la dualité onde-particule. Les physiciens se débattent toujours avec cette ques-
tion. De nos jours, nous pensons même que la lumière paraît savoir choisir le
comportement adapté aux différentes circonstances. Si l’on fait une expérience
pour mesurer ses propriétés ondulatoires – comme la faire passer à travers un
prisme –, elle se fait onde. Mais si vous essayez plutôt de mesurer ses propriétés
de particule, elle se montre tout aussi obligeante. Elle est vraiment les deux !

l’idée clé
Au-delà de l’arc-en-ciel
24 50 clés pour comprendre l’astronomie

06 Lunette
et télescope
C’est avec l’invention, au xviie siècle, de la lunette astronomique que
commença l’astronomie moderne. Le système solaire s’offrit à nous,
révélant les anneaux de Saturne et permettant la découverte des planètes
extérieures. Les observations à la lunette ou au télescope furent décisives
pour confirmer que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil. En fin de
compte, ces instruments nous ont donné accès à tout l’univers visible.

Galilée est célèbre pour avoir réalisé des observations à l’aide d’une lunette
astronomique, découvrant en 1610, grâce à son pouvoir grossissant, quatre
satellites de Jupiter, les phases de Vénus et les cratères de la Lune. Mais il ne
faisait que suivre le courant.

L’invention de la lunette astronomique ne peut être attribuée à personne en


particulier. Le Hollandais Hans Lipperhey a été l’un des premiers à essayer
d’en déposer un brevet en 1608. En vain : le concept en était déjà largement
répandu. Le pouvoir grossissant des matériaux transparents à bords courbes
était déjà bien connu : les disques en forme de «  lentilles  » ont été utilisés
comme lunettes de spectacle ou simplement grossissantes depuis le xiiie siècle.
Il est attesté que des lunettes ont été construites et utilisées pour observer la
Lune au milieu du xvie siècle. Mais les développements des techniques de taille
du verre ont été tels que ce n’est qu’au xviie siècle que les instruments de qualité
se répandirent. De bonnes lentilles produisent des images claires, même si elles
proviennent de pâles corps célestes.

Pouvoir grossissant Comment fonctionne une lunette ? Le modèle le


plus simple utilise deux lentilles, l’une à chaque extrémité d’un tube. La pre-
mière concentre les rayons de lumière de façon que l’œil les perçoive comme
lui parvenant d’une source plus étendue. La seconde est utilisée comme ocu-
laire, rétablissant le parallélisme des rayons pour permettre la mise au point
par l’œil.

chronologie
1609 1668
Galilée réalise des observations Newton construit un télescope
astronomiques à l’aide d’une lunette
Lunette et télescope 25

L’inclinaison des rayons par la lentille est


« J’étudie tes pieds

»
appelée réfraction. La lumière se déplace
plus lentement dans les matériaux plus
au microscope et ton âme
denses – et le verre l’est plus que l’air. Cela au télescope.
explique le mirage de la flaque d’eau sur Victor Hugo
une route chaude. La vitesse de la lumière
est modifiée dans la couche d’air qui se trouve juste au-dessus de l’asphalte sur-
chauffé et les rayons provenant du ciel s’inclinent pour ricocher sur la surface
de la route. L’air est moins dense chaud que froid aussi les rayons lumineux
s’inclinent-ils par rapport à la verticale : nous voyons alors le reflet du ciel sur
le macadam, ce qui donne l’illusion d’une flaque d’eau.

L’angle de la déviation d’un rayon est lié à la vitesse relative de son déplace-
ment à travers les deux matériaux – précisément, le rapport des vitesses est égal
au rapport des sinus des angles, mesurés par rapport à la verticale, des rayons
incidents. Ainsi, un rayon passant de l’air au verre, ou toute autre substance
dense, est dévié vers l’intérieur et son chemin devient plus escarpé.

Indice de réfraction La lumière se déplace dans le vide à la vitesse gigan-


tesque de 300 000 kilomètres par seconde. Le quotient de cette vitesse par celle
qu’elle a dans un matériau plus dense, comme le verre, est l’indice de réfraction
de ce matériau. Par définition, l’indice de réfraction du vide est de 1. Un corps
d’indice de réfraction de 2 ralentirait la vitesse de la lumière à la moitié de ce
qu’elle est dans le vide. Un indice de réfraction élevé pour une substance tra-
duit le fait que la lumière est fortement déviée en passant au travers.

La valeur de l’indice de réfraction est propre à


chaque matériau. Un matériau peut être conçu LUNETTE
Oculaire
pour avoir un indice de réfraction spécifique
– ce qui peut être utile, par exemple, dans la
construction de lunettes astronomiques ou de Lentille
lentilles correctrices pour des problèmes de TÉLESCOPE
vue. La puissance des lentilles ou des prismes Miroir primaire
Oculaire
dépend de leur indice de réfraction : ceux des
lentilles puissantes sont élevés.

Les lunettes astronomiques présentent des


inconvénients. L’image finale apparaît inversée Miroir secondaire
du fait que les rayons lumineux se croisent

1937 1990
Construction du premier radiotélescope Lancement du télescope spatial Hubble
26 50 clés pour comprendre l’astronomie

Très grand télescope avant l’oculaire. En


européen astronomie, ce n’est
Cerro Armazones (Chili)
Télescope de 30 m
pas vraiment un
Keck Mauna Kea, problème : cela ne
Télescope géant Hawaii
Mauna Magellan change pas grand-
Kea,
Hawaii
Las Campanas (Chili) chose de voir une
(déjà étoile à l’envers. On
construit) peut corriger ce pro-
blème en ajoutant
une troisième lentille
pour inverser l’image
une fois de plus,
10 mètres 24 mètres 30 mètres 42 mètres mais cela allonge la
lunette qui devient
alors encombrante. Autre problème, plus sérieux, les images produites par une
lunette sont floues : les différentes longueurs d’onde de la lumière sont réfrac-
tées selon des angles différents – les ondes de lumière bleue sont plus déviées
que celles de lumière rouge –, les différentes couleurs sont séparées et l’image
finale perd en netteté. De nouveaux types de lentilles sont capables, de nos
jours, de minimiser ce défaut mais leur taille est limitée.

Le télescope Pour résoudre ces problèmes, Newton inventa le télescope. En


remplaçant la lentille par un miroir courbe pour dévier les rayons, il a fonda-
mentalement replié la lunette en deux, rendant l’ensemble plus maniable. Sa
conception évitait aussi le flou provenant des différentes couleurs du fait que
la surface d’un miroir réfléchit toutes les couleurs de la même manière. Mais
les techniques d’étamage n’étaient pas très au point à l’époque de Newton et
plusieurs siècles furent nécessaires pour perfectionner les modèles.

Aujourd’hui, la plupart des télescopes professionnels utilisent un miroir géant


plutôt qu’une lentille pour recueillir la lumière provenant du ciel et la renvoyer
sur l’oculaire. C’est la taille du miroir qui fixe la quantité de lumière qui peut
être recueillie – une aire importante permet de voir des objets très peu lumi-
neux. Les miroirs d’un télescope optique moderne peuvent avoir la taille d’une
chambre – les plus grands actuellement en service, comme ceux qui composent
les télescopes géants jumeaux Keck sur le Maunea Kea, à Hawaï, ont environ
10 mètres de diamètre. On a prévu d’en construire d’autres encore plus grands,
pouvant aller jusqu’à 100 mètres de diamètre, dans les prochaines décennies.

Il est difficile de construire de très grands miroirs : ils se déforment sous l’effet
de leur propre poids quand le télescope est incliné pour sonder le ciel. Il faut
trouver des astuces pour les rendre le plus légers possible. Certains sont fabri-
qués avec une multitude de pièces. Pour d’autres, on veille à ce qu’ils soient
Lunette et télescope 27

fins tout en étant soigneusement


taillés. Une autre solution, appelée
« Là où il y a un observatoire
et un télescope, nous nous
attendons à ce qu’on découvre

»
«  optique adaptative  », est de cor-
riger sans cesse la forme du miroir tout de suite des mondes
à l’aide d’un réseau de minuscules nouveaux.
pistons repoussant par derrière la
surface lorsqu’elle s’affaisse. Henry David Thoreau
Scintillement d’étoiles Au-delà des instruments eux-mêmes, la clarté
des images astronomiques est altérée par les turbulences de notre atmosphère.
Même par la nuit la plus claire, les étoiles scintillent, celles qui sont près de
l’horizon plus que celles qui sont au-dessus, à cause des poches d’air qui se
déplacent devant elles. Les astronomes appellent ce flou le « seeing ». La taille
des composants optiques de la lunette ou du télescope impose une autre limite
absolue à la collecte de la lumière provenant d’une étoile due à un autre aspect
du comportement de la lumière, la diffraction – la déviation des rayons lumi-
neux au voisinage des bords d’une lentille, d’une ouverture ou d’un miroir.

Pour obtenir les images les plus nettes des étoiles et des planètes, les astro-
nomes choisissent où placer leurs télescopes. Sur Terre, ils préfèrent des sites
en altitude, là où la couche d’air est mince – les montagnes – et l’écoulement
d’air régulier – près des côtes. Parmi les meilleurs endroits, les Andes chiliennes
et les pics volcaniques d’Hawaï. Les images les plus lointaines jamais prises de
l’Univers ont été réalisées par le télescope spatial en orbite Hubble.

Les télescopes peuvent opérer à d’autres longueurs d’onde que celles de la


lumière visible. Des instruments semblables aux lunettes de vision nocturne
montés sur télescopes permettent de déceler l’infrarouge – la chaleur –, du
moment qu’on peut empêcher l’ensemble de trop chauffer. C’est dans l’espace
que les rayons X, dont les longueurs d’onde sont très courtes, sont le mieux
détectés, à partir de télescopes montés sur satellites. Même les ondes radio
peuvent être captées à l’aide de grands miroirs concaves, comme celui d’Are-
cibo, ou d’un ensemble d’une multitude de petites antennes, comme le Very
Large Array, au Nouveau-Mexique. Mais le nec plus ultra des télescopes est
peut-être la Terre elle-même : des particules fondamentales la traversent à toute
vitesse chaque jour et les physiciens ont placé des pièges pour essayer de les
capturer au passage.

l’idée clé
Agrandir en inclinant
les rayons
28 50 clés pour comprendre l’astronomie

07 Raies
de Fraunhofer
Dans le spectre de la lumière provenant des étoiles gît une empreinte
chimique. Des raies sombres ou brillantes révèlent les longueurs d’onde
spécifiques qui sont absorbées ou émises par les gaz brûlants de
l’atmosphère d’une étoile. Tout d’abord remarqués dans la lumière du
Soleil, ces marqueurs atomiques sont un outil puissant pour les enquêteurs-
astronomes. Ils révèlent la composition chimique des étoiles et des galaxies
aussi bien que le mouvement des corps célestes ou l’expansion de l’Univers.

Lorsqu’on fait passer la lumière du Soleil à travers un prisme, le spectre en


arc-en-ciel de la lumière émergente est strié de raies sombres, comme un code-
barres. Ces raies indiquent les longueurs d’onde particulières manquantes parce
qu’elles ont été absorbées par les gaz de l’atmosphère solaire. Chaque raie cor-
respond à un élément chimique précis en différents états et à différents niveaux
d’énergie, depuis les atomes neutres jusqu’aux ions excités. En effectuant le
relevé de ses raies, on peut déterminer la composition chimique du Soleil.

Bien que repérées par l’astronome anglais William Hyde Wollaston en 1802,
ce n’est qu’en 1814 que les raies d’absorption du spectre solaire furent étudiées
en détail par Joseph von Fraunhofer – de là leur nom. Il réussit à en décompter
plus de 500. Avec un équipement moderne, on peut en trouver plusieurs mil-
liers.

Unicité chimique Les chimistes allemands Gustav Kirchhoff et Robert


Bunsen découvrirent dans leur laboratoire en 1850 que chaque élément donne
naissance à une unique série de raies d’absorption. Dans le Soleil, l’hydrogène
est l’élément le plus abondant. Mais le spectre solaire montre des raies d’ab-
sorption de nombreux autres éléments, parmi lesquels l’hélium, le carbone,
l’oxygène, le sodium, le calcium et le fer. Chacun a son propre code-barres de
raies d’absorption.

chronologie
1802 1814
Wollaston repère des raies sombres Fraunhofer dénombre des
dans le spectre du Soleil centaines de raies
Raies de Fraunhofer 29

La lumière des autres étoiles


«
Ce sont les astres, les astres

»
convoie aussi ses empreintes au-dessus de nos têtes,
chimiques. L’étude de ces
spectres chimiques, la spec-
qui règlent nos destinées.
troscopie, est une technique William Shakespeare
particulièrement efficace en
astronomie parce qu’elle nous livre la composition des étoiles mais aussi des
nébuleuses, de l’atmosphère des planètes et des galaxies lointaines. Les astro-
nomes ne peuvent pas faire entrer étoiles et galaxies dans leurs laboratoires
ni se transporter vers elles. Aussi doivent-ils avoir recours à des observations
lointaines et à des astuces techniques.

Il arrive que les raies soient brillantes et non sombres : il s’agit de raies d’émis-
sion. Des sources très brillantes, comme les étoiles les plus chaudes et les
quasars lumineux, possèdent une énergie telle que leurs gaz ne peuvent que
refroidir en laissant s’échapper des photons à ces longueurs d’onde caractéris-
tiques plutôt que de les absorber. La lumière fluorescente émet aussi une série
de raies brillantes qui correspondent aux longueurs d’onde des atomes excités
dans le gaz d’un tube, comme le néon.

Réseaux Pour Les sauts de fréquences dans le


spectre d’une étoile permettent
décomposer la de connaître la composition
lumière dans les chimique du gaz absorbant
différentes lon-
luminosité

gueurs d’onde qui


la constituent,
on utilise des dis-
positifs appelés
réseaux de diffrac-
tion. Les prismes
Longueur d’onde
sont encombrants
et la déviation qu’ils peuvent communiquer aux rayons lumineux est limitée
par leur indice de réfraction. On préfère donc insérer un dispositif comprenant
une rangée de fines fentes parallèles dans le faisceau lumineux. Fraunhofer a
réalisé le premier réseau de diffraction avec des fils de fer tendus.

Le principe de fonctionnement des réseaux utilise les propriétés ondulatoires


de la lumière. La lumière qui traverse chaque fente du grillage est diffractée, la

1842 1859 1912


Doppler explique le décalage des Kirchhoff et Bunsen découvrent la Vesto Slipher découvre
raies spectrales spectroscopie au laboratoire le décalage vers le rouge
du spectre des galaxies
30 50 clés pour comprendre l’astronomie

déviation étant proportionnelle à la longueur d’onde de la lumière et inverse-


ment proportionnelle à la largeur de la fente. Des fentes très étroites dispersent
la lumière plus largement et la lumière rouge est plus diffractée que la bleue.

Les fentes multiples assemblent la lumière plus loin du fait d’une autre pro-
priété, l’interférence – quand les crêtes et les creux des ondes lumineuses se
renforcent ou, au contraire, s’annulent les uns les autres, créant par superpo-
sition un motif de franges claires et sombres. Dans chacune de ces franges,
la lumière est divisée de manière plus fine encore ; toujours en suivant les
longueurs d’onde mais, cette fois, de façon inversement proportionnelle à la
distance qui sépare les fentes. En jouant sur le nombre de fentes, la distance
entre elles et leur largeur, les astronomes peuvent contrôler la façon dont la
lumière est dispersée et le niveau de détails avec lequel ils vont rechercher les
raies d’absorption et d’émission. Les réseaux sont donc bien plus efficaces et
polyvalents que les prismes.

Un réseau simple peut être fabriqué à partir d’une diapositive sur laquelle on a
gravé des fentes. On en vend parfois dans les boutiques des musées de science.
Si vous en placez un devant un tube de néon, vous verrez le code-barres des
longueurs d’onde du gaz chaud dispersées devant votre œil.

Diagnostics Les raies spectrales sont plus que des indicateurs chimiques.
Chaque raie correspond à un état atomique spécifique : les expériences menées
en laboratoire nous ont donc permis de bien connaître leurs longueurs d’onde.
L’énergie caractéristique de chaque raie provient de la structure de l’atome.

Joseph von Fraunhofer (1787-1826)


Né en Bavière en 1787, Joseph von Fraunhofer Fraunhofer devint un fabricant d’instruments
débuta modestement avant de devenir un d’optique reconnu dans le monde entier. Il
fabriquant d’instruments d’optique mon- fit une brillante carrière scientifique : il devint
dialement connu. Orphelin dès l’âge de 11 directeur de l’Institut d’optique, fut anobli et
ans, il devint apprenti verrier. Quand l’atelier nommé citoyen d’honneur de Munich. Mais,
où il avait été placé s’effondra, en 1801, un comme de nombreux opticiens de ce temps,
prince bavarois qui reconnut en lui les capa- il mourut jeune, à 39 ans, empoisonné par les
cités pour faire des études lui vint en aide. Il vapeurs de métaux lourds.
put étudier sa spécialité dans un monastère.
Raies de Fraunhofer 31

« Pourquoi suis-je ici, je ne sais. Demander où je vais


est chose inutile – à côté des innombrables êtres vivants,
mondes éteints, étoiles, systèmes, infinité,
pourquoi m’angoisserais-je du sort d’un atome ?
Lord Byron
»
Bien que les atomes soient, en réalité, bien plus complexes et éphémères, on
peut, de manière simplifiée, les imaginer comme notre système solaire. Le
noyau, fait de particules lourdes, les protons et les neutrons, y jouerait le rôle
du Soleil, tandis que les électrons figureraient les planètes. Il y a des raies d’ab-
sorption ou d’émission à chaque fois qu’une planète change d’orbite, l’énergie,
sous la forme d’un photon, étant alors ajoutée ou retranchée.

Il y a absorption quand un photon possédant la bonne énergie pénètre l’atome


et envoie un électron vers une orbite plus élevée. Il y a émission quand un élec-
tron quitte son orbite pour une autre moins élevée en donnant à un photon
l’énergie supplémentaire correspondante. Les énergies nécessaires pour passer
d’une orbite à une autre sont très précises et dépendent du type d’atome et de
son état. Dans les gaz très chauds, les électrons périphériques peuvent être tous
arrachés – on dit alors que l’atome est ionisé.

Du fait qu’elles trouvent leur origine dans la physique fondamentale, les raies
spectrales sont sensibles à bien des propriétés physiques des gaz. La tempéra-
ture d’un gaz peut être déduite de l’élargissement des raies, un gaz plus chaud
en produisant de plus larges. Les rapports des intensités des raies spectrales
fournissent des informations supplémentaires, comme le degré d’ionisation
du gaz.

On utilise aussi les raies spectrales pour mesurer le mouvement des corps
célestes. La longueur d’onde d’une raie bien précise est parfaitement connue : le
moindre petit décalage de cette raie traduit donc un mouvement de la source.
Si une étoile s’éloigne de nous, son spectre est décalé vers le rouge : c’est l’effet
Doppler (voir chapitre suivant). Si elle s’approche, le décalage se fait vers le
bleu. On peut mesurer le décalage en observant les raies spectrales. À grande
échelle, ce « décalage vers le rouge » a révélé l’expansion de l’Univers.

l’idée clé
Codes-barres dans les étoiles
32 50 clés pour comprendre l’astronomie

08 L ’effet Doppler
Il nous est arrivé à tous d’entendre le hurlement de la sirène d’une
ambulance baisser de ton quand elle nous dépasse à toute allure.
Les ondes en provenance d’une source qui s’approche parviennent
comprimées et apparaissent ainsi comme ayant une fréquence plus élevée.
De même, les ondes sont étirées, et nous atteignent donc plus lentement,
quand elles proviennent d’une source qui s’éloigne. C’est ce qu’on appelle
l’effet Doppler, utilisé pour mesurer la vitesse des voitures, le flux sanguin
et – c’est là qu’on retrouve le décalage vers le rouge – les mouvements des
étoiles et des galaxies dans l’Univers.

L’effet Doppler fut pour la première fois mis en évidence en 1842 par un mathé-
maticien et astronome autrichien, Christian Doppler. Il se produit du fait du
mouvement du véhicule par rapport à l’observateur. Pendant son approche, les
ondes sonores s’entassent, la distance entre les fronts d’onde s’amenuise et le
son devient plus élevé. Quand il s’éloigne, les fronts d’onde prennent régulière-
ment plus de temps à nous atteindre, les intervalles s’allongent et le ton baisse.

Va-et-vient Imaginez que quelqu’un se trouvant dans un train en mouve-


ment vous lance des balles sans s’arrêter à raison d’une balle toutes les trois
secondes, le rythme étant fixé par sa montre. Si le déplacement se fait vers
vous, à chaque tranche de trois secondes, les balles mettront un peu moins
de temps à vous parvenir parce qu’elles sont envoyées à chaque fois d’un peu
plus près. Vu par celui qui rattrape les balles, le rythme semblera s’accélérer.
De même, alors que le train s’éloigne, les balles mettront un peu plus de temps
à vous parvenir parce qu’elles parcourront une distance un peu plus longue à
chaque lancer et la fréquence avec laquelle elles vous parviennent vous sem-
blera plus basse. Si vous pouvez mesurer ce décalage dans le temps avec votre
propre montre, alors vous serez capable de mesurer la vitesse du train du lan-
ceur. L’effet Doppler s’applique à tout objet en mouvement par rapport à un
autre. Ce serait la même chose si c’était vous qui étiez dans le train et que le

chronologie
1842
Parution de l’article de Doppler sur les décalages des couleurs dans
la lumière des étoiles
L’effet Doppler 33

Exoplanètes
On a découvert des milliers de planètes en laquelle elles gravitent, mais leur masse per-
orbite autour d’autres étoiles que le Soleil. La turbe un peu le mouvement de l’étoile et ce
plupart sont des géantes gazeuses semblables roulis peut se signaler comme un décalage
à Jupiter bien que sur des orbites beau- de fréquence dû à l’effet Doppler dans un
coup plus rapprochées que la sienne. Mais trait caractéristique du spectre de l’étoile.
quelques-unes sont peut-être des planètes Les premières planètes extrasolaires ont été
rocheuses de taille semblable à celle de notre détectées autour d’un pulsar en 1992, autour
Terre. Environ une étoile sur dix est entourée d’une étoile ordinaire en 1995. Leur repérage
de planètes et cela a alimenté les spéculations est désormais chose banale mais les astro-
sur le fait que certaines pourraient même nomes recherchent toujours des systèmes
abriter des formes de vie. La grande majo- solaires semblables au nôtre et combien il
rité des premières exoplanètes a été décou- existe de configurations planétaires. On doit
verte par la petite attraction gravitationnelle au télescope Kepler, lancée par la NASA en
qu’elles exercent sur leur étoile. Les planètes 2009, la découverte de nombreuses exopla-
sont petites comparées à l’étoile autour de nètes dont plusieurs, semblables à la Terre.

lanceur se tenait sur une plateforme immobile. En tant que moyen de mesurer
des vitesses, l’effet Doppler a de nombreuses applications : il est utilisé aussi
bien en médecine pour mesurer le flux sanguin que dans les radars placés le
long des routes pour prendre sur le fait les coupables d’excès de vitesse.

Mouvement dans l’espace L’effet Doppler intervient souvent en astro-


nomie, apparaissant à chaque fois que de la matière est en mouvement. Par
exemple, la lumière provenant d’une planète en orbite autour d’une étoile
lointaine révélera un décalage qui lui est dû : pendant qu’elle se rapproche

« Peut-être les peuples lointains d’autres planètes


ne perçoivent-ils de nous que les longueurs d’onde
d’un hurlement continu.
Iris Murdoch
»
1912 1992
Vesto Slipher mesure le décalage vers Détection, pour la première fois, d’une
le rouge des galaxies exoplanète par Doppler
34 50 clés pour comprendre l’astronomie

Christian Doppler (1803-1853)


Christian Doppler est né dans une famille de server pour la science. Malheureusement, je
tailleurs de pierre à Salzbourg, en Autriche. crains le pire. » Finalement, Doppler quitta
Il était trop fragile pour poursuivre dans la Prague pour retourner à Vienne. En 1842, il
voie familiale et partit plutôt à Vienne afin publia un article décrivant le décalage de la
d’y étudier les mathématiques, la philoso- lumière des étoiles, ce que nous nommons
phie et l’astronomie. Avant de trouver un aujourd’hui l’effet Doppler : «  Il est prati-
emploi universitaire à Prague, il travailla quement certain que, dans un futur relative-
comme comptable et envisagea même ment proche, cela offrira aux astronomes des
d’émigrer aux États-Unis. Bien que promu moyens opportuns pour déterminer mouve-
professeur, Doppler s’épuisa à la tâche et ments et distance de telles étoiles.  » Bien
sa santé en souffrit. Un de ses amis a écrit : que jugé original, cet article reçut un accueil
«  L’Autriche dispose en cet homme d’un mitigé de la part d’autres savants éminents.
génie dont on a peine à imaginer à quel Les détracteurs de Doppler s’interrogeaient
point il peut être fécond. J’ai écrit (…) à sur ses aptitudes mathématiques tandis que
de nombreuses personnes qui pourraient ses amis tenaient en haute estime ses facultés
éviter qu’il ne meure sous le joug et le pré- d’invention scientifique et son intuition.

de nous, sa fréquence augmente tandis que, pendant qu’elle s’éloigne, sa fré-


quence baisse. La lumière d’une planète qui s’approche est dite « décalée vers
le bleu », celle d’une planète qui s’éloigne « décalée vers le rouge ». Depuis
les années 1990, des centaines de planètes ont été repérées autour d’étoiles
lointaines parce qu’on avait découvert ce motif incrusté au cœur de l’éclat de
l’étoile centrale.

Les décalages vers le rouge n’apparaissent pas seulement dans les mouvements
orbitaux des planètes mais aussi du fait de l’expansion de l’Univers – on parle
alors de décalage cosmologique vers le rouge : si la distance qui nous sépare
d’une galaxie lointaine augmente au fur et à mesure de l’expansion de l’Univers,
cela équivaut à dire que la galaxie s’éloigne de nous avec une certaine vitesse.
De la même façon, deux points situés sur un ballon qu’on gonfle paraissent
s’éloigner l’un de l’autre. Par suite, la lumière provenant de la galaxie est
décalée vers de plus basses fréquences parce que les ondes lumineuses doivent
effectuer un trajet de plus en plus long avant de nous atteindre. Voilà pourquoi
les galaxies lointaines paraissent plus rouges que celles qui sont plus proches.
À strictement parler, il ne s’agit pas là d’un véritable effet Doppler : la galaxie
qui fuit n’est pas en mouvement par rapport aux objets de son voisinage ; c’est,
en fin de compte, l’espace intermédiaire qui s’étire.
L’effet Doppler 35

Doppler lui-même – il faut


Une planète cachée perturbe
le lui reconnaître – vit que une étoile lointaine
l’effet qui porte désormais
son nom pourrait être utile
aux astronomes, même s’il ne
pouvait prévoir tout ce qui en
a découlé. Il affirma avoir vu
cet effet révélé dans les cou-
leurs de la lumière provenant
L’effet Doppler dû
d’étoiles doubles mais, à son au roulis de l’étoile
époque, cela fut mis en doute. Doppler
était un scientifique original et inventif mais
son enthousiasme allait parfois au-delà de ses possibi-
lités expérimentales. Cela dit, quelques décennies plus tard,
les décalages galactiques vers le rouge furent mesurés par l’as-
tronome Veto Slipher, ouvrant la voie au développement de la
théorie du Big Bang comme modèle de l’Univers. Et, de nos jours,
l’effet Doppler peut nous permettre d’identifier des mondes gravitant autour
d’étoiles lointaines dont il se pourrait même qu’elles abritent la vie.

Décalage vers le rouge


et mesure des distances
Les décalages vers le rouge ou vers le bleu galaxie à z = 1, par exemple, la lumière que
sont exprimés par le rapport entre les lon- nous observons a une longueur d’onde deux
gueurs d’onde (ou la fréquence) observée fois plus grande que lors de son émission. La
et émise par un objet. Les astronomes expri- distance d’un tel objet serait de la moitié de
ment cette modification en utilisant le sym- l’Univers. Pour les galaxies les plus lointaines
bole sans dimension z en sorte que le rapport que nous connaissons z est compris entre 7 et
entre longueurs d’onde observée et émise soit 9, soit à une distance représentant 80 % de
égal à 1 + z. l’Univers. Le fonds diffus cosmologique – ce
Ainsi définis, les décalages vers le rouge sont que nous pouvons voir de plus loin – est à z
utilisés comme raccourcis pour parler de la approximativement égal à 1 000.
distance à un objet astronomique. Pour une

l’idée clé
Étirement
36 50 clés pour comprendre l’astronomie

09 Parallaxe
À quelle distance se trouvent les étoiles ? La méthode de la parallaxe s’appuie
sur le fait que les objets les plus voisins semblent, vus depuis la Terre en
mouvement, filer plus vite que les plus lointains. Le léger décalage des
positions qui en résulte nous apprend que la distance à la Terre des étoiles
les plus proches est de plus d’un million de fois celle séparant la Terre du
Soleil. La plupart se trouvent à l’intérieur d’un disque qui constitue notre
propre galaxie et qui nous apparaît en projection sur le ciel comme une
traînée que nous nommons Voie lactée.

Une fois qu’on eut compris que les étoiles n’étaient pas des piqûres d’épingles
dans des sphères de verre mais des myriades de soleils lointains, on commença
à se demander à quelle distance de nous elles se situaient. Les motifs qu’elles
forment, les constellations, ont été appelés Orion, la Grande Ourse, la Croix du
Sud. Mais il fallut des siècles pour déterminer leur distribution dans l’espace.

Tout d’abord, les étoiles ne sont pas réparties uniformément dans le ciel, la plu-
part se trouvant dans la traînée blafarde que nous nommons Voie lactée. C’est
dans l’hémisphère Sud qu’elle est le plus brillante, tout particulièrement près
de la constellation du Sagittaire, où la vue immémoriale est criblée de nuages
noirs avec des taches brillantes et floues qu’on appelle nébuleuses. Nous savons
aujourd’hui que la traînée de la Voie lactée est faite de milliards d’étoiles luisant
faiblement et que notre regard confond en un tout. Si nous en relevons les posi-
tions plus en détail, les étoiles apparaissent regroupées dans des bras spiraux.
Comme de la mousse savonneuse tournoyant autour de la bonde d’un lavabo,
les étoiles de la Voie lactée, attirées par la gravité, s’enroulent autour du centre
de notre galaxie. Le Soleil se trouve sur l’un de ces bras spiraux, dans une tran-
quille banlieue galactique. Mais comment a-t-on compris tout cela ?

La Voie lactée Via lactica en latin, la Voie lactée intriguait les Anciens. Les
philosophes grecs, y compris Aristote et Anaxagore, se demandaient si elle était
vraiment une mer d’étoiles lumineuses lointaines. Mais ils ne disposaient d’aucun
moyen d’en savoir plus. Ce ne fut qu’en 1610, quand Galilée utilisa sa lunette,

chronologie
1573 1674
Digges propose la méthode de Hooke détecte un décalage dans la
la parallaxe position de γ-Draconis
Parallaxe 37

que le brouillard se dissipa pour révéler


une multitude d’étoiles individuelles.

Le philosophe Emmanuel Kant s’inter-


Secondes d’arc
rogea sur la répartition des étoiles dans Les astronomes mesurent les distances
l’espace tridimensionnel. Dans un traité dans le ciel à l’aide de projections angu-
publié en 1755, il avança que les étoiles laires. La taille de la Lune est d’environ un
de la Voie lactée étaient regroupées, du demi-degré. Les degrés sont à leur tour
fait de la gravité, en un gigantesque subdivisés en 60 minutes d’arc (’), elles-
disque, tout comme les planètes de notre mêmes décomposées en 60 secondes
système solaire tournent toutes dans un d’arc (”). Une seconde d’arc représente
plan unique autour du Soleil. Les étoiles donc 1/3600 degré.
nous apparaissent comme une traînée
dans notre ciel parce que nous les observons depuis l’intérieur de ce disque.

En 1785, l’astronome britannique William Herschel détermina en détail la


forme de la Voie lactée par l’étude méticuleuse de centaines d’étoiles. En rele-
vant leur position, il se rendit compte qu’il y en avait beaucoup plus d’un côté
du ciel que de l’autre. Il avança que le Soleil se trouvait d’un côté du disque de
la Voie lactée et non pas en son centre, comme on l’avait supposé jusque-là.

Très loin On avait pensé tout d’abord que toutes les étoiles se trouvaient
à peu près à la même distance de la Terre. Mais les astronomes se rendirent
compte peu à peu que c’était improbable. À l’évidence, elles étaient réparties de
façon inégale. La théorie de la gravité de Newton impliquait que, si elles étaient
massives, elles s’attireraient les unes les autres, exactement comme les planètes
sont attirées par le Soleil. Mais, comme elles ne formaient pas une seule gerbe,
cette attraction devait être faible. Il s’ensuit que les étoiles doivent être très éloi-
gnées les unes des autres. Raisonnant ainsi, Newton fut l’un des premiers à se
rendre compte à quel point les étoiles étaient en réalité éloignées.

Les astronomes cherchèrent des méthodes pour déterminer la distance d’une étoile.
L’une d’elle se fondait sur sa luminosité : si une étoile est aussi brillante que le Soleil,
sa luminosité doit décliner selon le carré de sa distance. S’appuyant sur cette hypo-
thèse, le physicien néerlandais Christiaan Huygens (1629-1695) détermina la dis-
tance de l’étoile la plus brillante de notre ciel nocturne, Sirius. En ajustant la taille
d’un trou minuscule dans un écran, il parvint à faire passer exactement la même
quantité de lumière que l’étoile. Après des calculs réalisés en comparant la taille
du trou et du Soleil, il parvint à la conclusion que Sirius devait se trouver des
dizaines de milliers de fois plus loin que ce dernier. Plus tard, Newton repoussa

1725 1755 1785 1838 1989


Bradley avance la Kant postule que la Herschel établit la Bessel effectue une Lancement du satellite
théorie des aberrations Voie lactée est un forme du disque de la mesure de la parallaxe Hipparcos
stellaires disque Voie lactée
38 50 clés pour comprendre l’astronomie

cette distance à un million de fois celle


du Soleil, en comparant la luminosité
Parsecs de l’étoile à celle d’une planète. Newton
n’était pas loin : Sirius se trouve à peu près
La mesure de la parallaxe stellaire est à la moitié de cette distance. L’immensité
souvent définie comme la différence de l’espace interstellaire s’imposait.
entre la position d’une étoile vue depuis
la Terre et depuis le Soleil. Il est équi- Parallaxe Mais les étoiles ne brillent
valent de considérer l’angle sous lequel pas toutes exactement comme le Soleil. En
on verrait, depuis l’étoile, le demi-grand 1573, l’astronome britannique Thomas
axe de l’orbite terrestre. Le parsec (3,26 Digges proposa de tenter d’appliquer aux
années-lumière) est, par définition, la étoiles la méthode de la parallaxe des géo-
distance pour laquelle cet angle est graphes. La parallaxe est un décalage de
d’une seconde d’arc. l’angle sous lequel on voit un repère alors
qu’on est en mouvement par rapport à lui.
Si vous vous déplacez dans la campagne,
la distance, relevée au compas, jusqu’au
sommet d’une colline voisine se modifiera plus vite que celle d’une montagne
au loin. Autre exemple : en voiture, les arbres proches disparaissent plus vite
derrière nous que ceux qui sont plus éloignés. Les étoiles proches, vues depuis la
Terre en train de se déplacer le long de sa trajectoire elliptique autour du Soleil,
devraient par conséquent apparaître comme faisant dans le ciel de minuscules
allées et venues dont l’étendue dépend de leur distance à la Terre.

Les astronomes ont vite cherché à détecter ces déplacements annuels dans la
position des étoiles, à la fois pour déterminer à quelle distance elles se trouvent
et pour confirmer le modèle héliocentrique du système solaire. Ce faisant, ils
ont découvert quelque chose d’autre. En 1674, Robert Hooke publia un article
sur un déport de ce type dans la position de γ-Draconis,
une étoile très brillante qui passe au-dessus des têtes à la
latitude de Londres, ce qui lui avait permis de faire des
observations précises à travers un trou spécialement fait
dans son toit. En 1680, Jean Picard signala que Polaris,
l’Étoile polaire, se déplaçait chaque année sur pas moins
de 40 secondes d’arc, ce que John Flamsteed confirma en
1689.

James Bradley s’interrogea sur la signification de ces


mesures, refit les observations et confirma, en  1725
et 1726, le mouvement saisonnier de γ-Draconis. Mais ces
décalages ne ressemblaient pas à ceux dus à la parallaxe :
au lieu de différer selon la distance des étoiles, ils allaient
Soleil tous dans le même sens.
Parallaxe
Parallaxe 39

Robert Hooke (1635-1703)


Robert Hooke est né en Angleterre, sur l’île de Londres après le Grand Incendie, travailla avec
Wight. Fils de vicaire, il fit ses études à Oxford, Christopher Wren sur la construction de l’Ob-
à Christ Church, travaillant comme assistant servatoire royal de Greenwich et de l’Hôpital
du physicien et chimiste Robert Boyle. En royal de Bethlem (le « Bedlam »). Il est mort à
1660, il découvrit la loi sur l’élasticité qui porte Londres en 1703 et y fut enterré, à St Helen’s
son nom et, peu après, fut nommé démons- Bishopsgate exactement, mais ses restes
trateur aux réunions de la Royal Society, l’Aca- furent transférés au xixe siècle et l’on ignore où
démie des sciences britannique. Cinq ans ils se trouvent actuellement. En février 2006,
plus tard, il publia Micrographia, où il forgea on a retrouvé un exemplaire, perdu depuis
le terme « cellule » après avoir comparé les longtemps, des notes de Robert Hooke prises
cellules végétales à celles d’un monastère. En aux réunions de la Royal Society ; il est désor-
1666, Hooke participa à la reconstruction de mais conservé à Londres, à la Royal Society.

Il était perplexe. Deux ans plus tard, il com-


«
Si j’ai vu plus loin,

»
prit que, de la même façon qu’une girouette
accrochée au mât d’un navire tourne quand c’est que j’étais juché sur
le bateau change de direction, combinant les les épaules de géants.
directions du bateau et du vent, le mouve-
ment de la Terre se modifie tandis que nous Isaac Newton
observons les étoiles : toutes ondulent légè-
rement pendant que nous tournons autour du Soleil. Cette découverte surpre-
nante, appelée aberration stellaire, confirme en outre la rotation de la Terre
autour du Soleil.

L’imprécision des instruments fut un obstacle à la découverte de la parallaxe.


Les premières mesures couronnées de succès furent réalisées par Friedrich Bessel
en 1838 sur l’étoile 61 Cygni. Les étoiles étant très lointaines, leur parallaxe est
très petite et difficile à mesurer. Ainsi, l’étoile la plus proche de nous, Proxima
Centauri, a une parallaxe inférieure à une seconde d’arc, soit quelque 50 fois
plus petite que son aberration. De nos jours, des satellites, tel Hipparcos de
l’Agence spatiale européenne, ont permis de mesurer la position précise de
100 000 étoiles proches, la distance de beaucoup d’entre elles s’en déduisant.
Pourtant, les parallaxes ne permettent de prendre en compte qu’environ un
pour cent de notre galaxie.

l’idée clé
En vedette,
le déplacement des étoiles
40 50 clés pour comprendre l’astronomie

10 L e Grand Débat
En 1920, la rencontre de deux esprits planta le décor du plus grand
bouleversement dans la vision qu’a l’Homme de l’Univers : l’idée que
notre galaxie n’en est qu’une parmi bien d’autres qui parsèment l’espace.
Changement de paradigme aussi important que celui qui a fait tourner la
Terre autour du Soleil ou celui qui a fait du Soleil l’une des nombreuses
étoiles, le Grand Débat clarifia ce qui était à vérifier pour démontrer qu’il
existe des galaxies bien au-delà de la Voie lactée.

Quelle est la taille de l’Univers ? En 1920, cette question se ramenait à connaître


la taille de la Voie lactée. Au cours des siècles précédents, les astronomes avaient
fini par admettre l’idée que les étoiles sont des soleils lointains semblables au
nôtre, leur configuration formant dans le ciel comme un disque aplati. La pro-
jection dans le ciel de ce plan donnait la traînée de la Voie lactée, nom que
nous avons donné à notre galaxie.

Mais la Voie lactée est plus qu’un ensemble d’étoiles. Elle contient de nom-
breux nuages flous, les nébuleuses, comme la tache qui se trouve dans la cein-
ture de la constellation d’Orion, connue sous le nom de nébuleuse de la Tête
de cheval en raison de la forme du nuage noir qu’elle contient. La plupart de
ces nébuleuses ont des formes irrégulières mais une partie d’entre elles sont
elliptiques avec des superpositions de motifs spiraux. Un exemple fameux en
est donné par la nébuleuse d’Andromède dans la constellation du même nom.

Au sein de la Voie lactée, on trouve aussi des amas d’étoiles, comme les Pléiades,
un groupe d’étoiles bleues, enchâssées dans les fils d’un duvet, visibles à l’œil
nu. Des amas d’étoiles plus denses parsèment aussi le ciel – dont les amas glo-
bulaires, qui sont des boules compactes comprenant des centaines de milliers
d’étoiles. On connaît environ 150 amas globulaires dans la Voie lactée.

chronologie
1665 1784
Les amas globulaires sont Découverte des étoiles variables,
découverts par l’astronome amateur les céphéides
allemand Abraham Ihle
Le Grand Débat 41

Au début du xxe siècle, les astronomes commencèrent à cartographier les cieux


en reconstituant les distributions spatiales de ces objets. Ils recherchaient en
particulier la forme de la Voie lactée, réputée contenir tout l’univers connu.

Le débat Le 26 avril 1920, deux grands astronomes américains se retrou-


vèrent face à face pour discuter de la taille de la Voie lactée. Ils se retrouvèrent
au Smithsonian Museum of Natural History à Washington à la suite d’une
réunion de la United States National Academy of Sciences. Au sein de l’audi-
toire se trouvaient de nombreux scientifiques éminents, y compris, a-t-on dit,
Albert Einstein. On a dit de ce débat qu’il avait précipité un bouleversement
dans notre compréhension des échelles dans l’Univers.

Le premier à parler fut Harlow Shapley, un jeune et brillant astronome du


Mount Wilson Observatory en Californie. Face à lui, un astronome plus
confirmé, Heber Curtis, directeur de l’Allegheny Observatory de Pittsburgh en
Pennsylvanie. Tous deux présentèrent leurs arguments sur la taille de la Voie
lactée en s’appuyant sur les différents critères astronomiques dans lesquels
chacun était expert.

Shapley avait déterminé la distance d’amas globulaires. Il les avait trouvés bien
plus éloignés qu’il ne l’avait pensé, ce qui impliquait que notre galaxie était
dix fois plus grande qu’on ne
le croyait : quelque 300 000
années-lumière de diamètre. La galaxie d’Andromède
Il remarqua aussi qu’il y avait
plus d’amas globulaires dans
une moitié du ciel que dans
l’autre, ce qui signifiait que le
Soleil était loin du centre – il
l’estimait décalé de 60 000
années-lumière ou à peu près à
mi-chemin. Une telle descrip-
tion avait quelque chose de
choquant : le Soleil était une
étoile moyenne, loin d’être au
centre des choses…

Cependant, Curtis se concen-


trait sur un autre problème : la

1789 1908 1920 1924


Herschel dresse la liste Henrietta Swan Leavitt découvre Le grand débat Hubble détermine la distance
des amas globulaires et les propriétés des céphéides qui Shapley–Curtis de la nébuleuse d’Andromède,
les nomme permettent d’évaluer leur distance bien au-delà de la Voie lactée
42 50 clés pour comprendre l’astronomie

«Les progrès
de la connaissance
scientifique
nature des nébuleuses spirales. Les caractéristiques
particulières de ces structures nuageuses lui suggé-
raient, ainsi qu’à d’autres, qu’il y avait une caté-
gorie d’objets se trouvant au-delà des bords de la
ne semblent pas Voie lactée. Ce qui concordait avec le petit rayon
enlever une once alors estimé de la Voie lactée.
de mystère à notre
L’opposition entre les résultats des deux astro-
univers pas plus qu’à

»
nomes montrait qu’il y avait un sérieux problème à
notre vie intérieure résoudre ! Les nouvelles mesures de Shapley avaient
en son sein. agrandi la Voie lactée dans de telles proportions
que la possibilité que les nébuleuses de Curtis se
J.B.S. Haldane trouvent en dehors d’elle était remise en question.
Néanmoins, ces nébuleuses particulières ne ressem-
blaient à rien d’autre au sein de la Voie lactée. À l’évidence, il fallait y regarder
de plus près.

Les arguments Les deux astronomes étayaient leurs idées sur des don-
nées. Shapley s’appuyait sur ses mesures de la distance des amas globulaires,
concluant que la Voie lactée était tellement grande que tout ce qu’on voyait
dans le ciel nocturne devait y être inclus. Sa technique utilisait une catégorie
précise d’étoiles variables dont la période des éclats révélait sa luminosité – il
s’agit des étoiles variables céphéides, nommées d’après leur prototype Delta
Cephei. Fondamentalement, ces étoiles variables lumineuses se comportent
comme des ampoules de lumière de puissance connue et leur distance peut
donc être établie.

Curtis était plus prudent. Il répliqua que la Voie lactée ne pouvait pas être aussi
grande – les distances des céphéides étaient peut-être erronées. Et les propriétés
des nébuleuses spirales étaient telles qu’elles devaient se trouver en dehors
d’elle. Les nébuleuses spirales se comportaient comme des versions minia-
tures de notre propre galaxie. Tout comme la Voie lactée, elles contiennent
des étoiles en train d’exploser en semblables quantités, elles tournent de façon
semblable à la nôtre, elles ont approximativement la même taille et certaines

Années-lumière
L’année-lumière est la distance parcourue par la lumière en un an. La lumière se déplace à
environ 300 000 km par seconde. Ainsi, en un an, elle parcourt 10 000 milliards de kilomètres.
La Voie lactée a un diamètre d’à peu près 150 000 années-lumière ; la galaxie d’Andromède
est à 2,3 millions d’années-lumière.
Le Grand Débat 43

Unités astronomiques
Les astronomes utilisent aussi une unité de distance, appelée unité astronomique (UA).
Historiquement basée sur la distance Terre-Soleil, l’unité astronomique a été définie en 2012
par l’Union astronomique Internationale comme valant exactement 149 597 870,700 km.

possèdent une ligne sombre le long de leur axe le plus grand, ce qui suggère
une forme de disque. Elles paraissent être d’autres galaxies, ce qui implique que
la nôtre n’est pas la seule.

Qui avait raison ? Le débat se soldait par un match nul, sans vainqueur claire-
ment désigné. D’un certain point de vue, tous deux avaient raison… Et tort en
fonction d’autres critères. Chacun avait raison en ce qui concerne sa spécialité.
Les distances calculées par Shapley étaient en gros correctes. Et le Soleil se
trouve bien loin du centre. Mais, plus important, Curtis avait fondamentale-
ment raison en ce que les nébuleuses se trouvent en dehors de notre galaxie :
ce sont des « univers-îles ». Cela fut démontré en 1924 par Edwin Hubble qui
associa les deux ensembles de preuves. Il mesura à quelle distance se trouvait
la nébuleuse d’Andromède – une de nos plus proches galaxies voisines – en se
servant, comme Shapley, de céphéides et il découvrit qu’elle se trouvait bien
plus loin encore que les amas globulaires. On était vraiment au-delà de la Voie
lactée.

Conséquences Bien que le débat ait plus été un échange d’arguments qu’un
match de boxe avec une victoire bien nette, il mit en place les questions que les
astronomes devaient vérifier. Il fut ainsi un moment clé de la transformation
de nos façons de voir les échelles dans l’Univers.

Tout comme Copernic chassa la Terre du centre de l’Univers pour y mettre le


Soleil, Shapley chassa le Soleil loin du cœur de la Voie lactée. Curtis alla même
plus loin et montra que cette dernière n’est ni unique ni particulière : elle n’est
qu’une parmi les milliards d’autres galaxies. La place de l’humanité dans l’Uni-
vers est décidément précaire…

l’idée clé
Le royaume des galaxies
44 50 clés pour comprendre l’astronomie

11 L e paradoxe
d’Olbers
Pourquoi le ciel nocturne est-il noir ? Si l’Univers était infini et avait existé
depuis toujours, il devrait alors être aussi brillant que le Soleil – ce qu’il
n’est pas. En scrutant le ciel nocturne, vous avez sous les yeux l’histoire de
l’Univers tout entière. Le nombre d’étoiles est fini ce qui a pour conséquence
que l’Univers est lui-même fini, de même que son âge. Le paradoxe d’Olbers
a ouvert la voie à la cosmologie moderne et au modèle du Big Bang.

Peut-être pensez-vous que cartographier l’Univers tout entier ou passer en


revue son histoire est chose difficile pour laquelle il faudrait de coûteux satel-
lites dans l’espace, d’énormes télescopes au sommet de montagnes lointaines,
ou encore un cerveau comme celui d’Einstein. Mais, en sortant par une nuit
claire, vous pouvez faire une observation qui est tout aussi profonde que la
Relativité générale : la nuit est noire. Bien que considéré comme allant de soi,
le fait qu’elle est noire et non brillante comme le Soleil nous dit beaucoup de
choses sur l’Univers.

Lumière d’étoile Si l’Univers était infini, s’étendant à tout jamais dans


toutes les directions, alors, dans quelque direction que nous regardions, nous
finirions par voir une étoile. Dans chaque direction, le regard buterait sur la sur-
face d’une étoile. En s’éloignant de la Terre, l’espace serait rempli de toujours
plus d’étoiles. Ce serait comme regarder à travers une forêt : à proximité, on
peut distinguer des troncs individuels, d’autant plus grands qu’ils sont proches,
mais de plus en plus d’arbres lointains rempliraient votre champ de vision.
Pour peu que la forêt soit vraiment grande, il vous serait impossible de voir le
paysage au-delà. C’est ce qui se produirait si l’Univers était infiniment grand.
Quand bien même les étoiles sont plus distantes que ne le sont les arbres, en fin
de compte, il y en aurait suffisamment pour boucher complètement votre vue.
Si toutes les étoiles étaient comme le Soleil, alors chaque point du ciel serait

chronologie
1610
Kepler s’interroge sur le fait que le ciel
nocturne est sombre
Le paradoxe d’Olbers 45

rempli de lumière. Même si une seule


étoile lointaine luit faiblement, il y a
d’autres d’étoiles à la même distance.
En ajoutant leur luminosité, elles
fourniraient autant de lumière que le
Soleil – et le ciel nocturne dans son
ensemble devrait être aussi brillant
que le Soleil.

À l’évidence, les choses ne sont pas


ainsi. Le paradoxe de la nuit noire
avait été remarqué par Kepler au
xviie  siècle mais il n’a été formulé
qu’en 1823 par l’astronome allemand
Heinrich Olbers. Les solutions de ce
paradoxe sont profondes. Il y a plu-
sieurs explications possibles, chacune
recélant des éléments de vérité qui
sont aujourd’hui compris, et adoptés, par les astronomes. Néanmoins, il est
extraordinaire qu’une observation aussi simple puisse dire autant de choses.

Vision interrompue La première explication est que l’Univers n’est


pas infiniment grand. Il doit s’arrêter quelque part. Il doit donc comporter
un nombre fini d’étoiles ce qui fait que certains regards ne rencontrent pas
d’étoile. De façon similaire, en vous tenant à la lisière de la forêt, ou dans un
petit bois, vous pouvez voir le ciel au-delà.

Une autre explication possible pourrait être que les étoiles les plus lointaines
sont moins nombreuses et ne s’ajoutent donc pas pour fournir autant de
lumière. La lumière se déplaçant à une vitesse précise, celle provenant d’étoiles
lointaines met plus de temps à nous atteindre que celle des étoiles plus proches.
La lumière du Soleil met huit minutes à nous parvenir, mais il faut quatre ans
à celle d’Alpha du Centaure, l’étoile la plus proche de nous et pas moins de
100 000 ans pour la lumière des étoiles situées de l’autre côté de notre propre
galaxie. La lumière qui nous vient de la galaxie la plus proche, Andromède, met
deux millions d’années à nous atteindre : c’est l’objet le plus lointain que nous
pouvons voir à l’œil nu. Aussi, quand nous nous efforçons de voir toujours
plus loin dans l’Univers, nous regardons vers le passé et les étoiles lointaines

1832 1912
Olbers formule le paradoxe qui Vesto Slipher mesure le décalage vers
porte son nom le rouge des galaxies
46 50 clés pour comprendre l’astronomie

Obscurité
La beauté de la nuit noire devient d’accès qui a inspiré des générations avant la nôtre est
difficile à cause du halo de lumière de nos en train de s’obscurcir. Les lampes au sodium
villes. Par une nuit claire, partout, les peuples des réverbères sont les principales coupables,
anciens ont pu lever les yeux sur une épine particulièrement celles qui gaspillent la lumière
dorsale lumineuse d’étoiles, étirée à travers en brillant tant vers le haut que vers le bas.
les cieux. Même dans les grandes villes, il y Partout dans le monde, des groupes, telle l’In-
a 50  ans, il était possible de voir les étoiles ternational Dark-Sky Association, dans laquelle
les plus brillantes et la traînée de la Voie on trouve des astronomes, font maintenant
lactée. Mais, aujourd’hui, il n’y a pratique- campagne pour mettre un frein à la pollution
ment aucune étoile qui soit visible en ville et, lumineuse afin de préserver la vue que nous
même à la campagne, le spectacle des cieux avons sur l’Univers.
est délavé par un smog jaune. Le spectacle

nous apparaissent plus jeunes que celles qui nous sont proches : leur lumière a
voyagé plus longtemps avant de nous atteindre. Cela pourrait nous être d’un
certain secours avec le paradoxe d’Olbers si ces étoiles plus jeunes sont aussi
plus rares que celles de notre voisinage. Les étoiles semblables au Soleil vivent
environ 10 milliards d’années (les plus grosses vivent moins longtemps, les
moins grosses plus longtemps) et le fait que les étoiles aient une durée de vie
finie pourrait expliquer le paradoxe. Il n’y a pas d’étoiles dans l’Univers primitif
parce qu’elles n’ont pas eu le temps de naître. Les étoiles n’ont donc pas existé
depuis toujours.

Les étoiles distantes peuvent aussi luire plus faiblement que le Soleil à cause
du décalage vers le rouge. L’expansion de l’Univers étire les longueurs d’onde
rendant plus rouge la lumière qui provient des étoiles lointaines. Ces dernières
apparaîtront donc un peu plus froides que nos voisines. Cela peut aussi limiter
la quantité de lumière qui nous arrive des confins de l’Univers.

