Vous êtes sur la page 1sur 3

Proposition de corrigé de l’examen d’essai – UE 111 Introduction au Droit – Session 2009 - Page 1 sur 3

I - ETUDE DE SITUATIONS PRATIQUES (10 pts)

1) Monsieur REGLO, qui demeure à Vénissieux (69), a été employé en qualité de chef comptable pendant 10
ans par une société informatique ayant son siège à Lyon (69).

Il vient d’être licencié pour faute grave par son employeur.

Par ailleurs, il loue un appartement dont il a hérité à Paris dans le douzième arrondissement et son locataire
ne lui paie plus le montant du loyer : la dette locative s’élève à ce jour à la somme de 13 000 €.

Monsieur REGLO souhaite tant contester la mesure de licenciement, dont il estime qu’elle est
particulièrement abusive et obtenir 50 000 € de dommages intérêts, que poursuivre en justice son locataire
pour obtenir de celui-ci le paiement des loyers.

Il s’agit de savoir quelle est la juridiction compétente pour statuer d’une part, sur un litige individuel du
travail et, d’autre part, sur un litige relatif à un contrat de louage d’immeuble.

Cette question se dédouble, puisque l’on distingue la compétence d’attribution déterminée en fonction de la
nature de l’affaire et la compétence territoriale permettant de déterminer la juridiction territorialement
compétente.

Les juridictions françaises sont organisées en deux ordres : l’ordre administratif qui statue sur les
différends mettant en jeu une règle de droit public et opposant les personnes publiques ou les personnes
publiques et les particuliers et l’ordre judiciaire qui comprend les juridictions statuant sur la répression des
infractions et les contestations de droit privé.

Parmi les nombreuses juridictions non répressives, on distingue au premier degré les juridictions de droit
commun, à savoir les tribunaux de grande instance, lesquels ont une compétence générale leur permettant de
statuer sur toutes les affaires pour lesquelles compétence n’est pas attribuée expressément à une autre
juridiction en raison de la nature de l’affaire et du montant de la demande et les juridictions d’exception
appelées ainsi parce qu’elles ont une compétence d’attribution spéciale.

Au nombre de ces juridictions figurent notamment : les tribunaux d’instance, lesquels statuent à charge
d’appel sur les actions personnelles ou mobilières jusqu’à la valeur de 10 000 € et ont une compétence
exclusive pour les actions dont un contrat de louage d’immeuble est l’objet, la cause ou l’occasion ; les
conseils de prud’hommes qui tranchent les litiges individuels relatifs à l’exécution du contrat de travail.

En ce qui concerne la compétence territoriale, la juridiction compétente est en principe celle du lieu où
demeure le défendeur à l’instance.

En l’espèce, Monsieur REGLO ne peut donc pas saisir la même juridiction pour ces deux actions : il doit
pour le licenciement dont il a été l’objet et dont il entend contester le bien fondé saisir, s’agissant d’un litige
individuel né d’un contrat de travail, le Conseil des Prud’hommes de Lyon et, pour obtenir la condamnation
de son locataire parisien à lui payer les loyers : le Tribunal d’instance du 12ème arrondissement de Paris.

2) Monsieur REGLO se demande quelle(s) voie(s) de recours il pourra exercer, suite aux décisions de justice
qui seront rendues en première instance à propos de son licenciement qu’il conteste (en demandant 50 000 €
de dommages-intérêts) et à propos du non-paiement des 13 000 € de loyer qui lui sont dus.

La question est de savoir si toute décision rendue en première instance peut faire l’objet d’un appel porté
devant la Cour d’appel.

Certaines décisions sont rendues en premier et dernier ressort : c’est le cas notamment des décisions rendues
par les juridictions de proximité qui statuent sur toutes les actions personnelles ou mobilières jusqu’à la
valeur de 4 000 € : ces décisions sont rendues en dernier ressort.

1
Proposition de corrigé de l’examen d’essai – UE 111 Introduction au Droit – Session 2009 - Page 2 sur 3

La seule voie de recours hiérarchique contre ces décisions est le pourvoi en cassation.

Les Tribunaux d’instance statuent à charge d’appel sur les actions personnelles ou mobilières comprises
entre 4 000 € et 10 000 € et, en dernier ressort, jusqu’à la valeur de 4 000 €. Ils statuent à charge d’appel au
dessus de cette somme, sur les actions afférentes au contrat de louage.

Les Conseils de Prud’hommes statuent dans les mêmes conditions, c'est-à-dire en dernier ressort pour
chacune des demandes inférieures à 4 000 € et, à charge d’appel, pour chacune des demandes supérieures à
cette somme.

En l’espèce, si Monsieur REGLO n’est pas satisfait de la décision rendue par le Tribunal d’instance, il pourra
faire appel dans le mois de la signification du jugement puisque sa demande est supérieure à 4 000 € et
l’affaire sera réexaminée par la Cour d’appel de Paris, juridiction d’appel des jugements rendus en premier
ressort par les tribunaux d’instance parisiens.