Des idées plus farfelues ont été aussi mises en avant, comme la lumière loin-
taine arrêtée par la suie produite par des civilisations extraterrestres, ou par
des aiguilles d’acier, ou encore une étrange poussière grise. Mais toute lumière
absorbée aurait été réémise sous forme de chaleur et aurait donc été décou-
verte ailleurs dans le spectre. Les astronomes ont traqué la lumière dans le ciel
nocturne à toutes les longueurs d’onde, depuis les fréquences radio jusqu’aux
rayons gamma, et ils n’ont rien repéré qui indique que la lumière visible des
étoiles est arrêtée.
Le paradoxe d’Olbers 47

« Si les étoiles se succédaient sans fin, le fond du ciel


s’offrirait à nous comme uniformément lumineux,
comme le fait la Galaxie, puisqu’il ne pourrait y avoir
absolument aucun point, dans tout cet arrière-plan
céleste, sans une étoile.
Edgar Allan Poe
»
Un univers grand public Ainsi, le seul fait d’observer que la nuit est
noire nous permet de comprendre que l’Univers n’est pas infini. Il n’existe que
depuis une durée limitée, sa taille est bornée et ses étoiles n’existent pas de
toute éternité.

La cosmologie moderne s’appuie sur ces idées. Les étoiles les plus anciennes que
nous voyons ont environ 13 milliards d’années, ce qui signifie que l’Univers
doit s’être formé auparavant. Le paradoxe d’Olbers suggère que ce ne doit pas
être bien avant sinon nous devrions nous attendre à voir de nombreuses géné-
rations d’étoiles antérieures, ce qui n’est pas le cas.

Les galaxies lointaines sont vraiment plus rouges que les plus proches à cause
du décalage vers le rouge, ce qui les rend plus difficiles à voir avec des téles-
copes optiques et qui confirme que l’Univers est en expansion. Les galaxies
les plus lointaines connues aujourd’hui sont si rouges qu’elles sont devenues
invisibles et ne peuvent être dénichées qu’aux longueurs d’onde infrarouges.

La période durant laquelle les premières étoiles se sont allumées et où les


galaxies sont tellement rouges qu’elles disparaissent pratiquement a été sur-
nommée par les astronomes l’« âge sombre » cosmique. Nous voulons décou-
vrir ces premiers objets, comprendre ce qui les a fait se former à l’origine et la
façon dont étoiles et galaxies se sont développées en partant de germes minus-
cules sous l’effet de la gravité.

En exprimant son paradoxe, Olbers ne savait pas qu’il posait exactement les
questions qui occupent les cosmologues d’aujourd’hui . Et tous ces arguments
appuient l’idée du Big Bang, la théorie qui dit que l’Univers est né d’une énorme
explosion il y a quelque 14 milliards d’années.

l’idée clé
L’Univers est fini
48 50 clés pour comprendre l’astronomie

12 L a loi de Hubble
L’astronome américain Edwin Hubble fut le premier à se rendre compte
que les autres galaxies s’écartent toutes de la nôtre. Plus elles sont
éloignées, plus vite elles s’éloignent, en suivant la loi de Hubble. Cette
diaspora galactique a constitué la preuve première de l’expansion de
l’Univers, une découverte ahurissante qui modifia notre façon de voir
ce dernier et d’appréhender son destin.

Lorsqu’au xvie siècle Copernic conclut que la Terre tourne autour du Soleil,


cela fut accueilli avec consternation : les êtres humains ne demeuraient plus
exactement au centre du Cosmos. Mais, dans les années 1920, Hubble réalisa
au télescope des mesures encore plus troublantes : il montrait que l’ensemble
de l’Univers n’était pas statique mais en expansion.

Hubble releva les distances des autres galaxies et leurs vitesses relatives par
rapport à notre Voie lactée et découvrit qu’elles nous fuyaient à toute vitesse.
Nous étions tellement « cosmiquement » impopulaires que seules quelques voi-
sines se dirigeaient tout doucement vers nous. Plus lointaine était une galaxie,
plus vite elle nous fuyait, avec une vitesse proportionnelle à sa distance (loi de
Hubble). Le rapport de la vitesse à la distance est toujours le même : c’est la
constante de Hubble. Les mesures actuelles des astronomes donnent une valeur
proche de 72 km par seconde et par mégaparsec (1 mégaparsec vaut 1 million
de parsecs et équivaut à 3 262 000 années-lumière ou 3 × 1 022 m). Les galaxies
s’écartent de nous en permanence à cette vitesse.

«L’histoire de l’astronomie est


une histoire d’horizons qui s’éloignent.
»
Edwin Hubble

chronologie
1912 1920
Vesto Slipher mesure le Débat entre Shapley et Curtis sur
décalage vers le rouge la taille de la Voie lactée
des galaxies
La loi de Hubble 49

Le Grand Débat Avant le xxe siècle, les astronomes comprenaient tout


juste ce qu’était notre propre galaxie, la Voie lactée. Ils avaient effectué des
mesures sur des centaines de ses étoiles mais avaient aussi remarqué qu’elle
était striée de nombreuses taches floues, les nébuleuses. Certaines d’entre elles
étaient des nuages de gaz associés à la naissance et à la mort des étoiles. Mais
d’autres paraissaient différentes. Certaines présentaient des spirales ou étaient
de forme ovale, ce qui laissait entendre qu’elles étaient plus régulières que des
nuages. L’origine de ces nébuleuses fut, en 1920, l’objet d’un débat entre deux
célèbres astronomes (voir page 40). Harlow Shapley affirmait que tout, dans
le ciel, faisait partie de la Voie lactée ; Heber Curtis avançait que certaines de
ces nébuleuses étaient d’autres galaxies, extérieures à la nôtre, la Voie lactée.
Hubble montra que les nébuleuses spirales étaient vraiment d’autres galaxies
extérieures à la nôtre. L’Univers s’élargissait subitement en une vaste toile.

Hubble utilisa le télescope de 2,50 mètres du Mont Wilson pour faire des
mesures sur des étoiles variables de la nébuleuse d’Andromède – dont nous
savons aujourd’hui qu’elle est une galaxie spirale très semblable à la Voie lactée
et notre sœur dans le groupe de galaxies auxquelles nous sommes liés. Ces
étoiles variables, nommées céphéides, sont, aujourd’hui encore, d’inestimables
sondes pour les distances : l’intensité des éclats et leur fréquence sont liées à la
luminosité intrinsèque de l’étoile si bien qu’une fois connues les variations de
ses éclats on connaît sa luminosité et, partant, sa distance puisque la luminosité
diminue avec elle. Hubble a ainsi mesuré la distance de la galaxie ­d’Andromède.
Celle-ci se trouvait bien plus loin que la taille de la
Voie lactée et devait donc être en dehors de notre
galaxie. Cela mettait un terme au débat : d’autres
galaxies existaient au-delà
de la nôtre.

Fuite Hubble s’attaqua


ensuite au relevé des dis-
tances de nombreuses
autres galaxies. Il décou-
vrit aussi que leur lumière
était la plupart du temps
décalée vers le rouge, le Temps
décalage étant ­fonction de

1922 1929 2001


Publication par Alexander Hubble et Milton Humason Le télescope spatial Hubble permet
Friedman du modèle du découvrent la loi de Hubble d’obtenir une valeur précise de la
Big Bang constante de Hubble
50 50 clés pour comprendre l’astronomie

la ­distance. Le décalage vers le rouge est semblable à l’effet Doppler d’un objet
en mouvement (voir page 32). Le fait que des fréquences connues de lumière,
y compris les raies spectrales, apparaissent toutes plus rouges que ce qu’on est
en droit d’attendre signifie que ces galaxies s’éloignent de nous, comme de
nombreuses ambulances dont le ton de la sirène baisse quand elles s’éloignent.
Il était étrange de constater que toutes les galaxies s’éloignaient quand seul un
petit nombre parmi les proches se rapprochaient. Qui plus est, plus on regardait
loin, plus vite elles fuyaient.

Hubble remarqua aussi que les galaxies ne se contentaient pas de s’éloigner de


nous, ce qui aurait fait de l’endroit où nous nous trouvons un lieu très privi-
légié dans l’Univers. Elles se fuyaient aussi les unes les autres. Il en conclut que
l’Univers lui-même était en expansion, comme un gigantesque ballon en train
de gonfler : les galaxies sont comme des points sur ce ballon qui s’éloignent les
uns des autres à mesure que l’air gonfle ce dernier.

Quelle vitesse, quelle distance ? De nos jours encore, les astronomes


utilisent les étoiles variables, les céphéides, pour dresser la carte locale de l’ex-
pansion de l’univers. Mesurer avec précision la constante de Hubble a été un
objectif majeur. Pour y parvenir, il faut connaître la distance d’un objet et sa
vitesse, ou son décalage vers le rouge. Ce dernier peut être directement mesuré
à partir des raies spectrales. La fréquence d’une transition atomique particu-
lière peut être comparée à sa longueur d’onde connue, telle que mesurée en
laboratoire : la différence fournit le décalage vers le rouge. Il est plus difficile

Le télescope spatial Hubble


Le télescope spatial Hubble est sans doute niques capables de prendre des images lim-
le satellite d’observation le plus populaire pides, aussi bien dans le domaine visible que
jamais lancé. Ses photographies époustou- dans l’ultraviolet ou l’infrarouge. Les perfor-
flantes de nébuleuses, de galaxies lointaines mances de Hubble proviennent du fait qu’il se
et de disques autour d’étoiles font la une des trouve au-dessus de l’atmosphère : ses photos
journaux depuis vingt ans. Lancé en 1990 par ne sont pas brouillées. Vieilli, son devenir est
la navette spatiale Discovery, l’engin spatial incertain. Ses instruments ont été mis à jour
a à peu près la taille d’un bus à impériale : une dernière fois et, quand la NASA aura
de 13 mètres de long et 4 de large, il pèse achevé son programme, elle pourra récupérer
11 tonnes. Il embarque un télescope astro- l’engin pour les générations futures ou bien le
nomique de 2,4  mètres de diamètre et un précipiter de façon sûre dans l’océan. 
ensemble de caméras et détecteurs électro-
La loi de Hubble 51

« Plus petites, plus pâles, de plus en plus nombreuses :


nous les découvrons, toujours plus loin dans l’espace
jusqu’au moment où, avec la nébuleuse la plus blafarde,
observée à travers le plus grand télescope,
nous parviendrons à la frontière de l’univers connu.
Edwin Hubble
»
de déterminer les distances : il faut repérer un objet au loin dans la galaxie
dont on connaît exactement ou bien la distance ou bien la luminosité – une
« chandelle standard ».

Il y a différentes méthodes pour déterminer les distances astronomiques. On


peut utiliser les céphéides quand les galaxies sont suffisamment proches pour
qu’on puisse distinguer les étoiles individuelles. Mais, pour de plus grandes
distances, il faut d’autres méthodes. Toutes les différentes techniques peuvent
être regroupées pour construire une gigantesque règle étalon, une échelle de
distances. Mais chaque méthode comportant ses spécificités, de nombreuses
incertitudes demeurent quant à la précision de l’échelle étendue.

La constante de Hubble est maintenant connue avec une précision de l’ordre


de 10 %, essentiellement grâce aux observations de galaxies réalisées avec le
télescope spatial Hubble et à celles du fond diffus cosmologique. L’expansion
de l’univers a commencé avec le Big Bang, l’explosion qui a créé l’Univers, et
c’est depuis que les galaxies ont commencé à dériver séparément. La loi de
Hubble fixe une limite à l’âge de l’Univers : du fait de son expansion continue,
si l’on remonte celle-ci jusqu’à son point de départ, on peut déterminer cet âge
– il est d’environ 14 milliards d’années. Le rythme de cette expansion n’est fort
heureusement pas suffisant pour que l’Univers vole en éclats. Au lieu de quoi,
ce dernier se situe en fin de compte à un point d’équilibre entre l’éclatement
complet et le fait de posséder une masse suffisante pour que tout finisse par un
effondrement sur lui-même.

l’idée clé
L’Univers est en expansion
52 50 clés pour comprendre l’astronomie

13 é chelle
des distances
cosmiques
Les mesures de différentes distances astronomiques ont conduit à de grands
changements de paradigme en astronomie. Nous nous sentons tout petits
devant les distances qui nous séparent des étoiles. Le calcul de la taille de la
Voie lactée et de l’éloignement des nébuleuses les plus proches nous a ouvert
le monde des galaxies. Les échelles sont si vastes qu’aucune méthode ne
suffit pour tout l’Univers. L’échelle des distances cosmiques est un patchwork
obtenu en mettant bout à bout toute une série de techniques.

L’Univers est si grand que mesurer des distances d’un bout à l’autre est un défi.
Une règle-étalon adaptée à notre galaxie ne pourrait pas servir aux confins du
cosmos. On a donc fait un paquet des différentes techniques, chacune s’appli-
quant à une échelle différente. Là où les méthodes se chevauchent, celles qui
sont adjacentes peuvent être regroupées pour former les barreaux de ce qu’on
appelle l’« échelle des distances cosmiques ». Ces barreaux crèvent toutes les
frontières à travers l’Univers, permettant de laisser le voisinage de notre sys-
tème solaire pour aller vers les étoiles les plus proches, de cheminer à travers
la Voie lactée vers les autres galaxies, les amas galactiques et les confins de
l’univers connu.

Le premier barreau est le plus solide. Les étoiles proches peuvent être localisées
avec précision en utilisant les calculs trigonométriques de la parallaxe. Tout
comme un randonneur repère un sommet lointain sur sa carte en relevant
plusieurs fois sa position pendant sa marche, un astronome installé sur la Terre
en mouvement peut s’orienter sur une étoile en mesurant ses changements
de position par rapport à l’arrière-plan d’étoiles plus lointaines ; le niveau du

chronologie
1784 1918
Découverte des étoiles Calcul d’une échelle de distance à
variables, les céphéides l’aide des céphéides
échelle des distances cosmiques 53

décalage informe l’astronome sur la distance de l’étoile : celles qui sont plus
proches se déplacent plus vite que celles qui sont au loin. Mais la distance des
étoiles est si grande – la plus proche se trouve à quatre années-lumière – que
les décalages sont minuscules et difficiles à mesurer. La parallaxe peut seule-
ment s’appliquer à une partie de la Voie lactée. Pour aller plus loin, il faut de
nouvelles méthodes.

Les céphéides Le barreau suivant est fait d’étoiles remarquables. C’est un


peu l’équivalent cosmique d’ampoules électriques de puissance connue, les
« chandelles standards » : si vous connaissez exactement la luminosité intrin-
sèque d’une étoile, vous pouvez déterminer sa distance en mesurant la baisse
de cette luminosité due à la distance – elle diminue comme le carré de cette
dernière : une étoile qui se trouve deux fois plus loin qu’une étoile identique
paraîtra quatre fois moins brillante. Le problème est de connaître la luminosité
intrinsèque de l’étoile. Les étoiles se présentent sous diverses formes, tailles,
couleurs, depuis les géantes rouges jusqu’aux naines blanches : on ne peut donc
pas y parvenir directement. Mais, pour de rares sortes d’étoiles, il y a un moyen.

Les étoiles variables, les céphéides, sont des chandelles standard très com-
modes. Le « nombre de watts » de l’étoile-ampoule, sa luminosité intrinsèque,
est donné par le rythme avec lequel elle faiblit. Il suffit alors de comparer
la luminosité intrinsèque avec la luminosité apparente dans notre ciel pour
connaître la distance où elle se trouve. Les céphéides sont suffisamment

Poussière cosmique
Un des problèmes rencontrés dans l’utilisation sement des traceurs de suie cosmique. Un signe
des chandelles standard pour de grandes dis- évident est qu’elle change la couleur des étoiles
tances est que leur lumière peut être tamisée alentour, les révélant plus rouges, comme les
par de la matière interposée. Les galaxies sont couchers de Soleil spectaculaires consécutifs
pleines de saletés – de nuages de gaz et de à la saturation en poussières de l’atmosphère
suie. Pour peu qu’une étoile ou une supernova terrestre qui a suivi l’éruption volcanique, en
se retrouve derrière un nuage bien polluant, 1991, du Pinatubo. Si les astronomes repèrent
elle peut très bien apparaître plus pâle qu’elle les indicateurs de poussière, ils peuvent en
ne l’est réellement. Les astronomes tentent de conséquence effectuer les corrections néces-
contourner la difficulté en examinant soigneu- saires dans les mesures de luminosité.

1924 1929 1998


Hubble mesure la distance de Hubble mesure l’expansion Les données sur les supernovae
la galaxie d’Andromède cosmique indiquent l’existence de l’énergie
noire
54 50 clés pour comprendre l’astronomie

­ rillantes pour qu’on puisse les voir dans toute la Voie lactée et même au-delà,
b
dans d’autres galaxies. Voilà pourquoi on peut se servir d’elles pour scruter le
voisinage de notre galaxie.

Supernovae Pour aller plus loin, il faut des chandelles standards encore plus
brillantes. Les plus brillantes des étoiles sont les supernovae, soleils agonisant
dans une explosion effroyable. Une classe particulière, désignée comme étant
de type 1a, est particulièrement intéressante et peut être décelée sur d’assez
grandes étendues de l’Univers. La luminosité exacte d’une supernova de type
1a peut être déterminée par le rythme de son explosion – elle flamboie avant
de s’éteindre.

Une supernova est un événement rare – à peu près une tous les cinquante ans
pour une galaxie de la taille de la Voie lactée –, aussi est-ce à des distances cos-
miques qu’on utilise le plus de tels phénomènes : on y trouve de nombreuses
galaxies, ce qui augmente les chances d’en voir une pendant une carrière d’as-
tronome. Les supernovae des galaxies lointaines ont montré que l’expansion
de l’Univers est affectée par un composant mystérieux appelé énergie noire
– une sorte de terme anti-gravité dans les équations de la Relativité générale
(voir page 92).

Décalage vers le rouge Aux échelles cosmiques, on utilise davantage


le décalage vers le rouge des raies spectrales comme marqueur des distances.
Selon la loi de Hubble, plus une galaxie est lointaine, plus vite elle s’éloigne de
nous du fait de l’expansion de l’Univers et plus important est le décalage vers
le rouge de ses spectres d’émission et d’absorption chimiques. Mais, comme il
indique seulement la vitesse brute globale d’une galaxie, un décalage vers le
rouge peut être perturbé par le mouvement d’objets locaux. C’est pourquoi le

Amas
Galaxies galactiques
voisines
Voie
Étoiles lactée
proches
Système

Énergie radar
Parallaxe Naines blanches
utilisable à moins
utilisable à Supernovae Loi de Hubble
d’1 année-lumière Position sur
moins de la séquence Céphéides utilisable au-delà
100 parsecs principale utilisables à Critères de distance de 150 millions
(pc) utilisable à moins moins de 15 utilisables à moins de pc
de 10 000 pc millions de pc de 200 millions de pc
échelle des distances cosmiques 55

décalage vers le rouge est un bon indicateur de vitesses approximatives, mais


est moins efficace pour déterminer les distances avec précision ainsi qu’au
niveau local, là où les mouvements intrinsèques peuvent avoir une vitesse du
même ordre que la vitesse d’expansion universelle. Aujourd’hui, on voit des
galaxies dans une zone couvrant à peu près 80 % de l’Univers. Chaque année,
les astronomes cherchent à améliorer ce résultat.

Méthodes statistiques Une gamme d’autres méthodes a été essayée.


Certaines sont géométriques, des « règles graduées » permettant de faire des
comparaisons et dont la longueur exacte peut être déterminée en appliquant
les théories physiques élémentaires aux échelles mesurées dans le ciel. Cela
inclut les distances moyennes entre amas galactiques et les tailles caractéris-
tiques des zones chaudes et froides dans le fonds diffus cosmologique.

Les méthodes statistiques donnent aussi des résultats. On connaît bien les
cycles de vie des étoiles et certaines phases peuvent donc être utilisées comme
indicateurs. De la même manière qu’une céphéide révèle une distance par sa
luminosité et sa période, faire des moyennes statistiques peut permettre de
pointer des changements clés dans la luminosité et la couleur de populations
de milliers d’étoiles. Une autre technique utilisée pour déterminer la distance
des galaxies revient à observer à quel point elles paraissent floues : une galaxie
faite de milliards d’étoiles semble granulaire vue de près et plus lisse vue de
loin, le grain des étoiles individuelles s’estompant.

L’échelle des distances cosmiques repose sur des bases solides mais devient
plus bancale à mesure que l’on s’éloigne dans l’espace. Mais l’immensité de
l’espace fait que cela n’a pas une trop grande importance. Des étoiles les plus
proches situées à quelques années-lumière aux confins de la Voie lactée, à
100 000  années-lumière, les distances sont bien connues. L’expansion cos-
mique met tout par terre au-delà de notre groupe local de galaxies, à plus
de 10 millions d’années-lumière, et les distances deviennent plus difficiles à
interpréter. Cependant, les chandelles standards ont permis non seulement de
confirmer que notre univers est en expansion mais de montrer l’existence de
l’énergie noire et ont mis l’ensemble en relation avec la physique fondamentale
de l’Univers primitif. En fin de compte, tout cela n’est pas forcément si bancal !

l’idée clé
Un patchwork d’échelles
56 50 clés pour comprendre l’astronomie

14 L e Big Bang
La naissance de l’Univers s’est produite dans une explosion phénoménale
qui a créé tout à la fois l’espace, la matière et le temps tels que nous les
connaissons. Prédit par les mathématiques de la Relativité générale, le
Big Bang est confirmé par la fuite précipitée des galaxies, les quantités
d’éléments légers présents dans l’Univers et la lueur diffuse aux fréquences
des micro-ondes qui emplit tout le ciel.

Le Big Bang est l’explosion primordiale, la naissance de l’Univers. Tout autour


de nous, nous trouvons des signes qui montrent que notre univers est en
expansion, ce qui implique qu’il doit avoir été plus petit et plus chaud dans le
passé. La conclusion logique en est que le cosmos tout entier serait issu d’un
point unique. Au moment de l’embrasement, l’espace, le temps et la matière
ont été créés tout à la fois dans l’éclair cosmique. Très lentement, pendant près
de 14 milliards d’années, ce nuage chaud et dense a gonflé, s’est refroidi et a
fini par se morceler pour créer étoiles et galaxies qui, aujourd’hui, parsèment
le ciel.

Ce n’est pas drôle L’expression « Big Bang » elle-même a été tournée en


ridicule. L’éminent astronome anglais Fred Hoyle trouvait grotesque l’idée que
l’Univers dans son ensemble puisse avoir grossi à partir d’un germe unique.
Dans une série de conférences dont la diffusion commença en 1949, il railla
comme farfelu le fait que le mathématicien belge Georges Lemaître eut trouvé
une solution de ce type dans les équations de la Relativité générale d’Einstein.
Hoyle préférait plutôt croire en une vision plus durable du cosmos. Dans son
univers perpétuellement stationnaire, matière et espace étaient sans cesse créés
et détruits et auraient donc pu exister depuis toujours. Malgré tout, les indices
s’amoncelaient et, dans les années 1960, la description statique de Hoyle dut
céder la place, le poids des preuves ayant fait pencher la balance vers le Big
Bang.

chronologie
1927 1929
Friedmann et Lemaître Hubble découvre l’expansion de
conçoivent la théorie du l’Univers
Big Bang
Le Big Bang 57

L’Univers en expansion Trois


observations fondamentales sont à la
à
«
un
L’Univers obéit
plan cohérent

»
base du succès du modèle du Big Bang.
La première est celle qu’a faite Edwin bien que je ne sache
Hubble dans les années 1920 : la plupart pas où il mène.
des galaxies fuient la nôtre. Vues de loin,
toutes les galaxies se fuient les unes les
Fred Hoyle
autres comme si la fabrique de l’espace-
temps était en train de gonfler et de s’étirer selon la loi de Hubble. Une consé-
quence de cet étirement est que la lumière met légèrement plus longtemps à
nous atteindre en traversant notre univers que si, dans ce dernier, les distances
étaient fixes. Cet effet se traduit par un décalage dans la fréquence de la lumière
appelé « décalage vers le rouge » du fait que la lumière reçue est plus rouge que
lorsqu’elle a été émise par une étoile lointaine ou une galaxie. De ces décalages,
on peut déduire les distances astronomiques.

Éléments légers Pour remonter le temps jusqu’aux premières heures de


notre univers naissant, juste après le Big Bang, imaginons que tout était com-
primé dans un chaudron brûlant. Durant les premières secondes, l’Univers
était si chaud et dense que même les atomes n’étaient pas stables. Alors qu’il
grossissait et refroidissait, une soupe de particules apparut, remplie de quarks,
gluons et autres particules fondamentales. Une minute plus tard, les quarks
s’assemblaient pour former protons et neutrons. Puis, avant que trois minutes
fussent passées, la chimie cosmique regroupa protons et neutrons en diffé-
rentes combinaisons pour former les noyaux atomiques d’autres éléments que
l’hydrogène par fusion nucléaire. Une fois l’Univers refroidi en dessous de la
température de fusion, aucun élément plus lourd que le béryllium ne put être
fabriqué. C’est ainsi que l’Univers primordial fut inondé de noyaux d’hydro-
gène, d’hélium, de traces de deutérium (hydrogène lourd), de lithium et de
béryllium créés par le Big Bang.

Dans les années 1940, Ralph Alpher et George Gamow calculèrent les propor-
tions d’éléments légers produits par le Big Bang et ce tableau a été confirmé
dans ses grandes lignes, y compris par les plus récentes mesures faites sur les
étoiles à combustion lente et les nuages de gaz primitifs de notre Voie lactée.

1948 1949 1965 1992


Prédiction de l’existence du fonds diffus Hoyle forge l’expression Penzias et Wilson Le satellite COBE
cosmologique Big Bang détectent le fond diffus cartographie le fond
Les éléments de la nucléosynthèse cosmologique diffus cosmologique
primordiale sont calculés par Alpher et
Gamow
58 50 clés pour comprendre l’astronomie

Lueur aux fréquences des micro-ondes Un autre pilier de la


théorie du Big Bang est la découverte, en 1965, de l’écho affaibli du Big Bang
lui-même. Arno Penzias et Robert Wilson travaillaient sur un récepteur radio
aux laboratoires Bell dans le New Jersey quand ils furent intrigués par un signal
faible dont ils ne pouvaient pas se débarrasser. Il semblait provenir, dans toutes
les directions du ciel, d’une source de micro-ondes, l’équivalent de quelque
chose comme quelques degrés de température. Ils étaient tombés par hasard
sur le fond diffus cosmologique, une mer de photons abandonnés par le tout
jeune et brûlant univers.

Dans la théorie du Big Bang, l’existence de ce fond diffus avait été prédite
en 1948 par George Gamow, Ralph Alpher et Robert Hermann. Bien que les
noyaux aient été synthétisés pendant les trois premières minutes, les atomes
ne se sont pas formés avant 400 000 ans. En fin de compte, des électrons de
charge négative s’associèrent avec les noyaux de charge positive pour former
les atomes d’hydrogène et les éléments légers. Le dégagement des particules
chargées, qui dispersent la lumière et font obstacle à son cheminement, a dis-
sipé le brouillard et rendu l’Univers transparent. De là, la lumière a pu circuler
librement, nous autorisant à regarder en arrière aussi loin. Bien que le brouil-
lard originel fût, à l’origine, chaud – quelque 3 000 K (3 000 degrés au-dessus
du zéro absolu) –, l’expansion de l’Univers a décalé vers le rouge sa lueur dont
la température nous paraît aujourd’hui être inférieure à 3 K, ce que Penzias et
Wilson avaient trouvé.

Les trois principaux piliers de la théorie du Big Bang ont résisté jusqu’à
aujourd’hui. Voilà pourquoi cette dernière est aujourd’hui largement acceptée
par la plupart des astrophysiciens. Une poignée en reste toujours à la théorie de
l’Univers stationnaire qui avait séduit Fred Hoyle mais il est difficile d’intégrer
toutes ces observations dans tout autre modèle.

Destin et passé Qu’y avait-il avant le Big Bang ? L’espace-temps étant une
conséquence du Big Bang, la question n’est pas très pertinente – un peu comme
si l’on demandait : « Où la Terre commence-t-elle ? » ou « Qu’y a-t-il au nord
du Pôle Nord ? » Cependant, les spécialistes de physique mathématique tentent
de se figurer le déclenchement du Big Bang dans un espace multidimensionnel
(souvent à 11 dimensions) à travers les mathématiques de la théorie M et de
la théorie des cordes. Ils étudient la physique et les énergies des cordes et des
membranes dans cet espace en y incorporant des concepts venant de la phy-
sique des particules et de la mécanique quantique pour essayer de comprendre
comment un tel événement a pu se déclencher. En faisant des parallèles avec
des idées de physique quantique, certains cosmologistes supputent aussi l’exis-
tence d’univers parallèles.
Le Big Bang 59

Chronologie du Big Bang


13,7 milliards d’années (après le Big Bang) : 10 secondes : annihilation des paires élec-
aujourd’hui (température T = 2,726 K) trons-positrons (T = 5 milliards de kelvins)
200  millions d’années : réionisation ; la cha- 1 seconde  : découplage des neutrinos
leur des premières étoiles ionise l’hydrogène (T = 10 milliards de kelvins)
(T = 50 K) 100 microsecondes : annihilation des pions
380 000 ans : recombinaison ; le refroidisse- (T = 1 000 milliards de kelvins)
ment de l’hydrogène gazeux permet la for- 50 microsecondes : transition de phase QCD ;
mation de molécules confinement des quarks en neutrons et pro-
10 000 ans : fin de l’ère de domination du tons (T = 2 000 milliards de kelvins)
rayonnement (T = 12 000 K) 10 picosecondes : transition de phase élec-
1 000 secondes : désintégration des neutrons trofaible ; interactions électromagnétique et
isolés (T = 500 millions de K) faible se différencient (T =  1 à 2  millions de
180 secondes : nucléosynthèse ; formation de milliards de kelvins)
l’hélium et d’autres éléments à partir de l’hy- Avant cette époque, la température était si
drogène (T = 1 milliard de kelvins) élevée que nous ne sommes pas sûrs de nos
connaissances…

Dans le modèle du Big Bang, l’Univers évolue, contrairement à ce qui se passe


dans le modèle stationnaire. Le devenir du cosmos est en grande partie dicté
par l’équilibre entre la matière qui, à travers la gravité, tend à le contracter et
d’autres forces physiques qui poussent à son éclatement, y compris l’expansion
de l’Univers. Si la gravité l’emporte, alors l’expansion de l’Univers finira par
s’arrêter et ce dernier pourrait achever son existence dans un effondrement sur
lui-même – un Big Bang à l’envers connu sous le nom de Big Crunch, le grand
effondrement. Des univers pourraient suivre de nombreux cycles naissance-
mort de ce type. À l’inverse, si ce sont l’expansion et les autres forces répulsives
(telle l’énergie noire) qui l’emportent, elles finiront par mettre en pièces tout
lien entre étoiles, galaxies, planètes et notre univers pourrait connaître comme
fin un désert sombre de trous noirs et de particules, un Big Chill, le grand gel.
Enfin, il y a le « Goldilocks universe », un Univers Boucle d’Or, où forces attrac-
tives et répulsives sont en équilibre et où l’Univers poursuit son expansion à
jamais, mais à un rythme qui va ralentissant. C’est la fin que la cosmologie
moderne présente comme la plus probable. Nous vivons dans un univers juste
comme il faut.

l’idée clé
L’explosion primordiale
60 50 clés pour comprendre l’astronomie

15 F ond diffus
cosmologique
La découverte du fond diffus cosmologique a consolidé la théorie du Big
Bang. Née dans la chaleur de l’Univers primordial, cette mer de faible
rayonnement électromagnétique a pour origine les photons libérés
il y a plus de 13 milliards d’années, quand l’espace devint transparent
au moment de la formation des atomes d’hydrogène.

En 1965, Arno Penzias et Robert Wilson découvrirent une lueur chaude inat-
tendue dans le ciel. Alors qu’ils travaillaient aux laboratoires Bell, dans le New
Jersey, sur une antenne radio dans le domaine des micro-ondes, ils enregis-
trèrent un signal faible provenant de toutes les directions et dont ils ne parve-
naient pas à se débarrasser. Ils crurent d’abord qu’il s’agissait de quelque chose
de banal – peut-être dû à de la fiente de pigeons obstruant le capteur.

Après avoir entendu un exposé de Robert Dicke, un théoricien de la physique


de Princeton, ils comprirent que le hasard les avait fait tomber sur quelque
chose d’énorme : le bain de chaleur qu’ils avaient détecté ne provenait pas de la
Terre mais avait une origine cosmique. Le rayonnement qu’ils avaient détecté
représentait, conformément aux prévisions, les dernières lueurs du Big Bang.
Dicke, qui avait construit une antenne similaire pour rechercher ce rayonne-
ment, exultait un peu moins : « Les gars, nous avons été doublés », conclut-il
de façon sarcastique.

Lueur chaude Le fond diffus cosmologique fait apparaître le ciel tout


entier comme un bain de chaleur d’une température d’environ 3 kelvins (3 °C
au-dessus du zéro absolu). Ses caractéristiques sont exactement celles prédites
par la physique de la théorie du Big Bang. Jeune, l’Univers était très chaud,
atteignant des températures de plusieurs milliers de kelvins. Mais, au cours de
son expansion, il s’est refroidi et devrait être aujourd’hui de 2,73 K – ce qui est
ce que Penzias et Wilson avaient trouvé.

chronologie
1901 1948
Max Planck explique le La théorie de Ralph Alpher et Robert
rayonnement de corps noir Herman prédit un fond cosmique à la
à l’aide des quanta température de 5 K
Fond diffus cosmologique 61

Le fond diffus cosmologique est la


source dont la température est le
mieux définie. Rien de ce qu’a pu
fabriquer l’homme dans un laboratoire
est
« Le changement
rarement agréable.
»
Arno Penzias
n’a fait mieux. Le ciel émet des micro-
ondes sur une gamme de fréquences
qui atteint son maximum autour de 160,2 GHz (soit une longueur d’onde de
1,9 mm). C’est un parfait exemple de « spectre de corps noir » – une échelle
de fréquences caractéristiques émises par quelque chose qui absorbe et émet
parfaitement la chaleur, comme une poêle d’un noir mat. En 1990, le satellite
de la NASA Cosmic Background Exporer (COBE) montra que le fond diffus
cosmologique offrait le plus parfait exemple jamais vu de spectre de corps noir,
bien qu’il soit bien plus froid qu’un tisonnier chauffé au rouge.

Dipôle Quand on le regarde attentivement, le ciel n’est pas partout à la même


température. Les micro-ondes apparaissent plus chaudes de 2,5 milli-kelvins dans
un hémisphère, soit un rapport de 1 pour 1 000. Cette configuration de la cha-
leur, découverte peu après celle du fond cosmologique lui-même, est appelée
« dipôle », à cause du fait qu’elle présente deux pôles, un chaud et un froid. Cette
différence de température provient, par effet Doppler, du mouvement de la Terre :
le système solaire se déplace à la vitesse
de 600 km/s par rapport à l’Univers.

Si l’on regarde de plus près encore, à


un niveau de détail un million de fois
plus précis, le ciel est tacheté de points
chauds et froids. Ces rides présentent
un grand intérêt pour les astronomes
parce qu’elles ont été imprimées dans
WMAP
le ciel peu après le Big Bang. C’est en
1992 qu’elles ont été détectées pour la
première fois par le satellite COBE qui
a révélé de nombreuses taches de la
taille de la pleine Lune. En 2003, une
carte plus détaillée a été dressée par le
satellite Wilkinson Microwave Anisotropy
Probe (WMAP) qui montra que ces
taches étaient elles-mêmes morcelées.
Les observations les plus détaillées et les COBE

1965 1990 1992 2009


Penzias et Wilson observent le Le satellite COBE de la NASA Le satellite COBE Lancement par l’Agence
fond diffus cosmologique permet de réaliser des mesures découvre des écarts spatiale européenne du
précises de la température du de température satellite Planck
fond cosmologique dans le fond diffus
cosmologique
62 50 clés pour comprendre l’astronomie

plus précises du fond diffus cosmologique sont à porter au crédit de la sonde


Planck de l’Agence spatiale Européenne en opération de 2009 à 2013.

Rides Ces rides du fond diffus cosmologique sont apparues quand l’Univers
était extrêmement chaud. Après le Big Bang, le cosmos se dilata et refroidit ;
photons, particules subatomiques et, en fin de compte, protons et électrons se
formèrent. Les noyaux des premiers éléments légers – hydrogène et de petites
quantités d’hélium et de lithium – furent créés pendant les trois premières
minutes. À ce moment-là, l’Univers était une soupe de protons et d’électrons
filant dans tous les sens. Ces particules étaient ionisées, les protons possédant
une charge positive et les électrons une charge négative. Les photons rebondis-
saient sur les particules chargées : l’Univers très jeune était un brouillard épais.

Puis l’Univers a refroidi. Protons et électrons se déplacèrent plus lentement et,


400 000 ans après, ils finirent par se lier pour former les atomes d’hydrogène.
Plus tard encore, les particules chargées se groupèrent peu à peu, modifiant la
nature de la soupe cosmique qui, de ionisée, devient neutre : l’Univers devint
alors une mer d’hydrogène.

Une fois les particules chargées résorbées, les photons purent circuler libre-
ment : la vue se dégagea d’un seul coup. Ce sont précisément ces photons,
encore plus refroidis, qui composent le fond diffus cosmologique. À ce

Rayonnement de corps noir


Le charbon du barbecue ou les anneaux tion qui ne dépendait pas du matériau testé.
d’une plaque électrique deviennent rouge, Wilhelm Wien, Lord Rayleigh et James Jeans
orange puis jaune à mesure que leur tem- mirent au point des solutions partielles. Mais
pérature monte jusqu’à atteindre quelques celle de Rayleigh et de Jeans posait problème
centaines de degrés Celsius. Le filament de en ce qu’elle prédisait qu’une quantité infinie
tungstène d’une ampoule électrique devient d’énergie serait libérée aux longueurs d’onde de
blanc lorsqu’il atteint 3 000  °C, température l’ultraviolet et au-delà : c’était la « catastrophe
du même ordre que la surface d’une étoile. ultraviolette ». C’est Max Planck qui résolut la
Lorsque la température augmente, les corps question en 1901 en combinant la physique
chauds émettent une lueur, d’abord rouge, de la chaleur et celle de la lumière, divisant
puis orange et, finalement, bleue-blanche. l’énergie électromagnétique en un ensemble
Cet éventail de couleurs est qualifié de rayon- de minuscules unités subatomiques du champ
nement de corps noir parce que les matériaux électromagnétique appelées « quanta ». L’idée
sombres sont les plus aptes à rayonner ou de Planck fut le germe à partir duquel se déve-
absorber la chaleur. Les physiciens du xixe siècle loppa un des domaines les plus importants de la
avaient du mal à expliquer cette configura- physique moderne : la théorie quantique.
Fond diffus cosmologique 63

« Découvertes et connaissances scientifiques sont


la récompense de ceux qui ont mené leur quête
sans aucun but pratique.
Max Planck
»
moment-là, le décalage vers le rouge se situant autour de z = 1 000, la tempé-
rature de l’Univers était d’environ 3 000 K. Elle est maintenant 1 000 fois plus
froide, autour de 3 K.

Paysage cosmique Les taches chaudes et froides qui parsèment ce bain


de photons viennent de la matière de l’Univers. Certaines portions de l’espace
contenaient davantage de matière que d’autres et les photons qui les traver-
saient furent ralentis de façon légèrement différente selon le chemin emprunté.
Les motifs précis des rides de micro-ondes nous fournissent beaucoup d’infor-
mations sur les inégalités de distribution de la matière bien avant la formation
de toute étoile ou galaxie.

L’échelle caractéristique des points chauds est aussi parlante. La taille la plus
répandue se situe autour d’un degré dans le ciel, deux fois le diamètre de la
pleine Lune. C’est exactement ce que la théorie avait prédit en observant la
répartition de la matière aujourd’hui et en effectuant une projection dans le
passé en tenant compte de l’expansion de l’Univers. Ce jeu pratiquement égal
entre échelles prévues et observées implique que la lumière doit voyager en
ligne droite à travers l’Univers : les astronomes disent que l’Univers est « plat »
parce que les rayons ne doivent pas s’incliner ou se courber à cause de distor-
sions de l’espace-temps.

Par-dessus tout, l’histoire du fond diffus cosmologique a été un triomphe pour


les théoriciens : jusqu’à maintenant, ils ont prédit ses caractéristiques presque
à la lettre. Mais il reste une chance que les observations fournissent des distor-
sions porteuses d’une nouvelle physique : à partir des données sur les points
chauds relevées par le satellite Planck ; ou encore à partir des signatures pola-
rimétriques provenant d’expériences en cours menées au Pôle Sud, sur des bal-
lons avec des radiotélescopes spécialisés embarqués.

l’idée clé
Le bain chaud
de photons de l’Univers
64 50 clés pour comprendre l’astronomie

16 B
 ig Bang
et nucléosynthèse
Durant ses premières minutes, l’Univers jeune et chaud a créé les éléments
les plus légers dans des proportions qui confirment les prédictions de la
théorie du Big Bang. Les quantités d’hélium, de lithium et de deutérium
détectées aujourd’hui dans les régions primitives de l’espace sont, en gros,
celles prévues – ce qui explique pourquoi ces éléments sont, de manière
surprenante, si répandus dans les étoiles. Mais la faible quantité de
deutérium montre que l’Univers est rempli de formes exotiques de matière.

Une observation fondamentale qui étaye la théorie du Big Bang est l’abondance
d’éléments légers dans l’Univers. Les réactions nucléaires qui se sont déroulées
dans la phase brûlante du Big Bang ont mijoté les quelques noyaux atomiques
initiaux dans des proportions précises. Les noyaux plus lourds se sont formés
plus tard, en brûlant ces combustibles initiaux au cœur des étoiles.

C’est l’hydrogène qui est l’élément le plus abondant de l’Univers et le plus


important sous-produit du Big Bang. C’est aussi l’élément le plus simple : un
unique proton autour duquel tourne un électron. On le trouve parfois sous une
forme plus lourde, appelée deutérium, qui se présente comme un atome ordi-
naire d’hydrogène auquel on a ajouté un neutron, ce qui le rend deux fois plus
lourd. Une forme plus rare est le tritium, avec un second neutron. L’élément
suivant est l’hélium, fait de deux protons, deux neutrons et deux électrons ;
puis vient le lithium avec trois protons, la plupart du temps quatre neutrons, et
trois électrons. Tous ces éléments ont été créés dans l’Univers primordial dans
un processus appelé nucléosynthèse.

chronologie
1920
Arthur Eddington suggère que les étoiles sont
le siège de réactions de fusion
Big Bang et nucléosynthèse 65

L’article d’Alpher, Bethe


et Gamow
La théorie de la nucléosynthèse primordiale a été avancée dans un article paru en
1948 et qui avait une touche farfelue. Bien que ses fondements aient été initiale-
ment mis au point par Ralph Alpher et George Gamow, ces derniers ont demandé
à Hans Bethe de les rejoindre, leurs trois noms de famille rappelant les trois pre-
mières lettres de l’alphabet grec – alpha, bêta, gamma. L’article fait toujours rire
dans les milieux de physiciens.

Cuisine au gaz Immédiatement après le Big Bang, l’Univers était si chaud


qu’il n’était que soupe bouillante de particules fondamentales. Tandis qu’il se
dilatait et refroidissait, différentes particules apparurent, finissant par produire
les protons, neutrons et électrons, ces particules familières qui constituent tous
les objets de notre monde. Quand l’Univers n’était vieux que de trois minutes,
sa température d’un milliard de degrés était appropriée pour que se créent les
noyaux des éléments les plus légers. Protons et neutrons pouvaient entrer en
collision et se lier pour former le deutérium dont les noyaux avaient aussi la
possibilité de se grouper pour former de l’hélium. De petites quantités de tri-
tium pouvaient également apparaître, de même qu’un peu de lithium – dont
le noyau était en mesure de se former par adjonction de deux noyaux de deu-

«
térium à un de tritium.

En admettant qu’un certain nombre de J’ai un petit proverbe :


protons et de neutrons aient été dispo- quand tout devient trop
nibles dans cet univers primordial brûlant
lourd, appelez-moi hélium,

»
pour servir d’ingrédients à cette cuisine
cosmique, on peut prédire les proportions le gaz le plus léger
de chaque élément à partir des recettes connu de l’homme.
de réactions nucléaires. Environ un quart
de la masse de la matière originelle pour
Jimi Hendrix
former de l­’hélium, seulement 0,01  %
pour le deutérium et encore moins pour le lithium. Le reste de l’hydrogène a
subsisté en tant que tel. Et, en effet, ces proportions sont bien celles que nous
voyons aujourd’hui, ce qui constitue un renfort de poids pour le modèle du
Big Bang.

1948 1946/54 1957


Publication de l’article d’Alpher, Fred Hoyle explique la production Geoffrey et Margaret Burbidge, William
Bethe et Gamow sur la d’éléments plus lourds Fowler et Fred Hoyle publient leur célèbre
nucléosynthèse primordiale article sur la nucléosynthèse dans les
étoiles
66 50 clés pour comprendre l’astronomie

Deuterium Tritium
Casse-tête élémentaires La théorie de la
nucléosynthèse, mise au point par les physiciens
Ralph Alpher, Hans Bethe et George Gamow dans
les années 1940, a fait plus qu’étayer le Big Bang. Elle
a résolu les problèmes qui avaient surgi en compa-
rant les quantités d’éléments légers présents dans les
étoiles telles qu’elles étaient prévues par la théorie et
telles qu’elles étaient mesurées. On savait depuis des
années qu’on trouvait davantage d’hélium et, sur-
tout, de deutérium que ne pouvaient l’expliquer les
modèles stellaires de ce temps. Les éléments lourds
Hélium sont fabriqués progressivement dans les étoiles par
fusion nucléaire. L’hydrogène brûle pour former de
Neutron l’hélium et d’autres réactions en chaîne fournissent
du carbone, de l’azote, de l’oxygène et toute une
gamme d’autres éléments. Mais l’hélium n’est créé que lentement et il faut
une grande partie de la vie d’une étoile pour en produire une quantité notable.
Quant au deutérium, il ne peut pas résulter du processus normal de fusion dans
les étoiles : il ne peut qu’être détruit dans l’atmosphère stellaire. Mais, en ajou-
tant les quantités supplémentaires créées par le Big Bang, mathématiquement,
ça tombait juste.

Pour mesurer les proportions primordiales d’éléments légers, les astronomes


pointent leurs instruments vers les régions les plus anciennes de l’Univers.
Ils recherchent de vieilles étoiles à combustion lente dont le fonctionnement
n’est pas perturbé par la production et le recyclage d’éléments postérieurs plus
lourds. Ou alors, ils recherchent d’antiques nuages gazeux qui se sont peu
modifiés depuis les premiers temps de l’Univers. Perdus dans de lointaines
régions de l’espace intergalactique, loin des agents polluants galactiques, on
peut détecter de tels nuages par le fait qu’ils absorbent la lumière provenant
d’objets lointains comme les quasars brillants. L’empreinte spectrale du nuage
de gaz nous donne alors sa composition chimique.

« Les choses sont ce qu’elles sont


parce qu’elles ont été ce qu’elles ont été.
»
Fred Hoyle
Big Bang et nucléosynthèse 67

Hans Bethe (1906-2005)


Né à Strasbourg, en Alsace-Lorraine, Hans problèmes de physique. Il reçut le prix Nobel
Bethe étudia et enseigna la physique théo- pour sa théorie de la nucléosynthèse stellaire
rique dans les universités de Francfort, et s’attaqua aussi à d’autres parties de l’astro-
Munich et Tübingen. À l’arrivée au pouvoir physique nucléaire et des particules. Plus tard,
des nazis en 1933, il perdit son poste univer- il fit campagne, avec Albert Einstein, contre
sitaire et émigra d’abord en Angleterre puis, les essais d’armes nucléaires. Il influa sur la
en 1935, à l’université Cornell, aux États-Unis. Maison Blanche pour l’interdiction des essais
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il nucléaires atmosphériques et la signature, en
dirigea le Département théorique du labora- 1972, du traité anti missiles balistiques SALT I.
toire de Los Alamos où il effectua des calculs Freeman Dyson appela Bethe « le plus grand
déterminants pour l’élaboration de la pre- solutionneur de problèmes » du xxe siècle.
mière bombe atomique. Homme de science
prolifique, Bethe travailla sur de nombreux

Mesure de la matière La quantité de deutérium créée dans le Big Bang


est une mesure particulièrement précieuse. Le deutérium ne se forme que dans
des réactions nucléaires inhabituelles ; aussi son abondance dépend-elle étroi-
tement du nombre original de protons et neutrons présents dans le jeune uni-
vers. Le fait que le deutérium soit si rare entraîne que la densité de ces premiers
nucléons était faible, trop faible pour pouvoir affirmer que tout, dans l’Univers,
vient de là. Il faut aussi la présence d’autres formes exotiques de matière.

Les observations récentes de galaxies, d’amas galactiques et du fond diffus cos-


mologique nous font soupçonner qu’on y trouve d’autres sortes de matière qui
sont faites d’autre chose que de protons et de neutrons. La matière exotique est
« sombre » et ne luit pas. Elle représente la majorité de la masse de l’Univers.
Elle pourrait être faite de particules inhabituelles, tels les neutrinos, voire de
trous noirs. Les quantités d’éléments légers indiquent que la matière ordinaire
ne représente qu’une toute petite partie de la masse totale de l’Univers.

l’idée clé
Les premiers éléments légers
68 50 clés pour comprendre l’astronomie

17 Antimatière
Les vaisseaux spatiaux de la science-fiction sont souvent propulsés à
l’antimatière. Mais l’antimatière existe bel et bien et elle a été produite
artificiellement sur Terre. Image en miroir de la matière dotée d’une énergie
négative, l’antimatière ne peut pas longtemps coexister avec la matière – si
elles entrent en contact, elles s’annihilent dans un éclair d’énergie. Le fait
que l’Univers est plein de matière implique que l’antimatière est rare et
renvoie à un déséquilibre pendant le Big Bang.

En marchant dans la rue, vous rencontrez une réplique de vous-même. C’est


votre jumeau d’antimatière. Allez-vous vous serrer la main ? L’existence de l’an-
timatière a été prédite dans les années 1920 et découverte expérimentalement
dans les années 1930. C’est une image en miroir de la matière dans laquelle
charges, énergie et autres propriétés physiques changent de signe. Ainsi, un
anti-électron – on dit un positron – a la même masse que l’électron mais pos-
sède une charge positive. De même, les protons et autres particules ont leurs
jumeaux d’antimatière.

Énergie négative En élaborant une équation pour l’électron en 1928, le


physicien britannique Paul Dirac remarqua qu’elle laissait la possibilité que les
électrons aient une énergie négative aussi bien que positive. De la même façon
que l’équation x ² = 4 possède les solutions x  = 2 et x = − 2, Dirac avait deux
façons de résoudre le problème : l’énergie positive était le résultat escompté,
associé à un électron normal, mais le concept d’énergie négative était dénué de
sens. Ou alors, plutôt qu’ignorer ce terme embarrassant, suggérer que de telles
particules pourraient bien exister en fin de compte, ce qu’il fit. C’est cet état
complémentaire de la matière qu’on nomme « anti »-matière.

Antiparticules Le soupçon sur l’existence de l’antimatière vint rapide-


ment. En 1932, Carl Anderson confirma expérimentalement l’existence des
positrons. Il suivait la piste d’une pluie de particules produites par les rayons
cosmiques (particules énergétiques provenant de l’espace qui peuvent s’écraser

chronologie
1928 1932
Dirac prédit l’existence d’antimatière Anderson détecte le positron
Antimatière 69

dans l’atmosphère) quand il vit la trace


d’une particule chargée positivement
possédant la masse de l’électron, le anti-hydrogène
positron. L’antimatière n’était donc
positron électron
plus désormais une idée théorique abs-
traite mais une réalité. − + −
Il fallut vingt ans de plus pour qu’une antiproton
autre antiparticule, l’antiproton, soit +
proton
détectée. Les physiciens construisirent
de nouveaux accélérateurs de particules
hydrogène
qui utilisaient des champs magnétiques
pour accroître la vitesse des particules
qui les traversaient. De puissants fais-
ceaux de protons ainsi accélérés développaient suffisamment d’énergie pour
révéler l’antiproton en 1955. Peu après, on trouva aussi l’antineutron.

Sur Terre, les physiciens peuvent créer de l’antimatière dans des accélérateurs
de particules, comme celui du CERN, en Suisse, ou le Fermilab, près de Chicago.
Lorsque particules et antiparticules se rencontrent, elles s’annihilent mutuel-
lement dans un éclair d’énergie pure. La masse est convertie en énergie selon
l’équation d’Einstein E = mc2. Voilà pourquoi, si vous rencontriez votre jumeau
d’antimatière, ce ne serait pas une très bonne idée de le prendre dans vos bras !

Asymétries universelles Si l’antimatière était répartie dans tout l’Uni-


vers, de tels épisodes d’annihilation se produiraient sans cesse. Matière et anti-
matière se détruiraient progressivement dans de petites explosions, s’absorbant
l’une l’autre. Mais ce n’est pas ce que nous voyons : il ne doit donc pas y avoir
beaucoup d’antimatière autour de nous. En fait, la matière normale est, dans
une très large mesure, la seule forme de particule que nous voyons. Au début
de la création de l’Univers, il y a donc nécessairement eu déséquilibre : plus de

«
matière que d’antimatière.