S’il n’est pas satisfait de la décision rendue par le Conseil des Prud’hommes de Lyon, il devra, puisque
l’unique demande qu’il forme est supérieure à 4 000 €, saisir dans le mois de la notification du jugement, la
Cour d’appel de Lyon dont la chambre sociale examinera la recevabilité et le bien fondé de l’appel.

II - COMMENTAIRE DE DOCUMENT (6 points)

La distinction la plus importante en droit des biens est celle relative à leur caractère mobilier ou immobilier.

Cette distinction, à l’époque du code civil de 1804, revêtait notamment un aspect économique puisque la valeur
économique d’un immeuble était sans commune mesure avec celle d’un meuble. « Res mobilis res vilis » :
chose mobilière, chose de faible valeur.

Elle traduisait également la stabilité juridique de l’immeuble et la stabilité de sa valeur patrimoniale.

Aujourd’hui, la richesse privée est également constituée de biens mobiliers : monopoles d’exploitation, fonds de
commerce, brevets d’invention, droits d’associés, droits de présentation d’une clientèle civile…

L’un des moyens d’acquérir la propriété d’un bien, à côté du contrat, est la possession que l’on peut définir
comme une situation de fait permettant d’acquérir la propriété d’un bien par le simple fait de détenir
matériellement, pour son propre compte, une chose corporelle de façon exclusive, en exerçant sur elle les
attributs du droit de propriété (corpus) et en prétendant avoir la qualité de propriétaire (animus).

Il convient de détailler les conditions (A) puis les effets (B) de l’acquisition de la propriété mobilière par
possession.

A - Les conditions de la possession mobilière comme moyen d’acquérir la propriété

Elles sont au nombre de 3 :

 la possession doit porter sur un meuble corporel ; ce qui exclut les meubles incorporels, tout comme
sont exclus les meubles du domaine public et ceux soumis à un régime de publicité comme les navires
ou les aéronefs.
 la possession doit être utile : paisible (non violente), publique (non clandestine) et non équivoque (ne
créant pas de doute dans l’esprit des tiers).
 le possesseur doit être de bonne foi : il doit avoir acquis la possession de la chose en croyant la recevoir
du véritable propriétaire.

Lorsque les conditions sont remplies, de quelle façon devient-on propriétaire d’un bien meuble par
possession ?

2
Proposition de corrigé de l’examen d’essai – UE 111 Introduction au Droit – Session 2009 - Page 3 sur 3

B - Les effets de la possession mobilière quant à l’acquisition de la propriété

Si la possession en matière immobilière ne peut permettre d’acquérir la propriété que par l’écoulement d’un
certain temps (30 ans, sauf prescription abrégée), en matière mobilière, la possession utile peut permettre
d’acquérir immédiatement la propriété d’un bien.

L’alinéa 1er de l’article 2279 du code civil érige ainsi une présomption irréfragable (ne supportant, par
conséquent, aucune preuve contraire) de propriété au profit du possesseur de bonne foi.

C’est donc la loi qui, en l’espèce, confère la propriété au simple possesseur.

La seule preuve de la possession permet, à l’égard de tous, d’établir la propriété du possesseur ; lequel se
trouve ainsi à l’abri de toute action en revendication d’un tiers.

Cependant, précisons que l’alinéa 2 de cet article 2279 du code civil permet au véritable propriétaire de
revendiquer son bien contre le possesseur de bonne foi de meubles perdus ou volés et ce, pendant un délai
de 3 ans à compter de la perte ou du vol. Mais le possesseur évincé qui avait acquis le bien dans une foire
ou dans un marché ou dans une vente publique ou auprès d’un marchand vendant des choses pareilles peut
alors obtenir du propriétaire le remboursement du prix de son achat.

En conclusion, la possession est un mode original d’acquisition de la propriété.

III - QUESTION DE COURS (4 points)

La preuve des faits juridiques.

Dans tout procès, le rôle de la preuve est essentiel : celui qui ne peut pas prouver son droit est dans la même
situation que celui qui n’a pas de droit.

Tantôt, il s’agit de prouver un acte juridique, c’est-à-dire une manifestation de volonté créant des effets de
droit voulus par son auteur, tantôt, il s’agit de prouver un fait juridique, c’est-à-dire un événement voulu ou
non auquel le droit attache des effets non voulus par son auteur.

Le fait juridique peut être naturel (comme la naissance ou le décès) ou légal ou du fait de l’homme (comme le
délit civil, le quasi-délit ou le quasi-contrat).

La preuve du fait juridique, à la différence de l’acte juridique, peut se faire par tous moyens ; c’est-à-dire tant
par une preuve parfaite que par une preuve imparfaite (comme des témoignages).

Par exemple, pour prouver les circonstances d’un accident, la victime de celui-ci peut verser aux débats des
témoignages de personnes ayant assisté à l’accident et qui relateront ce qu’elles ont directement et
personnellement vu.

Dans certains cas exceptionnels, la loi exige pour prouver certains faits juridiques une preuve parfaite : la
naissance se prouve par la production d’un acte d’état civil.