En science, on essaye de dire aux gens quelque chose


dont personne n’a jamais eu connaissance auparavant
en des termes compréhensibles par tous.
En poésie, c’est exactement le contraire.
Paul Dirac
»
1955 1965 1995
Détection des antiprotons Production du premier anti-noyau Création d’atomes d’anti-hydrogène
70 50 clés pour comprendre l’astronomie

Paul Dirac (1902-1984)


Paul Dirac était un physicien britannique talen- partie unifié cette dernière et la théorie de la
tueux mais timide. Les gens se moquaient de Relativité mais a aussi marqué par son travail
sa façon de parler consistant à dire : « Oui », exceptionnel sur le monopôle magnétique et
«  Non  » ou «  Je ne sais pas  ». Il a expliqué par sa prédiction de l’existence de l’antima-
une fois : « On m’a appris à l’école à ne jamais tière. Quand il a reçu le prix Nobel en 1933,
commencer une phrase si je n’en connaissais sa première pensée a été de le refuser pour
pas la fin. » Ce qui lui faisait défaut en paroles éviter la publicité. Il ne l’a accepté qu’une fois
était compensé par ses aptitudes mathéma- convaincu que son refus ferait encore plus de
tiques. Sa thèse de doctorat est célèbre pour bruit. Dirac n’invita pas son père à la céré-
sa concision et sa puissance remarquables, monie, peut-être à cause des relations tendues
posant une nouvelle description mathéma- qui ont suivi le suicide de son frère.
tique de la mécanique quantique. Il a en

Comme les images en miroir, particules et antiparticules sont liées par diffé-
rentes sortes de symétries. L’une est le temps. Du fait de leur énergie négative,
les antiparticules sont l’équivalent mathématique de particules normales mais
se déplaçant en arrière dans le temps : un positron peut donc être vu comme
un électron allant du futur vers le passé. La symétrie suivante met en jeu les
charges et autres propriétés quantiques qui sont inversées. Une troisième symé-
trie a trait au mouvement dans l’espace. Les mouvements ne sont en général
pas affectés par un changement de repère de l’espace. Une particule qui se
déplace de la gauche vers la droite est semblable à la même particule se dépla-
çant de la droite vers la gauche ou si, au lieu de tourner dans le sens des aiguilles
d’une montre, elle tourne en sens contraire. Cette symétrie « de parité » est

«
vraie pour la plupart des particules mais il en
existe un petit nombre pour lesquelles ce n’est
pas toujours le cas. Les neutrinos n’existent que
Le contraire d’une sous une seule forme, leur hélicité est gauche,
affirmation vraie est ils ne tournent que dans une seule direction ;
une affirmation fausse. un neutrino à hélicité droite n’existe pas. C’est
Mais le contraire d’une l’inverse qui est vrai pour les antineutrinos, qui
vérité profonde peut sont tous à hélicité droite. La symétrie de parité

»
peut donc être parfois violée bien qu’une com-
très bien être une autre binaison d’inversion de charge et de parité soit
vérité profonde. conservée, appelée symétrie charge-parité.
Niels Bohr
Antimatière 71

« Pour un milliard de particules d’antimatière,


il y avait un milliard et une particules de matière.
à l’issue de l’annihilation mutuelle, il en est resté
un milliardième : notre univers actuel.
Albert Einstein
»
Les chimistes constatent que certaines molécules préfèrent exister dans cer-
taines versions – comme les structures lévogyres ou au contraire dextrogyres.
Dans le même ordre d’idée, nous constatons – et cela reste une énigme – que
l’Univers contient pour l’essentiel de la matière et non de l’antimatière. Seule
une minuscule fraction – moins de 0,01  % – de ce qui forme l’Univers est
de l’antimatière. Mais l’Univers contient aussi d’autres formes d’énergie, par
exemple une grande quantité de photons. Il est donc possible qu’une grande
quantité de matière et d’antimatière ait été créée dans le Big Bang mais que
l’essentiel se soit rapidement annihilé. Il ne reste aujourd’hui que la partie
émergée de l’iceberg. Un minuscule déséquilibre en faveur de la matière suf-
firait à expliquer sa prédominance actuelle. Il suffirait qu’une particule sur
10 milliards ait survécu une fraction de seconde après le Big Bang, le reste ayant
été annihilé. La matière en surplus a probablement été préservée par une légère
asymétrie de charge et de parité.

Les particules qui peuvent avoir été mises en jeu par cette asymétrie, appelées
bosons X, n’ont toujours pas été trouvées. Ces particules massives se désa-
grègent d’une façon déséquilibrée d’où résulte une légère surproduction de
matière. Les bosons X peuvent aussi interagir avec les protons et les faire se
désagréger, ce qui serait une mauvaise nouvelle car cela signifierait que toute
la matière finirait par disparaître dans un brouillard de particules encore plus
subtiles. Mais la bonne nouvelle est que cela ne se produirait pas avant très
longtemps. Nous sommes là et le fait que personne n’ait jamais vu un proton se
désagréger signifie que les protons sont très stables et doivent avoir une durée
de vie d’au moins 1 017 à 1 035 ans, soit des milliards de milliards de milliards
d’années, durée monstrueusement plus longue que la durée de vie de l’Univers
jusqu’ici. Mais cela laisse la possibilité que, si l’Univers devenait vraiment très
vieux, alors même la matière normale pourrait bien disparaître un jour.

l’idée clé
Matière en miroir
72 50 clés pour comprendre l’astronomie

18 M
 atière noire
90 % de la matière de l’Univers ne luit pas : elle est sombre. On peut détecter
cette matière noire par ses effets gravitationnels mais elle n’interagit presque
pas avec les ondes lumineuses ou la matière. Les scientifiques croient qu’elle
pourrait prendre la forme de MACHO, étoiles avortées ou planètes gazeuses,
ou de WIMP, exotiques particules subatomiques (WIMP : mauviette en
anglais). La chasse à la matière noire se déroule à l’orée de contrées sauvages
de la physique.

Matière noire : cela fait exotique, cela pourrait même l’être. Sa définition est
cependant banale. Pour l’essentiel, ce que nous voyons dans l’Univers luit par
émission ou réflexion de lumière. Les étoiles brillent par production massive
de photons tandis que les planètes réfléchissent la lumière du Soleil. Sans cette
lumière, nous ne les verrions tout simplement pas : quand la Lune passe dans
l’ombre de la Terre, elle est sombre ; quand les étoiles s’épuisent, ce qui en
reste scintille trop faiblement pour être vu ; même une planète aussi grosse que
Jupiter serait invisible si elle dérivait librement, loin du Soleil. Il n’est donc, a
priori, pas trop surprenant que la majeure partie de ce qui constitue l’Univers
ne brille pas. C’est la matière noire.

Côté obscur Nous ne pouvons pas voir directement la matière noire mais
nous pouvons détecter sa masse par l’attraction gravitationnelle qu’elle exerce
sur d’autres objets astronomiques et les rayons lumineux. Si nous ignorions la
présence de la Lune, nous pourrions tout de même déduire son existence du
fait que sa gravité tire et décale légèrement l’orbite terrestre. Ce sont d’ailleurs
de telles oscillations qui nous ont permis de découvrir des planètes autour
d’étoiles lointaines.

Dans les années 1930, l’astronome suisse Fritz Zwicky se rendit compte qu’un
amas géant de galaxies situé dans notre voisinage se comportait d’une façon
telle que sa masse devait être beaucoup plus grande que celle de toutes les étoiles
qui composaient ses galaxies. Il en déduisit qu’une matière sombre inconnue
représentait 400 fois celle qui était visible – étoiles brillantes et gaz chaud – dans

chronologie
1933 1975
Zwicky évalue la quantité de matière noire Vera Rubin montre que la rotation des
présente dans l’amas de Coma galaxies est affectée par la matière
noire
Matière noire 73

l’amas. Une si grande quantité de


Énergie noire : 73 %
matière noire constituait une très Matière
grosse surprise : cela impliquait noire : 23 %
que l’essentiel de l’Univers n’était
pas fait d’étoiles et de gaz mais de
quelque chose d’autre. Quelle est
donc cette matière noire et où se
cache-t-elle ?

Les galaxies spirales individuelles


ont aussi un défaut de masse. Le
gaz des régions extérieures tourne
Matière normale : 4 %
plus vite qu’il ne le devrait si la
masse des galaxies représentait
seulement le total de celle des étoiles qui les composent. Les galaxies sont donc
beaucoup plus lourdes que si l’on se contentait de compter ce qui est lumineux.
Là encore, la matière noire doit être des centaines de fois plus abondante que
les étoiles et le gaz visibles. Elle n’est pas seulement répartie partout dans les
galaxies mais sa masse est si grande qu’elle représente le facteur dominant
dans le mouvement de chacune de leurs étoiles. Elle s’étend même au-delà des
étoiles, remplissant une sorte de halo ou de bulle autour du disque de chaque
galaxie spirale.

Gain de poids Les astronomes ont désormais cartographié la matière noire


et on la trouve non seulement à l’intérieur des galaxies mais encore dans les
amas qui en contiennent des milliers, regroupées par leur attraction gravita-
tionnelle mutuelle. Et aussi dans les superamas, ensemble d’amas galactiques
formant un vaste réseau qui s’étend à travers tout l’espace. La matière noire
se manifeste partout où la gravité est à l’œuvre, et ce à toutes les échelles. En
faisant le bilan, on trouve qu’il y a des milliers de fois plus de substance noire
que de matière visible.

Le sort de l’Univers tout entier dépend de sa masse totale : l’attraction gra-


vitationnelle et l’expansion de l’univers consécutive au Big Bang agissent en
sens inverse l’un de l’autre. Il y a trois issues. Ou bien l’Univers est si lourd
que c’est la gravité qui l’emporte et il finira par s’effondrer sur lui-même (cas
d’un univers fermé s’achevant par un Big Crunch, un grand effondrement). Ou
bien sa masse est trop petite et il poursuivra son expansion à jamais (cas d’un

1998 2000
On parvient à la conclusion que les neutrinos Détection de MACHO dans la Voie lactée
sont dotés d’une petite masse
74 50 clés pour comprendre l’astronomie

Bilan énergétique
Nous pouvons dire aujourd’hui qu’il n’y a que 4 % de la matière de l’Uni-
vers qui est faite de baryons (la matière normale faite de protons et de neu-
trons). 23 % constituent la matière noire exotique. Nous sommes certains
qu’elle n’est pas faite de baryons mais il est plus difficile de dire de quoi
elle est faite, peut-être de particules comme les WIMP. Le reste du bilan
énergétique de l’Univers est fait de quelque chose de tout autre : l’énergie
noire (voir page 82).

univers ouvert). Ou encore il est parfaitement équilibré et la gravité ralentit


lentement l’expansion qui se poursuit cependant pour toujours. C’est cette
dernière possibilité qui semble correspondre le plus à notre univers : il possède
précisément la quantité de matière nécessaire pour ralentir sans pour autant
arrêter l’expansion.

Mauviettes et machos De quoi pourrait bien être faite la matière noire ?


En premier lieu, elle pourrait être faite de nuages de gaz sombres, d’étoiles
ternes ou de planètes. On appelle ces derniers objets des MACHO, pour Massive
Compact Halo Objects, objets massifs et compacts du halo. Ou alors, ce pour-
rait être de nouvelles sortes de particules subatomiques : on les appelle les
WIMP, pour Weakly Interacting Massive Particules, particules massives à interac-
tion faible ; les autres formes de matière ou de lumière leur seraient insensibles.

Les astronomes ont découvert des MACHO errant dans notre propre galaxie.
Du fait que les MACHO sont grands, comme l’est notre planète Jupiter, on
peut les repérer individuellement par les effets gravitationnels qu’ils créent : si
une grande planète gazeuse ou une étoile avortée passe devant une étoile, sa
gravité incurve les rayons de lumière tout autour d’elle, et l’étoile apparaît bien
plus lumineuse pendant la durée de son passage. On parle alors de « lentilles
gravitationnelles ».

« L’Univers est esssentiellement constitué de matière


et d’énergie noires et nous ne savons rien
ni de l’une ni de l’autre.
Saul Perlmutter
»
Matière noire 75

Dans le langage de la théorie de Les environs d’une galaxie spirale tournent plus
la Relativité, une planète MACHO vite à cause de la matière noire
déforme l’espace-temps, comme
une balle appuyant sur une pièce en
caoutchouc, ce qui recourbe le front
d’ondes lumineuses devant elle (voir
page 93). Les astronomes ont traqué
ces flamboiements au passage d’une
MACHO parmi des millions d’étoiles.
Ils n’en ont trouvé que peu, trop peu Observé
pour expliquer toute la masse man-
quante de la Voie lactée.

Vitesse de rotation
Les MACHO sont faits de matière
normale (comme les protons, les neu- Attendu
trons et les électrons). L’estimation la
plus serrée de la quantité de baryons
présents dans l’Univers est recher-
chée à partir de l’isotope lourd de
l’hydrogène, le deutérium. Ce dernier
ne se forme pas dans les étoiles – bien Distance du centre de la galaxie
que celles-ci puissent le brûler – et il a donc été produit seulement par le Big
Bang. Or, le mécanisme de la production de deutérium est parfaitement connu.
C’est pourquoi la mesure de la quantité de deutérium présente dans l’espace
dans des nuages primitifs de gaz permet aux astronomes d’estimer la quantité
totale de protons et de neutrons fabriqués par le Big Bang. Il ne s’agit que de
quelques pourcent de la masse totale de l’Univers. Le reste doit donc être pré-
sent sous une forme totalement différente, comme les WIMP.

La quête des WIMP est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions. Leur faible
interaction avec les particules connues les rend intrinsèquement difficiles à
détecter. Un candidat est le neutrino. Au cours des dix dernières années, les
physiciens ont mesuré sa masse qui est très faible mais non nulle. Les neutrinos
contribuent pour une part à la masse de l’Univers mais cela ne suffit toujours
pas. Il reste donc de la place pour d’autres particules exotiques qui restent à
découvrir, quelques-unes nouvelles venues en physique comme les axions et
les photinos. Comprendre de quoi est faite la matière noire pourrait bien illu-
miner le monde de la physique.

l’idée clé
La face obscure de l’Univers
76 50 clés pour comprendre l’astronomie

19 L’inflation
cosmique
Pourquoi l’Univers a-t-il la même apparence dans toutes les directions ?
Et pourquoi, en traversant l’espace, des rayons lumineux parallèles le restent-
ils, ce qui nous permet de différencier des étoiles distinctes ? Nous pensons
que la réponse est dans l’inflation cosmique, cette idée que le bébé univers a
enflé si vite en une fraction de seconde que ses plis se sont défroissés et que
l’expansion qui en a résulté a compensé exactement la gravitation.

L’Univers dans lequel nous vivons a quelque chose de particulier. Quand nous
levons les yeux, nous avons la vision claire de myriades d’étoiles et de loin-
taines galaxies sans aucune déformation. Mais il s’en fallait de peu que ce fût
autrement. La Relativité générale d’Einstein donne de la gravité l’image d’une
surface déformée de l’espace et du temps sur laquelle les rayons lumineux se
déplacent en suivant des chemins incurvés (voir page 93). Il aurait donc été
tout à fait envisageable que ces rayons se mêlent, donnant de l’Univers une
image distordue comme celle que l’on a dans une galerie des glaces. Mais, glo-
balement, en dehors de la déviation occasionnelle qu’ils subissent en contour-
nant une galaxie, les rayons lumineux se déplacent plus ou moins en ligne
droite à travers l’Univers : notre vue reste dégagée aussi loin qu’elle porte.

Platitude Bien que la Relativité conçoive l’espace-temps comme étant


une surface courbe, les astronomes parlent parfois d’un univers « plat » : cela
signifie que les rayons parallèles le restent indépendamment de la distance
qu’ils parcourent à travers l’espace, tout comme ils le feraient s’ils se dépla-
çaient le long d’un plan. On peut imaginer l’espace-temps comme une bande
de caoutchouc : la gravité est représentée par le creux qu’y imprimerait un objet
lourd. En réalité, l’espace-temps possède davantage de dimensions – au moins

chronologie
1981
Guss avance l’hypothèse de l’inflation cosmique
L’inflation cosmique 77

quatre : trois pour l’espace et une


pour le temps –, mais il est difficile de Expansion régulière
se les figurer. L’étoffe dont il est fait 1010 ans Maintenant
est aussi en expansion permanente
depuis le Big Bang. La géométrie de
l’Univers est telle que l’ensemble reste
à peu près plat, comme un dessus de
table qui aurait ici ou là des creux et Inflation
des bosses, traduisant la distribution 10–35 s
de la matière. En dehors des quelques
détours autour des corps massifs,
les trajectoires suivies par les rayons
lumineux sont donc relativement peu
perturbées. Big Bang

S’il y avait trop de matière, la toile de


l’espace-temps se déformerait beaucoup sous le poids et, en fin de compte,
se replierait sur elle-même, renversant l’expansion. Dans un tel scénario, des
rayons lumineux parallèles finiraient par converger. Au contraire, s’il n’y avait
pas assez de matière pour la déformer, la toile s’étirerait jusqu’à partir en mor-
ceaux : alors, les rayons initialement parallèles divergeraient. Notre univers
semble se situer quelque part à mi-chemin, avec ce qu’il faut de matière pour
assurer la cohésion de la toile pendant qu’elle s’étend régulièrement. Notre
univers semble donc être parfaitement équilibré.

Similitude Une autre propriété de l’Univers est qu’il se présente comme


étant approximativement semblable dans toutes les directions. Les galaxies ne
sont pas concentrées à un seul endroit mais sont uniformément réparties. Vous
n’y voyez peut-être rien d’extraordinaire mais c’est assez surprenant. En effet,
l’Univers est si grand que ses bords opposés ne sont pas en mesure de commu-
niquer, même à la vitesse de la lumière. Bien qu’il n’existe que depuis 14 mil-
liards d’années, son diamètre dépasse 14 années-lumière et la lumière, même
si elle voyage à la plus grande vitesse possible pour un signal, n’a pas disposé

«
d’assez de temps pour aller d’un bord à l’autre. Comment un bord pourrait-il

On dit qu’un repas gratuit, ça n’existe pas.


Mais l’Univers est le repas gratuit primordial !
Alan Guth
»
1992 2003
Le satellite COBE de la NASA détecte des Le satellite WMAP cartographie le fond diffus
points chauds et des points froids dans le fond cosmologique
diffus cosmologique
78 50 clés pour comprendre l’astronomie

Géométrie de l’Univers
Les physiciens ont pu déterminer la forme de fréquences des micro-ondes du ciel avec celle
l’espace-temps dans tout l’Univers à partir des prévue par la théorie du Big Bang montre que
dernières observations du fond diffus cosmo- l’Univers est « plat ». Mêmes s’ils ont voyagé
logique, comme celles qu’a réalisées le satel- pendant des milliards d’années à travers l’Uni-
lite WMAP (Wilkinson Microwave Anisotropy vers entier, des rayons lumineux initialement
Probe) en 2003 et 2006. La comparaison de parallèles le restent.
la taille des parties chaudes et froides dans les

savoir à quoi ressemble l’autre ? Ce problème est connu sous le nom de « pro-
blème de l’horizon », où l’horizon est la distance la plus grande parcourue par
la lumière depuis la naissance de l’Univers, délimitant une sphère lumineuse. Il
y a des régions de l’espace que nous ne pouvons pas voir et ne verrons jamais :
la lumière qui en provient n’a pas eu assez de temps pour voyager jusqu’à nous.

Un univers lisse L’Univers est aussi pratiquement lisse : les galaxies se


répartissent assez uniformément dans les cieux. Si vous plissez les yeux, vous
verrez une lueur diffuse et non un petit nombre de grosses taches de lumière.
Une fois encore, il aurait pu en être autrement. Les galaxies ont grandi peu à
peu du fait de la gravité. À l’origine, elles n’étaient qu’étendues légèrement plus
denses au sein du gaz issu du Big Bang. Sous l’action de la gravité, ces étendues
se sont effondrées sur elles-mêmes, donnant naissance aux étoiles et, en fin de
compte, aux galaxies. Ces embryons plus denses à l’origine des galaxies sont le
résultat d’effets quantiques, de minuscules variations de l’énergie des particules
composant le bouillant Univers naissant. Mais ces dernières auraient très bien
pu être amplifiées pour former de grandes concentrations de galaxies, comme
les taches de la peau des vaches, plutôt que cet océan bien dispersé qui s’offre
à notre regard. La distribution des galaxies ressemble davantage à un ensemble
de petits monticules qu’à un petit nombre de hautes chaînes de montagne.

Brusque poussée de croissance Horizon, univers plat et lisse – tous


ces problèmes peuvent être résolus par une seule idée : l’inflation. C’est en 1981
que le physicien Alan Guth proposa cette solution. La question de l’horizon – le
fait que l’Univers soit semblable dans toutes les directions bien que trop large
pour qu’on puisse communiquer d’un bout à l’autre – implique qu’il y a néces-
sairement eu une époque où il était suffisamment petit pour que la lumière ait
pu le traverser de part en part. Et, puisqu’il n’en est plus ainsi aujourd’hui, c’est
L’inflation cosmique 79

« Il est assez extraordinaire de se rendre compte


que les lois de la physique peuvent décrire la façon
dont tout a procédé de fluctuations quantiques
aléatoires issues du néant.
Alan Guth
»
qu’il a dû ensuite grossir très vite jusqu’aux proportions de l’Univers actuel.
Mais l’inflation a dû être extraordinairement rapide, bien plus que la lumière.
La taille de l’Univers a doublé, puis doublé encore et encore en une fraction de
seconde et cette expansion fulgurante a étalé les petites variations créées par les
fluctuations quantiques comme les motifs imprimés sur un ballon pâlissent à
mesure que celui-ci gonfle : l’Univers est devenu lisse. Le déroulement de l’in-
flation a aussi ajusté l’équilibre qui s’installa ensuite entre gravité et expansion,
celle-ci se poursuivant à un rythme bien plus paisible. L’inflation se produisit
presque tout de suite après le déclenchement du Big Bang (10–35 seconde après).

La théorie de l’inflation n’est pas encore démontrée et ses causes profondes ne


sont pas bien comprises – il y a autant de modèles que de théoriciens ! Cette
compréhension est l’un des objectifs des futures expériences cosmologiques,
ce qui suppose dresser des cartes plus détaillées du fond diffus cosmologique
et de sa polarisation.

Premières galaxies
(nucléosynthèse)

Premières étoiles
Premiers atomes
éléments légers
Formation des
Soupe de
quarks

Big
Inflation

Bang

0 10–32 secondes 3 minutes 380 000 ans 200 millions d’années 1 milliard d’années
Âge de l’Univers

l’idée clé
La croissance cosmique
s’emballe
80 50 clés pour comprendre l’astronomie

20 L a constante
cosmologique
Albert Einstein était convaincu qu’ajouter une constante cosmologique aux
équations de la Relativité générale avait été sa plus grosse erreur. Ce terme
tenait compte de la variation du rythme de l’expansion de l’Univers pour
compenser la gravitation. Einstein n’en avait pas besoin et l’abandonna.
Mais, dans les années 1990, il fallut la réintroduire : les astronomes avaient
découvert qu’une mystérieuse énergie noire provoquait une accélération de
l’expansion de l’Univers, appelant une refonte de la cosmologie moderne.

Einstein pensait que nous vivions dans un univers stationnaire plutôt qu’issu
d’un Big Bang. En essayant de transcrire cette situation en équations, il ren-
contra une difficulté : s’il n’y avait que la gravitation, tout dans l’Univers
devrait finir par s’effondrer en un point, par exemple un trou noir. Il était
évident que l’Univers ne se comportait pas ainsi et Einstein rajouta un terme
pour compenser la gravitation, une sorte de facteur «  anti-gravitationnel  ».
Cette introduction n’était faite que pour rendre correctes les équations et pas
parce qu’il avait rencontré une telle force. Mais cette formulation posa immé-
diatement des problèmes.

De même qu’une gravitation sans entrave aurait dû provoquer un effondre-


ment, s’il existait une force compensant la gravité, elle devrait pouvoir croître
jusqu’à mettre en pièces des régions de l’Univers dont la cohésion ne serait pas
assurée par un champ gravitationnel suffisant. Plutôt qu’autoriser un tel déchi-
quetage de l’Univers, Einstein préféra laisser de côté le second terme répulsif
et admit s’être trompé en l’introduisant. D’autres physiciens préféraient aussi
l’exclure et il fut relégué aux oubliettes. Du moins est-ce ce qu’ils croyaient. Le
terme n’avait pas disparu : il figurait toujours dans les équations de la Relativité
mais sa valeur, la constante cosmologique, était fixée à zéro.

chronologie
1915
Einstein publie la théorie de la Relativité générale
La constante cosmologique 81

« Il faut cependant insister sur le fait que nos calculs


fournissent une courbure positive de l’espace,
même sans introduire de terme supplémentaire –
la constante cosmologique. Cette dernière n’est nécessaire
que pour permettre une distribution
quasi statique de la matière.
Albert Einstein
»
Un univers en accélération Dans les années 1990, deux groupes d’as-
tronomes observaient des supernovae dans des galaxies lointaines pour déter-
miner la géométrie de l’espace. Ils découvrirent que celles qui étaient lointaines
brillaient plus faiblement qu’elles ne l’auraient dû. Il existe de nombreuses
sortes de supernovae, ces étoiles en train de mourir dans une explosion de
lumière. Celles du type 1a ont une luminosité prévisible et peuvent donc servir
dans l’estimation des distances. Tout comme les étoiles variables, les céphéides,
qui furent utilisées pour mesurer la distance des galaxies et établir la loi de
Hubble, leur luminosité intrinsèque peut être déduite de leur spectre lumineux,
ce qui permet de calculer leur distance. Cela a fonctionné à merveille pour
les supernovae les plus proches ; en
revanche, celles plus lointaines
luisaient trop faiblement.
Tout se passait comme
si elles étaient plus éloi-
gnées de nous qu’elles
n’auraient dû.

On découvrait des super- Présent


novae toujours plus dis- Expansion accélérée
tantes, et la distribution de la
baisse de luminosité avec la dis- Supernovae les plus
tance laissait penser que l’expan- éloignées
sion de l’Univers n’était pas statique,
comme l’affirmait la loi de Hubble,
Expansion lente
mais s’accélérait. Ce fut un choc pour le
monde des cosmologues – ils ne s’en sont
toujours pas remis. Big Bang

1929 1998
Hubble démontre que l’espace est en expansion et Des données sur les supernovae montrent la
Einstein abandonne sa constante nécessité de la constante cosmologique
82 50 clés pour comprendre l’astronomie

«
Pendant 70 ans,
nous avons essayé
de déterminer le ryhtme
Les résultats obtenus avec les supernovae
s’accordaient bien avec les équations d’Eins-
tein mais seulement une fois qu’on y eût
ajouté un terme négatif en faisant passer la
du ralentissement constante cosmologique de 0 à 0,7 environ.
de l’expansion Ces résultats, joints à d’autres données cos-
de l’Univers. Et, quand mologiques telle la carte du fond diffus,
nous y parvenons, montraient la nécessité d’une nouvelle force

»
c’est pour nous rendre répulsive compensant la gravité. Mais il s’agis-
sait d’une force relativement faible, la raison
compte qu’il accélère ! de cette faiblesse restant un mystère : il n’y a
Michael S. Turner pas de raison particulière pour que sa valeur
ne soit pas beaucoup plus grande jusqu’à être
le facteur dominant de l’espace, plus que la gravité. Au lieu de quoi, elle est très
proche de cette dernière en intensité et affecte l’espace-temps d’une façon sub-
tile, comme nous pouvons le voir aujourd’hui. Ce terme d’énergie négative est
désigné sous le nom d’« énergie noire ».

Énergie noire Il est difficile de dire d’où elle vient. Tout ce que nous en
savons est qu’il s’agit d’une forme d’énergie associée au vide de l’espace, qui
engendre une pression négative dans des régions dépourvues de matière, créant
de l’attraction gravitationnelle et provoquant l’inflation des régions vides de
l’espace. L’observation des supernovae fournit une évaluation grossière de son
intensité, mais nous n’en savons guère plus. Nous ne savons pas si c’est réelle-
ment une constante : sa valeur est-elle toujours la même à travers l’Univers et à
s toute époque (comme
Grand c’est le cas pour la
Déchirement constante de gravita-
(Big Rip) Constante tion ou la vitesse de
d’énergie la lumière) ou bien sa
noire
Échelle de l’Univers

valeur change-t-elle
en fonction du temps,
avec des valeurs dif-
Grand férentes juste après le
Effondrement Big Bang, de nos jours
(Big Crunch) ou dans le futur ? Dans
sa forme plus géné-
rale, on parle aussi de
«  quintessence  » ou
de cinquième force,
s

Big Bang englobant toutes les


Présent Futur
changements pos-
Temps sibles qu’elle pourrait
La constante cosmologique 83

« [L’énergie noire] semble être une propriété de l’espace


lui-même. Contrairement à la matière noire
qui exerce une gravitation, elle a une action
en quelque sorte contraire, anti-gravitationnelle,
qui fait que l’Univers se repousse lui-même.
Brian Schmidt
»
connaître au fil du temps. Mais nous ne savons toujours pas comment se manifeste
cette force insaisissable ni comment elle apparaît dans la physique du Big Bang. C’est
un sujet d’une actualité brûlante en physique.

De nos jours, nous connaissons bien mieux la géométrie de l’Univers et sa compo-


sition. La découverte de l’énergie noire a équilibré le Grand Livre de la comptabilité
cosmologique, compensant le déficit dans le bilan énergétique de tout l’Univers.
Nous savons qu’il y a 4 % de matière baryonique normale, 23 % de matière exotique
non baryonique et 73 % d’énergie noire. Tout cela additionné donne un résultat
proche de l’exacte quantité de matière nécessaire pour un Univers « Boucle d’Or »,
proche de la masse critique fournissant un univers ni ouvert ni fermé.

Mais les mystérieuses propriétés de l’énergie noire sont telles que, même en connais-
sant la masse totale de l’Univers, son évolution est difficile à prédire : tout dépend
du fait que l’influence de l’énergie noire augmente ou non dans le futur. En cas
d’accélération de l’expansion, alors nous sommes à un moment où l’énergie noire
est seulement aussi importante que la gravitation. Mais le temps arriverait où l’ac-
célération l’emporterait et où l’expansion plus rapide dominerait la gravitation. Le
destin de l’Univers pourrait bien être une expansion éternelle de plus en plus rapide.
Des scénarios catastrophe ont été élaborés : une fois la gravité passée au second
plan, les structures massives les moins liées se désagrégeront : en fin de compte,
les galaxies elles-mêmes éclateront et les étoiles elles-mêmes s’évaporeront en une
poussière d’atomes. La pression négative pourrait finalement démanteler les atomes
eux-mêmes, ne laissant subsister qu’un sinistre océan de particules subatomiques.

Néanmoins, bien que les pièces du puzzle commencent à s’ajuster les unes aux autres
et que nous ayons une bien meilleure connaissance de la géométrie de l’Univers,
d’importantes questions restent sans réponse. Nous ne savons pas de quoi est consti-
tuée 95 % de la matière de l’Univers, pas plus que nous ne savons en quoi consiste
exactement cette nouvelle force, la quintessence. Il n’est pas encore temps de nous
reposer sur nos lauriers : l’Univers garde son mystère !

l’idée clé
La cinquième force
84 50 clés pour comprendre l’astronomie

21 L e principe
de Mach
Dans l’Univers, la gravitation fait que tout objet attire et est attiré par tout
autre objet. Ernst Mach, physicien et philosophe autrichien, se pencha sur
les raisons qui font que des objets distants influencent le mouvement et la
rotation d’objets proches – comment les lointaines étoiles peuvent-elles tirer
vers l’extérieur un enfant sur un manège. Son principe – qui dit que « les
masses là-bas jouent sur l’inertie ici » – est né de la question : comment dire
si une chose est en mouvement ou non ?

Quiconque a déjà été assis dans un train en gare et a observé par la fenêtre un
autre train s’éloignant du sien sait combien il peut être difficile de dire si c’est
votre train qui part ou l’autre qui arrive. (C’est la même chose qui nous a amenés
à penser, de façon erronée, que le Soleil tourne autour de la Terre.) Peut-on savoir
de façon certaine quel est celui des deux trains qui est en mouvement ?

Mach s’est débattu avec cette question au xixe siècle. Il marchait sur les pas de
Newton qui, contrairement à lui, croyait que l’espace était un repère absolu.
L’espace de Newton était comme du papier quadrillé : il contenait, comme
en filigrane, un ensemble complet de coordonnées par rapport auquel tout
mouvement pouvait être décrit. Mais Mach ne partageait pas ce point de vue
et avançait au contraire que la notion de mouvement n’avait de sens que par
rapport à un autre objet et non par rapport au repère : que signifie se déplacer
si ce n’est par rapport à autre chose ?

De ce point de vue, Mach – influencé par les idées plus anciennes du rival
de Newton, Gottfried Leibniz – préfigurait Albert Einstein en affirmant que
seule a du sens l’idée que les mouvements sont relatifs. Mach expliquait que,
puisqu’une balle roule de la même manière en France ou en Australie, l’espace
repère absolu n’est pas un concept pertinent. La seule chose dont on puisse
dire qu’elle affecte la façon dont elle roule est la gravité. Sans doute roule-t-elle

chronologie
Vers 335 av. J.-C. 1640
Pour Aristote, le mouvement des Galilée énonce le principe
objets est dû à l’action de forces d’inertie
Le principe de Mach 85

différemment sur la Lune parce que la force d’attraction gravitationnelle sur


sa masse y est plus faible. Dans l’Univers, tout objet exerce une attraction sur
tout autre objet et tous ressentent donc la présence des autres du fait de leurs
attractions mutuelles. Tout mouvement dépend donc, en dernière analyse, de
la façon dont la matière est distribuée, de sa masse, et non des propriétés de
l’espace.

Masse Qu’entend-on au juste par masse ? C’est une mesure de la quantité de


matière que contient un objet. La masse d’un morceau de métal est égale à la
somme des masses de tous les atomes qui le composent. D’une façon subtile,
la masse n’est pas le poids : le poids est la mesure de la force de gravité qui
attire une masse vers le bas : un astronaute pèse moins sur la Lune que sur la
Terre – plus grosse qu’elle – du fait que la gravité y est moindre. Mais sa masse
est la même : le nombre de ses atomes n’a pas changé. Albert Einstein a montré
l’équivalence masse-énergie ; la masse peut donc être transformée en énergie
pure et, en fin de compte, la masse, c’est de l’énergie.

Inertie L’inertie, du mot latin signifiant « inaction », est très semblable à la


masse. Mais ce qu’elle décrit est la difficulté qu’il y a à déplacer un corps en lui
appliquant une force : un objet possédant une grande inertie résiste au mou-
vement. Même dans l’espace interstellaire, il faut une force importante pour
déplacer un objet massif : un gigantesque astéroïde rocheux qui risquerait de
percuter la Terre exigerait une poussée phénoménale pour être dévié – qu’elle
provienne d’une explosion nucléaire ou d’une force plus petite mais appliquée
plus longtemps. À l’inverse, un vaisseau spatial, qui possède moins d’inertie
que l’astéroïde, peut être manœuvré facilement à l’aide
de minuscules moteurs à réaction.

C’est l’astronome italien Galileo Galilei qui, au


xviie siècle, a formulé le principe d’inertie : un objet
isolé qui n’est soumis à aucune force conserve son
état de mouvement. S’il se déplace, il continue à le
faire, sans variation de sa vitesse ou de sa direction.
S’il est au repos, il le reste. Newton en donna une
version plus raffinée dans sa première loi du mou-
vement.

Le seau de Newton Newton a aussi développé


une théorie de la gravitation. Il comprit que deux
masses s’attirent l’une l’autre : une pomme tombe

1687 1893 1905


Newton publie son Mach publie Einstein publie sa théorie de
argument du seau La Mécanique la Relativité restreinte
86 50 clés pour comprendre l’astronomie

de l’arbre sur le sol parce qu’elle est attirée par la masse de la Terre ; mais,
de la même façon, la Terre est attirée par la masse de la pomme, même si
nous aurions du mal à mesurer son minuscule déplacement en direction de la
pomme.

Newton montra que l’intensité de la pesanteur décroît très vite en fonction


de la distance : la force que la Terre exerce est bien plus faible si l’on se trouve
loin au-dessus d’elle qu’au sol. Ce qui ne nous empêcherait pas de ressentir son
attraction, même réduite. Plus on s’éloigne, plus cette force faiblit mais elle agit
toujours sur notre mouvement. En fait, tous les objets de l’Univers exercent
une minuscule attraction gravitationnelle qui peut, de façon ténue, affecter
notre mouvement.

Pour tenter de comprendre les relations entre objets et mouvements, Newton


a imaginé la situation d’un seau d’eau en rotation. Quand le seau commence
à tourner, l’eau reste immobile. Puis l’eau se met à tourner aussi. Sa surface se
creuse : l’eau essaye de s’échapper en grimpant le long des parois mais celles-ci
exercent des forces qui la maintiennent confinée dans le seau. Newton affir-
mait que la rotation de l’eau ne pouvait se comprendre que si on la regardait
dans le référentiel fixe de l’espace absolu : ce qui nous permet de dire que le
seau tourne est la simple observation de la concavité de la surface de l’eau créée
par les forces à l’œuvre.

Des siècles plus tard, Mach revint sur ce raisonnement. Que se passerait-il si le
seau rempli d’eau était la seule chose existant dans l’Univers ? Comment savoir
si le seau tourne ? Ne pourrait-on pas aussi bien dire que c’est l’eau qui tourne
par rapport au seau ? Pour que cela ait un sens, il faudrait ajouter un autre
objet dans l’univers du seau, par exemple les murs d’une pièce ou même une
étoile lointaine. Ce n’est qu’alors qu’on pourrait dire que le seau tourne autour

Ernst Mach (1838-1916)


Le physicien autrichien Ernst Mach est connu aussi bien pour le principe qui porte son nom
que pour ses travaux en optique, en acoustique, sur la physiologie des perceptions sensorielles,
en philosophie des sciences et, tout particulièrement, sur la vitesse supersonique. En 1877, il
publia un article qui fit date où il décrivait la façon dont un projectile se déplaçant plus vite
que le son produirait dans son sillage une onde de choc. C’est cette dernière qui est à l’origine
du boom produit par un avion supersonique. Le rapport entre la vitesse du projectile – ou de
l’avion supersonique – et celle du son est appelé le nombre de Mach : par exemple, Mach 2
représente deux fois la vitesse du son.
Le principe de Mach 87

« L’espace absolu, par nature sans référence


à quoi que ce soit d’extérieur, reste à jamais
homogène et immuable.
Isaac Newton, 1687
»
de cet objet. Sans le cadre représenté par la salle immobile ou les étoiles fixes,
comment dire si c’est l’eau ou le seau qui tourne ? Nous rencontrons le même
problème quand nous regardons la trajectoire du Soleil ou des étoiles dans le
ciel. Qu’est-ce qui est en rotation : la Terre ? Les étoiles ? Comment savoir ?

Pour Mach, et aussi pour Leibniz, le concept de mouvement, pour qu’il ait un
sens, exige la référence à des objets extérieurs. En conséquence, celui d’inertie
ne veut rien dire dans un univers réduit à un seul objet. Si l’Univers avait été
dépourvu d’étoiles, nous n’aurions jamais su que la Terre tourne. Les étoiles
nous apprennent que nous tournons autour d’elles.

Les idées de mouvement relatif opposé au mouvement absolu contenues dans


le principe de Mach ont été source d’inspiration pour de nombreux physiciens
depuis, tout particulièrement Einstein qui a forgé l’expression « Principe de
Mach ». Einstein a utilisé cette idée que tout mouvement est relatif comme base
de la Relativité restreinte et de la Relativité générale. Il a aussi résolu un des
problèmes que les idées de Mach avaient laissé en suspens : rotation et accélé-
ration doivent créer des forces supplémentaires, mais où sont-elles ? Einstein a
montré que si tout l’univers tournait autour de la Terre, nous devrions ressentir
une petite force qui se traduirait par un certain type d’oscillations.

Cela fait des milliers d’années que la nature de l’espace intrigue les savants.
De nos jours, les théoriciens de la physique des particules pensent que l’espace
est un chaudron en ébullition de particules subatomiques sans cesse créées et
détruites. Masse, inertie, forces et mouvement pourraient bien être, in fine, la
façon dont se manifeste une bouillonnante soupe quantique.

l’idée clé
La masse pèse sur
le mouvement
88 50 clés pour comprendre l’astronomie

22 L a Relativité
restreinte
En étudiant les mouvements relatifs, Albert Einstein montra, en 1905, que
d’étranges effets apparaissent à de très grandes vitesses. En observant un
objet dont la vitesse approcherait celle de la lumière, on le verrait devenir
plus lourd, plus court et vieillir plus lentement. Rien ne pouvant aller plus
vite que la lumière, le temps et l’espace compensent cette situation en se
déformant à l’approche de cette limite universelle.

Il est vrai que « dans l’espace, personne ne vous entendra crier » : les ondes
sonores résonnent dans l’air, mais leurs vibrations ne peuvent traverser le vide
parce qu’il ne contient aucun atome. Par contre, la lumière peut circuler dans
le vide comme la vue du Soleil et des étoiles nous le confirme. L’espace est-il
rempli d’un substrat particulier, une sorte d’air électrique, à travers lequel
se propageraient les ondes électromagnétiques ? Les physiciens de la fin du
xixe siècle le pensaient, croyant que l’espace baignait dans un gaz, « l’éther »,
dans lequel la lumière pouvait vibrer.

Vitesse de la lumière Cependant, en 1887, une expérience restée célèbre


a prouvé que l’éther n’existait pas. La Terre tournant autour du Soleil, sa posi-
tion dans l’espace change en permanence. Albert Michelson et Edward Morley
conçurent une expérience ingénieuse qui permettrait de détecter son mou-
vement par rapport à l’éther, si du moins ce dernier existait. Ils comparèrent
deux faisceaux de lumière parcourant des chemins différents, perpendiculaires
l’un par rapport à l’autre et réfléchis par des miroirs situés à égale distance.
Un nageur met moins de temps à effectuer un aller-retour en traversant une
rivière d’une berge à l’autre qu’en parcourant la même distance en remon-
tant le courant puis en le descendant. Ils attendaient un résultat semblable
avec la lumière, le courant de la rivière jouant le rôle du mouvement de la
Terre à travers l’éther. Mais ils n’enregistrèrent aucune différence : les ­faisceaux

chronologie
1887 1893
Michelson et Morley ne Mach publie La Mécanique
parviennent pas à vérifier
l’existence de l’éther
La Relativité restreinte 89

«
L’introduction d’un éther se révèlera inutile dans
la mesure où (…) aucun espace au repos doté de propriétés
particulières ne sera introduit pas plus qu’un vecteur-vitesse
ne sera associé à un point du vide qui serait le siège
d’un processus électromagnétique.
Albert Einstein
»
revinrent à leur point de départ exactement au même instant. Quelle que
fût la direction de la lumière et de quelque façon que la Terre se déplaçât, la
vitesse de la lumière demeurait inchangée : elle était insensible au mouvement.
L’expérience prouvait que l’éther n’existait pas… mais ce fut Einstein qui s’en
rendit compte.

Cela allait dans le même sens que le principe de Mach (voir page 84) : cela
signifiait qu’il n’y avait pas de coordonnées fixées en arrière-plan par rapport
auxquelles les objets seraient en mouvement. Contrairement aux vagues ou
aux ondes sonores, la lumière semblait se déplacer toujours à la même vitesse.
C’était étrange et assez différent de ce qu’enseigne le sens commun pour lequel
les vitesses s’ajoutent : si vous êtes en train de conduire à 50 km/h et qu’un
véhicule roulant à 65 km/h vous dépasse, tout se passe comme si vous étiez
immobile et que l’autre vous doublait en roulant à 15 km/h. Mais, quand bien
même vous vous déplacez à plusieurs centaines de km/h, la lumière se dépla-
cerait toujours à la même vitesse : 300 000 kilomètres par seconde, que vous
allumiez une lampe assis dans un avion à réaction ou sur une bicyclette.

Cette immuabilité de la vitesse de la lumière


intriguait Einstein en 1905 et le conduisit à éla- 10 % de la
borer sa théorie de la Relativité restreinte. Alors vitesse de
obscur employé au Bureau suisse des brevets, la lumière
Einstein mit au point ses équations à partir de
rien pendant son temps libre. La Relativité res-
treinte était la découverte la plus importante
depuis Newton et elle révolutionna la physique. 86,5 %
Le point de départ d’Einstein fut l’hypothèse de la
vitesse
que la lumière se déplace à vitesse constante de la
et apparaît de la même manière à tout observa- lumière
teur, quelle que soit sa vitesse propre. Mais, si la

1905 1915 1971


Einstein publie sa Einstein publie sa théorie de La dilatation du temps est vérifiée
théorie de la Relativité la Relativité générale expérimentalement à l’aide
restreinte d’horloges embarquées dans des
avions
90 50 clés pour comprendre l’astronomie

Le paradoxe des jumeaux


Imaginons que des êtres humains soient soumis à la dilatation du temps. Pourquoi pas… Si
votre jumeau partait dans l’espace à bord d’une fusée suffisamment rapide et pour suffisam-
ment longtemps, il vieillirait plus lentement que vous sur Terre. À son retour, il vous trouverait
bien plus vieux, lui-même étant resté jeune et fringant… Bien que cela puisse sembler impos-
sible, il n’y a là aucun réel paradoxe : il aurait fallu que notre jumeau resquilleur de l’espace
subisse des forces puissantes pour que de tels changements se produisent. Du fait de ce déca-
lage du temps, des événements simultanés dans un référentiel peuvent ne pas l’être dans un
autre. Quand le temps ralentit sa marche, les longueurs se contractent en même temps. Un
objet ou une personne se déplaçant à pareille vitesse ne se rendrait compte de rien. Seul un
autre observateur en percevrait les effets.

vitesse de la lumière ne change pas, il faut bien qu’il y ait autre chose qui le fasse,
en compensation.

Espace et temps Dans la lignée des idées développées par Hendrik Lorenz,
George Fitzgerald et Henri Poincaré, Einstein montra que l’espace et le temps
doivent se déformer pour que soient cohérents les différents points de vue d’ob-
servateurs se déplaçant à des vitesses proches de celle de la lumière. Les trois
dimensions de l’espace et celle du temps forment un monde quadridimensionnel
dans lequel Einstein put donner libre cours à son imagination débordante. La
vitesse est une distance divisée par une durée. Aussi, pour que la vitesse de la
lumière ne soit pas dépassée, il faut, en compensation, une contraction des dis-
tances et un ralentissement du temps : une fusée qui s’éloignerait à la vitesse de
la lumière vous paraîtrait plus ramassée et son temps s’écoulerait plus lentement.

Einstein précisa la façon dont il faudrait réécrire les lois du mouvement pour des
observateurs se déplaçant à des vitesses différentes. Il écarta tout repère absolu,
tel l’éther, et affirma que tout mouvement est relatif, sans point de vue privi-
légié. En regardant un train tout en étant assis dans un autre, vous ne pouvez pas
savoir lequel est en train de s’éloigner. Mais il y a plus : même si vous pouvez voir
que votre train est immobile par rapport au quai, vous ne pouvez pas en déduire
que vous êtes immobile mais seulement que vous n’êtes pas en mouvement par
rapport au quai. Nous ne ressentons pas le mouvement de la Terre autour du

« Ce qu’il y a de moins compréhensible concernant


l’Univers, c’est qu’il soit tant soit peu compréhensible.
»
Albert Einstein
La Relativité restreinte 91

Soleil, pas plus que le chemin suivi par ce dernier à travers notre galaxie ou, plus
loin encore, le déplacement de la Voie lactée en direction du superamas de la
Vierge. Nous ne ressentons que les mouvements relatifs – nous par rapport au
quai, la Terre par rapport aux étoiles.

Einstein baptisa ces différents points de vue référentiels d’inertie. Il s’agit d’es-
paces en mouvement les uns par rapport aux autres à vitesse constante, sans
subir d’accélération, ou de force. Si vous êtes assis dans une voiture circulant
à 50  km/h, vous vous trouvez dans un référentiel d’inertie et vous ressentez
les mêmes choses que dans un train lancé à 100  km/h – un autre référentiel
d’inertie – ou dans un avion à réaction filant à 500 km/h – un autre encore.
Einstein affirma que les lois de la physique sont les mêmes dans tous les réfé-
rentiels d’inertie : votre stylo tomberait de la même manière dans la voiture, le
train ou l’avion.

Plus lent, plus lourd Quant aux mouvements relatifs à des vitesses proches
de celle de la lumière, Einstein prédit que leur temps serait ralenti. La dilatation
du temps exprime le fait que des horloges dans des référentiels d’inertie diffé-
rents battraient à des rythmes différents. On le prouva en 1971 : quatre horloges
atomiques identiques furent embarquées chacune sur un avion devant faire deux
fois le tour de la Terre, deux allant vers l’Est et deux vers l’Ouest. La comparaison
avec une horloge synchronisée restée au sol, aux États-Unis, montra que les
horloges embarquées avaient perdu une fraction de seconde par rapport à cette
dernière, conformément aux prédictions de la Relativité restreinte d’Einstein.

Autre obstacle qui empêche les objets de dépasser le mur de la vitesse de la


lumière est que leur masse augmente, conformément à la formule E = mc2. Un
objet deviendrait infiniment lourd s’il se déplaçait à la vitesse de la lumière, toute
nouvelle accélération devenant impossible. Dès qu’un objet possède une masse,
il ne peut atteindre la vitesse de la lumière mais seulement tendre vers elle : plus
il s’en approche, plus il devient lourd et difficile à accélérer. Les photons qui
constituent la lumière n’ont pas ce problème puisque leur masse est nulle.

La Relativité restreinte d’Einstein a représenté un changement profond.


L’équivalence masse – énergie a été déconcertante, comme l’ont été ses consé-
quences sur la dilatation du temps et de la masse. Einstein était un parfait
inconnu quand il a publié sa théorie. Mais son article fut lu par Max Planck, un
physicien de renom, et ce fut peut-être le soutien de ce dernier qui permit à ses
idées de ne pas tomber aux oubliettes mais, au contraire, d’être acceptées. Planck
vit la beauté des équations d’Einstein et le propulsa vers la célébrité.

l’idée clé
Le mouvement est relatif
92 50 clés pour comprendre l’astronomie

23 L a Relativité
générale
La théorie de la Relativité générale d’Einstein, en intégrant la gravitation à sa
théorie de la Relativité restreinte, bouleversa notre vision de l’espace et du
temps. Dépassant les lois de Newton, il nous a fait pénétrer dans un univers
de trous noirs, de trous de ver et de lentilles gravitationnelles.

Imaginez quelqu’un se jetant du haut d’un bâtiment très élevé, ou sautant


en parachute depuis un avion, accéléré vers le sol par la gravité. Einstein se
rendit compte que, en pareille situation de chute libre, on ne ressent pas la
gravité. Autrement dit, on ne pèse rien ! C’est exactement ainsi que l’on fait
de nos jours pour préparer les astronautes à l’absence de pesanteur ressentie
dans l’espace : ils embarquent dans un avion pour un « vol parabolique » (en
anglais, c’est l’avion qui est élégamment surnommé Vomit Comet, ce qu’on
pourrait traduire par « la machine à vomir ») imitant les montagnes russes.
Quand l’avion vole vers le haut, les passagers sont collés à leur siège parce qu’ils
ressentent une gravitation encore plus intense. Puis quand il tombe en piqué,
ils sont en impesanteur, libérés de la gravité, et peuvent flotter à l’intérieur de
l’appareil.

Accélération Einstein remarqua qu’attraction gravitationnelle et accélé-


ration sont des notions équivalentes. La Relativité restreinte décrit ce qui se
produit dans des référentiels d’inertie en mouvement à vitesse constante les
uns par rapport aux autres. Mais la gravité se produit dans un référentiel en
accélération. Einstein décrivit cette réflexion comme la plus heureuse de sa vie.

Pendant les années qui ont suivi, Einstein en explora les conséquences. Il dis-
cuta de ces idées avec des collègues proches de lui et utilisa les formalismes
mathématiques les plus avancées pour les exprimer : c’est ainsi qu’il élabora
une théorie complète de la gravitation qu’il appela Relativité générale. Il publia
son travail en 1915, année qui s’avéra particulièrement riche puisqu’il le révisa

chronologie
1687 1905 1915
Théorie de la gravitation de Théorie de la Relativité Théorie de la Relativité
Newton restreinte d’Einstein générale d’Einstein
La Relativité Générale 93

« Temps, espace et gravitation n’ont pas d’existence


indépendante de la matière.
»
Albert Einstein

plusieurs fois presque immédiatement. Cette œuvre impressionna ses pairs. La


théorie fournissait même des prédictions curieuses, et vérifiables, comme le fait
que la lumière était déviée par un champ gravitationnel et le fait que l’orbite
elliptique de Mercure pivotait lentement en raison du champ gravitationnel
du Soleil.

Espace-temps Dans la théorie de la Relativité générale, les trois dimensions


de l’espace et celle du temps sont mêlées en un seul quadrillage spatio-tem-
porel d’un espace quadridimensionnel – sa métrique. La vitesse de la lumière
est toujours constante et rien ne peut la dépasser. Quand il y a mouvement et
accélération, c’est la métrique de l’espace-temps qui se déforme pour la main-
tenir constante.

On se représente mieux la Relativité générale en imaginant l’espace-temps


comme étant une pièce de caoutchouc tendue sur un dessus de table percé.
Les objets dotés d’une masse sont comme de lourdes boules posées sur le
caoutchouc. Elles créent autour d’elles une dépression dans l’espace-temps.

1919 Années 1960 2015


Des observations faites lors Preuves de l’existence de Détection d’ondes gravitationnelles
d’une éclipse confirment la trous noirs dans l’espace émises lors de la fusion de deux trous
théorie d’Einstein noirs d’une trentaine de masses solaires
chacun, confirmant la prédiction d’Einstein
94 50 clés pour comprendre l’astronomie

Position Imaginez une boule représentant la Terre placée sur


actuelle de la pièce de caoutchouc. Elle crée une dépression sur
l’étoile le plan élastique. Si, maintenant, vous lancez une
Position boule plus petite, par exemple un astéroïde, elle va
apparente suivre la dépression et descendre vers la Terre. Voilà
Soleil
de l’étoile comment se fait sentir la gravité. Si la boule plus
petite se déplace suffisamment vite et que le creux
créé par la Terre est suffisamment profond, ce corps
plus petit peut se maintenir sur une orbite circulaire
semblable à celle de la Lune, tel un cycliste casse-cou
Terre qui peut rouler sur une piste inclinée. Tout l’Univers
peut être regardé comme une pièce de caoutchouc géante. Planètes, étoiles,
galaxies : toutes créent des dépressions qui peuvent attirer ou dévier des objets
plus petits, comme des balles sur un terrain de golf.

Einstein comprit que, du fait des déformations de l’espace-temps, la lumière


devait être déviée en passant à proximité d’un corps massif comme le Soleil.
Il avait prédit que la position d’une étoile située juste derrière le Soleil devrait
être décalée un peu du fait que la lumière qui en provenait serait déviée par la
masse solaire. Le 29 mai 1919, les astronomes du monde entier se réunirent
pour mettre à l’épreuve les prédictions d’Einstein à l’occasion d’une éclipse
totale de Soleil. Ce fut l’un de ses moments de gloire où sa théorie, que certains
trouvaient absurde, se révéla en fait proche de la vérité.

Torsions et trous La déviation des rayons lumineux est aujourd’hui


confirmée par la lumière qui a traversé l’Univers. La lumière provenant de
galaxies très lointaines est manifestement déviée à proximité de zones très
massives comme un amas géant de galaxies ou de très grosses galaxies. Le
point lumineux d’origine est étalé en un arc. Cela ressemble à l’effet d’une
lentille, aussi a-t-on nommé le phénomène « lentille gravitationnelle ». Si la
galaxie source se trouve juste derrière l’objet massif qui s’interpose, la lumière
est étalée en un cercle complet appelé anneau d’Einstein. Le télescope spatial
Hubble a pris de nombreuses et magnifiques photos de ce spectacle.

La théorie d’Einstein de la Relativité générale est aujourd’hui d’utilisation


courante pour modéliser l’ensemble de l’Univers. L’espace-temps peut être vu

« Un homme est assis avec une jolie fille pendant


une heure qui lui paraît durer une minute. Il reste assis
sur un poêle brûlant pendant une minute qui lui semble
être une heure… Voilà ce qu’est la relativité.
Albert Einstein
»
La Relativité Générale 95

Ondes gravitationnelles
Un autre aspect de la Relativité générale est pour la première fois en septembre 2015,
que des ondes peuvent apparaître à la sur- résultat annoncé par une conférence de
face de l’espace-temps, se propageant par- presse tenue par les membres d’une équipe
ticulièrement à partir d’un système double internationale de chercheurs le 11  février
d’astres denses et compacts (trous noirs, pul- 2016, simultanément aux États-Unis à
sars), en orbite l’un autour de l’autre. Dans Washington, en France à Paris et en Italie à
certains couples de pulsars, les astronomes Cascina. Deux détecteurs LIGO distants de
ont remarqué que la vitesse orbitale du sys- 3 000 kilomètres ont enregistré des signaux
tème décroît et ils s’attendent donc à ce émis lors de la fusion de deux trous noirs,
que l’énergie perdue ait été transformée en d’une trentaine de masses solaires chacun,
ondes gravitationnelles. Les physiciens ont situés à plus d’un milliard d’années-lumière
construit sur Terre des détecteurs géants qui de la Terre. La détection des ondes gravi-
utilisent des rayons laser qui se réfléchissent tationnelles a ainsi eu lieu un siècle après
sur des miroirs placés à des kilomètres les leur prédiction par Einstein, ce qui constitue
uns des autres pour détecter le passage de un nouveau succès pour sa théorie de la
ces ondes. Ces ondes ont été observées Relativité générale.

comme un paysage avec ses collines, ses vallées, ses trous et ses bosses. Jusqu’à
maintenant, la Relativité générale a passé avec succès tous les tests expéri-
mentaux. Les zones de test sont parmi celles où la gravité est particulièrement
grande, ou au contraire très faible.

Les trous noirs (voir page 96) sont des puits très profonds de l’espace-temps.
Ils sont si profonds et escarpés que tout ce qui s’en approche suffisamment
y tombe, y compris la lumière. Ils forment des trous – des singularités – de
l’espace-temps. Ce dernier peut aussi se tordre en trous de ver, ou tubes, mais
cela n’a encore jamais été observé.

À l’autre bout de l’échelle, là où la gravité est très faible, il est possible qu’elle
finisse par se morceler en minuscules quanta, comme la lumière est faite de
blocs formés par les photons individuels. Mais personne n’a jamais vu un quel-
conque « grain » de gravité. Des théories quantiques de la gravité ont été éla-
borées mais, en l’absence de preuves pour les étayer, l’unification de la théorie
quantique et de la gravitation est insaisissable. Jusqu’à la fin, Einstein caressa
l’espoir d’y parvenir mais même lui échoua. Le défi tient toujours !

l’idée clé
Courbures de l’espace-temps
96 50 clés pour comprendre l’astronomie

24 T rous noirs
Tomber dans un trou noir ne serait pas agréable : vous seriez écartelés tandis
que tout ce que verraient vos amis est que vous êtes figé dans le temps alors
même que vous tombez. Les trous noirs ont d’abord été vus comme des
étoiles gelées dont la vitesse de libération dépasserait celle de la lumière.
Aujourd’hui, on considère que ce sont des trous – des « singularités » – dans
la toile de l’espace-temps d’Einstein. Loin d’être le fruit de notre imagination,
des trous noirs géants occupent le centre des galaxies, y compris la nôtre,
tandis que de plus petits parsèment l’espace – fantômes d’étoiles mortes.

Une balle lancée en l’air atteint une certaine hauteur avant de retomber. Plus
la vitesse initiale sera grande, plus haut elle montera. Avec une vitesse suf-
fisante, elle pourra même échapper à l’attraction de la Terre et dériver dans
l’espace. La vitesse nécessaire pour cela est appelée « vitesse de libération » ;
elle est de 11 km/s. C’est donc la vitesse qu’il faut communiquer à une fusée
pour qu’elle puisse quitter la Terre. La vitesse de libération est plus petite sur la
Lune : 2,4 km/s. Mais, sur une planète plus massive, elle augmente. Si elle est
suffisamment massive, la vitesse de libération peut atteindre, voire dépasser,
celle de la lumière : même elle ne peut pas s’en échapper. Un tel objet si massif
et si dense que même la lumière y reste piégée est appelé trou noir.

Horizon des événements Le concept de trou noir a été développé au


xviiie siècle
par le géologue John Michell et le mathématicien Pierre-Simon de
Laplace. Plus tard, après qu’Einstein eut avancé ses théories de la Relativité, Karl
Schwarzschild étudia ce que pouvait être un trou noir. Dans la Relativité géné-
rale, espace et temps sont liés et se comportent ensemble comme un immense
morceau de caoutchouc qui se déforme sous l’effet de la gravitation créée par
la masse d’un objet. Une planète massive est maintenue dans un creux de
l’espace-temps. Son attraction gravitationnelle est équivalente à la force subie
par un objet qui glisse le long de la pente, objet dont la trajectoire peut être
déformée et qui peut même être mis en orbite.

chronologie
1784 Années 1930
Michell prévoit la possibilité Prédiction de l’existence
d’étoiles noires d’étoiles figées
Trous noirs 97

Dans ce contexte, qu’est-ce qu’un trou


noir ? C’est un puits si profond et si
escarpé que tout ce qui s’en approche
suffisamment y tombe et ne peut en
ressortir. C’est un trou dans la toile
de l’espace-temps, comme un panier
de basket qui ne vous rendrait jamais
votre balle.

En passant loin d’un trou noir, votre


trajectoire pourrait s’infléchir dans
sa direction mais vous n’y tomberiez
pas. Mais, en passant trop près, vous
n’y échapperez pas. Un photon subira
le même sort. La distance critique qui sépare ces deux destins est appelée
«  horizon des événements  ». Tout ce qui le franchit, y compris la lumière,
plonge dans le trou noir.

On a décrit la chute dans un trou noir comme étant une « spaghettification » :


les parois en sont si escarpées qu’il y a un très fort gradient de gravitation ; s’il
vous arrivait de tomber dans un trou noir les pieds les premiers – et souhaitons
que cela ne vous arrive jamais –, vos pieds seraient attirés bien plus fort que
votre tête et vous vous retrouveriez étiré comme dans le supplice du chevalet…
Ajoutez à cela un zeste de rotation et vous seriez malaxé comme un chewing-
gum et transformé en spaghettis. Ce qui n’est pas une très belle fin. Certains
scientifiques ont réfléchi aux moyens de protéger quelqu’un qui croiserait un
trou noir. Il semble qu’une façon de faire pourrait être de porter une lourde
ceinture de survie : si cette dernière est suffisamment lourde et dense, elle neu-
traliserait le gradient de gravité et vous conserverait votre forme – et votre vie !

Étoiles figées L’expression « trou noir » fut forgée en 1967 par John Wheeler
comme façon plus parlante de décrire les « frozen stars », les étoiles figées. Leur
existence avait été prédite par les théories d’Einstein et Schwarzschild dans
les années 1930. Le comportement de l’espace et du temps à proximité de
l’horizon des événements est étrange : un objet émettant de la lumière qui
s’en approcherait donnerait l’impression de ralentir car les ondes lumineuses
qu’il émet mettraient de plus en plus de temps à atteindre un observateur exté-

1965 1967 Années 1970


Découverte des quasars Wheeler appelle trous noirs Hawking avance que les trous
les étoiles figées noirs s’évaporent
98 50 clés pour comprendre l’astronomie

évaporation
Aussi étrange que cela puisse paraître, les trous tandis que l’autre retombe. Vu de l’extérieur,
noirs finissent par s’évaporer. Dans les années le trou noir émet des particules : on appelle
1970, Stephen Hawking avança qu’ils ne sont cela le rayonnement de Hawking. C’est cette
pas complètement noirs mais rayonnent des énergie émise qui provoque le rétrécissement
particules à cause d’effets quantiques. C’est du trou noir. Ce concept demeure théorique
ainsi que, peu à peu, leur masse diminue et et personne ne sait vraiment ce qu’il advient
que le trou noir rétrécit jusqu’à disparaître. d’un trou noir. Le fait qu’on en détecte beau-
L’énergie du trou noir crée en permanence coup laisse penser que ce processus d’évapo-
des paires particule/antiparticule. Si cela se ration est très long : en attendant, les trous
produit près de l’horizon des événements, il noirs tiennent bon !
peut se faire qu’une des particules s’échappe

rieur. Ce dernier verrait, au moment où l’horizon est franchi, le temps propre


de l’objet finir par s’arrêter : dès cet instant, l’objet apparaîtrait comme figé.
Par conséquent, l’étoile paraît tout geler au point de chute dans l’horizon des
événements, comme prédit.

L’astrophysicien Subrahmanyan Chandrasekhar avait prédit qu’une étoile


pesant plus de 1,4 fois la masse solaire finirait par s’effondrer pour former un
trou noir. Mais nous savons aujourd’hui, de par les lois de la physique quan-
tique, que les naines blanches et les étoiles à neutrons se maintiennent et il
faut qu’une étoile atteigne trois fois la masse solaire pour former un trou noir.
Il a fallu attendre les années 1960 pour que des éléments prouvant l’existence
des trous noirs aient été découverts.

Puisque les trous noirs aspirent la lumière, comment les observer ? Il existe
deux manières. Tout d’abord, nous pouvons les repérer par leur attraction sur
les autres corps. Ensuite, quand un gaz tombe dedans, il s’échauffe et luit avant
de disparaître. On a utilisé la première méthode pour identifier le trou noir

« Les trous noirs sont les objets macroscopiques


les plus parfaits de l’Univers : leurs seuls éléments
contitutifs sont nos concepts d’espace et de temps.
Subrahmanyan Chandrasekhar
»
Trous noirs 99

« Non seulement Dieu joue aux dés mais, parfois,


il les lance là où nous ne pouvons pas les voir.
»
Stephen Hawking

tapi au centre de notre propre galaxie : les étoiles qui passent près de lui sont
comme fouettées et se retrouvent rejetées sur des orbites allongées. La masse du
trou noir au centre de notre Voie lactée est de 3 millions de fois celle du Soleil,
concentrée dans une région dont le rayon n’est que d’environ 10 millions de
kilomètres (30 secondes-lumière). Les trous noirs qui se trouvent au centre des
galaxies sont qualifiés de « supermassifs ». Nous ne savons pas comment ils se
sont formés. Mais ils semblent influencer la façon dont croissent les galaxies et
pourraient donc avoir été présents dès le début. Ou peut-être proviennent-ils
de l’effondrement en un même point de millions d’étoiles.

La deuxième façon de voir un trou noir provient de la lumière émise par le gaz
dont la température s’élève à mesure qu’il tombe. Les quasars, les objets les plus
lumineux de l’Univers, brillent à cause du gaz qui est aspiré par les trous noirs
supermassifs situés au centre de galaxies lointaines. Des trous noirs plus petits,
de quelques masses solaires, peuvent aussi être identifiés par les rayons X émis
par le gaz qui y tombe.

Trous de ver Qu’y a-t-il au fond d’un trou noir dans le tissu de l’espace-
temps ? On suppose qu’ils se terminent par une pointe acérée, ou peut-être
sont-ils vraiment des trous, déchirures du tissu. Mais certains théoriciens se
sont demandé ce qui pourrait se produire s’ils rejoignaient un autre trou. On
peut imaginer deux trous noirs voisins comme de longs tubes pendant sous le
tissu de l’espace-temps. Si ces tubes se rencontraient, un trou de ver pourrait
se former reliant les entrées des deux trous noirs. Muni de votre « ceinture de
survie », vous pourriez sauter dans un trou noir et ressurgir dans l’autre. Cette
idée a fait les choux gras de la science-fiction pour les voyages à travers le temps
et l’espace. Mais peut-être un trou de ver conduit-il à un univers entièrement
différent ? Les possibilités de réinventer l’Univers sont sans fin – mais n’oubliez
pas votre ceinture de survie !

l’idée clé
Pièges à lumière
100 50 clés pour comprendre l’astronomie

25 Astrophysique
des particules
L’espace est rempli de particules que des champs magnétiques cosmiques
accélèrent jusqu’à des énergies colossales. Les physiciens tentent, sur Terre,
de reproduire cela avec leurs modestes machines. La détection des rayons
cosmiques, neutrinos et autres particules exotiques nous sera d’un grand
secours pour comprendre de quoi l’Univers est fait.

Depuis l’Antiquité grecque, nous pensons que les atomes sont les briques élémen-
taires de l’Univers. Aujourd’hui, nous en savons davantage. Nous savons dissé-
quer les atomes qui sont faits d’électrons légers chargés négativement tournant
autour d’un noyau positif lui-même fait de protons et de neutrons. Mais ces parti-
cules elles-mêmes peuvent être décomposées : la physique moderne nous a ouvert
les portes d’un véritable zoo de particules fondamentales créées dans le Big Bang
et qui ont formé l’Univers.

Des atomes difficiles à décortiquer Les électrons furent les premiers


à être extraits des atomes en laboratoire en 1887 par John Thomson qui fit passer
un courant à travers un tube rempli de gaz. Peu après, en 1909, Ernst Rutherford
découvrit le noyau – du mot latin désignant le cœur d’un fruit à coque. En proje-
tant un faisceau de particules alpha (un rayonnement constitué de deux protons
et deux neutrons) sur une mince feuille d’or, il fut surpris de constater qu’une
petite partie avait rebondi, après avoir rencontré quelque chose de compact et
dur à l’intérieur des atomes d’or. En 1918, en isolant le noyau d’hydrogène,
Rutherford identifia les protons. Mais faire se correspondre charges et poids des
autres éléments se révéla plus difficile.

Au début des années 1930, James Chadwick découvrit l’ingrédient manquant : le


neutron, une particule électriquement neutre possédant sensiblement la même

chronologie
400 av. J-C. 1887 1909
Démocrite avance le Thomson découvre Rutherford réalise
concept d’atome l’électron l’expérience de la feuille
d’or
Astrophysique des particules 101

«C’était presque aussi incroyable que si


vous aviez tiré un obus de cinquante centimètres
sur un mouchoir et qu’il rebondissait  !
Ernst Rutherford
»
masse que le proton. Les différences de poids des éléments, y compris ceux qui
avaient des poids curieux et qu’on appelle des isotopes, pouvaient désormais être
expliquées. Un atome de carbone-12, par exemple, possède un noyau contenant
six protons et six neutrons – ce qui lui confère une masse de 12 unités atomiques
– autour duquel tournent six électrons tandis que le carbone-14 est plus lourd
parce qu’il possède deux neutrons supplémentaires.

Le noyau est minuscule. Cent mille fois plus petit que l’atome, soit seulement
quelques femtomètres (10–15 mètres, un millième de milliardième de millimètre)
de diamètre. Si l’on rapportait l’atome aux dimensions de la Terre, le noyau ne
ferait que 10 kilomètres de large, à peu près Paris du nord au sud.

Le modèle standard La radioactivité nous en a appris davantage sur la


façon dont les noyaux se brisent (la fission atomique) ou s’unissent (la fusion
atomique). Mais d’autres phénomènes restaient à expliquer.
La fusion de l’hydrogène pour donner l’hélium dans le
Soleil mettait en jeu une autre particule, le neutrino, Électron
qui permet la transformation des protons en neu-
trons. En 1930, l’existence du neutrino était une
hypothèse destinée à expliquer la désagréga- Neutron
tion du neutron en un proton et un électron
– la désintégration radioactive bêta. Mais le
neutrino lui-même, qui n’a pratiquement
pas de masse, ne fut découvert qu’en 1956.

Dans les années 1960, les physiciens se ren-


dirent compte que les protons et les neu-
Proton
trons n’étaient pas les briques élémentaires :
ils étaient composés de particules encore plus
petites, les quarks. Dans le monde des quarks,
les choses vont par trois. Il y en a de trois « cou-
leurs » – rouge, bleu et vert – et de six « saveurs »,

1918 1932 1956 1960 1995


Rutherford isole le Chadwick découvre le Détection du Hypothèse de Découverte du
proton neutron neutrino l’existence des quark top
quarks
102 50 clés pour comprendre l’astronomie

trois paires de masses croissantes. Les plus légers sont les


u c t quarks «  up  » et «  down  ». Ensuite viennent les quarks
« strange » et « charm ». Enfin viennent les quarks « top »
up charm top
Quarks

et « bottom », les plus lourds. Les physiciens ont choisi des


d s b noms inhabituels pour traduire des propriétés jamais ren-
contrées jusque-là. Les quarks ne peuvent pas exister long-
down strange bottom
temps à l’état solitaire et doivent toujours être confinés
dans des combinaisons de « couleur » neutre (ne présen-

e µ τ tant aucune charge de couleur). Parmi ces dernières, on


trouve le trio de baryons (de « barys », lourd) protons, neu-
électron muon tau trons et les paires quark-antiquark appelées mésons. Trois
Leptons

quarks forment un proton (2 up et 1 down) ou un neutron


(2 down et 1 up).
νe νµ ντ L’autre catégorie de particules élémentaires, les leptons,
neutrino neutrino neutrino
électronique muonique taunonique est liée aux électrons, qu’elle contient. À nouveau, on en
trouve de trois catégories par ordre de masse : les élec-
trons, les muons et les tauons. Les muons sont 200 fois

ϒ plus lourds que les électrons, les tauons 3 700 fois. Les leptons ont tous
une seule charge négative. Chaque lepton a un neutrino associé qui ne
photon porte pas de charge : les neutrinos électronique, muonique et tauonique.
Les neutrinos ont une masse très faible et interagissent très peu avec quoi
W
Vecteurs de force

que ce soit. Ils peuvent traverser la Terre entière sans qu’on les détecte et
boson W sont donc difficiles à piéger.

Le vecteur des interactions fondamentales est l’échange de particules. Une


Z onde électromagnétique peut être vue comme un faisceau de photons. On
boson Z peut, de la même façon, se représenter l’interaction nucléaire faible comme
portée par des particules connues sous le nom de bosons W et Z, cepen-
g dant que l’interaction nucléaire forte est transmise par l’intermédiaire des
gluons. La gravitation ne fait toujours pas partie du modèle standard de la
gluon
physique des particules décrit ici, malgré les efforts des physiciens.
boson de
Désintégration de particules On a comparé la physique des par-
Higgs
ticules au fait d’écrabouiller une montre suisse avec un marteau, puis d’en
étudier les débris pour comprendre comment elle fonctionnait. Nos accé-
lérateurs de particules utilisent des aimants géants pour faire circuler des
particules à des vitesses extrêmement élevées avant d’en projeter les faisceaux soit
contre une cible soit contre un faisceau circulant en sens inverse. À faible vitesse,
les particules se décomposent un peu seulement, libérant les particules les plus
légères : qui dit masse, dit énergie et il faut donc des faisceaux plus énergétiques
pour libérer les particules plus lourdes.
Astrophysique des particules 103

On reconnaît les particules produites à partir de


photographies de leurs trajectoires. En passant
à travers un champ magnétique, les particules
« Rien n’existe
en dehors des atomes
et du vide de l’espace :

»
chargées sont déviées, positives d’un côté, néga-
tives de l’autre. La masse des particules intervient tout le reste n’est
aussi, déterminant à quelle vitesse elles percutent qu’opinion.
le détecteur et l’ampleur de la déviation créée
par le champ magnétique. C’est ainsi que, fon-
Démocrite
damentalement, les particules légères voient leur
trajectoire incurvée tandis que les plus lourdes peuvent tracer des boucles. En rele-
vant leurs caractéristiques grâce aux détecteurs et en les comparant avec leurs pré-
visions théoriques, les physiciens sont capables de reconnaître chaque particule.

Rayons cosmiques Dans l’espace, les particules sont produites selon des
processus analogues à ceux que nous mettons en œuvre dans nos accélérateurs.
Partout où l’on trouve de puissants champs magnétiques – comme au milieu de
notre galaxie, dans l’explosion d’une supernova ou dans les jets de matière accé-
lérée au voisinage des trous noirs hyper massifs –, les particules peuvent atteindre
des niveaux d’énergie extraordinaires, se déplaçant parfois à des vitesses proches
de celle de la lumière. Des antiparticules peuvent aussi être créées, ce qui ouvre
la possibilité d’observer leur annihilation quand elles entrent en contact avec de
la matière ordinaire.

Les rayons cosmiques sont des particules nées dans l’espace et qui s’écrasent sur
notre atmosphère. Lors de leur collision avec les molécules de l’air, elles se fra-
cassent et il s’ensuit une pluie de particules plus petites dont certaines atteignent
le sol. L’analyse des caractéristiques énergétiques des rayons cosmiques et de leur
trajectoire nous fait espérer en comprendre plus sur leur origine.

Les neutrinos sont aussi recherchés avec une certaine fébrilité : on présume qu’ils
contribuent au bilan de la matière noire de l’Univers. Mais ils n’interagissent
presque pas et sont donc très difficiles à détecter. Pour y parvenir, les physiciens
ont vu grand : ils utilisent la Terre entière comme détecteur. Occasionnellement,
en traversant la Terre, les neutrinos peuvent être ralentis : de grands ensembles de
détecteurs veillent, y compris les nouveaux implantés dans les glaces de l’Antarc-
tique et ceux de Méditerranée. D’autres expériences souterraines profondément
enfouies dans des mines sont destinées à piéger différents types de particules. Avec
des moyens aussi inventifs, il se pourrait bien que les astronomes découvrent dans
les prochaines décennies de quoi l’Univers est fait.

l’idée clé
Accélérateur cosmique
104 50 clés pour comprendre l’astronomie

26 L a « particule
de Dieu »
En 1964, alors qu’il se promenait dans les Highlands, en Écosse, le physicien
Peter Higgs imagina une façon de conférer leur masse aux particules.
Il appela cela sa « véritable grande idée ». Les particules paraissent avoir
une masse parce qu’elles sont ralenties par un champ de forces, nommé
depuis « champ de Higgs ». Le vecteur transportant la masse est le boson
de Higgs, particule que le prix Nobel Leon Lederman a appelée « particule
de Dieu » et dont l’existence a été confirmée expérimentalement au LHC
en 2012. Le prix Nobel de physique a été attribué en 2013 à Peter Higgs
conjointement avec le physicien belge François Englert.

Pourquoi les objets ont-ils une masse ? Un camion est lourd des atomes qui le
constituent. L’acier contient des atomes de fer qui se trouvent assez bas dans la
classification périodique. Mais qu’est-ce qui rend lourd un atome ? Après tout,
il est essentiellement fait de vide ! Pourquoi un proton est-il plus massif qu’un
électron, un neutrino, un photon ?

Les quatre interactions fondamentales étaient bien connues dans les années 1960.
Elles se transmettent via des vecteurs de nature assez différente. Ce sont les pho-
tons qui se chargent de véhiculer l’information dans les interactions électroma-
gnétiques, les gluons qui lient les quarks dans l’interaction nucléaire forte tandis
que ceux qu’on appelle les bosons W et Z sont les médiateurs de l’interaction
nucléaire faible. Mais les photons n’ont pas de masse alors que les bosons W et Z
sont des particules très lourdes, des centaines de fois plus que le proton. Pourquoi
tant de différences ? La contradiction était d’autant plus aiguë que les forces élec-
tromagnétiques et nucléaires faibles avaient pu être combinées dans la théorie
des forces électrofaibles. Mais cette dernière ne fournissait aucune explication
au fait que les bosons W et Z étaient très massifs. Ils auraient dû ne pas posséder

chronologie
1687
Dans ses Principia, Newton pose les équations de la masse
La « particule de Dieu » 105

de masse, à l’instar des photons. Toutes les tentatives


ultérieures de combiner les forces fondamentales,
dans l’espoir de parvenir à la théorie de la Grande
unification, se sont heurtées au même problème : les
particules servant de vecteurs aux forces ne devraient
avoir aucune masse. Pourquoi donc n’étaient-elles pas
comme le photon ?

Ralentissement La grande idée de Higgs a été


d’imaginer que ces médiateurs des forces étaient
ralentis en passant dans un champ de forces sous-
jacent. Ce champ, appelé depuis « champ de Higgs »,
agit aussi par transfert de bosons, appelés bosons de Higgs. Imaginez Simulation
qu’on lâche une perle dans un verre : elle mettra plus de temps à tomber des traces
de particules
au fond si le verre est rempli d’eau que s’il est vide. Tout se passe comme si provenant de la
la perle était plus massive à travers l’eau – il faut davantage de temps pour désintégration
d’un boson de
que la gravité la tire à travers le liquide. C’est la même chose lorsqu’on Higgs
marche dans l’eau : les jambes paraissent plus lourdes et le mouvement
est ralenti. La perle peut être encore plus ralentie si le verre est rempli de sirop où
elle prendra un moment à toucher le fond. Le champ de Higgs agit à la façon d’un
liquide visqueux. La force de Higgs ralentit les particules responsables des autres
forces, leur conférant une masse. Et elle agit davantage sur les bosons W et Z que
sur les photons, ce qui les fait paraître plus lourds.

Ce champ de Higgs se comporte à peu près comme un électron traversant un


réseau cristallin de noyaux positifs, comme dans un métal. L’électron est légère-
ment ralenti par l’attraction exercée par toutes ces charges positives et il apparaît
plus massif qu’en l’absence de ces ions : nous avons là la force électromagnétique
en action, transmise par les photons. Le champ de Higgs fonctionne de façon
semblable, à ceci près que c’est le boson de Higgs qui véhicule la force. On peut
aussi imaginer l’électron comme une star de cinéma se déplaçant lors d’un cock-
tail plein de bosons de Higgs. La star trouvera difficile de traverser la salle du fait
de toutes les interactions sociales qui la ralentissent.

Le champ de Higgs, lui, confère leur masse aux autres bosons. Mais le boson de
Higgs a lui-même une masse. Les expériences réalisées au LHC ont permis de la
déterminer.

1964 2009 2012


Higgs a l’idée de ce qui confère Mise en route du Grand Vérification expérimentale
leur masse aux particules Collisionneur de Hadrons (Large de l’existence du boson de Higgs
Hadron Collider, LHC) au LHC.
106 50 clés pour comprendre l’astronomie

Confirmation expérimentale Le LHC (Large Hadron Collider, grand colli-


sionneur de hadrons) au CERN, en Suisse, a donc permis de confirmer expérimen-
talement l’existence de la particule de Higgs. Le CERN (Conseil Européen pour la
Recherche Nucléaire) est un énorme laboratoire de physique des particules situé
près de Genève. Il abrite des anneaux souterrains dont le plus grand atteint 27
kilomètres de long et est enterré à 100 mètres de profondeur. Au LHC, des aimants
géants accélèrent les protons créant un faisceau circulaire. Constamment accé-
lérés pendant leur course, ils vont de plus en plus vite. Deux faisceaux tournant
en sens contraire sont accélérés avant d’être dirigés l’un contre l’autre pour pro-
voquer une collision frontale. Les énormes énergies qui en résultent permettent
la libération provisoire de toute une gamme de particules massives. Ces dernières
sont enregistrées par les détecteurs, ainsi que les produits de leur désintégration
si elles ont une très courte durée de vie.

La particule de Higgs a été détectée au milieu de la signature de milliards d’autres


particules. Les physiciens ont beau savoir ce qu’ils cherchent, détecter cette par-
ticule était difficile !

Défauts et symétries brisées


Pendant le premier centième de seconde qui ces transitions de phase, des imperfections
a suivi le Big Bang, l’Univers est passé par ont pu apparaître, exactement comme ces
quatre phases, chacune étant associée à la altérations qui naissent dans l’agencement
création d’une force fondamentale : l’inte- des molécules dans les cristaux de glace.
raction électromagnétique, les interactions Les théoriciens avancent que ces « défauts
nucléaires faible et forte et la gravité. Comme topologiques » de l’espace-temps pourraient
l’eau lorsqu’elle se passe de la vapeur à l’état être, entre autres, les « cordes cosmiques »,
liquide puis à la glace, la structure de l’Uni- les monopôles magnétiques et les formes
vers devient moins symétrique à mesure spiralées appelées « textures ».
qu’il refroidit. Au passage de chacune de
La « particule de Dieu » 107

« Ce qui paraissait évident était de faire des tests


sur la plus simple des théories de jauge,
l’électrodynamique : briser sa symétrie
et regarder ce qui s’était vraiment passé.
Peter Higgs
»
Brisure de symétrie Le boson de Higgs est extrêmement lourd. Aussi ne
peut-il se manifester qu’à de très grandes énergies et encore, du fait des règles
quantiques, pendant un instant très bref. Les théories font l’hypothèse que, dans
l’Univers tout à fait primordial, toutes les forces étaient unifiées en une seule
super-force dont, à mesure que l’Univers refroidissait, sortirent les quatre forces
fondamentales à travers un processus baptisé brisure de symétrie.

Cela peut paraître difficile à imaginer mais, en fait, c’est assez simple. C’est l’ins-
tant où la symétrie d’un système est ôtée par un seul événement. Prenons une
table ronde dressée avec couverts et serviettes. Elle possède une symétrie en ce
sens que peu importe la place où vous vous asseyez, la table reste identique. Mais
si quelqu’un prend sa serviette, la symétrie est brisée : vous pouvez préciser quelle
position vous occupez par rapport à cette place. Il y a eu brisure de symétrie. Il
se peut que cet unique événement ait déclenché une série d’effets : par exemple,
chacun prendra la serviette qui se trouve à sa gauche comme l’a fait la première
personne. Mais si cette dernière avait pris sa serviette de l’autre côté, c’est le
contraire qui se serait produit. Le motif qui en ressort dépend de l’événement
aléatoire qui lui a donné naissance. De la même manière, pendant que l’Univers
refroidissait, des événements ont séparé les forces, une à une.

Jusqu’à maintenant, le modèle standard – théorie au sein de laquelle a été pré-


dite l’existence du boson de Higgs – a permis de nombreuses prédictions. Mais
la masse du boson de Higgs restait un paramètre libre de la théorie. Désormais,
cette masse a été mesurée et les expériences conduites au LHC permettront
d’ajuster les prédictions de la théorie tout en les confrontant à l’expérience.
Un écart significatif entre prédictions et résultats expérimentaux ouvrirait peut-
être les portes d’une nouvelle physique.

l’idée clé
Nager à contre-courant
108 50 clés pour comprendre l’astronomie

27 L a théorie
des cordes
Alors que le modèle standard n’est ni confirmé ni infirmé, certains scientifiques
recherchent une autre façon de décrire la matière dont est fait l’Univers.
Un groupe de physiciens tente d’expliquer les structures des particules
fondamentales en les considérant non comme des billes dures mais comme
des ondes sur une corde. C’est cette idée qu’on désigne par théorie des cordes.

Les théoriciens des cordes ne se satisfont pas du fait que les particules élémen-
taires, tels les quarks, les électrons ou les photons, sont des parcelles indivi-
sibles de matière ou d’énergie. Les structures qui leur confèrent une masse, une
charge ou la quantité d’énergie associée suggèrent l’existence d’un autre niveau
d’organisation. Ces scientifiques considèrent que ces structures révèlent de pro-
fondes harmonies. Chaque masse ou quantum d’énergie représente une har-
monique de la vibration de cordes minuscules. Les particules doivent donc être
regardées non comme des gouttes solides mais comme des bandes vibrantes ou
des boucles de corde. D’une certaine façon, cela redonne vie au penchant de
Kepler pour les formes géométriques idéales. Ce serait comme si les particules
formaient un motif musical suggérant un ensemble d’harmoniques jouées sur
une seule corde.

Vibrations Les cordes de la théorie du même nom ne ressemblent pas à


celles que nous connaissons, par exemple à celles d’une guitare. Une corde
de guitare vibre dans les trois dimensions de l’espace – on peut peut-être res-
treindre à deux en supposant que tout se passe dans le plan des cordes. Les
cordes subatomiques, elles, vibrent en dimension 1, plutôt qu’en dimension 0
comme les particules ponctuelles. Nous ne pourrions pas les voir en totalité :
les mathématiques qu’utilisent les physiciens pour calculer les vibrations des
cordes nécessitent davantage de dimensions – 10 ou 11. Dans notre propre
monde, il y a trois dimensions pour l’espace et une pour le temps. Mais les

chronologie
1921 1970
La théorie de Yoishiro Nambu réalise une
Kaluza-Klein unifie description de l’interaction
l’électromagnétisme et nucléaire forte en utilisant des
la gravitation cordes quantiques
La théorie des cordes 109

« Ces dimensions supplémentaires fournissent aux


cordes de nombreuses façons de vibrer dans de multiples
directions, ce qui se révèle la clé permettant de décrire
toutes les particules que nous connaissons.
Edward Witten
»
théoriciens des cordes pensent qu’il pourrait y en avoir bien d’autres que nous
ne voyons pas, des dimensions enroulées – ce pour quoi elles nous échappent.
C’est dans ces autres mondes que ces cordes vibrent.

Les cordes peuvent avoir des extrémités libres ou se présenter en boucles fermées
mais, en dehors de cela, elles sont identiques. C’est pourquoi les différences
entre les particules élémentaires proviennent uniquement de la configuration
des vibrations des cordes – leurs harmoniques – et non du matériau dont les
cordes sont faites.

Une idée originale La théorie des cordes est entièrement mathématique.


Personne n’a jamais vu une corde et personne n’a la moindre idée sur la façon
dont on pourrait s’y prendre pour vérifier si elles existent vraiment. Personne
n’a donc jamais imaginé une expérience permettant de vérifier si la théorie est
vraie ou non. Dans la communauté scientifique, cela place cette théorie dans
une situation particulière.

Le philosophe Karl Popper estimait que la science procède essentiellement par


falsification : partant d’une idée, on conçoit une expérience pour la tester et,
si elle l’infirme, cela élimine quelque chose, on a acquis une nouvelle connais-
sance et la science a progressé ; si, à l’inverse, l’observation confirme le modèle
théorique, vous n’avez rien appris de nouveau. La théorie des cordes n’est pas
complètement développée et elle n’a pas encore défini un ensemble d’hypo-
thèses qui soient falsifiables. La théorie comporte tant de variantes que certains
scientifiques affirment que ce n’est pas de la science. Les polémiques sur le fait
qu’elle est utile ou non remplissent les pages des revues, et même des journaux.
Mais les théoriciens des cordes pensent que leur quête est utile.

Une théorie du tout En essayant de faire entrer tout le zoo des particules
et interactions dans un cadre unique, la théorie des cordes espère s’approcher
d’une « théorie du tout », une seule théorie qui unifierait les quatre interactions

Milieu des années 1970 1984-1986 Années 1990


Mise au point d’une théorie de la La théorie des cordes Witten et d’autres physiciens
gravitation quantique connaît une rapide développent la théorie M en 11
expansion et fournit une dimensions
explication pour toutes les
particules
110 50 clés pour comprendre l’astronomie

fondamentales (l’électromagnétisme, la gravitation et les interactions nucléaires


forte et faible) et expliquerait l’existence de la masse des particules et ses pro-
priétés. Ce serait une théorie profonde qui serait universellement sous-jacente.
Dans les années 1940, Einstein tenta d’unifier la théorie quantique et la gra-
vitation sans y parvenir, pas plus que quiconque depuis. On se moqua de ses
efforts, l’unification des deux paraissant chose impossible et une perte de temps.
La théorie des cordes introduit la gravité dans ses équations et les possibilités
que cela ouvre ont conduit certains à persévérer. Mais il reste un long chemin à
parcourir avant qu’elle soit formulée avec précision – pis encore, vérifiée !

La théorie des cordes se révéla comme une théorie originale du fait de la beauté
de ses mathématiques. Dans les années 1920, Theodor Kaluza employa les har-
moniques comme approche alternative pour décrire certaines propriétés inha-
bituelles des particules. Les physiciens se rendirent compte que ces mêmes
mathématiques pouvaient aussi décrire certains phénomènes quantiques.
Fondamentalement, l’analyse harmonique fonctionne aussi bien en mécanique

La théorie M
Les cordes sont, pour l’essentiel, des lignes.
Mais, dans un espace à dimensions mul-
tiples, elles constituent un cas limite de géo-
métries qui pourraient contenir des surfaces
et d’autres formes multidimensionnelles.
Cette théorie générale est appelée « théorie
M », où le M ne représente pas un seul mot
mais pourrait être mis pour membrane, ou
mystère. Une particule se déplaçant dans
l’espace gribouille une ligne : si la particule
ponctuelle était trempée dans l’encre, nous
verrions une trajectoire linéaire appelée
ligne d’univers. Une corde, par exemple
une boucle, dessinerait un cylindre – nous
parlerons de sa surface d’univers. À l’inter-
section de ces surfaces, là où les cordes se
rompent et forment de nouvelles combinai-
sons, il y a des interactions. En réalité, la
théorie M est l’étude des formes de toutes
ces surfaces d’un espace à 11 dimensions
La théorie des cordes 111

« Je n’aime pas le fait qu’ils ne calculent rien.


Je n’aime pas le fait qu’ils ne vérifient pas leurs idées.
Je n’aime pas le fait que, pour chaque désaccord
avec un résultat expérimental, ils concoctent
une explication, un rafistolage qui leur permet de dire :
“Eh bien quoi, ça marche encore !“
Richard Feynman
»
quantique que dans son extension à la physique des particules. C’est cela qui
fut développé dans les premières théories des cordes. Mais il y a de nombreuses
variantes et on est encore loin d’une théorie universelle.

Une théorie du tout est le but de certains physiciens, généralement réduction-


nistes et convaincus que la compréhension des briques élémentaires permet
d’appréhender l’univers dans son ensemble : avec la connaissance de l’atome,
constitué de cordes vibrantes, on peut déduire toute la chimie, la biologie et
ainsi de suite. D’autres scientifiques trouvent cette position ridicule. En quoi
la compréhension de ce qu’est un atome pourrait-elle expliquer les théories
sociales, l’évolution ou les impôts ? Tout ne se prête pas si facilement au pas-
sage à l’échelle macroscopique. Ils ne voient dans le monde que décrit cette
théorie qu’un vain bruit d’interactions à l’échelle subatomique ; ils trouvent la
théorie nihiliste et fausse. Le point de vue réductionniste ignore des compor-
tements manifestement macroscopiques comme les ouragans, le chaos. Pour
le physicien Stephen Weinberg, il est «  froid et impersonnel. Nous devons
l’accepter tel qu’il est non parce que nous l’aimons mais parce que c’est ainsi
que va le monde. »

La théorie – il faudrait dire les théories – des cordes est toujours en perpétuel
devenir. Aucune théorie stable n’a encore émergé. Cela pourrait prendre encore
un certain temps, la physique étant devenue si complexe qu’il faut y incorporer
énormément de choses. Voir l’Univers comme la vibration de nombreuses har-
monies a du charme mais les partisans de ce point de vue en tiennent parfois
pour des positions stériles, restant englués dans des détails subtils et dépréciant
la signification des structures de plus grande échelle. C’est pourquoi il est bien
possible que les théoriciens des cordes restent marginaux jusqu’à ce qu’une
vision plus puissante apparaisse. Mais, étant donné la nature de la science, c’est
une bonne chose qu’ils cherchent en dehors des sentiers battus.

l’idée clé
Harmonies universelles
112 50 clés pour comprendre l’astronomie

28 L e principe
anthropique
Le principe anthropique stipule que l’Univers est ce qu’il est parce que,
s’il était différent, nous ne serions pas là pour en parler. C’est une explication
de la raison pour laquelle chaque paramètre de la physique prend telle valeur
et non une autre, depuis la portée des forces nucléaires jusqu’à l’énergie
noire et la masse de l’électron. Si l’un de ces paramètres venait à varier
même légèrement, l’Univers ne serait plus habitable.

Si l’interaction nucléaire forte était un peu différente, protons et neutrons ne


pourraient s’accoler pour former les noyaux et les atomes n’existeraient pas. La
chimie non plus, pas plus que le carbone, la biologie ou les êtres humains. Dans
ce cas, qui « observerait » l’Univers, l’empêchant de n’être qu’une soupe quan-
tique de probabilités ?

De la même façon, même si les atomes existaient et que l’Univers avait évolué
jusqu’à créer toutes les structures que nous connaissons aujourd’hui, il suffirait
que l’énergie noire soit un peu plus forte pour que galaxies et étoiles aient déjà
été démantelées. De minuscules modifications de la valeur des constantes phy-
siques, de l’intensité des forces ou de la masse des particules pourraient ainsi pro-
duire des catastrophes. Dit autrement, l’Univers apparaît comme très bien réglé :
les forces sont juste « comme il faut » pour que l’humanité ait pu se développer.
Est-ce le fruit du hasard si nous vivons dans un univers vieux de 14 milliards
d’années, où l’énergie noire et la gravitation s’équilibrent mutuellement et où les
particules subatomiques ont la forme que nous leur connaissons ?

Parfait Plutôt que donner une place toute particulière à l’humanité et penser
que l’Univers tout entier a été fait spécialement pour nous – ce qui serait peut-
être un point de vue un peu présomptueux – le principe anthropique explique
qu’il n’y a rien de surprenant. Si l’une quelconque des forces avait été légère-

chronologie
1904
Alfred Wallace traite de la place de l’Homme dans
l’Univers
Le principe anthropique 113

« Pour faire une tarte aux pommes à partir de rien,


il faut d’abord créer l’Univers.
»
Carl Sagan
ment différente, nous ne serions tout simplement pas là pour en témoigner. De
la même façon qu’il y a de nombreuses planètes mais, pour autant que nous le
sachions, une seule qui possède les conditions propices à la vie, l’Univers pour-
rait s’être créé de bien des façons mais ce n’est que dans celle-ci que nous avons
pu naître à la vie. De façon analogue, si le moteur à combustion n’avait pas été
inventé quand il l’a été et si mon père n’avait pas été en situation de voyager vers
le Nord où il a rencontré ma mère, je ne serais pas là. Cela ne signifie pas pour
autant que l’Univers tout entier a évolué dans l’unique but de me permettre de
naître. Mais le fait que j’existe nécessite, en fin de compte, parmi d’autres fac-
teurs, que le moteur à explosion ait été inventé auparavant, restreignant ainsi la
gamme d’univers où j’aurais pu exister.

Bien qu’il se fût agi de quelque chose dont les philosophes étaient familiers,
le principe anthropique a été utilisé comme argument en physique et en cos-
mologie par Robert Dicke et Brandon Carter. Une formulation – le principe
anthropique faible – affirme que nous ne serions pas là si les paramètres étaient
différents, le fait que nous existions restreignant les propriétés des univers phy-
siques habitables où nous pourrions exister. Une autre version, plus forte, donne
davantage d’importance à notre propre existence comme l’idée que la vie doit
nécessairement apparaître pour que l’Univers existe lui-même. Par exemple, il
faut la présence d’observateurs pour que la réalité de l’Univers prenne corps du
fait même qu’il est observé. John Barrow et Franck Tipler ont déjà suggéré une
autre version où le traitement de l’information est un but fondamental de l’Uni-
vers et donc que son existence devait produire des créatures capables de traiter
l’information.

Des mondes nombreux Pour que des êtres humains aient pu être produits,
il faut un univers suffisamment vieux pour que le carbone ait pu être fabriqué
par d’anciennes générations d’étoiles et les interactions nucléaires faible et forte
doivent être « parfaites » pour autoriser la physique nucléaire et la chimie. La
gravitation et l’énergie noire doivent aussi s’équilibrer pour pouvoir former les
étoiles plutôt que mettre en pièces l’Univers. En allant plus loin, il faut que les
étoiles soient durables, pour que les planètes puissent se former, et suffisamment
grandes pour que nous puissions nous retrouver sur une planète située dans une

1957 1973
Robert Dicke écrit que l’Univers est contraint par Brandon Carter examine le principe anthropique
des facteurs biologiques
114 50 clés pour comprendre l’astronomie

Bulles anthropiques
Nous pouvons éviter le
dilemme anthropique si
nous admettons l’existence
de nombreux univers paral- Interaction forte
Vie sans trop faible : pas
lèles, les univers-bulles, qui intelligence de fusion
côtoient celui où nous Pas de
vivons. Dans chaque uni- Vie intelligente matière
vers-bulle, les paramètres
de la physique peuvent Pas de Interaction
liaisons nucléaire faible
être légèrement différents. atomiques trop forte :
Ces derniers déterminent la trop de
Forte gravité : radioactivité
façon dont chaque univers
que des
évolue et le fait que, dans Gravité faible trous noirs
un univers donné, puisse se : absence de
planètes Pas de
développer un cadre propice lumière
à la vie. Pour autant que nous
le sachions, la vie est quelque
chose de complexe et cela ne
se produira que dans un petit nombre d’univers. Mais, du moment qu’il y a de nombreux univers-
bulles, c’est possible et notre existence n’est donc pas si improbable !

jolie banlieue tempérée favorisant la présence d’eau, d’azote, d’oxygène et de


toutes molécules nécessaires à l’apparition de la vie.

Les physiciens peuvent imaginer des univers où ces quantités sont différentes
et certains ont donc suggéré que semblables univers pourraient être créés tout
aussi facilement qu’un univers du genre du nôtre. Ils pourraient exister en tant
qu’univers parallèles, ou multivers, et nous n’existerions que dans une seule
réalisation. L’idée d’univers parallèles s’intègre au principe anthropique en ce
qu’elle autorise d’autres univers où nous ne pourrions pas exister.

Alternatives Le principe anthropique a ses détracteurs. Pour certains, il s’agit


d’un truisme – il en est ainsi parce qu’il en est ainsi – qui ne nous apporte pas
grand-chose de nouveau. D’autres se désolent de n’avoir que cet univers particu-
lier comme champ d’investigations : ils préfèrent se tourner vers les mathéma-
tiques pour trouver des voies faisant sortir notre univers tout droit des équations
simplement pour des raisons physiques. L’idée de multivers est proche de ce
Le principe anthropique 115

« Les valeurs observées de toutes les quantités physiques


et cosmologiques ne sont pas toutes également probables :
leur éventail est limité par la contrainte qu’il faut
qu’existent des lieux où une vie fondée sur
la carbone puisse se développer et (…) un univers
suffisamment vieux pour que cela se soit déjà produit.
John Barrow et Frank Tipler
»
point de vue en permettant une infinité d’alternatives. D’autres théoriciens,
y compris des théoriciens des cordes et des partisans de la théorie M, tentent
d’aller au-delà du Big Bang pour ajuster au mieux les paramètres. Ils voient dans
l’océan quantique qui a précédé le Big Bang une sorte de paysage d’énergie et se
demandent où un univers s’arrêtera le plus probablement si on le laisse rouler et
s’y déployer. Si, par exemple, vous lancez une bille le long d’une pente il y aura
davantage de chances qu’elle s’arrête à certains endroits plutôt que d’autres –
dans des creux. Il est donc tout à fait possible que, par économie d’énergie, l’Uni-
vers déniche tout à fait naturellement certaines combinaisons de paramètres,
indépendamment du fait que nous en serions ou non un produit des milliards
d’années plus tard.

Les défenseurs du principe anthropique et d’autres qui recherchent des moyens


mathématiques de parvenir à l’univers que nous connaissons ne s’accordent
pas sur la façon dont nous en sommes arrivés là, ni même sur le fait de savoir
si pareille question présente un intérêt. Une fois plongés, au-delà du Big Bang
et de l’univers observable, au royaume des univers parallèles et des champs
d’énergie préexistants, nous baignons en fait dans le domaine de la philosophie.
Quelque chose a tout déclenché, qui nous a livré un univers paré comme il l’est
aujourd’hui. Quoi que ce fût, il est heureux pour nous que ce chemin fût celui
emprunté voici des milliards d’années. On peut comprendre que les mixtures
chimiques nécessaires à la vie aient besoin d’un long temps de cuisson. Mais que
nous soyons là, en cet instant précis de l’histoire de l’Univers où l’énergie noire
équilibre de façon assez tranquille la gravité, cela, c’est plus que de la chance.

l’idée clé
Un univers juste comme il faut
116 50 clés pour comprendre l’astronomie

29 L a séquence
de Hubble
Les galaxies se présentent sous deux formes : elliptique et spirale.
Les astronomes soupçonnent depuis longtemps que similitudes et différences
– comme le bulbe central qu’on trouve dans les deux, et la  présence
ou l’absence d’un disque aplati d’étoiles – étaient le signe d’une évolution.
La preuve que les collisions galactiques sont responsables de cette
« séquence de Hubble » nous est fournie par les images du ciel les plus
profondes qu’on ait prises.

Lorsqu’il fut de plus en plus admis, dans les années 1920, que les nébuleuses
floues qui éclaboussent les cieux étaient des galaxies situées au-delà de la nôtre,
les astronomes ont cherché à les classifier. Il y en a deux grandes catégories :
certaines sont lisses et de forme ellipsoïdale, les autres superposent clairement
des motifs spiraux. Elles sont respectivement qualifiées d’elliptiques et spirales.

Edwin Hubble – l’astronome américain qui, le premier, prouva que des nébu-
leuses existent loin au-delà de la Voie lactée – avança l’idée qu’il y avait matière
à classification et donna des noms aux diverses catégories. Sa « séquence » galac-
tique est toujours en usage. Les galaxies elliptiques sont désignées par la lettre
E suivie d’un nombre qui augmente (de 0 à 7) en fonction de l’élongation de la
galaxie : une galaxie de type E0 est en gros circulaire ; une galaxie de type E7 a
davantage la forme d’un cigare. Vues dans les trois dimensions de l’espace, les
galaxies elliptiques ressemblent à un ballon de rugby.

Dans le schéma de Hubble, les galaxies spirales sont désignées par la lettre S
suivie d’une autre (a, b ou c) selon que l’enroulement des bras spiraux est plus
ou moins resserré : une galaxie Sa est une spirale serrée ; une galaxie de classe
Sc présente une spirale lâche. Vue en trois dimensions, les galaxies spirales sont

chronologie
1920 1926
Le Grand Débat pose la question de Diagramme en diapason de Hubble
l’existence de nébuleuses au-delà de la
Voie lactée
La séquence de Hubble 117

aplaties comme un frisbee ou une lentille. Une difficulté vient de ce que certaines
galaxies spirales ont une « barre » à travers la région centrale : on dit qu’elles
sont « spirales barrées » et on les désigne par les lettres SB plutôt que S. Il y a des
galaxies qui ne rentrent dans aucune de ces catégories, parmi lesquelles celles
qui ont une forme irrégulière – d’où leur nom d’« irrégulières » – ou celles qui se
situent quelque part entre les elliptiques et les spirales – qu’on désigne par S0.

Le diapason de Hubble En y regardant de plus près, on trouve des simi-


litudes entre les structures des deux catégories. Les spirales sont faites de deux
composants : un bulbe central, qui ressemble beaucoup à une galaxie elliptique
et le disque plat qui l’entoure. La taille relative du bulbe par rapport au disque est
un autre moyen de classifier les galaxies. Hubble a même imaginé une classifica-
tion partant des galaxies dont le bulbe est dominant, y compris les elliptiques,
jusqu’à celles qui ne sont pratiquement que des disques. On se réfère parfois aux
premières comme étant des galaxies « précoces » et aux secondes comme étant
« tardives ». Hubble pensait que ces similitudes signifiaient que les galaxies pou-
vaient évoluer d’un type vers un autre.

Hubble présenta sa classification des galaxies sur un diagramme en diapason.


De la gauche vers la droite le long de la tige, il figura une suite de galaxies ellip-
tiques, depuis les rondes jusqu’aux allongées. Clouée vers la droite, le long de la
branche supérieure, une suite de galaxies spirales depuis celles aux spirales res-
serrées avec un gros bulbe et un petit disque jusqu’aux disques avec des spirales
lâches et presque pas de bulbe. Les galaxies spirales barrées sont réparties le long
de la branche inférieure. À travers ce diagramme célèbre – appelé le diapason de

galaxies spirales
normales
Sb
Sc
galaxies elliptiques Sa
SO
E0 E3 E7 SBa SBb
SBc

galaxies spirales
barrées

1975 1995
Vera Rubin découvre la matière noire dans des Observation du champ profond de Hubble
galaxies spirales
118 50 clés pour comprendre l’astronomie

Hubble (voir page 117) – ce dernier exprimait cette idée forte que les galaxies
elliptiques pourraient voir leur disque grandir et finir par devenir spirales. Mais
nous n’avons pas de preuve de semblables transformations. De nombreux cher-
cheurs ont depuis consacré leur carrière tout entière à tenter de comprendre
comment pouvait se faire l’évolution des galaxies d’un type vers un autre.

Rencontres galactiques Les collisions représentent une des situations


où sont bouleversées les caractéristiques des galaxies. Pendant qu’ils cartogra-
phiaient le ciel avec leurs télescopes, les astronomes ont découvert de nom-
breuses paires de galaxies très proches et, à l’évidence, en interaction. Dans
les cas les plus dramatiques, de longues trainées d’étoiles s’arrachent aux deux
galaxies sous l’influence de leur gravité mutuelle, comme dans la paire en col-
lision appelée «  galaxies des Antennes  ». D’autres galaxies ont pénétré droit
au centre d’une compagne, éjectant des nuages d’étoiles et abandonnant des
anneaux de gaz. Sous l’influence des perturbations qui s’ensuivent, les galaxies
deviennent parfois très brillantes, tandis que de nouvelles étoiles se forment dans
des nuages de gaz turbulents. Ces jeunes étoiles bleues peuvent être ensevelies
dans de la suie cosmique, conférant à certaines zones une lueur rouge, comme
la poussière met en valeur un lever de Soleil. Les rencontres galactiques peuvent
être spectaculaires !

Mais nous ne connaissons toujours pas le détail de la formation des galaxies.


Seule une collision catastrophique pourrait détruire un grand disque d’étoiles
et ne laisser qu’un bulbe elliptique nu, tandis qu’une série d’accumulations
tranquilles pourraient laisser une galaxie grossir doucement, sans interruption,
jusqu’à obtenir un disque assez important. Les astronomes ne voient que peu de
galaxies dans des états intermédiaires, aussi le tableau réel de la façon dont les
galaxies sont modifiées par fusions risque-t-il fort d’être compliqué.

Ingrédients galactiques Les galaxies contiennent un nombre énorme


d’étoiles – de plusieurs millions à des milliers de milliards. Les galaxies ellip-
tiques et le bulbe des galaxies spirales contiennent essentiellement des étoiles
rouges, anciennes, qui se déplacent sur des orbites inclinées au hasard, ce qui
leur donne leur forme boursouflée ellipsoïdale. Dans le disque des galaxies spi-
rales, au contraire, on trouve essentiellement de jeunes étoiles bleues. Elles sont
concentrées dans les bras spiraux qui, filant à travers les nuages de gaz du disque,
offrent un environnement propice à la naissance d’étoiles. Le disque des galaxies
spirales contient énormément de gaz, en particulier d’hydrogène. À l’inverse, les
galaxies elliptiques n’en abritent que peu et ne donnent donc naissance qu’à un
petit nombre d’étoiles.
La séquence de Hubble 119

« Pointant vers l’ultime horizon blafard,


nous cherchons, au sein d’erreurs d’observations
fantomatiques, des points de repère guère plus tangibles.
La quête se poursuivra : le désir remonte plus loin que
l’histoire. Il n’est pas comblé et ne sera pas refoulé.
Edwin Hubble
»
C’est aussi dans les disques galactiques que la matière noire a été découverte
(voir page 72). La périphérie des galaxies spirales tourne trop vite pour que la
masse de leurs étoiles et de leurs gaz suffise à l’expliquer : une autre forme de
matière est présente. Cette matière supplémentaire n’est pas visible – elle n’émet
ni n’absorbe de lumière –, ce pourquoi on l’appelle matière noire. Elle pourrait
être constituée de particules exotiques difficiles à détecter parce qu’interagissant
rarement, ou bien de lourds objets compacts, tels les trous noirs, des étoiles avor-
tées ou des planètes gazeuses. La matière noire forme comme un cocon sphérique
autour d’une galaxie qu’on désigne comme étant son « halo ».

Champ profond de Hubble On trouve ces mêmes sortes de galaxies


partout dans l’Univers. L’image la plus profonde du ciel jamais prise se trouve
dans le Champ profond de Hubble. Pour avoir une idée de l’allure d’une bande
moyenne de l’univers lointain, le télescope spatial Hubble a observé un petit
bout du ciel (large de 2,5 minutes d’arc) pendant dix jours. La vue perçante de
l’observatoire spatial porte bien plus loin que celle des télescopes terrestres, ce
qui nous a ouvert des horizons nouveaux sur les galaxies lointaines. La lumière
prenant du temps pour traverser l’étendue de l’espace, ces galaxies se montrent
à nous telles qu’elles étaient il y a des milliards d’années.

Ce champ a été choisi car il était dégagé de toutes les étoiles au premier plan et à
peu près la totalité des 3 000 objets observés dans ce cadre sont donc des galaxies
éloignées, en majorité elliptiques et spirales. Ces deux types sont donc apparus
il y a longtemps. On y trouve cependant davantage de galaxies bleues, petites et
irrégulières, que dans l’univers proche. On y voit aussi que le rythme de forma-
tion des étoiles était dix fois plus rapide il y a 8 à 10 milliards d’années qu’au-
jourd’hui. Ces deux facteurs laissent entendre que des collisions plus fréquentes
sont responsables de la croissance rapide des galaxies dans le jeune univers.

l’idée clé
Transformateurs galactiques
120 50 clés pour comprendre l’astronomie

30 A
 mas galactiques
Les galaxies se regroupent pour former des amas – les plus gros objets
de l’Univers qui soient liés par la gravité. Ensembles massifs de milliers de
galaxies, les amas regroupent aussi des réservoirs de gaz très chauds et de la
matière noire qui sont éparpillés entre les membres de l’amas.

Au xviiie siècle, les astronomes se sont rendu compte que les nébuleuses n’étaient
pas régulièrement réparties. Tout comme les étoiles, elles constituent des groupes
ou des amas. L’astronome français Charles Messier fut l’un des premiers à étu-
dier les nébuleuses les plus brillantes et à en dresser une liste qui comprend ce
que nous savons aujourd’hui être non seulement des galaxies mais aussi des
nébuleuses diffuses et des nébuleuses planétaires, des amas d’étoiles et des amas
globulaires. La première version de son catalogue a été publiée en 1774 dans le
journal de l’Académie des sciences ; il ne recensait que 45 des taches les plus
spectaculaires. Une version ultérieure, parue en 1781, en dénombrait plus de
cent. Les astronomes continuent à parler des objets de Messier, les désignant
par la lettre M suivie d’une référence : par exemple, la galaxie d’Andromède est
désignée par M 31. Le catalogue de Messier comprend quelques-uns des objets
les plus étudiés en détail dans leur catégorie.

Un catalogue beaucoup plus vaste des objets situés plus profondément dans le
ciel – le New General Catalogue, le nouveau catalogue général – a été dressé et
publié dans les années 1880. Johann Dreyer y a recensé presque 8 000 corps
célestes dont presque un tiers vient des observations de William Herschel. On
distingua divers types d’objets de différentes classes, depuis les nébuleuses bril-
lantes jusqu’aux vagues amas d’étoiles. L’avènement de la photographie permit
de trouver bien plus de corps et le catalogue fut étendu en 1905 avec l’addition
de deux Catalogues Index comprenant plus de 5 000 objets. Ces corps célestes
sont toujours désignés par NGC ou IC selon le catalogue où ils ont figuré. La
galaxie d’Andromède, par exemple, est aussi NGC 224.

chronologie
1781 1924
Messier repère l’amas de la Vierge Hubble mesure la distance de
la galaxie d’Andromède
Amas galactiques 121

« Qui sommes-nous ? Il se trouve que nous vivons


sur une planète insignifiante tournant autour
d’une étoile banale perdue dans une galaxie enfouie
dans un recoin oublié de l’Univers
où il y a davantage de galaxies que de gens !
Carl Sagan
»
Le Groupe local Dans les années 1920, les astronomes ont découvert que de
nombreuses nébuleuses étaient des galaxies situées très loin de la nôtre. Utilisant
les techniques de l’échelle des distances cosmiques, y compris les céphéides et
les décalages vers le rouge, ils ont estimé leurs distances : par exemple, la galaxie
d’Andromède est à 2 500 000 années-lumière. Il est vite apparu qu’Andromède et
la Voie lactée sont les deux plus gros membres d’un groupe d’environ 30 galaxies,
connu sous le nom de Groupe local.

Andromède et la Voie lactée sont très voisines par la taille et le type. Andromède
est elle aussi une grande galaxie spirale – que nous ne voyons que sur le côté,
avec une inclinaison d’environ
45°. Les autres galaxies du Amas de la
groupe sont bien plus petites. Vierge
Nos deux voisins les plus
Lion 1
proches sont le Grand et le Petit
Nuage de Magellan, à quelque Groupe M 66
65

35 000 000 a.-l.


00

160  000 années-lumière et


00
00
a.-

qui apparaissent comme deux 38 000 000 a.-l.


l.

taches de la taille du pouce


dans le ciel du Sud, adjacents
Groupe M 81
à la traînée de la Voie lactée. Groupe local 11 000 000 a.-l.
Elles ont été nommées d’après
Ferdinand Magellan qui rentra a.-
l.
de son périple autour de la Terre 0 00 Groupe de la
0 55
00 00 Grande Ourse
au xvi  siècle avec des comptes-
e 4 0 0 00
0a
rendus de leur observation. Les .-l
.
Groupe M 101
nuages de Magellan sont des 31 000 000 a.-l.
galaxies naines irrégulières dont Groupe
la taille est un dixième de celle du Groupe M 51
Dragon 31 000 000 a.-l.
de la Voie lactée.

1933 1966
Zwicky évalue la matière noire dans Détection de rayons X en provenance de
l’amas de Coma l’amas de la Vierge
122 50 clés pour comprendre l’astronomie

L’amas de la Vierge Le Groupe local est l’un des nombreux ensembles de


galaxies. L’amas de la Vierge, bien plus riche, contient des milliers de galaxies,
16 d’entre elles étant suffisamment brillantes pour avoir été répertoriées comme
formant un groupe dans le catalogue de Messier de 1781. C’est le grand amas
galactique le plus proche de nous, à quelque 60 millions d’années-lumière. Il y a
d’autres exemples de vastes amas, comme l’amas de Coma ou celui du Fourneau
dont le nom vient, pour chacun, de la constellation où l’on peut les voir. En
fait, le Groupe local et l’Amas de la Vierge font partie d’un ensemble encore plus
important, le Superamas local.

C’est la gravité qui assure la cohésion des amas galactiques. De même que les
étoiles parcourent des orbites à l’intérieur des galaxies, de même les galaxies
suivent leur route autour du centre de masse de l’amas. Un grand amas galac-
tique standard pèse en tout 1 015 (un million de milliards) masses solaires. De
plus, tant de matière concentrée dans un petit espace provoque une distorsion de
l’espace-temps. Dans l’analogie du morceau de caoutchouc, le poids des galaxies
crée une dépression où toutes les galaxies sont logées. Mais, en plus des galaxies,
du gaz vient aussi s’accumuler dans cette cavité de l’espace-temps.

Gaz intra-amas Les amas galactiques sont donc pleins de gaz brûlants. Ces
océans de gaz sont si chauds – des millions de degrés Celsius – qu’ils brillent suffi-
samment pour émettre des rayons X que des satellites peuvent détecter. On parle
de ce gaz chaud comme de gaz intra-amas. De la même façon, la matière noire
s’accumule aussi dans le puits gravitationnel des amas. Les astronomes caressent
l’espoir de voir la matière noire dans un nouvel environnement, en dehors des
galaxies proprement dites : aussi scrutent-ils l’intérieur des amas pour tenter d’y

Charles Messier (1730-1817)


Messier est né en France, en Lorraine, au devant le Soleil en 1753. Il a été largement
sein d’une grande famille. Il s’est intéressé reconnu par les institutions scientifiques euro-
à l’astronomie après avoir vu l’apparition péennes et fut élu, en 1770, à l’Académie des
spectaculaire dans le ciel d’une comète à six sciences. Messier a créé un catalogue célèbre,
queues en 1744. Il aurait ensuite été témoin, en partie destiné à venir en aide aux chas-
en 1748, dans sa ville natale, d’une éclipse seurs de comète de ce temps. Il a découvert
de Soleil. Il rejoignit en 1751 la Marine en 13 comètes. Un cratère de la Lune et un asté-
tant qu’astronome, décrivant avec soin ses roïde portent son nom.
observations, comme le passage de Mercure
Amas galactiques 123

« L’image représente davantage que l’idée.


C’est un tourbillon, un amas d’idées combinées
doté d’énergie.
Ezra Pound
»
repérer des signes inhabituels qui pourraient les aider à comprendre de quoi elle
pourrait être faite. Par exemple, une étude a affirmé avoir trouvé un « boulet »
de matière noire filant à toute allure et se déplaçant d’une façon différente de
celle des gaz chauds en mouvement dans un amas précis. Mais l’origine de la
matière noire reste un mystère. Les amas sont si massifs qu’ils peuvent aussi
déformer la lumière des galaxies qui se trouvent derrière eux. En recourbant
la lumière, ils agissent comme des lentilles géantes granuleuses, les « lentilles
gravitationnelles » (voir page 148), brouillant l’image des galaxies lointaines en
courbes et taches.

On peut, de façon peu flatteuse, comparer les amas à des tas de détritus du
cosmos parce qu’ils sont tellement gros que tout y tombe. Par suite, ce sont des
hauts lieux d’investigation pour l’archéologie cosmique. Qui plus est, ce sont
les plus grands objets gravitationnellement bornés et, à ce titre, ils devraient
contenir de la matière normale et noire dans des proportions représentatives de
l’Univers dans son ensemble. Si nous pouvions compter et peser tous les amas,
cela nous donnerait une valeur approximative de la masse totale de l’Univers.
Si nous pouvions en outre pister la façon dont ils grossissent au fil du temps, en
repérant des amas très éloignés qui pourraient être observés au moment de leur
formation, nous pourrions comprendre comment s’est développée la structure
de l’Univers depuis le Big Bang.

l’idée clé
Là où tout se rassemble
124 50 clés pour comprendre l’astronomie

31 S tructure à
grande échelle
Les galaxies sont éparpillées dans tout l’Univers en structures semblables
à de la mousse. Les amas se trouvent à l’intersection de filaments et de
feuilles enveloppant des régions vides. Ce réseau cosmique vient de milliards
d’années d’action de la gravité, les galaxies s’attirant mutuellement.

Dans les années 1980, les instruments des astronomes étaient devenus si sophis-
tiqués qu’on put mesurer simultanément les décalages vers le rouge de nom-
breuses galaxies en enregistrant les spectres multiples des caractéristiques des
rayons lumineux qui en proviennent. Un groupe d’astronomes du Harvard
Center for Astrophysics (CfA) décida de relever systématiquement tous les déca-
lages vers le rouge de centaines de galaxies pour tenter de reconstituer leurs posi-
tions dans l’espace à trois dimensions. Les résultats de leur étude, le CfA Redshift
Survey, dévoila un nouveau paysage cosmique.

Les astronomes ont cartographié le voisinage de la Voie lactée, depuis son


Groupe local jusqu’aux plus proches amas et superamas en bordure desquels
nous vivons. À mesure que leurs recherches s’étoffaient, on chercha plus loin.
En 1985, un millier de décalages vers le rouge avaient été relevés sur une étendue
de 700 millions d’années-lumière. En 1995, plus de 18 000 relevés de décalages
de galaxies assez brillantes étaient effectués, sur une large étendue du ciel boréal.

Mousse cosmique Le premier relevé s’est révélé surprenant : il montrait


que, même à des échelles aussi énormes, l’Univers n’est pas distribué au hasard.
Les galaxies ne se répartissent pas de façon aléatoire mais semblent se raccrocher
à d’invisibles filaments, formant des arcs suspendus à la surface de bulles autour
de zones appelées vides. Cette structure ressemblant à de la mousse est appelée
« réseau cosmique ». Les amas galactiques se sont formés aux endroits où les

chronologie
1977 1985
Début du CfA (Center for Astrophysic) Découverte du Grand Mur de
Redshift Survey galaxies
Structure à grande échelle 125

« Il est impossible de bâtir une doctrine de la création


sans prendre en compte l’âge de l’Univers
et le caractère évolutif de l’histoire cosmique.
John Polkinghorne
»
filaments se sont chevauchés. La plus grande structure apparue dans l’étude a été
nommée le Grand Mur – un groupe de galaxies concentré dans une vaste zone
de 600 millions d’années-lumière de long sur 250 millions de large et 30 mil-
lions d’épaisseur. Enchâssés dans cette bande, on trouve de nombreux amas
galactiques, y compris le fameux amas de Coma, un des plus massifs de notre
voisinage.

Depuis, la technologie a encore facilité ce genre de relevés et nous avons


aujourd’hui cartographié des millions de galaxies à travers la plus grande partie
du ciel. Le programme de recherche le plus important est le Sloan Digital Sky
Survey, dont les observations sont faites année après année à partir d’un téles-
cope dédié de 2,5 m de diamètre de l’observatoire d’Apache Point au Nouveau-
Mexique. Depuis 2000, ce programme se propose de représenter 100 millions
d’objets sur une étendue de 25 % du ciel et d’obtenir les décalages vers le rouge
d’un million d’entre eux. Le télescope capture 640 spectres à la fois à l’aide de
fibres optiques collées sur des trous percés sur une plaque. Chaque morceau du
ciel a sa propre plaque fabriquée spécialement pour lui et, chaque nuit, on en
utilise jusqu’à neuf.

Ségrégation galactique L’étude Sloan nous a donné une vue parfaite des
structures galactiques de l’Univers. Les galaxies se regroupent en réseaux sem-
blables à une toile à toutes les échelles. L’étude recueille à la fois des spectres et
des images. Les astronomes peuvent donc distinguer différents types de galaxies.
Les elliptiques ont tendance à être relativement rouges avec un spectre semblable
à celui d’étoiles anciennes. Les spirales sont plus bleues et leur spectre révèle des
étoiles plus jeunes qui se forment au sein de leur disque riche en gaz.

L’étude Sloan montre que les différents types de galaxies s’assemblent de diffé-
rentes façons. Les galaxies elliptiques préfèrent les amas et les régions denses de
l’espace. Les spirales sont réparties plus largement et évitent les riches centres
des amas. Bien que, par définition, ils ne contiennent à peu près rien, les vides
peuvent receler une poignée de galaxies, généralement spirales. Cette ségrégation
montre que les galaxies appréhendent leur environnement.

2000 2015
Début du Sloan Digital Sky Survey Début de la construction du Large Synoptic
Survey Telescope
126 50 clés pour comprendre l’astronomie

Raies d’absorption des quasars Il est facile de pister les galaxies lumi-
neuses mais on en sait moins sur la matière noire et les gaz éparpillés dans
l’espace. On peut repérer des nuages de gaz quand ils absorbent la lumière prove-
nant d’objets derrière eux. Les quasars sont des objets très brillants qu’on trouve
généralement très loin et sont donc d’excellents « phares ». Comme l’hydrogène
gazeux crée des raies spectrales de Fraunhofer (voir page 28) lorsqu’il absorbe la
lumière solaire, sa signature est reconnaissable dans le spectre lumineux des qua-
sars. Ainsi, les nuages d’hydrogène peuvent être repérés par les raies d’absorption
qu’ils produisent. On peut aussi détecter les traces d’autres éléments à l’intérieur
des nuages bien que ces raies d’absorption soient souvent ténues et plus difficiles
à repérer.

La raie d’absorption de l’hydrogène la plus nette apparaît dans la zone ultra-


violette du spectre (à la longueur d’onde de 121,6 nanomètres). Décalée vers le
rouge, elle apparaît alors à des longueurs d’onde plus grandes. On l’appelle la raie
Lyman-alpha. Les nuages de gaz riches en hydrogène qui produisent cette raie
d’absorption sont souvent appelés nuages Lyman-alpha. S’il y a de nombreux
nuages devant le quasar, chacun produira un saut dans le spectre correspondant
à son décalage vers le rouge. La séquence de lignes noires qui résulte de la capture
de la lumière ultraviolette émise par le quasar est appelée forêt Lyman-alpha.

Si l’on explore l’espace situé à l’avant de nombreux quasars lointains, on peut


estimer la distribution des nuages d’hydrogène qu’il contient. Les astronomes
constatent que, dans l’ensemble, les nuages de gaz s’organisent selon les mêmes
structures que les galaxies. Nous en savons moins à propos de la matière noire
qui n’interagit pas avec la lumière et ne peut donc être vue ni par émission ni par
absorption. Mais les astronomes soupçonnent que, là aussi, elle préfère coloniser
les conurbations galactiques.

études à venir
On espère que les études de demain pourront réaliser un « film » de l’ensemble du ciel dans
diverses longueurs d’onde. Le Large Synoptic Survey Telescope, en construction au Chili, aura
un diamètre de 8,4 mètres avec une caméra numérique de 3 milliards de pixels. Capable de
couvrir en une seule prise une étendue de 49 fois l’aire de la Lune, il sera en état de fournir une
image du ciel chaque semaine à partir de 2015. De tels télescopes permettront les investigations
sur le mystère de la matière et de l’énergie noires et seront capables de détecter les objets qui
se transforment ou se déplacent, comme les supernovae et les astéroïdes.
Structure à grande échelle 127

« Une œuvre de fiction est comme une toile d’araignée,


tissant des liens ténus, mais des liens tout de même, avec
la vie aux quatre coins. Souvent, on les perçoit à peine.
Virginia Woolf
»
Attraction gravitationnelle Le réseau cosmique est, en fin de compte,
créé par la gravité qui agit sur les galaxies depuis leur formation. Étoiles et
galaxies se sont formées à partir de l’hydrogène primordial qui a baigné le jeune
univers après le Big Bang. Les galaxies se rassemblèrent ensuite, ce qui permit la
formation des filaments, des amas et des murs.

Les astronomes connaissent à peu près la répartition de la matière 400 000 ans


après le Big Bang car c’est là que le fond diffus cosmologique a été libéré. Les
points chauds et froids qu’il contient nous permettent de savoir à quel point il
était grumeleux en ce temps-là, l’étude des décalages vers le rouge nous disant à
quel degré il l’est aujourd’hui. Les astronomes essayent à partir de là de relier les
deux images : comme on cherche dans le visage d’un vieil homme l’enfant qu’il
était, on étudie la façon dont l’Univers passe de la petite enfance à la maturité.

Les motifs précis de la mousse cosmique dépendent étroitement de nombreux


paramètres théoriques. En les peaufinant, les astronomes peuvent assujettir la
géométrie de l’Univers, la quantité de matière qu’il contient mais aussi les carac-
téristiques de la matière et de l’énergie noires : ils lancent d’énormes simulations
sur ordinateur ; après avoir entré toutes les données (galaxies, gaz, matière noire),
on tourne la manivelle pour réaliser une estimation des paramètres.

Même ainsi, la réponse n’est pas simple. Les choses sont très différentes selon la
nature de la matière noire et, de cette nature, nous n’avons strictement aucune
idée ! Les modèles avec une matière noire de type « froid » – mouvements lents
de particules exotiques – conduisent à des mouvements de regroupements à
large échelle plus importants qu’ils ne le sont. Par contre, avec des particules de
matière noire se déplaçant rapidement – autrement dit avec une matière noire
« brûlante » ou « chaude » –, on devrait voir davantage de structures à petite
échelle qu’il n’y en a en réalité. Les données de regroupements des galaxies
laissent donc entrevoir que la matière noire se situe quelque part entre ces deux
schémas. De même, trop d’énergie noire neutraliserait la gravité et ralentirait
l’accumulation de galaxies. Mieux vaut miser sur un compromis !

l’idée clé
Réseau cosmique
128 50 clés pour comprendre l’astronomie

32 Radioastronomie
Les ondes radio révèlent un univers de violences. Produites par des
explosions d’étoiles et des jets de matière à proximité des trous noirs,
elles permettent de reconnaître des particules se déplaçant rapidement
dans de puissants champs magnétiques. L’exemple le plus démesuré est
celui des radiogalaxies où des jets jumeaux alimentent des lobes en forme
de bulles, bien au-delà des étoiles de la galaxie. Enfin, la répartition des
radiogalaxies conforte le modèle du Big Bang.

Le fond diffus cosmologique n’a pas été la seule découverte astronomique à


être, dans la réception radio, confondue avec des parasites (voir page 60). Dans
les années 1930, Karl Jansky, un ingénieur travaillant avec les Laboratoires Bell,
essayait de comprendre d’où provenaient ceux qui perturbaient les transmissions
par ondes courtes de voix des deux côtés de l’Atlantique. Il repéra un signal qui
se répétait toutes les 24 heures. Il pensa d’abord que le Soleil en était à l’origine :
plusieurs scientifiques, dont Nikola Tesla et Max Planck, avaient prédit que celui-
ci devrait émettre des ondes électromagnétiques sur toute l’étendue du spectre.
En poursuivant ses investigations, il remarqua que ce n’est pas de là qu’il venait.
Sa période était de plus légèrement inférieure à 24 heures : elle correspondait
à celle de la rotation quotidienne du ciel vu depuis la Terre tournant sur elle-
même. Cela signifiait que le signal avait une origine sidérale.

En 1933, Jansky découvrit que les parasites provenaient de la Voie lactée, pour
l’essentiel de la constellation du Sagittaire, au centre de notre galaxie. Comme
aucun ne provenait du Soleil, ils ne devaient pas non plus être émis par des
étoiles mais plutôt par les gaz et les poussières interstellaires. Même si Jansky ne
poursuivit pas ses travaux, il est considéré comme le père de la radioastronomie
et une unité d’intensité des signaux radio (la densité de flux) a été appelée le
jansky (Jy) en son honneur.

Grote Reber, un radioamateur enthousiaste de Chicago, a lui aussi été pionnier :


en 1937, il a construit dans son jardin le premier radiotélescope avec un miroir
parabolique de plus de 9 mètres de diamètre et un récepteur radio fixé en son
foyer, 6 mètres au-dessus. Le récepteur amplifiait des millions de fois les ondes

chronologie
1933 1937
Jansky détecte la Voie lactée dans Reber construit le premier
les fréquences radio radiotélescope
Radioastronomie 129

«
Une nouvelle trace d’activité
radio au centre de la Voie lactée (…)
Aucune preuve de transmission interstellaire.
New York Times, 1933
»
radio cosmiques. Ces signaux électroniques étaient ensuite transmis à un traceur
et enregistrés.

Radiotélescopes De nos jours, les radiotélescopes ne sont pas affectés par


la lumière solaire et peuvent donc fonctionner de jour. Mais Reber travaillait de
nuit pour éviter la pollution des automobiles. Durant les années 1940, il étudia
le ciel à travers les ondes radio. Il releva sa luminosité sous forme de courbes de
niveau et obtint une esquisse de la forme de la Voie lactée, les émissions les plus
brillantes provenant du centre de la galaxie. Il détecta aussi plusieurs sources
d’ondes radio brillantes, en particulier dans les constellations du Cygne et de
Cassiopée. Ce n’est qu’en 1942 que les recherches d’un officier de l’armée britan-
nique, J. S. Hey, permirent la détection d’ondes radio en provenance du Soleil.

C’est après la Deuxième Guerre mondiale que la radioastronomie a pris son


essor : parmi les différents pays, ce fut alors à qui construirait le plus vite des
systèmes radars. Ces radars – pour RAdio Detection And Ranging, détection et
réglage radio – amorcèrent le développement de nombreux appareils à la base
de la technologie actuelle.

Mesures Au début des années


1950, des physiciens britan- Lobe
niques et australiens ont réalisé
des mesures du ciel dans les fré- Jets
quences radio par la technique
dite de l’interférométrie radio.
Lobe
Alors que le télescope de Reber
n’utilisait qu’un seul miroir et
un seul récepteur, comme le
miroir d’un télescope optique, Point chaud
les interféromètres radio utilisent Cœur
de multiples récepteurs répartis
sur de plus grandes distances, ce
qui revient à utiliser un grand Point chaud
miroir avec l’avantage que, en

1953 1959
Découverte du fait que Cygnus A est une Publication du relevé radio 3C
radiosource double
130 50 clés pour comprendre l’astronomie

combinant les signaux provenant


de nombreux récepteurs, les images
Chuchotements du ciel obtenues par les astronomes
révèlent des détails plus fins. Une telle
cosmiques installation est idéale pour effectuer des
mesures.
Vous pouvez détecter le chuchotement
de la Voie lactée avec une petite radio. Les physiciens britanniques Anthony
Réglez-la loin de toute station afin de Hewish et Martin Ryle réalisèrent une
n’entendre que les parasites. Ensuite, série de relevés des sources radio les plus
déplacez l’antenne tout autour : vous brillantes du ciel boréal à la fréquence
pourrez entendre que le chuchotement de 159  MHz à l’aide d’un interféro-
devient plus fort et moins brutal. Ce mètre radio à Cambridge. Travaillant
chuchotement supplémentaire est dû à à partir de deux listes antérieures, leur
la réception des ondes radio provenant ensemble de mesures, le troisième
de la Voie lactée. relevé de Cambridge – 3C en abrégé –,
était le premier à être d’une qualité suf-
fisante et fut publié en 1959. Les ver-
sions précédentes étaient minées par
des problèmes d’étalonnage et avaient
mené à des discordances avec les mesures des astronomes australiens travaillant
en parallèle sur le ciel austral. Entre 1954 et 1957, Bernard Mills, Eric Hill et Bruce
Slee, travaillant sur le télescope Mills Cross en Nouvelle-Galles du Sud, ont réper-
torié plus de 2 000 radiosources dont ils ont publié la liste. Avec la publication
de 3C, les différends entre chercheurs furent aplanis et l’on put se consacrer aux
investigations du ciel aux fréquences radio dans les deux hémisphères.

Quelle est la nature des radiosources ? C’est ce qu’on se demanda alors et l’on
rechercha des spectres optiques. Mais la position des radiosources n’était connue
que grossièrement et il s’est avéré difficile de déterminer quelle étoile ou galaxie
en était responsable. Les sources finirent par livrer leurs secrets. À l’écart du
centre de la Voie lactée, quelques-unes des sources les plus brillantes sont des
objets insolites. Par exemple, Cassiopée A et la nébuleuse du Crabe sont des
rémanents de supernovae, coquilles de gaz éjectés par l’explosion cataclysmique
d’une étoile en fin de vie, la seconde possédant un pulsar en son centre.

Radiogalaxies Les autres sources sont d’une tout autre dimension. La source
brillante dans la constellation du Cygne – Cygnus A –, est une galaxie loin-
taine. Elle fut découverte par Reber en 1939 et l’on montra, en 1953, qu’il s’agis-
sait d’une source double. De telles sources sont caractéristiques de nombreuses
galaxies émettant des ondes radio. Chaque extrémité de la galaxie est constituée
d’un « lobe » diffus, vaste bulle gonflée par de fins jets de particules de haute
énergie émises au centre de la galaxie. La symétrie des deux lobes – en général,
Radioastronomie 131

« [Le Big Bang] est un processus irrationnel impossible


à décrire en termes scientifiques (…) pas plus qu’on ne
peut le soumettre à l’épreuve de l’observation.
New York Times, 1933
»
ils sont équidistants du centre et ont des tailles et des formes semvblables – sug-
gère qu’ils ont la même provenance. On pense que ce qui les engendre est un
trou noir tapi au centre de la radiogalaxie. La matière aspirée vers le trou noir
est déchiquetée et réduite aux particules qui la composent et qui sont éjectées
par les jets à des vitesses proches de celle de la lumière. Les ondes radio viennent
de l’interaction de ces particules avec de puissants champs magnétiques et du
« rayonnement synchrotron » qui en résulte. La plupart des ondes radio de l’es-
pace ont pour origine des interactions entre particules et champs magnétiques
– dans le gaz chaud et diffus qui baigne notre galaxie ou les amas galactiques,
à l’intérieur de jets de matière ou à proximité d’objets compacts où les champs
magnétiques sont amplifiés, tels les trous noirs.

Ryle contre Hoyle Le nombre de radiosources de l’Univers s’est avéré cru-


cial pour la théorie du Big Bang. Une controverse fameuse opposa Ryle, bouillant
chef de file des radioastronomes de l’Université de Cambridge, à Fred Hoyle,
astronome charismatique de l’Institut d’astronomie, de l’autre côté de la route.
Ce dernier avait travaillé sur la nucléosynthèse, la création des éléments dans
les étoiles et le Big Bang. Avant la découverte du fond diffus cosmologique, le
modèle du Big Bang n’était pas reconnu – en fait, l’expression Big Bang a été
forgée par Hoyle lui-même par dérision. Il préférait représenter un univers en
« état stationnaire »sans commencement. Il s’attendait donc à ce que les galaxies
soient réparties au hasard dans l’espace, s’étirant à l’infini.

Mais Ryle avait découvert des preuves que les radiosources n’étaient pas uni-
formément réparties : il y a moins de radiosources brillantes qu’il y en aurait
dans une distribution aléatoire. Il faut donc, disait-il, que l’Univers soit fini et le
modèle du Big Bang exact. La découverte du fond diffus cosmologique confirma
les dires de Ryle, ce qui n’empêcha pas les deux grands astronomes de continuer
à se chamailler. L’histoire de ces hostilités a fait que, aujourd’hui encore, les deux
groupes de chercheurs travaillent de façon farouchement indépendante.

l’idée clé
Paysage radio
132 50 clés pour comprendre l’astronomie

33 Quasars
Les quasars sont parmi les objets les plus lointains et les plus lumineux de
l’Univers. S’ils brillent intensément, c’est que de la matière s’effondre en
direction d’un trou noir à l’intérieur d’une galaxie. Leur géométrie leur
confère une apparence très différente selon la direction d’où on les observe
et ils peuvent avoir l’air de « galaxies actives » hors normes avec leurs étroites
raies d’émission. Toutes les galaxies peuvent connaître une phase quasar,
qui joue peut-être un rôle important dans leur création.

Au cours des années 1960, une catégorie d’étoiles étranges a intrigué les astro-
nomes. Leur spectre singulier montrait des raies d’émission brillantes mais qui
ne semblaient pas correspondre à une longueur d’onde connue. De quoi s’agis-
sait-il ? En 1965, un astronome hollandais, Maarten Schmidt, s’est rendu compte
que ces raies correspondaient bien à des éléments connus, y compris la séquence
caractéristique de l’hydrogène, mais considérablement décalées vers le rouge.

Ces décalages montraient que ces « étoiles » se situaient à de grandes distances,


bien au-delà de la Voie lactée, et relevaient du domaine des galaxies. Mais elles
n’apparaissaient pas floues comme ces dernières : elles brillaient comme des
sources ponctuelles. De plus, aux distances indiquées par le décalage vers le
rouge, elles brillaient beaucoup trop. Le fait que quelque chose qui ressemblait à
une étoile de notre galaxie soit en fait situé bien au-delà du Superamas local était
surprenant. Comment un tel objet pouvait-il fonctionner ?

Quasars Les astronomes se rendirent compte que le seul phénomène capable


de libérer suffisamment d’énergie pour alimenter ces objets extragalactiques –
surnommés quasi-stellar objects, objets quasi stellaires, en abrégé QSO –, était
une gravitation extrêmement intense, à savoir celle créée par la proximité de
trous noirs. En tombant vers un trou noir, la matière peut s’échauffer sous l’effet
de frottements et rayonner suffisamment pour expliquer l’énorme luminosité
des QSO. La lumière provenant du centre éclipse le reste de la galaxie, ce qui
explique pourquoi, de loin, elle apparaît comme une étoile. Environ 10 % des

chronologie
1965 1979
Schmidt identifie les quasars Premier objet observé par effet de
lentille gravitationnelle : le quasar
jumeau
Quasars 133

«
Si une voiture était aussi performante
énergétiquement que ces trous noirs,
elle pourrait théoriquement parcourir plus d’un milliard
de kilomètres avec deux litres de carburant.
Christopher Reynolds
»
QSO émettent aussi des ondes radio : ce sont les quasi-stellar radio sources, quasars
en abrégé, radiosources quasi stellaires. Mais c’est souvent à toute la catégorie
qu’on se réfère en évoquant les quasars.

Pendant que du gaz, des poussières voire


QSO
des étoiles s’effondrent en vrille dans un
trou noir, la matière s’agrège en un disque,
le «  disque d’accrétion  », en suivant les
lois de Kepler. Tout comme les planètes AGN à raie étroite
de notre système solaire, la matière pré-
sente vers le centre du disque parcourt
son orbite plus vite que celle située vers
l’extérieur. Le frottement de paquets de
gaz attenants les uns contre les autres fait tore
monter la température à plusieurs mil-
jet d’ondes radio
lions de degrés et ce gaz finit par briller.
Les astronomes ont prédit que les par-
ties internes du disque d’accrétion sont
chaudes au point d’émettre des rayons X
tandis que les parties externes sont plus froides et émettent
dans l’infrarouge. La lumière visible vient des régions inter-
médiaires.
trou noir
Cette étendue des températures produit des émissions
sur une large gamme de fréquences, chaque température correspondant à un
spectre caractéristique de corps noir qui culmine à une valeur d’énergie qui lui
est propre. Les quasars rayonnent donc depuis l’infrarouge lointain jusqu’aux
rayons X – une étendue bien plus grande que celle de n’importe quelle étoile.
S’il y a de puissants champs magnétiques et des jets de particules, comme dans
les radiogalaxies, le quasar émet aussi des ondes radio. La présence d’une source
lumineuse aussi brillante et de haute énergie produit une autre composante
caractéristique des quasars : les raies d’émissions larges. Les nuages de gaz flottant

1989 2000
Peter Barthel propose les modèles unifiés Détection de quasars lointains par le Sloan Digital
Sky Survey
134 50 clés pour comprendre l’astronomie

juste derrière le disque peuvent être illuminés, les raies spectrales de leur lueur
révélant leur composition chimique. Le trou noir central étant très proche, ces
nuages se déplacent très rapidement ce qui élargit leurs raies d’émission à cause
de l’effet Doppler. Les raies d’émission des quasars sont plus larges que celles de
n’importe quelle autre sorte de galaxies où elles sont, d’ordinaires, étroites.

Galaxies actives Les quasars sont les exemples les plus démesurés d’une
catégorie de galaxies possédant un trou noir qui grossit, les galaxies à noyau
actif, AGN pour Active Galactic Nuclei. La présence d’un trou noir est révélée
par les raies d’émission caractéristiques montrant un état d’excitation difficile
à atteindre sauf dans le gaz fortement ionisé qui apparaît aux températures éle-
vées engendrées par la proximité du trou noir. Les raies larges nous sont visibles
seulement si nous pouvons observer directement les régions proches du trou
noir. Dans d’autres sortes d’AGN, les régions intérieures peuvent être cachées
par des nuages denses de gaz et de poussières en forme de tore – comme une
sorte de beignet – et, par suite, les raies larges sont occultées. Même si seules les
raies étroites demeurent, leurs niveaux élevés d’ionisation révèlent la présence
du monstre tapi au cœur de l’AGN.

Le fait que nous distinguions différentes classes de quasars et de galaxies actives


vient peut-être de ce que nous les observons sous des directions différentes. De
nombreuses galaxies concentrent la matière écran, des traînées de poussière par
exemple, dans leur plan de symétrie. C’est pourquoi, si de telles galaxies étaient
vues par la tranche, cette matière supplémentaire et le tore de poussière occulte-
raient peut-être le champ de vision dans la direction d’un trou noir. Le long de
l’axe le plus petit de la galaxie, la vue vers le centre peut être plus dégagée. Ainsi,
il se pourrait que les quasars nous présentent leur petit axe tandis que le défaut
de raies larges des AGN proviendrait du fait que nous les voyons par la tranche.
La matière pourrait aussi être nettoyée plus facilement le long du petit axe par

L’environnement des quasars


Les noyaux galactiques actifs peuvent se trouver aussi bien dans des galaxies elliptiques que
dans des galaxies spirales. Mais certaines catégories d’AGN favorisent certains environnements.
Les puissantes radiosources sont plutôt associées à de grandes galaxies elliptiques. Les galaxies
elliptiques à noyau actif ont tendance à atténuer les émissions radio. On trouve fréquemment
des galaxies actives dans les groupes et amas galactiques. Cela a conduit certains scientifiques
à penser que les collisions pourraient être en cause dans l’activation des trous noirs. Si l’une des
galaxies en fusion est spirale, elle pourrait fournir le carburant gazeux qui serait alors canalisé
vers le trou noir, ce qui le ferait se dilater.
Quasars 135

des écoulements qui, en donnant


naissance à des cônes, rendrait la
vue encore plus claire.
« Brille, brille, quasi-étoile
Grand mystère du lointain
Comme les autres n’es point
Modèles unifiés Cette idée
Mais luis comme tant d’étoiles

»
que ce sont les directions sous
lesquelles les AGN se présentent Brille, brille, quasi-étoile
à nous qui nous font en distin- Sur qui tu es, lève le voile.
guer plusieurs types est connue
sous le nom de « modèle unifié ». George Gamow
Cela cadre assez bien avec les
propriétés à grande échelle – émission radio, luminosité – des quasars et autres
galaxies actives. Mais il y a de nombreuses variantes d’AGN. La luminosité intrin-
sèque de l’AGN, à cause de la taille de son trou noir, joue probablement sur la
façon dont la vue sur le centre est dégagée. Le centre des AGN les plus faibles
peut être occulté davantage que celui des AGN plus puissantes. De jeunes AGN
dont le trou noir central ne s’est constitué que récemment pourraient être bien
moins visibles que de plus anciennes qui ont eu le temps d’évacuer la matière
opaque. La présence ou l’absence de radio-émissions reste aussi inexpliquée –
certains astronomes pensent que les jets d’émissions radio proviennent de trous
noirs en rotation ou sont consécutifs à certains types de collision galactique, par
exemple entre deux galaxies elliptiques massives.

Rétroaction Les astronomes en savent plus sur la façon dont la présence


d’un disque d’accrétion au centre influe sur le développement de la galaxie.
Quand cette dernière est active, le trou noir central peut évacuer du gaz hors de
la galaxie, ne laissant que peu de carburant pour que se forment de nouvelles
étoiles. Cela pourrait expliquer pourquoi, par exemple, les galaxies elliptiques
contiennent peu de gaz et peu d’étoiles jeunes. Au contraire, si une AGN naît
d’une collision, toute introduction de gaz peut se traduire par un jaillissement
de formation d’étoiles – la galaxie passant alors par une phase où elle est très
obscurcie et construit de nouvelles étoiles. Au cours du développement de l’AGN,
cela balaye la poussière et éjecte le gaz extérieur, mais cela affame aussi le trou
noir qui finit par s’éteindre. De tels cycles pourraient jouer un rôle majeur dans
la façon dont se forment les galaxies, un peu comme un thermostat. Les astro-
nomes soupçonnent aujourd’hui que toutes les galaxies traversent des phases
d’activité qui représentent peut-être 10 % de leur durée de vie. La « rétroaction »
qui en résulte pèse lourd sur l’évolution de la nature de la galaxie.

l’idée clé
Thermostats galactiques
136 50 clés pour comprendre l’astronomie

34 F ond cosmique
de rayons X
Les rayons X sont les messagers de la physique de l’extrême et les télescopes
à rayons X qui évoluent dans l’espace révèlent des zones de violence, depuis
le voisinage des trous noirs jusqu’aux gaz portés à un million de degrés dans
les amas galactiques. De tels objets créent une faible lueur X dans tout le ciel,
le fond cosmique de rayons X.

Les progrès en astronomie viennent souvent d’une nouvelle ouverture sur l’Uni-
vers : Galilée observa le ciel à la lunette astronomique ; les radioastronomes
découvrirent de nouveaux phénomènes, dont les trous noirs, grâce à l’usage de
récepteurs radio pour recueillir les signaux du cosmos. À l’autre extrémité du
spectre électromagnétique, il y a les rayons X. Des décennies après les débuts de
la radioastronomie est née l’astronomie en rayons X.

Les rayons X proviennent de régions du cosmos où règnent des conditions


extrêmes, très chaudes ou envahies de champs magnétiques. Ce qui représente
un grand pan de l’astronomie, depuis les amas galactiques jusqu’aux étoiles à
neutrons. Mais chacun de leurs photons transporte une grande énergie, aussi
les rayons X sont-ils difficiles à capturer au télescope. Nous savons, par leur
utilisation en imagerie médicale, qu’ils traversent la plupart des tissus du corps.
Projetés sur un miroir, ils ne s’y reflètent pas mais s’y incrustent, comme une
balle de revolver tirée dans un mur. Les télescopes sont donc inutilisables pour
concentrer les rayons X. Il en est de même des lentilles en verre et pour les
mêmes raisons. La seule façon d’opérer est de les faire rebondir sur un miroir
à partir d’un angle d’incidence rasant – ils sont alors déviés comme une balle
de ping-pong et peuvent alors être concentrés. Les rayons X peuvent donc être
emprisonnés à l’aide d’une série de miroirs déflecteurs à courbures spéciales,
souvent recouverts d’or pour que la réflexion soit maximale.

chronologie
1895
Röntgen découvre les rayons X en laboratoire
Fond cosmique de rayons X 137

Rayons X cosmiques Les rayons X


provenant de l’espace sont aussi absorbés
par notre atmosphère. Les astronomes ont
donc dû attendre l’ère des satellites pour pou-
voir regarder l’Univers aux fréquences des
rayons X. En 1962, l’astronome italo-améri-
cain Riccardo Giacconi et son équipe lancèrent
dans l’espace un détecteur de rayons X. On vit
alors la première source de rayons X en dehors
du Soleil : Scorpion X-1, une étoile à neutrons.
Un an plus tard, les mêmes lançaient le pre-
mier télescope à système d’imagerie X (coïn-
cidence : il avait à peu près la même taille que
la lunette de Galilée de 1610). Les astronomes
firent de grossières observations sur les taches
solaires et prirent des images de la Lune en Le ciel nocturne
rayons X. est plus brillant
aux fréquences des
Ces dernières montraient quelque chose de surprenant. La Lune elle- rayons X que la face
sombre de la Lune
même était en partie éclairée, sombre d’un côté, brillante de l’autre
comme on pouvait s’y attendre à cause de sa phase et de la lumière du Soleil
réfléchie par sa surface. Mais, à l’arrière-plan, le ciel n’était pas sombre : il lui-
sait également. Capturer les rayons X est si difficile que de telles images sont
obtenues à partir de photons individuels : le fond du ciel révélait davantage de
photons que la face sombre de la Lune qui le cachait. Giacconi avait découvert
le fond cosmique de rayons X.

Fond cosmique de rayons X Bien qu’ils surgissent tous deux à des dis-
tances cosmiques, le fond cosmique de rayons X et fond diffus cosmologique
sont différents. Le premier provient essentiellement de nombreuses étoiles indi-
viduelles et de galaxies, dont les images se mêlent de la même façon que celle
de la Voie lactée qui, bien que faite de nombreuses étoiles, apparaît comme une
traînée floue à l’œil nu. Le fond diffus cosmologique, lui, est dû au rayonnement
fossile qui emplit l’espace et n’est pas associé à des galaxies précises.

La quête pour la découverte de la provenance de ces rayons X cosmiques a duré


des décennies et a occupé plusieurs missions. Les dernières mesures viennent
de l’observatoire Chandra de la NASA dont la vision est assez fine pour pouvoir

1962 1999
Giacconi lance un télescope spatial à Lancement du télescope spatial à
rayons X rayons X Chandra
138 50 clés pour comprendre l’astronomie

Télescope spatial Chandra


Le télescope spatial à rayons X Chandra a été lancé en 1999. Pour capturer par ricochet les
photons X, ses miroirs ressemblent plus à des tonneaux qu’aux miroirs en forme de coupe des
télescopes optiques. Les quatre paires de miroirs sont polies avec un tel soin que leur surface
est lisse à la précision de quelques atomes – un peu comme si les plus hautes montagnes sur
Terre avaient deux mètres de haut. Les rayons X sont ensuite conduits vers quatre instruments
de mesure qui déterminent leur nombre, leur position, leur énergie et l’heure de leur arrivée.

­ isséquer le fond de rayons X. Les astronomes ont découvert plus de 80 % des
d
sources qui contribuent au fond cosmique de rayons X. Ils pensent que ce qui
reste est produit de la même façon mais n’ont pas encore pu discerner les corps
qui en sont à l’origine. Quarante ans après le travail de pionnier de Giacconi,
plus de 100 000 sources X ont été détectées ; la plus lointaine est à 13 milliards
d’années-lumière de la Terre.

Physique de l’extrême Une gamme de corps émet des rayons X qui sont
produits dans des gaz chauffés à des millions de degrés, dans des régions où
règnent des champs magnétiques et gravitationnels intenses ou bien lors d’ex-
plosions. Parmi les plus gros, on trouve des amas galactiques : les gaz brûlants
qui y sont répandus s’étendent sur des millions d’années-lumière et peuvent
atteindre 1015 masses solaires. Les trous noirs émettent des rayons X : les quasars
et les galaxies actives sont des sources très lumineuses qu’on trouve dans tout
l’Univers. En réalité, la présence d’une source X quasi ponctuelle au centre d’une
galaxie trahit la présence d’un trou noir.

Chandra a permis d’ajouter les images en rayons X à celles des observations


de galaxies à de multiples longueurs d’onde, dont celles du champ profond de
Hubble et des éléments de divers programmes d’étude du ciel. L’observation
en rayons X a permis de rechercher sur des milliards d’années le nombre de
trous noirs dans l’Univers. Ces études laissent penser que les galaxies actives,
avec trous noirs en expansion, étaient bien plus répandues dans le passé et que
l’activité des trous noirs a décliné depuis lors. Cette tendance, comme le fait
que les étoiles se formaient plus rapidement dans le passé, peut signifier que les
collisions de galaxies étaient courantes dans l’Univers jeune.

Certains types d’étoiles irradient aussi des rayons X. Les explosions d’étoiles et
les vestiges de supernovae sont des sources puissantes, de même que les étoiles
en train de s’effondrer – lorsque leurs réactions nucléaires faiblissent, les étoiles
Fond cosmique de rayons X 139

s’effondrent sous l’effet de leur


propre gravité jusqu’à devenir
très denses, comme les étoiles à
neutrons ou les naines blanches.
« Au début, on pouvait croire
qu’il s’agissait d’une nouvelle
sorte de lumière invisible.
C’était à coup sûr quelque chose

»
Dans des cas extrêmes, l’effon-
drement de l’étoile fera naître de nouveau, qu’on n’avait
un trou noir – des rayons X ont jamais décrit.
été détectés à des distances aussi
proches que 90 km de l’horizon Wilhelm Konrad Röntgen
des événements d’un trou noir
stellaire.

Les jeunes étoiles, plus chaudes, diffusent davantage de rayons X que notre Soleil.
Mais les couches externes du Soleil en émettent aussi, tout particulièrement sa
couronne qui est très chaude et maillée par de puissants champs magnétiques.
L’imagerie en rayons X est très utile pour observer les turbulences mais aussi
l’échauffement des étoiles ainsi que les changements de comportement à mesure
qu’elles vieillissent. Quelques-unes des plus puissantes sources X de notre galaxie
sont proches des systèmes binaires – des paires d’étoiles – dont une étoile, voire
les deux, est le résultat d’un effondrement. L’étoile compacte aspire souvent le
gaz de l’autre, rendant ces systèmes très actifs.

Wilhelm Röntgen (1845-1923)


Wilhelm Röntgen est né en Allemagne, dans faible pression était traversé par un courant
le Bas Rhin, et, enfant, est parti en Hollande. électrique, et cela même dans le noir complet.
Il a étudié la physique à Utrecht et Zürich et Ces nouveaux rayons traversaient de nom-
a enseigné dans de nombreuses universités breux matériaux, y compris la chair de la main
avant de se fixer à Würzburg puis Munich. Les de son épouse placée sur une plaque photo-
travaux de Röntgen ont porté avant tout sur graphique. Il les nomma rayons X parce que
la chaleur et l’électromagnétisme mais il est leur origine était inconnue. On montra plus
surtout connu pour sa découverte des rayons tard qu’il s’agit d’ondes électromagnétiques
X en 1895. Il remarqua qu’un écran enduit de comme la lumière mais d’une fréquence bien
produits chimiques luisait lorsqu’un gaz sous plus élevée.

l’idée clé
Ouverture sur
un univers violent
140 50 clés pour comprendre l’astronomie

35 T rous noirs
supermassifs
Tapi au centre des galaxies, se cache un monstre. Des millions ou des
milliards de fois plus massif que le Soleil et tassé dans une région de la
taille d’un système solaire, un trou noir supermassif détermine la croissance
de la galaxie qui l’accueille. Sa taille est liée à celle du bulbe galactique, il est
donc probable qu’il soit un composant indispensable. Il peut être source
d’une débauche d’énergie s’il est activé pendant une collision galactique.

Depuis la découverte des quasars et des galaxies actives dans les années 1960,
les astronomes savent que des trous noirs géants – des millions ou des milliards
de fois plus massifs qu’une étoile – peuvent exister au centre des galaxies. Ces
dix dernières années, il est apparu clairement que toutes les galaxies pourraient
abriter des trous noirs. Dans la plupart des cas, ils sont en sommeil ; dans cer-
taines circonstances, quand de la matière est canalisée vers eux, ils s’échauffent.
C’est ce qui se passe quand nous les voyons comme des quasars.

Il y a plusieurs façons de savoir s’il y a ou non un trou noir au centre d’une


galaxie. La première consiste à observer le mouvement des étoiles proches du
cœur de la galaxie. Les étoiles d’une galaxie se déplacent autour de son centre
de masse, comme les planètes le font autour du Soleil. Leurs orbites respectent
les lois de Kepler et les étoiles qui sont près du centre se déplacent plus vite
que celles qui s’en trouvent plus éloignées. La vitesse moyenne des étoiles nous
indique la masse qui se trouve au centre. Plus la mesure est précise, mieux on
connaît la masse et l’étendue de ce qu’entoure l’orbite des étoiles proches.

Les astronomes ont découvert que les étoiles situées tout au centre de la plupart
des galaxies se déplacent trop vite pour qu’étoiles, gaz et matière noire suffisent

chronologie
1933 1965
Jansky détecte le centre de Découverte des quasars
la Voie lactée par radio
Trous noirs supermassifs 141

à l’expliquer. On le voit dans le décalage Doppler


de leurs raies spectrales. Dans ces rapides mouve-
ments stellaires, des trous noirs géants au cœur
des galaxies sont en cause – ils sont des millions
ou des milliards de fois plus massifs que le Soleil
tout en étant contenus dans une région de la taille
de notre système solaire.

Le centre de notre galaxie Il y a un trou


noir au centre de la Voie lactée, lequel se trouve
dans la constellation du Sagittaire, près d’une
radiosource appelée Sag A*. Les astronomes ont
suivi des dizaines d’étoiles près de lui et leurs
Les trajectoires des
mouvements prouvent clairement la présence d’un trou noir. Les étoiles proches du
étoiles suivent leurs orbites sur plus d’une décennie, mais, quand elles centre de la Voie
s’approchent du trou noir, elles le contournent brusquement à toute lactée révèlent la
allure et sont rejetées sur des orbites allongées. Certaines comètes de présence d’un trou
noir
notre système solaire ont de telles orbites hors norme se déplaçant très
vite près du Soleil et ralentissant dans les confins glacés du système solaire. Les
étoiles du centre de la Voie Lactée nous indiquent la présence de quelque chose
de massif, compact et invisible, dont la masse est quatre millions de fois celle du
Soleil : un trou noir supermassif.

De la même manière, les radioastronomes mesurent la vitesse des sources particu-


lièrement brillantes au centre des galaxies, comme les masers H2O qui émettent
de puissantes ondes radio engendrées par l’excitation des molécules d’eau. Dans
plusieurs galaxies, l’existence d’un trou noir massif et compact a été déduite de
la vitesse des masers, qui suivent les lois de Kepler.

Relation bulbe – masse On pensait, avant 2000, que la présence dans les
galaxies de trous noirs supermassifs était l’exception. Il était clair qu’ils étaient
présents dans les galaxies actives ; on en trouvait dans quelques autres galaxies
plus calmes mais on ne voyait pas en eux des éléments clés. Cela changea rapi-
dement lorsque l’observation du centre des galaxies est devenue plus aisée grâce
aux nouveaux télescopes et à des instruments capables de mesurer la vitesse des
étoiles proches du centre : toutes les galaxies semblent abriter des trous noirs.
De plus, leur masse est proportionnelle à la masse du bulbe de la galaxie-hôte :
telle a été la conclusion d’une étude portant sur des centaines de galaxies pour

1993 2000
Les masers H20 révèlent la présence d’un trou Découverte de la corrélation entre les
noir dans la galaxie NGC 4258 masses du bulbe et du trou noir
142 50 clés pour comprendre l’astronomie

lesquelles les astronomes ont mesuré les vitesses des étoiles du centre galactique
– ce qui fournit la masse du centre – puis reporté ces valeurs sur un graphique
en fonction de la masse du bulbe : on obtint un rapport proche de un pour un.

Cette tendance est une surprise. Elle fait fi du type de galaxies, s’applique aussi
bien aux elliptiques qu’aux spirales, ce qui est source de questions nouvelles sur
les relations entre les différentes catégories de galaxies telles que décrites dans
le diapason de la séquence de Hubble. La couleur et l’âge de leurs étoiles ne
sont pas la seule chose que les bulbes galactiques et les galaxies elliptiques ont
en commun : cette nouvelle corrélation laisse penser que ces structures se sont
formées dans des conditions semblables. En fait, les disques sont peut-être des
attributs supplémentaires développés ou détruits ensuite, selon le destin de la
galaxie, à l’occasion de ses interactions avec d’autres.

La proportionnalité était aussi une surprise dans la mesure où le trou noir ne


représente qu’une partie – moins de 1 % – de la masse totale de la galaxie. Il n’a
donc pas d’influence sur le champ gravitationnel hors de son environnement
immédiat – une perle noire au cœur de la galaxie.

Graines ou vestiges ? Comment se forment les trous noirs supermassifs ?


Nous savons que des petits trous noirs peuvent apparaître lors de l’effondrement
d’étoiles massives en fin de vie – quand une étoile cesse de brûler, elle ne peut
plus se maintenir contre sa propre gravité et se tasse en une coquille dense. Mais
comment cela pourrait-il se produire sur une échelle des millions de fois plus
grande ? Une possibilité est que les trous noirs supermassifs soient les vestiges des
premières étoiles. Les premières étoiles à s’être formées étaient probablement très
grandes et ont vécu très peu : elles ont rapidement épuisé leur énergie et se sont
effondrées. Regroupées en amas, elles auraient été précipitées dans un unique
trou noir géant. À l’inverse, les trous noirs des centres galactiques pourraient
avoir existé avant les étoiles, dès la naissance de l’Univers ou peu après. Les trous
noirs auraient été avant tout les germes des galaxies. Graines ou vestiges ? Les
astronomes n’ont tout simplement pas la réponse à cette question !

« [Les trous noirs] nous enseignent que l’espace peut être


froissé comme une feuille de papier jusqu’à être réduit
en un point infinitésimal, que le temps peut être éteint
comme une flamme qu’on soufflerait et que les lois
que nous considérons comme “sacrées”
sont tout sauf immuables.
John Wheeler
»
Trous noirs supermassifs 143

La question qui vient ensuite est : comment la taille des trous noirs s’accroît-elle ?
Les astronomes pensent que les galaxies grandissent par fusion, en cannibalisant
les plus petites et en s’effondrant en de plus grosses. Mais il y a peu de galaxies
pour lesquelles il est évident qu’elles abritent deux trous noirs ou davantage,
même quand une fusion pourrait avoir eu lieu récemment. On peut penser que
les trous noirs centraux fusionnent très vite – mais mathématiques et simula-
tions nous disent autre chose : les trous noirs sont si denses qu’ils se comportent
davantage comme des boules de billard que comme de la pâte à modeler ; lancés
les uns contre les autres, ils rebondissent plutôt qu’ils ne s’agglutinent. Cet écart
entre la théorie des trous noirs et l’observation reste un grand mystère.

Rétroaction En admettant qu’un trou noir puisse grandir tranquillement,


de sorte que sa masse s’accroisse parallèlement à celle du bulbe qui l’abrite,
comment influence-t-il la galaxie ? Nous savons que, dans au moins 10 % des
galaxies, les trous noirs centraux sont actifs : nous les voyons comme des noyaux
de galaxies actives. On peut penser qu’ils passent par des phases d’activité et de
sommeil. En moyenne, ils doivent se mettre en marche en attirant des gaz pen-
dant 10 % de la durée de vie de la galaxie. À l’évidence, les quasars sont affectés
par l’énergie des explosions qui en résultent – de vastes éjections de gaz ionisés,
des radiations et, parfois, des particules émettant des ondes radio sont créées à
proximité d’un trou noir en même temps que de la matière y pénètre. Se pour-
rait-il que toutes les galaxies aient connu de telles phases d’activité ?

Les astronomes le pensent. Ils soupçonnent que les trous noirs suivent des cycles
d’activation dans le sillage des collisions de galaxie. Les fusions nourrissent les
trous noirs en leur apportant de nouvelles réserves de gaz en provenance de
l’autre galaxie. Le monstre se réveille, brillant et féroce aux longueurs d’onde des
rayons X, recrachant des explosions de chaleur et de particules. L’accumulation
de gaz déclenche aussi la formation de nouvelles étoiles et la galaxie passe par
une phase de changements considérables. À la fin, la provision de gaz s’épuise
et le trou noir, affamé, s’éteint. La galaxie redevient tranquille, jusqu’à la pro-
chaine fusion. En fin de compte, les trous noirs supermassifs pourraient être les
thermostats qui régulent la croissance des galaxies.

l’idée clé
Perle noire galactique
144 50 clés pour comprendre l’astronomie

36 é volution
galactique
L’idée que les galaxies évoluent d’un type vers un autre était déjà présente
dans la classification de Hubble où figurent à la fois les galaxies spirales et
elliptiques. Mais on ne sait toujours pas comment cela se fait. Les astronomes
ont caractérisé les différentes sortes de galaxies et dressé la carte de la
distribution de millions d’entre elles dans l’Univers. Ils lancent désormais de
grandes simulations informatiques afin de comprendre la façon dont elles se
constituent et à quel point leurs caractéristiques dépendent étroitement des
ingrédients élémentaires de l’Univers.

Pour comprendre l’évolution des galaxies, il faut partir du fond diffus cosmolo-
gique qui est la première image disponible de l’Univers bébé. Les points chauds
et froids qui parsèment sa surface indiquent les fluctuations de densité de la
matière, 400 000 ans après le Big Bang, résultant de minuscules irrégularités. Ces
racines ont poussé sous l’effet de la gravité. Des nuages d’hydrogène gazeux se
sont attirés pour former les premières étoiles et galaxies.

L’information suivante de l’Univers dont nous disposons est son important déca-
lage vers le rouge. Il faut du temps à la lumière pour parvenir jusqu’à nous ;
aussi voyons-nous les galaxies les plus lointaines telles qu’elles étaient il y a
des milliards d’années. Les astronomes peuvent littéralement voir le passé en
recherchant des objets plus loin encore. Les galaxies et quasars les plus lointains
que nous avons repérés nous envoient l’image de ce qu’ils étaient il y a 13 mil-
liards d’années. Nous savons donc que des galaxies s’étaient formées un mil-
liard d’années après le Big Bang (l’Univers est vieux de 13,7 milliards d’années).
Cela signifie que les galaxies se sont formées très rapidement, en bien moins de
temps que la durée de vie d’une étoile moyenne comme le Soleil qui se chiffre
en ­milliards d’années.

chronologie
1926 1965
Diapason de Hubble Découvertes des quasars et du fond
diffus cosmologique
évolution galactique 145

« L’Univers est éternel car il ne vit pas pour lui-même :


tandis qu’il se transforme, il insuffle la vie à d’autres.
»
Lao Tseu
Dès qu’on en arrive à la formation des galaxies, les astronomes se trouvent devant
un problème du genre de l’œuf et la poule : les étoiles sont-elles apparues les pre-
mières avant de se grouper pour former les galaxies ? Ou bien des nuages de gaz
de la taille d’une galaxie sont-ils apparus tout d’abord avant de se fragmenter en
une myriade d’étoiles ? On décrit ces scénarios en parlant de la formation des
galaxies « du plus petit au plus grand » – bottom up – ou au contraire « du plus
grand au plus petit » – top down. Pour trancher, il nous faut remonter encore plus
loin dans le temps afin de trouver des exemples de galaxies en formation. Mais il
est difficile de voir l’Univers de cette époque qui était plongé dans le brouillard
– on désigne cette période par « l’âge sombre ».

Réionisation Quand les photons qui composent le fond diffus cosmologique


ont été libérés, l’Univers est passé d’un état électriquement chargé et opaque
(électrons et protons pouvaient disperser les photons) à un état neutre et trans-
parent. Les atomes se sont formés quand l’Univers se fut suffisamment refroidi
pour qu’électrons et protons se lient, avec pour résultat un océan d’hydrogène
neutre avec, ici ou là, quelques poignées de particules lumineuses. Mais l’Univers
que nous voyons aujourd’hui est presque entièrement ionisé. L’espace intergalac-
tique est rempli de particules chargées tandis que l’hydrogène ne se trouve que
dans les galaxies ou de rares nuages.

Qu’est-il arrivé à l’hydrogène ? Il a été ionisé et dispersé lorsque les premières


étoiles sont nées – une période désignée sous le nom de réionisation. Les étoiles
étaient-elles isolées ou déjà regroupées au sein de galaxies ? Nous devrions pou-
voir répondre si nous voyions les étapes qui ont conduit à l’ionisation. Mais
enquêter sur l’âge sombre de l’Univers n’est pas aisé. Tout d’abord, nous n’avons
rencontré que très peu d’objets présentant un si grand décalage vers le rouge. Les
galaxies les plus lointaines sont très faibles, très rouges et essayer de les trouver
c’est un peu chercher une aiguille dans une botte de foin ! Et, quand bien même
on trouverait un objet avec des couleurs suggérant un fort décalage vers le rouge,
sa distance ne pourra pas être déterminée facilement. Les raies caractéristiques
de l’hydrogène sont décalées vers le rouge au-delà du visible, dans l’infrarouge,
où leur détection est difficile. Qui plus est, la lumière ultraviolette décalée vers
le rouge vers des longueurs d’onde du domaine visible est presque entièrement

1977 1992 2000 2020


Début du CfA Galaxy Détection de rides Début du Sloan Galaxy Le radiotélescope SKA, pour
Survey dans le fond diffus Survey Square Kilometre Array, devrait
cosmologique par le être opérationnel
satellite COBE
146 50 clés pour comprendre l’astronomie

absorbée s’il y a beaucoup d’hydrogène devant la source. Malgré tout, les astro-
nomes pensent qu’ils pourraient bien avoir vu une poignée de quasars à la limite
de l’époque de réionisation, là où l’absorption est incomplète.

Les astronomes espèrent trouver, dans la prochaine décennie, bien plus d’objets
datant de l’âge sombre. L’hydrogène gazeux absorbe aussi les ondes radio à des
longueurs d’onde caractéristiques : la raie spectrale en émission de longueur
d’onde égale à 21 cm est très importante ; elle est décalée vers le rouge à des lon-
gueurs d’onde plus importantes selon la distance de l’objet. La construction d’un
nouveau radiotélescope laisse espérer l’ouverture de fenêtres sur cette nouvelle
vue de l’univers lointain en basse fréquence. Un projet international essentiel, le
Square Kilometre Array, comprendra de nombreuses petites antennes radio répar-
ties sur un domaine d’un kilomètre carré. Il aura une sensibilité jamais atteinte
jusque-là et sera suffisamment puissant pour cartographier les structures d’hy-
drogène neutre dans l’univers lointain afin de localiser les premières galaxies.

Relevés Des centaines de galaxies lointaines ont été découvertes grâce à leurs
couleurs rouges caractéristiques. Certains types de galaxies apparaissent plus
que d’autres : les galaxies elliptiques et celles riches en hydrogène brillent rela-
tivement faiblement dans le bleu et l’ultraviolet, ce qui crée un « saut » dans
leur luminosité quand elles sont photographiées à travers une série de filtres de
couleurs attenantes. Les galaxies qui présentent une rupture prononcée (due à
l’absorption par l’hydrogène) sont appelées galaxies à discontinuité de Lyman.
Pour les décalages vers le rouge moins importants, les relevés comme le Sloan
Digital Sky Survey ont cartographié l’essentiel de l’univers proche. Nous avons
donc une assez bonne perspective sur la dernière moitié de l’histoire de l’Univers,
une vue plus sommaire dans les décalages vers le rouge plus importants, un trou
dans notre savoir concernant l’âge sombre et enfin un cliché de l’univers jeune
grâce au fond diffus cosmologique.

Trous noirs : quel bilan ?


Le rôle des trous noirs supermassifs dans peut être à l’origine de rayonnements
l’évolution galactique est une question féroces et d’écoulements au cœur d’une
essentielle non résolue. Les astronomes galaxie. Et les collisions peuvent expulser
pensent que la plupart des grandes galaxies les trous noirs au lieu de les ralentir suffi-
abritent des trous noirs dont la masse est samment pour qu’ils fusionnent. Le bilan
proportionnelle à la taille du bulbe galac- des trous noirs demande encore pas mal de
tique. Mais les trous noirs sont affectés par mises au point.
les collisions – le gaz s’effondrant dedans
évolution galactique 147

Munis de ces informations, les astronomes


«
La hiérarchie, ça

»
essayent de reconstituer la façon dont les fonctionne bien dans un
galaxies et les structures de grande échelle
se forment. À l’aide de superordinateurs,
environnement stable.
ils mettent au point de grands programmes Mary Douglas
capables de faire croître les galaxies à partir
des premières graines de la gravitation. Les
éléments qu’ils y introduisent comprennent des gaz et différentes sortes de
matière noire, les contraintes provenant des fluctuations initiales de densité
détectées dans le fond diffus et dans les groupements de galaxies qui en sont
proches.
Modèles hiérarchiques Le modèle actuellement le plus admis avance que
se sont formées en premier de petites galaxies qui, au fil du temps, sont entrées
en collision entre elles et ont fusionné pour donner de plus grandes galaxies.
C’est ce qu’on appelle le modèle hiérarchique. Aujourd’hui, chaque galaxie a
son arbre généalogique fait de nombreuses galaxies plus petites englouties. Les
collisions galactiques peuvent être terribles ; elles peuvent facilement dérégler
une galaxie au point d’en modifier la nature. Deux galaxies spirales peuvent
se pénétrer l’une l’autre, ne laissant qu’un désordre qui se stabilise en galaxie
elliptique. Puis cette dernière peut, ultérieurement, dérober un disque à une
voisine riche en gaz. Des règles simples d’épousailles peuvent donner naissance
à de nombreux types de galaxies. Mais, globalement, dans ce modèle, la taille
des galaxies s’accroît.
Les galaxies ne sont pas qu’étoiles et gaz : il y a aussi la matière noire dispersée
dans un « halo » sphérique. La nature de cette matière noire influe sur la façon
dont les galaxies entrent en collision et s’assemblent. Pour ajuster tout cela aux
galaxies que nous voyons aujourd’hui, les simulations nous disent que la matière
noire ne devrait pas être trop bourrée d’énergie : une matière noire « froide » en
déplacements lents serait plus adaptée que son équivalent « chaud » filant à toute
vitesse, ce qui empêcherait les galaxies de se coller entre elles. Outre la matière
noire, il y a aussi l’énergie noire – une force qui agit à l’inverse de la gravité aux
grandes échelles. Les meilleurs résultats sont obtenus avec des modèles utilisant
une matière noire froide et une quantité modeste d’énergie noire.

l’idée clé
Petite galaxie
deviendra grande
148 50 clés pour comprendre l’astronomie

37 Lentilles
gravitationnelles
Il y a lentille gravitationnelle quand un objet massif fait converger la lumière
provenant de sources situées derrière lui. Considérées comme les télescopes
de la nature, les lentilles gravitationnelles amplifient la lumière des quasars,
des galaxies et des étoiles qui se trouvent derrière elles, produisant des
images démultipliées, des arcs et, à l’occasion, des anneaux. Il s’agit là d’un
outil puissant pour l’astronomie : on peut l’utiliser pour rechercher la trace
de matériaux sombres à travers l’Univers, en particulier la matière noire.

En développant la Relativité générale, Albert Einstein se rendit compte que les


objets massifs déforment l’espace-temps. Par suite, les rayons lumineux qui
passent à proximité suivent des trajectoires courbes plutôt que droites. Il en
résulte une inclinaison des rayons lumineux qui ressemble à celle due à l’action
d’une lentille : de là le nom de lentille gravitationnelle.

En 1919, pendant une éclipse totale de Soleil, le physicien Arthur Eddington


confirma la prédiction d’Einstein : les rayons de lumière contournent les masses.
Alors qu’il observait une étoile non loin du limbe du Soleil, Eddington remarqua
que sa position était légèrement décalée lorsqu’elle était près du Soleil. Dans
l’image de l’espace-temps comme étant une bande de caoutchouc, lorsque l’astre
lourd qu’est Soleil y imprime une dépression, les rayons arrivant d’une étoile
lointaine le contournent quand ils passent à côté de lui. Quand le rayon lumi-
neux atteint nos yeux, après que sa trajectoire a été déviée par le Soleil, il paraît
provenir d’une direction légèrement différente.

En 1936, Einstein a développé la théorie des lentilles gravitationnelles. Un an


plus tard, l’astronome Fritz Zwicky affirmait que les amas géants de galaxies

chronologie
1915 1919
Théorie de la Relativité Eddington confirme la Relativité grâce à
générale d’Einstein une observation lors d’une éclipse solaire
Lentilles gravitationnelles 149

«
Tout corps persévère dans son état de repos ou
de mouvement rectiligne uniforme, sauf cas contraire.
»
Arthur Eddington

pourraient se comporter comme des lentilles, leur immense attraction gravita-


tionnelle déformant les images des galaxies et des quasars situés derrière eux.
Mais ce n’est qu’en 1979 que cet effet fut découvert : on a repéré l’image double
d’un quasar – deux quasars attenants avec des spectres identiques.

Images démultipliées Une galaxie massive se tenant entre nous et un


quasar peut donner plusieurs images de ce dernier. La masse de la galaxie dévie
en les incurvant les rayons lumineux en provenance du quasar lorsqu’ils passent
près d’elle. En général, de telles configurations géométriques produisent un
nombre impair d’images – dans l’exemple de l’image double du quasar ci-dessus,
par exemple, une troisième image plus vague serait aussi visible. L’intensité des
images du quasar à travers cette lentille est aussi amplifiée : la déviation des
rayons renvoie la lumière vers l’avant depuis toutes les directions, aussi bien
les bords du quasar que l’avant, la canalisant vers nous. À travers une lentille
gravitationnelle, l’image d’un objet peut être bien plus brillante que l’original.

Étirement en arcs par une lentille gravitationnelle des galaxies d’un amas lointain

1936-1937 1979 2001


Einstein et Zwicky prédisent Première image dédoublée par L’étude utilisant la microlentille
l’existence de lentilles lentille gravitationnelle d’un gravitationnelle permet de découvrir des
gravitationnelles quasar MACHO dans la direction des nuages de
Magellan
150 50 clés pour comprendre l’astronomie

Les lentilles ne sont d’ordinaire


Rayon réel du quasar
pas exactement alignées entre
Rayon image de quasar
nous et un quasar lointain. Une
Image du telle disposition fournit plusieurs
quasar images, comme le montre le
schéma ci-contre. Mais, si l’objet
à l’arrière est, par rapport à nous,
exactement dans l’alignement de
la lentille, alors la lumière qui en
Terre provient s’étale de façon régu-
Quasar
lière en un cercle appelé anneau
Galaxie massive d’Einstein. Si la lentille est un
Image du tout petit peu décalée, l’anneau
quasar se brise en arcs et points mul-
tiples.

Par suite, les rayons lumineux provenant d’un objet à travers une lentille gravi-
tationnelle nous parviennent légèrement décalés dans le temps : ils suivent des
chemins différents. Si le quasar situé à l’arrière de la lentille connaît des embra-
sements fugitifs, l’image résultant du chemin le plus long s’enflammera avec un
léger décalage qui, si la géométrie de la lentille est bien connue, peut servir à la
détermination de la constante de Hubble, c’est-à-dire du rythme d’expansion de
l’Univers.

Si l’objet situé à l’arrière est une galaxie, qui est étendue et n’apparaît pas comme
ponctuelle comme c’est le cas d’un quasar, chaque partie de la galaxie forme
une image à travers la lentille et l’ensemble apparaît étalé et plus brillant. Les
galaxies lointaines sont d’habitude très pâles ; aussi les lentilles gravitationnelles
représentent-elles un outil puissant pour révéler l’univers primitif. Les galaxies
dont l’image est amplifiée par des amas très massifs sont particulièrement inté-
ressantes. Dans ce cas, il y a souvent des arcs brillants, chacun indiquant qu’à
l’arrière il y a une galaxie dont l’image est étalée par la masse de l’amas. La géo-
métrie de ces arcs permet aux astronomes non seulement de déterminer cette
masse mais aussi d’analyser les caractéristiques de ces galaxies lointaines.

Lentilles de faible puissance Images multiples, arcs et anneaux appa-


raissent quand les lentilles sont de forte puissance, c’est-à-dire quand la masse de
la lentille est concentrée et son action gravitationnelle importante. Mais on peut
détecter des effets de lentille plus faibles, la masse étant plus étalée à travers l’es-
pace. Aux bords des amas, par exemple, les galaxies ont tendance à être légère-
ment étirées. Chaque galaxie étant de forme elliptique, il est difficile de savoir si
elle est étirée ou s’il s’agit de sa forme normale. Mais, dans l’ensemble, on réussit
à faire des distinctions. Lorsque l’image des galaxies est légèrement étirée par
Lentilles gravitationnelles 151

effet de lentille, cela se fait


« Quelque chose d’inconnu est

»
en suivant une tangente d’un en train de faire
cercle, un contour qui clô-
ture la masse. Ainsi, pour un
nous ne savons quoi.
amas circulaire, les galaxies Arthur Eddington
sont statistiquement étirées
en sorte qu’elles tendent à
former un anneau autour de lui.

De même, un champ de galaxies situé à l’arrière-plan peut être étiré et déformé


par de la matière distribuée sur une plus vaste zone à l’avant. On voit alors
l’univers lointain comme à travers une vieille fenêtre aux verres d’épaisseur iné-
gale plutôt qu’à travers une lentille claire. Les astronomes ont découvert des
motifs résultant de lentilles de faible puissance dans les images du ciel profond
en recherchant des corrélations entre les directions de l’orientation de galaxies
elliptiques. Si l’on suppose que ces corrélations sont dues à l’effet de lentille, ils
peuvent déterminer la distribution de matière au premier plan et tenter ainsi de
circonscrire celle de la matière noire dans l’espace.

Microlentilles Il y a aussi les microlentilles gravitationnelles. C’est un phé-


nomène qui se produit quand des objets de petite échelle passent devant une
source située à l’arrière-plan ou quand la masse de la lentille est voisine de celle
de l’objet lointain, ce qui ne lui permet d’intercepter sa lumière que partielle-
ment. Une telle technique a été utilisée pour rechercher des objets de la taille
de Jupiter, candidats à être faits de matière noire : les MACHO (voir chapitre 9).
Dans les années 1990, les astronomes ont observé des millions d’étoiles en direc-
tion du centre de la galaxie et des nuages de Magellan, pistant leur luminosité
nuit après nuit pendant des années. Ils recherchaient des étoiles dont l’éclat s’in-
tensifiait brusquement avant de baisser rapidement d’une façon caractéristique
due à l’amplification causée par une masse au-devant. Une équipe travaillant en
Australie découvrit des dizaines d’événements de cette sorte qu’ils attribuèrent à
des étoiles mortes ou à des planètes gazeuses isolées ayant approximativement la
même masse que Jupiter. La plupart furent observées vers le centre de la galaxie
plutôt que dans les nuages de Magellan, ce qui suggérait qu’il y avait davantage
de ces objets de la taille d’une planète dans notre galaxie que dans les régions
extérieures à la Voie lactée. La contribution de ces MACHO au bilan de la matière
noire de cette dernière était petite. On recherche toujours d’autres représentants
de la matière noire.

l’idée clé
Les télescopes de la nature
152 50 clés pour comprendre l’astronomie

38 C
 lasser les étoiles
La couleur d’une étoile nous livre les secrets de sa température et de sa
composition chimique, toutes choses liées, en fin de compte, à sa masse.
Au début du xxe siècle, les astronomes ont classé les étoiles selon la nuance
de leur couleur et leur spectre : ils ont découvert des structures qui faisaient
penser à une physique sous-jacente. La classification des étoiles a été l’œuvre
d’un groupe remarquable de femmes astronomes qui travaillèrent à Harvard
dans les années 1920.

En y regardant de près, vous pourrez remarquer que les étoiles se montrent sous
de nombreuses couleurs différentes. Notre Soleil est jaune, mais Bételgeuse est
rouge, Arcturus jaune aussi et Véga bleu-blanc. L’astronome William Herschel a
nommé un amas d’étoiles de l’hémisphère sud « La boîte à bijoux » parce qu’« il
brillait comme un coffret de pierres précieuses de différentes couleurs » à travers
son télescope.

Que nous disent les couleurs ? C’est la température qui est la cause
principale des nuances. Les étoiles les plus chaudes apparaissent en bleu et leur
surface peut atteindre la température de 40 000 K ; les étoiles les plus froides
luisent en rouge et ne font que quelques milliers de kelvins. Entre les deux, en
allant vers des atmosphères de plus en plus froides, la couleur d’une étoile tend
vers le blanc, le jaune, l’orange.

Cette suite de couleurs reflète le rayonnement de corps noir des corps qui sont
émetteurs et récepteurs tout prêts de chaleur. De l’acier en fusion au charbon des
barbecues, la couleur dominante du rayonnement – la fréquence maximale des
ondes électromagnétiques émises – suit la température. Les étoiles aussi émettent
dans une gamme étroite de fréquences avec, en gros, un maximum du même ordre
bien que leur température soit de loin supérieure à celle des morceaux de charbon.

Spectres d’étoiles À la fin du xixe siècle, les astronomes observèrent avec


davantage d’attention la lumière des étoiles, la décomposant comme le fait un
arc-en-ciel. De la même façon que le spectre du Soleil présente des sauts à cer-

chronologie
1880
Pickering embauche des femmes à Harvard pour
répertorier les étoiles
Classer les étoiles 153

Les calculatrices de Harvard


Les astronomes de Harvard qui réalisèrent Pickering embaucha des femmes parce
cette classification à la fin du xixe siècle for- qu’elles étaient fiables et moins payées que
maient un groupe inhabituel pour l’époque. des hommes. Plusieurs de ces « calculatrices
Le responsable de l’observatoire, Edward de Harvard  » devinrent des astronomes
Pickering, embaucha de nombreuses femmes célèbres par elles-mêmes, dont Annie Jump
pour assurer les tâches répétitives mais hau- Cannon – qui publia les types spectraux stel-
tement qualifiées nécessaires à l’étude de laires OBAFGKM en 1901 – et Cecilia Payne
centaines d’étoiles, allant de minutieuses Gaposchkin – qui établit en 1912 que la
mesures faites à partir de plaques photo- température était sous-jacente à cette clas-
graphiques jusqu’aux analyses numériques. sification.

taines longueurs d’onde – les raies de Fraunhofer –, celui des étoiles est strié de
raies sombres correspondant à l’absorption de leur lumière par les gaz chauds qui
les entourent. L’enveloppe extérieure, plus froide, absorbe la lumière produite
par l’intérieur, plus chaud.

L’hydrogène est l’élément le plus abondant dans les étoiles : ses raies d’absorp-
tion sont donc facilement visibles dans leur spectre. Les longueurs d’onde absor-
bées traduisent les niveaux d’énergie de l’atome d’hydrogène. Ces fréquences
produisent des photons possédant l’exacte quantité d’énergie nécessaire pour
permettre à l’électron périphérique de l’atome de passer d’un échelon à un autre.
Les niveaux d’énergie sont, comme les frettes d’une guitare, plus rapprochés dans
les hautes fréquences ; aussi les raies d’absorption qui en résultent – qui corres-
pondent aux écarts entre les frettes – forment-elles une suite caractéristique.

Par exemple, un électron au premier niveau d’énergie peut absorber un photon


et passer ainsi au deuxième niveau ; en en absorbant un peu plus, il peut passer
au troisième niveau, voire en absorber davantage et passer au quatrième, et ainsi
de suite. Chacune de ces étapes impose la fréquence d’une raie d’absorption. Si
les électrons sont déjà au deuxième niveau, les choses se passent de façon sem-
blable mais avec un léger décalage vers les énergies plus élevées. Même chose
pour le troisième niveau. Pour l’atome d’hydrogène, de telles séries de raies

1901 1906 1912


Publication des types spectraux Identification de géantes et Compréhension du lien entre
stellaires OBAFGKM naines rouges température et couleur
154 50 clés pour comprendre l’astronomie

sont nommées en hom-


mage à de grands phy-
siciens : la première des
séries des plus hautes éner-
gies, située dans l’ultra-
violet, est appelée série
de Lyman ; ses raies sont
O B A F G K M Lyman-alpha, Lyman-
bêta, Lyman-gamma, etc.
La série suivante, située dans la partie visible du spectre, est la série de Balmer
dont les raies primaires sont appelées, le plus souvent, H-alpha, H-bêta, etc.
L’intensité de chacune des raies de l’hydrogène dépend de la température du
gaz qui l’absorbe : en mesurant les intensités relatives des raies, les astronomes
peuvent donc estimer la température de ce dernier. D’autres éléments chimiques
de la couche externe de l’étoile absorbent la lumière et l’intensité de leurs raies
peut aussi signaler la température. Les étoiles froides peuvent avoir des raies
d’absorption intenses provenant d’autres éléments plus lourds, comme le car-
bone, le calcium, le sodium et le fer. Parfois, elles révèlent même la signature de
molécules, comme le dioxyde de titane qu’on trouve fréquemment – le même
produit chimique que celui qui est utilisé dans les crèmes solaires. Les éléments
lourds – auxquels les astronomes se réfèrent sous le nom collectif de « métaux »
– ont tendance à rendre les étoiles plus rouges.
Classification L’identification des espèces constitue pour les naturalistes un
moyen de comprendre l’évolution. De la même manière, les astronomes ont clas-
sifié les étoiles d’après les caractéristiques de leur lumière. Au départ, les étoiles
ont été classées d’après l’intensité de leurs différentes raies d’absorption mais une
approche plus holiste a été développée aux États-Unis, à la fin du xixe siècle et au
début du xxe, au Harvard College Observatory.

Magnitudes
L’éventail des luminosités des étoiles est très etc. Le facteur multiplicatif est d’environ 2,5.
étendu et, en astronomie, on les mesure sur Si les distances sont connues, la « magnitude
une échelle logarithmique. On a attribué absolue » d’une étoile peut être trouvée : il
à l’étoile brillante Véga la magnitude 0 ; s’agit de sa luminosité à une distance fixée,
l’étoile la plus brillante, Sirius, a une magni- généralement 10 parsecs (32,6 années-
tude de – 1,5. Les étoiles moins brillantes ont lumière).
des magnitudes qui vont croissant : 1 puis 2,
Classer les étoiles 155

Le système de Harvard est


toujours en vigueur : il classe
les étoiles en fonction de
« Une tentative d’étudier
l’évolution des organismes vivants
sans référence à la cytologie serait
leur température. Des plus
aussi vaine qu’une description

»
chaudes, à presque 40 000
K, aux plus froides, à 2 000 de l’évolution des étoiles qui
K, les étoiles sont réparties ignorerait la spectroscopie.
dans des catégories nommées
par les lettres OBAFGKM. J.B.S. Haldane
Les étoiles de classe O sont
chaudes et bleues ; celles de classe M sont froides et rouges. Le Soleil est une
étoile de classe G, avec une température de surface d’environ 6 000 K. Cette suite
apparemment aléatoire de lettres s’est imposée pour des raisons historiques, en
remettant ensemble d’anciennes catégories spectrales qui avaient été nommées
soit par types d’étoiles soit par ordre alphabétique. Les astronomes se rappellent
cette suite de lettres à l’aide de moyens mnémotechniques, le plus connu étant :
« Oh be a fine girl/guy kiss me ». Le système a depuis été affiné : des sous-catégo-
ries ont été créées, numérotées de 0 à 10 : une étoile de classe B5 est donc à mi-
chemin entre une étoile de classe B et une de classe A. Le Soleil est de classe G2.

La plupart des étoiles trouvent leur place dans le système OBAFGKM mais
quelques-unes non. En 1906, l’astronome danois Ejnar Hertzsprung a remarqué
que les étoiles les plus rouges ont des formes démesurées : les géantes rouges,
comme Bételgeuse, brillent davantage que le Soleil et ont des rayons des cen-
taines de fois plus grands que le sien ; les naines rouges sont bien plus petites
et moins brillantes que le Soleil. D’autres catégories d’étoiles ont suivi, dont les
naines blanches chaudes, les étoiles froides au lithium, les étoiles carbonées, les
naines brunes. On a aussi identifié des étoiles bleues chaudes à raies d’émission
et des étoiles Wolf-Rayet – des étoiles chaudes avec une puissante éjection de
matière et que l’on voit dans des raies d’absorption étendues. Les catégories
d’étoiles forment un véritable zoo, ce qui suggère l’existence de lois expliquant
les étoiles aussi bien que leurs caractéristiques. Les astronomes ont dû déterminer
leur évolution, c’est-à-dire comment elles passent d’un type à un autre au fil de
leur combustion.

l’idée clé
Les espèces d’étoiles
156 50 clés pour comprendre l’astronomie

39 é volution stellaire
Les durées de vie des étoiles sont comprises entre quelques millions et des
dizaines de milliards d’années. Le lien entre couleur et luminosité montre
qu’elles ont une évolution similaire déterminée par leur masse. Leurs
caractéristiques sont dues aux réactions de fusion nucléaire qui se déroulent
en leur cœur. Tous les éléments qui nous entourent, comme ceux de
notre corps, ont été produits par les étoiles. Nous sommes vraiment de la
poussière d’étoiles !

La couleur des étoiles indique en général leur température : les étoiles bleues
sont chaudes, les rouges froides. Mais la luminosité caractéristique d’une étoile
varie aussi avec sa couleur. Les étoiles chaudes et bleues ont tendance à être plus
brillantes que celles qui sont froides et rouges. Deux astronomes, le Danois Ejnar
Hertzsprung en 1905 et l’Américain Henry Norris Russell en 1913, remarquèrent
indépendamment l’un de l’autre ces liens entre couleur et luminosité dans les
étoiles. Le nom des deux astronomes est aujourd’hui accolé pour désigner un
diagramme qui représente la luminosité des étoiles en fonction de leur couleur :
le diagramme de Hertzsprung-Russell – diagramme HR en abrégé.

Diagramme HR Sur ce dernier, 90  % des étoiles, y compris le Soleil, se


trouvent sur une bande diagonale qui part des étoiles bleues chaudes et brillantes
et va vers les rouges froides et plus pâles. Cette bande est désignée sous le nom de
séquence principale. En plus de la séquence principale, d’autres groupes d’étoiles
ressortent clairement sur le diagramme HR. On note une branche de géantes
rouges : des étoiles rouges de couleur semblable mais dont les luminosités s’éche-
lonnent ; une population de naines blanches : des étoiles chaudes mais pâles ;
une branche séparée de céphéides, aux couleurs qui s’échelonnent mais à la
luminosité semblable. De telles configurations laissent entendre qu’il y a une
cohérence dans la façon dont naissent et évoluent les étoiles. Mais ce ne fut que
dans les années 1930 que les astronomes comprirent pourquoi les étoiles brillent.

chronologie
1905-1913
Publication par Hertzsprung et Russel d’un classement des
étoiles par couleur et luminosité
Évolution stellaire 157

« Je vous demande d’explorer les deux voies. Parce que


le chemin de la connaissance des étoiles passe par l’atome.
Et qu’une bonne connaissance de l’atome a pu être
atteinte grâce aux étoiles.
Sir Arthur Eddington
»
Fusion Les étoiles, y compris notre Soleil, brillent du fait de réactions de fusion
nucléaire – la fusion de noyaux atomiques légers qui en forme de plus lourds et
libère de l’énergie. Quand ils sont suffisamment comprimés, les noyaux d’hydro-
gène peuvent fusionner pour produire de l’hélium, libérant une grande quantité
d’énergie au passage. Progressivement, en bâtissant des noyaux de plus en plus
lourds à travers une série de réactions nucléaires, tous les éléments que nous
avons autour de nous peuvent théoriquement être créés dans les étoiles à partir
de rien.

Réaliser la fusion d’éléments, même les plus légers comme l’hydrogène, néces-
site des températures et des pressions gigantesques. Pour que deux noyaux
fusionnent, il faut triompher des forces qui assurent la cohésion de chacun
d’eux. Les noyaux sont faits de protons et de neutrons liés ensemble par l’inte-
raction nucléaire forte. Cette dernière, qui n’agit qu’à l’échelle minuscule des
noyaux, est la glu qui surclasse les forces électriques de répulsion entre protons
chargés positivement. L’interaction nucléaire forte n’ayant qu’une faible portée,
les petits noyaux sont davantage soudés que les plus gros. Le bilan final est
que, dans la fusion des noyaux, l’énergie moyenne nécessaire par nucléon croît
avec le poids atomique jusqu’au nickel et au fer, qui sont très stables, et décroît
ensuite pour les noyaux plus gros. Ces derniers sont plus facilement brisés par
un choc peu important.

La barrière énergétique à franchir pour la fusion la plus petite est celle des iso-
topes de l’hydrogène, qui ne contiennent qu’un seul proton. La réaction de
fusion la plus simple se fait entre deux atomes d’hydrogène (un proton), ce qui
donne du deutérium (un proton et un neutron), avec émission d’un positron et
d’un neutrino isolé. Mais, pour amorcer ne serait-ce que cette réaction, il ne faut
pas moins de 10 millions de kelvins !

1820 1939 1957


Arthur Eddington avance que le Hans Bethe découvre la physique de Article sur la nucléosynthèse publié
rayonnement des étoiles vient de la fusion de l’hydrogène par B2FH
réactions de fusion
158 50 clés pour comprendre l’astronomie

106 Poussière d’étoiles Le phy-


sicien allemand Hans Bethe,
105 Rigel
Bételgeuse décrivit en 1939 la façon dont les
Deneb
étoiles brillent en convertissant les
10 4
noyaux d’hydrogène (des protons)
Supergéantes en noyaux d’hélium (deux protons
Luminosité intrinsèque (Soleil = 1)

Spica
103
Séquence
et deux neutrons). Des particules
principale Capella Aldébaran supplémentaires (positrons et neu-
102 Véga Arcturus trinos) sont impliquées dans la
Sirius A Pollux transformation en sorte que deux
10
Altaïr Procyon A
protons de départ sont transformés
en neutrons dans le processus. La
1
Soleil fabrication d’éléments plus lourds
se produit ensuite par étapes dans la
10–1
cuisine nucléaire, mettant en œuvre
Naines des recettes explicitées en 1957 dans
10–2 blanches un important article de Geoffrey
Sirius B Burbidge, Margaret Burbidge,
10–3
Procyon B William Fowler et Fred Hoyle, connu
40,000 20,000 10,000 6,000 4,000 3,000 2,000 sous le nom de B2FH.
Température de surface des étoiles (K)
Les noyaux plus gros se forment en
fusionnant d’abord l’hydrogène, puis l’hélium, puis d’autres éléments plus légers
que le fer et, dans quelques cas, des éléments plus lourds que le fer. Les étoiles
telles que notre Soleil brillent parce qu’elles transforment par fusion essentiel-
lement de l’hydrogène en hélium et cela se fait suffisamment lentement pour
que les éléments lourds ne soient produits qu’en faible quantité. Dans les étoiles
plus grosses, la réaction est accélérée par l’implication du carbone, de l’azote et
de l’oxygène dans des réactions apparaissant plus tardivement. Plus d’éléments
lourds sont alors produits plus vite. Une fois que l’hélium est présent, le car-
bone est fabriqué à partir de lui (trois atomes d’hélium-4 fusionnent, en passant
par l’instable béryllium-8). Une fois qu’une certaine quantité de carbone s’est
formée, il peut fusionner avec l’hydrogène pour former de l’oxygène, du néon et
du magnésium. Ces transformations lentes se font pendant la plus grande partie
de la vie de l’étoile.

« Nous sommes des débris de matière stellaire ayant


refroidi par accident, des débris d’étoile ratée.
»
Sir Arthur Eddington
Évolution stellaire 159

Pas de panique !
Même si les réactions nucléaires au cœur du Soleil s’interrompaient aujourd’hui, comme il faut
un million d’années aux photons produits pour atteindre la surface, nous ne remarquerions rien
pendant un certain temps. Cela dit, il y a de nombreuses preuves historiques montrant que la
puissance du Soleil reste pratiquement constante.

Les caractéristiques d’une étoile sont ensuite gouvernées par sa structure. Les
étoiles doivent équilibrer trois forces : l’effondrement gravitationnel sous l’effet
de leur propre masse ; la pression interne due aux gaz et au rayonnement qui a
tendance à les faire gonfler ; et les moyens par lesquels la chaleur est transportée
à travers les couches de gaz. Les deux premiers facteurs contrôlent la structure
de l’étoile, une série de couches, comme dans un oignon, dont la densité décroît
avec la distance au centre. Les réactions de fusion se produisent profondément
enfouies à l’intérieur de l’étoile, là où la pression est la plus élevée. La chaleur
produite doit alors traverser l’étoile pour s’échapper à sa surface. Cette chaleur
peut être évacuée de deux façons : par rayonnement, comme pour la lumière
solaire, ou par mouvements de convections, comme dans l’eau bouillante.

Durée de vie La durée de vie d’une étoile de la séquence principale est déter-
minée par le rythme des réactions de fusion dont elle est le siège et par sa masse.
La vitesse de réaction est très sensible à la température et à la densité du cœur
de l’étoile, nécessitant des températures dépassant 10 millions de degrés et des
densités supérieures à 10 kg par cm3. Les étoiles massives ont des cœurs plus
chauds et plus denses et épuisent leur carburant plus vite que les étoiles qui le
sont moins. Une étoile semblable à notre Soleil vit sur la séquence principale
environ 10 milliards d’années. Une étoile 10 fois plus lourde sera des milliers de
fois plus brillante mais ne tiendra que 20 millions d’années. Une étoile ayant une
masse dix fois plus petite que celle du Soleil peut être des milliers de fois moins
brillante mais subsistera pendant environ 1 000 milliards d’années. Ce qui est
beaucoup plus long que l’âge actuel de l’Univers… Nous ne sommes pas prêts de
voir les plus petites étoiles mourir !

l’idée clé
Le carburant des étoiles
160 50 clés pour comprendre l’astronomie

40 Naissances
d’étoiles
Les étoiles naissent lorsque des nuages de gaz sont comprimés par la gravité
en boules compactes. Pendant l’effondrement, la pression et la température
du gaz augmentent jusqu’à devenir suffisantes pour soutenir l’étoile et
empêcher son effondrement ultérieur. Si la masse de la boule de gaz est
suffisamment grande, la pression au centre peut enclencher les réactions
de fusion : l’étoile s’allume.

La plupart des étoiles se forment au sein d’immenses nuages moléculaires,


réservoirs de gaz dense à l’intérieur des galaxies. La Voie lactée abrite environ
6 000 nuages moléculaires, qui représentent environ la moitié de sa masse totale
de gaz. Parmi les exemples proches, la nébuleuse d’Orion à quelque 1 300 années-
lumière (1,2 × 1 016 km) et le complexe nuageux Rhô Ophiuchi, à 400 années-
lumière. De telles régions peuvent faire plusieurs centaines d’années-lumière de
diamètre et contenir suffisamment de gaz pour fabriquer des millions de soleils.
Ils présentent une densité de gaz 100 fois plus grande que celle communément
trouvée dans l’espace interstellaire où la norme est inférieure à un atome par cm3.

L’espace interstellaire est composé à 70 % d’hydrogène, le reste étant de l’hé-


lium et des traces d’éléments plus lourds. Les nuages denses peuvent être suffi-
samment froids pour abriter des molécules d’hydrogène (H2) aussi bien que des
atomes. Souvent à une température de quelques degrés au-dessus du zéro absolu,
les nuages moléculaires comprennent quelques-uns des points les plus froids de
l’Univers. La nébuleuse du Boomerang, par exemple, a une température de 1 K,
ce qui est moins que les 3 K du fond diffus cosmologique !

chronologie
1780 1902
William Herschel observe des Publication par James Jeans de la théorie
étoiles binaires de la formation de sphère par effondrement
gravitationnel
Naissances d’étoiles 161

« La lumière qui nous ferme les yeux ne nous est


que ténèbres. Seul point le jour où nous
nous éveillons. Il y a plus de jour à poindre.
Le Soleil n’est qu’une étoile du matin.
Henry David Thoreau
»
Protoétoiles Les étoiles naissent, à l’intérieur des nuages, là où la densité
de gaz dépasse la moyenne. On ne sait pas pourquoi cela se produit : peut-être
simplement à cause des turbulences ou de la perturbation que crée l’explosion
d’une supernova proche. Des champs magnétiques peuvent aussi y jouer un rôle.

Une fois qu’un nuage de gaz de taille suffisante est formé, la gravité entre en
scène et s’occupe de la suite. La boule se concentre, sa pression augmente, sa
chaleur aussi. L’énergie potentielle gravitationnelle est alors libérée, comme
lorsqu’une balle accélère pendant qu’elle roule au bas d’une pente. Les deux
actions – chaleur et pression – s’opposent à l’attraction gravitationnelle et s’ef-
forcent d’arrêter l’effondrement de la sphère en la gonflant. La masse critique qui
définit l’équilibre entre ces deux ensembles de forces est appelée masse de Jeans,
d’après le nom du physicien James Jeans. Les nuages qui la dépassent continuent
à évoluer, les autres non.

étoiles doubles
Les étoiles doubles peuvent être identifiées de différentes façons : visuel-
lement, en les recherchant avec un télescope ; par analyse spectrale, en
observant les décalages Doppler dans les raies qui montrent qu’elles sont
en orbite l’une autour de l’autre ; en observant les éclipses, quand l’une des
étoiles occulte l’autre en passant devant elle ; enfin par astrométrie : quand
une étoile paraît osciller légèrement, cela indique la présence d’une étoile
compagnon. William Herschel, dans les années 1870, fut l’un des premiers à
observer des paires d’étoiles, en recensant des centaines dans un catalogue.

1994 2009
Le télescope spatial Hubble permet la découverte de Lancement de l’observatoire spatial
disques autour d’étoiles en formation dans la nébuleuse Herschel
d’Orion
162 50 clés pour comprendre l’astronomie

« Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher


d’une étoile qui danse.
»
Friedrich Nietzsche

Par gravité, la zone peut attirer davantage de matière provenant de son voisi-
nage qui, en tombant vers elle, peut lui permettre de s’effondrer encore plus.
Pendant que le nuage rétrécit, il s’échauffe et commence à luire. Quand sa tem-
pérature atteint environ 2 000 K, elle est suffisante pour briser les molécules
d’hydrogène et ioniser les atomes dans le nuage hôte. Une nouvelle façon de
libérer l’énergie thermique s’étant présentée, l’étoile s’effondre encore davantage
jusqu’à atteindre le point où elle n’est plus soutenue que par sa propre pression
interne. On parle alors de protoétoile.

Les protoétoiles poursuivent leur croissance en agrégeant de la matière. Cela


se fait à travers la formation d’un disque plat, appelé disque circumstellaire,
qui canalise efficacement la matière. Une fois que la protoétoile a avalé toute
la matière de son voisinage immédiat, sa croissance cesse et elle se contracte à
nouveau. Elle finit par devenir suffisamment compacte pour amorcer la fusion
de l’hydrogène dans son cœur dense : elle est devenue étoile. Pour une étoile de
la taille du Soleil, ce processus dure 100 000 ans. Une fois qu’elle est soumise à
la fusion, l’étoile acquiert une température et une couleur qui la situent sur la
séquence principale où elle va évoluer en suivant les règles de la physique.

Il est difficile d’observer des étoiles en formation : elles luisent faiblement et


sont profondément enfouies dans les nuages moléculaires. Il faut observer dans
l’infrarouge ou au-delà pour voir leur lueur, occultée par la poussière. On a pu
observer des disques autour d’étoiles massives dans la nébuleuse d’Orion à l’aide
du télescope spatial Hubble. D’autres observations faites avec des télescopes de

L’observatoire spatial Herschel


L’observatoire spatial Herschel, de l’Agence télescopes. Herschel cible les premières
spatiale européenne, lancé en 2009, s’efforce galaxies, les nuages de gaz et de poussières
de voir les étoiles en formation et les galaxies où naissent les nouvelles étoiles, les disques à
lointaines aux longueurs d’onde infrarouges. partir desquels les planètes se forment, ainsi
Possédant un miroir unique, grand pour que les comètes. Il a été nommé en hom-
un télescope spatial (3,5 m de diamètre), il mage à William Herschel, qui identifia la
enquête sur les objets froids et obscurcis par lumière infrarouge en 1800.
les poussières, qui sont invisibles aux autres
Naissances d’étoiles 163

10 mètres ont révélé des disques semblables


autour de jeunes étoiles individuelles, ce qui écoulement enveloppe de
a confirmé que de tels disques sont communs. bipolaire poussières
Mais on se demande toujours si de tels disques
évoluent pour former des planètes, à l’instar de
notre système solaire.
protoétoile
Étoiles binaires Il est aussi difficile d’ex-
pliquer la formation d’étoiles jumelles dans les
systèmes doubles où les deux tournent autour
de leur centre de masse commun. Environ un
tiers des étoiles de la Voie lactée font partie de
paires : un tel taux est trop important pour pro- disque
venir de la capture aléatoire d’étoiles errantes circumstellaire
et signifie qu’il doit y avoir un mécanisme de
formation des étoiles doubles. Les étoiles d’un
amas pourraient s’être formées ensemble si elles
se sont condensées à partir d’un même nuage,
peut-être en même temps s’il a été altéré par un
choc ou une perturbation qui aurait déclenché la concentration de masses. Une
perturbation dans le nuage pourrait être l’explication la meilleure pour les paires
isolées ou les paires multiples proches. Peut-être d’autres ont-elles tendance à
quitter le système si se crée une configuration instable ou du fait de collisions.
Le processus par lequel des étoiles massives sont créées est un autre mystère :
elles devraient être bien plus brillantes que les protoétoiles de faible masse et on
s’attendrait à ce qu’elles cessent de s’effondrer rapidement, ne parvenant pas à
s’allumer. Mais, d’un autre côté, elles doivent se former facilement parce qu’on
en trouve beaucoup, en particulier là où la formation de nouvelles étoiles est
énergique, par exemple après une collision galactique. Peut-être sont-elles effi-
caces pour canaliser de la matière vers elles à l’aide d’un disque et en dissipant
de l’énergie par des écoulements et des jets.
Un nuage moléculaire donné pourrait produire des étoiles avec toute une gamme
de masses différentes. Chaque étoile évoluant différemment, en fonction de sa
masse, les étoiles d’une telle population finissent par être très différentes. Pour
les astronomes qui tentent de comprendre comment les galaxies se forment et
évoluent, les statistiques sur la formation des étoiles nous donnent une idée de
l’apparence de la galaxie tout entière.

l’idée clé
Une étoile est née
164 50 clés pour comprendre l’astronomie

41 M
 orts d’étoiles
Quand les étoiles ont épuisé leur combustible nucléaire, elles s’éteignent.
L’équilibre entre gravité et pression qui les a fait vivre pendant des millions
ou des milliards d’années est rompu. Pendant que leur moteur de fusion
défaille, elles enflent et se dépouillent de leurs couches externes. Leur cœur
s’effondre en une boule compacte, abandonnant une étoile à neutrons, une
naine blanche ou un trou noir. Il arrive que l’étoile soit tellement déstabilisée
qu’elle explose en supernova.

La majorité des étoiles brillent pendant la plus grande partie de leur vie en réa-
lisant la fusion de noyaux d’hydrogène en noyaux d’hélium. Ce faisant, elles
acquièrent couleur et luminosité caractéristiques de leur masse. Une étoile du
type du Soleil brille en jaune et se tient au milieu de la séquence principale,
une relation entre luminosité et nuance adoptée par la plupart des étoiles. Elles
restent ainsi pendant des millions d’années, brillant et ne gonflant qu’un peu
avec l’âge.

Mais elles finissent par épuiser la réserve d’hydrogène de leur cœur. Contrairement
à ce que suggère l’intuition, ce sont les étoiles les plus massives à qui cela arrive
en premier ; leur cœur subit des pressions et des températures bien plus grandes,
aussi brillent-elles si vivement que les réactions nucléaires qui les font vivre se
déroulent à un rythme rapide : elles transforment leur hydrogène en millions
d’années. Au contraire, les étoiles de masse moindre brûlent bien plus lentement
et il leur faut des milliards d’années pour consommer leur carburant primaire.

Phases ultimes Quand les réactions de fusion faiblissent au centre, le cœur


riche en hélium de l’étoile se contracte et l’étoile s’échauffe à mesure qu’est
dissipée l’énergie potentielle de gravitation. Les couches situées juste au-dessus
du cœur commencent à subir elles-mêmes la fusion de l’hydrogène et évacuent
l’hélium qu’elles ont créé vers le cœur. Celui-ci devient si dense et chaud – attei-
gnant 100 millions de degrés – qu’il commence à brûler son hélium, déclenchant
un « flash d’hélium » brillant tandis que se réamorce la fusion. La fusion des
noyaux d’hélium produit du carbone-12 à travers un ensemble de réactions, mais

chronologie
1572 1604
Supernova de Tycho Supernova de Kepler
Morts d’étoiles 165

La supernova de Tycho
Début novembre  1572, une nouvelle étoile des progrès dans la précision de la mesure de la
apparut dans le ciel boréal, dans la constella- position des objets astronomiques. La coquille
tion de Cassiopée. Surveillée par l’astronome résiduelle de la supernova ne fut découverte
de la cour du Danemark Tycho Brahé et par qu’en 1952 et sa contrepartie optique dans les
bien d’autres, ce fut une des plus importantes années 1960. En 2004, une étoile compagnon
observations de l’histoire de l’astronomie : elle de celle qui avait explosé a été discernée.
montra que le ciel évoluait. Elle mena aussi à

aussi de l’oxygène-16 à travers un autre. C’est là l’origine d’une grande partie du


carbone et de l’oxygène qui nous entourent. Les étoiles comme le Soleil peuvent
continuer à brûler de l’hélium pendant environ 100 millions d’années.

Lorsque l’hélium est épuisé, un changement de vitesse semblable peut se pro-


duire, l’étoile brûlant alors dans son cœur l’élément suivant, le carbone, pendant
que l’hélium et l’hydrogène sont brûlés dans des couches de plus en plus élevées.
Mais la fusion du carbone demande des températures et des pressions encore plus
importantes. Seules les étoiles les plus grosses, celles qui dépassent huit masses
solaires, sont capables de connaître cette phase durant laquelle elles deviennent
très lumineuses et gonflées. Les plus massives continuent en brûlant l’oxygène,
le silicium et le soufre pour finir par atteindre le fer.

Pour les étoiles les plus légères – de moins de huit masses solaires –, les choses
s’interrompent lorsque l’hydrogène est épuisé. Pendant que le cœur se contracte,
il y a toujours des réactions impliquant hydrogène et hélium dans les couches du
dessus, ce qui apporte provisoirement du carburant au cœur de l’étoile. L’étoile
passe par une série de flashs brillants à chaque fois que la fusion s’enclenche
ou s’interrompt. Pendant que de l’hélium est déposé au centre, les couches
externes se distendent puis se détachent. En s’étendant, le gaz qu’elles conte-
naient refroidit et ne peut pas être le siège de réactions de fusion. L’étoile com-
mence ainsi à être ensevelie sous des couches de gaz diffuses. Ces bulles sont
connues sous le nom de nébuleuses planétaires parce qu’avec la distance leurs
voiles circulaires furent pris pour des planètes. Mais les nébuleuses planétaires
ne subsistent pas bien longtemps : elles se dissipent en à peu près 2 000 ans. On
en connaît quelque 1 500 dans notre galaxie.

1952 1987 1998-1999


Découverte du rémanent de Observation d’une brillante Utilisation de supernovae comme
la supernova de Tycho supernova dans les nuages de indicateurs de distance pour en déduire
Magellan l’énergie noire
166 50 clés pour comprendre l’astronomie

Le cœur serré Une fois l’étoile dépouillée de ses couches


extérieures, son cœur subsiste. Composé essentiellement de
carbone et d’oxygène – tout le reste ayant brûlé ou s’étant
envolé – le cœur dense et chaud s’étiole pour devenir une
naine blanche. La pression vers l’extérieur due au rayon-
nement faisant défaut, la matière du cœur s’effondre en
une sphère très dense, très compacte – l’équivalent de la
masse du Soleil contenue dans une boule dont le rayon est
de l’ordre de celui de la Terre. Cela conduit à une densité
Terre d’un million de fois celle de l’eau. Si les naines blanches
ne deviennent pas des trous noirs, c’est seulement parce
que leurs atomes ne peuvent pas être broyés, à cause de la
pression quantique des électrons. Une naine blanche reste
très chaude : entre 4 000 K et 40 000 K en surface pour la
plupart. Cette chaleur ne peut pas être évacuée rapidement
puisqu’elles n’offrent qu’une petite surface : elles peuvent
donc survivre des milliards d’années.
Naine blanche
Des étoiles plus massives peuvent être comprimées davan-
tage. Si le rémanent dépasse 1,4 masse solaire (après la perte
Étoile à neutrons
des couches externes), la pression des électrons est insuffi-
sante pour vaincre la gravité et l’effondrement va jusqu’à
donner une étoile à neutrons. Cette limite de 1,4 masse
Trou noir solaire est appelée la limite de Chandrasekhar, du nom
de l’astrophysicien indien Subrahmanyan Chandrasekhar
(1910–1995). Les étoiles à neutrons sont confinées dans un rayon d’à peu près
10 kilomètres, écrasant toute une masse solaire, ou plusieurs, dans une région
de la taille de Paris du nord au sud. Elles sont si denses qu’un bout de la taille
d’un morceau de sucre pèserait plus de 100 millions de tonnes ! Enfin, avec une
gravité plus grande encore comme dans le cas des étoiles les plus grosses, l’effon-
drement finit par produire un trou noir.

Supernovae Quand des étoiles très massives – des dizaines de fois la taille
du Soleil – meurent, elles peuvent exploser : ce sont les supernovae. Après avoir
brûlé hydrogène et hélium, ces étoiles peuvent traverser une série de phases de
réactions de fusion, passant d’un élément à un élément plus lourd jusqu’à finir
par produire du fer. Le noyau de ce dernier a ceci de particulier qu’il est le plus
stable de toute la classification périodique. C’est pourquoi, quand il est atteint, la
fusion ne peut continuer à évacuer son énergie en construisant des éléments plus
lourds. À ce stade, l’énergie est absorbée plutôt qu’émise et le cœur de l’étoile
implose, passant par l’étape d’une naine blanche maintenue par la pression
électronique pour finir comme étoile à neutrons. Mais les couches externes, en
tombant sur ce noyau dur, rebondissent en une explosion de particules (des
neutrinos) et de lumière.
Morts d’étoiles 167

« Les supernovae que nous ne voyons pas à cause


de nuages de poussières peuvent se produire
dans notre galaxie aussi souvent qu’une fois
tous les dix ans et nous fournir un moyen
d’étudier les neutrinos qui en jaillissent.
John N. Bahcall, 1987
»
En quelques secondes, une supernova libère de nombreuses fois plus d’énergie
que le Soleil ne l’aura fait pendant toute sa durée de vie. La supernova est si
brillante qu’elle éclipse brièvement toutes les autres étoiles de sa galaxie, restant
visible des jours ou des semaines avant de disparaître.

Les supernovae sont surtout de deux sortes, de types I et II. Les étoiles massives
sont à l’origine des supernovae de type II. On les trouve généralement dans les
bras des galaxies spirales, apparaissant à un rythme moyen d’une tous les 25 à
50 ans. Elles présentent de fortes raies d’émission de l’hydrogène du fait de la
perte des couches externes de gaz. La dernière étoile à avoir fini ainsi dans notre
galaxie a été observée par Kepler en 1604. Les supernovae de type I ne présentent
pas de raies d’émission de l’hydrogène et on les rencontre dans les galaxies ellip-
tiques comme spirales. On pense leur origine différente : elles viendraient d’ex-
plosions thermonucléaires dans des systèmes binaires qui se produiraient quand
une naine blanche franchit la limite de Chandrasekhar de 1,4 masse solaire en
agrégeant de la matière provenant de son compagnon.

Les supernovae de type I ont une sous-classe très importante, dites de type Ia,
dont la luminosité est prévisible à partir de leur explosion. De la façon dont
elles s’illuminent puis s’éteignent on peut déduire leur luminosité intrinsèque,
ce qui en fait des jalons commodes dans les mesures de distances (voir page 54).
Comme elles éclipsent tout le reste de leur galaxie hôte, on peut les repérer dans
tout l’Univers jusqu’à d’importants décalages vers le rouge. Les supernovae ont
été utilisées pour établir la présence d’énergie noire.

Dans la mort des étoiles massives, des noyaux de fer sont mis en pièces et de
nombreux neutrons sont produits. Ils peuvent servir à fabriquer d’autres élé-
ments, plus lourds que le fer, comme le plomb, l’or et l’uranium. Tous ces élé-
ments présents sur Terre ont donc pour origine des supernovae. En dehors des
produits synthétiques, le tableau périodique est l’œuvre de ce qui se passe dans
les étoiles.

l’idée clé
Bouquet final
168 50 clés pour comprendre l’astronomie

42 Pulsars
Les pulsars sont des étoiles à neutrons en rotation qui émettent des faisceaux
d’ondes radio. Ce sont les rémanents compacts et denses d’étoiles massives
qui tournent très vite : une révolution en quelques secondes. Leurs signaux
réguliers – dont on a pu penser qu’il s’agissait d’un code Morse extraterrestre
– en font des horloges précises qui jouent un rôle important dans les
vérifications de la Relativité générale et la détection d’ondes gravitationnelles.

En 1967, deux radioastronomes britanniques captèrent un signal cosmique qu’ils


ne pouvaient expliquer. Leur radiotélescope était grossier mais n’en constituait
pas moins une percée pour la science : il consistait en 200 kilomètres de fil et
2 000 capteurs tendus sur 1 000 poteaux de bois, comme un séchoir à linge géant
étendu sur deux hectares dans le Cambridgeshire. Quand il a commencé à scruter
le ciel en juillet de cette année-là, son traceur produisait 30 mètres de courbe par
jour. Jocelyn Bell, une doctorante travaillant avec le physicien Tony Hewish,
fouillait ses graphiques à la recherche de quasars qui scintillaient à cause des
turbulences de notre atmosphère. Mais c’est quelque chose de différent qu’elle
avait trouvé.
Après deux mois d’observations, Bell remarqua une zone d’agitation dans les
données : elle ne ressemblait à rien d’autre et provenait d’un endroit précis du
ciel. En y regardant de plus près, elle vit que ce signal était éclaté en une série
régulière d’impulsions radio apparaissant toutes les 1,3 seconde. Bell et Hewish
s’efforcèrent de déterminer d’où provenait ce mystérieux signal. Bien que sa
régularité d’horloge suggérât une origine humaine, ils ne parvenaient pas à iden-
tifier une telle émission. Cela ne ressemblait à aucune étoile ou quasar connus.
Petits hommes verts ? Les scientifiques se demandèrent un instant s’il
ne s’agissait pas d’une possibilité saugrenue : cela pourrait-il être une commu-
nication extraterrestre ? Ils pensaient qu’il était peu probable qu’il s’agisse d’un
code Morse extraterrestre mais Bell se rappelle avoir été ennuyée que ses études
soient ainsi dérangées : « J’essayais d’obtenir mon doctorat en travaillant sur une
nouvelle technique et une bande de stupides petits hommes verts avaient choisi

chronologie
1967
Relevé du premier signal en provenance d’un pulsar
Pulsars 169

ma zone et mes fréquences pour communiquer avec nous ! » Les astronomes se


gardèrent de publier et approfondirent leurs observations.
Bell découvrit bientôt une seconde source de pulsations – un pulsar double – avec
une période de 1,2 seconde. En janvier 1968, elle et Hewish avaient identifié
quatre sources de ce type. « Il était peu vraisemblable que deux bandes de petits
hommes verts choisissent toutes les deux une identique et improbable fréquence,
au même moment, pour tenter de se signaler à la planète Terre », remarque Bell.
Confortés dans le fait qu’ils avaient découvert un nouveau phénomène astrono-
mique, Bell et Hewish publièrent leur trouvaille dans la revue Nature.
Étoiles à neutrons Les astronomes se précipitèrent pour expliquer ce
que Bell et Hewish avaient découvert. Fred Hoyle, professeur d’astronomie à
Cambridge, pensait qu’il était possible que les impulsions proviennent d’une
étoile à neutrons, reste de l’explosion d’une supernova. Quelques mois plus tard,
Thomas Gold, de la Cornell University, présenta une explication plus achevée :
si l’étoile à neutrons était en rotation, un faisceau d’ondes radio pourrait balayer
la zone d’observation d’un télescope à chaque rotation, tout comme la rotation
de la lampe d’un phare donne l’impression qu’elle clignote.
Néanmoins, qu’une étoile à neutrons puisse tourner sur elle-même en une
seconde était quelque chose d’impressionnant. Gold affirmait que c’était possible
dans la mesure où les étoiles à neutrons sont vraiment petites : seulement dix
kilomètres de diamètre. Juste après l’explosion d’une supernova, leur contraction
rapide entraînerait leur rotation très rapide de la même façon qu’un patineur
sur glace tourne de plus en plus vite sur lui-même quand il ramène ses bras.
Les étoiles à neutrons présentent aussi de très puissants champs magnétiques.
Ce sont eux qui créent les faisceaux jumeaux d’ondes radio émanant de côtés

Polémiques sur des prix Nobel


La découverte des pulsars a donné lieu à thèse qui permirent la découverte du premier
l’attribution de prix Nobel. Tony Hewish pulsar. En 1993, Joe Taylor et Russell Hulse
fut lauréat, en 1974, avec le professeur de furent aussi honorés d’un prix Nobel pour
radioastronomie Martin Ryle. De façon discu- leur découverte du premier système binaire
table, Jocelyn Bell ne fit pas partie du groupe de pulsars.
malgré le fait que ce sont ses recherches de

1974 1982
Découverte d’un pulsar binaire Découverte d’un pulsar milliseconde
170 50 clés pour comprendre l’astronomie

faisceau opposés de l’étoile. Tandis que l’étoile tourne,


étoile à d’ondes le faisceau balaye des cercles dans le ciel, don-
neutrons en radio
rotation nant l’impression de flashs clignotants quand
ils passent devant la Terre. Gold prédit ensuite
que les pulsars devraient ralentir graduelle-
ment, à mesure qu’ils perdent de l’énergie :
et, en effet, la vitesse de rotation des pulsars
décroît d’environ un millionième de seconde
par an.
Ondes gravitationnelles On trouva
des centaines d’autres pulsars ce qui conduisit
à de remarquables découvertes ultérieures. En
1974, les astronomes américains Joe Taylor et
lignes de Russell Hulse découvrirent un pulsar binaire :
champ un pulsar tournant très vite sur lui-même en
magnétique même temps qu’autour d’une autre étoile à
neutrons toutes les huit heures. Le système
était très bien adapté à des vérifications de la Relativité générale d’Einstein. Les
deux étoiles à neutrons étant très denses, compactes et proches l’une de l’autre,
leurs champs de gravité sont extrêmement intenses et nous donnent une vue
nouvelle sur les courbures de l’espace-temps. Les théoriciens prédirent que la
contraction des orbites des deux étoiles qui tournent l’une autour de l’autre
faisait que le système devait dissiper de l’énergie en émettant des ondes gravi-
tationnelles. En cherchant les modifications dans les rythmes et les orbites des
pulsars, Hulse et Taylor montrèrent que la prédiction était correcte.
Les ondes gravitationnelles sont des contorsions dans le tissu de l’espace-temps
qui se propagent comme des rides sur un étang. Les physiciens construisent des
capteurs sur Terre capables de détecter la contraction de l’espace-temps qui est
la signature du passage des ondes gravitationnelles, mais il s’agit d’observations

Carte extraterrestre
Bien que les signaux en provenance des pul- indiquent la présence d’une vie intelligente
sars n’aient pas été envoyés par des extra- sur Terre à d’éventuelles civilisations galac-
terrestres, les pulsars ont été mis en vedette tiques qui pourraient les trouver un jour, la
sur les deux plaques fixées aux vaisseaux spa- position de la Terre est repérée par rapport à
tiaux Pioneer et sur le Voyager Golden Record 14 pulsars.
des sondes Voyager. Sur ces artefacts, qui
Pulsars 171

Tremblements d’étoiles
Quand la croûte d’une étoile à neutrons très par des baisses soudaines – des pannes – dans
dense se craquèle brusquement, un «  trem- la vitesse de rotation des pulsars. Les grands
blement d’étoile » s’ensuit, l’analogue de nos tremblements d’étoiles peuvent aussi déclen-
tremblements de terre. Sous l’effet des violents cher des jaillissements de rayons gamma
réarrangements de sa croûte rigide, la vitesse depuis les pulsars qui peuvent être captés par
de rotation de l’étoile à neutrons varie bruta- nos satellites, en particulier le télescope Fermi
lement. On a remarqué de tels tremblements de la NASA.

extrêmement difficiles à réaliser. Tout ébranlement terrestre, depuis les secousses


sismiques jusqu’aux vibrations ondulatoires des océans, peut perturber ces cap-
teurs très sensibles. Dans le futur, des missions spatiales utiliseront plusieurs
vaisseaux très éloignés les uns des autres et reliés par lasers qui seront capables
de chercher les ondes gravitationnelles traversant notre système solaire.
Les pulsars milliseconde En 1982, une nouvelle démesure du monde des
pulsars a été découverte : un pulsar d’une période d’une milliseconde (un mil-
lième de seconde) a été découvert par le radioastronome américain Don Backer ;
il tournait sur lui-même 641 fois par seconde. Il était remarquable qu’une étoile
tournât si vite. Les astronomes pensent que cela se produit dans des systèmes
binaires où l’étoile à neutrons voit sa vitesse de rotation accélérée comme une
toupie pendant qu’elle accrète de la matière en provenance de son compagnon.
Les pulsars milliseconde sont des horloges très précises : les astronomes tentent
de s’en servir pour détecter directement des ondes gravitationnelles qui passe-
raient devant un ensemble de telles étoiles. Les pulsars sont vraiment de bons
instruments de la boîte à outils de l’astronome.
Les pulsars seront un des principaux objectifs visés par le radiotélescope de nou-
velle génération, le Square Kilometre Array (SKA), un gigantesque ensemble d’an-
tennes liées qui débutera son travail d’observation dans la prochaine décennie.
La découverte de dizaines de milliers de pulsars, en particulier la plupart de ceux
de la Voie lactée, permettra aux radioastronomes de tester la Relativité générale
et d’en savoir davantage sur les ondes gravitationnelles.

l’idée clé
Les phares du cosmos
172 50 clés pour comprendre l’astronomie

43 S ursauts gamma
Les sursauts de rayons gamma sont de brefs jaillissements de photons de
haute énergie qui se produisent tous les jours dans le ciel. D’abord repérés
par des satellites militaires, la plupart de ces sursauts indiquent les derniers
soubresauts de l’agonie d’étoiles massives dans des galaxies lointaines.
De loin plus brillants qu’une étoile normale située à des milliards d’années-
lumière, les sursauts gamma sont parmi les phénomènes les plus violents
de l’Univers.

Les pulsars et les quasars ne sont pas les seuls objets exotiques découverts dans
les années 1960. Des sursauts de rayons gamma non identifiés – la forme la plus
énergétique de rayonnement électromagnétique – ont été repérés en 1967 par
des satellites de surveillance de l’armée américaine. Contrôlant le respect par
l’Union soviétique du Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires de 1963,
qui proscrivait les essais nucléaires atmosphériques, les satellites Vela étaient
équipés de capteurs destinés à détecter les rayons gamma produits par les explo-
sions nucléaires. Mais les flashs repérés ne ressemblaient pas à ceux des essais
atomiques. Les données sur ces sursauts ont été déclassifiées en 1973 et publiées
dans un article universitaire sur Les Rayons gamma d’origine cosmique.

Les énormes flashs de rayons gamma détectés par les satellites proviennent de
toutes les directions. Cela se produit tous les jours et dure de quelques fractions
de secondes à plusieurs minutes. Ces sursauts de rayons gamma sont des cen-
taines de fois plus lumineux qu’une supernova et des millions de fois plus que le
Soleil. Qu’est-ce qui engendre une telle débauche d’énergie ?

Il a fallu des décennies pour trouver d’où viennent les sursauts gamma. Le lance-
ment, en 1991, du satellite Compton Gamma-Ray Observatory a permis quelques
progrès en détectant et localisant grossièrement des milliers de sursauts. Une
représentation graphique de leurs positions dans le ciel montrait qu’ils étaient
régulièrement répartis (propriété d’isotropie). Ils ne provenaient pas particuliè-

chronologie
1967 1991
Premier sursaut de rayons gamma Lancement de l’observatoire spatial en
détecté par le satellite Vela rayons gamma Compton
Sursauts gamma 173

rement du centre de la Voie lactée ou de son disque et ne correspondaient pas à


des objets extragalactiques connus.

Cette uniforme répartition dans le ciel suggérait que les rayons gamma prove-
naient de sources ou bien très proches ou, au contraire, très éloignées. Ils ne sont
pas créés par des étoiles explosant dans notre galaxie : dans ce cas, ils seraient
concentrés dans son disque. Ils pourraient avoir été créés dans un voisinage très
proche mais il paraissait plus probable que cela se soit fait au-delà de la Voie
lactée. Mais le fait qu’ils n’étaient pas concentrés près de zones de fortes densités
galactiques laissait penser qu’ils venaient de très loin. Ce qui en faisait les phé-
nomènes les plus énergétiques de l’Univers. Le mystère ne faisait que s’épaissir !

Les sursauts gamma sont de deux types : de longue et de courte durées. Les sur-
sauts longs durent habituellement quelques dizaines de secondes et les courts
une fraction de seconde. Le fait qu’il y ait deux catégories distinctes laisse à
penser qu’ils sont initiés par des processus différents. Mais, même aujourd’hui,
les astronomes ne font qu’entrevoir ces derniers.

Queues de rayonnement optique En 1996, on a lancé un autre satel-


lite, BeppoSax, capable de réaliser des localisations plus précises. Le satellite
n’était pas seulement capable de détecter les rayons gamma mais, grâce à une
caméra embarquée, les rayons X : les astronomes pouvaient donc observer la
luminosité à d’autres longueurs d’onde là où était apparu le sursaut gamma.
Ils déclenchaient alors une alerte au sol pour que les télescopes partout dans le
monde pointent rapidement dans cette direction afin de rechercher quelque
réplique affaiblie. En 1997, une queue d e
rayonnement optique fut repérée et +90
une galaxie très pale identifiée
comme son origine pro-
bable. D’autres queues
de rayonnement furent
bientôt détectées.
+180 –180
Le lancement de nou-
veaux satellites – en
particulier Swift et
Fermi – permettra aux
astronomes de recueillir
toute une gamme d’exemples –90

1996 1997 2005


Lancement du satellite Premier enregistrement d’émission d’une Premier enregistrement d’une queue de
BeppoSax queue de rayonnement gamma rayonnement consécutive à un sursaut
gamma court
174 50 clés pour comprendre l’astronomie

L’astronomie en rayons gamma


La plupart des rayons gamma observés en cement par des télescopes. Cette méthode
astronomie viennent de l’espace. Mais les a permis la détection de rayons gamma en
rayons gamma, les photons les plus énergé- provenance de la nébuleuse du Crabe, qui
tiques, peuvent être détectés par des expé- abrite un pulsar, et de très nombreuses
riences basées au sol. Tandis qu’ils entrent en autres sources dont des galaxies à noyau
collision avec les molécules de l’air, ils pro- actif. L’astronomie gamma est difficile mais
duisent une pluie de particules et de flashs on construit quand même de plus grands
de lumière bleue, phénomènes qui peuvent télescopes pour sonder les étendues les plus
tous deux être détectés. La lumière – appelée violentes de l’espace.
effet Tcherenkov – est captée le plus effica-

de phénomènes allant avec les sursauts gamma. Des télescopes automatisés ont
aussi été employés, réagissant immédiatement aux alertes gamma. Il est clair
que ces sursauts gamma proviennent de galaxies lointaines très peu lumineuses
situées à des milliards d’années-lumière. L’association entre un sursaut et le flam-
boiement d’une supernova implique que les sursauts gamma longs sont étroite-
ment liés à l’agonie des étoiles massives.

Émission d’ondes Les astronomes pensent que les rayons gamma sont pro-
duits par un jet d’ondes créé lorsque le cœur de l’étoile achève son effondrement
par la formation d’un trou noir. L’explosion qui s’ensuit éjecte une onde qui
se déplace presque à la vitesse de la lumière, traverse le gaz résiduel autour de
l’étoile, créant des rayons gamma au-devant du front de choc. Dans l’émission
d’ondes, d’autres formes de rayonnement électromagnétique sont formées et
produisent la queue de rayonnement qui peut persister pendant des jours ou
des semaines.

« Le génie et la science ont franchi les limites de l’espace ;


quelques observations, développées par le raisonnement,
ont dévoilé le mécanisme du monde. N’y aurait-il pas aussi
quelque gloire pour l’homme à franchir les limites
du temps, et à retrouver, au moyen de quelques
observations, l’histoire de ce monde, et une succession
d’événements qui ont précédé
la naissance du genre humain ?
Baron Georges Cuvier
»
Sursauts gamma 175

L’identification des sursauts courts


a été difficile parce que les queues
de rayonnement pouvaient avoir
«
de
une
Une observation bien faite,
même que, souvent,
expérience bien conduite,

»
disparu avant qu’un télescope ait
pu être pointé dans sa direction. suffit à l’établissement
Cependant, depuis 2005, nous dis- d’une loi.
posons de quelques observations
de phénomènes associés aux sur- émile Durkheim
sauts courts. Mais ces observations
ont été faites dans des régions pauvres en étoiles en formation, en particulier
dans des galaxies elliptiques, ce qui suggère que les sursauts courts ne sont
pas dus à la mort d’étoiles massives mais ont pour origine des phénomènes
physiques différents. On ne sait pas exactement lesquels mais on pense qu’ils
pourraient se produire lors de la fusion d’étoiles à neutrons ou dans d’autres
systèmes de haute énergie. Les sursauts de rayons gamma sont dans l’en-
semble des événements hors-série : ils ne se répètent que très rarement.

Faisceau de particules Les sursauts de rayons gamma émettent davan-


tage d’énergie qu’aucun autre objet astrophysique connu. Ils luisent de façon
éphémère comme une étoile brillante, quand bien même ils se trouvent à des
milliards d’années-lumière. Les astronomes peinent à expliquer comment
autant d’énergie peut être dissipée en si peu de temps. Une réponse possible
pourrait être que, dans certains cas, l’énergie n’est pas émise uniformément
dans toutes les directions mais que, comme dans le cas des pulsars, les ondes
électromagnétiques sont émises essentiellement dans un étroit faisceau.
Quand ce dernier est dirigé vers nous, nous voyons un flash de haute énergie.
Les rayons gamma peuvent aussi être amplifiés par des effets relativistes s’ils
naissent au sein de particules rapides animées d’un mouvement hélicoïdal
autour des lignes de force du champ magnétique, peut-être dans des versions
à petite échelle des jets de particules émanant des radiogalaxies. Bref, les
processus qui sont à l’origine des sursauts de rayons gamma font toujours
l’objet d’une enquête !

Étant donné que les sursauts gamma se produisent à des milliards d’années-
lumière mais semblent aussi lumineux qu’une étoile proche, nous avons de
la chance qu’ils soient si rares. S’il s’en produisait dans notre voisinage, cela
pourrait bien faire frire la Terre !

l’idée clé
Des flashs géants
176 50 clés pour comprendre l’astronomie

44 Variabilité
Les astronomes sont en train de pratiquer de nouvelles ouvertures sur
l’Univers en observant la façon dont un objet varie dans le temps. La plupart
des étoiles luisent de façon constante. Mais il y en a d’autres – les étoiles
variables – qui subissent des modifications physiques qui font varier leur
luminosité. La manière dont se font ces fluctuations peut révéler beaucoup
de choses sur l’étoile. Ça change dans le cosmos !

Malgré les visites impromptues des comètes et autres supernovae qui prirent
au long des siècles les peuples par surprise, le ciel nocturne a généralement été
considéré comme immuable. Ce caractère inaltérable a été remis en cause en
1638 par la découverte de Johannes Holwarda des pulsations de l’étoile Mira, qui
brille et s’estompe sur un cycle de onze mois. À la fin du xviiie siècle, on connais-
sait un petit nombre d’étoiles variables, en particulier Algol. Dans la seconde
moitié du xixe siècle, ce nombre augmenta rapidement, la photographie ayant
beaucoup facilité la surveillance d’un grand nombre d’étoiles. Aujourd’hui, nous
connaissons plus de 50 000 étoiles variables. La majorité se trouve dans notre
galaxie mais beaucoup ont été repérées dans d’autres.

Pulsations Les étoiles variables se présentent sous de multiples formes.


Guetter la lumière émise par une étoile permet de déterminer comment sa lumi-
nosité augmente puis faiblit – autrement dit de tracer sa courbe de luminosité. Le
cycle peut être périodique, irrégulier ou entre les deux. Par le spectre de l’étoile,
nous connaissons son type, sa température et sa masse ; et nous savons si elle
fait partie ou non d’un système binaire. Des modifications du spectre peuvent
accompagner les fluctuations de la luminosité de l’étoile. Les raies spectrales
peuvent montrer des décalages Doppler qui révèlent l’expansion ou la contrac-
tion de coquilles de gaz, ainsi que la présence de champs magnétiques. Une fois
ces informations recueillies, on peut en déduire les raisons de la variabilité de
l’étoile.

chronologie
1638 1784
Première observation d’une étoile variable Découverte des céphéides
Variabilité 177

« Le développement scientifique dépend en partie


d’un processus de changement qui n’est pas une simple
croissance mais une révolution.
Thomas S. Kuhn
»
Environ deux tiers des étoiles variables ont des pulsations : elles gonflent et se
contractent en cycles réguliers. Un tel comportement est en relation avec des
facteurs d’instabilité de l’étoile qui la conduisent à osciller. L’un de ces facteurs,
repéré par Arthur Eddington dans les années 1930, est régi par les modifications,
elles-mêmes liées à la température, du degré d’ionisation des couches externes de
l’étoile. Quand ces dernières gonflent, elles refroidissent et peuvent devenir plus
transparentes. Par suite, l’étoile peut plus aisément dégager davantage d’énergie
et elle se contracte, ce qui réchauffe le gaz et l’étoile gonfle à nouveau. Un tel
cycle se répète.

Les céphéides Une telle structure explique les pulsations des céphéides, une
classe importante d’étoiles variables utilisées comme jalons dans le calcul des
distances. Les cycles des céphéides sont en particulier régis par des modifications
dans l’ionisation de l’hélium. L’hélium doublement ionisé est plus opaque que
l’hélium simplement ionisé : les oscillations de la luminosité et de la température
en résultent. La période de ces cycles est en relation étroite avec la luminosité
de l’étoile.

Variabilité dans les quasars


La variabilité n’est pas réservée aux étoiles. de leur disque d’accrétion dont la luminosité
De nombreux quasars sont variables. Ce changerait. L’échelle de temps des variations
caractère, en même temps que leur lumi- les plus rapides nous informe sur la taille de
nosité uniforme dans tout le spectre élec- la région d’origine. Par exemple, si cette
tromagnétique, a été utilisé comme moyen échelle se mesure en jours, on peut alors
pour les détecter. La variabilité des quasars estimer que la taille ne peut être inférieure à
est peut-être due à des modifications dans un jour-lumière, pour que la lumière puisse
la quantité de matière accrétée à leur trou être transmise de façon cohérente sur cette
noir supermassif central ou à un point chaud distance.

1908 1924 2015


La relation entre période et La distance de la nébuleuse Début de la construction
luminosité des céphéides est d’Andromède mesurée grâce aux du Large Synoptic Survey
établie céphéides Telescope
178 50 clés pour comprendre l’astronomie

Taille et couleur Les céphéides sont des étoiles


massives très lumineuses –
Jaune elles sont le plus souvent 5
à 20  fois plus massives que
le Soleil et jusqu’à 30 000
fois plus lumineuses. Leurs
variations peuvent se faire
Jaune-vert Jaune Orange Jaune-vert
sur des échelles de temps
Luminosité allant de quelques jours à
quelques mois, période pen-
dant laquelle leur rayon peut
se modifier de presque un
tiers. Leur luminosité et leur
variabilité prévisible font
qu’elles peuvent être vues
sur des distances de 100 mil-
lions d’années-lumière. On
peut donc les suivre dans
les galaxies proches et leur
Temps
luminosité peut être établie,
Un cycle ce qui en fait de bons indica-
teurs de distance.

Les céphéides ont été découvertes en 1784 et ont été ainsi appelées d’après leur
prototype, l’étoile Delta Cephei. Un exemple mieux connu est Polaris, l’étoile
polaire. La relation entre période et luminosité a été découverte en 1908 par
Henrietta Swan Leavitt, une astronome de Harvard, qui s’était appuyée sur les
observations des céphéides dans les nuages de Magellan. Les céphéides furent
une pièce maîtresse du puzzle qu’a représenté la recherche de la taille de la Voie
lactée et des distances aux galaxies au-delà de la nôtre. En 1924, Edwin Hubble
les a utilisées pour déterminer la distance de la galaxie d’Andromède, ce qui
montra clairement qu’elle se situait en dehors de la Voie lactée. Elles ont aussi
joué un rôle clé dans les mesures du rythme d’expansion de l’Univers à travers
la loi de Hubble.

«Au cours du siècle passé [xixe], il y a eu davantage de


changements qu’au cours du millénaire précédent. Ceux
que connaîtra le siècle nouveau [xxe] les éclipseront.
H. G. Wells
»
Variabilité 179

Films du ciel
L’observation de la variabilité en astronomie prévu pour être pleinement opérationnel en
va devenir routinière dans le futur. Celle du 2022. Avec un miroir de 8,4 m de diamètre
ciel se fera par film plutôt que par des séries et un large champ de vision, il réalisera une
de photos instantanées. Les télescopes de la observation complète du ciel deux fois par
prochaine génération seront à la fois optiques semaine, prenant 800 clichés par nuit. En
et radio et conçus pour fournir un contrôle 10 ans, chaque recoin du ciel aura été visité
continu du ciel, recherchant de nouvelles 1 000 fois. Plusieurs milliards d’étoiles et
catégories possibles d’objets variables – et de galaxies seront photographiées. Étoiles
nous réservant, espérons-le, de nombreuses variables, quasars aussi bien que supernovae
surprises ! Un de ces télescopes est le Large auront été repérés en nombre et nous pour-
Synoptic Survey Telescope dont la construc- rons faire des estimations sur l’énergie noire.
tion a commencé au Chili en 2015 et qui est

Les céphéides forment une catégorie d’étoiles à variabilité intrinsèque. La


variabilité de telles étoiles provient de déformations physiques. Dans le cas des
céphéides, cela se fait à travers des pulsations. D’autres étoiles peuvent se mani-
fester comme variables à cause d’éruptions ou de flamboiements à leur surface.
Pour d’autres, c’est le résultat de processus démesurés conduisant à des explo-
sions, comme les étoiles à variabilité cataclysmique – novae et supernovae. Au
contraire, les étoiles à variabilité extrinsèque peuvent être sujettes à éclipses
provenant de la rotation d’une étoile compagnon, ou encore présenter des
marques particulières sur leur surface, en particulier des taches solaires géantes,
ce qui explique leur variabilité quand l’étoile tourne. La plupart des catégories
d’étoiles variables sont dénommées d’après un prototype, comme les étoiles
de type RR Lyrae, qui ressemblent aux céphéides, mais en moins brillantes,
ou celles de type Mira, dont la pulsation est due à l’ionisation de l’hydrogène
plutôt qu’à celle de l’hélium.

l’idée clé
Tout le ciel filmé
180 50 clés pour comprendre l’astronomie

45 L e Soleil
L’étoile la plus proche de nous, le Soleil, ne nous a pas livré tous ses
secrets. Alors qu’il nous a dévoilé une grande partie du processus de fusion
nucléaire et de la structure des étoiles, sa météo magnétique peut se
révéler imprévisible. Le Soleil suit un cycle de 11 ans d’activités ; il est sujet
à des embrasements erratiques et des émissions de vent solaire. Cela peut
créer de splendides aurores boréales sur Terre, perturber nos systèmes
de communications électroniques et affecter notre climat.

Les Grecs de l’Antiquité savaient que le Soleil était une gigantesque boule de feu
située loin de la Terre. Mais ce n’est qu’aux xvie et xviie siècles qu’on a démontré
que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil et non le contraire. L’arrivée de
la lunette astronomique au xviie siècle a révélé des taches sombres se déplaçant
à la surface du Soleil. Galilée les observa et se rendit compte qu’il s’agissait de
tempêtes en surface et non de nuages ayant surgi. Au xixe siècle, on a établi la
composition chimique du Soleil en identifiant les raies d’absorption sombres
de son spectre – les raies de Fraunhofer. Mais ce n’est qu’au xxe siècle, quand la
physique atomique a été développée, qu’on a compris ce qui fait fonctionner le
Soleil : les réactions de fusion nucléaire.
Le Soleil contient l’essentiel de la masse du système solaire (99,9 %) dans une
boule dont le diamètre fait à peu près 100 fois celui de la Terre. Il est éloigné
de nous d’environ 150 millions de kilomètres et sa lumière met huit minutes à
nous parvenir. Approximativement, les trois quarts de sa masse sont constitués
d’hydrogène, le reste d’hélium avec de petites quantités d’éléments plus lourds :
oxygène, carbone, néon et fer. Son énergie provient de la fusion en son cœur
de l’hydrogène en hélium. Avec une température en surface de 5 800 K, le Soleil
est une étoile jaune de classe G2, de luminosité moyenne pour une étoile de la
séquence principale. Il est enfin à peu près à mi-chemin des 10 milliards d’années
de sa durée de vie.
La structure du Soleil C’est un peu celle d’un oignon. Son cœur, dont le
rayon est le quart du rayon solaire, est brûlant et dense. C’est là que se produit la
fusion, libérant à chaque seconde une énergie équivalant à la consommation de
quatre millions de tonnes de gaz ; ou à l’explosion, toujours à chaque seconde,

chronologie
1610 1890 1920
Publication par Galilée Joseph Lockyer découvre Arthur Eddington avance que
d’observations à la lunette de l’hélium dans le spectre l’énergie du Soleil lui vient de
astronomique solaire réactions de fusion nucléaires
Le Soleil 181

« La Terre, dans son mouvement rapide autour


du Soleil, possède un tel degré de force vitale que,
si on convertissait cette dernière en chaleur,
sa température deviendrait au moins mille fois
plus grande que celle du fer rouge et le globe
sur lequel nous marchons brillerait, selon toute
probabilité, autant que le Soleil lui-même.
James Prescott Joule
»
de dizaines de milliards de mégatonnes de TNT. La température y atteint un
brûlant 14 millions de kelvins… La couche suivante est la zone de radiation, qui
se trouve entre 0,25 et 0,7 rayon solaire. L’énergie produite dans le cœur traverse
cette zone comme rayonnement électromagnétique, c’est-à-dire sous forme de
photons. La température y décroît vers l’extérieur, de 7 à 2 millions de kelvins.
Au-dessus de la zone de radiation on trouve celle de convection, représentant
les 30 % restants du rayon, jusqu’à la surface. La chaleur qui y monte depuis les
couches inférieures fait que les gaz grimpent en bouillonnant jusqu’à la surface
avant de replonger vers le bas, circulant comme de l’eau bouillante dans une
casserole. La chaleur est rapidement évacuée de cette zone et la température à
la surface tombe à 5 800 K. Une mince couche, la photosphère, enrobe le Soleil.
Elle ne fait guère qu’une centaine de kilomètres d’épaisseur.
Des gaz raréfiés forment, au-dessus de la surface, l’atmosphère solaire, qu’on
peut voir lors d’une éclipse totale de Soleil. Elle comporte cinq parties : une
couche froide de 500 km d’épaisseur, la plus froide de la zone ; la chromosphère,
une partie chaude et ionisée de 2 000 km d’épaisseur ; une zone de transition
de 200 km d’épaisseur ; la vaste couronne qui s’étire loin du Soleil, produit le
vent solaire et est brûlante, atteignant des millions de degrés ; et l’héliosphère,
une bulle façonnée par le vent solaire et dont le rayon vaut cent fois la distance
Terre-Soleil. En 2004, la sonde Voyager I en a franchi la limite – le « choc ter-
minal » – pour pénétrer dans l’héliogaine, une région de transition turbulente où
les vents solaires ont été considérablement ralentis au passage du choc terminal.
Les chercheurs estiment que Voyager I franchira vers 2020 la limite extérieure de
l’héliogaine, l’héliopause, pour pénétrer dans l’espace interstellaire.
Météo de l’espace Le Soleil possède un puissant champ magnétique. Il
change de sens tous les onze ans – indiquant le cycle solaire – et subit aussi
des changements continuels. Augmentation du nombre des taches solaires,

1957 1959-1968 1973 2004


Burbidge et al. mettent La sonde spatiale de la NASA Lancement de la plateforme La sonde Genesis
au point la théorie de la Pioneer met en évidence un vent Skylab ; elle permet d’observer capture des particules
nucléosynthèse stellaire solaire et un champ magnétique la couronne solaire du vent solaire
182 50 clés pour comprendre l’astronomie

é­ ruptions et jets de vent solaire se produisent


quand le champ magnétique du Soleil est parti-
culièrement actif. De telles explosions peuvent
 lancer à toute vitesse dans le système solaire

des nuages de particules. Quand ils atteignent
  la Terre, ils sont canalisés par le champ magné-
 tique propre de la Terre vers des zones de lati-
 tude élevée où ils se manifestent par de délicates
 lueurs connues sous le nom d’aurores boréales
et australes. Ces puissances éruptions de par-
 ticules peuvent être destructives : au Canada,
 dans la province de Québec, en 1989, elles ont
1 – Cœur mis hors service les télécommunications et le
2 – Zone de réseau électrique.
radiation
3 – Zone de Les taches solaires sont les tourbillons d’un puissant champ magné-
convection tique qui se manifeste à la surface du Soleil. Atteignant des milliers
4 – Photosphère de kilomètres de part en part, ils apparaissent sombres parce qu’ils
5 – Chromosphère sont plus froids que les gaz brûlants qui les entourent. Le nombre de
6 – Couronne
7 – Taches solaires
taches solaires augmente quand l’activité magnétique est maximale,
8 – Granules fluctuant tous les 11 ans ou à peu près. Des cycles solaires inhabituels
9 – Protubérances peuvent affecter le climat de la Terre : le « petit âge glaciaire » qui a
gelé l’Europe au xviie siècle a coïncidé avec l’arrêt, pendant plusieurs
décennies, du cycle solaire. Un petit nombre de taches solaires furent observées
durant toute cette période. Dans les années qui ont immédiatement précédé
2010, le Soleil a connu une phase de tranquillité : sa luminosité a légèrement
baissé, de même que son champ magnétique, et le nombre de taches solaires
ainsi que l’intensité du vent solaire sont, en moyenne, moins grands.
Mystères Le Soleil est un bon laboratoire pour travailler sur la physique des
étoiles. Bien que nous connaissions beaucoup de choses sur son fonctionne-
ment, il reste toujours pas mal de mystères. L’un d’eux, qui a été récemment

Genesis
Seules les couches externes du Soleil absorbent la lumière : la chimie de l’intérieur est donc
à peine connue. Une capsule spatiale, Genesis, a collecté des particules du vent solaire pour
en déterminer la composition. En 2004, elle revint sur Terre avec, à son bord, les échantillons
prélevés. Son parachute n’a pas fonctionné et la capsule s’est écrasée dans le désert du Nevada.
Malgré cela, les astronomes ont pu assembler les débris de ses capteurs et analyser les particules
provenant du Soleil.
Le Soleil 183

résolu, portait sur l’énigme


« Tu m’appris à nommer

»
des neutrinos solaires man-
la grande et la petite lumière
quants. La fusion nucléaire
de l’hydrogène en hélium a qui brûlent le jour et la nuit.
pour sous-produit des par- William Shakespeare
ticules appelées neutrinos.
Le Soleil devrait en créer en
très grand nombre mais les physiciens ne pouvaient en voir que moins de la
moitié du nombre attendu. Où était donc le reste ? Les neutrinos sont difficiles
à détecter parce qu’ils interagissent très peu avec la matière. En 2001, le Sudbury
Neutrino Observatory, au Canada, a fourni la réponse : la raison de cette insuf-
fisance de neutrinos est qu’ils se transforment en d’autres types de neutrinos
pendant leur voyage depuis le Soleil. Les physiciens ont détecté ces autres types
de neutrinos (les neutrinos tau et mu) et ont démontré que les neutrinos « oscil-
laient » entre ces types ; ils ont aussi montré que, pour petite qu’elle soit, ils ont
une masse – on pensait au contraire jusque-là qu’ils en étaient dépourvus. Le
problème du manque de neutrinos était résolu.
Un deuxième mystère solaire subsiste : le mécanisme par lequel la couronne
solaire est chauffée à des millions de degrés. La photosphère n’est qu’à 5 800 K
et la couronne n’est donc pas chauffée par des rayonnements provenant de la
surface. La meilleure hypothèse jusqu’ici est que l’énergie magnétique envahit
le plasma de la couronne. Cela se produit quand les lignes du champ magné-
tique se cassent net par l’intermédiaire d’éruptions et d’ondes magnétiques qui
traversent le gaz.
Le destin du Soleil Le Soleil est vieux d’environ 4,5 milliards d’années et
est à peu près à la moitié de sa vie. Dans 5 milliards d’années, tout l’hydrogène
présent dans son cœur, son combustible, aura été épuisé. Il gonflera pour devenir
une géante rouge. Ses couches externes boursouflées parviendront au-delà de
l’orbite de la Terre : son rayon sera 250 fois plus grand que l’actuel. Même si le
Soleil, en perdant une partie de sa masse, relâchera son étreinte sur les planètes
qui pourront dériver vers des orbites plus lointaines, la Terre ne sera pas épar-
gnée. L’eau des océans se sera évaporée et notre atmosphère se sera envolée.
Même maintenant, le Soleil gagne en luminosité : environ 10 % par milliard
d’années. La vie sur Terre pourrait donc s’éteindre d’ici un milliard d’années.
Le Soleil finira ses jours comme naine blanche, après avoir perdu ses couches
de gaz, pour apparaître quelque temps comme une nébuleuse planétaire. Seul
le cœur restera.

l’idée clé
L’étoile la plus proche de nous
184 50 clés pour comprendre l’astronomie

46 Exoplanètes
Nous connaissons désormais des centaines de planètes gravitant autour
d’autres étoiles que le Soleil. Jusqu’à maintenant, la majorité sont des
géantes gazeuses comme Jupiter – on les a découvertes par l’oscillation
apparaissant à l’analyse spectroscopique de leur étoile. Les missions spatiales
recherchent des planètes rocheuses plus petites pouvant être les analogues
habitables de notre Terre. Une vingtaine de planètes telluriques confirmées
situées dans la zone habitable de leur étoile ont été recensées à ce jour,
certaines autour d’étoiles semblables à notre Soleil.

La découverte de planètes autour d’étoiles autres que le Soleil – les exoplanètes –


est un peu le Saint Graal de l’astronomie. Vu le nombre d’étoiles de la Voie lactée,
il paraît improbable que notre système solaire soit unique. Mais détecter des corps
pales en orbite autour d’étoiles brillantes et lointaines s’est révélé difficile. Aussi
les exoplanètes ne furent-elles repérées que dans les années 1990, quand l’ins-
trumentation des télescopes eut fait suffisamment de progrès. Les découvertes se
succédèrent alors : plus de 400 exoplanètes sont aujourd’hui recensées.

Quelques planètes furent localisées autour de pulsars par des techniques de


radioastronomie. Mais la plupart d’entre elles le furent par leur signature dans
le spectre des étoiles. En 1995, Michel Mayor et Didier Queloz, de l’Université
de Genève, réalisèrent les premières détections quand ils eurent amélioré la
méthode consistant à rechercher les légers décalages dans les longueurs d’onde
de la lumière de l’étoile dus à la faible attraction d’une planète sur l’étoile.

Découverte de planètes Deux corps massifs tournent l’un et l’autre


autour de leur centre de masse commun, un point qui se trouve plus près de
l’objet le plus lourd et non à mi-chemin entre les deux, ni au centre de l’un
des deux. Par suite, la présence d’une planète fait que l’étoile décrit un petit
cercle pendant que son compagnon lui tourne autour. Cette oscillation peut être
repérée comme étant un décalage Doppler dans la lumière de l’étoile : quand
l’étoile s’éloigne de nous, sa lumière est décalée vers le rouge mais, quand elle
vient à notre ­rencontre, elle apparaît légèrement plus bleue. Même si nous ne

chronologie
1609 1687 1781
Publication par Kepler Newton explique les lois de Découverte d’Uranus par
de la théorie des orbites Kepler à partir de la gravité William Herschel
elliptiques
Exoplanètes 185

« Un jour viendra où les hommes porteront leur regard


plus loin. Ils pourront voir des planètes comme la Terre.
»
Sir Christopher Wren
pouvons pas voir la planète elle-même, nous pouvons la repérer parce que sa
masse provoque ce pas de danse de l’étoile, vers l’arrière et vers l’avant (voir
l’effet Doppler, page 32).

Les premières exoplanètes identifiées ont été trouvées par la méthode Doppler.
En théorie, nous pourrions chercher directement l’oscillation par le petit chan-
gement de sa position. Mais la précision des mesures qui seraient nécessaires
est très difficile à atteindre parce que les étoiles sont situées très loin. Une autre
méthode consiste à rechercher une diminution régulière de la luminosité de
l’étoile due au transit d’une planète devant elle. Une planète de la taille de la
Terre retiendrait une minuscule fraction, 0,01 %, de la lumière de l’étoile pen-
dant plusieurs heures par jour. Pour que la détection soit attestée, cette baisse
doit se répéter de façon fiable sur un cycle qui peut durer des jours, des mois ou
des années. Une fois la période orbitale ainsi mesurée, la masse de la planète peut
être déduite de la troisième loi de Kepler. Jusqu’ici, seules quelques planètes ont
été trouvées de cette manière.

Il y a différentes sortes de planètes, et donc différentes méthodes de détection :


la méthode Doppler est mieux adaptée aux très grosses planètes, telle Jupiter,
tournant près de leur étoile où elles exercent la plus forte attraction sur elle ; la
méthode du transit peut dénicher des planètes plus distantes et plus petites, en
particulier des cousines de la Terre, mais nécessite des mesures de la lumière de

La mission spatiale Kepler


Lancé en 2009, l’engin spatial de la NASA Kepler cette dernière. Kepler a permis de découvrir un
est destiné à trouver des planètes telles que la millier d’exoplanètes confirmées dans plus de
nôtre. Son télescope de 0,9  m de diamètre 400 systèmes planétaires. Parmi elles, une ving-
observe en permanence une vaste région du ciel taine de planètes semblables à la Terre se situent
(diamètre : 12°) qui englobe 100 000 étoiles. dans la zone habitable de leurs étoiles respec-
Une planète de la taille de la Terre, en passant tives, parmi lesquelles des étoiles semblables à
devant une étoile, ferait baisser la luminosité de notre Soleil.

1843-1846 1992 1995 2009


Prédiction de l’existence Première exoplanète Première exoplanète Lancement de la
de Neptune, trouvée par découverte autour d’un découverte par la mission Kepler
Adams et Le Verrier pulsar méthode Doppler
186 50 clés pour comprendre l’astronomie

l’étoile très fines sur de très lon-


Zone habitable
Nombre de masses solaires

2 gues périodes. Cela se fait plus


efficacement depuis l’espace,
au-dessus des turbulences de
notre atmosphère. La méthode
1
du transit est utilisée par plu-
Mars sieurs missions, en particu-
Terre lier par le satellite Kepler de la
0.5 Vénus NASA, lancé en 2009.

0 0.1 1 10 40 Des Jupiters chaudes


U.A. (unités astronomiques) Sur les centaines de planètes
découvertes jusqu’ici, la plu-
part sont des géantes gazeuses situées très près de leur étoile mère. Elles ont
des masses du même ordre que celle de Jupiter – et presque toutes ont plus
de 10 fois la masse de la Terre – mais se déplacent sur des orbites très resser-
rées, bien plus proches de leur étoile que Mercure ne l’est du Soleil. D’habitude,
ces « Jupiters chaudes » tournent autour de leur étoile en quelques jours et la
température de leur atmosphère est élevée du fait de cette proximité. On a pu
montrer que, sur l’une de ces planètes, il y a un côté jour plus chaud, atteignant
1 200 K quand il est face à l’étoile, et un côté nuit plus froid, la tem-
pérature descendant à environ 970 K. Les astronomes ont détecté
de l’eau, du sodium, du méthane et du dioxyde de carbone dans le spectre de
l’atmosphère d’exoplanètes.

Ces dernières sont définies comme étant des corps en orbite possédant une masse
trop faible pour que s’amorce la fusion du deutérium : elles ne sont pas assez
grosses pour s’allumer et devenir des étoiles. En pratique, la taille la plus grande
est environ 13 fois celle de Jupiter. Les boules de gaz plus grandes que cette limite
de fusion et cependant inactives sont appelées naines brunes. Il n’y a pas de
limite de masse inférieure autre que l’échelle ordinaire des planètes de notre sys-
tème solaire. Les exoplanètes peuvent être des géantes gazeuses comme Jupiter
et Saturne, ou des planètes telluriques comme la Terre et Mars.

Les exoplanètes sont courantes : jusqu’ici, on en a trouvé autour d’environ 1 %


des étoiles de la séquence principale ayant fait l’objet de recherches spécifiques.
Si cette statistique est une sous-estimation, comme cela paraît probable étant
donné le biais de l’observation (nous détectons surtout les Jupiters chaudes), cela
implique l’existence de milliards de planètes dans la Voie lactée, qui contient
100 milliards d’étoiles. Certaines étoiles abritent des planètes plus probablement
que d’autres. Les étoiles du genre de notre Soleil (de classes F, G ou K) sont les
hôtes les plus probables. Les étoiles naines (de classe M) et les étoiles lumineuses
Exoplanètes 187

bleues (de classe O) le sont moins.


Les étoiles dont le spectre révèle
qu’elles contiennent relativement
« »
La planète des aliens,
c’est la Terre.
plus d’éléments lourds, comme le J.-G. Ballard
fer, ont plus de chances d’être entou-
rées de planètes, a fortiori massives.

Les orbites de nombreuses exoplanètes détectées jusqu’ici présentent des carac-


tères extrêmes. Celles qui sont parcourues le plus rapidement, en moins de 20
jours, sont quasi circulaires, semblables à celles de notre système solaire. Celles
qui demandent davantage de temps ont tendance à être elliptiques, parfois très
allongées. Le fait que cet étirement demeure, que les orbites ne tendent pas à
devenir circulaires, est difficile à expliquer. Il est néanmoins remarquable que
ce soit la même physique qui régisse ces planètes lointaines et celles de notre
système solaire.

Zone habitable Pour dresser la carte du système planétaire d’autres étoiles,


les astronomes s’efforcent de découvrir des planètes moins lourdes se situant
plus loin de leur étoile hôte que les Jupiters chaudes. On cherche tout particuliè-
rement des cousines de la Terre – des exoplanètes rocheuses de masse semblable
à la sienne et dont la position par rapport à leur étoile est comparable à celle de
notre planète par rapport au Soleil. Il y a, autour de chaque étoile, une « zone
habitable » dans laquelle une planète pourrait avoir la bonne température pour
receler de l’eau à l’état liquide, et donc pour pouvoir abriter la vie. Plus près, l’eau
de surface serait bouillante ; plus loin, elle serait gelée. La bonne distance dépend
de la luminosité de l’étoile : les planètes habitables se trouvent plus loin si l’étoile
est brillante, moins sinon.

Les astronomes ont vraiment beaucoup appris sur les planètes au cours des
vingt dernières années. Nous avons beaucoup progressé dans la quête d’une
planète analogue à la Terre autour d’une étoile lointaine. La technologie
évolue, les observations sont de plus en plus précises et nous avons déjà obtenu
des résultats significatifs. Cartographier un nombre toujours plus grand de sys-
tèmes d’exoplanètes, parmi lesquelles de proches parentes de la Terre, n’est
qu’une question de temps.

l’idée clé
D’autres mondes
188 50 clés pour comprendre l’astronomie

47 F ormation du
système solaire
Le Soleil s’est constitué à partir d’un nuage gazeux géant il y a 4,5 milliards
d’années. Comme d’autres étoiles qui se forment par condensation à partir
de nuages moléculaires, le Soleil est issu d’un effondrement gravitationnel
d’une mer d’hydrogène, d’hélium et de traces d’autres éléments. Les
planètes viennent des débris abandonnés. Agrégats et collisions ont fixé
taille et position dans un jeu de billard cosmique.

Quand le modèle héliocentrique a fini par être reconnu au xviiie siècle, les ques-
tions sur l’origine du système solaire ont commencé à se poser. L’idée que le
Soleil et les planètes formaient un nuage de gaz géant – l’hypothèse de la nébu-
leuse – a été mise en avant par Emanuel Swedenborg en 1734, puis développée
par Emmanuel Kant et Pierre-Simon de Laplace. Quoique vraie dans ses grandes
lignes, l’hypothèse a été largement développée depuis lors. Comme d’autres
étoiles se sont formées à partir de nuages moléculaires, telle la nébuleuse d’Orion,
le Soleil a dû se condenser à partir d’un nuage riche en hydrogène, en hélium et
avec des traces d’autres éléments.

La nébuleuse pré-solaire se serait ainsi étendue sur de nombreuses années-


lumière et aurait contenu suffisamment de gaz pour pouvoir fabriquer des mil-
liers d’étoiles. Le Soleil pourrait ne pas avoir été seul dans ce nuage – la présence
de météorites contenant de grandes quantités d’isotopes lourds du fer (Fe-60)
laisse penser que la nébuleuse avait été polluée par des rejets provenant d’une
supernova proche. Le Soleil pourrait donc avoir grandi parmi d’autres étoiles
qui, massives, auraient vécu brièvement et explosé avant la naissance du système
solaire.

Le Soleil se développa peu à peu dans une région de surdensité du nuage créée
par la gravité. Il mit 100 000 ans à devenir une protoétoile – une boule de gaz

chronologie
1704
L’expression « système solaire » est utilisée pour la
première fois
Formation du système solaire 189

Une comète s’écrase


Entre le 16 et le 22 juillet 1994, la comète Shoemaker-Levy 9 s’est écrasée dans l’atmosphère
de Jupiter. Il s’agit de la première collision observée de deux astres du système solaire. Elle a
été suivie par la plupart des observatoires, tant sur Terre que dans l’espace. Alors que la comète
s’approchait de Jupiter, son noyau se brisa en 21 morceaux au moins mesurant jusqu’à 2 km.
Les astronomes ont regardé chaque morceau heurter l’atmosphère, déclenchant volutes et
éclairs.

chaude et dense mais où la fusion ne s’est pas enclenchée. Il était entouré d’un
disque circumstellaire de gaz et de poussières étendu sur plusieurs centaines de
fois la distance de la Terre au Soleil. Après environ 50 millions d’années, la fusion
s’enclencha et le Soleil devint une étoile de la séquence principale.

Formation de planètes Les planètes se sont formées à partir des débris


recueillis dans le disque. Les poussières se sont regroupées pour former des objets
mesurant plusieurs kilomètres ; les collisions ultérieures entre eux les ont agglu-
tinés. Les embryons de planètes sont devenus de plus en plus gros. En même
temps, les planètes en formation ont fait le ménage autour d’elles dans le disque.

Les régions intérieures du système solaire en formation étaient chaudes et il était


impossible que des composés volatils comme l’eau s’y condensent. Les planètes
telluriques, riches en métal, se sont formées, assises sur des corps chimiques à
points de fusion élevés : composés du fer, du nickel et de l’aluminium, silicates
– toutes les bases minérales des complexes ignés qu’on peut toujours voir sur
Terre. Les planètes telluriques – Mercure, Vénus, la Terre et Mars – ont grossi
régulièrement en agrégeant des corps plus petits. On pense que les planètes inté-
rieures se sont formées plus loin du Soleil qu’elles ne le sont aujourd’hui et que
leurs orbites se sont contractées alors que les planètes étaient ralenties par le frein
opposé par le gaz restant dans le disque qui a fini par se dissiper.

Les géantes gazeuses – Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune – se sont formées plus
loin, après la « ceinture de glace », là où les composés volatils restaient gelés. Ces
planètes étaient assez grandes pour s’entourer d’une atmosphère d’hydrogène et
d’hélium. À elles quatre, elles représentent 99 % de la masse de matière en orbite
autour du Soleil. 10 millions d’années après, le jeune Soleil souffla le gaz résiduel
du disque et les planètes cessèrent de croître.

1734 1994
Swedenborg avance l’hypothèse de Une comète s’écrase sur Jupiter
la nébuleuse
190 50 clés pour comprendre l’astronomie

On a pensé que les planètes s’étaient formées


Temps
essentiellement où nous pouvons les voir
Nébuleuse aujourd’hui. C’est au xxe  siècle que les astro-
pré-solaire nomes se rendirent compte qu’il n’en était pas
ainsi. Ils développèrent de nouvelles théories
avançant que les planètes avaient en fait beau-
coup bougé du fait de collisions – un jeu de bil-
lard cosmique.

Impacts géants Quand les planètes inté-


rieures furent presque achevées, la zone était tou-
jours encombrée par des centaines d’embryons
Formation du planétaires de la taille de la Lune. Les chocs avec
Soleil et des les planètes déjà constituées furent gigantesques.
planètes Nous sommes certains que de tels événements
se produisirent : c’est au cours d’une de ces col-
lisions que la Terre s’est entourée de la Lune.
À l’occasion d’une autre, Mercure a perdu de
nombreuses couches externes. La raisons la plus
Système probable de ces collisions est que les orbites des
solaire
planètes étaient plus allongées qu’aujourd’hui ce
qui les a fait souvent croiser le chemin d’objets
plus petits. Depuis lors, les orbites se sont régularisées et sont devenues quasi
circulaires, peut-être à travers ces collisions successives ou à cause du frein pro-
voqué par des débris.

Les décombres de la ceinture d’astéroïdes, entre Mars et Jupiter, sont peut-être


les restes d’une planète fracassée par de nombreuses collisions. La zone était
particulièrement encline à perturbations du fait de l’attraction de Jupiter, la plus
grosse planète du système solaire. Quand l’orbite de Jupiter s’est décalée, cela a
provoqué une désorganisation sur une grande zone. Les résonnances orbitales
ont bouleversé la région intérieure à son orbite. Les collisions qui s’en suivirent
ont brisé la planète qui se trouvait là, ne laissant que les astéroïdes. Peut-être
certains astéroïdes glacés ont-ils été précipités de là vers l’orbite de la Terre, four-
nissant de l’eau à notre jeune planète, eau qui a aussi pu nous venir des comètes.

Jupiter et les autres planètes extérieures se sont beaucoup déplacées au cours des
dernières étapes de leur formation. Le disque protoplanétaire aurait été trop froid
et trop diffus à la distance où se trouvent les planètes extérieures pour que se
forment des objets suffisamment gros. Uranus, Neptune, les objets de la ceinture
de Kuiper, en particulier Pluton et les comètes, ont dû se former plus près du
Soleil et avoir été éjectés plus loin par des interactions gravitationnelles. Il se peut
même que Neptune se soit formée à l’intérieur de l’orbite d’Uranus avant d’avoir
Formation du système solaire 191

Météorites
Les météorites sont faits de débris cosmiques, rochers sombres contiennent des isotopes
en particulier de la matière abandonnée par dont les quantités peuvent servir d’horloges
le système solaire primitif et les débris des cosmiques en calculant l’époque où ils se
planètes. Il y en a essentiellement de trois sont formés à partir du taux de leurs résidus
sortes. Celles riches en fer proviennent du radioactifs. En mettant toutes ces informa-
cœur d’astéroïdes brisés ; les météorites pier- tions bout à bout, on peut établir la façon
reuses sont surtout composées de silicates ; dont les constituants du système solaire se
enfin les météorites métallo-pierreuses sont sont distribués et regroupés.
un mélange des deux. Les minerais de ces

été sortie en dehors. Une raison possible


en est la danse orbitale entamée par
Jupiter et Saturne 500 millions d’années
après la formation du système solaire.
« Il a fallu moins d’une
heure pour construire les
atomes, quelques centaines
Durant une certaine période, Jupiter a de millions d’années
parcouru son orbite deux fois plus vite
pour bâtir étoiles et planètes

»
que Saturne la sienne, des phénomènes
de marée engendrant des vibrations de mais cinq milliards d’années
résonance qui ont retenti dans tout le pour faire l’Homme !
système solaire : Neptune a été repoussée George Gamow
et les petits corps glacés éparpillés dans la
ceinture de Kuiper.

Bombardement tardif Pendant la période où les planètes extérieures ont


été repoussées, de nombreux astéroïdes ont été précipités dans le système solaire
interne. Les orbites des planètes telluriques étaient alors relativement en place
après la fin des plus grosses collisions. Une période de « grand bombardement
tardif » a suivi pendant laquelle de nombreux impacts de cratères se formèrent
sur la Lune tandis que d’autres planètes furent balafrées. Ce n’est qu’après la fin
de ce bombardement, il y a 3,7 milliards d’années, que les premiers signes de vie
sont apparus sur Terre.

l’idée clé
Billards cosmiques
192 50 clés pour comprendre l’astronomie

48 Lunes
En dehors de Mercure et Vénus, toutes les planètes du système solaire ont
une ou plusieurs lunes. La beauté de la nôtre a inspiré plus d’un poète mais
imaginez l’intensité de la scène si nous voyions plus de cinquante globes
dans nos cieux, comme c’est le cas sur Saturne ou Jupiter ! Les lunes peuvent
s’installer de trois façons : in situ, à partir d’un disque de gaz et de débris
entourant une planète ; par la capture d’un astéroïde qui passait non loin ;
ou arraché à la planète à l’occasion d’un impact violent avec un autre corps.
Il se peut que notre Lune ait été formée à travers une telle collision.

Les planètes extérieures géantes sont si grandes qu’elles retiennent en orbite les
débris : Jupiter, Uranus et Neptune ont toutes des anneaux ; mais ceux de Saturne
sont de loin les plus grands et ont été sondés depuis le xviie siècle, quand Galilée
les a observés attentivement à la lunette. Des milliers d’anneaux entourent
Saturne, à environ 300 000 km de la planète, tous dans un mince plan de seule-
ment 1 km d’épaisseur. Les anneaux sont faits de milliards de morceaux de glace,
allant de la taille d’un morceau de sucre à celle d’une maison.

Saturne possède plus de 50 lunes et chacune d’elle est unique. Titan, la plus
grande, a été découverte en 1655 par l’astronome hollandais Christiaan Huygens.
Elle possède une épaisse atmosphère orangée essentiellement composée d’azote.
Japet paraît brillante d’un côté et sombre de l’autre, de la glace recouvrant la
partie qui fait face à la matière des anneaux quand elle la traverse ; Mimas pré-
sente un énorme cratère sur une face, résultat d’une collision ancienne ; enfin
Encelade est actif sous sa surface, éjectant des colonnes de vapeur d’eau depuis
ses volcans de glace. Des dizaines de lunes plus petites ont été détectées, beau-
coup ayant taillé des trous dans le système d’anneaux alors qu’elles se formaient
par accrétion d’éclats de glace.

Les planètes intérieures sont trop petites pour avoir permis la formation de lunes
à partir de débris d’anneaux : elles les ont capturées. On pense que les lunes de

chronologie
1655 1969
Découverte de Titan par Les premiers pas de l’Homme sur la Lune
Huygens grâce au programme Apollo
Lunes 193

Mars – Déimos et Phobos – sont des astéroïdes capturés. Dans le cas de la Terre,
la création de la Lune a été plus violente. On pense que, dans le système solaire
primitif, alors que de nombreux objets suffisamment
grands s’écrasaient sur des embryons planétaires en
formation, un astéroïde s’est directement écrasé sur
la Terre. La Lune serait le résultat de ce choc.

L’hypothèse de l’impact géant L’origine


de la Lune est une préoccupation ancienne. Elle
est revenue au premier plan dans les années 1970,
à l’occasion du programme Apollo. Les astronautes
rapportèrent des pierres et des informations géolo-
giques ; ils installèrent des capteurs à la surface de

«
la Lune pour déceler les signaux d’une
activité sismique et des faisceaux laser
pour déterminer avec précision sa dis- Ici, des hommes
tance à la Terre. Ils ont découvert que la
Lune s’éloigne de la Terre à la vitesse de
de la planète Terre posèrent
38 mm par an et qu’elle a un cœur par- le pied sur la Lune en
juillet 1969 de notre ère.

»
tiellement en fusion. La composition de
la croûte lunaire est très similaire à celle Nous sommes venus en paix
des complexes ignés rocheux de la Terre. au nom de l’Humanité.
Pendant longtemps, les scientifiques ont Plaque laissée sur la Lune, 1969
cru que la Lune s’était formée en même
temps que la Terre à partir d’une gouttelette de magma en fusion. Mais la petite
taille du cœur de la Lune – 20 % de son rayon, à comparer avec les 50 % de celui
de la Terre – laissait penser qu’il fallait trouver une autre explication : si la Lune
s’était formée en même temps que la Terre, son cœur aurait dû être beaucoup
plus gros. En 1975, William Hartmann et Donald Davis développèrent une autre
hypothèse : un autre corps aurait été impliqué dans la création de la Lune à tra-
vers un impact quasi catastrophique.

Un astre de la taille de Mars, Théia, serait entré en collision avec la Terre à peu
près 50 millions d’années après la formation du système solaire, il y a environ
4,5 milliards d’années. L’impact aurait été si violent qu’il aurait quasiment fra-
cassé la toute jeune Terre, la chaleur dégagée provoquant la fusion des couches
supérieures des deux corps. Le lourd cœur en fer de Théia aurait rejoint celui de la
Terre, le manteau et la croûte plus légère de la Terre étant projetés dans l’espace.
C’est ce matériau qui s’assembla pour former la Lune.

1975 1996 2009


Développement de l’hypothèse de Le satellite Clementine à la LCROSS et Chandrayaan confirment
l’impact géant recherche d’eau sur la Lune la présence d’eau
sur la Lune
194 50 clés pour comprendre l’astronomie

Marées et rotation synchrone


La Lune présente la même face à nos satellite de même que sur le côté qui lui est
regards chaque nuit. Cela est dû au fait opposé. Ces renflements sont, lorsqu’ils se
qu’elle tourne autour de la Terre dans le forment, responsables des marées, qui sont
même temps que celui qu’il lui faut pour modifiées quand la Lune tourne autour de
tourner sur son axe (environ 29 jours). Ce la Terre. Mais ils agissent aussi comme des
synchronisme est conséquence des marées. régulateurs de la Lune : si la planète et la
La gravité de la Lune déforme la surface Lune tournent à des vitesses différentes,
fluide de la Terre, faisant dessiner aux l’effet gravitationnel du renflement ramè-
océans un renflement dans la direction du nera la Lune au bon rythme.

L’hypothèse de l’impact géant explique pourquoi la Lune est si grande par rap-
port à la Terre tout en ayant un cœur si petit. La densité moyenne de la Lune
plus basse (3,3 g/cm3) comparée à celle de la Terre (5,5 g/cm3) vient de ce que
la Lune a perdu, avec le fer, quelque chose de lourd. Les roches de la Lune ont
exactement les mêmes taux des différents isotopes de l’oxygène (des versions
radioactives plus lourdes de l’oxygène) que celles de la Terre, ce qui implique
qu’elles se sont formées dans le même voisinage. Les roches martiennes ont été
formées dans d’autres parties du système solaire et elles ont, au contraire, une
composition très différente. Les simulations informatiques sur la mécanique de
l’impact confirment que ce scénario est plausible.

Il y a des preuves supplémentaires du fait que la surface de la Lune a été en


fusion, formant un océan de magma. Les minerais légers ont flotté à la surface de
la Lune comme on s’y serait attendu s’ils avaient cristallisé en phase liquide. La
surface s’est lentement refroidie, sa solidification prenant 100 millions d’années :
cela est attesté par les quantités des différents isotopes radioactifs dont la durée
de désintégration permet de mesurer l’âge des minéraux. Il y a aussi quelques
incohérences : par rapport à la Terre, la Lune a des taux différents d’éléments
volatils ; elle manque de fer. Allant dans le même sens, il n’y a aucun indice
concernant Théia elle-même, sous la forme d’isotopes inhabituels ou de pierres
inconnues qui resteraient. En fin de compte, il n’y a rien de flagrant.

Différenciation Tandis que la Lune refroidissait, les minerais cristallisaient


à partir de l’océan de magma et prenaient place en profondeur conformément
à leur poids. L’astre s’est différencié et a formé une croûte légère, un manteau
intermédiaire et un cœur lourd. La croûte ne fait que 50 km d’épaisseur ; elle
est riche en minerais légers, particulièrement le plagioclase (un feldspath qu’on
Lunes 195

« Et, depuis ma fenêtre, à la lueur de la Lune


ou des étoiles amies, je peux voir, à l’entrée de la chapelle,
la statue de Newton tenant son prisme, silencieux,
reflet de marbre d’un esprit voyageant pour toujours
dans les étranges mers de la pensée, seul.
William Wordsworth
»
trouve dans le granit). Elle est composée à 45 % d’oxygène et 20 % de silicium,
le reste étant fait de métaux, en particulier de fer, d’aluminium, de magnésium
et de calcium. Le cœur est petit, confiné dans un rayon de 350 km ou moins. Il
est probablement en partie en fusion, riche en fer et en d’autres métaux.

Entre les deux, il y a le manteau, qui déclenche des tremblements de lune tandis
qu’il est déformé par les forces de marée. Nous pensons qu’il et aujourd’hui
solide mais, au cours de la vie de la Lune, il a été en fusion, engendrant un volca-
nisme jusqu’il y a un milliard d’années. La surface de la Lune porte les cicatrices
de nombreux cratères d’impact qui ont dispersé pierres et poussières à sa surface,
sur une couche appelée régolithe.

Eau La surface de la Lune est aride mais la chute occasionnelle de comètes ou


de corps glacés a pu y apporter de l’eau. L’étude de la Lune comme celle des
transferts de matière dans le système solaire rendent important le fait de savoir
s’il y a de l’eau sur la Lune ou pas. L’eau s’évaporerait très vite à la lumière directe
du Soleil mais certaines parties de la Lune restent en permanence à l’ombre, en
particulier sur les parois des cratères situés près des pôles. Les physiciens pensent
que de l’eau gelée pourrait subsister dans ces endroits sombres.

De nombreux satellites ont scruté la surface de la Lune avec des résultats mitigés.
Les satellites Clementine et Lunar Prospector ont repéré, à la fin des années
1990, de l’eau gelée aux pôles mais les observations radio depuis la Terre n’ont
pas réussi à le confirmer. Des missions récentes – la LCROSS (Lunar Crater
Observation and Sensing Satellite) de la NASA, qui a lancé un projectile à la sur-
face tandis que les instruments de bord analysaient la lumière issue de la matière
projetée par l’impact ; ou la mission indienne Chandrayaan – ont affirmé avoir
trouvé de l’eau dans l’ombre des cratères. Ainsi, les astronautes du futur pourront
trouver de quoi boire à la surface desséchée de la Lune !

l’idée clé
Un petit pas
196 50 clés pour comprendre l’astronomie

49 Exobiologie
Cela fait longtemps que nous pensons que la vie existe au-delà de notre
planète – depuis les canaux de Mars aux annonces d’observation de créatures
volantes sur la Lune. Mais plus nous explorons notre système solaire,
plus notre voisinage paraît être stérile. Pour robuste qu’elle soit, la vie a,
semble-t-il, besoin de conditions particulières pour éclore. L’exobiologie
tente de répondre à la question de savoir comment et où la vie apparaît
dans le cosmos.

La vie est apparue sur Terre très tôt après la formation de la planète, il y a 4,5 mil-
liards d’années. Les stromatolites fossiles – des tapis organiques en forme de
dôme – montrent que des cyanobactéries existaient il y a 3,5 milliards d’années.
La photosynthèse – le processus chimique utilisant la lumière solaire pour trans-
former des produits chimiques en énergie – était en bonne voie. Les roches sédi-
mentaires les plus anciennes connues, identifiées au Groenland, datent d’il y
a 3,85 milliards d’années. La vie s’est donc élancée d’une étroite fenêtre de tir.

Les théories sur l’origine de la vie sont anciennes et aussi variées que les espèces.
Les micro-organismes comme les bactéries ou les protozoaires ont été identifiés
au xviie  siècle, quand le microscope a été inventé. La simplicité apparente des
bactéries a fait croire aux spécialistes que ces gouttes sont sorties spontanément
de la matière inanimée. On les voyait ensuite se répliquer, ce qui laissait entendre
que la vie provenait d’une génération spontanée. Louis Pasteur échoua dans sa
tentative de créer des bactéries à partir d’un bouillon nutritif stérile. La construc-
tion des premiers organismes vivants était un problème.

En 1871, Charles Darwin écrivit au botaniste Joseph Hooker sur cette question de
l’origine de la vie qu’elle aurait pu naître dans un « petit étang chaud contenant
toutes sortes de sels d’ammoniaque et de phosphore, de la lumière, de la chaleur,
de l’électricité, etc., en sorte qu’un composé protéinique soit chimiquement pré-
paré à déclencher des changements plus complexes encore ».

chronologie
1861 1871
Louis Pasteur échoue à Charles Darwin évoque un
créer la vie à partir d’un « petit étang chaud »
bouillon nutritif
Exobiologie 197

« De dire que, jusqu’à présent, la science ne jette aucune


lumière sur le problème bien plus élevé de l’essence
ou de l’origine de la vie n’est pas une objection valable.
Qui peut expliquer ce qu’est l’essence de l’attraction ou
de la pesanteur ? Nul ne se refuse cependant aujourd’hui
à admettre toutes les conséquences qui découlent
d’un élément inconnu, l’attraction (…).
Charles Darwin
»
Soupe primordiale L’explication de Darwin est proche de ce que pensent
les scientifiques aujourd’hui, avec toutefois un important élément supplémen-
taire : manquant de plantes et de sources biologiques d’oxygène, l’atmosphère
primitive de la Terre était dépourvue de ce gaz, contrairement à aujourd’hui. Elle
contenait du méthane, de l’ammoniac, de l’eau ainsi que d’autres gaz favorisant
certaines sortes de réactions chimiques plutôt que d’autres. En 1924, Alexandre
Oparine pensait que, dans ces conditions, une « soupe primitive de molécules
avait pu se créer ». Ces mêmes processus seraient bloqués dans notre atmosphère
actuelle riche en oxygène.

Les conditions qui prévalaient sur la Terre primitive étaient infernales, comme
l’atteste le nom donné à cette période géologique, l’Hadéen. Apparus très tôt,
200 millions d’années après la formation de la Terre, les océans étaient initiale-
ment bouillants et acides. Le grand bombardement tardif était encore à venir :
des astéroïdes ont dû s’écraser souvent à la surface de la planète. Celle-ci était
inhospitalière : climat chaotique, éclairs et déluges. Pourtant, ces conditions se
sont avérées favorables à la vie. Les organismes qui grouillent autour des évents
hydrothermaux des mers profondes prouvent que l’eau bouillante et l’obscurité
ne sont pas des barrières, pourvu qu’il y ait suffisamment d’éléments nutritifs.
Cela dit, il a bien fallu que, d’une façon ou d’une autre, les premiers organismes
se développent à partir de molécules complexes.

Les conditions hostiles de la Terre primitive ont convenu à la création de molé-


cules organiques. En 1953, les expériences de Stanley L. Miller et Harold C. Urey
ont montré que les petites molécules indispensables à la vie, tels les acides aminés,
peuvent être créées à partir de mélanges gazeux – méthane, ammoniac et hydro-
gène – en y faisant passer des éclairs électriques. Mais les scientifiques n’ont fait
que peu de progrès dans les décennies qui ont suivi. L’étape de construction des

Années 1950 1953 2005 2020


Fred Hoyle met en avant la Expérience de Miller- La sonde Huygens se Lancement de la mission
théorie de la « panspermie » Urey pose sur Titan Europa
198 50 clés pour comprendre l’astronomie

La sonde Huygens
La sonde spatiale Huygens a atterri à la sur- qu’elle descendait à travers l’atmosphère avant
face de Titan le 14  janvier 2005, après un d’atterrir sur une plaine de glaces. Titan est un
voyage de sept ans. Placée à l’intérieur d’une monde étrange dont l’atmosphère et la surface
coquille protectrice de quelques mètres, elle baignent dans le méthane liquide. Huygens est
transportait une série d’expériences destinées le premier engin spatial à avoir atterri sur un
à mesurer vents, pression atmosphérique, tem- astre du système solaire extérieur.
pérature et composition de la surface à mesure

premières cellules à partir de molécules est stimulante : des structures en forme


de cosse qui pourraient être formées par des lipides sont une piste. Le processus
de la division cellulaire et de la mise en marche d’une machinerie chimique – le
métabolisme – sont toujours loin d’être compris. Personne n’a encore fabriqué
une proto-cellule convaincante à partir de rien.

Panspermie Une autre possibilité est que les molécules complexes, voire des
organismes biologiques simples, soient venus de l’espace. À peu près à la même
époque que l’expérience de Miller et Urey, l’astronome Fred Hoyle avançait l’idée
de « panspermie » : la Terre aurait été ensemencée par des impacts de météorites
et de comètes. Cela peut paraître tiré par les cheveux mais il est avéré que l’espace
est plein de molécules, dont certaines sont complexes. De l’acide amino-acétique
a été détecté en 2009 dans de la matière provenant de la comète Wild 2 dont la
sonde de la NASA Starburst a recueilli un échantillon qu’elle a rapporté sur Terre.

Pour en savoir davantage sur les conditions ayant pu permettre les premières
formes de vie et la façon dont les molécules se sont disséminées, les exobiolo-
gistes sont impatients d’explorer des endroits clés de notre système solaire. La
première cible est Mars. Sa surface actuelle est sèche mais on pense qu’il en a été
autrement dans le passé. Il y a toujours de l’eau glacée à ses pôles et les images
transmises par Mars Exploration Rover ont apporté la preuve qu’il y a eu pré-
sence d’eau à l’état liquide en surface, peut-être sous forme de petits cours d’eau
ou due aux fluctuations de nappes souterraines. On a trouvé du méthane dans
l’atmosphère de la planète rouge, ce qui laisse supposer une origine géologique,
voire biologique.

Tourisme exobiologique La plus grande lune de Saturne, Titan, est un


autre endroit pouvant mener à la vie : elle possède des ressemblances avec la
Terre primitive. Bien que se trouvant dans la zone glacée du système solaire
extérieur, elle est baignée dans une épaisse atmosphère d’azote qui contient de
Exobiologie 199

« Combien cette antiquité du globe terrestre s’agrandira


encore aux yeux de l’Homme lorsqu’il se sera formé
une juste idée de l’origine des corps vivants
ainsi que des causes du développement
et du perfectionnement graduels
de l’organisation de ces corps.
Jean-Baptiste Lamarck
»
nombreuses molécules organiques, en particulier du méthane. Le vaisseau spatial
Cassini, qui effectue des recherches sur Saturne, a lancé une sonde sur Titan. La
capsule, appelée Huygens, du nom du physicien hollandais du xviie siècle qui
la découvrit, est descendue à travers l’atmosphère nuageuse de Titan et a atterri
sur un sol de méthane gelé. Titan a des continents, des dunes de sable, des lacs,
peut-être des rivières, faits de méthane et d’éthane solides et liquides plutôt que
d’eau. Elle pourrait abriter des formes de vie primitives comme des bactéries se
nourrissant de méthane.

Une autre des lunes de Saturne, Encelade, est une destination exobiologiste en
vogue. Alors que la sonde Cassini dépassait ce satellite couvert de glaces, elle
repéra une éjection de vapeur d’eau provenant de crevasses situées près de son
pôle sud. Un point chaud situé en dessous laisse s’échapper de la vapeur à travers
des évents : la proximité de Saturne provoque des effets de marée qui déforment
la lune et créent ces fractures. Il est possible qu’il y ait des formes de vie sous la
surface, là où l’eau est liquide.

Mais la destination la plus probable pour la prochaine mission orientée vers


l’exobiologie est la lune de Jupiter Europe qui abrite un océan d’eau liquide sous
sa surface gelée. Comme Encelade, sa surface est lisse, ce qui indique qu’elle a
récemment été en fusion. Elle est striée de fines fractures qui laissent penser
qu’elle gagne en outre de la chaleur sous les déformations dues aux marées. Cet
océan pourrait abriter la vie, dans des conditions parallèles à celles des grands
fonds marins ou des lacs sous-glaciaires enfouis dans l’Antarctique. Les exobio-
logistes espèrent lancer une mission vers Europe en 2020 pour forer sous sa glace
et rechercher des signes de vie.

l’idée clé
Suivez l’eau
200 50 clés pour comprendre l’astronomie

50 L e paradoxe
de Fermi
La détection de la vie ailleurs dans l’Univers serait la plus grande découverte
de tous les temps. Le professeur de physique Enrico Fermi se demanda
pourquoi, étant donnés l’âge et la taille de l’Univers, des milliards d’étoiles
et de planètes existent depuis des milliards d’années sans que nous ayons été
contactés par quelque civilisation extraterrestre. C’est bien d’un paradoxe
qu’il s’agit.

En bavardant à table avec des collègues en 1950, Fermi demanda, paraît-il : « Où
sont-ils ? » Notre propre galaxie contient des milliards d’étoiles et il y a des mil-
liards de galaxies dans l’Univers – et donc des milliards de milliards d’étoiles. Si
une partie seulement héberge des planètes, cela fait beaucoup de planètes. Si une
partie seulement de ces planètes abritent la vie, il devrait y avoir des millions
de civilisations. Pourquoi donc ne les avons-nous pas rencontrées ? Pourquoi ne
nous ont-ils pas contactés ?

Équation de Drake En 1961, Franck Drake élabora une équation sur la


probabilité qu’existe, sur une autre planète de la Voie lactée, une civilisation
extraterrestre que nous puissions contacter. C’est l’équation de Drake. Elle
affirme qu’il y a une chance que nous puissions coexister avec une autre civilisa-
tion, la probabilité d’une telle situation étant toujours passablement inconnue.
Carl Sagan a avancé une fois que des millions de civilisations pouvaient peupler
la Voie lactée, mais il revit ce nombre à la baisse. D’autres ont avancé que ce
nombre est exactement de 1, à savoir l’humanité.

Plus d’un demi-siècle après que Fermi eut posé la question, nous n’avons tou-
jours rien entendu. En dépit de nos systèmes de communication, personne n’a
appelé. Plus nous explorons notre environnement, plus nous paraissons être
seuls. Aucun signe concret d’une vie quelconque, pas même la plus simple bac-
térie, n’a été découvert sur la Lune, Mars les astéroïdes ou sur les planètes et

chronologie
1950 1961
Fermi lance la question de l’absence de Drake met au point son équation
contacts extraterrestres
Le paradoxe de Fermi 201

les lunes du système solaire extérieur. Aucune interférence dans la lumière des
étoiles qui pourrait indiquer la présence de gigantesques machines en orbite
recueillant leur énergie. Et ce n’est pas faute d’avoir cherché. Étant donnés les
enjeux, nous sommes extrêmement attentifs à la recherche d’intelligence extra-
terrestre.

La recherche de la vie Comment vous y prendriez-vous pour détecter des


signes de vie ? La première voie est de rechercher des microbes à l’intérieur de
notre système solaire. Les scientifiques ont examiné attentivement des pierres
rapportées de la Lune – ce ne sont que basaltes inanimés. On a suggéré que des
météorites venant de Mars pourraient receler des vestiges de bactéries – il n’est
toujours pas démontré que les bulles ovoïdes de ces rocs aient abrité une vie
extraterrestre et n’ont pas été contaminées après la chute sur Terre, voire pro-
duites par des processus géologiques naturels. Des caméras embarquées sur les
vaisseaux et les modules d’atterrissage ont scruté les surfaces de Mars, des asté-
roïdes et même, désormais, d’une lune du système solaire extérieur, Titan, un
satellite de Saturne. Mais la surface de Mars est desséchée et celle de Titan baigne
dans du méthane liquide, jusqu’ici dépourvu de vie. Une lune de Jupiter, Europe,
pourrait héberger des mers d’eau à l’état liquide sous sa surface glacée. L’eau à
l’état liquide n’est donc pas une denrée si rare dans le système solaire extérieur,
relançant l’espoir d’y découvrir un jour la vie.

Mais les microbes ne vont pas nous passer un coup de fil. Qu’en est-il d’animaux
ou de plantes plus sophistiqués ? Maintenant que des planètes ont été détectées
autour d’étoiles lointaines, les astronomes se préparent à analyser la lumière
qui en provient pour traquer des signes chimiques de vie. Les indices spectraux
de l’ozone ou de la chlorophylle pourraient être découverts, mais cela néces-
sitera des observations précises, de celles qui seront rendues possibles par les
prochaines générations de missions spatiales comme le Terrestrial Planet Finder
de la NASA. Ces missions pourraient découvrir une sœur à notre Terre. Mais, si

« Des êtres intelligents venus d’ailleurs et visitant


le système solaire sans aucun préjugé enregistreraient
vraisemblablement ceci dans leur rapport :
étoile X, classe spectrale G2, 4 planètes et des débris.
Isaac Asimov, 1963
»
1996
Des météorites dans l’Antarctique font penser à
une vie primitive sur Mars
202 50 clés pour comprendre l’astronomie

c’était le cas, serait-elle peuplée d’humains, de poissons, de dinosaures ? Ou ne


présenterait-elle que des continents et des mers arides ?

Contact La vie sur d’autres planètes, y compris semblables à la Terre, peut


avoir évolué différemment d’ici. Rien ne nous dit que les extraterrestres seraient
capables de communiquer avec nous. Depuis que radio et télévision ont com-
mencé leurs programmes, elles ont envoyé leurs signaux loin de la Terre, à la
vitesse de la lumière. Un fan de télé d’Alpha Centauri, à quatre années-lumière,
pourrait regarder une chaîne terrestre d’il y a quatre ans, appréciant peut-être
une reprise du film Contact. Des films en noir et blanc pourraient être diffusés
sur Arcturus tandis que Charlie Chaplin pourrait être la vedette de diffusions sur
Aldebaran.

La Terre envoie une multitude de signaux pour peu que vous ayez une antenne
pour les capter. D’autres civilisations avancées n’en feraient-elles pas de même ?
Les radioastronomes scrutent les étoiles proches à la recherche de signaux artifi-
ciels. Le spectre radio est vaste aussi se concentrent-ils sur les fréquences proches
des transitions naturelles clés comme celles de l’hydrogène qui devraient être les
mêmes partout dans l’Univers. Ils recherchent des signaux réguliers ou structurés
mais qui ne peuvent être produits par aucun type d’astres connu.

L’équation de Drake
N = N* × fp × ne × fl × fi × fc ×fL
où :
N est le nombre de civilisations de la Voie lactée dont les émissions électromagnétiques sont
détectables ;
N* est le nombre d’étoiles de la galaxie ;
fp est la fraction de ces étoiles possédant un système planétaire ;
ne est le nombre de planètes par système solaire avec un environnement favorable à la vie :
fl est la fraction de ces planètes vivables où il y a aujourd’hui une vie effective ;
fi est la fraction de ces planètes abritant la vie où une vie intelligente a émergé ;
fc est la fraction de civilisations développant une technologie capable d’émettre des signes
de leur activité qui soient détectables ;
fL est la fraction de la durée de vie d’une planète où de telles civilisations émettent des
signaux détectables dans l’espace (pour la Terre, elle est jusqu’ici très petite).
Le paradoxe de Fermi 203

« Notre Soleil n’est qu’une des 100 milliards d’étoiles


de notre galaxie qui n’est qu’une parmi les milliards
de galaxies qui peuplent l’Univers. Il serait vraiment
très présomptueux de penser que nous sommes
les seuls êtres pensants dans cette immensité.
Werner von Braun
»
En 1967, Jocelyn Bell, une étudiante britannique de Cambridge, eut une frayeur
en découvrant des signaux réguliers d’ondes radio en provenance d’une étoile.
Certains ont commencé à y voir un code Morse extraterrestre alors qu’il s’agissait
en fait d’un nouveau type d’étoiles à neutrons, aujourd’hui appelées pulsars.
Scruter des milliers d’étoiles prend beaucoup de temps : un programme spécial
a donc été lancé aux États-Unis, appelé SETI, pour Search for Extra-Terrestrial
Intelligence. En dépit du dépouillement d’années de données collectées, aucun
signal curieux n’a été repéré. D’autres radiotélescopes se joignent parfois aux
recherches mais n’ont pas plus trouvé quoi que ce soit qui ne soit pas banal.

Partis sans laisser d’adresse Étant donné que nous pouvons penser à de
nombreuses façons de communiquer et de détecter des signes de vie, pourquoi
donc ne se trouve-t-il aucune civilisation pour nous répondre ou pour émettre
ses propres signaux ? Pourquoi le paradoxe de Fermi tient-il toujours ? Il y a de
nombreuses possibilités. Peut-être la vie n’existe-t-elle dans un état développé
rendant la communication possible que pour une durée très brève. Pourquoi
en serait-il ainsi ? Peut-être la vie intelligente s’élimine-t-elle toujours très vite
elle-même. Peut-être est-elle autodestructrice, incapable de survivre longtemps :
les chances d’être capables de communiquer et d’avoir quelqu’un d’assez proche
pour le faire en retour seraient alors très faibles. Il y a aussi les scénarios plus
paranoïaques : les extraterrestres ne veulent peut-être tout simplement pas entrer
en contact avec nous et c’est délibérément que nous sommes laissés isolés. Ou
alors ils sont trop occupés et ne s’y sont pas encore intéressés !

l’idée clé
Y a-t-il quelqu’un ?
204 Glossaire

Glossaire
Accélération Variation Diffraction Étalement Étoile Boule de gaz dont Gaz Nuage d’atomes ou
de la vitesse d’un corps des ondes au passage le centre est le siège de de molécules non liés.
en un temps donné. d’un bord acéré ou d’une réactions de fusion.
fente. Gravité Interaction
Âge de l’Univers Exoplanète Planète fondamentale par
Environ 14 milliards Dualité onde- en orbite autour d’une laquelle les objets
d’années ; déterminé par corpuscule étoile autre que le Soleil. s’attirent mutuellement.
le rythme d’expansion Comportement de ce
de l’Univers. qui se manifeste tantôt Fission Éclatement Inertie Voir Masse
comme onde et tantôt de noyaux lourds en
Atome La plus petite noyaux plus légers. Inflation Gonflement
comme particule ; c’est
brique élémentaire de très rapide de l’Univers
tout particulièrement le
matière qui puisse exister Fond diffus durant les toutes
cas de la lumière.
de façon autonome. cosmologique Faible premières fractions de
Éléments légers Les lueur aux fréquences des seconde.
Baryons Catégories de quelques éléments micro-ondes arrivant de
particules formées de tout le ciel et provenant Interférence
formés pendant le
trois quarks, comme les du Big Bang. Superposition d’ondes
Big Bang : hydrogène,
protons et les neutrons. de différentes fréquences
hélium, lithium.
Force Attraction ou et qui peuvent se
Céphéide Étoile poussée modifiant le renforcer ou s’annuler.
Énergie noire Forme
variable dont la période mouvement d’un corps.
d’énergie du vide de
est en relation avec la Ion Atome présentant
l’espace qui tend vers
luminosité. Fréquence Nombre de une charge électrique
une expansion de
crêtes d’une onde passant du fait de la perte ou du
Champ Cadre l’espace-temps.
par un point donné par gain d’électrons.
dans lequel peut se unité de temps.
Énergie Quantité qui
transmettre une force Isotope Forme d’un
détermine le potentiel de
à distance. Il peut être Fusion Réunion de élément différent des
transformation en étant
électrique, magnétique, noyaux légers pour en autres par sa masse
échangée.
gravitationnel. former de plus lourds. atomique du fait de la
Espace-temps Fusion présence d’un nombre
Constante de Hubble Galaxie Assemblage différent de neutrons.
de l’espace géométrique
Rythme l’expansion de d’étoiles et de gaz
et du temps dans la
l’Univers. enchâssé dans un halo Isotropie Propriété de
Relativité.
de matière noire, comme distribution uniforme,
Constellation Motifs
Étoile à neutrons notre Voie lactée. régulièrement répartie.
reconnaissables formés
Ce qui reste après
par les étoiles dans le ciel. Galaxie active Une Lentille
l’effondrement d’une
galaxie qui montre gravitationnelle
Décalage vers le étoile éteinte et est
des processus de haute Déviation des rayons
rouge Baisse de la maintenu par la pression
énergie en son centre lumineux quand ils
fréquence d’un objet quantique.
déterminés par un trou passent à proximité d’un
qui s’éloigne du fait de
noir supermassif. objet massif.
l’expansion de l’Univers.
Glossaire 205

Longueur d’onde Nucléosynthèse Pulsar Étoile à neutrons Spectre Séquence


Distance entre deux Formation des éléments tournant dans un champ des ondes
crêtes d’une onde. par fusion nucléaire. magnétique et émettant électromagnétiques,
des pulsations radio. depuis les ondes radio
Masse Quantité Onde jusqu’aux rayons gamma.
correspondant au électromagnétique Quantité de
nombre d’atomes et Transmet de mouvement Produit Supernova Explosion
équivalente à la quantité l’énergie à travers des de la masse par la vitesse d’une étoile agonisante
d’énergie contenue. champs électrique et et qui représente la quand les réactions de
magnétique. difficulté qu’il y a à fusion ont cessé.
Matière noire Matière arrêter quelque chose
invisible détectable Orbite Chemin en qui se déplace. Température En
uniquement par ses anneau emprunté par un kelvins, mesure
effets gravitationnels. astre, souvent de forme Quark Particule relativement au zéro
elliptique. fondamentale ; ils absolu (– 273 °C).
Mécanique s’assemblent par trois
quantique Les lois du Photon Forme pour former protons et Trou noir Zone
monde subatomique, corpusculaire de la neutrons. d’attraction
la plupart défiant lumière ou « paquet » gravitationnelle extrême
l’intuition mais d’énergie. Raie d’émission Raie d’où la lumière ne peut
respectant des règles brillante à une fréquence pas s’échapper.
mathématiques. Planète Corps en spécifique dans un
orbite, soumis à l’action spectre lumineux. Trou noir
Modèle standard de son propre champ supermassif Un trou
Théorie reconnue des gravitationnel et trop Raie d’absorption noir dont la masse est
familles de particules petit pour amorcer les Saut dans un spectre l’équivalent de millions
fondamentales. réactions de fusion. lumineux à une d’étoiles.
fréquence spécifique.
Molécule Groupe Poussières Dans Univers Tout l’espace et
d’atomes liés entre le cosmos, suies et Rayonnement de le temps. Par définition,
eux par des liaisons particules qui absorbent corps noir Lueur il englobe tout.
chimiques. et rougissent la lumière. émise par un objet
sombre à une certaine Vide Espace vide, par
Multivers Système Pression Force exercée température. définition ne contenant
de nombreux univers par unité d’aire. rien.
parallèles mais séparés. Réflexion Inversion
Pression quantique du sens de propagation Vitesse À la fois la
Nébuleuse Nuage flou Pression qu’exercent d’une onde qui se heurte vitesse au sens courant
de gaz ou d’étoiles ; certains types de à une surface qu’elle ne et la direction du dépla-
ancien nom pour galaxie. particules – électrons, peut pénétrer. cement.
protons, neutrons – ne
Noyau Partie centrale, pouvant pas se trouver Réfraction Déviation Zéro absolu Une tem-
dure, de l’atome faite de au même endroit dans le d’une onde qui ralentit pérature de – 273° C ; la
protons et de neutrons. même état quantique. en traversant un milieu température la plus basse
plus dense. qu’on puisse atteindre.
206 Index

Index
Aberration stellaire 39 communications énergie 204 Herschel, William 4, 6,
accélération 16, 18, 91, extraterrestres 168 énergie négative 68 37, 120
92, 204 constante cosmologique énergie noire 55, 59, 82, Hewish, Tony 168
âge de l’univers 204 80-3 168, 204 Higgs, boson de 106-7
âge sombre 47, 145 constante de Hubble 204 épicycle 9 Higgs, champ de 105
Alpher, Ralph 57, 65 constellations 36 espace multidimensionnel Higgs, Peter 104
amas galactiques 120-3 convexion 159, 204 58 Holwarda, Johannes 176
amas globulaires 40 Copernic, Nicolas 9, 10 espace-temps 58, 74, 76, Hooke, Robert 17, 38, 39
Anderson, Carl 68 cordes, théorie des 58, 90, 93-4, 204 horizon des événements
année-lumière 42 108-11 éther 88 96
antimatière 68-71 corpusculaires, idées 21 étoile 204 Hoyle, Fred 56, 131, 169
antiparticules 68-9, 103 cosmique étoiles à neutrons 166, 204 Hubble
antiproton 69 chuchotement 130 étoiles binaires 161, 163 champ profond de 119
Aristarque de Samos 8 corde 106 étoiles figées 97-8 constante de 51, 150
astéroïdes, ceinture d’190 inflation 76-9 étoiles variables 176-7 diapason de 117, 118
astronomie en rayon rayon 103 étoiles Wolf-Rayet 155 Edwin 43, 48, 57, 116
gamma 174 rayons X 137 étoiles, scintillement d’27 loi de 48-51, 54, 57,
astrophysique des réseaux 124 évolution galactique 144-7 82, 178
particules 100-3 couronne 181, 183 évolution stellaire 156-9 séquence galactique de
atomes 100, 204 Curtis, Heber 41, 42, 49 exobiologie 196-9 116-19
Backer, Don 171 Darwin, Charles 196 exoplanètes 33,184-7, 204 télescope spatial de 27,
Balmer, série de 154 Davis, Donald 193 Fermi, paradoxe de 200-3 50, 94, 119
Barrow, John 113 décalage vers le bleu 35 fission 101, 204 Hulse, Russell 170
baryons 75, 102, 204 décalages vers le rouge 35, flash d’hélium 154 Huygens, Christiaan 38,
Bell, Jocelyn 168, 203 121, 204 fond diffus cosmologique 192
Bethe, Hans 67, 158 densité de flux 128 57-8, 60-3, 82, 204 Huygens, sonde spatiale
Big Bang 47, 56-9, 64-7 deutérium 57, 66 forces 16, 109, 204 198
Big Chill 59 diagramme de Hertzprung- Fraunhofer, Joseph von 30 hydrogène 64, 66
Big Crunch 59, 73 Russell 156 fréquence 204 raie d’absorption 28, 153
bombardement tardif, Dicke, Robert 113 fusion 101, 157, 181, 204 Inertie 85, 204
grand 191 diffraction 27, 204 Galaxie 41, 55, 116-20, inflation 78-9, 204
bosons (W, X ou Z) 71, Digges, Thomas 38 125-6, 204 infrarouge 22
102, 104 dioxyde de titane 154 interférences 30, 204
galaxie active 204
Brahé, Tycho 13, 165 Dirac, Paul, 68, 70 interférométrie radio 129
Galilée 10, 11, 85
Broglie, Louis-Victor de 22 disque d’accrétion 133 ion 204
Gamow, George 57, 65
Carter, Brandon 113 distances cosmiques, ionisation 31
gaz 204
céphéides 42, 49, 50, 53, échelle des 52-5, 121 isotopes 101, 204
gaz intra-amas 122
121, 177-9, 204 Doppler, Christian 34 isotropies 204
géantes gazeuses 190
Chadwick, James 101 Drake, équation de 200- Giacconi, Riccardo 137 Jansky, Carl 128
chaleur 159 1, 202 Jeans, masse de 161
gluons 102
champ 204 Drayer, Johann 120 Jupiters chaudes 186
gravité 16, 17-8, 73, 84,
chandelle standard 53 dualité onde-copuscule 204 85-6, 161, 204 Kaluza, Theodor 110
Chandra, télescope 138 Eau 190, 195 groupe local 121 Kant, Emmanuel 37
Chandrasekhar, limite de Eddington, Arthur 148 Guth, Alan 78 Kepler, Johannes 11, 12-5,
166-7 effet photoélectrique 23 Hartmann, William 193 18, 45
Chandrasekhar, Einstein, Albert 21, 23, 80, Hawking, rayonnement Laplace, Pierre-Simon 96
Subrahmanyan 98 89, 90, 148 de 98 Large Hadron Collider
chromosphère 181 Einstein, anneau d’ 94 Hawking, Stefen 98 (LHC) 106
chute libre 92 électrons 100, 102 héliocentrisme 8-11 le Grand Mur 125
classification stellaire 152-5 éléments 28, 57, 62, 158 héliopause 182 lentilles 24
COBE 61 éléments légers 62, 66, hélium 64, 165 lentille gravitationnelle 205
comètes 189 204 leptons 102
éléments lourds 154 Lipperhey, Hans 24
Index 207

lithium 64 neutrons 101 queue de rayonnement tau, particules 102


loi en inverse carré 17-8 Newton, Isaac 16-19, 20-3, optique 173 Taylor, Joe 170
loi universelle 18 37, 85-6 quintessence 82 télescopes 26-7
longueur d’ondes 21, 205 noyau 100, 205 Radioastronomie 128-31 température 58, 60, 61, 63,
lumière 21-2, 91 noyau de galaxie active 134 radiogalaxies 130-1 65, 133, 152, 156, 205
ultraviolette 21, 145-6 nucléosynthèse 64-7, 205 radiotélescopes 129 temps, dilatation du 91
visible 21-2 Obscurité de la nuit 46 raie d’absorption 28-9, textures 106
vitesse de la 88-9 observatoire spatial 31, 205 théorie des cordes 58,
lunes 137, 190, 192-5 Herschel 162 raie d’émission 29, 133, 108-11
Lyman, série de 154 Olbers, Heinrich 45 205 théorie quantique 62, 95
Lyman-alpha, nuages 126 onde électromagnétique raies spectrales 31 Tipler, Franck 113
Mach, Ernst 86 205 rayonnement 159 Titan 192, 198-9
MACHO 74, 75, 161 ondes gravitationnelles 93, rayonnement de corps Tombaugh, Clyde 5
magnitudes 154 95, 170 noir 205 tritium 64
marées 194 ondes lumineuses 21 Reber, Grote 129 trous de ver 99
masse 16, 69, 73, 85, 104, ondes radio 22 Redshift Survey 124 trou noir 205
205 ondes sonores 32 réflexion 205 supermassif 205
matière noire 72-5, 119, optique adaptative 27 réfraction 25, 205 Unification 109-10
205 orbites 14, 205 réionisation 145 unités astronomiques
mécanique quantique 205 Panspermie 198 relativité 19, 170 (UA) 43
mésons 102 paradoxe des jumeaux 90 repères d’inertie 91 univers 205
Messier, Charles 120, 122 parallaxe 36-9, 52 réseaux 29, 30 accélération 81-2
météo spatiale 182 parsecs 38, 48 rides 62 bulles 114
météorites 191 particule Röntgen, William 139 expansion 46, 50, 51,
méthode scientifique 15, accélérateurs de 69, 102 rotation synchrone 194 57, 78-9
109 astrophysique des 100-3 Rutherford, Ernest 100 géométrie de l’ 78
méthodes statistiques 55 de Dieu 104-6 Ryle, Martin 130, 131 lisse 78
Michell, John 96 tau 102 Schmidt, Maarten 132 ouvert 73
Michelson, Albert 88 Penzias, Arno 57, 60 Schwarzschild, Karl 96 parallèles 114
microlentilles 151 photons 22, 23, 104, 205 scintillement d’étoiles 27 platitude de l’ 76-7
micro-ondes 22, 57-8, Planck, Max 91 seconde d’arc 37 poussée de croissance
60-3, 82 planètes 4-7, 33, 205 SETI 203 de l’ 78-9
Miller, Stanley L. 197 planètes naines 7 Shapley, Harlow 41, 49 similitudes dans l’ 77
modèles hiérarchiques 147 poids 85 Slipher, Vesto 35 stationnaire 56, 80, 131
modèle standard 205 points chauds 63 Sloan Digital Sky Survey température de l’ 58, 60,
modèles unifiés 135 polygones 12 125, 146 61, 63, 65
molécule 205 Popper, Karl 109 solaire, cycle 182 univers-îles 43
monopôles 106 positrons 68 solaire, spectre 29 Urey, Harold C. 197
Morley, Edward 88 poussières 205 solaires, taches 182 Vides 124, 205
morts d’étoiles 164-7 poussières cosmiques 53 Soleil 28-9, 41, 180-3 vitesse 90, 205
mouvement 87, 90 poussières d’étoiles 158 soupe primordiale 197 vitesse de libération 96
mouvement rétrograde pression 205 spectre 205 Voie lactée 36, 40-3, 49,
12, 13 pression quantique 205 de corps noir 61, 62, 152 121
M-théorie 58, 110, 115 prismes 20 électromagnétique 21, vol parabolique 92
multivers 114, 205 problème de l’horizon 77 128 Weakly Interactive Massive
muons 102 protoétoiles 160-2 spectroscopie 29 Particles (WIMPS) 74
Naines blanches 166 protons 71, 100 Square Kilometre Array Wheeler, John 97
naissances d’étoiles 160-3 Ptolémée 8 (SKA) 146, 171 Wilkinson Microwave
nébuleuse, hypothèse de pulsars 168-71, 205 supernovae 54, 81-2, 166- Anisotropy Probe
la 188 pulsars milliseconde 171 7, 205 (WMAP) 61, 78
nébuleuses 40, 49, 205 Quanta 23, 62 sursauts gamma 172-5 Wilson, Robert 58, 60
nébuleuses planétaires 165 quantité de mouvement Swedenborg, Emanuel 188 Wolf-Rayet, étoiles 155
nébuleuses spirales 42 205 symétries brisées 107 Zéro absolu 160, 205
néon 29 quarks 101-2, 205 système solaire, formation zone habitable 187
neutrinos 70, 75, 101, 103, quasars 99, 126, 132-5, du 188-91 Zwicky, Fritz 72, 148
183 149, 177 Taches solaires 182
L’édition originale de cet ouvrage a été publiée en 2010 au Royaume-Uni
par Quercus Publishing Plc
sous le titre 50 Universe Ideas You Really Need to Know.
© Joanne Baker 2010
Originally entitled 50 Universe Ideas You Really Need to Know.
First published in the UK by Quercus Publishing Plc.

Relecture scientifique de la traduction : Jacques Paul

© Dunod, pour la traduction française 2011, 2016


11, rue Paul Bert, 92240 Malakoff,
www.dunod.com
ISBN 978-2-10-075694-0

Une précédente version a été publiée en 2011 sous le titre « Juste assez d’astronomie pour briller en société »

Crédit des illustrations :


p. 6 Farry 20092009/domaine public/http://en.wikipedia.org/wiki/File:Planets2008.jpg ;
p. 9 Sara Nunan ; p. 13 Patrick Nugent ; p. 18 Patrick Nugent ; p. 21 Sara Nunan ; p. 25 Sara Nunan ; p. 26 Sara
Nunan; p. 29 Sara Nunan ; p. 35 Sara Nunan ; p. 38 Sara Nunan ; p. 41 John Lanoue/domaine public/http://
en.wikipedia.org/wiki/File:M31_Lanoue.png ; p. 45 Patrick Nugent ; p. 49 Patrick Nugent ; p. 54 Sara Nunan ; p.
61 NASA 2008 ; p. 66 Patrick Nugent ; p. 69 Patrick Nugent ; p. 73 Patrick Nugent ; p. 75 Sara Nunan ; p. 77 Patrick
Nugent ;
p. 79 illustration Sara Nunan ; p. 81 Patrick Nugent ; p. 82 Sara Nunan ; p. 85 Sara Nunan ; p. 89 Patrick Nugent ;
p. 93 Patrick Nugent ; p. 94 Patrick Nugent ; p. 97 Patrick Nugent ; p. 101 Patrick Nugent ; p. 105 The CMS home
page http://cmsinfo.cern.ch/outreach/CMSmedia/CMSphotos.html ; p. 110 Patrick Nugent ; p. 110 Sara Nunan ;
p. 114 Patrick Nugent ; p. 114 Sara Nunan ; p. 117 Sara Nunan ; p. 121 Sara Nunan ; p. 123 http://www.nasa.gov/
multimedia/imagegallery/image_feature_1004.html ; p. 129 Sara Nunan ; p. 133 Sara Nunan ; p. 137 NASA/ROSAT/J.
Schmitt et al ; p. 141 Sara Nunan ; p. 149 Nasa http://hubblesite.org/newscenter/archive/releases/2003/01/image/a ;
p. 150 Sara Nunan ; p. 154 Patrick Nugent ; p. 158 Sara Nunan ; p. 163 Sara Nunan ; p. 166 Patrick Nugent ;
p. 170 Sara Nunan ; p. 173 NASA 2008 http://cossc.gsfc.nasa.gov/docs/cgro/cgro/batse_src.html ; p. 178 Sara Nunan
; p. 182 Sara Nunan ; p. 186 Sara Nunan ; p. 190 Sara Nunan ; p. 193 NASA/JPL−Caltech http://photojournal.jpl.nasa.
gov/jpeg/PIA00001.jpg
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